samedi 12 mars 2016

Saint SYMÉON le Nouveau Théologien, moine, higoumène et mystique


BENOÎT XVI

AUDIENCE GÉNÉRALE

Mercredi 16 septembre 2009 

Syméon le Nouveau Théologien


Chers frères et sœurs,

Aujourd'hui, nous examinerons la figure d'un moine oriental, Syméon le Nouveau Théologien, dont les écrits ont exercé une remarquable influence sur la théologie et sur la spiritualité de l'Orient, en particulier en ce qui concerne l'expérience de l'union mystique avec Dieu. Syméon le Nouveau Théologien naquit en 949 à Galatai, en Paflagonie (Asie mineure), dans une famille noble de province. Encore jeune, il partit pour Constantinople pour y entreprendre des études et entrer au service de l'empereur. Mais il se sentit peu attiré par la carrière civile qui l'attendait et sous l'influence des illuminations intérieures dont il faisait l'expérience, il se mit à la recherche d'une personne qui l'orientât dans le moment de grands doutes et de perplexité qu'il était en train de vivre, et qui l'aidât à progresser sur le chemin de l'union avec Dieu. Il trouva ce guide spirituel en Syméon le Pieux (Eulabes), un simple moine du monastère de Studios, à Constantinople, qui lui donna à lire le traité La loi spirituelle de Marc le Moine. Dans ce texte, Syméon le Nouveau Théologien trouva un enseignement qui l'impressionna beaucoup:  "Si tu cherches la guérison spirituelle - y lit-il - sois attentif à ta conscience. Tout ce qu'elle te dit, fais-le et tu trouveras ce dont tu as besoin". A partir de ce moment-là - raconte-t-il lui-même - il ne se coucha plus sans se demander si sa conscience n'avait pas quelque chose à lui reprocher.

Syméon entra dans le monastère des Studites, où, toutefois, ses expériences mystiques et son extraordinaire dévotion envers le Père spirituel lui causèrent des difficultés. Il partit pour le petit couvent de Saint Mamas, toujours à Constantinople, dont, après trois ans, il devint le chef, l'higoumène. Il y conduisit une intense recherche d'union spirituelle avec le Christ, qui lui conféra une grande autorité. Il est intéressant de noter qu'il lui fut donné le qualificatif de "Nouveau Théologien", bien que la tradition ne réserve le titre de "Théologien" qu'à deux personnalités:  à l'évangéliste Jean et à Grégoire de Nazianze. Il endura des incompréhensions et souffrit l'exil, mais fut réhabilité par le patriarche de Constantinople, Serge II.

Syméon le Nouveau Théologien passa la dernière période de son existence dans le monastère de Sainte Marine, où il écrivit une grande partie de ses œuvres, en devenant de plus en plus célèbre en raison de ses enseignements et de ses miracles. Il mourut le 12 mars 1022.

Le plus connu de ses disciples, Niceta Stetatos, qui a recueilli et recopié les écrits de Syméon, en fit une édition posthume, en rédigeant à la suite une biographie. L'œuvre de Syméon comprend neuf volumes, qui se divisent en Chapitres théologiques, gnostiques et pratiques, trois volumes de Catéchèses adressées aux moines, deux volumes de Traités théologiques et éthiques et un volume d'Hymnes. Il ne faut pas non plus oublier les nombreuses Lettres. Toutes ces œuvres ont trouvé une place importante dans la tradition monastique orientale jusqu'à nos jours.

Syméon concentre sa réflexion sur la présence de l'Esprit Saint chez les baptisés et sur la conscience qu'ils doivent avoir de cette réalité spirituelle. La vie chrétienne - souligne-t-il - est une communion intime et personnelle avec Dieu, la grâce divine illumine le cœur du croyant et le conduit à la vision mystique du Seigneur. Dans ce sillage, Syméon le Nouveau Théologien insiste sur le fait que la véritable connaissance de Dieu ne vient pas des livres, mais de l'expérience spirituelle, de la vie spirituelle. La connaissance de Dieu naît d'un chemin de purification intérieure, qui commence avec la conversion du cœur, grâce à la force de la foi et de l'amour; elle passe à travers un profond repentir et une douleur sincère pour ses péchés, pour arriver à l'union avec le Christ, source de joie et de paix, imprégnés de la lumière de sa présence en nous. Pour Syméon, cette expérience de la grâce divine ne constitue pas un don exceptionnel pour quelques mystiques, mais elle est le fruit du Baptême dans l'existence de tout fidèle sérieusement engagé.

Un point sur lequel réfléchir, chers frères et sœurs! Ce saint moine oriental nous rappelle tous à une attention à la vie spirituelle, à la présence cachée de Dieu en nous, à la sincérité de la conscience et à la purification, à la conversion du cœur, afin que l'Esprit Saint devienne réellement présent en nous et nous guide. Si, en effet, l'on se préoccupe à juste titre de prendre soin de notre croissance physique, humaine et intellectuelle, il est encore plus important de ne pas négliger la croissance intérieure, qui consiste dans la connaissance de Dieu, dans la véritable connaissance, non seulement apprise dans les livres, mais intérieure, et dans la communion avec Dieu, pour faire l'expérience de son aide à tout moment et en toute circonstance. Au fond, c'est ce que Syméon décrit lorsqu'il rapporte son expérience mystique. Déjà, lorsqu'il était jeune, avant d'entrer au monastère, tandis qu'une nuit, chez lui, il prolongeait ses prières, en invoquant l'aide de Dieu pour lutter contre les tentations, il avait vu la pièce emplie de lumière. Puis, lorsqu'il entra au monastère, on lui offrit des livres spirituels pour s'instruire, mais leur lecture ne lui procurait pas la paix qu'il recherchait. Il se sentait - raconte-t-il - comme un pauvre petit oiseau sans aile. Il accepta cette situation avec humilité, sans se rebeller, et alors, les visions de lumière commencèrent à nouveau à se multiplier. Voulant s'assurer de leur authenticité, Syméon demanda directement au Christ:  "Seigneur, est-ce toi qui es vraiment ici?". Il sentit retentir dans son cœur la réponse affirmative et en fut réconforté au plus au point. "Ce fut, Seigneur - écrira-t-il par la suite -, la première fois que tu me jugeas, moi, fils prodigue, digne d'écouter ta voix". Toutefois, pas même cette révélation ne réussit à lui apporter la tranquillité. Il se demandait plutôt si cette expérience ne devait pas elle aussi être considérée comme une illusion. Un jour, enfin, un événement fondamental pour son expérience mystique eut lieu. Il commença à se sentir comme "un pauvre qui aime ses frères" (ptochós philádelphos). Il voyait autour de lui de nombreux ennemis qui voulaient lui tendre des pièges et lui faire du mal, mais, en dépit de cela, il ressentit en lui un intense élan d'amour pour eux. Comment l'expliquer? Bien sûr, un tel amour ne pouvait venir de lui-même, mais devait jaillir d'une autre source. Syméon comprit qu'il provenait du Christ présent en lui et tout lui apparut avec clarté:  il eut la preuve certaine que la source de l'amour en lui était la présence du Christ et qu'avoir en soi un amour qui va au-delà de mes intentions personnelles indique que la source de l'amour se trouve en moi. Ainsi, d'un côté, nous pouvons dire que sans une certaine ouverture à l'amour, le Christ n'entre pas en nous, mais de l'autre, le Christ devient source d'amour et nous transforme. Chers amis, cette expérience reste véritablement importante pour nous aujourd'hui, pour trouver les critères qui nous indiquent si nous sommes réellement proches de Dieu, si Dieu est présent et vit en nous. L'amour de Dieu croît en nous si nous demeurons unis à Lui à travers la prière et l'écoute de sa parole, à travers l'ouverture du cœur. Seul l'amour divin nous fait ouvrir notre cœur aux autres et nous rend sensibles à leurs besoins nous faisant considérer chacun comme nos frères et sœurs, et nous invitant à répondre à la haine par l'amour et à l'offense par le pardon.

En réfléchissant sur cette figure de Syméon le Nouveau Théologien, nous pouvons observer encore un élément supplémentaire de sa spiritualité. Sur le chemin de vie ascétique qu'il a proposé et parcouru, la profonde attention et concentration du moine sur l'expérience intérieure confère au Père spirituel du monastère une importance essentielle. Le jeune Syméon lui-même, comme on l'a dit, avait trouvé un directeur spirituel, qui l'aida beaucoup et dont il conserva une très grande estime, au point de lui réserver, après sa mort, une vénération également publique. Et je voudrais dire que demeure valable pour tous - prêtres, personnes consacrées et laïcs, et en particulier les jeunes - l'invitation à avoir recours aux conseils d'un bon père spirituel, capable d'accompagner chacun dans la connaissance profonde de soi, et de le conduire à l'union avec le Seigneur, afin que son existence se conforme toujours plus à l'Evangile. Pour aller vers le Seigneur, nous avons toujours besoin d'un guide, d'un dialogue. Nous ne pouvons pas le faire seulement avec nos réflexions. Et cela est également le sens du caractère ecclésial de notre foi de trouver ce guide.

En conclusion, nous pouvons résumer ainsi l'enseignement et l'expérience mystique de Syméon le Nouveau Théologien:  dans sa recherche incessante de Dieu, même dans les difficultés qu'il rencontra et les critiques dont il fut l'objet, en fin de compte, il se laissa toujours guider par l'amour. Il sut vivre lui-même et enseigner à ses moines que l'essentiel pour tout disciple de Jésus est croître dans l'amour et ainsi, nous mûrissons dans la connaissance du Christ lui-même, pour pouvoir affirmer avec saint Paul:  "Ce n'est plus moi qui vis, mais le Christ qui vit en moi" (Ga 2, 20).

* * *

Je suis heureux d’accueillir les pèlerins de langue française. Je salue en particulier les membres de la délégation parlementaire «France-Saint-Siège» et les séminaristes du séminaire Saint-Joseph, de Bordeaux. Que Siméon le Nouveau Théologien vous aide à toujours mieux comprendre que pour le disciple de Jésus l’essentiel est de grandir dans l’amour et dans la connaissance de Dieu. Avec ma Bénédiction apostolique!

© Copyright 2009 - Libreria Editrice Vaticana



Saint Syméon le Nouveau Théologien

Moine et higoumène à Constantinople ( 1022)

C'était un jeune homme très doué qui fut appelé à de hautes fonctions impériales à Constantinople. Mais il préférait mener une vie de désordre. La rencontre d'un saint homme, moine au monastère de Stoudion, lui révéla une autre vie, toute intérieure et plus enrichissante. Favorisé d'expériences spirituelles très profondes, il n'en retombe pas moins dans ses errances. Converti à nouveau, il entre au Studion pour ne plus tomber et pour vivre aux côtés de son Père spirituel. Mais au monastère, on ne choisit pas son confesseur. Syméon ne peut pas se plier à cette exigence et à l'observance stricte de la Règle. Il se voit chassé de son monastère. Il entre alors à Saint-Mamas, un petit monastère en pleine décadence dont il devient l'higoumène, le supérieur. Embrasé d'amour pour le Christ, il entreprend de réformer sa communauté par de vigoureuses catéchèses. Certains moines qu'il dérange, tentent de le supprimer. Il connaît aussi la contradiction en haut-lieu, à cause de son obstination à revendiquer la possibilité d'une expérience directe de l'Esprit-Saint. Bien qu'il ait transformé Saint-Mamas en un centre de sainteté et de rayonnement spirituel, il finit par s'en faire exclure à nouveau et meurt peu après en exil. 

C'est l'un des plus grands mystiques byzantins, ce qui lui valut son surnom de "théologien - le contemplatif de Dieu."

Durant l'audience générale du 16 septembre 2009, le Pape a tracé le portrait de Siméon le Nouveau théologien, "un moine d'Asie mineure dont les écrits eurent une forte influence sur la spiritualité orientale, notamment pour ce qui est de l'expérience d'union mystique à Dieu". Benoît XVI a ensuite indiqué que Siméon, né en 949 en Galatie (mort en 1022), avait abandonné une carrière publique au service de l'empereur pour entreprendre "dans un monastère de Constantinople un chemin d'union avec Dieu sous la conduite spirituelle de Siméon le Pieux... Sa réflexion tourne autour de la présence de l'Esprit dans les baptisés et la conscience qu'ils doivent avoir de cette réalité spirituelle". Pour lui, la véritable conscience de Dieu "naît d'un processus de purification intérieure..., passe par un repentir profond et un regret sincère du péché commis, afin de parvenir à l'union avec le Christ, source de toute joie et paix".

Puis le Saint-Père a rappelé que "le saint moine oriental appelait tous à être attentifs au spirituel. Si à juste titre on se préoccupe de notre croissance physique et intellectuelle, il est encore plus important de ne pas négliger notre croissance intérieure, qui consiste dans la connaissance de Dieu et dans sa communion, dans l'expérience de son aide constante et totale". Rappelant aussi que Siméon "trouva la preuve de ce que l'amour est la source de l'expérience de l'action du Christ dans notre âme", il a souligné combien "l'amour de Dieu grandit en nous si nous lui restons unis dans la prière et dans l'écoute de sa Parole. Seul cet amour divin ouvre nos cœurs à autrui, nous sensibilise à ses besoins, nous rend frères en nous invitant à répondre par l'amour à la haine, par le pardon à l'offense". Dans sa jeunesse, le futur théologien "trouva un directeur spirituel qui l'aida grandement et pour qui il garda toute son estime". Ce type de lien est toujours valable, "pour les prêtres, les consacrés ou les laïcs, les jeunes notamment, invités à recourir aux conseils d'un père spirituel capable d'accompagner chacun dans une meilleure connaissance de soi-même, de conduire chacun vers l'union personnelle avec le Seigneur, de manière à ce que toute vie soit mieux conforme à l'Evangile... Pour aller vers Dieu, on a toujours besoin d'un guide, d'un dialogue. Ce n'est pas possible avec la seule aide de nos raisonnements. Là -a conclu Benoît XVI-, "se trouve également le sens de l'ecclésialité de notre foi, la rencontre d'un guide".

(source: VIS 090916 430)

SOURCE : http://nominis.cef.fr/contenus/saint/796/Saint-Symeon-le-Nouveau-Theologien.html

Le don des Larmes de Saint Syméon le Théologien

"Quelle merveille ineffable! Lorsque les larmes sont versées par les yeux corporels, elles coulent aussi invisiblement sur l'âme et lavent l'impureté du péché. Elles font trembler et brûlent les démons qui tombent à terre, et elles rendent l'âme libre des liens invisibles du péché.

Ô, larmes, qui coulent à cause de cet éclat divin, et qui ouvrent le Ciel et apportent le réconfort divin. Encore une fois, et je le dis en me répétant, agité par la joie et le plaisir: Là où il y a une abondance de larmes, mes frères, avec la vraie connaissance, il y a aussi illumination par la Lumière Divine. Là où il y a l'éclat de cette Lumière, sont aussi accordées de bonnes bénédictions et le sceau de l'Esprit Saint est inséré dans le cœur.

Les larmes font venir en nous un feu divin de contrition. Sans larmes et componction constantes, aucun homme n'a jamais été purifié ou n'est devenue saint, ou n'a reçu l'Esprit Saint, ou n'a jamais vu Dieu, ou ne sait qu'Il habite avec lui. Sans repentance il n'y a pas de larmes, sans pleurer il n'y a pas de larmes. Qu'on ne dise pas qu'il est impossible de pleurer tous les jours... alors il est impossible de se repentir chaque jour. Si se repentir et pleurer et verser des larmes n'est pas possible, alors être humble et prier sans cesse sera également impossible.

L'homme ne doit pas passer, même une seule journée sans repentir et sans larmes. S'il n'a pas de larmes, il doit les demander à Dieu de toutes ses forces et de toute son âme. Il n'y a pas d'autre moyen par lequel il puisse rester sans péché et le cœur pur. "

Source : orthodoxologie.blogspot.fr

Que Jésus Miséricordieux vous bénisse
ami de la Miséricorde

SOURCE : http://www.cite-catholique.org/viewtopic.php?t=29437

La peur dans la prière, par St Symeon le Nouveau Théologien

"Si quand tu pries, tu as une frayeur, soit que tu entendes un bruit, soit que brille comme une lumière, soit qu'advienne quelque chose d'autre, ne te trouble pas. Mais bien plutôt persévère avec plus d'ardeur encore dans la prière. Car arrivent alors, venant des démons, une agitation, un frisson, un vertige, pour que tu te relâches et délaisses la prière, et que, tombé en leur pouvoir, tu sois désormais leur captif. Mais si quand tu achèves ta prière, brille sur toi une autre lumière dont il t'est impossible de rien dire, si ton âme s'emplit de joie, si tu désires le meilleur, si tu verses des larmes avec componction, sache que c'est là une visite de Dieu et un secours. Si tu demeures longtemps dans cet ébat, parce qu'il ne t'arrive rien de plus, bien que les larmes t'oppressent, retiens ton intelligence captive dans quelque travail manuel, et en cela tu seras humilié. Mais veille à ne pas délaisser la prière parce que te font peur les ennemis. Mais de même qu'un petit enfant effrayé par des épouvantails cesse de craindre dès qu'il se réfugie dans les bras de sa mère ou de son père, de même toi, si tu cours vers Dieu par la prière, tu échapperas à la peur des ennemis." 

St Syméon le Nouveau Théologien (Philocalie)


SOURCE : http://priere-orthodoxe.blogspot.ca/2013/02/la-peur-dans-la-priere-par-st-symeon-le.html

Syméon le Nouveau Théologien.

Syméon a été surnommé le "Nouveau Théologien" pour marquer son importance, et sa différence, avec Jean l'Évangéliste et Grégoire de Nazianze, les deux autres références de l'Orthodoxie. 

De petite noblesse, né vers 949 en Paphlagonie, près de Sinope, dans cette province chargée d'histoire, qui fut hittite avant d'honorer Mithra, le futur Syméon vient très tôt à Constan-tinople, tenté par une carrière politique. C'est alors un jeune hom-me remuant, avide de tous les plaisirs, vite déçu cependant. 

Son besoin de spiritualité l'amè-ne à fréquenter le grand monastère du Stu-dion (37), où il rencontre un moine, Syméon le Pieux, qui devient son "maî-tre spiri-tuel". Entré comme novice au Studion en 976, à l'âge de vingt-sept ans, il adopte le nom de son maître (38) pour marquer sa "nouvelle nais-sance". Syméon, désormais, consacrera sa vie à l'étude, à l'ascèse et à la spiritualité. Après quatre ans d'apprentissage auprès de son père spirituel, il va se mettre au service de ses frères et est, en 980, élu abbé du monastère de Saint Mamas, près de Constantinople. Pendant vingt-neuf ans, il va diriger son monastère, écrire ses Catéchèses, ses Actions de Grâces, prononcer ses sermons, rénover la vie monastique et prêcher, chez les laïcs, une expérien-ce chrétienne renouvelée. Il dérange... 

Après des années de travail, en 1009, Syméon renonce à sa charge d'abbé et se fixe à Chrysopolis, sur la rive asiatique du Bosphore. Certes, ses démêlés avec le patriarche Serge II, si attentif à défendre les "droits de l'Église" contre les prétentions impériales, qui n'approu-ve guère ni l'austéri-té de sa di-rec-tion monastique, ni sa quête de spiritualité, et qui lui fait grief de sa dévotion à son maî-tre Syméon le Pieux, apparaissent com-me le facteur déclenchant ce retrait. 

En fait, Syméon a franchi une étape. Il a soixante ans et ce retrait est aussi l'occasion de rentrer en lui-même : dans son hymne XLIII, il deman-de à Dieu s'il doit continuer à lutter pour les "besoins temporels" du monastère ou "cultiver sans relâche le recueillement et lui seul"

A Chrysopolis, redevenu simple moine totalement détaché des affaires du monde, vivant enfin pour Dieu seulement, il rédigera ses Hym-nes de l'amour divin. Il mour-ra dans sa retraite, en 1022, ayant atteint ses soixante-treize ans, accueillant la mort avec la joie de celui qui a écrit 

« La mort est délivrance des soucis, la mort est libération des maladies et passions de toutes sortes, la mort est suppression des péchés et de toute iniquité, la mort est affranchissement de tous les maux de la vie, et, pour ceux qui ont bien vécu, condition d'une joie sans fin, des délices éternelles et de la Lumière sans couchant. » 

La Philocalie a retenue de son oeuvre les "Chapitres pratiques et théologiques" qui s'adressent à des moines, novices ou confirmés, et qui parlent assez peu, explicitement, de la prière.
 
Citations des Chapitres pratiques et théologiques.

1. La foi, c'est mourir à cause du Christ pour ses commandements; c'est croire que cette mort est une source de vie; c'est considérer la pauvreté comme une richesse, la bassesse et l'humiliation comme une vraie gloire et un réel honneur; c'est croire également qu'on possède tout lorsqu'on n'a rien; et plus encore, c'est posséder l'insondable richesse de la connaissance du Christ et regarder comme de la boue ou de la fumée toutes les choses visibles. 

33. Dans les prières et dans les larmes, supplie Dieu de t'envoyer un guide impassible et saint. Mais examine toi-même les divines Écritures et singulièrement les écrits pratiques des saints Pères, afin qu'en leur comparant ce que t'enseigne et ce que fait ton maître et ton supérieur, tu puisses voir et apprendre ces leçons comme dans un miroir, recueillir et retenir dans tes pensées ce qui s'accorde aux divines Écritures, mais discerner et rejeter ce qui est bâtard et altéré, pour ne pas t'égarer. Sache-le, il y a de nos jours beaucoup de trompeurs et de faux maîtres. 

46. Les afflictions qui brisent le coeur, lorsqu'elles sont fréquentes et intempestives, enténèbrent et troublent la réflexion de l'intelligence. Elles effacent de l'âme la prière pure et la componction [la prière pure et l'humilité]. Elles fatiguent le coeur, et dès lors le font devenir dur et insensible à jamais. C'est ainsi que les démons s'ingénient à décourager les spirituels. 

143. Efforce-toi d'être un modèle utile à toute la fraternité en toute vertu, dans l'humilité et la douceur, la compassion et l'obéissance jusque dans les plus petites choses, l'absence de colère et de passion, la pauvreté et la componction, l'innocence et la discrétion, la simplicité du comportement et la réserve envers tout homme, la visite des malades, la consolation des affligés. Ne te détourne d'aucun de ceux qui ont besoin de ton aide, sous le prétexte de t'entretenir avec Dieu. Car l'amour vaut mieux que la prière. Efforce-toi d'être compatissant envers tous, dégagé de la vaine gloire, discret. Tâche aussi de n'être jamais péremptoire, de ne jamais rien réclamer au supérieur ni à aucun de ceux qui remplissent un office, d'honorer tous les prêtres, d'être attentif dans ta prière, de rejeter l'affectation, d'aimer tous les autres, de ne pas chercher par vaine gloire à scruter et à sonder les Écritures. La prière que tu diras dans les larmes et l'illumination qui te viendra de la grâce t'enseigneront ces choses. Si donc tu es interrogé sur l'une des choses que nous devons faire, enseigne les actions divines -ce que la grâce te donnera de dire avec beaucoup d'humilité, à partir de ta vie, comme si c'était celle, d'un autre, sans nulle vanité, quel que soit celui qui désire ton aide. Et ne te détourne pas de celui qui te demande de l'assister au sujet d'une pensée, mais prends sur toi ses fautes, quelles qu'elles soient, pleurant sur lui et priant pour lui. C'est là aussi une marque d'amour et de totale compassion. N'écarte pas celui qui vient vers toi, ne pense pas qu'il te sera nuisible d'écouter de telles choses. Cependant, pour ne pas nuire à beaucoup, il faut parler de ces choses dans un lieu soustrait aux regards, même si toi-même, n'étant qu'un homme, tu dois être assailli par une pensée. Car si tu en reçois la grâce, tu ne te laisseras pas prendre par cette pensée. Il nous est prescrit en effet de rechercher, non pas notre propre bien, mais celui des autres, afin qu'ils soient sauvés. 

Comme nous l'avons dit, il te faut garder une vie paisible et pauvre. Alors tu te considéreras toi-même comme soumis à l'action de la grâce, quand tu te tiendras en vérité pour le plus pécheur de tous les hommes. Je ne peux pas dire comment cela se fait, Dieu le sait.

Sur les trois modes de la prière.

Il y a trois modes de l'attention et de la prière, par lesquels l'âme, ou bien s'élève et progresse, ou bien tombe et se perd. Si elle use de ces trois modes en temps opportun et comme il faut, elle progresse. Mais si elle en use inconsidérément et à contretemps, elle tombe. L'attention doit donc être inséparablement liée à la prière, comme le corps est inséparablement lié à l'âme. L'une ne peut tenir sans l'autre. L'attention doit aller devant et guetter les ennemis, comme un veilleur. C'est elle qui la première doit connaître le péché et s'opposer aux pensées mauvaises qui entrent dans l'âme. Alors vient la prière, qui détruit et fait périr sur le champ toutes ces pensées mauvaises, contre lesquelles en premier lieu a lutté l'attention. Car celle-ci ne peut, à elle seule, les faire périr. Or c'est de ce combat de l'attention et de la prière que dépendent la vie et la mort de l'âme. Car si, par l'attention, nous gardons pure la prière, nous progressons. Mais si nous négligeons de garder pure la prière, si nous ne veillons pas sur elle, si nous la laissons souiller par les pensées mauvaises, nous sommes inutiles et nous ne progressons pas. 

Il y a donc trois modes de l'attention et de la prière. Et il nous faut dire quelles sont les propriétés de chacun. Ainsi celui qui aime son salut pourra choisir le meilleur, et non le pire.

Du premier mode de l'attention et de la prière

Telles sont les propriétés du premier mode. Quand quelqu'un se tient en prière, il lève vers le ciel ses mains, ses yeux et son intelligence. Il se représente les pensées divines, les biens du ciel, les ordres des anges et les demeures des saints. Il rassemble brièvement et recueille en son intelligence tout ce qu'il a entendu dans les divines Écritures. Il porte ainsi son âme à désirer et à aimer Dieu. Il lui arrive parfois d'exulter, et de pleurer. Mais alors son coeur s'enorgueillit, sans qu'il le comprenne. Il lui semble que ce qu'il fait vient de la grâce divine, pour le consoler, et il demande à Dieu de le rendre toujours digne d'agir comme il le fait. C'est là une marque de l'erreur. Car le bien n'est pas bien quand il ne se fait pas sur la bonne voie et comme il faut. Quand bien même il vivrait dans une extrême hésykhia, il est impossible qu'un tel homme ne perde pas son bon sens et ne devienne pas fou. Mais même s'il n'en arrivait pas là, il ne saurait parvenir à la connaissance, ni maintenir en lui les vertus de l'impassibilité. C'est ainsi que se sont égarés ceux qui ont vu une lumière et un flamboiement avec les yeux de leur corps, qui ont senti un parfum avec leur propre odorat, et qui ont entendu des voix avec leurs propres oreilles, ou qui ont éprouvé des choses du même ordre. Les uns ont été possédés par le démon, et sont allés de lieu en lieu, hors d'eux-mêmes. D'autres ont reçu en eux les contrefaçons du démon: il leur est apparu comme un ange de lumière, et ils se sont fourvoyés, ils ne se sont jamais corrigés, ils n'ont jamais voulu écouter le conseil d'aucun frère. D'autres encore ont été poussés par le diable à se tuer : ils se sont jetés dans des précipices, ils se sont pendus. Qui pourrait décrire toutes les illusions par lesquelles le diable les égare ? Ce n'est guère possible. 

Mais après ce que nous venons de dire, tout homme sensé peut comprendre, à quels dommages expose ce présent mode de l'attention et de la prière. De même, s'il arrive que l'un de ceux qui usent de ce mode n'en reçoive aucun mal, dès lors qu'il se trouve en compagnie d'autres frères (car ce sont surtout les anachorètes qui connaissent un tel mal), cependant, toute sa vie durant, il ne progressera pas.

Du deuxième mode

Tel est le deuxième mode de l'attention et de la prière. Quand quelqu'un recueille son intelligence en lui-même, en la détachant du sensible, quand il garde ses sens et rassemble toutes ses pensées pour qu'elles ne s'en aillent pas dans les choses vaines de ce monde, quand tantôt il examine sa conscience et tantôt il est attentif aux paroles de sa prière, quand à tel moment il court derrière ses pensées que le diable a capturées et qui l'entraînent dans le mal et la vanité, quand à tel autre moment, après avoir été dominé et vaincu par la passion, il revient à lui-même, il est impossible que cet homme, qui a en lui un tel combat, soit jamais en paix, ni qu'il trouve le' temps de travailler aux vertus et reçoive la couronne de la justice'. Car il est semblable à celui qui combat ses ennemis la nuit, dans les ténèbres. Il entend leurs voix et reçoit leurs coups. Mais il ne peut pas voir clairement qui ils sont, d'où ils viennent, comment et pourquoi ils le blessent, dès lors que le dévastent les ténèbres de son intelligence et les tourments de ses pensées. Il lui est impossible de se délivrer de ses ennemis, les démons qui le brisent. Le malheureux peine en vain, car il perd son salaire, dominé qu'il est par la vanité. Il ne comprend pas. Il lui semble qu'il est attentif. Souvent, dans son orgueil, il méprise et accuse les autres. Il s'imagine qu'il peut les conduire, et qu'il est digne de devenir leur pasteur. Il est semblable à cet aveugle qui s'engage à conduire d'autres aveugles. 

Il est nécessaire que quiconque veut être sauvé sache le dommage que peut causer à l'âme ce deuxième mode, et qu'il fasse bien attention. Cependant ce deuxième mode est meilleur que le premier, comme la nuit où brille la lune est meilleure que la nuit noire.

Du troisième mode

Le troisième mode est vraiment chose paradoxale et difficile à expliquer. Non seulement ceux qui ne le connaissent pas ont du mal à le comprendre, mais il leur paraît presque incroyable. Il ne croient pas qu'une telle chose puisse exister, dès lors que, de nos jours, ce mode n'est pas vécu par beaucoup, mais par fort peu. Un pareil bien, je pense, nous a quittés en même temps que l'obéissance. Car c'est l'obéissance au père spirituel qui permet à chacun de ne plus se soucier de rien, dès lors qu'il remet ses soucis à son père, qu'il est loin désormais des tendances de ce monde, et qu'il est un ouvrier tout à fait zélé et diligent de ce mode. Encore lui faut-il trouver un maître et un père spirituel véritable, dégagé de toute erreur. Car celui qui, par une vraie obéissance, s'est consacré à Dieu et à son père spirituel, qui ne vit plus sa propre vie et ne fait plus sa propre volonté, mais est mort à toutes les tendances du monde et à son propre corps, par quelle chose passagère peut-il être vaincu ou asservi ? Ou quelle 'inquiétude et quels soucis peut avoir un tel homme ? C'est donc par ce mode, et par l'obéissance, que se dissipent et disparaissent tous les artifices des démons et toutes les ruses qu'ils trament pour entraîner l'intelligence dans toutes sortes de pensées. Alors l'intelligence de cet homme est délivrée de tout. C'est avec une grande liberté qu'elle examine les pensées que lui apportent les démons. C'est avec une réelle aptitude qu'elle les chasse. Et c'est avec un coeur pur qu'elle offre ses prières à Dieu. Tel est le commencement de la vraie voie. Ceux qui ne se consacrent pas à ce commencement peinent en vain, et ils ne le savent pas. 

Or le commencement de ce troisième mode n'est pas de regarder vers le haut, d'élever les mains, d'avoir l'intelligence dans les cieux, et alors d'implorer le secours. Ce sont là, nous l'avons dit, les marques du premier mode : le propre de l'illusion. Ce n'est pas non plus de faire garder les sens par l'intelligence, de n'être attentif qu'à cela, de ne pas voir dans l'âme la guerre que lui font les ennemis et de ne pas y prêter attention. Car ce sont là les marques du deuxième mode. Celui qui les porte est blessé par les démons, mais il ne les blesse pas. Il est meurtri, et il ne le sait pas. Il est réduit en esclavage, il est asservi, et il ne peut pas se venger de ceux qui font de lui un esclave, mais les ennemis ne cessent de le combattre ouvertement et secrètement, et le rendent vaniteux et orgueilleux.
Mais toi, bien-aimé, si tu veux ton salut, il te faut désormais te consacrer au commencement de ce troisième mode. Après la parfaite obéissance que tu dois, comme nous l'avons dit, à ton père spirituel, il est nécessaire de faire tout ce que tu fais avec une conscience pure, comme si tu étais devant la face de Dieu. Car sans obéissance, jamais la conscience ne saurait être pure. Et tu dois la garder pure pou trois causes. Premièrement, pour Dieu. Deuxièmement, pour ton père spirituel. Troisièmement, pour les autres hommes et pour les choses du monde. 

Tu dois garder ta conscience pure. Pour Dieu, c'est-à-dire ne pas faire ce que tu sais ne pas reposer Dieu et ne pas lui plaire. Pour ton père spirituel : faire tout ce qu'il te demande, ne pas en faire plus, et ne pas en faire moins, mais marcher selon son intention et selon sa volonté. Pour les autres hommes : ne pas leur faire ce que tu as en aversion et ce que tu ne veux pas qu'ils te fassent. Pour les choses du monde : te garder de l'abus, autrement dit user de tout comme il faut, de la nourriture, de la boisson, des vêtements. En un mot, tu dois tout faire comme si tu étais devant Dieu, afin que ta conscience n'ait rien à te reprocher, quoi que tu fasses, et qu'elle n'ait pas à t'aiguillonner pour ce que tu n'as pas fait de bien. Suis ainsi la voie véridique et sûre du troisième mode de l'attention et de la prière, que voici. 

Que l'intelligence garde le coeur au moment où elle prie. Qu'elle ne cesse de tourner dans le coeur. Et que du fond du coeur. elle adresse à Dieu ses prières. Dès lors qu'elle aura goûté là que le Seigneur est bon z, et qu'elle aura été comblée de douceur, elle ne s'éloignera plus du lieu du coeur, et elle dira les paroles mêmes de l'apôtre Pierre : "Il est bon d'être ici". Elle n'arrêtera plus de veiller sur le coeur et de tourner en lui, poussant et chassant toutes les pensées qu'y sème l'ennemi, le diable. À ceux qui n'en ont aucune idée et qui ne la connaissent pas, cette oeuvre salutaire paraît pénible et incommode. Mais ceux qui ont goûté sa douceur et ont joui du plaisir qu'elle leur donne au fond du coeur disent, avec le divin Paul: "Qui nous séparera de l'amour du Christ ?

Car nos Pères, entendant le Seigneur dire dans le saint Évangile que c'est du coeur que sortent les mauvaises pensées, les meurtres, les prostitutions, les adultères, les vols, les faux témoignages, les blasphèmes, et que c'est là ce qui souille l'homme, entendant aussi l'Évangile nous demander de purifier l'intérieur de la coupe, pour que l'extérieur également devienne pur, ont laissé toute autre oeuvre spirituelle et se sont totalement adonnés à ce combat, c'est-à-dire à la garde du coeur persuadés que, par cette oeuvre, ils pourraient aisément acquérir toute autre vertu, dès lors qu'il n'est pas possible qu'aucune vertu perdure autrement. Cette oeuvre, certains parmi nos Pères l'ont appelée hésykhia du coeur, d'autres l'ont nommée attention, d'autres sobriété et vigilance, et réfutation, d'autres examen des pensées et garde de l'intelligence. C'est à cela que tous ont travaillé, et c'est par là que tous ont été rendus dignes des charismes divins. C'est pourquoi l'Écclésiaste dit : "Réjouis-toi, jeune homme, dans ta jeunesse, et marche sur les voies de ton coeur intègre et pur, et éloigne de ton coeur les pensées." L'auteur des Proverbes dit la même chose : Si la suggestion du diable t'assaille, "ne le laisse pas entrer dans ton lieu". Par lieu, il entend le coeur Et notre Seigneur dit dans le saint Évangile : "Ne vous laissez pas entraîner", c'est-à-dire ne dispersez pas votre intelligence ici et là. Il dit ailleurs : "Bienheureux les pauvres en esprit", c'est-à-dire : Bienheureux ceux qui n'ont dans leur coeur aucune idée de ce monde, et qui sont pauvres, dénués de toute pensée mondaine. Tous nos Pères ont beaucoup écrit là-dessus. Quiconque le veut peut lire ce que disent Marc l'Ascète, Jean Climaque, Hésychius et Philothée le Sinaïte, l'Abbé Isaie, le grand Barsanuphe, et bien d'autres. 

En un mot, celui qui n'est pas attentif à garder son intelligence ne peut pas devenir pur en son coeur, pour être jugé digne de voir Dieu. Celui qui n'est pas attentif ne peut pas devenir pauvre en esprit. Il ne peut pas non plus être affligé et pleurer, ni devenir doux et paisible, ni avoir faim et soif de la justice. Pour tout dire, il n'est pas possible d'acquérir les autres vertus autrement que par cette attention. C'est donc à elle que tu dois t'appliquer avant tout, afin de comprendre par l'expérience ce dont je t'ai parlé. Et si tu veux savoir comment faire, je te le dis ici, autant qu'il est possible. Sois bien attentif. 

Il te faut avant tout garder trois choses. D'abord ne te soucier de rien, tant de ce qui est raisonnable que de ce qui est déraisonnable et vain, c'est-à-dire mourir à tout. Deuxièmement, avoir une conscience pure : que ta conscience n'ait rien à te reprocher. Troisièmement, n'avoir aucun penchant: que ta pensée ne se porte vers rien de ce qui est du monde. Alors assieds-toi dans un lieu retiré, demeure au calme, seul, ferme la porte, recueille ton intelligence loin de toute chose passagère et vaine. Pose ton menton sur ta poitrine, sois attentif à toi-même avec ton intelligence et tes yeux sensibles. Retiens un moment ta respiration, le temps que ton intelligence trouve le lieu du coeur et qu'elle y demeure tout entière. Au début, tout te paraîtra ténébreux et très dur. Mais quand tu auras travaillé sans relâche, nuit et jour, à cette oeuvre de l'attention, ce miracle, tu découvriras en toi une joie continuelle. Car l'intelligence qui mène le combat trouvera le lieu du coeur. Alors elle voit au-dedans ce qu'elle n'avait jamais vu et qu'elle ignorait. Elle voit cet espace qui est à l'intérieur du coeur et elle se voit elle-même tout entière lumineuse, pleine de toute sagesse et de discernement. Désormais, de quelque côté qu'apparaisse une pensée, avant même que celle-ci entre, soit conçue et se forme, l'intelligence la chasse et la fait disparaître au nom de Jésus, c'est-à-dire avec l'invocation "Seigneur Jésus Christ, aie pitié de moi". C'est alors qu'elle commence à avoir les démons en aversion, qu'elle mène contre eux un combat sans relâche, qu'elle leur oppose l'ardeur naturelle, qu'elle les chasse, qu'elle les frappe, qu'elle les force à disparaître. Ce qui advient ensuite, avec l'aide de Dieu, tu l'apprendras seul, par l'expérience, grâce à l'attention de l'intelligence, et en gardant dans ton coeur Jésus, c'est-à-dire sa prière "Seigneur Jésus Christ, aie pitié de moi". Un Père dit en effet : "Demeure dans ta cellule, et elle t'apprendra tout".

(37) A l'époque, vers l'an mil, ce monastère comptait plus d'un millier de moines. Ce centre spirituel entra souvent en conflit avec la hiérarchie ecclésiastique comme avec l'empe-reur, pour la défense des principes fondamentaux du Christianisme. La "Règle de Studion" fut adoptée par de nombreux monastères orthodoxes.

(38) Nous ignorons son "nom de maissance".

SOURCE : http://www.livres-mystiques.com/partieTEXTES/Philocalie/symeon.html

SYMEON NOUVEAU THEOLOGIEN

EN TANT QU'UN FOL-EN-CHRIST


Знаки Балкан. Сборник статей. В 2 т. Т. II. М.: Радикс, 1994, с. 271-288


Nous ne nous préoccupons pas ici du contexte historique et théologique de la doctrine de Syméon. Parler de ses tendances messalienistes 1, bogomiliens 2 ou hésychastes 3 aboutirait à la projection du phénomène complexe sur un plan à deux dimensions: orthodoxie / hérésie, et il s'agirait alors d'une dichotomie plutôt politique que religieuse. Du vivant de Syméon, on lui reprochait beaucoup de choses, mais non l'hérésie; ce qui ne veut rien dire en soi mais demeure un fait qui — s'il déconcerte les uns et satisfait les autres — nous permet à considérer la doctrine de Syméon comme un système philosophique isolé.

Au première vue, il n'y a rien de plus antagoniste que Syméon le Nouveau Théologien et le fol-en-Christ. "Salos" est toujours anonyme, alors que Syméon était un personnage public influent; un fol-en-Christ croupit dans les bas-fonds de la société tandis que Syméon était spatharocubiculaire et membre du synklite; un "salos" se tient à l'écart de l'église, et Syméon avait servi comme higoumène dans le monastère du Saint Marnas; un fou-pour-Christ est désinvolte, obséquieux, insolent, le Nouveau Théologien était sérieux, austère, intraitable; "salos" blasphème, Syméon était réputé pour sa piété. Enfin, Syméon lui-même dénonçait ouvertement la conduite des fous: "Bien plus, même ceux qui jouent les fous et parlent à tort et à travers de sottises et de futilités, qui affichent des manières incongrues et invitent les autres à rire, ils les regardent comme si, par de pareilles ruses ou sensées telles, manières, paroles, ils s'efforçaient de dissimuler leur vertu et leur impassibilité, et ils les honorent comme impassibles et saints. Mais ceux qui vivent sans la dévotion, la vertu, la simplicité de coeur, ceux qui sont réellement des saints, ils les négligent, comme un homme quelconque parmi les autres, et les laissent de côté" (Cat. XXVIII, 369-379)4. Ces mots devraient suffire pour dénier toute ressemblance entre Syméon et un fol-en-Christ. Cependant il faut rester prudent.
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Tout d'abord prenons garde de croire Syméon sur parole: il se contredit souvent. Quand un certain Hiérotheos voulut racheter sa faute horrible en s'infligeant la plus grande humiliation qui fût on lui conseilla d'entrer dans le monastère de Syméon. Dans le couvent de Saint Marnas, Hiérotheos se conduisait en fol-en-Christ, et Syméon comme il est relaté dans sa Vie, "savait qu'il faisait tout pour s'attirer des avanies" et "voulait donc procurer des couronnes à sa soif" d'humiliation (Vie, p. 74, 19-20). Ainsi, dans sa pratique, Syméon n'était pas adversaire de la Folie-en-Christ. Rappelons-nous aussi d'autres circonstances importantes de sa vie.

Syméon a perdu son higouménat et puis envoyé en exil à cause de son intransigeance sur sujet du culte de Syméon le Modeste, son père spirituel. Plusieurs hauts dignitaires ecclésiastiques protestèrent contre la canonisation du Modeste et exigèrent que la célébration de sa mémoire instituée par Syméon cessât et que les icônes de ce nouveau saint fussent détruites. A la différence de l'Occident, la procédure et les formalités de la canonisation étaient rares à Byzance. Ainsi on ne peut interpréter l'application minutieuse des recherches dont cette procédure fut l'objet autrement que par la réputation de scandale liée à la figure de ce nouveau saint. Nicétas Stéphate, l'auteur de la Vie de Syméon le Nouveau Théologien, dit de leur père spirituel: ..."Or celui-ci, après avoir mortifié sa chair par une apatheia extrême, et éteint parfaitement dès ici-bas ses mouvements instinctifs, tellement que le corps de qui l'approchait (τοις αυτω πλησιάζουσι σώμασι) ne lui inspirait pas plus de sentiment qu'un cadavre, contrefaisait la sensibilité (υπεκρίνετο την εμπάθειαν), d'abord par désir de dissimuler... son apatheia...; ensuite, parce qu'il voulait par cet appât retirer... toutes les âmes... du gouffre de la perdition" (Vie, p. 110).
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Laissons provisoirment de côté la question embarrassant si la "chair morte" peut ou non simuler la passion et s'il est possible de sauver quelqu'un au moyen d'une provocation. Notons simplement que le père spirituel de l'higouméne de Saint Marnas est décrit comme un fol-en-Christ caractérisé 5. Mais peut-être Syméon défendait-il le culte de son maître, sans percevoir sa folie-en-Christ6 ou sans d'en rendre compte? Essayons de comprendre.
 
Dans ses écrits le Nouveau Théologien porte une grande attention et attache beaucoup d'importance à la possibilité même d'acquérir une impassibilité absolue. Les théologiens occidentaux soutenaient qu'il ne faut pas tourner en dérison la nature humaine, alors que les byzantins n'étaient pas unanimes sur ce point 7. Des auteurs orthodoxes recommandaient une prudence particulière pour la stimulation vulue d'une tentation. "Ne prends pas tes repas avec une femme!" conseille Evagre le Pontique 8. Mais Syméon fustige ceux qui sont timides envers la provocation pouvant frôler le péché.

"Bien des gens du monde, que j'ai rencontrés souvent" — commence-t-il par dire avec une sérénité feinte, — "au cours de certains débats... sur la passion et l'impassibilité, m'ont laissé entendre presque tous—non seulement les gens... médiocres, mais ceux-là même qui ont l'air d'être parfaits en vertu... — qu'il n'est pas possible à un homme d'atteindre un degré d'impassibilité tel qu'il puisse rencontrer des femmes et manger à table avec elles sans en éprouver aucun dommage ni subir en secret quelque agitation ou quelque souillure". Et alors le ton de Syméon s'affermit: "...S'ils n'étaient pas esclaves du plaisir et des convoitises de la chair, la mort vivifiante de Jésus Dieu, celle qu'il accorde aux membres de ses saints, ne leur serait pas inconnue et ils ne la mettraient pas en doute... Qu'il soit possible... d'atteindre l'impassibilité de l'âme et du corps, au point non seulement de rester... sans passion quand il prend un repas avec des femmes..., mais encore de n'éprouver aucun dommage, quand il circule en pleine villa, en entendant des chanteurs et des joueurs de cithare ou en voyant des amuseurs et des joueurs (παίζοντας), tous les traités et toute l'histoire en témoignent; aussi bien les vies des saints nous en donnent des exemples convaincants" (Eth. VI, 1-10, 16-19, 37-46).
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Mais nous Ignorons pourquoi le saint apparalt-il dans des villes (εν μέσαις στρεφόμενον πόλεσι); et surtout pourquoi vlsite-t-il leurs quartiers évidemment les plus douteux.

C'est Ici que vient au secours se Syméon son éditeur et chercheur contemporain Vasilij Krivochéine: "Il faut dire que Syméon avait raison quand il citait l'exemple des saints anciens et surtout la Vie de saint Syméon Salos"9. Ainsi "tous les traités", "toute l'histoire", "les vies das saints" se trouvent être une vie d'un seul fol-en-Chrlst. Krivochéine poursuit: "En tout cas, malgré certaines exagérations d'expressions, la théorie de l'impassibilité représente une partie intégrante de la doctrine spirituelle de Syméon" 10. Précisément, ce mot "exagérations" présent un grand Intérêt pour nous puisque les autres défenseurs de Syméon s'efforcent à démontrer le contraire: l'absence de toute originalité dans son oeuvre; tels passages ne sont, selon H.Turner, qu'un topos de la littérature monacale 11. Il est difficile d'accepter ce point de vue, puisque Syméon revient sur ce sujet plusieurs fois, et ses tirades passionnées ne peuvent pas être considérées comme des clichés: "O charité toute désirable, bienheureux qui t'a embrassée (δε ασπασάμενος): Jamais plus la passion ne lui fera désirer d'embrasser une beauté terrestre. Bienheureux qui t'a enlacée, (poussé) par l'amour divin: il... (vit) frayant avec tous (παντι πλησιάζων ανθρώπω)", mais il n'en "recevra aucune souillure". (Cat. I, 78-83). Nous ne savons pas ce que signifie le mot "frayant" — mais voici un autre texte: "Qu'il existe, même à présent, des impassibles,... qui ont tellement mortifié leurs propres membres sur terre..., au point non seulement de ne jamais concevoir d'eux-mêmes le mal et de ne pas le provoquer, mais, même quand ils y sont attirés par d'autres (υφ ετέρου προς τουτο ελκόμενοι), de n'éprouver aucun bouleversement de l'impassibilité" (Cent. 3, 9-15). Alors, il se trouve-t-il que le juste décrit par Syméon non seulement visite des lieux douteux mais aussi qu'il permet à des pécheurs inconnus de le provoquer. Comment savoir?..."... Il n'est pas admissible que
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l'homme, doté de grâce..., soit souillé dans son âme ou dans sa pensée, même si son corps très pur vient à se rouler dans le bourbier, pour ainsi dire, des corps humains, ce qui n'est pas dans les habitudes des gens pieux" (Eth. VI, 204-207). Le commentateur français s'accroche â la dernière réserve en l'accompagnant de l'observation suivante: "Il ne s'agit donc pas d'un certain exhibitionnisme..., dont certaines vies de saints, Syméon Salos, par exemple (le même exemple! — S.I.) ne sont pas exemptes."12 Mais Syméon reprend tout suite: "Allons plus loin: même s'il est emprisonné avec des milliers d'infidèles, d'impies et de débauchés et que son corps nu soit en contact avec leurs corps nus (γυμνος τω σώματι γυμνοις αυτοις ενωθήσται) il n'en tirera aucun dommage pour sa foi" (Eth. VI, 207-210). Les derniers mots ne convennent guère avec la métaphore de la prison. Mais oublions pour un moment "la nudité", et attribuons "le contact" a la promiscuité de la cellule: peut-on au moins espérer que le juste ne fait que se soumettre aux circonstances sans manifester d'Initiative? Allés donc! "Désormais tu ne feras plus de différence entre homme et femme...; tout en vivant avec des hommes et des femmes, en conversant avec eux et en les accueillant (ασπαζόμενος: la traduction de Krivochéine "en les embrassant"13 nous semble préférable. — S.I.), tu resteras indemne de tout dommage et de toute émotion (ακίνητος)... tu les verras et tu les regarderas comme de précieux membres du Christ". D'alleurs Syméon ajoute: "Mais tant que tu n'as pas atteins ce degré... tu feras bien d'éviter les spectacles dangereux." (Eth. VI, 462-471). Cette réserve démontre que Syméon se rend parfaitement compte des risques des expériences décrites par lui — cependant il n'explique point où réside leur utilité.

Mais, finalement, l'affaire se llmite-t-elle à des baisers? Espoirs vains. "Lui, qui par le corps s'approche des corps, il peut par l'esprit être saint... oui, même si tu le vols soi-disant se mal conduire comme s'il n'en faisait qu'à sa tête" (Hymn. IX,20-28). Donc "la mort"
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du corps d'un juste est définie par l'impassibilité de son esprit, ne subit aucun dommage sans dépendre en cela de ce que fait ce corps. "La fièvre et la convoitise de l'union conjugale, le rapprochement, la volupté... ce qu'on s'imagine généralement que le corps recherche, ce n'est pas le corps... mais l'âme" (Cat. XXV, 75-79). Et puisque l'âme est impassible, que la chair insensée fasse ce qu'elle veut. Cela veut-il dire qu'il n'y aurait pas des critères objectifs de la sainteté? "Si tu vois (ton père spirituel) forniquer ou s'eniverer, ou mal se conduire..., ne t'associe pas à ceux qui se moquent (λοιδορουσιν) de lui" (Cat. XVIII, 134-137). Et ce n'est pas parce que tu dois demeurer avec lui en dépit de tout, mais parce que ce qui est vu par les yeux, est faux: "Si tu le vois manger avec des prostituées... ne songe à rien de passionnel et d'humain... même pour ce que tu vois de tes yeux, ne les en crois pas, pas du tout: car eux aussi se trompent, comme je l'ai appris par expérience" (Cat. XX, 80-82, 85-87). Et l'éditeur fait cette remarque: "Les aveux de Syméon paraîtront parfois indiscrets à ceux qui ne suivent pas sa perspective: un témoignage objectif ne peut venir que des saints eux-mêmes"14. Suivons cet avertissement et adhérons pleinement au point du vue de Syméon. Comment faut-il donc agir à la vue de quelqu'un s'adonnant au péché? Le blâmer? Et si, par hasard, il s'agit d'un père spirituel qui n'est pas le tien mais celui de quelqu'un d'autre? "A moins d'être aveugle, (on) n'ignorera jamais", répond Syméon (Cat. XXVIII, 342-343). On l'aurait cru s'il n'y avait pas cette véhémence inopérante qui caractérise ses écrits sur les "véritables" fous-en-Christ (Cat. XXVIII, 369'379, cf. supra). Si l'on rejette le critère d'une sainteté objective, il devient impossible de distinguer le "vrai" et le "faux" salos. Cest justement l'acharnement de Syméon qui prouve qu'il comprends cela.

La doctrine de Syméon s'appuyet sur deux piliers: l'impassibilité et l'Eros divin. Nous avons déjà parlé de l'impassibilité, qui se place, pour Symeôn, plus haut que la
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sainteté même: "Il y a beaucoup de saints, mais peu d'impassibles" (Eth., IV, 62). La théorie syméonienne de l'amour pour Dieu a attiré maintes fois l'attention de chercheurs. Laissons la parole au défenseur principal de Syméon: "Syméon se distingue par l'audace et le réalisme quelque peu rude de ses descriptions. Pourtant le plus Important pour lui, c'était de démontrer la plénitude d'incarnation du Logos"15. Ainsi préparés par ces explications, penchons-nous sur les textes des Hymnes: "S'unit à moi l'impassibilité au visage fulgurant et elle ne me quittait plus — comprends cela de façon spirituelle, je t'en prie, toi qui lis ces mots, pas d'image impure, malheureux! — elle m'apportait ineffablement la volupté de l'union et sans mesure le désir nuptial de nous unir en Dieu. Dans ce partage, moi aussi je suis devenu impassible, enflammé par la volupté, embrasé de désir pour elle et j'ai eu part à la lumière, oui, je suis devenu lumière, au-dessus de toute passion, en dehors de toute malice" (Hymn. XLVI, 29-37).

Attentifs à l'avertissement de l'auteur, nous allons le considérer exclusivement de façon "spirituelle": ainsi, la passion de la copulation mystique a, pour sa correlat inévitable, l'impassibilité terrestre absolue. Ne le perdant pas de vue, adressons-nous à celui des Hymnes de Syméon qui est le plus scandaleux et qui a été même exclu des premières éditions de ses oeuvres. "La langue de cet hymne a dérouté plusieurs contemporains de Syméon, comme il déroute actuellement tous ceux qui éprouvent un malaise devant la manière stylistique propre aux mystiques"16. Alors, "Nous devenons membe-res du Christ — et le Christ devient nos membres..., ne m'accuse pas de blasphémer, mais accueille cette (vérité)..., et tout ce qui (en nous) est sans honneur il le rendra honorable... Maintenant,. eh bien tu as reconnu en mon doigt le Christ, et en cet organe" (ici Syméon passe la parole à un interlocuteur imaginaire) "n'as-tu pas frémi, ou rougi? — Mais Dieu n'a pas
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eu honte de devenir semblable à toi..." (De nouveau Syméon donne de grand coeur la parole à un éventuel adversaire) "Mais (quand tu l'as dit) semblable à un membre honteux, j'ai craint que tu ne prononces un blasphème. — Eh bien, tu as eu tort de craindre, il n'y a rien là de honteux... Celui... donne la semence dans l'union divine ... Dieu s'unit à chacun - oui, je le repète, c'est ma volupté — et chacun devient un avec le Maître... Tu comprendras sans rougir tout ce que je dis." (Hymn. XV, 141, 147, 152, 160-162, 165-167, 171, 176-177, 179). C'est justement ce passage qui a toujours semblé le plus scandaleux aux exégètes parce qu'il offre l'unique exemple où Syméon mentionne l'organe sexuel en empruntant pour le faire un terme inconveant (cf. Eth. VI, 81). Mais, pour nous, le texte semble tout à fait conforme à la théologie syméonienne et ne nous déconcerte pas. Lisons plus avant: "Cest ainsi qu'il y eut, à notre époque, en ces derniers temps, Syméon le Saint, le Modeste, le Studite, lui ne rougissaint devant les membres de personne, ni de voir d'autres hommes nus, ni de se montrer nu... et tous ses membres à lui et les membres de tout autre, tout et chacun, étaient toujours à ses yeux le Christ; il demeurait immobile, indemne et impassible." (Hymn. XV, 205-208, 210-212). Tous ces motives nous sont familières depuis longtemps et ne peuvent à coup sûr soulever aucun doute. Pourquoi donc Syméon s'enfle-t-il soudain d'une telle colère contre un adversaire Imaginaire, avec lequel il a discuté paisiblement jusqu'à ce moment: "Tandis que toi, si tu es nu et ta chair touche la chair, te voilà en rut comme un âne ou un étalon: comment oses-tu donc débatérer contre le Saint lui-même..? Car il se fait époux-tu entends?-chaque jour, et épouses deviennent toutes les âmes auxquelles s'unit le créateur et elles, en retour, à lui... sans les déflorer... Elles sont éprises du Très Beau, elles s'unissent entièrement à son amour entier; ou plutôt, en recevant... sa semence sainte, elles possèdent au dedans d'elles-mêmes Dieu tout entier." (Hymn. XV, 215-218, 220-224, 228-231). Ici Syméon s'adresse de nouveau à ses adversaires, cette fois sans
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colère, mais en les taquinant un peu: "Eh bien, Pères, tout cela n'est-ce pas la vérité? N'avons-nous pas parlé comme il faut de ces réalités divines?" (232-233). En effet, tout le passage qui précède abonde en citations des Evangiles. Syméon sait qu'on ne peut pas le prendere en défaut; et cela explique sa bonhomie.

Et c'est ici que nous sentons déconcertés: quel est le rapport entre les raisonnements cités? Admettons que: (1) dans la première partie, Syméon avançait que le Juste peut devenir Dieu; (2) dans la deuxième, qu'un "impassible" transforme le terrestre en céleste; (3) dans la troisième, que le Dieu s'accouple avec les âmes humaines.

Donc... (4) le juste peut s'accoupler avec leurs corps?

Syméon lui-même a eu évidemment conscience du syllogisme élémentaire qui s'est justement là où sa construction se trouve suspendue au-dessus de l'abîme, il couple la parole à son adversaire.

Peut-on dédure du raisonnement ci-dessus que Syméon était un "érotomaniaque"? En aucun cas. Malgré tous les exemples plus que ambiguës 17, on ne doit pas abaisser le problème sur le niveau personnel 18. Ici, si étrange que ça puisse paraître, nous sommes d'accord avec Krivochéine, qui, voulant défendre Syméon contre les attaques éventueUes écrit: "Son désir ardent de Dieu, son Eros sont toujours adressés à Dieu, à Christ et jamais aux humains."19 Et c'est vrai, Syméon n'aime pas les hummains. Ils n'apparaissent dans ses écrits théologiques que dans la mesure où l'on peut les utiliser dans ses relations avec Dieu.
 
Et maintenant il est grand temps de répondre à la question que nous avons posée il y a longtemps: pourquoi un juste doit-il venir dans une ville, braver les gens et, finalement, pécher?

S'adonner à l'ascèse devant la Face de Dieu représente une voie ordinaire pour se sauver et le fait que cet exploit s'effectue souvent dans le désert, loin du regard des foules, prouve, une fois de plus, qu'on n'a pas besoin de témoins pour la vivre. Mais si la doctrine chrétienne habituelle veut
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que le salut après la mort soit obtenu par les efforts de tout une vie - dans la théologie de Syméon la place centrale revient à l'Idée de la divination du vivant de l'homme... L'homme qui a mérité de voir la lumière divine atteint à l'impassibilité. Il est à noter que, selon la remarque d'un chercheur 20, les'écritls de Syméon ne permettent pas de comprendre si cette Impassibilité représente le résultat des efforts ascétiques ou un don charismatique. Quoi qu'il en soit, celui qui l'a atteinte n'est plus contraint confirmer sa sainteté et on peut croire que ce don ne serait plus Jamais enlevé.

Mais, dorénavant, le "juste" lui-même veut avoir pour lui la confirmation qu'il est élu. En effet, les illuminations ne survlenent pas souvent et dans les intervalles la vie s'écoule suivant sa routine. Dieu n'aurait-il pas oublué son élu? "L'Impassible" chez Syméon est l'otage de son propre charisme. Il est rongé par un doute secret et constant de l'infini du don divin. Il l'éprouve comme s'il pressait sur une dent douloureuse.

Que "les sages de ce monde" pèsent avec leur balances d'apothicaires la mesure de sainteté; que Etienne de Nlcomé-die s'efforce de pénétrer Dieu à l'aide de syllogismes -qu'est-ce que valent les critères terrestres du péché à côté de l'absolu? Le "juste" de Syméon tourne et retourne autour de l'interdit comme un papillon autour de la flamme: plus près, encore plus près... Et voici que le corps est en train de pécher, qu'il est déjà noyé dans les péchés, mais "l'impassible" demeure toujours Inébranlable...

Mais l'Infini n'est sondé que par l'Infini. Nous lisons: "Que le rayon de nos yeux matériels... n'est aucunement souillé..., aussi repoussant que soit l'objet aperçu..., de même également la pensée des saints, si elle vient à se pencher sur le bourbier des passions et des hontes humaines, n'en est pas souillée... SI (même) elle décide à l'occasion d'entreprendre l'examen de tels états elle le fait dans le seul but d'observer et
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de comprendre" (Eth. VI, 258-263, 265-267). Donc, "l'impassible" ne fait que jeter un coup d'oeil dans l'abîme des passions, tout en restant étranger. Mais cela, nous l'avons déjà vu; c'est son état habituel. En quoi alors s'en distingue "l'examen", celui auquel il se décide à l'occasion? Le contexte nous dit qu'il s'agit là de quelque chose de plus grand qu'un simple "coup d'oeil". Il s'agit certainement d'une expérience sur lui-même: le "juste" ne joue plus le rôle d'un pécheur, mais le devient, pas aux yeux des profanes, comme c'était avant, mais à ses propres yeux.

Il est vrai que Syméon justifie la nécessité de cet examen par les Intérêts de la guérlson de ses enfants spirituels (Eth. VI, 269-328), comme il justifiait la fornication du père spirituel par l'indulgence pour les faiblesses humaines des autres (Cat. XX, 83-85). Mais c'est peu probable, même si Syméon lui-même croit en justifications telles de pareilles: dans son univers spirituel il n'y a pas de place pour l'aide aux autres et sa conception du salut est profondément individualiste 21. Ainsi toutes les expériences autour du péché et de l'impassibilité' ne sont qu'un jeu du "juste" mené directement avec Dieu.

Notons, tout en passant, qu'en réalité Syméon faisait ses expériences sur les subordonnés; ainsi, une fols, il a ordonné à son disciple Arsène à manger de la viande, malgré le carême. "Tout interdit de cet ordre, mais sachant que désobéir est plus grave que de manger de la viande, Arsène fit une mé-tanie, dit son bénédicité, et commença à mâcher et, tout en pleurant, à manger sa volaille. Quand le saint vit qu'il avait bien haché entre les dents la nourriture, et qu'il allait l'envoyer dans son estomac: "Assez, lui dit il, crache maintenant; comme tu es un goinfre, si tu te mets à manger, tout le pigeonnier ne suffirait pas à te rassasier; retiens l'élan de ta gloutonnerie." (Vie, p. 66-68). Cette scène, qui rappelé Dostoïevsky, montre perfaitement le caractère sinistre de la curiosité de Syméon.
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Mais si "l'impassible" est étranger aux normes terrestres, il n'empêche qu'il vit parmi les humains. Et il se trouve que Syméon ne peut pas envers leur jugement conserver l'indifférence qu'il a lui-même proclamée. Dansl'une de ses lettres, le Théologien exhorte son correspondant: "Pauvre homme malheureux, pourquoi ne vénères-tu pas ton père spirituel comme un apôtre de Christ? C'est, réponds-tu, que je ne vois pas qu'il suive les préceptes divins. - Ce n'est que'une excuse vaine! Est-ce que tu respectes les commandements mieux que lui? Et même s'il en était ainsi, tu ne devrais pas le juger... Si le roi temporel t'avait envoyé le plus humble de ses serviteurs le plus bas placés, habillé de vêtements usés et pauvres, l'aurais-tu méprisé?"22 Le ton hésitant de la lettre témoigne que Syméon reconnaît la justesse des reproches de son correspondant: il a beau insister sur le fait que ce "va-nu-pieds" spirituel lui est envojé par le roi céleste, il se rend compte qu'il n'est pas possible de le prouver.

Il faut sous-entendre la hésitation dans passage où Syméon s'indigne de la réaction de gens à l'égard du comportement provocateur des "impassibles" \ "Si justement ils avaient bien su les livres saints qu'ils lisent... tous les jours, ceux qui taxent de folie ces (impassibles) et refusent de les croire lorsqu'ils enseignent les choses divines dans la sagesse de l'Esprit". (Cent. 3, 87) Mais est-ce que ce n'est pas Syméon lui-même qui maintes fois avait glorifié "la bêtise de ce monde", laquelle, selon l'apôtre Paul, représente la sagesse véritable? (Cf. Hymn. XXIV.82-83; XXXVI,17-18; Eth.I, 217-226; Cent. 3, 84-85; Cat. VI, 282-287, 300-307; XXVI, 96-97). En effet, cela est juste, mais, aux yeux de laïcs, la bêtise n'est que la bêtise, et Syméon ne peut pas se détacher de ce système d'appréciation.

Syméon est incapable de suivre jusqu'au bout l'idée charismatique, car alors il devrait rejeter la hiérarchie ecclésiastique et même les sacrements - à cela il ne pouvait quand même se résigner, et ici réside la différence entre lui et un fol-en-Christ lequel renie systématiquement toutes les conventions et toutes les institutions de ce monde, y compris l'Eglise. Mais, parmi les idéologues, lequel est assez auda-
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cieux pour agir en congruitè avec son idéologie? Pour le reste, on peut reconnaître Syméon en tant que fol-en-Christ: comme celui-ci, il agit en visionnaire; 11 hait tout bon sens et toute érudition; il épate le public; 11 est tenté par l'exhibitionisme et la provocation sexuelle. A la différence près que le fol-en-Chtlst est anonyme, il ne laisse pas d'écrits et par là il agit avec plus de logique que Syméon; cependant, c'est justement grâce à ce manque de logique que nous pouvons, à partir de l'exemple de Syméon, comprendre quelque chose d'important dans le phénomène de cette folie.

On est habitué à croire qu'un fou, par le dérèglement de sa conduite, stimule les gens à voir le monde autrement, et c'est incontestablement vrai, quoique ce ne soit pas totalement la vérité. Un fol-en-Christ, anachorète dans le passé, ne se souciait pas beaucoup d'instruire les gens; saint André le Salos dit: "ου γαρ εμοι σκοπος ώστε ελέγχειν και επιμαν τοις αμαρτωλοις, αλλα τρέχειν με την ευθειαν οδόν" 23. Salos était surtout préoccupé de ses relations avec Dieu, et il ne retourne pas en ville (ou pas seulement) parce qu'il fut pris du désir d'apporter "les lumières", mais pour compliquer sa tâche. Il voulut s'assurer que la perfection obtenue cerait vraiment durable. "Il arrive, écrit Maxime le Confesseur, que les passions ne se manifestent pas faute de tentation"24. Pour Maxime et pour d'autres auteures (Nile Slnaïte, Ma l'Hermlte) qui voient dan3 "l'apathie" un idéal obtenu grâce à des efforts pénibles, cela signifie une vigilance infaibil-lible pour éviter les épreuves, mais pour celui qui a cru à sa propre "impassibilité", l'absence de tentation ne fait que diminuer la valeur du don divin. Plus forte est la tentation, et plus a de froids l'Impassibilité.

Nous sommes persuadés que le fol-en-Christ aurait raconté la même chose, s'il avait parlé. Mais il ne s'adonne pas aux théories et on ne voit que côté extérieur et provocant de sa conduite, alors que l'essentiel de sa provocation est intériorisé.
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Nous sommes convenus de Juger Syméon d'après les règles créées par lui-même et nous pouvons constater que c'est justement selon ces règles qu'il s'inflige une défaite foudroyante. Premièrement, il ne peut pas aller jusqu'au bout dans sa négligence de l'opinion publique; deuxièmement, il n'a pas confiance en sa propre qualité d'élu; enfin, il profane cette dernière; les deux premières déductions ont été démontrées plus haut, il est temps maintenant d'examiner la troisième.

Ainsi que nous l'avons déjà mentionné, Syméon en raison de son dévouement fanatique au culte de son maître, a été exilé. Selon Nicétas Stéphate, l'ennemi principal de Syméon était le synkellos Etienne de Nicomédie. C'était lui qui luttait contre le culte en question, c'était lui aussi qui menait une polémique acharnée avec Syméon sur des questions theologi-ques, et pouvait alors se croire victorieux, — et c'est à lui que Syméon a enterprls d'écrire une lettre dès qu'il arriva pour les lieux de son exil. îl a conçu cet envol et estime cette missive comme un remerciement. Syméon, selon les préceptes evangéliques, bénit son persécuteur, et remercie Etienne pour ses propres souffrances qui le rapprochent de Dieu. La lettre se termine par ces mots: "Toutes choses pour lesquelles je te rends grâces, et ne cesserai jamais de te rendre grâces et de prier pour toi. Au reste, si tu as encore quelque complément de joie et de gloire pour ceux qui t'aiment, n'hésite pas à le réaliser, pour multiplier ton salaire et rendre plus abondante ta récompense des mains de Dieu, l'auteur des lois que tu observes si bien. Salut" (Vie, p. 134). Le point le plus intéressant qui ressort de cette lettre, c'est ce qu'elle n'était pas conçue comme ironique. Rechercher ses souffrances et prier pour ses offenseurs représentait le conduite ordinaire d'un saint. Mais, d'une autre côté, chaque mot de cette lettre respire une haine ardente et évidemment Syméon ne pouvait pas compter qu'elle serait accueillie comme un exemple d'humilité chrétienne. Cet exemple montre bien comment la plus grande humiliation volontaire et
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le plus grand orgueil sont Inséparables dans l'âme de Syméon 25. Il se permet de ne pas distinguer ces deux sentiments en croyant qu'il obtiendra l'extase sacrée et en ne se rendant pas compte qu'il aboutira à la débauche. C'est ce qui représente la σαλότης, au niveau quotidien, donc dans l'acception actuelle du mot юродивый en russe.

Selon les "défenseurs" de Syméon "la plus grand partie de ses contradictions trouve son explication dans le caractère paradoxal et antinomique du mystère de christianisme"26, que sa position exprime l'opposition originelle des apôtres Jean et Pierre 27. Le plus important, pour nous, c'est de démontrer que les oppositions essentielles de Syméon sont ses propres oppositions à lui. Le christianisme ne craint pas son goût du paradoxe ontologique, mais en même temps il ne tient pas à attribuer à lui tout ce qui détonne — Syméon, au contraire, ne voit pas les écueuils de sa théologie tant qu'il ne s'y heurte pas; c'est alors qu'il perd contenance et se met en colère. Le christianisme, pour obtenir le salut, exige la concentration d'esprit, alors que Syméon volt dans "l'impassibilité" un don divin.

* * *

Celui qui voudrait placer l'absolu dans les limites de l'existence terrestre, se trouve alors devant des problèms; il y a une tentation de jouger l'absolu par les critères de la vie d'ici-bas. Ce retour prouverait qu'il a en lui-même le doute inconslent sur l'absolu — mais avec ça l'homme retournant dans le monde des humains se trouve dépourvu d'immunités terrestres. C'est pourquoi, en commençant par la sainteté', on finit par une bacchanale des péchés; ayant appris l'humiliation, on tombe dans l'orgueil; s'étant glorifié par la dévotion, on lance finalement le défi à Dieu lui-même.
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NOTES

1 Miquel P. La conscience de la grâce selon Syméon le Nouveau Théologien // Irénikon 42, 1969. P. 335.

2 Loos M. Courant mystique et courant hérétique dans la société byzantine // JÔB 32, 2, 1982. P. 238.

3 Rigo A. Monaci esicasti e monaci bogomili. Firenze, 1989. P. 203.

4 Les références sur les oeuvres de Syméon sont données dans le texte avec abbréviations suivantes: Cat.= Syméon le Nouveau Théologien, Cathechèses. T. I—III. Éd. par B.Krivc— chéine et J.Paramelle. Paris, 1963-1965; Eth. = Traités Théologiques et éthiques. T.I. Ed. par J.Darrouzès. Paris, 1966; Hymn. = Hymnes. T. I—II. Éd. par J. Koder, J. Para-melle. Paris, 1967; Vie = Vie de Syméon le Nouveau Théologien par Nicétas Stéphatos. Ed. par I.Hausherr. Roma, 1928.

5 Rozenthal-Kamarinea 1. Symeon Studites, ein heiliger Narr // Acten des XI Internationalen Byzantinistenkongresses. Munchen, 1960. S. 515-520.

6 H.Graef insiste sur le fait que Syméon aimait son père spirituel "whatever the older man's shortcomings" (Graef H. The Spiritual Director in the Thought of Symeon the New Theologian // Kyriakon.
Festschrift J. Quasten. II. Munster, 1970. P. 609).

7 Cf.: Spidlik Th. La spiritualité de l'Orient chrétien. I. Roma, 1978. P. 261-270; Bardy G. Apatheia // Dictionnaire de la spiritualité. I. Paris, 1937. P. 733-744; Volker W. Praxis und Theoria bei Symeon dem Neuen Theologen. Wiesbaden. 1974. S. 269-270.

8 Evagre le Pontique. Traité pratique. II. Paris, 1971. P. 702. Cf. PG. 40, col. 1111-1112; PG. 65, col. 153, 392, 296, 340.

9 Vasilij Krivochéine. Prepodobnij Simeon Novyj Bogoslov. Paris, 1980. P. 320-321.
10 Ibid.

11 Turner H.J.M. St. Symeon the New Theologian and Spiritual Fatherhood.
Leiden, 1990. P. 212.

12 Traités théologiques et éthiques. Ed., trad. J.Darrouzès. I. Paris, 1966. P. 135.

13 Vasilij Krivochéine. 0p. cit. P. 318.
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14 Centuries... P. 176-177.

15 Vasilij Krivochéine. 0p. cit. P. 329.

16 Ibid.

17 Cf. Hymn.
XVIII, 149-160.

18 Si nous faisons abstraction de la doctrine théologique de Syméon et si nous nous adressons à sa personnalité, nous pouvons supposer qu'il était un eunuque (cf. Koder J. Normale Mônche und Enthusiasten. Das Fall des Symeons Neos Theologos // Religiose Devianz. Frankfurt/Main, 1990. S. 99); en tout cas, le titre du spatharocubiculaire qui lui avait été attribué revenait d'habitude justement aux eunuques. Alors, il serait inutile de parler de la fornication comme telle. D'autre part, sur les tortures subies par un homme qui a été châtré, mais pas "tout-à-fait", voir: Laurent V. La Vie de Jean, Métropolite d'Héraclée du Pont // Archeion Pontou. 6. 1934. P. 36. Donc, au niveau d'indées ordinaires, il est possible d'interpréter l'érotisme des visions divines de Syméon, comme une sorte de sublimation (cf. Vie. P. 24).

19 Vasilij Krivochéine. 0p. cit. P. 331.

20 Fraigneau-Julien B. Les Sens spirituels et la Vision de Dieu selon Syméon le Nouveau Théologien. Paris, 1985. P. 138.

21 Kazhdan A.P. Predvaritelnye zametchanija o mirovozzrenii vizantijskogo mistika X-XI vv. Simeona // Byzantinoslavica XXVIII. 1967. P. 12-13, 19-22, 38.

22 La version originale de cette lettre ne pas été publiée; nous avons utilisé la traduction néogrecque: Του οσίου Συμεών... μεταφρ. Δ. Ζαγοραίου. Ι. Συρω, 1886. S. 80.

23 Vita s. Andreae Sali. PG. 111. Col. 700.

24 Maximi Confessoris Centuriae. III. 78.

25 Kazhdan A. 0p. cit. P. 30. Cf. Vie, p. LXVII.

26 Vasilij Krivochéine. 0p. cit. P. 178.

27 Bergeron H. Le Sens de la Lumière chez Syméon le Nouveau Théologien // Contacts. 38. 1986. P. 

26. Cf. Biedermann H. Das Menschenbild bei Symeon dem Jungeren dem Theologen. Wurzburg, 1949. S. 74-76.
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СИМЕОН НОВЫЙ БОГОСЛОВ КАК ЮРОДИВЫЙ


Резюме

В статье анализируется творчество и личность крупнейшего византийского мистика Симеона Нового Богослова (949-1022).

На первый взгляд, нет ничего более далекого от облика Симеона, чем юродство: он был видной общественной фигурой, а юродивый принципиально безвестен; Симеон много лет игуменствовал, а юродивый всегда держится в стороне от церкви; Симеон неизменно суров и неприступен, а юродивый назойлив и нагл. Наконец, Новый Богослов и сам совершенно недвусмысленно высказывается против юродства (Кат. XXVIII, 369-379).

Все это правдано это не вся правда. Учение Симеона состояло в том, что истинные Божьи избранники, так наз. "бесстрастные", не обязаны подчиняться правилам, выработанным для обычных христиан. Богоизбранность этих праведниковхаризматический дар, он ниспосылается не за добродетель. Подобная логика неизбежно приводит симеонова праведника к желанию проверить степень собственного "бесстрастия". Оно испытывается грехом.

Но тот же импульс движит и юродивым: он хочет доказать себе и другим, что святость есть не столько высшая ступенька на лестнице благонравия, сколько совершенно особое состояние души, приобретаемое не благодаря добродетелям, а вопреки грехам.

Это доктринальное сходство выходит на поверхность, когда Симеон начинает "юродствовать" в том бытовом смысле, в котором это слово употребляется в русском языке сегодня.

S. A. Ivanov


SOURCE : http://ec-dejavu.net/j/Symeon_New_Theologian.html

Saint Syméon le Nouveau Théologien (949-1022)

«Le royaume des cieux est déjà ici»

La tradition donna à saint Syméon (949-1022) le surnom de « nouveau théologien », c'est-à-dire le « nouveau saint Jean l'évangéliste », pour souligner l'élévation spirituelle de son enseignement. Jeune courtisan à Constantinople, il avait rapidement choisi la vie monastique et devint assez vite higoumène. Ses écrits provoquèrent l'hostilité de prélats mondains mais aussi la méfiance des autorités de l'Église et il mourut en exil, entouré d'ailleurs de nombreux disciples qui l'y avaient accompagné.

Les extraits présentés ici constituent un des points principaux de l'enseignement de saint Syméon mais n'ont pas besoin d'une longue présentation. La phrase « les biens éternels sont entre tes mains » n'est pas de simple rhétorique mais formule une vérité fondamentale. La vie terrestre du chrétien consiste à concrétiser cette réalité. La grâce reçue au baptême et renouvelée par la pratique de l'eucharistie en est le moyen essentiel. Voila pourquoi ces deux sacrements sont, ci-dessous, cités ou bien évoqués ensemble. Cela invite à réfléchir sur le fait qu'il existe, bien sûr, la théologie des sept sacrements (encore que certains y ajoutent un huitième : la profession monastique), mais que pour bien des Pères et des théologiens baptême et eucharistie sont à mettre à part et d'une certaine manière au-dessus des autres sacrements, et ceci pour les raisons que nous venons de voir.

Pour saint Syméon l'effort humain (on pourrait dire la part personnelle du processus de divinisation, car c'est bien de cela qu'il s'agit ici) ne consiste donc pas forcément à réaliser des « exploits » ascétiques, mais à pratiquer la tempérance (c'est-à-dire la maîtrise de sa volonté et de ses désirs) et à suivre en tout point la volonté divine, ce qui est déjà fort difficile....
Michel Feuillebois
Tu as donc appris, mon ami, que le royaume des cieux est intérieur à toi, si tu le veux, et que tous les biens éternels sont dans tes mains. Empresse-toi donc de voir, de saisir et d'obtenir en toi les biens tenus en réserve et prends garde en t'imaginant les posséder de ne pas être privé de tout ; gémis, prosterne-toi ; comme l'aveugle autrefois (Lc 18, 35 s.), dis maintenant, toi aussi :

« Aie pitié de moi, Fils de Dieu, et ouvre-moi les yeux de l'âme, afin que je voie la lumière du monde que tu es, Dieu, et que je devienne moi aussi fils du jour divin. Envoie le consolateur, ô clément, sur moi aussi, afin qu'il m'enseigne lui-même ce qui te concerne et ce qui est tien, ô Dieu de l'univers. Reste, comme tu l'as dit, en moi aussi, afin que je devienne à mon tour digne de rester en toi et que sciemment j'entre alors en toi et que sciemment je te possède en moi. Daigne, ô invisible, prendre forme en moi, afin qu'en voyant ta beauté inaccessible, je porte ton image, ô céleste, et que j'oublie toutes les choses visibles. Donne-moi la gloire que t'a donnée, ô miséricordieux, le Père, afin que, semblable à toi comme tous tes serviteurs, je devienne dieu selon la grâce et que je sois avec toi continuellement, maintenant et toujours et pour les siècles sans fin. »

Oui, mon frère bien-aimé, crois et sois persuadé qu'il en est ainsi et que telle est notre foi. C'est en cela que consiste - crois-le, frère - de renaître, d'être rénové et de vivre dans le Christ. Nous étions morts et nous revenons à la vie ; corruptibles, et nous passons à l'incorruptibilité ; mortels, et nous sommes transportés dans l'immortalité ; terrestres, et nous devenons célestes ; charnels nés de la chair, et nous devenons spirituels, engendrés et créés à nouveau par l'Esprit-Saint.

Voilà donc ce qu'est la nouvelle création dans le Christ. Voilà ce qui s'accomplit et se réalise chaque jour chez les fidèles et les élus véritables. Ils communient à tous ces biens partiellement tant qu'ils sont dans le corps, et ils le font de manière consciente. De plus, ils espèrent aussi les recevoir en héritage après la mort, en toute plénitude et certitude.

En effet, si l'on nous enseigne sans cesse que nous mangeons et buvons le Christ, que nous le revêtons, que nous le voyons et qu'en retour il nous voit : si, encore, nous savons que nous le possédons en nous et que nous, de notre côté, nous demeurons en lui, en sorte qu'il est en nous à demeure et que nous sommes de notre côté à demeure en lui : si, en outre, nous devenons ses enfants et lui notre père, s'il est la lumière qui brille dans les ténèbres et si nous disons que nous le voyons selon la parole : « Le peuple assis dans les ténèbres a vu une grande lumière » (Is 9, 1), alors, s'il nous arrivait de dire que cela ne se produit nullement en nous, ou que cela se produit bien, mais de manière mystérieuse et insensible, sans que nous en sachions rien, en quoi sommes-nous différents de cadavres ?

Oh non ! Ne nous laissons pas aller nous-mêmes à l'incrédulité jusqu'à descendre dans un abîme de perdition ; et même si jusqu'ici vous n'avez pas eu l'espoir d'acquérir de pareils biens et que, pour cela, vous n'avez rien demandé, à présent du moins, après avoir tout d'abord cru à la réalité de ces biens et à leur conformité avec les divines Écritures, soyez pleinement assurés que dès ici-bas, consciemment, nous est donné à nous, les fidèles, le sceau du Saint-Esprit. Ayant cru, courez alors pour atteindre le but ; luttez, mais non en battant l'air ; de plus, « demandez et on vous donnera, frappez et l'on vous ouvrira » (Mt 7, 7), soit ici-bas, soit dans le siècle à venir.

Une rencontre éblouissante

Ce lui qui pratique en tout la tempérance et habitue son âme à ne pas s'égarer hors de l'ordre, à ne rien faire par sa volonté propre de ce qui déplaît à Dieu, et qui s'applique ardemment tout entier à suivre les commandements divins, celui-là se trouvera bientôt enveloppé lui-même dans les préceptes de Dieu.

Qu'il rencontre le Seigneur et, oubliant alors toute autre activité, il sera dans le ravissement et, prosterné, il n'aura d'autre désir que de le voir. Qu'il le perde des yeux, perplexe alors, il reprend sa route à partir du début et court plus fort, plus énergiquement et plus sûrement. Il regarde à ses pieds, il marche avec attention ; la mémoire brûle, le désir flambe, l'espérance s'enflamme de le voir de nouveau ; et lorsqu'une longue course l'a laissé sans force loin du but qu'il n'a pu atteindre, complètement abattu et incapable d'avancer, c'est alors qu'il aperçoit celui qu'il poursuit ; il atteint celui qui le fuit, saisit celui qu'il désire ; il se fond dans la lumière, il goûte à la vie, il étreint l'immortalité, il entre dans une jouissance délicieuse, il monte au troisième ciel (2Co 12, 2-4), il est ravi au paradis, il entend des paroles indicibles, il pénètre dans la chambre nuptiale, il voit l'époux, il participe au mariage spirituel, il se rassasie de la coupe mystique, du veau gras, du pain vivifiant, du breuvage de vie, de l'agneau immaculé, de la manne intelligible : il entre en jouissance de tous ces biens que les puissances angéliques elles-mêmes n'osent pas regarder librement en face.

Fils de Lumière

Si quelqu'un disait que chacun de nous, fidèles, reçoit et possède l'Esprit sans en avoir connaissance ni conscience, il blasphème en faisant mentir le Christ qui a dit : « En lui se produira une source d'eau jaillissant pour la vie éternelle » (Jn 4, 14) et encore : « Celui qui croit en moi, des fleuves couleront de son sein en eau vive » (Jn 7, 38). Si la source jaillit, certainement aussi le fleuve qui sort et qui s'écoule est aperçu de ceux qui le regardent ; mais si tout cela se réalise en nous à notre insu, sans que nous en ressentions rien, il est bien évident que nous n'aurons pas non plus la moindre conscience de la vie éternelle qui en découle et qui demeure en nous, et que nous ne contemplerons pas la lumière de l'Esprit-Saint. Au contraire, nous resterons morts, aveugles et insensibles, alors aussi bien que maintenant. Ainsi, vaine serait notre espérance et notre course inutile, puisque nous sommes dans la mort et que nous ne prenons pas conscience de la vie éternelle.

Mais il n'en est pas ainsi, pas du tout, et ce que j'ai dit bien des fois, je le dirai encore, et ne cesserai de le dire. Lumière est le Père, lumière le Fils, lumière l'Esprit-Saint : lumière unique, intemporelle, sans division ni confusion, éternelle, incréée, sans quantité ni défaut, invisible, que nul homme n'a pu contempler avant d'être purifié, ni recevoir avant de l'avoir contemplée.

Quant à ceux qui prétendent la connaître et avouent cependant ne pas apercevoir la lumière de la divinité, voici ce que le Christ leur dit : « Si vous m'aviez connu, c'est comme lumière que vous m'auriez connu ; car la lumière du monde, en réalité, c'est moi » (Jn 8, 12). Malheur donc à ceux qui disent : « Quand viendra le jour du Seigneur ? » et qui ne font aucun effort pour le saisir. Car chez les fidèles l'avènement du Seigneur s'est déjà produit et se produit sans cesse.

Nous ne sommes pas fils de ténèbres ni fils de la nuit, pour que la lumière nous surprenne, mais fils de lumière et fils du jour du Seigneur. C'est pourquoi, soit que nous vivions, nous sommes dans le Seigneur, soit que nous mourions, en lui et avec lui nous vivrons, comme dit Paul (Rm 14,8 ; 1Th 5, 10). Dieu est tout à la fois siècle futur, jour sans déclin et royaume des cieux, terre des doux et divin paradis.

Tout cela et bien plus que cela, le Christ le deviendra pour ceux qui croient en lui, et pas seulement dans le siècle à venir, mais d'abord dans la vie présente. Bien qu'ici-bas ce soit de manière obscure, les fidèles voient nettement et reçoivent dès à présent les prémices de tout ce qu'ils auront là-bas. Nous le recevons en pleine connaissance et conscience de l'âme, pourvu que notre foi ne soit pas de mauvais aloi, ni notre pratique des commandements divins déficiente.

Pour le corps nous n'en sommes pas encore là, mais après la résurrection, notre corps lui-même sera spirituel. Comme celui-là qui par sa puissance divine a mué le sien et l'a ressuscité du tombeau, ainsi nous tous, nous le reprendrons spirituel ; et nous qui lui étions auparavant assimilés par notre âme, nous lui serons alors assimilés à la fois par l'âme et le corps : hommes par nature, dieux par grâce, comme lui-même Dieu par nature a pris forme d'homme par sa bonté.

Bienheureux donc ceux qui ont reçu le Christ venu comme lumière dans les ténèbres, car ils sont devenus fils de lumière et du jour. Bienheureux ceux qui chaque jour se nourrissent du Christ, avec cette contemplation et connaissance, comme le prophète Isaïe, du charbon ardent (Is 6, 6), car ils seront purifiés de toute souillure de l'âme et du corps.

Bienheureux ceux qui vivent en permanence dans la lumière du Christ, car maintenant comme pour les siècles ils sont ses frères et cohéritiers et le seront à jamais. Bienheureux ceux qui à présent ont allumé la lumière dans leur cœur et ne l'ont pas laissée s'éteindre, car au sortir de cette vie ils iront avec éclat au-devant de l'époux et entreront avec lui dans la chambre nuptiale en portant les flambeaux. Bienheureux ceux qui voient leur vêtement briller, comme si c'était le Christ, car ils seront comblés à toute heure d'une joie ineffable ; et, dans leur saisissement, ils pleureront de bonheur devant cette preuve qu'eux-mêmes sont déjà fils et bénéficiaires de la résurrection.

Traités théologiques et éthique Cerf, « Sources Chrétiennes » n° 156, traduction p. J. Darrouzès

Prière Mystique

Tu m'as réveillé de ton souffle divin
Tu m'as séduit par ta beauté,
Par ton amour tu m'as blessé
Tu m'as transformé du tout au tout
Je vis ton visage et j'eus peur
Quelque doux et accessible qu'il m'apparut
Mais devant ta beauté je m'extasiai
Et je fus frappé de stupeur, ô Trinité mon Dieu !
Identiques sont les traits en chacun des Trois
Et les Trois sont un unique visage, mon Dieu
Qui a nom l'Esprit, le Dieu de l'univers
...et Toi, ô mon Dieu, tu m'enlaçais davantage
tu m'embrassais davantage
Davantage tu me serrais dans tes bras !
Dans le sein de ta gloire, ô mon Dieu
Dans la frange de ton manteau
Tu m'attirais tout entier
Tu me couvrais de ta lumière !
Ô profondeur de tes mystères
Ô sublimité de ta gloire
Ô ascension, ô divinisation, ô richesse
Ô éclat indicible de tes paroles
Mystères dont ceux qui les voient
Ne peuvent saisir la beauté !

Syméon le Nouveau Théologien
 Cet article est paru en décembre 2009  dans le numéro 378 du Bulletin de la Crypte

SOURCE : http://www.crypte.fr/patrologie/symeon378.html

Simeon the New Theologian

Born in Paphlagonia, 949; died at Constantinople, 1022. Saint Simeon is venerated by the Orthodox Church at Constantinople, where he was raised. He was a monk of the Studius who migrated to St. Mamas Monastery in such of a more austere life. He become its abbot and ruled for 25 years. His strictness was met with animosity, so he organized a new community. In Saint Simeon, Byzantine mysticism reached its peak; he followed the spiritual tradition of Saint John Climacus and Saint Maximus the Confessor. Recently his writings have generated interest among Western students (samples can be found in E. Kadloubovsky and G. E. H. Palmer's Writings from the Philokalia (1951)). Simeon is called the "new" theologian to indicate his place in the Orthodox Church as a successor to Saint John the Evangelist and Saint Gregory of Nazianzus (Attwater).