Pour le pape émérite
Benoît XVI, la crise de la foi se situe à l’origine des abus sexuels
OSSERVATORE ROMANO | AFP
Arthur
Herlin | 11 avril 2019
Alors qu’on ne le
soupçonnait pas, le pape émérite Benoît XVI a publié une longue tribune
particulièrement forte sur la question des abus sexuels et plus largement sur
la crise de la foi dans l’Église.
C’est peut-être l’un des
textes les plus forts livrés par Benoît XVI depuis sa renonciation au
pontificat. Dans une longue tribune publiée dans le mensuel du clergé
bavarois Klerusblatt, le
pape émérite de 91 ans sort de son silence pour réagir à la crise des
abus sexuels dans l’Église et ainsi « contribuer » à son
« nouveau départ ». Il livre ainsi un témoignage sans équivoque sur
ces années où il était encore pasteur de l’Église, afin de dénoncer la racine
de la crise et proposer quelques remèdes. Aleteia a travaillé à partir de la
traduction proposée par la Catholic
News Agency afin de la décrypter à ses lecteurs.
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dans l’Église : sortir de l’épreuve par le haut
Sans mâcher ses mots,
l’ancien pontife revient ainsi sur les années 1970 et 1980 au cours desquelles,
l’enseignement moral dans l’Église a été, selon lui, réduit à néant. Cela a eu
pour effet, dénonce-t-il, « l’apparition d’une tentative de développer une
espèce de nouvelles catholicité moderne ». On a alors assisté, dans
certains séminaires, raconte-t-il encore sans détour, à la formation de
« cliques homosexuelles » mais aussi à la projection de films
pornographiques. Et ce, dans l’intention de rendre les séminaristes
« capables de résister contre un comportement contraire à la foi ».
Dans le même temps, les livres du cardinal Ratzinger d’alors étaient tout
simplement bannis, et ceux qui les lisaient étaient « considérés comme
non-adaptés au sacerdoce ».
Pour lui, aucun doute
possible, cette situation découle de façon directe de la « libération sexuelle
tous azimuts » amorcée à la fin des années 1960 dans toute la société.
Période pendant laquelle, en seulement deux décennies, « les standards
normatifs précédents au sujet de la sexualité se sont entièrement
effondrés ». À l’époque, rappelle-t-il, même la pédophilie était
« diagnostiquée comme permise et appropriée ». Une « époque très
difficile » pour beaucoup dans l’Église et en dehors, se souvient l’ancien
pape.
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trois points à retenir du sommet sur les abus sexuels
S’abandonner à l’Amour du
Christ, « l’antidote au mal »
Ainsi, remarque-t-il, la
tentative de créer une nouvelle Église a totalement échoué. À la
question : « Que devons-nous donc faire désormais ? »,
l’allemand répond : remettre Dieu dans la société afin de retrouver les
repères du bien et du mal. « Seul l’amour et l’obéissance à notre Seigneur
Jésus Christ peuvent nous indiquer la voie juste », estime-t-il.
« L’antidote au mal qui nous menace, et au-delà le monde entier, ne peut
que consister dans le fait que nous nous abandonnions à cet amour »,
considère-t-il.
À défaut de changer
l’Église, peut-être pourra-t-elle alors redevenir ce qu’elle est vraiment.
Aujourd’hui encore, s’indigne le pape émérite, « l’Église n’est
généralement perçue que comme une sorte d’appareil politique ». « La
crise provoquée par de nombreux cas d’abus commis par des prêtres nous amène à
considérer l’Église comme une chose misérable que nous devons absolument
prendre en main et former différemment. Mais une Église faite par nous ne peut
représenter aucun espoir ».
Lire aussi :
Le
remède du cardinal Sarah à la crise de l’Église
Des propos qui font écho
à ceux
tenus encore récemment par le cardinal Robert Sarah estimant que la
situation actuelle rappelle aux chrétiens que si l’Église « choisit de
s’humaniser, de s’enfuir dans le monde, elle pourrira (…) Si au contraire,
elle descend dans les bas-fonds du péché en portant le Christ avec elle, alors
elle purifiera et divinisera l’humanité ».
À l’instar du cardinal
qui exhortait à « retrouver Dieu, se concentrer sur Lui et se confier en
la puissance de sa grâce », le pape allemand appelle à « recommencer
à vivre de Dieu, tourné vers lui et lui obéissant ».
L’Église
est « indestructible »
Benoît XVI va plus loin.
Pour lui, il faut également « tout faire pour protéger de l’abus le
don de la sainte Eucharistie ». « Notre relation avec l’Eucharistie
ne peut que susciter l’inquiétude » selon lui. Si certains placent le
sacrement de la présence du corps et du sang du Christ au centre de la vie
chrétienne, pour d’autres l’Eucharistie est ramenée au rang de « geste
cérémonial ». Un procédé qui « détruit la grandeur du mystère »,
notamment quand il est considéré évident que toutes les personnes présentes
peuvent communier indépendamment de leur situation personnelle et spirituelle.
Oui, le péché et le mal
existent bien dans l’Église, reconnaît le pape allemand. Mais la sainte Église
n’en reste pas moins « indestructible ». Beaucoup d’hommes qui
croient humblement, souffrent et aiment en Dieu, en sont la manifestation. Le
pape émérite pense en premier lieu à la petite communauté qui partage sa
résidence de Mater Ecclesiae au Vatican. Voir et trouver l’Église à ce
point vivante, écrit-il est « une tâche merveilleuse » qui nous
« renforce et qui nous fait toujours nous réjouir dans la foi ».
Lire aussi :
Crise
de l’Église : pourquoi la barque ne coulera pas
Document : l’intégralité
du texte du pape émérite Benoît XVI sur les abus sexuels
La
rédaction d'Aleteia | 12 avril 2019
Retrouvez l'intégralité
du texte de Benoît XVI sur les abus sexuels. Écrit en allemand, Aleteia vous
propose une traduction.
Du 21 au 24 février 2019,
à l’invitation du pape François, les présidents des conférences épiscopales du
monde entier se sont réunis au Vatican pour réfléchir ensemble à la crise
actuelle de la foi et de l’Église ; une crise vécue dans le monde entier
après des révélations choquantes sur les abus commis par des religieux sur des
mineurs.
L’ampleur et la gravité
des épisodes rapportés ont profondément secoué les prêtres, tout comme les
laïcs, et ont amené plus d’une minorité à remettre en cause la foi même de
l’Église. Il était nécessaire d’envoyer un signal fort et de se remettre en
chemin, pour redonner à l’Église une vraie crédibilité en tant que lumière
parmi les peuples et en tant que force contribuant à la lutte contre les
puissances destructrices.
Ayant moi-même occupé un
poste de responsabilité, comme pasteur de l’Église, au moment de l’explosion
publique de la crise, et au cours de la période qui a précédé celle-ci, je ne
pouvais que me demander — bien que je n’ai plus aucune responsabilité directe
comme Émérite — comment je pourrais contribuer à un nouveau départ. Ainsi,
après l’annonce de la réunion des présidents des conférences épiscopales, j’ai
préparé quelques notes pour faire une ou deux remarques qui pourraient être
utiles dans cette heure difficile. Après avoir contacté le secrétaire
d’État, le cardinal Pietro Parolin et le Saint-Père lui-même, il a semblé
approprié de publier ce texte dans Klerusblatt [un périodique mensuel
destiné au clergé dans la plupart des diocèses bavarois].
Mon travail est divisé en
trois parties. Dans la première partie, je souhaite présenter brièvement
de manière générale le contexte social de la question, sans lequel le problème
ne peut être compris. J’essaie de montrer comment s’est déroulé un processus
sans précédent dans les années 1960. On peut affirmer que, dans les deux
décennies entre 1960 et 1980, les critères qui prévalaient sur la sexualité se
sont complètement effondrées et qu’il en est résulté une absence de normes
auxquelles on a tenté de remédier. Dans la deuxième partie, je souhaite
souligner les conséquences de cette situation sur la formation des prêtres et
sur leur vie. Enfin, dans la troisième partie, je voudrais développer
quelques perspectives pour une réponse appropriée de la part de l’Église.
I.
(1) L’affaire a
commencé avec l’initiation, décrétée et appuyée par l’État, des enfants et des
jeunes à la sexualité. En Allemagne, madame Käte Strobel, alors Ministre de la
Santé, a fait tourner un film, dans lequel tout ce qui auparavant ne pouvait
pas être montré publiquement, y compris les rapports sexuels, était projeté. Ce
qui à l’origine était uniquement destiné à informer les jeunes, a été ensuite
largement accepté comme une option réalisable.
Le « Sexkoffer » [une «
valise » controversée, avec du matériel d’éducation sexuelle, utilisée dans les
écoles autrichiennes à la fin des années 1980] édité par le gouvernement
autrichien a produit des effets similaires. Les films sexuels et
pornographiques sont devenus courants, au point d’être projetés dans les
cinémas des gares [Bahnhofskinos]. Je me souviens encore qu’un jour, alors que
je marchais dans la ville de Ratisbonne, une foule de gens faisait la queue
devant un grand cinéma. Chose que nous n’avions vue auparavant qu’en temps de
guerre, quand il fallait espérer une distribution extraordinaire. Je me
souviens aussi, à mon arrivée dans la ville le Vendredi saint en 1970, avoir vu
tous les panneaux publicitaires couverts d’affiches qui présentaient deux
personnes complètement nues, se serrant dans leurs bras.
Parmi les libertés que la
révolution de 1968 a voulu conquérir, il y avait aussi cette liberté sexuelle
totale, liberté qui ne tolérait plus aucune norme.
La propension à la
violence qui a caractérisé ces années est étroitement liée à cet effondrement
spirituel. C’est pourquoi la projection de films sexuels n’a finalement plus
été autorisée dans les avions car elle créait de la violence parmi les
passagers. Et comme les vêtements de cette époque provoquaient également
l’agressivité, les directeurs des écoles ont essayé d’introduire des uniformes
pour créer un climat favorable à l’apprentissage.
Le fait que la pédophilie
ait également été diagnostiquée comme étant autorisée et appropriée fait partie
de la physionomie de la révolution de 1968.
Pour les jeunes de
l’Église, mais pas seulement pour eux, ce fut à bien des égards une période
très difficile. Je me suis toujours demandé comment, dans cette situation, les
jeunes pouvaient aller vers le sacerdoce et l’accepter, avec toutes ses
conséquences. L’effondrement considérable des vocations sacerdotales au cours
de ces années-là et le nombre très élevé de prêtres réduits à l’état
laïc étaient une conséquence de cette situation.
(2) À la même
époque, indépendamment de cette évolution, la théologie morale catholique a
connu un effondrement qui a rendu l’Église sans défense face à ces changements
dans la société. Je vais essayer de décrire brièvement la trajectoire de ce
développement.
Jusqu’au Concile Vatican
II, la théologie morale catholique était largement fondée sur la loi naturelle,
tandis que les saintes Écritures n’étaient citées qu’en arrière-plan ou comme
support. Dans l’effort mené par le Concile pour une nouvelle compréhension de
la Révélation, l’option de la loi naturelle a été en grande partie abandonnée
et une théologie morale entièrement basée sur la Bible s’est
imposée.
Je me souviens encore de
la façon dont la faculté jésuite de Francfort avait formé un jeune père très
doué (Bruno Schüller) pour développer une morale entièrement basée sur les
saintes Écritures. La belle thèse du père Schüller montre le premier pas dans
l’élaboration d’une morale basée sur les saintes Écritures. Le père Schüller
fut ensuite envoyé aux États-Unis pour des études plus approfondies et revint
avec la conviction qu’il n’était pas possible d’élaborer systématiquement une
morale à partir de la Bible. Il a ensuite tenté d’élaborer une théologie morale
plus pragmatique, sans pouvoir apporter de réponse à la crise de la morale.
En fin de compte, la
thèse selon laquelle la morale ne devait être définie qu’en fonction des
finalités de l’action humaine a été largement affirmée. L’ancienne expression
« la fin justifie les moyens » n’a pas été reprise sous cette forme
brute, et pourtant cette façon de penser était devenue définitive. Par conséquent,
il ne pouvait plus y avoir quelque chose qui représente le bien en soi, ni
quelque chose de fondamentalement mauvais, mais seulement des jugements
relatifs. Il n’y avait plus le bien [en soi], mais seulement ce qui est
relativement meilleur, en fonction du moment et des circonstances.
À la fin des années 1980
et 1990, la crise des fondements et la présentation de la morale catholique ont
pris des proportions dramatiques. Le 5 janvier 1989, la « Déclaration de
Cologne », signée par quinze professeurs de théologie catholiques, a été
publiée. Cette déclaration s’est concentrée sur plusieurs points critiques de
la relation entre le magistère épiscopal et le travail théologique. Ce texte,
qui au début n’allait pas au-delà du niveau habituel de révolte, a grandi très
rapidement jusqu’à devenir une protestation contre le magistère de
l’Église, ressemblant de manière audible et visible au potentiel d’opposition
mondial contre les textes doctrinaux attendus de Jean Paul II (cf. D. Mieth,
Kölner Erklärung, LThK, VI3, p. 196)
Le pape Jean Paul II, qui
connaissait très bien la situation de la théologie morale et la suivait de
près, a commandé une encyclique pour remettre les choses dans l’ordre. Ce
travail a été publié sous le titre Veritatis
splendor, le 6 août 1993, et a provoqué de vives réactions de la part de
théologiens moraux. Avant cela, le « Catéchisme de l’Église
catholique » avait déjà présenté de manière convaincante la morale
proclamée par l’Église.
Je n’oublierai jamais
comment Franz Böckle — parmi les principaux théologiens allemands de l’époque,
qui après avoir été nommé professeur émérite, s’était retiré dans sa terre
natale suisse — a annoncé, à la lumière des décisions possibles envisagées par
l’encyclique Veritatis splendor, que si l’encyclique déterminait qu’il y a
des actions qui doivent toujours être considérées comme mauvaises, et en toutes
circonstances, il la combattrait de toutes ses forces.
Le Seigneur, plein de
miséricorde, lui a épargné de mettre en pratique sa résolution. En effet,
Böckle meurt le 8 juillet 1991. L’encyclique a été publiée le 6 août 1993 et
affirme en effet qu’il y existe des actions qui ne peuvent jamais devenir
bonnes.
Le pape était pleinement
conscient de l’importance de cette décision à ce moment-là et, précisément pour
cette partie de son texte, il avait de nouveau consulté des spécialistes
éminents qui n’avaient pas participé à la rédaction de l’encyclique. Il savait
qu’il ne devait laisser aucun doute sur le fait que la morale fondée sur le
principe de l’arbitrage entre différents biens recherchés et différents maux à
éviter doit avoir une limite. Il y a des biens qui ne peuvent jamais faire
l’objet de compromis.
Il y a des valeurs qui ne
doivent jamais être abandonnées pour une valeur plus grande et qui vont même
au-delà de la préservation de la vie physique. Il y a le martyre. Dieu est
encore plus grand que la simple survie physique. Une vie qui serait achetée par
la négation de Dieu, une vie qui repose sur un dernier mensonge, est une
non-vie.
Le martyre est une
catégorie fondamentale de l’existence chrétienne. Dans la théorie soutenue par
Böckle et par nombreux d’autres, le martyre n’est plus moralement nécessaire.
C’est alors l’essence même du christianisme qui est en jeu.
Dans la théologie morale,
entre-temps, une autre question était devenue urgente. La thèse selon laquelle
le Magistère de l’Église ne devrait avoir la compétence ultime et définitive
[l’infaillibilité] que sur les questions de foi avait été largement acceptée.
(De ce point de vue), les questions concernant la morale n’entrent pas dans le
champ des décisions infaillibles du Magistère de l’Église. Il y a probablement
quelque chose de juste dans cette thèse qui mérite une discussion plus
approfondie. Mais il existe un minimum moral qui est indissolublement lié au
principe fondateur de la foi et qui doit être défendu si nous ne voulons pas
réduire la foi à une théorie et reconnaître au contraire qu’elle s’incarne dans
la vie concrète.
Tout cela montre à quel
point l’autorité de l’Église dans le domaine moral est fondamentalement remise
en cause. Ceux qui nient à l’Église une compétence finale dans ce domaine
l’obligent à garder le silence précisément là où la frontière entre vérité et
mensonge est en jeu.
Indépendamment de cette
question, dans de nombreux domaines de théologie morale, on a développé la
thèse selon laquelle l’Église n’a pas et ne peut avoir sa propre morale.
L’argument étant que toutes les affirmations morales auraient des équivalents
dans d’autres religions et que donc une appropriation chrétienne de la morale
ne pourrait exister. Mais la question du caractère unique d’une morale biblique
n’est pas résolue par le fait que pour chaque phrase, quelque part, un
équivalent peut être trouvé dans d’autres religions. Il s’agit plutôt de
l’ensemble de la morale biblique qui, en tant que telle, est nouvelle et
différente de ses parties individuelles.
La particularité de
l’enseignement moral des Saintes Écritures repose en définitive dans son
attachement à l’image de Dieu, dans la foi en l’unique Dieu qui s’est manifesté
en Jésus-Christ et qui a vécu en tant qu’homme. Le Décalogue est une
application à la vie humaine de la foi biblique en Dieu. L’image de Dieu et la
morale vont de pair, et entraînent ainsi un changement particulier de
l’attitude chrétienne envers le monde et la vie humaine. De plus, le
christianisme a été décrit dès l’origine par le mot grec hodós (« la
route », souvent utilisé dans le Nouveau Testament pour indiquer un chemin
de progrès).
La foi est un chemin et
un mode de vie. Dans l’Église ancienne, le catéchuménat s’est établi comme un
lieu de vie dans lequel une culture nouvelle et spécifique au mode de vie
chrétien était enseignée, préservée du mode de vie commun. Je pense
qu’aujourd’hui encore, des communautés catéchuménales sont nécessaires pour que
la vie chrétienne puisse s’affirmer dans sa particularité.
II Premières réactions ecclésiales
(1) Comme j’ai
essayé de le montrer, le processus de dissolution de la conception chrétienne
de la morale, préparé depuis longtemps et en cours de réalisation, a connu une
radicalité sans précédent dans les années 1960. Cette dissolution de l’autorité
de l’Église en matière de morale devait nécessairement avoir des conséquences
sur les différents domaines de l’Église. Dans le cadre de la réunion des
présidents des conférences épiscopales du monde entier, avec le pape François,
la question de la vie sacerdotale, ainsi que celle des séminaires, a revêtu un
intérêt particulier. En ce qui concerne le problème de la préparation au
ministère sacerdotal dans les séminaires, on constate un effondrement de la
forme précédente.
Dans divers séminaires,
des clubs homosexuels ont été mis en place, qui ont agi plus ou moins
ouvertement et qui ont considérablement modifié le climat dans les séminaires.
Dans un séminaire situé dans le sud de l’Allemagne, des candidats au sacerdoce
et à la présidence du ministère laïc vivaient ensemble. Les séminaristes
partageaient les repas communs avec des partenaires pastoraux mariés, eux-mêmes
parfois accompagnés de leurs épouses et de leurs enfants, et dans certains cas,
de leurs petites amies. Le climat dans le séminaire n’aidait pas à préparer les
vocations sacerdotales. Le Saint-Siège était au courant de ces problèmes sans
en être informé dans le détail. Dans un premier temps, une visite apostolique a
été organisée dans les séminaires aux États-Unis.
Puisqu’après le Concile
Vatican II, les critères de sélection et de nomination des évêques avaient été
modifiés, la relation des évêques avec leurs séminaires étaient également très
différente. Avant tout, pour la nomination des nouveaux évêques, on appliquait
le critère de la « conciliarité », ce qui, bien entendu, pouvait
signifier des orientations assez différentes.
En effet, dans de
nombreuses parties de l’Église, l’attitude conciliaire était comprise comme une
attitude critique ou négative à l’égard de la tradition jusqu’alors en vigueur,
qui devait maintenant être remplacée par une nouvelle relation radicalement
ouverte avec le monde. Un évêque, qui avait précédemment été recteur d’un
séminaire, avait montré des films pornographiques aux séminaristes avec
l’objectif présumé de les rendre résistants à des comportements contraires à la
foi.
Des évêques — et pas
seulement aux États-Unis — ont rejeté la tradition catholique dans son ensemble
et ont cherché à instaurer une sorte de nouvelle « catholicité »
moderne dans leurs diocèses. Il convient peut-être de mentionner que, dans de
nombreux séminaires, les étudiants surpris en train de lire mes livres étaient
considérés comme inaptes au sacerdoce. Mes livres étaient cachés, comme de la
mauvaise littérature, et on ne les lisait que sous la table.
Quand une visite [canonique]
s’ensuivait, elle n’apportait aucune nouvelle constatation, apparemment parce
que diverses puissances s’étaient coalisées pour dissimuler la véritable
situation. Et quand une deuxième visite était organisée, elle apportait
beaucoup plus d’informations, mais dans l’ensemble, elle n’aboutissait à aucun
résultat concret. Néanmoins, depuis les années 1970, la situation dans les
séminaires s’est généralement améliorée. Et pourtant, de manière sporadique,
les vocations se sont renforcées car, dans l’ensemble, la situation s’est
développée différemment.
(2) Si je me
souviens bien, le problème de la pédophilie n’est devenu un sujet d’actualité
que dans la seconde moitié des années 80. Aux États-Unis, la pédophilie était
déjà un problème public. Alors, les évêques ont demandé de l’aide à Rome, car
le droit canonique, tel qu’il est écrit dans le Code de 1983, ne semblait pas
suffisant pour prendre les mesures nécessaires. Au début, Rome et les
canonistes romains ont eu des difficultés avec cette demande. À leur avis, la
suspension temporaire de la charge sacerdotale était suffisante pour obtenir
purification et clarification. Cela ne pouvait pas être accepté par les évêques
américains, car les prêtres restaient ainsi au service de l’évêque et pouvaient
donc être considérés comme étant [encore] directement associés à lui. Ce n’est
que lentement que le droit pénal, délibérément mal structuré dans le nouveau
Code, a commencé à se renouveler et à s’approfondir.
À cela s’est ajouté un
problème de fond, concernant la conception du droit pénal. À présent, seul le
soi-disant garant, [une sorte de protectionnisme procédural], était considéré
comme « conciliaire ». Cela signifie que les droits de l’accusé
devaient avant tout être garantis, au point d’exclure en fait une condamnation. En
contrepoids aux options de défense, souvent insuffisantes, des théologiens
accusés, le droit de la défense s’est tellement accru que des peines devenaient
presque impossibles.
Permettez-moi à ce stade
un bref excursus. À la lumière de l’ampleur de l’inconduite pédophile, un
mot de Jésus attire mon attention : » Celui qui est un scandale, une
occasion de chute, pour un seul de ces petits qui croient en moi, mieux
vaudrait pour lui qu’on lui attache au cou une de ces meules que tournent les
ânes, et qu’on le jette à la mer » (Mc
9,42).
L’expression « ces
petits » dans le langage de Jésus désigne les croyants ordinaires, qui
peuvent être ébranlés dans leur foi par l’orgueil intellectuel de ceux qui se
pensent intelligents. Donc, Jésus protège le dépôt de la foi par une menace de
punition pour ceux qui lui portent atteinte.
L’utilisation moderne de
ces mots n’est pas erronée en elle-même, mais elle ne doit pas occulter le sens
originel. Dans ce contexte, il devient évident que ce n’est pas seulement le
droit de l’accusé qui est important et doit être protégé. Les biens précieux
comme la foi sont tout aussi importants.
Un droit canonique
équilibré, qui correspond au message de Jésus dans son intégralité, ne doit
donc pas seulement fournir une garantie à l’accusé, dont le respect est un bien
juridique. Il doit également protéger la Foi, qui est également un atout
juridique important. Un droit canon construit correctement doit donc comporter
une double garantie : la protection juridique de l’accusé, et la protection
juridique du bien en cause. Si aujourd’hui on met en avant ce concept
intrinsèquement clair, nous nous heurtons en général à la surdité et à l’indifférence
sur la question de la protection juridique de la Foi. Dans la conscience
juridique commune, la foi ne semble plus avoir le rang d’un bien à protéger.
C’est une situation préoccupante à laquelle les pasteurs de l’Église doivent
réfléchir et réfléchir sérieusement.
Aux brèves références sur
la situation de la formation sacerdotale au moment de l’explosion publique de
la crise, j’aimerais maintenant ajouter quelques remarques concernant
l’évolution du droit canonique sur cette question.
En principe, la
Congrégation pour le clergé est responsable pour juger des crimes commis par
les prêtres. Cependant, comme à cette époque le garantisme dominait
largement la situation, j’ai convenu avec le pape Jean Paul II qu’il était
approprié d’attribuer la compétence pour ces infractions à la Congrégation pour
la doctrine de la foi, sous le titre Delicta maiora contra fidem.
Avec cette attribution,
la peine maximale était également possible, c’est-à-dire la réduction à l’état
laïc, qui, en revanche, n’aurait pas été applicable à d’autres titres légaux.
Ce n’était pas une astuce pour pouvoir imposer la peine maximale, mais une
conséquence de l’importance de la Foi pour l’Église. En fait, il est important
de garder à l’esprit qu’une telle inconduite de la part des clercs corrompt la
foi.
Ce n’est que lorsque la
foi ne détermine plus les actes de l’homme que de tels crimes sont
possibles.
Cependant, la sévérité de
la peine suppose également une preuve claire du crime commis : c’est le contenu
de la garantie qui reste en vigueur.
En d’autres termes, afin
d’imposer légalement la peine maximale, un véritable processus pénal est
nécessaire. Mais les diocèses et le Saint-Siège ont été submergés par une telle
exigence. Nous avons donc formulé un minimum de procédures pénales et laissé
ouverte la possibilité que le Saint-Siège assume lui-même le processus, si le
diocèse ou la métropole n’était pas en mesure de le faire. Dans tous les cas,
le procès devait être vérifié par la Congrégation pour la Doctrine de la foi
afin de garantir les droits de l’accusé. À la fin, cependant, dans la Feria IV
(c’est-à-dire l’assemblée des membres de la Congrégation), nous avons mis en
place une instance d’appel, afin de prévoir la possibilité d’un recours contre
le procès.
Puisque tout cela
dépassait les capacités de la Congrégation pour la doctrine de la Foi et que
des retards devaient être évités en raison de la nature du problème, le pape
François a entrepris d’autres réformes.
III
(1) Que devons-nous
faire ? Peut-être devrions-nous susciter une autre Église en réponse à ces
problèmes ? C’est quelque chose qui a été déjà expérimentée, et qui a échoué.
Seuls l’obéissance et l’amour envers notre Seigneur Jésus-Christ peuvent nous
montrer la voie à suivre. Commençons donc par essayer de comprendre à nouveau,
et de l’intérieur, ce que le Seigneur a voulu et veut avec nous.
Voici ce que je dirais en
premier lieu : si nous voulions synthétiser au maximum le contenu de la foi tel
qu’il est présenté dans la Bible, nous pourrions dire que le Seigneur a initié
une histoire d’amour avec nous et souhaite y associer toute la création. Le
contrepoids contre le mal, qui nous menace et menace le monde entier, ne peut
consister qu’en notre abandon à cet amour. Il est le vrai contrepoids au mal.
La puissance du mal naît de notre refus d’aimer Dieu. Celui qui met sa foi dans
l’amour de Dieu est racheté. Le fait que nous ne soyons pas rachetés est une
conséquence de notre incapacité à aimer Dieu. Apprendre à aimer Dieu est donc
la voie de la rédemption pour l’humanité.
Essayons maintenant de
déployer un peu plus ce contenu essentiel de la révélation divine. Nous
pourrions alors dire que le premier don fondamental que nous offre la foi est
la certitude que Dieu existe. Un monde sans Dieu ne peut être qu’un monde
dépourvu de sens. Car sinon, d’où vient tout ce qui est ? En tous cas, il n’y
aurait pas de fondement spirituel. C’est simplement là, sans véritable but ni
sens. Il n’y a alors pas de notion de bien ou de mal. Celui qui est plus fort
que l’autre s’impose. Le pouvoir est alors l’unique principe. La vérité ne
compte pas, elle n’existe d’ailleurs pas. C’est seulement quand les choses ont
un fondement spirituel, qu’elles sont voulues et pensées — seulement quand il y
a un Dieu créateur qui est bon et qui veut le Bien — que la vie de l’homme peut
également avoir un sens.
Que Dieu, créateur et
mesure de toute chose, existe, est une nécessité fondamentale. Mais un Dieu qui
ne s’exprimerait pas, qui ne révélerait pas sa présence, demeurerait une
hypothèse et ne pourrait déterminer la structure de notre vie. Pour que Dieu
soit aussi vraiment Dieu dans cette création qui a été pensée par Lui, nous
devons nous attendre à ce qu’Il s’exprime d’une manière ou d’une autre. Il l’a
fait de nombreuses façons, de manière décisive cependant dans l’appel adressé à
Abraham et qui a donné aux hommes cherchant Dieu l’orientation qui mène au-delà
de toute attente : Dieu Lui-même devient créature, et parle comme un homme
avec nous autres humains.
Alors la phrase
« Dieu est » devient in fine un message de joie,
précisément parce qu’Il dépasse toute compréhension, parce qu’Il crée et est
l’amour. Faire en sorte que les hommes reprennent conscience de ce message est
la tâche première et fondamentale que le Seigneur nous confie.
Une société sans Dieu —
une société qui ne Le connaît pas et qui Le considère comme inexistant — est
une société qui perd son équilibre. Notre époque a vu l’émergence de la formule
coup de poing annonçant la mort de Dieu. Quand Dieu meurt dans une société,
elle devient libre, nous assurait-on. En réalité, la mort de Dieu dans une
société signifie aussi la mort de la liberté, parce que ce qui meurt, c’est le
sens, qui donne son orientation à la société. Et parce que la boussole qui nous
oriente dans la bonne direction en nous apprenant à distinguer le bien du mal
disparaît. La société occidentale est une société dans laquelle Dieu est absent
de la sphère publique et n’a plus rien à y dire. Et c’est pour cela que c’est
une société dans laquelle l’équilibre de l’humain est de plus en plus remis en
cause.
Sur des points précis, il
apparaît alors soudainement comme une évidence que certaines choses sont
mauvaises et détruisent l’humain. C’est notamment le cas de la pédophilie. La
théorie voulait, encore assez récemment, qu’elle soit considérée comme une
pratique autorisée, et elle n’a cessé de se répandre. Et nous découvrons
désormais avec effroi que nos enfants et nos adolescents subissent des choses
qui menacent de les détruire. Que ces pratiques aient aussi pu survenir au sein
de l’Église et parmi les prêtres doit nous bousculer au plus haut point.
Comment la pédophilie
a-t-elle pu atteindre de telles proportions ? En fin de compte, la raison
principale réside dans l’absence de Dieu. Nous aussi, chrétiens et prêtres,
préférons ne pas parler de Dieu, car ce discours apparaît comme inconfortable.
En Allemagne, après le bouleversement de la deuxième guerre mondiale, la
mention expresse dans notre constitution de notre responsabilité devant Dieu
était un principe fondamental. Un demi-siècle plus tard, il n’a pas été
possible d’inclure la responsabilité devant Dieu comme principe dans la
constitution européenne. Dieu est perçu comme l’affaire d’un parti ou d’un
petit groupe, et ne peut plus être considéré comme un curseur pour l’ensemble
de la communauté. Ce parti pris reflète la situation en Occident, où Dieu est
devenu une affaire privée concernant une minorité.
L’une des premières
tâches qui doivent découler des bouleversements moraux que connaît notre
époque, consiste à ce que nous nous remettions à vivre de Dieu et ancrés en
Lui. Nous devons avant toute chose réapprendre à reconnaître Dieu comme le fondement
de nos vies et non à le laisser de côté comme une parole creuse. Je garde en
mémoire cet avertissement que m’adressa un jour Hans Urs von Balthasar
dans l’une de ses cartes : « Ne pas faire du Dieu trinitaire, Père,
Fils et Esprit un postulat, mais une priorité. » Il se trouve que dans la
théologie aussi, Dieu est souvent traité comme un présupposé indiscutable, mais
dans les faits, personne ne traite avec lui. La thématique de Dieu semble si
irréelle, si éloignée des choses qui nous concernent. Et pourtant, tout est
différent si l’on privilégie Dieu plutôt que si l’on en fait un postulat ;
si on ne le relègue pas en arrière-plan, mais qu’on le reconnaît comme le
centre de nos pensées, de nos paroles et de nos actions.
(2) Dieu s’est fait
homme pour nous. Sa créature humaine est si chère à son cœur qu’il s’est unifié
à elle et s’est ainsi intégré dans son histoire de manière très concrète. Il
parle avec nous, il vit avec nous, il souffre avec nous et il a pris la mort
sur lui pour nous sauver. Il est vrai que ceci est évoqué en détail dans la
théologie, avec des mots et des pensées savantes. Mais c’est précisément ainsi
que nous courons le risque de devenir des maîtres de la foi au lieu de nous
laisser renouveler et gouverner par la foi.
Considérons cela en
regard d’une problématique centrale, la célébration de la sainte Eucharistie.
Notre rapport à l’Eucharistie ne peut que susciter l’inquiétude. Le concile
Vatican II avait, à juste titre, pour objectif de replacer ce sacrement de la
présence réelle du corps et du sang du Christ, de la présence de sa personne,
de sa Passion, sa mort et sa Résurrection, au centre de la vie chrétienne et de
l’existence même de l’Église. Ceci s’est en partie avéré, et nous pouvons, en
cela, être vraiment reconnaissants envers le Seigneur.
Mais c’est une autre
attitude qui domine largement. Ce n’est pas un respect renouvelé pour la
présence de la mort et de la Résurrection du Christ qui prévaut, mais une façon
de se comporter avec lui qui détruit la grandeur de ce mystère. Le déclin de la
participation à la célébration de l’Eucharistie le dimanche montre combien
nous, chrétiens d’aujourd’hui, ne savons plus apprécier la grandeur du don que
constitue sa présence réelle. L’Eucharistie est ramenée au rang de geste de
cérémonie lorsqu’il devient communément admis qu’elle soit distribuée par
politesse, à l’occasion de fêtes familiales ou de célébrations telles que des
mariages ou des enterrements, à tous ceux qui sont présents parce qu’ils font
partie de la famille. L’usage appliqué à certains endroits de distribuer la
sainte communion à toutes les personnes présentes montre que nous ne voyons
dans l’Eucharistie plus qu’un geste purement cérémoniel. C’est pourquoi, quand
nous réfléchissons aux mesures qui sont à entreprendre, il apparaît clairement
que ce n’est pas d’une nouvelle Église inventée par nos soins dont nous avons
besoin, mais bien plus d’un renouvellement de la foi en la réalité de
Jésus-Christ qui nous est offerte dans le Saint Sacrement.
Au cours de conversations
avec des victimes de la pédophilie, cette nécessité m’est apparue avec toujours
plus de vigueur. Une jeune femme, ancienne servante d’autel, m’a confié que
l’aumônier, qui avait en charge les servants d’autel, introduisait toujours ses
attouchements sexuels par la phrase : « Ceci est mon corps, livré pour
vous. » Il est bien évident que cette femme ne peut plus entendre les
paroles de la consécration sans revivre à nouveau la terrible souffrance de ces
abus. Oui, nous devons urgemment implorer le Seigneur de nous pardonner, et le
supplier, lui demander qu’il nous ré-apprenne à comprendre la grandeur de ses
souffrances et de son sacrifice. Et nous devons tout faire pour préserver le
don de l’Eucharistie de possibles abus.
(3) Et enfin, il y a
le mystère de l’Église. La phrase avec laquelle Romano Guardini a exprimé, il y
a presque 100 ans, la joyeuse espérance qui s’était emparée de lui et de tant
d’autres, est restée dans les mémoires : « Un événement d’une portée
incommensurable a débuté. L’Église s’éveille dans les âmes. »
Il voulait dire par là
que l’Église n’était plus seulement vécue et ressentie comme un système, une
forme d’autorité pénétrant dans nos vies, mais qu’elle commençait à être
ressentie dans le cœur même des gens — comme quelque chose qui n’était plus
uniquement extérieur, mais qui pouvait nous toucher de l’intérieur. Près d’un
siècle plus tard, en repensant à ce processus et au regard de ce qui venait de
se passer, j’ai été tenté d’inverser la phrase : « L’Église se meurt dans
les âmes. » Effectivement, l’Église n’est plus aujourd’hui considérée que
comme une espèce d’appareil politique. On parle d’elle en évoquant presque
exclusivement des catégories politiques, et cela vaut jusqu’aux évêques mêmes,
qui formulent leur vision de l’Église de demain en ne parlant qu’en termes
politiques. La crise provoquée par les nombreux cas d’abus perpétrés par des
prêtres force à regarder l’Église comme une entité qui a mal tourné, qu’il nous
revient désormais de reprendre en main et de repenser. Mais une Église faite
par nous ne peut être synonyme d’espoir.
Jésus lui-même a comparé
l’Église à un filet de pêche contenant des poissons bons et mauvais, qui à la
fin sont séparés par Dieu. Il y aussi la parabole où l’Église est un champ sur
lequel pousse le bon grain que Dieu a lui-même semé, mais également l’ivraie
qu’ »un ennemi » a semée en cachette. Effectivement, l’ivraie est
particulièrement visible dans le champ de Dieu, l’Église, et les mauvais
poissons dans le filet montrent aussi leur force. Mais le champ reste le champ
de Dieu, et le filet, le filet de Dieu. Le fait d’insister sur ces deux
réalités ne constitue pas une fausse forme d’apologétique, mais un service
nécessaire à la Vérité.
Dans ce contexte, il est
nécessaire de faire référence à un texte important de l’Apocalypse de saint
Jean. Le diable y est identifié comme l’accusateur qui accuse nos frères devant
Dieu jour et nuit (Ap
12,10). L’Apocalypse reprend là une pensée qui est au centre de la
narration du livre de Job (Jb
1 et 2,10 ; 42,7-16). Il y est raconté comment le diable essaie, devant
Dieu, de faire passer Job pour un homme qui n’est juste que de l’extérieur. Et
l’Apocalypse nous dit précisément la même chose : le diable veut prouver que
les hommes justes n’existent pas. Que la vertu des hommes n’est qu’un artifice
extérieur. Et que si l’on y regardait de plus près, les masques de vertu
auraient tôt fait de tomber. Le récit commence par une dispute entre Dieu et le
diable, au cours de laquelle Dieu avait décrit Job comme un homme véritablement
juste. Il sera désormais l’exemple permettant de prouver qui a raison. Qu’on
lui retire tout ce qu’il possède, et il ne restera rien de sa piété, avance le
diable. Dieu lui accorde cette tentative, dont Job ressort vainqueur. Alors le
diable insiste : « Peau pour peau ! L’homme donne tout ce qu’il
a pour sauver sa vie. Mais étends la main, touche à ses os et à sa chair, je
parie qu’il te maudira en face ! » (Jb
2,4) Dieu accorde un deuxième essai au diable. Il a également le droit de
toucher la peau de Job. Seul celui de le tuer ne lui est pas accordé. Pour les
chrétiens il est clair que Job, qui se tient devant Dieu comme un exemple pour
toute l’humanité, c’est Jésus-Christ. Dans l’Apocalypse, le drame de l’humanité
nous est présenté dans toute son ampleur. Le Dieu créateur est confronté au
diable qui dit du mal de l’ensemble de l’humanité et de la création. Il
proclame, non seulement à Dieu mais avant tout aux hommes : regardez ce que ce
Dieu a fait. Une création soi-disant bonne, mais en réalité misérable et
répugnante. Cette façon de dénigrer la création est en réalité une façon de
dénigrer Dieu. Elle veut nous prouver que Dieu lui-même n’est pas bon, et ainsi
nous détourner de Lui.
L’actualité de ce que
nous rapporte l’Apocalypse est évidente. Aujourd’hui, l’accusation contre Dieu
consiste principalement à dénigrer purement et simplement son Église dans le
but de nous en éloigner. L’idée d’une meilleure Église créée de nos mains est
en fait une suggestion du diable, par laquelle il veut nous détourner du Dieu
vivant dans une logique mensongère, qui nous dupe trop facilement. Non,
l’Église n’est pas uniquement constituée, même actuellement, de mauvais
poissons et d’ivraie. Aujourd’hui, l’Église de Dieu existe également, et c’est
justement aujourd’hui qu’elle est l’instrument par lequel Dieu nous sauve.
Il est très important
d’opposer aux mensonges et aux semi-vérités du diable l’entière vérité. Oui, il
y a des péchés dans l’Église, et du mal. Mais même aujourd’hui, il y a la sainte
Église, qui est indestructible. Aujourd’hui il y a de nombreuses personnes qui
croient humblement, qui souffrent et qui aiment, à travers lesquelles se
manifeste le vrai Dieu, le Dieu d’amour. Aujourd’hui aussi Dieu a ses témoins
(« martyrs ») dans le monde. Il nous faut juste être attentifs pour
les voir et les entendre.
Le mot
« martyr » est tiré du droit procédural. Dans le procès contre le
diable, Jésus est le premier et le véritable témoin pour Dieu, le premier
martyr, à qui tant d’autres ont depuis emboîté le pas. L’Église d’aujourd’hui
est plus que jamais une Église des martyrs, et ainsi un témoin du Dieu vivant.
Si nous regardons et écoutons autour de nous avec un cœur attentif, nous
trouverons des témoins partout aujourd’hui, particulièrement parmi les gens
ordinaires, mais aussi dans les hauts rangs de l’Église, prêts à prendre
position pour Dieu par leur vie et leurs souffrances. C’est une inertie du cœur
qui fait qu’on ne les reconnaît pas pour ce qu’ils sont. L’une de nos
principales missions, dans notre œuvre d’évangélisation, consiste, dans la
mesure du possible, à créer des habitats de la foi. Mais avant tout, il s’agit
de trouver ceux qui existent et à les reconnaître comme tels.
Je vis dans une maison,
dans une petite communauté de gens qui découvrent sans cesse de tels témoins du
Dieu vivant dans la vie de tous les jours et qui me le signalent avec joie.
Voir et trouver l’Église vivante est une magnifique mission, qui nous fortifie
et renouvelle notre joie de la foi.
Au terme de mes réflexions,
je tiens à remercier le pape François pour tout ce qu’il fait afin de nous
montrer, encore et toujours, la lumière de Dieu, qui n’a pas disparu, même
aujourd’hui. Merci, Saint-Père !
Benoît XVI
Full text of Benedict XVI
essay: 'The Church and the scandal of sexual abuse'
Vatican City, Apr 10,
2019 / 04:23 pm (CNA).-
The following is a previously unpublished essay from Pope emeritus Benedict
XVI:
On February 21 to 24, at
the invitation of Pope Francis, the presidents of the world's bishops'
conferences gathered at the Vatican to discuss the current crisis of the faith
and of the Church; a crisis experienced throughout the world after shocking
revelations of clerical abuse perpetrated against minors.
The extent and gravity of
the reported incidents has deeply distressed priests as well as laity, and has
caused more than a few to call into question the very Faith of the Church. It
was necessary to send out a strong message, and seek out a new beginning, so to
make the Church again truly credible as a light among peoples and as a force in
service against the powers of destruction.
Since I myself had served
in a position of responsibility as shepherd of the Church at the time of the
public outbreak of the crisis, and during the run-up to it, I had to ask myself
- even though, as emeritus, I am no longer directly responsible - what I could
contribute to a new beginning.
Thus, after the meeting
of the presidents of the bishops' conferences was announced, I compiled some
notes by which I might contribute one or two remarks to assist in this
difficult hour.
Having contacted the
Secretary of State, Cardinal [Pietro] Parolin and the Holy Father [Pope
Francis] himself, it seemed appropriate to publish this text in the Klerusblatt
[ a monthly periodical for clergy in mostly Bavarian dioceses].
My work is divided into
three parts.
In the first part, I aim
to present briefly the wider social context of the question, without which the
problem cannot be understood. I try to show that in the 1960s an egregious
event occurred, on a scale unprecedented in history. It could be said that in the
20 years from 1960 to 1980, the previously normative standards regarding
sexuality collapsed entirely, and a new normalcy arose that has by now been the
subject of laborious attempts at disruption.
In the second part, I aim
to point out the effects of this situation on the formation of priests and on
the lives of priests.
Finally, in the third
part, I would like to develop some perspectives for a proper response on the
part of the Church.
I.
(1) The matter
begins with the state-prescribed and supported introduction of children and
youths into the nature of sexuality. In Germany, the then-Minister of Health,
Ms. (Käte) Strobel, had a film made in which everything that had previously not
been allowed to be shown publicly, including sexual intercourse, was now shown
for the purpose of education. What at first was only intended for the sexual
education of young people consequently was widely accepted as a feasible
option.
Similar effects were
achieved by the "Sexkoffer" published by the Austrian government [A
controversial 'suitcase' of sex education materials used in Austrian schools in
the late 1980s]. Sexual and pornographic movies then became a common
occurrence, to the point that they were screened at newsreel theaters [Bahnhofskinos].
I still remember seeing, as I was walking through the city of Regensburg one
day, crowds of people lining up in front of a large cinema, something we had
previously only seen in times of war, when some special allocation was to be
hoped for. I also remember arriving in the city on Good Friday in the year 1970
and seeing all the billboards plastered up with a large poster of two
completely naked people in a close embrace.
Among the freedoms that
the Revolution of 1968 sought to fight for was this all-out sexual freedom, one
which no longer conceded any norms.
The mental collapse was
also linked to a propensity for violence. That is why sex films were no longer
allowed on airplanes because violence would break out among the small community
of passengers. And since the clothing of that time equally provoked aggression,
school principals also made attempts at introducing school uniforms with a view
to facilitating a climate of learning.
Part of the physiognomy
of the Revolution of ‘68 was that pedophilia was then also diagnosed as allowed
and appropriate.
For the young people in
the Church, but not only for them, this was in many ways a very difficult time.
I have always wondered how young people in this situation could approach the
priesthood and accept it, with all its ramifications. The extensive collapse of
the next generation of priests in those years and the very high number of
laicizations were a consequence of all these developments.
(2) At the same
time, independently of this development, Catholic moral theology suffered a
collapse that rendered the Church defenseless against these changes in society.
I will try to outline briefly the trajectory of this development.
Until the Second Vatican
Council, Catholic moral theology was largely founded on natural law, while
Sacred Scripture was only cited for background or substantiation. In the
Council's struggle for a new understanding of Revelation, the natural law
option was largely abandoned, and a moral theology based entirely on the Bible
was demanded.
I still remember how the
Jesuit faculty in Frankfurt trained a highly gifted young Father (Bruno
Schüller) with the purpose of developing a morality based entirely on
Scripture. Father Schüller's beautiful dissertation shows a first step towards
building a morality based on Scripture. Father Schüller was then sent to
America for further studies and came back with the realization that from the
Bible alone morality could not be expressed systematically. He then attempted a
more pragmatic moral theology, without being able to provide an answer to the
crisis of morality.
In the end, it was
chiefly the hypothesis that morality was to be exclusively determined by the
purposes of human action that prevailed. While the old phrase "the end
justifies the means" was not confirmed in this crude form, its way of
thinking had become definitive. Consequently, there could no longer be anything
that constituted an absolute good, any more than anything fundamentally evil;
(there could be) only relative value judgments. There no longer was the
(absolute) good, but only the relatively better, contingent on the moment and
on circumstances.
The crisis of the
justification and presentation of Catholic morality reached dramatic
proportions in the late ‘80s and ‘90s. On January 5, 1989, the "Cologne
Declaration", signed by 15 Catholic professors of theology, was published.
It focused on various crisis points in the relationship between the episcopal
magisterium and the task of theology. (Reactions to) this text, which at first
did not extend beyond the usual level of protests, very rapidly grew into an
outcry against the Magisterium of the Church and mustered, audibly and visibly,
the global protest potential against the expected doctrinal texts of John Paul
II (cf. D. Mieth, Kölner Erklärung, LThK, VI3, p. 196) [LTHK is the Lexikon für
Theologie und Kirche, a German-language "Lexicon of Theology and the
Church", whose editors included Karl Rahner and Cardinal Walter Kasper.]
Pope John Paul II, who
knew very well the situation of moral theology and followed it closely,
commissioned work on an encyclical that would set these things right again. It
was published under the title Veritatis splendor on August 6, 1993,
and it triggered vehement backlashes on the part of moral theologians. Before
it, the "Catechism of the Catholic Church" already had persuasively
presented, in a systematic fashion, morality as proclaimed by the Church.
I shall never forget how
then-leading German moral theologian Franz Böckle, who, having returned to his
native Switzerland after his retirement, announced in view of the possible
decisions of the encyclical Veritatis splendor that if the encyclical
should determine that there were actions which were always and under all
circumstances to be classified as evil, he would challenge it with all the
resources at his disposal.
It was God, the Merciful,
that spared him from having to put his resolution into practice; Böckle died on
July 8, 1991. The encyclical was published on August 6, 1993 and did indeed
include the determination that there were actions that can never become good.
The pope was fully aware
of the importance of this decision at that moment and for this part of his
text, he had once again consulted leading specialists who did not take part in
the editing of the encyclical. He knew that he must leave no doubt about the
fact that the moral calculus involved in balancing goods must respect a final
limit. There are goods that are never subject to trade-offs.
There are values which
must never be abandoned for a greater value and even surpass the preservation
of physical life. There is martyrdom. God is (about) more than mere physical
survival. A life that would be bought by the denial of God, a life that is
based on a final lie, is a non-life.
Martyrdom is a basic
category of Christian existence. The fact that martyrdom is no longer morally
necessary in the theory advocated by Böckle and many others shows that the very
essence of Christianity is at stake here.
In moral theology,
however, another question had meanwhile become pressing: The hypothesis that
the Magisterium of the Church should have final competence [infallibility] only
in matters concerning the faith itself gained widespread acceptance; (in this
view) questions concerning morality should not fall within the scope of
infallible decisions of the Magisterium of the Church. There is probably
something right about this hypothesis that warrants further discussion. But
there is a minimum set of morals which is indissolubly linked to the
foundational principle of faith and which must be defended if faith is not to
be reduced to a theory but rather to be recognized in its claim to concrete
life.
All this makes apparent
just how fundamentally the authority of the Church in matters of morality is
called into question. Those who deny the Church a final teaching competence in
this area force her to remain silent precisely where the boundary between truth
and lies is at stake.
Independently of this
question, in many circles of moral theology the hypothesis was expounded that
the Church does not and cannot have her own morality. The argument being that
all moral hypotheses would also know parallels in other religions and therefore
a Christian property of morality could not exist. But the question of the
unique nature of a biblical morality is not answered by the fact that for every
single sentence somewhere, a parallel can also be found in other religions.
Rather, it is about the whole of biblical morality, which as such is new and
different from its individual parts.
The moral doctrine of
Holy Scripture has its uniqueness ultimately predicated in its cleaving to the
image of God, in faith in the one God who showed himself in Jesus Christ and
who lived as a human being. The Decalogue is an application of the biblical
faith in God to human life. The image of God and morality belong together and
thus result in the particular change of the Christian attitude towards the
world and human life. Moreover, Christianity has been described from the
beginning with the word hodós [Greek for a road, in the New Testament
often used in the sense of a path of progress].
Faith is a journey and a
way of life. In the old Church, the catechumenate was created as a habitat
against an increasingly demoralized culture, in which the distinctive and fresh
aspects of the Christian way of life were practiced and at the same time
protected from the common way of life. I think that even today something like
catechumenal communities are necessary so that Christian life can assert itself
in its own way.
II.
Initial Ecclesial
Reactions
In various seminaries
homosexual cliques were established, which acted more or less openly and
significantly changed the climate in the seminaries. In one seminary in
southern Germany, candidates for the priesthood and candidates for the lay ministry
of the pastoral specialist [Pastoralreferent] lived together. At the common
meals, seminarians and pastoral specialists ate together, the married among the
laymen sometimes accompanied by their wives and children, and on occasion by
their girlfriends. The climate in this seminary could not provide support for
preparation to the priestly vocation. The Holy See knew of such problems,
without being informed precisely. As a first step, an Apostolic Visitation was
arranged of seminaries in the United States.
As the criteria for the
selection and appointment of bishops had also been changed after the Second
Vatican Council, the relationship of bishops to their seminaries was very
different, too. Above all, a criterion for the appointment of new bishops was
now their "conciliarity," which of course could be understood to mean
rather different things.
Indeed, in many parts of
the Church, conciliar attitudes were understood to mean having a critical or
negative attitude towards the hitherto existing tradition, which was now to be
replaced by a new, radically open relationship with the world. One bishop, who
had previously been seminary rector, had arranged for the seminarians to be
shown pornographic films, allegedly with the intention of thus making them
resistant to behavior contrary to the faith.
There were — not only in
the United States of America — individual bishops who rejected the Catholic
tradition as a whole and sought to bring about a kind of new, modern
"Catholicity" in their dioceses. Perhaps it is worth mentioning that
in not a few seminaries, students caught reading my books were considered
unsuitable for the priesthood. My books were hidden away, like bad literature,
and only read under the desk.
The Visitation that now
took place brought no new insights, apparently because various powers had
joined forces to conceal the true situation. A second Visitation was ordered
and brought considerably more insights, but on the whole failed to achieve any
outcomes. Nonetheless, since the 1970s the situation in seminaries has
generally improved. And yet, only isolated cases of a new strengthening of
priestly vocations came about as the overall situation had taken a different
turn.
(2) The question of
pedophilia, as I recall, did not become acute until the second half of the
1980s. In the meantime, it had already become a public issue in the U.S., such
that the bishops in Rome sought help, since canon law, as it is written in the
new (1983) Code, did not seem sufficient for taking the necessary measures.
Rome and the Roman
canonists at first had difficulty with these concerns; in their opinion the
temporary suspension from priestly office had to be sufficient to bring about
purification and clarification. This could not be accepted by the American
bishops, because the priests thus remained in the service of the bishop, and
thereby could be taken to be [still] directly associated with him. Only slowly,
a renewal and deepening of the deliberately loosely constructed criminal law of
the new Code began to take shape.
In addition, however,
there was a fundamental problem in the perception of criminal law. Only
so-called guarantorism, [a kind of procedural protectionism], was still
regarded as "conciliar." This means that above all the rights of the
accused had to be guaranteed, to an extent that factually excluded any
conviction at all. As a counterweight against the often-inadequate defense
options available to accused theologians, their right to defense by way of
guarantorism was extended to such an extent that convictions were hardly
possible.
Allow me a brief excursus
at this point. In light of the scale of pedophilic misconduct, a word of Jesus
has again come to attention which says: "Whoever causes one of these
little ones who believe in me to sin, it would be better for him if a great
millstone were hung round his neck and he were thrown into the sea" (Mark
9:42).
The phrase "the
little ones" in the language of Jesus means the common believers who can
be confounded in their faith by the intellectual arrogance of those who think
they are clever. So here Jesus protects the deposit of the faith with an
emphatic threat of punishment to those who do it harm.
The modern use of the
sentence is not in itself wrong, but it must not obscure the original meaning.
In that meaning, it becomes clear, contrary to any guarantorism, that it is not
only the right of the accused that is important and requires a guarantee. Great
goods such as the Faith are equally important.
A balanced canon law that
corresponds to the whole of Jesus' message must therefore not only provide a
guarantee for the accused, the respect for whom is a legal good. It must also
protect the Faith, which is also an important legal asset. A properly formed
canon law must therefore contain a double guarantee — legal protection of the
accused, legal protection of the good at stake. If today one puts forward this
inherently clear conception, one generally falls on deaf ears when it comes to
the question of the protection of the Faith as a legal good. In the general
awareness of the law, the Faith no longer appears to have the rank of a good
requiring protection. This is an alarming situation which must be considered
and taken seriously by the pastors of the Church.
I would now like to add,
to the brief notes on the situation of priestly formation at the time of the
public outbreak of the crisis, a few remarks regarding the development of canon
law in this matter.
In principle, the
Congregation of the Clergy is responsible for dealing with crimes committed by
priests. But since guarantorism dominated the situation to a large extent at
the time, I agreed with Pope John Paul II that it was appropriate to assign the
competence for these offences to the Congregation for the Doctrine of the
Faith, under the title Delicta maiora contra fidem.
This arrangement also made
it possible to impose the maximum penalty, i.e., expulsion from the clergy,
which could not have been imposed under other legal provisions. This was not a
trick to be able to impose the maximum penalty, but is a consequence of the
importance of the Faith for the Church. In fact, it is important to see that
such misconduct by clerics ultimately damages the Faith.
Only where faith no
longer determines the actions of man are such offenses possible.
The severity of the
punishment, however, also presupposes a clear proof of the offense — this
aspect of guarantorism remains in force.
In other words, in order
to impose the maximum penalty lawfully, a genuine criminal process is required.
But both the dioceses and the Holy See were overwhelmed by such a requirement.
We therefore formulated a minimum level of criminal proceedings and left open
the possibility that the Holy See itself would take over the trial where the
diocese or the metropolitan administration is unable to do so. In each case,
the trial would have to be reviewed by the Congregation for the Doctrine of the
Faith in order to guarantee the rights of the accused. Finally, in the Feria IV
(i.e., the assembly of the members of the Congregation), we established an
appeal instance in order to provide for the possibility of an appeal.
Because all of this
actually went beyond the capacities of the Congregation for the Doctrine of the
Faith, and because delays arose which had to be prevented owing to the nature
of the matter, Pope Francis has undertaken further reforms.
III.
(1) What must be
done? Perhaps we should create another Church for things to work out? Well,
that experiment has already been undertaken and has already failed. Only
obedience and love for our Lord Jesus Christ can point the way. So let us first
try to understand anew and from within [ourselves] what the Lord wants, and has
wanted with us.
First, I would suggest
the following: If we really wanted to summarize very briefly the content of the
Faith as laid down in the Bible, we might do so by saying that the Lord has
initiated a narrative of love with us and wants to subsume all creation in it.
The counterforce against evil, which threatens us and the whole world, can
ultimately only consist in our entering into this love. It is the real counterforce
against evil. The power of evil arises from our refusal to love God. He who
entrusts himself to the love of God is redeemed. Our being not redeemed is a
consequence of our inability to love God. Learning to love God is therefore the
path of human redemption.
Let us now try to unpack
this essential content of God's revelation a little more. We might then say
that the first fundamental gift that Faith offers us is the certainty that God
exists.
A world without God can
only be a world without meaning. For where, then, does everything that is come
from? In any case, it has no spiritual purpose. It is somehow simply there and
has neither any goal nor any sense. Then there are no standards of good or
evil. Then only what is stronger than the other can assert itself. Power is
then the only principle. Truth does not count, it actually does not exist. Only
if things have a spiritual reason, are intended and conceived — only if there
is a Creator God who is good and wants the good — can the life of man also have
meaning.
That there is God as
creator and as the measure of all things is first and foremost a primordial
need.
But a God who would not
express Himself at all, who would not make Himself known, would remain a
presumption and could thus not determine the form [Gestalt] of our life. For
God to be really God in this deliberate creation, we must look to Him to
express Himself in some way. He has done so in many ways, but decisively in the
call that went to Abraham and gave people in search of God the orientation that
leads beyond all expectation: God Himself becomes creature, speaks as man with
us human beings.
In this way the sentence
"God is" ultimately turns into a truly joyous message, precisely
because He is more than understanding, because He creates - and is - love. To
once more make people aware of this is the first and fundamental task entrusted
to us by the Lord.
A society without God — a
society that does not know Him and treats Him as non-existent — is a society
that loses its measure. In our day, the catchphrase of God's death was coined.
When God does die in a society, it becomes free, we were assured. In reality,
the death of God in a society also means the end of freedom, because what dies
is the purpose that provides orientation. And because the compass disappears
that points us in the right direction by teaching us to distinguish good from
evil. Western society is a society in which God is absent in the public sphere
and has nothing left to offer it. And that is why it is a society in which the
measure of humanity is increasingly lost. At individual points it becomes
suddenly apparent that what is evil and destroys man has become a matter of
course.
That is the case with
pedophilia. It was theorized only a short time ago as quite legitimate, but it
has spread further and further. And now we realize with shock that things are
happening to our children and young people that threaten to destroy them. The
fact that this could also spread in the Church and among priests ought to
disturb us in particular.
Why did pedophilia reach
such proportions? Ultimately, the reason is the absence of God. We Christians
and priests also prefer not to talk about God, because this speech does not
seem to be practical. After the upheaval of the Second World War, we in Germany
had still expressly placed our Constitution under the responsibility to God as
a guiding principle. Half a century later, it was no longer possible to include
responsibility to God as a guiding principle in the European constitution. God
is regarded as the party concern of a small group and can no longer stand as
the guiding principle for the community as a whole. This decision reflects the
situation in the West, where God has become the private affair of a minority.
A paramount task, which
must result from the moral upheavals of our time, is that we ourselves once
again begin to live by God and unto Him. Above all, we ourselves must learn
again to recognize God as the foundation of our life instead of leaving Him
aside as a somehow ineffective phrase. I will never forget the warning that the
great theologian Hans Urs von Balthasar once wrote to me on one of his letter
cards. "Do not presuppose the triune God, Father, Son and Holy Spirit, but
present them!”
Indeed, in theology God
is often taken for granted as a matter of course, but concretely one does not
deal with Him. The theme of God seems so unreal, so far removed from the things
that concern us. And yet everything becomes different if one does not
presuppose but present God. Not somehow leaving Him in the background, but
recognizing Him as the center of our thoughts, words and actions.
(2) God became man
for us. Man as His creature is so close to His heart that He has united himself
with him and has thus entered human history in a very practical way. He speaks
with us, He lives with us, He suffers with us and He took death upon Himself
for us. We talk about this in detail in theology, with learned words and
thoughts. But it is precisely in this way that we run the risk of becoming
masters of faith instead of being renewed and mastered by the Faith.
Let us consider this with
regard to a central issue, the celebration of the Holy Eucharist. Our handling
of the Eucharist can only arouse concern. The Second Vatican Council was
rightly focused on returning this sacrament of the Presence of the Body and
Blood of Christ, of the Presence of His Person, of His Passion, Death and
Resurrection, to the center of Christian life and the very existence of the
Church. In part, this really has come about, and we should be most grateful to
the Lord for it.
And yet a rather
different attitude is prevalent. What predominates is not a new reverence for
the presence of Christ's death and resurrection, but a way of dealing with Him
that destroys the greatness of the Mystery. The declining participation in the
Sunday Eucharistic celebration shows how little we Christians of today still know
about appreciating the greatness of the gift that consists in His Real
Presence. The Eucharist is devalued into a mere ceremonial gesture when it is
taken for granted that courtesy requires Him to be offered at family
celebrations or on occasions such as weddings and funerals to all those invited
for family reasons.
The way people often
simply receive the Holy Sacrament in communion as a matter of course shows that
many see communion as a purely ceremonial gesture. Therefore, when thinking
about what action is required first and foremost, it is rather obvious that we
do not need another Church of our own design. Rather, what is required first
and foremost is the renewal of the Faith in the Reality of Jesus Christ given
to us in the Blessed Sacrament.
In conversations with
victims of pedophilia, I have been made acutely aware of this first and
foremost requirement. A young woman who was a [former] altar server told me
that the chaplain, her superior as an altar server, always introduced the
sexual abuse he was committing against her with the words: "This is my
body which will be given up for you."
It is obvious that this
woman can no longer hear the very words of consecration without experiencing
again all the horrific distress of her abuse. Yes, we must urgently implore the
Lord for forgiveness, and first and foremost we must swear by Him and ask Him
to teach us all anew to understand the greatness of His suffering, His
sacrifice. And we must do all we can to protect the gift of the Holy Eucharist
from abuse.
(3) And finally,
there is the Mystery of the Church. The sentence with which Romano Guardini,
almost 100 years ago, expressed the joyful hope that was instilled in him and
many others, remains unforgotten: "An event of incalculable importance has
begun; the Church is awakening in souls."
He meant to say that no
longer was the Church experienced and perceived as merely an external system
entering our lives, as a kind of authority, but rather it began to be perceived
as being present within people's hearts — as something not merely external, but
internally moving us. About half a century later, in reconsidering this process
and looking at what had been happening, I felt tempted to reverse the sentence:
"The Church is dying in souls."
Indeed, the Church today is
widely regarded as just some kind of political apparatus. One speaks of it
almost exclusively in political categories, and this applies even to bishops,
who formulate their conception of the church of tomorrow almost exclusively in
political terms. The crisis, caused by the many cases of clerical abuse, urges
us to regard the Church as something almost unacceptable, which we must now
take into our own hands and redesign. But a self-made Church cannot constitute
hope.
Jesus Himself compared
the Church to a fishing net in which good and bad fish are ultimately separated
by God Himself. There is also the parable of the Church as a field on which the
good grain that God Himself has sown grows, but also the weeds that "an
enemy" secretly sown onto it. Indeed, the weeds in God's field, the
Church, are excessively visible, and the evil fish in the net also show their
strength. Nevertheless, the field is still God's field and the net is God's
fishing net. And at all times, there are not only the weeds and the evil fish,
but also the crops of God and the good fish. To proclaim both with emphasis is
not a false form of apologetics, but a necessary service to the Truth.
In this context it is
necessary to refer to an important text in the Revelation of St. John. The devil
is identified as the accuser who accuses our brothers before God day and night
(Revelation 12:10). St. John’s Apocalypse thus takes up a thought from the
center of the framing narrative in the Book of Job (Job 1 and 2, 10; 42:7-16).
In that book, the devil sought to talk down the righteousness of Job before God
as being merely external. And exactly this is what the Apocalypse has to say:
The devil wants to prove that there are no righteous people; that all
righteousness of people is only displayed on the outside. If one could hew
closer to a person, then the appearance of his justice would quickly fall away.
The narrative in Job
begins with a dispute between God and the devil, in which God had referred to
Job as a truly righteous man. He is now to be used as an example to test who is
right. Take away his possessions and you will see that nothing remains of his
piety, the devil argues. God allows him this attempt, from which Job emerges
positively. Now the devil pushes on and he says: "Skin for skin! All that
a man has he will give for his life. But put forth thy hand now, and touch his
bone and his flesh, and he will curse thee to thy face." (Job 2:4f)
God grants the devil a
second turn. He may also touch the skin of Job. Only killing Job is denied to
him. For Christians it is clear that this Job, who stands before God as an
example for all mankind, is Jesus Christ. In St. John’s Apocalypse the drama of
humanity is presented to us in all its breadth.
The Creator God is
confronted with the devil who speaks ill of all mankind and all creation. He
says, not only to God but above all to people: Look at what this God has done.
Supposedly a good creation, but in reality full of misery and disgust. That
disparagement of creation is really a disparagement of God. It wants to prove
that God Himself is not good, and thus to turn us away from Him.
The timeliness of what
the Apocalypse is telling us here is obvious. Today, the accusation against God
is, above all, about characterizing His Church as entirely bad, and thus
dissuading us from it. The idea of a better Church, created by ourselves, is in
fact a proposal of the devil, with which he wants to lead us away from the
living God, through a deceitful logic by which we are too easily duped. No,
even today the Church is not just made up of bad fish and weeds. The Church of
God also exists today, and today it is the very instrument through which God
saves us.
It is very important to
oppose the lies and half-truths of the devil with the whole truth: Yes, there
is sin in the Church and evil. But even today there is the Holy Church, which
is indestructible. Today there are many people who humbly believe, suffer and
love, in whom the real God, the loving God, shows Himself to us. Today God also
has His witnesses (martyres) in the world. We just have to be vigilant in order
to see and hear them.
The word martyr is taken
from procedural law. In the trial against the devil, Jesus Christ is the first
and actual witness for God, the first martyr, who has since been followed by
countless others.
Today's Church is more
than ever a "Church of the Martyrs" and thus a witness to the living
God. If we look around and listen with an attentive heart, we can find
witnesses everywhere today, especially among ordinary people, but also in the
high ranks of the Church, who stand up for God with their life and suffering.
It is an inertia of the heart that leads us to not wish to recognize them. One
of the great and essential tasks of our evangelization is, as far as we can, to
establish habitats of Faith and, above all, to find and recognize them.
I live in a house, in a
small community of people who discover such witnesses of the living God again
and again in everyday life and who joyfully point this out to me as well. To
see and find the living Church is a wonderful task which strengthens us and
makes us joyful in our Faith time and again.
At the end of my
reflections I would like to thank Pope Francis for everything he does to show
us, again and again, the light of God, which has not disappeared, even today.
Thank you, Holy Father!
--Benedict XVI
Translated by Anian
Christoph Wimmer.
Quotes from Scripture use
Revised Standard Version Catholic Edition (RSVCE).
BENEDETTO XVI: ECCO LA
SUA TESTIMONIANZA INEDITA SULLA CRISI DRAMMATICA DELLA CHIESA.
11 Aprile 2019
Marco Tosatti
Cari Stilumcuriali,
grazie alla cortesia di un commentatore abituale del nostro sito pubblichiamo
il documento che Benedetto XVI ha pubblicato – previa consultazione con il
Segretario di Stato, card. Pietro Parolin, e con il Pontefice regnante, su un
giornale bavarese. È un testo di grande forza e drammaticità, che sottolinea,
con la delicatezza e la fermezza caratteristiche di Joseph Ratzinger, lo stato
di devastazione in cui si trova la Chiesa, e con esso i suoi fedeli. Buona
lettura.
Dal 21 al 24 febbraio
2019, su invito di Papa Francesco, si sono riuniti in Vaticano i presidenti di
tutte le conferenze episcopali del mondo per riflettere insieme sulla crisi
della fede e della Chiesa avvertita in tutto il mondo a seguito della diffusione
delle sconvolgenti notizie di abusi commessi da chierici su minori. La mole e
la gravità delle informazioni su tali episodi hanno profondamente scosso
sacerdoti e laici e non pochi di loro hanno determinato la messa in discussione
della fede della Chiesa come tale. Si doveva dare un segnale forte e si doveva
provare a ripartire per rendere di nuovo credibile la Chiesa come luce delle
genti e come forza che aiuta nella lotta contro le potenze distruttrici.
Avendo io stesso operato,
al momento del deflagrare pubblico della crisi e durante il suo progressivo
sviluppo, in posizione di responsabilità come pastore nella Chiesa, non potevo
non chiedermi – pur non avendo più da Emerito alcuna diretta responsabilità –
come a partire da uno sguardo retrospettivo, potessi contribuire a questa
ripresa. E così, nel lasso di tempo che va dall’annuncio dell’incontro dei
presidenti delle conferenze episcopali al syo vero e proprio inizio, ho messo
insieme degli appunti con i quali fornire qualche indicazione che potesse essere
di aiuto in questo momento difficile. A seguito di contatti con il Segretario
di Stato, cardinale Pietro Parolin, e con lo stesso Santo Padre, ritengo giusto
pubblicare su “Klerusblatt” il testo così concepito.
Il mio lavoro è suddiviso
in tre parti. In un primo punto tento molto breve mente di delineare in
generale il contesto sociale della questione, in mancanza del quale il problema
risulta incomprensibile. Cerco di mostrare come negli anni ‘60 si sia
verificato un processo inaudito, di un ordine di grandezza che nella storia è
quasi senza precedenti. Si può affermare che nel ventennio 1960-1980 i criteri
validi sino a quel momento in tema di sessualità sono venuti meno completamente
e ne è risultata un’assenza di norme alla quale nel frattempo ci si è sforzati
di rimediare.
In un secondo punto provo
ad accennare alle conseguenze di questa situazione nella formazione e nella
vita dei sacerdoti.
Infine, in una terza
parte, svilupperò alcune prospettive per una giusta ri sposta da parte della
Chiesa.
I Il processo iniziato negli anni ’60 e la teologia morale
1. La situazione ebbe
inizio con l’introduzione, decretata e sostenuta dallo Stato, dei bambini e
della gioventù alla natura della sessualità. In Ger mania Kate Strobel, la
Ministra della salute di allora, fece produrre un film a scopo informativo nel
quale veniva rappresentato tutto quello che sino a quel momento non poteva
essere mostrato pubblicamente, rap porti sessuali inclusi. Quello che in un
primo tempo era pensato solo per informare i giovani, in seguito, come fosse
ovvio, è stato accettato come possibilità generale.
Sortì effetti simili
anche la «Sexkoffer» (valigia del sesso) curata dal governo austriaco. Film a
sfondo sessuale e pornografici divennero una realtà, sino al punto da essere
proiettati anche nei cinema delle stazioni. Ricordo ancora come un giorno,
andando per Ratisbona, vidi che attendeva te va di fronte a un grande cinema
una massa di persone come sino ad allora si era vista solo in tempo di guerra
quando si sperava in qual che distribuzione straordinaria. Mi è rimasto anche
impresso nella memoria quando il Venerdì Santo del 1970 arrivai in città e vidi
tutte le colonnine della pubblicità tappezzate di manifesti pubblicitari che
presentavano in grande formato due persone completamente nude abbracciate
strettamente.
Tra le libertà che la
Rivoluzione del 1968 voleva conquistare c’era anche la completa libertà
sessuale, che non tollerava più alcuna norma. La tita la proiezione di film a
sfondo sessuale, giacché nella piccola comu nità di passeggeri scoppiava la
violenza. Poiché anche gli eccessi nel ve stire provocavano aggressività, i
presidi cercarono di introdurre un abbigliamento scolastico che potesse
consentire un clima di studio.
Della fisionomia della
Rivoluzione del 1968 fa parte anche il fatto che la pedofilia sia stata
diagnosticata come permessa e conveniente. Quantomeno per i giovani nella
Chiesa, ma non solo per loro, questo fu per molti versi un tempo molto
difficile. Mi sono sempre chiesto come in questa situazione i giovani potessero
andare verso il sacerdozio e accettarlo con tutte le sue conseguenze. Il
diffuso collasso delle vocazioni sacerdotali in quegli anni e l’enorme numero
di dimissioni dallo stato clericale furono una conseguenza di tutti questi processi.
2. Indipendentemente da
questo sviluppo, nello stesso periodo si è verificato un collasso della
teologia morale cattolica che reso inerme la Chiesa di fronte a quei processi
nella società. Cerco di delineare molto brevemente lo svolgimento di questa
dinamica. Sino al Vaticano II la teologia morale cattolica veniva largamente
fondata giusnaturalistica mente, mentre la Sacra Scrittura veniva addotta solo
come sfondo o a supporto. Nella lotta ingaggiata dal Concilio per una nuova
comprensione della Rivelazione, l’opzione giusnaturalistica venne quasi completamente
abbandonata e si esigette una teologia morale completamente fondata sulla
Bibbia. Ricordo ancora come la Facoltà dei gesuiti di Francoforte preparò un
giovane padre molto dotato (Bruno Schüller) per l’elaborazione di una morale
completamente fondata sulla Scrittura. La bella dissertazione di padre Schüller
mostra il primo passo dell’elaborazione di una morale fondata sulla Scrittura.
Padre Schüller venne poi mandato negli Stati Uniti d’America per proseguire gli
studi e tornò con la consapevolezza che non era possibile elaborare sistematicamente
una morale solo a partire dalla Bibbia. Egli tentò successiva mente di
elaborare una teologia morale che procedesse in modo più pragmatico, senza però
con ciò riuscire a fornire una risposta alla crisi della morale.
Infine si affermò
ampiamente la tesi per cui la morale dovesse essere de finita solo in base
agli scopi dell’agire umano. Il vecchio adagio «il fine giustifica i mezzi» non
veniva ribadito in questa forma così rozza, e tuttavia la concezione che esso
esprimeva era divenuta decisiva. Perciò non poteva esserci nemmeno qualcosa dì
assolutamente buono né tantomeno qualcosa dì sempre malvagio, ma solo
valutazioni relative. Non c’era più il bene, ma solo ciò che sul momento e a
seconda delle circostanze è relativamente meglio.
Sul finire degli anni ’80
e negli anni ’90 la crisi dei fondamenti e della presentazione della morale
cattolica raggiunse forme drammatiche. Il 5 gennaio 1989 fu pubblicata la
«Dichiarazione di Colonia» firmata da 15 professori di teologia cattolici che
si concentrava su diversi punti critici del rapporto fra magistero episcopale e
compito della teologia. Questo testo, che inizialmente non andava oltre il
livello consueto delle rimo stranze, crebbe tuttavia molto velocemente sino a
trasformarsi in grido di protesta contro il magistero della Chiesa,
raccogliendo in modo ben visibile e udibile il potenziale dì opposizione che in
tutto il mondo anda va montando contro gli attesi testi magisteriali di
Giovanni Paolo II (cfr. D. Mieth, Kölner Erklärung, LThK, VI3,196).
Papa Giovanni Paolo II,
che conosceva molto bene la situazione della teologia morale e la seguiva con
attenzione, dispose che s’iniziasse a lavorare a un’enciclica che potesse
rimettere a posto queste cose. Fu pubblicata con il titolo Veritatis splendor
il 6 agosto 1993 suscitando violente reazioni contrarie da parte dei teologi
morali. In precedenza già c’era stato il Catechismo della Chiesa cattolica che
aveva sistematica mente esposto in maniera convincente la morale insegnata
dalla Chiesa.
Non posso dimenticare che
Franz Böckle – allora fra i principali teologi morali di lingua tedesca, che
dopo essere stato nominato professore emerito si era ritirato nella sua patria
svizzera -, in vista delle possibili decisioni di Veritatis splendor, dichiarò
che se l’Enciclica avesse deciso che ci sono azioni che sempre e in ogni
circostanza vanno considerate malvagie, contro questo egli avrebbe alzato la
sua voce con tutta la forza che aveva. Il buon Dio gli risparmiò la
realizzazione del suo proposito; Böckle morì l’8 luglio 1991. L’Enciclica fu
pubblicata il 6 agosto 1993 e in effetti conteneva l’affermazione che ci sono
azioni che non possono mai diventare buone. Il Papa era pienamente consapevole
de peso di quella decisione in quel momento e, proprio per questa parte del suo
scritto, aveva consultato ancora una volta esperti di assoluto livello che di
per sé non avevano partecipato alla redazione dell’Enciclica. Non ci poteva e
non ci doveva essere alcun dubbio che la morale fondata sul principio del
bilanciamento di beni deve rispettare un ultimo limite. Ci sono beni che sono
indisponibili. Ci sono valori che non è mai lecito sacrificare in nome di un
valore ancora più alto e che stanno al di sopra anche della conservazione della
vita fisica. Dio è di più anche della sopravvivenza fisica. Una vita che fosse
acquistata a prezzo del rinnegamento di Dio, una vita basata su un’ultima
menzogna, è una non-vita. Il martirio è una categoria fondamentale
dell’esistenza cristiana. Che esso in fondo, nella teoria sostenuta da Böckle e
da molti altri, non sia più moralmente necessario, mostra che qu1 ne va
dell’essenza stessa del cristianesimo.
Nella teologia morale,
nel frattempo, era peraltro divenuta pressante un’altra questione: si era
ampiamente affermata la tesi che al magistero della Chiesa spetti la competenza
ultima e definitiva («infallibilità») solo sulle questioni di fede, mentre le
questioni della morale non potrebbero divenire oggetto di decisioni infallibili
del magistero ecclesiale. In questa tesi c’è senz’altro qualcosa di giusto che
merita di essere ulteriormente discusso e approfondito. E tuttavia c’è un
minimum morale che è inscindibilmente connesso con la decisione fondamentale di
fede e che deve essere difeso, se non si vuole ridurre la fede a una teoria e
si riconosce, al contrario, la pretesa che essa avanza rispetto alla vita
concreta. Da tutto ciò emerge come sia messa radicalmente in discussione
l’autorità della Chiesa in campo morale. Chi in quest’ambito nega alla Chiesa
un’ultima competenza dottrinale, la costringe al silenzio proprio dove è in
gioco il confine fra verità e menzogna.
Indipendentemente da tale
questione, in ampi settori della teologia morale si sviluppò la tesi che la
Chiesa non abbia né possa avere una propria morale. Nell’affermare questo si
sottolinea come tutte le affermazioni morali avrebbero degli equivalenti anche
nelle altre religioni e che dunque non potrebbe esistere un proprium cristiano.
Ma alla questione del proprium di una morale biblica, non si risponde
affermando che, per ogni singola frase, si può trovare da qualche parte
un’equivalente in al tre religioni. È invece l’insieme della morale biblica
che come tale è nuovo e diverso rispetto alle singole parti. La peculiarità
dell’insegnamento morale della Sacra Scrittura risiede ultimamente nel suo
ancoraggio all’immagine di Dio, nella fede nell’unico Dio che si è mostrato in
Gesù Cristo e che ha vissuto come uomo. Il Decalogo è un’applicazione alla vita
umana della fede biblica in Dio. Immagine di Dio e morale vanno insieme e
producono così quello che è specificamente nuovo dell’atteggiamento cristiano
verso il mondo e la vita umana. Del resto, sin dall’inizio il cristianesimo è
stato descritto con la parola hodòs. La fede è un cammino, un modo di vivere.
Nella Chiesa antica, rispetto a una cultura sempre più depravata, fu istituito
il catecumenato come spazio di esistenza nel quale quel che era specifico e
nuovo del modo di vivere cristiano veniva insegnato e anche salvaguardato
rispetto al modo di vivere comune. Penso che anche oggi sia necessario qualcosa
di simi le a comunità catecumenali affinché la vita cristiana possa affermarsi
nella sua peculiarità.
II Prime reazioni ecclesiali
1. Il processo di
dissoluzione della concezione cristiana della morale, da lungo tempo preparato
e che è in corso, negli anni ‘60, come ho cercato di mostrare, ha conosciuto
una radicalità come mai c’era stata prima di allora. Questa dissoluzione
dell’autorità dottrinale della Chiesa in materia morale doveva necessariamente
ripercuotersi anche nei diversi spazi di vita della Chiesa. Nell’ambito
dell’incontro dei presidenti delle Conferenze episcopali di tutto il mondo,
interessa soprattutto la questione della vita sacerdotale e inoltre quella dei
seminari. Riguardo al problema della preparazione al ministero sacerdotale nei
seminari, si constata in effetti un ampio collasso della forma vigente sino a
quel momento di questa preparazione.
In diversi seminari si
formarono club omosessuali che agivano più o meno apertamente e che chiaramente
trasformarono il clima nei seminari. In un seminario nella Germania meridionale
i candidati al sacerdozio e i candidati all’ufficio laicale di referente
pastorale vivevano insieme. Durante i pasti comuni, i seminaristi stavano
insieme ai referenti pastorali coniugati in parte accompagnati da moglie e
figlio e in qualche caso dalle loro fidanzate. Il clima nel seminario non
poteva aiutare la formazione sacerdotale. La Santa Sede sapeva di questi
problemi, senza esserne in formata nel dettaglio. Come primo passo fu disposta
una Visita apostolica nei seminari degli Stati Uniti.
Poiché dopo il Concilio
Vaticano II erano stati cambiati pure i criteri per la scelta e la nomina dei
vescovi, anche il rapporto dei vescovi con i loro seminari era differente. Come
criterio per la nomina di nuovi vescovi va leva ora soprattutto la loro
«conciliarità», potendo intendersi natural mente con questo termine le cose
più diverse. In molte parti della Chiesa, il sentire conciliare venne di fatto
inteso come un atteggiamento cri tico o negativo nei confronti della
tradizione vigente fino a quel momen to, che ora doveva essere sostituita da
un nuovo rapporto, radicalmente aperto, con il mondo. Un vescovo, che in
precedenza era stato rettore, aveva mostrato ai seminaristi film pornografici,
presumibilmente con l’intento di renderli in tal modo capaci di resistere
contro un comportamento contrario alla fede. Vi furono singoli vescovi – e non
solo negli Stati Uniti d’America – che rifiutarono la tradizione cattolica nel
suo complesso mirando nelle loro diocesi a sviluppare una specie di nuova,
moderna «cattolicità». Forse vale la pena accennare al fatto che, in non pochi
seminari, studenti sorpresi a leggere i miei libri venivano considerati non
idonei al sacerdozio. I miei libri venivano nascosti come letteratura dannosa e
venivano per così dire letti sottobanco.
La Visita che seguì non
portò nuove informazioni, perché evidentemente diverse forze si erano
coalizzate al fine di occultare la situazione reale. Venne disposta una seconda
Visita che portò assai più informazioni, ma nel complesso non ebbe conseguenze.
Ciononostante, a partire dagli anni ‘70, la situazione nei seminari in generale
si è consolidata. E tuttavia solo sporadicamente si è verificato un rafforzamento
delle vocazioni, perché nel complesso la situazione si era sviluppata
diversamente.
2. La questione della
pedofilia è, per quanto ricordi, divenuta scottante solo nella seconda metà
degli anni‘80. Negli Stati Uniti nel frattempo era già cresciuta, divenendo un
problema pubblico. Così i vescovi chiesero aiuto a Roma perché il diritto
canonico, così come fissato nel Nuovo Codice, non appariva sufficiente per
adottare le misure necessarie. In un primo momento Roma e i canonisti romani
ebbero delle difficoltà con questa richiesta; a loro avviso, per ottenere
purificazione e chiarimento sarebbe dovuta bastare la sospensione temporanea
dal ministero sacerdotale. Questo non poteva essere accettato dai vescovi
americani perché in questo modo i sacerdoti restavano al servizio del vescovo
venendo così ritenuti come figure direttamente a lui legate. Un rinnovamento e
un approfondimento del diritto penale, intenzionalmente costruito m modo blando
nel Nuovo Codice, poté farsi strada solo lentamente.
A questo si aggiunse un
problema di fondo che riguardava la concezione del diritto penale. Ormai era
considerato «conciliare» solo il così detto «garantismo». Significa che
dovevano essere garantiti soprattutto i diritti degli accusati e questo fino al
punto da escludere di fatto una condanna. Come contrappeso alla possibilità
spesso insufficiente di difendersi da parte di teologi accusati, il loro
diritto alla difesa venne talmente esteso nel senso del garantismo che le
condanne divennero quasi impossibili.
Mi sia consentito a
questo punto un breve excursus. Di fronte all’estensione delle colpe di
pedofilia, viene in mente una parola di Gesù che dice: «Chi scandalizza uno di
questi piccoli che credono, è meglio per lui che gli si metta una macina da
asino al collo e venga gettato nel mare» (Mc 9,42). Nel suo significato
originario questa parola non parla dell’adescamento di bambini a scopo
sessuale. Il termine «i piccoli» nel linguaggio di Gesù designa i credenti
semplici, che potrebbero essere scossi nella loro fede dalla superbia
intellettuale di quelli che si credono intelligenti. Gesù qui allora protegge
il bene della fede con una perentoria minaccia di pena per coloro che le recano
offesa. Il moderno utilizzo di quelle parole in sé non è sbagliato, ma non deve
occultare il loro sen so originario. In esso, contro ogni garantismo, viene
chiaramente in luce che è importante e abbisogna di garanzia non solo il
diritto dell’accusato. Sono altrettanto importanti beni preziosi come la fede.
Un diritto canonico equilibrato, che corrisponda al messaggio di Gesù nella sua
interezza, non deve dunque essere garantista solo a favore dell’accusato, il
cui rispetto è un bene protetto dalla legge. Deve proteggere anche la fede,
che del pari è un bene importante protetto dalla legge.Un diritto canonico
costruito nel modo giusto deve dunque contenere una duplice garanzia:
protezione giuridica dell’accusato e protezione giuridica del bene che è in
gioco. Quando oggi si espone questa concezione in sé chiara, in genere ci si
scontra con sordità e indifferenza sulla questione della protezione giuridica
della fede. Nella coscienza giuridica comune la fede non sembra più avere il
rango di un bene da proteggere. È una situazione preoccupante, sulla quale i
pastori della Chiesa devono riflettere e considerare seriamente.
Ai brevi accenni sulla
situazione della formazione sacerdotale al momento del deflagrare pubblico
della crisi, vorrei ora aggiungere alcune indicazioni sull’evoluzione del
diritto canonico in questa questione. In sé, per i delitti commessi dai
sacerdoti è responsabile la Congregazione per il clero. Poiché tuttavia in essa
il garantismo allora dominava am piamente la situazione, concordammo con papa
Giovanni Paolo II sull’ opportunità di attribuire la competenza su questi delitti
alla Congregazione per la Dottrina della Fede, con la titolatura «Delicta
maiora contra fidem». Con questa attribuzione diveniva possibile anche la pena
massima, vale a dire la riduzione allo stato laicale, che invece non sarebbe
stata comminabile con altre titolature giuridiche. Non si trattava di un
escamotage per poter comminare la pena massima, ma una con seguenza del peso
della fede per la Chiesa. In effetti è importante tener presente che, in simili
colpe di chierici, ultimamente viene danneggiata la fede: solo dove la fede non
determina più l’agire degli uomini sono possibili tali delitti. La gravità
della pena presuppone tuttavia anche una chiara prova del delitto commesso: è
il contenuto del garantismo che rimane in vigore. In altri termini: per poter
legittimamente comminare la pena massima è necessario un vero processo penale.
E tuttavia, in questo modo si chiedeva troppo sia alle diocesi che alla Santa
Sede. E così stabilimmo una forma minima di processo penale e lasciammo aperta
la possibilità che la stessa Santa Sede avocasse a sé il processo nel caso che
la diocesi o la metropolia non fossero in grado di svolgerlo. In ogni caso il
processo doveva essere verificato dalla Congregazione per la Dottrina della
Fede per garantire i diritti dell’accusato. Alla fine, però, nella Feria IV
(vale a dire la riunione di tutti i membri della Congregazione), creammo
un’istanza d’appello, per avere anche la possibilità di un ricorso contro il
processo. Poiché tutto questo in realtà andava al di là delle forze della
Congregazione per la Dottrina della Fede e si verifica vano dei ritardi che
invece, a motivo della materia, dovevano essere evitati, papa Francesco ha
intrapreso ulteriori riforme.
III Alcune prospettive
1. Cosa dobbiamo fare?
Dobbiamo creare un’altra Chiesa affinché le cose possano aggiustarsi? Questo
esperimento già è stato fatto ed è già falli to. Solo l’amore e l’obbedienza a
nostro Signore Gesù Cristo possono indicarci la via giusta. Proviamo perciò
innanzitutto a comprendere in modo nuovo e in profondità cosa il Signore abbia
voluto e voglia da noi.
In primo luogo direi che,
se volessimo veramente sintetizzare al massimo il contenuto della fede fondata
nella Bibbia, potremmo dire: il Signore ha iniziato con noi una storia d’amore
e vuole riassumere in essa l’intera creazione. L’antidoto al male che minaccia
noi e il mondo intero ultimamente non può che consistere nel fatto che ci
abbandoniamo a questo amore. Questo è il vero antidoto al male. La forza del
male nasce dal nostro rifiuto dell’amore a Dio. È redento chi si affida
all’amore di Dio. Il nostro non essere redenti poggia sull’incapacità di amare
Dio. Imparare ad amare Dio è dunque la strada per la redenzione degli uomini.
Se ora proviamo a
svolgere un po’ più ampiamente questo contenuto es senziale della Rivelazione
di Dio, potremmo dire: il primo fondamentale dono che la fede ci offre consiste
nella certezza che Dio esiste. Un mon do senza Dio non può essere altro che un
mondo senza senso. Infatti, da dove proviene tutto quello che è? In ogni caso
sarebbe privo di un fondamento spirituale. In qualche modo ci sarebbe e basta,
e sarebbe privo di qualsiasi fine e di qualsiasi senso. Non vi sarebbero più
criteri del bene e del male. Dunque avrebbe valore unicamente ciò che è più
forte. Il potere diviene allora l’unico principio. La verità non conta, anzi in
realtà non esiste. Solo se le cose hanno un fondamento spirituale, so lo se
sono volute e pensate – solo se c’è un Dio creatore che è buono e vuole il
bene- anche la vita dell’uomo può avere un senso.
Che Dio ci sia come
creatore e misura di tutte le cose, è innanzitutto un’esigenza originaria. Ma
un Dio che non si manifestasse affatto, che non si facesse riconoscere,
resterebbe un’ipotesi e perciò non potrebbe determinare la forma della nostra
vita. Affinché Dio sia realmente Dio nella creazione consapevole, dobbiamo
attenderci che egli si manifesti in una qualche forma. Egli lo ha fatto in
molti modi, e in modo decisivo nella chiamata che fu rivolta ad Abramo e diede
all’uomo quell’orientamento, nella ricerca di Dio, che supera ogni attesa: Dio
di viene creatura egli stesso, parla a noi uomini come uomo.
Così finalmente la frase
«Dio è» diviene davvero una lieta novella, proprio perché è più che
conoscenza, perché genera amore ed è amore. Rendere gli uomini nuovamente
consapevoli di questo, rappresenta il primo e fondamentale compito che il
Signore ci assegna.
Una società nella quale
Dio è assente -una società che non lo conosce più e lo tratta come se non
esistesse- è una società che perde il suo cri terio. Nel nostro tempo è stato
coniato il motto della «morte di Dio». Quando in una società Dio muore, essa
diviene libera, ci è stato assicurato. In verità, la morte di Dio in una
società significa anche la fine della sua libertà, perché muore il senso che
offre orientamento. E perché viene meno il criterio che ci indica la direzione
insegnandoci a distinguere il bene dal male. La società occidentale è una
società nella quale Dio nella sfera pubblica è assente e per la quale non ha
più nulla da dire. E per questo è una società nella quale si perde sempre più
il criterio e la misura dell’umano. In alcuni punti, allora, a volte diviene
improvvisa mente percepibile che è divenuto addirittura ovvio quel che è male
e eh distrugge l’uomo. – il caso della pedofilia. Teorizzata ancora non tempo
fa come del tutto giusta, essa si è diffusa sempre più. E ora, scossi e
scandalizzati, riconosciamo che sui nostri bambini e giovani si commettono
cose che rischiano di distruggerli. Che questo potesse diffondersi anche nella
Chiesa e tra i sacerdoti deve scuoterci e scandalizzarci in misura particolare.
Come ha potuto la
pedofilia raggiungere una dimensione del genere? In ultima analisi il motivo
sta nell’assenza di Dio. Anche noi cristiani e sacerdoti preferiamo non parlare
di Dio, perché è un discorso che non sembra avere utilità pratica. Dopo gli
sconvolgimenti della Seconda guerra mondiale, in Germania avevamo adottato la
nostra Costituzione dichiarandoci esplicitamente responsabili davanti a Dio
come criterio guida. Mezzo secolo dopo non era più possibile, nella
Costituzione euro pea, assumere la responsabilità di fronte a Dio come
criterio di misura. Dio viene visto come affare di partito di un piccolo gruppo
e non può più essere assunto come criterio di misura della comunità nel suo
complesso. In quest a decisione si rispecchia la situazione dell’Occidente, nel
quale Dio è divenuto fatto privato di una minoranza.
Il primo compito che deve
scaturire dagli sconvolgimenti morali del no stro tempo consiste nell’iniziare
di nuovo noi stessi a vivere di Dio, rivolti a lui e in obbedienza a lui.
Soprattutto dobbiamo noi stessi di nuovo imparare a riconoscere Dio come
fondamento della nostra vita e non accantonarlo come fosse una parola vuota qualsiasi.
Mi resta impresso il monito che il grande teologo Hans Urs von Balthasar vergò
una volta su uno dei suoi biglietti: dl Dio trino, Padre, Figlio e Spirito
Santo: non presupporlo ma anteporlo!». In effetti, anche nella teologia, spesso
Dio viene presupposto come fosse un’ovvietà, ma concretamente di lui non ci si
occupa. Il tema “Dio” appare così irreale, così lontano dalle cose che ci
occupano. E tuttavia cambia tutto se Dio non lo si presuppone, ma lo si
antepone. Se non lo si lascia in qualche modo sullo sfondo ma lo si riconosce
come centro del nostro pensare, parlare e agire.
2. Dio è divenuto uomo
per noi. La creatura uomo gli sta talmente a cuore che egli si è unito a essa
entrando concretamente nella storia. Parla con noi, vive con noi, soffre con
noi e per noi ha preso su di sé la morte. Di questo certo parliamo diffusamente
nella teologia con un linguaggio e con concetti dotti. Ma proprio così nasce il
pericolo che ci facciamo signori della fede, invece di lasciarci rinnovare e
dominare dalla fede.
Consideriamo questo
riflettendo su un punto centrale, la celebrazione della Santa Eucaristia. Il
nostro rapporto con l’Eucaristia non può che destare preoccupazione. A ragione
il Vaticano II intese mettere di nuovo al centro della vita cristiana e
dell’esistenza della Chiesa questo sacra mento della presenza del corpo e del
sangue di Cristo, della presenza della sua persona, della sua passione, morte e
risurrezione. In parte questa cosa è realmente avvenuta e per questo vogliamo
di cuore rin graziare il Signore.
Ma largamente dominante è
un altro atteggiamento: non domina un nuovo profondo rispetto di fronte alla
presenza della morte e risurrezio ne di Cristo, ma un modo di trattare con lui
che distrugge la grandezza del mistero. La calante partecipazione alla
celebrazione domenicale dell’Eucaristia mostra quanto poco noi cristiani di
oggi siamo in grado di valutare la grandezza del dono che consiste nella Sua
presenza reale. L’Eucaristia è declassata a gesto cerimoniale quando si
considera ovvio che le buone maniere esigano che sia distribuita a tutti gli
invitati a ra gione della loro appartenenza al parentado, in occasione di
feste familia ri o eventi come matrimoni e funerali. L’ovvietà con la quale in
alcuni luoghi i presenti, semplicemente perché tali, ricevono il Santissimo Sacramento
mostra come nella Comunione si veda ormai solo un gesto cerimoniale. Se
riflettiamo sul da farsi, è chiaro che non abbiamo bisogno di un’altra Chiesa
inventata da noi. Quel che è necessario è invece il rinnovamento della fede
nella realtà di Gesù Cristo donata a noi nel Sacramento.
Nei colloqui con le
vittime della pedofilia sono divenuto consapevole con sempre maggiore forza di
questa necessità. Una giovane ragazza che serviva all’altare come chierichetta
mi ha raccontato che il vicario parrocchiale, che era suo superiore visto che
lei era chierichetta, introduceva l’abuso sessuale che compiva su di lei con
queste parole: «Questo è il mio corpo che è dato per te». È evidente che quella
ragazza non può più ascoltare le parole della consacrazione senza provare
terribilmente su di sé tutta la sofferenza dell’abuso subìto. Sì, dobbiamo
urgentemente implorare il perdono del Signore e soprattutto supplicarlo e
pregarlo di insegnare a noi tutti a comprendere nuovamente la grandezza della
sua passione, del suo sacrificio. E dobbiamo fare di tutto per proteggere
dall’abuso il dono della Santa Eucaristia.
3. Ed ecco infine il
mistero della Chiesa. Restano impresse nella memoria le parole con cui ormai
quasi cento anni fa Romano Guardini esprimeva la gioiosa speranza che allora si
affermava in lui e in molti altri: «Un evento di incalcolabile portata è iniziato:
La Chiesa si risveglia nelle anime». Con questo intendeva dire che la Chiesa
non era più, come prima, semplicemente un apparato che ci si presenta dal di
fuori, vissuta e percepita come una specie di ufficio, ma che iniziava ad
essere sentita viva nei cuori stessi: non come qualcosa di esteriore ma che ci
toccava dal di dentro. Circa mezzo secolo dopo, riflettendo di nuovo su quel
processo e guardando a cosa era appena accaduto, fui tentato di capo volgere
la frase: «La Chiesa muore nelle anime». In effetti oggi la Chiesa viene in
gran parte vista solo come una specie di apparato politico. Di fatto, di essa
si parla solo utilizzando categorie politiche e questo vale persino per dei
vescovi che formulano la loro idea sulla Chiesa di domani in larga misura quasi
esclusivamente in termini politici. La crisi causata da molti casi di abuso ad
opera di sacerdoti spinge a considerare la Chiesa addirittura come qualcosa di
malriuscito che dobbiamo decisa mente prendere in mano noi stessi e formare in
modo nuovo. Ma una Chiesa fatta da noi non può rappresentare alcuna speranza.
Gesù stesso ha paragonato
la Chiesa a una rete da pesca nella quale stanno pesci buoni e cattivi, essendo
Dio stesso colui che alla fine dovrà separare gli uni dagli altri. Accanto c’è
la parabola della Chiesa come un campo sul quale cresce il buon grano che Dio
stesso ha seminato, ma anche la zizzania che un “nemico” di nascosto ha
seminato in mezzo al grano. In effetti, la zizzania nel campo di Dio, la
Chiesa, salta all’occhio per la sua quantità e anche i pesci cattivi nella rete
mostrano la loro forza. Ma il campo resta comunque campo di Dio e la rete
rimane rete da pesca di Dio. E in tutti i tempi c’è e ci saranno non solo la
zizzania e i pesci cattivi ma anche la semina di Dio e i pesci buoni.
Annunciare in egual misura entrambe con forza non è falsa apologetica, ma un
servizio necessario reso alla verità.
In quest’ambito è
necessario rimandare a un importante testo della Apocalisse di San Giovanni.
Qui il diavolo è chiamato accusatore che accusa i nostri fratelli dinanzi a Dio
giorno e notte (Ap 12, 10). In questo modo l’Apocalisse riprende un pensiero
che sta al centro del racconto che fa da cornice allibro di Giobbe (Gb 1 e 2,
10; 42, 7-16). Qui si narra che il diavolo tenta di screditare la rettitudine e
l’integrità di Giobbe come puramente esteriori e superficiali. Si tratta
proprio di quello di cui parla l’Apocalisse: il diavolo vuole dimostrare che
non ci sono uomini giusti; che tutta la giustizia degli uomini è solo una rappresentazione
esteriore. Che se la si potesse saggiare di più, ben presto l’apparenza della
giustizia svanirebbe. Il racconto inizia con una disputa fra Dio e il diavolo
in cui Dio indicava in Giobbe un vero giusto. Ora sarà dunque lui il banco di
prova per stabilire chi ha ragione. «Togligli quanto possiede – argomenta il
diavolo – e vedrai che nulla resterà della sua devozione». Dio gli permette
questo tentativo dal quale Giobbe esce in modo positivo. Ma il diavolo
continua e dice: «Pelle per pelle; tutto quanto ha, l’uomo è pronto a darlo per
la sua vita. Ma stendi un poco la mano e toccalo nell’osso e nella carne e
vedrai come ti benedirà in faccia» (Gb 2, 4s). Così Dio concede al diavolo una
seconda possibilità. Gli è permesso anche di stendere la mano su Giobbe.
Unicamente gli è precluso ucciderlo. Per i cristiani è chiaro che quel Giobbe
che per tutta l’umanità esemplarmente sta di fronte a Dio è Gesù Cristo.
Nell’Apocalisse, il dramma dell’uomo è rappresentato in tutta la sua ampiezza.
Al Dio creatore si contrappone il diavolo che scredita l’intera creazione e
l’intera umanità. Egli si rivolge non solo a Dio ma soprattutto agli uo mini
dicendo: «Ma guardate cosa ha fatto questo Dio. Apparentemente una creazione
buona. In realtà nel suo complesso è piena di miseria e di schifo». Il
denigrare la creazione in realtà è un denigrare Dio. Il diavolo vuole
dimostrare che Dio stesso non è buono e vuole allontanarci da lui.
L’attualità di quel che
dice l’Apocalisse è lampante L’accusa contro Dio oggi si concentra soprattutto
nello screditare la sua Chiesa nel suo complesso e così nell’allontanarci da
essa. L’idea di una Chiesa migliore creata da noi stessi è in verità una
proposta del diavolo con la quale vuole allontanarci dal Dio vivo, servendosi
di una logica menzognera nella quale caschiamo sin troppo facilmente. No, anche
oggi la Chiesa non consiste solo di pesci cattivi e di zizzania. La Chiesa di
Dio c’è an che oggi, e proprio anche oggi essa è lo strumento con il quale Dio
ci salva. È molto importante contrapporre alle menzogne e alle mezze verità del
diavolo tutta la verità: sì, il peccato e il male nella Chiesa sono. Ma anche
oggi c’è pure la Chiesa santa che è indistruttibile. Anche oggi ci sono molti
uomini che umilmente credono, soffrono e amano e nei quali si mostra a noi il
vero Dio, il Dio che ama. Anche oggi Dio ha i suoi testimoni («martyres») nel
mondo. Dobbiamo solo essere vigili per vederli e ascoltarli.
Il termine martire è
tratto dal diritto processuale. Nel processo contro il diavolo, Gesù Cristo è
il primo e autentico testimone di Dio, il primo martire, al quale da allora
innumerevoli ne sono seguiti. La Chiesa di oggi è come non mai una Chiesa di
martiri e così testimone del Dio vivente. Se con cuore vigile ci guardiamo
intorno e siamo in ascolto, ovunque, fra le persone semplici ma anche nelle
alte gerarchie della Chiesa, possiamo trovare testimoni che con la loro vita e
la loro sofferenza si impegnano per Dio. È pigrizia del cuore non volere
accorgersi di loro. Fra i compiti grandi e fondamentali del nostro annuncio
c’è, nel limite delle nostre possibilità, il creare spazi di vita per la fede,
e soprattutto il trovarli e il riconoscerli.
Vivo in una casa nella
quale una piccola comunità di persone scopre di continuo, nella quotidianità,
testimoni così del Dio vivo, indicandoli an che a me con letizia. Vedere e
trovare la Chiesa viva è un compito meraviglioso che rafforza noi stessi e che sempre
di nuovo ci fa essere lieti della fede.
Alla fine delle mie
riflessioni vorrei ringraziare Papa Francesco per tutto quello che fa per
mostrarci di continuo la luce di Dio che anche oggi non è tramontata. Grazie,
Santo Padre!