vendredi 19 avril 2013

Saint LÉON IX, Pape et confesseur

Saint Léon IX, pape

De la famille des comtes d'Alsace, Brunon, né en 1002, devient prêtre de la cathédrale de Toul. Nommé évêque de la même ville, il sait décliner les honneurs inutiles et garder sa liberté vis-à-vis des puissants. Dans son diocèse, qu'il sillonne, il gagne les cœurs et favorise l'implantation de l'Ordre de Cluny. Il défend les biens d'Eglise contre les usurpateurs, mais vend les vases sacrés pour aider les malheureux, qu'il sert lui-même. Il prie longuement la nuit, fait chaque année un pèlerinage à Rome. En 1048, devant les luttes entre plusieurs candidats à la papauté, l'empereur convoque une diète à Worms. Brunon y assiste. Très estimé de tous, il est choisi comme pape. Il s'attaque alors avec fermeté aux abus qui minent le clergé, parcourt la chrétienté pour promouvoir la réforme, convoque des conciles locaux pour inviter les prêtres à réfléchir à leur conduite. Il préfère utiliser la bonté et l'indulgence, mais n'hésite pas à prendre des sanctions nécessaires. Il fait reconnaître l'indépendance de la Hongrie et tente de s'opposer aux exactions des Normands en Italie du Sud. Il meurt en 1054 ; de nombreux miracles ont lieu à son tombeau placé aujourd'hui sous un autel de la basilique Saint-Pierre.

Après la période la plus sombre de l'histoire de l'Eglise, c'est lui qui fut à l'initiative de la belle réforme qu'on nommera « Grégorienne » du nom d'un de ses successeurs, et qui assurera l'Eglise médiévale sur des bases résolument évangéliques.

SOURCE : http://www.paroisse-saint-aygulf.fr/index.php/prieres-et-liturgie/saints-par-mois/icalrepeat.detail/2015/04/19/6255/-/saint-leon-ix-pape

Saint Léon IX, Pape

Brunon de Dabo naquit à la frontière de l’Alsace et de la Lorraine en 1002, dans une famille de la plus haute noblesse. A cinq ans seulement, sa mère, l’envoya à Toul pour y suivre l’enseignement de l’école épiscopale. Vers l’âge de quinze ans, il entra au chapitre en qualité de chanoine et fut, quelques années plus tard, ordonné diacre. Brunon dirigeait en Italie le contingent fourni à l’armée impériale par l’évêque de Toul, quand, celui-ci venant à mourir, il fut élu pour lui succéder, en avril 1026. Il avait vingt-quatre ans.

Brunon de Dabo gouverna le diocèse de Toul pendant près d’un quart de siècle avec tant de sagesse qu’à la fin de l’année 1048, il fut choisi par l’empereur Henri III pour occuper la chaire de saint Pierre. Pape sous le nom de Léon IX, il apporta à la réforme de l’Église qui sombrait alors dans les plus graves désordres, une énergie peu commune en même temps que de grandes qualités psychologiques. Il parcourut l’Italie, la France, l’Allemagne, tenant en tous lieux des réunions d’évêques pour réformer les mœurs, restaurer la discipline. Son activité prépara le brillant pontificat de saint Grégoire VII, le moine Hildebrand, que saint Léon IX avait eu comme conseiller. Cependant, s’il connut des succès, il eut aussi la tristesse de voir s’achever le schisme entre la papauté et l’Église d’Orient ; il eut également beaucoup à souffrir d’une guerre contre les Normands de l’Italie du Sud dans laquelle il fut entraîné et qui lui valut une captivité de huit mois. Il mourut à Rome le 19 avril 1054 et fut inhumé à Saint-Pierre.

Son attachement au diocèse de Toul le fit conserver pendant 3 années le titre d’évêque de Toul. Le 20 mai 1050, de retour à Toul, il canonisa solennellement saint Gérard mort en 994, et le 22 octobre suivant, lui consacra un autel dans la cathédrale, après avoir procédé à l’élévation de ses reliques.



Léon IX

1049-1054
 
Léon IX fut le cent cinquante-deuxième pape, successeur de Damase II. Le très agité 11e siècle vit se succéder sur le siège de Pierre vingt-deux papes et quatre anti-papes.

Baptisé Bruno au baptême - certains disent Brunon, les deux sont possibles - il était né le 21 juin 1002 au château d’Egisheim en Alsace, de Hugo et Hedwige, qui étaient de l’aristocratie.

Bruno fut confié à cinq ans à l’école épiscopale de Toul, où il se montra extrêmement doué pour les études, qu’il accomplit avec rapidité.

Durant son adolescence, Bruno fut un jour durant son sommeil agressé au côté droit du visage par quelque bête venimeuse : réveillé par la douleur, Bruno put se débarrasser de la bête, mais resta longtemps blessé. Une nuit, il vit un saint moine lui faire le signe de la croix sur les lèvres et les parties tuméfiées, après quoi la guérison complète se fit en quelques jours : Bruno fut toujours convaincu qu’il s’était agi de saint Benoît, en récompense pour l’action bienfaitrice de ses parents en faveur des monastères.

Bruno entra dans la cléricature, il était diacre à vingt-trois ans (et probablement prêtre à vingt-quatre), quand on le proposa pour succéder à l’évêque défunt de Toul. L’empereur Conrad voulut le faire sacrer à Rome par le pape, mais Bruno refusa humblement, par égard pour son métropolite, l’archevêque de Trêves qui le sacra à Trèves. C’était en 1027, Bruno avait vingt-cinq ans.

Une des priorités du nouvel évêque, fut l’attention aux monastères, surtout bénédictins. Il agrégea à Cluny les deux abbayes de Saint-Mansuy et Moyenmoutier, où il nomma des abbés choisis parmi les moines en remplacement des abbés laïcs indignes ; il acheva l’abbaye de moniales de Poussay.

Lors d’une malheureuse guerre entre Eudes de Champagne et Conrad de Bourgogne, il vendit les vases sacrés pour venir en aide aux populations malheureuses.

Chaque jour, Brunon priait beaucoup, veillait la nuit, il priait particulièrement saint Pierre, et fit chaque année le pèlerinage à Rome. Une année que sa suite avait été frappée par une contagion, il trempa une relique de saint Epvre dans du vin, qu’il distribua aux malades : la contagion disparut. Une année où il fut particulièrement éprouvé intérieurement, il se fit une nuit porter devant l’autel de saint Blaise, où il fut ravi en extase : saint Blaise vint le soigner ; sortant de l’extase, il sentit ses forces revenir et put chanter tout l’office de nuit avant de revenir chez lui à pied.

Ces épreuves avaient été plusieurs deuils de sa famille : deux frères, ses parents, l’empereur Conrad moururent, et son beau-frère subit une condamnation et une excommunication.

Le pape Damase II mourut en 1048. A cette époque, le choix du pape devait avoir l’agrément de l’empereur, et ce fut Bruno qui fut désigné à l’unanimité. Il prit le temps de célébrer Noël dans son diocèse, et arriva à Rome le 2 février 1049, où il fut acclamé.

Avec le nom de Léon IX, Bruno commença alors une campagne en règle contre deux abus qui sévissaient dans le clergé : la simonie et l’incontinence des clercs. Un premier synode romain ne réunit que peu d’évêques ; il le compléta par d’autres synodes tenus en diverses localités, dans l’ordre : Pavie, Reims, Mayence, Salerne, Siponto, Rome, Mantoue (où ses ennemis pénétrèrent dans l’église-même pour en empêcher les débats.

En dehors de ces synodes, le pape s’arrêta aussi en diverses localités : entre autres à Toul, dont il conserva l’administration, mais il parcourut les diocèses d’Italie, la Bourgogne et l’Alsace, les villes d’Allemagne. L’archevêque Berthald de Besançon fut déposé ; le duc de Basse-Lorraine fut excommunié jusqu’à ce qu’il fît pénitence ; l’abbé de Pothières fut déposé ; l’évêque de Langres excommunié ; l’hérésiarque Bérenger fut excommunié. Le schisme de Michel Cérulaire s’étant accentué, les légats du pape durent l’excommunier au nom de Léon IX.

Une expédition malheureuse contre les Normands de basse Italie tourna finalement en faveur du pape : les Normands se soumirent à lui et se constituèrent ses vassaux.

En février 1054, il sentit que son heure approchait. Il revint à Rome et se fit porter devant l’autel de saint Pierre. Le 17 avril, il annonça sa mort pour le 19. Le 18 il se fit porter encore une fois devant l’autel de la Confession, où il s’endormit pour son dernier sommeil. 

Selon une autre version, Léon IX avait fait venir tout le clergé romain en la basilique Saint-Pierre le 19 avril ; il leur adressa la parole une dernière fois et, s’étant retourné vers l’autel, il se signa et s’écroula, mort.

Il s’éteignit au matin du 19 avril 1054, après un pontificat de cinq années, deux mois et sept jours.
On grava sur sa tombe le distique suivant : 

Victrix Roma dolet, nono viduata Leone    Rome victorieuse souffre, devenue veuve de Léon IX,
Ex multis talem non habitura Patrem. Parmi tant d’autres, elle n’aura plus un tel Père.
 
 
Dans les quarante jours qui suivirent les funérailles de Léon IX, on put attribuer au défunt soixante-dix guérisons extraordinaires. En 1087, la canonisation populaire fut officiellement ratifiée, selon l’usage de l’époque. Lors d’une exhumation des restes en 1606, le corps fut trouvé en parfaite conservation.

Le successeur de Léon IX fut Victor II.   

SOURCE : http://www.samuelephrem.eu/article-04-19-116073703.html


LÉON IX, un GRAND PAPE

D'importantes cérémonies célèbrent déjà et célébreront encore le deuxième millénaire d'une naissance, celle du pape Léon IX. Cette commémoration solennelle est pleinement justifiée, mais peut-être n'est-il pas inutile d'en évoquer brièvement les raisons. Disons le d'emblée, ce souverain pontife, qui ne régna que quatre ans, de 1049 à 1054, fut l'un de ceux dont l'action contribua le plus à faire de la papauté le centre moteur de l'Eglise latine.Naquit-il le 22 juin 1002 au château d'Eguisheim? Les historiens ne sont pas tous d'accord ; certains d'entre eux estiment plus probable qu'il vint au monde tout près de Dabo, sur le Durrenberg. Ce qui ne fait pas de doute en revanche c'est que son père appartenait à la famille des comtes du Nordgau, seigneurs d'Eguisheim, et que Brunon -tel était le nom de baptême du futur pape- séjourna fréquemment en Alsace, la province à laquelle il prodigua bien souvent les marques d'une profonde affection. La mère de Brunon, elle, était incontestablement lorraine. Que ce fût du côté paternel ou du côté maternel, l'ascendance de Brunon en faisait un membre de la très haute aristocratie, dont les alliances et les possessions s'inscrivaient dans un cadre beaucoup plus large qu'une région, fût-elle aussi riche et plaisante que la nôtre. Dans la parenté de Brunon figuraient aussi bien des comtes de Reims que des évêques de Langres et de Metz ; il était le cousin des empereurs Conrad II et Henri III.

Il n'avait que cinq ans lorsqu'il devint l'un des élèves de l'école cathédrale de Toul. Il y acquit une bonne formation que compléta très heureusement un séjour de deux ans à la chapelle royale qui était alors la pépinière des principaux dignitaires ecclésiastiques de l'Empire. Brunon retint l'attention du souverain qui en 1026 lui confia le soin de diriger le diocèse où il avait déjà passé quinze ans de son existence. Au cours de cet épiscopat, qui dura une vingtaine d'années, Brunon s'efforça de porter remède aux maux dont souffrait l'Eglise à cette époque. Les fonctions y étaient trop souvent considérées comme des sources de profit et, s'il en était besoin, on s'en assurait la possession en achetant les personnes qui en désignaient le titulaire. Cela s'appelait la simonie. Des hommes qui voyaient dans le service de 1'autel avant tout une carrière se souciaient peu du célibat ; leurs enfants prenaient leur succession et suivaient leur exemple. Ces pratiques, qualifiées de nicolaïsme, créaient des lignages de prêtres voire de prélats, dont tous les membres, tant s'en fallait, n'avaient pas les qualités requises pour leur ministère. Le laxisme avait pénétré jusque dans les monastères. Mais c'était également au sein du monde des moines qu'était apparu dès le Xe siècle un mouvement de réforme, en particulier à Cluny et à Gorze. Brunon trouva parmi les représentants de ce courant ses collaborateurs les plus sûrs et dans les abbayes de son évêché son action obtint les succès les plus évidents. Il fit preuve de tant de discernement et d'énergie qu'en 1048 Henri III voulut qu'il occupât le siège de saint Pierre.

L'empereur se considérait comme le lieutenant de Dieu sur terre ; sa mission était temporelle et spirituelle à la fois. Or la tête de l'Eglise n'était guère plus saine que son corps. Les clans de 1'aristocratie romaine se disputaient le Saint Siège. En 1046, Henri III décida de mettre fin à ce désordre. Il fit déposer par un synode les trois papes qui prétendaient détenir le souverain pontificat et fit élire à leur place l'évêque de Bamberg, qui ne tarda pas à mourir dans des circonstances suspectes, puis celui de Brixen, qui subit le même sort. La robuste nature de Brunon et le riche ensemble de ses dons le désignaient pour prendre le relais de ses prédécesseurs. Il se rendit donc à Rome, y fit confirmer le choix du souverain par le clergé de la ville et prit le même nom que Léon le Grand qui avait exalté jadis la gloire de la Ville éternelle. Mais il prit soin de se constituer un état-major dont les membres avaient gagné sa confiance à Toul, en particulier le moine Humbert de Moyenmoûtier, dont l'intelligence était pénétrante mais qu'un caractère abrupt ne prédisposait pas à la diplomatie. Les organes de gouvernement furent réorganisés ; les services de la chancellerie, désormais très actifs, suivirent le modèle impérial et le rôle des cardinaux, auxquels furent confiés des postes clés de l'administration, s'accrut très sensiblement ; ces fonctions, naguère réservées aux représentants des familles romaines étaient ouvertes aux "étrangers", ce qui ne laissait pas de souligner le caractère universel du Saint Siège.

A Rome comme à Toul, Léon IX entendait combattre le nicolaïsme et la simonie. Quelques semaines après avoir pris possession de son trône, en avril 1049, aux prélats réunis en synode, il rappela que ces pratiques étaient interdites. Mais de France et d'Allemagne aucun prélat n'était venu. Le pape décida donc d'aller sur place. Puisque maintenant il était responsable de toute la chrétienté, il la parcourerait de la même manière qu'il avait parcouru son diocèse. Quatre voyages, de juillet 1050 jusqu'au printemps 1051, de juin 1052 à mars 1053, il traversa l'Europe ; on le vit à Bénévent au sud, à Cologne au nord, à Reims à l'ouest, à Bratislava à l'est. Tous ces trajets étaient accomplis à cheval ; pour couvrir une distance de quelque cinquante kilomètres, il fallait un jour entier. Au terme de ces chevauchées épuisantes, le travail le plus rude commençait, la présidence des assemblées qui n'étaient pas toujours dociles, les célébrations solennelles aux rites nombreux et complexes. A deux reprises certainement, trois peut-être Léon IX vint en Alsace. Il fit halte pour y procéder à des bénédictions et des consécrations à Andlau, Altdorf, Eguisheim, Ottmarsheim et Sainte-Croix-en-plaine. Jamais un pape n'avait voyagé comme celui-là. Pour la réforme, sa présence, sa parole, le rayonnement de sa ferveur firent plus que n'auraient obtenu des oukases proclamés au loin. On attend de nos jours qu'un chef soit "sur le terrain". Léon IX comprit cette nécessité bien avant que les moyens de communication modernes n'eussent permis d'en tenir compte plus aisément.

Un échec pénible marqua la fin du pontificat. Des aventuriers normands avaient entrepris la conquête de l'Italie du sud. Ils menaçaient Bénévent, la pointe méridionale des États du pape. Léon IX voulut les arrêter ; des hommes qu'il avait recrutés dans 1'Empire furent battus par ces guerriers qui avaient 1'audace des Vikings, leurs lointains aïeux. Quand le souverain pontife, après de longs mois de captivité, revint à Rome, il n'était plus que l'ombre de lui-même. Il s'éteignit le 19 avril 1054. Le légat qu'il avait envoyé à Constantinople pour y explorer la possibilité d'une réconciliation avec l'Eglise orthodoxe, Humbert de Moyenmoûtier, ne savait pas qu'avec la mort de son mandant son mandat avait pris fin, lorsque, le 16 juillet, il excommunia le patriarche de Constantinople, ouvrant ainsi le schisme entre l'Occident et l'Orient.

Ne restons pas sur cette note sombre. Après la mort de Léon IX, l'équipe de ses collaborateurs approfondit et prolongea le sillon qu'il avait entrepris de tracer. Sans lui, la réforme dite grégorienne, qui modifia complètement les structures de l'Eglise et sa position dans la société, n'aurait pas pu prendre corps. Il fut le premier qui oeuvra pour que la papauté ne restât pas un pouvoir lointain et de médiocre prestige, mais devînt le coeur et le cerveau de la chrétienté d'Occident.

Francis Rapp.

Francis Rapp est né en 1926. Agrégé d'histoire, docteur d’État, il a enseigné pendant de nombreuses années à l'université de Strasbourg. Membre de l'Institut (Académie des Inscriptions et Belles-Lettres) depuis 1993, il est l'auteur, entre autres, de l’ouvrage “Le Saint Empire Romain Germanique, d’Otton le Grand à Charles Quint” aux Editions Tallandier (2000).

On pourra consulter l'excellent ouvrage de Ch. Munier, Le pape Léon IX et la réforme de l'Église, Éditions du Signe, Strasbourg, 2002.



Un pape alsacien: LÉON IX d'Eguisheim



Prosper ALFARIC

Professeur d'histoire des religions à la Faculté des Lettres de Strasbourg1

Annuaire de la Société Historique, Littéraire et Scientifique du Club Vosgien

(1933)

Entre tous les Alsaciens de marque, le pape Léon IX occupe une place d'honneur. Il compte parmi les plus grands que le Moyen Âge ait connus, et l'Église l'a inscrit au catalogue de ses saints. Il a joué en divers pays un rôle de premier plan. Avec lui c'est une période importante de l'histoire du christianisme que nous voyons revivre.

Par une chance assez rare pour les hommes de son temps, nous sommes assez bien documentés sur lui. Un de ses familiers, le lorrain Wibert, nous a laissé une narration détaillée de sa vie, dont un premier livre fut rédigé, du moins en partie, avant sa mort, un second quelques années après 2. Divers autres contemporains, chroniqueurs, moralistes ou polémistes, nous fournissent sur lui des renseignements complémentaires assez précis et abondants3. De lui-même, d'ailleurs, nous possédons un grand nombre de pièces, lettres, bulles ou chartes, dont la plupart ont un caractère officiel, mais dont certaines portent sa marque personnelle 4. Grâce à ces documents, si nous savons en faire un usage judicieux, nous pouvons arriver à reconstituer assez bien, tout au moins en substance, la carrière du pontife, et les événements qui en forment le cadre.

Divers essais ont été tentés en ce sens5. Mais ils témoignent, en général, d'un parti-pris d'admiration qui suffit à les vicier. Ils tendent à glorifier le saint, à le présenter comme un parfait modèle, qu'on ne saurait trop imiter.

Autre est la tâche de l'historien. Aussi opposé à tout panégyrique qu'à tout dénigrement, il n'a qu'un seul souci, celui de voir les hommes tels qu'ils furent, de les comprendre et de rendre à chacun sa vraie physionomie. C'est de cette unique préoccupation que sont inspirées les pages qu'on va lire.

I

Celui qui devait être le pape Léon IX naquit, nous dit Wibert, le 21 juin de l'an 1002, «sur les terres de la douce Alsace»6. Le même biographe donne à entendre que ses parents habitaient le château d'Eguisheim7, celui sans doute dont trois grandes tours se voient sur un piton des Vosges, au sud-ouest de Colmar8. Son père, Hugues, appartenait à la puissante famille des comtes d'Alsace. Il était cousin du duc Conrad de Franconie, qui allait bientôt devenir empereur d'Allemagne. «Teuton de nationalité, dit Wibert, il maniait fort bien la langue de son pays, en même temps que le latin»9, c'est-à-dire le roman10.

Sa mère, Helwige, était une «latine». Entendons par là qu'elle était d'un pays où l'on parlait le roman, non l'allemand. Mais elle pratiquait le même bilinguisme 11. Elle aussi appartenait à la plus haute noblesse. Wibert lui attribue même une ascendance royale12, ce qui permet de supposer qu'elle était apparentée aux rois de France13.

L'union de cette «latine» avec ce « teuton» est un symbole de la complexité qu'offrait déjà l'Alsace, point de rencontre entre deux races et deux cultures. Trois fils en naquirent, Hugues, Gérard, et le futur Léon IX, qui reçut au baptême le nom de Brunon, ainsi que plusieurs filles14.

La destinée de ces enfants était tracée d'avance. Elle devait se modeler sur celle de leurs parents. De père en fils les châtelains d'Eguisheim étaient des batailleurs et des dévots. Possesseurs, comme tous leurs proches, d'immenses domaines qu'exploitait à leur profit une population de serfs attachés à la glèbe, ils étaient prêts à foncer sur quiconque leur en disputait, à eux ou à leur clan, la moindre parcelle. Par contre, ils montraient la plus grande déférence et un dévouement exemplaire à l'égard du clergé, soit séculier, soit régulier, qui prêchait le respect de l'ordre établi, et qui, après avoir assuré de son mieux leur tranquillité sur la terre, leur promettait un bonheur éternel dans le ciel.

«Dès leur premier âge, dit Wibert (I,1), ils repoussèrent vigoureusement par les armes, avec un courage supérieur, les troupes ennemies, afin de se défendre ainsi que leur parti. Puis, devenus vieux, ils rejetèrent toute la superbe de leur race et le luxe du monde, pour revêtir l'humilité et la pauvreté du Christ, en construisant des monastères à l'intérieur et aux dépens de leurs domaines.»

Les moines passaient, plus encore que les prêtres séculiers, pour être en bons termes avec le ciel. Travailler pour eux paraissait le moyen le plus sûr de se garantir l'accès du paradis. Les dons qu'on leur faisait constituaient un placement idéal.

Aussi les aïeux de Brunon se montrèrent-ils très généreux à leur égard. Ils fondèrent, notamment, deux monastères, l'un à Hessen, près de Sarrebourg, en l'honneur de saint Martin15, l'autre à Altorf, près de Molsheim, dédié à saint Cyriace16.

Les parents du futur pape continuèrent cette tradition. Ils construisirent à Woffenheim, non loin de leur château, un couvent, «très propre, dit Wibert, à la vie de retraite», qui fut dédié à la «Sainte Croix» et largement doté avec les dîmes de certains domaines17.

Détail curieux, qui doit se rattacher à cette fondation, et qui montre combien l'atmosphère familiale était imprégnée de mysticisme, quand Brunon naquit, on crut remarquer sur tout son corps des stigmates en forme de petites croix18. Déjà sa mère, au cours de sa grossesse, avait eu, nous dit-on, une «vision», au cours de laquelle un religieux lui était apparu et lui avait dit qu'elle donnerait le jour à un fils qui serait grand devant Dieu et qui devait être appelé Brunon19.

Le fait, s'il est exact, s'explique assez bien par le respect que les châtelains d'Eguisheim témoignaient aux moines, et par le souci qu'ils avaient de bien assurer l'avenir de ce troisième fils. Les deux aînés, Hugues et Gérard, étaient, selon la coutume, destinés à batailler et à continuer la lignée. Il convenait que le plus jeune entrât dans le clergé. En ce cas ses parents pouvaient rêver pour lui la destinée du grand Brunon, duc de Lorraine et archevêque de Cologne, mort 37 ans auparavant et vénéré depuis lors comme un saint, à qui Helvige était sans doute apparentée, ou celle d'un autre Brunon, cousin par alliance du comte d'Eguisheim, qui était devenu pape en 996 et venait de mourir en 99920.

La mère était d'une grande piété. Elle fut si frappée, nous est-il dit, par ce présage, confirmé à ses yeux, par les stigmates cruciaux du nouveau-né qu'elle voulut, contre son habitude, allaiter elle-même cet enfant du miracle21.

Pourtant, les parents de Brunon l'éloignèrent d'eux, dès sa 5° année, dans l'intérêt de son avenir. Brunon fut envoyé à l'école épiscopale de Toul, dirigée par l'évêque Bertold, que fréquentaient beaucoup de jeunes nobles, appelés à faire leur carrière dans l'Eglise22. Il devait y trouver deux cousins, à peine plus âgés que lui, qui allaient être ses condisciples et ses amis, puis ses collègues dans l'épiscopat. Tous deux s'appelaient Adalbert. L'un était fils du duc de Lorraine Thierry. L'autre avait pour père le duc de Luxembourg Frédéric, un cousin de ce même Thierry. Le premier venait d'être nommé par l'empereur, malgré son jeune âge, évêque de Metz. Mais il allait mourir sans avoir pu prendre possession de son siège, en 100923. Le second devait obtenir un jour le même titre. À cette époque, il se faisait remarquer par ses succès dans les études. «Comme il passait déjà pour un petit savant, il fut, sous la direction du maître des études, établi précepteur de son jeune parent». Il se lia d'une étroite amitié avec lui et fut pour lui comme un grand frère24.

Brunon parcourut, à ses côtés, et sous sa conduite, la série des sept arts libéraux, ceux du «trivium», grammaire, rhétorique, logique, et ceux du «quadrivium», arithmétique, musique, géométrie, astronomie. Dans tous il fit, nous dit-on, de rapides progrès25.

Sa mère suivait avec intérêt le cours de ses études. Une fois, rapporte un chroniqueur, elle lui avait fait cadeau d'un magnifique psautier, écrit en lettres d'or, portant au frontispice l'image de Louis le Pieux, à qui il avait appartenu. Elle l'avait acquis pour lui à Toul. Mais elle apprit ensuite que le précieux manuscrit avait été volé aux moines de Saint Hubert d'Audain, au diocèse de Liège. Elle le leur restitua, et le fit d'autant plus volontiers, que le jeune étudiant n'en retirait qu'un médiocre profit et apprenait avec lui plus difficilement ses leçons26.

Helwige semble avoir rêvé pour lui, dès cette époque, la succession de l'évêque Bertold, qui allait bientôt mourir, et dont la santé donnait sans doute des signes de déclin. Une nuit, pendant son sommeil, elle se vit entrant par le palais épiscopal dans la basilique Saint-Etienne, où un des prédécesseurs de Bertold, saint Gérard, mort en 994, s'approchait d'elle et lui remettait sa propre étole27. Elle n'eût vraisemblablement pas songé à cet insigne si elle ne l'avait désiré pour son fils.

Un accident faillit briser tous ces espoirs. Brunon était «au début de sa puberté». Ses études s'achevaient. Il avait maintenant plus de vacances et faisait des stations fréquentes à Eguisheim28. Une nuit de samedi, comme il dormait «dans une chambre très agréable», un crapaud ou une grenouille grimpa sur le côté droit de son visage et s'y cramponna de ses quatre pattes. Eveillé en sursaut, le jeune homme sauta au bas du lit et d'un coup brusque de sa main fit tomber la hideuse bête, qu'il vit ensuite, au clair de lune, remonter sur l'oreiller, mais que les domestiques, alertés aussitôt, ne purent découvrir. Son visage enfla, ainsi que sa gorge et sa poitrine. Il faillit mourir. Au bout de deux mois, l'abcès creva soudain, derrière l'oreille droite, et son ami Adalbéron, qui se trouvait à son chevet, se hâta d'en prévenir la famille. Brunon aimait plus tard à rappeler le fait, et il expliquait que sa guérison était due à saint Benoît, qu'il avait vu descendre vers lui, comme sur une échelle lumineuse, et attirer le pus au point d'échappement29.

À quelque temps de là, le 25 août 919, l'évêque Bertold mourait. Un chanoine de Cologne du nom d'Hermann fut appelé par l'empereur Henri II à lui succéder. Ce dut être une grosse déception pour Helwige, qui avait ambitionné ce siège pour son fils. Brunon lui-même ne paraît pas avoir nourri une tendresse particulière pour le nouvel élu. Son biographe se contente de dire qu'il «ne refusa pas» de lui obéir. Encore donne-t-il à entendre que cette obéissance avait des limites. Il le montre, en effet, défendant les moines de Saint Epvre contre l'évêque et se dressant devant eux, pour les protéger, «comme un mur». Il ajoute que ce fut à l'autorité montrée par lui en même temps qu'à son habileté que les chanoines de Toul durent de conserver intacte leur règle et leur prébende30.

Ce dernier détail donne à penser que Brunon avait été agrégé à leur corporation. Ainsi peut s'expliquer en partie l'intérêt qu'il montrera plus tard pour de nombreux chapitres. La règle canoniale d'ailleurs, dont l'auteur était un ancien évêque de Metz, saint Chrodegang, s'inspirait dans une large mesure de celle de saint Benoît. En prenant sa défense, Brunon obéissait aux mêmes préoccupations qu'en se faisant l'avocat des moines de Saint-Epvre. Il voulait sauvegarder l'idéal religieux qu'il tenait de sa famille et particulièrement de sa mère.

Un événement imprévu donna, pour quelque temps, un autre cours à son activité.

Le 14 juillet 1024, l'empereur Henri II mourut. Le duc de Franconie Conrad fut appelé à recueillir sa succession. C'était une bonne aubaine pour les châtelains d'Eguisheim. Ils lui recommandèrent son jeune cousin. Plusieurs de ses proches intervinrent dans le même sens. Brunon fut donc appelé peu après, à la cour, pour y parfaire son éducation et s'y préparer aux hautes fonctions qu'il aurait certainement à remplir dans l'Eglise31.

Il s'y fit bientôt remarquer par l'aménité de son caractère. Au bout de quelques jours, dit Wibert, il avait gagné toutes les sympathies. Comme son nom était porté par d'autres, on le distingua d'eux en l'appelant «le bon Brunon». Conrad lui-même et son épouse, Gisèle, le prirent en affection et l'admirent dans leur intimité32.

Une occasion s'offrit bientôt à lui de leur témoigner sa reconnaissance. Au début de 1026, le chef du saint Empire faisait la guerre en Italie contre les villes lombardes révoltées, plus particulièrement contre Milan. Il enjoignit à ses feudataires de lui envoyer des renforts. L'évêque de Toul était atteint par cet ordre. Jeune et valide, il n'eût pas hésité à marcher en tête de ses hommes. En ce temps, les chefs d'Eglises n'éprouvaient aucun scrupule à se muer en capitaines. Mais il était vieux et malade. D'accord avec son suzerain, il se fit remplacer par Brunon33.

Le jeune homme avait alors 23 ans. Il était engagé dans les ordres et venait de recevoir le diaconat. Cela ne l'empêcha pas d'accepter la mission qui lui était confiée. Il s'en acquitta, nous dit-on, à la perfection. II fixa les campements, disposa les postes avec les sentinelles, régla les approvisionnements et les soldes, comme eût fait un vieux capitaine34. Si le fait est exact, il montre que Brunon joignait à l'esprit religieux de sa mère l'entraînement guerrier de sa lignée paternelle35.

Pendant qu'il exerçait ses talents militaires, une nouvelle lui vint de Toul. L'évêque Hermann venait de mourir, le ler avril 1026, près de Cologne, dans un de ses domaines, où il était allé passer le carême36. Le clergé et le peuple demandaient que sa succession lui fut attribuée. Le moine Norbert qui avait été chanoine de la cathédrale, et un membre du chapitre, nommé Liéthard, avaient été envoyés auprès de lui et de Conrad, pour faire agréer ce choix par l'un comme par l'autre. Ils portaient deux lettres officielles. L'une, adressée à Conrad, lui faisait remarquer que la ville de Toul, située à l'extrémité de l'Empire, était réclamée par les rois de France et avait grand besoin, pour se défendre contre eux, d'un évêque de haute naissance, énergique et habile, que, d'autre part, Brunon y avait fait preuve de ces qualités, au cours de ses études, et qu'il lui appartenait, ayant reçu là tous les ordres jusqu'au diaconat. L'autre missive, destinée à l'élu éventuel, le pressait de ne pas dédaigner la cité où il avait été élevé quoiqu'elle fut bien pauvre et indigne de lui, en souvenir du Christ, qui s'est fait indigent et s'est humilié jusqu'à la mort37.

Ces remarques sont suggestives, car elles attestent, sans le vouloir, combien les considérations pécuniaires avaient coutume d'intervenir en pareille occurrence. Comme les évêchés avaient des dotations très inégales, c'étaient les candidats du plus haut rang qui obtenaient les plus riches, et on craignait de leur faire affront en leur proposant des sièges plus modestes38.

Conrad en jugeait bien ainsi. Comme il tenait à son cousin, il eût voulu lui donner une situation plus haute et plus lucrative. Il lui conseilla de se réserver pour une occurrence meilleure. Puis, le voyant touché par la démarche des habitants de Toul et disposé à accepter leur offre, il finit par donner son consentement39.

Brunon partit donc, accompagné d'une assez forte troupe. Le retour fut pénible. Les Lombards tenaient tous les chemins. Informés de son prochain passage, ils étaient aux aguets. Par précaution Brunon devança le gros de ses troupes avec cinq hommes. Bien lui en prit, car à Ivrée, dans le Piémont, quelques heures après son passage, les reste de l'escorte fut arrêté. Ayant franchi le Mont Cenis, il laissa, pour quelques heures, à La Chambre, dans la vallée de Maurienne, quatre de ses compagnons, harassés de fatigue, et partit en avant-garde avec le cinquième. Peu après les retardataires étaient, à leur tour, capturés. Parvenu enfin dans le Jura, il poursuivit son chemin sans encombre et obtint la libération des captifs, par l'entremise de sa belle-soeur Pétronille, épouse de son frère Gérard, qui était la nièce du roi de Bourgogne Rodolphe III40.

Le 19 mai 1026, il faisait son entrée dans sa bonne ville de Toul et il était solennellement intrônisé dans la cathédrale par son cousin Thierry de Luxembourg, évêque de Metz41. Mais il ne pouvait encore être sacré, n'ayant pas l'âge de la prêtrise.

L'ordination devait se faire l'année suivante. Conrad voulait qu'elle eut lieu dans la ville des papes. Vainqueur des Lombards, il avait décidé de se faire donner la couronne impériale à Rome par Jean XIX, le jour de Pâques de 1027. Dans sa pensée, l'ordination de son cousin devait servir d'introduction à son propre sacre. Mais Brunon comprit que cette distinction exceptionnelle lui attirerait beaucoup de jalousies et le ferait voir de mauvais oeil par un certain nombre de ses collègues plus âgés. Son métropolitain Poppon, archevêque de Trêves, fit d'ailleurs savoir que c'était lui, lui seul, qui devait faire et qui ferait l'ordination. Il alla donc trouver Conrad, pour décliner l'invitation42.

Dès son retour, il pria le chatouilleux prélat de l'ordonner et s'entendit avec lui sur la date de la cérémonie. Au temps fixé, il se rendit à Trèves. Mais aussitôt une difficulté nouvelle se présenta. Poppon invoqua un privilège qui obligeait les suffragants venant se faire sacrer par lui à prendre devant Dieu l'engagement formel de ne rien entreprendre sans son avis ni contre son ordre. C'en était trop. Brunon protesta et à son insistance il opposa un refus énergique. Finalement il quitta Trèves sans résultat43.

L'empereur, instruit de l'incident, convoqua les deux parties à Worms. Sous sa pression, l'archevêque transigea. Il demanda qu'on lui promît, non plus de ne rien faire contre son ordre, mais de ne rien projeter d'important sans lui demander conseil. Brunon s'y engagea et fut enfin sacré le 9 septembre 1026. Dans la suite, il entretint avec le prélat consécrateur des rapports très cordiaux. Il mit un point d'honneur à solliciter fréquemment ses avis. Mais il fit à sa tête44.

Son administration épiscopale fut telle qu'on pouvait l'attendre du fils de la comtesse Helvige. Son principal souci fut pouvait travailler à la prospérité des instituts religieux de son diocèse. C'est Wibert qui le dit et il s'en édifie: «Ses soins sagaces, explique-t-il, tendirent par-dessus tout à développer la vie monastique»45.

À vrai dire, le besoin s'en faisait grandement sentir. Les abbés, choisis parmi les cadets de la haute noblesse, menaient la vie large des grands seigneurs. Préposés à d'immenses domaines, ils étaient plus préoccupés d'en tirer profit que de réaliser la perfection évangélique. Celui de Moyenmoutier dans les Vosges et celui de Saint-Mansuy, dans un faubourg de Toul, avaient à cet égard mauvaise réputation. Dès le temps qui suivit son intronisation, Brunon les déposa. Il rattacha les deux communautés à la congrégation de Cluny et confia leur administration à Widric, prieur du monastère de Saint-Epvre, le seul de son diocèse où la règle bénédictine fut bien observée46.

Il poussa aussi ou aida quelquefois à fonder de nouvelles maison qu'il dota de son mieux. De tous côtés, sous sa direction, leur nombre s'accrût et leurs possessions s'étendirent.

Dans le préambule d'une charte confirmant les privilèges de l'une d'entre elles, Brunon expose ingénument la raison profonde qui l'inspirait: «Nous croyons, dit-il, qu'un grand profit nous adviendra, au moment critique où nous serons jugés, d'avoir accru les ressources alimentaires des serviteurs de Dieu»47. En d'autres termes, il compte s'assurer un bon capital de mérites dans le ciel en servant sur terre la cause des moines.

Beaucoup de grands prélats et de riches seigneurs calculaient de même à son époque. Mais il se distingua d'eux par la continuité avec laquelle il poursuivit ses placements mystiques.

Il se fit remarquer aussi par le sérieux avec lequel il conforma sa vie à ses convictions. Convaincu que les moines sont les amis de Dieu, il régla sa conduite sur eux, dans la mesure où il le pouvait sans sacrifier son rang. Il imita leur esprit de pauvreté en faisant d'abondantes aumônes. Il mena, comme eux, une vie chaste, qui contrastait avec la liberté qu'étalaient dans leurs moeurs beaucoup de ses collègues48. Il montra un goût très prononcé pour les offices liturgiques, et passe même pour avoir composé des chants d'église49. Cet évêque fut, à beaucoup d'égards, un vrai bénédictin.

Ses tendances monacales ne l'empêchèrent pas de prendre une part active aux affaires séculières. Mystique comme sa mère, il restait, comme son père, un grand féodal. Il était très attaché à son suzerain et il le servit avec la fidélité d'un vassal.

On le vit bien dans une affaire de territoire qui déchaîna une guerre terrible et qui mit son diocèse à feu et à sang. Le dernier roi de Bourgogne, Rodolphe III, était mort sans enfant. Il avait légué son héritage à Conrad, l'empereur d'Allemagne, époux de sa nièce Gisèle. Mais Eudes, comte de Champagne, qui était son neveu, se réclamait d'un droit de priorité. Il prit les armes pour les faire valoir. Quelque temps auparavant, Brunon avait été envoyé en mission par Conrad auprès du roi de France Robert le Pieux, pour tâcher de prévenir le conflit. Il avait pris fait et cause pour l'empereur. Mais il s'était fait, jusque dans sa ville épiscopale, des ennemis puissants, qui travaillèrent contre lui et soutinrent la cause du comte de Champagne. Encouragé par eux, Eudes vint mettre le siège devant Toul et faillit s'en emparer. Il ravagea tout le pays voisin, jusqu'au jour où il fut tué par le duc de Lorraine50.

L'attachement que Brunon avait montré à l'empereur devait lui concilier plus que jamais les faveurs de la cour. Conrad mourut en 1039. Mais son fils Henri III lui succéda. Il avait la même gratitude et la même affection pour l'évêque de Toul. Il le montra, au moment opportun, en faisant de lui le chef suprême de l'Eglise.

II

Pour comprendre la suite des événements, il faut se rappeler quelle était la situation de la papauté.

Depuis la fondation du Saint Empire Romain Germanique, l'empereur était le maître de Rome, dont les habitants devaient lui jurer fidélité. C'était à lui que revenait, quand le siège pontifical était vacant, le droit de choisir un nouveau titulaire. Une convention avait été passée en ce sens, le 13 février 962, entre le pape Jean XII et le fondateur du nouveau régime, Othon Ier, qui n'avait pas tardé à user de son privilège pour donner à son partenaire un successeur en la personne de Léon VIII51. Mais les Romains supportaient à contre-coeur la domination étrangère. Tant que l'empereur fut fort ils restèrent soumis. Au moindre signe de faiblesse, ils reprirent autant qu'ils purent, leur liberté.

Le mouvement d'indépendance était dirigé par une grande famille, celle de Théophylacte, qui le fit servir à son propre profit, et qui, ayant acquis pratiquement la maîtrise de Rome, rêvait d'établir son hégémonie sur toute l'Italie. Ce fut elle qui, pendant longtemps, fit et défit les papes. Naturellement elle les choisissait parmi ses propres membres. Cherchant plus son intérêt que celui de l'Eglise, elle se préoccupait fort peu de leur valeur morale. L'on vit ainsi sur le siège de Pierre des gens fort peu recommandables52.

Déjà le consécrateur d'Othon Ier, Jean XII, qui était de cette famille, avait donné à la chrétienté un scandale énorme et permanent. Elu à 16 ans, en 955, il avait bientôt donné libre cours à ses penchants vicieux. Voici le tableau que trace de lui Mgr Duchesne, d'après un évêque du temps:

«Le jeune pape ne se plaisait guère aux choses d'Eglise. On ne le voyait jamais à matines. Ses nuits et ses jours se passaient en compagnie de femmes, de jeunes gens, au milieu des plaisirs de la chasse et de la table. Ses amours sacrilèges s'affichaient publiquement. Elles n'étaient arrêtées ni par la considération des personnels qu'il désirait, ni par les liens du sang. Le Latran était devenu un mauvais lieu. Une honnête femme n'était pas en sûreté à Rome. Ces débauches étaient payées avec le trésor de l'Eglise, que la simonie alimentait et que l'on n'avait garde d'employer aux usages légitimes. On parle d'un évêque consacré à Rome à l'âge de 10 ans, d'un diacre ordonné dans une écurie, de dignitaires aveuglés ou transformés en eunuques. La cruauté complétait l'orgie. Pour, que rien n'y manquât, l'impiété s'en mêlait, et l'on racontait que, dans les festins du Latran, il arrivait au pape de boire à la santé du diable »53.

C'était un spectacle analogue qui s'offrait à la chrétienté sous l'épiscopat de Brunon. Une branche de la même famille, celle des comtes de Tusculum, était alors maîtresse de Rome. Un de ses membres unit en sa personne l'autorité civile et religieuse. Préfet de la Ville, «Sénateur des Romains», comme il s'appelait, il devint, en 1024, de simple laïque, le chef suprême de l'Eglise, sous le nom de Jean XIX, sans renoncer à ses anciennes fonctions, ni à son genre de vie, qui n'avait rien d'ascétique. Sous son gouvernement, constate Mgr Duchesne, « les vieux abus reprirent de plus belle»54.

À sa mort, survenue en 1032, la situation devint encore pire.

Ce fut un de ses neveux, Théophylacte, qui recueillit sa succession, sous le nom de Benoît IX: «C'était, raconte encore Mgr Duchesne, un enfant de 12 ans..., un gamin, qui ne demeura pas longtemps inoffensif. En effet, l'âge venu..., il fit refleurir au Latran le régime de cocagne auquel son parent Jean XII avait présidé 80 ans auparavant. Il y eut un scandale énorme sur lequel tout ce qu'il y avait dans la chrétienté de personnes sérieuses fut réduit à gémir »55.

Un contemporain, Didier, abbé du Mont Cassin, qui plus tard devint le pape Victor III, écrit dans ses Dialogues: «À quelles turpitudes, à quelles ignominies, à quelles abominations ce Pontife se livra, je frémis à le rappeler... Ses rapines, ses meurtres, ses autres crimes à l'égard du peuple romain se succédèrent longtemps sans interruption»56.

Un beau jour les gens se fâchèrent et le chassèrent. Puis ils élurent à sa place, sans se soucier autrement des droits impériaux, un évêque du voisinage, qui avait acheté fort cher les suffrages des principaux d'entre eux et qui prit le nom de Silvestre III. Mais Benoît IX avait réussi à se maintenir dans le faubourg du Transtévère. Il assiégea sa Cité. Au bout de 49 jours, il y rentrait en vainqueur, tandis que son concurrent se hâtait d'en déguerpir57.

Ce succès ne fit que le confirmer en sa vie désordonnée. Il avait alors 23 ans. Tout faisait prévoir une longue suite de scandales. Au bout d'une année, le ler mai 1045, il se démit de sa charge. Un écrivain du temps, Bonizon, évêque de Sutri, en donne la raison: «Après un grand nombre de honteux adultères et d'homicides accomplis de ses mains, il voulut épouser une cousine, fille de Gérard de La Roche, lequel ne voulut la lui donner que s'il renonçait au pontificat. Il alla trouver un prêtre du nom de Jean qui passait alors pour un homme de grand mérite, et, sur son conseil, il renonça au pontificat»58.

Son conseiller ne se borna pas à le faire démettre de sa charge. Il le décida, moyennant une forte somme, à la lui céder et lui fit signer une charte en ce sens. Il acheta de même les suffrages des Romains, et leur fit jurer que, de son vivant, leurs voix n'iraient à aucun autre. Après quoi, il prit la place de Benoît IX, qui se retira dans sa forteresse de Tusculum. Le nouveau pape se fit appeler Grégoire VI59.

Mais Silvestre III, que les Romains avaient élu un an auparavant, et qui ne s'était retiré que parce qu'il avait dû céder à la force brutale, rentra alors en scène pour faire valoir ses droits. Il était soutenu par ce même Gérard de La Roche, dont Benoît IX avait voulu épouser la fille. Le pape démissionnaire fut déçu dans ses espérances matrimoniales. Son futur beau-père ne lui avait fait abandonner la chaire de Pierre que pour y installer son concurrent.

Se voyant joué, il revint sur sa parole. Il avait deux frères influents, dont l'un portait le titre de «Patrice des Romains». Tous deux s'entremirent et usèrent de leur influence pour le remettre en possession de l'autorité pontificale60.

Rome avait donc trois papes. La confusion était extrême. Un archidiacre, du nom de Pierre, prit le seul parti qui s'offrait d'en sortir. S'étant abouché avec un grand nombre d'évêques, de cardinaux, de moines, de clercs et de laïques, il alla trouver le chef du Saint Empire, pour le prier d'intervenir61.

Henri III ne demandait pas mieux. En 1046 il descendit en Italie avec une forte armée. Par ses soins, un grand Concile fut tenu, le 20 décembre, à Sutri. Grégoire VI, qui, sur sa demande, s'y était rendu, fut forcé d'avouer qu'il avait acheté le pontificat, et, en conséquence, il dût y renoncer. Silvestre III fut aussi écarté comme illégitimement promu. Quant à Benoît IX, de qui venait tout le mal, on prit acte de son abdication volontaire62.

Un nouveau pape devait donc être élu. Les canons prescrivaient de le choisir parmi les prêtres ou les diacres de Rome. Mais on fit remarquer, dans l'entourage d'Henri III, qu'aucun d'eux ne réalisait les conditions requises. Selon l'évêque de Sutri, Bonizon, qui nous a laissé sur cette affaire un rapport détaillé, «la maladie de la tête avait rendu les autres membres tellement malades qu'on pouvait à peine, dans une si grande église, trouver un seul clerc qui ne fût illettré, simoniaque ou concubinaire»63.

À défaut d'un Romain, on choisit un Allemand, Luidger, évêque de Bamberg, qui fut ordonné à la Noël et prit le nom de Clément II. Henri III, sacré par lui empereur, se retira bientôt pour repasser les Alpes. Moins d'une année après, il apprenait sa mort64. D'après un chroniqueur, Clément II avait été empoisonné et c'était son prédécesseur Benoît IX qui lui avait fait servir un mauvais breuvage65. En tout cas, Benoît mit sa mort à profit pour revenir à Rome. Il y était déjà le 9 novembre 1047 et s'y maintint jusqu'au 17 juillet de l'année suivante66.

Dans l'intervalle, une délégation était allée, de Rome, prier l'empereur de nommer un autre pape. Henri III porta son choix sur un autre Allemand, Poppo, évêque de Brixen, qui prit le nom de Damase II67. II le fit conduire auprès du marquis de Toscane, Boniface, qui fut prié de l'accompagner à Rome. Cet intermédiaire était peu sûr. II avait déjà pris parti pour Benoît IX. Aussi déclina-t-il la commission. Devant l'insistance, puis les menaces de l'empereur, il finit par céder. Damase II put enfin gagner Rome. Il y fut intronisé par ordre le 17 juillet 1048. Mais, 20 jours plus tard, il allait rejoindre son prédécesseur dans la tombe68 : «En apprenant une mort si rapide, dit l'Italien Bonizon, les évêques d'outre-mont craignirent de venir désormais dans ce pays»69.

C'est dans ces lourdes conjonctures que l'évêque de Toul fut appelé à monter sur le siège de Pierre. Pour lui, comme pour son prédécesseur, l'affaire fut décidée en Allemagne. Une nouvelle délégation romaine était allée prier l'empereur de donner un successeur à Damase70. Henri III en avait pris occasion pour convoquer une diète à Worms. Il y avait mandé Brunon et fit porter sur lui tous les suffrages. L'élu protesta de son indignité. Mais ce fut en vain. Il demanda un répit de trois jours. Puis, devant l'insistance de l'assemblée, qui ne faisait que se conformer aux directives impériales, il finit par céder71.

On raconte qu'il se l'entendit amèrement reprocher, un peu plus tard, par le toscan Hildebrand, ancien familier de Grégoire VI, qui restait très attaché à la mémoire de son patron, mort depuis peu, et qui devait, au bout de quelques années, être lui-même pape sous le nom de Grégoire VII. Cet Italien n'aimait pas les Allemands.

Il avait été très irrité de voir l'empereur destituer un pape que lui-même jugeait très légitime. Il ne l'était pas moins de constater que, depuis lors, les élections pontificales se réglaient au delà des Alpes. Il déclara donc tout net au nouvel élu que rien n'était fait, que les suffrages de la Diète étaient sans valeur, et que, s'il osait s'en prévaloir, il ne serait pas un vrai pape, ou comme on disait alors, un «Apostolique», mais un apostat72.

Est-ce pour cette raison? Est-ce par suite d'autres interventions, ou de son propre gré? En tout cas, Brunon eut soin de ne pas trop mettre en avant la décision de Worms. Il s'efforça de se concilier la faveur des Romains. Son prédécesseur Damase II les avait choqués, nous dit-on, par sa morgue. Il résolut de les gagner par ses prévenances.

Il se présenta donc dans la ville des papes sans aucun faste, sous l'appareil modeste d'un pèlerin73. Il expliqua au peuple et au clergé que l'empereur avait voulu faire de lui, bien malgré lui, un pape, mais que la décision dépendait d'eux seuls et qu'il s'en remettait à leur jugement. Cette attitude plut. Les électeurs lui donnèrent leur voix. La cérémonie du sacre eut lieu peu après, le 12 février 1049, ler dimanche de carême74.

Brunon changea son nom contre celui de Léon IX. Il se rattachait ainsi à Léon VIII, qui avait été le 1er pape élu par un empereur germanique, qui avait succédé lui aussi-il à un débauché, et qui avait pris cette succession du vivant même de son prédécesseur.

Mais ce rapprochement donnait à réfléchir. Il était singulièrement inquiétant. Léon VIII avait eu beaucoup de peine à se maintenir sur le siège de Pierre, par suite des difficultés que lui créait son devancier, et il était mort au bout de deux ans, sans doute assassiné. Léon IX n'avait pas à se dissimuler que pareille aventure pouvait lui advenir. Des trois papes italiens qui s'étaient disputé avant lui la possession de Rome, deux n'étaient plus à craindre. Grégoire VI avait été emmené par l'empereur au delà des Alpes et il venait de mourir en Rhénanie75. Silvestre III avait pris l'habit religieux et s'était fait oublier en un monastère76. Mais Benoît IX résistait toujours en sa place forte de Tusculum. Il avait tout un clan dévoué à ses intérêts et soumis à ses ordres. C'était sans doute lui qui avait fait disparaître les deux premiers papes allemands, Clément II et Damase II. Il pouvait, à tout moment, fomenter dans Rome une révolte, armer la main d'un sicaire contre son successeur ou lui faire servir insidieusement un breuvage mortel77. La ville était peu sûre et Léon IX dut s'en rendre compte et on peut conjecturer que ce fut, pour lui, une raison de n'y point trop rester.

Une autre raison le pressait d'en sortir. La caisse pontificale était vide. De nombreux et riches cadeaux avaient dû être faits par lui, selon l'usage, à toutes sortes de gens. L'argent qu'il avait emporté de Toul n'y avait point suffi. D'opulents personnages l'avaient accompagné, porteurs de fortes sommes qu'ils mirent à sa disposition. Mais, en voulant l'aider, ils se ruinèrent vite. Les derniers fonds allaient s'évanouir. Nul ne savait à quel saint se vouer. Tous parlaient de rentrer au plus vite chez eux. Heureusement vint, sur ces entrefaites, de Bénévent, une délégation qui demandait au pape de prendre la ville sous sa protection et qui, pour l'y décider, lui apportait d'importantes offrandes. On était sauvé. Mais l'embarras avait été grand78. La crise risquait de se renouveler. Le pape trouva un moyen élégant d'y parer, en quittant son palais de Latran, pour faire la tournée des églises et des abbayes. Chacune d'elles devait, selon une coutume déjà vieille, héberger à son passage la cour pontificale. Chacune allait être invitée, par la même occasion, à l'aider de ses fonds. En retour lui serait accordée quelqu'une de ces dispenses, exemptions ou faveurs, dont tout le monde alors était friand. Ce serait comme un vaste échange de services.

À ces considérations très matérielles s'en ajoutaient d'autres, d'un caractère plus religieux, qui tendaient au même résultat et qui le renforçaient. Brunon avait apporté à Rome un programme très net de réformes. Elevé dans le respect et l'amour des moines, conseillé, stimulé par certains d'entre eux, il rêvait de voir leurs principes et leur genre de vie imposés à tous les prêtres, à ceux des villes et à ceux des campagnes. Il aimait à se figurer le clergé séculier comme une grande congrégation dont le pape serait l'abbé. Les circonstances qui l'avaient élevé sur le siège de Pierre n'avaient fait qu'accentuer en lui cette tendance. Pourquoi Benoît IX, Silvestre III, Grégoire VI avaient-ils été écartés du trône pontifical, auquel chacun d'eux s'était accroché avec une vigueur si âpre? C'est parce qu'on avait jugé qu'ils s'en étaient rendus indignes, l'un en le déshonorant par ses moeurs dépravées, les deux autres en voulant l'acheter à prix d'argent. La cour impériale motivait son intervention dans les affaires de Rome par son souci de mettre fin à ces scandales, qui mettaient la vie de l'Eglise en danger. Elle justifiait la préférence donnée à des candidats allemands, par la corruption et la vénalité dont les Italiens faisaient preuve79. Tous ces ultramontains, disait-on en pays germanique, trahissaient la cause de l'Evangile. Les uns imitaient les anciens Nicolaïtes, qui, à l'exemple de leur maître Nicolas, mis en cause dans l'Apocalypse (II, 14-15), s'étaient adonnés à une luxure éhontée. Les autres continuaient la tradition des simoniaques, des disciples de Simon le magicien, maudit dans le livre des Actes (VIII, 18-21) pour avoir voulu acheter les dons du Saint-Esprit. Ce double mal était très contagieux. Il s'était répandu de la ville des papes dans toute la chrétienté. Il fallait à tout prix y mettre fin. C'est en faisant valoir de tels arguments et l'urgence d'une grande réforme que l'empereur avait élevé au Siège apostolique, après l'évêque de Bamberg et celui de Brixen, celui de Toul. Le nouvel élu se devait de réaliser l'espérance qu'on avait mise en lui et de faire cesser les deux fléaux dont souffrait la chrétienté. Pour cela il lui fallait aller partout, faire le tour des Eglises, afin de rétablir l'ordre en chacune, d'y détruire le mal en sa racine.

Comme le scandale était parti de Rome, c'était de là que devait venir le bon exemple. Aussi Léon IX n'eut-il rien de plus pressé que d'y convoquer un grand Concile où seraient affirmées les lignes essentielles de son programme. L'assemblée s'ouvrit le ler dimanche après Pâques de 104980. L'assistance n'y fut pas aussi nombreuse qu'il eut souhaité. Beaucoup d'évêques se méfiaient. Ils craignaient que l'aventure ne leur fût dommageable81. Leur inquiétude se comprend. Le pape commença par déclarer qu'il fallait considérer comme nuls les ordres soit reçus soit même conférés par des simoniaques. Non seulement les évêques qui avaient acheté leur titre, mais les prêtres institués par eux se trouvaient du coup dépourvus de pouvoir. À ce compte, la plupart des Eglises devaient être fermées, en attendant qu'on pût leur donner de nouveaux titulaires. C'est ce qu'on fit remarquer avec insistance à Léon IX. Il ne céda qu'avec peine. Il finit cependant par comprendre qu'une attitude trop intransigeante constituait un très grave danger. Une transaction intervint. L'on convint que les gens d'Eglise qui auraient été institués par un évêque simoniaque sans lui avoir versé le moindre argent, auraient simplement à subir, comme Clément II l'avait ordonné récemment, une pénitence de 40 jours, après laquelle ils seraient rétablis dans leurs fonctions, mais que tous ceux qui auraient acheté leur titre seraient, pour ce motif, impitoyablement destitués82. La mesure fut appliquée sans retard à quelques-uns d'entre eux83.

Le Concile s'occupa aussi des prêtres mariés ou concubinaires. Il fut stipulé que tous devraient rompre sans retard avec leurs femmes84. Pour éviter que l'ordre fût éludé par eux, ou que certains revinssent, plus tard à leurs anciennes habitudes, une disposition extraordinaire fut adoptée. L'assemblée statua que celles de ces femmes qui se trouvaient à Rome seraient attachées comme serves au Palais du Latran85. C'était une mesure bien imprudente. Elle risquait de porter la révolution dans la maison du pape.

Léon IX en imposa une autre qui était de nature à relever les finances papales. Tous les chrétiens, à l'avenir, devaient être astreints au paiement de la dîme. Beaucoup, même en Italie, n'avaient jamais entendu parler d'une telle loi. Il leur fut expliqué que c'était par suite d'un abus fâcheux, et qu'il ne s'agissait pas là d'une innovation, mais d'une simple restitution à opérer en faveur des Églises86.

Une fois clos le Concile de Rome, Léon IX se hâta de porter ailleurs ces décisions. La série de ses voyages commençait.

À la Pentecôte de 1049, le pape présidait une nouvelle assemblée à Pavie, où il avait fort à faire pour imposer la loi du célibat, car la plupart des évêques, des prêtres et des diacres de la région lombarde étaient mariés87. Peu après il passait les Alpes et allait trouver l'empereur, pour qui était sa première visite hors du sol italien. Il se trouvait avec lui, le 14 juin, à Cologne88. Le 14 septembre il était dans sa ville épiscopale de Toul, dont il restait toujours le chef direct, car il avait évité, pour des raisons où l'intérêt se joignait au sentiment, de se donner un successeur89. De là il convoqua les évêques français à un Concile que lui-même présiderait à Reims, dès le début d'octobre. Le roi de France Henri Ier avait promis de se trouver dans cette ville, pour la consécration préliminaire de l'église abbatiale. A la réflexion, il se ravisa, fit savoir qu'une rébellion fâcheuse l'empêchait de s'y rendre et mobilisa même les prélats qui dépendaient de lui pour les empêcher d'y paraître. Il tenait à être maître chez lui et ne voulait pas d'une intervention étrangère. Le pape n'en fut pas moins exact au rendez-vous, ni moins catégorique dans l'affirmation de son programme et la condamnation des pratiques contraires90. Une quinzaine de jours plus tard, il était à Mayence où l'attendait l'empereur et il y présidait un nouveau Concile, auquel prit part une grande partie de l'épiscopat germanique 91. Puis il passa en Alsace.

Ses parents n'étaient plus là pour le recevoir. Sa mère était morte sans avoir eu la satisfaction de le voir élevé sur le siège de Pierre92. Elle avait pris, nous dit Wibert, un tel embonpoint qu'elle pouvait à peine se mouvoir. La pauvre femme demandait à Dieu de la faire maigrir, Elle fut si bien exaucée qu'elle n'avait plus à sa mort que les os et la peau93. Son mari l'avait suivie dans la tombe peu de temps avant l'intronisation de Brunon94. Leurs deux autres fils avaient aussi trépassé. L'un, Gérard, époux de la nièce du dernier roi de Bourgogne95 avait été tué, en 1038, au cours d'une guerre contre un seigneur de Ribeaupierre96, sans laisser, semble-t-il, d'héritier direct. L'autre, Hugues, particulièrement aimé de Brunon97, avait dû mourir peu avant l'élection de 104998. De son mariage avec la comtesse Mathilde, il laissait un fils, Henri, qui tenait alors le château d'Eguisheim99, et qui ne devait pas tarder à être lui-même emporté par la mort100.

Le pape alla revoir ce qui lui restait de parents et d'amis. Il s'attacha surtout à la visite des monastères fondés ou soutenus par sa famille, en ayant soin de confirmer et d'étendre leurs possessions et privilèges. C'est par les bulles rédigées en leur faveur que nous pouvons reconstituer quelques étapes de son itinéraire.

Le 10 novembre, il consacrait dans les Vosges l'église abbatiale d'Andlau, à la prière de l'abbesse Mathilde, sa cousine, soeur de Conrad II, et il mettait le couvent sous la protection du SaintSiège, contre une redevance annuelle de trois pièces de lin101.

Le 17 novembre il faisait une halte au monastère de Sainte-Croix de Woffenheim, qui avait été particulièrement cher à ses parents. Il consacrait l'abbesse Kuenza. Puis dans une charte solennelle, qui tranche parmi toutes les autres par son lyrisme, il mettait aussi cet établissement sous la protection spéciale du Siège apostolique, en retour de l'offrande annuelle d'une rose d'or, qui devait être faite à Rome au 3° dimanche de Carême102.

Le 23 novembre, il était près du lac de Constance, dans la célèbre abbaye de Reichenau103 , dont un moine Hermann, surnommé «contractus» ou «le perclus», enregistrait son passage dans une «Chronique» appelée à devenir célèbre104.

Le 3 décembre, il se trouvait à Donauwerth, pour y dédier un monastère, à la demande d'un de ses proches qui l'avait fait construire et dont une fille fut consacrée abbesse105.

De là il gagnait le nord de l'Italie. Il célébrait la Noël à Vérone. Enfin, au début de 1050, il faisait sa rentrée à Rome 106.

La ville des papes ne le retint pas longtemps. Il passa une partie de l'hiver à parcourir le sud de l'Italie. Presque aussitôt après son intronisation, Léon IX, fidèle à son idéal religieux, était allé visiter les moines du Mont Gargan et ceux du Mont Cassin107. Il les vit à nouveau. Mais cette fois, il fit aussi une halte dans la ville de Bénévent, qui s'était mise, un an auparavant, sous sa protection, et dont les offrandes, lui avaient été si utiles108. Il tint un peu plus loin, à Siponte, un Concile, auquel avaient été convoqués les évêques de la Pouille et de la Calabre, et où il ne craignit pas de déposer deux archevêques109.

Ses préoccupations se tournaient de là vers la Sicile, où dominaient alors les Musulmans. Il rêvait de les en chasser et confia par avance l'administration religieuse de l'île, avec le titre d'archevêque, à un ancien moine de Moyenmoutier, Humbert, qu'il a amené à sa suite et investi de sa confiance110. Mais ses plans échouèrent et Humbert ne réussit pas à prendre possession de l'archevêché 111.

Comme les Musulmans venaient de s'installer aussi en Sardaigne, Léon IX envoya vers le même temps un légat aux Pisans pour leur faire savoir que, s'ils recouvraient ce pays, «Sa Sainteté le leur donnait et concédait à perpétuité, sons condition qu'ils reconnaîtraient le tenir du Siège Apostolique, en lui payant un tribut annuel»112. Sans doute se considérait-il comme le légitime propriétaire en vertu de la fameuse «donation de Constantin», pièce apocryphe du VIII° siècle, qui était alors regardée comme authentique et persévéramment exploitée par les papes113. Les Pisans répondirent à son appel, équipèrent une flotte et réussirent à prendre l'île. Chemin faisant ils s'emparèrent même de la Corse114.

Ces soucis ne détournaient pas Léon IX de sa tâche initiale. Revenu à Rome avant les fêtes de Pâques de 1050, il y rappela, en nouveau Concile, les ordonnances de celui qui avait été tenu un an auparavant. Il y fit exclure de la communion chrétienne les membres du clergé qui ne s'y soumettraient pas, ceux qui continuent de forniquer. Défense était faite à tout prêtre ou laïque d'avoir aucun commerce avec eux. Les moines et les puritains triomphaient. Aussi se firent-ils les propagandistes ardents de la réforme115.

Le pape leur donnait l'exemple. Il «se remist à la voie, dit un chroniqueur, por corrigier les autres cités »116 . On le vit ainsi, dans l'été de 1050, en divers points de l'Italie.

Le 1er septembre, il présidait à Verceil, en Lombardie, une assemblée nouvelle destinée à confirmer et à compléter celle qui avait eu lieu l'année précédente à Pavie117.

Le besoin s'en faisait tellement sentir que l'évêque même de la ville, chez qui Léon IX s'arrêta, donnait lui-même l'exemple du dérèglement118.

Le pape l'ignorait sans doute. Mais quelqu'un devait bientôt l'apprendre et en tirer parti contre lui119. C'était Bérenger, écolâtre de Tours et archidiacre d'Angers qui venait d'être condamné à Rome, et qui le fut de nouveau à Verceil. On lui reprochait d'avoir soutenu que le Christ ne se trouve pas en chair et en os, mais seulement en figure, dans le pain et le vin eucharistiques, après les paroles de la consécration. Il eût voulu aller se défendre à Verceil, comme il y avait été invité. Mais il en avait été empêché par le roi de France qui l'avait fait emprisonner. Il prit sa revanche en diverses lettres et en un grand traité De la sainte Cène, où il malmena fort tous ses contradicteurs120.

Une autre condamnation prononcée en ce Concile au début de septembre 1050 allait susciter des difficultés plus graves. Un parent des comtes d'Eguisheim, Humfroy de Wülflingen, jadis chanoine de Strasbourg, que la faveur impériale avait élevé, quatre ans auparavant, à l'archevêché de Ravenne, refusait de se soumettre à la juridiction romaine, en invoquant les droits anciens de son Eglise. Léon IX lança contre lui l'anathème. Mais l'archevêque persista d'abord dans son refus. Or il avait derrière lui un groupe compact de partisans, aussi puissants que résolus, qui ne cachaient pas leur hostilité à l'égard du pape121.

Celui-ci ne s'attarda pas à vider la querelle. À l'automne de 1050, il était déjà en France. Après diverses haltes dans le Valais122, dans le pays de Vaud123, à Besançon124, il regagnait sa ville épiscopale de Toul125. Là il canonisait, en grande solennité, un de ses prédécesseurs, l'évêque Gérard, celui-la même que sa mère Helwige avait vu, en songe, lui remettre une étole126.

Le 17 décembre, il visitait au Hohenbourg, le monastère de Sainte-Odile, auquel sa famille était, traditionnellement, très attachée et où plusieurs de ses proches étaient inhumés. L'église se trouvait alors comme abandonnée. Il prit, pour la restaurer, diverses mesures, lui reconnut des possessions nombreuses dans les localités avoisinantes, et décida, sur le témoignage d'une «antique relation», que toute la montagne, au-dessous du «mur des gentils», devait être sous la dépendance directe de l'abbesse127.

En janvier 1051, il s'abouchait à Trèves avec l'empereur, qui fêtait alors la naissance d'un fils, du futur Henri IV128. Il se trouvait avec lui à Augsbourg au début de février129.

En mars, il avait traversé les Alpes, et s'occupait du Chapître de la Cathédrale de Lucques, où l'on voyait, dit-il, des prêtres mariés vivant dans la luxure130. Après quoi il arrivait à Rome pour les fêtes de Pâques131.

Léon IX repartait à l'été pour une nouvelle tournée. Mais son voyage avait, cette fois, un autre caractère. Il ne s'agissait plus d'aller à travers les diocèses faire la chasse aux évêques et aux prêtres nicolaïtes ou simoniaques et prêcher partout l'idéal monastique. À partir de cette époque, le souci de la réforme ecclésiastique s'atténue, dans la pensée du pape, devant un autre, d'un caractère plus politique, qui va l'absorber de plus en plus.

Pour bien comprendre cet aspect nouveau de non activité, il faut se rappeler quelques faits historiques. L'Italie méridionale avait été longtemps disputée entre les Lombards, qui auraient voulu étendre leur autorité du nord au sud sur toute la péninsule, et les empereurs de Byzance, qui s'efforçaient péniblement d'y conserver les derniers restes de leur occupation. Un troisième larron était survenu avec l'invasion musulmane, qui était passée d'Afrique en Sicile, puis s'était fixée sur divers points de l'Apulie et avait même poussé des pointes jusqu'à Rome. Des aventuriers, venus de Normandie, s'étaient mis au service d'une des principautés lombardes qui avaient pu se maintenir au sud des Etats pontificaux, et ils l'avaient aidée à se défendre contre les Sarrasins et contre les Byzantins. Puis ils s'étaient établis pour leur compte et ils s'efforçaient depuis lors d'arrondir leurs domaines132. C'est pour résister à leurs entreprises envahissantes que les gens de Bénévent, dès le début du pontificat de Léon IX, lui avaient demandé de les prendre sous sa protection. Le pape ne demandait pas mieux. Mais il avait à compter avec l'opposition des princes lombards, qui avaient dominé jusque là sur la ville, et avec celle des Normands, qui cherchaient à s'installer. L'année précédente, à la suite de son passage, le prince Landolf, qui lui était hostile, s'était vu expulser, pour ce motif par ses propres sujets133.

Léon IX se dit que les circonstances lui étaient favorables. Le 5 juillet 1051, il prit possession de Bénévent134. Pour se garantir contre les risques éventuels, il fit venir le chef des Normands, Drognon, et lui fit promettre de respecter et de défendre ce territoire pontifical. Peu de temps après, Drogon était assassiné, ainsi qu'un certain nombre de ses partisans135. Un de ses frères, Humfroy, prit sa succession et se chargea de le venger. Une véritable chasse fut alors organisée, à travers l'Apulie, contre les adversaires de l'occupation normande. Beaucoup de gens furent arrêtés, torturés, massacrés136 . L e pape fit entendre maintes protestations contre le frère de Drogon137 .

Il ne fit par là qu'accroître sa fureur: «Hélas! Seigneur Pape, qu'avez vous fait? s'écriait un Bénéventin. Voici que les Normands, devenus pires que jamais, saccagent tout, brisent tout. La désolation nous envahit. Les murailles ne suffisent plus à protéger nos villes. Prenez pitié, prenez pitié de nous, et si vous êtes un pasteur, protégez vos brebis»138.

Léon IX fit appel au chef des troupes byzantines établies en Calabre, qui intervint en effe, mais se fit battre honteusement et à plusieurs reprises139. Dans sa détresse, il se tourna vers l'Allemagne, et durant l'été de 1092, il s'en alla trouver l'empereur, qui était alors en guerre avec la Hongrie et faisait le siège de Presbourg140. Il réussit à conclure la paix entre les belligérants et à faire convoquer une diète qui discuterait l'éventualité d'une intervention armée en Apulie.

L'assemblée se réunit à Worms, à la Noël de 1052141. Le pape vit se dresser contre lui une forte opposition. Sa réforme ecclésiastique avait été tentée par lui non seulement en Italie et en France, mais encore en Allemagne. Elle y avait suscité en divers milieux, et même à la cour, un mécontentement très vif, qui trouvait maintenant une occasion excellente de s'affirmer142. L'on reprocha au projet papal de compromettre gravement l'Empire sans le moindre profit. Léon IX offrit des dédommagements. Il rétrocéda au chef du Saint Empire l'évêché de Bamberg, qui avait été, sous Clément II, octroyé au Saint Siège143. II renonça pareillement aux droits qu'il prétendait avoir sur l'abbaye de Fulda et d'autres possessions allemandes144. En retour, des troupes lui furent promises par Henri III.

Elles s'organisèrent aussitôt et se concentrèrent à Augsbourg. Léon IX alla se mettre à leur tête, au début de février 1053 et il les dirigea sur l'Italie. Mais presque aussitôt un ordre de rappel arriva. L'empereur s'était ravisé. Il alléguait la nécessité de les garder auprès de lui en prévision de troubles intérieurs145.

Dans les mois précédents, le pape s'était fait lui-même recruteur. Mais il n'avait réussi à lever que 500 volontaires en Alsace et en Lorraine, plus 200 autres en Rhénanie. C'était bien peu. Encore cette troupe n'était-elle formée, pour une large part, que de gens sans aveu, de véritables bandits, attirés dans cette aventure par l'appât du gain146.

C'est ainsi escorté que le chef de la chrétienté revint en Italie. Un incident qui se produisit à Mantoue fit sur lui une impression fâcheuse. II s'était arrêté dans cette ville pour y tenir un Concile régional147. Quelques mois auparavant il avait excommunié l'archiprêtre et l'archidiacre du diocèse, qui, mariés l'un et l'autre, s'étaient permis de conférer des bénéfices ecclésiastiques à leurs propres fils148. II voulait reprendre là son oeuvre réformatrice. Au cours d'une session conciliaire, une rixe se produisit entre ses gens et ceux de l'évêque. II intervint pour y mettre fin, mais sans succès. Plusieurs de ses partisans tombèrent devant lui et leur sang rejaillit sur ses vêtements149. Des difficultés plus graves l'attendaient plus loin. Arrivé à Rome pour les fêtes de Pâques, il en repartit, au bout de quelques semaines, avec sa petite armée, pour gagner Bénévent, où il avait convoqué le ban et l'arrière-ban de ses vassaux150. Il comptait rejoindre de là les troupes byzantines151, forcer l'adversaire à la retraite et organiser ensuite sa principauté, dont le chef délégué serait l'alsacien Rodolphe d'Ottmarsheim152.

Les Normands n'étaient pas sans inquiétude. Etrangers en ce pays, où ils ne s'imposaient que par la force, ils craignaient que le spectacle d'une guerre soutenue par eux contre la papauté n'achevait de leur aliéner les populations et n'amenât une révolte générale. Ils envoyèrent une délégation au pape, pour lui offrir de reconnaître sa suzeraineté et de lui payer chaque année un tribut, s'il voulait bien les admettre parmi ses vassaux et leur donner l'investiture des terres tenues par eux. Léon IX commit la faute de rejeter cette offre. Il ne vit dans leur démarche qu'un aveu d'impuissance et les somma de quitter le pays. Sur leur refus il les excommunia153.

Ainsi rebutés, les Normands réagirent vivement. Ils se portèrent en hâte au devant de ses hommes, pour les empêcher de faire leur jonction avec l'armée byzantine, et le 18 juin 1053, ils les attaquèrent avec vigueur. Au premier choc, les Italiens, peu aguerris, se débandèrent. Les Alsaciens, Lorrains et Rhénans se défendirent mieux, mais bientôt ils furent écrasés154. Le pape put les voir tomber, l'un après l'autre, du haut de la ville voisine de Civitella, où il se tenait, avec son clergé, durant la bataille. Au bout de quelques heures, il s'y trouva cerné. À la demande des habitants, terrifiés par un premier assaut, il dut se constituer prisonnier155.

Les vainqueurs l'obligèrent à lever sans retard les censures ecclésiastiques dont ils avaient été chargés par lui avant la lutte. Ils se firent ouvrir les portes de Bénévent et s'y installèrent avec lui. Humfroy eut l'élégance et l'habileté de montrer à son égard une grande déférence156. Il ne l'en retint pas moins en captivité pendant plus de huit mois.157

Léon IX utilisa ses loisirs forcés pour correspondre avec l'empereur de Constantinople. Se voyant insuffisamment soutenu par l'Allemagne, il cherchait un appui à Byzance158. Il se mit, sur le tard, à apprendre le grec159. Mais ces efforts, dictés par l'intérêt du moment, devaient rester sans résultats. L'Orient et l'Occident se connaissaient trop peu. Leurs intérêts étaient trop divergents. Entre ces deux parties de la chrétienté, la rupture, depuis longtemps latente, allait être bientôt définitive.

Léon IX contribua même, sans le vouloir, à la précipiter. Convaincu que, l'accord entre Rome et Byzance, pour se traduire sur le terrain de la politique, devait s'affirmer d'abord sur le plan religieux, il adressa au patriarche de Constantinople Michel Cérulaire une longue missive destinée à montrer que toute la chrétienté devait se grouper autour du successeur de Pierre160. Mais Michel, qui s'était proclamé patriarche universel, n'était pas d'humeur à s'incliner devant son concurrent, et le ton tranchant de l'invite ne fit que l'irriter.

Le pape lui fit porter son message par l'ancien moine de Moyenmoutier devenu un de ses principaux collaborateurs, le Cardinal Humbert. Le légat se montra encore plus impérieux. Dans un traité en 66 chapitres, il fit une critique très vive du patriarche161. Finalement il prononça l'anathème contre lui et tous ses partisans. Mais, devant la réaction violente qui s'en suivit, il dut s'enfuir précipitamment.

Léon IX comptait le retrouver à Rome. Comme les fêtes pascales approchaient, il obtint enfin la permission de regagner sa capitale. Conduit par Humfroy jusqu'à Capoue, dernière limite des possessions normandes, il y passa douze jours, après lesquels il franchit la frontière et rentra enfin au Palais de Latran à la fin de mars 1054162.

La défaite l'avait moralement diminué au regard des Romains. La plupart avaient toujours tenu fort peu à lui163. C'était pour eux un étranger, un représentant de cette Allemagne en laquelle ils voyaient la grande ennemie. Ses tentatives de réforme, l'avaient rendu particulièrement antipathique, et l'austérité de sa vie, au lieu de lui attirer le respect, n'avait fait que susciter des critiques acerbes. Tout cela, peut-être, lui eût été pardonné, s'il eût pu agrandir, comme il le souhaitait, le patrimoine de Pierre. L'insuccès de sa tentative achevait de lui aliéner l'opinion.

D'autre part, les bonnes âmes, celles qui avaient eu pour lui le plus de sympathie, qui avaient salué avec le plus d'enthousiasme son programme réformateur, avaient été ensuite profondément déçues en le voyant recruter des troupes et se mettre à la tête de mercenaires fort peu recommandables, pour des questions de pure politique et d'acquisitions territoriales que leur mysticisme réprouvait. Le Cardinal Pierre Damien, un autre saint de ce temps, ne se gênait pas pour écrire à un de ses collègues que les entreprises guerrières ne convenaient pas à un successeur de Pierre164. Un annaliste de la même époque, dit crûment que si le Pape avait été battu, il l'avait bien mérité165.

La situation de Léon IX était donc fort difficile. Sa santé laissait encore plus à désirer. Une maladie grave, dont la nature ne nous est pas connue, s'était déclarée pendant son séjour à Bénévent. C'est en litière qu'il était rentré à Rome166. Dans les jours qui suivirent, il se tint sans bouger au Latran. Après Pâques, sa maladie empira. Sentant sa fin approcher, il se fit porter à la Basilique Saint-Pierre, où il voulait mourir167.

Détail macabre, la foule, ayant vu passer la litière qui, était comme un cercueil anticipé, se précipita sur le palais du Latran pour le piller168. C'était, paraît-il, la coutume à la mort de chaque pape. Léon IX avait jadis protesté contre cet, usage barbare169. Il ne pouvait maintenant que le subir.

À sa demande, les fidèles furent introduits auprès de lui, pour recevoir ses dernières instructions. Il leur recommanda de ne s'approprier jamais aucun bien ecclésiastique, de ne point jurer, de ne pas créer d'embarras aux pélerins, de ne point manquer d'offrir à Dieu les prémices de leurs récoltes170.

Le clergé fut ensuite mandé. Léon IX lui fit entendre aussi divers conseils. Après quoi il se mit en prière171.

Le souvenir de tous les pays à travers lesquels il avait voyagé lui revenait à l'esprit.«Seigneur Jésus, dit-il, je prie ta bonté d'accorder, en toute cité ou province où je suis allé, la paix et la concorde à tous ceux qui m'ont reçu... À toutes ces provinces ou cités par lesquelles est allé ton serviteur, donne une plénitude de blé, de vin et d'huile, pour que tous sachent que c'est en ton nom que j'allais»172.

Sur son lit de mort il pensa aussi à son prédécesseur indigne, à ce Benoît IX qui allait lui survivre, et dont l'image le hantait comme un cauchemar «Grand Dieu, ajouta-t-il, Rédempteur du genre humain, qui, par tes Apôtres Pierre et Paul, as fait tomber de haut le perfide Simon, comme tu a daigné les écouter, daigne écouter maintenant ton serviteur, fais tourner vers toi Théophylacte et (ses frères), qui ont renforcé presque dans tout le monde l'hérésie simoniaque, pour qu'ils abandonnent leur erreur et reviennent à toi»173.

Dans ces heures suprêmes où la vie allait lui échapper, il se mettait à parler la langue de son enfance, celle qu'il avait apprise en Alsace dans son château d'Eguisheim et qui était, d'ailleurs, familière à son entourage, car il avait autour de lui de nombreux compatriotes 174.

Le 19 avril au matin, évêques, prêtres, diacres, clercs de tout ordre et fidèles de tout rang vinrent, au point du jour, assister à sa fin, dont l'échéance s'annonçait imminente. Il entendit la messe et communia. Puis, comme tout ce monde faisait grand bruit, à un moment il dit : «Ecoutez, pour Dieu, taisez-vous; peut-être pourrai-je prendre un peu de sommeil». Il inclina la tête et dormit pendant une demi-heure. Puis il cessa de respirer. Il était mort175.

Né en 1002, il avait dépassé de peu la cinquantaine. Il fournissait par sa disparition prématurée un exemple de plus au traité que saint Pierre Damien allait bientôt publier sur la brièveté de la vie des papes176.

Avec lui l'Eglise perdait un chef qui lui était vraiment dévoué, qui ne cherchait point son intérêt personnel, comme un trop grand nombre de ses prédécesseurs, mais qui voulait sincèrement le bien. À neuf cent cinquante ans d'intervalle, on peut ne point partager ses idées et ses aspirations. Mais, si loin qu'on se sente de lui à cet égard, on se plaît à saluer en lui un homme droit qui portait un idéal et qui travailla toute sa vie à le réaliser.

Prosper Alfaric

Annuaire de la Société Historique, Littéraire et Scientifique du Club Vosgien. Édité sous les auspices de la Société par Fr. Ritter. Nouvelle série volume I (1-2) 1933. Strasbourg Imprimerie Alsacienne

1) Le présent article reproduit, en la complétant, une «Conférence d'Extension universitaire» donnée en divers centres d'Alsace et de Lorraine dans l'hiver de 1932-1933.

2) Publiée par Migne dans la Patrologie latine, t. CXLIII, c. 465-504, et par J. M. Watterich dans les Pontificum romanorum Vitae, t. I, p. 127-170.

3) Les textes principaux ont été réunis par Watterich, Pontif. roman. Vit., t. I, p.93-177 et 731-738

4) Presque toutes se trouvent chez Migne, Patr, Fat., CXLIII, 583-794. Elles sont décrites et analysées par Jaffé. Regesta Pontificum romanorum, 2° éd., t. I, p.529-539.

5) Les principaux sont ceux de l'abbé O. Delarc, du clergé de Paris., Un pape alsacien, essai historique sur saint Léon IX et son temps, Paris, 1876, in-8°, 525 p., du Père P. P. Brucker, de la Compagnie de Jésus, L'Alsace et l'Eglise au temps du pape saint Léon IX (Bruno d'Eguisheim), Strasbourg - Paris, 1889, in-8°, 2 vol, de 446 et 402 p.; de l'abbé Eug. Martin, professeur à Nancy. Saint Léon IX, dans la Collection «Les Saints», Paris, 1904, in-12, 208 p.

6)Vita s. Leonis, I, 1 (P. L, CXLIII, 467 et Watterich, Pontif, roman. Vit., I, 128).

7) Ibid. I, 1 vers.fin.: «... parentes Brunonis... coenobium... construxerunt Woffenheim penes nobile castrum suum Egisheim dictum,» Un chroniqueur du XII° siècle, l'annaliste Saxon édité par Waitz dans les Monuments Germanise historica (Script., t. VI, 687) dit explicitement: «Bruno, qui et Leo, ... fuit oriundus de Alsatia ex castello quod dicitur Egenesheim». Autres textes chez Delarc (op, cit., p. 372-382).

En 1675, le Bollandiste Henschenius s'appuyant sur un passage mal compris de la chronique du monastère de Senones, fit naître Léon IX sur les confins de la Lorraine, au château de Dagsbourg, aujourd'hui Dabo (Act. Sanctor, April., t. II, p. 649 F). Cette opinion, reprise dans la 2° partie du XVIII° siècle, par Schoepflin (Als, illustr, I, 529) et par Grandidier (Hist. d'Als., p. 103), a été plusieurs fois soutenue depuis lors. Mais on ne peut invoquer en sa faveur aucun texte antérieur au XVII° siècle. (Voir ., P. Dexen, Où est né le pape saint Léon IX?, Strasbourg, 1884, in-8°, 47 p., et P. P. Brucker, Le château d' Eguisheim, berceau du pape saint Léon IX, Strasbourg-Paris, 1893, in-8°, 91 p. Dexen est un pseudonyme du Père Brucker, originaire d'Eguisheim, en dialecte alsacien Exen).

8) De ces trois tours (Drei Exen), la plus basse s'appelle Weckmund, la 2° Wahlenbourg, la plus haute Tagesbourg ou Dagsbourg (Brucker, op, cit., I, 358-359). Le P. Brucker conjecture que ce dernier nom a beaucoup contribué à faire croire que Brunon est né à Dabo, anciennement Dagsbourg (ibid. 383). D'après lui, pourtant, ce n'est pas sur la hauteur qu'est né Brunon, mais dans le château d'Eguisheim le-bas, de dimensions plus modestes, qui ne domine la plaine que de quelques mètres. Seulement il est peu vraisemblable que, dans ce temps de guerres incessantes, la demeure seigneuriale d'une puissante famille ne fût point située sur une éminence.

["Trois localités revendiquent ce privilège : Eguisheim (Haut-Rhin), Dabo (Moselle) et Walscheid (Moselle). Le professeur MUNIER se prononce pour Walscheid. Il a exposé son point de vue dans un article paru dans la Revue des sciences religieuses, avril 2002, « À propos du millénaire de la naissance du pape Léon IX (1002-1054) », p. 131-160 et dans une plaquette Léon IX et Walscheid, 2002, « Un lieu de mémoire : Saint-Léon, près de Walscheid », p. 25-70."]

NDE, texte extrait de la page web : http://www.esprit-et-vie.com/article.php3?id_article=158

9) Wibert I, 1: «Pater ejus, natione Teutonicus, imperatoris Conradi consobrinus, in patria lingua atque latins disertissimus». La mère de Conrad, Adélaïde, était soeur du père de Hugues. Le Père Brucker a recueilli et commenté dans l'Alsace et l'Église..., (p. 295-349) les textes concernant la généalogie paternelle de Brunon. Mais les filiations qu'il établit sont parfois contestables, comme l'a montré R Parisot (De prima domo quae Superioris Lotharingiae ducatum... tenuit, Nancy, 1898, ad calcem).

10) Brucker, op, cit., I, 12.

11) Wibert I, 1: «Mater quoque latins, aeque utriusque linguae perita.»

12) Wibert I, 1, init.

13) La chronique du monastère de Senones, écrite au XIII° siècle, lui donne pour père un certain «comte Louis», qu'elle associe à la duchesse Béatrix de Lorraine dans la restauration de l'Église de Saint-Dié en 1005. Ceci donne à penser que le père d'Helwige était apparenté à la duchesse. Or Béatrix était soeur du roi Hugues Capet (v. Brucker, op, cit., I, 115, et Le chât. d'Eguish., p, 21-22).

14) Les documents concernant les frères et les soeurs de Brunon se trouvent chez Brucker (op. cit., I, 338-341).

15) Wibert, I, 1 vers. fin. cf. Bulle de Léon IX, en 1094, à l'abbaye de Hesse, rappelant les fondations ancestrales (P. L., CXLIII, 740) et Nécrologe de l'abbaye cité par Mabillon (Act. ord. S. Bened, saec. XI, p. II, 49, reproduit dans P. L., CXLIII, 459).

16) Wibert, I, 1 vers. fin. cf. Bulle de Léon IX, en 1092, à l'abbaye d'Altorf, «ecclesiam a nostris progenitoribus constructam» (P, L., CXLIII, 689).

17) Wibert, I, 1, in fin. cf. Bulle de Léon IX en 1049, concernant le couvent de Woffenheim «ecclesiam patrie mei Hugonis et matris meae Heilwigdis... ab eisdem meis parentibus fundatam» (P, L., CXLIII, 635). D'après Schoepflin (Alsatia illustrata II, 474), la première abbesse de Woffenheim aurait été une soeur de Brunon, du nom d'Odile. Mais l'existence de cette soeur paraît due à une confusion (Brucker, op, cit., I. 341). L'église a survécu jusqu'à la fin du XVIII° siècle. Mais il n'en reste plus aujourd'hui aucune trace (Brucker, op. cit., p. 89.)

18) Wibert, I, 2, circ. med.

19) Wibert, I, 2, circ, med.

20) Brucker, op. cit., I, 17-18.

21) Wibert, I, 2, circ. med.

22) Wibert, I, 2, in fin.

23) Wibert, I, 3, circ. med. cf. Brucker, op, cit., p. I, 24-25 et 364.

24) Wibert, I, 3, fin., I, 4 init.

25) Wibert, I, 4 init.

26) Chron. S. Huberti Andagin., 3 et 19.

27) Wibert, I, 4 circ. med.

28) Wibert, I, 4 fin., 5 init.

29) Wibert, I, 5.

30) Wibert, I, 6 init.

31) Wibert, I, 6 circ. med.

32) Wibert, I, 6 circ. med.

33) Wibert, I, 7 init.

34) Wibert, I, 7.

35) Wibert a eu soin de dire plus haut (I. 5, init.) que Brunon se plaisait, pendant ses vacances, à Eguisheim, «non tant à cause de l'affection sincère de ses parents que de leur conduite religieuse et de l'excellente ordonnance de leur maison militaire et civile (in militibus et familia)».

36) Wibert, I, 8 init.

37) Wibert, I, 8.

38) Wibert lui-même a dit plus haut (I, 6, circ. med.) : «L'empereur et l'impératrice, s'occupant tous les jours de son avenir, songeaient incessamment à l'élever au plus haut rang possible, et, pour parler sans ambages, à lui conférer un évêché qui serait surabondamment pourvu de biens temporels.»

39) Wibert, I, 9.

40) Wibert, I, 10.

41) Wibert, I, 11 init. Ce Thierry, de la famille de Luxembourg avait d'abord administré l'évêché de Metz au nom du jeune Adalbér, fils du duc de Lorraine (supra), puis, mettant à profit la jeunesse de l'évêque nommé il avait pris sa place et s'y était maintenu envers et contre tous; après quoi, ayant fait tomber dans une embuscade le père de son concurrent évincé, il l'avait retenu prisonnier. Ces événements avaient déchaîné une série de guerres, auxquelles avait pris part le père de Bruno, et au cours desquelles sa mère s'était réfugiée au couvent de Moyenmoutier dans la région de Saint-Dié (Belhomme, Hist. Med. Mon, c. 56).

42) Wibert, I, 12, init.

43) Wibert, I, 12. Ce Poppon, fils de Léopold d'Autriche, était une forte tête. C'était de haute lutte qu'il avait conquis son diocèse, dont un frère de Thierry de Metz, Adalbéron de Luxembourg, lui disputait la possession. (Brucker, op, cit., I, 91-92).

44) Wibert, I, 12.

45) Wibert, I, 11 circ. med.

46) Wibert, I, 11, fin. et 13 circ. init.

47) Charte de 1034, en faveur du monastère de Saint-Epvre. (Patr, lat., CXLIII, 584).

48) Wibert, I, 13, circ. med.

49) Wibert, I, 13, vers. fin.: «Il était particulièrement versé dans l'art délectable de la musique, où il égalait les anciens auteurs et en surpassait quelques-uns par la suavité de la mélodie. II releva merveilleusement la beauté du culte divin, en composant des répons en l'honneur du glorieux martyr Cyriaque, de saint Hidulphe, archevêque de Trèves, de la bienheureuse Odile, Vierge, et du vénérable Grégoire, apôtre des Anglais et docteur». On remarquera que les trois saints étaient vénérés dans les monastères de Moyenmoutier, d'Altorf, de Munster, et sainte Odile au couvent de Hohenbourg. Le chroniqueur de Moyenmoutier, Jean de Bayou, confirme ce témoignage. II attribue pareillement à Brunon des hymnes en l'honneur de saint Dié et de saint Colomban. Mais il ajouta que la musique seule venait de Brunon, et que le texte était l'oeuvre du futur cardinal Humbert, alors simple moine à Moyenmoutier (Chron. Med. Mon., c. 50).

50) Wibert, I, 14.

51) L. Duchesne, Les premiers temps de l'Etat pontifical, p. 336-346.

52) L. Duchesne, op, cit., p. 305-324: «La maison de Théophylacte».

53) L. Duchesne, op, cit., p. 335-336, d'après Luitprand, évêque de Crémone (De relus gestis Ottonis, 10, dans Patr. let., CXXXVI, 903-904).

54) L. Duchesne, op. cit., p. 373,

55) L. Duchesne, op. cit., p. 373-374.

56) Dial., 1. III, circ. init. (Patr. lat. CXLIX, 1003).

57) L. Duchesne, op. cit., p. 374-375.

58) Liber Ad amicum, 1. V (Patr. lat., CL, 817).

59) Bonizon, ibid. ; Victor III, Dial., loc, cit.

60) Bonizon, loc. cit. (P. L., CL, 817 D).

61) Bonizon, loc. cit. (P. L. CL, 817 D - 818 A).

62) Récit détaillé chez Bonizon, loc. cit. (P. L., CL, 818 A-819 C).

63) Bonizon, loc. cit., P. L., CL, 819 C.

64) Bonizon,loc. cit., P. L., CL, 819 C-820 C. Une chronique anonyme citée par Watterich (Rom. Pontif. Vit. I, 716) dit de lui, à propos de sa mort: «Qui etiam ab allie potins Demens quam Clemens dici dignus judicatur, cum utique per violentiam Gratiano amoto, eum intrusum aaserant».

65) Lupus « protospatarius» Chron. ad. ann. 1047 : « In mense junii supradictus Papa Benedictus (IX) per poculum veneni occidit Papam Clementem» (P. L., CLV, 135)

66) Léon d'Ostie, Chronicon Casinense, II, 79 (P. L., CLXXIII, 685 A).

67) Bonizon, Ad amicum, 1. V (P. L. CL, 820 C).

68) Hermann Contract, Chron., ann. 1048 (P. L., CXLIII, 250-C).

69) Ad amicum, I. V (P. L. CL, 820 D). Bonizon, très hostile aux Allemands, dit de lui, au cours de la même phrase: « Is, postquam sedem pontificiam invasit, antequam bis deni dies volverentur, corpore et anima mortuus est»

70) Bonizon, loc. cit.,

71) Wibert, II, 2, circ. init.

72) Bonizon, Ad amic., I. V (P, L., CL, 821). L'expression vient de Tertullien: «Facilius Apoetaticum invenies quam Apostolicum (Adv. Marc., IV, 5).

73) Wibert, II, 2, circ. med, : «Contra omnium Apostolicorum morem, sumpto peregrino habitu, Romanum arripuit iter» Selon le même, biographe, étant évêque de Toul, (il avait coutume de faire chaque année le même pèlerinage (II, 1, circ. init.). II avait, en cela, des émules. L'archevêque de Lyon, Halinard, était arrivé, dit-on, par ses fréquentes visites, à se rendre si populaire à Rome qu'on y souhaitait de l'avoir pour pape. Mais il s'abstint d'y paraître, lors de cette vacance, pour ne pas contrecarrer le plan de l'empereur (Chronicon Divionensis monaterii, dans Monum. Germ. histor., Scriptor., IX, 237).

74) Wibert, I, 2, circ. med,

75) Bonizon, Ad amicum, 1. V (P. L. CL, 820 C).

76) Bonizon, loc. cit. (P, L., C. L. 818 C).

77) Les inquiétudes qu'inspirait à Léon IX le voisinage de Benoît IX ont leur écho dans la prière angoissée par laquelle, en son dernier jour, il demandait à Dieu d'en finir avec ce patron des simoniaques, comme jadis avec son premier modèle, Simon le magicien (v. infra).

78) Wibert, I, 3 circ. med.

79) Voir plus haut,

80) v. chez Héfelé, Histoire des Conciles, trad, et augm.. par Dom H. Leclercq, t. IV, 2° part., p. 1002-1009.

81) Dom H. Leclercq, chez Héfelé, loc. cit., p. 1004, not, 1 : «Le seul Halinard de Lyon représentait la Bourgogne; la France et l'Allemagne n'avaient pas envoyé un seul évêque. Une dizaine d'évêques italiens se présentèrent... »

82) Cardinal saint Pierre Damien, Liber qui dicitur gratissimus, c. 35 (Patr. let., CXLV, c. 150). Le pape ne tarda pas d'ailleurs, à oublier la concession qui lui avait été arrachée, à déclarer nulles et à faire, en conséquence, réitérer les ordinations faites par des évêques simoniaques (Patr, let., CLVIII, 648 et CLXV, 93). Cette attitude intransigeante ne devait pas prévaloir et a été, depuis lors, officiellement réprouvée (v. L. Saltet, Les réordinations..., Paris, 1907, in-8°, p. 173-179 ; cf. Dom H. Leclercq, chez Héfelé, op, cit., p. 1005, note 1).

83) W Wibert, I, 4, circ, med. ; Bonizon, Ad amicum, 1. V (P. L., CL, 822 A)

84) Bonizon, Ad amicum, 1, V (P. L., CL, 821 D). L'évêque de Sutri constate que ses collègues n'osèrent pas protester, mais qu'ils firent les morts: «Quod audientes episcopi, primo quidem, veritati non violentes resistere, tacuere; postes vero, suadente humani generis inimico, inobedientes, celavere».

85) S. Pierre Damien, Contra intemperantes clericos, 7 (P. L., CXLV, 411 B-C), Ce saint homme estime que le décret conciliaire s'applique à toutes les Eglises et que chaque évêque a le droit de revendiquer pour son compte les femmes de ses prêtres: « unusquisque episcopus Ecclesiae suas vindicet famulas quas in sua parochia deprehenderit sacrilega presbyteris admistione substratas.» Dans un autre de ses écrite, le «Livre de Gomorrhe» (Liber Gomorrhianus (P. L., CXLV, 169-190), dédié à Léon IX (op, cit, 161) et honoré d'une lettre laudative (op, cit., 159-60), il trace un tableau précis et répugnant des moeurs déréglées du clergé de son temps.

86) W Wibert, II, 4, circ. med,

87) Hermann Contract, Chron., ann. 1049 (P: L., CXLIII, 252 A). Déjà trente ans auparavant, un Concile tenu dans la même ville avait fulminé contre la luxure des clercs, accusés de vivre avec des femmes, et de doter leurs enfants, avec des biens d'Eglise (Héfelé, Hist, des Conc., éd. Leclercq, t. IV, 28 part. p. 919)

88) Wibert, II, 4, circ, med, ; Hermann Contract, loc. cit.: Anselme, moine de Reims, Hist. dedic. Eccl. S. Remig., 8 (Patr. lat., CXLII, 1422.

89) Anselme de Reims, loc. cit.

90) Un récit très détaillé de ce Concile nous est donné par Anselme de Reims, op. cit., 10-18.

91) Voir un exposé officiel, de Léon IX lui-même, dans une Bulle du 19 octobre (P. L., CXLIII, 626-628).

92) En 1037, d'après un chroniqueur anonyme de Bénévent; en 1043, d'après Jean de Bayon, le chroniqueur de Moyenmoutier.

93) Wibert, I, 15.

94) La comtesse Mathilde, femme de son arrière-petit-fils Hugues VI, dit de lui, dans une charte en faveur de Woffenheim, publiée par Grandidier, Histoire d'Alsace, p. 502: «Domnus Hugo, atavus meus, dum construeret hunc locum, surreptus morte, reliquit filin suo glorioso haeredi Leoni ad perficiendum. Ille vero statim cathedram B. Petri obsedit».

95) v supra,

96) Jean de Bayon, Chron. Mediani Monasterii, c. 48.

97) Cordis nostri, dum vixit, dolce solamen fratrem nostrum Hugonem (Bulle de Léon IX, P. L., CXLIII, 740 D).

98) On peut le conclure d'un passage curieux du récit de Wibert (II, 2): Comme Brunon allait à Rome pour y faire confirmer son élection, le dit Hugues apparut à un clerc de l'escorte papale. II était assis sur un siège élevé mais sans aucun appui pour ses pieds, et il le pria d'engager «l'Apostolique» à intercéder pour lui, en franchissant le seuil de Saint-Pierre, pour le tirer de cette position incommode. II en fut fait ainsi, et une nouvelle apparition vint apprendre bientôt l'heureux effet de cette intercession.

99) Bulle de 1049 : «Nepoti meo Henrico castrum Hegeneheim habenti» (P. L., CXLIII, 635 C). cf. autre Bulle: «Data per manne Mathildis dilectae. uxoris fratrie nostri Hugonis et filii ejus Henrici» (ibid., 741 C).

100) Ibid., 741 A: « justis precibus domnae Mathildis et filii ejus Henrici, nostri quondam nepotis»

101) Ibid., 633-635.

102) Ibid., 635-637.

103) Wibert, II, 5.

104) Patr. lat., CXLIII, 252 D.

105) Bulle de fondation dans P. L., CXLIII, 637-639.

106) Clément Contract, Chron., a. 1049 (P. L., CXLIII, 252-253).

107) Léon d'Ostie, Chron. Casin., II, 79 (P. L., CLXXIII, 685).

108) Léon d'Ostie, op. cit., II, 81 (P. L CLXXIII, 687 B); Annales de Bénévent, ann. 1050 (chez Watterich, I, 110 et 112).

109) Wibert, II, b : Aymé du Mont Cassin, L'ystoire de li Normant, Ed. Champollion Figeac, III, 14.

110) Patr. lat. CXLII. 646 D. .

111) Hist. Medium. Monument. p. 236 Patr. lat., CXLIII, 987 -988.

112)Tronci, Annoli Pisani, cité par Brucker (op, cit., p. 111).

113) Léon IX s'en réclame expressément das ses lettres au patriarche et à l'Empereur de Constantinople (P. L., CXLIII, 753 et 779 D)

114) Tronci, Annoli Pisani, (plus haut) cf. Muratori, Rer. italic. scriptor, VI. 167

115) Bonizon Ad amicum. 1. v, (P.L. CL. 822 B).

116) Aymé du Mont Cassin, L'Ystoire de Li Normont, Ed, Champollion Figeac, III 44.

117) Hermann Contract, Chron. ann. 1050 (P.L. CL. CXLIII, 293 C-254 A).

118) Hermann Contract, Chron. ann. 1051 (P.L. CL. CXLIII, 254 C).

119) Bérenger, De sacra Coena, éd. Visher, p. 40.

120) Il appelait le pape «non pontificem sed pompificem et pulpificem» et dénonçait le Saint-Siège comme le «Siège de Satan», l'Eglise romaine comme «l'assemblée des méchants», le Concile de Verceil comme une réunion de «niais», (cf. Dict. de Th. Cath., art. Bérenger, t. II. c. 727).

121) Hermann Contract, loc. cit.. 1050 ;Wibert, II, 7.

122) P. L., CXLIII, 665.

123) P. L., CXLIII, 653.

124) P. L., CXLIII, 668.

125) Hermann Contract, loc. cit.. 1051 (P.L. CL. CXLIII, 254 A).

126) La bulle de canonisation se lit chez Migne (P. L. CXLIII, 644-647). Le pape s'y réfère gravement à une autre vision d'un saint moine qui, à la demande du prévôt de la cathédrale, s'est enquis auprès de Dieu des mérites de Gérard et qui a été gratifié d'une apparition du saint. Une autre bulle rédigée dans la même circonstance parle de la «grande multitude» des gens venus à Toul pour cette fête (ibid., 656-657).

127) Texte de la bulle dans P. L., CXLIII, 663-664.

128) A cette rencontre se rattache une bulle concernantle couvent Saint-Maximin de Trèves (P. L., CXLIII, 669-67I).

129) Wibert, II, 7 ; Hermann Contract, Chron., a. 1051.

130) Bulle du début de mars 1051 (P. L., CXLIII, 6T1-672).

131) Wibert, I, 8 init.

132) L. Duchesne, Les premiers temps de l'État pontifical, p. 382-385

133) Ann. Benev., a. 1050, chez Watterich, op. cit., I, 112.

134) Annales de Bénévent, a. 1051, chez Watterich I, 112.

135) Aymé du Mont Cassin, L'Ystoire de Li Normant, III, 15-17. cf. Guillaume Malaterra, Historia Sicula,I, 13 (Patr. lat. CXLIX,1108, cf. 1084) Guillaume de Jumièges, Hist. Northmann, VII, 30.

136) Chron, de Robert Wiscart, I, 10 (suite de l'Ystoire de li Normant).

137) Wibert, II, 10.

138) Ann. Benevent., chez Watterich I, Introd., p, XCVI.

139) Aymé du Mont Cassin, III, 21.

140) Hermann Contract, Chron., a. 1052 ; cf. Léon d'Ostie, Chron. Casin., II, 81 (P, L? CLXXIII, 687-688).

141) Hermann Contract, Chron., loc. cit, (P. L., CL, 259 A).

142) On a très justement fait remarquer que lors de la naissance du fils de l'empereur, du futur Henri IV ce ne fut pas le pape Léon IX, de passage en Rhénanie, qui fut invité à lui servir de parrain, mais l'abbé de Cluny (Brucker, op. cit., II, p. 341).

143) Léon d'Ostie, Chron. Casin., II, 81 fin (P. L., CLXXIII, 688 A).

144) Hermann Contract, Chron., a. 1053 (P. L., CL, 259-260),

145) Léon d'Ostie, Chron. Casin., II, 81 fin (P. L., CLXXIII, 688 A).

146) Hermann Contract, Chron., a. 1053 (P. L., CXLIII, 259 C).

147) Hermann Contract, loc. cit. (P. L., CXLIII, 259 C).

148) Bulle du 27 juillet 1052, chez Pflugk-Hartung, Acta Pontificum romanorum inedita, 1881-1884, t, II, 112.

149) Wibert, II, 8, circ, med.

150) Wibert, II, 10, init.; Hermann Contract, loc. cit. (P. L, CXLIII, 260 A).

151) Wibert, II, 10, circ, med. cf. Ann, Benev., ann. 1053, chez Watterich, I, 112.

152) Léon d'Ostie, Chron. Casin., II, 84 (P. L., CLXXIII, 690 A).

153) Aymé du Mont Cassin, III, 36-38 et Guillaume d' Apulie, Gesta Roberti Wiscardi (chez Watterich , I, (4, not. 1). Cf. Bonizon, Ad amicum, 1. V (P. L., CL, 822 CD).

154) Récit fait par Léon IX lui-même à l'empereur de Constantinople, chez Wibert, II, 10, circ. fin. cf. Aymé du Mont Cassin, III, 37 (chez Watterich,, I, 111 not. 1); Guillaume d'Apulie, De rebus gestis Normannorum, 1. II. (P. L., CXLIX, 1042-1044); Biographe anonyme de Bénévent, chez Watterich, I, CXVIII.

155) Biographe anonyme de Bénévent, chez Watterich, I, XCVIII-XCIX.

156) Godefroy Malaterre Historia Sicula, I, 14 fin (P. L., CXLIX, 1109).

157) Hermann Contract Chron., ann. 1053 fin (P. L., CXLIII, 261 B).

158) Texte chez Wibert, II. 10 ; autre texte chez Migne, P.L., CXLIII, 777-781.

159) Wibert, II, 12, circ. med.

160) Patr, lat., CXLIII, 744-769 et 773-777.

161) Patr. lat., CXLIII, 929-974.

162) Léon du Mont Cassin, Chron. Casin., II, 84, vers. fin. (P. L. CLXXIII 690 B); Aymé du Mont Cassin, III, 39 (Watterich, I, III) : Ann. Benev.ans. 1093 (Watterich, I, 112 ) .

163) Libuin, De obitu s. Leonis, 1. : «Romanorum perfidia contra eum murmur et bella suscitabat» (P. L., CXLIII, 525 B).

164) Epist., VIII, 9, vers. fin.(P. L,., CXLIV, 316 CD).

165) Hermann Contract, Chron., ann., 1053 (P. L., CXLIII, 260 BC).

166) Hermann Contract, Chron., ann. 1054 init. (P. L., CXLIII, 262 B) ; Léon d'Ostie, Chron. Casin., II, 84 (P. L., CLXXIII, 690 B).

167) Libuin, De obitu, s. Leonis, 2 (P. L., CXLIII, 526 C).

168) Libuin, op. cit. 3, init. (P. L., CXLIII, 527 A).

169) Inter Epist. Petri Damiani, VIII, 6 (P. L., CXLIV, 347).

170) Libuin, op, cit., 3 (P. L., CXLIII, 527 D-528 A).

171) Libuin, op. cit., 4 (P. L., CXLIII, 528).

172) Libuin, op. cit., 5 (P.L., CXLIII, 529 CD).op, ciT., 4 (t'. L., CX1,Ill. 529 A).

173) Libuin, op. cit., 5 (P. 1.., CXLI1T, 529 CD).

174) Wibert, II, 14, cir. med.: «...teutonica lingua, ut testati sunt qui adfuerunt, tali cum Deo locutus est oratione...».

175) Libuin, op. cit., 7, circ, med. cf. Wibert, II, 14 in fine.

176) De brevitate vitae pontificum romanorum (P. L., CXLIV, 471-480). Wibert explique dévotement le fait par une disposition préméditée de la Providence, qui avait été annoncée à Brunon avant son élection pontificale (II, 1, circ. med.). Il est pourtant, difficile de penser que Dieu ait voulu faire mourir prématurément tous les papes du temps. Nous savons par ailleurs que plusieurs d'entre eux furent certainement assassinés. Les personnages en vue couraient alors de grands risques. Moins de deux ans avant Léon IX, le 19 juillet 1052, un de ses plus fidèles compagnon, l'archevêque de Lyon Halinard (v. plus haut ), qu'il avait laissé à Rome, pendant son dernier voyage en Allemagne, pour l'y représenter, avait été empoisonné par un mauvais poisson que lui avait servi un faux ami (Chronique de St-Bénigne de Dijon, in fine).





Léon IX et Michel Cérulaire
miniature tirée d’un manuscrit grec du XV° siècle, 
Bibliothèque nationale, Palerme.


CHARLES MUNIER

Le Pape LÉON IX et la Réforme de l'Église 1002-1054

P. RENÉ EPP

Strasbourg, Éd. du Signe, 2002. - 314 p., 22 €.

Esprit & Vie n°67 / octobre 2002 - 1e quinzaine, p. 22-23.

Le millénaire de la naissance du pape alsacien saint Léon IX (1048-1054) a donné lieu dans son pays natal à de nombreuses fêtes, aussi bien civiles et populaires que religieuses, et a été l'occasion de colloques universitaires, ainsi que de la publication de plusieurs ouvrages. Parmi ceux-ci, le plus remarquable est sans conteste celui de Charles MUNIER, professeur émérite à la Faculté de théologie catholique de l'Université Marc-Bloch de Strasbourg, spécialiste de l'histoire de l'Antiquité chrétienne et de l'époque médiévale. Situant Léon IX dans l'histoire générale de l'Église, ce beau livre nous décrit son œuvre réformatrice au cœur du XIe siècle, qui prépare la voie à la réforme grégorienne et ouvre une ère nouvelle dans l'histoire de la papauté.

Né le 21 juin 1002, comme fils de Hugues, comte d'Eguisheim et Helwide de Dabo, s'inscrivant dans la descendance de la haute noblesse franque mérovingienne, Brunon, après des études à l'école-cathédrale de Toul, était devenu évêque de cette ville en 1026, à l'âge de vingt-quatre ans. C'est lui que l'empereur d'Allemagne, Henri III, en parenté avec lui, choisit comme pape à la diète de Worms en décembre 1048, à la mort de Damase II. Mais voulant obtenir le consentement du clergé et du peuple de Rome, Brunon se rendit en pèlerin dans la ville sainte, où il fut intronisé en février 1049 et prit le nom de Léon IX. Le nouveau pape combattit énergiquement la simonie (achat ou vente de charges ecclésiastiques) et le nicolaïsme (concubinage des prêtres), il excommunia et déposa les évêques reconnus coupables et imposa aux prêtres infidèles à leur vocation de sévères pénitences.

Grand voyageur, homme de terrain, il était davantage sur les routes qu'à Rome ; de son pontificat d'un peu plus de cinq ans, il ne passa que neuf mois dans la capitale de la chrétienté. Partout où il se rendait, il s'efforçait de rétablir la discipline ecclésiastique dans l'esprit de Cluny. Sur son passage, il consacra des églises, bénit des autels et fonda des monastères. Il n'oublia pas pour autant « les pauvres et les petits ».

La fin de sa vie fut assombrie par la malheureuse expédition au sud de l'Italie contre les Normands qui le retinrent prisonnier durant neuf mois à Bénévent, et par le schisme orthodoxe qui se préparait (mais qu'il ne verra pas) à la suite de l'excommunication du patriarche Michel Cérulaire par les légats du pape (1054).

Le grand mérite de Léon IX est d'avoir engagé l'Église dans la voie de la réforme. Il n'a pu la mener à bien. Les maux qui la rongeaient étaient la conséquence inéluctable de l'intervention abusive du pouvoir temporel dans la désignation des titulaires des évêchés et des abbayes. Il reviendra à Grégoire VII de rendre l'Église indépendante du pouvoir civil, en s'en prenant à « l'investiture laïque par la crosse et l'anneau », ce qui donnera lieu à la « querelle des investitures » et ne sera réglé que par le Concordat de Worms de 1122.

Sur le plan local, se pose la question du lieu de naissance de Léon IX. Trois localités revendiquent ce privilège : Eguisheim (Haut-Rhin), Dabo (Moselle) et Walscheid (Moselle). Le professeur MUNIER se prononce pour Walscheid. Il a exposé son point de vue dans un article paru dans la Revue des sciences religieuses, avril 2002, « À propos du millénaire de la naissance du pape Léon IX (1002-1054) », p. 131-160 et dans une plaquette Léon IX et Walscheid, 2002, « Un lieu de mémoire : Saint-Léon, près de Walscheid », p. 25-70.

Sachons gré à l'auteur d'avoir bien mis en relief et mieux fait connaître dans le grand public la figure de ce grand pape réformateur du Moyen Âge, si moderne déjà, et en bien des points si proche des papes de l'époque contemporaine.



Saint Léon IX

(1002-1054)

Brunon, de la grande famille des comtes d'Alsace, apparenté aux empereurs Conrad II le Salique et Henri III, naquit le 21 juin 1002, au château d'Eguisheim ou à celui de de Dagsburg. Parmi ses ancêtres, selon la tradition, il y aurait eu Ethico/Adalric, le père de sainte Odile, le même Ethico qui mit à mort nos deux martyrs régionaux, saint Germain et saint Randoald.

Cadet de sa famille, il fut, selon l'usage du temps, destiné à l'Eglise. En compagnie de deux de ses cousins prénommés Aldalbéron, dont l'un devint plus tard évêque de Metz, il parcourut les sept arts libéraux à Toul, sous l'autorité de l'évêque Berthold, puis sous celle de son successeur Hermann.

Durant sa jeunesse, alors qu'il dormait, un accident survint. Il fut mordu par une bête venimeuse au visage. Il tomba malade au point qu'on désespéra de le voir jamais récupérer la santé. Mais, nous dit le chroniqueur de sa vie, Wibert, "le doux Jésus, qui toujours vient au secours des situations désespérées, donna bientôt à ses parents l'assurance de sa pleine guérison et se souvint de l'Eglise qu'il devait restaurer grâce à lui." (La vie du pape Léon IX (Brunon évêque de Toul), p.19). En effet, Brunon eût une vision deux mois après son accident lorsqu'il était au plus mal. Laissons parler le chroniqueur. "Un jour enfin, alors qu'il reposait sur le dos tout éveillé, il lui sembla voir une échelle lumineuse s'élever de son lit, traverser la fenêtre qui lui faisait face, et atteindre le ciel. Un vieillard en habit monastique, d'un éclat éblouissant et d'une blancheur de cheveux vénérable, en descendit, portant dans la main droite une croix resplendissante au bout d'une longue hampe. Lorsqu'il vint près du malade, il tint l'échelle de la main gauche et, de la main droite, apposa d'abord la croix sur ses lèvres, puis en marqua ses plaies et ramena derrière l'oreille tout le pus que le venin avait produit; s'en retournant bientôt comme il était venu, il le laissa sur la voie de la guérison" (op cit. p.19). Quelques temps après, l'abcès creva et il guérit de l'empoisonnement. Aujourd'hui encore, ajoute Wibert, "il affirme qu'au cours de cette extase, il avait immédiatement identifié à son visage et à son habit, le bienheureux Père des moines, Benoît, dont l'éclat dépasse celui de la lumière." (ibid.)

Pour cette raison, par la suite, il veilla particulièrement sur l'institution monastique. Brunon devint chanoine et diacre de Toul. A la mort d'Hermann, en 1026, il avait donc 24 ans, il fut désigné comme évêque de Toul. Ayant refusé l'honneur d'être ordonné par le pape par respect pour son métropolitain, Poppon, archevêque de Trêves. Celui-ci, exigeant de lui le serment de ne rien faire sans en référer à son autorité, il refusa de se soumettre pour sauvegarder sa légitime indépendance. Un accord finit par survenir et il fut consacré le 9 septembre 1027.

Il rétablit aussitôt la discipline dans les abbayes bénédictines touloises et donna son appui à certaines fondations et tenta de réformer son clergé. Il eût également à s'occuper de la défense militaire de sa région et une tâche d'embassade auprès du roi de France. Malade durant toute une année, il dut cette fois sa guérison à saint Blaise. Il perdit ses deux frères et en 1039 mourut l'empereur Conrad II. Les parents de Brunon le suivirent peu après.

La papauté.

L'empereur Henri III, venant chercher la couronne impériale à Rome avait du intervenir dans une période très troublée pour la papauté. Il fit désigner Clément II qui le couronna empereur au début de 1047. Il mourut neuf mois plus tard. Son successeur, désigné par l'empereur disparut un mois après avoir accepté sa charge. Le choix de l'empereur se porta alors sur Brunon qui devint donc Léon IX. Il fut accueilli à Rome le 12 février 1049.

Dès Pâques 1049, il réunit son premier concile romain après un pèlerinage au Mont-Gargan pour implorer la protection de l'archange Saint-Michel et au Mont-Cassin pour se recommander à saint Benoît.

Il entreprit alors son premier voyage en Allemagne et dans le nord-est actuel de la France. Il dédicaça certaines églises à cette occasion et tint un concile à Mayence. Il était de retour à Rome, à la fin avril 1050. La même année, il repartit vers le nord s'arrêtant notamment à Saint Maurice d'Agaune. Il eût à régler diverses affaires avant de retourner à Rome. Il entreprit encore un troisième voyage vers le nord en juillet 1052. Il obtint notamment qu'Henri III épargne la Hongrie et la ville de Bratislava. Après un voyage à Aix-la-Chapelle et dans le pays de sa jeunesse, il fut de retour à Rome pour le Carême 1053.

La fin de son règne fût assombrie par deux graves événements. Son armée fut d'abord défaite par les normands à Civitate le 18 juin 1053 et il connut l'emprisonnement, n'étant libéré qu'en février 1054.

Les conséquences de la querelle avec les grecs, ensuite, laissèrent hélas une profonde blessure dans l'histoire de son règne et de l'Eglise, avec la tristement célèbre ambassade du Cardinal Humbert. Le Cardinal déposa la fameuse bulle qui déclencha le schisme sur l'autel de Ste-Sophie à Constantinople le 16 juillet 1054, alors que ses pouvoirs avaient pris fin depuis 3 mois. Lorsque survinrent ces événements, le pape Léon IX, avait déjà rendu son âme à Dieu.

Une vision lui ayant dévoilé que sa mort devait avoir lieu à Saint-Pierre, il s'y prépara et mourut au milieu de l'après-midi du 19 avril 1054, après avoir pris ses dispositions et fait préparer son cercueil.

Relevons que le bienheureux Léon IX avait entrepris la réforme que nécessitait l'état de l'Eglise, luttant contre ces fléaux du clergé qu'étaient la simonie et le concubinage, ainsi que l'investiture laïque. Il faut encore reconnaître à son actif d'avoir discerné et distingué celui qui serait un de ses successeurs, le moine Hildebrand, futur Grégoire VII qui libéra l'Eglise de son asservissement au pouvoir laïque.

Le bienheureux Léon IX est fêté le 19 avril.

Quelques sources:

RR. PP. Bénédictins de Paris, Vie des saints et des bienheureux, tome IV Avril, pp. 478-490, Paris 1946.

Michel Parisse, Monique Goullet, La vie du pape Léon IX (Brunon, évêque de Toul), Les Belles Lettres, Paris 1997.

Histoire du Christianisme, tome IV, Évêques, moines et empereurs (610-1054), Desclée 1993.




Statue du pape Léon IX à Dabo (Moselle, France)

Saint Léon IX

Pape (150 ème) de 1049 à 1054 (✝ 1054)

Le premier pape de la réforme grégorienne est né à Eguisheim dans le Haut-Rhin. Élève de l'école épiscopale de Toul, puis chanoine de sa cathédrale et enfin évêque, il se préoccupera de la vie régulière des monastères de son diocèse. Nommé pape par l'empereur, il n'accepta cette charge qu'après son élection par le peuple de Rome. Il parcourut l'Occident pour éviter les pratiques de la simonie qui achetait les charges épiscopales et monastiques.

Vis-à-vis de l'Orient chrétien, il tente la conciliation par une ambassade de cardinaux, mais elle échoua devant l'intransigeance du patriarche Michel Cérulaire. La rupture qui s'en suivit ne peut lui être imputée.

La fin de son pontificat fut assombrie par l'expansion normande dans le sud de l'Italie. Il fut d'ailleurs fait prisonnier après que les armées pontificales aient été battues en juin 1053. Il peut rentrer à Rome 8 mois plus tard, en mars. Mais, épuisé par les épreuves, il meurt quelques semaines après.

Les historiens retiennent de lui qu'il sut choisir de grands collaborateurs dont l'un deviendra le pape Grégoire VII. Ils retiennent aussi son abnégation, sa patience et son souci de la vie spirituelle du peuple chrétien.

Les anathèmes réciproques lancés entre le patriarche de Constantinople et le Pape de Rome ont été levés le 7 décembre 1965 par le pape Paul VI et le patriarche Athénagoras pour en effacer la mémoire et ouvrir la voie vers l'unité.

- Brunon de Dagsbourg naît le 21 juin 1002 dans une famille de haute noblesse.

Grand prévôt de la Collégiale de Saint-Dié, en 1026, il devient évêque de Toul par le choix unanime de la cité. Le 22 août 1048, il devient pape sous le nom de Léon IX.

Il parcourt l’Europe, préside 9 conciles, consacre les églises de Remiremont et de Saint Maurice d’Épinal et canonise les Saints du 'Saint-Mont'. Il ne peut empêcher la rupture de 1054 entre Rome et Constantinople. Il meurt le 19 avril de la même année. La basilique vaticane garde son corps. (diocèse de Saint-Dié)

- Fils du comte de Dagsbourg, Bruno de Dagsbourg ou d’Eguisheim est né le 21 juin 1002. Dès 1026, il fut désigné comme évêque de Toul. En 1048, il fut élu pape sous le nom de Léon IX. Il prépara la réforme grégorienne. Ses efforts pour rapprocher l’Eglise latine de l’Eglise grecque échouèrent. En qualité de pape, il visita plusieurs fois son pays natal et consacra, à ces occasions, plusieurs églises du diocèse de Metz: Saint-Arnoul à Metz, l’église abbatiale de Hesse. Il mourut le 19 avril 1054. Son corps est gardé à la basilique vaticane. (diocèse de Metz)

-C’est au IVe siècle que nous trouvons les premiers indices sûrs de l’existence d’une communauté chrétienne avec la mention de St Amand, communauté probablement entièrement détruite lors de l’invasion des Alamans (Ve siècle). C’est le royaume franc (au VIe siècle) qui permit l’expansion de la foi et la christianisation, sous l’impulsion d’évêques (St Arbogast, VIe siècle) ainsi que de missionnaires, notamment des moines irlandais (St Gall, St Colomban...). De grands noms, de saints, d’évêques, d’hommes de Dieu, jalonnent l’histoire de notre diocèse et l’ont marquée: qu’il suffise de citer sainte Odile, Herrade, le pape saint Léon IX, fils des Seigneurs d’Eguisheim... (Historique - diocèse de Strasbourg)

À Rome, près de saint Pierre, en 1054, saint Léon IX, pape, qui d’abord évêque de Toul, défendit fermement son Église pendant vingt-cinq ans puis, élu au siège de Rome, pendant cinq ans il convoqua plusieurs synodes pour réformer la vie du clergé et extirper la simonie.

Martyrologe romain




Bruno d'Eguisheim-Dagsbourg (1002-1054)

Pape sous le nom de LÉON IX de 1049 à 1054

Bruno d'Eguisheim-Dagsbourg est né vers 1002 à Eguisheim, près de Colmar. Il est issu d'une famille noble qui donna plusieurs saints à l'Eglise ainsi que plusieurs seigneurs dans l'empire Germanique. Son père, Hugues était un cousin direct de l'empereur Konrad(1).

Dès sa plus tendre enfance, il donna les signes d'un esprit brillant. A peine âgé de 5 ans, il fut confié à Berthold, évêque de Toul(2) qui dirigeait une école pour les enfants de la noblesse.

Un jour, alors qu'il était encore enfant et qu'il séjournait dans sa famille, il fut attaqué par un animal sauvage qui le blessa gravement et le laissa longtemps entre la vie et la mort. Il raconta par la suite qu'il eut une vision de Saint Benoit et que celui-ci le guérit en touchant ses blessures avec une croix. Cette anecdote est rapportée par le moine Wibert, qui fut son biographe lorsqu'il occupa le siège épiscopal de Toul.

En 1017, il devint chanoine de la cathédrale Saint-Etienne de Toul et bien qu'il fut encore très jeune, il exerça une influence apaisante sur le caractère colérique et emporté de l'évêque Hermann(3), successeur de Berthold. En 1024, lorsque Konrad succèda à l'empereur Henri Ier, ses parents l'envoyèrent à la cour du roi pour servir dans sa chapelle. Rapidement sa vertu le fit remarquer et ses compagnons lui attribuèrent le surnom de de "Bruno le Bon".

En 1026, Konrad entama une campagne militaire en Italie et c'est Bruno, qui était alors diacre, qui commanda le contingent venant de Toul à la place d'Hermann, trop vieux pour participer à cette campagne. Alors qu'il était engagé dans cette campagne, il fut élu au siège épiscopal pour succéder à Hermann qui venait de mourir. Mais Konrad, qui avait pour lui des ambitions plus importantes hésita longtemps avant d'accepter cette nomination. Consacré en 1027, Bruno dirigea le diocèse de Toul pendant une vingtaine d'années, à une période très troublée. Il dut lutter non seulement contre la famine, mais également faire face à la guerre qui menaçait continuellement Toul, ville frontière de l'Empire.

Envoyé par Konrad auprès de Robert le Pieux, il parvint à établir la paix de façon tellement forte entre le jeune royaume de France et l'Empire Germanique que celle-ci n'en fut pas troublée pendant plusieurs dizaines d'années.

En 1048, à la mort du pape Damase II(4), les romains demandèrent à l'empereur Henri III de leur donner comme pape Halinard, Archevêque de Lyon ou Bruno de Toul. Les romains avaient pour ces deux pesonnages une haute estime due à leurs actions et leur comportement lorsqu'ils s'étaient rendus en Pélerinage à Rome.

Henri se décida pour Bruno qui faisait tout ce qu'il pouvait pour éviter l'honneur que son souverain voulait lui imposer. Mais à la longue, il s'inclina devant l'insistance de l'empereur et des Romains. Lorsqu'il arriva à Rome, accompagné d'Hildebrand il fut acclamé à l'unisson par le peuple. Prenant le nom de Léon, il fut solennelement intronisé le 12 février 1049. Avant de pouvoir faire quoi que ce soit pour la réforme de l'Eglise, il dut d'abord se défendre contre Benoit IX(5) qui tentait de remonter sur le trône pontifical et ensuite il dut remettre en ordre les finances du Vatican qui furent mises à mal par ce même Benoit IX. Il confia cette dernière tâche à Hildebrand.

Une fois ces choses réglées, il entama ses travaux de réforme de l'Eglise qui marqueront les siècles à venir. En avril 1049, il convoqua un synode aucours duquel il condamna solennelement les deux grands maux du moment : la simonie et le nicolaïsme.

Il entama alors une série de voyages au travers de l'Europe pour promouvoir cette réforme qui se mettait en marche. Il quitta Rome au mois de mai et tint son premier concile à Pavie. Il se rendit ensuite en terre germanique et s'installa à Cologne où il rejoignit l'empereur Henry III. Malgré la réticence du roi de France Henri 1er de le voir arriver dans son domaine, Léon IX se rendit à Reims où il tint à nouveau un synode important auquel furent même conviés les évêques et abbés d'Angleterre. Sur la route de retour vers Rome, il tint un dernier synode à Mainz (Mayence) et rencontra Adalbert, archevêque de Brême pour discuter du rassemblement des églises des pays scandinaves en un patriarcat unique dont le siège se trouverait à Brême.

En janvier 1050, Léon retourna à Rome pour repartir presque immédiatement vers l'Italie du sud où les souffrances de son peuple, oppressé par les Normands, l'appellaient. Après avoir subi les remontrances sévères du Pape, les Normands promirent de se retirer. Après un dernier concile tenu à Spoleto, le pape rentra à Rome, mais les Normands en profitèrent pour recommencer leurs exactions comme auparavant. De retour à Rome après un nouveau voyage transalpin qui le mena à Toul et en Allemagne, Léon IX prit possession des terres de Benevent, que ses habitants, fatigués des incessantes incurions ennemies, remirent entre ses mains. Alors qu'il se trouvait dans cette ville, en avril 1051, Léon dut à nouveau prodiguer d'énormes efforts pour contenir les excès des Normands dont un grand nombre fut massacré par les Lombards. Réalisant alors que plus rien ne pouvait calmer la fureur des Normands survivants, Léon rentra se réfugier à Rome.

La question normande fut désormais constament présente dans l'esprit du pape. Sans cesse persécutés et oppressés par les Normands, les habitants du sud de la péninsule ne cessèerent pas d'implorer l'aide du pape. Les Grecs, menacés d'être expulsés de la péninsule par ces mêmes Normands demandèrent à Léon IX de coopérer avec eux contre ce fléau commun. Bien qu'il ait demandé en vain de l'aide de tous les côtés, il essaya encore une fois en 1052 de servir de médiateur pour que la paix revienne au plus vite, mais là encore sans succès.

Il commença à penser que la seule solution serait la voie des armes. A ce moment, une ambassade hongroise arriva à Rome pour demander au pape de servir d'intermédiaire pour que la paix soit signée entre eux et l'empereur. Mais celui-ci, certain de sa victoire, n'accepta aucune des propositions du pape. Et bien qu'il ait promit au pape de lui donner un contingent pour sa lutte contre les Normands, Henry III retira cette promesse et laissa le pape rentrer en Italie avec les quelques soldats que sa famille lui avait envoyé. En mars 1053, Léon IX est de retour à Rome. Voyant que la situation des états du Sud est pire que jamais, il décida de lever un maximum de troupes auprès des princes italiens, et, déclarant la guerre aux Normands, il tenta de faire la jonction avec l'armée byzantine. Les normands réussirent à défaire d'abord les grecs avant leur jonction avec le pape et ensuite ce dernier à Civitella en juin de la même année. Après sa défaite, Léon se livra à ses ennemis, mais ceux-ci le traitèrent avec respect et considération et se déclarèrent eux-mêmes les soldats du pape.

Bien qu'il ait gagné plus dans la défaite que dans une éventuele victoire, Léon IX se retira à Bénévent, le coeur brisé. Les morts de Civitella hantèrent pour toujours son esprit. Il fut aussi profondément troublé par l'attitude de Michael 1er Cerularius(6). Cet ambitieux prélat était déterminé à n'avoir aucun supérieur hiérarchique, ni dans l'Eglise ni parmi les Etats. Dès 1042, il fit biffer le nom du pape des diptyques sacrés et commença bientôt à attaquer l'Eglise Catholique à cause de l'utilisation de pain azyme pour le sacrifice de la messe. Par la suite, il fit fermer de la manière la plus barbare possible les églises romaines de Constantinople.

Au début de l'année 1054, Léon IX envoya à Constantinople deux importants prélats, Humbert de Moyenmoûtier et Frederik de Lorraine, porteurs de lettres pour le patriarche et aussi pour l'empereur byzantin. Sa mort survenue au printemps 1054 l'empêcha de connaître les résultats de cette embassade qui conduisit les deux prélats à excommunier Michael Cerularius et acheva de consommer la fracture entre les deux églises.

Après la bataille de Civitella, Léon IX ne retrouva jamais entièrement ses esprits. Son état empira jusqu'à provoquer une maladie mortelle. En mars 1054, il fut ramené à Rome où il rendit l'âme et fut enseveli dans l'Eglise Saint-Pierre.

Notes :

(1) Conrad II le Salique, né vers 990 et mort le 4 juin 1039 à Utrecht. Roi des Romains en 1024, il est couronné empereur romain germanique le 26 mars 1027

(2) Evêque de Toul de 995/996 à 1019.

(3) Evêque de Toul de 1016 à 1027.

(4) Poppon de Brixen, pape sous le nom de Damase II ne règna que pendant 23 jours, du 17 juillet au 9 août 1048.

(5) Théophylacte de Tusculum, pape sous le nom de Benoit IX, montera sur le siège pontifical à trois reprises : du 21 octobre 1032 à septembre 1044 ; du 10 mars 1045 au 1er mai 1045 et du 8 novembre 1047 au 16 juillet 1048.

(6) Michel Ier Cérulaire (en grec : Μιχαήλ Α' Κηρουλάριος, né à Constantinople vers 1000, mort le 21 janvier 1059), fut patriarche de Constantinople du 25 mars 1043 au 2 novembre 1058. Il est un des acteurs de la rupture entre les Églises de Constantinople et de Rome en 1054 (Grand Schisme d'Orient).

Bibliographie

1. "Histoire des Papes - de Saint Pierre à Jean Paul II", Éditions Tallandier - Historia 2000


Saint Léon IX (1049-1054)

Bruno d’Eguisheim-Dagsburg, né à Eguisheim en Alsace en 1002, mort à Rome.

Il se fit guerrier pour défendre les territoires de l’Église et fut fait prisonnier.

Après avoir accepté les diverses conditions de ses geôliers, il fut libéré.

Ce fut pendant son pontificat que le schisme avec l’Église d’Orient se consuma.



Pope St. Leo IX

Pope St. Leo IX was the first pope who worked for reform in the Church. He was born in 1002 and given the name Bruno at Baptism. He was educated at a school for the children of Germany’s royal families and taught by the bishop of his diocese. As a priest, Fr. Bruno served at the cathedral before being named bishop of Toul.

Twenty years later, Bruno was appointed pope, but he would not accept leadership over the Church until being approved by the priests, bishops, and people of Rome. After the long journey, Bishop Bruno arrived in the holy city dressed as a simple traveler. He was greeted by cheers at his humble manner and was immediately accepted by everyone as the new Holy Father. Bruno took the name Pope Leo IX.

Leo quickly called attention to two issues badly in need of reform: simony, the buying and selling of sacred offices and things; and the practice of priestly celibacy. Some men had actually paid money to be appointed bishops. Leo quickly removed these false successors to the Apostles and appointed men who truly had the gifts necessary to lead a diocese.

Other men simply ignored the Church’s tradition of priestly celibacy. They married and had families. Their family responsibilities made it difficult for them to serve their parish or diocese with all their hearts.

Pope Leo did not just write letters or give sermons to announce his reforms. He traveled to major dioceses to conduct meetings and discuss why the reforms were necessary. He traveled so much that he was nicknamed the “Apostolic Pilgrim.” Leo also appointed men who believed in the reforms to important Church positions. Leo knew that the changes he wanted would not be accomplished in his lifetime. He trusted the men he appointed to carry out the needed reforms and they did.


Pope St. Leo IX

(1049-54), b. at Egisheim, near Colmar, on the borders of Alsace, 21 June, 1002; d. 19 April, 1054. He belonged to a noble family which had given or was to give saints to the Church and rulers to the Empire. He was namedBruno. His father Hugh was first cousin to Emperor Conrad, and both Hugh and his wife Heilewide were remarkable for their piety and learning. As a sign of the tender conscience which soon began to manifest itself in the saintly child, we are told that, though he had given abundant proofs of a bright mind, on one occasion he could not study out of an exceptionally beautiful book which his mother had bought and given to him. At length it transpired that the book had been stolen from the Abbey of St. Hubert in the Ardennes. When Heilewide had restored the volume to its rightful owners, the little Bruno's studies proceeded unchecked. When five years of age, he was committed to the care of the energetic Berthold, Bishop of Toul, who had a school for the sons of the nobility. Intelligent, graceful in body, and gracious in disposition, Bruno was a favourite with his schoolfellows. Whilst still a youth and at home for his holidays, he was attacked when asleep by some animal, and so much injured that for some time he lay between life and death. In that condition he saw, as he used afterwards to tell his friends, a vision of St. Benedict, who cured him by touching his wounds with a cross. This we are told by Leo'sprincipal biographer, Wibert, who was his intimate friend when the saint was Bishop of Toul.
Bruno became a canon of St. Stephen's at Toul (1017), and though still quite young exerted a soothing influence on Herimann, the choleric successor of Bishop Berthold. When, in 1024, Conrad, Bruno's cousin, succeeded theEmperor Henry I, the saint's relatives sent him to the new king's court "to serve in his chapel". His virtue soon made itself felt, and his companions, to distinguish him from others who bore the same name, always spoke of him as "the good Bruno". In 1026 Conrad set out for Italy to make his authority respected in that portion of his dominions, and as Herimann, Bishop of Toul, was too old to lead his contingent into the peninsula, he entrusted the command of it to Bruno, then a deacon. There is reason to believe that this novel occupation was not altogether uncongenial to him, for soldiers seem always to have had an attraction for him. While he was thus in the midst of arms, Bishop Herimann died and Bruno was at once elected to succeed him. Conrad, who destinedhim for higher things, was loath to allow him to accept that insignificant see. But Bruno, who was wholly disinclined for the higher things, and wished to live in as much obscurity as possible, induced his sovereign to permit him to take the see. Consecrated in 1027, Bruno administered the Diocese of Toul for over twenty years, in a season of stress and trouble of all kinds. He had to contend not merely with famine, but also with war, to which as a frontier town Toul was much exposed. Bruno, however, was equal to his position. He knew how to make peace, and, if necessary, to wield the sword in self-defence. Sent by Conrad to Robert the Pious, he established so firm a peace between France and the empire that it was not again broken even during the reigns of the sons of both Conrad and Robert. On the other hand, he held his episcopal city against Eudes, Count ofBlois, a rebel against Conrad, and "by his wisdom and exertions" added Burgundy to the empire. It was whilst he was bishop that he was saddened by the death not merely of his father and mother, but also of two of his brothers. Amid his trials Bruno found some consolation in music, in which he proved himself very efficient.

The German Pope Damasus II died in 1048, and the Romans sent to ask Henry III, Conrad's successor, to let them have as the new pope either Halinard, Archbishop of Lyons, or Bruno. Both of them were favourably known to the Romans by what they had seen of them when they came to Rome on pilgrimage. Henry at once fixed uponBruno, who did all he could to avoid the honour which his sovereign wished to impose upon him. When at length he was overcome by the combined importunities of the emperor, the Germans, and the Romans, he agreed to go to Rome, and to accept the papacy if freely elected thereto by the Roman people. He wished, at least, to rescue the See of Peter from its servitude to the German emperors. When, in company with Hildebrand he reachedRome, and presented himself to its people clad in pilgrim's guise and barefooted, but still tall, and fair to look upon, they cried out with one voice that him and no other would they have as pope. Assuming the name of Leo, he was solemnly enthroned 12 February, 1049. Before Leo could do anything in the matter of the reform of theChurch on which his heart was set, he had first to put down another attempt on the part of the ex-Pope Benedict IX to seize the papal throne. He had then to attend to money matters, as the papal finances were in a deplorablecondition. To better them he put them in the hands of Hildebrand, a man capable of improving anything.

He then began the work of reform which was to give the next hundred years a character of their own, and which his great successor Gregory VII was to carry so far forward. In April, 1049, he held a synod at which he condemned the two notorious evils of the day, simony and clerical incontinence. Then he commenced those journeys throughout Europe in the cause of a reformation of manners which gave him a pre- eminent right to be styled Peregrinus Apostolicus. Leaving Rome in May, he held a council of reform at Pavia, and pushed on throughGermany to Cologne, where he joined the Emperor Henry III. In union with him he brought about peace inLorraine by excommunicating the rebel Godfrey the Bearded. Despite the jealous efforts of King Henry I to prevent him from coming to France, Leo next proceeded to Reims, where he held an important synod, at which both bishops and abbots from England assisted. There also assembled in the city to see the famous pope an enormous number of enthusiastic people, "Spaniards, Bretons, Franks, Irish, and English". Besidesexcommunicating the Archbishop of Compostela (because he had ventured to assume the title of Apostolicus,reserved to the pope alone), and forbidding marriage between William (afterwards called the Conqueror) andMatilda of Flanders, the assembly issued many decrees of reform. On his way back to Rome Leo held anothersynod at Mainz, everywhere rousing public opinion against the great evils of the time as he went along, and everywhere being received with unbounded enthusiasm. It is apparently in connexion with this return journey that we have the first mention of the Golden Rose. The Abbess of Woffenheim, in return for certain privilegesbestowed by the pope, had to send to Rome "a golden rose" before Lætare Sunday, on which day, says Leo, thepopes are wont to carry it. Also before he returned to Rome, he discussed with Adalbert, Archbishop of Bremen, the formation of all the Scandinavian countries, including Iceland and Greenland, into a patriarchate, of which thesee was to be Bremen. The scheme was never accomplished, but meanwhile Leo authorized the consecration byAdalbert of the first native bishop for Iceland.

In January, 1050, Leo returned to Rome, only to leave it again almost immediately for Southern Italy, whither the sufferings of its people called him. They were being heavily oppressed by the Normans. To the expostulations of Leo the wily Normans replied with promises, and when the pope, after holding a council at Spoleto, returned toRome, they continued their oppressions as before. At the usual paschal synod which Leo was in the habit of holding at Rome, the heresy of Berengarius of Tours was condemned—a condemnation repeated by the pope a few months later at Vercelli. Before the year 1050 had come to a close, Leo had begun his second transalpine journey. He went first to Toul, in order solemnly to translate the relics of Gerard, bishop of that city, whom he had just canonized, and then to Germany to interview the Emperor Henry the Black. One of the results of this meeting was that Hunfrid, Archbishop of Ravenna, was compelled by the emperor to cease acting as though he were the independent ruler of Ravenna and its district, and to submit to the pope. Returning to Rome, Leo held another of his paschal synods in April, 1051, and in July went to take possession of Benevento. Harassed by their enemies, the Beneventans concluded that their only hope of peace was to submit themselves to the authority of the pope. This they did, and received Leo into their city with the greatest honour. While in this vicinity, Leo again made further efforts to lessen the excesses of the Normans, but they were crippled by the native Lombards, who with as much folly as wickedness massacred a number of the Normans in Apulia. Realizing that nothing could then be done with the irate Norman survivors, Leo retraced his steps to Rome (1051).

The Norman question was henceforth ever present to the pope's mind. Constantly oppressed by the Normans, the people of Southern Italy ceased not to implore the pope to come and help them. The Greeks, fearful of being expelled from the peninsula altogether, begged Leo to co-operate with them against the common foe. Thus urged, Leo sought assistance on all sides. Failing to obtain it, he again tried the effect of personal mediation(1052). But again failure attended his efforts. He began to be convinced that appeal would have to be made to the sword. At this juncture an embassy arrived from the Hungarians, entreating him to come and make peace between them and the emperor. Again Leo crossed the Alps, but, thinking he was sure of success, Henry would not accept the terms proposed by the pope, with the result that his expedition against the Hungarians proved a failure. And though he at first undertook to let Leo have a German force to act against the Normans, he afterwards withdrew his promise, and the pope had to return to Italy with only a few German troops raised by his relatives (1053). In March, 1053, Leo was back in Rome. Finding the state of affairs in Southern Italy worse than ever, he raised what forces he could among the Italian princes, and, declaring war on the Normans, tried to effect a junction with the Greek general. But the Normans defeated first the Greeks and then the pope at Civitella(June, 1053). After the battle Leo gave himself up to his conquerors, who treated him with the utmost respect and consideration, and professed themselves his soldiers.

Though he gained more by defeat than he could have gained by victory, Leo betook himself to Benevento, a broken-hearted man. The slain at Civitella were ever before him, and he was profoundly troubled by the attitude of Michael Cærularius, Patriarch of Constantinople. That ambitious prelate was determined, if possible, to have no superior in either Church or State. As early as 1042, he had struck the pope's name off the sacred diptychs, and soon proceeded, first in private and then in public, to attack the Latin Church because it used unfermented bread (azymes) in the Sacrifice of the Mass. At length, and that, too, in a most barbarous manner, he closed the Latinchurches in Constantinople. In reply to this violence, Leo addressed a strong letter to Michael (Sept., 1053), and began to study Greek in order the better to understand the matters in dispute. However, if Michael had taken advantage of the pope's difficulties with the Normans to push his plans, the Greek Emperor, seeing that his hold on Southern Italy was endangered by the Norman success, put pressure on the patriarch to make him more respectful to the pope. To the conciliatory letters which Constantine and Cærularius now dispatched to Rome, Leosent suitable replies (Jan., 1054), blaming the arrogance of the patriarch. His letters were conveyed by two distinguished cardinals, Humbert and Frederick, but he had departed this life before the momentous issue of his embassy was known in Rome. On 16 July, 1054, the two cardinals excommunicated Cærularius, and the East was finally cut off from the body of the Church.

The annals of England show that Leo had many relations with that country, and its saintly King Edward. Hedispensed the king from a vow which he had taken to make a pilgrimage to Rome, on condition that he give almsto the poor, and endow a monastery in honour of St. Peter. Leo also authorized the translation of the See of Crediton to Exeter, and forbade the consecration of the unworthy Abbot of Abingdon (Spearhafor) as Bishop ofLondon. Throughout the troubles which Robert of Jumièges, Archbishop of Canterbury, had with the family of Earl Godwin, he received the support of the pope, who sent him the pallium and condemned Stigand, the usurper of his see (1053?). King Macbeth, the supposed murderer of Duncan, whom Shakespeare has immortalized, isbelieved to have visited Rome during Leo's pontificate, and may be thought to have exposed the needs of hissoul to that tender father. After the battle of Civitella Leo never recovered his spirits. Seized at length with a mortal illness, he caused himself to be carried to Rome (March, 1054), where he died a most edifying death. He was buried in St. Peter's, was a worker of miracles both in life and in death, and found a place in the RomanMartyrology.

Sources

WIBERT and other contemporary biographers of the saint in WATTERICH, Pont. Rom. Vitæ, I (Leipzig, 1862); P.L., CXLIII, etc.; ANSELM OF REIMS, ibid., CXLII; LIBUIN in WATTERICH and in P.L., CXLIII; see also BONIZO OF SUTRI; ST. PETER DAMIAN, LANFRANC, and other contemporaries of the saint. His letters are to be found in P.L., CXLIII; cf. DELARC, Un pape Alsacien (Paris, 1876); BRUCKER, LAlsace et l'église au temps du pape S. Léon (Paris, 1889); MARTIN, S. Léon IX (Paris, 1904); BRÉHIER, Le Schisme Oriental au XIe Siecle (Paris, 1899); FORTESCUE, The Orthodox Eastern Church (London, 1907), v; MANN, Lives of the Popes, VI (London, 1910).

Mann, Horace. "Pope St. Leo IX." The Catholic Encyclopedia. Vol. 9. New York: Robert Appleton Company, 1910. 12 Apr. 2015 <http://www.newadvent.org/cathen/09160c.htm>.

Transcription. This article was transcribed for New Advent by WGKofron. In memory of Fr. John Hilkert, Akron, Ohio — Fidelis servus et prudens, quem constituit Dominus super familiam suam.


Ecclesiastical approbation. Nihil Obstat. October 1, 1910. Remy Lafort, Censor. Imprimatur. +John M. Farley, Archbishop of New York.

SOURCE : http://www.newadvent.org/cathen/09160c.htm

April 19

St. Leo IX. Pope and Confessor

From the councils, and his life, written with great accuracy by Wibert his archdeacon, at Toul, published by F. Sirmond at Paris, 1615, by Henschenius, 19 Apr. Mabillon, Act. Ben, t. 9, et Muratori Script. Ital. t. 3, p. 278, ad p. 299; another life by the Cardinal of Arragon, who nourished in 1356, apud Muratori, ib. p. 276. Also from a history of his death by an anonymous contemporary writer, ib.; and from the history of the dedication of the church of St. Remigius at Rheims, by Anselm, a monk of that house, entitled, Itinerarium Leonis IX. in Mabillon, t. 8. See Hist. Litér. Fr. t. 7, p. 458. Mabillon, Annal. l. 59, n. 61, 62. Calmet, Hist. de Lorr. t. 4, p. 176.

A.D. 1054.

THIS great pope received in baptism the name of Bruno. He was born in Alsace, in 1002, with his body marked all over with little red crosses: which was attributed to the intense meditation of his pious mother on the passion of Christ. 1 He was of the illustrious house of Dapsbourgh, or Asbourgh, in that province, being the son of Hugh, cousin-german to the mother of the pious Emperor Conrad the Salic. He had his education under Berthold, the virtuous and learned bishop of Toul; and, after his first studies, was made a canon in that cathedral. 2 His time was principally divided between prayer, pious reading, and his studies: and the hours of recreation he employed in visiting the hospitals and instructing the poor. When he was deacon, he was called to the court of the Emperor Conrad, and was much honoured by that prince. The young clergyman displayed an extraordinary talent for business; but never omitted his long exercises of devotion, or his usual fasts and other austere mortifications. In 1026, he was chosen bishop of Toul. The emperor endeavoured to persuade him to defer his consecration till the year following: but the saint hastened to the care of the church, of which he was to give an account to God, and was consecrated by his metropolitan, the archbishop of Triers; but refused to take an unjust and dangerous oath which he exacted of his suffragans, that they would do nothing but by his advice. Bruno began to discharge his pastoral office by the reformation of the clergy and monks, whom he considered as the most illustrious portion of the flock of Christ, and the salt of the earth. By his care the monastic discipline and spirit were revived in the great monasteries of Senones, Jointures, Estival, Bodonminster, Middle-Moutier, and St. Mansu or Mansuet. He reformed the manner of celebrating the divine office, and performing the church music, in which he took great delight. A soul that truly loves God, makes the divine praises the comfort of her present exile. The saint was indefatigable in his labours to advance the service of God and the salvation of souls. Amidst his great actions, it was most admirable to see how little he was in his own eyes. He every day served and washed the feet of several poor persons. His life was an uninterrupted severe course of penance, by the practice of secret austerities, and a constant spirit of compunction. Patience and meekness were the arms by which he triumphed over envy and resentment, when many strove to bring him into disgrace with the emperor and others. Out of devotion to St. Peter, he visited once a year the tombs of the apostles at Rome. After the death of Pope Damasus II. in 1048, in a diet of prelates and noblemen, with legates and deputies of the church of Rome, held at Worms, and honoured with the presence of the pious Emperor, Henry III. surnamed the Black, Bruno, who had then governed the see of Toul twenty-two years, was pitched upon as the most worthy person to be exalted to the papacy. He being present, used all his endeavours to avert the storm from falling on his head; and at length begged three days to deliberate upon the matter. This term he spent in tears and prayers, and in so rigorous a fast, that he neither ate nor drank during all that time. The term being expired, he returned to the assembly, and, hoping to convince his electors of his unworthiness, made a public general confession before them of the sins of his whole life, with abundance of tears, which drew also tears from all that were present: yet no man changed his opinion. He yielded at last only on condition that the whole clergy and people of Rome should agree to his promotion. After this declaration, he returned to Toul, and soon after Easter set out for Rome in the habit of a pilgrim; and alighting from his horse, some miles before he arrived at the city, walked to it, and entered it barefoot. He was received with universal acclamations, and his election ratified. He took possession of the see on the 12th of February, 1049, under the name of Leo IX. being about forty-seven years old. He held it only five years, but they were filled with good works. He laboured strenuously in extirpating simony, and the incestuous marriages which many noblemen had presumed to contract. In a journey which he made into Germany, he signalized all his steps with religious actions, held a council at Rheims, and consecrated the new church of St. Remigius, belonging to the abbey, in 1049: and returned from Mentz, by mount Vosge and Richenow, to Rome. In 1050, in a council at Rome, 3 he condemned the new heresy of Berengarius, archdeacon of Angers, a man full of self-conceit, and a lover of novelty, who preached against the mystery of transubstantiation in the holy eucharist. 4

St. Leo held another council at Vercelli the same year, composed of prelates from several countries, who unanimously confirmed the censure passed at Rome on Berengarius and his tenets, and condemned a book of John Scotus Erigena to be cast into the fire. 5 In 1051 the pope made a second visit to his ancient see of Toul, and favoured the abbey of St. Mansu with great presents and exemptions. In 1052 he went again into Germany to reconcile, the Emperor Henry III. and Andrew, king of Hungary. In 1053 Michael Cerularius, patriarch of Constantinople, began to renew the schism of the Greek church, which had been formerly commenced by Photius, but again healed. Cerularius and Leo, bishop of Acrida, wrote a joint letter to John bishop of Trani, in Apulia, in which they objected to the Latins, that they celebrated the holy eucharist in unleavened bread, fasted on the Saturdays in Lent, refrained not from eating blood, omitted to sing halleluia in Lent, and other such like points of discipline. 6 Malice must be to the last degree extravagant, which could pretend to ground a schism upon such exceptions. St. Leo answered him by an exhortation to peace, alleging for these practices of discipline the ancient law and tradition from St. Peter, especially for the use of unleavened bread in the holy eucharist. He sent cardinal Humbert, his legate, to Constantinople, to vindicate the Latin Church against the exceptions of the Greeks, and preserve them in union with the Latins. He composed a learned and ample apology for this purpose; 7 but was not able to overcome the obstinacy of Cerularius, whose artifices drew the greater part of the Oriental churches into his schism. By his factious spirit he also embroiled the state: for which Isaac Comnenus himself, whom he had raised to the throne the year before, was preparing to chastise him, when his death prevented his punishment, in 1058. 8

The Normans, in the eleventh century, expelled the Saracens and Greeks out of the kingdom of Naples, but became themselves troublesome and enterprising neighbours to the holy see. Pope Leo implored against them the succours of the Emperor Henry III. to whom he made over Fuld, Bamberg, and other lands, which the popes then possessed in Germany, receiving in exchange Benevento and its territory in Italy. With these succours his holiness hoped to check the Normans, but his army was defeated by them, and himself taken prisoner in a certain village, and detained near a year, though always treated with great honour and respect. He spent his time in fasting and prayer, wore a hair-cloth next his skin, lay on a mat on the floor with a stone for his pillow, slept little, and gave large alms. Falling sick, he was honourably sent back to Rome, as he desired. Perceiving his end to draw nigh, he made moving exhortations to his prelates; then caused himself to be carried into the Vatican church, where he prayed long, and discoursed on the resurrection on the side of his grave. Having received extreme unction, he desired to be carried to the altar of St. Peter and set down before it: where he prayed an hour prostrate: then being lifted up again upon his couch he heard mass, received the viaticum, and soon after calmly expired, on the 19th of April, 1054, being fifty years old, and having held the pontificate five years and two months. 9 Miracles which followed his death, proclaimed his glory with God. His name is inserted in the Roman Martyrology.

The devil has ever laboured with so much the greater fury to rob the church and each particular Christian soul of the most holy sacrament of the altar, or at least of its fruits, as in this adorable mystery Christ has displayed in our favour all the riches of his mercy and love, and has bestowed on us the most powerful means of grace and spiritual strength. It therefore behoves every Christian to exert his zeal in maintaining the honour of this divine sacrament, and ensuring to himself and others such incomparable advantages. Besides the general sacred deposit of faith, here love and gratitude lay us under a particular obligation. St. John, the disciple of love, lays open the true characteristics of this adorable mystery of love by a short introduction to his account of the last supper, soaring above the other Evangelists, and penetrating into the divine sanctuary of our Lord’s breast to discover the infinite charity with which he was inflamed for us, and which prompted him to invent and institute it, saying, that Jesus, knowing the moment was come for his leaving us and returning to his Father, out of that love which he always bore us, and which he continued to bear us to the end, when it exerted itself in such a wonderful manner as to seem to cast forth all its flames, he bequeathed us this truly divine legacy. Love called him to heaven for our sake, that he might prepare us places there, and send us the holy Paraclete to perfect the great work of our sanctification. And the same boundless love engaged him to exhaust, as it were, his infinite wisdom and power to remain always corporally among us, and most intimately unite himself with us, to be our comfort and strength, and that we may most perfectly be animated by his spirit, and live by him. Shall we receive such a present with coldness and indifference? Shall we be so basely ungrateful to such a lover, as not to burn with zeal for the honour of this mystery of his love and grace, and unite ourselves to him in it by the most devout and frequent communion; and by our continual desire, and most frequent daily adoration of Jesus in this holy sacrament, endeavour to make him all the amends we are able for the insults he receives in it, and to appropriate to ourselves a greater share of its treasures, by a perpetual communion as it were with his Holy Spirit, and a participation of all his merits, graces, treasures, satisfaction, love, and other virtues?

Note 1. By what means the imagination, under the violent impression of some strong image or passion, in pregnant mothers, should impress visible marks on the organs of the child in the womb, whilst the circulation of fluids is the same through the body of the child and that of the mother; and the former is so tender in its frame, that if blown upon by wind, it would retain the mark; is a problem which we can no more account for than we can understand the general laws of the union between the soul and body in ourselves. But whatever some late physicians have said to the contrary, innumerable incontestible facts might be gathered to evince the truth of the thing. Probably the spirits or sinews of the mother receive a power of conveying a sensible image, and strongly impressing it on the inward parts of the tender embryo: of the fact Dr. Mead is an unexceptionable voucher. [back]

Note 2. Wibert, in Vita Leonis IX. l. 1, n. 10. [back]

Note 3. Herm. Contract. Chron. ad an. 1050. Lanfranc. in Bereng. c. 4. [back]

Note 4. Berengarius, a native of Tours, studied first in the school of St. Martin’s in that city, afterwards at Chartres, under the famous Fulbert, its bishop. Returning to Tours with great reputation for his skill in grammar and dialectic, about the year 1030, he commenced Scholasticus in that city, by which title we are to understand master of the school, not, as Baillet mistakes, (Jugements des Sçavants,) the Ecolatra, or Scholasticus among the canons of the cathedral, (which seems not then to have been erected into a dignity in chapters,) much less the Theologal, certainty of a more modern institution. (See Menage. Anti-Baill. t. 1, c. 39, p. 134.) Many eminent men were formed in his school; among others Eusebius Bruno, who, in 1047, succeeded Hubert of Vendome in the bishopric of Angers, and the learned Hildebert, who became bishop of Mans, and afterwards archbishop of Tours. Berengarius was honoured with the priesthood, and, about the year 1039, nominated by Hubert of Vendome, archdeacon of Angers, though he continued to govern the school of Tours, and often resided there till his retreat, eight years before his death. He enjoyed the esteem of many learned and holy men, till jealousy and ambition blasted many great qualities with which he seemed endowed, and transformed him into another man. Guitmund, from the testimony of those who best knew him, says that the confusion he felt for having been worsted in a disputation which he had with Lanfranc, and the envy which he bore him when he saw his school at Bec daily more and more crowded, and his own almost deserted, first made him seek to distinguish himself by advancing novelties. (Guitm. de Euch. l. 1, p. 441, t. 4, Bibl. Patr.) Eusebius Bruno, formerly his scholar, entreated him to examine his own heart, whether it was not owing to a desire of distinguishing himself that he had begun to dispute against the holy eucharist, (Ap. De Roye, p. 48,) and Lanfranc ascribes his fall to vain-glory (in Bereng. c. 4.) About the year 1047 he first broached errors against marriage, and against the baptism of infants; but soon corrected himself. He immediately after fell into others concerning the blessed eucharist, in which he made use of the erroneous book of John Scotus Erigena. Hugh, bishop of Langres, who had formerly been his schoolfellow at Chartres, in a conference with Berengarius, discovered that he denied the mystery of the real presence, and transubstantiation, and wrote him a beautiful dogmatical letter on that subject before October, in 1049. (in Append. Op. Lanfr. p. 68.) Adelman, who had been also his schoolfellow in the same place, and was afterwards bishop of Brescia, wrote to him an excellent letter before the year 1050, in which he says that two years before, the churches of Germany and Italy had been exceedingly disturbed and scandalized upon the rumour that so impious an error was advanced by him. (Ap. Martenne, Anecdot. t. 1, p. 196.) Berengarius openly declared his erroneous doctrine in certain letters which he wrote to Lanfranc about that time, in which he espoused the errors of John. Scotus Erigena, and condemned the doctrine of Paschasius Radbertus, which was that of the church, (in vitâ Lanfr. c. 3, et Lanfr. in Bereng. c. 4, p. 22.) The news of this new heresy no sooner reached Rome, but St. Leo IX. condemned it in a council which he held in that city after Easter, in 1050. But as Berengarius could not be heard in person, the pope ordered another council to meet at Verceli three months after, at which the heresiarch was summoned to appear. He was soon informed of the condemnation of his error at Rome, and immediately repaired into Normandy to the young Duke William the Bastard. In a conference before that prince at Brione, he and a cleric who was his scholar, and on whom he much relied in disputation, were reduced to silence by the Catholic theologians, and revoked their errors. But Berengarius insolently renewed them at Chartres, whither he withdrew, as we are informed by Durand, abbot of Troarn. (L. de Corpore Domini, p. 437; see also Mabillon, Acta Bened. n. 16, et Annal. l. 59, n. 74.) St. Leo IX. opened the council at Vercelli in September, at which Berengarius did not appear, but only two ecclesiastics in his name, who were silenced in the disputation: the doctrine which they maintained was condemned, and the book of John Scotus Erigena thrown into the flames. In October the same year, 1050, a council at Paris, in the presence of King Henry, unanimously condemned Berengarius and his accomplices, and the king deprived him of the revenue of his benefice. In 1054, Victor II. having succeeded the holy Pope Leo IX. held immediately a council at Florence, in which he confirmed all the decrees of his predecessor. He caused another to be assembled the same year at Tours by his legates, Hildebrand and Cardinal Gerard, in which Berengarius made his appearance according to summons. He at first began to vindicate his error, but at length solemnly retracted it, and bound himself by oath to maintain with the Catholic Church the faith of the real presence in the blessed eucharist. This retractation he signed with his own hand, and thereupon was received by the legates to the communion of the church. (Lanfr. p. 234, Anonym. de Multiplic. Condemn. Bereng. p. 361. Guitm. l. 3, t. 18. Bibl. Patr. p. 462. Mabillon, &c.) Yet the perfidious wretch, soon after he was come from the council, made a jest of his oath, and continued secretly to teach his heresy. To shut every door against it, Maurillus, archbishop of Rouen, made an excellent confession of the Catholic faith, which he obliged all to subscribe: in which many other prelates imitated him. (See Mabillon, Act. t. 9, p. 226, and Annal. t. 2, p. 460, &c.) Eusebius Bruno, bishop of Angers, in his letter to Berengarius, mentions a second council held at Tours against him. After the death of Pope Stephen, who had succeeded Victor, Nicholas II. assembled at Rome, in 1059, a council of one hundred and thirteen bishops, at which Berengarius was present, signed the Catholic confession of faith on this mystery, presented him by the council, and having kindled himself a fire in the midst of the assembly, threw into it the books which contained his heresy. The pope sent copies of his recantation to all places where his errors had raised a disturbance, and admitted him to communion. Nevertheless the author being returned into France, relapsed into his error, and spoke injuriously of the see of Rome, and the holy Pope Leo IX. Alexander II. wrote him a tender letter, exhorting him to enter into himself, and no longer to scandalize the church. Eusebius Bruno, bishop of Angers, formerly his scholar, and afterwards his friend and protector, did the same. In 1076, Gerard, cardinal bishop of Ostia, presided in a council at Poitiers against his errors. Maurillus, archbishop of Rouen, had condemned them in a council at Rouen, in 1063. (Mabillon, Analect. pp. 224, 227, and 514.) Hildebrand having succeeded Alexander II. under the name of Gregory VII. called Berengarius to Rome in 1078, and in a council there obliged him to give in a Catholic confession of faith. The bishops of Pisa and Padua thinking afterwards that he had not sufficiently expressed the mystery of Transubstantiation, and his former relapses having given reason to suspect his sincerity, the pope detained him a year at Rome, till another council should be held. This met in February, 1079, and was composed of one hundred and fifty bishops. In it Berengarius declared his firm faith that the bread and wine are substantially changed into the Body and Blood of Christ, and prostrating himself, confessed that he had till then erred on the mystery of the eucharist. (See Martenne, Anecdot. t. 1, p. 109.) After so solemn a declaration of his repentance he returned to the vomit when he arrived in France. Then it was that Lanfranc, who had been nine years bishop of Canterbury, in 1079, wrote his excellent confutation of this heresy, in which he mentions the pontificate of Gregory VII. and the last council at Rome, in 1079. From which, and other circumstances, Dom. Clemencez demonstrates, that he could not have published this work whilst he was abbot at Caen, as Mabillon and Fleury imagined. About the same time Guitmund, afterwards bishop of Aversa, near Naples, a scholar of Lanfranc, published also a learned book on the Body of Christ, against Berengarius. Alger, a priest and scholastic at Liege, afterwards a monk of Cluni, who died in 1130, wrote also an incomparable book on the same subject, by the reading of which Erasmus says his faith of the truth of that great mystery, of which he never doubted, was much confirmed, and he strongly recommends to all modern Sacramentarians the perusal of these three treatises preferably to all the polemic writers of his age. Durand, monk of Fecam, afterwards abbot of Troarn, about the year 1060, likewise wrote on the Body of our Lord, against Berengarius, which book is published by D’Achery in an Appendix to the works of Lanfranc.

  These treatises of Lanfranc and Guitmund doubtless contributed to open the eyes of Berengarius, who never pretended to make any reply to either of them, and whose sincere repentance for the eight last years of his life is attested by irrefragable authorities of the same age, as by Clarius the monk, who died ten years after him, and almost in his neighbourhood, (Spicileg. t. 2, p. 747.) Richard of Poitiers, a monk of Cluni, (Ap. Martenne, Ampl. Collect. t. 5, p. 1168,) the chronicle of Tours, (Ap. Martenne, Anecd. t. 3,) and others. These eight years he spent in prayer, alms-deeds, and manual labour, in the isle of St. Cosmas, below the city, then belonging to the abbey of Marmoutier, where he died in 1088. William of Malmesbury writes, that he died trembling, after making the following declaration: “This day will my Lord Jesus Christ appear to me either to glory, by his mercy, through my repentance; or, as I fear, on the account of others, to my punishment.” Oudin, the apostate, betrays a blind passion in favour of the heresy, which he had embraced, when he pretends to call in question his repentance, (De Script. Eccles. t. 2, p. 635.) Cave carries his prejudices yet further, by exaggerating, beyond all bounds, the number of his followers. If it amounted to three hundred, this might seem considerable to Malmesbury and others, who complain that he seduced many. Not a single person of note is mentioned among them. Cave says, his adversaries were only the monks. But Hugh, bishop of Langres, Theoduin of Liege, Eusebius Bruno of Angers, the two scholastics of Liege, Gossechin and Adelman, many of the bishops who condemned him, and others who confuted his error were not of the monastic order. Never was any heresy more universally condemned over the whole church. The unhappy author is convicted from his writings of notorious falsifications, (Martenne, loc. cit. p. 111, &c.,) and of perfidy from his three solemn retractations falsified by him, viz. in the Roman council of Pope Nicholas II., (Conc. t. 9, p. 1101,) and in those of St. Gregory VII., in 1078 and 1079; not to mention that which he made before William the Bastard, duke of Normandy. From the fragments and letters of this heresiarch which have reached us, it appears that his style was dry, harsh, full of obscure laconisms, no ways equal to the reputation which he bore of an able grammarian, or to that of the good writers of the same age, Lanfranc, Adelman, St. Anselm, &c. His manner of writing is altogether sophistical, very opposite to the simplicity with which the Christian religion was preached by the apostles. We have extant the excellent writings of many who entered the lists against him; Hugh, bishop of Langres, Theoduin, bishop of Liege, Eusebius Bruno, bishop of Angers, (who had been some time his protector,) Lanfranc, Adelman, scholastic of Liege, afterwards bishop of Brescia, Guitmund, monk of the Cross of St. Leufroi, afterwards bishop of Aversa, B. Maurillus, archbishop of Rouen, Bruno, afterwards bishop of Segni, Durand, abbot of Troarn in Normandy, B. Wholphelm, abbot of Brunvilliers, near Cologn, Ruthard, monk of Corwei, afterwards abbot of Hersfield, Geoffrey of Vendome, whose first writing was a treatise on the Body of our Lord; St. Anastasius, monk of St. Michael, afterwards of Cluni, Jotsald, monk of Cluni, Albert, monk of Mount Cassino, Ascelin, monk of Bec, Gozechin, scholastic of Liege, an anonymous author published by Chifflet, &c. See the history of Berengarius, written by Francis le Roye, professor in laws at Angers, in 4to. 1656; and by Mabillon in his Analecta, t. 2, p. 477, and again in his Acta Bened. t. 9. Fleury, Histor. Eccles. and Ceillier, t. 20, p. 280, have followed this latter in their accounts of this famous heresiarch. But his history is most accurately given by FF. Clemencez and Ursin Durand, in their continuation of the Histoire Litérarie de la France, t. 8, p. 197, who have pointed out and demonstrated several gross mistakes and misrepresentations of Oudin and Cave, the former in his Bibl. Scriptor. Eccles. t. 2, the latter in his Hist. Liter. [
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Note 5. Lanfr. in Bereng. c. 4. [back]

Note 6. Cerular. ep. et Sigeb. de Script, c. 349. [back]

Note 7. T. 9, Conc. p. 949, and Sigebert de Script. Eccl. c. 349, Baron. Annal. t. 9; Leo Allat. l. de Lib. Eccles. Græc. [back]

Note 8. Cedrenus, Zonaras, Curopal, &c. See Baronius, &c. [back]

Note 9. That Leo IX. had taken the monastic habit before he was chosen bishop, Mabillon proves from these words of this pope in his last moments: “The cell in which I lived when a monk, I have seen changed into a spacious palace. Now I must enter a narrow tomb.” Mabill. t. 4, Annal. [back]

Rev. Alban Butler (1711–73).  Volume IV: April. The Lives of the Saints.  1866

SOURCE : http://www.bartleby.com/210/4/191.html

Leo IX, Pope (RM)

Born in Alsace, France, in 1002; died in Rome, April 19, 1054; canonized in 1087.


Pope Leo, baptized Bruno, curiously combined the life of a holy man with that of an army officer. He was a deacon when Emperor Conrad II, his cousin, invaded Italy. In spite of his holy orders, Bruno readily joined the emperor's army and fought valiantly. While still a deacon and a soldier, Bruno was chosen to be bishop of Toul in 1026 when he was visiting there.

During his 20 years as prelate of Toul, he was known as a stern bishop, who disciplined lax priests and brought order into the monasteries of his diocese. Then in 1048 he was elected pope. He took his spiritual advisor, Hildebrand (later Pope Saint Gregory VII), with him to Rome.

What he had done formerly on a small scale he attempted to apply to the whole Church. First he began in earnest to reform the curia. Leo combatted simony, enforced celibacy among the clergy, encouraged development of the chant and the liturgy, condemned Berengarius, and strove to prevent the schism between the Eastern and Western churches that was being engineered by Emperor Michael Coerularius. Then, he tirelessly travelled throughout western Europe to enforce his reforms, and became known as the pilgrim pope. Wherever he went he called together the bishops and clergy in councils, inspiring them to follow his lead.

Leo IX decided to consolidate the material position of the papacy by adding parts of southern Italy to his territories, but this proved to be his undoing. The Normans invaded these new territories; the warrior pope himself led an army in their defense- -an action that caused even Saint Peter Damian to criticize him. Unfortunately, too, the Normans defeated him. Pope Leo IX was captured at Civitella and imprisoned at Benevento. Although his captors declared themselves to be the pope's loyal subjects, they did not release Leo for several months.


In prison Leo began to learn Greek, in an attempt to understand better the teachings of the Eastern Church, which was now split from Rome. But his health was failing. On his release, the pope ordered his bed to be placed in Saint Peter's Basilica next to a coffin. There he died (Benedictines, Bentley, Encyclopedia).
SOURCE : http://www.saintpatrickdc.org/ss/0419.shtml