vendredi 30 octobre 2015

Saint ASTÈRE (ASTERIUS, ASTERIOS) d'AMASÉE, évêque

Saint ASTÈRE D’AMASÉE

(Fin du IVe siècle)


ASTÉRIUS, évêque d’Amasée, à la fin du IVe siècle.

Sa Vie nous est à peu près inconnue ; nous possédons sous son nom un certain nombre d’homélies, dont Photius connaissait déjà la collection. 

 Les homélies  d’Astérius, écrites en un style très orné, sont consacrées soit à l’éloge des saints, soit au commentaire de certains passages de l’évangile, soit enfin à des problèmes moraux.

 G.BARDY. « Asterius »,

dans le Dictionnaire de spiritualité I, Beauchêne Paris 1936.



SAINT ASTÈRE


ÉVÊQUE D'AMASÉE

( Fêté le 30 Octobre)

Le saint est né dans le Pont au 4e siècle. Il s'appliqua dans sa jeunesse à l'étude de la rhétorique et du droit, et exerça quelque temps la profession d'avocat. Mais une voix intérieure lui disait sans cesse qu'il devait se consacrer au service spirituel du prochain  : ce qui le détermina à quitter le barreau et tous les avantages du monde pour entrer dans l'état ecclésiastique. Il fut choisi pour succéder à Eulalius sur le siège métropolitain d'Amasée, et montra beaucoup de zèle pour maintenir, parmi son peuple, la pureté de la foi et la fidélité à la Tradition. Il déploya aussi un grand talent pour la prédication, et les Sermons qui nous restent de lui sont un monument impérissable de son éloquence et de sa piété.

Nous avons aussi de lui un discours en l'honneur de sainte Euphémie, qui fut lu au deuxième Concile de Nicée, (787) dans une église dédiée sous l'invocation de cette illustre martyre. Il a laissé aussi un panégyrique de saint Phocas le Jardinier. Son style est élégant, naturel, énergique. Il réunit à la vivacité des images la beauté et la variété des descriptions, ce qui trahit un génie vigoureux et fécond. Également nous est parvenu de lui une homélie sur saint Pierre et Paul et une autre sur Daniel le prophète. Les écrits qui restent de lui, sont reproduit dans la Patrologie grecque (tome XL).


Le saint est né dans le Pont au 4e siècle. Il s'appliqua dans sa jeunesse à l'étude de la rhétorique et du droit, et exerça quelque temps la profession d'avocat. Mais une voix intérieure lui disait sans cesse qu'il devait se consacrer au service spirituel du prochain  : ce qui le détermina à quitter le barreau et tous les avantages du monde pour entrer dans l'état ecclésiastique. Il fut choisi pour succéder à Eulalius sur le siège métropolitain d'Amasée, et montra beaucoup de zèle pour maintenir, parmi son peuple, la pureté de la foi et la fidélité à la Tradition. Il déploya aussi un grand talent pour la prédication, et les Sermons qui nous restent de lui sont un monument impérissable de son éloquence et de sa piété.


Nous avons aussi de lui un discours en l'honneur de sainte Euphémie, qui fut lu au deuxième Concile de Nicée, (787) dans une église dédiée sous l'invocation de cette illustre martyre. Il a laissé aussi un panégyrique de saint Phocas le Jardinier. Son style est élégant, naturel, énergique. Il réunit à la vivacité des images la beauté et la variété des descriptions, ce qui trahit un génie vigoureux et fécond. Également nous est parvenu de lui une homélie sur saint Pierre et Paul et une autre sur Daniel le prophète. Les écrits qui restent de lui, sont reproduit dans la Patrologie grecque (tome XL).


SAINT ASTÈRE, Nuit pascale

O nuit plus claire que le jour !
O nuit plus lumineuse que le soleil !
O nuit plus blanche que la neige,
plus brillante que nos torches,
plus douce que le paradis !

O nuit qui ne connais pas de ténèbre,
tu éloignes tout sommeil
et nous fait veiller avec les anges.
O nuit, frayeur des démons,
nuit pascale que l'on attend toute l'année.

Nuit des noces pour l'Eglise
qui donnes naissance aux nouveaux baptisés
et dépouilles le démon enseveli dans le sommeil.
Nuit où l'héritier introduit
les héritiers dans l'héritage.



SOURCE : http://users.skynet.be/prier/textes/PR0562.HTM

1. SUR L'ÉCONOME INFIDÈLE

Que de fois, dans mes discours, je vous ai fait observer que des erreurs enracinées dans l'esprit humain étaient tantôt une source de péchés, tantôt un obstacle aux bonnes oeuvres dont notre vie sur la terre devrait être semée. C'est un préjugé semblable qui nous persuade que tous ces biens dont nous n'avons que l'usage, que la simple jouissance, sont notre propriété absolue et irrévocable. De là des contestations, des querelles, des luttes acharnées ; de là une attache sans bornes, une cupidité sans frein pour des biens que nous plaçons au premier rang. Mais que nous sommes loin de la vérité  ! Rien de ce que nous possédons ne nous appartient en réalité  : nous ne sommes pas établis sur la terre avec droit de possession permanente, nous n'avons là ni résidence fixe, ni position stable ; nous ressemblons à des étrangers, à des voyageurs, ou plutôt à des exilés. Sans consulter nos voeux, le Seigneur, lorsqu'il Lui plaît, nous arrache de ces lieux, et nous dépouille de toutes nos richesses. Enfin rien de plus sujet aux mutations que les choses de ce monde  : celui qui est aujourd'hui dans l'opulence et les honneurs sera demain dans la honte et dans la misère ; celui qui nage dans l'abondance et les richesses est bientôt réduit au dénuement le plus triste, et manque de pain pour soutenir son existence. C'est par là surtout que Dieu se trouve infiniment au-dessus des hommes  : Dieu seul ne change pas, Il est immuable ; sa Vie, sa Gloire, sa Puissance sont les mêmes de toute éternité.

Les hommes sages et versés dans la connaissance des Livres saints voient déjà de quel passage j'ai tiré cet exorde. Il m'a été inspiré par la parabole où saint Luc, s'occupant de la question morale que nous traitons, raconte l'histoire d'un économe qui avait été chargé de l'administration des biens d'un homme riche. L'évangéliste nous le représente pleurant et désolé, lorsque son maître, s'apercevant de ses prodigalités et de ses malversations, lui eut adressé ces reproches  : « Rends-moi compte de ta gestion, et retire-toi d'ici au plus vite ; car je ne souffrirai pas que tu abuses plus longtemps de mes biens, et que tu t'en serves pour tes plaisirs, comme s'ils t'appartenaient en propre ». Ceci n'est point une histoire véritable, mais bien une parabole, qui, par une ingénieuse fiction, nous instruit des principes de la morale.

Ainsi, qui que vous soyez, apprenez que vous êtes chargé simplement de gérer les possessions d'un autre, et, vous dépouillant de cet orgueil qui ne convient qu'à un maître, prenez la réserve et l'humble attitude d'un administrateur qui doit rendre ses comptes ; tenez vos livres avec le plus grand soin, parce que le Seigneur peut venir d'un instant à l'autre. Vous n'êtes que fermier, et pour peu de temps ; la concession qui vous a été faite ne doit pas avoir une longue durée. Si des idées si simples et si communes vous étonnent, rendez-vous aux leçons de l'expérience qui ne trompe jamais. Supposons que vous possédiez une terre  : ou vos pères vous l'ont laissée, ou vous l'avez acquise ; comptez, si vous le pouvez, et repassez en votre mémoire tous ceux qui l'ont eue avant vous ; puis jetez vos regards dans l'avenir, et songez à cette succession innombrable de gens par les mains desquels elle devra passer encore ; après cela, dites-moi à qui appartient en réalité le droit de propriété, quel est celui que nous devons regarder comme vrai possesseur parmi tous les maîtres passés, présents et à venir  ? Si l'on pouvait par enchantement les ressusciter tous à la fois, certes on verrait plus de propriétaires qu'il n'y a de mottes de terre dans ces champs. Si vous voulez une autre image de la vie de l'homme ici-bas, supposez, par une ingénieuse fiction, que, voyageant par une chaude journée d'été, vous ayez rencontré sur votre route un arbre dont les rameaux épais vous invitent à chercher sous leur ombre un abri contre la chaleur. Sous ce toit hospitalier, vous vous êtes arrêté pour respirer le frais, et vous avez joui de son ombre aussi longtemps que vous l'avez pu  : à l'heure de votre départ arrive un autre voyageur ; il dépose sa charge, prend la place que vous venez de quitter, profite du feu que vous avez allumé, de l'ombre dont vous avez joui, et se désaltère dans les eaux limpides qui ont servi à vous rafraîchir. Il s'est reposé quelque temps sur l'herbe, tandis que vous marchiez, et ensuite il a continué son chemin. Le même jour, et dans un court espace de temps, cet arbre aura vu dix voyageurs venir réparer leurs forces sous son ombrage ; il a servi à tous ceux qui se sont présentés, et cependant il ne reconnaît qu'un seul maître. Il en est de même des richesses de ce monde, des avantages de cette vie ; ils servent aux besoins et à l'agrément de chacun ; mais ils appartiennent à Dieu seul, qui n'est sujet ni à la mort, ni à la corruption.

Sans doute il vous est arrivé quelquefois en voyageant de descendre dans un hôtel  : là, quoique vous n'eussiez rien apporté, vous avez trouvé un lit, une table, des coupes, des vases, en un mot, tous les objets qui pouvaient vous être nécessaires. À peine avez-vous eu le temps de vous en servir, qu'il survient quelque autre voyageur hors d'haleine et couvert de poussière. Il use de tout, comme s'il en était le maître, et vous force en quelque sorte à partir. Voilà l'image fidèle de notre vie, mes frères, si ce n'est qu'il y a quelque chose de moins durable encore dans les accidents de ce monde. Quand j'entends dire ma terre, ma maison, je ne puis revenir de ma surprise ; je ne comprends pas comment, par un vain mot, on pense s'arroger les droits d'un maître, s'approprier ce qui appartient à un autre, en prononçant deux lettres.

De même que sur le théâtre tel rôle ne revient pas exclusivement à tel acteur, mais qu'il est joué indifféremment par l'un ou par l'autre, suivant les convenances ; ainsi les terres et les autres propriétés passent, comme un habit, de main en main. Dites-moi, quoi de plus grand que la royauté  ? Passez en revue tout ce qu'un prince peut avoir en sa possession ; comptez ses manteaux de pourpre, quel qu'en soit le nombre ; ils ont brillé sur les épaules de plus d'un personnage ; d'autres se sont servis également de ses couronnes, de ses bandelettes et de ses autres ornements. Tout cela compose un héritage qui change continuellement de maître ; tout cela est à l'usage commun de tous les princes qui se succèdent ; celui qui s'en va les abandonne à celui qui vient après lui. Que dirons-nous des insignes qui distinguent nos gouverneurs de province, de leur siège d'argent et de leur bâton d'or  ? Ces ornements n'appartiennent en propre à aucun de ces hommes ; chacun les possède à son tour, et pendant un assez court espace de temps. Comme un même char, un même poêle servent aux funérailles d'un grand nombre de personnes, de même les insignes affectés aux grandes dignités de l'état sont employés à revêtir successivement une foule d'hommes. Souvent, la voix de l'Apôtre nous rappelle cette grande vérité. Il nous déclare que la figure du monde change sans cesse, que « ceux qui achètent doivent être comme ne possédant pas, et ceux qui usent du monde comme n'en usant pas » (1 Co 7,30&endash;31), ce qui signifie une seule chose, que nous devons vivre sans nous occuper du lendemain, et nous tenir toujours prêts à partir au premier signal.

Pour vous mieux convaincre de la soumission entière que nous devons aux préceptes du Seigneur, préceptes qui sont destinés à être la règle de notre conduite, reportez vos regards sur vous-mêmes, considérez que votre âme et votre corps sont également assujettis aux lois de la vertu, que vous n'êtes pas le maître de suivre vos penchants ; que vos paroles, vos actions, tous vos mouvements doivent être conformes à la Volonté divine. Le Seigneur vous a donné un corps dans lequel on distingue différentes parties, et qu'il a pourvu de cinq sens pour l'usage et l'agrément de la vie ; mais ces organes, au lieu d'être indépendants, sont soumis à des lois déterminées ; et en ce qui concerne la vue, qu'on regarde comme le sens principal, il vous est permis de contempler la nature et tout ce qu'elle renferme de beau et d'admirable, de considérer le soleil, qui répand sur la terre des torrents de lumière ; la lune, dont la douce clarté charme les tristes heures de la nuit ; les étoiles, dont la faible lueur parvient avec peine jusqu'à nous, mais dont la flamme scintillante orne la voûte des cieux. Admirez la surface de la terre, couverte d'une végétation si riche et si variée, les plaines immenses de la mer, qui s'étendent comme une campagne unie, lorsque le calme règne sur ses eaux tranquilles  : ce sont là des objets dont la vue ne vous est point interdite ; mais que vos regards se détournent avec soin de ceux qui pourraient donner atteinte à l'innocence de votre âme ; fuyez, placez un voile devant vos yeux ; il vaut mieux les condamner aux ténèbres, lorsqu'ils peuvent donner occasion à des oeuvres d'iniquité. Aussi le Seigneur nous disait-il hier, par la bouche de saint Matthieu  : « Quiconque regarde une femme pour la convoiter a déjà commis un adultère avec elle dans son coeur » (Mt 5,28). Il vaudrait mieux arracher son oeil que de lui permettre de se reposer sur des objets obscènes. Pour l'ouïe, il y a également des lois à observer, des précautions à prendre. Il faut ouvrir ses oreilles et les rendre attentives aux discours sages et pieux ; elles servent alors de canaux pour transmettre à l'âme des leçons salutaires. Si un homme corrompu, livré à tous les vices, s'approche et veut souffler dans votre âme la contagion du péché, fuyez-le aussi promptement que ces bêtes dangereuses qui répandent autour d'elles un venin mortel. On doit aussi mettre un frein à la langue, afin qu'elle ne profère que des paroles honnêtes, s'abstenant de tout ce qui pourrait offenser la vertu ; qu'elle évite les médisances, les calomnies, les injures envers le prochain, les blasphèmes contre Dieu ; enfin que tous ses discours soient dictés par la piété, la religion et le désir de porter aux bonnes oeuvres. Que chacun répète souvent ces paroles du psalmiste  : « J'ai dit, je veillerai sur mes voies, afin de ne pas pécher par ma langue » (Ps 38,1). Ailleurs on lit  : « De leur langue ils lui mentaient » (Ps 77,36). Et encore  : « Pourquoi te glorifier de ta méchanceté, puissant  ? Tout le jour ta langue rumine l'iniquité et l'injustice ; tu es comme un rasoir effilé, tu agis avec ruse » (Ps 51,3&endash;4). En un mot, que notre langue soit d'un grand secours pour notre salut. Veillons de même sur notre odorat ; qu'il ne soit point l'esclave de la volupté ; qu'il ne recherche pas avec trop d'avidité les douces exhalaisons des essences précieuses. Isaïe s'élève avec force contre des goûts si efféminés. Nos mains doivent se souvenir des préceptes du Seigneur, et ne point se livrer à toute sorte d'attouchements. Étendons-les pour faire l'aumône, et non pas pour commettre des soustractions ; qu'elles servent à défendre nos biens, et non à nous emparer de ceux du prochain, à secourir les personnes qui sont dans les maladies et les souffrances, et non à nous mettre en contact avec celles qui, jouissant d'une santé florissante, ont un attrait irrésistible pour la volupté.

Je crois avoir suffisamment démontré que nous ne sommes pas les maîtres de nous-mêmes, mais que nous sommes plutôt chargés de notre conduite, et en quelque sorte de notre administration. Tout ce qui tombe dans le domaine de la loi est soumis au législateur, si nos membres, si les diverses parties de notre corps ne dépendent point d'elles-mêmes ; si elles exécutent, d'après la Volonté de Dieu, les fonctions pour lesquelles elles ont été formées, que dirons-nous à ces gens qui s'imaginent tenir complète-ment en leur possession l'or, l'argent ; les terres et les autres biens, et qui s'imaginent en être les maîtres absolus  ? Ô mon ami  ! Rien de tout cela n'est à vous ; vous n'êtes qu'un esclave ; tout ce que vous regardez comme vous appartenant est au Seigneur ; un esclave n'a le droit de rien posséder en propre. Vous étiez nu lorsque vous êtes entré en ce monde, tout ce que vous avez, vous le tenez de la loi de Dieu. Si vos richesses vous viennent de l'héritage paternel, c'est parce que Dieu a dit que les biens des parents seraient partagés entre les enfants ; si elles ont leur source dans le mariage, c'est encore en vertu de la loi du Seigneur, qui a établi le mariage et la conséquence qu'il entraîne ; si elles proviennent du commerce de l'agriculture ou de toute autre voie, c'est parce que Dieu vous a accordé son appui et sa protection. Il est donc manifeste que vos prétendues possessions ne vous appartiennent pas réellement ; voyons maintenant ce qui vous est prescrit, et de quelle manière vous devez les gérer. Donnez des aliments à celui qui a faim, des habits à celui qui est nu, des soins à celui qui est malade ; ne délaissez pas le pauvre que la misère a laissé sans abri sur le pavé ; soyez sans inquiétude sur votre propre compte ; ne vous demandez pas comment vous parviendrez à la journée de demain.

Si vous conformez votre conduite aux prescriptions de la loi, le Législateur vous décernera des récompenses ; mais si vous foulez aux pieds ses préceptes, vous en serez puni, vous porterez la peine de votre désobéissance. Toutes ces obligations qui pèsent sur l'homme montrent qu'il ne s'appartient pas ; qu'il n'est pas le maître de ses actions ; elles prouvent que, bien loin de là, il est soumis tout entier au souverain Pouvoir de Dieu, qui lui trace la ligne de ses devoirs et l'oblige à ne point s'en départir ; cependant nous vivons dans une sorte d'indépendance, comme si nous n'avions point de compte à rendre un jour ; nous traitons les pauvres avec dédain, nous les laissons périr dans la misère, tandis que nous faisons de folles dépenses pour satisfaire notre ambition et notre vanité. Nous entretenons une foule de vils flatteurs, de vils parasites viennent s'asseoir à notre table ; nous dépensons des sommes énormes pour nourrir des bêtes curieuses, des animaux féroces, de beaux coursiers, des saltimbanques, des pantomimes et d'autres hommes perdus de réputation et de moeurs, notre fortune devient complice de notre folie. Lorsque nos libéralités pourraient nous procurer des avantages inappréciables, le salut éternel, nous serrons la main, de crainte d'en laisser tomber seulement quelques oboles ; s'agit-il, au contraire, de dépenses pour des occasions où l'on ne peut manquer de pécher, qui conduisent à des peines infinies, au feu de l'enfer, entraînés par la passion, nous nous empressons de répandre nos richesses à grands flots. Ce n'est point là certainement la conduite d'un esclave qui attend son maître avec crainte, mais bien plutôt celle d'un jeune libertin qui ne refuse rien à ses commodités et à ses plaisirs.

Si vous voulez savoir avec quelle vigilance, avec quelle sollicitude un sage économe administre les biens qui lui ont été confiés, ouvrez les Psaumes de David, et lisez ce passage où le saint prophète prie Dieu avec instance de lui découvrir le jour fixé pour son départ de ce monde  : « Fais-moi savoir, dit-il, Seigneur, le terme de ma vie et quel est le nombre de mes jours, afin que je sache ce qui me manque » (Ps 38,5). Vous voyez dans ces paroles se peindre toute l'anxiété d'une âme craintive, vivement préoccupée  : elle jette un long regard dans l'avenir, et s'enquiert avec inquiétude du moment suprême où il lui faudra quitter le jour, dans la crainte de ne pas se trouver prête au moment où sera donné le signal du départ ; elle veut connaître l'espace qui lui reste à parcourir, afin qu'à force d'activité et d'ardeur elle ait pris toutes ses dispositions avant que celui qui doit l'emmener se présente. Entre un homme qui abandonne la vie et un économe dont la gestion touche à son terme, il y a la plus grande ressemblance ; et quand on compare entre elles ces deux situations, on y trouve une identité parfaite. Celui qui meurt laisse à ses successeurs le soin d'administrer les biens qu'il a possédés ; l'économe, en partant, laisse à d'autres les clefs qui lui avaient été confiées ; l'un est forcé de quitter les champs qu'il a cultivés, l'autre sort de ce monde, que l'on peut comparer à une vaste propriété ; l'économe s'éloigne triste et à regret du séjour qu'il a longtemps habité, des vignes et des jardins théâtre de ses travaux. Quels sentiments supposez-vous à celui que la mort arrache aux douceurs de la vie  ? Ne déplore-t-il pas la perte de ses biens  ? Ne jette-t-il pas un douloureux regard sur ces meubles précieux, sur ces trésors auxquels il était si vivement attaché  ? Il sent que tous ces biens lui échappent à la fois ; qu'on va le conduire aux lieux qui ont été préparés pour sa demeure ; déjà retentissent à ses oreilles ces paroles terribles  : « Rendez compte de votre administration ». Montrez quelle docilité vous avez eue pour les ordres qui vous avaient été donnés, comment vous avez traité ceux qui partageaient vos travaux ; avez-vous été doux et indulgent pour eux ; ou, plutôt, comme un vrai tyran, ne les avez-vous pas accablés de coups  ? N'avez-vous pas frustré ces malheureux du salaire qui leur était dû  ? Il n'aura rien à craindre s'il parvient à se rendre son maître propice en prouvant qu'il s'est conduit en bon serviteur ; mais, s'il en est autrement, ce ne sont pas des coups de verges, une prison obscure, et de fers qui l'attendent, mais un feu sans relâche, mais une nuit éternelle, où jamais ne pénétrera le plus léger rayon de lumière, et où l'on entendra d'affreux grincements de dents, ainsi que l'affirment les textes de l'évangile.

Ô vous qui m'écoutez, s'il est vrai que vous ne devez jamais être dépouillés des biens de ce monde ; s'ils ne sont point périssables, ah  ! jouissez sans inquiétude de tous les plaisirs, livrez vos sens aux voluptés ; mais si, quelle que soit la durée de nos jouissances, il faut s'attendre à un terme fatal qui les détruira, tremblons, mes frères, à l'idée de cette séparation redoutable, et, durant notre séjour sur la terre, observons scrupuleusement les préceptes du Seigneur, craignons de nous trouver chargés de dettes et couverts d'obligations au moment où nous en serons arrachés, afin que nous puissions entrer dans les voies éternelles, libres de tout engagement, avec le témoignage d'une conscience tranquille, qui n'a rien à se reprocher dans le passé, et qui ne craint point l'examen à venir.

Ce fut un mauvais économe que ce riche dont parle l'évangile, à qui ses terres rapportaient des revenus considérables, et qui, au milieu de l'abondance dont il jouissait, n'eut pas une bonne pensée, ne fit pas une bonne action ; livré aux appétits insatiables de la chair, à toutes les fureurs d'une dévorante cupidité, il était d'une avarice qu'on aurait pu comparer aux abîmes sans fond où allaient s'engouffrer des richesses immenses ; il faisait tout servir à son usage et à la satisfaction de ses penchants, et il s'écriait quelquefois dans l'ivresse de l'orgueil et de la débauche  : « Voici, dit-il, ce que je ferai  : j'abattrai mes greniers, j'en bâtirai de plus grands, j'y amasserai toute ma récolte et tous mes biens ; et je dirai à mon âme  : Mon âme, tu as beaucoup de biens en réserve pour plusieurs années ; repose-toi, mange, bois, et réjouis-toi » (Lc 12,18&endash;19). À peine achevait-il de parler, qu'il fut surpris par l'apparition subite du ministre chargé de l'emmener, et dont l'aspect terrible ne lui annonçait que trop le châtiment qui allait suivre sa destitution. Que lui sert alors d'avoir mené une vie voluptueuse  ? L'évangile nous fait une vive peinture des dérèglements et du sort funeste de cet homme, afin que nous y puisions une leçon salutaire. N'avons-nous pas, hélas  ! l'expérience de chaque jour  ? Ne nous présente-t-elle pas incessamment les exemples les plus propres à faire impression sur nous  ? Celui qui, à midi, jouissait encore d'une santé parfaite n'atteint pas la fin du jour ; cet autre, qui, le soir, était plein de force et de vie, expire avant de voir les premiers rayons du jour ; enfin nous en voyons que la mort vient surprendre à table et au milieu des festins. Quel est l'homme assez aveugle pour ne pas apercevoir les vides que la mort fait autour de nous, enlevant les hommes de ce monde, comme d'un lieu où ils avaient été placés momentanément  ? Mais toi, fidèle ministre, fort du témoignage de ta conscience, partage les sentiments qu'exprimait autrefois saint Paul. Ce grand apôtre, sans attendre les ordres du Seigneur, soupirait vers Lui et demandait à quitter la terre ; il désirait se voir déchargé de son ministère, et s'écriait  : « Misérable que je suis  ! Qui me délivrera de ce corps de mort  ?... » (Rm 7,24). Et ailleurs  : « J'ai le désir de m'en aller et d'être avec Christ » (Ph 1,23). Tout au contraire, celui dont les pensées se portent vers la terre à laquelle il est étroitement uni, s'inquiète à l'approche de l'heure du départ ; il se lamente comme cet homme de la parabole  : « Que ferai-je, puisque mon maître m'ôte l'administration de ses biens  ? Travailler à la terre  ? Je ne le puis. Mendier  ? J'en ai honte  » (Lc 16,3). Ces plaintes, ce désespoir ne peuvent convenir qu'à un oisif, qu'à un voluptueux. Celui qui, au moment du départ, verse des larmes amères et se répand en lamentations est un homme qui s'était presque identifié avec ses fonds de terre, et qui ne peut, sans un violent chagrin, renoncer aux plaisirs dans lesquels il a cherché le bonheur. Cette faiblesse, cette aversion pour le travail, n'est-elle pas la preuve et le fruit d'une vie passée dans une coupable oisiveté  ? On n'a tant de répugnance pour les occupations laborieuses que lorsqu'on s'en est dispensé pendant longtemps.

Que si nous cherchons le sens allégorique renfermé dans cette parabole, nous verrons qu'à partir du moment où nous aurons quitté ces lieux, on n'a plus le loisir ni de travailler, ni de mendier ; il est donc fort inutile de dire  : « Je n'ai pas la force de creuser la terre ». Quand vous en auriez la force, on ne vous le permettrait pas. L'accomplissement des préceptes du Seigneur, telle doit être l'occupation de notre vie ; voilà la culture à la-quelle nous devons nous livrer ; nous goûterons le fruit de nos travaux dans la vie future. Si vous avez vécu dans la paresse, si vous n'avez rien fait en ce monde, il sera trop tard après la mort pour songer à votre vigne et aux champs que vous avez négligés. Toutes vos prières, toutes vos supplications n'aboutiront à rien  : on peut s'en convaincre par l'exemple terrible des vierges folles ; comme elles manquaient d'huile pour leurs lampes, elles s'adressèrent en vain aux vierges sages pour en obtenir. Cette parabole nous apprend qu'à l'arrivée de l'Époux, personne ne peut recourir à une huile étrangère, c'est-à-dire ne peut se prévaloir des bonnes actions faites par d'autres.

Chacun s'avance revêtu de ses propres oeuvres, comme d'un habit, tantôt riche et brillant, tantôt sale et de vil prix, et au jour du jugement il ne sera permis à personne de l'ôter ou de le changer, quand même on trouverait quelqu'un qui voulût en donner ou seulement en prêter un autre  : chacun restera dans l'état où il se trouve, chargé des haillons du péché ou resplendissant de l'éclat de la vertu. Mais en voilà assez sur ce point. Que dirai-je des moyens dont s'avisa cet économe coupable, en remettant leurs dettes à tous ses débiteurs, afin de se procurer quelque consolation et de se ménager leur appui  ? Il ne parait pas facile de faire accorder cette circonstance avec le sens général de l'allégorie. Je vous dirai cependant à quelle idée je me suis arrêté, après y avoir longtemps réfléchi. Ceux qui désirent obtenir le pardon de leurs péchés trouvent une ressource en distribuant des biens qui ne leur appartiennent pas ; je dis des biens qui ne leur appartiennent pas, puisqu'en effet ils sont au Seigneur ; nous ne possédons rien en propre  : ce que nous croyons avoir, c'est Dieu qui nous l'a confié pour un temps. Lors donc que quelqu'un, songeant à sa fin et à son départ pour l'autre vie, veut rendre par sa bienfaisance le poids de ses péchés plus léger, ou il dégage ses débiteurs de leurs obligations, ou il fait d'abondantes aumônes aux pauvres ; et distribuant des richesses qui n'appartiennent réellement qu'à Dieu, il se crée de nombreux amis, qui témoigneront devant le souverain Juge de sa bienfaisance et de sa libéralité, et dont la médiation lui fera obtenir un lieu de repos et de bonheur.

Il n'est pas nécessaire que ceux qui ont reçu des bienfaits aillent déposer de vive voix devant le tribunal du Seigneur, comme s'Il ignorait les faits ; ce sont les actions vertueuses elles-mêmes qui parlent et qui font accorder à leurs auteurs la rémission des peines qu'ils ont encourues par leurs péchés. De même que le sang d'Abel criait vengeance devant Dieu, de même les oeuvres charitables parleront en faveur de celui qui les aura faites pour l'amour de notre Seigneur Jésus Christ, à qui gloire soit rendue dans tous les siècles des siècles. Amen.


2. SUR L'AVARICE

Chrétiens, qui avez été appelés à l'espérance de l'héritage céleste, habitants des champs ou de la ville, je m'adresse à vous tous que la solennité de ce jour a réunis dans cette enceinte ; aucun de vous n'ignore ni l'objet qui nous rassemble, ni le motif de cette pompe qu'on déploie dans ce temple consacré aux martyrs ; vous le savez, des fêtes annuelles ont été instituées en leur honneur, et vous connaissez les vues qui ont guidé nos ancêtres, lorsqu'ils les ont établies, et transmises à leurs descendants. Un instant de réflexion suffit pour nous convaincre que de pareilles institutions sont nées d'une piété ardente, et que le but de ces réunions solennelles est l'instruction et l'édification des âmes ; le culte que nous rendons aux martyrs doit nous porter à imiter leur zèle pour la foi, et les discours que prononcent les docteurs dans cette solennité nous apprennent toujours quelque vérité utile, que nous avions ignorée jusque là, ils donnent des fondements solides à nos croyances, éclaircissent à nos yeux quelque point obscur de l'Écriture, ou nous fournissent des lumières pour l'amendement de la vie et la règle des moeurs. Mais il me semble que, négligeant la pratique de la vertu, oubliant le soin de vos âmes, vous ne songez qu'à Mamon et à ses dons sordides ; vous ne quittez pas un instant le marché ; sans cesse attentifs à inventer mille ruses, vous avez recours au mensonge, à l'artifice pour vous procurer à peu de frais ce qui excite vos désirs ; vos efforts ne tendent qu'à déprécier, qu'à avilir le bien d'autrui.

Ah  ! croyez-moi, tournez cette activité, cette ardeur, vers les choses saintes  : renoncez aux calculs de l'avarice, gardez-vous de cette fièvre mercantile ; méprisez cette basse cupidité comme ressemblant à une prostituée qui sourit à tous les passants, qui porte des habits empruntés et un visage couvert de fard. Attachez-vous, au contraire, à cette religion divine, pleine de décence et de pudeur, dont la parure et le maintien sont à la fois si graves et si modestes. Salomon a dit dans le livre des Proverbes  : « Ne la forcez pas à s'éloigner, et elle vous défendra ; aimez-la, et elle vous conservera ». Ne passez pas dédaigneusement devant l'église sans y entrer ; ne méprisez pas ce qui vous est servi à cette table sainte, parce que vous pouvez l'obtenir gratuitement. Écoutez nos paroles avec d'autant plus d'empressement que nous ne sommes pas ici comme des marchands placés derrière un comptoir, tenant une balance à la main, no songeant qu'aux intérêts de leur commerce ; quant à nous, nous n'avons d'autre but que le bien de nos auditeurs et le salut de ceux que nous instruisons. Nous avons lu, dans les Actes des apôtres, le discours adressé par saint Paul à Agrippa ; saint Paul était un apôtre fidèle et un habile orateur. Avec un peu d'attention, vous reconnaîtrez que la crainte ne lui fit point trahir la vérité ; il parle à Agrippa avec une liberté respectueuse, il ménage l'extrême susceptibilité de son caractère  : on dirait qu'il cherche à adoucir une bête féroce par un langage plein de réserve et de charme. Nous avons également entendu aujourd'hui la voix prophétique de Zacharias, qui nous a entretenus d'une pierre sur laquelle brillaient sept yeux, d'un candélabre d'or portant sept flambeaux et deux branches d'oliviers ; ce sont autant de symboles qui jettent la plus vive lumière sur les mystères profonds qui enveloppent la personne du Fils unique de Dieu. Que d'autres passages dans les Livres saints qui sont autant de mines fécondes  ! Je voudrais les creuser avec vous et vous mettre en possession de ces divins trésors ; mais je me sens lié par la promesse que je vous ai faite hier, et je reviens à la matière que je me suis engagé à traiter. Nous avons touché en passant à la question de l'avarice ; mais le temps nous a manqué pour signaler la folie et la vanité de ce vice, nous nous sommes réservé d'entrer aujourd'hui en de plus longs développements. Veuillez donc me prêter votre attention et recueillir mes paroles avec l'impartialité d'un juge équitable. Il ne s'agit point ici d'affaires étrangères, il est question de notre salut éternel, notre âme elle-même est en cause, il faut prononcer sur son sort, et décider si elle n'a pas mérité d'être honteusement expulsée du séjour de la vie.

L'avarice ne consiste pas seulement à vouloir entasser trésors sur trésors, à rechercher avec une ardeur insatiable l'argent et les autres biens de ce monde ; mais on tombe dans ce défaut toutes les fois que l'on s'abandonne à des désirs coupables, à un attachement déréglé, quelle que soit d'ailleurs la nature de l'objet qui nous l'inspire. L'auteur de ce péché est le démon lui-même qui, élevé à l'origine des choses au rang éminent d'archange, entreprit de remplacer sur son trône la Divinité elle-même, et dans son fol orgueil osa lever l'étendard de la révolte contre le Tout-Puissant ; mais il fut précipité dans l'abîme, non loin de la terre que nous habitons, et il est devenu pour nous un voisin redoutable ; ainsi, loin d'atteindre le rang suprême auquel il avait eu l'audace d'aspirer, il fut dépouillé de la splendeur dont il avait été revêtu en sa qualité d'archange ; semblable à ce serviteur infidèle qui, au moment où il espérait s'enrichir par sa soustraction, fut traité comme un voleur ; rappelant dans sa mésaventure ce chien dont il est parlé dans la fable, qui lâcha la proie qu'il tenait pour courir après son ombre, et qui ne put atteindre cette insaisissable apparence. Après lui, le premier homme, séduit par la volupté, goûta du fruit défendu, et perdit ses droits sublimes à l'immortalité ; de même Ésaü, tenté par un plat de lentilles, renonça plus tard à son droit d'aînesse.

N'est-ce pas l'ambition désordonnée de nos pères qui a ouvert la porte à cette multitude de langues et d'idiomes divers qui se parlent sur la surface du globe  ? L'excès du bonheur leur donna le vertige ; ils s'imaginèrent follement pouvoir se frayer un chemin jusqu'au ciel, et dans cette présomptueuse pensée, ils élevèrent une tour immense, du haut de laquelle ils espéraient y atteindre ; mais tout-à-coup ils furent arrêtés par un obstacle imprévu ; à la clarté du langage, à la valeur convenue des termes, succéda une horrible confusion de sons inconnus et d'expressions inintelligibles, et dès lors l'obscurité des paroles, l'incertitude dans leur sens, le besoin de les interpréter fut légués aux nations.
Quelle fut la cause de toutes les calamités qui fondirent sur Pharaon si ce n'est son ambition injuste et le désir de soumettre à son empire un peuple étranger, sur lequel il n'avait aucun droit  ?

Pour n'avoir pas voulu permettre de se retirer à des hommes qui n'appartenaient point à sa domination, il perdit un grand nombre de ses sujets qui périrent lors du massacre des premiers-nés et de la catastrophe de la mer Rouge. Je ne parle point des eaux du fleuve changées en sang, de ces myriades de grenouilles et d'insectes qui se répandirent sur toute l'Égypte, de cette maladie honteuse, qui attaqua les habitants, dont les corps furent bientôt couverts de lèpre et de pustules, de cette mortalité effroyable qui fit périr tant d'animaux, enfin de la peste et de toutes les plaies qui désolèrent le peuple d'Égypte en punition de l'avarice et de la cupidité de son roi. L'Écriture sainte nous apprend ailleurs que ce péché fut puni dans une autre occasion par une lèpre horrible. Vous qui aimez à vous rappeler les faits historiques, reportez votre mémoire sur les principales circonstances de la vie d'Élisée  : souvenez-vous du Syrien Naaman, qui fut guéri de la lèpre en se lavant dans les eaux du Jourdain ; Giézi, ce serviteur avare, fut au contraire atteint de ce mal, pour avoir trafiqué des choses spirituelles et reçu de l'argent en récompense de la guérison que son maître avait gratuitement opérée. A quoi faut-il attribuer l'audace et la barbarie d'Absalon, ce fils dénaturé qui voulut attenter aux jours du plus tendre des pères, sinon l'impatience de monter sur le trône, et au désir injuste de s'approprier le bien d'autrui  ? Comment Judas fut-il déchu du rang de disciple du Sauveur, et d'apôtre préféré devint-il un traître infâme  ? Il avait été administrateur infidèle des deniers confiés à sa garde, il espérait s'emparer de ce qui restait, il convoita le prix du sang innocent. N'est-ce pas à la cupidité qu'il faut attribuer encore la fin tragique d'Ananias et de Saphire, telle qu'elle est rapportée dans les Actes des apôtres  ? Ils eurent recours à la supercherie pour conserver une partie de leur argent, et commirent un sacrilège en mentant à l'Apôtre. Un jour ne me suffirait pas si je voulais faire ici le dénombrement des ministres ou des esclaves de l'avarice.

Laissons donc les faits que nous présentent les temps passés, consultons notre expérience de chaque jour ; elle nous apprendra les funestes effets de ce vice, elle nous apprendra avec quelle peine on se dégage des liens dont il nous enlace, quelles racines profondes il pousse dans les coeurs où il a su s'introduire, et comment, au lieu de s'affaiblir par le temps, il s'affermit, vieillit et meurt avec ceux dont il s'est une fois emparé. Le libertin, l'homme livré aux plaisirs tombe épuisé par ses excès, sa fougue s'est ralentie aux glaces de l'âge, ou lorsque la beauté qui l'avait captivé a vu ses charmes se flétrir. L'homme soumis aux appétits de son ventre renonce à la table par satiété, ou lorsque les organes digestifs, affaiblis de fatigue et refusant des aliments, ont apaisé cette insatiable intempérance. L'ambitieux brille sur différents théâtres, et se lasse enfin de se donner en spectacle et de rechercher de vains applaudissements. Mais l'avarice est une passion dont on a peine à se délivrer. Semblable à ce lierre plein de sève et de verdeur, qui se glisse autour des branches d'un arbre voisin, les enveloppe de ses contours, les enlace avec tant de force qu'on ne peut l'en arracher, et s'attache tellement même aux rameaux desséchés que le fer seul parvient à l'en séparer en brisant ses longs replis ; ainsi le mal qui ronge le coeur d'un avare, jeune ou vieux, s'oppose à tous les efforts que l'on tente pour l'en détacher ; il faut, pour opérer cette cure, que votre parole soit tranchante comme le glaive.

L'avare est odieux à ses proches, il est à charge à tous ceux qui vivent avec lui, ne rend aucun service à ses amis, se laisse à peine aborder par des étrangers ; c'est un voisin incommode, un époux insupportable ; il ne donne à ses enfants qu'une éducation incomplète, sordide ; il se refuse presque tout à lui-même ; nuit et jour il est assiégé d'inquiétudes et de soucis ; enfin on l'entend s'adresser la parole et se parler tout haut à lui-même comme un homme tombé en démence. Tandis qu'il a de tout en abondance, il se plaint de sa misère extrême ; il ne jouit pas des biens présents, et regrette toujours ceux qu'il ne peut atteindre ; il ne tire aucun profit de sa fortune, et il fixe continuellement un regard d'envie sur celle de son prochain. Il ne sait où renfermer ses nombreux troupeaux, ils couvrent de vastes plaines, et s'il aperçoit une seule brebis appartenant à son voisin, et qui lui paraisse belle, il oublie toutes celles qui sont à lui, et il est tourmenté du désir de s'approprier celle qu'il ne peut avoir. Boeufs, chevaux et terres, ses regards s'arrêtent sur tout. Sa maison est remplie de richesses, mais elles ne lui servent à rien. Celui qui est insatiable n'a pas de jouissance, sa demeure peut se comparer à ces tombeaux qui renferment des trésors dont nul ne possède l'usage. Le corps de l'avare se consume d'inanition, et son âme demeure dans un affreux dénuement ; sa bourse ne s'ouvre point pour soulager le pauvre. Mais quand guérira-t-il de cette déplorable passion, le malheureux qui en est atteint  ? Apprenez-le-nous, vous que ce mal a attaqués  !

Hélas  ! j'en ai connu qui étaient malades et alités, et qui préféraient leur argent à leur guérison. Si le médecin leur prescrit un de ces remèdes qu'on se procure à peu de frais, un de ces remèdes composés de thym ou d'une plante facile à trouver, alors le malade s'empresse de suivre l'ordonnance ; mais s'il s'agit de médicaments préparés à grand prix dans les pharmacies, il aimera mieux mourir que de délier sa bourse. Eh pourquoi s'en étonner  ? Toutes les pensées de l'avare sont tournées vers la terre ; la richesse, voilà sa vie. Il s'afflige de la prospérité publique ; il se réjouit des malheurs de l'État  : ce qu'il désire c'est de voir le peuple accablé d'impôts afin d'augmenter ses bénéfices en prêtant son argent à gros intérêts ; il se réjouit quand de malheureux débiteurs sont poursuivis par d'impitoyables créanciers, parce qu'il y voit une occasion de s'emparer à vil prix de leurs terres, de leurs troupeaux, de tout ce qu'ils possèdent. Vous le voyez souvent, comme un astronome occupé à considérer les astres ; ce qui l'intéresse, ce n'est point le lever d'une étoile, ni le cours d'une planète ; il examine si l'état de l'atmosphère, si les apparences du ciel annoncent une sécheresse ou des inondations. Il se réjouit des calamités qu'il prévoit, parce qu'elles secondent ses espérances. Alors il fait de grandes provisions qu'il entasse dans ses greniers, où il les enferme avec soin ; il suppute ses richesses et se livre à de grands calculs. Si, lorsqu'il se berce des plus douces espérances, et qu'il rêve aux profits imaginaires qui doivent l'enrichir, quelque épais nuage s'élève sur l'horizon, il s'effraie comme à l'approche d'un grand péril ; qu'une pluie légère tombe du ciel, des larmes s'échappent de ses yeux ; et si l'eau coule en abondance et détruit l'espoir d'une sécheresse, le voilà dans la désolation ; et avec autant d'empressement que si son fils unique était en danger de mort, il court de tous côtés, cherchant des moyens de garantir ses blés des vers et de toute avarie. S'il s'aperçoit qu'ils commencent à s'échauffer, il ne sait qu'inventer pour les rafraîchir ; il les fait secouer, étendre, exposer à l'air ; le malheureux ne les perd pas de vue dans sa sollicitude ; pendant le jour il a soin de les mettre à l'abri de la chaleur, la nuit il les laisse à découvert, exposés à la fraîcheur de l'air. Qu'au moment où plein de soucis il s'occupe de ces soins, un pauvre se présente, et sollicite de lui un peu de ce froment qu'il est menacé de perdre, ou il lui refusera tout secours, ou il ne lui en accordera que d'une main avare et mourant de regret.

Vous qui êtes dominés par ce vice malheureux, je vous engage à ne pas vous tourmenter si fort, à vous épargner ces soucis dévorants ; la condition d'un avare est vraiment digne de pitié. Celui-là même est à plaindre, qui se livre à tous les plaisirs ; qui place le bonheur dans la bonne chère et les jouissances matérielles, et qui s'imagine que l'homme ne doit se proposer d'autre but que la satisfaction des sens. Est-il en effet quelqu'un de plus malheureux que l'homme rongé par une sordide avarice, qui se refuse le nécessaire ; qui, possédant seul ce qui suffirait au bonheur de tant d'autres, ne trouve dans la possession de ses richesses que des soucis sans fin et aucun fruit de ses longues fatigues  ? Ignore-t-on que tout dans la vie, excepté la vertu, a un but d'intérêt personnel, et que toutes les actions humaines tendent à une fin  ? On ne s'expose pas aux dangers de la navigation uniquement pour le plaisir de traverser les mers ; on ne se livre pas aux travaux de l'agriculture dans le seul but de remuer la terre ; on a toujours une raison qui porte à braver les peines et les dangers ; l'agriculteur songe à ses moissons, le navigateur aux richesses qu'il rapportera d'outre-mer. Mais vous, insensé, quel but vous proposez-vous  ? Pourquoi ramasser de toutes parts, et à grand'peine tant d'inutiles trésors  ? La vue de ces biens me réjouit, direz-vous  ? Eh, contentez autrement cette faiblesse  : regardez, regardez les biens d'autrui, et ce désir s'apaisera ; que si l'éclat de l'argent vous captive et vous éblouit, entrez dans les magasins d'un orfèvre ; là il vous sera permis de repaître vos yeux de la vue de ce brillant métal, ou bien encore, transportez-vous sur la place où se vendent les ouvrages d'orfèvrerie, et là, considérez à loisir ces bassins, ces aiguières, ces vases ciselés, et tant d'autres merveilles gratuitement étalées aux regards des passants. Vous pourrez en même temps jouir de la vue de ceux qui pèsent sans cesse de l'argent, qui le manient et l'empilent sur les comptoirs. Mais si vous voulez m'en croire, vous écouterez les conseils de la sagesse, vous renoncerez à ce penchant dépravé, et vous changerez les dispositions de votre âme. On se corrige aisément de l'avarice puisqu'elle n'est point une nécessité de nature, mais un penchant volontaire dont s'affranchit sans peine celui qui sait prendre une détermination.

Portez votre pensée dans l'avenir, songez à cette époque où un peu de terre couvrira votre corps étendu dans un cercueil et privé de tout sentiment, où votre dépouille froide et glacée sera déposée sur une pierre. Où seront alors vos richesses, et ces trésors amassés avec tant de soin  ? Qui héritera des biens que vous aurez laissés sur la terre  ? Est-il bien sûr qu'ils arrivent à celui à qui vous les aurez destinés  ? Si vous laissez des enfants, peut-être se trouvera-t-il un avare comme vous, qui leur intentera quelque procès injuste, et qui, sans pitié pour leur douleur, les chassera du toit paternel. Que si, manquant d'enfant, vous faites un choix parmi vos amis, avez-vous lieu de compter sur l'exécution de vos dispositions testamentaires  ? La loi vous offre-t-elle une garantie certaine  ? Croyez-vous avoir prévenu toute discussion, toute chicane  ? Il faut si peu pour décider de la nullité d'un testament  ! Ne voyez-vous pas qu'en cette matière des contestations nouvelles sont chaque jour portées devant les tribunaux  ? Que les clauses les plus évidentes ne sont pas à l'abri de la subtilité des procureurs, des avocats, de la mauvaise foi des témoins qui trafiquent de leurs consciences et de l'injustice même des juges  ?

Par ce qui se passe sous vos yeux, vous pouvez juger de ce qui arrivera lorsque vous ne serez plus. Si vous avez acquis votre fortune par des moyens qu'approuve l'honnêteté, faites-en un bon usage, à l'exemple de Job ; si vous avez eu recours à l'injustice, défaites-vous du bien mal acquis, rendez-le à ses possesseurs légitimes, et dans le même état que vous l'avez reçu, en y ajoutant l'intérêt, comme le fit Zachée. Si vous n'avez point de richesses, gardez-vous de vous en procurer par des voies injustes. Autrement, lorsqu'il vous faudra partir et vous engager dans le voyage de l'éternité, ce sera une mauvaise provision pour vous que le péché ; alors des étrangers et des inconnus prendront la jouissance de vos biens, et vous comprendrez la vérité de cette parole de David  : « Il accumule des richesses, et il ne sait pour qui il les amasse » (Ps 38,7). Alors vous vous rappellerez ce mauvais riche qui se montra si insensible aux maux de Lazare  : nous avons lu son histoire dans l'Évangile, et le récit de sa punition n'est pas une invention imaginée pour effrayer les esprits ; il nous retrace avec exactitude ce qui nous attend dans la vie future. La pourpre a disparu, le sceptre a passé en d'autres mains, les plaisirs se sont évanouis ; mais les crimes qui en sont nés ont survécu, et, comme l'ombre suit le corps, ils suivent le coupable lorsqu'il sort de ce monde. L'infortuné  ! il a vécu dans l'abondance et le faste, et il sollicite à grands cris la goutte d'eau qui coule du doigt d'un lépreux, il implore le secours de ce pauvre mendiant qu'il a vu naguère étendu à l'entrée de son palais, il implore son secours, et naguère il n'eut pas même une main pour éloigner les chiens qui venaient lécher ses plaies  : aujourd'hui son désir est de se voir uni à Lazare, qu'il aperçoit au loin dans les régions des bienheureux, mais dont il est séparé par un abîme infranchissable. Cet abîme ne ressemble point à ces fossés qui entourent un camp et qui sont destinés à en défendre l'accès à l'ennemi ; c'est une barrière que le péché établit entre le coupable qui a subi sa condamnation et le juste qui jouit de sa béatitude, et qui doit maintenir entre eux une séparation éternelle.

Le prophète Isaïe semble exprimer la même opinion, lorsqu'en réprimandant un peuple insensé il s'écrie  : « Non, la Main de l'Éternel n'est pas trop courte pour sauver, ni son Oreille trop dure pour entendre. Mais ce sont vos crimes qui mettent une séparation entre vous et votre Dieu » (Is 59,1&endash;2). Si par le péché les hommes sont séparés de Dieu, on ne peut douter qu'ils n'en soient séparés par l'avarice, le plus grand de tous les péchés, puisque le grand apôtre saint Paul l'appelle avec raison une idolâtrie, et déclare qu'elle est la source et l'origine de tous les maux. Qu'est-ce qui ramena au culte des démons ces hommes qui avaient embrassé la foi du Christ, et qui étaient instruits de nos mystères  ? N'est-ce pas le désir d'augmenter leurs richesses, et de s'emparer du bien d'autrui  ? S'ils abandonnèrent avec tant de légèreté le culte et la religion du vrai Dieu, c'est qu'on leur avait fait espérer de hauts emplois dans la magistrature et le gouvernement ; c'est qu'on leur avait promis un rang et une opulence égale à celle des rois. Ces faits remontent à une époque déjà assez éloignée ; mais il en est de beaucoup plus récents, et qui se sont passés, pour ainsi dire, sous nos yeux. Lorsque de nos jours un perfide empereur, après s'être longtemps donné pour chrétien, renonça tout-à-coup au christianisme, et, laissant tomber le masque dont il s'était paré, non seulement ne rougit point de sacrifier ouvertement aux démons, mais engagea tout le monde par l'appât des récompenses à imiter cet affreux exemple, combien qui désertèrent alors l'Église pour courir aux autels des faux dieux  ! Combien qui séduits par l'espérance des richesses et des honneurs, ne reculèrent point devant une honteuse apostasie  ! On les voit aujourd'hui parcourir nos villes, portant sur leur front le signe de l'ignominie, devenus pour tout le monde odieux et méprisables, pour avoir préféré un peu d'argent à Jésus Christ, pour avoir imité la trahison de Judas ; on les désigne par le nom d'apostats, comme certains animaux à qui l'on donne des dénominations particulières, à cause des taches qu'ils portent ; ils se sont laissés entraîner sans résistance au plus grand de tous les forfaits, en marchant sur les traces d'un prince qui s'était souillé par la plus exécrable impiété. C'est ainsi que, suivant la parole de l'Apôtre, l'avarice est une idolâtrie, la source malheureuse d'où émanent toutes sortes de crimes et d'atrocités. Ceux qui vont chercher l'or dans les entrailles de la terre, prétendent que l'on rencontre des mines principales d'où partent des filons qui se répandent en sens divers semblables à ces ramifications des racines qui s'étendent au loin du pied des arbres d'où elles naissent  : on peut dire de l'avarice qu'elle ressemble à ces mines d'or, puisqu'elle pousse des rejetons et, pour ainsi dire, des veines d'où partent des fruits de mort.

Là je vois un fils coupable lever une main sacrilège sur son père, sans respect pour ses cheveux blancs  : sans égard pour celui dont il tient la vie, il veut abréger des jours trop longs au gré de son impatiente cupidité. Tout abonde chez lui, mais il n'a pas la haute main, il voudrait exercer un pouvoir absolu, et il prend en aversion l'autorité de son père. D'abord il se tait et dévore son chagrin en silence ; mais le mal empire chaque jour, et bientôt il n'en est plus le maître ; tout-à-coup sa colère fait explosion avec autant de fureur qu'un torrent qui brise les digues opposées à l'impétuosité de ses eaux. Il accable alors de mauvais traitements ce vieillard dont il ne peut supporter la présence. S'il le voit monter encore légèrement à cheval, il s'en afflige ; s'il le voit prendre une nourriture abondante, comme un homme qui jouit d'une forte santé, il ne peut cacher son humeur ; s'il l'entend réveiller de bonne heure ses serviteurs et les exciter au travail, il s'irrite de l'activité et de la vigueur du vieillard. Si ce père se permet d'offrir un présent à un ami, de donner la liberté à un esclave, il le traite de fou et d'insensé  : à l'entendre, son père oublie tous ses devoirs, il prodigue un bien qui ne lui appartient pas ; enfin il n'épargne ni injures, ni outrages à l'auteur de ses jours ; hélas  ! quel est le crime de ce vieillard, c'est de prolonger trop longtemps son existence.

Voilà pourtant tes effets, odieuse avarice ; c'est toi qui armes le fils contre le père, qui remplis la terre de voleurs et d'assassins, la mer de pirates, les villes de perturbateurs, les tribunaux de faux témoins, d'avocats et même de juges qui ne consultent que tes inspirations honteuses. L'avarice est la mère de l'inégalité qui subsiste entre les hommes ; c'est elle qui étouffe dans les âmes tout sentiment de compassion et d'humanité pour y substituer la dureté et la barbarie ; c'est elle qui a établi ces différences de conditions dans la vie, qui a voulu que les uns, rassasiés de richesses, les rejetassent par satiété, comme on rejette un aliment incommode, tandis que d'autres, pressés par la faim, réduits à la plus extrême misère, ont à lutter contre les rigueurs de la détresse  : les uns vivent sous des lambris dorés, embellis par les chefs-d'oeuvre des arts ; ils habitent des palais qui par leur étendue ressemblent à des villes ; là on voit de vastes salles de bains, d'immenses portiques resplendissants d'éclat et de luxe ; d'autres n'ont pas seulement le toit d'une planche pour se mettre à l'abri, ils ne peuvent échapper à l'intempérie des saisons qu'en se réfugiant sous les galeries, et lorsque d'impitoyables gardiens les chassent de cet asile, ils sont réduits, comme certains animaux immondes, à creuser la terre et à s'y enfoncer pour conserver un reste de chaleur. Oh  ! déplorable inégalité dans la condition des hommes que la nature avait destinés à être tous égaux en dignité  ! Ce renversement des principes naturels, c'est à l'avarice qu'il faut le rapporter. L'un possède à peine de quoi couvrir ce que la pudeur lui ordonne de voiler, l'autre orne sa demeure de draperies magnifiques. Tel indigent n'a pas même une table de bois sur laquelle il puisse placer le pain dont il se nourrit, tandis que tel riche qui vit dans le luxe s'enorgueillit devant une énorme table d'argent, enrichie de ciselures d'un haut prix. Qu'il eût été plus juste que ce riche fastueux, tout en satisfaisant son goût pour les délices de la table, eût employé le prix de ce riche meuble à fournir des aliments à ceux qui souffrent la faim  !

Voyez se traîner avec peine ce malheureux dont la marche est ralentie par les années ou par quelque infirmité naturelle ; il n'a pas même pour le porter une bête de somme, tandis que ce riche ignore le nombre de ses coursiers ; celui-ci manque d'un peu d'huile pour mettre dans sa lampe de terre, les lustres, les candélabres que possède celui-là suffiraient pour assurer la fortune d'un homme ; tel couche sur la dure, et cet autre, gorgé de richesses, se délasse mollement sur un lit parsemé de broderies, dont les glands et les cordons sont remplacés par des chaînes d'argent. Voilà les tristes suites d'une avarice insatiable. Sans elle plus d'inégalités parmi les hommes, plus de ces dissensions et de ces luttes, causes de tant d'amertume, de tant de larmes  ! C'est elle qui dépouille les hommes de l'affection mutuelle qui devrait les unir ; c'est elle qui aiguise le fer avec lequel ils s'arrachent la vie les uns aux autres ; c'est elle qui les pousse au carnage, et qui leur inspire cette fureur sanguinaire avec laquelle ils s'entre-déchirent comme des bêtes féroces. Qui peut avoir le courage de retracer les maux qu'entraînent ces combats impies  ? Des remparts qui semblaient inébranlables sont renversés, les villes sont saccagées, les femmes sont arrachées à leurs époux, les enfants sont réduits en servitude, les campagnes sont dévastées par le fer et les flammes ; on n'épargne même pas les arbres, comme si on avait quelque tort à leur reprocher ; on fait une horrible boucherie de la jeunesse et de l'âge mûr, et le sang coule par torrents des cadavres amoncelés ; tout ce que possédaient les vaincus devient la proie des vainqueurs.

Que dirai-je de plus  ? Rappellerai-je la désolation des veuves, les plaintes et les larmes des pauvres orphelins qui ont à déplorer à la fois et la perte de leurs parents et celle de leur liberté  ? Celui qui naguère possédait d'immenses trésors est réduit à vivre d'un pain mendié à la pitié. Celui qui avait de nombreux esclaves pour tisser son lin, qui remplissait des salles entières de ses habits, se voit aujourd'hui couvert de vêtements grossiers ou de haillons ; réduit à l'esclavage, il porte de l'eau, entretient la propreté des écuries, et s'acquitte en un mot des services les plus abjects. Que d'autres maux encore  ! Que d'humiliations que ce discours ne peut rappeler qu'en détail, dont la source, dont la racine est toute dans l'avarice et dans la soif des biens d'autrui  ! Si les hommes bannissaient de leur coeur cette attache pour les biens de la terre, ils pourraient désormais vivre des jours heureux au sein de la paix. Rivalités, troubles, alarmes, tout disparaîtrait à jamais sous le règne de la charité et de la concorde. Aussi le Seigneur ne cesse-t-Il pas de nous prémunir contre ce penchant funeste  : d'une part, Il nous déclare qu'on ne peut être à la fois le serviteur de Dieu et de Mamon ; de l'autre, Il nous met sous les yeux la fin malheureuse de ce riche qui se berçait d'espérances, qui se promettait de longues voluptés, alors qu'il n'avait pas même un jour à vivre. Dans un autre passage, Il comble d'éloges un riche qui, comprenant mieux l'emploi de sa fortune, distribuait d'abondantes aumônes et vivait volontairement dans une sage médiocrité, mère et compagne de la vertu.

Mais au milieu du silence même j'entends ici les clameurs des docteurs du siècle  : Et comment, s'écrient-ils, soutiendrons-nous notre existence si nous négligeons le soin de nos affaires domestiques  ? Comment pourvoir aux nécessités de la vie  ? Comment payer ses emprunts ou venir au secours de ses amis, si, nous rendant à vos conseils, nous embrassons la pauvreté  ? Ce n'est là que le langage d'un incrédule, ou d'un homme qui manque de confiance en Dieu ; c'est le langage de celui qui ignore que notre Maître est le Tout-Puissant, que c'est Lui qui règle et gouverne souverainement toutes choses, qui, par un effet de sa munificence, donne la nourriture et le vêtement à tous les animaux. La Providence divine prend soin de ses oeuvres, et jamais celui qui est riche par la foi ne souffrira les rigueurs de la pauvreté  !

Je le prouve éloquemment, je crois, en citant un seul exemple tiré de nos Livres saints. Dans l'histoire des Rois il est parlé d'une pauvre femme, qui, durant son triste veuvage, avait la douleur d'être en butte aux poursuites d'un créancier avare et intraitable. Sans cesse il la menaçait de lui enlever ses enfants pour gage de sa créance ; et c'était, hélas  ! l'unique bien qui restât à cette infortunée. Réduite au plus affreux désespoir, elle tente d'attendrir quelques riches, mais aucun d'eux ne daigne l'écouter ; alors elle s'adresse à un homme pieux et plein de charité  : c'était le prophète Elisée, pauvre des biens de la terre, mais riche par les dons célestes dont il était orné  : vrai philosophe, sans demeure fixe, ne possédant qu'un seul habit, il venait de recueillir un héritage, mais cet héritage n'était qu'une peau de brebis que le prophète Elie lui avait laissée à l'instant où un char de feu l'enlevait dans le ciel. Il ne renvoya point la pauvre veuve ; il ne désespéra point de la secourir, bien qu'il n'eût pas en sa possession l'argent qu'elle demandait  : il ne laissa pas échapper un mot qui pût annoncer incertitude ou défiance. Un homme d'une vertu ordinaire aurait dit  : Où prendrai-je l'argent nécessaire pour acquitter cette dette ? Mais, semblable à un habile médecin, qui dans un besoin urgent trouve des remèdes inconnus, il lui dit  : Femme, n'avez-vous pas quelque chose dans votre demeure  ? Que vous reste-t-il encore  ? Il n'est personne de si pauvre qui soit absolument dénué de tout. Elle répondit avec vérité qu'il lui restait un vase de terre avec un peu d'huile. Eh bien  ! reprit le prophète, mettez-vous à me préparer de semblables vases. Elle obéit ; alors il lui ordonna de les remplir ; ainsi elle obtint de quoi satisfaire son créancier, et fut délivrée des angoisses de sa misère. Ce peu d'huile qu'elle avait déclaré au prophète posséder chez elle devint comme une source intarissable ; elle remplit tous les vases qui avaient été réunis, et l'huile ne cessa de couler que lorsqu'ils vinrent à manquer ; ce fut ainsi que la Bonté divine répondit à l'indigence de cette femme ; cette huile ne provenait point en effet de la terre mais d'un miracle du ciel.

Profitez de cette leçon, ô vous, rois, princes, riches du monde dont les possessions s'étendent d'Orient en Occident ; sages du siècle, apprenez d'un prophète né et élevé dans les champs à acquérir ce don précieux qui résidait en lui et que personne ne pouvait lui ravir. Ces biens que vous recherchez avidement sont exposés à mille dangers, de la part des voleurs qui osent pénétrer dans vos demeures, des tyrans qui vous dépouillent par la violence, des imposteurs qui vous trompent par leurs manoeuvres ; enfin ils peuvent être détruits par la tempête de l'océan, ou par la révolution de la terre. Que le bras du Seigneur soit notre espoir et notre appui ; ce fut Lui qui retira le peuple juif de la terre d'Égypte, et le nourrit dans les déserts de Chanaan  : qui accorda au prophète Daniel un secours miraculeux dans la personne d'Habacuc, et prit soin d'lsmaël abandonné par sa mère ; ce fut Lui enfin qui dans tous les temps protégea le peuple d'Israël et qui multiplia tellement cinq pains d'orge, qu'ils suffirent pour rassasier plusieurs milliers de personnes, et il en resta encore pour remplir plusieurs corbeilles. Honneur et gloire au Seigneur notre Dieu, dans tous les siècles des siècles. Amen.


3. LE DIVORCE EST-IL PERMIS  ?

Le samedi et le dimanche sont deux jours de la semaine dont le retour est agréable et à ceux qui aiment la piété et à ceux qui s'occupent de travaux pénibles. Ce sont des jours où, comme une bonne mère, l'Église réunit ses enfants, et invite ses ministres à monter en chaire pour les instruire ; c'est ainsi qu'elle engage les docteurs et les disciples à s'occuper des intérêts du salut éternel. Les discours prononcés hier dans cette enceinte retentissent encore à mes oreilles, et je me rappelle parfaitement le sujet qu'ils ont traité. Il me semble que j'aperçois la croix élevée par le saint prophète Isaïe, les vêtements du Seigneur couverts de sang et aussi rouges que ceux du vendangeur dans le pressoir, le Sauveur Lui-même portant à sa Main la récompense due au Juste. Je vois Salomon tenant d'une main ferme la balance de la justice. Je plains ce débiteur de l'Évangile, qui n'eut pas pour son compagnon la même indulgence que le Seigneur avait montrée pour lui, et qui s'attira par sa dureté un irréparable malheur. Ce sont là, en effet, les textes des discours que nous avons entendus comme peuvent se le rappeler tous ceux qui nous ont suivi avec attention.

L'Esprit saint nous propose aujourd'hui encore d'admirables leçons sur cette table auguste que vous voyez ; mais mon attention s'est particulièrement arrêtée sur la conduite de ces pharisiens qui cherchaient à surprendre le Sauveur par leurs insidieuses questions. Je vois avec pitié leurs tentatives coupables lorsqu'ils veulent tromper par leurs artifices l'Auteur même de la sagesse tandis que le Fils de Dieu les confond sans peine et rend tous leurs efforts inutiles. Il semble qu'Isaïe ait voulu parler d'eux, lorsqu'il a dit  : « Il a confondu les savants du monde, Il a prouvé que leur sagesse n'était que folie et il Lui a suffi des paroles de son Fils ». David dit de même  : « Ils se sont servis de leur langue pour tromper  : juge-les, Seigneur, et qu'ils soient forcés d'abandonner leurs projets ». Toutefois s'ils sont nos adversaires, nous leur devons des remerciements, pour avoir mis la Sagesse divine en demeure de s'expliquer, et en avoir reçu des réponses qui sont pour nous autant de leçons instructives consacrées par les Livres saints. C'est maintenant sur le mariage, c'est-à-dire sur l'acte le plus important de la vie humaine, que tombent les instructions du Sauveur. Il définit son but, ses limites, les principes qui servent à le former ou à le dissoudre. Que les deux sexes m'écoutent avec attention, afin qu'hommes et femmes connaissent réciproquement leurs devoirs  : « Peut-on répudier sa femme pour quelque cause que ce soit  ? ». Telle est la question posée par les Juifs.

Ici je devine déjà leurs intentions secrètes  : ils avaient cru remarquer que les femmes étaient plus disposées à croire à la mission du Christ, à célébrer ses miracles et à reconnaître sa Divinité (et ils ne se trompaient point, comme on en eut la preuve plus tard dans cette foule de femmes qui suivirent le Sauveur jusqu'au lieu de son supplice, et qui pleurèrent amèrement sa mort). Leur but était donc, en L'attirant sur ce terrain dangereux, de lui arracher quelque parole qui Le rendit odieux au sexe faible ; c'était un piège qu'ils Lui tendaient. Mais de son Regard divin Il pénètre leurs artifices, et comme ses préceptes étaient toujours empreintes de la plus douce charité, Il échappe à leurs ruses, et donne une réponse toute en faveur des femmes. Les pharisiens avaient posé leur question, et ils écoutaient avidement pour exploiter les paroles qui sortiraient de la Bouche du Sauveur ; mais trompés dans leur attente, ils se retirent comme des loups à qui leur proie vient d'échapper. La création, leur dit-Il, prouve que le but est de s'unir et non pas de se séparer  : l'Auteur de toutes choses a Lui-même établi le mariage et engagé les premiers hommes dans ses liens sacrés ; par cette institution, Il voulut imposer à tous leurs descendants comme une loi inviolable les devoirs de vivre en famille. Ceux qui sont liés par cette étroite union ne forment plus deux personnes distinctes, mais une même chair. Que l'homme ne sépare point ce que Dieu a uni. Tel fut le langage que Jésus Christ tint aux pharisiens.

Écoutez, vous tous qui spéculez sur le sexe faible, qui changez de femme plus souvent que d'habit, qui préparez ou défaites vos couches nuptiales comme les tentes de vos foires, qui envisagez le mariage du même oeil qu'un acte de commerce, qui épousez l'argent qu'on vous apporte en dot, qui regardez les femmes comme un objet mercantile et d'un riche produit, qui pour les raisons les plus futiles demandez une séparation, et qui de votre vivant avez réduit plusieurs femmes à l'état de veuvage. Apprenez et persuadez-vous bien qu'il n'y a que deux causes légitimes qui puissent rompre les liens du mariage, la mort et l'adultère. Cette union sainte, contractée sous les auspices de la religion et de la loi, ne ressemble en rien à ces relations que l'on entretient avec des femmes perdues, relations éphémères dont le seul but est le plaisir. Rien de semblable dans le mariage  : ici l'âme et le corps obéissent aux mêmes engagements ; l'union dans le coeur ne doit pas être moins intime que dans la chair. Comment donc vous décidez-vous si facilement à une rupture  ? Comment, sans motif important, vous séparez-vous de celle que vous avez choisie pour votre compagne éternelle et que vous n'avez pas reçue pour quelques instants  ? Vous abandonnez cette femme, qu'on pourrait appeler votre soeur, en même temps qu'elle est votre épouse. Elle est votre soeur, en effet, par son origine qui vous est commune, et par le caractère que le Créateur a gravé en elle  : elle est votre épouse par les liens sacrés que le mariage a établis entre elle et vous. Comment osez-vous rompre si légèrement cette double union, resserrée à la fois par la loi et par la nature  ? Comment osez-vous manquer à vos promesses et rompre des engagements solennels  ? Et à quels engagements pensez-vous que je fasse ici allusion  ? À ceux qui sont consignés dans le contrat, qui est la loi de votre mariage, et garantis par votre signature et par l'empreinte de votre sceau. Ceux-là, sans doute, ont un fondement solide, et méritent tout votre respect. Mais je songe à ces paroles d'Adam  : « Voici cette fois celle qui est os de mes os et chair de ma chair  ! On l'appellera femme, parce qu'elle a été prise de l'homme. » (Gn 2,23).
Ce n'est pas sans raison que ces paroles ont été conservées dans nos Livres saints ; quoique sorties de la bouche du seul Adam, elles sont destinées à exprimer les sentiments de tous les hommes pour la femme dont ils ont résolu de faire leur légitime compagne. Afin que vous ne trouviez pas étrange que les promesses faites par un seul homme puissent obliger les autres, souvenez-vous que ce que firent nos premiers parents dans les temps qui suivirent leur création fait partie de la loi naturelle qui régit leurs descendants. Si donc votre femme, répudiée sans motif, ouvrait la Genèse et vous montrait ce passage, à vous son juge et son accusateur, dites, qu'auriez-vous à lui répondre  ? Par quel moyen éluder le sens formel et significatif de ces paroles prononcées par vous en face des autels, et qui ont été consignées dans l'Écriture sainte, non par un écrivain peu digne de considération, mais par Moïse lui-même, l'ami et le ministre de Dieu  ? Le Seigneur, voyant qu'Adam n'avait ni père ni mère, lui donna une femme, afin qu'il en prît soin, et qu'il se montrât son protecteur.

Dans cette sollicitude paternelle qu'il montra en sa faveur, les femmes peuvent puiser un argument puissant contre la perfidie et l'ingratitude des époux  : il est évident, en effet, que vous ne pouvez déverser le mépris et l'outrage sur votre compagne sans violer d'abord les lois divines, ensuite les lois humaines.

Rougissez de votre conduite en vous rappelant les douceurs qu'une femme sait répandre sur votre vie. Elle est une partie de vous-même ; elle vous environne constamment de ses soins ; vous la voyez toujours à vos côtés ; vos enfants l'appellent leur mère ; elle est votre secours dans vos maladies, votre consolation dans vos malheurs ; c'est la gardienne de votre maison et de tout ce qui vous appartient. Elle partage vos douleurs et vos joies ; dans la fortune, la possession de vos richesses lui est commune ; dans la pauvreté, elle soutient avec vous le poids de la misère, et cherche, en les partageant, à diminuer les maux qui vous accablent ; enfin que de peine ne se donne-t-elle pas pour élever les enfants qu'elle a eus de vous  ? Qu'un malheur survienne, voilà le mari dans l'abattement et le désespoir ; les amis, ou ceux que l'on croyait tels, réglant leur attachement sur les faveurs de la fortune, se retirent à l'approche de l'orage, les esclaves fuient leur maître et la misère dans laquelle il est tombé. La femme reste seule auprès de son mari dans l'affliction ; elle se montre sa servante assidue et dévouée ; elle est attentive à satisfaire à ses moindres désirs, elle essuie ses larmes, elle répand sur ses plaies un baume salutaire ; elle le suit jusqu'au fond des cachots, et si l'on ne veut pas lui laisser une libre entrée, elle demande à s'enfermer avec lui ; qu'on lui refuse cette faveur, et, comme un chien fidèle, elle ne quitte point les portes de la prison. Nous avons connu nous-même une femme qui s'était fait couper les cheveux et, qui avait pris des habits d'homme pour ne pas se séparer de son mari obligé de s'enfuir et de se tenir caché. Tandis qu'elle se livrait aux pénibles travaux d'un esclave, cette femme admirable obéissait aux affections de son coeur ; elle mena cette pénible vie pendant plusieurs années de suite, changeant continuellement de retraite et allant avec son mari de solitude en solitude.

Tel fut aussi, selon le témoignage des saintes Écritures, le dévouement sublime de la femme de Job. Le saint patriarche était réduit à l'isolement, les flatteurs avaient abandonné une maison d'où s'étaient retirées les richesses ; l'attachement des amis les plus dévoués ne put résister à l'épreuve. Si quelques-uns restèrent fidèles, ce fut plutôt un mal qu'un bien, ils contribuèrent plutôt à augmenter les maux de Job qu'à les adoucir ; au lieu de chercher à soutenir son courage, ils se lamentaient en sa présence. Dans cet abandon général, sa femme, qui naguère occupait un rang élevé, sa femme, accoutumée au luxe et aux jouissances de la fortune, resta seule auprès de lui ; enfermée dans un lieu infect, elle pansait les ulcères affreux dont il était couvert, les nettoyant de leurs ordures, écartant les vers qui les rongeaient ; cette femme précieuse était une amie véritable et non une compagne de plaisirs  : elle n'était point esclave de la volupté, celle qui ne se laissa point rebuter par un ministère si plein de dégoûts ; elle fut l'unique consolation de Job dans sa détresse et dans l'abandon où le laissèrent ses parents et ses amis. L'extrême attachement qu'elle avait pour son mari lui mit même le blasphème dans la bouche ; pour mettre un terme aux maux affreux auxquels elle le voyait en proie, elle lui conseilla de hâter l'instant de sa mort et de se mettre ainsi en révolte contre Dieu. Oubliant son veuvage et la solitude à laquelle elle serait réduite, elle ne songeait qu'à voir son mari délivré d'une vie pire que la mort. Voilà des exemples puisés dans les temps anciens et modernes et qui prouvent combien sont coupables ceux qui traitent la femme avec si peu de ménagements et d'équité.

Que peut alléguer pour sa justification celui qui est tombé dans une pareille faute  ? Le caractère de sa femme, dira-t-il, est méchant et insupportable, sa langue est prompte et téméraire, ses goûts l'éloignent des soins domestiques, elle n'entend rien à la conduite du ménage. Admettons que tous vos reproches soient fondés, supposons que tout soit vrai dans vos paroles ; je veux me conduire à votre égard comme un de ces juges peu expérimentés, qui prêtent une oreille crédule à toutes les assertions des accusateurs. Je vous le demande, lorsque vous avez conclu votre mariage, ne saviez-vous pas que vous épousiez une créature humaine  ? Or tout être mortel n'est-il pas rempli de vices et de faiblesses  ? Y a-t-il un autre que Dieu qui soit infaillible et parfait  ? Ne vous est-il jamais arrivé de tomber en faute, et votre épouse n'a-t-elle jamais eu à se plaindre de votre caractère ou de vos habitudes  ? Votre conduite a-t-elle été constamment irréprochable ?

Avez-vous observé scrupuleusement les devoirs que vous imposait votre titre d'époux  ? Votre femme n'a-t-elle point eu à souffrir de vos mauvais traitements, lorsque vous vous êtes mis en état d'ivresse  ? N'avez-vous pas vomi alors contre elle toutes sortes d'injures et de paroles outrageantes  ? Que de choses honteuses, que de désordres qui sont restés inconnus, grâce à la discrétion d'une épouse  ! Combien de fois n'a-t-elle pas eu à supporter des colères ou des emportements sans motif  ? Et, quoique libre et d'une condition égale à la vôtre, elle s'est résignée et a gardé le silence comme une esclave achetée au marché. Lorsque votre avarice lui refusait le nécessaire, lorsque la misère était au logis par suite de vos dérèglements, elle en a été affligée, mais elle a modéré ses plaintes. Lorsque, revenant de quelque orgie, vous vous êtes présenté chargé de vin et proférant des discours insensés, a-t-elle refusé de vous recevoir  ? Vous a-t-elle repoussé  ? Malgré cet abrutissement où vous étiez réduit, ne vous a-t-elle pas accueilli avec l'indulgence que peut inspirer la plus douce humanité  ? Ne vous a-t-elle pas conduit vers le lit, tandis que vous l'accabliez et d'injures et de coups  ? N'a-t-elle pas pris soin de cette tête délirante et affligée par les vapeurs du vin  ? Seule, elle a eu pitié de vous lorsque le trouble de vos esprits vous rendait la risée même de vos serviteurs. Et vous, sur le plus léger prétexte, vous ne rougissez pas d'aller dans les rues et les places publiques, déclamant avec force contre votre épouse, afin que tout ce bruit vous ménage une justification, et prépare les voies au divorce que vous méditez  ? Race d'hommes impitoyables et féroces, nés, comme l'on dit, au milieu des rochers et des pierres, qui, oubliant en un instant de longues années passées ensemble, vous séparez sans regret de la compagne à qui vous aviez juré un attachement éternel  ! Quel est le malade assez insensé pour amputer un membre, lorsque le mal est sans gravité, et que la guérison en est presque certaine  ? Qu'une pustule vienne à naître sur notre main, nous songeons vite à la guérir, qu'une inflammation se déclare à notre pied, nous arrêtons le mal par quelque remède. Renonçant au secours de la médecine, si nous recourions au fer dès que la douleur se fait sentir sur quelque partie de notre corps, certes nous serions bientôt privés de tous nos membres.

Gardons-nous de cette folie, ô mes chers auditeurs ; conservons nos membres avec soin ; de même laissez-vous toucher par les nombreux services que vous rendent vos femmes, et craignez d'avoir à rougir de votre ingratitude. Lorsqu'elles vous causent quelque chagrin, et que vous êtes prêts à vous emporter, souvenez-vous des douleurs qu'elles endurent pour vous donner des enfants et vous comprendrez qu'il n'y a aucune comparaison entre vos peines et leurs souffrances. Mettez bien sous vos yeux les jouissances que vous procure leur amour, les soins qu'elles vous prodiguent dans vos maladies, la part qu'elles prennent à toutes vos afflictions, à tous vos malheurs, les larmes que souvent elles ont versées pour vous. Souvenez-vous que votre femme s'est arrachée à la tendresse de ses parents, s'est éloignée du toit qui l'a vue naître, pour s'attacher à vous qui n'étiez qu'un étranger pour elle. Combien de fois, peut-être pour adoucir votre humeur et ressaisir vos bonnes grâces, n'a-t-elle pas sacrifié ses économies personnelles  ! Que tant d'affection et de dévouement lui conserve votre coeur, qu'il resserre les liens qui vous unissent à elle, et qui semblent prêts à se relâcher, qu'il raffermisse votre amour, cet amour qui ressemble à un édifice chancelant sur ses bases  ! 0uvrez votre coeur à la pitié, n'oubliez pas ainsi les jours passés dans une étroite union, et ne vous montrez pas plus insensibles que les brutes, puisqu'une telle séparation est toujours douloureuse. J'ai entendu les tristes mugissements d'un boeuf que le hasard avait séparé de son troupeau et le bêlement d'une brebis isolée ; je l'ai vue parcourir avec inquiétude les monts et les bois jusqu'à ce qu'elle eût rejoint ses compagnes dont elle s'était séparée en paissant. Une chèvre s'était de même égarée ; elle rencontra plusieurs troupeaux dans sa course, mais elle ne s'arrêta qu'en retrouvant celui dont elle faisait partie et le berger qui le conduisait. Nous qui sommes doués de raison, ne soyons pas plus durs que les brutes elles-mêmes, et ne montrons pas moins d'attachement pour nos femmes que pour le premier passant qui se trouve sur notre route, ou que le hasard nous amène. Vous savez que lorsqu'on a marché quelque temps ensemble, lorsqu'on s'est trouvé sous un même toit, ou qu'on s'est reposé en même temps à l'ombre d'un arbre durant la chaleur du jour, des liaisons s'établissent entre ceux qu'un hasard a réunis, et qu'au moment où il faut se séparer pour suivre des routes différentes, on éprouve quelques regrets, on se sent ému, on s'éloigne en se regardant et après s'être donné des assurances d'un attachement mutuel ; à quelque distance on se retourne encore pour s'adresser de nouveaux adieux ; quelques instants ont suffi pour faire naître des sentiments affectueux et rendre la séparation pénible. Et votre femme est sans prix pour vous  : elle est votre égale par sa condition ; c'est avec elle que vous avez longtemps vécu, et vous ne l'estimez pas plus qu'un meublé usé, qu'un vieux manteau, vous en souciant aussi peu que d'un chien qui se serait enfui de votre demeure  ! Qu'est devenue cette amitié dont jadis vous donniez tant de témoignages  ? Avez vous oublié cette vie intime, ces plaisirs goûtés en commun  ? Où est le respect dû à une union légitime  ? Où sont les égards commandés par l'habitude, qui devient presque une nécessité de la nature, comme le démontre l'expérience, et comme la raison le veut  ? Vous avez brisé tous ces liens avec plus de facilité que Samson ne brisa les cordes dont on se servit pour le garrotter.

Un homme ferme et plein de probité garde précieusement la mémoire d'une épouse ; il aime ses enfants, parce que c'est un don qu'elle lui a fait de concert avec la nature et il croit voir respirer en eux celle qui n'est plus. Celui-ci a le même son de voix  : celui-là porte les mêmes traits ; cet autre a les mêmes façons et le même caractère. C'est ainsi que ce père, entouré des portraits vivants et animés de son ancienne compagne, ne perd pas un instant le souvenir de cette union que la mort est venue briser, et repousse toute idée de contracter un engagement nouveau. Celui qui naguère s'occupait à ériger un monument funèbre ne songe point à jeter des fleurs sur un lit nuptial, et il ne quittera pas sitôt le deuil et les larmes pour se livrer aux joies d'un second mariage ; il ne se hâtera pas de quitter l'habit noir, qui témoigne de sa douleur, pour revêtir des habits de noce  : il n'introduira pas une nouvelle femme dans ce lit qu'une autre vient tout récemment de quitter ; il n'admettra pas chez lui une marâtre que ses enfants auraient en aversion ; il imitera la tourterelle dont la fidélité est due, il est vrai, non à la raison mais à un l'instinct naturel. Quand cet oiseau a perdu sa compagne il se condamne à un veuvage éternel ; bien différent de la colombe qui vole aussitôt à de nouvelles amours.

Jusqu'ici nous avons mis tous les torts du côté du mari, nous; l'avons supposé dans des circonstances où sa demande en séparation serait un acte de la plus noire ingratitude ; mais s'il s'autorise des dérèglements de sa femme, je me range de son côté et je poursuis le coupable  : au lieu de me déclarer son ennemi, je me proclame son défenseur ardent. Je le louerai de fuir une perfide, de rompre un lien qui l'attache à un aspic, à une vipère. Le Maître de l'univers lui accorde sa Grâce ; car son coeur a été pénétré d'une douleur amère, et il n'a aucun tort de chasser de sa demeure une peste, un fléau. Le mariage a un double but, celui de vivre dans une mutuelle affection et d'obtenir des enfants  : l'adultère ne remplit ni l'un ni l'autre. Quel amour une femme peut-elle avoir pour son mari lorsque son coeur est livré à un penchant criminel  ? Et comment un mari outragé peut-il envisager des enfants qui doivent le jour aux désordres de leur mère  ? Mais tout ce qui regarde ce péché a été traité avec étendue dans un autre endroit. Que les époux se gardent mutuellement une fidélité sévère ; ce n'est qu'à cette condition que le mariage est indissoluble. Alors il régnera entre eux harmonie et tendresse, parce que l'âme, pure de toute affection coupable, est livrée tout entière à l'ardeur d'un sentiment légitime. Cette loi d'une sage continence n'a pas été seulement imposée aux femmes, Dieu l'a étendue même sur les hommes. Mais quelques-uns, abusant du privilège accordé par les législateurs profanes, qui ne mettent point de frein au libertinage des hommes, s'établissent les juges de la vertu des femmes et ne craignent pas de s'abandonner eux-mêmes aux plus impudents désordres, justifiant ainsi ce proverbe  : « Ils veulent guérir les autres, et ils sont couverts d'ulcères ». Qu'on leur reproche leurs écarts, ils répondent à ces accusations avec légèreté ou par un sourire. Que les hommes, disent-ils, entretiennent commerce avec différentes femmes, ils ne portent aucun préjudice à leurs familles, tandis que les femmes ne peuvent prendre la même liberté sans introduire des étrangers héritiers dans la maison.

Qu'ils m'écoutent, ceux qui allèguent des justifications aussi absurdes, et qu'ils apprennent que leurs dérèglements sont la cause des plus graves désordres dans les familles ; les compagnes qu'ils fréquentent sont nécessairement ou filles ou mariées ; alors c'est un mariage où l'on veut arriver par des voies honteuses, c'est un père qu'on afflige. Hélas  ! Il avait élevé sa fille avec soin, et il espérait la conduire vierge encore au lit nuptial  : cette douce attente est détruite par ces ravisseurs indignes, par ces ennemis de la pudeur. Si celui qui consomme de telles infamies est père de famille qu'il songe à la douleur que doit éprouver un père si cruellement déçu ; s'il est époux, qu'il se figure qu'une pareille atteinte a été portée à son honneur. Tout en effet vivrait en bonne intelligence, si chacun observait pour autrui ce qu'il voudrait que chacun observât pour lui. S'imaginer d'après la loi romaine, qu'il n'y a rien de criminel dans une oeuvre d'impudicité, c'est embrasser l'erreur, c'est ignorer que les préceptes de Dieu diffèrent souvent des lois établies par les hommes. Écoutez l'interprète des volontés divines, Moïse, prononçant les plus terribles menaces contre ceux qui s'abandonnent à l'impureté ; écoutez saint Paul qui dit  : « Dieu jugera les impudiques et les adultères » (He 13,4). Les législateurs profanes ne pourront vous être d'aucun secours lorsque vous serez en présence de votre juge ; tremblants, pleins d'effroi, à peine auront-ils eux-mêmes la force de se tenir sur leurs pieds. Platon, ce grand faiseur de rois, qui a surpassé tous les autres par l'éclat et la force de son éloquence, sera taxé de folie et d'ignorance. Quelle épouvante lorsqu'ils entendront la condamnation de ces malheureux à qui ils avaient accordé toute licence  ! Ils auront leur part aux crimes qu'ils n'ont pas défendus, et seront déclarés doublement coupables pour avoir commis le péché et pour avoir permis aux autres de le commettre. Ceux donc qui désirent trouver de la pudeur et de la vertu dans leurs femmes doivent être eux-mêmes des modèles par la régularité de leurs moeurs ; les premiers ils doivent donner l'exemple des vertus qu'ils aiment à voir fleurir dans leurs épouses.


Asterius of Amasea B (AC)

Died c. 400. Bishop Asterius of Amasea in Pontus, Asia Minor, was renowned as a preacher: 21 of his sermons are still extant. From his writings we know that he studied rhetoric and law in his youth. Although he practiced as a barrister for a time, he could not long ignore his calling to the priesthood, which eventually led to his elevation to the see of Amasea. Saint Gregory the Great describes this good pastor as overflowing with the Holy Spirit.


His sermons highly recommend charity to the poor, revealing his own favorite virtue. His place in time is known because of the references he makes in his sermons to Julian the Apostate and the Consul Eutropius. They also show that the Church already kept the feasts of Christmas, Easter, Epiphany, and martyrs. His reflections are just and solid; the expression natural, elegant, and animated. They abound with lively images and descriptions both of persons and things.

In his homily on Saints Peter and Paul, Saint Asterius repeatedly teaches the pre-eminent jurisdiction Saint Peter received over all Christians. His panegyric to Saint Phocas encourages the invocation of saints, the veneration of their relics, and pilgrimages to pray before them.

The following passage is from his sermon, On the Holy Martyrs:

"We keep through every age their bodies decently enshrined, as most precious pledges; vessels of benediction, the organs of their blessed souls, the tabernacles of their holy minds. We put ourselves under their protection. The martyrs defend the church, as soldiers guard a citadel. The people flock in crowds from all quarters, and keep great festivals to honor their tombs. "All who labor under the heavy load of afflictions fly to them for refuge. We employ them as intercessors in our prayers and suffrages. In these refuges the hardships of poverty are eased, diseases cured, the threats of princes appeased. A parent, taking a sick child in his arms, postpones physicians, and runs to one of the martyrs, offering by him his prayer to the Lord, and addressing him whom he employs for his mediator in such word as these.

"'You who have suffered for Christ, intercede for one who suffers by sickness. By that great power and confidence you have, offer a prayer on behalf of fellow-servants. Though you are now removed from us, you know what men on earth feel in their sufferings and diseases. You formerly prayed to martyrs, before you were yourself a martyr. You then obtained your request by asking; now you are possessed of what you asked, in your turn assist me. By your crown ask what may be our advancement. If another is going to be married, he begins his undertaking by soliciting the prayers of the martyrs. Who, putting to sea, weighs anchor before he has invoked the Lord of the sea by the martyrs?'"

The saint describes with what magnificence and concourse of people the feasts of martyrs were celebrated over the whole world. He says, the Gentiles and the Eunomian heretics, whom he calls New Jews, condemned the honors paid to martyrs, and their relics; to whom he answers:

"We by no means adore the martyrs, but we honor them as the true adorers of God. We lay their bodies in rich shrines and sepulchers, and erect stately tabernacles of their repose, that we may be stirred up to an emulation of their honors. Nor is our devotion to them without its recompense; for we enjoy their patronage with God."

He says the New Jews, or Eunomians, do not honor the martyrs, because they blaspheme the King of martyrs, making Christ unequal to his Father. He tells them that they ought at least to respect the voice of the devils, who are forced to confess the power of the martyrs:

"Those whom we have seen bark like dogs, and who were seized with frenzy, and are now come to their senses, prove by their cure how effectual the intercession of martyrs is."

He closes this sermon with a devout and confident address to the martyrs (Benedictines, Husenbeth). 

SOURCE : http://www.saintpatrickdc.org/ss/1030.shtml

Asterius of Amasea in Pontus (c. 400). The only fact in his life that is known is related by himself, viz. his education by a Scythian or Goth who had been sent in his youth to a schoolmaster of Antioch and thus acquired an excellent education and great fame among both Greeks and Romans. The extant writings of Asterius are twenty-one homilies, scriptural and panegyrical in content. The two on penance and "on the beginning of the fasts'' were formerly is ascribed to St. Gregory of Nyssa (Bardenhewer, Patrologie, 1901, 267). A life of his predecessor, St. Basil, is ascribed to Asterius (Acta SS. 26 April). His works (P.G. XL) are described by Tillemont (Mem., X, 409). He was a student of Demosthenes and an orator of repute. Lightfoot says (Dict. of Christ. Biogr., I, 178) that his best sermons display "no inconsiderable skill in rhetoric great power of expression, and great earnestness of moral conviction; some passages are even strikingly eloquent." The homilies of Asterius, like those of Zeno of Verona, offer no little valuable material to the Christian archaeologist. [De Buck in Acta SS. 30 Oct. (Paris, 1883), XIII, 330-334.]

Shahan, Thomas. "Asterius." The Catholic Encyclopedia. Vol. 2. New York: Robert Appleton Company, 1907. 31 Oct. 2015 <http://www.newadvent.org/cathen/02018a.htm>.

Transcription. This article was transcribed for New Advent by Joseph P. Thomas.


Ecclesiastical approbation. Nihil Obstat. 1907. Remy Lafort, S.T.D., Censor. Imprimatur. +John M. Farley, Archbishop of New York.


SOURCE : http://www.newadvent.org/cathen/02018a.htm

October 30

St. Asterius, Bishop of Amasea in Pontus, Father of the Church

WE learn from the writings of this holy prelate that in his youth he applied himself to the study of eloquence and the law, and pleaded for some time at the bar. But the love of God ceased not to raise an interior voice in his soul which seemed continually to exhort him to devote himself wholly to the spiritual service of his neighbour. In obedience to this call he renounced his profession and preferments in the world, and entered himself among the clergy. Upon the death of Eulalius, archbishop of Amasea, he was unanimously placed in that metropolitical see. Always zealous for the purity of the Catholic faith, he taught its most holy maxims, and laboured assiduously to inspire his flock with its perfect spirit. He appeared in the midst of his people as a vessel filled with that spirit, and communicating the same from the overflowing fulness of his own heart, as St. Gregory describes the good pastor. For it is a vain and foolish presumption and a scandalous profanation for a man to set up for a doctor of penance, patience, humility, and holy charity, who is himself a stranger to those virtues. St. Asterius in his sermons recommends alms deeds with an energy which shows charity to the poor to be his favourite virtue. Avarice, luxury, and all other vices he paints in colours which set their deformity in a true light, and inspire men with abhorrence. He lived to a very advanced age; speaks of the persecution of Julian as an eye-witness, 1 and survived the year 400. For, in his sermon against the calends, which he preached on New-Year’s Day, he says that Eutropius was consul the foregoing year, which was in 399. He loudly exerts his zeal against the riots of that day, derived from paganism, and declaims against the noise and tumultuous wishes of a happy new year from door to door, in which idle employ many lose that time which they ought rather to employ in dedicating to God the first fruits of the year by prayer. He says that the church then kept the feasts of Christ’s birth, resurrection, and epiphany, or of lights; likewise the feasts of martyrs. But asks: “What is the festival which Christians keep on the calends and in riots?” The ancients style St. Asterius blessed, and a divine doctor who, as a bright star, diffused his light upon all hearts. 2

We have extant several sermons of St. Asterius, 3 which, though few, are an immortal monument of his masterly eloquence and genius no less than of his piety. His reflections are just and solid, and the expression natural, elegant, and animated; he abounds in lively images and descriptions both of persons and things, which he always beautifies by masterly strokes. In these he discovers a great strength of imagination, and a commanding genius, and moves the inmost springs of the soul. His homily on Daniel and Susanna is a masterpiece. In that on SS. Peter and Paul he teaches and often repeats the prerogative of jurisdiction which St. Peter received over all Christians from the East to the West: and says that Christ made him his vicar, and left him the father, pastor, and master of all those who should embrace the faith. 4 In his panegyric of St. Phocas, the martyr at Sinope, 5 he established manifestly the invocation of saints, the honouring of their relics, pilgrimages to pray before them, and miracles wrought by them. 6 In the following sermon, On the Holy Martyrs, he says: “We keep through every age their bodies decently enshrined, as most precious pledges; vessels of benediction, the organs of their blessed souls, the tabernacles of their holy minds. We put ourselves under their protection. The martyrs defend the church, as soldiers guard a citadel. The people flock in crowds from all quarters, and keep great festivals to honour their tombs. All who labour under the heavy load of afflictions fly to them for refuge. We employ them as intercessors in our prayers and suffrages. In these refuges the hardships of poverty are eased, diseases cured, the threats of princes appeased. A parent, taking a sick child in his arms, postpones physicians, and runs to some one of the martyrs, offering by him his prayer to the Lord, and addressing him whom he employs for his mediator in such words as these: “You who have suffered for Christ, intercede for one who suffers by sickness. By that great power and confidence you have, offer a prayer in behalf of fellow-servants. Though you are now removed from us, you know what men on earth feel in their sufferings and diseases. You formerly prayed to martyrs, before you were yourself a martyr. You then obtained your request by asking; now you are possessed of what you asked, in your turn assist me. By your crown ask what may be our advancement. If another is going to be married, he begins his undertaking by soliciting the prayers of the martyrs. Who, putting to sea, weighs anchor before he has invoked the Lord of the sea by the martyrs?” 7 The saint describes with what magnificence and concourse of people the feasts of martyrs were celebrated over the whole world. He says, the Gentiles and the Eunomian heretics, whom he calls New Jews, condemned the honours paid to martyrs, and their relics; to whom he answers: “We by no means adore the martyrs, but we honour them as the true adorers of God. We lay their bodies in rich shrines and sepulchres, and erect stately tabernacles of their repose, that we may be stirred up to an emulation of their honours. Nor is our devotion to them without its recompence; for we enjoy their patronage with God,” &c. He says, the new Jews, or Eunomians, do not honour the martyrs, because they blaspheme the King of Martyrs, making Christ unequal to his Father. He tells them that they ought at least to respect the voice of the devils, who are forced to confess the power of the martyrs: “Those,” says he, “whom we have seen bark like dogs, and who were seized with phrenzy, and are now come to their senses, prove by their cure how effectual the intercession of martyrs is.” He closes this sermon with a devout and confident address to the martyrs. See Photius, Biblioth. Cod. 271; St. Austerius’s fourteen homilies, published by F. Combefis, in Auctar. Bibl. Patr. t. 1, p. 1, with extracts from several others in Photius, loc. cit. and seven homilies on the Psalms, published by Cotelier, Mon. Græc. vol. 2, p. 1; see also Tillem. t. 10; Du Pin, vol. 3, p. 53; Fabricius, Bibl. Gr. l. 5, c. 28, § 8, vol. 8, p. 607; Oudin, t. 1, p. 892; Ceillier, &c.

Note 1. Or. 3. [back]

Note 2. Apud. Phot. Cod. 127. [back]

Note 3. Published by F. Combefis in his Auctarium to the Bibliotheca Patrum. The fourteen first are undoubtedly genuine. Several of the latter appear uncertain, and perhaps are the productions of Asterius, bishop of Scythopolis, mentioned by St. Jerom in his Catalogue. [back]

Note 4. P. 142. [back]

Note 5. See July 3, p. 22. [back]

Note 6. P. 178. [back]

Note 7. P. 186. [back]

Rev. Alban Butler (1711–73).  Volume X: October. The Lives of the Saints.  1866.


SOURCE : http://www.bartleby.com/210/10/303.html

Ancient Sermons
for
Modern Times

By Asterius, Bishop of Amasia Circa 375-405, A. D.

Put into English from the Greek

By GALUSHA ANDERSON, S. T.D., LL. D.,

Professor of Homiletics, University of Chicago,

and

EDGAR JOHNSON GOODSPEED, Ph. D.,  

Instructor in Biblical and Patristic Greek, University of Chicago

"As ye go, preach"

The Pilgrim Press

NEW YORK         BOSTON         CHICAGO

Copyright, 1904, by J. H. TEWKSBURY

To those who have studied Homiletics under my direction and are now engaged in the peerless work of preaching Christ.

INTRODUCTION

FOUR or five years ago, while lecturing in the Divinity School of the University of Chicago on the History of Preaching, I spoke of the sermons of Asterius as especially interesting, and, although preached in the fourth century, as still fresh and admirably fitted to our times. Dr. Goodspeed, at that time a member of my class, and an enthusiastic and accurate Greek scholar, impressed by my remark, began to read some of the Greek discourses which I had so warmly commended. Convinced of their excellence, he made a literal translation of five of them. He chose for translation those sermons concerning whose authenticity there can scarcely be a reasonable doubt. Each of us went over this |6 translation again and again, striving to present faithfully both the thought and spirit of the author, and at the same time to clothe his thought in clear and forceful English. All who have undertaken such a task, know how very difficult it is. How near we have come to the realization of our ideal the reader himself must judge.

Very little is known of the life of Asterius. We have no knowledge of his family. We have barely one fact concerning his early education. His principal teacher was a Scythian, who in his youth had been sold as a slave to a citizen of Antioch. His owner was a schoolmaster, and took great pains in educating him thoroughly. He made marvelous progress in learning and won for himself a great name among both Greeks and Romans. Under the immediate direction of this celebrated educator Asterius was trained for his life-work.

At some time, probably early in his' career, he made a careful study of Demosthenes, and became himself no mean orator. He won popular favor. He was made Bishop of Amasia, in Pontus, Asia Minor. A few of his sermons there delivered have come down to us. They show rare rhetorical skill, a vivid and disciplined imagination, great power of expression, and, above all, intense moral conviction. He acted with the orthodox party of his day, and should be carefully distinguished from a contemporary of the same name, who was an Arian and a controversialist. He also has the reputation of having been a faithful pastor, one who earnestly devoted himself to the care of his flock. Moreover, his life was without a stain; his teaching and preaching were enforced by his godly living. Nor was his fame confined to the place where he preached publicly and from |8 house to house. During the iconoclastic controversy, at the second council of Nicaea, with a play on his name, he was referred to as "a bright star illumining the minds of all."

The limits of his public career are not definitely known. He preached in the latter part of the fourth century and it may be for a short time in the fifth. In his sermon, On the Festival of the Calends, he refers to the fall of Eutropius from his consulship as an event of the preceding year; now that event was in 399; this sermon therefore was called forth by the festivities of New Year's Day, A. D. 400. Elsewhere Asterius spoke of himself as a man of advanced age, so that he probably did not continue to preach long after the beginning of the fifth century. So far as our knowledge extends that New Year's sermon closed his career. He then historically |9 passed from view. What he did thereafter, no one in our day has ascertained. When, where and how he died is as yet wrapped in impenetrable mystery; but he lives on in the very few of his many discourses that have survived the ravages of time. We have between twenty and thirty of them. Some scholars have doubted the authenticity of all that have been attributed to him, but he is in all probability the author of most of them. In addition to these discourses, with a high degree of plausibility, he has also been considered the author of a life of his predecessor, St. Basil of Amasia. These five sermons, which we send out to the public in English dress, meet the altogether reasonable demand of our day for ethical preaching. In them moral subjects are handled with discrimination and with rare tact. This early Greek preacher laid right hold of the problems that were thrust upon his attention by his immediate surroundings and solved them by the application of the immutable principles of righteousness, and the acknowledged truths of the Word of God. Measuring the conduct of men by principles and truths universally admitted, his discourses are as applicable to men now as they were to those living in the fourth century. But he confined himself so strictly to topics purely ethical, that we cannot but wish that he had treated ethically some of the great fundamental doctrines of grace. Still, in whatever respect he may be justly criticized, all, we are sure, will agree that he was a "live preacher."

We wish also to call attention to the fact that since these sermons deal with men as they were in the society of that early period, they vividly present to us conditions and customs then prevailing among the common people, that historians have failed to portray. Moreover, these discourses are enriched with passages quoted from the Scriptures, which for the most part are suggestively and justly interpreted; so that the words of our author contribute something of value to our knowledge both of history and exegesis.

Asterius was a contemporary of Chrysostom; but while all of Chrysostom's sermons have been more than once translated into English, so far as we are aware this is the first time that any of the discourses of Asterius have appeared in our own tongue. And it will give us great pleasure, if, by this small volume, we shall be able to give to any one a larger knowledge of the early Greek pulpit, and at the same time incidentally to call attention to a striking evidence of the unity in thought and spirit of the believers of the fourth and twentieth centuries.

These sermons stand in the Greek without texts; but in conformity to the custom of our day, I have placed on the page preceding each discourse the Scripture which the preacher freely discussed. There is, however, one exception. In his sermon, On the Festival of the Calends, he expounded no passage of Scripture. Like Chrysostom in his Homilies of the Statues, he seized upon a passing event, making that the foundation of his discourse, and with great force castigated a crying evil.

Last of all we wish to call special attention to the fact that these discourses are genuine sermons. They are at the farthest possible remove from essays. They were spoken directly to men. The preacher frequently said "you." He also often interrogated those to whom he spoke. He abundantly illustrated his thought. He appealed to reason; he pinched the |13 conscience; he ridiculed folly; he shamed vice; he allured to virtue. He was not, to be sure, faultless, but in many respects he is a fine homiletical model, that will richly repay thoughtful study.

The Greek text from which these sermons were translated is found in Migne's Library of the Greek and Latin fathers. 
GALUSHA ANDERSON.

Newton Centre, March 1, 1904.

CONTENTS

I. THE RICH MAN AND LAZARUS          17

II. THE UNJUST STEWARD          45

III. AGAINST COVETOUSNESS          73

IV. ON THE FESTIVAL OF THE CALENDS          111

V. ON DIVORCE         131

This text was transcribed by Roger Pearse, Ipswich, UK, 2003.  All material on this page is in the public domain - copy freely.

Greek text is rendered using the Scholars Press SPIonic font, free from here.


SOURCE : http://www.earlychristianwritings.com/fathers/asterius_00_intro.html