samedi 9 février 2013

Saint CYRILLE d'ALEXANDRIE, évêque, Père et Docteur de l'Église


« Nous te saluons, Marie, Mère de Dieu, trésor sacré de tout l'univers, astre sans déclin, couronne de la virginité, sceptre de la foi orthodoxe, temple indestructible, demeure de l'incommensurable, Mère et Vierge, à cause de qui est appelé béni, dans les saints Evangiles, celui qui vient au nom du Seigneur. Nous te saluons, toi qui as contenu dans ton sein virginal celui que les cieux ne peuvent contenir. Toi par qui la Trinité est glorifiée et adorée sur toute la terre, par qui le ciel exulte. »
Saint Cyrille d'Alexandrie au Concile d'Éphèse en 431.

BENOÎT XVI


AUDIENCE GÉNÉRALE


Mercredi 3 octobre 2007


Saint Cyrille d'Alexandrie


Chers frères et sœurs!

Poursuivant notre itinéraire sur les traces des Pères de l'Eglise, nous rencontrons une grande figure: saint Cyrille d'Alexandrie. Lié à la controverse christologique qui conduisit au Concile d'Ephèse de 431 et dernier représentant important de la tradition alexandrine, dans l'Orient grec, Cyrille fut plus tard défini le "gardien de l'exactitude" - qu'il faut comprendre comme gardien de la vraie foi - et même "sceau des Pères". Ces antiques expressions expriment un fait qui est caractéristique de Cyrille, c'est-à-dire la référence constante de l'Evêque d'Alexandrie aux auteurs ecclésiastiques précédents (parmi ceux-ci, Athanase en particulier), dans le but de montrer la continuité de sa théologie avec la tradition. Il s'insère volontairement, explicitement dans la tradition de l'Eglise, dans laquelle il reconnaît la garantie de la continuité avec les Apôtres et avec le Christ lui-même. Vénéré comme saint aussi bien en Orient qu'en Occident, saint Cyrille fut proclamé docteur de l'Eglise en 1882 par le Pape Léon XIII, qui, dans le même temps, attribua ce titre également à un autre représentant important de la patristique grecque, saint Cyrille de Jérusalem. Ainsi, se révélaient l'attention et l'amour pour les traditions chrétiennes orientales de ce Pape, qui voulut ensuite proclamer saint Jean Damascène Docteur de l'Eglise, montrant ainsi que tant la tradition orientale qu'occidentale exprime la doctrine de l'unique Eglise du Christ.

On sait très peu de choses sur la vie de Cyrille avant son élection sur l'important siège d'Alexandrie. Neveu de Théophile, qui en tant qu'Evêque, dirigea d'une main ferme et avec prestige le diocèse alexandrin à partir de 385, Cyrille naquit probablement dans la même métropole égyptienne entre 370 et 380. Il fut très tôt dirigé vers la vie ecclésiastique et reçut une bonne éducation, tant culturelle que théologique. En 403, il se trouvait à Constantinople à la suite de son puissant oncle et il participa dans cette même ville au Synode appelé du "Chêne", qui déposa l'Evêque de la ville, Jean (appelé plus tard Chrysostome), marquant ainsi le triomphe du siège alexandrin sur celui, traditionnellement rival, de Constantinople, où résidait l'empereur. A la mort de son oncle Théophile, Cyrille encore jeune fut élu Evêque de l'influente Eglise d'Alexandrie en 412, qu'il gouverna avec une grande énergie pendant trente-deux ans, visant toujours à en affirmer le primat dans tout l'Orient, également fort des liens traditionnels avec Rome.

Deux ou trois ans plus tard, en 417 ou 418, l'Evêque d'Alexandrie se montra réaliste en recomposant la rupture de la communion avec Constantinople, qui durait désormais depuis 406, suite à la déposition de Jean Chrysostome. Mais l'ancienne opposition avec le siège de Constantinople se ralluma une dizaine d'années plus tard, lorsqu'en 428, Nestor y fut élu, un moine sévère et faisant autorité, de formation antiochienne. En effet, le nouvel Evêque de Constantinople suscita très vite des oppositions, car dans sa prédication, il préférait pour Marie le titre de "Mère du Christ" (Christotòkos), à celui - déjà très cher à la dévotion populaire - de "Mère de Dieu" (Theotòkos). Le motif de ce choix de l'Evêque Nestor était son adhésion à la christologie de type antiochien qui, pour préserver l'importance de l'humanité du Christ, finissait par en affirmer la division de la divinité. Et ainsi, l'union entre Dieu et l'homme dans le Christ n'était plus véritable, et, naturellement, on ne pouvait plus parler de "Mère de Dieu".

La réaction de Cyrille - alors le plus grand représentant de la christologie alexandrine, qui entendait en revanche profondément souligner l'unité de la personne du Christ - fut presque immédiate, et se manifesta par tous les moyens déjà à partir de 429, s'adressant également dans quelques lettres à Nestor lui-même. Dans la deuxième (PG 77, 44-49) que Cyrille lui adressa, en février 430, nous lisons une claire affirmation du devoir des Pasteurs de préserver la foi du Peuple de Dieu. Tel était son critère, par ailleurs encore valable aujourd'hui: la foi du Peuple de Dieu est l'expression de la tradition, elle est la garantie de la saine doctrine. Il écrit ainsi à Nestor: "Il faut exposer au peuple l'enseignement et l'interprétation de la foi de la manière la plus irrépréhensible, et rappeler que celui qui scandalise ne serait-ce qu'un seul des petits qui croient dans le Christ subira un châtiment intolérable".

Dans cette même lettre à Nestor - une lettre qui plus tard, en 451, devait être approuvée par le Concile de Chalcédoine, le quatrième Concile oecuménique - Cyrille décrit avec clarté sa foi christologique: "Nous affirmons ainsi que les natures qui se sont unies dans une véritable unité sont différentes, mais de toutes les deux n'a résulté qu'un seul Christ et Fils; non parce qu'en raison de l'unité ait été éliminée la différence des natures, mais plutôt parce que divinité et humanité, réunies en une union indicible et inénarrable, ont produit pour nous le seul Seigneur et Christ et Fils". Et cela est important: réellement, la véritable humanité et la véritable divinité s'unissent en une seule Personne, Notre Seigneur Jésus Christ. C'est pourquoi, poursuit l'Evêque d'Alexandrie, "nous professerons un seul Christ et Seigneur, non dans le sens où nous adorons l'homme avec le Logos, pour ne pas insinuer l'idée de la séparation lorsque nous disons "avec", mais dans le sens où nous adorons un seul et le même, car son corps n'est pas étranger au Logos, avec lequel il s'assied également aux côtés de son Père, non comme si deux fils s'asseyaient à côté de lui, mais bien un seul uni avec sa propre chair".

Très vite, l'Evêque d'Alexandrie, grâce à de sages alliances, obtint que Nestor soit condamné à plusieurs reprises: par le siège romain, puis par une série de douze anathèmes qu'il composa lui-même et, enfin, par le Concile qui se tint à Ephèse en 431, le troisième concile œcuménique. L'assemblée, qui connut des épisodes tumultueux et une alternance de moments favorables et de moments difficiles, se conclut par le premier grand triomphe de la dévotion à Marie et avec l'exil de l'Evêque de Constantinople, qui ne voulait pas reconnaître à la Vierge le titre de "Mère de Dieu", à cause d'une christologie erronée, qui suscitait des divisions dans le Christ lui-même. Après avoir ainsi prévalu sur son rival et sur sa doctrine, Cyrille sut cependant parvenir, dès 433, à une formule théologique de compromis et de réconciliation avec les Antiochiens. Et cela aussi est significatif: d'une part, il y a la clarté de la doctrine de la foi, mais de l'autre, également la recherche intense de l'unité et de la réconciliation. Au cours des années suivantes, il se consacra de toutes les façons possibles à défendre et à éclaircir sa position théologique jusqu'à sa mort, qui eut lieu le 27 juin 444.

Les écrits de Cyrille - vraiment très nombreux et largement publiés également dans diverses traductions latines et orientales déjà de son vivant, témoignant de leur succès immédiat - sont d'une importance primordiale pour l'histoire du christianisme. Ses commentaires de nombreux livres vétéro-testamentaires et du Nouveau Testament, parmi lesquels tout le Pentateuque, Isaïe, les Psaumes et les Evangiles de Jean et de Luc, sont importants. Ses nombreuses œuvres doctrinales sont également notables; dans celles-ci revient la défense de la foi trinitaire contre les thèses ariennes et contre celles de Nestor. La base de l'enseignement de Cyrille est la tradition ecclésiastique, et en particulier, comme je l'ai mentionné, les écrits d'Athanase, son grand prédécesseur sur le siège alexandrin. Parmi les autres écrits de Cyrille, il faut enfin rappeler les livres Contre Julien, dernière grande réponse aux polémiques antichrétiennes, dictée par l'Evêque d'Alexandrie probablement au cours des dernières années de sa vie, pour répondre à l'œuvre Contre les Galiléens, écrite de nombreuses années auparavant, en 363, par l'empereur qui fut qualifié d'Apostat pour avoir abandonné le christianisme dans lequel il avait été éduqué.

La foi chrétienne est tout d'abord une rencontre avec Jésus, "une Personne qui donne à la vie un nouvel horizon" (Enc. Deus caritas est, n. 1). Saint Cyrille d'Alexandrie a été un témoin inlassable et ferme de Jésus Christ, Verbe de Dieu incarné, soulignant en particulier son unité, comme il le répète en 433 dans la première lettre (PG 77, 228-237) à l'Evêque Succenso: "Un seul est le Fils, un seul le Seigneur Jésus Christ, que ce soit avant l'incarnation ou après l'incarnation. En effet, le Logos né de Dieu le Père n'était pas un fils, et celui né de la Sainte Vierge un autre fils; mais nous croyons que précisément Celui qui existe depuis toute éternité est né également selon la chair d'une femme". Cette affirmation, au-delà de sa signification doctrinale, montre que la foi en Jésus Logos né du Père est également bien enracinée dans l'histoire, car, comme l'affirme saint Cyrille, ce même Jésus est venu dans le temps avec la naissance de Marie, la Theotòkos, et il sera, selon sa promesse, toujours avec nous. Et cela est important: Dieu est éternel, il est né d'une femme, et il reste avec nous chaque jour. Nous vivons dans cette certitude, en elle nous trouvons le chemin de notre vie.

* * *

Je souhaite la bienvenue aux pèlerins de langue française, et je salue en particulier les jeunes du Lycée Marmoutier de Tours ainsi que le groupe d’anciens mineurs de Falck en Moselle. À la suite de saint Cyrille, je vous invite tous à vivre la foi comme une rencontre avec la personne de Jésus. Avec ma Bénédiction apostolique.

© Copyright 2007 - Libreria Editrice Vaticana


Saint Cyrille d'Alexandrie

Évêque et Docteur de l'Église

(† 444)
Ce grand serviteur de Marie était le neveu du trop fameux Théophile, patriarche d'Alexandrie, qui se montra l'ennemi acharné de saint Jean Chrysostome. Cyrille hérita à la fois du siège et de la rancune de son oncle, au point que, même évêque, il persista pendant six ans, dans le schisme de son prédécesseur; le point contesté était l'inscription du nom de saint Jean Chrysostome sur les dyptiques sacrés. Il fut enfin tiré de son obstination grâce à l'intervention de saint Isidore, abbé de Péluse, auquel Cyrille avait confié la direction de son âme.

"Si je suis votre père, comme vous le dites, lui écrivait saint Isidore, je dois craindre d'attirer sur moi le châtiment d'Héli, si terriblement puni pour avoir négligé la correction de ses enfants. Faites cesser ces querelles. Ne cherchez pas plus longtemps la vengeance d'une injure privée et domestique. Ne la faites pas peser sur l'Église."

Cyrille ne put résister à ces touchantes exhortations, et se soumit: il assembla les évêques de son patriarcat, inscrivit solennellement le nom de Chrysostome dans les dyptiques, et rentra ainsi en grâce avec Rome (418). Ceci prouve une fois de plus qu'on ne naît pas saint, mais qu'on le devient.

Le grand mérite de Cyrille devant l'histoire a été sa lutte contre Nestorius, moine et prêtre d'Antioche, qui, sous des dehors austères, cachait un esprit faux et chicaneur, et un orgueil indomptable. Élevé sur le siège de Constantinople (428), il se mit à enseigner hautement qu'il y a deux personnes en Jésus-Christ: celle de Dieu et celle de l'homme; que depuis l'Incarnation le Verbe ne S'est point uni à la nature humaine, mais ne l'a prise que comme un vêtement. Il en concluait que la Vierge Marie n'est point Mère de Dieu, mais seulement mère de l'homme ou du Christ.

Cet enseignement souleva d'unanimes protestations tant des fidèles que des gardiens de la foi catholique. Dès 429, Cyrille écrivit contre Nestorius, puis à Nestorius lui-même; il écrivit ensuite au Pape Célestin et à l'empereur Théodose II, pour les éclairer sur la gravité des nouvelles erreurs. Son intervention obtint son effet: Nestorius fut condamné, excommunié et déposé. Cyrille était chargé de faire exécuter la sentence, si dans le délai de dix jours l'hérésiarque n'avait par rétracté ses erreurs. Dans ce but, Cyrille lui présenta à signer douze anathématisme qui détaillaient longuement son hérésie. Nestorius et ses partisans s'insurgèrent contre cette rédaction, y trouvèrent matière à discussion, et d'accusés se firent accusateurs.

Cette opiniâtreté donna lieu à la convocation du Concile d'Éphèse (431), où il se trouva deux cents évêques. La présidence du concile fut dévolue à Cyrille.

Nestorius, cité trois fois, refusa de comparaître. Le concile prononça contre lui une sentence de déposition dont on informa l'empereur. Le 7 juin, depuis le matin, le peuple assiégeait les abords de l'église, attendant fiévreusement la décision du concile. Quand il apprit que les Pères avaient conservé à Marie Son titre de Mère de Dieu, il éclata en transports de joie, et, à la lueur des flambeaux, reconduisit les évêques jusqu'à leurs demeures.

Six jours après, quatorze évêques orientaux, partisans de Nestorius, arrivèrent à Éphèse, se constituèrent en concile et excommunièrent Cyrille. Sollicité par les deux partis, l'empereur emprisonna Cyrille et Nestorius. Toutefois, à l'arrivée des légats du Pape Célestin, il rétablit Cyrille et déclara Nestorius définitivement déposé. Les évêques partisans de Nestorius se réconcilièrent alors avec Cyrille.

Là se termine le rôle considérable rempli par Cyrille dans cette importante joute théologique. Métaphysicien pénétrant et esprit religieux, Cyrille avait profondément médité le mystère de l'Incarnation. L'unité du Christ qu'il mit si fort en relief lui paraissait la conséquence d'un raisonnement très simple: si le Rédempteur n'est pas Dieu Lui-même, Il ne peut pas nous sauver; Jésus-Christ est donc personnellement Dieu. Si Jésus-Christ est Dieu, il est juste de reconnaître à Marie la qualité de Mère de Dieu, quoiqu'Elle n'ait pas, à proprement parler, produit la Divinité, chose qu'il serait absurde de prétendre. C'est ainsi que dans les générations ordinaires, l'âme l'emporte de beaucoup sur le corps. Et cependant, ne nommons-nous pas nos parents, ceux qui, en réalité, ne nous ont fait part que de notre substance corporelle?

Saint Cyrille mourut probablement le 27 juin 444.

J.-M. Planchet, Nouvelle Vie des Saints, p. 59-60


Saint Cyrille d'Alexandrie

Alexandrie s'était signalée par sa lutte en faveur de l'orthodoxie. Les successeurs d'Athanase furent fidèles à cette mission doctrinale, mais cherchèrent en même temps à affirmer l'autorité du siège, et si possible à régenter l'Orient chrétien. Cette rivalité avait pris corps dans l'opposition entre Théophile et Jean Chrysostome. L'occasion avait paru bonne pour imposer l'autorité d'Alexandrie à Constantinople et à Antioche. Au synode du Chêne, où Théophile fit déposer Jean Chrysostome, il était accompagné de son neveu, Cyrille, qui devait lui succéder.

Pendant soixante ans la même famille gouverne l'Église d'Égypte. Cyrille, dévoué à son oncle, est plus prédestiné à l'ambition qu'à la sainteté. Théophile avait veillé à sa formation religieuse et théologique, mais sa culture profane n'est pas très étendue, il préfére la tradition à la philosophie. Il a passé sans doute quelque temps parmi les moines, mais il est moins fait pour la solitude que pour le gouvernement. Isidore de Péluse lui reproche de porter dans son cœur le bruit et la confusion des villes.

A la mort deThéophile (412), Cyrille lui succède pour plus de trente ans. Il a hérité des qualités et des défauts de son oncle : orthodoxie et vie privée irréprochables, mais aussi ambitions et ressentiments. C'est ainsi qu'il refuse, malgré les interventions romaines, d'inscrire sur les diptyques (liste des évêques) le nom de Jean Chrysostome. Le réintégrer, avait-il dit, serait replacer Judas dans le collège apostolique.

Cependant, Cyrille, homme d'étude, soucieux de cerner la doctrine de l'Écriture et de la tradition, connaissait mieux la théologie que Théophile. La controverse nestorienne partage son activité littéraire en deux périodes, la première, jusqu'en 428, est consacrée à l'exégèse et à la polémique contre les ariens ; la seconde, jusqu'à sa mort, est occupée à réfuter le nestorianisme.

La production exégétique de Cyrille est considérable. Elle occupe dans l'édition de Migne six volumes in-quarto. Ce n'est pas la meilleure partie de son œuvre, ni la plus originale.

L'évêque d'Alexandrie est fidèle à la tradition théologique de sa ville, illustrée par Athanase surtout, par Didyme l'Aveugle aussi, dont il tait le nom, parce qu'il avait été laïc et disciple d'Origène. Il n'est pas assez nuancé pour faire justice à Origène qu'il réprouve pour avoir imité les bavardages des Grecs. Par contre il s'oppose à l'école d'Antioche sans essayer de la comprendre ni de s'enrichir de sa méthode. Il a la rancune tenace.

Les grandes œuvres théologiques de Cyrille sont polémiques. Là il est pleinement lui-même. Il aime réfuter et flaire l'hérésie. Ses premiers écrits sont dirigés contre les ariens. Tous ses ouvrages théologiques sont écrits contre quelqu'un. Il ne sait pas ce qu'est le dialogue, encore moins découvrir la part de vérité chez l'adversaire. Il est responsable de la réputation que l'histoire fait à Théodoret de Cyr.

Il a composé plus tard une volumineuse apologie : Pour la sainte religion des chrétiens contre les livres de l'impie Julien. Ce qui laisse entendre que le paganisme restait virulent en Égypte jusqu'au Vème siècle. Le plus clair de l'œuvre théologique de Cyrille est consacré à la réfutation des thèses nestoriennes et à démontrer l'unité dans le Christ.

Tenace, appliqué, il se soucie d'exposer les mystères de la foi avec précision et netteté. Si la pensée est ferme, le style est monotone, prolixe. Il s'exprime avec plus d'emphase que d'élégance. Il s'éloigne des grands classiques et ouvre l'ère de la scolastique byzantine.

Cyrille est à la fois théologien et homme d'action. Il est plus un chef qu'un pasteur. Il aime la lutte, où il fait preuve du même esprit redoutable que dans ses affirmations doctrinales. Il est combatif de nature. Il a besoin d'adversaires comme l'orateur a besoin de public pour être pleinement lui-même. Ce sera le secret de ses réussites, la justification qu'il donne à ses procédés.

SOURCE : http://missel.free.fr/Sanctoral/06/27.php

Mort à Alexandrie en 444. Introduit au calendrier Romain par Léon XIII le 28 juillet 1882.

Leçons des Matines avant 1960

Quatrième leçon. Cyrille d’Alexandrie, dont l’éloge n’est pas seulement appuyé sur le témoignage de quelques-uns, mais dont les louanges sont même célébrées dans les actes des conciles d’Éphèse et de Chalcédoine, naquit de parents illustres ; ii était neveu de Théophile, Évêque d’Alexandrie. Dès son adolescence, il donna des marques évidentes de son esprit supérieur. Parfaitement instruit des lettres et des sciences, il se rendit auprès de Jean, Évêque de Jérusalem, pour se perfectionner dans la foi chrétienne. Comme il revenait à Alexandrie, Théophile étant mort, il fut élevé à son siège. Dans l’exercice de cette charge, il eut toujours devant lui le type du pasteur accompli, tracé par l’Apôtre, en sorte qu’il acquit à bon droit la réputation glorieuse d’un très saint Prélat.

Cinquième leçon. En flammé de zèle pour le salut des âmes, il mit tous ses soins à maintenir dans la foi et l’intégrité des mœurs, le troupeau qui lui était confié, et à le détourner des pâturages empoisonnés des infidèles et des hérétiques, il s’efforça d’expulser de la ville les sectateurs de Novat, et de punir conformément aux lois les Juifs qui, dans leur frénésie, avaient conspiré le massacre des Chrétiens. Mais le zèle de Cyrille pour l’intégrité de la foi catholique se déploya surtout contre Nestorius, Évêque de Constantinople, lequel prétendait que Jésus-Christ, né de la Vierge Marie, était homme seulement et non Dieu, et que la divinité lui avait été accordée à cause de ses mérites. Ayant vainement tenté d’obtenir l’amendement de l’hérésiarque, il le dénonça au souverain Pontife saint Célestin.

Sixième leçon. Par délégation de Célestin, Cyrille présida au concile d’Éphèse ; l’hérésie nestorienne y fut entièrement proscrite, et Nestorius condamné et déposé de son siège. Le dogme catholique d’une seule et divine personne dans le Christ et de la divine maternité de la glorieuse Vierge Marie, y fut affirmé aux applaudissements du peuple entier, -qui, manifestant une joie indicible, reconduisit les Évêques dans leurs demeures en portant des torches allumées. Ayant eu à subir, à cause de cela des calomnies, des injures et de nombreuses persécutions de la part de Nestorius et de ses partisans, Cyrille les supporta avec fa plus grande patience ; soucieux des seuls intérêts de la foi, il comptait pour rien tout ce que les hérétiques disaient et entreprenaient contre lui. Enfin, ayant accompli les plus grands travaux pour l’Église de Dieu, publié plusieurs écrits, soit pour réfuter les païens et les hérétiques, soit pour expliquer les saintes Écritures et les dogmes catholiques, il entra dans l’éternel repos par une sainte mort, en l’an née quatre cent quarante-quatre, la trente-deuxième de son épiscopat. Le souverain Pontife Léon XIII a étendu à l’Église universelle l’Office et la Messe de cet illustre champion de la foi catholique, qui fut la lumière de l’Orient.


Dom Guéranger, l’Année Liturgique

« Je mettrai une inimitié entre toi et la femme, entre ta race et la sienne ; elle t’écrasera la tête, et tu chercheras à la mordre au talon [1] » Cette parole qui fut dite au serpent dans les jours que l’Église rappelle maintenant à la pensée de ses fils, domine l’histoire entière du monde. La femme, tombée la première par la ruse de Satan, s’est aussi, en Marie, relevée la première. Dans son immaculée Conception, dans son enfantement virginal, dans l’offrande qu’elle fit à Dieu de l’Adam nouveau sur la montagne d’expiation, la nouvelle Ève a montré à l’antique ennemi la puissance de son pied victorieux. Aussi l’ange révolté, devenu le prince du monde autrefois par la complicité de l’homme [2], a-t-il sans cesse, dès lors, dirigé contre la femme qui triompha de lui les forces réunies de son double empire sur les légions infernales et les fils de ténèbres. Marie, au ciel, poursuit la lutte qu’elle commença sur la terre. Reine des esprits bienheureux et des fils de lumière, elle meneau combat, comme une seule armée, les phalanges célestes et les bataillons de l’Église militante. Le triomphe de ces troupes fidèles est celui de leur souveraine : l’écrasement continu de la tête du père du mensonge, par la défaite de l’erreur et l’exaltation de la vérité révélée, du Verbe divin, fils de Marie et fils de Dieu.

Mais jamais cette exaltation du Verbe divin n’apparut plus intimement liée au triomphe de son auguste mère, que dans le combat mémorable où le pontife proposé en ce jour à nos hommages reconnaissants eut une part si glorieuse. Cyrille d’Alexandrie est le Docteur de la maternité divine, comme son prédécesseur, Athanase, avait été celui de la consubstantialité du Verbe ; l’Incarnation repose sur les deux ineffables mystères qui furent, à un siècle de distance, l’objet de leur confession et de leurs luttes. Comme Fils de Dieu, le Christ devait être consubstantiel à son Père ; caria simplicité infinie de l’essence divine exclut toute idée de division ou de partage : nier en Jésus, Verbe divin, l’unité de substance avec son principe, était nier sa divinité. Comme fils de l’homme en même temps que vrai Dieu de vrai Dieu [3], Jésus devait naître ici-bas d’une fille d’Adam, et cependant rester dans son humanité une même personne avec le Verbe consubstantiel au Père : nier dans le Christ cette union personnelle des deux natures, était de nouveau méconnaître sa divinité ; c’était proclamer du même coup que la Vierge bénie, vénérée jusque-là comme ayant enfanté Dieu dans la nature qu’il avait prise pour nous sauver, n’était que la mère d’un homme.

Trois siècles de persécution furieuse avaient essayé vainement d’arracher à l’Église le désaveu de la divinité de l’Époux. Le monde cependant venait à peine d’assister au triomphe de l’Homme-Dieu, que déjà l’ennemi exploitait la victoire ; mettant à profit l’état nouveau du christianisme et sa sécurité du côté des bourreaux, il allait s’efforcer d’obtenir désormais sur le terrain de la fausse science le reniement qui lui avait été refusé dans l’arène du martyre. Le zèle amer des hérétiques pour réformer la croyance de l’Église allait servir l’inimitié du serpent, et concourir plus au développement de sa race maudite que n’avaient fait les défaillances des apostats. Bien digne par son orgueil d’être, à l’âge de la paix, le premier de ces docteurs de l’enfer, Arius parut d’abord, portant le débat jusque dans les profondeurs de l’essence divine, et rejetant au nom de textes incompris le consubstantiel. Au bout d’un siècle où sa principale force avait été l’appui des puissances de ce monde, l’arianisme tombait, ne gardant de racine que chez les nations qui, récemment baptisées, n’avaient point eu à verser leur sang pour la divinité du Fils de Dieu. C’est alors que Satan produisit Nestorius.

Habile à se transformer en ange de lumière [4], l’ancien ennemi revêtit son apôtre d’une double auréole menteuse de sainteté et de science ; l’homme qui devait exprimer plus nettement qu’aucun autre la haine du serpent contre la femme et son fruit, put s’asseoir sur le siège épiscopal de Constantinople aux applaudissements de l’Orient tout entier, qui se promettait de voir revivre en lui l’éloquence et les vertus d’un nouveau Chrysostome. Mais la joie des bons fut de courte durée. En l’année même qui avait vu l’exaltation de l’hypocrite pasteur, le jour de Noël 428, Nestorius, profitant du concours immense des fidèles assemblés pour fêter l’enfantement de la Vierge-mère, laissait tomber du haut de la chaire épiscopale cette parole de blasphème : « Marie n’a point enfanté Dieu ; son fils n’était qu’un homme, instrument de la divinité. » Un frémissement d’horreur parcourut à ces mots la multitude ; interprète de l’indignation générale, le scolastique Eusèbe, simple laïque, se leva du milieu de la foule et protesta contre l’impiété. Bientôt, une protestation plus explicite fut rédigée au nom des membres de cette Église désolée, et répandue à nombreux exemplaires, déclarant anathème à quiconque oserait dire : « Autre est le Fils unique du Père, autre celui de la vierge Marie. » Attitude généreuse, qui fut alors la sauvegarde de Byzance, et lui valut l’éloge des conciles et des papes ! Quand le pasteur se change en loup, c’est au troupeau à se défendre tout d’abord. Régulièrement sans doute la doctrine descend des évêques au peuple fidèle, et les sujets, dans l’ordre de la foi, n’ont point à juger leurs chefs. Mais il est dans le trésor de la révélation des points essentiels, dont tout chrétien, par le fait même de son titre de chrétien, a la connaissance nécessaire et la garde obligée. Le principe ne change pas, qu’il s’agisse de croyance ou de conduite, de morale ou de dogme. Les trahisons pareilles à celle de Nestorius sont rares dans l’Église ; mais il peut arriver que des pasteurs restent silencieux, pour une cause ou pour l’autre, en certaines circonstances où la religion même serait engagée. Les vrais fidèles sont les hommes qui puisent dans leur seul baptême, en de telles conjonctures, l’inspiration d’une ligne de conduite ; non les pusillanimes qui, sous le prétexte spécieux de la soumission aux pouvoirs établis, attendent pour courir à l’ennemi, ou s’opposer à ses entreprises, un programme qui n’est pas nécessaire et qu’on ne doit point leur donner.

Cependant l’émotion produite par les blasphèmes de Nestorius agitait tout l’Orient, et gagna bientôt Alexandrie. Cyrille occupait alors la chaire fondée par Marc au nom de Pierre, et décorée de l’honneur du second siège par la volonté de ce chef des Églises. L’accord d’Athanase et des pontifes romains avait, au siècle précédent, vaincu l’arianisme ; c’était l’union d’Alexandrie avec Rome qui devait, cette fois encore, écraser l’hérésie. Pourtant l’ennemi, instruit par l’expérience, avait mis à prendre les devants une prévoyance tout infernale ; au jour où le futur vendeur de la Mère de Dieu était monté sur le siège de saint Athanase, l’alliance si formidable au démon n’existait plus. Théophile, le dernier patriarche, l’auteur principal de la condamnation de saint Jean Chrysostome au conciliabule du Chêne, avait refusé jusqu’à la fin de souscrire à la réhabilitation de sa victime par le Siège apostolique, et Rome avait dû rompre avec sa fille aînée. Or Cyrille était le neveu de Théophile ; il ne connaissait rien des motifs inavouables de son oncle en cette triste affaire ; habitué dès l’enfance à vénérer en lui son légitime supérieur autant que son bienfaiteur et son maître dans la science sacrée, Cyrille, devenu patriarche à son tour, n’eut même pas la pensée de rien changer aux décisions de celui qu’il regardait comme un père : Alexandrie resta séparée de l’Église romaine. Véritablement pareil au serpent, dont la bave empoisonne tout ce qu’elle touche, Satan avait donc tourné à son profit contre Dieu les plus nobles sentiments. Mais Notre-Dame, amie des cœurs droits, n’abandonna pas son chevalier. Au bout de quelques années dont les traverses apprirent au jeune patriarche à connaître les hommes, un saint moine, Isidore de Péluse, ouvrait pleinement ses yeux à la lumière ; Cyrille, convaincu, n’hésitait pas à rétablir sur les diptyques sacrés le nom de Jean Chrysostome. La trame ourdie par l’enfer était dénouée : pour les nouvelles luttes de la foi qui allaient s’engager en Orient, Rome retrouvait sur les bords du Nil un nouvel Athanase.

Ramené par un moine dans les sentiers de la sainte unité, Cyrille voua aux solitaires une affection pareille à celle dont les avait entourés son illustre prédécesseur. Il les choisit pour confidents de ses angoisses, au premier bruit des impiétés nestoriennes ; dans une lettre devenue célèbre, c’est leur foi qu’il veut éclairer la première sur le danger qui menace les Églises. « Car, leur dit-il, ceux qui ont embrassé dans le Christ l’enviable et noble vie qui est la vôtre, doivent premièrement briller par l’éclat d’une foi sans équivoque et non diminuée, et greffer ensuite sur cette foi la vertu ; cela fait, ils doivent mettre leur opulence à développer en eux la connaissance du mystère du Christ, tendant par tous les efforts à en acquérir l’intelligence la plus parfaite. C’est ainsi que je comprends, ajoute le saint Docteur, la poursuite de l’homme parfait dont parle l’Apôtre [5], la manière d’arriver à la mesure du Christ et à sa plénitude [6]. »

Le patriarche d’Alexandrie ne devait pas se contenter d’épancher son âme avec ceux dont l’assentiment lui était assuré d’avance. Par des lettres où la mansuétude de l’évêque ne le cède qu’à la force et à l’ampleur de son exposition doctrinale, Cyrille tenta de ramener Nestorius. Mais le sectaire s’opiniâtrait ; à défaut d’arguments, il se plaignit de l’ingérence du patriarche. Comme toujours en pareille circonstance, il se trouva des hommes d’apaisement qui, sans partager son erreur, estimaient que le mieux eût été en effet de ne pas lui répondre, par crainte de l’aigrir, d’augmenter le scandale, de blesser en un mot la charité. A ces hommes dont la vertu singulière avait la propriété de s’effrayer moins des audaces de l’hérésie que de l’affirmation de la foi chrétienne, à ces partisans de la paix quand même, Cyrille répondait : « Eh ! quoi ; Nestorius ose laisser dire en sa présence dans l’assemblée des fidèles : « Anathème à quiconque nomme Marie mère de Dieu ! par la bouche de ses partisans il frappe a ainsi d’anathème nous et les autres évêques de l’univers, et les anciens Pères qui, partout et dans tous les âges, ont reconnu et honoré unanimement la sainte Mère de Dieu ! Et il n’eût pas été dans notre droit de lui retourner sa parole et de dire : Si quelqu’un nie que Marie soit mère de Dieu, qu’il soit anathème ! Cependant cette parole, par égard pour lui, je ne l’ai pas dite encore [7] ».

D’autres hommes, qui sont aussi de tous les temps, découvraient le vrai motif de leurs hésitations, lorsque faisant valoir bien haut les avantages de la concorde et leur vieille amitié pour Nestorius, ils rappelaient timidement le crédit de celui-ci, le danger qu’il pouvait y avoir à contredire un aussi puissant adversaire. « Que ne puis-je en perdant tous mes biens, répondait Cyrille, satisfaire l’évêque de Constantinople, apaiser l’amertume de mon frère ! Mais c’est de la foi qu’il s’agit ; le scandale est dans toutes les Églises ; chacun s’informe au sujet de la doctrine nouvelle. Si nous, qui avons reçu de Dieu la mission d’enseigner, ne portons pas remède à de si grands maux, au jour du jugement y aura-t-il pour nous assez de flammes ? Déjà la calomnie, l’injure, ne m’ont pas manqué ; oubli sur tout cela : que seulement la foi reste sauve, et je ne concéderai à personne d’aimer plus ardemment que moi Nestorius. Mais si, du fait de quelques-uns, la foi vient à souffrir, qu’on n’en doute point : nous ne perdrons pas nos âmes, la mort même fût-elle sur notre tête. Si la crainte de quelque ennui l’emporte en nous sur le zèle de la gloire de Dieu et nous fait taire la vérité, de quel front pourrons-nous célébrer en présence du peuple chrétien les saints martyrs, lorsque ce qui fait leur éloge est uniquement l’accomplissement de cette parole [8] : « Pour la vérité, combats jusqu’à la mort [9] ! »

Lorsqu’enfin, la lutte devenue inévitable, il organise la milice sainte qui devra combattre avec lui, appelant à ses côtés les évêques et les moines, Cyrille ne retient plus l’enthousiasme sacré qui l’anime : « Quant à ce qui est de moi, écrit-il à ses clercs résidant pour lui dans la ville impériale, peiner, vivre et mourir pour la foi de Jésus-Christ est mon plus grand désir. Comme il est écrit, je ne donnerai point de sommeil à mes yeux, je ne clorai point mes paupières, je n’accorderai point de repos à ma tête [10], que je n’aie livré le combat nécessaire au salut de tous. C’est pourquoi, bien pénétrés de notre pensée, agissez virilement ; surveillez l’ennemi, informez-nous de ses moindres mouvements. Au premier jour je vous enverrai, choisis entre tous, des hommes pieux et prudents, évêques a et moines ; dès maintenant je prépare mes lettres, telles qu’il les faut et pour qui il convient. J’ai résolu pour la foi du Christ et de travail1er sans trêve, et de supporter tous les tourments, même réputés les plus terribles, jusqu’à ce qu’enfin m’arrive de subir la mort qui sera douce pour une telle cause [11] ».

Informé par le patriarche d’Alexandrie de l’agitation des Églises, saint Célestin Ier, qui occupait alors le Siège apostolique, condamna l’hérésie nouvelle, et chargea Cyrille de déposer l’évêque de Constantinople au nom du Pontife romain, s’il ne venait à résipiscence. Mais les intrigues de Nestorius allaient prolonger la lutte. C’est ici qu’à côté de Cyrille, dans ce triomphe de la femme sur l’antique ennemi, nous apparaît l’admirable figure d’une femme, d’une sainte, qui fut, quarante années durant, la terreur de l’enfer et, par deux fois, au nom de la Reine du ciel, écrasa la tête de l’odieux serpent. En un siècle de ruines, chargée à quinze ans des rênes de l’empire, Pulchérie arrêtait par sa prudence dans le conseil et son énergie dans l’exécution les troubles intérieurs, tandis que par la seule force de la divine psalmodie, avec ses sœurs, vierges comme elle, elle contenait les barbares. Lorsque l’Occident s’agitait dans les convulsions d’une dernière agonie, l’Orient retrouvait dans le génie de son impératrice la prospérité des plus beaux jours. En voyant la petite-fille du grand Théodose consacrer ses richesses privées à multiplier dans ses murs les églises de la Mère de Dieu, Byzance apprenait d’elle ce culte de Marie qui devait être sa sauvegarde en tant de mauvais jours, et lui valut du Seigneur fils de Marie mille ans de miséricorde et d’incompréhensible patience. Sainte Pulchérie, saluée par les conciles généraux comme la gardienne de la foi et le boulevard de l’unité [12], eut, d’après saint Léon, la part principale atout ce qui se fit de son temps contrôles adversaires de la vérité divine [13]. Deux palmes sont en ses mains, deux couronnes sur sa tête, dit ce grand Pape ; car l’Église lui doit la double victoire sur l’impiété de Nestorius et d’Eutychès qui, se divisant l’attaque, allaient au même but de côtés opposés : la négation de la divine Incarnation et du rôle de la Vierge-mère dans le salut du genre humain [14].

Mais il faut nous borner. Que ne pouvons-nous du moins suivre aujourd’hui les péripéties des luttes glorieuses dont fut témoin la ville d’Éphèse, lorsque Cyrille, appuyé sur Rome, soutenu par Pulchérie, affermit pour jamais au front de Notre-Dame le plus noble diadème qu’il puisse être donné de porter à une simple créature ! Le récit abrégé consacré par l’Église à l’histoire de notre grand pontife, en donnera quelque idée (voir l’Office à Matines)

Saint Pontife, les cieux se réjouissent et la terre tressaille [15] au souvenir du combat où la Reine de la terre et des cieux voulut triompher par vous de l’ancien serpent. L’Orient vous honora toujours comme sa lumière. L’Occident saluait en vous dès longtemps le défenseur de la Mère de Dieu ; et voilà qu’aujourd’hui la solennelle mention qu’il consacrait à votre mémoire, dans les fastes des Saints, ne suffît plus à sa reconnaissance. C’est qu’en effet une fleur nouvelle est apparue, dans nos jours, à la couronne de Marie notre Reine ; et cette fleur radieuse est sortie du sol même que vous arrosiez de vos sueurs. En proclamant au nom de Pierre et de Célestin la maternité divine, vous prépariez à Notre-Dame un autre triomphe, conséquence du premier : la mère d’un Dieu ne pouvait être qu’immaculée. Pie IX, en le définissant, n’a fait que compléter l’œuvre de Célestin et la vôtre ; et c’est pourquoi les dates du 22 juin 431 et du 8 décembre 1854 resplendissent d’un même éclat au ciel, comme elles ont amené sur terre les mêmes manifestations d’allégresse et d’amour.

L’Immaculée embaume le monde de ses parfums, et c’est pourquoi, ô Cyrille, l’Église entière se tourne vers vous à quatorze siècles de distance ; jugeant que votre œuvre est achevée, elle vous proclame Docteur, et ne veut pas que rien manque désormais aux hommages que vous doit la terre. Ainsi, ô Pontife aimé du ciel, le culte qui vous est rendu se complète avec celui de la Mère de Dieu ; votre glorification n’est qu’une extension nouvelle de la gloire de Marie. Heureux êtes-vous ! car nulle illustration ne pouvait valoir un rapprochement pareil de la souveraine du monde et de son chevalier.

Comprenant donc que la meilleure manière de vous honorer, ô Cyrille, est d’exalter celle dont la gloire est devenue la vôtre, nous reprenons les accents enflammés que l’Esprit-Saint vous suggérait pour chanter ses grandeurs, au lendemain du triomphe d’Éphèse : « Nous vous saluons, ô Marie Mère de Dieu, comme le joyau resplendissant de l’univers, la lampe qui ne s’éteint pas, la couronne de virginité, le sceptre de l’orthodoxie, le temple indestructible et le lieu où se renferme l’immense, Mère et Vierge, par qui nous est présenté le béni des saints Évangiles, celui qui vient au nom du Seigneur. Salut, ô vous dont le sein virginal et toujours pur a porté l’Infini, par qui est glorifiée la Trinité, par qui la croix précieuse est honorée et adorée dans toute la terre ; joie du ciel, sérénité des archanges et des anges qui mettez en fuite les démons, par vous le tentateur est tombé du ciel, tandis que la créature tombée se relève par vous jusqu’aux cieux. La folie des idoles enserrait le monde, et vous ouvrez ses yeux à la vérité ; à vous les croyants doivent le saint baptême, à vous ils doivent l’huile d’allégresse ; par toute la terre vous fondez les églises, vous amenez les nations à la pénitence. Que dire encore ? C’est par vous que le Fils unique de Dieu a brillé comme la lumière de ceux qui étaient assis dans les ténèbres et l’ombre de la mort, par vous que les prophètes ont prédit l’avenir, que les apôtres ont annoncé le salut aux nations, que ressuscitent les morts, que règnent les rois par la Trinité sainte. Quel homme jamais pourra célébrer Marie, la toute digne de louange, d’une manière conforme à sa dignité [16] ? »

Si la dignité de la Mère de Dieu surpasse en effet toute louange, ô Cyrille, obtenez d’elle pourtant qu’elle suscite parmi nous des hommes capables de célébrer comme vous ses grandeurs. Que la puissance dont elle daigna vous revêtir contre ses ennemis, ne fasse point défaut à ceux qui ont à soutenir, de nos jours, la lutte engagée dès l’origine du monde entre la femme et le serpent. L’adversaire a crû en audace ; notre siècle est allé plus loin dans la négation de Jésus que Nestorius, que Julien lui-même, cet empereur apostat contre lequel vous défendîtes aussi la divinité du Fils de la Vierge-mère. O vous qui portâtes à l’erreur des coups si terribles, montrez aux docteurs de nos temps la manière de vaincre : qu’ils sachent comme vous s’appuyer sur Pierre ; qu’ils ne se désintéressent de rien de ce qui touche à l’Église ; qu’ils regardent toujours comme leurs propres ennemis, et leurs seuls ennemis, ceux du règne de Dieu. Dans vos sublimes écrits, les pasteurs apprendront la vraie science, celle des saintes Lettres, sans laquelle leur zèle serait impuissant.

Les chrétiens comprendront à votre école qu’ils ne peuvent espérer croître dans la vertu, sans grandir dans la foi tout d’abord, sans développer en eux la connaissance du mystère de l’Homme-Dieu. En un temps où le vague des notions suffit à tant d’âmes, répétez à tous que « c’est l’amour du vrai qui conduit à la vie [17]. » A l’approche de la sainte Quarantaine, nous nous rappelons ces Lettres pascales qui chaque année, en ces jours mêmes, allaient porter partout, avec l’annonce de la Solennité des solennités, l’exhortation à la pénitence ; pénétrez nos cœurs amollis du sérieux de la vie chrétienne, excitez-les à entrer vaillamment dans la carrière sainte où ils doivent retrouver la paix avec Dieu parle triomphe sur la chair et les sens.

[1] Gen. III, 15.

[2] Iohan. XII, 31.

[3] Symbol. Nic.

[4] II Cor, XI, 14.

[5] Eph. IV, 13.

[6] Cyr. Al. Ep. I ad monach.

[7] Ep. VIII, al. VI.

[8] Eccli. IV, 33.

[9] Cyr. AL. Ep. IX, al. VII.

[10] Psalm. CXXXI, 4-5.

[11] Cyr. Al. Ep. X, al. VIII.

[12] Labbe, Conc. IV, 464.

[13] Leo. Ep. XXXI, al. XXVII.

[14] Ibid. et Ep. LXXIX, al. LIX.

[15] Cyr. Al. Ep. XXXIX, al. XXXIV, ex Psalm. XCV, 11.

[16] Cyr. Al. Hom. IV, Ephesi habita ad S. Mariam.

[17] Cyr. Al. Homil. div. I.


Bhx Cardinal Schuster, Liber Sacramentorum

Sa fête fut instituée en 1882 par Léon XIII, qui choisit ce jour parce que le 28 janvier, où son nom est mentionné dans le Martyrologe, était déjà occupé par un autre office. Le nom de Cyrille évoque d’emblée le souvenir des premières et célèbres sessions du concile d’Éphèse où, grâce à lui, furent célébrées les suprêmes grandeurs de Marie. Nestorius ayant mis en doute l’unité de personne en Jésus-Christ, il en résultait que le titre de Mère de Dieu ne convenait pas à la Bienheureuse Vierge, titre sous lequel les fidèles étaient auparavant accoutumés à l’invoquer.

A la suite des négations de l’audacieux évêque de Byzance, l’Orient tout entier ne tarda pas à se soulever ; en sorte que, par l’autorité de Célestin Ier un concile s’assembla à Éphèse, et Cyrille — l’héritier spirituel à Alexandrie des anciens pharaons — en fut l’âme. L’examen de la tradition catholique sur l’unité de personne dans la dualité de natures dans le Christ fut fait avec soin et se prolongea jusqu’à une heure avancée de la nuit ; quand les Pères, ayant anathématisé Nestorius, décrétèrent que la sainte Vierge était appelée à bon droit « Theotocos », Mère de Dieu, parce qu’en Jésus-Christ la nature humaine a été unie hypostatiquement au Verbe de Dieu, le peuple d’Éphèse, tressaillant de joie, accompagna les Pères à leurs demeures, avec des flambeaux et des encensoirs où brûlaient des arômes précieux.

A Rome, le monument le plus insigne rappelant le triomphe marial du concile d’Éphèse, est la basilique de Sainte-Marie-Majeure, où Sixte III, successeur de Célestin, fit représenter en mosaïque les faits les plus importants de la vie de Jésus-Christ et de la sainte Vierge.

Les Byzantins fêtent saint Cyrille le 18 janvier et le 9 juin. Dans leurs Menées on loue le saint parce qu’il fut digne de tenu-la place du souverain pontife Célestin à la présidence du concile d’Éphèse.

La messe de saint Cyrille est celle de Commun des docteurs, In médio, sauf les collectes propres, où sont mis en relief ses mérites spéciaux pour le triomphe de Marie à Éphèse sur l’hérésie nestorienne. Le rédacteur de ces prières semble toutefois avoir eu une conception trop unilatérale de l’œuvre théologique de Cyrille. L’hérésie nestorienne était surtout christologique, et l’erreur mariale n’en était qu’une conséquence. Saint Cyrille défendit courageusement l’honneur de la Mère et du Fils, il tint avec intrépidité la place du Pape, et par ses fameux anathèmes il devint pour les Orientaux le représentant le plus autorisé de l’orthodoxie contre les Nestoriens. Si grande fut l’autorité dont jouit autrefois Cyrille, que, aujourd’hui encore, les Coptes Monophysites, pervertissant le sens de ses formules sur l’unité de la personne en Jésus-Christ, en appellent précisément à notre saint Docteur pour appuyer leurs erreurs.

Les Grecs ont coutume d’attribuer à saint Cyrille, outre le titre honorifique de Pape d’Alexandrie, l’ornement d’une tiare ; ils disent que saint Célestin lui aurait destiné cet insigne, quand il le délégua pour présider à sa place le concile d’Éphèse.

Les mérites de saint Cyrille valurent à ses successeurs sur le siège patriarcal d’Égypte, le titre dont ils se parent encore aujourd’hui : orbis terrarum iudex.

L’Orient, pays de Jésus, des Apôtres, des grands Docteurs, des Conciles, à l’égal d’un sarment détaché du cep, est, depuis plusieurs siècles, devenu stérile, et il languit à cause du funeste schisme qui le sépare du centre de l’unité catholique. Combien il importe que tous les fidèles entrent dans les sentiments qui inspirèrent à Léon XIII d’instituer la fête des plus célèbres Docteurs orientaux, hâtant par la prière et par l’action le retour de ces très nobles Églises à l’unité catholique, sous le magistère suprême de Pierre, toujours fidèle à sa divine mission de confirmer ses frères.


Dom Pius Parsch, le Guide dans l’année liturgique

Saint Cyrille. — Jour de mort : 27 juin 444. Tombeau : inconnu. Image : On le représente en évêque, avec un livre dans la main et une colombe sur l’épaule. Sa vie : Saint Cyrille est un des plus grands docteurs de l’Église grecque, il fut l’instrument choisi de la Providence et le premier défenseur de l’Église contre l’erreur de Nestorius qui niait l’unité de Personne du Christ et, par voie de conséquence, refusait à la Sainte Vierge le titre de Mère de Dieu. Dans le combat contre l’hérésie, il n’a d’égal, dans toute l’histoire de l’Église, qu’Athanase et Augustin. Son plus grand mérite fut l’heureuse conduite du concile général d’Éphèse dont il fut l’âme (il était le représentant du Pape). A ce concile, on prit des décisions dogmatiques de la plus haute importance. On proclama, entre autres, le dogme qui déclare que Marie peut être appelée, au vrai sens du mot, Mère de Dieu (Theotokos). Son plus beau titre de gloire est d’avoir défendu ce dogme. Aussi l’Oraison du jour relève ce fait à son honneur. Ses écrits témoignent d’une telle profondeur et d’une telle clarté d’esprit que les Grecs l’appellent « le sceau des Pères ». Il mourut en 444, après avoir été évêque pendant trente-deux ans. — Il y a à Rome un monument vénérable de l’hommage rendu à Marie au Concile d’Éphèse : la basilique de Sainte-Marie Majeure. Sur l’arc triomphal de l’église les principaux événements de la vie de Jésus et de Marie sont représentés en mosaïque.

2. La messe. C’est la messe des docteurs (In médio), cf. le 14 janvier. Certaines parties de cette messe conviennent tout particulièrement à notre saint, par exemple : l’Épître « Prêche la parole, insiste à temps et à contre temps,… il viendra un temps où ils ne supporteront plus la saine doctrine. » Saint Cyrille connut ce temps. Il eut à soutenir de durs combats contre les hérétiques. Mais par contre, comme sa lumière brille et se voit de loin sur le chandelier de l’Église (Év.) ! Les trois Oraisons sont propres, la Collecte célèbre dans saint Cyrille le « défenseur invincible de la maternité divine de Marie » et demande que, sous la protection de la Mère de Dieu, nous soyons sauvés. La Secrète demande (toujours en faisant discrètement allusion aux combats de Cyrille pour la foi) que « nous recevions dignement Jésus-Christ Notre Seigneur qui partage la gloire éternelle de Dieu. » La Postcommunion demande que « nous puissions servir dignement la Très Sainte Mère de Dieu ».

L’introduction des fêtes des saints de l’Église grecque, sous Léon XIII, avait pour but d’exciter le zèle de la chrétienté pour l’union des Églises.


St. Cyril of Alexandria

Doctor of the Church. St. Cyril has his feast in the Western Church on the 28th of January; in the Greek Menaeait is found on the 9th of June, and (together with St. Athanasius) on the 18th of January.

He seems to have been of an Alexandrian family and was the son of the brother of Theophilus, Patriarch ofAlexandria; if he is the Cyril addressed by Isidore of Pelusium in Ep. xxv of Bk. I, he was for a time a monk. He accompanied Theophilus to Constantinople when that bishop held the "Synod of the Oak" in 402 and deposed St. John Chrysostom. Theophilus died 15 Oct., 412, and on the 18th Cyril was consecrated his uncle's successor, but only after a riot between his supporters and those of his rival Timotheus. Socrates complains bitterly that one of his first acts was to plunder and shut the churches of the Novatians. He also drove out of Alexandria the Jews, who had formed a flourishing community there since Alexander the Great. But they had caused tumults and had massacred the Christians, to defend whom Cyril himself assembled a mob. This may have been the only possible defence, since the Prefect of Egypt, Orestes, who was very angry at the expulsion of the Jews was also jealous of the power of Cyril, which certainly rivaled his own. Five hundred monks came down from Nitria to defend thepatriarch. In a disturbance which arose, Orestes was wounded in the head by a stone thrown by a monk named Ammonius. The prefect had Ammonius tortured to death, and the young and fiery patriarch honoured his remains for a time as those of a martyr. The Alexandians were always riotous as we learn from Socrates (VII, vii) and from St. Cyril himself (Hom. for Easter, 419). In one of these riots, in 422, the prefect Callistus was killed, and in another was committed the murder of a female philosopher Hypatia, a highly-respected teacher of neo-Platoism, of advanced age and (it is said) many virtues. She was a friend of Orestes, and many believed that she prevented a reconciliation between the prefect and patriarch. A mob led by a lector, named Peter, dragged her to a church and tore her flesh with potsherds till she died. This brought great disgrace, says Socrates, on theChurch of Alexandria and on its bishop; but a lector at Alexandria was not a cleric (Scr., V, xxii), and Socratesdoes not suggest that Cyril himself was to blame. Damascius, indeed, accuses him, but he is a late authority and a hater of Christians.

Theophilus, the persecutor of Chrysostom, had not the privilege of communion with Rome from that saint'sdeath, in 406, until his own. For some years Cyril also refused to insert the name of St. Chrysostom in thediptychs of his Church, in spite of the requests of Chrysostom's supplanter, Atticus. Later he seems to have yielded to the representations of his spiritual father, Isidore of Pelusium (Isid., Ep. I, 370). Yet even after theCouncil of Ephesus that saint still found something to rebuke in him on this matter (Ep. I, 310). But at last Cyril seems to have long since been trusted by Rome.

It was in the winter of 427-28 that the Antiochene Nestorius became Patriarch of Constantinople. His hereticalteaching soon became known to Cyril. Against him Cyril taught the use of the term Theotokus in his Paschalletter for 429 and in a letter to the monks of Egypt. A correspondence with Nestorius followed, in a more moderate tone than might have been expected. Nestorius sent his sermons to Pope Celestine, but he received no reply, for the latter wrote to St. Cyril for further information. Rome had taken the side of St. John Chrysostomagainst Theophilus, but had neither censured the orthodoxy of the latter, nor consented to the patriarchal powers exercised by the bishops of Constantinople. To St. Celestine Cyril was not only the first prelate of the East, he was also the inheritor of the traditions of Athanasius and Peter. The pope's confidence was not misplaced. Cyril had learnt prudence. Peter had attempted unsuccessfully to appoint a Bishop of Constantinople; Theophilus haddeposed another. Cyril, though in this case Alexandria was in the right, does not act in his own name, butdenounces Nestorius to St. Celestine, since ancient custom, he says, persuaded him to bring the matter before the pope. He relates all that had occurred, and begs Celestine to decree what he sees fit (typosai to dokoun--a phrase which Dr. Bright chooses to weaken into "formulate his opinion"), and communicate it also to the Bishopsof Macedonia and of the East (i.e. the Antiochene Patriarchate).

The pope's reply was of astonishing severity. He had already commissioned Cassian to write his well known treatise on the Incarnation. He now summoned a council (such Roman councils had somewhat the office of the modern Roman Congregations), and dispatched a letter to Alexandria with enclosures to Constantinople, Philippi,Jerusalem, and Antioch. Cyril is to take to himself the authority of the Roman See and to admonish Nestoriusthat unless he recants within ten days from the receipt of this ultimatum, he is separated from "our body" (thepopes of the day had the habit of speaking of the other churches as the members, of which they are the head; the body is, of course the Catholic Church). If Nestorius does not submit, Cyril is to "provide for" the Church ofConstantinople. Such a sentence of excommunication and deposition is not to be confounded with the mere withdrawal of actual communion by the popes from Cyril himself at an earlier date, from Theophilus, or, inAntioch, from Flavian or Meletius. It was the decree Cyril had asked for. As Cyril had twice written to Nestorius, his citation in the name of the pope is to be counted as a third warning, after which no grace is to be given.

St. Cyril summoned a council of his suffragans, and composed a letter which were appended twelve propositions for Nestorius to anathematize. The epistle was not conciliatory, and Nestorius may well have been taken aback. The twelve propositions did not emanate from Rome, and were not equally clear; one or two of them were later among the authorities invoked by the Monophysite heretics in their own favour. Cyril was the head of the rivaltheological school to that of Antioch, where Nestorius had studied, and was the hereditary rival of theConstantinopolitan would-be patriarch. Cyril wrote also to John, Patriarch of Antioch, informing him of the facts, and insinuating that if John should support his old friend Nestorius, he would find himself isolated over againstRome, Macedonia, and Egypt. John took the hint and urged Nestorius to yield. Meanwhile, in Constantinople itself large numbers of the people held aloof from Nestorius, and the Emperor Theodosius II had been persuaded to summon a general council to meet at Ephesus. The imperial letters were dispatched 19 November, whereas thebishops sent by Cyril arrived at Constantinople only on 7 December. Nestorius, somewhat naturally, refused to accept the message sent by his rival, and on the 13th and 14th of December preached publicly against Cyril as acalumniator, and as having used bribes (which was probably as true as it was usual); but he declared himself willing to use the word Theotokos. These sermons he sent to John of Antioch, who preferred them to theanathematizations of Cyril. Nestorius, however, issued twelve propositions with appended anathemas. If Cyril'spropositions might be taken to deny the two natures in Christ, those of Nestorius hardly veiled his belief in two distinct persons. Theodoret urged John yet further, and wrote a treatise against Cyril, to which the latter replied with some warmth. He also wrote an "Answer" in five books to the sermons of Nestorius.

As the fifteenth-century idea of an oecumenical council superior to the pope had yet to be invented, and there was but one precedent for such an assembly, we need not be surprised that St. Celestine welcomed the initiative of the emperor, and hoped for peace through the assembly. (See COUNCIL OF EPHESUS.) Nestorius found thechurches of Ephesus closed to him, when he arrived with the imperial commissioner, Count Candidian, and his own friend, Count Irenaeus. Cyril came with fifty of his bishops. Palestine, Crete, Asia Minor, and Greece added their quotient. But John of Antioch and his suffragans were delayed. Cyril may have believed, rightly or wrongly, that John did not wish to be present at the trial of his friend Nestorius, or that he wished to gain time for him, and he opened the council without John, on 22 June, in spite of the request of sixty-eight bishops for a delay. This was an initial error, which had disastrous results.

The legates from Rome had not arrived, so that Cyril had no answer to the letter he had written to Celestineasking "whether the holy synod should receive a man who condemned what it preached, or, because the time of delay had elapsed, whether the sentence was still in force". Cyril might have presumed that the pope, in agreeing to send legates to the council, intended Nestorius to have a complete trial, but it was more convenient to assume that the Roman ultimatum had not been suspended, and that the council was bound by it. He therefore took the place of president, not only as the highest of rank, but also as still holding the place of Celestine, though he cannot have received any fresh commission from the pope. Nestorius was summoned, in order that he might explain his neglect of Cyril's former monition in the name of the pope. He refused to receive the four bishopswhom the council sent to him. Consequently nothing remained but formal procedure. For the council was boundby the canons to depose Nestorius for contumacy, as he would not appear, and by the letter of Celestine to condemn him for heresy, as he had not recanted. The correspondence between Rome, Alexandria, andConstantinople was read, some testimonies where read from earlier writers show the errors of Nestorius. The second letter of Cyril to Nestorius was approved by all the bishops. The reply of Nestorius was condemned. No discussion took place. The letter of Cyril and the ten anathemaizations raised no comment. All was concluded at one sitting. The council declared that it was "of necessity impelled" by the canons and by the letter of Celestineto declare Nestorius deposed and excommunicated. The papal legates, who had been detained by bad weather, arrived on the 10th of July, and they solemnly confirmed the sentence by the authority of St. Peter, for the refusal of Nestorius to appear had made useless the permission which they brought from the pope to grant him forgiveness if he should repent. But meanwhile John of Antioch and his party had arrived on the 26th and 27th of June. They formed themselves into a rival council of forty-three bishops, and deposed Memnon, Bishop ofEphesus, and St. Cyril, accusing the latter of Apollinarianism and even of Eunomianism. Both parties nowappealed to the emperor, who took the amazing decision of sending a count to treat Nestorius, Cyril, and Memnon as being all three lawfully deposed. They were kept in close custody; but eventually the emperor took the orthodox view, though he dissolved the council; Cyril was allowed to return to his diocese, and Nestoriuswent into retirement at Antioch. Later he was banished to the Great Oasis of Egypt.

Meanwhile Pope Celestine was dead. His successor, St. Sixtus III, confirmed the council and attempted to getJohn of Antioch to anathematize Nestorius. For some time the strongest opponent of Cyril was Theodoret, but eventually he approved a letter of Cyril to Acacius of Berhoea. John sent Paul, Bishop of Emesa, as his plenipotentiary to Alexandria, and he patched up reconciliation with Cyril. Though Theodoret still refused todenounce the defence of Nestorius, John did so, and Cyril declared his joy in a letter to John. Isidore of Pelusiumwas now afraid that the impulsive Cyril might have yielded too much (Ep. i, 334). The great patriarch composed many further treatises, dogmatic letters, and sermons. He died on the 9th or the 27th of June, 444, after anepiscopate of nearly thirty-two years.

St. Cyril as a theologian

The principal fame of St. Cyril rests upon his defence of Catholic doctrine against Nestorius. That heretic was undoubtedly confused and uncertain. He wished, against Apollinarius, to teach that Christ was a perfect man, and he took the denial of a human personality in Our Lord to imply an Apollinarian incompleteness in His HumanNature. The union of the human and the Divine natures was therefore to Nestorius an unspeakably close junction, but not a union in one hypostasis. St. Cyril taught the personal, or hypostatic, union in the plainest terms; and when his writings are surveyed as a whole, it becomes certain that he always held the true view, that the one Christ has two perfect and distinct natures, Divine and human. But he would not admit two physeis inChrist, because he took physis to imply not merely a nature but a subsistent (i.e. personal) nature. His opponents misrepresented him as teaching that the Divine person suffered, in His human nature; and he was constantly accused of Apollinarianism. On the other hand, after his death Monophysitism was founded upon a misinterpretation of his teaching. Especially unfortunate was the formula "one nature incarnate of God the Word" (mia physis tou Theou Logou sesarkomene), which he took from a treatise on the Incarnation which he believedto be by his great predecessor St. Athanasius. By this phrase he intended simply to emphasize against Nestoriusthe unity of Christ's Person; but the words in fact expressed equally the single Nature taught by Eutyches and by his own successor Diascurus. He brings out admirably the necessity of the full doctrine of the humanity to God, to explain the scheme of the redemption of man. He argues that the flesh of Christ is truly the flesh of God, in that it is life-giving in the Holy Eucharist. In the richness and depth of his philosophical and devotional treatment of the Incarnation we recognize the disciple of Athanasius. But the precision of his language, and perhaps of his thought also, is very far behind that which St. Leo developed a few years after Cyril's death.

Cyril was a man of great courage and force of character. We can often discern that his natural vehemence was repressed and schooled, and he listened with humility to the severe admonitions of his master and advisor, St. Isidore. As a theologian, he is one of the great writers and thinkers of early times. Yet the troubles that arose out of the Council of Ephesus were due to his impulsive action; more patience and diplomacy might possibly even have prevented the vast Nestorian sect from arising at all. In spite of his own firm grasp of the truth, the whole of his patriarch fell away, a few years after his time, into a heresy based on his writings, and could never be regained by the Catholic Faith. But he has always been greatly venerated in the Church. His letters, especially the second letter to Nestorius, were not only approved by the Council of Ephesus, but by many subsequentcouncils, and have frequently been appealed to as tests of orthodoxy. In the East he was always honoured as one of the greatest of the Doctors. His Mass and Office as a Doctor of the Church were approved by Leo XIII in 1883.

His writings

The exegetical works of St. Cyril are very numerous. The seventeen books "On Adoration in Spirit and in Truth" are an exposition of the typical and spiritual nature of the Old Law. The Glaphyra or "brilliant", Commentaries onPentateuch are of the same nature. Long explanations of Isaias and of the minor Prophets give a mysticalinterpretation after the Alexandrian manner. Only fragments are extant of other works on the Old Testament, as well as of expositions of Matthew, Luke, and some of the Epistles, but of that of St. Luke much is preserved in aSyriac version. Of St. Cyril's sermons and letters the most interesting are those which concern the Nestoriancontroversy. Of a great apologetic work in the twenty books against Julian the Apostate ten books remain. Among his theological treatises we have two large works and one small one on the Holy Trinity, and a number of treatises and tracts belonging to the Nestorian controversy.

The first collected edition of St. Cyril's works was by J. Aubert, 7 vols., Paris, 1638; several earlier editions of some portions in Latin only are enumerated by Fabricius. Cardinal Mai added more material in the second and third volumes of his "Bibliotheca nova Patrum", II-III, 1852; this is incorporated, together with much matter from the Catenæ published by Ghislerius (1633), Corderius, Possinus, and Cranor (1838), in Migne's reprint of Aubert's edition (P.G. LXVIII-LXVII, Paris, 1864). Better editions of single works include P. E. Pusey, "Cyrilli Alex.Epistolae tres oecumenicae, libri V c. Nestorium, XII capitum explanatio, XII capitum defensio utraque scholia de Incarnatione Unigeniti" (Oxford, 1875); "De recta fide ad principissas de recta fide ad Augustas, quad unus Christus, dialogus apologeticus ad Imp." (Oxford, 1877); "Cyrilli Alex. in XII Prophetas" (Oxford, 1868, 2 vols.); "In divi Joannis Evangelium" (Oxford, 1872, 3 vols., including the fragments on the Epistles). "Three Epistles, with revised text and English translation" (Oxford, 1872); translations in the Oxford "Library of the Fathers"; "Commentary on St. John", I (1874), II (1885); Five tomes against Nestorius" (1881); R. Payne Smith, "S. Cyrilli Alex. Comm. in Lucae evang. quae supersunt Syriace e manuscripts apud Mus. Brit." (Oxford, 1858); the same translated into English (Oxford, 1859, 2 vols.); W. Wright, "Fragments of the Homilies of Cyril of Alex. on St. Luke, edited from a Nitrian manuscript" (London, 1874); J. H. Bernard, "On Some Fragments of an Uncial manuscript of St. Cyril of Alex. Written on Papyrus" (Trans. of R. Irish Acad., XXIX, 18, Dublin, 1892); "Cyrilli Alex. librorum c. Julianum fragmenta syriaca", ed. E. Nestle etc. in "Scriptorum grecorum, qui Christianam impugnaverunt religionem", fasc. III (Leipzig, 1880). Fragments of the "Liber Thesaurorum" in Pitra, "Analecta sacra et class.", I (Paris, 1888).

Sources

The best biography of St. Cyril is, perhaps, still that by TILLEMONT in Mémoires pour servir, etc., XIV. See also KOPALLIK, Cyrillus von Alexandrien (Mainz, 1881), an apology for St. Cyril's teaching and character. A moderate view is taken by BRIGHT in Waymarks of Church History (London, 1894) and The Age of the Fathers (London, 1903), II, but he is recognized as prejudiced wherever the papacy is in question. EHRHARD, Die Cyril v. Alex. zugeschriebene Schrift, peri tes tou K. enanthropeseos, ein Werdes Theodoret (Tübingen, 1888); LOOFS, Nestoriana (Halle, 1905); WEIGL, Die Heilslehre des Cyril v. Alex. (Mainz, 1905). Of review articles may be mentioned: LARGENT Etudes d'hist. eccl.: S. Cyrille d'Al. et le conc. d'Ephèse (Paris, 1892); SCHAFER, Die Christologie des Cyril v. Al. in Theolog. Quartalschrift (Tübingen, 1895), 421; MAHE, Les anathématismes de S. Cyrille in Rev. d'hist eccl. (Oct., 1906); BETHUNE-BAKER, Nestorius and his Teaching (Cambridge, 1908); MAHE, L'Eucharistie d' apres S. Cyrille d' Al. in Rev. d' Hist. Eccl. (Oct., 1907); L. J. SICKING defends Cyril in the affair of Hypatia in Der Katholik, CXXIX (1907), 31 and 121; CONYBEARE, The Armenian Version of Revelation and Cyril of Alexandria's scholia on the Incarnation edited from the oldest MSS. and Englished (London, 1907).

SOURCE : http://www.newadvent.org/cathen/04592b.htm

St. Cyril of Alexandria

St. Cyril was born at Alexandria, Egypt. He was nephew of the patriarch of that city, Theophilus. Cyril received a classical and theological education at Alexandria and was ordained by his uncle. He accompanied Theophilus to Constantinople in 403 and was present at the Synod of the Oak that deposed John Chrysostom, whom he believed guilty of the charges against him.

He succeeded his uncle Theophilus as patriarch of Alexandria on Theophilus’ death in 412, but only after a riot between Cyril’s supporters and the followers of his rival Timotheus. Cyril at once began a series of attacks against the Novatians, whose churches he closed; the Jews, whom he drove from the city; and governor Orestes, with whom he disagreed about some of his actions.

In 430 Cyril became embroiled with Nestorius, patriarch of Constantinople, who was preaching that Mary was not the Mother of God since Christ was Divine and not human, and consequently she should not have the word theotokos (God-bearer) applied to her. He persuaded Pope Celestine I to convoke a synod at Rome, which condemned Nestorius, and then did the same at his own synod in Alexandria. Celestine directed Cyril to depose Nestorius, and in 431, Cyril presided over the third General Council at Ephesus, attended by some two hundred bishops, which condemned all the tenets of Nestorius and his followers before the arrival of Archbishop John of Antioch and forty-two followers who believed Nestorius was innocent.

When they found what had been done, they held a council of their own and deposed Cyril. Emperor Theodosius II arrested both Cyril and Nestorius but released Cyril on the arrival of Papal Legates who confirmed the council’s actions against Nestorius and declared Cyril innocent of all charges. Two years later, Archbishop John, representing the moderate Antiochene bishops, and Cyril reached an agreement and joined in the condemnation, and Nestorius was forced into exile.

During the rest of his life, Cyril wrote treatises that clarified the doctrines of the Trinity and the Incarnation and that helped prevent Nestorianism and Pelagianism from taking long-term deep root in the Christian community. He was the most brilliant theologian of the Alexandrian tradition. His writings are characterized by accurate thinking, precise exposition, and great reasoning skills. Among his writings are commentaries on John, Luke, and the Pentateuch, treatises on dogmatic theology, and Apologia against Julian the Apostate, and letters and sermons.

He was declared a doctor of the Church by Pope Leo XIII in 1882.

SOURCE : http://www.ucatholic.com/saints/saint-cyril-of-alexandria/