vendredi 1 février 2013

Saint IGNACE d'ANTIOCHE, patriarche et martyr



BENOÎT XVI



AUDIENCE GÉNÉRALE



Mercredi 14 mars 2007



Saint Ignace d'Antioche


Chers frères et sœurs!

Comme nous l'avons déjà fait mercredi, nous parlons des personnalités de l'Eglise naissante. La semaine dernière, nous avons parlé du Pape Clément I, troisième Successeur de saint Pierre. Aujourd'hui, nous parlons de saint Ignace, qui a été le troisième Evêque d'Antioche, de 70 à 107, date de son martyre. A cette époque, Rome, Alexandrie et Antioche étaient les trois grandes métropoles de l'empire romain. Le Concile de Nicée parle de trois "primats": celui de Rome, mais Alexandrie et Antioche également participent, d'une certaine manière, à un "primat". Saint Ignace était Evêque d'Antioche, qui se trouve aujourd'hui en Turquie. Là, à Antioche, comme nous l'apprenons des Actes des Apôtres, se développa une communauté chrétienne florissante: le premier Evêque fut l'apôtre Pierre - c'est ce que nous rapporte la tradition - et là, "pour la première fois, les disciples reçurent le nom de chrétiens" (Ac 11, 26). Eusèbe de Césarée, un historien du IV siècle, consacre un chapitre entier de son Histoire ecclésiastique à la vie et à l'œuvre littéraire d'Ignace (3, 36). "De Syrie", écrit-il, "Ignace fut envoyé à Rome pour être livré en pâture aux bêtes sauvages, à cause du témoignage qu'il avait rendu du Christ. En accomplissant son voyage à travers l'Asie, sous la surveillance sévère des gardes" (qu'il appelle les "dix léopards" dans sa Lettre aux Romains, 5, 1), "dans toutes les villes où il s'arrêtait, à travers des prédications et des avertissements, il renforçait les Eglises; et surtout, il exhortait, avec la plus grande vigueur, à se garder des hérésies, qui commençaient alors à se multiplier, et recommandait de ne pas se détacher de la tradition apostolique". La première étape du voyage d'Ignace vers le martyre fut la ville de Smyrne, où était Evêque saint Polycarpe, disciple de saint Jean. Ici, Ignace écrivit quatre lettres, respectivement aux Eglises d'Ephèse, de Magnésie, de Tralles et de Rome. "Parti de Smyrne", poursuit Eusèbe "Ignace arriva à Troade, et de là, envoya de nouvelles lettres": deux aux Eglises de Philadelphie et de Smyrne, et une à l'Evêque Polycarpe. Eusèbe complète ainsi la liste des lettres, qui nous sont parvenues de l'Eglise du premier siècle comme un trésor précieux. En lisant ces textes, on sent la fraîcheur de la foi de la génération qui avait encore connu les Apôtres. On perçoit également dans ces lettres l'amour ardent d'un saint. Enfin, de Troade, le martyr arriva à Rome où, dans l'amphithéâtre Flavien, il fut livré aux bêtes féroces.

Aucun Père de l'Eglise n'a exprimé avec autant d'intensité qu'Ignace l'ardent désir d'union avec le Christ et de vie en Lui. C'est pourquoi nous avons lu le passage de l'Evangile sur la vigne qui, selon l'Evangile de Jean, est Jésus. En réalité, en Ignace confluent deux "courants" spirituels: celui de Paul, entièrement tendu vers l'union avec le Christ, et celui de Jean, concentré sur la vie en Lui. A leur tour, ces deux courants débouchent sur l'imitation du Christ, proclamé plusieurs fois par Ignace comme "mon" ou "notre Dieu". Ainsi, Ignace supplie les chrétiens de Rome de ne pas empêcher son martyre, car il est impatient d'être "uni au Christ". Et il explique: "Il est beau pour moi de mourir en allant vers (eis) Jésus Christ, plutôt que de régner jusqu'aux confins de la terre. Je le cherche lui, qui est mort pour moi, je le veux lui, qui est ressuscité pour moi... Laissez-moi imiter la Passion de mon Dieu!" (Romains 5, 6). On peut saisir dans ces expressions ardentes d'amour le "réalisme" christologique prononcé, typique de l'Eglise d'Antioche, plus que jamais attentive à l'incarnation du Fils de Dieu et à son humanité véritable et concrète: Jésus Christ, écrit Ignace aux Smyrniotes, "est réellement de la souche de David", "il est réellement né d'une vierge", "il fut réellement cloué pour nous" (1, 1).

L'irrésistible aspiration d'Ignace vers l'union au Christ donne naissance à une véritable "mystique de l'unité". Lui-même se définit comme "un homme auquel est confié le devoir de l'unité" (Philadelphiens, 8, 1). Pour Ignace, l'unité est avant tout une prérogative de Dieu qui, existant dans trois personnes, est Un dans l'unité absolue. Il répète souvent que Dieu est unité, et que ce n'est qu'en Dieu que celle-ci se trouve à l'état pur et originel. L'unité à réaliser sur cette terre de la part des chrétiens n'est qu'une imitation, la plus conforme possible à l'archétype divin. De cette façon, Ignace arrive à élaborer une vision de l'Eglise qui rappelle de près certaines des expressions de la Lettre aux Corinthiens de Clément l'Evêque de Rome. "Il est bon pour vous", écrit-il par exemple aux chrétiens d'Ephèse, "de procéder ensemble en accord avec la pensée de l'Evêque, chose que vous faites déjà. En effet, votre collège des prêtres, à juste titre célèbre, digne de Dieu, est si harmonieusement uni à l'Evêque comme les cordes à la cithare. C'est pourquoi Jésus Christ est chanté dans votre concorde et dans votre amour symphonique. Et ainsi, un par un, vous devenez un chœur, afin que dans la symphonie de la concorde, après avoir pris le ton de Dieu dans l'unité, vous chantiez d'une seule voix" (4, 1-2). Et après avoir recommandé aux Smyrniotes de ne "rien entreprendre qui concerne l'Eglise sans l'évêque" (8, 1), confie à Polycarpe: "J'offre ma vie pour ceux qui sont soumis à l'Evêque, aux prêtres et aux diacres. Puissé-je avec eux être uni à Dieu. Travaillez ensemble les uns pour les autres, luttez ensemble, courez ensemble, souffrez ensemble, dormez et veillez ensemble comme administrateurs de Dieu, ses assesseurs et ses serviteurs. Cherchez à plaire à Celui pour lequel vous militez et dont vous recevez la récompense. Qu'aucun de nous ne soit jamais surpris déserteur. Que votre baptême demeure comme un bouclier, la foi comme un casque, la charité comme une lance, la patience comme une armure" (6, 1-2).

D'une manière générale, on peut percevoir dans les Lettres d'Ignace une sorte de dialectique constante et féconde entre les deux aspects caractéristiques de la vie chrétienne: d'une part, la structure hiérarchique de la communauté ecclésiale, et de l'autre, l'unité fondamentale qui lie entre eux les fidèles dans le Christ. Par conséquent, les rôles ne peuvent pas s'opposer. Au contraire, l'insistance sur la communauté des croyants entre eux et avec leurs pasteurs est continuellement reformulée à travers des images et des analogies éloquentes: la cithare, la corde, l'intonation, le concert, la symphonie. La responsabilité particulière des Evêques, des prêtres et des diacres dans l'édification de la communauté est évidente. C'est d'abord pour eux que vaut l'invitation à l'amour et à l'unité. "Ne soyez qu'un", écrit Ignace aux Magnésiens, en reprenant la prière de Jésus lors de la Dernière Cène: "Une seule supplique, un seul esprit, une seule espérance dans l'amour; accourez tous à Jésus Christ comme à l'unique temple de Dieu, comme à l'unique autel; il est un, et procédant du Père unique, il est demeuré uni à Lui, et il est retourné à Lui dans l'unité" (7, 1-2). Ignace, le premier dans la littérature chrétienne, attribue à l'Eglise l'adjectif de "catholique", c'est-à-dire "universelle": "Là où est Jésus Christ", affirme-t-il, "là est l'Eglise catholique" (Smyrn. 8, 2). Et c'est précisément dans le service d'unité à l'Eglise catholique que la communauté chrétienne de Rome exerce une sorte de primat dans l'amour: "A Rome, celle-ci préside, digne de Dieu, vénérable, digne d'être appelée bienheureuse... Elle préside à la charité, qui reçoit du Christ la loi et porte le nom du Père" (Romains, prologue).

Comme on le voit, Ignace est véritablement le "docteur de l'unité": unité de Dieu et unité du Christ (au mépris des diverses hérésies qui commençaient à circuler et divisaient l'homme et Dieu dans le Christ), unité de l'Eglise, unité des fidèles "dans la foi et dans la charité, par rapport auxquelles il n'y a rien de plus excellent" (Smyrn. 6, 1). En définitive, le "réalisme" d'Ignace invite les fidèles d'hier et d'aujourd'hui, il nous invite tous à une synthèse progressive entre la configuration au Christ (union avec lui, vie en lui) et le dévouement à son Eglise (unité avec l'Evêque, service généreux de la communauté et du monde). Bref, il faut parvenir à une synthèse entre communion de l'Eglise à l'intérieur d'elle-même et mission proclamation de l'Evangile pour les autres, jusqu'à ce que, à travers une dimension, l'autre parle, et que les croyants soient toujours davantage "dans la possession de l'esprit indivis, qui est Jésus Christ lui-même" (Magn. 15). En implorant du Seigneur cette "grâce de l'unité", et dans la conviction de présider à la charité de toute l'Eglise (cf. Romains, prologue), je vous adresse le même souhait que celui qui conclut la lettre d'Ignace aux chrétiens de Tralles: "Aimez-vous l'un l'autre avec un cœur non divisé. Mon esprit s'offre en sacrifice pour vous, non seulement à présent, mais également lorsqu'il aura rejoint Dieu... Dans le Christ, puissiez-vous être trouvés sans tache" (13). Et nous prions afin que le Seigneur nous aide à atteindre cette unité et à être enfin trouvés sans tache, car c'est l'amour qui purifie les âmes.

* * *

Je salue cordialement les pèlerins de langue française, en particulier les jeunes, les Petites Sœurs de Jésus en session de renouveau et les membres de l’Association internationale des Charités contre les pauvretés. Je vous invite à trouver dans l’unité entre vous le dynamisme et la force pour témoigner de l’amour du Christ. Avec ma Bénédiction apostolique.

© Copyright 2007 - Libreria Editrice Vaticana



Saint Ignace d'Antioche

Patriarche d'Antioche, Martyr

Certains auteurs assurent qu'Ignace fut ce petit enfant que Notre-Seigneur plaça au milieu des Apôtres lorsque, pour leur donner une leçon d'humilité, Il leur dit: Si vous ne devenez semblables à de petits enfants, vous n'entrerez jamais dans le royaume des Cieux. Ce qui est certain, c'est qu'il était un familier des premiers disciples du Sauveur, disciple lui-même de saint Jean, l'Apôtre bien-aimé.

Ignace fut un grand évêque, un homme d'une rare sainteté; mais sa gloire est surtout son martyre. Conduit devant l'empereur Trajan, il subit un long interrogatoire:

"C'est donc toi, vilain démon, qui insultes nos dieux?

-- Nul autre que vous n'a jamais appelé Théophore un mauvais démon.

-- Qu'entends-tu par ce mot Théophore?

-- Celui qui porte Jésus-Christ dans son coeur.

-- Crois-tu donc que nous ne portons pas nos dieux dans notre coeur?

-- Vos dieux! Ce ne sont que des démons; il n'y a qu'un Dieu Créateur, un Jésus-Christ, Fils de Dieu, dont le règne est éternel.

-- Sacrifie aux dieux, je te ferai pontife de Jupiter et père du Sénat.

-- Tes honneurs ne sont rien pour un prêtre du Christ."

Trajan, irrité, le fait conduire en prison. "Quel honneur pour moi, Seigneur, s'écrie le martyr, d'être mis dans les fers pour l'amour de Vous!" et il présente ses mains aux chaînes en les baisant à genoux.

L'interrogatoire du lendemain se termina par ces belles paroles d'Ignace: "Je ne sacrifierai point; je ne crains ni les tourments, ni la mort, parce que j'ai hâte d'aller à Dieu."

Condamné aux bêtes, il fut conduit d'Antioche à Rome par Smyrne, Troade, Ostie. Son passage fut partout un triomphe; il fit couler partout des larmes de douleur et d'admiration:

"Je vais à la mort avec joie, pouvait-il dire. Laissez-moi servir de pâture aux lions et aux ours. Je suis le froment de Dieu; il faut que je sois moulu sous leurs dents pour devenir un pain digne de Jésus-Christ. Rien ne me touche, tout m'est indifférent, hors l'espérance de posséder mon Dieu. Que le feu me réduise en cendres, que j'expire sur le gibet d'une mort infâme; que sous la dent des tigres furieux et des lions affamés tout mon corps soit broyé; que les démons se réunissent pour épuiser sur moi leur rage: je souffrirai tout avec joie, pourvu que je jouisse de Jésus-Christ." Quel langage et quel amour!

Saint Ignace, dévoré par un lion, répéta le nom de Jésus jusqu'au dernier soupir. Il ne resta de son corps que quelques os qui furent transportés à Antioche.

Abbé L. Jaud, Vie des Saints pour tous les jours de l'année, Tours, Mame, 1950



Bien que St Ignace ait été jeté aux bêtes à Rome, l’Église Romaine n’a pas retenu son natale, mais elle inscrivit dès le Vie siècle son nom au Canon de la Messe. Les orientaux le célèbrent le 17 octobre. Au début du VIIIe siècle sa fête se diffuse en Angleterre le 20 décembre (ou le 17 selon Bède le Vénérable) qui serait la date de la translation de ses reliques. Sur le continent on plaça sa mémoire le 1er février, selon une traduction latine erronée des Actes grecs de sa passion. La fête entre au calendrier à Rome à cette date aux XIe et XIIe siècle. St Pie V reçut la fête comme semi-double, Pie IX l’éleva au rang de double.

Leçons des Matines avant 1960

Au deuxième nocturne.

Du Livre de saint Jérôme, Prêtre : Des Écrivains Ecclésiastiques.

Quatrième leçon. Ignace, troisième Évêque d’Antioche après l’Apôtre Pierre, ayant été condamné aux bêtes, alors que sévissait la persécution, de Trajan, fut envoyé à Rome chargé de liens. Pendant qu’on l’y transportait par mer le navire aborda à Smyrne, où Polycarpe, disciple de Jean, était Évêque. Il y écrivit une lettre aux Éphésiens, une autre aux Magnésiens, une troisième aux Tralliens, une quatrième aux Romains. C’est en quittant cette ville qu’il écrivit aux Philadelphiens et aux Smyrniens, et qu’il adressa à Polycarpe une lettre particulière, dans laquelle il lui recommande l’Église d’Antioche, et où il rapporte sur la personne du Christ un témoignage de l’Évangile que j’ai traduit naguère.

Cinquième leçon. Il semble juste, puisque nous parlons d’un si grand homme, de citer quelques lignes de l’épître qu’il écrivit aux Romains : « Depuis la Syrie jusqu’à Rome, je lutte contre les bêtes, sur mer et sur terre, nuit et jour, lié que je suis à dix léopards, c’est-à-dire à dix soldats qui me gardent et dont mes bienfaits augmentent encore la méchanceté. Leur iniquité sert à m’instruire, mais je ne suis pas pour cela justifié. Plaise à Dieu que j’aie la jouissance d’être livré aux bêtes qui me sont préparées ; je demande qu’elles soient promptes à me faire souffrir les supplices et la mort et excitées à’ me dévorer, de peur qu’elles n’osent toucher à mon corps, comme il est arrivé pour d’autres Martyrs. Si elles ne veulent pas venir à moi, je leur ferai violence, je me jetterai devant elles pour être dévoré. Pardonnez-moi, mes petits enfants ; je sais ce qui m’est avantageux.

Sixième leçon. C’est maintenant que je commence à être disciple du Christ, ne désirant plus rien de ce qui est visible, afin de trouver Jésus-Christ. Que le feu, la croix, les bêtes, le brisement des os, la mutilation des membres, le broiement de tout le corps et tous les tourments du diable fondent sur moi, mais seulement que je jouisse de Jésus-Christ ! » Comme il était déjà exposé aux bêtes et qu’il entendait les rugissements des lions, il dit, dans son ardeur de souffrir : « Je suis le froment du Christ : que je sois broyé par les dents des bêtes, afin que je devienne un pain vraiment pur ! » Il souffrit le martyre la onzième année de Trajan. Les restes de son corps reposent à Antioche, dans le cimetière, hors de la porte de Daphné.

Au troisième nocturne.

Lecture du saint Évangile selon saint . Ioann. 12, 24-26.

En ce temps-là : Jésus dit à ses disciples : En vérité, en vérité, je vous le dis, si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il demeure seul. Et le reste.

Homélie de saint Augustin, Évêque.

Septième leçon. Le Seigneur Jésus était lui-même ce grain qui devait mourir et se multiplier : mourir victime de l’infidélité des Juifs, se multiplier par la foi des peuples. Or, exhortant déjà à suivre les traces de sa passion : « Celui, dit-il, qui aime son âme, la perdra ». Ces paroles peuvent s’entendre de deux manières. « Celui qui l’aime, la perdra », c’est-à-dire : Si tu l’aimes, perds-la. Si tu désires conserver la vie dans le Christ, ne crains pas de mourir pour le Christ. On peut les entendre également d’une autre façon : « Celui qui aime son âme, la perdra » ; ne l’aime pas, de peur que tu ne la perdes ; ne l’aime pas en cette vie, pour ne pas la perdre dans la vie éternelle.

Huitième leçon. La dernière explication que j’ai donnée semble être davantage le sens de l’Évangile. Car on y lit ensuite : « Et celui qui hait son âme en ce monde, la conserve pour la vie éternelle ». Donc, quand il est dit plus haut : « Celui qui aime son âme », (il est sous-entendu : en ce monde), celui-là la perdra assurément : mais celui qui hait son âme en ce monde, assurément celui-là la garde pour la vie éternelle. Grande et étonnante sentence : d’où il ressort que l’homme a pour son âme un amour qui cause sa perte, et une haine qui l’empêche de périr. Si vous l’aimez mal, vous la haïssez ; si vous la haïssez bien, vous l’aimez. Heureux ceux qui haïssent pour conserver, de crainte de perdre en aimant.

Neuvième leçon. Mais veille à ce qu’il ne s’insinue pas dans ton esprit la pensée de vouloir te tuer, en comprenant ainsi le devoir de haïr ton âme en ce mondé : de là vient que certains hommes méchants et pervers, cruels et impies, homicides d’eux-mêmes, se livrent aux flammes, se noient, se jettent dans les précipices, et périssent. Ce n’est pas là ce que le Christ a enseigné : au contraire, il a même répondu au diable qui lui suggérait de se précipiter du haut du temple : « Retire-toi, Satan, car il est écrit : Tu ne tenteras point le Seigneur ton Dieu ». De même le Seigneur dit à Pierre, indiquant par quelle mort il devait glorifier Dieu :» Quand tu étais jeune, tu te ceignais toi-même, et tu allais où tu voulais ; mais quand tu seras vieux, un autre te ceindra et te conduira où tu ne voudras pas ». Paroles qui nous enseignent assez clairement que celui qui marche à la suite de Jésus-Christ doit, non point se donner la mort mais la recevoir d’un autre.


Dom Guéranger, l’Année Liturgique

La veille du jour où va expirer notre heureuse quarantaine, c’est un des plus fameux martyrs du Christ qui paraît sur le Cycle : Ignace le Théophore, Évêque d’Antioche. Une antique tradition nous dit que ce vieillard, qui confessa si généreusement le Crucifié devant Trajan, avait été cet enfant que Jésus présenta un jour à ses disciples comme le modèle de la simplicité que nous devons posséder pour parvenir au Royaume des cieux. Aujourd’hui, il se montre à nous, tout près du berceau dans lequel ce même Dieu nous donne les leçons de l’humilité et de l’enfance.

Ignace, à la Cour de l’Emmanuel, s’appuie sur Pierre dont nous avons glorifié la Chaire ; car le Prince des Apôtres l’a établi son second successeur sur son premier Siège à Antioche. Ignace a puisé dans cette mission éclatante la fermeté qui lui a donné de résister en face à un puissant empereur, de défier les bêtes de l’amphithéâtre, de triompher par le plus glorieux martyre. Comme pour marquer la dignité incommunicable du Siège de Rome, la providence de Dieu a voulu que, sous les chaînes de sa captivité, il vînt aussi voir Pierre, et terminât sa course dans la Ville sainte, mêlant son sang avec celui des Apôtres. Il eût manqué à Rome quelque chose, si elle n’eût hérité de la gloire d’Ignace. Le souvenir du combat de ce héros est le plus noble souvenir du Colisée, baigné du sang de tant de milliers de Martyrs.

Le caractère d’Ignace est l’impétuosité de l’amour ; il ne craint qu’une chose, c’est que les prières des Romains n’enchaînent la férocité des lions, et qu’il ne soit frustré de son désir d’être uni au Christ. Admirons cette force surhumaine qui se révèle tout à coup au milieu de l’ancien monde, et reconnaissons qu’un si ardent amour pour Dieu, un si brûlant désir de le voir n’ont pu naître qu’à la suite des événements divins qui nous ont appris jusqu’à quel excès l’homme était aimé de Dieu. Le sacrifice sanglant du Calvaire n’eût-il pas été offert, la Crèche de Bethléhem suffirait à tout expliquer. Dieu descend du ciel pour l’homme ; il se fait homme, il se fait enfant, il naît dans une crèche. De telles merveilles d’amour auraient suffi pour sauver le monde coupable ; comment ne solliciteraient-elles pas le cœur de l’homme à s’immoler à son tour ? Et qu’est-ce que la vie terrestre à sacrifier, quand il ne s’agirait que de reconnaître l’amour de Jésus, dans sa naissance parmi nous ?

La sainte Église nous donne, dans les Leçons de l’Office de saint Ignace, la courte notice que saint Jérôme a insérée dans son livre de Scriptoribus ecclesiasticis. Le saint Docteur a eu l’heureuse pensée d’y insérer quelques traits brûlants de l’admirable lettre du Martyr aux fidèles de Rome. Nous l’eussions donnée tout entière, sans son extrême longueur ; et il nous en coûterait de la mutiler. Au reste, les passages cités par saint Jérôme représentent les plus sublimes traits qu’elle contient.

Nous trouvons dans les Menées de l’Église Grecque, en la fête de saint Ignace, les strophes suivantes :

Appelé à la succession de celui qui est le sommet des Apôtres et des Théologiens, tu as marché sur leurs traces ; ton lever a été à l’Orient, et tu t’es manifesté dans l’Occident, tout éclatant des splendeurs de la prédication divine ; c’est de là que tu es parti de ce monde pour t’élever à Dieu, couronné des feux de la grâce, ô homme plein de sagesse !

Resplendissant comme un soleil des rayons de l’Esprit-Saint, tu as illuminé d’une gracieuse splendeur les confins du monde par l’éclat de tes combats, nous donnant dans ta ferveur, nous écrivant dans ta vérité les documents de la piété ; c’est pourquoi tu es devenu l’aliment du Maître qui, dans sa bonté incessante, nourrit tous les êtres, ô bienheureux !

Ignace, qui portes Dieu et réchauffais dans ton cœur le Christ ton amour, tu as reçu le prix du sacrifice évangélique du Christ, qui se consomme par le sang ; c’est pour cela que, devenu froment de l’immortel laboureur, tu as été moulu par la dent des bêtes, et tu es devenu pour lui un pain agréable : supplie-le pour nous, bienheureux athlète !

Que ton âme fut solide, ferme comme le diamant, ô heureux Ignace ! Dévoré du désir qui te poussait vers Celui qui t’aimait véritablement, tu disais : Ce n’est point un feu matériel qui brûle dans ma poitrine, c’est bien plutôt une eau vive qui inonde mon âme et qui dit en moi : Viens au Père. C’est pourquoi, enflammé du divin Esprit, tu as irrité les bêtes, pour être plus tôt séparé du monde et rendu avec le Christ que tu aimais ; prie-le de sauver nos âmes.

O pain glorieux et pur du Christ votre Maître ! Vous avez donc obtenu l’effet de vos désirs ! Rome tout entière, assise sur les degrés du superbe amphithéâtre, applaudissait, avec une joie féroce, au déchirement de vos membres ; mais tandis que vos ossements sacrés étaient broyés sous la dent des lions, votre âme, heureuse de rendre au Christ vie pour vie, s’élançait d’un trait jusqu’à lui. Votre félicité suprême était de souffrir, parce que la souffrance vous semblait une dette contractée envers le Crucifié ; et vous ne désiriez son Royaume qu’après avoir donné en retour de sa Passion les tourments de votre chair. Que votre gloire est éclatante, dans la compagnie d’Etienne, de Sébastien, de Vincent, d’Agnès, et que votre palme est belle auprès du berceau de l’Emmanuel ! Prenez pitié de notre faiblesse, ô Martyr ! Obtenez-nous d’être du moins fidèles à notre Sauveur, en face du démon, de la chair et du monde ; de donner notre cœur à son amour, si nous ne sommes appelés à donner notre corps aux tourments pour son Nom. Choisi dans vos premières années par ce Sauveur, pour servir de modèle au chrétien par l’innocence de votre enfance, vous avez conservé cette candeur si précieuse sous vos cheveux blancs ; demandez au Christ, le Roi des enfants, que cette heureuse simplicité demeure toujours en nous, comme le fruit des mystères que nous célébrons.

Successeur de Pierre à Antioche, priez pour les Églises de votre Patriarcat ; rappelez-les à la vraie foi et à l’unité catholique. Soutenez l’Église Romaine que vous avez arrosée de votre sang, et qui est rentrée en possession de vos reliques sacrées, de ces ossements que la dent des lions n’avait pu broyer entièrement. Veillez sur le maintien de la discipline et de la subordination ecclésiastiques, dont vous avez tracé de si belles règles dans vos immortelles Épîtres ; resserrez, par le sentiment du devoir et de la charité, les liens qui doivent unir tous les degrés de la hiérarchie, afin que l’Église de Dieu soit belle d’unité, et terrible aux ennemis de Dieu, comme une armée rangée en bataille.


Bhx Cardinal Schuster, Liber Sacramentorum

La fête de saint Ignace dans le Missel romain réalise le vœu suprême du martyr, qui, écrivant aux Romains, souhaitait que la nouvelle de son témoignage leur arrivât au moment même où serait préparé l’autel pour le sacrifice, afin qu’en chœur ils pussent tous élever une hymne d’action de grâces à Dieu, pour avoir, de la ville des Césars et du sanglant amphithéâtre de Rome, daigné appeler à Lui 1’ « Évêque de la Syrie ». Ignace fut déchiré par les lions le 17 octobre entre les années 110 et 118, mais dans le bas moyen âge sa mémoire fut assignée chez les Latins à ce jour. Le nom du magnanime évêque fut inséré dans les diptyques de la messe dès l’antiquité la plus reculée, mais comme il en fut pour tous les martyrs des deux premiers siècles, on n’en célébra que très tard un office spécial. Pie IX éleva la fête de saint Ignace au rite double.

L’Église romaine commémore chaque jour le nom d’Ignace dans ce qu’on appelle la Grande intercession, avant le Pater, sans que d’ailleurs les sacramentaires du moyen âge indiquent aucune station ou synaxe quelconque en l’honneur d’Ignace. La raison en est claire : la base matérielle de ce culte liturgique, la tombe, manquait.

L’identification de l’amphithéâtre où saint Ignace, à Rome, fut exposé aux bêtes féroces, avec celui de Vespasien Flavius, est très probable, mais ne peut être absolument prouvée, puisque la cité impériale avait alors plusieurs amphithéâtres. Quant au culte spécial attribué au martyr dans la basilique de Saint-Clément, où une tardive tradition veut précisément qu’ait été enseveli le grand évêque d’Antioche, le premier document qui en parle ne remonte pas au delà du début du XIIe siècle, et c’est l’inscription tracée sous la mosaïque de l’abside, où il est seulement question d’une petite relique de saint Ignace, cachée dans le mur sur lequel était représenté le Crucifix :

+ DE • LIGNO • CRVCIS • IACOBI • DENTE • IGNATIIQVE

IN • SVPRASCRIPTI • REQVIESCVNT • CORPORE • CHRISTI

L’antienne pour l’introït est tirée de la lettre de saint Paul aux Galates (VI, 14) : « Qu’il n’arrive jamais que je me glorifie, sinon dans la Croix de Jésus-Christ notre Seigneur, par qui le monde est crucifié pour moi, et moi je le suis au monde. » Suit le psaume 131.

La collecte est celle du Commun des martyrs pontifes.

L’épître du martyr à l’Église romaine, « Présidente de la société de l’amour » comme il l’appelle, fut sûrement lue au IIe siècle dans l’assemblée des fidèles de Rome avant le divin Sacrifice, à ce moment de l’Action sacrée. La discipline liturgique ne permet plus maintenant une semblable liberté, et c’est pourquoi aujourd’hui on récite à sa place un passage de l’épître de saint Paul aux Romains, tout semblable, il est vrai, au style énergique du martyr antiochien, lequel soupire après le moment où les bêtes féroces feront de lui la victime du Christ. Il semble justement que saint Paul ait inspiré l’admirable passage correspondant de saint Ignace.

Saint Paul (Rom., VIII, 35-39) tout enflammé d’amour en considérant celui que Dieu nous a prouvé en nous donnant Jésus crucifié, se sent uni à lui si fermement, moyennant la vertu surnaturelle de charité, qu’il s’écrie, dans la véhémence d’un saint enthousiasme : quelle chose pourra jamais me séparer du Christ ? Ni la persécution, ni la mort ; bien plus, l’éternité même ne pourra m’éloigner de Dieu, dont le sceau d’ineffable amour est précisément mon Seigneur crucifié. — Ainsi auparavant avait-il anticipé cette stabilité et cette confirmation en grâce, à laquelle fait suite, dans le ciel, la vision béatifique, en méprisant généreusement les dures épreuves de l’apostolat et le glaive du martyre qu’il prévoyait déjà proche.

Le verset alléluiatique, pour la fête de cette âme éprise de la Croix, est tiré de l’épître aux Galates (II, 19-20) : « Je suis cloué à la croix avec le Christ ; je vis donc, mais non plus moi : car c’est bien le Christ qui vit en moi. »

Voilà donc le secret de tant de labeurs et d’austérités que se sont imposés les saints : ce n’était pas tant eux-mêmes qui vivaient, que Jésus continuant en eux le mystère de sa croix pour la rédemption du monde. C’est une belle pensée, qui, bien méditée, devrait nous inspirer un profond respect pour cette vie mystique que le Sauveur veut mener en chaque âme chrétienne, mais particulièrement en celles qui lui sont consacrées d’une façon spéciale, comme les prêtres et les religieux.

Après la Septuagésime, au lieu du verset alléluiatique, on dit le trait.

La lecture évangélique (Ioann., XII, 24-26) est commune, en partie, au samedi avant le dimanche des Rameaux. Jésus y compare la vie chrétienne à un grain de blé qui, pour germer, doit d’abord pourrir en terre. Un tel exemple s’adapte fort bien à la fête de saint Ignace qui, s’inspirant précisément de cette image évangélique, et peut-être aussi d’un passage de la Didaché, écrivait : Je suis le froment du Christ. Ah ! puisse-je être broyé sous les dents des lions, pour devenir un pain blanc.

L’antienne du psaume qu’on chantait durant la distribution de la communion rappelle le dernier cri du martyr quand, dans le cirque, il entendait déjà les rugissements des lions frémissants : « Je suis comme le froment du Christ. Puisse-je être broyé sous les dents des bêtes féroces pour devenir un pain blanc. »

Ce cri suprême d’Ignace trouva un profond écho dans l’Église, et saint Irénée de Lyon le rappelle lui aussi : Quemadmodum quidam de nostris dixit, profiter martyrium in Deum adiudicatus ad bestias : Quoniam frumentum sum Christi, et per dentes bestiarum molar, ut mundus panis Deo inveniar [1].

La vertu le plus en rapport avec la fête de saint Ignace et que, en ce jour, nous devons implorer par son intercession, est un fidèle attachement à l’Église et à sa hiérarchie. C’est la pensée sur laquelle revient avec le plus d’insistance le grand martyr dans toutes ses épîtres : II ne peut y avoir d’Église là où n’est pas acceptée la légitime autorité de l’évêque, des prêtres et des diacres. Or comme l’hérésie, quelque occulte qu’elle soit, implique toujours l’insubordination envers les maîtres et les pasteurs, les fidèles ont donc, dans l’intime communion avec la hiérarchie établie par Jésus-Christ, un moyen aussi facile qu’assuré d’échapper à toutes les menées trompeuses des novateurs.

[1] Adv. Haeres., v. 28, 4., P. G., VII, col. 1200-01.


Dom Pius Parsch, le Guide dans l’année liturgique

Je suis le froment du Christ.

Saint Ignace. — Jour de mort : le 17 octobre entre 110 et 118. Tombeau : à Antioche. Sa vie : le martyrologe relate : « A Rome, saint Ignace évêque et martyr, il fut le second successeur de l’Apôtre saint Pierre sur le siège d’Antioche ; pendant la persécution de Trajan, il fut condamné aux bêtes et amené enchaîné à Rome. Là, il fut, sur l’ordre de Trajan, exposé, devant le Sénat, aux peines les plus cruelles et ensuite jeté aux lions. Dévoré par leurs dents, il fut une victime pour le Christ. »

Parmi les héros de la primitive Église, saint Ignace est au premier rang. Son voyage pour le martyre est un voyage nuptial et en même temps un chemin de Croix ; les sept lettres qu’il écrivit, pendant ce voyage, sont, pour ainsi dire, sept stations du chemin de la Croix ; mais chacune est comme un chant nuptial où le saint martyr exhale son amour pour le Christ et son ardent désir d’être uni à lui. Ces lettres sont l’un des legs les plus précieux que nous ait laissé la primitive Église. La date de son martyre est inconnue. Peut-être mourut-il pendant les fêtes de victoire où Trajan offrit, pour amuser la populace sanguinaire, la vie de dix mille gladiateurs et celle de onze mille bêtes sauvages. C’est sans doute dans l’immense Colisée, qui venait d’être achevé et qui brillait de tout l’éclat de l’or et du marbre, que notre saint remporta la victoire du martyre.

La liturgie romaine honore particulièrement la mémoire de saint Ignace en nommant chaque jour son nom au Canon de la messe avec respect, et en choisissant une parole de ce saint — honneur rare — comme antienne de Communion. « Depuis la Syrie jusqu’à Rome, j’ai à lutter contre les bêtes sauvages sur terre et sur mer, car, nuit et jour, je suis enchaîné avec dix léopards, c’est-à-dire, avec les soldats qui me gardent et qui sont d’autant plus méchants qu’on leur fait plus de bien. Leurs mauvais traitements sont pour moi une instruction, mais malgré cela je suis encore loin d’être justifié. Oh ! si j’étais déjà arrivé auprès des ; bêtes sauvages qui me sont destinées ! Je les prierai de se hâter de me donner la mort et d’accélérer mon exécution. Je les exciterai à me dévorer, afin qu’elles ne fassent pas comme avec d’autres martyrs, en s’abstenant de toucher à mon corps. Si elles ne veulent pas se précipiter sur moi, je les forcerai à m’attaquer et à me dévorer. Mes petits enfants, pardonnez-moi ces paroles, je sais bien ce qui me convient. Maintenant. je commence à devenir un disciple du Christ, je ne désire plus rien de visible afin de trouver Jésus. Le feu, la croix, les bêtes féroces, la rupture de mes membres, l’écrasement de tout mon corps et les tourments du diable peuvent venir, pourvu que je parvienne au Christ. » Quand notre saint eut été condamné à combattre contre les bêtes féroces et que, plein d’ardeur pour le martyre, il entendit le rugissement des lions, il s’écria : « je suis le froment du Christ, je serai broyé par la dent des bêtes afin d’être trouvé un pain pur (du Christ) » (Comm.).

La messe (Mihi autem). — La messe a été composée spécialement pour saint Ignace et reflète sa vie. La marque caractéristique de sa vie est l’ardent amour de la Croix, c’est pourquoi la plupart des textes de la messe parlent de l’amour pour le Christ. Dès l’Introït, nous nous chargeons joyeusement de la Croix ou plutôt nous prenons place sur la Croix avec le Christ. L’Épître est le sublime passage de la lettre aux Romains, où saint Paul proclame son amour pour le Christ : « Qui nous séparera de l’amour du Christ ? Les tribulations, le besoin, la faim, la nudité, le danger, la persécution ou le glaive ? » Quel bel accent a le verset de l’Alléluia : « Avec le Christ, je suis attaché à la Croix, c’est pourquoi ce n’est plus moi qui vis mais le Christ qui vit en moi ! » Cette belle parole est encadrée par l’Alléluia. Mais ce qu’il y a de plus beau dans la messe, c’est l’image du grain de froment. Cette image se retrouve dans toute la messe, dans l’Évangile comme parabole, à l’Offrande sous l’aspect de l’hostie faite de pur froment, à la Communion dans les paroles même de saint Ignace. A l’Évangile, c’est tout d’abord le Christ qui est le grain de froment. On lit dans le bréviaire d’aujourd’hui : « Le Seigneur Jésus était lui-même le grain de froment qui devait mourir et se multiplier, mourir par l’incrédulité des Juifs, se multiplier par la foi des peuples. Et il nous exhorte tous à marcher sur les traces de sa Passion. Celui qui aime sa vie la perdra » (Saint Augustin). Par la mort de ce grain de froment s’est produit un gros épi (le corps mystique, l’Église). Chaque chrétien à son tour devient un grain de froment qui mûrit et en même temps est moulu dans le martyre. Nous aussi, nous sommes ce grain de froment. A la Communion, la parole de saint Ignace : je suis le froment du Christ, s’applique non seulement au saint martyr, mais à nous aussi. Chacun de nous doit être moulu. Qu’est-ce qui sera pour nous la dent des bêtes ? Seront-ce les persécutions, les souffrances, les hommes ? Il est certain que le grain de froment doit mourir, soit qu’il soit enfoui en terre pour devenir un nouveau germe, soit qu’il soit moulu pour devenir du pain. Telle est notre tâche dans la vie : mourir au monde, à la chair, à l’homme inférieur.

Les lettres du saint. — Que ceux de nos lecteurs qui peuvent se procurer les sept lettres de saint Ignace, en lisent l’une ou l’autre, aujourd’hui et les jours suivants, et les considèrent comme des conseils que leur adresse personnellement le vieil évêque. La lettre aux Romains, spécialement, respire un ardent désir de la palme du martyre. Saint Ignace supplie les Romains de ne rien entreprendre pour sa délivrance. Möhler appelle cette lettre « ce qu’il y a de plus charmant dans la littérature chrétienne ». Une pensée revient sans cesse, dans toutes les lettres : l’exhortation à la concorde et à l’unité, dans la communauté chrétienne. Pour nous, amis de la liturgie, l’étude de ces lettres est particulièrement importante, on y sent le souffle de cet esprit chrétien antique qui a créé la liturgie. Nous devons nous approprier cet esprit afin de parvenir à la piété liturgique.



SAINT IGNACE

Ignace est ainsi nommé, de ignem patiens, c'est-à-dire qu'il a enduré le feu de l’amour divin.

Saint Ignace fut disciple de saint Jean et évêque d'Antioche. On dit qu'il adressa à la Sainte Vierge une lettre conçue en ces termes: « A Marie Porte-Christ, Ignace son dévoué. Vous avez dû fortifier et consoler en moi le néophyte et le disciple de votre Jean. J'ai appris en effet de votre Jésus des choses admirables à dire, et j'ai été stupéfait en les entendant. Or, j'attends de vous, qui avez toujours été unie d'amitié avec lui, et qui étiez de tous ses secrets, que vous m’assuriez la vérité de tout ce que j'ai entendu. » Une autre leçon ajoute ce qui suit: « Je vous ai déjà écrit plusieurs fois, et vous ai demandé des explications. Adieu, et que les néophytes qui sont avec moi reçoivent force de vous, par vous et en vous.» Alors la bienheureuse Vierge Marie, mère de Dieu, lui répondit: « A Ignace, son disciple chéri, l’humble servante de Jésus-Christ. Les choses que vous avez apprises et entendues de Jean, touchant Jésus, sont vraies ; croyez-les, étudiez-les, attachez-vous fermement à ce que vous avez promis à Jésus-Christ, et conformez-y vos moeurs et votre vie. Je viendrai avec Jean, vous voir et ceux qui sont avec vous. Soyez ferme et agissez avec les principes de la foi, pour 'que la violence de la persécution ne vous ébranle pas, mais que votre esprit soit fort et, ravi en Dieu voire sauveur; ainsi soit-il » *. Or, saint Ignace jouissait d'une autorité si grande que Denys lui-même, le disciple de l’apôtre saint Paul, qui fut si profond en philosophie et si accompli dans la science divine, citait les paroles de saint Ignace comme une autorité, pour prouver ce qu'il avançait. En son livre des Noms divins, il rapporte que quelques-uns voulaient rejeter le nom d'amour en disant que dans l’es choses divines il y avait plutôt dilection qu'amour; il dit, en voulant montrer que ce mot d'amour devait être employé en tout dans les choses divines : « Le divin Ignace a écrit : Mon amour a été crucifié. » On lit dans l’Histoire tripartite(Liv. X, ch. IX.) que saint Ignace entendît les anges chanter des Antiennes sur- une montagne, et dès lors il ordonna qu'on chanterait dés Antiennes dans l’église et qu'on entonnerait des Psaumes sur les Antiennes. Après avoir longuement prié le Seigneur pour la paix de l’église, saint Ignace redoutant le péril, non pour lui, mais pour les faibles, alla au-devant de l’empereur Trajan, qui commença à régner l’an 100, alors qu'à son retour, après une victoire, il menaçait de mort tous lés chrétiens; il déclara ouvertement qu'il était lui-même chrétien. Trajan le fit charger de chaînes, le confia à dix soldats et ordonna de le conduire à Rome en le menaçant de, le jeter en pâture aux bêtes. Or, pendant le trajet, Ignace préparait des lettres, destinées à toutes les Eglises et, les confirmait dans la foi de Jésus-Christ. Il y en avait une pour l’Eglise de Rome, ainsi que le rapporte l’Histoire ecclésiastique, dans laquelle il priait qu'on ne fit rien pour, empêcher son martyre. Voici ses paroles: « De la Syrie jusqu'à Rome, je combats avec les bêtes par mer et parterre, le jour et la nuit, lié et attaché au milieu de dix léopards (ce sont les soldats qui, me gardent), dont la cruauté augmente en raison du bien que je leur fais: mais leur cruauté est mon instruction. O bêtes salutaires, qui me sont réservées ! Quand viendront-elles ? Quand seront-elles lâchées ? Quand leur sera-t-il permis de se nourrir de mes chairs ? Je les inviterai à me dévorer, je les prierai pour qu'elles ne craignent pas de toucher mon corps, comme elles l’ont fait à d'autres. Je ferai plus, si elles tardent trop, je leur ferai violence, je me mettrai dans leur gueule. Pardonnez-moi, je vous prie ; je sais ce qui m’est avantageux. Qu'on réunisse contre moi le feu, les croix, les bêtes, que mes os soient broyés, que tous les membres de mon corps soient mis en pièces, que tous les tourments inventés par le diable soient amassés sur moi, pourvu que je mérite d'être uni à Jésus-Christ. » Arrivé à, Rome et amené devant Trajan, cet empereur lui dit: « Ignace, pourquoi fais-tu révolter Antioche et convertis-tu mon peuple à la chrétienté? » Ignace lui répondit : « Plût à Dieu que je puisse te convertir aussi, afin que. tu jouisses à toujours d'une autorité inébranlable. » Trajan lui dit : « Sacrifie à mes Dieux et tu seras le premier de tous les prêtres. » Ignace répondit: et Je ne sacrifierai point à tes dieux, et je n'ambitionne pas la dignité que tu m’offres. Tu pourras faire de moi tout ce que tu veux, mais jamais tu ne me changeras. » « Brisez-lui les épaules, reprit Trajan, avec des fouets plombés, déchirez-lui les côtés et frottez ses blessures avec des pierres aiguës. »

Il resta immobile au milieu de tous les tourments, et Trajan dit ; «Apportez des charbons ardents, et faites-le marcher dessus les, pieds nus.» Ignace lui dit : «Ni le feu ardent, ni l’eau bouillante ne pourront éteindre en moi la charité de J-C. » Trajan ajouta « C'est maléfice cela, de ne point céder après de pareilles tortures. » Ignace lui répondit: « Nous autres chrétiens, nous n'usons pas de maléfices, puisque dans notre loi, nous devons ôter la vie aux enchanteurs c'est vous, au contraire, qui usez de maléfices, vous qui adorez des idoles.» Trajan reprit; « Déchirez-lui le dos avec des ongles, de fer, et mettez du sel dans ses plaies. » Ignace lui dit : « Les souffrances de la vie présente n'ont point de proportion avec la gloire à venir. » Trajan insista: « Enlevez-le, attachez-le avec des chaînes de fer à un poteau, gardez-le au fond d'un cachot, laissez-le sans boire ni manger et dans trois jours, donnez-le à dévorer aux bêtes. » Le troisième jour donc étant venu, l’Empereur, le Sénat et tout le peuple s'assemblèrent pour voir l’évêque d'Antioche combattre les bêtes, et Trajan dit : « Puisque Ignace est superbe et contumace, liez-le et lâchez deux lions sur lui afin qu'il ne reste rien de sa personne. » Alors saint Ignace dit au peuple présent : « Romains, qui assistez à ce spectacle, je n'ai pas travaillé pour rien. Si je souffre, ce n'est pas pour avoir commis des crimes, mais c'est pour ma piété envers Dieu. » Ensuite il se mit à dire, ainsi que le rapporte l’Histoire ecclésiastique : « Je suis le froment de J.-C., je serai moulu par les dents des bêtes afin de devenir un pain pur. » En entendant ces mots, l’empereur dit: « La patience des, chrétiens est grande; quel est celui des Grecs qui en endurerait autant pour son Dieu ? » Ignace répondit : « Ce n'a pas été par ma vertu, mais avec l’aide de Dieu que j'ai supporté ces tourments.» Alors saint Ignace) provoqua les lions pour qu'ils accourussent le dévorer. Deux lions furieux accoururent donc et ne firent que l’étouffer sans toucher aucunement sa chair. Trajan, à cette vue, se retira dans une grande admiration en donnant l’ordre de ne pas empêcher que l’on vint enlever les restes du martyr. C'est pourquoi les chrétiens prirent son corps et l’ensevelirent avec honneur. Quand Trajan eut reçu une lettre, par laquelle Pline le jeune recommandait vivement les chrétiens que l’empereur immolait, il fut affligé, de ce qu'il avait fait endurer à Ignace, et ordonna qu'on ne recherchât plus les chrétiens, mais que s'il en tombait quelqu'un entre les mains de la justice, il fût puni.

On lit encore que saint Ignace, au milieu de tant de tourments, ne cessait d'invoquer le nom de J.-C. Comme ses bourreaux lui demandaient pourquoi il répétait si souvent ce nom, il dit : « Ce nom, je le porte écrit dans mon coeur ; c'est la raison pour laquelle je ne puis cesser de l’invoquer. » Or, après sa mort, ceux qui l’avaient entendu parler ainsi ; voulurent s'assurer du fait; ils ôtent donc son coeur de son corps, le coupent en deux, et trouvent ces mots gravés en lettres d'or au milieu : « J.-C. » Ce qui donna la foi à plusieurs. Saint Bernard parle ainsi de ce saint, dans son commentaire sur le Psaume : Qui habitat. « Le grand saint Ignace fut l’élève du disciple que Jésus aimait ; il fut martyr aussi et ses précieuses reliques enrichirent notre pauvreté. Dans plusieurs lettres qu'il adressa à Marie, il la salue du nom de Porte-Christ : c'est un bien grand titre de dignité et une recommandation d'un immense honneur! »

* Ces deux lettres sont-elles authentiques? Les auteurs anciens disent oui, les modernes disent non. Ce qu'il y a de certain c'est qu'elles remontent à une très haute antiquité.

La Légende dorée de Jacques de Voragine nouvellement traduite en français avec introduction, notices, notes et recherches sur les sources par l'abbé J.-B. M. Roze, chanoine honoraire de la Cathédrale d'Amiens, Édouard Rouveyre, éditeur, 76, rue de Seine, 76, Paris mdccccii



Les Pères apostoliques (II) : Ignace d’Antioche

Cours de patrologie de soeur Gabriel Peters o.s.b., chapitre 2

(…) Les Pères apostoliques sont ceux qui sont réputés avoir connu les apôtres.

Introduction

I. Ignace d’Antioche

- 1. D’après les témoignages anciens

- 2. D’après les lettres d’Ignace

- 3. D’après la lettre de Polycarpe de Smyrne aux Philippiens

- 4. Quelques déductions et hypothèses

- 5. D’après les légendes

- 6. Le culte d’Ignace

II. Les sept lettres authentiques

- 1. La question de l’authenticité

- 2. Le style des lettres

- 3. Aperçu sur le texte des lettres

- 4. La doctrine des lettres

Conclusion : L’âme d’Ignace d’Antioche

Appendice

• Honoré du titre le plus glorieux, dans les fers que je promène, je chante les Églises. Je leur souhaite l’union avec la chair et l’esprit de Jésus-Christ, notre éternelle vie ; l’union dans la foi et la charité, cette charité que rien n’égale ; l’union bien plus importante encore avec Jésus et le Père en qui nous résisterons à toutes les menaces du Prince de ce monde ; nous y échapperons et nous atteindrons Dieu.

Magnésiens, 1, 2.

INTRODUCTION

Ignace d’Antioche

IGNACE, évêque d’Antioche, fut condamné à être livré aux bêtes à Rome. Il y subit le martyre sous le règne de Trajan. Enchaîné et mené au supplice, il écrivit, pendant son long parcours, sept lettres, soit six à des Églises locales et une à l’évêque de l’une d’elles qui l’avait accueilli : Polycarpe de Smyrne.

Les sept lettres authentiques d’Ignace

Ces sept lettres authentiques d’Ignace d’Antioche nous renseignent sur la vie des Églises au début du second siècle, sur leur organisation hiérarchique et sur les hérésies menaçantes. La lettre aux Romains témoigne aussi de la primauté de Rome.

Ces lettres nous révèlent l’âme ardente du grand martyr et la pureté de sa doctrine imprégnée des pensées de saint Paul souvent cité, et tout autant de celles que nous retrouvons dans les écrits johanniques.

I - IGNACE D’ANTIOCHE

L’âme d’Ignace nous apparaîtra tout entière dans ses lettres très personnelles.

Quant à sa vie, en dehors des nombreux détails que ses lettres nous donnent sur la route vers le supplice, nous n’en savons pour ainsi dire rien. Il nous faut donc classer, d’après les sources consultées, les renseignements fournis, afin d’être mieux à même d’en évaluer la portée.

1. d’après les témoignages anciens les plus autorisés

Remarquons que seuls ces témoignages nous confirment le martyre d’Ignace que nul, bien entendu, ne met en doute. Seuls aussi, ils nous fournissent le cadre chronologique des événements ; tout d’ailleurs invite à l’accepter.

• Irénée et Origène

Vers 180, Irénée (Adv. Haer., 5, 28) et vers 235 Origène (In Luc., 6) assurent qu’Ignace fut livré aux bêtes. Origène nous dit qu’Ignace fut le deuxième évêque d’Antioche [1].

• Eusèbe

La Chronique d’Eusèbe place le martyre d’Ignace la dixième année de Trajan, soit en 107. Cette précision n’a qu’une valeur approximative, mais tous les savants s’accordent pour accepter les environs de l’an 110.

L’Histoire Ecclésiastique (3, 22) nous apprend, d’accord avec Origène, qu’Ignace, deuxième évêque d’Antioche, succéda au successeur immédiat de saint Pierre, Evodius. Or, Eusèbe avait sous les yeux les anciennes listes épiscopales d’Antioche (dans la Chronique de Jules l’Africain († après 240), ami d’Origène.

Le chapitre de l’Histoire Ecclésiastique, au livre 3, est consacré tout entier à Ignace, mais les renseignements proviennent visiblement des lettres du martyr ; c’est donc là que nous préférons les rechercher.

2. d’après les lettres d’Ignace

L’évêque d’Antioche, Ignace, appelé aussi Théophore, condamné à être livré aux bêtes à Rome, y fut conduit enchaîné.

• Depuis la Syrie jusqu’à Rome, je combats contre les bêtes, sur terre et sur mer, de nuit et de jour, enchaîné que je suis à dix léopards, je veux parler des soldats qui me gardent. A mesure qu’on leur fait plus de bien, ils en deviennent pires. Mais par leurs mauvais traitements, je deviens davantage un disciple.

Lettre aux Romains, 5, 1

Pendant ce douloureux voyage, le saint évêque, exultant de joie, écrivit aux Églises sept lettres qui nous dévoilent son âme ardente et nous révèlent aussi ses préoccupations - assurer l’union des Églises à leurs évêques, leur union entre elles et la fuite de l’hérésie.

Il est aisé de retracer, d’après les détails donnés, l’itinéraire parcouru par le condamné (voir carte page suivante).

Il y eut trois escales plus importantes : Philadelphie, Smyrne et Troas.

A Smyrne, Ignace fut accueilli par l’évêque Polycarpe. Des délégations importantes d’autres Églises d’Asie s’empressèrent de venir le saluer.

• … Les charitables Églises m’ont accueilli au nom de Jésus-Christ, non comme un simple passant. Et celles-là mêmes qui n’étaient pas sur ma route selon la chair venaient au devant de moi de ville en ville.

Lettre aux Romains, 9, 3.

De Smyrne, Ignace écrit quatre lettres

• les lettres aux communautés d’Éphèse, de Magnésie, de Tralles pour les remercier de l’avoir fait saluer par leurs délégués.

• et l’incomparable lettre aux Romains pour supplier instamment ceux-ci de ne tenter aucune démarche en sa faveur.

• Je crains que votre charité ne me fasse tort… Jamais je ne retrouverai une pareille occasion d’aller à Dieu… Si vous vous taisez, je deviendrai une parole de Dieu, mais si vous aimez trop ma chair, je ne serai plus qu’une voix [2]… Je ne vous demande qu’une chose, c’est de laisser offrir à Dieu la libation de mon sang tandis que l’autel est encore prêt : alors, réunis tous en chœur par la charité, vous pourrez chanter dans le Christ Jésus unE hymne à Dieu le Père pour avoir daigné faire venir l’évêque de Syrie du levant au couchant. Il est bon de se coucher loin du monde en Dieu pour se lever en Lui.

Lettre aux Romains, 1 et 2

À Troas, Ignace reçoit une heureuse nouvelle : toute persécution a cessé dans son Église d’Antioche. Il écrit alors trois lettres : les lettres aux communautés de Philadelphie et de Smyrne

• la lettre à l’évêque de Smyrne : Polycarpe.

Très semblables aux lettres de remerciement et de conseils écrites de Smyrne, - celle aux Romains exceptée -, ces lettres écrites de Troas n’en diffèrent que sur un point : elles se terminent par la recommandation d’envoyer à Antioche un diacre, un « courrier de Dieu ».

• On m’a annoncé que grâce à votre prière et à la miséricorde que vous avez dans le Christ Jésus, l’Église d’Antioche de Syrie est en paix ; il convient donc que vous, en tant qu’Eglise de Dieu, vous élisiez un diacre, pour qu’il y aille en messager de Dieu, pour se réjouir avec ceux qui sont rassemblés et glorifier le Nom.

Lettre aux Philippiens, 10, 1.

• J’ai appris que l’Église d’Antioche en Syrie a, grâce à votre prière, recouvré la paix. Cette nouvelle a relevé mon courage, et maintenant que Dieu m’a rendu la tranquillité, je n’ai plus qu’un seul souci : celui d’arriver à lui par le martyre et d’être, grâce à vous, compté parmi les vrais disciples au jour de la résurrection. Il convient, bienheureux Polycarpe, de convoquer une assemblée agréable à Dieu et d’élire quelqu’un qui vous soit très cher et qui soit actif, on pourra l’appeler le courrier de Dieu, il serait chargé d’aller porter en Syrie, pour l’honneur de Dieu, le glorieux témoignage de votre ardente charité. Un chrétien ne s’appartient pas, il appartient au service de Dieu.

À Polycarpe, 7, 1-3.

Ignace se proposait d’écrire bien d’autres lettres encore.

• J’écris à toutes les Eglises : je mande à tous que je mourrai de grand cœur pour Dieu, si vous ne m’en empêchez.

Lettre aux Romains 4, 1.

N’avait-il pas annoncé, dans sa lettre aux Éphésiens, la plus longue, un « deuxième livret » qui leur exposerait plus en détail « l’économie concernant l’homme nouveau Jésus-Christ » (Éph. 20, 1) ?

Les derniers mots de la lettre à Polycarpe sont les derniers que nous entendrons d’Ignace :

• Je vous dis un éternel adieu en Jésus-Christ notre Dieu. Puissiez-vous demeurer toujours en Lui, dans l’unité de Dieu et sous sa surveillance [3]. Je salue Alcé dont le nom m’est si cher. Adieu dans le Seigneur.

8, 2

3. d’après la lettre de S. Polycarpe aux Philippiens

Les Philippiens ont eux aussi reçu Ignace sur son passage, ils écrivent à Polycarpe, demandant l’envoi des précieuses lettres du martyr. Et Polycarpe répond à leur désir :

• Les épîtres d’Ignace, tant celles qu’il nous a adressées que d’autres que nous possédons de lui, nous vous les envoyons toutes selon votre demande, elles sont jointes à la présente lettre. Vous pourrez en tirer un grand profit car elles sont pleines de foi, de patience, de tout ce qui peut édifier et porter à Notre Seigneur. De votre côté, si vous avez des nouvelles sûres d’Ignace et de ses compagnons, veuillez me les communiquer.

13, 2

Polycarpe n’a donc aucune nouvelle sûre de l’évêque d’Antioche, cependant, il n’en doute pas : il a, comme ses compagnons, subi le martyre.

• Montrez cette indéfectible patience que vous avez contemplée de vos propres yeux, non seulement dans les bienheureux Ignace, Zosime et Rufus, mais aussi en d’autres qui étaient de chez vous, en Paul lui-même et dans les autres apôtres, bien persuadés que ces hommes n’ont pas couru en vain (Phil., 2, 16), mais dans la foi et la justice, et que maintenant, ils occupent auprès du Seigneur, dont ils ont partagé les souffrances, la place qui leur est due.

9, 1-2

C’est la lettre de Polycarpe qui nous apprend que, du moins à son arrivée à Philippes, d’autres condamnés furent adjoints à Ignace (1, 1 ; 9, 1 ; 13, 2).

4. quelques déductions et hypothèses plausibles

Ignace semble bien être Syrien d’origine. Il n’est pas citoyen romain, car jamais un citoyen romain ne fut condamné aux bêtes. Rien n’indique qu’il soit Juif : il s’oppose avec fermeté aux coutumes juives (Magn., 8 et 9) et aux judaïsants.

On considère volontiers Ignace comme un converti et on le met en parallèle sur ce point avec Paul, l’ancien persécuteur. De part et d’autre, mêmes protestations d’humilité, même vive conscience des grâces reçues.

• Je ne vous donne pas des ordres comme si j’étais un personnage. Je suis bien, il est vrai, chargé de fers pour le Nom, mais je n’ai pas encore atteint la perfection en Jésus-Christ. Je ne fais que débuter à son école et si je m’adresse à vous, c’est comme à mes condisciples.

Lettre aux Éphésiens, 3, 1

• Bien que je sois le dernier des fidèles dAntioche, Dieu a daigné me choisir pour le glorifier.

Lettre aux Éphésiens, 21, 2

• Bien que je sois dans les fers et que vous, vous soyez libres, je ne suis pas à comparer à un seul d’entre vous.

Lettre aux Magnésiens, 12

• J’ai de grandes pensées en Dieu, mais je m’impose à moi-même une mesure, pour ne pas me perdre par ma vanterie. Car c’est maintenant surtout que je dois me tenir sur mes gardes et éviter de prêter l’oreille à la flatterie. Ceux qui me flattent me flagellent. Assurément je désire souffrir, mais j’ignore si j’en suis digne, car si mon irritation échappe aux yeux d’un grand nombre, elle ne m’en fait pas moins une guerre très acharnée… Oui, je pourrais, dans cette lettre, vous parler des choses du ciel. Mais vous êtes si enfants encore et je crains de vous faire mal. Excusez-moi donc : incapables d’avaler, vous pourriez vous étrangler. Moi-même, bien que prisonnier, et en état de concevoir les choses du ciel, de connaître les hiérarchies des anges, les armées des principautés, les choses visibles et invisibles, je ne suis pas encore pour autant un vrai disciple. Nous manquons de tant de choses pour que Dieu ne nous manque pas.

Lettre aux Tralliens, 4 et 5

• Je ne suis pas digne de faire partie de cette Église (= Antioche) moi, le dernier de ses membres. C’est à la volonté de Dieu que je dois cet honneur, non à mes mérites, mais à sa grâce. Puissé-je, grâce à vos prières, la recevoir dans toute sa plénitude pour parvenir enfin à atteindre Dieu.

Lettre aux Smyrniotes, 11.

Une loi du Digeste romain spécifie que les hommes (gladiateurs ou condamnés) dirigés vers Rome doivent être « dignes d’être exhibés au peuple romain » (si eius roboris vel artifis sint ut digne populo romano exhiberi possint, Digeste, 48, 19, 31). Ignace fut donc désigné comme une victime de choix.

5. d’après les légendes

Il existe cinq récits différents ou « Actes » du martyre d’Ignace : les deux principaux sont les Actes antiochiens (le Martyrium Colbertinum) et les Actes romains (le Martyrium Vaticanum). On les consulte pour fixer la suite de l’itinéraire d’Ignace, la date du martyre, etc., mais tout y est légendaire.

Une légende tardive (IXe s. - d’Anastase le Bibliothécaire) a souligné l’humilité d’Ignace : elle voit en lui le petit enfant que Jésus prit entre ses bras pour le montrer en exemple à ses apôtres et justifie ainsi son nom de Théophore [4]. Une autre légende étrange (de saint Vincent de Beauvais, dominicain du XIIIe s.) prétend que sur chacun des morceaux du cœur d’Ignace, on lisait une lettre en or : ces lettres recomposaient le nom de Jésus-Christ… On ne se trompe pas en affirmant que le cœur d’Ignace était possédé de l’amour du Christ, mais ceci est exprimé par trop naïvement ! Les lettres d’Ignace nous le disent bien mieux.

6. le culte d’Ignace

Des reliques d’Ignace seraient conservées à Antioche et d’autres à Rome, à l’église de S. Clément. Ce qui est sûr, c’est que le culte d’Ignace se répandit aussitôt après sa mort. Saint Jean Chrysostome prononça à Antioche le panégyrique du saint martyr en son dies natalis, le 17 octobre [5] : « Rome fut arrosée de son sang, vous avez recueilli ses dépouilles… Vous aviez envoyé un évêque, on vous a rendu un martyr » In sanct. mart. Ignatium, 5



II - LES SEPT LETTRES AUTHENTIQUES D’IGNACE

1. La question de l’authenticité

Pendant plus de deux siècles, la question de l’authenticité des sept lettres d’Ignace d’Antioche fut âprement débattue. Vers la fin du XIXe s., la quasi unanimité se fit : la force et la convergence des arguments, tant externes qu’internes, qui plaident en faveur de l’authenticité, fit cesser la bataille.

Eusèbe de Césarée, au livre III de l’Histoire Ecclésiastique, consacre, nous l’avons vu, tout le chapitre 36 à Ignace et à ses lettres. Il les a manifestement sous les yeux et la liste qu’il en dresse est exactement celle des sept lettres que nous étudions. Il cite en outre le témoignage si précieux de Polycarpe, l’évêque de Smyrne qui accueillit Ignace lorsque celui-ci s’acheminait vers le martyre. Polycarpe, dont l’écrit est aussi venu jusqu’à nous, envoie aux Philippiens qui la lui demandent la collection des lettres d’Ignace. Eusèbe nous rappelle encore qu’Irénée cite dans ses œuvres la lettre d’Ignace aux Romains.

Comment, devant de tels témoignages, a-t-on même pu douter de l’authenticité des sept lettres ?

Deux motifs furent à la base de la controverse

a) Trois recensions différentes des lettres d’Ignace existent. L’une (la recension courte) ne comprend que des extraits, la troisième (la recension longue) contient nos lettres, mais aussi six lettres additionnelles apocryphes. La critique dut donc déchiffrer l’énigme et elle a admis comme seule authentique la recension moyenne, celle qui correspond en tous points au relevé d’Eusèbe.

b) Renan voyait, dans les lettres d’Ignace, « un plaidoyer pour l’orthodoxie et l’épiscopat ». De fait, les lettres d’Ignace sont la source unique qui permet de retracer l’organisation hiérarchique si ferme de l’Église à une époque aussi ancienne. Chaque Église est réunie autour de la hiérarchie : évêque, presbytres, diacres. La plupart des savants se refusaient à admettre ce fait.

2. Le style des lettres

Le style des lettres d’Ignace d’Antioche est d’une originalité saisissante.

Ce style, « qualités et défauts, grammaire et vocabulaire, est exactement le même dans les sept lettres et sa parfaite unité, d’un bout à l’autre de la collection, trahit l’unité d’auteur » [6].

Rien de composé ni d’étudié, bien au contraire, mais un langage direct et ardent. L’évêque d’Antioche sait que ces mots heurtés, qu’il dicte à la hâte, sous le regard hostile de ses malveillants gardiens, seront son testament spirituel et, tandis que son esprit embrasse tout l’horizon de l’Église catholique qui se soude dans l’unité, il lègue ce testament, toujours identique, à chacune des Églises locales qu’il peut atteindre.

Répétitions incessantes, images maladroites et trop fortes, phrases inachevées, brisées soudain par le jaillissement d’une idée nouvelle : ces défauts littéraires, que l’on a signalés à l’envi, ne lasseront que ceux qui ne peuvent communier aux convictions profondes de cette âme passionnée, tendue vers le Christ et vers Dieu.

Le jugement d’un fin littérateur comme Renan fut sévère : « Si l’on excepte en effet l’épître aux Romains, pleine d’une énergie étrange, d’une sorte de feu sombre, et empreinte d’un caractère particulier d’originalité, les six autres épîtres, à part deux ou trois passages sont froides, sans accent, d’une désespérante monotonie » [7].

Il est très vrai que l’incomparable Lettre aux Romains est d’une beauté unique : « On n’écrit pas dans sa vie deux lettres comme celle-là », mais « la différence est de degré, non de nature » et ce que Renan nomme monotonie, d’autres le nommeront insistance [8].

Le jugement de Tixeront nous semble si juste et si bien exprimé que nous le transcrivons ici : « Ignace ignore l’atticisme et l’art des périodes harmonieuses et savantes. Mais nul auteur, si ce n’est saint Paul à qui il ressemble beaucoup, n’a fait, mieux que lui, passer dans ses écrits toute sa personnalité et toute son âme. Un mouvement que l’on sent irrésistible entraîne cette composition incorrecte et heurtée, un feu court sous ses phrases où, parfois, un mot à l’emporte-pièce jaillit comme un éclair. La beauté de l’équilibre classique a fait place à une beauté d’ordre supérieur, parfois étrange, dont la source est dans l’intensité du sentiment et dans les profondeurs de la piété du martyr » [9].

3. Aperçu sur les différentes lettres

Voici comment se présente la collection des lettres d’Ignace :

a) Les quatre lettres écrites de Smyrne : • aux Éphésiens • aux Magnésiens • aux Tralliens • aux Romains

b) Les trois lettres écrites de Troas : • aux Philadelphiens • aux Smyrniotes • à l’évêque de Smyrne : Polycarpe.

Cinq de ces lettres ont, en ce qui concerne les idées traitées, un contenu absolument identique. Ce sont les lettres 1 - 2 - 3 et 5 - 6, soit toutes les lettres écrites aux Églises, celle aux Romains mise à part.

En voici, non pas le plan - car la disposition des sujets traités varie quelque peu -, mais le relevé des idées :


Salutation

Éloge des qualités de la communauté

Recommandations pressantes : fuir l’hérésie, s’attacher à l’unité dans la soumission à l’évêque

Salut final et demande de prières pour la Syrie ou de l’envoi d’un diacre (les lettres de Troas).

Quant à la lettre à l’évêque de Smyrne, Polycarpe, elle est bien semblable aux cinq lettres aux Églises, mais les conseils y ont évidemment un accent plus personnel et direct. Ignace se rend compte cependant que cette lettre aussi sera lue à toute l’assemblée, car, en une deuxième partie, il la termine en s’adressant à toute l’Église, lui recommandant la soumission à l’évêque.

Contre quelle hérésie Ignace met-il en garde les chrétiens ?

Ignace s’attaque à deux erreurs : le judéo-christianisme qui consiste à mêler les rites et les pratiques du judaïsme au christianisme et le ascétisme qui ne voit dans le corps de Jésus-Christ qu’un fantôme sans réalité objective.

Nous allons passer en revue chacune des lettres d’Ignace. Dans les citations, nous suivrons l’ordre des chapitres.

a) Les quatre lettres écrites de Smyrne

1 - LA LETTRE AUX ÉPHÉSIENS

Cette lettre est la plus longue, presque le double des autres et Ignace y annonce une deuxième lettre. Il y exhorte les Éphésiens à l’unité entre eux et avec leur évêque, il les met en garde contre l’hérésie et les remercie de l’envoi de leurs représentants.

Soumission à l’évêque :

• Vous ne devez avoir avec votre évêque qu’une seule et même pensée… Votre vénérable presbyterium vraiment digne de Dieu est uni à l’évêque comme les cordes à la lyre et c’est ainsi que du parfait accord de vos sentiments et de l’harmonie de votre charité, s’élève un chant vers Jésus-Christ. Que chacun de vous entre dans ce chœur. Alors, dans l’harmonie de la concorde, vous prendrez par votre unité même le ton de Dieu, et vous chanterez tous d’une seule voix par Jésus-Christ, les louanges du Père qui vous entendra et, à vos bonnes œuvres, vous reconnaîtra pour les membres de son Fils. Il vous est bon de vous tenir dans une irréprochable unité : c’est par là que vous jouirez d’une constante unité avec Dieu lui-même.

4, 2

L’unité :

• Quel n’est pas votre bonheur à vous qui êtes étroitement unis à l’évêque comme l’Église l’est à Jésus-Christ et Jésus-Christ à son Père, dans l’harmonie de l’universelle unité.

5, 1

Mise en garde contre l’hérésie :

• Ne vous laissez jamais séduire par personne… car vous vous êtes donnés tout entiers à Dieu.

8

À Éphèse, les processions en l’honneur de la grande Artémis étaient célèbres. Ignace s’empare de l’image et montre dans les chrétiens les « théophores », les « christophores », les porteurs des objets sacrés :

• Vous êtes tous compagnons de route, portant votre Dieu et son temple, le Christ, les objets sacrés, et parés des préceptes de Jésus-Christ.

9, 2

Bonté pour tous :

• Priez aussi sans cesse pour les autres hommes : on peut espérer les voir arriver à Dieu par la pénitence. Donnez-leur au moins la leçon de vos exemples. À leurs emportements, opposez la douceur, à leur orgueil, l’humilité ; à leurs blasphèmes, la prière ; à leurs erreurs, la fermeté dans la foi ; à leur caractère sauvage, l’humilité, sans jamais chercher à rendre le mal qu’ils vous font. Montrons-nous vraiment leurs frères par la bonté. Efforçons-nous d’imiter le Seigneur en rivalisant à qui souffrira davantage l’injustice, le dépouillement et le mépris.

10

Amour du Christ :

• L’essentiel, c’est d’être trouvé par notre union avec le Christ Jésus dignes de la véritable vie. N’aimez rien en dehors de Lui. C’est pour Lui que je promène mes chaînes qui sont mes perles spirituelles. Puissé-je ressusciter avec elles grâce à vos prières

11

Le silence de Jésus :

• Celui qui entend en vérité la parole de Jésus, celui-là peut entendre en vérité son silence même ; c’est alors qu’il sera parfait : il agira par sa parole et se manifestera par son silence.

15

• Si le Seigneur s’est laissé répandre un parfum sur la tête, c’est pour communiquer à l’Église son incorruptibilité.

17

• Pourquoi ne pas acquérir tous la sagesse en recevant la connaissance de Dieu qui est Jésus-Christ ? Pourquoi courir follement à notre perte en méconnaissant le don que le Seigneur nous a véritablement envoyé ?

17

Au chapitre 19, Ignace fait mention d’une étoile miraculeuse « qui fit pâlir toutes les autres » et manifesta « les mystères éclatants que Dieu opéra dans le silence » (la virginité de Marie, son enfantement, la mort du Seigneur). Cette croyance, écho de celle qui se trouve dans l’Évangile de Matthieu, se retrouvera encore dans un évangile apocryphe (le Protévangile de Jacques) et dans Clément d’Alexandrie.

2 - LA LETTRE AUX MAGNÉSIENS

Ignace remercie les Magnésiens de l’envoi de leurs représentants, il les exhorte au respect et à la soumission envers leur évêque et, leur recommandant de garder l’unité de la foi, il les met en garde contre l’hérésie des judaïsants.

Damas, le saint évêque de Magnésie, est très jeune encore, aussi Ignace met-il en garde les fidèles :

• La jeunesse de votre évêque ne doit pas être pour vous le prétexte d’une trop grande familiarité : c’est la puissance même de Dieu le Père que vous devez pleinement révérer en lui… Ce n’est pas à lui que va la soumission des presbytres, mais au Père de Jésus-Christ, à l’évêque universel.

3, 1

De qui est cette monnaie ?

• Il y a pour ainsi dire deux sortes de monnaies : celle de Dieu et celle du monde, et chacune d’elles a son effigie propre ; les infidèles portent l’effigie de ce monde ; les fidèles, que la charité anime, l’empreinte de Dieu le Père.

5

Faire tout « en commun » dans l’unité :

• De même que le Seigneur n’a rien fait, ni par lui-même, ni par ses apôtres, sans son Père (cf. Jn, 5, 19) avec lequel il est un, ainsi, vous non plus, ne faites rien sans l’évêque et les presbytres. C’est en vain que vous essaierez de faire passer pour raisonnable une action accomplie à part vous, faites donc tout en commun : une même prière, une même supplication, un seul et même esprit, une même espérance animés par la charité dans une joie innocente. Tout cela, c’est Jésus-Christ au-dessus duquel il n’y a rien… Accourez tous vous réunir dans le même temple de Dieu, au pied du même autel, en Jésus-Christ un, qui est sorti du Père un et qui demeurait dans l’unité du Père et qui est retourné à Lui (cf. Jn, 16, 28).

7

Comment pourrions-nous vivre sans Jésus-Christ ?

• Ce mystère (la résurrection de Jésus) nié par plusieurs est la source de notre foi et par là de la patience avec laquelle nous souffrons pour devenir de vrais disciples de Jésus-Christ, notre unique Maître. Comment donc pourrions-nous vivre sans lui quand les prophètes eux-mêmes, ses disciples en esprit, l’attendaient comme leur Maître ?

9

• Ne restons donc pas insensibles à sa bonté. S’il vient à régler sa conduite sur la nôtre, c’en est fait de nous. Apprenons donc à son école à vivre selon le christianisme [10].

10, 1

3 - LA LETTRE AUX TRALLIENS

Ignace remercie les Tralliens de l’envoi de leurs représentants, il fait l’éloge des Tralliens, les félicitant surtout de leur soumission à leur évêque. Il les met en garde contre l’hérésie et leur recommande de demeurer dans l’unité.

Ignace a une réelle affection, presque une prédilection, pour ses chers diacres. Il a une conception très haute de leur service :

• Ils ne sont pas en effet de simples distributeurs d’aliments et de boissons, ils sont les serviteurs de l’Église de Dieu.

2, 1

Nous rappelons que nous avons déjà cité, emprunté à la lettre aux Tralliens (ch. 9), un texte important qui est à l’origine du Symbole des apôtres : profession de foi dont les termes se fixent déjà [11]. Au chapitre 10, on relève une vive protestation contre le docétisme et ce lyrisme passionné est bien semblable à celui qui anime toute la lettre aux Romains :

• S’il (= Jésus-Christ) n’a souffert qu’en apparence, comme le prétendent certains athées, c’est-à-dire certains incrédules qui ne sont eux-mêmes qu’une apparence, à quoi bon alors les fers que je porte ? Pourquoi brûler de combattre contre les bêtes ? C’est donc en vain que je meurs ! Ce que je dis du Seigneur n’est donc qu’une fable !

10

C’est dans les lettres d’Ignace que se rencontre pour la première fois l’image devenue si courante de « l’arbre de la croix », arbre de vie [12] :

• Fuyez les rameaux parasites et dangereux (= les incrédules) ils portent des fruits qui donnent la mort, si quelqu’un en goûte, il meurt sur-le-champ. Ceux-là ne sont pas la plantation du Père. S’ils l’étaient, ils apparaîtraient comme des rameaux de la croix, et leur fruit serait incorruptible [13].

11, 1-2

Et ce texte se poursuit par cet émouvant appel à l’unité :

• Par sa croix, dans sa passion, Jésus-Christ vous appelle à lui, vous qui êtes ses membres. La tête, en effet, ne peut pas être engendrée sans les membres et c’est Dieu qui nous promet cette unité : Dieu qui est lui-même unité.

11, 2

4 - LA LETTRE AUX ROMAINS

Cette lettre a un seul but : implorer les Romains de ne pas intervenir pour éloigner d’Ignace le supplice qu’il considère comme la grâce suprême de sa vie. Elle est tout entière un cri passionné d’amour. Elle est la première et la plus belle expression de ce « désir du martyre » qui enflammera les chrétiens fervents des premiers siècles, qui dictera à un Origène et à un saint Cyprien leur Exhortation au martyre et sera à l’origine de la naissance et de la diffusion du monachisme ancien.

Il faut aussi retenir le témoignage que cette lettre apporte à la primauté romaine.

• Contentez-vous de demander pour moi la force intérieure et extérieure, pour que je sois chrétien, non seulement de bouche mais de cœur ; non seulement de nom mais de fait, car si je me montre chrétien de fait, je mériterai aussi ce nom, et c’est quand j’aurai disparu de ce monde que ma foi apparaîtra avec le plus d’éclat. Rien de ce qui se voit n’est bon : même notre Dieu, Jésus-Christ ne s’est jamais mieux manifesté que depuis qu ’il est retourné au sein du Père. Le christianisme, en butte à la haine du monde, n’est plus objet de persuasion (humaine) mais œuvre de puissance.

3, 1-2

• Laissez-moi devenir la pâture des bêtes : c’est par elles qu’il me sera donné d’arriver à Dieu. Je suis le froment de Dieu et je suis moulu par, la dent des bêtes pour devenir le pain immaculé du Christ. Caressez-les plutôt, afin « elles soient mon tombeau et qu’elles ne laissent rien subsister de mon corps, mes funérailles ne seront ainsi à charge à personne.

4, 1-2

• Il m’est bien plus glorieux de mourir pour le Christ Jésus que de régner jusqu’aux extrémités de la terre. C’est lui que je cherche, qui est mort pour nous ! C’est lui que je veux, qui est ressuscité pour nous ! Voici le moment où je vais être enfanté. De grâce, frères, épargnez-moi : ne m’empêchez pas de naître à la vie, ne cherchez pas ma mort… Laissez-moi arriver à la pure lumière : c’est alors que je serai vraiment homme. Permettez-moi d’imiter la passion de mon Dieu.

6

• Mes passions terrestres ont été crucifiées, il n’existe plus en moi de feu pour la matière il n’y a plus qu’une eau vive qui murmure au-dedans de moi « Viens vers le Père ».

7

La lettre aux Romains est datée, Ignace veut annoncer son arrivée :

• Je vous écris de Smyrne, par l’intermédiaire d’Éphésiens… Je vous écris le neuvième jour avant les calendes de septembre (= 24 août).

10

b) Les trois lettres écrites de Troas

5 - LA LETTRE AUX PHILADELPHIENS

Après avoir fait l’éloge de leur évêque, Ignace recommande aux Philadelphiens de fuir l’hérésie, il signale surtout celle des judaïsants, il exhorte à rechercher l’unité dans l’eucharistie et il demande d’envoyer un diacre comme délégué à Antioche.

Il est remarquable qu’Ignace, malgré la sévérité de sa mise en garde constante contre l’hérésie et les hérétiques, demeure profondément bienveillant pour les personnes dont il ne cesse d’espérer le retour à la vérité, à l’unité :

L’hérésie :

• Abstenez-vous de ces plantes vénéneuses : Jésus-Christ ne les cultive pas parce qu’elles n’ont point été plantées par le Père… Tous ceux qui appartiennent à Dieu et à Jésus-Christ restent unis à l’évêque ; et tous ceux que le repentir ramène dans l’unité de l’Église appartiendront, eux aussi, à Dieu, pour vivre selon Jésus-Christ.

3, 1-2

La charité :

• Serrez-vous les uns contre les autres dans l’indivisible unité de vos cœurs.

6, 2

Le repentir :

• Dieu pardonne toujours au repentir pourvu que ce repentir ramène à l’union avec Dieu et à la communion avec l’évêque.

8, 1

Nous citons ci-après un passage important dont le sens est très discuté : il semble bien qu’il s’agit de répondre à ceux qui opposent l’autorité de l’Ancien Testament à celle de l’Évangile [14].

• Je vous en prie, inspirez-vous toujours dans votre conduite, non de l’esprit de discorde, mais de la doctrine du Christ. J’ai entendu dire à certaines gens : « Ce que je ne trouve pas dans nos archives, je ne l’admets pas dans l’Évangile ». Et quand je leur disais : « Mais, c’est écrit », ils me répondaient : « Là est justement toute la question ». Mes archives à moi, c’est Jésus-Christ ; mes inviolables archives, c’est sa croix, sa mort, sa résurrection et la foi dont il est l’auteur. Voilà d’où j’attends, avec l’aide de vos prières, d’être justifié.

8, 2

Il n’y a d’ailleurs chez Ignace aucune opposition entre l’Ancien Testament et l’Évangile, c’est à plusieurs reprises qu’il parlera avec grand éloge des prophètes :

• Tout cela [15] n’a qu’un but : notre union avec Dieu, mais il y a dans l’Évangile un trait tout particulier : c’est l’avènement du Sauveur, notre Seigneur Jésus-Christ, sa passion et sa résurrection. Car les bien-aimés prophètes n’avaient fait que l’annoncer, tandis que l’Évangile est la consommation de la vie éternelle.

9, 2

6 - LA LETTRE AUX SMYRNIOTES

Ignace met les Smyrniotes en garde contre l’hérésie du docétisme. Il leur recommande l’union à l’évêque et les prie d’envoyer un délégué à Antioche.

La lettre débute par un passage qui, lui aussi, est bien proche d’une profession de foi : voir chap. 1 et 2 (cf. Trall. 9).

Nouvelle mise en garde contre le docétisme :

• Mon but est de vous mettre en garde contre les bêtes féroces à figure humaine, que non seulement vous ne devez pas accueillir, mais dont vous devez même, si c’est possible, éviter la rencontre, vous contentant de prier pour leur conversion, chose d’ailleurs bien difficile, mais possible pourtant à Jésus-Christ, notre véritable vie. Si c’est seulement en apparence que notre Seigneur a agi, ce n’est aussi qu’en apparence que je suis chargé de fers. Alors, pourquoi me suis-je voué à la mort, par le feu, le glaive, les bêtes ?… C’est pour m’associer à sa passion que j’endure tout et c’est lui qui m’en donne la force, lui qui s’est fait complètement homme.

4

Ignace souhaite que la pénitence ramène les infidèles

• à la foi en la passion qui est notre résurrection.

5, 3

Nous citons le texte qui est le plus ancien exemple de l’emploi du mot Église catholique dans le sens d’Église universelle [16] :

• Ne regardez comme valide que l’Eucharistie célébrée sous la présidence de l’évêque ou de son délégué. Partout où paraît l’évêque, que là aussi soit la communauté, de même que partout où est le Christ-Jésus, là est l’Église catholique.

8

Nous avons la preuve qu’Ignace dictait ses lettres, car il dit qu’il écrit aux Smyrniotes par la main de Burrhus (ch. 12).

7 - LA LETTRE A POLYCARPE

On a toujours remarqué que le ton de la lettre d’Ignace à Polycarpe, s’il est bienveillant certes, est aussi quelque peu protecteur : tout suggère que Polycarpe est plus jeune qu’Ignace et encore assez inexpérimenté.

L’évêque de Smyrne « est soumis lui-même à l’épiscopat de Dieu le Père et du Seigneur Jésus-Christ », il lui est dit « d’avancer avec plus d’ardeur dans sa course » et de demander « une sagesse plus grande que celle qu’il a » (ch. 1).

• Prends soin de l’unité, le plus grand de tous les biens. Aide tous les autres, comme le Seigneur t’aide toi-même. Parle à chacun en particulier à l’exemple de Dieu. Quant aux choses invisibles, prie pour qu’elles te soient révélées, tu ne manqueras ainsi de rien et tu auras les dons spirituels en abondance.

2, 2

En faisant semblable recommandation à Polycarpe, Ignace nous livre un secret de son âme qui a la « révélation de l’invisible ».

• Comme le pilote réclame les vents et comme l’homme livré à la tempête réclame le port, ainsi le moment présent te réclame pour te mener jusqu’à Dieu.

2, 3

• J’offre pour toi ma vie et ces fers pour lesquels tu as montré tant de charité.

2, 3

• Tiens ferme comme l’enclume sous le marteau. Un grand athlète triomphe malgré les coups qui le déchirent.

3, 1

Le texte cité ci-dessus est bien émouvant lorsqu’on le rapproche de la pensée du martyre de Polycarpe. On a d’ailleurs souvent souligné combien cette lettre d’Ignace convenait au futur martyr qui eut en une vision la « révélation de l’invisible », qui est loué pour sa piété solidement établie comme sur un roc inébranlable et qui est appelé à deux reprises un athlète (« Porte, en athlète accompli, les infirmités de tous » ch. 1).

A partir du ch. 6, la lettre s’adresse à tous :

• Écoutez votre évêque pour que Dieu lui-même vous écoute… soyez les uns pour les autres indulgents et doux, comme Dieu l’est pour vous.

6

La lettre se termine en annonçant le départ précipité :

• Je ne puis écrire à toutes les Églises car on nous fait embarquer précipitamment à Troas pour Néapolis, ainsi l’ordonne la volonté.

8, 1

4. La doctrine des lettres

Les lettres d’Ignace « ont une importance incalculable pour l’histoire du dogme » [17].

« Comme à ses grands docteurs, l’Église lui doit certains traits qui resteront acquis pour toujours : pour la doctrine de l’Incarnation et de la Rédemption, de l’Église ou de l’Eucharistie, Ignace a apporté à la construction du dogme catholique des pierres solides et bien appareillées qui resteront à la base de l’édifice » [18].

« Du IIe au IVe s., la langue théologique a changé, mais la pensée est la même » [19].

On voit suffisamment par ces trois citations l’importance doctrinale des lettres d’Ignace d’Antioche : elle est d’autant plus remarquable qu’il s’agit de lettres hâtivement rédigées et occasionnelles.

Nous allons rapidement dresser ci-après un relevé de quelques textes majeurs soulignant les sujets suivants :

• Unité de Dieu et Trinité

• Divinité de Jésus

• Réalité de l’Incarnation

• Rédemption

• Eucharistie

• Église

• Virginité de Marie

Unité de Dieu

• Magn. 8, 2 - Il n’y a qu’un Dieu qui s’est manifesté par Jésus-Christ, son Fils qui est son Verbe sorti du silence [20].

Trinité

• Éph. 9, 1 - Vous êtes les pierres du temple du Père, destinées à l’édifice que construit Dieu le Père, élevées jusqu’au faîte par la machine de Jésus-Christ qui est sa croix, avec le Saint-Esprit pour câble [21].

Magn. 13, 1 - Ayez soin de vous tenir dans la foi et la charité avec le Fils, le Père et l’Esprit.

Magn. 13, 2 - Soyez soumis à l’évêque… comme les apôtres le furent au Christ, au Père et à l’Esprit [22].

Divinité de Jésus-Christ [23]

• Éph. 1, 1 Après vous être retrempés dans le sang de Dieu…

Éph. 7, 2 Il n’y a qu’un seul médecin, à la fois chair et esprit, engendré et non engendré [24], Dieu fait chair, vraie vie au sein de la mort, né de Marie et de Dieu, d’abord passible et maintenant impassible, Jésus-Christ Notre-Seigneur.

Éph. 18, 2 - Notre Dieu Jésus-Christ a été selon le plan divin porté dans le sein de Marie, issu du sang de David et aussi du Saint-Esprit. Il est né et a été baptisé pour purifier l’eau par sa passion.

Magn. 6, 1 - Jésus-Christ qui était auprès du Père avant les siècles et qui s’est révélé à la fin des temps.

Rom. 3, 3 - Rien de ce qui est visible n’est bon. Même notre Dieu Jésus-Christ ne s’est jamais mieux manifesté que depuis qu’il est retourné au sein du Père.

Rom. 6, 3 - Permettez-moi d’imiter la passion de mon Dieu.

Réalité de l’Incarnation

On pourrait relever ici tous les textes qui visiblement s’opposent au docétisme. Rappelons la fervente exclamation :

• Smyrn. 4, 1-2 - Il faut prier pour leur conversion (des docètes), chose bien difficile mais possible pourtant à Jésus-Christ, notre véritable vie. Si c’est seulement en apparence que Notre-Seigneur a agi, ce n’est aussi qu’en apparence que je suis chargé de fers. Alors pourquoi me suis-je voué à la mort, par le feu, le glaive, les bêtes ?.. C’est pour m’associer à sa passion que j’endure tout, et c’est lui qui m’en donne la force, lui qui s’est fait complètement homme.

Rédemption

Quelques textes cités à la suite l’un de l’autre prouveront l’insistance d’Ignace sur ce point :

• Jésus-Christ est mort pour nous afin de vous préserver de la mort par la foi en sa mort (Trall., 2, 1). C’est pour notre salut qu’il a enduré toutes ces souffrances (Smyrn., 2, 1). Il est mort pour nous, ressuscité à cause de nous (Rom., 6, 1). Il a été réellement percé de clous pour nous en sa chair sous Ponce-Pilate et Hérode le Tétrarque ; c’est au fruit de sa croix, à sa sainte et divine passion que nous devons la vie (Smyrn, 1, 2). Ceux qui sont plantés par le Père sont des rejetons de la croix et leur fruit est incorruptible (Trall., 11, 2).

Le Christ révèle son Père

• Rom. 8, 2 - Jésus-Christ, Lui, la bouche infaillible par laquelle le Père a vraiment parlé.

Le Christ, tête du corps de l’Église

• Éph. 4, 2 - À vos bonnes œuvres, le Père vous reconnaîtra pour les membres de son Fils. Trall. 11, 2 - Par sa croix, dans sa passion, Jésus-Christ vous appelle à lui, vous qui êtes ses membres.

Eucharistie

• Éph. 13, 1 - Ayez donc soin de tenir des réunions plus fréquentes pour offrir à Dieu votre Eucharistie et vos louanges. Éph. 20, 2 -… si le Seigneur me fait savoir que, chacun en particulier et tous ensemble… vous êtes unis de cœur dans une inébranlable soumission à l’évêque et au presbyterium, rompant tous un même pain, ce pain qui est un remède d’immortalité, un antidote destiné à nous préserver de la mort et à nous assurer pour toujours la vie en Jésus-Christ. Philad. 4 - Ayez donc soin de ne participer qu’à une seule Eucharistie. Il n’y a en effet qu’une seule chair de Notre Seigneur, une seule coupe pour nous unir dans son sang, un seul autel comme il n’y a qu’un seul évêque, entouré du presbyterium et des diacres, les associés de mon ministère. Smyrn. 7, 1 - Ils (les docètes) s’abstiennent de l’Eucharistie et de la prière parce qu’ils ne veulent pas reconnaître dans l’Eucharistie la chair de Jésus-Christ notre Sauveur, cette chair qui a souffert pour nos péchés et que le Père, dans sa bonté, a ressuscitée.

Église

Ignace a souvent nommé les trois degrés de la hiérarchie ecclésiastique :

• Magn. 6, 1 - Je vous en conjure, accomplissez toutes vos actions dans cet esprit de concorde qui plaît à Dieu, sous la présidence de l’évêque qui tient la place de Dieu, des presbytres qui représentent le sénat des apôtres, des diacres, objets de ma particulière affection, chargés du service de Jésus-Christ qui était auprès du Père avant les siècles et qui s’est révélé à la fin des temps. Trall. 3 - Vous devez tous révérer les diacres comme Jésus-Christ lui-même, l’évêque comme l’image du Père, les presbytres comme le sénat de Dieu et le collège des Apôtres ; sans eux, il n’y a point d’Église.

Il ne cesse de recommander l’union à l’évêque

• Philad. 7, 1 - Pendant mon séjour parmi vous, j’ai crié, j’ai dit bien haut d’une voix qui était la voix même de Dieu : Tenez-vous étroitement unis à votre évêque, au presbyterium et aux diacres… C’est l’Esprit qui disait bien haut : n’agissez jamais en dehors de votre évêque… aimez l’unité, fuyez les divisions.

Il voit l’Église dans son unité et dans sa catholicité, cette unité est à la fois intérieure et extérieure :

• Magn. 13, 2 - Soyez soumis à l’évêque et les uns aux autres, comme Jésus-Christ dans sa chair le fut à son Père, et comme les Apôtres le furent au Christ, au Père et à l’Esprit, et qu’ainsi votre union soit à la fois extérieure et intérieure. Smym. 1, 2 - Par sa résurrection, il a levé son étendard sur les siècles pour grouper ses saints et ses fidèles, tant du sein du judaïsme que de celui de la gentilité en un seul et même corps qui est l’Église. Éph. 3, 2 - Les évêques établis jusqu’aux extrémités du monde ne sont qu’un avec l’Esprit de Jésus-Christ. Smyrn. 8, 2 - Là où paraît l’évêque, que là soit la communauté, de même que là où est le Christ Jésus, là est l’Église catholique.

Virginité de Marie

• Éph. 19, 2 - Le prince de ce monde n’eut connaissance ni de la virginité de Marie, ni de son enfantement, ni de la mort du Seigneur : trois mystères éclatants que Dieu opéra dans le silence. Éph. 7, 2 - Il n’y a qu’un seul médecin… né de Marie et de Dieu. Éph.18, 2 - Jésus-Christ a été selon le plan divin, porté dans le sein de Marie, issu du sang de David et aussi du Saint-Esprit…



CONCLUSION : L’ÂME D’IGNACE D’ANTIOCHE

Le nom d’Ignace, on le souligne volontiers, vient du mot latin : ignis, le feu. Une âme de feu, telle est bien l’âme passionnée de l’humble et mystique évêque d’Antioche, et sa passion suprême, c’est le Christ, c’est lui que cherche Ignace, « Lui qui est mort pour nous ; lui qui est ressuscité à cause de nous » [25].

Dans les lettres de saint Ignace d’Antioche, les pensées dominantes de saint Paul et de saint Jean fusionnent : union du Christ et de l’Église et vie dans le Christ. Le thème majeur qui les parcourt est celui de l’union : union à Dieu et au Christ, union à l’évêque et entre tous les chrétiens.

Cette intime union à son Dieu qui l’appelle est la source vive où Ignace puise le désir ardent et la force de l’imiter dans sa patience et jusque dans sa mort glorieuse. Mais c’est en pleine conscience de son absolue faiblesse que « dernier des fidèles d’Antioche » [26], il s’élance à la suite de son Maître : « Pour s’associer à sa passion, il endure tout » mais - il le sait et le proclame -, seul « lui en donne la force celui qui s’est fait parfaitement homme » [em].

Dans une foi ferme, animée d’espérance et d’amour, Ignace contemple son « Sauveur » [em] « né de Marie et de Dieu » [27], « l’invisible qui à cause de nous s’est rendu visible » [28], et cette foi le mène à l’imitation du Christ.

Par cette imitation, et comme d’étape en étape, tel le prisonnier mené d’Antioche à Rome, l’humble disciple sera mené à la plus haute contemplation : c’est ce que met si bien en valeur le beau tropaire de la liturgie byzantine [29] :

• Émule des apôtres dans leur vie, leur successeur sur leurs trônes, tu as trouvé dans la pratique des vertus, ô inspiré de Dieu, la voie qui mène à la contemplation. Aussi, dispensant fidèlement la parole de vérité, tu as lutté pour la foi jusqu’au sang, ô Pontife martyr Ignace. Prie le Christ-Dieu de sauver nos âmes.

APPENDICE

1. Ignace d’Antioche : emprunts johanniques

d’après M.J. LAGRANGE, Évangile selon S. Jean, Paris, 1925, p. XXVI.

JEAN

Le vent souffle où il veut, mais tu ne sais ni d’où il vient ni où il va. 3, 8

Le Fils ne peut rien faire de lui-même rien qu’il ne voit faire au Père. 5, 19 Le Père qui demeure en moi, accomplit les œuvres. 14, 10 En dehors de moi, vous ne pouvez rien faire. 15, 5

Travaillez, non pour la nourriture périssable. 6, 27 Car le pain de Dieu, c’est celui qui descend du ciel. 6, 33 Qui mange ma chair et boit mon sang. 6, 54

J’ai manifesté ton nom… 17, 6 Le Verbe. 1, 1 Le Fils unique, lui, l’a fait connaître. 1, 18 Celui qui m’a envoyé est avec moi… Je fais toujours ce qui lui plaît. 8, 29

… Pour qu’ils soient un comme nous sommes un, moi en eux et toi en moi, pour qu’ils soient parfaitement un. 17, 22

Et le pain que moi je donnerai, c’est ma chair pour la vie du monde 6, 51 Si vous ne mangez la chair du Fils de l’Homme… vous n’aurez pas la vie en vous. 6, 53 Qui mange ma chair, je le ressusciterai. 6, 54

IGNACE

On ne trompe pas l’Esprit, car il vient de Dieu, il sait d’où il vient et où il va, il pénètre les secrets les plus cachés. Ph. 7, 1

De même que le Seigneur, soit par lui-même, soit par ses apôtres, n’a rien fait sans le Père avec lequel il n’est qu’un, vous non plus, en dehors de l’évêque et des presbytres. Magn. 8, 1

Je ne prends plus plaisir à la nourriture corruptible ce que je veux, c’est le pain de Dieu, ce pain qui est la chair de J.C., le Fils de David, et pour breuvage je veux son sang qui est l’amour incorruptible. Rom. 7, 3

Il n’y a qu’un Dieu et ce Dieu s’est manifesté par J.C., son Fils, qui est son Verbe sorti du silence, celui qui accomplit fidèlement les volontés de celui qui l’a envoyé. Magn. 8, 2

Quel n’est pas votre bonheur à vous qui lui (Le. à l’évêque) êtes étroitement unis, comme 1’Eglise l’est à J.C. et J.C. à son Père, dans l’harmonie de l’universelle unité. Éph. 5, 1

Ils s’abstiennent de l’Eucharistie et de la prière, parce qu’ils ne veulent pas reconnaître dans l’Eucharistie la chair de J.C. notre Sauveur… Cette chair qui a souffert pour nos péchés… ceux qui le nient n’ont pas la vie. Ils feraient mieux de pratiquer la charité (agapè) pour avoir part à la résurrection. Smyrn. 7, 1

2. Lettre aux Romains, 7, 2

Le sens des mots : « Eau vive »

• Mes passions terrestres ont été crucifiées et il n’existe plus en moi de feu pour la matière, il n’y a qu’une eau vive (Jn 4, 10 & 7, 38) qui murmure au-dedans de moi : « Viens vers le Père ».

Si, comme semble l’indiquer, la dépendance des lettres d’Ignace par rapport à la doctrine johannique, les mots « eau vive » sont empruntés au vocabulaire de Jean (Cf. aussi Za 14, 8 et Jr 2, 3), le sens en est certainement, selon saint Jean lui-même, l’Esprit Saint ; dès lors, la beauté de l’expression se revêt d’une forme doctrinale très importante.

• Or le dernier jour, le plus solennel de la fête, Jésus se tenait debout et il s’écria : « Si quelqu’un a soif qu’il vienne vers moi et qu’il boive, celui qui croit en moi. Comme a dit l’Ecriture : des fleuves d’eau vive couleront de son sein ». Il dit cela de l’Esprit que devaient recevoir ceux qui croiraient en lui ; car il n’y avait pas encore d’Esprit, parce que Jésus n’avait pas encore été glorifié.

Jn 7, 37-39

À l’appui de cette hypothèse, nous citons deux textes de saint Irénée qui, au second siècle, désigne certainement l’Esprit Saint par l’eau vive.

• L’Esprit ramène à l’Unité les races éloignées, il offre au Père les prémices des nations. Le Seigneur nous a promis le Paraclet pour nous adapter à Dieu : comme la farine sèche ne peut, sans eau, devenir une seule pâte, un seul pain, ainsi, nous tous, nous ne pouvions non plus devenir un dans le Christ Jésus, sans l’eau qui vient du ciel. La terre aride, si elle ne reçoit l’eau, ne fructifie point, ainsi nous-mêmes qui étions d’abord du bois sec, nous n’aurions jamais porté de fruits de vie sans cette eau, pluie librement donnée d’en haut. Dans le baptême, nos corps, par le bain de l’eau, ont reçu l’Unité qui les rend incorruptibles, et nos âmes la reçoivent par l’Esprit. La Samaritaine avait forniqué en des noces multiples, Notre-Seigneur lui a montré et Il lui a promis l’Eau vive. Désormais elle aura en elle le breuvage qui jaillit pour la vie éternelle, ce breuvage que le Seigneur Jésus a reçu en don du Père et qu’il a donné lui aussi, à ceux qui participent de lui, en envoyant son Esprit Saint sur la terre entière.

IRENEE, Adv. Haer., II, 17, 2.

• … ceux qui ne participent pas à l’Esprit ne puisent pas au sein de leur Mère (I’Eglise) la nourriture de Vie ; ils ne reçoivent rien de la source très pure qui coule du corps du Christ.

IRENEE, Adv. Haer., III, 24, 1.

3. Lettre aux Philadelphiens, 6, 1

Le sens de l’Ancien Testament

• Si quelqu’un vous interprète les prophètes dans le sens du judaïsme, ne l’écoutez pas : mieux vaut entendre le christianisme prêché par un circoncis, que le judaïsme par un incirconcis. S’ils ne vous parlent ni l’un ni l’autre de Jésus-Christ, ils ne sont à mes yeux que des cippes funéraires et des tombeaux sur lesquels ne sont inscrits que des noms d’hommes.

Il nous semble ne pouvoir mieux commenter ce passage très important d’Ignace d’Antioche qu’en citant le Père Durwell [30] : « Pour faire un juste départ dans l’interprétation des textes messianiques et donner son dû à chacun des deux peuples, il faut les entendre successivement en un sens « charnel » et en un sens « spirituel » ; il faut accorder à l’économie ancienne le bénéfice des promesses terrestres, puis faire mourir ces textes à leur signification charnelle, les ensevelissant avec le Christ pour les ressusciter avec lui dans l’Esprit et les donner ainsi à l’Église ».

« Il ne faut cependant pas soumettre ces prophéties à une désincarnation, mais à une résurrection corporelle spiritualisante. »

4. Lettre aux Éphésiens, 18, 2

Le baptême du Christ

• Notre Dieu, Jésus-Christ… a été baptisé pour purifier l’eau par sa passion.

Il ne nous est pas habituel de voir dans la scène du baptême du Christ une anticipation, une préfiguration de la Passion et du baptême chrétien en tant qu’il nous plonge dans cette Passion rédemptrice. Or, seule cette perspective explique ce texte d’Ignace d’Antioche. Nous citons une nouvelle fois le Père Durwell qui explicite ce point de vue : « Deux logia de Jésus (Mc 10, 38 ; Lc 12, 50) relient l’idée de baptême à celle de la passion et posent pour les synoptiques le problème des relations du baptême à la mort et à la résurrection.

Une tradition très ancienne se prévaut par contre du récit des synoptiques, pour placer, dans le baptême de Jésus au Jourdain, l’institution du baptême chrétien et en faire le prototype, au détriment de la doctrine baptismale de saint Paul et des relations du sacrement avec la mort et la résurrection.

Le baptême de Jésus est une préfiguration du rite chrétien, mais loin de revendiquer pour lui l’institution du baptême aux dépens de la mort et de la résurrection, il est lui-même dans la pensée de Jésus et selon la comparaison des faits, tourné vers l’acte rédempteur et expliqué par lui.

La théophanie du Jourdain marque l’inauguration de la vie publique du Christ. Dieu accrédite Jésus de Nazareth : la voix d’en haut le manifeste comme le Fils ; la présence de l’Esprit révèle en lui le Messie, l’Oint de Yahvé sur lequel repose la force divine. Sous l’impulsion de l’Esprit, pareil aux héros des anciens temps, Jésus entre dans sa carrière (Lc 4, 1.14).

Telle est la portée de l’apparition divine. Mais, pris dans son ensemble, le sens du baptême de Jésus déborde en une signification plus complexe.

Quand le Baptiste se voit pour la première fois, en présence de celui dont il avait contemplé la terrible grandeur (Mt 3, 11), il s’écrie : « C’est à moi d’être baptisé par toi, et tu viens à moi » ? Jésus répond : « Laisse-moi faire en ce moment, car c’est ainsi qu’il nous convient d’accomplir toute justice » (Mt 3, 14 s.). Quel est ce devoir imposé à tous deux ? Jean est le héraut qui ouvre la voie, l’ami qui introduit. Pour lui, la justice à parfaire, c’est le chemin à frayer, le grand ami à introduire. Pour Jésus, c’est d’être le sauveur du peuple pécheur (Mt 1, 21 et Lc 1, 77). En cette rencontre, Jean atteint au sommet de sa mission, il introduit le Christ dans son œuvre rédemptrice. Et Jésus s’y engage. Le baptême est le prélude de la rédemption, là est son mystère.

Ce prélude est significatif en même temps que réel, l’acte rédempteur s’y reflète tout entier et s’y trouve inauguré. Jésus devait se ranger parmi les pécheurs et se soumettre au « baptême dans la pénitence ». Plus tard, il aura à subir un autre baptême : « J’ai à recevoir un baptême » (Lc 12, 50). « Êtes-vous capables de recevoir le baptême que je vais recevoir ? » (Mc 10, 38). L’immersion dans les eaux de la pénitence anticipait et figurait le bain de sang et d’angoisse. A l’abaissement momentané répond aussitôt la glorification : « Dès qu’il fut baptisé, Jésus remonta de l’eau. » Et voici que le ciel s’ouvrit à lui et il vit l’Esprit de Dieu descendre comme une colombe et venant sur lui. Et une voix du ciel disait : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé en qui je prends mes complaisances » (Mt 3, 16 ; Mc 1, 10 s.). Jésus sort des eaux du Jourdain comme plus tard il ressuscitera dans la gloire de l’Esprit, dans la manifestation de la divine filiation ; déjà s’annonce la création nouvelle qui se réalisera dans la résurrection

Le baptême d’eau auquel Jésus doit se soumettre se relie donc au devoir essentiel, celui de la mort et de la résurrection : du geste rédempteur, il est une première esquisse. Depuis lors, Jean-Baptiste, qui ne l’avait pas connu (Jn 1, 33) sinon comme un juge redoutable, l’appelle « l’Agneau de Dieu, celui qui ôte les péchés du monde » (Jn 1, 29). Par ailleurs, cette anticipation du drame rédempteur est réalisée par un rite d’eau : Jésus expérimente sa mort et sa résurrection par l’immersion et l’émersion baptismales.

La doctrine baptismale des synoptiques est donc pleine de suggestions. Le baptême chrétien se relie à la grandiose promesse des prophètes et du précurseur, au baptême eschatologique dans l’Esprit dont naîtra le peuple messianique. La théologie ultérieure rattachera cette effusion de l’Esprit à la glorification de Jésus. Mais déjà le récit du baptême de Jésus évoque tout le drame rédempteur et permet aux chrétiens de voir dans le sacrement de l’eau une extension sur eux de l’événement eschatologique, de la mort et de la Résurrection » [31].

Quelques témoignages des Pères

• Jean baptise, Jésus s’approche… pour ensevelir dans l’eau tout le vieil Adam.

SAINT GREGOIRE DE NAZIANZE, Or. 39, In sancta lumina, 25.

• Tu verras Jésus se purifiant dans le Jourdain pour une purification, ou plutôt (car il n’avait pas besoin d’être purifié, lui qui ôte les péchés du monde), purifiant les eaux par sa purification…

SAINT GREGOIRE DE NAZIANZE, Or. 38, In Theophania, 16.

• Le Seigneur a donc été baptisé ; il voulait non pas être purifié, mais purifier les eaux, afin que lavées par la chair du Christ qui n’a pas commis le péché, elles eussent le pouvoir de baptiser. Ainsi quiconque vient au baptême du Christ y laisse ses péchés.

SAINT AMBROISE, Traité sur l’Évangile de saint Luc, II, 83

• Pour nous le Christ s’est lavé, ou mieux, il nous a lavés dans son corps. Seul il s’est plongé, mais il a relevé le monde entier.

SAINT AMBROISE, Traité sur l’Évangile de saint Luc, II, 91

• Jésus est baptisé, bénissant les eaux et les purifiant pour nous…

SAINT CYRILLE D’ALEXANDRIE, Comm. in Luc, 3, 21

L’iconographie orientale illustre au mieux cette doctrine.

Sources :

SOEUR GABRIEL PETERS, Lire les Pères de l’Église. Cours de patrologie, DDB, 1981.

Avec l’aimable autorisation des Éditions Migne.

[1] Lire dans les Actes des apôtres, ch. 11, le récit de la fondation de l’Église d’Antioche.

[2] Nous avons adopté le texte des anciennes versions : parole… voix. Si nous le signalons, c’est parce que ce texte est discuté.

[3] Il faudrait oser traduire « sous son épiscopat » car le rapprochement est certainement voulu par Ignace : le Père de Jésus-Christ est « l’évêque universel » (Magn., 3, 1). Le mot grec episcopos signifie surveillant.

[4] Selon l’accentuation du mot grec, Théophore signifie qui porte Dieu ou porté par Dieu. C’est la première signification qui est celle d’Ignace Théophore. La liturgie des Églises d’Orient fête saint Ignace Théophore le 20 décembre et a choisi comme évangile : Mc 9, 33-4 1.

[5] La fête de saint Ignace qui se célébrait le 1er février dans la liturgie latine, est désormais fixée plus justement au 17 octobre.

[6] Voir LELONG, Les Pères apostoliques, III, Paris, 1927, Introduction.

[7] Voir RENAN, Les Évangiles, 1877, Préface, p. XVII. Renan n’acceptait l’authenticité que de la seule lettre aux Romains, reconnaissant cependant que de « fortes présomptions » existaient en faveur de l’authenticité. En effet, Lucien de Samosate, un rhéteur anti-chrétien, vers 165-170, fait dans son œuvre des emprunts évidents aux lettres d’Ignace.

[8] Voir LELONG, Les Pères apostoliques, III, Paris, 1927, Introduction.

[9] Dictionnaire des Connaissances religieuses, BRICOUT, art. « Ignace d’Antioche », par Tixeront.

[10] C’est ici le premier emploi connu de ce mot. Le terme « chrétien » est fréquent chez Ignace. D’après les Ac 11, 26, c’est à Antioche que fut employé la première fois le nom de « chrétien ».

[11] Voir au chapitre I de ce cours, les textes patristiques.

[12] D’après TH. CAMELOT, Ignace d’Antioche, Paris, 1944, SC N° 10, p. 120, note 1, « A notre connaissance », dit Camelot.

[13] La mosaïque de l’abside de l’église de saint Clément à Rome est une illustration de ce thème.

[14] Ignace parle plusieurs fois de l’Évangile. Certains veulent y voir une mention des écrits évangéliques. Il n’est pas douteux que ces écrits circulaient déjà, mais il est plus probable qu’Ignace parle de la doctrine du Seigneur. On sait que le canon des Écritures ne sera défini qu’au Concile de Trente (en 1546) qui sanctionnait ainsi un très long usage. Vers 130 déjà, le canon comprenant les quatre Évangiles et le recueil des épîtres de saint Paul est constitué en fait. Le Canon de Muratori est la plus ancienne liste qui soit parvenue jusqu’à nous (fin du second siècle). Ces listes, collections d’écrits dits inspirés, ne seront pas partout identiques durant les premiers siècles. Plus haut déjà, dans la même lettre, Ignace disait : « Mon refuge, c’est l’Évangile qui est pour moi Jésus lui-même en chair, et les Apôtres qui sont à mes yeux le presbyterium de l’Église. Aimons de même les prophètes, car eux aussi c’est l’Évangile qu’ils avaient en vue dans leurs prophéties ; c’est le Christ qui faisait l’objet de leur espérance et de leur attente… » Phil., 5, 1 et 2. - Cf. SAINT JÉRÔME, Ad psalm. 147 : Ego corpus Jesu evangelium puto, sanctas scripturas puto doctrinam ejus. « L’Évangile, d’après ma pensée, c’est le corps de Jésus, les saintes Écritures sont sa doctrine ».

[15] Tout cela = l’Ancien Testament.

[16] Dans le Martyre de S. Polycarpe, ce mot employé encore, prendra sa seconde acception : Église orthodoxe (par opposition aux sectes hérétiques ou schismatiques).

[17] Cf. J. QUASTEN, Initiation aux Pères de l’Église, Paris 1955, 1, p.76.

[18] Cf. TH. CAMELOT, Ignace d’Antioche, Paris 1958, SC N° 10, p. 58.

[19] Cf. J. LEBRETON, Histoire du dogme de la Trinité, Paris 1928, tome 2 p. 311.

[20] Ce texte fameux a été rétabli ainsi par Lightfoot sur l’autorité de la version arménienne et d’une citation de Sévère d’Antioche. D’autres témoins du texte portent « qui est son Verbe non sorti du silence » : ce texte serait alors postérieur au gnosticisme valentinien (vers 140-160) qui disait que le Verbe était émané de la Vérité procédant du Silence.

[21] Ceci est l’exemple le plus frappant du style parfois étrange d’Ignace.

[22] Remarquez que dans ces deux derniers textes, Ignace place le Christ en premier lieu.

[23] Les textes sont extrêmement nombreux, on en trouvera la liste exhaustive dans J. LEBRETON, Histoire du dogme de la Trinité, Paris 1928, tome 2, p. 297-298.

[24] Ce texte a fait couler des flots d’encre. Pour étudier de plus près sa portée théologique, on pourra se reporter à J. LEBRETON, op. cit., 11, p.314 et p. 635-647. Qu’il suffise ici de souligner que le vocabulaire théologique - genitum non factum - tel qu’il se fixera au Concile de Nicée (325) n’a pas encore cette précision au début du second siècle. Saint Athanase, qui a pris une telle part à l’élaboration de ce vocabulaire, reconnaît, en s’y arrêtant, la parfaite orthodoxie du texte de S. Ignace : le sens qu’Ignace a en vue, nous dit-il, n’est pas celui-ci : « qui n’a aucune cause, aucun principe », mais bien celui-ci : « non fait, non créé, éternel ». Emprunté à la langue philosophique grecque, le terme inengendré d’Ignace se rapporte à l’essence divine, sans envisager le mystère de la génération du Verbe procédant du Père.

[25] Rom., 6.

[26] Éph., 21.

[em] Smyrn., 4. Ce serait fausser les perspectives que de voir en Ignace un surhomme ou même un modèle inimitable. N’ira-t-il pas jusqu’à avouer qu’il se sent capable de reculer à l’heure de l’épreuve : « Si, quand je serai parmi vous, il m’arrive de vous supplier, ne m’écoutez pas. Faites plutôt ce que je vous écris aujourd’hui, car c’est en pleine vie que je vous exprime mon ardent désir de la mort » (Rom., 7, 2). Ce désir naît en lui de la voix de Dieu qui l’appelle : « Si quelqu’un possède Dieu dans son cœur, que celui-là comprenne mes désirs et qu’il compatisse, puisqu’il la connaît, à l’angoisse qui me serre ». « Une eau vive murmure au-dedans de moi : viens vers le Père » (Rom., 5-6).

[em] Éph., 1 et Magn., adresse.

[27] Éph., 7.

[28] Polyc., 3.

[29] Au 20 décembre, mémoire du saint martyr Ignace le Théophore. Remarquez aussi le choix de l’Évangile. Il fait allusion à la touchante légende qui veut que l’humble « Théophore » ait été ce petit enfant porté et embrassé par Jésus : Mc 9, 33-41 « Puis, prenant un petit enfant, il le plaça au milieu d’eux et, l’ayant embrassé, il leur dit… ».

[30] Cf. F.X. DURWELL, La Résurrection de Jésus, Mystère de salut, Paris 1950, p. 237 et note 82.

[31] Cf. F.X. DURWELL, op. cit., p. 363 à 365.



St. Ignatius of Antioch

Also called Theophorus (ho Theophoros); born in Syria, around the year 50; died at Rome between 98 and 117.


More than one of the earliest ecclesiastical writers have given credence, though apparently without good reason, to the legend that Ignatius was the child whom the Savior took up in His arms, as described in Mark 9:35. It is also believed, and with great probability, that, with his friend Polycarp, he was among the auditors of the ApostleSt. John. If we include St. Peter, Ignatius was the third Bishop of Antioch and the immediate successor ofEvodius (Eusebius, Church History II.3.22). Theodoret ("Dial. Immutab.", I, iv, 33a, Paris, 1642) is the authority for the statement that St. Peter appointed Ignatius to the See of Antioch. St. John Chrysostom lays special emphasis on the honor conferred upon the martyr in receiving his episcopal consecration at the hands of theApostles themselves ("Hom. in St. Ig.", IV. 587). Natalis Alexander quotes Theodoret to the same effect (III, xii, art. xvi, p. 53).

All the sterling qualities of ideal pastor and a true soldier of Christ were possessed by the Bishop of Antioch in a preeminent degree. Accordingly, when the storm of the persecution of Domitian broke in its full fury upon theChristians of Syria, it found their faithful leader prepared and watchful. He was unremitting in his vigilance and tireless in his efforts to inspire hope and to strengthen the weaklings of his flock against the terrors of thepersecution. The restoration of peace, though it was short-lived, greatly comforted him. But it was not for himself that he rejoiced, as the one great and ever-present wish of his chivalrous soul was that he might receive the fullness of Christian discipleship through the medium of martyrdom. His desire was not to remain long unsatisfied. Associated with the writings of St. Ignatius is a work called "Martyrium Ignatii", which purports to be an account by eyewitnesses of the martyrdom of St. Ignatius and the acts leading up to it. In this work, which such competent Protestant critics as Pearson and Ussher regard as genuine, the full history of that eventful journey from Syria to Rome is faithfully recorded for the edification of the Church of Antioch. It is certainly very ancient and is reputed to have been written by Philo, deacon of Tarsus, and Rheus Agathopus, a Syrian, who accompanied Ignatius to Rome. It is generally admitted, even by those who regarded it as authentic, that this work has been greatly interpolated. Its most reliable form is that found in the "Martyrium Colbertinum" which closes the mixed recension and is so called because its oldest witness is the tenth-century Codex Colbertinus(Paris).

According to these Acts, in the ninth year of his reign, Trajan, flushed with victory over the Scythians andDacians, sought to perfect the universality of his dominion by a species of religious conquest. He decreed, therefore, that the Christians should unite with their pagan neighbors in the worship of the gods. A generalpersecution was threatened, and death was named as the penalty for all who refused to offer the prescribedsacrifice. Instantly alert to the danger that threatened, Ignatius availed himself of all the means within his reach to thwart the purpose of the emperor. The success of his zealous efforts did not long remain hidden from theChurch's persecutors. He was soon arrested and led before Trajan, who was then sojourning in Antioch. Accused by the emperor himself of violating the imperial edict, and of inciting others to like transgressions, Ignatiusvaliantly bore witness to the faith of Christ. If we may believe the account given in the "Martyrium", his bearing before Trajan was characterized by inspired eloquence, sublime courage, and even a spirit of exultation.Incapable of appreciating the motives that animated him, the emperor ordered him to be put in chains and taken to Rome, there to become the food of wild beasts and a spectacle for the people.

That the trials of this journey to Rome were great we gather from his letter to the Romans (par. 5): "From Syriaeven to Rome I fight with wild beasts, by land and sea, by night and by day, being bound amidst ten leopards, even a company of soldiers, who only grow worse when they are kindly treated." Despite all this, his journey was a kind of triumph. News of his fate, his destination, and his probable itinerary had gone swiftly before. At several places along the road his fellow-Christians greeted him with words of comfort and reverential homage. It is probable that he embarked on his way to Rome at Seleucia, in Syria, the nearest port to Antioch, for eitherTarsus in Cilicia, or Attalia in Pamphylia, and thence, as we gather from his letters, he journeyed overland through Asia Minor. At Laodicea, on the River Lycus, where a choice of routes presented itself, his guards selected the more northerly, which brought the prospective martyr through Philadelphia and Sardis, and finally toSmyrna, where Polycarp, his fellow-disciple in the school of St. John, was bishop. The stay at Smyrna, which was a protracted one, gave the representatives of the various Christian communities in Asia Minor an opportunity of greeting the illustrious prisoner, and offering him the homage of the Churches they represented. From thecongregations of Ephesus, Magnesia, and Tralles, deputations came to comfort him. To each of these Christiancommunities he addressed letters from Smyrna, exhorting them to obedience to their respective bishops, and warning them to avoid the contamination of heresy. These, letters are redolent with the spirit of Christian charity,apostolic zeal, and pastoral solicitude. While still there he wrote also to the Christians of Rome, begging them to do nothing to deprive him of the opportunity of martyrdom.

From Smyrna his captors took him to Troas, from which place he dispatched letters to the Christians ofPhiladelphia and Smyrna, and to Polycarp. Besides these letters, Ignatius had intended to address others to theChristian communities of Asia Minor, inviting them to give public expression to their sympathy with the brethren in Antioch, but the altered plans of his guards, necessitating a hurried departure, from Troas, defeated his purpose, and he was obliged to content himself with delegating this office to his friend Polycarp. At Troas they took ship for Neapolis. From this place their journey led them overland through Macedonia and Illyria. The next port of embarkation was probably Dyrrhachium (Durazzo). Whether having arrived at the shores of the Adriatic, he completed his journey by land or sea, it is impossible to determine. Not long after his arrival in Rome he won his long-coveted crown of martyrdom in the Flavian amphitheater. The relics of the holy martyr were borne back to Antioch by the deacon Philo of Cilicia, and Rheus Agathopus, a Syrian, and were interred outside the gates not far from the beautiful suburb of Daphne. They were afterwards removed by the Emperor Theodosius II to the Tychaeum, or Temple of Fortune which was then converted into a Christian church under the patronage of themartyr whose relics it sheltered. In 637 they were translated to St. Clement's at Rome, where they now rest. TheChurch celebrates the feast of St. Ignatius on 1 February.

The character of St. Ignatius, as deduced from his own and the extant writings of his contemporaries, is that of atrue athlete of Christ. The triple honor of apostle, bishop, and martyr was well merited by this energetic soldier of the Faith. An enthusiastic devotion to duty, a passionate love of sacrifice, and an utter fearlessness in the defense of Christian truth, were his chief characteristics. Zeal for the spiritual well-being of those under his charge breathes from every line of his writings. Ever vigilant lest they be infected by the rampant heresies of those early days; praying for them, that their faith and courage may not be wanting in the hour of persecution; constantly exhorting them to unfailing obedience to their bishops; teaching them all Catholic truth; eagerly sighing for the crown of martyrdom, that his own blood may fructify in added graces in the souls of his flock, heproves himself in every sense a true, pastor of souls, the good shepherd that lays down his life for his sheep.

Collections

The oldest collection of the writings of St. Ignatius known to have existed was that made use of by the historianEusebius in the first half of the fourth century, but which unfortunately is no longer extant. It was made up of the seven letters written by Ignatius whilst on his way to Rome; These letters were addressed to the Christians
  • of Ephesus (Pros Ephesious);
  • of Magnesia (Magnesieusin);
  • of Tralles (Trallianois);
  • of Rome (Pros Romaious);
  • of Philadelphia (Philadelpheusin);
  • of Smyrna (Smyrnaiois); and
  • to Polycarp (Pros Polykarpon).
We find these seven mentioned not only by Eusebius (Church History III.36) but also by St. Jerome (De viris illust., c. xvi). Of later collections of Ignatian letters which have been preserved, the oldest is known as the "long recension". This collection, the author of which is unknown, dates from the latter part of the fourth century. It contains the seven genuine and six spurious letters, but even the genuine epistles were greatly interpolated to lend weight to the personal views of its author. For this reason they are incapable of bearing witness to the original form. The spurious letters in this recension are those that purport to be from Ignatius
  • to Mary of Cassobola (Pros Marian Kassoboliten);
  • to the Tarsians (Pros tous en tarso);
  • to the Philippians (Pros Philippesious);
  • to the Antiochenes (Pros Antiocheis);
  • to Hero a deacon of Antioch (Pros Erona diakonon Antiocheias). Associated with the foregoing is
  • a letter from Mary of Cassobola to Ignatius.
It is extremely probable that the interpolation of the genuine, the addition of the spurious letters, and the union of both in the long recension was the work of an Apollinarist of Syria or Egypt, who wrote towards the beginning of the fifth century. Funk identifies him with the compiler of the Apostolic Constitutions, which came out of Syriain the early part of the same century. Subsequently there was added to this collection a panegyric on St. Ignatiusentitled, "Laus Heronis". Though in the original it was probably written in Greek, it is now extant only in Latin andCoptic texts. There is also a third recension, designated by Funk as the "mixed collection". The time of its origin can be only vaguely determined as being between that of the collection known to Eusebius and the long recension. Besides the seven genuine letters of Ignatius in their original form, it also contains the six spurious ones, with the exception of that to the Philippians.

In this collection is also to be found the "Martyrium Colbertinum". The Greek original of this recension is contained in a single codex, the famous Mediceo-Laurentianus manuscript at Florence. This codex is incomplete, wanting the letter to the Romans, which, however, is to be found associated with the "Martyrium Colbertinum" in the Codex Colbertinus, at Paris. The mixed collection is regarded as the most reliable of all in determining what was the authentic text of the genuine Ignatian letters. There is also an ancient Latin version which is an unusually exact rendering of the Greek. Critics are generally inclined to look upon this version as a translation of some Greek manuscript of the same type as that of the Medicean Codex. This version owes its discovery to Archbishop Ussher, of Ireland, who found it in two manuscripts in English libraries and published it in 1644. It was the work of Robert Grosseteste, a Franciscan friar and Bishop of Lincoln (c. 1250). The original Syriacversion has come down to us in its entirety only in an Armenian translation. It also contains the seven genuine and six spurious letters. This collection in the original Syriac would be invaluable in determining the exact text ofIgnatius, were it in existence, for the reason that it could not have been later than the fourth or fifth century. The deficiencies of the Armenian version are in part supplied by the abridged recension in the original Syriac. This abridgment contains the three genuine letters to the Ephesians, the Romans, and to Polycarp. The manuscriptwas discovered by Cureton in a collection of Syriac manuscripts obtained in 1843 from the monastery of St. MaryDeipara in the Desert of Nitria. Also there are three letters extant only in Latin. Two of the three purport to be from Ignatius to St. John the Apostle, and one to the Blessed Virgin, with her reply to the same. These are probably of Western origin, dating no further back than the twelfth century.

The controversy

At intervals during the last several centuries a warm controversy has been carried on by patrologists concerning the authenticity of the Ignatian letters. Each particular recension has had its apologists and its opponents. Each has been favored to the exclusion of all the others, and all, in turn, have been collectively rejected, especially by the coreligionists of Calvin. The reformer himself, in language as violent as it is uncritical (Institutes, 1-3), repudiates in globo the letters which so completely discredit his own peculiar views on ecclesiastical government. The convincing evidence which the letters bear to the Divine origin of Catholic doctrine is not conducive to predisposing non-Catholic critics in their favor, in fact, it has added not a little to the heat of the controversy. In general, Catholic and Anglican scholars are ranged on the side of the letters written to the Ephesians,Magnesians, Trallians, Romans, Philadelphians, Smyrniots, and to Polycarp; whilst Presbyterians, as a rule, and perhaps a priori, repudiate everything claiming Ignatian authorship.

The two letters to the Apostle St. John and the one to the Blessed Virgin, which exist only in Latin, are unanimously admitted to be spurious. The great body of critics who acknowledge the authenticity of the Ignatianletters restrict their approval to those mentioned by Eusebius and St. Jerome. The six others are not defended by any of the early Fathers. The majority of those who acknowledge the Ignatian authorship of the seven letters do so conditionally, rejecting what they consider the obvious interpolations in these letters. In 1623, whilst the controversy was at its height, Vedelius gave expression to this latter opinion by publishing at Geneva an edition of the Ignatian letters in which the seven genuine letters are set apart from the five spurious. In the genuine letters he indicated what was regarded as interpolations. The reformer Dallaeus, at Geneva, in 1666, published a work entitled "De scriptis quae sub Dionysii Areop. et Ignatii Antioch. nominibus circumferuntur", in which (lib. II) he called into question the authenticity of all seven letters. To this the Anglican Pearson replied spiritedly in a work called "Vindiciae epistolarum S. Ignatii", published at Cambridge, 1672. So convincing were the arguments adduced in this scholarly work that for two hundred years the controversy remained closed in favor of thegenuineness of the seven letters. The discussion was reopened by Cureton's discovery (1843) of the abridgedSyriac version, containing the letters of Ignatius to the Ephesians, Romans, and to Polycarp. In a work entitled "Vindiciae Ignatianae" London, 1846), he defended the position that only the letters contained in his abridgedSyriac recension, and in the form therein contained, were genuine, and that all others were interpolated or forgedoutright. This position was vigorously combated by several British and German critics, including the CatholicsDenzinger and Hefele, who successfully defended the genuineness of the entire seven epistles. It is now generally admitted that Cureton's Syriac version is only an abbreviation of the original.

While it can hardly be said that there is at present any unanimous agreement on the subject, the best moderncriticism favors the authenticity of the seven letters mentioned by Eusebius. Even such eminent non-Catholiccritics as Zahn, Lightfoot, and Harnack hold this view. Perhaps the best evidence of their authenticity is to be found in the letter of Polycarp to the Philippians, which mentions each of them by name. As an intimate friend ofIgnatius, Polycarp, writing shortly after the martyr's death, bears contemporaneous witness to the authenticity of these letters, unless, indeed, that of Polycarp itself be regarded as interpolated or forged. When, furthermore, we take into consideration the passage of Irenaeus (Adv. Haer., V, xxviii, 4) found in the original Greek in Eusebius(Church History III.36), in which he refers to the letter to the Romans. (iv, I) in the following words: "Just as one of our brethren said, condemned to the wild beasts in martyrdom for his faith", the evidence of authenticitybecomes compelling. The romance of Lucian of Samosata, "De morte peregrini", written in 167, bears incontestable evidence that the writer was not only familiar with the Ignatian letters, but even made use of them. Harnack, who was not always so minded, describes these proofs as "testimony as strong to the genuineness of the epistles as any that can be conceived of" (Expositor, ser. 3, III, p. 11).

Contents of the letters

It is scarcely possible to exaggerate the importance of the testimony which the Ignatian letters offer to thedogmatic character of Apostolic Christianity. The martyred Bishop of Antioch constitutes a most important link between the Apostles and the Fathers of the early Church. Receiving from the Apostles themselves, whoseauditor he was, not only the substance of revelation, but also their own inspired interpretation of it; dwelling, as it were, at the very fountain-head of Gospel truth, his testimony must necessarily carry with it the greatest weight and demand the most serious consideration. Cardinal Newman did not exaggerate the matter when he said ("The Theology of the Seven Epistles of St. Ignatius", in "Historical Sketches", I, London, 1890) that "the whole system of Catholic doctrine may be discovered, at least in outline, not to say in parts filled up, in the course of his seven epistles". Among the many Catholic doctrines to be found in the letters are the following:
He, moreover, denounces in principle the Protestant doctrine of private judgment in matters of religion(Philadelphians 3), The heresy against which he chiefly inveighs is Docetism. Neither do the Judaizing heresiesescape his vigorous condemnation.

Editions

The four letters found in Latin only were printed in Paris in 1495. The common Latin version of eleven letters, together with a letter of Polycarp and some reputed works of Dionysius the Areopagite, was printed in Paris, 1498, by Lefèvre d'Etaples. Another edition of the seven genuine and six spurious letters, including the one toMary of Cassobola, was edited by Symphorianus Champerius, of Lyons, Paris, 1516. Valentinus Paceus published a Greek edition of twelve letters (Dillingen, 1557). A similar edition was brought out at Zurich, in 1559, byAndrew Gesner; a Latin version of the work of John Brunner accompanied it. Both of these editions made use of the Greek text of the long recension. In 1644 Archbishop Ussher edited the letters of Ignatius and Polycarp. The common Latin version, with three of the four Latin letters, was subjoined. It also contained the Latin version of eleven letters taken from Ussher's manuscripts. In 1646 Isaac Voss published at Amsterdam an edition from the famous Medicean Codex at Florence. Ussher brought out another edition in 1647, entitled "Appendix Ignatiana", which contained the Greek text of the genuine epistles and the Latin version of the "Martyrium Ignatii".


In 1672 J.B. Cotelier's edition appeared at Paris, containing all the letters, genuine and supposititious, ofIgnatius, with those of the other Apostolic Fathers. A new edition of this work was printed by Le Clerc at Antwerp, in 1698. It was reprinted at Venice, 1765-1767, and at Paris by Migne in 1857. The letter to the Romans was published from the "Martyrium Colbertinum" at Paris, by Ruinart, in 1689. In 1724 Le Clerc brought out atAmsterdam a second edition of Cotelier's "Patres Apostolici", which contains all the letters, both genuine and spurious, in Greek and Latin versions. It also includes the letters of Mary of Cassobola and those purporting to be from the Blessed Virgin in the "Martyrium Ignatii", the "Vindiciae Ignatianae" of Pearson, and several dissertations. The first edition of the Armenian version was published at Constantinople in 1783. In 1839 Hefeleedited the Ignatian letters in a work entitled "Opera Patrum Apostolicorum", which appeared at Tübingen. Mignetook his text from the third edition of this work (Tübingen, 1847). Bardenhewer designates the following as the best editions: Zahn, "Ignatii et Polycarpi epistulae martyria, fragmenta" in "Patr. apostol. opp. rec.", ed. by de Gebhardt, Harnack, Zahn, fasc. II, Leipzig, 1876; Funk, "Opp. Patr. apostol.", I, Tübingen, 1878, 1887, 1901; Lightfoot, "The Apostolic Fathers", part II, London, 1885, 1889; an English version of the letters to be found inLightfoot's "Apostolic Fathers", London, 1907, from which are taken all the quotations of the letters in this article, and to which all citations refer.

O'Connor, John Bonaventure. "St. Ignatius of Antioch." The Catholic Encyclopedia. Vol. 7. New York: Robert Appleton Company, 1910. 17 Oct. 2016 <http://www.newadvent.org/cathen/07644a.htm>.

Transcription. This article was transcribed for New Advent by Charles Sweeney, S.J.


Ecclesiastical approbation. Nihil Obstat. June 1, 1910. Remy Lafort, S.T.D., Censor. Imprimatur. +John Cardinal Farley, Archbishop of New York.


St. Ignatius of Antioch

The second Bishop of Antioch, Syria, this disciple of the beloved Disciple John was consecrated Bishop around the year 69 by the Apostle Peter, the first Pope. A holy man who was deeply loved by the Christian faithful, he always made it his special care to defend “orthodoxy” (right teaching) and “orthopraxy” (right practice) among the early Christians.
In 107, during the reign of the brutal Emperor Trajan, this holy Bishop was wrongfully sentenced to death because he refused to renounce the Christian faith. He was taken under guard to Rome where he was to be brutally devoured by wild beasts in a public spectacle. During his journey, his travels took him through Asia Minor and Greece. He made good use of the time by writing seven letters of encouragement, instruction and inspiration to the Christians in those communities. We still have these letters as a great treasure of the Church today.
The content of the letters addressed the hierarchy and structure of the Church as well as the content of the orthodox Christian faith. It was Bishop Ignatius who first used the term “catholic” to describe the whole Church. These letters connect us to the early Church and the unbroken, clear teaching of the Apostles which was given to them directly by Jesus Christ. They also reveal the holiness of a man of God who became himself a living letter of Christ. The shedding his blood in the witness of holy martyrdom was the culmination of a life lived conformed to Jesus Christ. Ignatius sought to offer himself, in Christ, for the sake of the Church which he loved. His holy martyrdom occurred in the year 107.
In his pastoral letters he regularly thanked his brother and sister Christians for their concern for his well being but insisted on following through in his final witness of fidelity: “I know what is to my advantage. At last I am becom¬ing his disciple. May nothing entice me till I happily make my way to Jesus Christ! Fire, cross, struggles with wild beasts, wrenching of bones, mangling of limbs-let them come to me, provided only I make my way to Jesus Christ. I would rather die and come to Jesus Christ than be king over the entire earth. Him I seek who died for us; him I love who rose again because of us.”
Bishop Ignatius was not afraid of death. He knew that it had been defeated by the Master. He followed the Lord Jesus into his Passion, knowing that he would rise with Him in his Resurrection. He wrote to the disciples in Rome: “Permit me to imitate my suffering God … I am God’s wheat and I shall be ground by the teeth of beasts, that I may become the pure bread of Christ.” The beauty of this Eucharistic symbolism in these words reflects the deep theology of a mystic.
He was dedicated to defending the true teaching handed down by the Apostles so that the brothers and sisters in the early Christian communities, and we who stand on their shoulders, would never be led astray by false teaching. He urged them to always listen to their Bishops because they were the successors of the Apostles. He died a Martyrs death in Rome, devoured by two lions in one of the cruel demonstrations of Roman excess and animosity toward the true faith.

SOURCE : http://www.ucatholic.com/saints/saint-ignatius-of-antioch/



ST. IGNATIUS, BISHOP, MARTYR.

ST. IGNATIUS, Bishop of Antioch, was the disciple of St. John. When Domitian persecuted the Church, St. Ignatius obtained peace for his own flock by fasting and prayer. But for his part he desired to suffer with Christ, and to prove himself a perfect disciple. In the year 107, Trajan came to Antioch, and forced the Christians to choose between apostasy and death, "Who art thou, poor devil," the emperor said, when Ignatius was brought before him, "who settest our commands at naught?" "Call not him 'poor devil,' " Ignatius answered, "who bears God within him." And when the emperor questioned him about his meaning, Ignatius explained that he bore in his heart Christ crucified for his sake. Thereupon the emperor condemned him to be torn to pieces by wild beasts at Rome. St. Ignatius thanked God, who had so honored him, "binding him in the chains of Paul, His apostle." He journeyed to Rome, guarded by soldiers, and with no fear, except of losing the martyr's crown. He was devoured by lions in the Roman amphitheatre. The wild beasts left nothing of his body, except a few bones, which were reverently treasured at Antioch, until their removal to the Church of St. Clement, at Rome, in 637. After the martyr's death, several Christians saw him in vision standing before Christ, and interceding for them.

Reflection.—Ask St. Ignatius to obtain for you the grace of profiting by all you have to suffer, and rejoicing in it as a means of likeness to your crucified Redeemer.

INTERCESSORY PRAYER: Saint Ignatius, please pray for (state your prayer request).

SOURCE : http://jesus-passion.com/saint_ignatius3.htm


Ignatius of Antioch BM (RM) 

Died c. 107; feast formerly on February 1. Saint Ignatius gives us the earliest documentary evidence of primacy of the bishop of Rome. Information about his letters can be found in any history of the early Church. This is simply a synopsis.


However, little is known of his life, although his passio was recorded for his flock. He was probably of Syrian origin, and legend identified him with the child whom Christ set down among his disciples (Matthew 18:1-6). Some sources say that Ignatius may have been a persecutor of Christians, who then became a convert and disciple of Saint John the Evangelist or Saints Peter and Paul.

He called himself both a disciple and the "bearer of God" (theophoros), so sure was he of the presence of God in himself.

In any case he became the second or third bishop of the great Christian center of Antioch in Syria. Legend holds that he was appointed and consecrated by Saint Peter after Peter left the deathbed of Saint Evodius, the previous bishop. Ignatius governed for 40 years.

During Trajan's persecutions, Ignatius was seized by a guard of ten soldiers, bound, and taken to Rome by them. The soldiers boarded a ship that traveled along the southern and western shores of Asia Minor instead of going straight to Italy. Ignatius was greeted by crowds of Christians wherever the ship touched port, but he was ill-treated by his captors. In one of his letters he says:

"From Syria to Rome I seem to be fighting with wild beasts, night and day, on land and sea, bound to ten leopards. I mean a bunch of soldiers whose treatment of me grows harsher the kinder I am to them."

The many stopovers enabled Ignatius to reaffirm religious fervor in various ports along the way. They stopped for a time at Smyrna, where Ignatius was met by Saint Polycarp, then a young man. Here the first four letters were written: to the Ephesians, to the churches of Magnesia and Tralles-- whose bishops had come to visit him--and to the Christians in Rome. The guards were anxious to leave Smyrna in order to reach Rome before the games were over; distinguished victims drew great crowds.

They sailed on to Troas, where they learned that peace had been restored to the church at Antioch. Then at Lystra, before crossing into Europe, he wrote three more, to the Christians at Philadelphia and Smyrna, and a farewell letter of advice to Bishop Saint Polycarp. (The letters can also be found in short and long versions on the New Advent site at http://www.knight.org/advent/fathers.)

As the ship approached Rome, Christians are said to have gathered to greet Ignatius, and although they wished to work for his release, he begged them not to interfere with his martyrdom. He wrote, "I pray that they will be prompt with me. I shall entice them to eat me speedily."

Legend has it that he arrived in Rome on December 20, the last day of the public games, was rushed to the amphitheater (probably the Colosseum), and was killed by lions in the arena. As he was offered to the animals, he described himself as "wheat of Christ."

The saint insisted that in spite of his sufferings, he remained a sinner, saved only because of the love of his Lord, who had been crucified for him.

His relics are kept at Saint Peter's in Rome. A detailed description of the trip to Rome is provided by Agathopus and a deacon named Philo, who were with him, and who also wrote down his dictation of the seven letters of instruction on the Church, marriage, the Trinity, the Incarnation, Redemption, and the Eucharist.

These letters of Ignatius (English translation, 1934 et alia) are among the most valuable documents of the ancient Church because of the light they throw on Christian belief and practice less than a century after Christ's Ascension. Ignatius continually urges his readers to maintain unity amongst themselves, meeting together in the Eucharist under the presidency of their bishop.

Through his letters we have access also to the mind and personality of a man who loved vivid images to express his beliefs. The Eucharist he described as 'the medicine of immortality, the antidote against death.' To him, Jesus on the Cross lured the devil, like a fish, with the bait of his own body.

The best-known letter is the one sent in advance to the Roman Christians. In it he implores them not to try to get him reprieved. It reveals a patient, gentle man, so passionately devoted to Christ that he could not ear to miss the chance of dying a violent death for his sake: 'Let me follow the example of the suffering of my God' (Attwater, Bentley, Delaney, White).

He is portrayed in art looking at a crucifix, with a lion at his side; or standing between two lions; or in chains; or holding a heart with IHS upon it; or with a heart with the IHS torn out by the lions according to White.

Depicted as a bishop holding a heart with IHS on it. Sometimes he is shown with the image of Christ on his breast because the image of Jesus was found on his heart after his martyrdom; holding a fiery globe; or in an arena with lions. One Greek icon of Saint Ignatius can be found at the Saint Isaac of Syria Skete site. Saint Ignatius is highly venerated in the Eastern Church (Roeder).




Sant' Ignazio di Antiochia Vescovo e martire


m. 107 circa

Fu il terzo vescovo di Antiochia, in Siria, terza metropoli del mondo antico dopo Roma e Alessandria d'Egitto e di cui san Pietro era stato il primo vescovo. Non era cittadino romano, e pare che non fosse nato cristiano, convertendosi in età non più giovanissima. Mentre era vescovo ad Antiochia, l'Imperatore Traiano dette inizio alla sua persecuzione. Arrestato e condannato, Ignazio fu condotto, in catene, da Antiochia a Roma dove si allestivano feste in onore dell'Imperatore e i cristiani dovevano servire da spettacolo, nel circo, sbranati dalle belve. Durante il viaggio da Antiochia a Roma, Ignazio scrisse sette lettere, in cui raccomandava di fuggire il peccato, di guardarsi dagli errori degli Gnostici, di mantenere l'unità della Chiesa. Di un'altra cosa poi si raccomandava, soprattutto ai cristiani di Roma: di non intervenire in suo favore e di non salvarlo dal martirio. Nell'anno 107 fu dunque sbranato dalle belve verso le quali dimostrò grande tenerezza. «Accarezzatele " scriveva " affinché siano la mia tomba e non faccian restare nulla del mio corpo, e i miei funerali non siano a carico di nessuno». (Avvenire)

Etimologia: Ignazio = di fuoco, igneo, dal latino

Emblema: Bastone pastorale, Palma

Martirologio Romano: Memoria di sant’Ignazio, vescovo e martire, che, discepolo di san Giovanni Apostolo, resse per secondo dopo san Pietro la Chiesa di Antiochia. Condannato alle fiere sotto l’imperatore Traiano, fu portato a Roma e qui coronato da un glorioso martirio: durante il viaggio, mentre sperimentava la ferocia delle guardie, simile a quella dei leopardi, scrisse sette lettere a Chiese diverse, nelle quali esortava i fratelli a servire Dio in comunione con i vescovi e a non impedire che egli fosse immolato come vittima per Cristo.

Dalla data del 1° febbraio, la memoria di Sant'Ignazio Martire è stata riportata ad oggi, data tradizionale del suo martirio, dal nuovo Calendario ecclesiastico, che la prescrive come obbligatoria per tutta la Chiesa.

Sant'Ignazio fu il terzo Vescovo di Antiochia, in Siria, cioè della terza metropoli del mondo antico dopo Roma e Alessandria d'Egitto.

Lo stesso San Pietro era stato primo Vescovo di Antiochia, e Ignazio fu suo degno successore: un pilastro della Chiesa primitiva così come Antiochia era uno dei pilastri del mondo antico.

Non era cittadino romano, e pare che non fosse nato cristiano, e che anzi si convertisse assai tardi. Ciò non toglie che egli sia stato uomo d'ingegno acutissimo e pastore ardente di zelo. I suoi discepoli dicevano di lui che era " di fuoco ", e non soltanto per il nome, dato che ignis in latino vuol dire fuoco.

Mentre era Vescovo ad Antiochia, l'Imperatore Traiano dette inizio alla sua persecuzione, che privò la Chiesa degli uomini più in alto nella scala gerarchica e più chiari nella fama e nella santità.

Arrestato e condannato ad bestias, Ignazio fu condotto, in catene, con un lunghissimo e penoso viaggio, da Antiochia a Roma dove si allestivano feste in onore dell'Imperatore vittorioso nella Dacia e i Martiri cristiani dovevano servire da spettacolo, nel circo, sbranati e divorati dalle belve.

Durante il suo viaggio, da Antiochia a Roma, il Vescovo Ignazio scrisse sette lettere, che sono considerate non inferiori a quelle di San Paolo: ardenti di misticismo come quelle sono sfolgoranti di carità. In queste lettere, il Vescovo avviato alla morte raccomandava ai fedeli di fuggire il peccato; di guardarsi dagli errori degli Gnostici; soprattutto di mantenere l'unità della Chiesa.

D'un'altra cosa poi si raccomandava, scrivendo particolarmente ai cristiani di Roma: di non intervenire in suo favore e di non tentare neppure di salvarlo dal martirio.

"lo guadagnerei un tanto - scriveva - se fossi in faccia alle belve, che mi aspettano. Spero di trovarle ben disposte. Le accarezzerei, anzi, perché mi divorassero d'un tratto, e non facessero come a certuni, che han timore di toccarli: se manifestassero queste intenzioni, io le forzerei ".

E a chi s'illudeva di poterlo liberare, implorava: " Voi non perdete nulla, ed io perdo Iddio, se riesco a salvarmi. Mai più mi capiterà una simile ventura per riunirmi a Lui. Lasciatemi dunque immolare, ora che l'altare è pronto! Uniti tutti nel coro della carità, cantate: Dio s'è degnato di mandare dall'Oriente in Occidente il Vescovo di Siria! ".

Infine prorompeva in una di quelle immagini che sono rimaste famose nella storia dei Martiri: " Lasciatemi essere il nutrimento delle belve, dalle quali mi sarà dato di godere Dio. lo sono frumento di Dio. Bisogna che sia macinato dai denti delle belve, affinché sia trovato puro pane di Cristo ".

E, giunto a Roma, nell'anno 107, il Vescovo di Antiochia fu veramente " macinato " dalle innocenti belve del Circo, per le quali il Martire trovò espressioni di una insolita tenerezza e poesia: " Accarezzatele, scriveva infatti, affinché siano la mia tomba e non faccian restare nulla del mio corpo, e i miei funerali non siano a carico di nessuno ".


Fonte:
Archivio Parrocchia