jeudi 17 janvier 2013

Saint ANTOINE le GRAND, abbé et fondateur du monachisme chrétien, Patriarche des moines


Statue de Saint Antoine et son cochon, collégiale d'Uzeste en Gironde

Saint Antoine le Grand

Ermite en Egypte (+ 356)

C'était un jeune homme riche, propriétaire terrien en Haute-Égypte.

Mais la question de son salut le tourmentait. Préoccupé par ce qu'il avait lu dans les Actes des Apôtres qui décrivent la première communauté chrétienne où tout était en commun, il entre dans une église.

Et c'est là qu'il entend l'Évangile du jeune homme riche. Il est saisi par la coïncidence: ce texte s'adresse à lui, pense-t-il, et aujourd'hui même. Il distribue sa fortune aux plus pauvres et se retire quelque temps après dans le désert de Nitrie, habitant un fort militaire abandonné.

Là, pendant plus de vingt ans, il subira les attaques du démon qui prend l'apparence de bêtes féroces ou sensuelles. Ce sont les célèbres tentations de saint Antoine.

Des disciples viennent le rejoindre et, pour eux, il organise une vie monastique en même temps qu'érémitique. C'est pourquoi il est considéré comme "le père des moines".

Attentif à la vie contemporaine de l'Église, il se rend à Alexandrie pour soutenir les controverses contre les païens et les hérétiques ariens. Le père des moines s'éteint à 105 ans.

Plus que les faits merveilleux de sa vie, retenons ses paroles et les enseignements qu'il donnait à ses disciples: "Efforçons-nous, leur disait-il, de ne rien posséder que ce que nous emporterons avec nous dans le tombeau, c'est-à-dire la charité, la douceur et la justice... Les épreuves nous sont, en fait, profitables. Supprimez la tentation et personne ne sera sauvé."

Saint Antoine jouit très rapidement d'une grande popularité et devint le protecteur de nombreuses confréries et métiers. Certainement que son caractère de lutteur victorieux (dans la vie spirituelle), d'ascète qui vit de manière frustre et dépouillée dans la solitude, d'homme qui a changé de vie pour une vie nouvelle au service de Dieu, a de quoi largement toucher le légionnaire. (diocèse aux armées françaises)


Un internaute nous signale que St Antoine est le patron de l'église de Remigny (71) plusieurs représentations (sculptures, vitrail) y figurent. Il est en particulier représenté avec un cochon rappelant la dispense accordée par Louis VI aux Antonins en 1131.

Mémoire de saint Antoine, abbé. Après la mort de ses parents, accueillant les préceptes de l'Évangile, il distribua tous ses biens aux pauvres et se retira dans la solitude de la Thébaïde en Égypte, où il commença à mener une vie d'ascète. Il travailla avec zèle à fortifier l'Église en soutenant les confesseurs de la foi lors de la persécution de Dioclétien et en aidant saint Athanase contre les ariens. Il eut tellement de disciples qu'il est appelé père des moines. Il mourut en 356.

Martyrologe romain

Ne cédons pas à la tristesse comme si nous périssions. Confiance et joie, nous sommes sauvés !

Dans "Vie des Pères du Désert"




Saint Antoine

Antoine, né vers 251 en Haute Egypte, avait dix-huit ans lorsque moururent ses parents, chrétiens à la fortune considérable, qui lui laissaient le soin d'élever sa petite sœur. Observant et pratiquant, il fut un jour vivement frappé par cette invitation de Jésus : « Si tu veux être parfait, va, vends ce que tu as et donne-le aux pauvres, et tu auras un trésor dans le ciel : viens et suis-moi ! » (Mat, XIX 21). Il obéit, mais fit toutefois une réserve des ressources nécessaires à sa sœur. Bientôt il fut impressionné par une autre parole du Sauveur : « Ne vous mettez pas en peine du lendemain. » (Mat, VI 34). Il se débarrassa de sa réserve, confia sa sœur à une communauté de vierges, et se retira dans une solitude voisine de Qéman, entre Memphis et Arsinoé ; conduit par un vieil ascète, Antoine partagea son temps entre la prière et le travail. Cette demi-retraite ne lui suffit pas longtemps ; quand sa réputation lui amena trop des visiteurs, il se réfugia dans un des anciens tombeaux égyptiens de la montagne où, de temps à autre, un ami lui apportait des provisions. Là commencèrent ses tribulations : le démon lui livrait de furieuses attaques. Un matin l'ami charitable le trouva étendu inanimé sur le sol ; il le rapporta au village où, le croyant mort, on prépara ses funérailles. Antoine reprit ses sens et demanda à être ramené immédiatement dans sa grotte.

Les assauts du démon continuèrent. Antoine chercha une retraite encore plus profonde, au delà du Nil. Vingt ans, il vécut enfermé dans un château ruiné, toujours aux prises avec Satan.

« Le diable, qui hait tout ce qui est digne de louange et qui envie toutes les bonnes actions des hommes... résolut d'user contre lui de tous les efforts qui seraient en sa puissance. La première tentation dont il se servit pour le détourner de la vie solitaire, fut de lui mettre devant les yeux les biens qu'il avait quittés, le soin qu'il était obligé d'avoir de sa sœur, la noblesse de sa race, l'amour des richesses, le désir de la gloire, les diverses voluptés qui se rencontrent dans les délices, et tous les autres plaisirs de la vie. Il lui représentait d'un côté les extrêmes difficultés et les travaux qui se rencontrent dans l'exercice de la vertu, la faiblesse de son corps, le long temps qui lui restait encore à vivre ; et, enfin, pour tâcher de le détourner de la sainte résolution qu'il avait prise, il éleva dans son esprit comme une poussière et un nuage épais de diverses pensées. Mais se trouvant trop faible pour ébranler un aussi ferme dessein que celui d'Antoine, et voyant qu'au lieu d'en venir à bout, il était vaincu par sa constance, renversé par la grandeur de sa foi et porté par terre par ses prières continuelles, alors, se confiant avec orgueil, selon les paroles de l'Évangile, aux armes de ses reins, qui sont les premières embûches qu'il emploie contre les jeunes gens, il s'en servit pour l'attaquer, le troublant la nuit et le tourmentant de jour, de telle sorte que ceux qui se trouvaient présents voyaient le combat qui se passait entre eux. Le démon présentait à son esprit des pensées d'impureté, mais Antoine les repoussait par ses prières. Le démon chatouillait ses sens, mais Antoine rougissait de honte, comme s'il y eût en cela de sa faute, fortifiait son corps par la foi, par l'oraison et par les veilles. Le démon se voyant ainsi surmonté, prit de nuit la figure d'une femme et en imita toutes les actions afin de le tromper ; mais Antoine élevant ses pensées vers Jésus-Christ et considérant quelle est la noblesse et l'excellence de l'âme qu'il nous a donnée, éteignit ces charbons ardents dont il voulait, par cette tromperie, embraser son cœur. Le démon lui remit encore devant les yeux les douceurs de la volupté, mais Antoine, comme entrant en colère et s'en affligeant, se représenta les gênes mortelles dont les impudiques sont menacés et les douleurs de ce remords qui, comme un ver insupportable, rongera pour jamais leur conscience. Ainsi, en opposant ces saintes considérations à tous ces efforts, ils n'eurent aucun pouvoir de lui nuire. Et quelle plus grande honte pouvait recevoir le démon, lui qui ose s'égaler à Dieu, que de voir une personne de cet âge se moquer de lui et que, se glorifiant comme il fait, d'être par sa nature toute spirituelle élevé au-dessus de la chair et du sang, de se trouver terrassé par un homme revêtu d'une chair fragile ? Mais le Seigneur qui, par l'amour qu'il nous porte, a voulu prendre une chair mortelle, assistait son serviteur et le rendait victorieux du diable. » (Saint Athanase, Vie de Saint Antoine)

Sollicité par les visiteurs qui venaient lui demander ou des miracles ou une règle de vie, il établit en 305 des ermitages où ses disciples, attentifs à ses discours et s'inspirant de ses exemples, pratiquaient un héroïque détachement.

En 311, Antoine entendit dire que la persécution de Maximin ensanglantait l'Egypte ; il descendit à Alexandrie pour encourager les martyrs et partager leurs souffrances. Il s'attendait à être mis à mort, mais il ne fut pas inquiété. L'année suivante, il reprit le chemin de sa solitude ; animé d'une sainte émulation, il s’y imposa des jeûnes et des veilles plus austères. Il s'enfonça dans le désert de la Haute Egypte pour fixer sa résidence au mont Qualzoum, appelé plus tard Mont Saint Antoine, où il s'installa près d'une source, au milieu d'une palmeraie. Il cultivait lui-même un petit jardin pour aider à sa subsistance. Les disciples restés près du Nil construisirent le monastère de Pispir où Antoine les venait visiter à intervalles réguliers. Dans ses dernières années, il permit à deux de ses disciples, Macaire et Amathas, de rester près de lui. De 312 jusqu'à sa mort, Antoine demeura dans son ermitage où il y recevait des visiteurs animés de dispositions fort diverses : les uns lui demandant des miracles ou des enseignements, les autres cherchaient à l'embarrasser, comme ces philosophes grecs ou ces ariens qu'il réduisit au silence. Athanase, son futur biographe, y vint à plusieurs reprises ; l'empereur Constantin lui écrivit pour se recommander à ses prières.

Vers 340, se place la rencontre d'Antoine et de l'ermite Paul dans les circonstances qu'a décrites saint Jérôme, dans la vie du second. Antoine ambitionnait d'imiter plus parfait que lui ; il apprit en songe qu'un anachorète, riche en mérites, vivait depuis longtemps dans une partie du désert qu'il croyait inhabitée. Sans tarder, il se mit à la recherche du saint homme, parvint non sans peine jusqu'à sa cellule, mais la trouva fermée. Paul qui l'avait pressenti, ne veut voir aucun être humain. Enfin, Paul céda aux instances réitérées d'Antoine, et les deux ermites tombèrent dans les bras l'un de l'autre, se saluant mutuellement par leur nom, s'entretenant des choses de Dieu, pendant qu'un corbeau apportait leur nourriture, un pain entier ce jour-là. On sait comment Paul mourut en l'absence de son visiteur, et reçut d'Antoine la sépulture dans une fosse que creusèrent deux lions du désert. Sur la fin de sa vie, Antoine descendit une seconde fois à Alexandrie où il convertit nombre d'hérétiques et d'infidèles. Peu après son retour, il annonça à ses deux disciples sa mort prochaine, leur fit promettre de ne révéler à personne le secret de sa tombe, légua à saint Athanase son manteau de peau et celui sur lequel il dormait. Il expira doucement en 356, un 17 janvier selon la tradition.

Bien qu'il n'ait pas laissé de règle écrite, Antoine fut vraiment l'initiateur du monachisme. Antoine voulut que sa tombe fût secrète pour que l'on n’honorât pas ses reliques, mais son corps fut retrouvé et transféré à Alexandrie, puis à Constantinople (vers 633) où une église fut bâtie sous son vocable.

Des documents du XIII° siècle, conservés à l'abbaye de Saint-Antoine de Viennois, attestaient que le corps fut apporté en Occident par un seigneur du Dauphiné, Jocelin, fils du comte Guillaume, qui l'aurait reçu de l'empereur de Constantinople, lors d’un pèlerinage en Terre Sainte. Aymar Falcon qui s'est servi de ces documents (XVI° siècle), place ce pèlerinage vers 1070, et la translation des reliques de saint Antoine à la Motte-Saint-Didier sous Urbain II. La localité prit le nom de Saint-Antoine-de-Viennois. Le culte de saint Antoine en Occident qui est devenu très populaire depuis cette époque, a pris son extension à l'occasion d'un mal étrange, une sorte de fièvre désignée sous les noms de feu sacré, de feu morbide, de feu infernal ou de feu de saint Antoine, le saint guérissant de ce mal ceux qui avaient recours à son intercession. Le noble Gaston, ayant avec son fils bénéficié de cette faveur, fonda à Saint-Antoine-de-Viennois un hôpital et une confrérie dont les membres devaient consacrer leur vie à soigner les malheureux atteints de ce mal. La confrérie, approuvée au concile de Clermont par Urbain II, fut confirmée comme ordre hospitalier par Honorius III (1228). Telle fut l'origine des Antonins qui furent chargés de la garde du sanctuaire et des reliques, enlevés aux bénédictins de Montmajour.

Vie de Saint Antoine (extrait)

Je vois que le Seigneur m'appelle à lui, et ainsi, je vais, comme il est écrit, entrer dans le chemin de mes pères. Continuez en votre abstinence ordinaire. Ne perdez pas malheureusement le fruit des saints exercices auxquels vous avez employé tant d'années, mais, comme si vous ne faisiez que commencer, efforcez-vous de demeurer dans votre ferveur ordinaire. Vous savez quelles sont les embûches des démons. Vous connaissez leur cruauté et n'ignorez pas aussi leur faiblesse. Ne les craignez donc point, mais croyez en Jésus-Christ et ne respirez jamais autre chose que le désir de le servir. Vivez comme chaque jour croyant devoir mourir. Veillez sur vous-mêmes et souvenez-vous de toutes les instructions que je vous ai données... Travaillez de tout votre pouvoir pour vous unir premièrement à Jésus et puis aux saints, afin qu'après votre mort ils vous reçoivent, comme étant de leurs amis et de leur connaissance, dans les tabernacles éternels. Gravez ces choses dans votre esprit. Gravez-les dans votre cœur... Ensevelissez-moi donc et me couvrez de terre ; et, afin que vous ne puissiez manquer à suivre mon intention, faites que nuls autres que vous ne sachent le lieu où sera le corps que je recevrai incorruptible de la main de mon Sauveur lors de la résurrection. Quant à mes habits, distribuez-les ainsi : donnez à l'évêque Athanase une de mes tuniques et le manteau que j'ai reçu de lui tout neuf et que je lui rends tout usé. Donnez mon autre tunique à l'évêque Sérapion, et gardez pour vous mon cilice. Adieu, mes chers enfants. Antoine s'en va et n'est plus avec vous.

Saint Athanase


Saint Antoine

Abbé, Premier Père des Solitaires d'Égypte

(251-356)

Saint Antoine naquit à Côme, dans la Haute-Égypte. Si la gloire de l'ermite Paul est d'avoir donné le premier exemple connu de la vie cachée au désert, celle d'Antoine est d'avoir réuni des peuples de solitaires sous les règles d'une vie commune. Antoine avait reçu de ses excellents parents une éducation profondément chrétienne. Peu de temps après leur mort, étant âgé de dix-huit ans, il entendit lire, à l'église, ces paroles de l'Évangile: "Si vous voulez être parfait, allez, vendez tout ce que vous avez et donnez-en le prix aux pauvres." Il prend aussitôt cette parole pour lui, et voulant l'accomplir à la lettre, il se retire dans le désert, où il partage son temps entre la prière et le travail; il fait son unique repas après le coucher du soleil, d'un peu de pain, de sel et d'eau, et garde parfois l'abstinence jusqu'à quatre jours entiers; le peu de sommeil qu'il se permet, il le prend sur une simple natte de jonc, sur un cilice ou sur la terre nue.

A deux reprises différentes, il s'enfonce plus avant dans le désert et s'abîme de plus en plus dans la pénitence et la prière. La persécution le fait retourner dans le monde: "Allons, dit-il, voir les triomphes de nos frères qui combattent pour la cause de Dieu; allons combattre avec eux." On le voyait soulager les confesseurs de Jésus-Christ dans les cachots, les accompagner devant les juges et les exhorter à la constance. Son courage étonnait les juges et les bourreaux; il alla cent fois au-devant du martyre; mais Dieu lui réservait une autre couronne.

La persécution ayant cessé, il retourna au désert, fonda des monastères et devint le père d'une multitude de religieux. Le travail des mains, le chant des cantiques, la lecture des Saints Livres, la prière, les jeûnes et les veilles étaient leur vie.

Le désert, habité par des anges, florissait de toutes les vertus, et Antoine était l'âme de ce grand mouvement cénobitique. Il mourut à l'âge de cent cinq ans. Sa joie en quittant cette terre, fut si grande, qu'il semblait voir le Ciel ouvert devant ses yeux, et les esprits célestes prêts à lui faire escorte.

Saint Antoine est particulièrement célèbre par ses combats contre les démons. Des légions infernales le frappaient et le laissaient demi-mort; les malins esprits prenaient pour l'épouvanter les formes les plus horribles; mais il se moquait de leurs efforts. Après les avoir chassés par le signe de la Croix: "Où étiez-vous donc, Seigneur?" s'écriait-il; et Dieu lui répondait: "Antoine, J'étais avec toi et Je Me réjouissais de ta victoire."

Abbé L. Jaud, Vie des Saints pour tous les jours de l'année, Tours, Mame, 1950



The most important Desert Fathers from the IIIrd-Vth century and their relationships


Faire la volonté de Dieu.

Le saint abbé Antoine, assis un jour au désert, se trouva pris d’ennui et dans une grande obscurité de pensées. Il dit à Dieu : « Seigneur, je veux être sauvé, mais les pensées ne me laissent pas ; que ferai-je dans mon affliction ? Comment serai-je sauvé ? » Peu après, s’étant levé pour sortir, Antoine voit quelqu’un comme lui, assis et travaillant, puis se levant de son travail et priant, assis de nouveau et tressant la corde, puis se relevant encore pour la prière. C’était un ange du Seigneur envoyé pour le diriger et le rassurer. Et il entendit l’ange dire : « Fais ainsi et tu es sauvé. » Ayant entendu cela, Antoine eut beaucoup de joie et de courage.

Quelqu’un demanda à Antoine : « Que dois-je garder pour plaire à Dieu ? » Le vieillard répondit : « Garde ce que je te commande : Où que tu ailles, garde toujours Dieu devant tes yeux ; quoi que tu fasses, aie le témoignage des Saintes Écritures ; et en quelque lieu que tu te tiennes, n’en bouge pas facilement. Garde ces trois choses et tu es sauvé. »

Il dit encore : « Quiconque n’a pas été tenté ne pourra entrer dans le royaume des cieux. Il est dit en effet : Supprime les tentations, et pas un n’est sauvé. »

Apophtegmes des Pères

Les Apophtegmes, ou Sentences, sont de brèves paroles des Pères du désert, moines de la Thébaïde égyptienne au ve siècle. / Collection alphabétique, Antoine 2, 3 et 5, trad. L. Regnault, Les sentences des Pères du désert, t. I, Solesmes, Cerf, 1981, p. 13-14.

SOURCE : https://fr.aleteia.org/daily-prayer/mardi-17-janvier/meditation-de-ce-jour-1/




Saint ANTOINE, Abbé

Déposition vers 354. Culte attesté en Orient dès le Ve siècle. Il se diffuse en Angleterre et en Europe de l’Ouest à partir du IXe siècle. Accueilli à Rome d’abord dans les abbayes (comme St Paul ermite et St Maur), il n’entre au calendrier des basiliques qu’au XIIe siècle.

Leçons des Matines avant 1960

AU DEUXIÈME NOCTURNE.

Quatrième leçon. Antoine, Égyptien, naquit de parents nobles et chrétiens, dont il se vit privé, encore adolescent. Entrant un jour dans une église, il entendit citer ces paroles de l’Évangile : « Si tu veux être parfait, va et vends ce que tu as, et donne-le aux pauvres ; » il pensa devoir obéir au Christ notre Seigneur, comme si ces paroles lui eussent été adressées. Ayant donc vendu son bien, il en distribua tout l’argent aux pauvres. Dégagé de ces entraves, il entreprit de mener sur la terre un genre de vie tout céleste. Mais comme il descendait dans l’arène pour un combat si périlleux, il jugea qu’il devait adjoindre au bouclier de la foi dont il était armé, le secours des autres vertus, et il s’enflamma d’un tel zèle pour les acquérir, qu’il s’efforçait d’imiter quiconque lui semblait exceller en quelque vertu.

Cinquième leçon. Nul n’était plus continent que lui, nul plus vigilant. Il surpassait tous les autres en patience, en mansuétude, en miséricorde, en humilité, dans le travail, et dans l’étude des divines Écritures. Antoine avait une telle horreur de la rencontre et des discours des hérétiques et des schismatiques, surtout des Ariens, qu’il disait qu’il ne fallait pas les aborder. Il couchait sur le sol lorsqu’un sommeil nécessaire s’emparait de lui, et se portait au jeûne avec tant d’ardeur qu’il ne mangeait que du pain avec un peu de sel, et n’étanchait sa soif qu’avec de l’eau ; et il ne réparait ses forces par cette nourriture et ce breuvage qu’après le coucher du soleil ; souvent même il s’abstenait de nourriture pendant deux jours consécutifs, et très fréquemment passait toute la nuit en prière. Étant devenu ainsi un vrai soldat de Dieu, Antoine fut attaqué de diverses tentations par l’ennemi du genre humain mais le très saint jeune homme en triomphait par le jeûne et la prière. Toutefois, malgré ses nombreuses victoires sur Satan, Antoine ne se croyait pas encore en sûreté ; car il savait que le diable use d’innombrables artifices pour nuire aux hommes.

Sixième leçon. C’est pourquoi il se retira dans une vaste solitude de l’Égypte, où, faisant chaque jour de nouveaux progrès dans la perfection chrétienne, il en vint à mépriser tellement les démons qu’il leur reprochait leur faiblesse. Leurs assauts étaient cependant d’autant plus violents qu’Antoine devenait plus fort pour leur résister. Souvent il disait à ses disciples, qu’il excitait à combattre contre le diable, leur enseignant par quelles armes on peut le vaincre : « Croyez-moi, mes frères, Satan redoute les veilles pieuses, les prières, les jeûnes, la pauvreté volontaire, la miséricorde et l’humilité, mais surtout Tardent amour pour le Christ notre Seigneur, dont la sainte croix lui est si redoutable, que le seul signe de cette croix l’affaiblit et le met en fuite. » Le saint Abbé devint si redoutable aux démons, qu’un grand nombre de possédés furent délivrés en Égypte en invoquant le nom d’Antoine. Telle était la renommée de sa sainteté que Constantin le Grand et ses fils se recommandèrent par lettres à ses prières. Enfin, âgé de cent cinq ans, ayant déjà d’innombrables imitateurs du genre de vie qu’il avait institué, il assembla ses moines, et après leur avoir donné des instructions touchant la règle parfaite de la vie chrétienne, illustre par sa sainteté et ses miracles, il s’en alla au ciel le seize des calendes de février.


Dom Guéranger, l’Année Liturgique

Qu’aujourd’hui, l’Orient et l’Occident s’unissent pour célébrer le Patriarche des Cénobites, le grand Antoine. Avant lui, la profession monastique existait déjà, comme le démontrent d’irrécusables monuments ; mais il apparaît comme le premier des Abbés, parce que le premier il a établi sous une forme permanente les familles de moines, livrés au service de Dieu, sous la houlette d’un pasteur.

D’abord hôte sublime de la solitude, et fameux par ses combats avec les démons, il a laissé se réunir autour de lui les disciples que ses œuvres merveilleuses et l’attrait de la perfection lui avaient conquis ; et le déserta vu, par lui, commencer les monastères. L’âge des Martyrs touche à sa fin ; la persécution de Dioclétien sera la dernière ; il est temps pour la Providence, qui veille sur l’Église, d’inaugurer une milice nouvelle. Il est temps que le caractère du moine se révèle publiquement dans la société chrétienne ; les Ascètes, même consacrés, ne suffisent plus. Les monastères vont s’élever de toutes parts, dans les solitudes et jusque dans les cités, et les fidèles auront désormais sous les yeux, comme un encouragement à garder les préceptes du Christ, la pratique fervente et littérale de ses conseils. Les traditions apostoliques de la prière continuelle et de la pénitence ne s’éteindront pas, la doctrine sacrée sera cultivée avec amour, et l’Église ne tardera pas à aller chercher, dans ces citadelles spirituelles, ses plus vaillants défenseurs, ses plus saints Pontifes, ses plus généreux Apôtres.

Car l’exemple d’Antoine inspirera les siècles à venir ; on se souviendra à jamais que les charmes de la solitude et les douceurs de la contemplation ne surent le retenir au désert, et qu’il apparut tout à coup dans les rues d’Alexandrie, au fort de la persécution païenne, pour conforter les chrétiens dans le martyre. On n’oubliera pas non plus que, dans cette autre lutte plus terrible encore, aux jours affreux de l’Arianisme, il reparut dans la grande cité, pour y prêcher le Verbe consubstantiel au Père, pour y confesser la foi de Nicée, et pour soutenir le courage des orthodoxes. Qui pourrait jamais ignorer les liens qui unissaient Antoine au grand Athanase, ou ne pas se rappeler que cet illustre champion du Fils de Dieu visitait cet autre Patriarche, au fond de son désert, qu’il procurait de tous ses moyens l’avancement de l’œuvre monastique, qu’il plaçait dans la fidélité des moines l’espoir du salut de l’Église, et qu’il voulut écrire lui-même la vie sublime de son ami ?

C’est dans cet admirable récit qu’on apprend à connaître Antoine ; c’est là que se révèlent la grandeur et la simplicité de cet homme qui fut toujours si près de Dieu. Âgé de dix-huit ans, déjà héritier d’une fortune considérable, il entend lire à l’église un passage de l’Évangile où notre Seigneur conseille à celui qui veut tendre à la vie parfaite de se désapproprier de tous les biens terrestres. Il ne lui en faut pas davantage ; aussitôt il se dessaisit de tout ce qu’il possède, et se fait pauvre volontaire pour toute sa vie.

L’Esprit-Saint le pousse alors vers la solitude, où les puissances infernales ont dressé toutes leurs batteries pour faire reculer le soldat de Dieu ; on dirait que Satan a compris que le Seigneur a résolu de se bâtir une cité au désert, et qu’Antoine est envoyé pour en dresser les plans. Alors commence une lutte corps à corps avec les esprits de malice, et le jeune Égyptien demeure vainqueur à force de souffrances. Il a conquis cette nouvelle arène dans laquelle se consommera la victoire du christianisme sur le Prince du monde.

Après vingt ans de combats qui l’ont aguerri, son âme s’est fixée en Dieu ; et c’est alors qu’il est révélé au monde. Malgré ses efforts pour demeurer caché, il lui faut répondre aux hommes qui viennent le consulter et demander ses prières ; des disciples se groupent autour de lui, et il devient le premier des Abbés. Ses leçons sur la perfection chrétienne sont reçues avec avidité ; son enseignement est aussi simple que profond, et il ne descend des hauteurs de sa contemplation que pour encourager les âmes. Si ses disciples lui demandent quelle est la vertu la plus propre à déjouer les embûches des démons, et à conduire sûrement l’âme à la perfection, il répond que cette vertu principale est la discrétion.

Les chrétiens de toute condition accourent pour contempler cet anachorète dont la sainteté et les miracles font bruit dans tout l’Orient. Ils s’attendent aux émotions d’un spectacle, et ils ne voient qu’un homme d’un abord aisé, d’une humeur douce et agréable. La sérénité de ses traits reflète celle de son âme. Il ne témoigne ni inquiétude de se voir environné de la foule, ni vaine complaisance des marques d’estime et de respect qu’on lui prodigue ; car son âme, dont toutes les passions sont soumises, est devenue l’habitation de Dieu.

Il n’est pas jusqu’aux philosophes qui veulent explorer la merveille du désert. Les voyant venir, Antoine leur adresse le premier la parole : « Pourquoi donc, ô philosophes, leur dit-il, avez-vous pris tant de peines pour venir visiter un insensé ? » Déconcertés d’un tel accueil, ces hommes lui répondirent qu’ils ne le croyaient pastel, mais qu’ils étaient au contraire persuadés de sa haute sagesse. « A ce compte, reprit Antoine, si vous me croyez sage, imitez ma sagesse. » Saint Athanase ne nous apprend pas si la conversion fut le résultat de leur visite. Mais il en vint d’autres qui osèrent attaquer, au nom de la raison, le mystère d’un Dieu incarné et crucifié. Antoine sourit en les entendant débiter leurs sophismes et finit par leur dire : « Puisque vous êtes si bien établis sur la dialectique, répondez-moi, je vous prie : A quoi doit-on plutôt croire quand il s’agit de la connaissance de Dieu, ou à l’action efficace de la foi, ou aux arguments de la raison ? » — « A l’action efficace de la foi, » répondirent-ils. — « Eh bien ! reprit Antoine, pour vous montrer la puissance de notre foi, voici des possédés du démon, guérissez-les avec vos syllogismes ; ou si vous ne le pouvez, et que j’y parvienne par l’opération de la foi, et au nom de Jésus-Christ, avouez l’impuissance de vos raisonnements, et rendez gloire à la croix que vous avez osé mépriser. » Antoine fit trois fois le signe de la croix sur ces possédés, et invoqua le nom de Jésus sur eux : aussitôt ils furent délivrés.

Les philosophes étaient dans la stupeur et gardaient le silence. « N’allez pas croire, leur dit le saint Abbé, que c’est par ma propre vertu que j’ai délivré ces possédés ; c’est uniquement par celle de Jésus-Christ. Croyez aussi en lui, et vous éprouverez que ce n’est pas la philosophie, mais une foi simple et sincère qui fait opérer les miracles. » On ignore si ces hommes finirent par embrasser le christianisme ; mais l’illustre biographe nous apprend qu’ils se retirèrent remplis d’estime et d’admiration pour Antoine, et avouèrent que leur visite au désert n’avait pas été pour eux sans utilité.

Cependant le nom d’Antoine devenait de plus en plus célèbre et parvenait jusqu’à la cour impériale. Constantin et les deux princes ses fils lui écrivirent comme à un père, implorant de lui la faveur d’une réponse. Le saint s’en défendit d’abord ; mais ses disciples lui ayant représenté que les empereurs après tout étaient chrétiens, et qu’ils pourraient se tenir offensés de son silence, il leur écrivit qu’il était heureux d’apprendre qu’ils adoraient Jésus-Christ, et les exhorta de ne pas faire tant d’état de leur pouvoir, qu’ils en vinssent à oublier qu’ils étaient hommes. Il leur recommanda d’être cléments, de rendre une exacte justice, d’assister les pauvres et de se souvenir toujours que Jésus-Christ est le seul roi véritable et éternel.

Ainsi écrivait cet homme qui était né sous la persécution de Décius, et qui avait bravé celle de Dioclétien : entendre parler de Césars chrétiens, lui était une chose nouvelle. Il disait au sujet des lettres de la cour de Constantinople : « Les rois de la terre nous ont écrit ; mais qu’est-ce que cela doit être pour un chrétien ? Si leur dignité les élève au-dessus des autres, la naissance et la mort ne les rendent-elles pas égaux à tous ? Ce qui doit nous émouvoir bien davantage et enflammer notre amour pour Dieu, c’est la pensée que ce Maître souverain a non seulement daigné écrire une loi pour les hommes, mais qu’il leur a aussi parlé par son propre Fils. »

Cependant, cette publicité donnée à sa vie fatiguait Antoine, et il lui tardait d’aller se replonger dans le désert, et de se retrouver face à face avec Dieu. Ses disciples étaient formés, sa parole et ses œuvres les avaient instruits ; il les quitta secrètement, et ayant marché trois jours et trois nuits, il arriva au mont Colzim, où il reconnut la demeure que Dieu lui avait destinée. Saint Jérôme fait, dans la Vie de saint Hilarion, la description de cette solitude. « Le roc, dit-il, s’élève à la hauteur de mille pas : de sa base s’échappent des eaux dont le sable boit une partie ; le reste descend en ruisseau, et son cours est bordé d’un grand nombre de palmiers qui en font une oasis aussi commode qu’agréable à l’œil. » Une étroite anfractuosité de la roche servait d’abri à l’homme de Dieu contre les injures de l’air.

L’amour de ses disciples le poursuivit, et le découvrit encore dans cette retraite lointaine ; ils venaient souvent le visiter et lui apporter du pain. Voulant leur épargner cette fatigue, Antoine les pria de lui procurer une bêche, une cognée et un peu de blé, dont il sema un petit terrain. Saint Hilarion, qui visita ces lieux après la mort du grand patriarche, était accompagné des disciples d’Antoine qui lui disaient avec attendrissement : « Ici, il chantait les psaumes ; là, il s’entretenait avec Dieu dans l’oraison ; ici, il se livrait au travail ; là, il prenait du repos, lorsqu’il se sentait fatigué ; lui-même a planté cette vigne et ces arbustes, lui-même a disposé cette aire, lui-même a creusé ce réservoir avec beaucoup de peines pour l’arrosement du jardin. » Ils racontèrent au saint, en lui montrant ce jardin, qu’un jour des ânes sauvages étant venus boire au réservoir, se mirent à ravager les plantations. Antoine commanda au premier de s’arrêter, et lui donnant doucement de son bâton dans le flanc, il lui dit : « Pourquoi manges-tu ce que tu n’as pas semé ? » Ces animaux s’arrêtèrent soudain, et depuis ils ne firent plus aucun dégât.

Nous nous laissons aller au charme de ces récits ; il faudrait un volume entier pour les compléter. De temps en temps, Antoine descendait de sa montagne, et venait encourager ses disciples dans les diverses stations qu’ils avaient au désert. Une fois même il alla visiter sa sœur dans un monastère de vierges, où il l’avait placée, avant de quitter lui-même le monde. Enfin, étant parvenu à sa cent cinquième année, il voulut voir encore les moines qui habitaient la première montagne de la chaîne de Colzim, et leur annonça son prochain départ pour la patrie. A peine de retour à son ermitage, il appela les deux disciples qui le servaient depuis quinze ans, à cause de l’affaiblissement de ses forces, et il leur dit :

« Mes fils bien-aimés, voici l’heure où, selon le langage de la sainte Ecriture, je vais entrer dans la voie de mes pères. Je vois que le Seigneur m’appelle, et mon cœur brûle du désir de s’unir à lui dans le ciel. Mais vous, mes fils, les entrailles de mon âme, n’allez pas perdre, par un relâchement désastreux, le fruit du travail auquel vous vous êtes appliqués depuis tant d’années. Représentez-vous chaque jour à vous-mêmes que vous ne faites que d’entrer au service de Dieu et d’en pratiquer les exercices : par ce moyen, votre bonne volonté sera plus énergique, et ira toujours croissant. Vous savez quelles embûches nous tendent les démons. Vous avez été témoins de leurs fureurs, et aussi de leur faiblesse. Attachez-vous inviolablement à l’amour de Jésus-Christ ; confiez-vous à lui entièrement, et vous triompherez de la malice de ces esprits pervers. N’oubliez jamais les divers enseignements que je vous ai donnés ; mais je vous recommande surtout de penser que chaque jour vous pouvez mourir. »

Il leur rappela ensuite l’obligation de n’avoir aucun commerce avec les hérétiques, et demanda que son corps fût enseveli dans un lieu secret, dont eux seuls auraient connaissance. « Quant aux habits que je laisse, ajouta-t-il, en voici la a destination : vous donnerez à l’évêque Athanase une de mes tuniques, avec le manteau qu’il m’avait apporté neuf, et que je lui rends usé. » C’était un second manteau que le grand docteur avait donnée Antoine, celui-ci ayant disposé du premier pour ensevelir le corps de l’ermite Paul. « Vous donnerez, reprit le saint, l’autre tunique à l’évêque Sérapion, et vous garderez pour vous mon cilice. » Puis, sentant que le dernier moment était arrivé, il se tourna vers les deux disciples : « Adieu, leur dit-il, mes fils bien-aimés ; votre Antoine s’en va, il n’est plus avec vous. »

C’est avec cette simplicité et cette grandeur que la vie monastique s’inaugurait dans les déserts de l’Égypte, pour rayonner de là dans l’Église entière ; mais à qui ferons-nous hommage de la gloire d’une telle institution, à laquelle seront désormais attachées les destinées de l’Église, toujours forte quand l’élément monastique triomphe, toujours affaiblie quand il est en décadence ? Qui inspira à Antoine et à ses disciples l’amour de cette vie cachée et pauvre, mais en même temps si féconde, sinon, encore une fois, le mystère des abaissements du Fils de Dieu ? Que tout l’honneur en revienne donc à notre Emmanuel, anéanti sous les langes, et cependant tout rempli de la force de Dieu.

Le moyen âge des Églises d’Occident nous a légué, dans les anciens Missels, plusieurs Proses en l’honneur de saint Antoine. Comme elles sont assez peu remarquables, nous n’en donnerons ici qu’une seule.

SÉQUENCE.

Chantons en pieux accords, et, par dévotes louanges, célébrons Antoine.

Exaltons le Saint de Dieu, et honorons en ses Saints l’auteur de toutes choses.

Antoine foule aux pieds la fleur du monde, et ses trésors et ses honneurs, pour obéir à l’Évangile.

Il s’enfuit au désert, pour ne pas courir au hasard, en cette arène de la vie.

Sa vie, à lui, fut admirable : comme ermite, il resplendit de gloire ; mais voici que l’ennemi cauteleux

Livre bataille ; Antoine subit de rudes et fréquents assauts ; mais il n’est point abattu par le choc du diable.

A grands coups il est flagellé, et les démons impitoyables le déchirent horriblement.

Mais la lumière brille au ciel, et dans les nues a résonné l’éclatante voix de Dieu :

« Parce que vaillamment tu as combattu dans la lutte, ton nom sera connu en toute contrée.

« Tout l’univers te proclamera ; pour repousser les maladies ardentes, partout tu seras invoqué. »

Nous voyons cet oracle accompli, ô Antoine ! et le monde entier rempli de ton nom.

Toute gent dévote t’implore et t’offre ses vœux de reconnaissance, pour tes puissants bienfaits.

Tantôt sous la forme d’une femme séduisante, tantôt sous l’apparence d’un or précieux,

Le démon lui tend des pièges. Fourbe, à quoi bon tant d’audace, pour succomber dans la lutte ?

Mille fraudes, mille astuces sont vaines ; à lui seul, il fait reculer l’enfer frémissant.

Devant ce soldat vétéran, sous sa robuste main, l’ennemi tremble et grince des dents.

Sans cuirasse pour protéger sa poitrine, l’athlète a tenu tête à un pareil champion.

De l’eau pour boisson, la terre pour lit : ce sont là ses armes, et il est vainqueur.

Des herbes pour nourriture, des feuilles de palmier pour vêtement, des bêtes féroces pour compagnons dans sa solitude.

Des prières assidues, un travail sans relâche, un sommeil court ont éteint les feux de la volupté.

Il confond les Ariens et les philosophes profanes ; il visite Paul, et ce voyage n’est ni vain ni superflu.

Il le trouve encore vivant, et voit sa sainte âme s’envoler aux cieux, laissant son corps à la terre.

Maintenant, ô Antoine, tu jouis de la gloire dans l’empire de la lumière : laisse émouvoir tes compatissantes entrailles sur nous, courbés sous le poids de la chair.

Et pour nous arracher à la mort de la terrible géhenne, tends-nous la main ; défends-nous du feu ardent, et procure-nous la gloire après le trépas.

Amen.

L’Église Grecque procède avec enthousiasme à la louange de saint Antoine, dans ses Menées, dont nous avons extrait les strophes suivantes :

Quand tu t’enfermas, plein de joie, dans un sépulcre, ô Père, pour l’amour du Christ, tu y souffris avec courage les assauts des démons ; tu repoussas, par la prière et l’amour, leurs tentations plus faibles qu’une fumée ; alors, les Anges applaudirent et crièrent : Gloire à Celui qui te fortifie, Antoine !

Tu parus, ô sage, comme un autre Elie, ayant sous toi des disciples célèbres, nouveaux Elisées ; céleste père, enlevé comme sur un char, tu leur laissas ton douta le esprit ; maintenant qu’ils sont ta gloire, tu te souviens, heureux Antoine, de tous ceux qui célèbrent avec amour ta vénérable solennité.

Honorons Antoine, Ange sur la terre, homme de Dieu dans le ciel, ornement du monde, la fleur des hommes vertueux, la gloire des Ascètes ; planté dans la maison du Seigneur, il a fleuri dans la justice ; et, comme un cèdre au désert, il a multiplié le troupeau des brebis spirituelles du Christ, dans la sainteté et la justice.

O homme illuminé des rayons de l’Esprit, quand le divin amour te consuma et fit envoler ton âme dans la région sublime et désirable de l’amour, tu méprisas la chair et le sang, et devenu étranger au monde, tu fus uni par une ascèse profonde et un doux repos à Celui qui te remplissait ; alors tu cherchais les vrais biens, et tu resplendissais comme une étoile pour illuminer nos âmes, ô Antoine !

Toi, qui as brisé les flèches et les traits des démons par l’amour du divin Esprit, et qui as dévoilé à tous leur malice et leurs embûches, tout éclatant d’enseignements divins, de divines illustrations, tu es devenu le très brillant flambeau des Moines, la première gloire du désert, le suprême médecin des âmes malades, l’archétype des vertus, ô Antoine, notre père !

Professant sur la terre la vie ascétique, tu as émoussé, ô Antoine, tous les traits des passions dans le torrent de tes larmes ; échelle divine et vénérable qui nous élèves jusqu’aux cieux, tu guéris les infirmités des passions de ceux qui, avec foi, crient vers toi : Etoile dorée de l’Orient, réjouis-toi, lampe et pasteur des Moines ; réjouis-toi, homme digne de louanges, disciple du désert, colonne inébranlable de l’Église ; réjouis-toi, chef illustre et libérateur des âmes errantes ; réjouis-toi, ô notre gloire, brillant honneur de l’univers !

Tu es devenu comme une colonne éclatante et appuyée sur les vertus, comme une nuée qui porte l’ombre, toi qui as été préposé à ceux qui, habitant le désert, contemplent Dieu dans les cieux. Tu as divisé la mer des passions par le bois de la croix ; tu as rendu facile la voie difficile et ardue qui mène au ciel, et découvert, ô très heureux, l’éternel héritage ; toi qui assistes au trône du Christ avec les purs esprits, supplie-le d’accorder à nos âmes une grande miséricorde.

Laissant là les agitations de la vie, portant ta croix sur les épaules, tu t’es confié tout entier au Seigneur, devenu étranger à la chair et au monde, tu as été, ô Père, le familier de l’Esprit-Saint ; c’est pourquoi, réveillant le zèle dans les peuples, tu as fait déserter les villes, transféré la cité dans la solitude. Antoine, toi qui portes Dieu, prie le Christ Dieu d’accorder la rémission des péchés à ceux qui célèbrent avec amour ta sainte mémoire.

Nous nous unissons à l’Église entière, ô illustre Antoine, pour vous offrir l’hommage de notre vénération, et pour exalter les dons que l’Emmanuel vous a départis. Que votre vie a été sublime, et vos œuvres fécondes ! Vous êtes véritablement le Père d’un grand peuple, et l’un des plus puissants auxiliaires de l’Église de Dieu. Priez donc pour l’Ordre Monastique, et obtenez qu’il renaisse et se régénère dans la société chrétienne. Priez aussi pour chacun des membres de la grande famille de l’Église. Souvent, votre intercession a été utile à nos corps, en éteignant les ardeurs mortelles qui les consumaient ; daignez continuer d’exercer ce pouvoir bienfaisant. Mais guérissez surtout nos âmes, trop souvent consumées de flammes plus dangereuses encore. Veillez sur nous dans les tentations que l’ennemi ne cesse de nous susciter ; rendez-nous vigilants contre ses attaques, prudents pour prévenir les occasions funestes, fermes dans le combat, humbles dans la victoire. L’ange des ténèbres vous apparaissait sous des formes sensibles ; pour nous, trop souvent, il déguise ses coups ; que nous ne soyons pas victimes de ses illusions Que la crainte des jugements de Dieu, que la pensée de l’éternité dominent notre vie tout entière ; que la prière soit notre fréquent recours, et la pénitence notre rempart. Enfin et surtout, selon votre conseil, ô Pasteur des âmes, que l’amour de Jésus nous remplisse de plus en plus, de Jésus qui a daigné naître ici-bas pour nous sauver et pour nous mériter les grâces par lesquelles nous triomphons de Jésus qui a daigné souffrir la tentation, afin de nous apprendre comment on y résiste.


Bhx Cardinal Schuster, Liber Sacramentorum

Le nom de ce célèbre patriarche fut prononcé pour la première fois à Rome par saint Athanase, qui, décrivant ses vertus et ses miracles aux lointains descendants des Gracques et des Scipions sur l’Aventin, dans la maison de Marcelle, leur inspira l’amour de la vie monastique.

Cependant, la fête de saint Antoine n’entra que fort tard dans le calendrier romain et ce fut quand s’élevèrent sous son vocable, en France et en Italie, à l’occasion de la maladie appelée feu sacré ou de saint Antoine, un grand nombre d’hôpitaux et de chapelles.

A Rome plusieurs églises étaient dédiées au saint, près du môle d’Hadrien, à Ripetta, au Forum Romain ; mais la plus célèbre s’élevait sur l’Esquilin — l’antique basilique de Saint-André, de Junius Bassus, dédiée par la suite à l’illustre Père du monachisme égyptien — près de Sainte-Marie-Majeure, et qui avait un hôpital, à elle annexé, où, sous Innocent III, trouva un asile temporaire saint François d’Assise.

La messe est celle du Commun des Abbés, comme pour la fête de saint Sabbas, sauf la lecture de l’Évangile qui est prise en saint Luc, XII, 35-40. Le divin Sauveur a voulu que nous ignorions l’heure de notre mort, afin que, comme de bons serviteurs, nous fussions toujours dans l’attente du Maître qui rentre chez lui durant la nuit.


Dom Pius Parsch, le Guide dans l’année liturgique

Soyez un bon soldat contre le démon.

Saint Antoine. — Jour de mort : 17 janvier 356. — Tombeau : d’abord en un lieu inconnu sur la montagne Kolzin au bord de la mer Rouge, puis, en 561, les restes du saint furent déposés à Alexandrie. Ils se trouvent maintenant à Saint-Julien d’Arles. Image : on le représente en ermite, avec la croix égyptienne en forme de T, avec un livre, avec la cloche de mendiant, avec un porc (symbole des tentations diaboliques). Sa vie : Antoine « le Grand », le « père des moines », est du nombre de ces saints dont la vie exerça sur les générations suivantes une grande influence. Né dans la moyenne Égypte, de parents distingués, il se consacra complètement, après la mort prématurée de ceux-ci, à la mortification. Un jour, il entendit, à l’église, ces paroles de l’Évangile : « Si tu veux être parfait, va, vends tous tes biens et donne-les aux pauvres » (Math. XIX, 21). Il crut que le Christ avait dit ces paroles spécialement pour lui et qu’il devait obéir au Seigneur. Il vendit donc tous ses biens-fonds et en donna le prix aux pauvres. Il n’eut plus désormais pour lit que la terre nue où il se couchait quand le sommeil l’emportait. Il observait un jeûne si rigoureux, qu’il ne mangeait que du pain et du sel et étanchait sa soif avec de l’eau. De plus, il ne mangeait et ne buvait rien avant le coucher du soleil. Parfois, il resta jusqu’à deux jours sans prendre de nourriture ; il passait souvent les nuits entières en prières. Le saint souvent et longtemps tenté par l’Esprit mauvais, mais il n’en resta que plus ferme dans le bien. Il exhortait ainsi ses disciples à combattre le démon : « Croyez-moi, le démon a peur de vos pieuses veilles, de vos jeûnes, de votre pauvreté volontaire, de votre piété, de votre humilité et surtout de votre amour enflammé pour le Christ Notre-Seigneur. Dès qu’il voit le signe de la sainte Croix, il s’enfuit confondu. » Il mourut en 356, à l’âge de 105 ans, sur le mont Kolzin, près de la mer Rouge. Un an après, son ami, le courageux confesseur de la foi, saint Athanase écrivit sa vie qui, pendant des siècles, fut le manuel de l’ascétisme. Le but et la tâche de l’ascétisme, pour lui, est le calme, la sérénité et l’équilibre de l’âme ; l’ascétisme ne tend pas à l’anéantissement du corps, mais à sa soumission, afin de rétablir l’harmonie primitive, la vraie nature de l’homme.

La messe (Os justi). — La messe est celle du commun des Abbés, avec l’Évangile du serviteur vigilant. L’Église nous indique ainsi de quels points de vue principaux nous devons considérer notre saint. Il est, avant tout, le grand ermite, l’Abbé et le père des moines. Il est le grand silencieux ; la solitude est la mère des pensées sages et le silence enseigne le bon usage de la langue (Intr.).

Dans la Leçon, saint Antoine est dépeint comme un second Moïse, le bien-aimé de Dieu et des hommes ; sa parole a chassé les démons, comme nous le savons par sa vie. Dieu l’a glorifié devant les rois et les peuples. C’est pourquoi l’on vante sa « douceur » et sa « fidélité » (Au sens littéral, la leçon parle de Moïse, c’est pourquoi on parle de la nuée à travers laquelle Dieu le conduisit, mais la comparaison de saint Antoine avec Moïse prête à de belles considérations. Le désert d’Égypte, à travers lequel Moïse conduisit le peuple de Dieu, fut peuplé par Antoine d’ermites et de moines).

A l’Évangile, l’Église abandonne le commun et choisit de préférence la parabole du serviteur vigilant. Tel était notre saint. Toute sa vie il porta dans ses mains « la lampe allumée » de l’amour de Dieu et, debout, les « reins ceints » de la mortification la plus rigoureuse, il attendit le Seigneur qui devait venir. Maintenant il est assis au banquet nuptial, dans le ciel. La messe est une image de ce divin banquet et une participation à sa gloire. (Nous voyons une fois encore que les messes du commun ne sont vivantes et plastiques que lorsque nous les appliquons à la vie des saints).

La biographie de saint Antoine. — C’est un usage antique dans l’Église de lire la vie des saints, le jour de leur fête. Or, je voudrais recommander aux lecteurs de ce livre de se procurer des vies classiques de saints, ou bien d’autres ouvrages qui mettent en lumière leur physionomie. On pourrait lire la vie d’un saint, le jour de sa fête, et en continuer la lecture pendant toute l’Octave. Au premier rang de ces livres, il faudrait placer la célèbre « Vie de saint Antoine » de saint Athanase. C’est un saint qui écrit au sujet d’un saint. Des siècles ont trouvé, dans ce livre, édification et profit spirituel. Il a converti beaucoup de gens, comme on peut s’en rendre compte, par exemple, en lisant les Confessions de saint Augustin. Antoine vécut environ vingt ans dans la solitude. « Mais son âme était purifiée, il n’était chagriné d’aucune douleur et n’était adonné à aucune joie. Il n’y avait en lui ni rire ni tristesse ; la vue de la foule ne l’égarait pas, le salut cordial de tant d’hommes ne l’émouvait pas, mais il était entièrement fermé aux vaines illusions, comme un homme gouverné par la raison, dans un état harmonieux. »

Voici un extrait du grand discours de saint Antoine aux moines. « Que ceci soit de préférence l’effort commun : ne pas défaillir dans l’œuvre commencée, ne pas perdre courage dans les épreuves et ne pas dire : il y a si longtemps que nous nous livrons à l’ascèse ! Au contraire, recommençons, pour ainsi dire, chaque jour et augmentons sans cesse notre zèle. Car toute la vie humaine est courte par rapport aux temps futurs, tellement courte que notre temps n’est rien comparé à la vie éternelle. Aussi, mes enfants, persévérons dans l’ascèse. Mais pour ne pas défaillir, il est bon de méditer la parole de l’Apôtre : « Je meurs tous les jours. » Si nous vivons avec l’image de la mort devant les yeux, nous ne pécherons pas. Mais cette parole nous dit que, le matin, nous devons nous réveiller comme si nous ne devions pas voir le soir et, le soir, nous endormir comme si nous ne devions pas nous réveiller. Car, naturellement, notre vie est incertaine et nous est mesurée chaque jour par la Providence. Si nous nous mettons dans ces dispositions, et que nous vivions ainsi chaque jour, nous ne tomberons pas dans le péché, aucune passion ne il nous enchaînera, aucune colère ne nous émouvra, aucun trésor terrestre ne nous retiendra, mais, nous rendant chaque jour la mort présente, nous ne nous attacherons à aucune chose. »


SAINT ANTOINE **

Antoine vient de ana, au-dessus, et ateneus, qui tient: les choses d'en haut, et méprise celles de la terre. Il méprisa (175) d'ailleurs le monde qui est immonde, inquiet, transitoire, trompeur, amer. Voici ce que saint Augustin en dit : « O monde impur, pourquoi tant de bruit? Pourquoi t'attaches-tu à nous perdre ? Tu veux nous retenir et tu fuis. Que ferais-tu si tu n'étais pas passager? Qui ne tromperais-tu pas, si tu étais doux ? Tu es amer et tu présentes des aliments agréables seulement à l’extérieur. » Saint Athanase a écrit sa vie.

Antoine avait vingt ans quand il entendit lire dans l’Eglise : « Si tu veux être parfait, va vendre tout ce que tu as et le donne aux pauvres. » Alors il vendit tous ses biens, les distribua aux pauvres et mena la vie érémitique. Il eut à supporter de la part des démons d'innombrables tourments. Une fois qu'aidé de la foi, il avait surmonté l’esprit de fornication, le diable écrasé lui, apparut sous la figure d'un enfant noir et s'avoua vaincu par lui : car il avait obtenu aussi par ses prières de voir le démon de la fornication qui séduisait les jeunes gens ; et l’ayant vu sous la forme que nous venons de mentionner; il dit : « Tu m’as apparu sous un aspect bien vil, et je ne te craindrai plus désormais. » Une autre fois qu'il était caché dans un tombeau, une multitude de démons le battit avec une telle violence que celui qui lui apportait à manger le transporta comme un mort sur ses épaules : tous ceux qui s'étaient rassemblés pleuraient son trépas, mais Antoine reprit vie aussitôt en présence des assistants désolés, et se fit reporter dans le même tombeau par son serviteur. Comme il était étendu par terre à cause de la douleur de ses blessures, il provoquait encore par force d'esprit les démons à de nouvelles luttes. Alors ceux-ci lui apparurent sous différentes formes de bêtes féroces, et le déchirèrent à coups de dents, de cornes et de griffes. Mais tout à coup apparut une clarté admirable qui mit en fuite les démons, et Antoine fut incontinent guéri. Ayant reconnu que J.-C. était là, il dit: « Où étiez-vous, bon Jésus ? Où étiez-vous ? Que n'étiez-vous ici dès le commencement pour me prêter secours et me guérir de mes blessures! » Le Seigneur lui répondit : « Antoine, j'étais ici, mais je restais te regarder combattre ; or, maintenant que tu as lutté avec vigueur, je rendrai ton nom célèbre dans tout l’univers. » Sa ferveur était si grande que, au moment où l’empereur Maximien faisait massacrer les chrétiens, il suivait lui-même les martyrs, afin de mériter d'être martyrisé avec eux, et se désolait véhémentement de ne recevoir pas cette faveur.

En voyageant dans un autre désert, il trouva un plat d'argent et se mit à dire à part lui : « Comment ce plat ici, où il n'y a pas trace d'homme ? Si un voyageur l’avait laissé tomber, il n'eût pu ne pas s'en apercevoir à cause de sa grandeur. Ceci, diable, c'est un artifice de ta part : mais tu ne pourras jamais changer ma volonté. » Et en disant cela, le plat s'évanouit comme de la fumée. Peu de temps après, il trouva une grande masse d'or pur, mais le saint s'enfuit comme devant du feu. Il arriva ainsi à une montagne, où il passa vingt ans, pendant lesquels il se rendit illustre par d'innombrables miracles. Une fois qu'il était ravi en esprit, il vit le monde entier rempli de filets enlacés les uns dans les autres : et il s'écria : « Oh ! qui pourra s'en dégager? » Et il entendit une voix qui dit : « L'humilité. » Une fois les anges l’élevaient en l’air ; viennent les démons qui l’empêchent de passer en lui opposant les péchés qu'il avait commis depuis sa naissance. Les anges leur dirent: « Vous ne devez pas raconter des fautes qui ont été effacées par la miséricorde de J.-C. : mais si vous en savez d'autres qu'il ait commises depuis qu'il s'est fait moine, produisez-les. » Et comme ils n'en pouvaient produire, Antoine est élevé librement en l’air par les anges et déposé libre.

Voici ce que raconte saint Antoine lui-même : « J'ai vu un jour un diable d'une stature extraordinaire qui osa se dire la force et la providence de Dieu et m’adressa ces paroles : « Que veux-tu que je te donne, Antoine ? » Mais moi, je lui jetai une masse de crachats à la figure; je me précipitai sur lui au nom de J.-C. et aussitôt il disparut. » Le diable lui apparut une fois comme un géant énorme dont la tête semblait toucher le ciel. Antoine lui ayant demandé qui il était et ayant reçu réponse qu'il était Satan; celui-ci dit ensuite : « Pourquoi les moines m’attaquent-ils ainsi, et pourquoi les chrétiens me maudissent-ils? » Antoine lui répondit : « Ils ont raison; puisque tu les importunes souvent par tes embûches. » Et le diable reprit : « Je ne les importune pas du tout; ce sont eux-mêmes qui se brouillent les uns les autres; car je suis réduit à néant puisque J.-C. règne à présent partout. » Un archer vit un jour saint Antoine qui prenait quelque délassement avec les frères et cela lui déplut. Alors Antoine lui dit : « Mets une flèche sur ton arc et tire. » Il le fit et comme il était prié de le faire une seconde et une troisième fois, l’archer dit: « Je pourrai bien tirer tant de fois que je m’exposerai au chagrin de briser mon arc.» Antoine reprit : « Il en est de même dans le service de Dieu ; si nous voulions y persister outre mesure, nous serions brisés vite : il convient donc de se délasser quelquefois. » Ce qu'ayant entendu cet homme, il se retira édifié.

Quelqu'un demanda à Antoine : « Que dois-je observer pour plaire à Dieu? » Antoine répondit: « Quelque part que vous alliez, ayez toujours Dieu devant les yeux : Dans vos actions, appuyez-vous du témoignage des Saintes Écritures : En quelque lieu que vous vous fixiez, ne le quittez pas trop vite : Observez ces trois points et vous serez sauvé. » Un abbé demanda à Antoine : « Que ferai-je? » Antoine lui dit : « N'ayez pas confiance en votre propre justice ; contenez votre ventre et votre langue, et n'ayez pas à vous repentir d'une chose passée. » Puis il ajouta. « De même que les poissons meurent pour rester quelque temps sur la terre, de même les moines qui restent hors de leur cellule, et qui séjournent avec les gens du monde, perdent bientôt la résolution qu'ils ont prise de vivre dans la retraite. » Saint Antoine dit encore : « Celui qui, une fois entré en solitude, y reste, est délivré de trois ennemis : l’ouïe, le parler et la vue : il ne lui en reste plus qu'un à combattre : c'est son coeur. »

Quelques frères vinrent avec un vieillard visiter l’abbé Antoine; et celui-ci dit aux frères : « Vous avez un bon compagnon dans ce vieillard. » Puis il dit au vieillard : « Père, vous avez trouvé de bons frères avec vous ! » « Ils sont bons, il est vrai, dit celui-ci, mais leur maison est sans porte, car qui veut, entre dans l’étable et délie l’âne. » Il parlait ainsi, car ce qu'ils avaient au fond du coeur était aussitôt sur leurs lèvres. L'abbé Antoine dit qu'il y a trois mouvements corporels, l’un qui vient de nature, l’autre, de plénitude de nourriture, le troisième, du démon. Il v avait un frère qui n'avait renoncé au siècle qu'en partie, car il s'était réservé quelque bien. Antoine lui dit : « Allez acheter de la viande. » Il y alla et comme il rapportait sa viande, les chiens se jetaient sur lui et le mordaient. Alors Antoine dit : « Ceux qui renoncent au siècle et qui veulent avoir de l’argent sont ainsi attaqués et déchirés par les démons. » Antoine, dans son désert, se trouva accablé d'ennui : « Seigneur, disait-il, je veux être sauvé, et mes pensées m’en empêchent. » Après quoi il se leva, sortit et vit quelqu'un qui s'asseyait et travaillait, puis qui se levait et priait. Or, c'était un ange du Seigneur qui lui dit. « Fais de même et tu seras sauvé. » Un jour les frères interrogèrent Antoine sur l’état des âmes: la nuit suivante, une voix l’appela et lui dit : « Lève-toi, sors et regarde. » Et voilà qu'il vit un homme très grand, affreux, qui touchait par sa tête. aux nuages : il étendait les mains. pour empêcher quelques hommes qui avaient des ailes de voler vers le ciel ; il n'en pouvait retenir d'autres qui volaient sans difficulté et le saint entendait des cantiques de joie mêlés à des cris de douleur : il comprit que c'était l’ascension des âmes dont quelques-unes étaient empêchées par le diable qui les retenait dans ses filets, et qui gémissait de ne pouvoir entraver les saints dans leur vol. » Un jour, Antoine travaillait avec les frères, il leva les yeux au ciel et eut une affligeante vision: il se prosterna et pria Dieu de détourner le crime qui se devait commettre ; alors les frères l’interrogeant sur cela, il dit avec larmes et sanglots qu'un crime inouï menaçait le monde. « J'ai vu, dit-il, l’autel du Seigneur entouré d'une multitude de chevaux qui brisaient tout à coups de pied : la foi catholique sera renversée par un tourbillon affreux et les hommes, semblables à des chevaux, saccageront les choses saintes. » Puis une voix se fit entendre : « Ils auront mon autel en abomination. » Or, deux arts après, les Ariens firent irruption dans l’Église dont ils scindèrent l’unité; souillèrent les baptistères et les églises, et immolèrent comme des brebis les chrétiens sur les autels.

Un grand d'Égypte, de la secte d'Arius, appelé Ballachius, ravageait l’Église de Dieu, fouettait les vierges et les moines tout nus en public. Antoine lui écrivit en ces termes : « Je vois venir sur toi la colère de Dieu : cesse à l’instant de persécuter les chrétiens de peur que la vengeance divine ne te saisisse; elle te menace d'une mort prochaine. » Le malheureux lut la lettre, s'en moqua et la jeta par terre en vomissant des imprécations; après avoir fait battre rudement les porteurs, il répondit à Antoine : « De même que tu as grand soin des moines, nous te soumettrons, nous aussi, à une discipline rigoureuse. » Et cinq jours après, il montait un cheval très doux qui, par ses morsures, le jeta à terre, lui rongea et lui déchira les jambes; il mourut le troisième jour. Quelques frères demandèrent une, parole de salut à Antoine et il leur répondit : « Vous avez entendu la parole du Seigneur : « si quelqu'un vous frappe sur une joue, présentez-lui l’autre. » « Nous ne pouvons, dirent-ils, exécuter cela. » « Au moins, reprit Antoine, supportez avec patience, quand on vous frappera d'un côté. » « Nous ne le saurions encore, répondirent-ils. » Antoine dit : Au moins, laissez-vous plutôt frapper que de frapper vous-mêmes. » « Nous ne pouvons pas davantage. » Alors Antoine dit à son disciple : « Préparez des friandises à ces frères, parce qu'ils sont bien délicats : la prière seule vous est nécessaire. » On lit ces détails dans les Vies des Pères. Enfin, Antoine, parvenu à l’âge de 105 ans, embrassa ses frères et mourut en paix sous Constantin, qui régna vers l’an du Seigneur 340.

** Saint Athanase rapporte tous les faits consignés dans cette légende.

La Légende dorée de Jacques de Voragine nouvellement traduite en français avec introduction, notices, notes et recherches sur les sources par l'abbé J.-B. M. Roze, chanoine honoraire de la Cathédrale d'Amiens, Édouard Rouveyre, éditeur, 76, rue de Seine, 76, Paris mdccccii


SAINT ATHANASE. LA VIE DE SAINT ANTOINE [1]

C’est un combat très avantageux que celui où vous vous êtes engagés, d'égaler par votre vertu celle des Solitaires d’Egypte, et d’esssayer, même, de les surpasser par une généreuse émulation. Il y a déjà parmi vous plusieurs maisons de Solitaires où la discipline religieuse est très bien observée. Chacun louera avec raison votre dessein, et Dieu accordera sans doute à vos prières l'heureux accomplissement de vos désirs. Aussi, voyant que vous me demandez avec instance de vous faire une relation de la manière de vivre du bienheureux Antoine, et que vous désirez apprendre comment il commença à suivre une profession si sainte, ce qu’il était auparavant , quelle a été la fin de sa vie et si les choses que l'on publie à son sujet sont véritables, afin de pouvoir entrer encore dans une plus grande perfection par son imitation et par son exemple, j'ai entrepris avec beaucoup de joie ce que votre charité m'ordonne, parce que de mon côté, je ne saurais me remettre devant les yeux les saintes actions d'Antoine sans en tirer un grand avantage ; et je fuis assuré que du vôtre vous entendrez avec tant d'admiration ce que je vous en dirai, que cela fera naître en vous un ardent désir de marcher sur les pas de ce grand serviteur de Dieu, puisque pour des Solitaires, c'est connaître le vrai chemin de la perfection que de savoir quelle a été la vie d'Antoine.

Ne craignez donc point d’ajouter foi à ce que l'on vous a rapporté de lui, et croyez plutôt que ce ne sont que les moindres de ses excellentes vertus. Car comment aurait-on pu vous en informer entièrement, vu que tout ce que je vous en écrirai par cette lettre, après avoir rappelé ma mémoire pour satisfaire à votre désir, n'égale nullement ses actions. Mais vous-mêmes informez-vous-en soigneusement auprès de ceux qui passeront d’ici vers vous, mais même si chacun rapporte tout ce qu'il sait, il fera très difficile d'en faire une relation qui réponde à la dignité du sujet.

J’avais eu dessein après avoir reçu vos lettres, d’envoyer quérir quelques Solitaires, et principalement ceux qui allaient souvent le visiter, afin qu'en étant mieux informé, je puisse vous en donner une plus particulière connaissance : mais parce que le temps de la navigation était passé et que celui qui m'a rendu vos lettres, était pressé de s'en retourner, je me suis hâté de satisfaire à votre piété, en vous écrivant ce que j'en sais par moi-même, comme l'ayant souvent vu, et ce que j'en ai pu apprendre d'un Solitaire, qui a demeuré longtemps avec lui, et qui lui donnait souvent à laver les mains. J'ai eu soin partout de demeurer dans les termes de la vérité, ce dont j'estime devoir vous avertir, afin que si quelqu'un entend rapporter de lui des actions encore plus grandes que celles que je vous dirai, cette multitude de merveilles ne lui en diminue pas la créance ; et que si au contraire, il n'en apprend que des choses qui soient au dessus de son mérite, cela ne le porte pas à mépriser un si grand Saint.

CHAPITRE I.

La patrie d'Antoine fut l'Egypte, où il naquit de parents nobles et riches qui, étant chrétiens, l’élevèrent chrétiennement. Ils le nourrirent en leur maison, et il ne connaissait qu'eux et leur famille. Lors qu'il eut grandi, il ne voulut point apprendre les lettres, de peur que cela ne l'engageât à avoir communication avec les autres enfants. Car ainsi qu'il est écrit de Jacob : Tout son désir était de demeurer avec simplicité dans la maison. Quand on le menait à l’église, il ne s'amusait point à badiner comme les autres enfants ; et lorsqu’il fut plus grand, il ne se laissa nullement emporter à la négligence et à la paresse. Il était très attentif à la lecture, et conservait dans son cœur le fruit que l’on en pouvait tirer. Il rendait une grande obéissance à son père et à sa mère, et bien qu’il soient fort à l’aise, il ne les importunait jamais pour faire bonne chère, et ne cherchait point les plaisirs d'une nourriture délicate ; mais se contentait de ce qu'on lui donnait, et ne désirait rien de plus.

Lorsque son père et sa mère moururent, ils le laissèrent à l'âge de dix-huit à vingt ans avec une sœur encore fort jeune. Il prit soin d'elle et de la maison comme il le devait. Mais six mois s’étaient à peine écoulés, qu'un jour où il allait à l’église, selon sa coutume, avec grande dévotion, il pensait en lui-même pendant le chemin, comment les Apôtres avaient suivi Jésus-Christ en abandonnant toutes choses, et comment plusieurs autres, ainsi qu'on le voit dans les Actes, vendaient leurs biens et en mettaient le prix aux pieds des Apôtres, pour qu’il soit distribué à ceux qui en avaient besoin, et combien grande était la récompense qui les attendait dans le ciel. Alors qu’il avait, dis-je, l'esprit plein de ces pensées, il entra dans l'église au moment où on lisait l'Evangile où notre Seigneur a dit à ce jeune homme qui était riche : « Si tu veux être parfait, vends tout ce que tu as, donne-le aux pauvres, et viens, et suis-moi, et tu aurais un trésor au Ciel » (Mt 19, 21). Antoine regarda la pensée qu'il avait eue de l'exemple des premiers Chrétiens, comme lui ayant été envoyée de Dieu, et ce qu'il avait entendu de l’Evangile, comme si ces paroles n’avaient été lues que pour lui. Il retourna soudain à son logis, et distribua à ses voisins, afin qu'ils n’aient rien à démêler avec lui ni avec sa sœur, tous les héritages qu'il avait de son patrimoine, qui étaient trois cents mesures de terre très fertile et très agréable. Et quant à ses meubles il les vendit tous, et en ayant tiré une somme considérable, il donna cet argent aux pauvres, à l’exception de quelque chose qu'il retint pour sa sœur.

Chapitre II

Etant une autre fois entré dans l’église, et entendant lire l'Evangile où Jésus-Christ dit : « Ne vous inquiétez pas du lendemain » (Mt 6, 34), il ne put se résoudre à demeurer davantage dans le monde. Et ainsi, il donna aux plus pauvres ce qui lui restait et mit sa sœur entre les mains de quelques filles fort vertueuses qui étaient de sa connaissance, afin de l'élever dans la crainte de Dieu, et dans l'amour de la virginité. Il quitta sa maison pour embrasser une vie solitaire, veillant sur lui-même, et vivant dans une très grande tempérance : il n'y avait pas alors en Egypte beaucoup de maisons de solitaires, et nul d'entre eux ne s'était encore avisé de se retirer dans le désert, mais chacun de ceux qui voulaient penser sérieusement à son salut, demeurait seul en quelque lieu près de son village. Dans un petit champ proche d'Antoine, il y avait un bon vieillard, qui dès sa première jeunesse avait passé toute sa vie en solitude. L'ayant vu et étant touché d’un louable désir de l’imiter, il commença à demeurer aussi dans un lieu séparé du village, et s’il apprenait qu’il y avait quelqu’un qui travaillait avec soin pour s’avancer en cette sorte de vie, il imitait la prudence des abeilles en allant le voir ; et il ne s’en retournait pas sans l’avoir vu, afin de remporter de sa conversation quelques instructions qui lui serviraient à se former à la douceur des vertus chrétiennes.

Ayant commencé ainsi, il fortifiait son esprit dans le dessein de servir Dieu ; il ne se souvenait plus ni de ses parents, ni de ses alliés, et ne pensait à autre chose qu’à s’employer de tout son pouvoir à acquérir la perfection de la vie solitaire ; il travaillait de ses mains, sachant qu’il est écrit : « Que celui qui ne travaille pas, ne doit pas manger » (2 Th 3, 10) ; et ne gardant que ce qu’il lui fallait pour vivre, il donnait le reste aux pauvres. Il priait très souvent, parce qu’il avait appris qu’il fallait sans cesse prier dans son cœur (1 Th 5) ; et il lisait avec tant d’attention, que n’oubliant jamais rien de ce qu’il avait lu, sa mémoire lui servait de livres.

Cette manière de vivre le faisait aimer de tous. Il se soumettait avec joie aux serviteurs de Dieu qu’il allait visiter, et pour s’instruire de ce en quoi chacun d’eux excellait dans les exercices de la vie solitaire, il considérait l’humeur agréable de l’un et l’assiduité à prier de l’autre ; il observait quelle était la douceur d’esprit de celui-ci, et la bonté de celui-là ; il remarquait les veilles de l’un, et l’amour de l’étude d’un autre. Il admirait la patience des uns, et les jeûnes et les austérités de quelques autres qui n’avaient pour lit que la terre toute nue. Il se rendait attentif à voir la douceur de l’un et la constance de l’autre. Il gravait dans son cœur quel était leur amour à tous pour Jésus-Christ, et la charité qu’ils se portaient. Et ainsi rempli de toutes ces images, il s’en retournait dans sa solitude où, repassant en son esprit les vertus qu’il avait vues séparées en tant de personnes, il s’efforçait de les rassembler toutes en lui seul. Il n’était pas jaloux de ceux de son âge, si ce n’est à ne pas paraître le dernier dans les exercices de la vertu, mais même en cela même il fâchât personne ; au contraire ils en avaient de la joie, et ainsi tous ces saints amis qu’il avait dans son voisinage, et avec lesquels il communiquait, le voyant vivre de la sorte, l’appelaient le bien-aimé de Dieu, et le nommaient en le saluant, les uns leur fils, et les autres leur frère.

Chapitre III

Mais le démon, qui hait tout ce qui est digne de louange et qui voit toutes les bonnes actions des hommes, ne pouvant souffrir de voir une personne de cet âge se porter avec tant d’ardeur dans un tel dessein, résolut d’user contre lui de tous les efforts qui seraient en son pouvoir. La première tentation, dont il se servit pour le détourner de la vie solitaire, fut de lui mettre devant les yeux les biens qu’il avait quittés, le soin qu’il devait prendre de sa sœur, la noblesse de sa race, l’amour des richesses, le désir de la gloire, les diverses voluptés qui se rencontrent dans les délices, et tous les autres plaisirs de la vie. Il lui représentait d’un autre côté les extrêmes difficultés et les travaux qui se rencontrent dans l’exercice de la vertu, la faiblesse de son corps, le long temps qui lui restait encore à vivre ; et enfin, pour tâcher de le détourner de la sainte résolution qu’il avait prise, il éleva dans son esprit comme une poussière et un nuage épais de diverses pensées. Mais se trouvant trop faible pour ébranler un aussi ferme dessein que celui d’Antoine, et voyant qu’au lieu d’en venir à bout il était vaincu par sa constance, renversé par la grandeur de sa foi, et mis à terre par ses prières continuelles, alors, se confiant avec orgueil, selon les paroles de l’Ecriture (Job 11) aux armes de ses reins, qui sont les premières embûches qu’il emploie contre les jeunes gens, il s’en servit pour l’attaquer, le troublant la nuit, et le tourmentant le jour, de telle sorte que ceux qui se trouvaient présents voyaient le combat qui se passait entre eux.

Le démon présentait à son esprit des pensées d’impureté ; mais Antoine les repoussait par ses prières. Le démon chatouillait ses sens ; mais Antoine, rougissant de honte, comme s’il y eut eu en cela de sa faute, fortifiait son corps par la foi, par l’oraison, et par les veilles. Le démon, se voyant ainsi surmonté, prit de nuit la figure d’une femme et en imita toutes les actions afin de le tromper. Mais Antoine, élevant ses pensées vers Jésus-Christ et considérant quelle est la noblesse et l’excellence de l’âme qu’il nous a donnée, éteignit ces charbons ardents dont il voulait par cette tromperie embraser son cœur. Le démon lui remit encore davantage devant les yeux les douceurs de la volupté ; mais Antoine, comme entrant en colère et en s’affligeant, se représenta les gênes éternelles dont les impudiques sont menacés, et les douleurs de ce remord qui, comme un ver insupportable, ronge pour jamais leur conscience.

Ainsi en opposant ces saintes considérations à tous ces efforts, ils n’eurent aucun pouvoir pour lui nuire. Et quelle plus grande honte pouvait recevoir le démon, lui qui ose s’égaler à Dieu, que de voir une personne de cet âge se moquer de lui, et de se trouver terrassé par un homme revêtu d’une chair fragile, lui qui se glorifie, comme il le fait, d’être par sa nature toute spirituelle élevé au-dessus de la chair et du sang ! Mais le Seigneur qui, par l’amour qu’il nous porte, a voulu prendre une chair mortelle, assistait son serviteur et le rendait victorieux du démon afin que chacun de ceux qui combattent contre lui puisse dire avec l’Apôtre : « Non pas moi, mais la grâce de Dieu qui est en moi » (1 Co 15).

Enfin, comme ce dragon infernal vit qu’il ne pouvait de cette manière surmonter Antoine qui l’avait si généreusement repoussé de son cœur, alors en grinçant des dents, ainsi qu’il est dit dans l’Ecriture (Mc 9), et tout transporté de fureur, il se présenta à lui sous la figure d’un enfant aussi noir qu’est son esprit, et, les tromperies lui ayant si mal réussi, il se confessa vaincu. Il ne l’aborda plus avec de simples raisonnements, mais prenant une voix humaine, il lui dit : J’en ai trompé plusieurs, et j’en ai surmonté encore davantage ; mais maintenant en voulant t’attaquer, ainsi que je l’ai fait bien d’autres fois, pour te faire sortir du chemin si laborieux où tu es entré, j’ai éprouvé ma faiblesse. Antoine lui demanda : Qui es-tu, qui me parle de la sorte ? Il répondit d’une voix lamentable : Je me nomme l’esprit de fornication, et c’est moi qui chatouille les sens des jeunes gens pour les porter à la volupté. Et combien en ai-je trompé qui avaient résolu de vivre chastement ? Je suis celui au sujet duquel le Prophète accuse ceux qui sont tombés dans le vice en leur disant : « Vous avez été trompé par l’esprit de fornication » ( ). Car c’était moi qui les avais surmontés. Je suis celui qui t’ai troublé tant de fois, et que tu as toujours repoussé.

Antoine, rendant grâces à Dieu, et prenant encore de nouvelles force par ce discours, lui dit : Tu es donc bien méprisable, puisque tu as l’esprit si noir, et la faiblesse d’un enfant. Ainsi je n’ai plus garde de t’appréhender, ni de te craindre. « Car le Seigneur est ma force et je mépriserai tous les ennemis » (Ps 117). Cet esprit de ténèbres, étonné par ces paroles, s’enfuit à l’instant et craignait de l’approcher.

Chapitre IV

Ce fut là la première victoire que saint Antoine remporta sur le démon, ou pour mieux dire que remporta par lui notre Sauveur, qui a condamné le péché dans notre chair, afin d’accomplir en nous la justification de la Loi, lorsque nous ne vivons pas selon la chair, mais selon l’esprit (Rm 8, 4). Antoine ne considérant pas le démon comme entièrement terrassé, ne se rendit point négligeant, mais se tint toujours sur ses gardes ; et le démon ne se tenant pas vaincu, continua à lui dresser des embûches. Il tournait à l’entour de lui comme un lion rugissant pour trouver quelque occasion de lui nuire (1 P 5). Et Antoine ayant appris de l’Ecriture sainte qu’il en a diverses tactiques, travaillait avec plus de soin que jamais à s’avancer dans la perfection de la vie solitaire, sachant que, bien que le démon ne pouvait pas le tromper en touchant son cœur par le désir des voluptés corporelles, il s’efforcerait par d’autres voies de le faire tomber par d’autres pièges, n’ayant point de plus grand plaisir que de faire pécher les hommes. Ainsi il châtia son corps de plus en plus, et le réduisit en servitude, de peur qu’étant demeuré victorieux dans un combat, il ne se trouvât vaincu dans un autre. Aussi il décida de s’accoutumer à une vie encore plus austère ; et quoique plusieurs l’admirassent en cela, ses austérités lui semblaient douces ; d’autant que l’extrême affection avec laquelle il les supportait, avait au fil du temps formé une si puissante habitude en lui, que à la moindre occasion qui lui était donnée il embrassait avec ardeur toute sorte de travaux.

Ses veilles étaient telles, que souvent il passait la nuit entière sans fermer l’œil ; et cela non pas une seule fois, mais si souvent que c’était une chose admirable. Il ne mangeait jamais qu’une fois le jour après que le soleil était couché, ou de deux jours en deux jours ; et souvent il passait trois jours entiers sans manger. Il n’avait pour toute nourriture que du pain et du sel, et pour breuvage que de l’eau. Il n’est pas besoin de parler ici de la chair et du vin, puisque tous les autres solitaires ne savaient pas plus que lui ce que c’était que d’en user. Lorsqu’il voulait prendre un peu de repos, il n’avait pour lit que des joncs tissés ensemble et un cilice, mais le plus souvent il couchait sur la terre toute nue. Il ne voulait jamais se frotter d’huile, disant que les jeunes gens non seulement avaient grand avantage à faire voir par leur ferveur la gaieté avec laquelle ils embrassent les travaux de la vie solitaire, que de rechercher et de se servir des choses qui rendent le corps efféminé ; mais qu’ils devaient même s’accoutumer aux austérités en se souvenant de cette parole de l’Apôtre : Je ne suis jamais plus fort que lorsque je suis faible (2 Co 12, 10). Il voulait nous faire entendre par là, que la vigueur de notre âme s’augmente par le retranchement des voluptés de notre corps. Et certes on ne saurait trop admirer ce raisonnement, qui faisait voir qu’Antoine ne mesurait pas par le temps ni par sa retraite la vertu dont il faisait profession, mais par le zèle et la persévérance avec laquelle il la pratiquait. Ainsi ne pensant point au temps qu’il avait passé dans ces saints exercices et vivant comme s’il n’eût fait que commencer, il s’avançait de jour en jour avec plus de travail que jamais dans la perfection de la vie solitaire, se remettant continuellement devant les yeux ce passage de saint Paul : il faut oublier ce qui est derrière soi pour avancer plus avant (Ph 3, 14). Il se souvenait aussi de ce que dit le prophète Elie : Le Seigneur est vivant, et il faut que je paraisse aujourd’hui en sa présence (III R 18, 15). Sur quoi il remarquait qu’il usait de ce mot d’aujourd’hui, parce qu’il comptait pour rien le temps passé ; mais que se considérant comme s’il n’eût fait que commencer à servir Dieu, il s’efforçait chaque jour de se rendre tel qu’il devait être pour se présenter devant lui, c’est-à-dire avec une conscience pure et une grande préparation de cœur pour obéir à toutes ses volontés et ne servir que lui seul. A quoi il ajoutait que tous ceux qui font profession de la vie solitaire doivent prendre pour règle et pour patron le grand Elie, et voir dans ses actions comme dans un miroir quelle doit être leur conduite.

Chapitre V

Antoine se resserrant ainsi lui-même dans ces étroites limites s’en alla dans des sépulcres fort éloignés du bourg ; et après avoir prié l’un de ses amis de lui apporté du pain de temps en temps, il entra dans l’un de ces sépulcres et ferma la porte sur lui, demeurant ainsi tout seul. Le démon ne pouvant le souffrir, et craignant que dans peu de temps le désert ne soit rempli de solitaires, il vint de nuit avec une grande troupe de ses compagnons, et le battit de telle sorte qu’il le laissa par terre tout couvert de plaies et sans pouvoir dire une seule parole, à cause de l’excès des douleurs qu’il ressentait, et qu’il assurait depuis avoir été telles qu’elles ne peuvent être égalées par tous les tourments que les hommes pourraient nous faire endurer. Mais la providence de Dieu qui n’abandonne jamais ceux qui espèrent en lui, fit que son ami vint le lendemain pour lui apporter du pain. Ayant ouvert la porte et l’ayant trouvé étendu par terre comme mort, il le porta sur ses épaules dans l’église du bourg et il le mit à terre. Plusieurs de ses proches et des habitants du lieu y accoururent et s’assirent auprès de lui, le considérant comme mort. Environ vers minuit, Antoine revenant à lui, vit qu’ils s’étaient tous endormis et que son ami seul veillait. Alors il lui fit signe de venir à lui et le pria que sans éveiller personne, il le reportât dans le sépulcre où il l’avait pris. Ce qu’il fit. Antoine referma la porte comme de coutume et continua d’y demeurer seul. Ne pouvant se tenir debout à cause des blessures qu’il avait reçues du démon, il priait couché par terre ; et après avoir achevé sa prière, il criait à haute voix : « Me voici. Antoine n’appréhende point les maux que tu peux lui faire ; et quand tu m’en ferais encore de beaucoup plus grands, rien ne saurait me séparer de l’amour de Jésus-Christ (Rm 8, 35). Il chantait aussi ce verset de psaume : Même si des armées venaient m’attaquer, mon cœur ne serait point touché de crainte (Ps 28, 3). C’était là les pensées et les paroles de ce saint solitaire.

Mais ce capital et irréconciliable ennemi des saints, s’étonnant de ce qu’après avoir été si maltraité par lui, il ait encore la hardiesse de revenir, assembla ces autres malheureux esprits qui, comme des chiens enragés, sont toujours prêts à déchirer les gens de bien, et tout transporté de dépit et de fureur, il leur dit : « Vous voyez comment nous n’avons pu dompter cet homme, ni par l’esprit de fornication, ni par les douleurs que nous lui avons fait souffrir en son corps ; mais qu’au contraire il a encore la hardiesse de nous défier. Préparons-nous donc à l’attaquer d’une autre manière, puisqu’il ne nous est pas difficile d’inventer diverses sortes de méchancetés pour nuire aux hommes. A la suite de ces paroles, cette troupe infernale fit un tel vacarme que toute la demeure d’Antoine en fut ébranlée, et les quatre murailles de sa cellule étant entrouvertes les démons y entrèrent en foule, et prenant la forme de toutes sortes de bêtes farouches et de serpents, remplirent sur le champ ce lieu de diverses figures de lions, d’ours, de léopards, de taureaux, de loups, d’aspics, de scorpions et d’autres serpents ; chacun d’eux jetait des cris conformes à sa nature. Les lions rugissaient comme s’ils voulaient le dévorer ; les taureaux semblaient être prêts à le percer de leurs cornes ; et les loups à se jeter sur lui avec furie ; les serpents se traînant contre terre, s’élançaient vers lui, et il n’y avait pas un seul de tous ces animaux dont le regard ne fut aussi cruel que farouche, et dont le sifflement ou les cris ne fussent horribles à entendre.

Antoine étant ainsi accablé par eux et percé de coup, sentait bien augmenter en son corps le nombre de ses blessures ; mais son esprit incapable d’étonnement, résistait à tous ces efforts avec une confiance invincible. Et alors que ses gémissements témoignaient de l’excessive douleur que son corps ressentait de tant de plaies, son esprit demeurait toujours dans la même vigilance ; et il disait aux démons, comme en se moquant d’eux : si vous aviez quelque force, un de vous suffirait pour me combattre ;; mais parce que Dieu anéantit toute votre puissance, vous tâchez par votre grand nombre de me donner de la crainte, et rien ne montre davantage votre faiblesse que le fait d’avoir été réduits à prendre la forme de ces animaux déraisonnables. Il ajoutait à cela avec une grande confiance : si vous avez quelque force, et si Dieu vous a donné la puissance de me nuire, pourquoi tardez-vous davantage à me la faire sentir ; et si vous n’en avez point, pourquoi faites-vous tant d’efforts inutilement ? Ignorez-vous que le signe de la croix, et la foi que j’ai en Notre Seigneur sont pour moi comme un rempart inébranlable contre toutes vos entreprises et tous vos assauts ?

Les démons ayant essayé en vain tous les moyens en leur pouvoir, grinçaient des dents de rage en voyant qu’il se moquait d’eux ainsi alors qu’ils prétendaient se moquer de lui. Jésus-Christ n’abandonnant pas son fidèle serviteur dans un si grand combat, vint du ciel à son secours. Antoine levant les yeux vit le comble du bâtiment s’entrouvrir, et un rayon resplendissant dissiper les ténèbres et l’environner de lumière. Soudain tous le démons disparurent, toutes se douleurs cessèrent, et le bâtiment fut rétabli en son premier état. Antoine connut aussitôt que le Seigneur était venu pour l’assister, remplissait ce lieu-là de sa présence, et ayant encore davantage repris ses esprits, et se trouvant soulagé de tous ses maux, il dit en adressant la parole à cette divine lumière : Où étais-tu, mon Seigneur, et mon Maître ? Et pourquoi n’es-tu pas venu dès le commencement, afin d’adoucir mes douleurs ? Alors il entendit une voix qui lui répondit : Antoine, j’étais ici ; mais je voulais être spectateur de ton combat ; et maintenant je vois que tu as résisté courageusement sans céder aux efforts de tes ennemis. Je t’assisterai toujours et rendrai ton nom célèbre par toute la terre. Ayant entendu ces paroles, il se leva pour prier, et sentit en lui tant de vigueur qu’il connut que Dieu lui avait rendu beaucoup plus de force qu’il n’en avait auparavant. Il avait alors environ trente-cinq ans.

Chapitre VI

Ayant ensuite plus d’ardeur que jamais pour s’avancer dans la piété, il fut chez le vieillard dont j’ai parlé ci-dessus, et le pria de trouver bon qu’ils aillent ensemble dans le désert ; mais celui-ci allégua son âge et la nouveauté qu’il y avait en cela. Antoine partit aussitôt pour aller seul dans la montagne.

Le démon, voyant son extrême ferveur et voulant en empêcher l’effet, jeta sur son chemin un plat d’argent d’une excessive grandeur. Antoine, reconnaissant la ruse de cet esprit impur, s’arrêta et considérant dans ce plat le démon, n’en tint pas compte mais se dit en lui-même : « D’où peut être venu ce plat en ce désert où il n’y a aucun sentier et où l’ont ne voit pas trace pas une trace de pas d’homme ? Et quand même quelqu’un y serait allé et l’aurait laissé tomber, sa taille le rend très facile à apercevoir et la solitude de ces lieux inhabités l’aurait fait retrouver à celui qui, l’ayant perdu, serait revenu pour le chercher. Mais c’est ici, ô démon, l’une de tes tromperies ; elle ne retardera pas l’exécution du dessein que j’entreprends avec tant de joie. Garde donc ton argent et qu’il périsse avec toi (Ac 8, 20) ». Aussitôt ces paroles achevées, ce plat s’évanouit comme la fumée.

Antoine, continuant son chemin, aperçut, non plus par illusion comme auparavant, mais en réalité, une grande masse d’or. Il assurait bien, depuis, que cet or était véritable, mais il ne dit point, et nous ne savons pas, si ce fut l’ennemi qui le lui fit voir, ou si ce fut quelque ange qui voulut éprouver par là ce fidèle serviteur de Dieu, et faire connaître au démon quel était son mépris pour le plus précieux de tous les métaux. Antoine admirant la quantité qu’il y en avait, passa par-dessus comme il aurait passé par-dessus un feu, et quittant ce lieu-là pour n’y jamais revenir, il prit sa course, afin d’en fuir la présence par son éloignement. S’affermissant ainsi de plus en plus en sa résolution, il s’en alla dans la montagne où, ayant trouvé au-delà d’une rivière un vieux château plein de serpents, car il était abandonné depuis longtemps, il s’y arrêta et y établit sa demeure. Tous ces animaux s’enfuirent aussitôt comme si on les eût chassés et lui, après avoir pris du pain pour six semaines — les moines de la Thébaïde ont l’habitude d’en faire qui dure même un an entier sans se corrompre — et ne manquant pas d’eau, il entra dans ce château, comme s’il fut entré dans un temple, et après en avoir fermé l’entrée, il y demeura seul sans en sortir et sans y laisser entrer personne.

Il vécut longtemps de la sorte, et recevait seulement de six mois en six mois des pains qu’on lui jetait par-dessus son toit. Ceux de ses amis qui venaient le visiter, étant contraints — puisqu’ils ne les recevait point dans le lieu où il était — de passer souvent au dehors les jours et les nuits, ils entendaient au-dedans, comme des troupes de gens qui murmuraient, qui faisaient un très grand bruit, et qui criaient d’une voix lamentable : « Quitte ce lieu qui nous appartient ! Qu’as-tu à faire dans le désert ? Penses-tu pouvoir résister à nos embûches ? » Entendant cela, ils croyaient d’abord que c’étaient des hommes qui, étant descendus avec des échelles, se battaient avec lui. Mais, ayant regardé par une fente et ne voyant personne, et étant saisis de frayeur, ils appelaient Antoine qui ne témoignait pas moins de charité pour les rassurer que de mépris pour ceux qui leur avaient occasionné de la crainte. Ses amis venant souvent ainsi pour le voir, et croyant le trouver mort, l’entendaient chanter ces psaumes :

Que Dieu étende seulement son bras, et ses ennemis seront dispersés,

ceux qui le haïssent s’enfuiront loin de sa face ;

Ils s’évanouiront comme la fumée,

et les pécheurs seront exterminés par la présence de Dieu,

comme le feu fait fondre la cire.

Je me suis trouvé environné de toutes parts ;

mais en implorant l’assistance du Seigneur,

j’ai triomphé de tous mes ennemis (Ps 117, 12).

Chapitre VII

Antoine passa environ vingt ans de la sorte, sans jamais sortir et sans être vu de personne, sauf de rares exceptions. Enfin, plusieurs désirant avec ardeur l’imiter dans cette sainte manière de vivre et, d’un autre côté, un grand nombre de ses amis étant venus le trouver et voulant à toute force rompre sa porte, il sortit comme d’un sanctuaire où il s’était consacré à Dieu et avait été rempli de son Esprit. Ce fut alors la première fois qu’il parut hors de ce château à ceux qui venaient vers lui et ils furent remplis d’étonnement en le voyant avec une vigueur plus grande que celle qu’il avait jamais eue. Il n’avait pas grossi par manque d’exercice, ni maigri par suite de tant de jeûnes et des combats qu’il avait soutenu contre les démons. Il avait le même visage qu’avant d’être solitaire, la même tranquillité d’esprit, et l’humeur aussi agréable. Il n’était ni abattu de tristesse, ni dans une joie excessive : son visage n’était ni trop gai ni trop sévère ; il ne témoignait ni déplaisir en se voyant environné d’une si grande multitude, ni complaisance en étant salué et révéré par tant de personnes ; mais, étant en toutes choses dans une égalité et une modération d’esprit admirable, il montrait bien qu’il n’était gouverné que par la raison. Dieu guérit par lui plusieurs malades, délivra plusieurs possédés ; et il donnait tant de force et de douceur à ses paroles qu’elles consolaient les affligés et réconciliaient ceux qui vivaient dans la discorde, leur disant à tous qu’il n’y a rien dans le monde de préférable à l’amour que nous devons porter à Jésus-Christ. Ils les exhortait aussi à penser sérieusement aux biens à venir et à l’extrême charité que Dieu a témoigné pour nous, en n’épargnant pas son propre Fils, mais le livrant à la mort pour notre salut (Rm 8). Et ainsi, il persuada plusieurs personnes d’embrasser la vie solitaire ; ce qui fut l’origine des nombreux monastères que l’on vit se bâtir dans les montagnes. De là vient que les déserts furent habités par un si grand nombre d’hommes qui abandonnaient tous leurs biens, pour devenir citoyens de la céleste Jérusalem.

L’obligation de visiter ses disciples l’ayant conduit à traverser la fosse d’Arsinoë qui était pleine de crocodiles, il se mit en prière, puis passa, sans que ni lui ni aucun de ceux qui l’accompagnaient n’en reçoivent le moindre mal. Etant retourné à son monastère, il ne diminua rien aux austérités et aux travaux qu’il supportait étant plus jeune. Ses fréquentes exhortations augmentaient la ferveur de ceux qui étaient déjà solitaires et portèrent plusieurs autres à embrasser la même vie. Et ainsi, par la bénédiction que Dieu donnait à ses paroles, il se fit plusieurs monastères qui, le reconnaissant comme leur Père, étaient soumis à sa conduite.

Chapitre VIII

Tous les solitaires s’étant un jour rassemblés auprès de lui, le priaient de leur faire quelque exhortation. Il leur dit en langage égyptien : « Bien que l’Ecriture sainte soit suffisante pour notre instruction, c’est une chose louable de nous exciter les uns les autres en ce qui est de la foi, et de nous exercer en des discours saints et salutaires. Ainsi, puisque vous êtes mes enfants, vous me rapporterez comme à votre Père les connaissances que vous aurez acquises dans la piété ; et moi, comme étant plus âgé que vous, je vous dirai ce que j’ai appris et ce qui je sais par expérience.

La première chose que nous devons observer, c’est de n’avoir tous ensemble q’un même dessein, de ne nous relâcher jamais dans la sainte résolution que nous avons prise, et de ne point nous décourager dans les travaux, en disant qu’il y a longtemps que nous pratiquons une vie si austère. Mais au contraire, il faut augmenter de jour en jour notre ferveur, comme si nous ne faisions que commencer : car notre vie, comparée aux siècles à venir, est si courte, qu’elle ne doit être considérée que comme un néant en proportion de l’éternité. Il y a de l’égalité dans le commerce qui s’exerce en cette vie, car le vendeur ne reçoit de l’acheteur que la valeur de la chose qu’il lui vend. Mais il n’en est pas de même pour la vie éternelle, puisqu’elle s’acquiert par un si petit prix. Il est écrit :

La vie ordinaire des hommes est de soixante-dix ans,

celle des plus vigoureux de quatre-vingt ;

et si l’on passe ce terme,

le reste n’est que douleur et que misère (Ps 89, 10).

Quand donc nous emploierions quatre-vingt ans au service de Dieu dans la solitude, le temps que nous règnerons avec lui dans le ciel ne sera pas borné par une si petite durée ; mais au lieu de ce nombre d’années, nous jouirons de sa gloire et de ses couronnes durant toute une éternité. Ayant combattu sur la terre, nous n’hériterons pas la terre, mais le ciel ; et après avoir quitté ce corps mortel, nous le reprendrons tout revêtu d’immortalité. C’est pourquoi, mes enfants, ne nous décourageons point, n’ayons point d’impatience, et ne nous imaginons pas que nous faisons beaucoup pour Dieu, puisque les souffrances de cette vie n’ont point de proportion avec la gloire dont nous jouirons en l’autre (Rm 8, 18).

Que nul d’entre vous ne pense avoir beaucoup quitté en quittant tout ce qu’il avait : car si toute la terre étant comparée à la vaste étendue du ciel, ne peut passer que pour un point, même nous l’avions toute possédée et l’avions quittée, qu’aurions-nous fait pour acquérir le royaume du ciel ? Et comme on méprise une drachme pour en gagner cent, ainsi celui qui serait maître de toute la terre et y renoncerait pour gagner le ciel, perdrait fort peu et gagnerait le centuple. Mais si toute la terre ensemble est indigne d’être comparée au ciel, celui qui quitte seulement quelques arpents de terre, peut dire qu’il n’a rien quitté ; et quand il aurait quitté une belle maison et de grandes richesses, il ne doit ni s’en glorifier, ni en avoir du regret, mais considérer que, même s’il n’avait point abandonné toutes ces choses pour faire une action vertueuse, la mort le contraindrait à les quitter et il serait peut-être contraint de les laisser, comme il arrive souvent, à ceux qu’il ne voudrait pas, ainsi qu’il est dit dans l’Ecclésiaste (4, 8). Ce qui fait qu’il n’y a rien que nous ne devions abandonner volontairement et dans le dessein de plaire à Dieu, afin d’acquérir le Royaume du ciel. N’ayons donc aucun désir de rien posséder ; car quel avantage y a-t-il de posséder des choses que nous ne saurions emporter avec nous ? Mais efforçons-nous d’en acquérir qui nous suivront dans le tombeau, comme la prudence, la justice, la tempérance, la force, l’intelligence des choses saintes, la charité, l’amour des pauvres, la foi en Jésus-Christ, la douceur d’esprit, et l’hospitalité. En possédant toutes ces qualités, elles nous feront obtenir d’être reçus dans l’heureux séjour de ceux qui sont doux et humbles de cœur. Mais il faut bien prendre garde qu’elles ne nous entraînent pas dans la négligence ; ce que nous éviterons en considérant que nous sommes serviteurs de Dieu et obligés de lui rendre une entière obéissance. Un serviteur, en effet, n’oserait dire : Je ne travaillerai point aujourd’hui parce que j’ai travaillé hier ; il n’allègue pas ses services passés pour se dispenser de les continuer. Mais comme il est rapporté dans l’évangile, il témoigne toujours la même promptitude à servir, afin de plaire à son maître et éviter sa colère et ses châtiments. Ainsi nous devons travailler continuellement dans la sainte manière de vivre que nous avons embrassée, sachant que si nous nous relâchions un seul jour, notre maître ne nous le pardonnerait pas en considération de nos actions précédentes, mais serait en colère contre nous à cause de notre négligence, comme il est écrit dans Ezéchiel (18, 24.26). Ainsi Juda, par l’infidélité d’une seule nuit, perdit tout le fruit de ses travaux passés. C’est pourquoi, mes enfants, demeurons fermes dans l’observance de nos règles et ne succombons pas au découragement puisque, comme il est écrit, Dieu travaille avec nous et coopère avec celui qui est résolu à bien faire (Rm 8, 28).

Or, pour ne point se laisser aller à la négligence, il faut méditer cette belle parole de l’Apôtre : Je meurs tous les jours (1 Co 15, 31). Car si nous vivons comme devant mourir chaque jour, nous ne pècherons jamais. Pour pratiquer cela, nous devons penser en nous éveillant le matin que nous ne vivrons pas jusqu’au soir ; et en allant nous coucher, que nous ne verrons pas le lendemain ; car notre vie est incertaine et la providence de Dieu en tient le compte chaque jour. Si nous sommes dans ces pensées et si nous vivons toujours de la sorte, nous ne pècherons point ; nous ne désirerons rien ; nous ne nous fâcherons contre personne et nous n’amasserons point de trésors sur la terre ; mais attendant la mort à toute heure, nous ne voudrons rien posséder ; nous pardonnerons à tout le monde ; nous ne serons point passionnés de l’amour des femmes, ni d’aucune autre des voluptés criminelles ; et nous mépriserons tous ces plaisirs fragiles et passagers, en nous représentant avec effroi le jour du dernier jugement : car le péril et l’appréhension de tomber dans les tourments et les douleurs, étouffe le désir des plus grandes voluptés, et soutient l’âme prête à tomber dans le péché.

Ayant donc commencé à marcher dans le chemin de la vertu, continuons avec courage, afin d’arriver au but (Ph 3, 14) que nous nous sommes proposé. Que nul de vous n’imite la femme de Loth, en regardant derrière soi, car le Seigneur a dit que ceux qui, après avoir mis la main à la charrue, regardent en arrière, ne sont pas propres au Royaume de Dieu (Lc 9, 62). Or, regarder derrière soi, n’est pas autre chose que de se repentir de ce que l’on a entrepris et s’engager de nouveau dans les affections du siècle.

Que le nom de la vertu ne nous étonne pas et ne nous surprenne pas, comme si c’était une chose fort extraordinaire. Elle n’est pas éloignée de nous ni hors de nous ; mais elle est en nous-mêmes, et il nous est facile de l’embrasser, pourvu que nous le voulions. Les Grecs traversent les mers et vont dans les pays éloignés, pour apprendre les sciences, mais nous n’avons pas besoin de faire de grands voyages pour acquérir le royaume du ciel, ni de traverser les mers pour nous instruire de la vertu, puisque Notre Seigneur a dit : Le Royaume de Dieu est en vous-mêmes (Lc 17, 21). Ainsi la vertu n’a besoin que de notre volonté, puisqu’elle est en nous, et tire son origine de nous-mêmes. Car cette partie de notre âme qui, de sa nature, est intelligente, est vertu et elle conserve sa nature lorsqu’elle demeure telle qu’elle a été créée. Or elle a été créée toute belle et toute juste, ce qui a fait dire à Jésus fils de Navé, parlant au peuple d’Israël : Rendez votre cœur droit en la présence de votre Dieu (Jos 24, 23), et à saint Jean : Rendez droites les voies du Seigneur (Mt 3, 4). Or avoir l’âme droite n’est autre chose que de conserver son âme dans la pureté même dans laquelle elle a été créée. Si elle décline et se détourne de sa nature, on dit alors que l’âme est corrompue et vicieuse. Ainsi ce que je vous propose, n’est pas si difficile puisque, si nous demeurons dans l’état même où nous avons été créés, nous serons vertueux, et si au contraire nous nous portons à de mauvaises pensées et à de mauvais desseins, nous serons condamnés comme méchants. S’il fallait sortir hors de nous pour acquérir la vertu, j’avoue qu’il y aurait de la difficulté ; mais puisqu’elle est en nous-mêmes, prenons garde de ne pas nous laisser emporter à de mauvaises pensées et à conserver notre âme à Dieu comme un dépôt que nous avons reçu de sa main, afin que demeurant dans l’état où il lui a plu de la former, il reconnaisse en nous son ouvrage.

Chapitre IX

Nous devons aussi travailler avec grand soin à travailler nos inclinations, pour empêcher qu’elles ne nous assujettissent à nos passions déréglées ; car il est écrit : La colère de l’homme n’opère point la justice de Dieu : la concupiscence conçoit et enfante le péché et le péché étant accompli engendre la mort (Jc 1, 15). Vivant de la sorte, nous conserverons notre pureté en toute assurance et, suivant le langage de l’Ecriture (Pr 4, 23), nous veillerons sur notre cœur pour empêcher qu’il ne se laisse surprendre ; car nous avons des ennemis très puissants, très méchants et pleins de ressources, c’est-à-dire les démons, et comme dit l’Apôtre : Il ne nous faut pas seulement combattre contre la chair et le sang, mais aussi contre ces princes du siècle, contre ces puissances spirituelles qui règnent dans les ténèbres, et contre ces esprits de malice qui dominent en l’air (Ep 6, 12). Ils ne sont guère éloignés de nous, puisque l’air qui nous environne en est rempli, et ils sont fort différents les uns des autres : Sur leur nature et sur leur distinction, il y aurait beaucoup de choses à dire ; je le laisse à de plus habiles que moi et me contenterai de vous faire connaître maintenant ce qu’il est nécessaire que vous sachiez, pour ne pas ignorer les ruses dont ils se servent pour nous tromper et pour nous perdre.

Nous devons donc savoir premièrement que les démons, appelés de ce nom, n’ont pas été créés comme tels, car Dieu n’a rien fait de mauvais ; mais ayant été créés bons, ils ont perdu, par leur faute, les perfections célestes qui les rendaient heureux, et se plongeant dans la fange de toutes sortes d’impuretés, ils ont trompé les païens par de fausses apparences. Or comme ils ne haïssent rien tant que les chrétiens, il n’y a point d’artifice dont ils n’usent pour tâcher de nous empêcher de monter au ciel et de remplir les places dont ils ont été chassés à cause de leur orgueil et de leur révolte. C’est pourquoi nous avons besoin de beaucoup de prières et de saints exercices dans la vie dont nous faisons profession, afin que recevant du Saint-Esprit le don de savoir discerner ces esprits de ténèbres, nous puissions connaître quelle est leur nature, ceux d’entre eux qui sont les moins méchants ; ceux qui sont les pires ; à quelle sorte de malice l’inclination de chacun nous porte et quels moyens il faut employer pour les terrasser et les mettre en fuite ; car leurs méchancetés sont diverses et il n’y a point de moyens dont ils cherchent à se servir pour nous surprendre par leurs embûches. Le bienheureux apôtre et ceux qui étaient dans les mêmes sentiments que lui le savaient bien, lorsqu’ils disaient : Nous n’ignorons pas quelles sont leurs pensées (2 Co 2, 11). C’est pourquoi, puisqu’ils nous tentent comme eux, nous devons à leur imitation nous assister et nous secourir les uns les autres. Ce qui m’oblige, mes enfants, à cause de l’expérience que j’en ai faite, à vous dire toutes ces choses.

Sachez donc que ces ennemis irréconciliablement des hommes, voyant que tous les chrétiens, et particulièrement les solitaires, s’avancent dans la vertu par les travaux qu’ils souffrent avec tant de joie, ils commencent à les attaquer par des tentations mettant des obstacles sur le chemin ; et ces obstacles sont les mauvaises pensées qu’ils leur inspirent ; mais il ne faut pas étonner, ni de leurs menaces, puisque les jeûnes et la foi en Jésus-Christ ont le pouvoir de les terrasser à l’heure même. Ils ne perdent pas néanmoins courage en se voyant vaincus, et reviennent soudain avec encore plus d’effort et de finesse. Car, voyant qu’ils ne peuvent ouvertement porter notre cœur à l’amour des voluptés sales et impudiques, ils nous attaquent par une autre voie et s’efforcent de jeter la terreur dans notre esprit par les fantômes qu’ils nous font voir, en se transformant et prenant des figures de femmes, de bêtes farouches, de serpents, de géants, et d’une grande troupe de soldats. Mais toutes ces visions ne sont pas plus à craindre que le reste, puisqu’elles s’évanouissent soudain, principalement lorsque nous nous armons de la foi et du signe de la croix.

Leur audace et leur impudence est néanmoins telle que, bien qu’ils soient vaincus, ils ne cessent pas de revenir d’une autre manière. Ils se vantent d’avoir la science de prédire et de pouvoir faire connaître ce qui peut nous arriver chaque jour : ils se font voir à nous d’une grandeur si prodigieuse, qu’ils touchent de leur tête le haut du toit, et sont d’une largeur excessive, afin de surprendre par ces illusions ceux qu’ils n’ont pu tromper par leurs discours. Mais si, en cela même, ils trouvent notre esprit fortifié par la foi et par l’espérance que notre vie laborieuse et pénitente doit nous faire concevoir, ils amènent enfin avec eux leur malheureux prince, qui paraît souvent comme Dieu le dépeignait à Job :

Ses yeux sont étincelants comme l’étoile du jour,

il sort de sa bouche des flambeaux ardents

et des tourbillons de flamme.

Ses narines jettent une fumée

aussi épaisse que serait celle d’une fournaise (Job 41, 10-13).

Lorsqu’il se montre sous cette forme, il jette l’épouvante, comme je l’ai dit. Et comme il s’y connaît en toutes sortes de méchancetés et d’artifices, il se vante et nous promet de grandes choses pour nous tromper, se faisant voir tel que Dieu continue de le représenter à Job :

Il considère le fer comme de la paille ;

L’airain comme du bois pourri ;

La mer comme une éponge ;

L’enfer comme son royaume

Et les abîmes comme ses promenades (Job 41, 22-23).

Nous lisons aussi dans un prophète :

Cet ennemi des hommes a dit :

Je les poursuivrai

jusqu’à ce que je les ai réduits sous ma puissance (Ex 15).

Et dans Isaïe :

Je me rendrai maître de toute la terre,

Avec la même facilité que l’on prend le nid d’un oiseau

Et que l’on emporte les œufs

Que le père et la mère ont abandonné (Is 10, 14).

Cet esprit malheureux parle de la sorte et se sert de toute son audace, afin de surprendre les justes. Mais si nous sommes fidèles, nous ne craindrons point ses tromperies, et n’ajouterons aucune foi à ses paroles, sachant que c’est un menteur, et qu’il ne dit jamais rien de véritable. Car tous ces discours et ces bravades n’empêchent pas que notre Sauveur n’ait pris ce dragon infernal, comme à l’hameçon, qu’il ne l’ait attaché comme un cheval avec un licol, et enchaîné avec un carcan comme un esclave fugitif à qui on perce les lèvres pour lui fermer la bouche avec un anneau de fer (Job 40, 19-23). Ce misérable se voit tantôt comme un petit oiseau pris par le Seigneur dans les filets pour nous servir de jouet (Job 40, 24), et tantôt il se voit avec ses compagnons comme des scorpions et des serpents foulés aux pieds par les chrétiens. La meilleure preuve en est la résistance que nous lui opposons par notre manière de vivre, puisque celui qui se vantait de sécher les mers et d’assujettir toute la terre, ne peut troubler la vie sainte que nous menons, ni m’empêcher de parler maintenant contre lui. Ne nous arrêtons donc point à ce qu’il nous dit, sachant qu’il ne fait que mentir et n’appréhendons point ces fantômes dont il se sert pour nous épouvanter, puisque ce ne sont que de vaines illusions qui n’ont rien du tout de véritable. Car les lumières qu’il nous fait paraître sont fausses et ne sont que les avant-coureurs et les images des feux qui lui sont préparés pour l’éternité. Ainsi il s’efforce de nous épouvanter par ces flammes qui doivent le brûler à jamais ; il nous les fait voir et elles s’évanouissent aussitôt sans nuire à aucun des fidèles. Elles représentent seulement l’image de celles qui l’attendent dans l’enfer. Nous n’avons donc pas sujet de le craindre, ni tous ces démons, lors même qu’ils nous attaquent de la sorte, puisque la grâce de Jésus-Christ rend inutile toutes ces machines dont ils se servent contre nous.

Ils sont aussi très rusés et toujours prêts à se métamorphoser de plusieurs manières : ce qui fait que souvent, sans les voir, on les entend changer des psaumes et alléguer des passages de l’Ecriture sainte. Souvent aussi, lorsque nous lisons, ils répètent comme en écho nos dernières paroles ; et lorsque nous dormons, ils nous éveillent pour nous avertir de prier, recommençant cela si souvent, qu’ils nous permettent à peine de prendre un peu de repos. Quelquefois aussi, ils paraissent sous des habits de solitaires et tiennent des discours de piété, afin que nous ayant trompés par ces fausses apparences, ils puissent nous persuader de faire ce qu’ils désirent. Mais il ne faut pas les écouter, même s’ils nous éveillent pour prier, ou quand ils nous portent à des jeûnes excessifs, nous conseillent de ne point manger du tout et qu’ils nous exhortent à nous accuser et à nous prosterner à terre à cause des fautes qu’ils savent que nous avons autrefois commises. Car ils ne font tout cela, ni sincèrement, si par piété, mais seulement pour porter les simples au désespoir, afin qu’en leur faisant croire que la vie solitaire est inutile, il leur en donne l’aversion et le dégoût, comme d’un fardeau insupportable, et leur fassent perdre le courage de l’embrasser et de la suivre. C’est pourquoi le Prophète envoyé de Dieu prononce une malédiction contre ceux qui font des choses semblables en disant : Malheur à celui qui est cause de la perte de son prochain, par le trouble qu’il met dans son âme (Ha 2, 15). Car ces discours et ces exhortations ne tendent qu’à nous détourner du chemin de la vertu. Et ainsi, bien que les démons disent la vérité, lorsqu’ils disaient à Jésus-Christ : Tu es le Fils de Dieu (Lc 4, 41), il leur commanda de se taire, de peur qu’ils me mêlent leur malice à la vérité, et pour nous apprendre que nous ne devons jamais les écouter, même s’ils semblent la dire. Il ne convient pas qu’ayant les Ecritures saintes et jouissant de la liberté que Dieu nous a donnée, nous soyons instruits par le démon qui n’a pas gardé les commandements qui lui avaient été donnés à lui-même, et qui a maintenant des pensées toutes contraires à celles qu’il avait lorsqu’il était en grâce. C’est pourquoi Dieu lui défend de se servir du langage de l’Ecriture, lorsqu’il lui dit par la bouche de David :

Le Seigneur a dit au pécheur :

Pourquoi racontes-tu mes justices

et te mêles-tu de parler de ma Loi ? (Ps 49, 16).

Il n’y a rien que les démons ne fassent et ne feignent pour tromper les simples. Ils provoquent de grands bruits, ils éclatent de rire, ils sifflent ; et si l’on ne s’arrête point à tout cela, ils pleurent et se plaignent, comme se reconnaissant vaincus. A cause de cela, Dieu leur ferme la bouche. Et quant à nous, qui sommes instruits par les exemples des saints, nous aurions grand tort de ne pas imiter leur générosité et leur constance. Or dans ces rencontres, ils disaient :

Quand le pécheur s’élevait contre moi,

je me suis tu, je me suis humilié ;

Et je n’ai même pas osé proférer une seule bonne parole (Ps 38, 2).

Et en un autre endroit :

J’étais comme un sourd qui n’entend point,

Comme un muet qui n’ouvre pas la bouche,

Et comme un homme qui n’écoute rien (Ps 37, 14).

Gardons-nous donc bien de les écouter, puisqu’ils sont nos ennemis, et de leur obéir lorsqu’ils nous exhortent à prier et à jeûner. Mais avançons-nous avec plus de courage que jamais dans le chemin où nous sommes entrés, sans nous en laisser détourner par ces esprits malheureux, qui ne font rien que pour nous tromper. Et aussi, ne les craignons nullement, même s’ils nous attaquent et nous menacent de mort, puisque nous savons qu’ils sont faibles et que tout leur pouvoir se réduit à ces menaces.



Chapitre X

Jusqu’ici, je ne vous ai parlé que comme en passant des artifices du démon. Mais vous serez heureux, j’en suis sûr, que je m’étende davantage sur ce sujet, puisqu’il vous sera fort utile de graver cette instruction dans votre mémoire. Lorsque Notre Seigneur est venu au monde, il a terrassé cet ennemi de notre salut, et toutes ses forces ont été détruites. Ainsi ne pouvant plus rien maintenant, il fait comme ces tyrans qui, ayant perdu toute leur puissance, ne peuvent demeurer en repos, et qui, n’ayant plus que la parole, s’en servent pour faire des menaces. Si vous considérez bien toutes ces choses, il vous sera facile de mépriser les démons. S’ils étaient engagés comme nous dans les liens du corps, ils pourraient dire qu’ils ne peuvent nous trouver quand nous nous cachons, ou que lorsqu’ils nous trouvent ils ne peuvent nous nuire. Car nous pourrions nous cacher et les empêcher de venir à nous en leur fermant les portes. Mais il n’en est pas ainsi. Il leur est facile d’entrer même si elles sont fermées, et même de voler dans toute l’étendue de l’air, comme leur malheureux prince le démon, étant toujours prêts à nuire par la malice qui est en eux, suivant ce que Notre Seigneur a dit du démon : il est père de toute malice, et il a été homicide dès le commencement (cf. Jn 8, 44). Il paraît clairement qu’ils ne peuvent rien, puisqu’ils ne sauraient nous faire mourir, bien que notre manière de vivre soit parmi toutes, celle qu’ils ont le plus en horreur. Car le lieu où nous sommes ne les empêche pas de nous dresser des embûches. Ils ne nous considèrent pas comme leurs amis pour nous épargner. Ils n’ont point d’amour pour la vertu qui puisse les porter à bien faire ; et étant remplis de malice, ils n’ont point de plus grande passion que de nuire à ceux qui embrassent la vertu. Mais n’ayant aucune force, tout leur pouvoir se réduit à nous menacer ; et s’ils pouvaient nous faire mal, il n’y aurait rien qu’ils ne tentent pour cela, leur volonté étant toujours portée à nuire aux hommes, et à nous surtout. Ils voient en effet que nous sommes assemblés ici pour parler contre eux et que leur faiblesse augmente à mesure que nous avançons dans la piété. Ainsi, s’ils avaient quelque puissance, ils ne laisseraient pas en vie un seul chrétien. Car le service et l’honneur que l’on rend à Dieu passent pour abomination dans l’esprit des pécheurs, comme dit l’Ecriture sainte (Eccl., 1, 32). Voyant donc qu’ils ne peuvent nous faire le mal dont ils nous menacent, ils tournent leur rage contre eux-mêmes ; vous devez bien considérer cela pour ne pas les craindre. S’ils avaient quelque puissance, ils ne viendraient pas en troupe, ils ne nous présenteraient point de fantômes, et ils ne se métamorphoseraient point pour tâcher de nous tromper ; mais leur pouvoir secondant leur volonté, ils se contenteraient de nous attaquer seuls. Car ceux qui ne manquent pas de force, ne se servent point d’illusions, ni de bruits pour nous épouvanter ; mais sans employer tous ces artifices, ils usent soudain de leur puissance, pour exécuter leurs desseins. Les démons au contraire, parce qu’ils ne peuvent rien, semblent jouer sur un théâtre, changeant de figures, comme pour étonner des enfants par une multitude de fantômes et de visions. Ceci témoignant de leur extrême faiblesse, nous oblige encore davantage à les mépriser. Au contraire ce bon Ange envoyé de Dieu contre les Assyriens n’eut pas besoin de se faire accompagner d’une grande multitude, ni d’emprunter des figures étranges, ni de provoquer de grands bruits, ni de faire de grands efforts ; mais usant sans peine et avec tranquillité de la puissance qui lui était donnée, il tua en un moment cent quatre-vingt-cinq mille hommes (IV R 19, 35). Les démons au contraire, n’ayant pas le pouvoir de ces bienheureux esprits, sont réduits à tâcher de nous étonner par ces diverses visions.

Quelqu’un me dira peut-être, en alléguant l’exemple de Job : comment donc le démon a-t-il pu faire tout le mal qu’il a voulu, comment a-t-il pu le priver de tous ses biens, faire mourir tous ses enfants, et le frapper même en son corps d’une plaie si cruelle ? (Job 1, 15-22 ; 2, 7). Je réponds que ce pouvoir ne vient pas du démon mais de Dieu, qui lui a permis de traiter Job de la sorte, afin d’éprouver sa vertu. Car ne pouvant rien de lui-même, il lui demanda et obtint cette permission, ce qui fait encore voir plus clairement que cet ennemi mortel de notre salut ne peut faire aucun mal aux justes, quelque désir qu’il ait de leur nuire. Car s’il avait ce pouvoir, il ne le demanderait pas, alors qu’il l’a demandé non seulement une fois mais plusieurs fois ; ce qui fait connaître quelle est sa faiblesse et son impuissance. Or il ne faut pas vous étonner qu’il n’ait rien pu de lui-même contre Job, puisqu’il n’a pu nuire à un seul des animaux qui lui appartenaient qu’après en avoir reçu une permission de Dieu. Sa puissance ne s’étend même pas sur les pourceaux, puisque nous lisons dans l’évangile : Permettez-nous d’entrer dans ce troupeau de pourceaux (Mt 8, 21). S’ils n’ont aucun pouvoir sur les bêtes, à combien plus forte raison n’ont-ils point d’empire sur l’homme qui est créé à l’image de Dieu ? Ainsi c’est Dieu seul nous devons craindre ; et bien loin d’en avoir de la crainte, nous ne devons en avoir que du mépris. Plus ils s’efforcent de nous tenter, et plus nous devons nous affermir dans nos saints exercices, puisqu’une vie pure et une foi en Dieu ferme, sont de puissantes armes pour les combattre et pour les vaincre. Car ils redoutent les jeûnes des solitaires, leurs veilles, leurs oraisons, leur douceur, la tranquillité de leur esprit, leur pauvreté volontaire, le mépris qu’ils font de l’honneur, leur humilité, leur charité pour les pauvres, leur miséricorde, leur accoutumance à surmonter la colère, surtout cet amour sincère dont ils brûlent pour Jésus-Christ. C’est pourquoi il n’y a rien que ces malheureux esprits ne fassent, pour empêcher qu’il ne se trouve des personnes qui aient le pouvoir de les fouler aux pieds, sachant quelle est la grâce que notre Sauveur a donné contre eux aux fidèles lorsqu’il leur dit : Je vous donne pouvoir de marcher sur la tête des serpents et des scorpions et de terrasser toutes les puissances de l’ennemi (Lc 10, 19).

Chapitre XI

S’ils feignent d’avoir la science de prédire, gardez-vous bien d’y ajouter foi. Car souvent ils vous avertiront de la venue de vos frères quelques jours auparavant, et ils viendront au temps qu’ils vous auront dit, sans se soucier de la chose en soi, mais afin de vous persuader de les croire et de vous perdre ensuite, après s’être ainsi rendus maître de votre esprit. C’est pourquoi ne les écoutez pas, mais au contraire repoussez-les, en leur disant que vous n’avez nul besoin de leurs prédictions. Car y a-t-il sujet de s’étonner si, ayant des corps incomparablement plus légers que les nôtres, et ayant vu des personnes se mettre en chemin, ils les préviennent par leur vitesse et annoncent leur venue, puisqu’un homme à cheval peut faire la même chose pour un homme à pied ? Il n’y a donc point, en ces occasions, sujet de les admirer, et ils n’ont aucune connaissance des choses avant qu’elles ne soient arrivées, car cela est réservé à Dieu seul (Dn 13, 42). Mais tout ce qu’ils peuvent faire est de rapporter à plusieurs, en commettant une sorte de larcin et grâce à une très grande rapidité, toutes les choses qu’ils voient se passer ici quand nous sommes assemblés, et ce que nous avons dit contre eux, avant qu’aucun de ceux qui sont présents n’ait quitté sa place pour en donner des nouvelles. Ils ne font rien de plus en cela que ce que ferait un homme qui, grâce à son extrême rapidité, laisserait derrière lui quelqu’un qui marcherait lentement. Un exemple le fait comprendre aisément. Si quelqu’un venait ici de la Thébaïde ou de quelque autre province, ils ne sauraient rien de son voyage avant qu’il se fût mis en chemin. Mais lorsqu’ils l’auraient vu en route, ils pourraient par leur vitesse annoncer sa venue avant qu’il arrive, et cet homme arriverait quelques jours après ainsi qu’ils l’auraient prédit. Mais ils se trouveraient être des menteurs si, comme il arrive quelquefois, cet homme retournait sur ses pas.

Ils se servent aussi des inondations des fleuves pour nous tromper lorsque, voyant qu’il a beaucoup plu en Ethiopie, et jugeant par là quel le Nil va déborder, ils se hâtent de venir le dire en Egypte avant que l’inondation y soit arrivée. Ce que les hommes pourraient faire aussi bien qu’eux, s’ils étaient par leur nature aussi rapides et aussi légers. Il en est comme de celui que David avait mis en sentinelle sur un lieu fort élevé. Il aperçut beaucoup plus tôt celui qui venait que ceux qui étaient en bas, et prenant sa course il rapporta ce qui n’était pas encore arrivé, mais ce qui allait arriver sous peu (2 R 18, 24). Ainsi les démons usent de toutes sortes de moyens et s’avertissent les uns les autres afin de tâcher de nous tromper. S’il arrive, par la providence de Dieu à qui toutes choses sont possibles, que cette inondation n’arrive pas, ou que le voyageur ne continue pas son chemin, alors ils se trouvent être menteurs, et ceux qui ont ajouté foi à leurs paroles se trouvent trompés. C’est ce qui arrivait aux oracles des faux dieux des Grecs, et c’est ainsi que ces démons qui parlaient par la bouche de leurs idoles, avaient coutume de tromper les hommes. Mais ces oracles devinrent muets lorsque Notre Seigneur Jésus-Christ étant venu au monde découvrit leur fausseté et rendit inutiles toutes les tromperies des démons. Car ils ne connaissent rien par eux-mêmes et, ainsi que des larrons, ils se disent seulement les uns aux autres toutes les choses qu’ils ont vues et leurs avis doivent plutôt passer pour des conjectures que pour des prédictions. Et bien qu’ils disent parfois la vérité, il ne faut pas pour cela les admirer, puisque nous voyons les médecins, par l’expérience qu’ils ont des maladies, et parce qu’ils en ont vu de semblables chez d’autres personnes, en prédire souvent les suites, comme par une espèce de prophétie. Les pilotes et les laboureurs aussi, en regardant le ciel et la disposition de l’air, présagent qu’il arrivera des orages et des tempêtes, ou que le temps sera calme ; ce que nous n’attribuons pourtant pas à une prescience divine qui serait en eux, mais à leur art et à leur expérience. Ainsi, bien que les démons, par les mêmes conjectures, prédisent les mêmes choses, nous ne devons ni les admirer, ni les écouter. Et quel avantage y a-t-il de savoir quelques jours auparavant ce qui doit arriver ? et quel besoin avons-nous d’être informés de semblables choses, bien qu’elles soient véritables, puisque ces connaissances ne nous servent à rien pour que avancer dans la vertu et nous rendre meilleurs que nous ne sommes ? Car nul d’entre nous ne sera jugé comme coupable à cause de ce qu’il ignore, ni ne passera pour bienheureux à cause de la connaissance qu’il aura de choses semblables. Mais voilà sur quoi nous serons jugés : sommes-nous demeurés fermes dans la foi et avons-nous fidèlement observé les commandements de Dieu ? C’est pourquoi il ne faut pas faire grand cas des autres choses, mais seulement nous employer avec courage et avec labeur à l’accomplissement de nos saints exercices non pour savoir l’avenir, mais afin de nous rendre agréables à Dieu par le soin que nous aurons eu de le servir et de lui plaire. Et nous devons le prier, non de nous donner la science de prédire comme récompense de la vie que nous professons, mais de bien vouloir nous assister dans nos combats contre les démons, afin que nous remportions la victoire. Et si nous avons quelque désir de savoir l’avenir, ayons soin de garder une très grande pureté. Car je crois qu’une âme sans tache et qui demeure dans l’innocence qu’elle a reçue par le baptême, est si clairvoyante qu’elle peut découvrir par des révélations qu’elle reçoit de Dieu, beaucoup plus de choses, et plus lointaines, que ne sauraient le faire les démons. Tel fut l’esprit d’Elie lorsqu’il vit Giezi (IV R 5, 25) et qu’il aperçut les troupes des anges qui étaient autour de lui (IV R 6, 17).

Chapitre XII

Mais il faut que je continue à vous informer des autres tromperies des démons. Lorsqu’ils viennent à vous de nuit pour vous prédire l’avenir et feignent d’être de bons anges, ne les écoutez pas, sachant que tous leurs discours ne sont que des mensonges. S’ils louent la vie solitaire et vous disent que vous êtes bienheureux, fermez les oreilles à cela aussi bien qu’au reste, sans avoir aucun égard pour leurs paroles, et fortifiez-vous plutôt par le signe de la croix, et signez aussi vos maisons ; mettez-vous en oraison et vous les verrez disparaître. Car ils sont timides et craignent extrêmement le signe de la croix de notre Sauveur, parce que c’est par elle qu’il les a désarmés et rendu si méprisables (cf. Col 2, 15). S’ils vous résistent avec impudence, en sautant et en se présentant à vous sous plusieurs formes différentes, ne vous en étonnez pas, et n’ayez aucune foi en eux comme s’ils étaient de bons anges.

Or il est facile, avec la grâce de Dieu, de discerner les uns et les autres. Car la vue des bons anges n’apporte aucun trouble. Ils ne contestent ni ne crient, et on n’entend point leur voix (Is 52, 2). Mais leur présence est si douce et si tranquille qu’elle remplit soudain l’âme de joie, de contentement et de confiance, parce que le Seigneur, qui est notre joie et la puissance de Dieu son Père, est avec eux. Et les pensées qu’ils nous inspirent étant tranquilles et sans aucun trouble, ils illuminent ceux à qui ils apparaissent de telle sorte, qu’ils peuvent sans peine considérer ces bienheureux esprits ; et ils leur donnent un tel amour pour les choses divines et futures, qu’ils voudraient s’unir entièrement à eux et souhaiteraient pouvoir les suivre dans le ciel. Mais comme il y a des hommes qui appréhendent même la vue des bons anges, leur charité est telle qu’ils les délivrent aussitôt de cette crainte, comme Gabriel en délivra Zacharie (Lc 1, 13), et l’ange qui parut au sépulcre en délivra ces saintes femmes qui allaient y chercher Notre Seigneur (Mt 28, 5) ; comme aussi celui qui dit aux bergers dans l’évangile : « N’ayez point de crainte » (Lc 2, 10). Car alors l’appréhension de ces bonnes âmes ne procède pas d’une faiblesse d’esprit qui les porte à s’étonner aisément, mais de la présence d’une nature plus excellente que la leur. Telle est donc l’apparition des bons anges.

Au contraire, l’incursion et l’aspect des mauvais anges remplissent l’esprit de trouble. Ils viennent avec du bruit et avec des cris, comme le font des jeunes gens indisciplinés, et avec un tumulte comme celui causé par des larrons ; ce qui jette la crainte dans l’âme, remplit les pensées de confusion et de trouble, abat le visage de tristesse, donne du dégoût pour la vie solitaire, porte l’esprit au découragement et à la tristesse, dans le souvenir des parents et la crainte de la mort ; ce qui lui aussi fait désirer les choses mauvaises, mépriser la vertu et le remplit d’inconstance. Ainsi, lorsqu’il vous arrive des visions qui vous étonnent, si cette crainte passe soudain et qu’une extrême joie lui succède, si votre esprit se tranquillise, si vous vous trouvez pleins de confiance, si vous reprenez de nouvelles forces, si vos pensées retrouvent le calme, et, comme je l’ai dit auparavant, si vous sentez dans votre cœur un amour généreux pour Dieu, prenez courage et mettez-vous en prière. Car cette joie et cet état de votre âme sont une marque de la sainteté de l’esprit qui vous apparaît. Ainsi Abraham se réjouit en voyant Dieu (Jn 8, 56), saint Jean tressaillit de joie dans le ventre de sa mère (Lc 1, 41), en entendant la voix de la Vierge qui portait un Dieu dans son sein. Mais lorsque dans l’apparition des esprits, vous entendez des bruits et des troubles accompagnés de menaces de mort, et voyez des fantômes qui vous représentent des choses du siècle, et tout le reste de tout ce que je vous ai dit, soyez sûrs que c’est une tentation des mauvais anges. La meilleure preuve est de voir l’âme demeurer dans l’appréhension et dans la crainte. Car les démons ne nous en délivrent jamais, comme Gabriel ce grand archange en délivra Marie et Zacharie, et comme l’ange qui apparut au sépulcre en délivra ces saintes femmes. Mais au contraire, plus ils voient les hommes étonnés, et plus ils leur présentent de fantômes, afin d’augmenter la terreur dans leur esprit et pouvoir ensuite triompher d’eux, en leur disant de se prosterner pour les adorer. C’est ainsi qu’ils ont trompés les païens, qui étant trompés par leurs artifices, les ont adorés comme des dieux. Mais Notre Seigneur n’a pas voulu souffrir que nous soyons ainsi trompés par le démon ; celui-ci voulant de tenter de la même façon, il le menaça en lui disant : Retire-toi d’ici, Satan : car il est écrit : Tu adoreras le Seigneur ton Dieu et ne servira que lui seul (Mt 4, 10). Méprisons donc de plus en plus toutes les malices de cet esprit menteur, puisque c’est pour l’amour de nous que Jésus-Christ lui a tenu ce langage, afin que les démons, nous entendant leur dire ces paroles, soient épouvantés en se souvenant que ce sont les mêmes dont un Dieu s’est servi pour les menacer.

J’ai aussi, mes chers enfants, une autre instruction à vous donner, qui est de ne pas vous glorifier lorsque vous aurez chassé les démons, et de ne point vous enfler de vanité quand vous aurez guéri miraculeusement les malades. N’admirez point celui qui chasse les démons ; et ne méprisez point celui à qui Dieu ne fait pas la même grâce ; mais, remarquant les vertus de chacun dans les saints exercices que nous professons, efforcez-vous de les imiter ; et tâchez même de les surpasser par une sainte émulation. Car il ne dépend pas de nous de faire des miracles ; mais c’est une œuvre de notre Sauveur qui, à cause de cela, a dit à ses disciples : Ne vous réjouissez pas de ce que les démons vous obéissent ; mais réjouissez-vous de ce que vos noms sont inscrits dans le ciel (Lc 10, 20). Car le fait qu’ils y sont écrits est un témoignage de notre vertu et de notre vie bonne ; tandis que de pouvoir chasser les démons est une pure faveur que nous recevons de Jésus-Christ. C’est pourquoi, lorsque ceux qui se glorifient de leurs miracles et non pas de leurs vertus, lui disaient : Seigneur, n’avons-nous pas chassé les démons et fait plusieurs miracles en ton nom ? il leur répondit : En vérité, en vérité, je ne vous connais point (Mt 7, 22-23). Car il ne connaît point les voies des impies. Prions-le donc de tout notre cœur, ainsi que je vous l’ai déjà dit, de nous accorder par sa grâce le don de discerner les esprit, afin que, comme il est écrit, Nous ne nous laissions pas emporter à toutes sortes de vents (Jn 4, 1).

Chapitre XIII

Je voulais terminer ce discours en me contentant de ce que je vous ai dit, sans parler de ce qui m’est arrivé à moi-même. Mais je ne voudrais pas que vous ne croyiez pas que je vous ai rapporté toutes ces choses uniquement parce qu’elles me sont venues à l’esprit. Pour que vous y ajoutiez foi comme à des choses vraies, et pour que vous sachiez que je ne vous ai rien proposé que je ne connaisse par l’expérience, je vous dirai encore ce que j’ai vu des embûches et des artifices des démons, bien qu’en cela je semble commettre une imprudence. Mais Dieu qui m’entend sait quelle est ma sincérité, et que je ne parle pas pour me faire valoir, mais pour l’amour de vous et par le désir de votre avancement spirituel.

Combien de fois, alors que les démons me disaient que j’étais un saint, les ai-je maudits au nom du Seigneur ! Combien de fois, alors qu’ils me prédisaient le débordement du Nil, leur ai-je répondu : De quoi vous mêlez-vous ! Quelquefois, venant avec des menaces, ils m’environnaient de tous côtés, comme des troupes de soldats armés, à pied ou à cheval. Et quelquefois aussi, ils remplissaient de serpents et de bêtes sauvages le lieu où je demeurais. Alors je chantais ce verset : Ils mettent leur gloire dans leurs chariots et dans leurs chevaux, mais nous ne nous glorifions qu’au nom du Seigneur notre Dieu (Ps 19, 9). Et après m’être mis en prière, tous leurs efforts étaient rendus inutiles.

Une autre fois, m’abordant de nuit avec une grande lumière qui n’était que feinte, ils me dirent : Nous venons, Antoine, pour t’éclairer. Je fermais les yeux, je me mis en oraison, et aussitôt cette lumière diabolique fut éteinte. Quelques mois après, ils vinrent en chantant des psaumes et en parlant de l’Ecriture sainte. Mais je demeurais comme un sourd qui n’entend rien (Ps 38, 14). Une autre fois, ils ébranlèrent tout mon monastère et je priai Dieu afin que mon âme ne fût point ébranlée. Ils revinrent à quelque temps de là en battant des mains, en sifflant et en sautant. Mais, m’étant mis à prier et à chanter des psaumes, ils commencèrent aussitôt à pleurer et à se plaindre : ils avaient perdu toute force. Alors je louai Notre Seigneur qui, domptant ainsi leur audace et leur folie, les rendait si méprisables.

Un jour, le démon m’apparut d’une grandeur démesurée, et il eut l’impudence de me dire : je suis la force et la providence de Dieu, et je te ferai telle faveur que tu voudras. Alors, en proférant le nom de Jésus-Christ, je lui crachai au visage ; et m’efforçant de le frapper, il sembla que j’en étais venu à bout : ce grand fantôme et toute la troupe des démons qui le suivaient s’étaient évanouis aussitôt que j’eus prononcé ce nom qui leur est si redoutable.

Une autre fois, comme je jeûnais, cet imposteur vint me trouver en habit de solitaire, et en me présentant comme un pain, il me dit pour me tromper : Mange, et donne quelque relâche à tes travaux excessifs ; tu es un homme comme les autres et tu succomberas si tu continues dans ces grandes austérités. Connaissant ses ruses et ses artifices, je me levai pour prier ; ne pouvant le supporter, il fut vaincu et s’évanouit de devant mes yeux en sortant par la porte comme une fumée.

Combien de fois m’a-t-il présenté de l’or en apparence dans le désert, afin seulement que je le touche et le regarde ! Mais au lieu de cela, je chantais des psaumes, et lui séchait de dépit. Il m’a souvent couvert de plaies, et je disais : Rien ne saurait me séparer de l’amour de Jésus-Christ (Rm 8, 35). A ces paroles, les démons s’entrefrappaient les uns les autres. Car ce n’est pas moi qui les ai domptés, et qui ai rendu toutes leurs forces inutiles ; mais c’est le Seigneur qui a dit : Je voyais Satan tomber du ciel comme un éclair (Lc 10, 18).

Voilà, mes chers enfants, ce qui m’est arrivé personnellement et que j’ai voulu vous dire, en me souvenant de ce que l’Apôtre a fait en pareille rencontre ; afin que ni le découragement, ni la crainte de toutes les illusions du diable et des démons ne soient jamais capables d’affaiblir votre sainte résolution. Mais puisque par le désir de vous voir avancer dans la vertu, j’ai passé par-dessus les lois de la prudence ordinaire, en vous racontant toutes ces choses, je veux encore vous en rapporter une pour augmenter votre assurance contre ces ennemis des hommes. Et vous pouvez hardiment me croire, car je ne mens pas. Quelqu’un ayant un jour frappé à ma porte dans le monastère, je sortis et vis un homme d’une extraordinaire grandeur. Lui ayant demandé qui il était, il me répondit :

— Je suis Satan.

– Qu’as-tu à faire ici ?, lui dis-je alors.

Il me répliqua : — Pourquoi est-ce que tous les solitaires m’accusent injustement ? Pourquoi est-ce que tous les chrétiens me donnent sans cesse des malédictions ? Mais pourquoi, lui répondis-je, leur fais-tu toujours du mal ? Je ne leur en fais point, dit-il ; mais c’est eux-mêmes qui s’en font, car j’ai perdu toute ma force. Et n’ont-ils pas lu : Enfin l’ennemi a été désarmé ; tu as détruit toutes ses villes (Ps 9, 7) ? Il ne me reste plus un seul lieu où je commande. Je n’ai plus aucune arme et je ne possède pas une seule ville. Les chrétiens sont répandus dans le monde entier et les déserts eux-mêmes sont remplis de solitaires. Qu’ils veillent donc sur eux-mêmes, si bon leur semble, et ne fassent plus toutes ces imprécations, si injustes, contre moi.

Alors, admirant la grâce de Dieu, je lui dis : — Bien que tu sois toujours menteur et que tu ne dises jamais la vérité, tu viens de la dire maintenant malgré toi. Car il n’y a pas de doute que Jésus-Christ en venant dans le monde, a ruiné toutes tes forces, et en te mettant à terre, t’a entièrement désarmé.

Le démon, entendant proférer ce nom de notre Sauveur, et sentant par là augmenter l’ardeur de son supplice, disparut aussitôt. Or s’il avoue lui-même qu’il ne peut rien, n’avons-nous pas raison de le mépriser avec tous ses démons ? Voilà quels sont les artifices de notre ennemi et de tous ces chiens infernaux ; mais connaissant leur faiblesse, il nous est bien aise de n’en pas tenir compte. Gardons-nous donc de perdre courage, ne remplissons point notre esprit de vaines terreurs, et ne nous donnons pas de la crainte à nous-mêmes, en disant : Mais si le démon venait à cette heure pour me tenter ? Mais s’il m’enlevait pour me mettre à terre ? Mais si, en sortant tout d’un coup de ses embûches, il m’épouvantait tellement qu’il me mette dans le trouble ? N’ayons aucune de ces pensées, et ne nous affligeons point comme si nous étions prêts à périr. Au contraire, soyons pleins de confiance, et réjouissons-nous toujours, comme devant être sauvés ; et parce que le Seigneur est avec nous, lui qui a mis les démons en fuite et détruit toute leur puissance, pensons continuellement que le Seigneur nous étant ainsi toujours présent, les démons ne sauraient nous faire aucun mal. Car ils se conduisent envers nous selon l’état auquel ils nous trouvent, et forment les visions qu’ils nous présentent selon les pensées qu’ils reconnaissent que nous avons dans l’esprit. Ainsi, s’ils nous trouvent craintifs et troublés, ils nous attaqueront aussitôt comme les voleurs attaquent une maison qu’ils savent n’être gardée par personne, et ils augmenteront par de nouvelles frayeurs celles que nous aurons déjà dans l’esprit, en y joignant des visions et des menaces ; ce qui tourmente misérablement une pauvre âme. Mais si, au contraire, ils nous trouvent pleins de joie dans le Seigneur, s’ils nous trouvent en train de méditer ses commandements et de considérer que toutes choses sont entre ses mains, les démons ne peuvent rien contre les chrétiens, ils n’auront aucune capacité de nous nuire ; s’ils voient nos âmes dans ces sentiments, ils s’en retourneront avec confusion et avec honte. Ainsi, trouvant Job fortifié de la sorte contre lui, il le quitta. Mais trouvant Judas dépouillé de semblables armes, il en fit son esclave. C’est pourquoi, si nous voulons triompher de cet ennemi, ayons toujours dans l’esprit de saintes pensées ; que nos âmes soient continuellement dans la joie par l’espérance des biens à venir, et alors nous considèrerons toutes les illusions des démons comme une vapeur et une fumée, et nous les verrons nous fuir plutôt que nous persécuter. Car, comme je l’ai déjà dit, ils sont extrêmement timides, parce qu’ils n’ignorent pas l’ardeur de ces flammes éternelles destinées à leur supplice.

Mais pour que vous ayez encore moins peur de ces esprits de ténèbres, je veux vous donner un signe qui vous servira à les reconnaître. Lorsque quelque vision vous apparaîtra, au lieu de vous laisser troubler par la crainte, interrogez avec assurance celui qui se présentera à vous, en lui disant : Qui es-tu ? D’où viens-tu ? (Jos 5, 13). Car si cette apparition est d’un bon ange, il vous éclairera sur vos doutes par ses réponses, et changera votre appréhension en joie. Et si c’est un démon, il sera soudain terrassé en voyant la fermeté de votre esprit ; car c’est la meilleure preuve qu’un esprit n’est ému par rien, que de lui demander ainsi : qui il est, et d’où il vient. Ainsi le fils de Navé fut informé de ce qu’il désirait savoir (Jos 5, 13) et le démon ne put se cacher à Daniel lorsqu’il l’interrogea Dn 10, 11.18.19).

Chapitre XIV

Antoine ayant ainsi parlé, son discours remplit de joie tous les assistants, augmenta dans les uns l’amour de la vertu, chassa de l’esprit des autres la négligence, fit cesser la vanité de ceux qui avaient trop bonne opinion d’eux-mêmes, les persuada tous de mépriser les embûches des démons et les remplit d’admiration pour la grâce si particulière que Dieu lui avait faite de discerner les esprits. Il y avait donc dans les montagnes des monastères qui étaient comme autant de temples remplis de chœurs divins de ces personnes qui passaient leur vie à chanter des psaumes, à étudier l’Ecriture sainte, à jeûner, à prier, à mettre leur consolation dans l’espérance des consolations à venir, à travailler de leurs mains pour pouvoir donner l’aumône et à vivre tous ensemble dans une parfaite charité et une union admirable.

Ainsi l’on pouvait voir véritablement en ces lieux-là, comme une région séparée de tout le reste du monde, dont les heureux habitants n’avaient point d’autres pensées que de s’exercer à la piété et à la justice. Il n’y avait personne qui fit tort à autrui, ou qui en reçut ; et l’on n’y entendait point la voix menaçante de ces rigoureux créanciers (Jb 32) : mais tout était rempli d’une grande multitude de solitaires, qui n’avaient tous d’autre dessein et d’autre désir que de s’avancer dans la vertu. En voyant ces monastères et la discipline admirable dans laquelle ils vivaient tous, il y avait sujet de s’écrier :

Que tes pavillons sont beaux, ô Jacob,

Et tes tentes, Israël !

Elles sont comme des vallées ombragées de bois,

Comme des jardins arrosés par des ruisseaux ;

Comme des tabernacles dressés par la main du Seigneur,

Et comme des cèdres proche des eaux (No 24, 5-6).

Antoine, selon sa coutume, menant la vie d’anachorète dans son petit monastère, travaillait sans cesse à s’avancer de plus en plus dans la perfection religieuse. Il se mettait devant les yeux ces demeures qui nous sont préparées dans le ciel ; il soupirait par le désir d’y arriver ; et considérant la fragilité de cette vie et la noblesse de notre âme, il avait honte d’être obligé de manger, de prendre quelque repos par le sommeil et de se voir assujetti aux autres nécessités du corps. Ce qui faisait que souvent lorsqu’il était prêt à manger avec ses disciples, se ressouvenant de cette autre nourriture spirituelle, il s’en abstenait et s’éloignait d’eux, comme s’il avait eu honte qu’on l’eut vu manger. Ainsi il mangeait d’ordinaire seul lorsque la nécessité le contraignait à prendre quelque chose pour le soutenir. Mais cela n’empêchait pas qu’il ne mangeât souvent avec ses frères, lorsqu’ils l’en priaient, et afin de pouvoir plus commodément et dans la liberté de l’Esprit de Dieu, leur tenir des discours qui leur fussent profitables.

Il leur disait donc qu’il est préférable d’employer tous ses soins à ce qui est avantageux à l’âme, et non à ce qui regarde le corps auquel nous ne devons donner que fort peu de notre temps, et lorsque nous y sommes obligés par la nécessité ; tandis que nous devons nous employer à ce qui regarde l’utilité de notre âme, de crainte qu’elle ne se laisse emporter aux voluptés du corps, et afin qu’au contraire, elle le réduise en servitude : c’est-ce que Notre Seigneur a voulu nous enseigner lorsqu’il a dit : Ne vous inquiétez pas pour votre vie de quoi vous vous nourrirez, ni pour votre corps de quoi vous le vêtirez. Ne pensez pas à ce que vous boirez, ni à ce que vous mangerez, et que vos esprits ne se troublent point dans la crainte de manquer de ce qui vous est nécessaire. Car c’est aux infidèles d’avoir soin de ses choses, mais non pas à vous, puisque votre Père céleste sait que vous en avez besoin. Cherchez donc d’abord le royaume de Dieu et sa justice, et tout le reste vous sera donné (Lc 12, 29-31).

Chapitre XV

Quelque temps après, l’Eglise étant ravagée par la persécution de Maximien, et plusieurs chrétiens étant emmenés à Alexandrie, Antoine quitta son monastère pour suivre ces victimes de Jésus-Christ. Il disait : Allons à ce glorieux combat de nos frères pour le soutenir avec eux, ou pour être au moins spectateurs de leur triomphe. Il brûlait du désir de souffrir aussi le martyre. Mais comme il ne pouvait pas en conscience se livrer lui-même, il fut contraint de se contenter de servir ceux qui étaient dans les mines et dans les prisons, pour avoir confessé le nom de Jésus-Christ. Il exhortait aussi avec un grand zèle ceux que l’on menait devant les juges, de soutenir généreusement cette épreuve de leur foi, et de demeurer fermes jusqu’à la fin, pour se consacrer à Dieu par le martyre. Le juge, voyant la ferveur et le courage invincible d’Antoine, et de ceux qui l’accompagnaient, défendit à tous les solitaires de se trouver aux jugements, et de demeurer dans la vill. A la suite de cette ordonnance, tous se cachèrent se jour-là. Mais Antoine, au lieu de s’étonner, lava sa robe, et le lendemain il se tint sur un lieu élevé par où le juge devait passer, afin qu’il puisse le voir plus aisément. Chacun s’en étonnaient, le juge et toute sa suite l’aperçurent, mais il demeura ferme sans rien craindre, faisant voir par là quelle est l’assurance et la générosité des chrétiens. Car il souhaitait avec passion, ainsi que je l’ai déjà dit, endurer aussi le martyre, et il ressentait beaucoup de douleur de ne pas recevoir cette grâce. Mais Notre Seigneur le conserva pour notre avantage et celui de plusieurs autres, afin qu’il fut le maître d’un grand nombre dans la vie solitaire dont il avait pris les instructions dans l’Ecriture sainte. Car plusieurs, voyant seulement sa manière de vivre, s’efforçaient avec ardeur de l’imiter. Il continua, comme il avait toujours fait, d’assister les confesseurs du Nom de Jésus-Christ ; et comme s’il eut été dans les mêmes liens, il ne ressentait pas moins qu’eux tous les travaux et les souffrances de leur prison.

Cette cruelle persécution, durant laquelle le bienheureux patriarche d’Alexandrie endura le martyre, ayant cessé, Antoine retourna dans son monastère où sa foi et sa piété lui acquéraient continuellement le mérite du martyre qu’il faisait souffrir à son corps par l’austérité de sa vie. Car il jeûnait toujours, il portait sur sa peau une tunique de poil de chèvre, et par-dessus celle-là une autre de cuir qu’il ne quitta point jusqu’à la mort. Il ne lavait jamais son corps, ni ne nettoyait jamais ses pieds, à moins que la nécessité ne le contraigne à passer de l’eau ; et on ne l’a jamais vu nu, que lorsqu’on l’ensevelit.

Chapitre XVI

S’étant retiré, comme je l’ai dit, avec la résolution de demeurer un temps sans sortir de son monastère, et sans y laisser entrer personne, un nommé Martinien, qui exerçait le commandement sur des gens de guerre, vint troubler son repos pour implorer son assistance, à cause de sa fille qui était tourmentée par le démon. Après avoir longtemps frappé à sa porte, en le conjurant de sortir et de prier Dieu pour elle, Antoine ne lui ouvrit point ; mais regardant seulement d’en haut, il lui dit : Pourquoi me tourmentez-vous ainsi ? Je suis un homme comme vous. Mais si vous avez de la foi, priez Dieu, et il vous accordera ce que vous lui demanderez. Martinien crut, invoqua Jésus-Christ et, étant rentré chez lui, il trouva sa fille délivrée de l’esprit malin. Notre Seigneur qui a dit : Demandez et il vous sera donné, fit plusieurs autres miracles par son serviteur, sans qu’Antoine ouvrît sa porte. Car grand nombre de personnes affligées de divers maux demeurant assises au dehors de son monastère, étaient guéries en priant Dieu avec une foi vive et sincère.

Voyant que tant de gens venaient le troubler, qu’il ne pouvait demeurer dans la retraite qu’il désirait, il craignit de s’élever de vanité par les merveilles que Dieu opérait par son intermédiaire, et que l’on eut meilleure opinion de lui qu’il ne le méritait. Aussi, après avoir bien considéré toutes ces choses, il résolut de s’en aller dans la haute Thébaïde où il n’était connu de personne. Ainsi, ayant pris des pains de ses disciples, il s’assit sur le bord du fleuve, pour voir s’il ne passerait pas quelque bateau dans lequel il pourrait monter. Occupé par cette pensée, il entendit d’en haut une voix qui lui disait : Antoine, où vas-tu ? et quel est ton dessein ? Lui, sans se troubler parce qu’il avait l’habitude d’entendre des voix semblables, répondit : Ces peuples ne me donnent point de repos, je veux donc aller dans la haute Thébaïde, afin d’éviter leurs importunités et principalement parce qu’ils désirent de moi des choses qui sont au dessus de mes forces. Alors cette voix dit : Même si tu vas là-bas et même si tu te retires comme tu l’as résolu dans ces lieux où il n’y a que des bergers et des pâturages, tu verras redoubler tes peines. Mais si tu veux être dans un plein repos, va-t-en dans le fond du désert. Sur quoi Antoine répondit : Mais qui m’enseignera le chemin ? car je ne le connais pas. Soudain cette voix lui montra des Sarrasins qui allaient de ce côté-là. Il s’avança donc et les rejoignit et il leur demanda s’il pouvait aller en leur compagnie dans le désert. Ce qu’ils acceptèrent très volontiers, comme si la providence divine leur avait recommandé de le faire.

Antoine marcha avec eux durant trois jours et trois nuits et arriva à une montagne assez haute, au pied de laquelle il y avait une fontaine claire dont l’eau était fort bonne et extrêmement fraîche. Il y avait au dessous une plaine et quelques palmiers qui n’étaient point cultivés. Antoine, comme poussé par un mouvement de Dieu, conçut de l’amour pour ce lieu-là, parce qu’il était tel que la voix qui lui avait parlé sur le bord du fleuve, le lui avait montré. Ainsi, ayant pris des pains de ceux avec qui il était venu, il demeura seul dans la montagne ; personne d’autre qu’eux ne le savait, et il considérait ce lieu comme une demeure qui lui était particulièrement destinée. Ces Sarrasins même, voyant avec quelle satisfaction il s’y arrêtait, revinrent par le même chemin et lui apportèrent des pains avec joie. Il reçut aussi quelque soulagement du fruit des palmiers.

Ses disciples ayant fini par savoir dans quel lieu il était, et conservant pour lui le souvenir que des enfants doivent à leur Père, eurent soin de lui envoyer du pain. Mais Antoine, voyant que cela donnait beaucoup de peine à ceux qui le lui portaient, résolut de leur épargner ce travail et pria donc quelques-uns de ceux qui venaient le trouver, de lui apporter une bêche, une cognée et un peu de blé. Ayant cela et ayant considéré la terre qui était autour de la montagne, il en laboura et sema un petit endroit qu’il jugea propice pour réaliser son dessein, parce qu’il pouvait être arrosé avec l’eau de la fontaine. Il continua à faire cela chaque année et recueillait de quoi se nourrir, et sentait une joie extrême car par ce moyen, il ne donnait pas de peine à quiconque et n’était à charge à personne. Mais, voyant que quelques-uns commençaient à venir le chercher, il sema aussi des herbes, afin de pouvoir leur donner quelque rafraîchissement après la fatigue qu’ils auraient eu à souffrir pendant un chemin aussi pénible.

Au commencement, les bêtes sauvages du désert venaient boire à sa fontaine, gâtant souvent ce qu’il avait labouré et semé. Il en prit une tout doucement et dit à toutes les autres : Pourquoi le faites-vous du mal, puisque je ne vous en fait point ? Retirez-vous, et au nom du Seigneur ne vous approchez jamais plus d’ici. Après cette défense, ces bêtes, comme si elles craignaient de lui désobéir, n’y revinrent plus du tout. Il demeurait donc ainsi seul dans le fond de la montagne, se donnant tout entier à la prière et aux autres exercices de la vie solitaire ; et les frères qui l’assistaient, le supplièrent d’accepter que ceux qui venaient le voir tous les mois, lui apportent des olives et de l’huile, parce qu’il était déjà vieux.



Chapitre XVII

Combien, durant ce séjour, a-t-il soutenu de combats, non pas comme dit l’Apôtre, contre la chair et le sang, mais contre les princes du siècle et les puissances des ténèbres (Ep 6, 12) ! Nous avons appris de ceux qui allaient le visiter, qu’ils entendaient de grands bruits de voix confuses, et comme des gens armés qui s’entrechoquaient ; qu’ils voyaient la nuit la montagne pleine de bêtes féroces et Antoine combattant contre des ennemis visibles, et se mettant en oraison pour les vaincre. Et cela au lieu de les remplir de crainte, les rassurait. Il repoussait ces assauts en fléchissant les genoux devant Dieu et il lui adressait sa prière. Et véritablement, c’était une chose digne d’admiration de le voir demeurer seul dans un désert si effroyable, sans s’étonner des attaques continuelles des démons, et sans craindre la fureur de tant de bêtes féroces et des serpents. Mais, ainsi que dit le psalmiste : la confiance qu’il avait en Dieu rendait son esprit aussi ferme et aussi inébranlable que la montagne de Sion (Ps 124, 1). Les démons avaient plus peur de lui que lui n’avait peur d’eux, et les animaux cruels, comme il est dit dans l’Ecriture, devenaient doux en sa présence (Job 5, 23). Le démon, ainsi que chante David, observait Antoine et grinçait des dents de rage en le voyant vivre de la sorte. Mais lui avait recours à notre Sauveur, afin qu’il le préservât de la malice et des diverses embûches de cet ennemi mortel de tous hommes.

Une nuit, comme il veillait, il lui envoya un si grand nombre de bêtes féroces, qu’il y avait sujet de croire qu’il n’en restait plus une seule dans le désert. Etant ainsi sorties de leurs forts et de leurs cavernes, elles l’environnèrent de toutes parts, et ouvrant la gueule, le menaçaient de le mordre. Antoine connaissant l’artifice de l’esprit malin, leur dit : Si Dieu vous a donné pouvoir de me nuire, je suis tout prêt à être dévoré par vous ; mais si ce sont les démons qui vous envoient ici, ne demeurez pas davantage et retirez-vous, car je suis serviteur de Jésus-Christ. Il n’eut pas plutôt dit cela, qu’elles s’enfuirent comme si ces paroles eussent été autant de fouets qui les eussent chassées.

Quelques jours après, comme il travaillait, ainsi qu’il faisait toujours avec soin, quelqu’un étant près de la porte tira la ficelle dont il se servait pour son ouvrage. Car il faisait des paniers d’osier qu’il donnait à ceux qui venaient le voir en échange des choses qu’ils lui apportaient. S’étant levé, il vit une bête qui, jusqu’aux cuisses, avait la forme d’un homme et dont tout le reste était d’un âne. Alors, faisant le signe de la croix, il lui dit : Je suis serviteur de Jésus-Christ, s’il vous envoie contre moi, me voici, je ne m’enfuis pas. A ces paroles, ce monstre s’enfuit à une telle vitesse avec les démons qui le suivaient, qu’il tomba mort au milieu de sa course et ils furent tous vaincus par cette mort qui fit voir que tous les efforts qu’ils avaient fait pour chasser Antoine du désert, leur avaient été inutiles.

Chapitre XVIII

Comme ses disciples le priait de descendre de la montagne pour aller les voir et visiter leurs monastères, Antoine partit avec eux et fit porter sur un chameau des pains et de l’eau. (Car tout le désert était si sec qu’on ne trouve de l’eau bonne à boire que sur la montagne où il l’avait puisée et où était son monastère). L’eau qu’ils portaient fut insuffisante au milieu du voyage et la chaleur était excessive. Ils furent réduits à une telle extrémité qu’ils ne pouvaient plus attendre que la mort. Car après avoir cherché de tous côtés sans trouver d’eau, et n’ayant plus la force de marcher, ils demeurèrent couchés par terre avec si peu d’espérance, qu’ils laissèrent même aller leur chameau. Le saint vieillard, au comble de la douleur en les voyant dans cet état, jetait de profonds soupirs. Il s’éloigna un peu d’eux, mit les genoux à terre, éleva les mains vers le ciel et eut recours à Dieu par la prière. Le Seigneur l’exauça aussitôt en faisant sortir de l’eau du lieu même où il était en oraison. Tous ses disciples burent et reprirent de nouvelles forces. Après avoir rempli les peaux de bouc qu’ils avaient apportées, ils cherchèrent et trouvèrent leur chameau qui, par hasard, était arrêté à une pierre, autour de laquelle son licol s’était entortillé. Ainsi, l’ayant ramené et l’ayant fait boire, ils mirent sur lui leurs peaux de bouc et achevèrent heureusement leur voyage.

Antoine arriva chez les solitaires qui l’avaient convié à aller les voir. Tous le considéraient comme leur père : ils l’embrassaient et le baisaient. Lui, comme présents apportés de la montagne, les enrichissait de ses discours et leur faisait part de tous ses biens spirituels. Alors, comme dit l’Ecriture, il y eut une nouvelle joie sur les montagnes. L’émulation pour grandir dans la vertu augmenta avec ces bonnes armes et chacun d’eux, en considérant la foi des autres, était rempli de consolation. Antoine n’en recevait pas une moindre, en voyant la ferveur de tous ces solitaires, et en voyant que sa sœur qu’il avait laissée si jeune, avait vieilli dans la virginité et était devenue la supérieure des autres vierges. Quelques jours après, il s’en retourna à la montagne.

Chapitre XIX

Alors, plusieurs solitaires allaient le trouver et un grand nombre d’autres personnes, affligées de divers maux, osaient aussi interrompre sa solitude. Il donnait continuellement ces préceptes à ces solitaires : Ayez une foi ferme en Jésus-Christ. Aimez-le de tout votre cœur. Conservez votre esprit pur de toutes mauvaises pensées, votre corps de toute sorte d’impureté. Ne vous laissez pas tromper par la gourmandise, ainsi qu’il est écrit dans les Proverbes (24, 15). Fuyez la vanité. Priez sans cesse. Chantez des psaumes le soir et le matin. Repassez continuellement dans votre esprit les préceptes de l’Ecriture et mettez-vous devant les yeux les actions des saints, pour que votre âme, déjà instruite des commandements de Dieu, imite leur zèle à les pratiquer. Il les exhortait aussi par-dessus tout de méditer sans cesse cette parole de saint Paul : Que le soleil ne se couche pas sur votre colère (Ep 4, 26). Il l’expliquait ainsi : non seulement le soleil ne doit pas se coucher sur notre colère, mais il ne doit pas non plus se coucher sur aucun de nos péchés, pour qu’il n’arrive pas que le soleil durant le jour, ou la lune durant la nuit, soient témoins de nos fautes et qu’ils ne nous voient même pas en train de penser à les commettre.

Il les avertissait aussi de bien se souvenir de cette belle instruction de l’Apôtre : Jugez-vous et éprouvez-vous vous-mêmes (2 Co 13, 5), afin qu’examinant comment ils avaient passé le jour et la nuit, ils cessent de pécher, s’ils se trouvaient coupable de quelque chose. Si, au contraire, ils n’avaient pas commis de fautes, qu’ils ne s’enflent pas de vanité mais continuent à faire le bien sans mépriser ou condamner leur prochain, et ne se justifient point eux-mêmes, selon cette autre parole de saint Paul : Ne jugez point avant le temps, mais attendez la venue de Jésus-Christ qui seul connaît les choses cachées (1 Co 4, 5 ; Rm 2, 16). Car nous nous trompons souvent nous-mêmes dans le jugement que nous portons sur nos actions et nous ignorons nos fautes ; mais le Seigneur connaît toutes choses. C’est pourquoi nous devons lui en laisser le jugement et, ayant compassion des afflictions des autres, supporter les imperfections les uns des autres, en condamnant seulement nos propres défauts, pour acquérir avec soin les vertus qui nous manquent.

Il ajoutait qu’un moyen fort utile pour se préserver du péché était que chacun marque et écrive ses actions et les mouvements de son âme, comme s’il devait en rendre compte à quelqu’un ; la crainte et la honte de faire ainsi connaître leurs fautes les empêcheraient non seulement de pécher, mais aussi d’avoir de mauvaises pensées. Car quel est celui qui, lorsqu’il pèche, voudrait se décrier lui-même ? Et au contraire, ne voit-on pas que le désir de couvrir leurs fautes porte les pécheurs à mentir plutôt qu’à les avouer ? Ainsi donc, de même que nous ne voudrions pas, en présence de quelqu’un commettre un péché avec une femme de mauvaise vie, de même, si nous écrivions nos mauvaises pensées, comme pour les faire connaître à d’autres, nous prendrions garde à ne plus y retomber à cause de la honte que nous aurions si elles étaient sues. Et ces choses que nous écririons, feraient à notre égard comme les yeux des solitaires avec lesquels nous vivrions. Ce qui ferait que, rougissant de les écrire, comme si elles devaient être vues par eux, nous n’aurions plus à l’avenir de semblables pensées ; et nous conduisant de la sorte, nous pourrions réduire notre corps en servitude, plaire à Notre Seigneur, et mépriser toutes les embûches du démon.

Voilà quels étaient les préceptes qu’Antoine donnait aux solitaires qui venaient le voir. Quant à ceux qui étaient affligés de plusieurs maux, il en avait une grande compassion. Il priait Dieu pour eux et en était souvent exaucé par la guérison qu’ils recevaient. Or, de même qu’il ne se glorifiait jamais des faveurs que Notre Seigneur lui faisait en lui accordant ses demandes, il ne murmurait jamais non plus lorsqu’il les lui refusait : mais il lui rendait toujours des actions de grâces et exhortait ces pauvres affligés à avoir de la patience et à reconnaître que leur guérison ne dépendait ni de lui, ni d’aucun homme, et qu’elle était entre les mains de Dieu seul, qui fait tout ce qu’il veut et quand il lui plaît.

Chapitre XX

Un nommé Fronton, qui était de la maison de l’empereur et qui était tourmenté d’une maladie si cruelle qu’il se coupait la langue avec les dents et semblait même vouloir arracher ses yeux, vint à la montagne conjurer le bienheureux vieillard de prier pour lui. Celui-ci le fit et lui dit : Retournez chez vous et vous serez guéri. Mais Fronton s’entêtait à rester et passa là quelques jours. Antoine lui dit une seconde fois : Vous ne guérirez pas ici. Allez-vous-en et lorsque vous serez en Egypte, vous verrez le miracle que Dieu fera en votre faveur. Il crut et s’en alla. Il n’eut pas plutôt aperçu la terre d’Egypte qu’il fut guéri, selon ce que lui avait dit Antoine, à qui Dieu l’avait fait connaître dans l’oraison.

Une fille de la ville de Busire en Tripoli, était travaillée d’un mal non moins sale qu’insupportable. Car il lui sortait par le nez, par les yeux et par les oreilles une humeur si corrompue qu’à peine était-elle tombée à terre qu’elle se changeait en vers. Outre cela, elle était paralytique et avait les yeux tournés sans dessus dessous contre l’ordre de la nature. Son père et sa mère ayant foi en Notre Seigneur qui avait guéri cette femme affligée pendant tant d’années d’un flux de sang. Ayant appris que quelques solitaires allaient trouver Antoine, ils leur demandèrent de pouvoir les accompagner et de prendre leur fille avec eux : ce qu’ils acceptèrent. Ils s’arrêtèrent avec leur fille hors de la montagne, chez Paphnuce, solitaire et confesseur du Nom de Jésus-Christ, pour l’amour duquel il avait perdu les yeux qui lui avaient été arrachés durant la persécution de Maximien. Les autres solitaires continuèrent le voyage. Etant arrivés auprès d’Antoine, dès qu’ils ouvrirent la bouche pour parler de cette pauvre fille, il leur dit quel était son mal et comment elle avait fit avec eux une partie du chemin. Sur quoi, ils le supplièrent d’accepter que son père et sa mère la lui amènent. Ils le leur refusa en disant : Allez, et si elle n’est pas morte, vous la trouverez guérie. Car il n’est pas besoin de venir vers un homme misérable comme moi pour recouvrer la santé, puisque je n’ai pas le pouvoir de la rendre et que cela n’appartient qu’à Dieu qui fait miséricorde partout à ceux qui l’invoquent. C’est ainsi qu’il lui a plu de me faire voir qu’il a voulu, dans sa bonté, exaucer les prières de cette pauvre fille, au lieu où elle est, en la guérissant de ses maux. Ce miracle arriva chez Paphnuce. Ils trouvèrent la fille dans une parfaite santé et le père et la mère pleins de la joie.

Deux solitaires s’étant mis en chemin pour aller trouver Antoine, l’eau leur manqua. L’un mourut de soif et l’autre, étendu par terre sans plus pouvoir se soutenir, était tout prêt à rendre l’esprit. Antoine, qui était assis sur la montagne, appela deux de ses disciples qui, par hasard, se trouvaient là et les pressant, il leur dit : Prenez une bouteille pleine d’eau et courez vers le chemin d’Egypte ; car de deux solitaires qui venaient ici, il y en a un qui est déjà mort et l’autre est prêt à le suivre si vous ne vous hâtez. Dieu m’a fait voir cela dans l’oraison. Ces frères étant partis aussitôt, ils trouvèrent ce corps mort et l’enterrèrent. Ils firent revenir ses forces avec l’eau qu’ils avaient portée à celui qui était encore vivant et l’emmenèrent au vieillard à une journée de chemin de là. Si quelqu’un demande pourquoi il ne les avait pas envoyés avant que l’autre mourut, c’est une mauvaise question, puisque ce n’était pas à lui à porter jugement de sa mort, mais à Dieu qui en décida ainsi pour l’un et révéla à Antoine ce qui était nécessaire pour secourir l’autre. Mais ce que l’on doit admirer chez lui dans cette rencontre, c’est qu’étant assis sur la montagne, avec un cœur pur et élevé vers Dieu, il lui avait fait voir des choses si éloignées.

Une autre fois, étant assis au même lieu, il vit en regardant en haut quelqu’un qui était élevé en l’air, et plusieurs autres qui venaient au devant de lui. Cela le remplit d’admiration et, bénissant cette sainte assemblée, il désira beaucoup apprendre ce que cela pouvait être. Soudain il entendit une voix qui lui dit que c’était l’âme d’Ammon, le solitaire qui demeurait en Nitrie. Cet Ammon avait passé toute sa vie jusqu’à sa vieillesse au service de Dieu dans la solitude et il y avait treize jours de chemin depuis le lieu où il était mort jusqu’à la montagne où était Antoine. Ceux qui se trouvèrent alors auprès du saint vieillard, le voyant plein d’admiration, désirèrent en connaître la cause et apprirent de lui que c’était Ammon qui venait de rendre l’esprit. Or il leur était bien connu parce qu’il venait souvent en ce lieu-là, et à cause du grand nombre de ses miracles dont je veux en rapporter un. Un jour qu’il lui fallait passer le fleuve Lique, qui avait débordé, il pria Théodore qui l’accompagnait de s’éloigner de lui afin qu’en traversant l’eau, il ne se voient point nus. Théodore s’étant éloigné, il eut honte de se voir lui-même tout nu. Et comme cette honte lui causait de la peine, il fut soudain transporté de l’autre côté du fleuve. Théodore était aussi un homme qui craignait beaucoup Dieu. Il vint trouver Ammon et, voyant qu’il était passé devant lui sans être mouillé, il désira savoir comment cela était possible. Ammon ne voulant pas le lui dire, il se jeta à ses pieds en protestant qu’il n’en partirait pas jusqu’à ce qu’il le lui eut dit. Le vieillard, voyant l’obstination de Théodore, et particulièrement à cause de cette protestation, résolut de le lui dire, à condition qu’il qu’en parle qu’après sa mort. Et ainsi il lui dit qu’il avait été emporté de l’autre côté du fleuve sans marcher sur l’eau. Ce qui est absolument impossible aux hommes et possible seulement à Notre Seigneur et à ceux auxquels il lui plaît de faire cette grâce, comme au grand Apôtre saint Pierre. Théodore rapporta cela de cette manière, après le décès d’Ammon. Or les solitaire à qui Antoine avait ainsi parlé de sa mort, retinrent le jour et surent un mois après, par des frères qui revenaient de Nitrie, qu’Ammon avait rendu l’esprit ce jour-là et à l’heure même où Antoine avait vu son âme portée dans le ciel. Les uns et les autres admirèrent la pureté de l’âme d’Antoine qui lui avait fait voir treize jours avant qu’il ait pu en apprendre la nouvelle, cette heureuse âme ainsi élevée dans la gloire.

Un jour, le comte Archélaüs le trouvant seul en oraison sur la montagne, le supplia de prier Dieu pour Polycratie de Laodicée, qui était une fille d’une admirable vertu, et toute dédiée au service de Jésus-Christ. Elle souffrait de grandes douleurs à l’estomac et au côté, causées par de grandes austérités et tout son corps était réduit à une extrême infirmité. Antoine pria et le Comte, après avoir marqué le jour de sa prière, retourna à Laodicée. Il trouva la vierge en pleine santé. Sur quoi, il lui demanda à quel jour elle avait été guérie. Tirant ses tablettes où il avait écrit le temps de la prière d’Antoine, et les faisant voir à l’heure même à tous ceux qui se trouvèrent présents, on reconnut par là qu’elle avait été délivrée de toutes ses douleurs aussitôt qu’Antoine, par l’ardeur de sa prière, avait eu recours pour elle à la miséricorde du notre Sauveur.

Chapitre XXI

Souvent aussi, Antoine prédisait quelques jours avant quelles étaient les personnes qui devaient venir le trouver et il disait même quelquefois en quel mois elles arriveraient et quelle serait la cause de leur voyage. Les uns venaient le visiter avec le seul désir de le voir ; d’autres pour être soulagés de leurs infirmités, et d’autres pour être délivrés des esprits malins, sans que jamais aucun se soit plaint de la fatigue du chemin, ni en ait éprouvé de la fatigue. Mais au contraire, tous s’en retournaient avec beaucoup de satisfaction et de profit. Voyant cela, il leur disait qu’ils n’avaient pas, à cause de cela, à faire cas de lui, mais qu’ils devaient admirer la bonté de Dieu qui accordaient aux hommes la faveur de le reconnaître autant que leur faiblesse pouvait le permettre.

Un jour qu’il était sorti pour aller visiter les monastères, on le pria de monter sur un vaisseau et d’y faire oraison avec les solitaires. Lui seul y sentit une puanteur si grande qu’elle lui était insupportable. Les mariniers assurèrent qu’elle provenait des poissons et de la salaison qui étaient dans le bateau. Il soutenait au contraire qu’elle ne venait pas de là. Et comme il parlait encore, un jeune homme possédé qui était monté auparavant dans le bateau et s’y était caché, commença à jeter de grands cris. Sur quoi Antoine conjura le démon au nom de Notre Seigneur Jésus-Christ. Il sortit et cet homme fut délivré. Ce qui fit connaître à tous ceux qui étaient présents que cette mauvaise odeur ne provenait que du démon.

Un jeune gentilhomme possédé par l’esprit malin vint le trouver. Cette possession était si forte qu’il mangeait ses propres excréments et ne savait pas seulement qu’il était venu vers Antoine. Ceux qui le conduisaient conjurèrent le saint vieillard de prier pour lui. Ce qu’il fit avec une grande compassion t il passa toute la nuit en oraison auprès de lui, sans que ni l’un ni l’autre ne fermât les yeux. Au point du jour, ce jeune gentilhomme se jeta tout d’un coup avec une grande violence sur Antoine et le poussa rudement. Ce qui l’avaient amené en furent fâché, mais il leur dit : Ne vous en prenez point à lui ; puisque ce n’est pas lui qui a fait cela mais le démon qui est en lui. Comme il a été conjuré et qu’il lui a été commandé de s’en aller dans des lieux secs et arides, il est entré en fureur et a fait ce que vous avez vu. Rendez donc grâces à notre Seigneur, puisque cette rage avec laquelle le démon s’est lancé contre moi est une marque qu’il est sorti de ce corps qu’il possédait. Antoine n’eut pas plutôt achevé ces paroles, que ce gentilhomme se trouva délivré et, ayant recouvré l’entière liberté de son esprit et de son jugement, il reconnut en quel lieu il était, embrassa le saint et rendit grâces à Dieu.

Chapitre XXII

Le rapport et l’attestation générale des solitaires nous apprend qu’Antoine a fait beaucoup de miracles semblables dont nous ne devons pas nous étonner, puisqu’il en a fait d’autres qui sont encore beaucoup plus admirables. Car un jour, environ à l’heure de None, il s’était levé pour prier avant de prendre son repas. Il se sentit ravi en esprit et, ce qui est admirable, il se vit comme transporté hors de lui-même et élevé par des anges dans l’air, où les démons s’opposèrent à son passage. Les bienheureux esprits qui le conduisaient combattirent en sa faveur. Les démons leur demandèrent s’ils avaient quelque pouvoir sur lui et commencèrent à vouloir examiner toutes ses actions depuis le jour de sa naissance. A quoi les anges s’opposèrent en disant : quant à ce qui est du commencement de sa vie, Notre Seigneur le lui a remis. Mais si depuis le jour où il est devenu solitaire et s’est consacré au service de Dieu, vous avez quelque chose à alléguer contre lui, il vous est permis de le dire. Alors les démons l’accusèrent mais ne purent rien prouver contre lui. Le chemin lui fut donc ouvert et Antoine se vit comme retourné au même lieu et de nouveau il fut lui-même. Oubliant de manger, il demeura ainsi tout le reste de la journée et passa toute la nuit en soupirant et en priant sans cesse, tant il était rempli d’étonnement en voyant contre quels ennemis nous avions à combattre et la quantité de travaux nous avions à souffrir pour pouvoir arriver au ciel ; et il se ressouvenait à ce propos de ce que l’Apôtre a dit au sujet du prince de l’air (Ep 2, 2) : sa puissance consiste à nous combattre et à ne pas ménager ses efforts pour nous empêcher de monter à travers le ciel et de prendre ainsi le chemin du ciel. Le même Apôtre redouble donc ses exhortations en nous disant : Armez-vous des armes de Dieu afin que dans les jours mauvais (Ep 6, 13), votre ennemi soit confondu en voyant qu’il ne trouve rien à dire à votre désavantage (Tt 2, 8). En plus de ce que ces paroles nous apprennent, souvenons-nous aussi de celles-ci qui sont du même Apôtre : Je ne sais si ce fut en mon corps et en âme, ou seulement en esprit, Dieu le sait (2 Co 12, 2). Mais après avoir été élevé au troisième ciel où il entendit ces paroles ineffables, saint Paul en descendit : de même Antoine s’étant vu enlevé dans les airs, y soutint un grand combat dont il sortit victorieux.

Il avait aussi un autre don. C’est qu’étant seul sur la montagne, s’il arrivait qu’il doutât en lui-même de quelque chose, Dieu lui en connaît la connaissance dans l’oraison ; si bien qu’on pouvait dire de lui, selon la parole de l’Ecriture : Bienheureux celui qui est instruit par Dieu même (Is 54 ; Jn 6). Un jour qu’il avait eu une discussion avec quelques-uns de ses frères touchant l’état de l’âme et le lieu où elle serait après cette vie, il entendit la nuit suivante quelqu’un qui l’appelait d’en haut et lui disait : Antoine, lève-toi, sors, et regarde. Il sortit donc, car il savait bien à quel esprit il fallait ajouter foi, et vit quelque chose de fort grand, fort terrible et fort extraordinaire qui, étant debout, touchait jusqu’aux nues. Il aperçut aussi des personnes qui s’élevaient dans l’air, comme si elles avaient eu des ailes ; et ce fantôme, étendant les mains, en empêchait quelques-uns de monter. Mais il pouvait en empêcher les autres qui, volant par-dessus lui, passaient outre, sans plus craindre ses menaces. Ce qui lui faisait grincer des dents de rage, alors qu’il se réjouissait de ceux qu’il avait fait tomber. Alors Antoine entendit cette voix qui lui disait : Comprends bien cette vision. A ces paroles, son esprit s’étant ouvert, il connut que ce grand fantôme était l’ennemi de nos âmes, qui porte tant envie aux fidèles qu’il retient et empêche de passer pour aller au ciel ceux qui lui sont assujettis, et qui au contraire ne peut fermer le passage à ceux qui n’ont point foi en lui. Antoine prenant cette vision pour un avertissement, travaillait avec plus d’ardeur que jamais pour s’avancer chaque jour un peu plus dans la perfection et dans la vertu.

Chapitre XXIII

Antoine rapporta contre son gré ce que je viens de dire. Mais ceux qui étaient alors auprès de lui demandèrent pourquoi il était demeuré si longtemps en prière à cause de l’étonnement que lui donna cette vision. Ils le pressèrent tant de leur en donner la raison qu’il fut contraint de le faire, non seulement comme un bon père qui ne peut rien cacher à ses enfants, mais aussi comme leur conducteur et leur maître dans la vie spirituelle. Connaissant la pureté de sa conscience, il jugeait que le récit de ce qui lui était arrivé leur serait utile, parce qu’il leur ferait connaître quels sont les fruits et les avantages de la vie qu’ils avaient embrassée et combien les visions apportent souvent du soulagement dans les travaux.

Il supportait les maux avec une très grande patience, et avait une très basse opinion de lui-même. Il révérait les règles de l’Eglise au-delà de tout ce qu’on peut dire : c’est pourquoi il voulait que le moindre clerc lui soit préféré en toutes choses. Il n’avait point de honte de baisser la tête devant les évêques et les prêtres pour leur demander leur bénédiction, et s’il arrivait que quelque diacre qui avait besoin de son assistance vienne le visiter, après lui avoir dit ce qu’il désirait apprendre de lui pour son utilité, lui-même le priait de lui parler des choses spirituelles, n’ayant point honte d’apprendre. Et souvent il s’enquérait de ce qu’il croyait ignorer ; ne dédaignant pas écouter tous ceux qui étaient présents, il avouait avoir appris de ce que chacun avait dit de bon.

Entre autres choses dont Notre Seigneur l’avait favorisé, une grâce merveilleuse paraissait sur son visage. Elle était telle que s’il était au milieu d’un grand groupe de solitaires et si quelqu’un qui désirait le voir sans le connaître encore arrivait, il quittait tous les autres et courait vers lui, tant son regard avait une force attractive sur ceux qui le voyaient. Il ne surpassait pas les autres par la taille, ni par le grosseur ; mais il les surpassait par la douceur de ses mœurs et par la pureté de son âme qui, étant exempte du trouble des passions répandait au dehors cette tranquillité dont elle jouissait en elle-même. Ainsi, comme la joie qu’elle ressentait se lisait sur son visage, on pouvait juger, par toutes les actions et les mouvements de son corps, de l’état de son âme, selon cette parole de l’Ecriture : La joie du cœur réjouit le visage, et la tristesse l’abat et l’afflige (Pr 15, 1). Ainsi Jacob reconnut que Laban avait conçu quelque mauvais dessein contre lui et dit à ses femmes : Le visage de votre père n’est pas comme il était hier et avant-hier (Gn 31, 5). Ainsi Samuel reconnut David à ses yeux pleins de douceur et de gaieté, et à ses dents aussi blanches que le lait[2]. Et ainsi l’on reconnaissait Antoine : car la tranquillité de son âme faisait qu’il n’était jamais troublé et la joie de son esprit l’empêchait d’avoir jamais le visage triste.

Il était si admirable et si religieux en ce qui concerne la foi, qu’il ne voulut jamais avoir aucun commerce avec les Méléciens schismatiques, car il avait décelé dès le commencement leur malice et leur apostasie. Il ne voulut jamais aussi parler amicalement avec les Manichéens et les autres hérétiques, mais il les exhortait à sortir de leur erreur pour rentrer dans la vérité. Car il assurait que l’amitié et la communication avec de telles personnes était la ruine et la perte entière de l’âme. Pour cette même raison, il avait en horreur l’hérésie des Ariens et priait tout le monde de n’avoir aucune communication avec eux et de ne pas ajouter foi à leur mauvaise doctrine.

Un jour que quelques-uns venaient le voir, ayant reconnu leur impiété, il les chasse de la montagne, disant que leurs paroles étaient plus dangereuses que le venin des serpents. Et quelques autres voulant lui faire croire à tort qu’ils étaient dans les mêmes sentiments que lui, il ne put le souffrir et se mit en très grande colère contre eux.

Chapitre XXIV

Les évêques et les solitaires l’en ayant prié, Antoine descendit à Alexandrie om il parla publiquement contre les Ariens, disant que cette hérésie était l’une des dernières et qu’elle devait précéder l’Antéchrist. Il enseigna aussi au peuple que le Fils de Dieu n’était pas une créature, ni créé de rien, mais la parole de la Sagesse du Père. Ce qui fait qu’il est impie de dire qu’il y a eu un temps où il n’était pas, car le Verbe a toujours été subsistant avec le Père. C’est pourquoi, disait-il, n’ayez jamais de communication avec ces Ariens impies, puisqu’il ne peut y avoir d’alliance entre la lumière et les ténèbres (2 Co 6, 14). Vous êtes chrétiens parce que vous êtes dans la véritable piété et dans la véritable religion ; et eux, en disant que le Verbe du Père, le Fils de Dieu, est une créature ne diffèrent en rien des païens qui adorent la créature au lieu d’adorer le Créateur. Croyez donc que toutes les créatures s’élèvent avec colère contre eux, parce qu’ils mettent au nombre des créatures le Créateur et le Seigneur de toutes choses et par lequel toutes choses ont été faites.

Tous les peuples se réjouissaient de ce qu’un si grand personnage prononçait des anathèmes contre cette hérésie qui combat formellement Jésus-Christ. Tous les habitants de la ville courraient voir Antoine. Les Païens eux-mêmes et leurs prêtres allaient à l’Eglise, en disant : nous voulons voir l’homme de Dieu. Car tous généralement le nommaient ainsi ; parce que le Seigneur délivra alors en ce lieu, par ses prières, plusieurs possédés et rendit la santé de l’esprit à diverses personnes qui l’avaient perdue. Plusieurs aussi d’entre ces païens désiraient au moins toucher le saint vieillard, croyant que cela leur serait utile. Et pendant le peu de jours où il demeura là, il se converti plus d’infidèles au christianisme qu’il ne s’en était converti en toute une année auparavant. Quelques-uns estimaient que cette grande multitude qui le pressait ne pouvait que l’importuner et voulaient la faire se retirer. Il leur dit avec un visage tranquille : ils ne sont pas en plus grand nombre que les démons que nous avons à combattre sur la montagne.

Lorsqu’il s’en retourna et que je l’accompagnais, étant arrivé à la porte de la ville, une femme commença à crier derrière nous : Arrêtez-vous, homme de Dieu, ma fille est cruellement tourmentée par le démon. Arrêtez-vous, je vous en supplie, afin que je ne sois pas en danger à courir après vous. Le vieillard, entendant ces paroles et alors que nous l’en prions, s’arrêta très volontiers. Cette femme s’approcha avec son enfant qui se roulait contre terre. Antoine se mit en prière et invoqua le nom de Jésus-Christ, et la fille fut entièrement délivrée par la sortie de l’esprit malin et se remit sur ses pieds. La mère bénit Dieu : nous lui rendîmes tous des actions de grâce ; et lui s’en retourna avec joie sur la montagne, comme si c’eût été sa véritable maison.

Chapitre XXV

Antoine était extrêmement prudent ; et ce qui est admirable, bien que n’étant pas appris les lettres, il avait une vivacité d’esprit et une intelligence sans pareilles. Comme il était sur la montagne la plus proche, deux philosophes grecs étant allés le trouver avec le dessein de le surprendre, il reconnut sur leur visage qui ils étaient. Allant au devant d’eux, il leur dit par un interprète : Pourquoi prenez-vous tant de peine, ô philosophes, pour venir trouver un homme stupide ? A cela, ils répondirent que non seulement il ne l’était pas, mais qu’il était fort sage et fort habile. Il leur répliqua : Si vous êtes venus vers moi comme vers un insensé, vous avez pris inutilement beaucoup de peine, et si vous m’estimez sage, devenez sages comme moi. Il faut imiter ce que l’on estime bon. Ainsi, si j’étais allé vers vous, je vous imiterais. Puisque vous êtes venus vers moi, c’est à vous de vous rendre semblables à moi. ? Or je suis chrétien. Ils s’en allèrent sur cela, pleins d’étonnement, et ayant reconnu que les démons mêmes le craignaient.

D’autres parmi ces sages selon le monde vinrent le trouver au même endroit et croyaient se moquer de lui parce qu’il n’avait point étudié ; il leur dit : Qu’est-ce qui d’après vous est premier ? ou l’esprit ou les sciences ? Et lequel des deux est la cause de l’autre, ou l’esprit des sciences ou les sciences de l’esprit ? A cela, ils répondirent que l’esprit précédait les sciences puisqu’il en était l’inventeur. Il leur répliqua : les sciences ne sont donc pas nécessaires à celui qui a l’esprit sain et solide. Cela les surprit et tous ceux qui étaient présents s’en allèrent plein d’admiration pour avoir vu une si grande vivacité d’esprit dans un homme sans lettres.

Sa manière d’agir, qui n’avait rien de rustique et de sauvage, n’était point celle d’une personne nourrie et vieillie sur une montagne. Mais il était civil et agréable, et ses discours étaient tellement assaisonnés du sel d’une sagesse divine, que tous ceux qui venaient le voir recevaient de la joie et de la consolation de ses entretiens, sans pouvoir trouver à redire à ses actions.

Chapitre XXVI

Quelques-uns de ceux qui passent pour sages parmi les grecs étaient encore venus le trouver pour lui demander les raisons de la foi que nous avons en Jésus-Christ ; ils avaient l’intention de se moquer de lui en disputant avec subtilité sur le sujet des louanges que nous donnons à la divine croix de notre Sauveur. Antoine, après avoir pensé un peu en lui-même, touché de compassion pour leur ignorance, leur dit par un interprète qui expliquait très bien ses pensées : qu’est ce qui est le plus raisonnable, de révérer une croix, ou de reconnaître que ceux à qui vous donnez le nom de dieux ont commis des adultères et d’autres crimes abominables ? Car cette croix que nous honorons est une marque de générosité et de courage, puisque c’est une preuve indubitable du mépris de la mort : tandis que ce que vous attribuez à vos dieux, sont des marques d’une malheureux débordement, en toutes sortes de vices. Qu’est-ce qui est le plus raisonnable ? de dire que le Verbe de Dieu, qui n’est point sujet au changement mais est toujours le même, a pris un corps humain pour le salut et pour l’honneur des hommes, afin que, par la communication de la nature divine avec la nature humaine, il rende les hommes participants de la nature divine ? ou bien de vouloir qu’une divinité soit semblable à des animaux, et d’adorer pour cette raison des bêtes brutes, des serpents, et des figures d’hommes ? Car ce sont là les actes de religion de ceux qui passent pour sages parmi vous ? Et comment avez-vous la hardiesse de vous moquer de nous, parce que nous disons que Jésus-Christ a paru sur la terre comme un homme, vous qui voulez que les âmes soient tirées de la substance de Dieu, comme des parties de la sagesse divine, qu’elles soient tombées dans le péché, et qu’ensuite, elles soient descendues du plus haut du ciel dans les corps ? encore serait-il à souhaiter que vous croyez qu’elles viennent uniquement dans des corps humaines et qu’elles ne passent pas dans ceux des bêtes brutes et des serpents. Car notre foi nous apprend que Jésus-Christ est venu pour le salut des hommes ; et vous, par une grande erreur, vous dites que l’âme est incréée. Ainsi nous attribuons à la Providence ce qui est convenable à son pouvoir et à son amour pour les hommes, sachant qu’il n’y a rien en cela d’impossible à Dieu. Mais vous, au contraire, vous faites, dans vos fables, l’âme semblable à la sagesse divine et de la même nature qu’elle, vous la pensez capable de déchoir et vous l’estimez sujette au changement. Vous rendez par l’âme la sagesse divine sujette au changement, puisque ce qui convient à une chose qui est l’image d’une autre par communication de nature, doit aussi convenir à celle dont elle est l’image. Si vous avez ces sentiments de la sagesse divine, considérez quels sont vos blasphèmes contre le Père, l’auteur et le principe de la sagesse.

Et quant à ce qui regarde la croix, qu’est-ce qui d’après vous est le plus louable ? ou ce qu’a fait Jésus-Christ lorsque, attaqué par les mensonges et les fausses accusations des méchants, il s’est résolut à souffrir la mort de la croix sans que son esprit ait pu être ébranlé par la criante d’un si cruel supplice, ou bien ce que vous nous contez dans vos fables, des erreurs d’Isis et d’Osiris, des embûches de Typhon, de la fuite de Saturne, de sa cruauté à dévorer ses enfants, et de ses parricides ? Car voilà quelle est votre sagesse. Mais comment, en vous moquant de la croix, ne dites-vous rien des morts qui ont été ressuscités, des aveugles qui ont recouvré la vue, des paralytiques et des lépreux qui ont été guéris, de la marche sur la mer à pied sec, et de tant d’autres miracles qui font voir que Jésus-Christ n’était pas seulement un homme, mais qu’il était aussi Dieu ? Il me semble qu’en cela, vous vous faites tort à vous-mêmes, puisqu’il paraît que vous n’avez pas lu sincèrement et de bonne foi nos Ecritures. Lisez-les donc et considérez que les mêmes choses que Jésus-Christ a faites pour le salut des hommes en venant dans le monde, font aussi connaître qu’il est Dieu.

Dites-moi, je vous prie, de votre côté, quelles sont les actions de vos dieux. Mais que pourriez-vous me dire de ces bêtes brutes, sinon des choses brutales et cruelles ? Si vous me répondez que vous considérez cela comme des fables, et que dans ces allégories, Proserpine représente la terre, Vulcain le feu, Junon l’air, Apollon le soleil, Diane la lune, et Neptune la mer, vous ne rendez pas néanmoins un plus grand honneur à Dieu : mais au contraire vous adorez des créatures au lieu d’adorer le Créateur. Si la beauté des créatures vous a portés à inventer toutes ces choses, vous deviez vous contenter de les admirer sans les mettre au nombre des dieux, et sans rendre ainsi aux ouvrages l’honneur qui n’est dû qu’au divin Ouvrier qui les a formés. En raisonnant ainsi, vous pourriez de même attribuer à un palais l’estime qui n’appartient qu’à l’architecte qui l’a bâti, et à un soldat le respect qui n’est dû qu’au Général de l’armée. Que répondez-vous donc à cela, afin de nous faire voir que la croix est digne de mépris et de risée ?

Chapitre XXVII

Ces philosophes ne sachant que répliquer et se tournèrent de côté et d’autre. Antoine se mit à sourire et leur dit : Ces choses sont si claires, qu’il ne faut que les regarder pour tomber d’accord. Mais puisque vous vous appuyez principalement sur les démonstrations, et que faisant profession de cette science, vous ne voulez même pas adorer Dieu lorsque vous y êtes obligés par des arguments et des preuves, je vous pose une question. Comment est-ce qu’une chose, et surtout la connaissance d’un Dieu, peut le mieux s’acquérir ? par une démonstration, ou par l’énergie de la foi ? Et qu’est-ce qui précède ? La foi agissante, ou la démonstration par des discours ? Ces philosophes répondirent à cela que la foi active précédait, et que c’était elle qui donnait une connaissance certaine. Vous avez fort bien répondu, leur dit Antoine, parce que la foi procède de l’opération de l’âme ; tandis que la Dialectique ne procède que de l’art de ceux qui l’ont inventée. Et ainsi, les personnes qui ont une foi ferme, non seulement n’ont pas besoin de la démonstration des discours, mais elle leur est tout à fait inutile. Ainsi vous travaillez à établir par des raisons ce que nous connaissons très bien par le moyen de la foi, et souvent vous ne pouvez pas même expliquer par vos paroles les choses que nous concevons très facilement, parce que l’opération de la foi est beaucoup plus forte que tous vos arguments philosophiques.

Ainsi nous autres, chrétiens, nous n’établissons pas nos mystères sur la sagesse des raisonnements des Grecs, mais sur la puissance de la foi qui nous vient de Dieu par Jésus-Christ. Et pour vous faire connaître que ce que je dis est vrai, vous voyez que bien que nous ignorions les lettres, nous ne manquons pas de croire en Dieu, d’autant que nous jugeons par ce qu’il a fait, quelle est sa providence en toutes choses. Et pour vous témoigner encore combien notre foi est puissante, nous ne nous appuyons par elle que sur Jésus-Christ ; tandis que vous, vous vous appuyez sur des contestations de sophistes. L’adoration de vos idoles fantastiques commence à s’affaiblir parmi vous ; tandis que notre foi se répand de tous côtés. Avec tous vos syllogismes, vous ne persuadez pas une seule personne de passer du Christianisme au paganisme. Nous, en enseignant la foi en Jésus-Christ, nous ruinons toute votre superstition, chacun reconnaissant que Jésus-Christ est Dieu, qu’il est le Fils de Dieu, sans que toute vos fictions et vos fables puissent empêcher les hommes d’être instruits dans la doctrine des chrétiens. Au seul nom de Jésus-Christ crucifié, nous mettons en fuite les démons que vous adorez comme des dieux ; et lorsque l’on fait le signe de la croix, la magie perd toute sa force, et le venin son pouvoir de nuire. Car, dites-moi, je vous prie, où sont maintenant vos Oracles ? où sont ces charmes des Egyptiens ? où sont ces spectres que faisaient voir vos enchanteurs ? Et quand est-ce que toutes ces choses ont cessé et ont perdu leur force, sinon lorsque l’on a vu paraître la Croix de Jésus-Christ ? Est-elle donc digne de risée ? Et les choses qui ont été abolies par elle, et dont elle a fait voir la faiblesse, ne sont-elles pas plutôt dignes de mépris ?

Mais ce qui est encore plus admirable, c’est que personne ne persécute votre religion. Elle est à l’honneur parmi vous dans toutes les villes. Les chrétiens au contraire sont persécutés ; et notre religion ne cesse pas toutefois de fleurir et de croître au préjudice de la vôtre. Les adorations que vous rendez aux idoles, bien qu’accompagnées des acclamations des peuples, et comme protégées de tous côtés par des remparts, ne cessent pas de s’affaiblir de jour en jour ; et au contraire, la foi que nous avons en Jésus-Christ, et la doctrine de l’Eglise catholique, bien qu’elle passe pou ridicule parmi vous, et qu’elle ait été si souvent persécutée par les empereurs, s’est déjà répandue par toute la terre. Car quand a-t-on jamais vu la connaissance de Dieu reluire ainsi, la tempérance et la chasteté éclater à un si haut point et la mort être devenue méprisable, sinon depuis que la Croix de Jésus-Christ a commencé à paraître dans le monde ? Or qui peut douter de cela, en voyant dans l’Eglise tant de martyrs faire si peu de cas de la mort, par l’amour qu’ils ont pour Jésus-Christ, et tant de vierges, enflammées de ce même amour, conserver leurs corps si purs et si chastes ? N’avons-nous pas là des marques invincibles pour faire connaître que la foi en Jésus-Christ est la seule véritable foi pour honorer Dieu comme il doit l’être ? Et ne témoignez-vous pas que vous n’avez pas de foi, puisque pour appuyer votre croyance, vous n’avez recours qu’à des arguments ? Et nous, au contraire, selon ce qu’a dit notre Maître, nous ne nous appuyons pas sur les persuasions de la sagesse humaine, mais nous persuadons par la foi, qui précède manifestement tout cet appareil et toute cette recherche de discours et de paroles. Voici des personnes tourmentées par des démons — il y en avait quelques-unes qui étaient venu vers lui pour ce sujet. Antoine les mit au milieu d’eux et continua ainsi : Guérissez-les par vos syllogismes, ou par le moyen que vous voudrez, ou même par votre magie, en invoquant vos idoles. Si vous ne le pouvez pas, cessez de disputer contre nous ; et vous verrez quelle est la puissance de la Croix de Jésus-Christ. Ayant ainsi parlé, il invoqua Jésus-Christ et fit par trois fois le signe de la Croix sur les possédés qui, aussitôt, furent entièrement délivrés. Ils se levèrent en possession d’eux-mêmes et rendirent grâces à Notre Seigneur. Ces philosophes furent remplis d’un véritable étonnement par la sagesse d’Antoine et par le miracle qu’il venait de faire. Sur quoi, il leur dit : Pourquoi vous étonnez-vous ? Ce n’est pas nous qui avons fait ce miracle : mais c’est Jésus-Christ qui l’a fait et qui en fait par ceux qui croient en lui. Croyez-y donc t vous connaîtrez que nous n’opérons pas par la science des paroles, mais par la foi en Jésus-Christ accompagnée de charité. Si aussi vous êtes touchés, vous ne rechercherez plus ces démonstrations de paroles, mais vous estimerez que les miennes suffisent pour vous porter à croire en Jésus-Christ. Cela même provoqua leur admiration et ainsi, après avoir pris congé de lui, ils se retirèrent en confessant qu’ils avaient tiré beaucoup de profit de l’avoir vu.

Chapitre XXVIII

La réputation d’Antoine parvint aux empereurs. Constantin le Grand, Constance et Constant, ses enfants, eurent connaissance de ses actions. Ils lui écrivirent comme à leur père, et désirèrent qu’il leur réponde. Mais comme il ne faisait pas grand cas des lettres qu’on lui écrivait et ne prenait pas plaisir à en recevoir, il ne se glorifiait nullement de celles des Empereurs. Et lorsqu’elles lui furent apportées, il appela les solitaires qui étaient auprès de lui et leur dit : Ne vous étonnez pas parce qu’un empereur m’écrit, puisqu’il est un homme, mais étonnez-vous de ce que Dieu a écrit une loi pour les hommes, et de ce qu’il nous a parlé par son propre Fils. Il ne voulait pas même recevoir ces lettres, disant qu’il ne savait comment y répondre. Mais ses disciples lui ayant avancé que les Empereurs étant chrétiens, croiraient être méprisés s’il ne leur répondait pas, il permit qu’on les lise et il leur répondit qu’il se réjouissait avec eux de ce qu’ils adoraient Jésus-Christ, qu’il les exhortait à penser à leur salut, à ne pas faire grand cas des choses présentes, mais de se mettre devant les yeux le jugement à venir, de considérer que Jésus-Christ est le seul Roi véritable et éternel, qu’ils étaient tenus à avoir beaucoup de clémence et d’humanité, de mettre grand soin à rendre la justice et à assister les pauvres. Les Empereurs reçurent cette lettre avec grande joie, tant il était honoré et aimé de tout le monde et chacun désiraient l’avoir pour père.

Antoine était ainsi connu de tous et il répondait comme je l’ai dit à ceux qui venaient le voir. Il retourna encore dans la montagne la plus reculée où il continuait à vivre dans ses austérités ordinaires. Souvent, étant assis ou se promenant avec ceux qui étaient avec lui, il demeurait comme hors de soi, ainsi qu’il est écrit de Daniel (4, 16), et quelques heures après il reprenait son discours là où en était resté et continuait ainsi à parler à ses frères. Ils s’apercevaient qu’il avait eu quelque révélation. Souvent aussi, quand il était sur la même montagne, il voyait ce qui se passait en Egypte, ainsi qu’il l’avoua à l’évêque Sérapion qui, étant venu le visiter, le vit occupé par une semblable vision.

Un jour, étant assis, il entra en extase et demeura longtemps dans la contemplation de Dieu en jetant de grands soupirs. Une heure après, soupirant encore, il se tourna vers ceux qui étaient présents, et tout tremblant se releva pour prier encore Dieu. Puis il se jeta à genoux et il y resta fort longtemps, et se releva en pleurant. Cela remplit d’étonnement et d’effroi tous ces solitaires qui le supplièrent et pressèrent tellement de leur faire savoir ce que c’était, qu’il leur dit enfin avec un profond soupir, car il y était contraint : Ô mes enfants, la mort me serait beaucoup plus douce que de voir arriver ce que j’ai vu. Entendant cela, ils le pressèrent encore. Il ajouta en versant quantité de larmes : la colère de Dieu doit tomber sur son Eglise et elle sera livrée entre les mains de gens égaux en humanité à des bêtes. Car j’ai vu la table du Seigneur environnée de tous côtés de mulets qui, à grands coups de pied renversaient tout ; et ces coups de pied étaient comme font des bêtes qui sautent et qui ruent. Et quant à ce pourquoi vous m’avez vu soupirer, c’est que j’ai entendu une voix qui disait : Mon autel sera profané. Antoine eut cette vision et deux ans après, arriva ce débordement des Ariens et le ravage qu’ils ont fait dans nos églises, d’où ils ont emportés par la force les vases sacrés et ils les ont fait emporter par les païens qu’ils ont contraints de venir avec eux, dans les boutiques où, en leur présence, ils ont traité comme il leur a plu la table du Seigneur. Et alors nous avons tous jugé que, par les coups de pied de ces mulets, Dieu avait fait voir à Antoine par avance ce que les Ariens, comme des bêtes brutes, font maintenant dans l’Eglise.

Mais, après avoir eu cette vision, il consola ceux qui étaient présents, en leur disant : Mes enfants, ne perdez pas courage néanmoins. Car, comme le Seigneur s’est mis en colère, il aura compassion de nos maux ; il nous délivrera ; l’Eglise retrouver ses premiers ornements et reluira avec sa splendeur accoutumée. Vous verrez ceux qui auront souffert persécution, être rétablis avec honneur. Vous verrez l’impiété retourner se cacher dans ses antres et dans ses cavernes ordinaires et la foi orthodoxe se rétablir de tous côtés avec une pleine confiance et une entière liberté. Prenez garde seulement à ne pas vous laisser infecter par le venin des Ariens dont la doctrine, au lieu d’être apostolique, est la doctrine des démons et du diable qui est leur père, ou plutôt est une doctrine impertinente et brutale : une doctrine folle et extravagante, ainsi que les mulets sont sans esprit et sans connaissance.

Chapitre XXIX

Jusqu’ici, ce sont les paroles d’Antoine et nous ne devons pas douter que Dieu n’ait fait ces miracles par un homme, puisque notre Sauveur l’a promis par ces paroles, en disant : Si votre foi était seulement comme un grain de sénevé, vous diriez à cette montagne : Passe d’ici à cet autre lieu, et elle y passerait, et rien ne vous serait impossible (Mt 17, 20). Et en un autre endroit : En vérité, en vérité, je vous le dis, si vous demandez en mon nom quelque chose à mon Père, il vous l’accordera ; demandez et vous recevrez (Jn 16, 23-24). Et lui-même a dit à ses disciples et à tous ceux qui croyaient en lui : Guérissez les malades ; chassez les démons ; et comme vous avez reçu cette puissance gratuitement, exercez-la de même (Mt 10, 8). Antoine guérissait donc les malades, non par son autorité, mais par ses prières, et en nommant le nom de Jésus-Christ, afin que chacun sut que ce n’était pas lui qui faisait ces miracles, mais le Seigneur qui se servait de lui pour témoigner sa bonté envers les hommes, et secourir les affligés. Ainsi il n’y avait rien en cela d’Antoine, que la prière et l’austérité de sa vie.

C’est pourquoi, demeurant dans la montagne, il était consolé par la contemplation des choses divines. Et lorsque la multitude de ceux qui venaient troubler sa solitude l’obligeait à sortir dehors, il était touché d’affliction et de tristesse. Tous les Juges même le suppliaient de descendre de la montagne, puisqu’il ne leur était pas permis d’y monter avec ce grand nombre de plaideurs qui les suivaient ; et leurs prières n’avaient pas d’autre fin que la joie de le voir. Voyant qu’il les refusait et se détournaient de leur chemin, ils demeuraient là et lui envoyaient des criminels conduits par des soldats, afin qu’au moins pour l’amour d’eux, il descendit de la montagne. Ainsi, y étant contraint, et voyant ces affligés, il venait dans la montagne la plus avancée et le travail qu’il souffrait ainsi n’était pas sans fruit, car plusieurs en recevaient du soulagement et sa présence faisait du bien à une infinité de personnes. Les Juges mêmes en tiraient un grand avantage par les conseils qu’il leur donnait, de préférer la justice à toutes choses, de craindre Dieu, et de se souvenir qu’il les jugerait de la même façon qu’ils auront jugé les autres.

Mais rien ne lui était aussi cher que la vie solitaire qu’il menait dans la montagne. Un jour, par une semblable violence, il fut contraint d’en sortir, à la prière de quelques personnes qui avaient besoin de lui. Un colonel le pressa instamment de descendre. Il vint, leur dit quelque chose touchant leur salut et voulut s’en retourner. Ces personnes qui avaient recours à lui le pressaient de rester et le colonel l’en pressait encore plus. Il leur répondit qu’il ne pouvait demeurer davantage avec eux et pour les persuader qu’il avait raison, il utilisa une comparaison fort agréable. Car comme les poissons, leur dit-il, meurent lorsqu’ils sont longtemps sur la terre, de même les solitaires en s’arrêtant avec vous et en y demeurant longtemps, sentent s’affaiblir et s’éteindre leur piété. Et ainsi nous ne devons pas avoir moins d’impatience à retourner dans la montagne, que les poissons à retourner dans la mer, de peur que tardant davantage, nous n’oubliions tout le bien que nous y avons appris. Ce Colonel ayant entendu cela, ainsi que plusieurs autres choses qui le ravirent d’admiration, dit qu’il fallait qu’Antoine soit véritablement serviteur de Dieu. S’il n’était aimé de lui, il serait impossible qu’il se trouve tant d’esprit de sagesse dans un homme qui n’était pas savant.

Chapitre XXX

Un autre colonel nommé Balac, persécutait horriblement les catholiques à cause la passion qu’il avait pour la maudite secte d’Arius, et il était si cruel qu’il battait même les vierges et faisait dépouiller et fouetter les solitaires. Antoine lui envoya une lettre qui disait en substance : Je vois la colère de Dieu qui vous menace. Cessez de persécuter les chrétiens, si vous ne voulez qu’elle tombe sur vous, alors qu’elle est très proche. Balac se moqua de cette lettre, la déchira, la jeta par terre, cracha dessus et, après avoir fort maltraité ceux qui la lui avaient apportée, il leur commanda de dire de sa part à Antoine : puisque tu prends tant de soin des solitaires, je te persécuterai toi-même. Avant que le cinquième jour soit passé, il fut accablé par la colère de Dieu. Il partit avec Nestor, gouverneur d’Egypte, dans la principale juridiction d’Alexandrie, nommée Cerée, et tous deux étaient montés sur des chevaux parmi les plus doux de l’écurie de Balac. Comme ils étaient en chemin, les chevaux, ainsi qu’il arrive souvent, commencèrent à jouer ensemble. Tout à coup, celui que montait Nestor, qui était encore plus doux que l’autre, se jeta sur Balac et lui mordit la cuisse, si bien qu’il la lui mit en pièce. On fut obligé de le porter sur le champ à la ville où il mourut au bout de trois jours. Chacun admira comment la prédiction d’Antoine avait été rapidement accomplie. Voilà la manière dont il exhortait les plus féroces.

Quant aux autres qui allaient vers lui, ils étaient si touchés par ses discours et ses instructions, que les Juges n’avaient plus de souci pour leurs charges. Ils estimaient heureux ceux qui faisaient profession de cette vie solitaire et retirée.

Antoine s’opposait avec tant d’affection et de courage aux injures que l’on faisait aux autres, qu’il semblait que c’était lui qui les avait reçues. Il pourvoyait au bien de tous, si bien que plusieurs personnes engagées dans le métier des armes et plusieurs riches, renoncèrent à tous les fardeaux inutiles de cette vie pour devenir solitaires. Et il semblait être un médecin donné par Dieu à la terre d’Egypte. Car quel est l’homme dans la tristesse qui ne retrouvait pas la joie après lui avoir rendu visite ? Quel est celui qui pleurait la mort de ses amis et n’a pas senti sa douleur soulagée par ses paroles ? Quel est celui qui était en colère en venant le voir et qui n’a pas vu son cœur changé et attendri ? Quel est le pauvre qui était dans l’affliction en l’abordant et qui n’a pas été consolé dans sa misère après l’avoir vu et entendu parler, et qui en est même venu à mépriser les richesses ? Quel est le solitaire qui menait une vie relâchée lorsqu’il est venu vers lui et qui ne s’en est allé plus fort et plus courageux ? Quel est jeune homme qui est monté sur la montagne et n’a pas renoncé aussitôt, après l’avoir vu, à toutes les voluptés, pour embrasser la tempérance ? Quel est celui qui, travaillé par le démon, recourut à son assistance sans en ressentir les effets ? Et enfin, quel est celui qui, troublé par des pensées diverses, ne s’en est pas retourné avec un esprit tranquille ? Car, comme je l’ai dit, le don le plus grand qu’Antoine avait reçu de Dieu en récompense de sa vie si austère qu’il passait à son service, a été le discernement des esprits. Il connaissait tous les mouvements des démons, tous leurs desseins et toutes leurs attaques. Et non seulement il ne se laissait pas tromper par eux, mais il consolait par ses discours tous ceux qui en étaient tourmentés et il leur enseignait comment les surmonter leurs efforts et rendre leurs embûches inutiles, en faisant connaître leur faiblesse et leurs tromperies.

Ainsi chacun, en se séparant de lui, se sentait fortifié, comme par une huile céleste, si bien qu’il ne craignait plus les assauts du diable ni de ses démons. Combien de vierges promises en mariage, simplement parce qu’elles avaient vu Antoine, ont pas consacré leur virginité à Jésus-Christ ? Plusieurs, venues le voir de provinces éloignées, ne sont-elles pas reparties, comme les autres, avec beaucoup de consolation et de profit ? Et tous, généralement, se dirent orphelins après sa mort, comme s’il avait été leur père commun. Ils n’avaient d’autre consolation que de se souvenir de lui et de penser aux instructions qu’il leur avait données et aux exhortations qu’il leur avait faites.

Chapitre XXXI

Il est juste que je vous dise quelle a été la fin de sa vie. Ecoutez-la attentivement, puisqu’elle pourra vous donner un désir et une sainte émulation. Antoine était allé, selon sa coutume, visiter les solitaires dans la montagne la plus avancée. Il savait quel était le moment de sa mort car Dieu lui en avait donné la connaissance. Il leur dit : Voici ma dernière visite et je serais étonné de vous revoir en cette vie. Il est temps que cette âme se sépare de ce corps, puisque je suis proche de ma cent-cinquième année. A ces mots, ils se mirent à pleurer et à baiser le saint vieillard en l’embrassant. Mais lui, plein de joie, comme celui qui est prêt à sortir d’une terre étrangère pour retourner dans sa véritable patrie, continua ainsi : Ne vous relâchez point dans vos travaux, mes chers enfants. Ne vous découragez pas dans vos saints exercices. Vivez toujours comme si vous alliez mourir le jour même. Travaillez avec beaucoup de soin à conserver vos âmes pures de toutes mauvaises pensées. Efforcez-vous d’imiter les saints. Gardez-vous bien d’avoir quelque communication que ce soit avec des schismatiques de Méléciens dont vous n’ignorez pas la méchanceté et les actions détestables. Ayez la même attitude à l’égard des Ariens, dont l’impiété est connue de tout le monde. Et bien que les Juges les soutiennent et leur soient favorables, ne vous en étonnez pas, puisque cette puissance imaginaire qu’ils semblent avoir sera bientôt détruite ; au contraire, que cela vous excite encore davantage à n’avoir aucune part avec eux. Observez religieusement la tradition des Pères, et surtout demeurez fermes dans la sainte foi de Notre Seigneur Jésus-Christ que vous avez apprise par les Ecritures et que je vous ai si souvent remise devant les yeux.

Ayant achevé ces paroles, comme les frères voulaient le contraindre par leurs prières à demeurer avec eux pour la fin de sa vie, il refusa pour plusieurs raisons que manifestait même son silence. La principale était celle-ci. Les Egyptiens ensevelissent et enveloppent de quantité de linges les corps des personnes qui meurent dans la piété, particulièrement ceux des saints martyrs. Et au lieu de les enterrer, il les mettent sur de petits lits et les conservent ainsi dans leurs maisons, croyant leur rendre beaucoup d’honneur. Sur ce point, Antoine avait souvent prié les évêques d’instruire leurs peuples pour les tirer de cette erreur. Il en avait aussi fait honte à plusieurs laïques et avaient repris sévèrement quelques femmes, leur montrant que cela n’était conforme ni aux lois, ni à la piété, puisque l’on conserve encore aujourd’hui dans des sépulcres les corps des patriarches et des prophètes. Même le corps de Notre Seigneur avait été mis dans un tombeau et une pierre avait été roulée à l’entrée pour le fermer jusqu’à ce qu’il ressuscite le troisième jour. Ainsi il leur fit connaître qu’on ne peut, sans faute, ne pas enterrer le corps des morts, quelque saints qu’ils puissent être, puisqu’il n’y a rien de plus grand ni de plus saint que le corps de Notre Seigneur. Et ses discours eurent tant de force que plusieurs de ceux qui les entendirent enterrèrent depuis leurs morts et rendirent grâces à Dieu de l’instruction qu’Antoine leur avait donnée. Ce fut donc principalement à cause de la crainte que l’on rendre à son corps des honneurs superstitieux qu’il avait vu rendre à d’autres, qu’il se hâta de s’en retourner après avoir pris congé des solitaires.

Chapitre XXXII

Etant retourné dans la montagne la plus reculée où il avait coutume de demeurer, Antoine tomba malade quelques mois après. Ayant appelé deux solitaires qui demeuraient avec lui depuis quinze ans et qui le servaient à cause de sa vieillesse, il leur dit : Je vois que le Seigneur m’appelle à lui et ainsi je vais, comme il est écrit, entrer dans le chemin de mes pères. Continuez votre abstinence ordinaire. Ne perdez pas malheureusement le fruit des saints exercices auxquels vous avez employé tant d’années. Mais, comme si vous ne faisiez que commencer, efforcez-vous de demeurer dans votre ferveur ordinaire. Vous savez quelles sont les embûches des démons. Vous connaissez leur cruauté et vous n’ignorez pas aussi leur faiblesse. Ne les craignez donc point, mais croyez en Jésus-Christ et ne respirez jamais autre chose que le désir de le servir. Vivez comme si vous deviez mourir chaque jour. Veillez sur vous-mêmes, et souvenez-vous de toutes les instructions que je vous ai données. N’ayez jamais de communication avec les schismatiques, ni avec les hérétiques ariens, puisque vous savez combien je les ai toujours abhorrés à cause de leur détestable hérésie, par laquelle ils combattent Jésus-Christ et sa doctrine. Travaillez de tout votre pouvoir pour vous unir premièrement à lui, puis aux saints, afin qu’après votre mort ils vous reçoivent, comme étant de leurs amis et de leurs connaissances, dans les tabernacles éternelles (Lc 16, 9). Gravez ces choses dans votre esprit. Gravez-les dans votre cœur. Et si vous voulez témoigner que vous m’aimez et que vous vous souvenez de moi comme de votre père, ne souffrez pas que l’on porte mon corps en Egypte, de peur qu’ils ne le gardent dans leurs maisons ; car c’est pour cela que je suis retourné dans cette montagne et vous savez comment j’ai toujours repris ceux qui font ainsi ; je les ai exhortés à abolir cette mauvaise coutume. Ensevelissez-moi donc, et couvrez-moi de terre ; et afin que vous ne puissiez manquer de suivre mon intention, faites en sorte que personne d’autre que vous ne sache le lieu où sera mon corps, que je recevrai incorruptible de la main de mon Sauveur lors de la résurrection. Quant à mes habits, distribuez-les ainsi : Donnez à l’évêque Athanase l’une de mes tuniques et le manteau que j’ai reçu de lui tout neuf, et que je lui rends usé. Donnez mon autre unique à l’évêque Sérapion et gardez pour vous mon cilice. Adieu, mes chers enfants, Antoine s’en va et n’est plus avec vous.

Lorsqu’il eut achevé ses paroles, ses disciples le baisèrent et il étendit les pieds. Et comme s’il avait vu ses amis venir au devant de lui et le combler de joie, tant il y avait de gaieté sur son visage, il rendit l’esprit et fut mis avec ses pères. Ses disciples, selon qu’il l’avait ordonné, l’emportèrent de là, l’ensevelirent et l’enterrèrent, sans que jusqu’à présent nul autre qu’eux n’en connaisse le lieu. Ceux qui reçurent les deux tuniques et le manteau tout usé du bienheureux Antoine les conservèrent comme des choses de très grand prix, parce qu’il semble, en les voyant, qu’on le voit lui-même. On ne saurait les porter sans en avoir de la joie parce qu’en en étant revêtu, on croit l’être aussi de ses saintes pensées.

Chapitre XXXIII

Telle a été la fin de la vie d’Antoine dans son corps mortel et sa vie a été le commencement de la perfection de celle des solitaires. Si ce que j’ai dit de lui est peu de choses en comparaison de sa vertu, vous pouvez juger par là quel a été ce serviteur de Dieu. Depuis sa première jeunesse jusqu’à une si grande vieillesse, il a toujours observé avec une même ferveur cette vie si austère et si retirée. Son grand âge ne lui a point fait désirer une nourriture plus délicate. L’affaiblissement de ses forces ne lui a point fait changer d’habit, ni seulement fait laver ses pieds. Et tout cela ne l’a pas empêché de jouir d’une pleine santé : car il a toujours eu la vue très bonne et n’avait pas perdu une seule dent. Son extrême vieillesse les lui avait seulement usées près des gencives. Ses pieds et ses mains étaient parfaitement sains et il était beaucoup plus vigoureux et plus fort que ceux qui font bonne chère, qui se baignent et qui changent souvent d’habits. Mais ce qui est une preuve certaine de sa vertu, et de l’amour que Dieu lui portait, c’est de voir sa réputation répandue de toute part, de voir que chacun l’admire, et de le voir regretté par ceux même qui ne l’avaient point connu. Car il ne s’était rendu célèbre ni par ses écrits, ni par sa science, ni par aucun art, mais seulement par sa piété. Que peut douter que ce ne soit un homme de Dieu ? Puisqu’il est toujours demeuré caché dans une montagne, comment aurait-on entendu parler de lui en Espagne, dans les Gaules, à Rome et en Afrique, si Dieu, comme il le lui avait promis dès le commencement, n’avait rendu son nom célèbre par tout l’univers, parce qu’il prend plaisir à faire connaître ses serviteurs. Bien que ceux-ci ne le désirent pas et se cachent, il veut que, comme des flambeaux, ils éclairent le monde, afin que ceux qui en entendent parler sachent qu’il n’est pas impossible d’accomplir les préceptes avec perfection et que le désir d’imiter ces grands personnages les fasse entrer dans le chemin de la vertu.

Lisez ceci à vos autres frères, afin qu’ils apprennent quelle doit être la vie des solitaires, et sachent que Jésus-Christ notre Sauveur et notre Maître glorifie ceux qui le glorifient ; et que non seulement il donne le royaume du ciel aux personnes qui le servent jusqu’à la fin de leur vie, mais que quelques cachés qu’ils désirent être, et quelque soin qu’ils apportent à se séparer du monde, il les rend illustres par toute la terre à cause de leur vertu et pour l’utilité des autres.

Si vous le jugez à propos, lisez aussi ce discours aux païens afin qu’ils connaissent que Jésus-Christ n’est pas seulement Dieu et Fils de Dieu, mais que ceux qui le servent sincèrement et qui accompagnent la foi qu’ils ont en lui d’une véritable piété, non seulement font la preuve que les démons qu’eux, les Hellènes, tiennent pour des dieux, ne sont pas des dieux, mais encore les foulent aux pieds, les chassent, comme trompeurs et corrupteurs des hommes, par la vertu du Christ Jésus, Notre Seigneur, à qui soit la gloire aux siècles des siècles. Amen.

[1] ANDILLY, A. D’, Les Vies des saints Pères (du désert et de quelques saintes et al.), t. I à III, À Paris, Chez Louis Josse, 1733.

[2] Il s’agit en réalité de Juda (Gn 49, 12).

SOURCE : http://www.abbaye-saint-benoit.ch/saints/peres/antoine/viedesaintantoine.htm

Francisco de Zurbarán  (1598–1664). San Antonio Abad


St. Anthony

Founder of Christian monasticism.

The chief source of information on St. Anthony is a Greek Life attributed to St. Athanasius, to be found in any edition of his works. A note of the controversy concerning this Life is given at the end of this article; here it will suffice to say that now it is received with practical unanimity by scholars as a substantially historical record, and as a probably authentic work of St. Athanasius.

Valuable subsidiary information is supplied by secondary sources: the "Apophthegmata", chiefly those collected under Anthony's name (at the head of Cotelier's alphabetical collection, P.G. LXV, 7]); Cassian, especially Coll. II; Palladius, "Historica Lausiaca", 3, 4, 21, 22 (ed. Butler). All this matter may probably be accepted as substantially authentic, whereas what is related concerning St. Anthony in St. Jerome's "Life of St. Paul the Hermit" cannot be used for historical purposes.

Anthony was born at Coma, near Heracleopolis Magna in Fayum, about the middle of the third century. He was the son of well-to-do parents, and on their death, in his twentieth year, he inherited their possessions. He had a desire to imitate the life of the Apostles and the early Christians, and one day, on hearing in the church the Gospel words, "If thou wilt be perfect, go and sell all thou hast", he received them as spoken to himself, disposed of all his property and goods, and devoted himself exclusively to religious exercises.

Long before this it had been usual for Christians to practice asceticism, abstain from marriage and exercising themselves in self-denial, fasting, prayer, and works of piety; but this they had done in the midst of their families, and without leaving house or home. Later on, in Egypt, such ascetics lived in huts, in the outskirts of the towns and villages, and this was the common practice about 270, when Anthony withdrew from the world. He began his career by practising the ascetical life in this fashion without leaving his native place. He used to visit the various ascetics, study their lives, and try to learn from each of them the virtue in which he seemed to excel. Then he took up his abode in one of the tombs, near his native village, and there it was that the Life records those strange conflicts with demons in the shape of wild beasts, who inflicted blows upon him, and sometimes left him nearly dead.

After fifteen years of this life, at the age of thirty-five, Anthony determined to withdraw from the habitations of men and retire in absolute solitude. He crossed the Nile, and on a mountain near the east bank, then called Pispir, now Der el Memum, he found an old fort into which he shut himself, and lived there for twenty years without seeing the face of man, food being thrown to him over the wall. He was at times visited by pilgrims, whom he refused to see; but gradually a number of would-be disciples established themselves in caves and in huts around the mountain, Thus a colony of ascetics was formed, who begged Anthony to come forth and be their guide in the spiritual life. At length, about the year 305, he yielded to their importunities an emerged from his retreat, and, to the surprise of all, he appeared to be as when he had gone in, not emaciated, but vigorous in body and mind.

For five or six years he devoted himself to the instruction and organization of the great body of monks that had grown up around him; but then he once again withdrew into the inner desert that lay between the Nile and the Red Sea, near the shore of which he fixed his abode on a mountain where still stands the monastery that bears his name, Der Mar Antonios. Here he spent the last forty-five years of his life, in a seclusion, not so strict as Pispir, for he freely saw those who came to visit him, and he used to cross the desert to Pispir with considerable frequency. The Life says that on two occasions he went to Alexandria, once after he came forth from the fort at Pispir, to strengthen the Christian martyrs in the persecution of 311, and once at the close of his life (c. 350), to preach against the Arians. The Life says he died at the age of a hundred and five, and St. Jerome places his death in 356-357. All the chronology is based on the hypothesis that this date and the figures in the Life are correct. At his own request his grave was kept secret by the two disciples who buried him, lest his body should become an object of reverence.

Of his writings, the most authentic formulation of his teaching is without doubt that which is contained in the various sayings and discourses put into his mouth in the Life, especially the long ascetic sermons (16-43) spoken on his coming forth from the fort at Pispir. It is an instruction on the duties of the spiritual life, in which the warfare with demons occupies the chief place. Though probably not an actual discourse spoken on any single occasion, it can hardly be a mere invention of the biographer, and doubtless reproduces St. Anthony's actual doctrine, brought together and co-ordinated. It is likely that many of the sayings attributed to him in the "Apophthegmata" really go back to him, and the same may be said of the stories told of him in Cassian and Palladius. There is a homogeneity about these records, and a certain dignity and spiritual elevation that seem to mark them with the stamp of truth, and to justify the belief that the picture they give us of St Anthony's personality, character, and teaching is essentially authentic.

A different verdict has to be passed on the writings that go under his name, to be found in P.G., XL. The Sermons and twenty Epistles from the Arabic are by common consent pronounced wholly spurious. St. Jerome (Illustrious Men 88) knew seven epistles translated from the Coptic into Greek; the Greek appears to be lost, but a Latin version exists (ibid.), and Coptic fragments exist of three of these letters, agreeing closely with the Latin; they may be authentic, but it would be premature to decide. Better is the position of a Greek letter to Theodore, preserved in the "Epistola Ammonis ad Theophilum", sect. 20, and said to be a translation of a Coptic original; there seems to be no sufficient ground for doubting that it really was written by Anthony (see Butler, Lausiac History of Palladius, Part I, 223). The authorities are agreed that St. Anthony knew no Greek and spoke only Coptic. There exists a monastic Rule that bears St. Anthony's name, preserved in Latin and Arabic forms (P.G., XL, 1065). While it cannot be received as having been actually composed by Anthony, it probably in large measure goes back to him, being for the most part made up out of the utterances attributed to him in the Life and the "Apophthegmata"; it contains, however, an element derived from the spuria and also from the "Pachomian Rules". It was compiled at an early date, and had a great vogue in Egypt and the East. At this day it is the rule followed by the Uniat Monks of Syria and Armenia, of whom the Maronites, with sixty monasteries and 1,100 monks, are the most important; it is followed also by the scanty remnants of Coptic monachism.

It will be proper to define St. Anthony's place, and to explain his influence in the history of Christian monachism. He probably was not the first Christian hermit; it is more reasonable to believe that, however little historical St. Jerome's "Vita Pauli" may be, some kernel of fact underlies the story (Butler, op. cit., Part I, 231, 232), but Paul's existence was wholly unknown unknown till long after Anthony has become the recognized leader of Christian hermits. Nor was St. Anthony a great legislator and organizer of monks, like his younger contemporary Pachomius; for, though Pachomius's first foundations were probably some ten or fifteen years later than Anthony's coming forth from his retreat at Pispir, it cannot be shown that Pachomius was directly influenced by Anthony, indeed his institute ran on quite different lines. And yet it is abundantly evident that from the middle of the fourth century throughout Egypt, as elsewhere, and among the Pachomian monks themselves, St. Anthony was looked upon as the founder and father of Christian monachism.

This great position was no doubt due to his commanding personality and high character, qualities that stand out clearly in all the records of him that have come down. The best study of his character is Newman's in the "Church of the Fathers" (reprinted in "Historical Sketches"). The following is his estimate: "His doctrine surely was pure and unimpeachable; and his temper is high and heavenly, without cowardice, without gloom, without formality, without self-complacency. Superstition is abject and crouching, it is full of thoughts of guilt; it distrusts God, and dreads the powers of evil. Anthony at least had nothing of this, being full of confidence, divine peace, cheerfulness, and valorousness, be he (as some men may judge) ever so much an enthusiast" (op. cit., Anthony in Conflict). Full of enthusiasm he was, but it did not make him fanatical or morose; his urbanity and gentleness, his moderation and sense stand out in many of the stories related of him. Abbot Moses in Cassian (Coll. II) says he had heard Anthony maintaining that of all virtues discretion was the most essential for attaining perfection; and the little known story of Eulogius and the Cripple, preserved in the Lausiac History (xxi), illustrates the kind of advice and direction he gave to those who sought his guidance.

The monasticism established under St. Anthony's direct influence became the norm in Northern Egypt, from Lycopolis (Asyut) to the Mediterranean. In contradistinction to the fully coenobitical system, established by Pachomius in the South, it continued to be of a semi-eremetical character, the monks living commonly in separate cells or huts, and coming together only occasionally for church services; they were left very much to their own devices, and the life they lived was not a community life according to rule, as now understood (see Butler, op. cit., Part I, 233-238). This was the form of monastic life in the deserts of Nitria and Scete, as portrayed by Palladius and Cassian. Such groups of semi-independent hermitages were later on called Lauras, and have always existed in the East alongside of the Basilian monasteries; in the West St. Anthony's monachism is in some measure represented by the Carthusians. Such was St. Anthony's life and character, and such his role in Christian history. He is justly recognized as the father not only of monasticism, strictly so called, but of the technical religious life in every shape and form. Few names have exercised on the human race an influence more deep and lasting, more widespread, or on the whole more beneficent.

It remains to say a word on the controversy carried on during the present generation concerning St. Anthony and the Life. In 1877 Weingarten denied the Athanasian authorship and the historical character of the Life, which he pronounced to be a mere romance; he held that up to 340 there were no Christian monks, and that therefore the dates of the "real" Anthony had to be shifted nearly a century. Some imitators in England went still further and questioned, even denied, that St. Anthony had ever existed. To anyone conversant with the literature of monastic Egypt, the notion that the fictitious hero of a novel could ever have come to occupy Anthony's position position in monastic history can appear nothing less than a fantastic paradox. As a matter of fact these theories are abandoned on all hands; the Life is received as certainly historical in substances, and as probably by Athanasius, and the traditional account of monastic origins is reinstated in its great outlines. The episode is now chiefly of interest as a curious example of a theory that was broached and became the fashion, and then was completely abandoned, all within a single generation. (on the controversy see Butler, op. cit. Part I, 215-228, Part II, ix-xi).

Butler, Edward Cuthbert. "St. Anthony." The Catholic Encyclopedia. Vol. 1. New York: Robert Appleton Company, 1907. 17 Jan. 2016 <http://www.newadvent.org/cathen/01553d.htm>.

Transcription. This article was transcribed for New Advent by Robert Gordon.

Ecclesiastical approbation. Nihil Obstat. March 1, 1907. Remy Lafort, S.T.D., Censor. Imprimatur. +John Cardinal Farley, Archbishop of New York.

Copyright © 2021 by Kevin Knight. Dedicated to the Immaculate Heart of Mary.


Carlo Crivelli  (circa 1435 –circa 1495 ). Saint Antoine le Grand et Sainte Lucie, vers 1470, 34,4 X 47, 8, Czartoryski Museum  


Saint Anthony the Abbot


Also known as

  • Abba Antonius
  • Anthony of Egypt
  • Anthony of the Desert
  • Anthony the Anchorite
  • Anthony the Great
  • Anthony the Hermit
  • Antonio Abate
  • Father of Cenobites
  • Father of All Monks
  • Father of Western Monasticism

Memorial

Profile

Following the death of his parents when he was about 20, Anthony insured that his sister completed her education, then he sold his house, furniture, and the land he owned, gave the proceeds to the poor, joined the anchorites who lived nearby, and moved into an empty sepulchre. At age 35 he moved to the desert to live alone; he lived 20 years in an abandoned fort.

Anthony barricaded the place for solitude, but admirers and would-be students broke in. He miraculously healed people, and agreed to be the spiritual counselor of others. His recommendation was to base life on the Gospel. Word spread, and so many disciples arrived that Anthony founded two monasteries on the Nile, one at Pispir, one at Arsinoe. Many of those who lived near him supported themselves by making baskets and brushes, and from that came his patronage of those trades.

Anthony briefly left his seclusion in 311, going to AlexandriaEgypt to fight Arianism, and to comfort the victims of the persecutions of Maximinus. At some point in his life, he met with his sister again. She, too, had withdrawn from the world, and directed a community of nuns. Anthony retired to the desert, living in a cave on Mount Colzim.

Descriptions paint him as uniformly modest and courteous. His example led many to take up the monastic life, and to follow his way. Late in life Anthony became a close friend of Saint Paul the Hermit, and he buried the aged anchorite, leading to his patronage of gravediggers. His biography was written by his friend Saint Athanasius of Alexandria.

His relationship with pigs and patronage of swineherds is a little complicated. Skin diseases were sometimes treated with applications of pork fat, which reduced inflammation and itching. As Anthony’s intervention aided in the same conditions, he was shown in art accompanied by a pig. People who saw the art work, but did not have it explained, thought there was a direct connection between Anthony and pigs – and people who worked with swine took him as their patron.

Born

Died

Canonized

Patronage

Representation

Additional Information

Readings

When Anthony was about eighteen or twenty years old, his parents died. Not six months after his parents’ death, as he was on his way to church for his usual visit, he began to think of how the apostles had left everything and followed the Savior, and also of those mentioned in the book of Acts who had sold their possessions and brought the apostles money for distribution to the needy. This was all in his mind when, entering the church just as the Gospel was being read, he head the Lord’s words to the rich man: “If you want to be perfect, go and sell all you have and give the money to the poor – you will have riches in heaven. Then come and follow me.” It seemed to Anthony that it was God who had brought the saints to his mind, and that the words of the Gospel had been spoken directly to him. Immediately he left the church, and gave away to the villagers all the property he inherited, about 200 acres of very beautiful and fertile land. He sold all his other possessions, as well, giving to the poor the considerable sum of money he collected. However, to care for his sister he retained a few things. He gave himself up to the ascetic life, not far from his own home. He did manual work because he had heard the words: “If anyone will not work, do not let him eat.” He spent some of his earnings on bread and the rest he gave to the poor. Seeing the kind of life he lived, the villagers and all the good men he knew called him the friend of God, and they loved him as a son and brother. – from the Life of Saint Anthony by Saint Athanasius

Saint Anthony told his monks: When, therefore, they demons come by night to you and wish to tell the future, or say ‘We are the angels,’ give no heed, for they lie…. But if they shamelessly stand their ground, capering and change their forms of appearance, fear them not, nor shrink, nor heed them as though they were good spirits. For the presence either of the good or evil by the help of God can easily be distinguished. The vision of the holy ones is not fraught with distraction: ‘For they will not strive, nor cry, nor shall anyone hear their voice’ (Matthew 12:19; Isaiah 42:2). But it comes quietly and gently that an immediate joy, gladness, and courage arise in the soul. For the Lord who is our joy is with them, and the power of God the Father. – Ambrose: Life of Saint Anthony

The days are coming when men will go mad; and, when they meet a man who has kept his senses, they will rise up against him, saying, “You are mad, because you are not like us.” – Saint Anthony

MLA Citation

  • “Saint Anthony the Abbot“. CatholicSaints.Info. 18 October 2020. Web. 17 January 2021. <https://catholicsaints.info/saint-anthony-the-abbot/>

SOURCE : https://catholicsaints.info/saint-anthony-the-abbot/


Piero di Cosimo, Saint Antoine dans La Visitation avec Saint Nicholas et Saint Antoine Abbé, c. 1480.


St. Anthony the Great

Two Greek philosophers ventured out into the Egyptian desert to the mountain where Anthony lived. When they got there, Anthony asked them why they had come to talk to such a foolish man? He had reason to say that — they saw before them a man who wore a skin, who refused to bathe, who lived on bread and water. They were Greek, the world’s most admired civilization, and Anthony was Egyptian, a member of a conquered nation. They were philosophers, educated in languages and rhetoric. Anthony had not even attended school as a boy and he needed an interpreter to speak to them. In their eyes, he would have seemed very foolish.

But the Greek philosophers had heard the stories of Anthony. They had heard how disciples came from all over to learn from him, how his intercession had brought about miraculous healings, how his words comforted the suffering. They assured him that they had come to him because he was a wise man.

Anthony guessed what they wanted. They lived by words and arguments. They wanted to hear his words and his arguments on the truth of Christianity and the value of ascetism. But he refused to play their game. He told them that if they truly thought him wise, “If you think me wise, become what I am, for we ought to imitate the good. Had I gone to you, I should have imitated you, but, since you have come to me, become what I am, for I am a Christian.”

Anthony’s whole life was not one of observing, but of becoming. When his parents died when he was eighteen or twenty he inherited their three hundred acres of land and the responsibility for a young sister. One day in church, he heard read Matthew 19:21: “If you wish to be perfect, go, sell your possessions, and give the money to the poor, and you will have treasure in heaven; then come, follow me.” Not content to sit still and meditate and reflect on Jesus’ words he walked out the door of the church right away and gave away all his property except what he and his sister needed to live on. On hearing Matthew 6:34, “So do not worry about tomorrow, for tomorrow will bring worries of its own. Today’s trouble is enough for today,” he gave away everything else, entrusted his sister to a convent, and went outside the village to live a life of praying, fasting, and manual labor. It wasn’t enough to listen to words, he had to become what Jesus said.

Every time he heard of a holy person he would travel to see that person. But he wasn’t looking for words of wisdom, he was looking to become. So if he admired a person’s constancy in prayer or courtesy or patience, he would imitate it. Then he would return home.

Anthony went on to tell the Greek philosophers that their arguments would never be as strong as faith. He pointed out that all rhetoric, all arguments, no matter how complex, how well-founded, were created by human beings. But faith was created by God. If they wanted to follow the greatest ideal, they should follow their faith.

Anthony knew how difficult this was. Throughout his life he argued and literally wrestled with the devil. His first temptations to leave his ascetic life were arguments we would find hard to resist — anxiety about his sister, longings for his relatives, thoughts of how he could have used his property for good purposes, desire for power and money. When Anthony was able to resist him, the devil then tried flattery, telling Anthony how powerful Anthony was to beat him. Anthony relied on Jesus’ name to rid himself of the devil. It wasn’t the last time, though. One time, his bout with the devil left him so beaten, his friends thought he was dead and carried him to church. Anthony had a hard time accepting this. After one particular difficult struggle, he saw a light appearing in the tomb he lived in. Knowing it was God, Anthony called out, “Where were you when I needed you?” God answered, “I was here. I was watching your struggle. Because you didn’t give in, I will stay with you and protect you forever.”

With that kind of assurance and approval from God, many people would have settled in, content with where they were. But Anthony’s reaction was to get up and look for the next challenge — moving out into the desert.

Anthony always told those who came to visit him that the key to the ascetic life was perseverance, not to think proudly, “We’ve lived an ascetic life for a long time” but treat each day as if it were the beginning. To many, perseverance is simply not giving up, hanging in there. But to Anthony perseverance meant waking up each day with the same zeal as the first day. It wasn’t enough that he had given up all his property one day. What was he going to do the next day?

Once he had survived close to town, he moved into the tombs a little farther away. After that he moved out into the desert. No one had braved the desert before. He lived sealed in a room for twenty years, while his friends provided bread. People came to talk to him, to be healed by him, but he refused to come out. Finally they broke the door down. Anthony emerged, not angry, but calm. Some who spoke to him were healed physically, many were comforted by his words, and others stayed to learn from him. Those who stayed formed what we think of as the first monastic community, though it is not what we would think of religious life today. All the monks lived separately, coming together only for worship and to hear Anthony speak.

But after awhile, too many people were coming to seek Anthony out. He became afraid that he would get too proud or that people would worship him instead of God. So he took off in the middle of the night, thinking to go to a different part of Egypt where he was unknown. Then he heard a voice telling him that the only way to be alone was to go into the desert. He found some Saracens who took him deep into the desert to a mountain oasis. They fed him until his friends found him again.

Anthony died when he was one hundred and five years old. A life of solitude, fasting, and manual labor in the service of God had left him a healthy, vigorous man until very late in life. And he never stopped challenging himself to go one step beyond in his faith.

Saint Athanasius, who knew Anthony and wrote his biography, said, “Anthony was not known for his writings nor for his worldly wisdom, nor for any art, but simply for his reverence toward God.” We may wonder nowadays at what we can learn from someone who lived in the desert, wore skins, ate bread, and slept on the ground. We may wonder how we can become him. We can become Anthony by living his life of radical faith and complete commitment to God.

SOURCE : http://www.ucatholic.com/saints/saint-anthony-the-great/


ST. ANTONY, Patriarch of Monks.

SAINT ANTONY was born in the year 251, in Upper Egypt. Hearing at Mass the words, "If thou wilt be perfect, go, sell what thou hast, and give to the poor," he gave away all his vast possessions. He then begged an aged hermit to teach him the spiritual life. He also visited various solitaries, copying in himself the principal virtue of each. To serve God more perfectly, Antony entered the desert and immured himself in a ruin, building up the door so that none could enter. Here the devils assaulted him most furiously, appearing as various monsters, and even wounding him severely; but his courage never failed, and he overcame them all by confidence in God and by the sign of the cross. One night, whilst Antony, was in his solitude, many devils scourged him so terribly that he lay as if dead. A friend found him thus, and believing him dead carried him home. But when Antony came to himself he persuaded his friend to carry him, in spite of his wounds, back to his solitude. Here, prostrate from weakness, he defied the devils, saying, "I fear you not; you cannot separate me from the love of Christ." After more vain assaults the devils fled, and Christ appeared to Antony in glory. His only food was bread and water, which he never tasted before sunset, and sometimes only once in two, three, or four days. He wore sackcloth and sheepskin, and he often knelt in prayer from sunset to sunrise. Many souls flocked to him for advice, and after twenty years of solitude he consented to guide them in holiness--thus founding the first monastery. His numerous miracles attracted such multitudes that he fled again into solitude, where he lived by manual labor. He expired peacefully at a very advanced age. St. Athanasius, his biographer, says that the mere knowledge of how St. Antony lived is a good guide to virtue. He died in the year 356.

Reflection.--The more violent were the assaults of temptation suffered by St. Antony, the more firmly did he grasp his weapons, namely, mortification and prayer. Let us imitate him in this if we wish to obtain victories like his.

SOURCE : http://jesus-passion.com/saint_antony.htm



Antony, Abbot (RM)

Born at Koman (Coma) near Memphis, Egypt, c. 251; died on Mount Kolzim, January 17, 356.


"Whoever sits in solitude and is quiet has escaped from three wars: hearing, speaking, and seeing. Yet against one thing he must constantly battle: his own heart." --Saint Antony Abbot.

"[The devil] dreads fasting, prayer, humility, and good works: He is not able even to stop my mouth who speak against him. The illusions of the devil soon vanish, especially if a man arms himself with the Sign of the Cross. The devils tremble at the Sign of the Cross of our Lord, by which He triumphed over and disarmed them." --Saint Antony Abbot.

Martindale suggests that part of Antony's work consisted in keeping his converts loyal--centuries later the monasteries he established still exist and are peopled. The Church has never been simply a clique of saints but a field of weeds as well as wheat. Even after only its first 250 years of existence the level of early enthusiasm and standard of holiness had sunk a great deal as large groups of people, some lukewarm, entered the Church. The Church does not exist for men who are already holy, but rather to help us to grow in sanctity. Her moral laws do not exist to inhibit our freedom, but as signposts allowing us the freedom to become most ourselves, who are made by, for, and in the image of God. Her Sacraments are not prizes for the already perfected but medicine for the sick and weak.

Yet the Church is not just a hospital for the morally wounded or spiritual convalescents. The generous heart, the strong worker, the vivid imagination, the triumphant will--all these are cared for, nurtured, and called to live within her. And not only the Church as a body, but each of us within Her, contains this mixture of the sick and the holy. We are beaten down by the evil within and around us but, with God's help, arise again to continue the fight. Antony was one of those whose virtues encouraged others to continue the battle and win the crown of glory offered to all by our Lord Jesus Christ.

Antony, the founder of Christian monasticism, is considered as such because he gathered the desert hermits into loosely-knit communities and exercised a certain authority over them. Nevertheless, he himself spent most of his life in solitude.

In order to keep Antony from being tainted by bad example, his rich and pious parents kept him always at home, unacquainted with any branch of human literature or other languages. His childhood was marked by his even temper, attendance to religious duties, and obedience to his parents.

At age 18 to 20, his parents died leaving him a vast fortune, including 300 auras (about 120 acres) of rich Egyptian soil. The Golden Legend says that one day in church Antony heard: "If you wish to be perfect, go and sell all that you have and give it to the poor." Many of us hear this passage without really paying much attention to it. But Antony, impressed by Christ's words to the rich young ruler, gave up everything and, providing only for the needs of his sister, became an ascetic. She, however, following his example, surrendered her share in the inheritance and entered a house of virgins (which may be the first instance mentioned in history of a convent).

He went to live alone in various spots in the neighborhood of his home in Lower Egypt, but sought the counsel of an aged hermit to teach him the spiritual life and help to control what he felt was his wayward, impressionable temperament, which he knew he could not govern all alone. During the next 15 years, he also visited other solitaries, copying in himself the principal virtue of each. Soon he was a model of humility, charity, and prayerfulness.

He found God on the abrupt and rocky banks of the Nile, where burning stones take possession of flowers before they even bloom. Fleeing the agony of a corrupt and crumbling world, he sought in silence and poverty to hear the whispers of the divine presence, to make the sand and flagstones flourish with spiritual flowers.

Antony began the life of a hermit, living in a tomb. He spent his time in prayer, study, and the manual work necessary to earn his living, while practicing the strictest self-denial. He ate only bread, with a little salt, and water, which he never tasted before sunset, and sometimes only once every several days. He wore sackcloth and sheepskin, and often knelt in prayer from sunset to sunrise. When he did sleep, it was on a rush mat or the bare floor. Thus, he became Antony the Great: the giant of holiness, the athlete of the spiritual order, the colossal mystic whose name dominates early Christianity in Egypt.

Here the devils assaulted him most furiously, appearing as various monsters and worldly temptations such as rich clothing, delicious food, and beautiful women. They even wounded him severely. But his courage never failed, and he overcame them all by confidence in God and by the Sign of the Cross. One night many devils scourged him so terribly that he lay as if dead. A friend found him that way and, believing him dead, carried him home. When Antony awakened, he persuaded his friend to carry him, in spite of his wounds, back to his solitude. Here, prostrate from weakness, he defied the devils, saying, "I fear you not; you cannot separate me from the love of Christ."

Hereupon the fiends appearing again, renewed the attack, and alarmed him with terrible noises and a variety of specters in hideous shapes until a ray of heavenly light chased them away. He cried out as we so often do when besieged by the enemy: "Where were You, my Lord and my Master? Why weren't You here from the beginning of my conflict to assuage my pain?" A voice answered: "Antony, I was here the whole time; I stood by you, and saw your combat. And because you manfully withstood your enemies, I will always protect you, and will make your name famous throughout the earth."

Not only did the devils assault him in this way, they also tempted him with thoughts about failed opportunities for doing good with the property he had given away. This is a common ploy of the evil one: to attempt to pull us away from the vocation to which God has called us, making us slothful or dissatisfied with our own role in the salvation of the world and the glorification of the Father.

About 285, in a quest for greater solitude, he left the area around his birthplace and took up residence in an abandoned fort atop Mount Pispir (now Der el Memun), living in nearly complete solitude and seeing almost no one, eating only dates growing nearby and the load of bread that was thrown to him over the wall of the fort every six months. He continued this life for 20 years until he knew and could govern himself to do the exterior work. In 305, he emerged to organize at Fayum (Phaium) the colony of ascetics that had grown around his retreat into a loosely organized monastery with a rule, though each monk lived in solitude except for worship. Most say it was the first Christian monastery. The dissipation occasioned by this undertaking led him into a temptation of despair, which he overcame by prayer and hard manual labor.

During this time of his life, he daily ate six ounces of bread soaked in water with a little salt, and sometimes added a few dates. He generally ate after sunset, but on some days at 3:00 p.m. In his old age, he also added a little oil. Thus, in his more active period he somewhat modified his earlier austerities.

It is said that he was always so cheerful when in company that strangers could always identify him from among his disciples by the joy that always painted his countenance. This, of course, was the result of the inward peace and composure of his soul--Christ's final gift to us, His servants. (It does appear, however, that Antony also possessed the gift of tears.)

Antony exhorted his brethren to spend as little time as possible in the care of the body. Nevertheless, he was careful never to place perfection in mortification, but rather in charity. He instructed his monks to always be mindful of eternity: to reflect every morning that they might not live until nightfall, every evening that they may never see the sun rise, and to perform every action as if it were the last of their lives, with all the fervor of their souls to please God.

In 311, at the height of Emperor Maximin's persecution, he went to Alexandria to give encouragement to the Christians being persecuted there and in the mines of the Sudan where they were imprisoned. He wore a white tunic of sheepskin during his stay in Alexandria so that he would be recognized by other Christians. He took care, however, never to provoke the judges or impeach himself, as some rashly did. He returned to his monastery when the persecution subsided in 312 and organized another at Pispir, near the Nile.

Again he retired, this time with his disciple Saint Macarius the Younger to a cliffside cave on Mount Kolzim near the northwest corner of the Red Sea, where he remained for the rest of his long life cultivating enough land to support himself, weaving reed mats, and visiting the monks of the desert community. Generally, Macarius would entertain any strangers who managed to reach their aerie. If they were found to be spiritual men, Antony would spend time with them, too.

Another lesson we can learn from Saint Antony: In a time of spiritual dryness take up an ordinary occupation. When Antony found uninterrupted contemplation above his strength, an angel taught his to use intervals of manual labor interspersed with prayer. Soon prayer was added to the work of his hands.

He had many followers and soon his life of solitude became impossible. Numerous colonies of monks, following his example, multiplied with great rapidity, so that the deserts of the Nile and the sands of Libya were peopled with thousands of anchorites. The rocks resounded with their songs, and at Easter immense congregations of up to 50,000 people would gather to celebrate the glory of the Risen One.

Antony's influence exerted itself like a radiating force in other countries, too. Saint Hilarion visited him about 310, and inaugurated monasteries in Palestine; Mar Agwin did so in 325 in Mesopotamia; Saint Pachomius, nearer home, in 318. Antony had two qualities proper to great men--he was able (such was the force of his personality) to leave almost complete freedom and initiative to the men under his immediate influence; and he did not grumble if others imitated and also modified his system. Thus, Pachomius started a much more centralized, highly organized monasticism more like modern convents--the system that spread to the West.

A significant feature of these desert saints was their physical strength and energy. Antony himself remained alert and vigorous despite his privations, and those who followed him became spiritual athletes, men and women who under conditions of great severity developed strong physique and braced themselves in health and virtue. (When Antony died at age 105, his sight and hearing were unimpaired and he had all his teeth.) These 'desert fathers' lived in remote places in huts, caves or abandoned buildings, and sought God through intellectual and physical self-discipline in a life of prayer, meditation, austerity, and manual labor (to feed themselves). Such lives produced characters of impressive integrity and wisdom, as well as keen understanding of the human psyche.

The desert monks were often characterized by extravagant austerities and fanaticism; not so Antony. He was notably moderate for his time, a man of spiritual wisdom, whose austerity of life was always consciously directed to the better service of God.

Many stories are told of Antony and of his encounters with strange creatures (including a centaur and satyr in the story of his search for Saint Paul the Hermit), and of how by the power of prayer he overcame his fears and proved that the wildest phantasies of the mind can be dispelled by the grace of God. He had also the gift of taming wild animals and on that account is called their patron saint. "Why do you hurt me," he asked the beasts of the desert, gently taking hold of one of them, "who do not hurt you?" and they left him in peace.

He had a great reputation for holiness, but on one occasion he heard an inner voice: "Antony, you are not so perfect as is a cobbler that dwells at Alexandria." Whereupon he took his staff and sought him out. The cobbler was amazed to see such a holy and famous man at his door. Antony enquired how he spent his time.

"Sir," he replied, "as for me, good works have I none, for my life is but simple and slender. I am but a poor cobbler. In the morning when I rise, I pray for the whole city wherein I dwell, especially for all such neighbors and poor friends as I have. After, I set me at my labor, where I spend the whole day in getting my living. And I keep me from all falsehood, for I hate nothing so much as I do deceitfulness; wherefore when I make to any man a promise, I keep to it and perform it truly. And thus I spent my time poorly with my wife and children, whom I teach and instruct, as far as my wit will serve me, to fear and dread God. And this is the sum of my simple life."

Thus, Antony learned that there are many way of holiness and that perfection is not only to be found in the lonely places of the desert.

About 337, Emperor Constantine and his two sons, Constantius and Constans, wrote a joint letter to Antony seeking advice and asking for his prayers. His monks were surprised that he should be so honored. Unmoved he said, "Do not wonder that the emperor writes to us, one man to another; rather admire that God should have written to us, and that He has spoken to us through His Son." In total, his response to the emperor preserved by Saint Athanasius, and seven other letters to various monasteries are the sum of Antony's literary output.

In 339, Saint Antony had a vision in which mules kicked down the altar. This was taken as a warning about the havoc the Arian persecution wrought just two years later in Alexandria. At the request of the bishops, about 355, Antony again went to Alexandria to join those combatting Arianism. He taught that God the Son is not a creature but the same substance as the Father, and that the Arians, who claimed he was, were heathens. There he met and became close friends with Saint Athanasius, whose Vita Antonii is the chief source of information about Antony.

On his return, he again sought refuge in the cave on Mount Kolzim, where he received visitors, including Emperor Constantine, and dispensed advice. He chief advice was that knowledge of oneself was the necessary and only step by which one can ascend to the knowledge and love of God.

Full of years, of battles and victories, Antony died on January 17 in the desert where only legend could trace his path. He was secretly buried on Mount Kolzim. About 561, his body was discovered and with great solemnity translated to Alexandria, then to Constantinople, and is now at Vienne, France.

After Saint Antony had lived in the desert for 75 years, he was told in a vision about the hermit Saint Paul, who had been living in penance for 90 years. At once he resolved to find him and set out across the desert. On the way he met with a centaur and a satyr, before finding Saint Paul in a cave in the rocks beside a stream and a palm-tree. The two embraced in immediate recognition, after which Saint Paul inquired about the state of the world that he had left so long ago.

Saint Jerome, in his account of Paul the Hermit, describes the meeting of the two during which a raven dropped a loaf of bread for the hermits to share. Paul then asked Antony to return to his own hermitage and fetch the cloak given to him by Bishop Saint Athanasius in which he wished to be buried. En route back to the elder hermit, Antony saw Paul ascending into heaven. At the cave he found the dead body in an attitude of prayer. Antony was too old to have the strength to dig a grave, but two lions came and dug it with their paws. Antony wrapped Paul's body in the cloak and buried it.

Saint Jerome and Rufinus relate that Antony met Didymus, the blind head of the catechetical school at Alexandria. His fights with the devil, his temptations, his meeting with Saint Paul the Hermit, his association with monks who treasured his sayings, his prophecies: These are all told in his Life written by Saint Athanasius, to whom he bequeathed one of his sheepskins and his cloak as a public testimony of his being united in faith and communion with that holy prelate.

Upon his death 14 years after that of Saint Paul, Antony was buried secretly, according to his own wish. Both during his life and after his death his influence was great, and veneration for him, sometimes for extrinsic reasons, was strong all over Christendom right into the Middle Ages (Attwater, Benedictines, Bentley, Butler, Delaney, Encyclopedia, Gill, Husenbeth, Martindale, Meyer, Tabor, White).

In art Saint Antony is depicted as a very old monk in a habit to indicate that he was the founder of monasticism. But he is represented in various ways: (1) with a bell or asperges (both to exorcise evil spirits) and a tau-shaped cross which designates, perhaps, his age and authority, and which is worn by the Knights of Saint Antony (instituted 1352); (2) with a pig (representing sensuality and gluttony), to denote his battles with the devil; (3) with a book to signify Antony's devotion to the Scriptures; or (4) with flames to indicate the disease known as Saint Antony's Fire, against which his name was invoked in the Middle Ages; (5) with the devil near him; (6) tempted by devils or carried aloft by them; (7) with the centaur and satyr he met on his way to Saint Paul; (8) breaking bread with Saint Paul the Hermit (the bread is brought to them by ravens); (9) with two lions, who dig Paul's grave; (10) making baskets, which was one of the primary occupations of the Egyptian monks; or (11) as a young man distributing his wealth (Appleton, Encyclopedia, Roeder, Tabor). Attwater claims that his emblems are a pig and a bell.

His association with a pig may have stemmed from the fact that pigs were kept by the Order of Hospitallers that grew around the Church of Saint Antony at La Motte, where some of his relics were kept. The Hospitallers cared for pilgrims who came to be healed of Saint Antony's Fire. Their pigs were identified by bells around their necks and were allowed to roam free. The Hospitallers sometimes gave the bells to people as a sort of good luck charm for their own pets. The word 'tantony,' which refers to the runt of a pig's litter or the smallest of a peal of bells, is a corruption of 'Saint Antony' (White). Saint Antony is the patron of basket-makers (Roeder), domestic animals, pet, people those with skin diseases (White). He is invoked against erysipelas (Saint Antony's Fire), probably because of his reputation as a healer (Roeder, White).

SOURCE : http://www.saintpatrickdc.org/ss/0117.shtml

Golden Legend – Saint Anthony of Egypt


Article

Here followeth of Saint Anthony, and first the interpretation of his name.

Anthony is said of Ana, which is as much to say as high, and tenens that is holding, which is as much as to say as holding high things and despising the world. He despised the world and said: It is deceiving, transitory and bitter, and Athanasius wrote his life.

Of the Life of Saint Anthony.

Saint Anthony was born in Egypt of good and religious father and mother, and when he was but twenty years old, he heard on a time in the church read in the gospel, that said: If thou wilt be perfect go sell all that thou hast and give it to poor men; and then according thereto he sold all that he had, and gave it to the poor people and became an hermit. He had overmany temptations of the devil. Then on a time when he had overcome the spirit of fornication which tempted him therein by the virtue of his faith, the devil came to him in the form of a little child all black, and fell down at his feet and confessed that he was the devil of fornication, which Saint Anthony had desired and prayed to see him, for to know him that so tempted young people. Then said Saint Anthony: Sith I have perceived that thou art so foul a thing I shall never doubt thee.

After, he went into a hole or cave to hide him, and anon he found there a great multitude of devils, that so much beat him that his servant bare him upon his shoulders in to his house as he had been dead. When the other hermits were assembled and wept his death, and would have done his service, suddenly Saint Anthony revived and made his servant to bear him into the pit again where the devils had so evil beaten him, and began to summon the devils again, which had beaten him, to battles. And anon they came in form of divers beasts wild and savage, of whom that one howled, another siffled, and another cried, and another brayed and assailed Saint Anthony, that one with the horns, the others with their teeth, and the others with their paws and ongles, and disturned, and all to-rent his body that he supposed well to die. Then came a clear brightness, and all the beasts fled away, and Saint Anthony understood that in this great light our Lord came, and he said twice: Who art thou? The good Jesu answered: I am here, Anthony. Then said Saint Anthony: O good Jesu! where hast thou been so long? why wert thou not here with me at the beginning to help me and to heal my wounds? Then our Lord said: I was here but I would see and abide to see thy battle, and because thou hast manly fought and well maintained thy battle, I shall make thy name to be spread through all the world. Saint Anthony was of so great fervour and burning love to God, that when Maximus, the emperor, slew and martyred christian men, he followed the martyrs that he might be a martyr with them and deserve it, and was sorry that martyrdom was not given to him.

After this, as Saint Anthony went in desert he found a platter of silver in his way; then he thought whence this platter should come, seeing it was in no way for any man to pass, and also if it had fallen from any man he should have heard it sound in the falling. Then said he well that the devil had laid it there for to tempt him, and said: Ha! devil, thou weenest to tempt me and deceive me, but it shall not be in thy power. Then the platter vanished away as a little smoke. And in likewise it happed him of a mass of gold that he found in this way, which the devil had cast for to deceive him, which he took and cast it into the fire and anon it vanished away. After, it happed that Saint Anthony on a time was in prayer, and saw in a vision all the world full of snares and gins. Then cried Saint Anthony and said: O good Lord, who may escape from these snares? And a voice said to him: Very humility shall escape them without more.

When Saint Anthony on a time was left in the air, the devils came against him and laid to him all the evils that he had done from his childhood, tofore the angels. Then said the angels: Thou oughtest not to tell the evils that have been defeated, but say if thou know any evil sith he was made a monk, then the devils contrived many evils, and when they might not prove them, the angels bare him higher than tofore, and after set him again in his place. Saint Anthony recordeth of himself that he had seen a man so great and so high that he vaunted himself to be the virtue and the providence of God, and said to me: Demand of me what thou wilt and I shall give it to thee. And I spit in the midst of his visage, and anon I armed me with the sign of the cross, and ran upon him, and anon he vanished away. And after this the devil appeared to him in so great a stature that he touched the heaven, and when Saint Anthony had demanded him what he was, he answered: I am the devil and demand thee why these monks and these cursed christian men do me thus much shame? Saint Anthony said: They do it by good right, for thou dost to them the worst thou canst, and the devil answered: I do to them none harm, but they trouble each other, I am destroyed and come to naught because that Jesu Christ reigneth over all.

A young man passed by Saint Anthony and his bow in his hand, and beheld how Saint Anthony played with his fellows, and was evil apaid. Then Saint Anthony said to him that he should bend his bow, and so he did, and shot two or three shots tofore him, and anon he unbent his bow. Then demanded him Saint Anthony why he held not his bow bent. And he answered that it should then be over weak and feeble; then said to him Saint Anthony: In likewise play the monks, for to be after more strong to serve God.

A man demanded of Saint Anthony what he might do to please God, and he answered: Over all where thou shalt be or shalt go, have God tofore thine eyes, and the holy scripture, and hold thee in one place all still, and walk not ne royle not about in the country, do these three things and thou shalt be safe.

An abbot came to Saint Anthony for to be counselled of him what he might do for to be saved. Saint Anthony answered to him: Have none affiance in the good that thou hast done, ne that thou hast kept thy belly and thy tongue well soberly, and repent thee not of penance that thou hast done I say, for like as fishes that have been long in the water when they come in to dry land they must die, in like wise the monks that go out of their cloister or cells, if they converse long with seculars they must needs lose their holiness and leave their good life. It behoveth the monks that they be solitary, and that they have three battles, that is of hearing, of speaking, and of seeing, and if they have but one of these battles, that is of the heart, yet they have overmuch.

Some hermits came to Saint Anthony for to visit him, and their abbot was with them; then said Saint Anthony to the hermits: Ye have a good wise man with you, and after he said to the abbot: Thou hast founden good brethren. Then answered the abbot: Truly I have good brethren, but there is no door on their house, each body may enter that will, and go into the stable and unbind the ass of within. And this said he because that the brethren had overmuch their mouths open to speak, for anon as they have thought on a thing is it come to the mouth. Then Saint Anthony said: Ye ought to know that there be three bodily movings, that one is of nature, another of overmuch plenty of meats, and the third of the devil.

There was an hermit that had renounced the world, but not perfectly, for he had somewhat proper to himself, whom Saint Anthony sent to the market to buy flesh, and as he was coming and brought the flesh, the dogs assailed him, and all totare him, and took the flesh from him; and when he came to Saint Anthony he told him what was happed to him; and then said Saint Anthony to him: Thus as the hounds have done to thee, so do the devils to monks that keep money and have some proper to themselves.

On a time as Saint Anthony was in the wilderness in his prayer and was weary, he said to our Lord, Lord, I have great desire to be saved, but my thoughts let me. Then appeared an angel to him and said: Do as I do, and thou shalt be safe, and he went out and saw him one while labour and another while pray, do thus and thou shalt be saved.

On a time when the brethren hermits were assembled tofore Saint Anthony, they demanded of him of the state of souls when they be departed from the body, and the next night after a voice called Saint Anthony and said: Arise, and go out and see up on high. When Saint Anthony beheld upward on high he saw one long and terrible, whose head touched the clouds, which kept people having wings that would have fled to heaven, and this great man retained and caught some, and others he might not retain ne let for they flew forth up. Then he heard a noise full of joy, and another full of sorrow, and he understood that this was the devil that retained some souls that went not to heaven, and the other he might not hold ne retain, wherefore he made sorrow, and for the other he made joy, and so he heard the sorrow and the joy meddled together.

It happed on a time that Saint Anthony laboured with his brethren the hermits, and he saw a vision much sorrowful, and therefore he kneeled down on his knees and prayed our Lord that he would empesh the great sorrow that was to come. Then the other hermits demanded what thing it was, and he said that it was a great sorrow, for I have seen of great plenty of beasts which environed me, which feared all the country, and I wot well that this is to say that there shall come a great trouble of men like unto beasts, that shall defoul the sacraments of holy church. Then came a voice from heaven to Saint Anthony that said that great abomination shall come to mine altar. And anon after, the heresy of Arius began, and much troubled holy church, and did many evils. They beat monks and other all naked tofore the people, and slew christian men like sheep upon the altars, and in especial one Balachyn did great persecution to whom Saint Anthony wrote a letter which said: I see the ire and mal talent of our Lord coming upon thee if thou suffer not the christians to live in peace. Then I command thee that thou do to them no more villainy or thou shalt have a mischance hastily. The unhappy man received this letter and began to mock Saint Anthony, and spit on it, and beat well him that brought the letter, and sent again to Saint Anthony these words: If thou hast so great charge of thy monks come to me and I shall give to thee my discipline: but it happed that the fifteenth day after he mounted upon a horse over debonair, and nevertheless when the horse felt him upon him he bit him on the legs and thighs that he died on the third day.

It happed another time that the hermits were come to Saint Anthony and demanded of him a collation. Then said Saint Anthony: Do ye this that is written in the gospel, if one give to the other a stroke on that one cheek show him that other? And they made answer: We may not do so; then said he: Suffer ye it once debonairly; they answered: We may not. Then said Saint Anthony to his servant: Give them to drink good wine, for these monks be over delicious. Fair brethren, put yourselves to prayer, for ye have much great need. At the last Saint Anthony assembled the hermits and gave to them the peace, and died and departed out of this world holily when he was of the age of an hundred and five years. Pray we to him that he pray for us.

SOURCE : https://catholicsaints.info/golden-legend-saint-anthony-of-egypt/

Fra Angelico  (circa 1395 –1455). Saint Anthony Abbot Shunning the mass of gold., circa 1435–1440, tempera and gold leaf on panel, 19,7 X 28,1, Museum of Fine Arts, Houston



St. Antony, Abbot, Patriarch of Monks

From his life, compiled by the great St. Athanasius, vol. 2. p. 743, a work much commended by St. Gregory Nazianzen, St. Jerom, St. Austin, Rufinus, Palladius, &c. St. Chrysostom recommends to all persons the reading of this pious history, as full of instruction and edification. Hom. 8. in Matt. T. 7. p. 128. It contributed to the conversion of St. Austin. Confess. l. 8. c. 6 and 28. See Tillemont, T. 7. Helyot, T. 1. Stevens, Addit. Mon. Anglic. T. 1. Ceillier, &c.

A.D. 356

ST. ANTONY was born at Coma, a village near Heraclea, or Great Heracleopolis, in Upper Egypt, on the borders of Arcadia, or Middle Egypt, in 251. His parents, who were Christians, and rich, to prevent his being tainted by bad example and vicious conversation, kept him always at home; so that he grew up unacquainted with any branch of human literature, and could read no language but his own. 1 He was remarkable from his childhood for his temperance, a close attendance on church duties, and a punctual obedience to his parents. By their death he found himself possessed of a very considerable estate, and charged with the care of a younger sister, before he was twenty years of age. Near six months after, he heard read in the church those words of Christ to the rich young man: Go sell what thou hast, and give it to the poor and thou shalt have treasures in heaven. 2 He considered these words as addressed to himself; going home, he made over to his neighbours three hundred aruras, 3 that is, about one hundred and twenty acres of good land, that he and his sister might be free for ever from all public taxes and burdens. The rest of his estate he sold, and gave the price to the poor, except what he thought necessary for himself and his sister. Soon after, hearing in the church those other words of Christ: Be not solicitous for to-morrow: 4 he also distributed in alms the moveables which he had reserved; and placed his sister in a house of virgins, 5 which most moderns take to be the first instance mentioned in history of a nunnery. She was afterwards intrusted with the care and direction of others in that way of life. Antony himself retired into a solitude, near his village, in imitation of a certain old man, who led the life of a hermit in the neighbourhood of Coma. Manual labour, prayer, and pious reading were his whole occupation; and such was his fervour, that if he heard of any virtuous recluse, he sought him out, and endeavoured to make the best advantage of his example and instructions. He saw nothing practised by any other in the service of God, which he did not imitate; thus he soon became a perfect model of humility, christian condescension, charity, prayer, and all virtues.

The devil assailed him by various temptations; first, he represented to him divers good works he might have been able to do with his estate in the world, and the difficulties of his present condition: a common artifice of the enemy, whereby he strives to make a soul slothful or dissatisfied in her vocation, in which God expects to be glorified by her. Being discovered and repulsed by the young novice, he varied his method of attack, and annoyed him night and day with filthy thoughts and obscene imaginations. Antony opposed to his assaults the strictest watchfulness over his senses, austere fasts, humility, and prayer, till Satan, appearing in a visible form, first of a woman coming to seduce him, then of a black boy to terrify him, at length confessed himself vanquished. The saint’s food was only bread, with a little salt, and he drank nothing but water; he never eat before sunset, and sometimes only once in two, or four days: he lay on a rush mat, or on the bare floor. In quest of a more remote solitude he withdrew further from Coma, and hid himself in an old sepulchre; whither a friend brought him from time to time a little bread. Satan was here again permitted to assault him in a visible manner, to terrify him with dismal noises; and once he so grievously beat him that he lay almost dead, covered with bruises and wounds; and in this condition he was one day found by his friend, who visited him from time to time to supply him with bread, during all the time he lived in the ruinous sepulchre. When he began to come to himself, though not yet able to stand, he cried out to the devils, whilst he yet lay on the floor: “Behold! here I am; do all you are able against me: nothing shall ever separate me from Christ my Lord.” Hereupon the fiends appearing again, renewed the attack, and alarmed him with terrible clamours, and a variety of spectres, in hideous shapes of the most frightful wild beasts, which they assumed to dismay and terrify him; till a ray of heavenly light breaking in upon him chased them away, and caused him to cry out: “Where wast thou my Lord and my Master? Why wast thou not here, from the beginning of my conflict, to assuage my pains!” A voice answered: “Antony, I was here the whole time; I stood by thee, and beheld thy combat: and because thou hast manfully withstood thy enemies, I will always protect thee, and will render thy name famous throughout the earth.” At these words the saint arose, much cheered, and strengthened, to pray and return thanks to his deliverer. Hitherto the saint, ever since his retreat, in 272, had lived in solitary places not very far from his village; and St. Athanasius observes, that before him many fervent persons led retired lives in penance and contemplation, near the towns: others remaining in the towns imitated the same manner of life. Both were called ascetics from their being entirely devoted to the most perfect exercises of mortification and prayer, according to the import of the Greek word. Before St. Athanasius, we find frequent mention made of such ascetics; and Origen, about the year 249, 6 says, they always abstained from flesh, no less than the disciples of Pythagoras. Eusebius tells us, that St. Peter of Alexandria practised austerities equal to those of the ascetics; he says the same of Pamphilus; and St. Jerom uses the same expression of Pierius. St. Antony had led this manner of life near Coma, till resolving to withdraw into the deserts about the year 285, the thirty-fifth of his age, he crossed the eastern branch of the Nile, and took up his abode in the ruins of an old castle on the top of the mountains; in which close solitude he lived almost twenty years, very rarely seeing any man, except one who brought him bread every six months.

To satisfy the importunities of others, about the year 305, the fifty-fifth of his age, he came down from his mountain, and founded his first monastery at Phaium. 7 The dissipation occasioned by this undertaking led him into a temptation of despair, which he overcame by prayer and hard manual labour. In this new manner of life his daily refection was six ounces of bread soaked in water, with a little salt; to which he sometimes added a few dates. He took it generally after sunset, but on some days at three o’clock; and in his old age he added a little oil. Sometimes he eat only once in three or four days, yet appeared vigorous, and always cheerful: strangers knew him from among his disciples by the joy which was always painted on his countenance, resulting from the inward peace and composure of his soul. Retirement in his cell was his delight, and divine contemplation and prayer his perpetual occupation. Coming to take his refection, he often burst into tears, and was obliged to leave his brethren and the table without touching any nourishment, reflecting on the employment of the blessed spirits in heaven, who praise God without ceasing. 8 He exhorted his brethren to allot the least time they possibly could to the care of the body. Notwithstanding which, he was very careful never to place perfection in mortification, as Cassian observes, but in charity, in which it was his whole study continually to improve his soul. His under garment was sackcloth, over which he wore a white coat of sheepskin, with a girdle. He instructed his monks to have eternity always present to their minds, and to reflect every morning that perhaps they might not live till night, and every evening that perhaps they might never see the morning; and to perform every action, as if it were the last of their lives, with all the fervour of their souls to please God. He often exhorted them to watch against temptations, and to resist the devil with vigour: and spoke admirably of his weakness, saying: “He dreads fasting, prayer, humility, and good works: he is not able even to stop my mouth who speak against him. The illusions of the devil soon vanish, especially if a man arms himself with the sign of the cross. 9 The devils tremble at the sign of the cross of our Lord, by which he triumphed over and disarmed them. 10 He told them in what manner the fiend in his rage had assaulted him by visible phantoms, but that these disappeared whilst he persevered in prayer. He told them, that once when the devil appeared to him in glory, and said, “Ask what you please; I am the power of God:” he invoked the holy name of Jesus, and he vanished. Maximinus renewed the persecution in 311; St. Antony, hoping to receive the crown of martyrdom, went to Alexandria, served and encouraged the martyrs in the mines and dungeons, before the tribunals, and at the places of execution. He publicly wore his white monastic habit, and appeared in the sight of the governor; yet took care never presumptuously to provoke the judges, or impeach himself, as some rashly did. In 312 the persecution being abated, he returned to his monastery, and immured himself in his cell. Some time after he built another monastery, called Pispir, near the Nile; but he chose, for the most part, to shut himself up in a remote cell upon a mountain of difficult access, with Macarius, a disciple, who entertained strangers. If he found them to be Hierosolymites, or spiritual men, St. Antony himself sat with them in discourse; if Egyptians, (by which they meant worldly persons,) then Macarius entertained them, and St. Antony only appeared to give them a short exhortation. Once the saint saw in a vision the whole earth covered so thick with snares, that it seemed scarcely possible to set down a foot without falling into them. At this sight he cried out, trembling: “Who, O Lord, can escape them all?” A voice answered him: “Humility, O Antony!” 11 St. Antony always looked upon himself as the least and the very outcast of mankind; he listened to the advice of every one, and professed that he received benefit from that of the meanest person. He cultivated and pruned a little garden on his desert mountain, that he might have herbs always at hand, to present a refreshment to those who, on coming to see him, were always weary by travelling over a vast wilderness and inhospitable mountain, as St. Athanasius mentions. This tillage was not the only manual labour in which St. Antony employed himself. The same venerable author speaks of his making mats as an ordinary occupation. We are told that he once fell into dejection, finding uninterrupted contemplation above his strength; but was taught to apply himself at intervals to manual labour, by a vision of an angel who appeared platting mats of palm-tree leaves, then rising to pray, and after some time sitting down again to work; and who at length said to him, “Do thus, and thou shalt be saved.” 12 But St. Athanasius informs us, that our saint continued in some degree to pray whilst he was at work. He watched great part of the nights in heavenly contemplation; and sometimes, when the rising sun called him to his daily tasks, he complained that its visible light robbed him of the greater interior light which he enjoyed, and interrupted his close application and solitude. 13 He always rose after a short sleep at midnight, and continued in prayer on his knees with his hands lifted up to heaven till sunrise, and sometimes till three in the afternoon, as Palladius relates in his Lausiac history.

St. Antony, in the year 339, saw in a vision, under the figure of mules kicking down the altar, the havoc which the Arian persecution made two years after in Alexandria, and clearly foretold it as St. Athanasius, St. Jerom, and St. Chrysostom assure us. 14 He would not speak to a heretic, unless to exhort him to the true faith; and he drove all such from his mountain, calling them venemous serpents. 15 At the request of the bishops, about the year 355, he took a journey to Alexandria, to confound the Arians, preaching aloud in that city, that God the Son is not a creature, but of the same substance with the Father; and that the impious Arians, who called him a creature, did not differ from the heathens themselves, who worshipped and served the creature rather than the Creator.All the people ran to see him, and rejoiced to hear him; even the pagans, struck with the dignity of his character, flocked to him; saying: “We desire to see the man of God.” He converted many, and wrought several miracles: St Athanasius conducted him back as far as the gates of the city, where he cured a girl possessed by the devil. Being desired by the duke or general of Egypt, to make a longer stay in the city than he had proposed, he answered: “As fish die if they leave the water, so does a monk if he forsake his solitude.” 16

St. Jerom and Rufin relate, that at Alexandria, he met with the famous Didymus, and told him that he ought not to regret much the loss of eyes, which were common to ants and flies, but to rejoice in the treasure of that interior light, which the apostles enjoyed, and by which we see God, and kindle the fire of his love in our souls. Heathen philosophers, and others, often went to dispute with him, and always returned much astonished at his humility, meekness, sanctity, and extraordinary wisdom. He admirably proved to them the truth and security of the Christian religion, and confirmed it by miracles. “We,” said he, “only by naming Jesus Christ crucified, put to flight those devils which you adore as gods; and where the sign of the cross is formed, magic and charms lose their power.” At the end of this discourse he invoked Christ, and signed with the cross twice or thrice several persons possessed with devils, in the same moment they stood up sound, and in their senses, giving thanks to God for his mercy in their regard. 17When certain philosophers asked him how he could spend his time in solitude, without the pleasure of reading books, he replied, that nature was his great book, and amply supplied the want of others. When others, despising him as an illiterate man, came with the design to ridicule his ignorance, he asked them with great simplicity, which was first, reason or learning, and which had produced the other? The philosophers answered, “Reason, or good sense.” “This, then,” said Antony, “suffices.” The philosophers went away astonished at the wisdom and dignity with which he prevented their objection. Some others demanding a reason of his faith in Christ, on purpose to insult it, he put them to silence, by showing that they degraded the notion of the divinity, by ascribing to it infamous human passions, but that the humiliation of the cross is the greatest demonstration of infinite goodness, and its ignominy appears the highest glory, by the triumphant resurrection, the miraculous rising of the dead, and curing of the blind and the sick. He then admirably proved that faith in God and his works is more clear and satisfactory than the sophistry of the Greeks. St. Athanasius mentions, that he disputed with these Greeks, by an interpreter. 18 Our holy author assures us, that no one visited St. Anthony under any affliction and sadness, who did not return home full of comfort and joy; and he relates many miraculous cures wrought by him, also several heavenly visions and revelations with which he was favoured. Belacius, the duke or general of Egypt, persecuting the Catholics with extreme fury; St. Antony, by a letter, exhorted him to leave the servants of Christ in peace. Belacius tore the letter, then spit and trampled upon it, and threatened to make the abbot the next victim of his fury; but five days afterwards as he was riding with Nestorius, governor of Egypt, their horses began to play and prance, and the governor’s horse, though otherwise remarkably tame, by justling, threw Belacius from his horse, and by biting his thigh, tore it in such a manner, that the general died miserably on the third day. 19 About the year 337, Constantine the Great, and his two sons, Constantius and Constans, wrote a joint letter to the saint; recommending themselves to his prayers, and desiring an answer. St. Antony seeing his monks surprised, said without being moved: “Do not wonder that the emperor writes to us, one man to another; rather admire that God should have wrote to us, and that he has spoken to us by his Son.” He said he knew not how to answer it: at last, through the importunity of his disciples, he penned a letter to the emperor and his sons, which St. Athanasius has preserved; and in which he exhorts them to the contempt of the world, and the constant remembrance of the judgment to come. St. Jerom mentions seven other letters of St. Antony to divers monasteries, written in the style of the apostles, and filled with their maxims; several monasteries of Egypt possess them in the original Egyptian language. We have them in an obscure, imperfect, Latin translation from the Greek. 20 He inculcates perpetual watchfulness against temptations, prayer, mortification, and humility. 21 He observes, that as the devil fell by pride, so he assaults virtue in us principally by that temptation. 22A maxim which he frequently repeats is, that the knowledge of ourselves is the necessary and only step by which we can ascend to the knowledge and love of God. The Bollandists 23 give us a short letter of St. Antony to St. Theodoras, abbot of Tebenna, in which he says that God had assured him in a revelation, that he showed mercy to all true adorers of Jesus Christ, though they should have fallen, if they sincerely repented of their sin. No ancients mention any monastic rule written by St. Antony. 24 His example and instructions have been the most perfect rule for the monastic life to all succeeding ages. It is related, 25 that St. Antony hearing his disciples express their surprise at the great multitudes who embraced a monastic life, and applied themselves with incredible ardour to the most austere practices of virtue, told them with tears, that the time would come when monks would be fond of living in cities and stately buildings, and of eating at dainty tables, and be only distinguished from persons of the world by their habit; but that still, some amongst them would arise to the spirit of true perfection, whose crown would be so much the greater, as their virtue would be more difficult, amidst the contagion of bad example. In the discourses which this saint made to his monks a rigorous self-examination upon all their actions, every evening was a practice which he strongly inculcated. 26 In an excellent sermon which he made to his disciples, recorded by St. Athanasius, 27 he pathetically exhorts them to contemn the whole world for heaven, to spend every day as if they knew it to be the last of their lives, having death always before their eyes, continually to advance in fervour, and to be always armed against the assaults of Satan, whose weakness he shows at length. He extols the efficacy of the sign of the cross in chasing him, and dissipating his illusions, and lays down rules for the dissernment of spirits, the first of which is, that the devil leaves in the soul impressions of fear, sadness, confusion and disturbance.

St. Antony performed the visitation of his monks a little before his death, which he foretold them in his last instructions; but no tears could move him to die among them. It appears from St. Athanasius, that the Christians had learned from the Pagans their customs of embalming the bodies of the dead, which abuse, as proceeding from vanity and sometimes superstition, St. Antony had often condemned: this he would prevent, and ordered that his body should be buried in the earth as the patriarchs were, and privately, on his mountain, by his two disciples Macarius and Amathas, who had remained with him the last fifteen years, to serve him in his remote cell in his old age. He hastened back to that solitude, and sometime after fell sick: he repeated to these two disciples his orders for their burying his body secretly in that place, adding: “In the day of the resurrection, I shall receive it incorruptible from the hand of Christ.” He ordered them to give one of his sheep-skins, with a cloak 28 in which he lay, to the bishop Athanasius, as a public testimony of his being united in faith and communion with that holy prelate; to give his other sheep-skin to the bishop Serapion; and to keep for themselves his sackcloth. He added: “Farewell, my children, Antony is departing, and will be no longer with you.” At these words they embraced him, and he stretching out his feet, without any other sign, calmly ceased to breathe. His death happened in the year 356, probably on the 17th of January, on which the most ancient Martyrologies name him, and which the Greek empire kept as a holiday soon after his death. He was one hundred and five years old. From his youth to that extreme old age, he always maintained the same fervour in his holy exercises; age to the last never made him change his diet (except in the use of a little oil) nor his manner of clothing; yet he lived without sickness, his sight was not impaired, his teeth were only worn, and not one was lost or loosened. The two disciples interred him according to his directions. About the year 561, his body 29 was discovered, in the reign of Justinian, and with great solemnity translated to Alexandria, thence it was removed to Constantinople, and is now at Vienne in France. Bollandus gives us an account of many miracles wrought by his intercession; particularly in what manner the distemper called the Sacred Fire, since that time St. Antony’s Fire, miraculously ceased through his patronage, when it raged violently in many parts of Europe, in the eleventh century.

A most sublime gift of heavenly contemplation and prayer, was the fruit of this great saint’s holy retirement. Whole nights seemed to him short in those exercises, and when the rising sun in the morning seemed to him too soon to call him from his knees, to his manual labour or other employments, he would lament that the incomparable sweetness which he enjoyed, in the more perfect freedom with which his heart was taken up in heavenly contemplation in the silent watching of the night, should be interrupted or abated. But the foundation of his most ardent charity, and that sublime contemplation by which his soul soared in noble and lofty flights above all earthly things, was laid in the purity and disengagement of his affections, the contempt of the world, a most profound humility, and the universal mortification of his senses and of the powers of his soul. Hence flowed that constant tranquillity and serenity of his mind, which was the best proof of a perfect mastery of his passions. St. Athanasius observes of him, that after thirty years spent in the closest solitude, “he appeared not to others with a sullen or savage, but with a most obliging, sociable air.” 30 A heart that is filled with inward peace, simplicity, goodness, and charity, is a stranger to a lowering or contracted look. The main point in Christian mortification is the humiliation of the heart, one of its principal ends being the subduing of the passions. Hence, true virtue always increases the sweetness and gentleness of the mind, though this is attended with an invincible constancy, and an inflexible firmness in every point of duty. That devotion or self-denial is false or defective, which betrays us into pride or uncharitableness; and whatever makes us sour, morose, or peevish, makes us certainly worse, and instead of begetting in us a nearer resemblance of the divine nature, gives us a strong tincture of the temper of devils.

Note 1. St. Athanasius commends St. Antony’s love of reading, both when he lived with his father, (p. 795, B.) and afterwards when he lived alone, (p. 797, C.) which we cannot naturally understand of his hearing others read, especially when he was alone; therefore, when St. Athanasius says, (p. 795, A.) that in his childhood he never applied himself to the study of letters [Greek], fearing the danger of falling into bad company at school, he seems to mean only Greek letters, then the language of all the learned; for he must have learned at home the Egyptian alphabet. In the same manner we are to understand Evagrius and others, who relate, that a certain philosopher expressing his surprise how St. Antony could employ his time, being deprived of the pleasure of reading, the saint told him that the universe was his book. (Socr. l. 4, c. 23, Rosweide, Vit. Patr. l. 6, c. 4, St. Nilus, l. 4, p. 60.) Nevertheless St. Austin imagined that St. Antony could read no alphabet, and learned by heart and meditated on the scriptures only by hearing them read by others (S. Aug. de Doctr. Chr. pr. p. 3, T. 3.) See Rosweide, Not. in Vit. S. Antonii. Bolland. 17 Jan. p. 119, s. 64. Tillem. note 1, p. 666. [back]

Note 2. Matt. xix. 21. [back]

Note 3. An arura was one hundred cubits of land. See Lexicon Constantini. Fleury, l. 8, p. 418. [back]

Note 4. Matt. vi. 34. [back]

Note 5. [Greek], as St. Athanasius calls it, T. 2, p. 796, ed. Ben. He mentions that St. Antony, long after, paid her a visit, when she was very old, and superior or mistress of many virgins, [Greek], n. 54. p. 837. [back]

Note 6. Orig. lib. 5. p. 264. [back]

Note 7. His first monastery was situated near the confines of Upper and Middle Egypt: it at first consisted of scattered cells. To visit some of these brethren, he is mentioned by St. Athanasius (Vit. p. 461.) to have crossed the Arsinotic canal, extremely infested with crocodiles. This is sometimes called his monastery near the river, and was situated not far from Aphroditopolis, the lower and more ancient city of that name, in Heptanomis, or Middle Egypt. St. Athanasius seems to place it in Thebais, or Upper Egypt, because it was near the borders, and the boundaries of Upper Egypt were extended much lower by those who divided Egypt only into two parts, the Upper and the Lower; as Sozomen, l. 2. c. 23. and others frequently did. St. Antony, finding this solitude grow too public, and not bearing the distraction of continual visits, he travelled up the river to seek a more remote wilderness; but after mounting a little way, whilst he sat on the bank waiting to see a boat pass by, he changed his design, and instead of advancing southward, he went with certain Saracen merchants to the east, and in three days, doubtless on a camel, arrived at the great mountain toward the Red Sea, where he spent the latter years of his life; yet he frequently visited his first monastery near Aphroditopolis. St. Hilarion going from this latter to St. Antony’s great monastery on the mountain, performed that journey in three days, on camels, which a deacon, named Baisan, let to those who desired to visit St. Antony. This latter, near which the saint died, always continued a famous pilgrimage.

  Pispir was the monastery of St. Macarius; but is sometimes called St. Antony’s, who often visited it. This was situated on the Nile, in Thebais, thirty measures or [Greek] from St. Antony’s mountain, according to Palladius, (Laos. c. 63.) This some understand of Roman miles, others of Egyptian schæni of thirty furlongs each; thirty schæni are nine hundred stadia, or one hundred and thirteen miles. Pispir therefore seems not to have been very far from Aphroditopolis. See Kocher, (comment. in fastos Abyssinorum) in the journal of Bern, ad an. 1761. T. 1. p. 160 and 169.

  A monastery, of which St. Antony is titular saint, still subsists a little above the ancient city of Aphroditon on the Nile. It is now called Dermar-Antinious-el-Bahr, that is, The monastery of Antony at the river. See Pocock, p. 70, and the map prefixed to that part of his travels. Travelling from hence one day’s journey up the river, then turning from the south toward the east, over sandy deserts, and a chain of high mountains, in which springs of water, in other parts very rare, are here and there found, and camels travel for one hundred miles, we arrive at St, Antony’s great monastery, about six or seven hours’ journey from the Red Sea.
See Pocock, ib. p. 128. Granger, Relation du Voyage, &c. p. 107. Nouv. Mèmoires des Missions, T. 5. p. 136. Vanslebius, Nouv. Relat. p. 299 and 309. and Maillet, Descr. de l’Egypte, p. 320. The grotto of St. Paul is shown not very far from this great monastery; yet the road lying round the mountain, and a great way about it, seems to travellers at a great distance from it. [back]

Note 8. St. Athan. Vit. Anton, n. 45. p. 830. [back]

Note 9. P. 814. [back]

Note 10. P. 823. ed Ben. [back]

Note 11. Rosweide, l. 3. c. 129. Cotelier, &c. [back]

Note 12. S. Nilus, ep. 24. Cotelier, Apoth. Patr. p. 340. Rosweide, Vit. Patr. l. 3. c. 105. l. 5. c. 7. [back]

Note 13. Cassian. Collat. c. 31. [back]

Note 14. S. Athan. n. 82. p. 857. S. Chrys. Hom. 8. in Mat. S. Hier. ep. 16. Sozom. l. 6. c. 5. [back]

Note 15. S. Athan. n. 68, 69. p. 847. [back]

Note 16. Ibid. n. 85. p. 859. [back]

Note 17. St. Athan. n. 80. p. 855. [back]

Note 18. N. 77. p. 852. [back]

Note 19. N. 86. p. 860. [back

Note 20. Bibl. Patr. Colon. T. 4. p. 26. See S. Antonii. M. Epistolæ 20. curâ Abr. Eckellens. Paris, 1641. But only the above-mentioned seven letters can be regarded as genuine, except the discourses preserved by St. Athanasius in his life. [back]

Note 21. Ep. 2. ad Arsinoitas. [back]

Note 22. Ib. [back]

Note 23. Maij. T. 3. p. 355. [back]

Note 24. That under his name in Abraham Eckellensis is not of so high a pedigree. A large body of the monks of St. Basil in the East, since the seventh century, take the name of the Order of St. Antony, but retain the rule of St. Basil, comprised in his ascetic writings; and observe the same fasts, and other exercises, with all the other monks of the East, who are called of the order of St. Basil; which even the Maronites follow; though Tillemont denies it by mistake. [back]

Note 25. Rosweide, Vit. Patr. l. 5. c. 8. Abr. Eckellens. in Vit. S. Ant. p. 106. Cotel. p. 344. Mart. Coptor. [back]

Note 26. S. Athan. n. 55. p. 858. [back]

Note 27. N. 16 & 43. [back]

Note 28. The Ependytes of St.. Antony, mentioned by St. Athanasius, n. 46. p. 831. has much embarrassed the critics; it seems to have been a cloak of white wool. It is clear, from St. Athanasius, that St. Antony’s inner garment was a haircloth, over which he wore a cloak made of a sheep-skin. [back]

Note 29. This translation of his relics to Alexandria, though doubted of by some Protestants, is incontestably confirmed by Victor of Tunone, (Chron. p. 11. in Scalig. Thesauro) who lived then in banishment at Canope, only twelve miles from Alexandria; also, by St. Isidore of Seville, in the same age, Bede, Usuard, &c. They were removed to Constantinople when the Saracens made themselves masters of Egypt about the year 635. (See Bollandus, p. 162. 1134.) They were brought to Vienne in Dauphine by Jocelin, a nobleman of that country, whom the emperor of Constantinople had gratified with that rich present, about the year 1070. These relics were deposited in the church of La Motte S. Didier, not far from Vienne then a Benedictin priory belonging to the abbey of Mont-Majour near Arles, but now an independent abbey of regular canons of St. Antony. In 1089, a pestilential erysipelas distemper called the Sacred Fire, swept off great numbers in most provinces of France; public prayers and processions were ordered against this scourge; at length it pleased God to grant many miraculous cures of this dreadful distemper, to those who implored his mercy through the intercession of St. Antony, especially before his relics; the church in which they were deposited was resorted to by great numbers of pilgrims, and his patronage was implored over the whole kingdom against this disease. A nobleman near Vienne, named Gaston, and his son Girond, devoted themselves and their estate to found and serve an hospital near this priory, for the benefit of the poor that were afflicted with this distemper; seven others joined them in their charitable attendance on the sick, whence a confraternity of laymen who served this hospital took its rise, and continued till Boniface VIII. converted the Benedictin priory into an abbey, which he bestowed on these hospitaller brothers, and giving them the religious rule of regular canons of St. Austin, declared the abbot general of this new order, called Regular Canons of St. Antony. An abbey in Paris, which belongs to this order, is called Little St. Antony’s, by which name it is distinguished from the great Cistercian nunnery of St. Antony. The general or abbot of St. Antony’s, in Vienne, enjoys a yearly revenue of about forty thousand livres, according to Piganiol, Descr. de la Fr. T. 4. p. 249. and Dom Beaunier, Rec. Abbayes de Fr. p. 982. The superiors of other houses of this order retain the name of commanders, and the houses are called commanderies, as when they were hospitallers: so that the general is the only abbot. See Bollandus, Beaunier, F. Longueval, Hist. de l’Eglise de France, l. 22. t. 8. p. 16. and Drouet, in the late edition of Moreri’s Hist. Diction. V. Antoine, from memoirs communicated by M. Bordet, superior of the convent of this order at Paris. [back]

Note 30. S. Athan. n. 67. p. 847, and n. 73. p. 850. [back]

Rev. Alban Butler (1711–73).  Volume I: January. The Lives of the Saints.  1866.



Hans Memling  (circa 1433 –1494) . Saint Christophe portant l’Enfant Jésus ; Saint Antoine abbé, circa 1475, oil on oak wood, 70,5 X 30,5, National Gallery, London

Saints in Art – Saint Anthony and Saint Paul the Hermits


Article

Born at Alexandria, in the third century, he was early left an orphan, with an only sister. He divided his inheritance with her, sold his portion, and went to live among hermits. According to the legend he was tormented grievously by demons, who tempted him with every worldly delight, rich clothing, delicious viands, and beautiful women appeared before him, but by prayer he overcame them. Then they assumed the hideous shapes of monsters, serpents, and every kind of poisonous animal, and these tormented him, but Christ comforted him. He fled to a more secluded cavern, where he lived for twenty years, without human intercourse of any kind. Then he came out of his solitude, and preached and taught, performing miracles, and persuaded many to become his disciples. When he had lived for seventy-five years in the desert, he was told in a vision of Saint Paul, the hermit, who had been living in penance for ninety years, and he at once resolved to go to see him. So he set out across the desert. After journeying several days, and meeting on the way a centaur and a satyr, he came at last to a cave in the rocks, where Saint Paul dwelt, beside a stream and a palm-tree. The two men embraced, and Saint Paul inquired of the world since he had left it. While they talked, a raven came, bringing a loaf of bread in its beak. Saint Paul said that it had come every day for sixty years, but that to-day the portion was doubled. He then told Saint Anthony to go back to his monastery, and fetch a cloak that had been given him by Saint Athanasius, the bishop, for he was about to die, and wished to be buried in it. So Saint Anthony set out, and as he was returning with the cloak he saw a vision of Saint Paul ascending to heaven, and on his arrival at the cave he found his body, dead, in the attitude of prayer. He had no strength left to dig a grave, but two lions came and dug it with their paws, and Saint Anthony wrapped the body in the cloak and buried it. He died fourteen years later, and was buried secretly, according to his wish.

He is represented as very old, in his monk’s habit (as the founder of monachism), often with a crutch, and aspergilly or a hell (to exorcise evil spirits), and a pigy to represent sensuality and gluttony overcome by him.

Saint Paul is very old, with long white hair, half naked, his only garment of matted palm leaves, sometimes with a raven and a stream.

MLA Citation

  • Margaret E Tabor. “Saint Anthony the Hermit and Saint Paul”. The Saints in Art, with Their Attributes and Symbols1913CatholicSaints.Info. 24 April 2020. Web. 17 January 2021. <https://catholicsaints.info/saints-in-art-saint-anthony-and-saint-phttps://catholicsaints.info/saints-in-art-saint-anthony-and-saint-paul-the-hermits/aul-the-hermits/>

SOURCE : https://catholicsaints.info/saints-in-art-saint-anthony-and-saint-paul-the-hermits/

Antonio da Correggio  (1489–1534). Il Sant'Antonio Abate, circa 1517-1518, 47 X 37, National Museum of Capodimonte, Napoli 


Saints of Italy – The Hermits of the Desert


In the silence of the remote and uninhabited parts of the earth, there is a great desert of sand, called by men of old times, the Thebaid. Hither, some two hundred and fifty years after the sweet Son of God had gone up into heaven, came a Christian youth named Paolo, fleeing from the cruel persecution of the heathen. His parents being dead, the husband of his sister, a hard and avaricious man, had betrayed him to the magistrates, hoping to inherit his riches if he were put to death; but Paolo, aided by his sister, had escaped to the wilderness. He was fifteen years of age, beautiful in person, learned in all the wisdom of that age, and loved God exceedingly. Not knowing where he might find shelter, he wandered on through the burning sand, fainting with weariness and tormented by thirst. At last he came to the foot of a rocky hill, and, seeking carefully, found an aperture closed by a heap of stones. Peering in between them, Paolo saw that it led into a deep cavern, and, lifting away the stones, he made his way in and lay down to rest awhile in the cool shadow. When he was somewhat refreshed he rose up, and, following the windings of the grotto, came suddenly into a great chamber, open to the sky, where beneath the leafy shade of an ancient palm-tree, sprang a fountain of exceeding clear water, which, incessantly bursting up through an aperture in the earth, was received into a stone basin, and its overflow sucked back into the ground by another channel. It is believed by learned men that this was the secret place, where, many ages before, the famous Queen Cleopatra had been used to meet her warrior lover, the great Anthony. The youth Paolo, to whom it seemed that God Himself had led him hither, knelt down and gave thanks; then, taking up his abode, he dwelt there in solitude from that day forth, feeding on the fruit of the palm, and clothing himself with the leaves. He passed his time in prayer and the singing of hymns, and those rocky walls, which had once resounded to the songs of feasting and earthly love, now heard, night and day, only the sound of God’s holy praise. Thus his life passed slowly away, and nigh upon a century went by ere the habitation of this pious hermit was made known to his fellow men, in what manner will be told hereafter.

About twenty years later, a young man sat one day upon the bank of the great river Nile, pondering many things in his mind. He was a monk, named Antonio. Being left, on the death of his parents, in possession of great riches, he had heard the clerk read one Sunday in church that portion of Scripture wherein it is written how Christ bids the young man sell all his possessions and give to the poor, and follow him. Antonio immediately went out and fulfilled the word of the Lord, distributing his wealth to the poor; then, taking the habit of religion, he began to lead such an exceeding holy life, and to teach with so much wisdom and sweetness, that men flocked from all parts to listen to him. After a time he began to be troubled, because their veneration inclined his heart to pride, and they left him no leisure for prayer and meditation. For that cause he had fled from the monastery, and was resolved to seek solitude in the wilderness. But now, being come to the great river, he hesitated to cross and venture into the unknown country beyond. So, betwixt longings and fears, the hours passed, and all at once he heard a voice above him, saying, “Antonio, whither dost thou go, and wherefore?” And he, wondering and yet not afraid, answered boldly, “Because the people will not leave me in peace, I desire to go into the wilderness. I pray thee, teach me what I ought to do, and give me courage that I may overcome my fear.” The voice answered, “If thou wouldest go into the wilderness, and reach a place where it is possible for man to dwell, thou must endure hard and bitter toil. Yet, if thou dost verily desire peace, go.” Antonio said, “Who will show me the road, for I am ignorant of those regions.” The voice indicated a caravan of Saracens, who were wont to come down into Egypt with merchandise, and who were at that moment approaching the river, on the way to their own country. Antonio ran to them joyfully, and asked them if they would guide him into the desert, and they consenting, he joined their company.

After journeying three days and nights they came to the edge of the wilderness, and there, the Saracens taking another direction, Antonio parted from them, and went on by himself. And now he began to be assailed with all manner of strange temptations, for the enemy of mankind was resolved, if he might, to draw him back into the world. First, a bar of silver was thrown on the path, as if it had been dropped, but Antonio, knowing the craftiness of the Evil One, withheld himself from picking it up, and said, “How comes this silver in the desert? The way is solitary, there are no footmarks of travellers, neither could it have fallen from a load of merchandise, for the owner would have missed it, and returned for it. This is thine artifice, O Evil One. May thy silver go with thee to perdition.” Immediately the bar of silver turned into fiery smoke, and vanished. Shortly after, he spied a great heap of gold, lying in the road. Fearing lest he might be lured by the shining beauty of the metal from his search for the true riches, which are of heaven, he began to run very fast, like one escaping from fire. When he had gone a long way, he grew exceeding weary, and looking about for some place where he might repose himself, saw, far off, a mountain, towards which he bent his steps, and, arriving at last, was refreshed by the sight of a wide space of verdure round the foot of the mountain, overgrown with a few neglected palm trees, and moistened by a stream of sweet water. He drank eagerly of the stream, and, ascending the mountain, found thereon a ruined castle, full of venomous beasts and reptiles, which fled with a horrible hissing when he stepped within, as if unable to endure the presence of the holy man. He made his way betwixt the fallen stones, and came upon a little stone chamber, which was still whole, and here he determined to make his dwelling. He had brought with him bread to serve him for six months, and on this, with a little water, he set himself to endure the pains of a solitary life, trusting, that when his food was consumed, the Lord would show him a way to procure more.

Now, the castle was haunted by evil spirits, who dared not enter in any more, because of the sanctity of the new inhabitant. But they came continually with a great tumult and fury, and all night long knocked at the door, crying out with human voices, “Wherefore dost thou intrude thyself into the habitations of others? Withdraw thyself, thou mayst not dwell here, for we will drive thee out by subtlety.” Antonio, taking no heed of them, but continuing his prayers with a tranquil countenance, they went discontented away. One night the saint was keeping vigil, and had left the door of his cell open for the very great heat. Suddenly he perceived around him a multitude of wild animals, as if all the beasts of the wilderness were gathered there. But when, with horrid distended jaws, they came towards him, he knew them to be demons, and addressed them thus, “If God suffers you, I am willing that you shall devour me; but, if you are sent by the Evil One, avaunt! for I am the servant of Christ.” This said, with one mingled roar of terror they fled incontinently.

The devil, seeing these wiles to be useless, sought to prevail by more insidious means, tempting the hermit to impatience and vain longing. He was sitting one day outside his cell, and his soul was filled with weariness, and there was a great confusion and trouble in his thoughts, so that he cried out to God, “Lord, I desire to be at peace, but my thoughts will not suffer me, being evil. What shall I do in this tribulation, and in what manner may I be saved?” And getting up, he walked a little way, and saw one like unto himself, sitting and working; and Antonio, watching, saw him rise up from work and pray, then again, after a little space, sit down and plait palm-leaves, and afterward return to prayer. Then he knew that this was an angel sent by the Lord to correct him, and he heard the voice of the angel say, “Do thus, and thou shalt be saved.” Whereupon he took much comfort, and from that time set himself to follow the manner of life shown forth by the angel, occupying himself continually in prayer and work.

Now six months had passed away, and the stock of bread was exhausted, so that Antonio was compelled to support himself upon the few dates afforded by the palm trees. One day, to his great joy, the Lord sent some merchants, who had lost their way in the desert, and, after reposing a while in his dwelling, they gave him a supply of bread and departed on their journey. Some time later they came again, bringing with them messages from his brethren in the world, and a bag of seed, and some implements wherewith he might till the ground. Thereupon Antonio, carefully searching round the mountain, and finding the place to be apt for cultivation, made haste to dig and sow, and in a short space there came up wheat, which, when it was ripe, he gathered in and made himself bread, rejoicing and praising God that he was able to live by the labour of his own hands in the wilderness. And now his abode and his holy life becoming known by means of the merchants, many persons, notwithstanding the toil of the journey, began to visit him, and Antonio, distressed because he had nothing wherewith to relieve their fatigue when they arrived, set himself to cultivate a few olive trees on a little plot of ground that he might have some oil to give them.

But the wild beasts, coming out of the desert to drink at the stream, devoured the harvests of the saint, and laid waste his garden. Antonio catching them one day, reproached them thus: “Wherefore do you do me evil, seeing you suffer no harm by me? Go hence, and in the Name of the Lord refrain from taking that which is another’s.” Who would believe it? The animals, as if struck with fear, molested the garden no more.

Antonio having thus penetrated the trackless wilderness and made the waste places habitable, other pious men began now to arrive, desirous to become his disciples and to follow his holy example. They made cells for themselves on the mountain, and aided him in tilling the ground, and he taught them willingly, imparting to them the treasures of his grace. But all lived solitary, each in his cell apart, and when they met to work, kept silence, only on feast days permitting themselves any discourse together. And in process of time a fair garden grew up around that mountain, a garden of beautiful trees and plants, and likewise of sweet and righteous souls. The hermits not only subdued the stony ground and their own hard hearts, but even the savage beasts, taming their wild natures to gentleness and obedience. For this one found a young bear, whom he reared and taught to sit up and beg for food, and that other, having caught a panther, bridled it and rode thereon; and he that was called Hilario, having occasion to go on a long journey, took with him a wild ass, which carried him with perfect patience. Even the horrid crocodiles, which will swallow a man whole if he come in their way, submitted themselves meekly to the bidding of these pious hermits, for one of them, named Pachimo, being on a certain day under the necessity of crossing the great river, compelled one of those hideous monsters to bear him on its back, and swimming swiftly across, it landed him where he desired.

Yet their life in the desert was very hard and difficult, so that many, coming thither, grew quickly faint-hearted, and returned to the world. There came one day a certain Paolo, a husbandman, exceeding benevolent and simple in his ways, who, being abandoned by his wicked wife, desired to become a hermit. He went to Antonio’s cell, and knocked at the door. The saint, letting him in, asked, “What seekest thou?” Paolo said, “I desire to become a hermit.” Antonio answered him, “An old man of sixty years like thee cannot become a hermit. Return to the fields, and earn thy bread, giving thanks to God.” Paolo said, “If thou wilt teach me, I can learn.” Antonio answered again, “I tell thee, thou art too old, and canst not become a hermit. Go; or else, if it pleases thee, betake thyself to a monastery, where there are many brethren, who will guide thy foolishness. For I live here alone in this cell, oft-times eating only once in fifteen days. This is too hard for thee.” With these words he put Paolo out, and keeping the door fast shut, did not go forth for the space of three days. On the fourth day, Antonio opened the door and stepped out, and seeing Paolo still there, cried, “Go hence, old man; wherefore dost thou vex me? Thou mayst not abide here.” Paolo said to him, “Thou canst not compel me to go elsewhere; here will I die.” Now, Antonio perceiving that he had brought nothing with him, neither bread nor water, and had now fasted for four days, marvelled much at his constancy, and fearing lest he might die, suffered him to come in. Then Antonio said, “Thou mayst have thy desire, if thou wilt do all that I bid thee.” Paolo answered, “I will obey all thy commands.” Thereupon Antonio, wishing to prove him, proceeded to set him such hard tasks as only a man in the strength of youth might accomplish. But first he said, “Stay now in this place until I return, and I will announce to thee my will.” Going out, he watched Paolo through the window, who remained motionless there for the space of seven whole days, being tormented well-nigh to death by the great heat. At the end of the seven days Antonio entered the cell and bade him come forth; then, soaking some palm-stalks in water, he gave them to the old man, saying, “Take these, and weave a rope, as thou seest me do.” And they sat down together to weave, and Paolo worked until the ninth hour, and wove with very great labour fifteen yards of rope. When Antonio saw his work, he made as if he were not pleased, and said, “Badly hast thou woven; undo it, and weave it afresh.” And now it was the seventh day that Paolo had fasted, and the hottest season of the year. Antonio did this, thinking that he would not be able to endure and would return to the world, but Paolo took the palm-stalks and undid what he had done, and wove it again, this time with greater toil, because the stalks were wrinkled from the previous weaving.

At length Antonio, seeing that he did not demur, nor turn away his face, and was neither cast down in spirit nor enraged, began to have compassion on him. The sun being now low in the heavens, he said, “Old man, wilt thou eat a morsel of bread?” Paolo answered, “If it seemeth right to thee, O Father.” Then Antonio bade him prepare the table, touched by his humility. Paolo obeyed, and Antonio brought bread, and put on the table four small loaves, weighing six ounces each. He then chanted a psalm, which, when he had done, he sang over again twelve times, and afterward repeated a prayer twelve times, that he might once more prove Paolo. But the old man was in no wise discouraged, but prayed with as much readiness and alacrity as Antonio himself. This being finished, Antonio said, “Seat thyself at the table, and look at the food, but do not eat till evening.” When even was now come, and Paolo had not yet eaten, Antonio said, “Arise now, and lie down to sleep,” and the old man, quitting the table, did as he was commanded. In the middle of the night, Antonio woke him up to pray, and he continued at his orisons till the ninth hour of the day. The table having again been set, towards sunset, when they had sung and prayed as on the evening before, they sat down and ate. Antonio, having consumed one little loaf, left the other before him untasted; whilst the old man, eating slowly, was still occupied with the first one which he had taken. When he had done, Antonio said, “Old man, eat yet another loaf.” Paolo said, “If thou eatest, then will I, but if thou eatest not, neither will I.” Antonio said, “One is enough for me, for I am a hermit.” And Paolo, “It is enough for me, who wish to be a hermit.” Rising up from the table, they again said twelve prayers and sang twelve psalms, and afterward slept, and waking in the middle of the night, sang hymns till day.

Some brethren coming to visit Antonio, Paolo asked what he should do. The saint said, “Serve the brethren, and speak no word till they be gone on their way.” Three days having passed, and Paolo not having opened his lips, the brethren asked him, saying, “For what cause dost thou keep silence?” And he not answering, Antonio bade him, saying, “Tell the brethren wherefore thou art silent,” whereupon he spoke and told them. Another day, a jar of honey being given to him, Antonio said, “Break the jar, and spill out the honey.” And he did so. Then Antonio said, “Take up the honey in a shell, lest it soil the floor.” Again Antonio ordered him to draw water all the day long. Then the saint, seeing how ready he was to obey, said to him, “Brother, if thou art able to continue to do as thou hast done, thou shalt remain with me.” Paolo said, “I know not if thou canst show me yet harder things, but that which I have seen thee do, will I do readily, and will labour not less than before, God being my help.”

Then Antonio said, “Lo! now art thou a hermit,” and he gave him a little cell at three or four stones’ throw from his own dwelling, and there Paolo lived, perfecting himself in all religious exercises. And this Paolo was afterward known by the name of Paolo the Simpleton, to distinguish him from that other holy Paolo, who was all this while living in his grotto, unknown to any man.

Now, many years passed away, and Antonio having reached the great age of ninety, began to be somewhat uplifted in spirit, judging that there was none other hermit so old and so perfect as himself. One night, when all was quiet, it was revealed to him in a vision that there was another of far greater goodness, who had lived in complete solitude for the space of a hundred years, and Antonio was bidden to take a long journey and seek out this hermit. When day broke, the venerable man, supporting his infirm limbs on a staff, set out without delay, and being gone some little way, stopped short, not knowing what direction to take. It was now high noon, and he was cruelly tormented by the burning sun: yet he would not turn back, but said, “I believe in the Lord, who will show me His servant, as He has promised.” Scarcely had he spoken, when he spied coming towards him a creature, half man, half horse, such a one as the poets used to call Centaurs. Antonio, fearing evil, armed himself by making the sign of the cross upon his forehead. Then he cried out boldly, “Hark, thou unhappy one. Tell me in what region dwells the servant of God.” The wild man, in I know not what strange broken manner of speech, and with hideous gnawings and clashing of teeth, sought with his horrid hairy mouth to utter friendly words, and extending his right hand, pointed out the road, then taking swift flight into the surrounding wilderness, vanished from Antonio’s eyes.

The venerable man, much amazed, and pondering in his mind this thing which he had seen, went on his way. Soon after, as he was passing through a rocky valley, he saw sitting on a stone a mannikin, with an enormous hooked nose and a forehead furnished with sharp horns, and a body which ended in goat’s feet. Terrified by this spectacle, Antonio summoned up all his trust in the Lord, and proceeded cautiously past the strange being, who put out its hand and offered him some fruits of the palm, as if in pledge of peace. Then Antonio stepped nearer and interrogated it as to what manner of thing it was, and the creature made response, “I am a mortal, one of those dwellers in the wilderness whom the people, deluded by many errors, worship, calling us Satyrs and Fauns. I am come to thee, from my fellows, to beseech thee that thou wouldst pray for us to the God of all, whom we know to have come down from heaven for the salvation of the world, for His sound is gone forth into all lands.”

At this, abundant tears flowed down the cheeks of the aged traveller, because of the exceeding gladness of his heart, hearing Christ thus glorified and Satan put to shame. He answered the creature as well as he might with words of sweet comfort, and, grasping his staff, continued on his journey.

After a time he came to a great river, full of crocodiles and venomous reptiles, and seeing a little empty boat lying close to the bank, he went down and entered therein, and put up the sail. But there was not a breath of wind to drive the boat, and the saint was much perplexed, when suddenly he perceived a great round face just above the surface of the water. Antonio regarding it in astonishment, it began ‘to speak, saying: “I am known to the heathen by the name of Zephyr, and am come to blow thee across the river.” Thereupon it puffed out its cheeks, and up sprang a gentle breeze, which filled the sail and wafted the boat softly to the other side, while the crocodiles lay idly on the water, watching the saint with their jaws closed. Antonio having stepped on shore, the Zephyr cried, “Pray for me and my brethren to the Lord,” and straightway vanished. The saint, thanking God heartily for this marvel by which he had been delivered out of his straits, moved on once more. At length he reached the edge of a desert region, more wild and desolate than any he had yet passed through, and, seeing many traces of the feet of wild beasts in the sand, and around him, as far as eye could penetrate, the great stretches of the wilderness, he knew not what to do, nor which way to turn his steps. Meanwhile the day faded, and he was all alone, yet he knew that the Lord would not abandon him. He knelt down and prayed all night long amidst the surrounding darkness. In the first dim light of dawn he spied a wolf, panting with thirst, creep by and disappear at the foot of a rocky hill near by. Following its track, he found the place where it had entered, and saw that it was a cavern, and he began to peer in betwixt the stones which closed the entrance, but his sight was hindered by the dark shadow within. Thereupon, the extremity of his need casting out fear, with hesitating step and beating heart he moved aside some of the stones, and entered cautiously. He had gone but a little way, stopping many times and listening if he could hear any sound, when he perceived through the dreadful gloom a little light far off, and going eagerly towards it, struck his foot upon a stone, and made a noise. The holy Paolo, for this was indeed his dwelling, had opened to let in the wolf, that it might drink at the fountain, but now, hearing the noise, he shut the door again, and fastened it with a heavy bar. Then Antonio, at last reaching the door, sank down on the ground and besought the hermit in vain, even unto the sixth hour, to let him in, saying, “Who I am, and wherefore I come, I will tell thee fully. I know I am unworthy to look upon thee; nevertheless, until thou show thyself to me I will not go away. Thou receivest wild beasts, wherefore shouldest thou repel men? I sought thee long, and have found thee; open, I pray. If thou wilt not hear me, I will lay me down and die at thy gate, and then wilt thou be compelled to bury my body.”

At length Paolo answered from within, “What manner of man is this, who entreating, menaces and rages while he weeps? Art thou vexed to the point of death, because I will not open to thee?” Thus, smiling and with kindly words, he threw wide the door, and they joined in an embrace, and each saluting the other by his proper name, they knelt down and gave thanks to God together. Then, after a holy kiss, Paolo sat down with Antonio, and began thus: “Woe is me! He whom thou soughtest with so much pain is consuming away in uncared-for old age. Alas! thou seest a man flourish, and within an hour he is dust. Verily I beseech thee of thy loving kindness to tell me in what manner the race of men lives now, whether new roofs rise in the old cities, and whether any of those still exist who have cast off the errors of darkness.” Antonio told him as well as he might, and while they were still holding discourse, a raven alighted and sat on a bough of the palm tree, and presently, flying gently down, it laid a loaf of bread before them. When it had flown away, “Behold,” said Paolo, “God has sent us wherewithal to dine, for He is indeed loving and merciful. It is now sixty years that I have thus by means of the raven received every day half a loaf; now because of thy coming, the Lord has doubled the supply for His servants.” Then, giving thanks, they sat themselves down upon the margin of the glassy fountain, and a contention rose betwixt them which should break the bread, for Paolo desired to give the honour to his guest, but Antonio, in his humility, would not accept it. At length they agreed each to take an end of the loaf and pull towards himself; which, being done, the bread broke, and an exact half remained in the hand of each one. After they had eaten, they bent down and drank a little water from the fountain, and, having offered up the sacrifice of thanksgiving, they passed the night in prayer and vigil.

When day returned, Paolo said to Antonio, “I knew that thou didst dwell in the wilderness, brother, for the Lord had promised to send thee to me. For the hour comes in which I must fall asleep and be with Christ. Then shalt thou bury my body, returning dust to dust.” Antonio, hearing this, wept and groaned piteously, and besought Paolo to suffer him to stay with him now, and, if it might be, accompany him through the Valley of the Shadow of Death; but Paolo answered, “Not so, brother; thou mayst not ask that which thou wouldst for thyself, but what is expedient for others. Thine example is needed upon earth, therefore must thou yet a little while bear the burden of the flesh, following the Lamb. And now, I say, depart quickly to thy dwelling, and that mantle which the holy bishop Athanasius gave thee bring back with thee to wrap my body.” He asked this, not because he cared greatly that his dead body should be clothed, for too long had he worn only the leaves of the palm, but that his brother might be spared the sorrow of seeing him die.

Antonio, marvelling that Paolo should know of this mantle, since he had lived all his life in the cave, was filled with a great awe, so that he dared not gainsay the holy man, but kissing his hands and feet, departed straightway. On the long and painful journey Antonio’s courage did not fail, though his body was weak with fasting and broken by the weight of years. Gasping and exhausted, he reached his hermitage and took down the mantle, and without tasting food, set off and returned by the same way, thirsting to see Paolo once again, for he feared lest, whilst he was absent, the saint should have yielded up his spirit to the Lord.

When the second day had grown light, and Antonio was gone some three hours on his way, he saw Paolo in a vision, between bands of angels, and choirs of apostles and prophets, shining with a whiteness as of snow, ascend into the heavens. And immediately falling on his face, Antonio threw sand upon his head, and lamented bitterly, crying, “Wherefore dost thou leave me, O Paolo? Wherefore dost thou depart so early and without farewell?” Then he rose and ran with so much speed the remainder of the way that it was as if a bird flew. Entering the cave, he saw the saint on bended knees, his head lifted, his hands stretched upwards, as if praying; but Antonio, going closer, and hearing no sound of breathing, began to weep, understanding that the soul had fled, and it was only the body of the holy man which prayed thus to God, in whom all live.

Then Antonio wrapped the body in the mantle and carried it forth, chanting hymns according to the rites of the Church. And he was much troubled, because he had no spade wherewith to dig a grave, and he said to himself, “To return to the hermitage and fetch a spade would be too long, yet if I remain here I am no better off. Nevertheless, I will stay beside Paolo, and, if needs be, lying close to Thy warrior, O Lord, I will give up my life.” As he was thus thinking, lo I two lions came running up out of the wilderness, their manes flying out on the wind, on seeing whom Antonio was at first terrified; but crying to the Lord, he was comforted, and they became like doves in his eyes. The lions, going towards the body of the aged man, crouched down and fawned upon it, waving their tails, and then laying themselves down at the feet, they roared with a dreadful noise, plainly lamenting in their own manner. Afterwards going a little way off, they began to scrape the ground with their paws, throwing up the sand eagerly, till they had dug a hole large enough to contain a man, and then, with heads down, and making a motion with their ears, as if asking thanks, they came to Antonio and licked his hands and feet. And he, pouring himself forth in praise of Christ, whom even dumb animals glorify, cried, “Lord, without whose knowledge not a leaf is loosed from the tree, nor sparrow falls to the ground. Thou knowest what these have done.” Then he bent his aged shoulders beneath the burden of the body of the saint, and laid it in the grave which the lions had dug, and heaped up the earth upon it in a mound, after the usual custom. On the next day he took the tunic which Paolo had woven for himself of the palm leaves, and returned to the hermitage. And he assembled his disciples, and unfolding the tunic before them, he told them all things concerning the holy Paolo, with deep humility, beating himself upon the breast and bewailing his own sinfulness. He bade them be lowly of heart, not puffed up with their own righteousness, but patiently and in all meekness to endure affliction, after the example of that blessed man. And from thenceforth, on the solemn feastdays of Easter and Pentecost, he arrayed himself in the garment of Paolo, counting it more honourable than the most gorgeous vestment. When, not long after, the aged Antonio was himself suffered to depart to the Lord, his disciples took the tunic and laid it in a fair wrought coffer within a beautiful church, where it was preserved for many ages with the utmost veneration, in memory of those two holy hermits.

– from Saints of Italy, by Ella Noyes; J M Dent and Sons, London, 1901

SOURCE : https://catholicsaints.info/saints-of-italy-the-hermits-of-the-desert/


Pontormo  (1494–1557). Sant' Antonio Abate, 1519, 78 X 66, Uffizi 


Sant' Antonio Abate


Coma, Egitto, 250 ca. – Tebaide (Alto Egitto), 17 gennaio 356

Antonio abate è uno dei più illustri eremiti della storia della Chiesa. Nato a Coma, nel cuore dell'Egitto, intorno al 250, a vent'anni abbandonò ogni cosa per vivere dapprima in una plaga deserta e poi sulle rive del Mar Rosso, dove condusse vita anacoretica per più di 80 anni: morì, infatti, ultracentenario nel 356. Già in vita accorrevano da lui, attratti dalla fama di santità, pellegrini e bisognosi di tutto l'Oriente. Anche Costantino e i suoi figli ne cercarono il consiglio. La sua vicenda è raccontata da un discepolo, sant'Atanasio, che contribuì a farne conoscere l'esempio in tutta la Chiesa. Per due volte lasciò il suo romitaggio. La prima per confortare i cristiani di Alessandria perseguitati da Massimino Daia. La seconda, su invito di Atanasio, per esortarli alla fedeltà verso il Conciliio di Nicea. Nell'iconografia è raffigurato circondato da donne procaci (simbolo delle tentazioni) o animali domestici (come il maiale), di cui è popolare protettore. (Avvenire)

Patronato: Eremiti, Monaci, Canestrai

Etimologia: Antonio = nato prima, o che fa fronte ai suoi avversari, dal greco

Emblema: Bastone pastorale, Maiale, Campana, Croce a T

Martirologio Romano: Memoria di sant’Antonio, abate, che, rimasto orfano, facendo suoi i precetti evangelici distribuì tutti i suoi beni ai poveri e si ritirò nel deserto della Tebaide in Egitto, dove intraprese la vita ascetica; si adoperò pure per fortificare la Chiesa, sostenendo i confessori della fede durante la persecuzione dell’imperatore Diocleziano, e appoggiò sant’Atanasio nella lotta contro gli ariani. Tanti furono i suoi discepoli da essere chiamato padre dei monaci. 

Caposcuola del Monachesimo

Dopo la pace costantiniana, il martirio cruento dei cristiani diventò molto raro. A questa forma eroica di santità dei primi tempi del cristianesimo, subentrò un cammino di santità professato da una nuovo stuolo di cristiani, desiderosi di una spiritualità più profonda, di appartenere solo a Dio e quindi di vivere soli nella contemplazione dei misteri divini.

Questo fu il grande movimento spirituale del Monachesimo, che avrà nei secoli successivi varie trasformazioni e modi di essere, dall’eremitaggio alla vita comunitaria. Espandendosi dall’Oriente all’Occidente, divenne la grande pianta spirituale su cui si è poggiata la Chiesa, insieme alla gerarchia apostolica.

Anche se probabilmente fu il primo a instaurare una vita eremitica e ascetica nel deserto della Tebaide, sant’Antonio ne fu senz’altro l’esempio più stimolante e noto, ed è considerato il caposcuola del Monachesimo.

Conoscitore profondo dell’esperienza spirituale di Antonio, fu sant’Atanasio (295-373) vescovo di Alessandria, suo amico e discepolo, il quale ne scrisse la biografia, fonte principale di ciò che sappiamo di lui.

La scelta di una vita penitente

Antonio nacque verso il 250 da una agiata famiglia di agricoltori nel villaggio di Coma, attuale Qumans in Egitto. Verso i 18-20 anni rimase orfano dei genitori, con un ricco patrimonio da amministrare e con una sorella minore da educare.

Attratto dall’ammaestramento evangelico «Se vuoi essere perfetto, va’, vendi ciò che hai, dallo ai poveri e avrai un tesoro nel cielo, poi vieni e seguimi», e sull’esempio di alcuni anacoreti che vivevano nei dintorni dei villaggi egiziani, in preghiera, povertà e castità, Antonio volle scegliere questa strada. Vendette dunque i suoi beni, affidò la sorella a una comunità di vergini e si dedicò alla vita ascetica davanti alla sua casa e poi al di fuori del paese.

Alla ricerca di uno stile di vita penitente e senza distrazione, chiese a Dio di essere illuminato. Vide poco lontano un anacoreta come lui, che seduto lavorava intrecciando una corda, poi smetteva, si alzava e pregava; subito dopo, riprendeva a lavorare e di nuovo a pregare. Era un angelo di Dio che gli indicava la strada del lavoro e della preghiera che, due secoli dopo, avrebbe costituito la base della regola benedettina «Ora et labora» e del Monachesimo Occidentale.

Parte del suo lavoro gli serviva per procurarsi il cibo e parte la distribuiva ai poveri. Sant’Atanasio asserisce che pregasse continuamente e che fosse così attento alla lettura delle Scritture che la sua memoria sostituiva i libri. 

Le sue tentazioni

Dopo qualche anno di questa esperienza, in piena gioventù cominciarono per lui durissime prove. Pensieri osceni lo tormentavano, l’assalivano dubbi sulla opportunità di una vita così solitaria, non seguita dalla massa degli uomini né dagli ecclesiastici. L’istinto della carne e l’attaccamento ai beni materiali, che aveva cercato di sopire in quegli anni, ritornavano prepotenti e incontrollabili.

Chiese dunque aiuto ad altri asceti, che gli dissero di non spaventarsi, ma di andare avanti con fiducia, perché Dio era con lui. Gli consigliarono anche di sbarazzarsi di tutti i legami e di ogni possesso materiale, per ritirarsi in un luogo più solitario.

Così, ricoperto appena da un rude panno, Antonio si rifugiò in un’antica tomba scavata nella roccia di una collina, intorno al villaggio di Coma. Un amico gli portava ogni tanto un po’ di pane; per il resto, si doveva arrangiare con frutti di bosco e le erbe dei campi.

In questo luogo, alle prime tentazioni subentrarono terrificanti visioni e frastuoni. In più, attraversò un periodo di terribile oscurità spirituale: lo superò perseverando nella fede, compiendo giorno per giorno la volontà di Dio, come gli avevano insegnato i suoi maestri.

Quando alla fine Cristo gli si rivelò l’eremita chiese: «Dov’eri? Perché non sei apparso fin da principio per far cessare le mie sofferenze?». Si sentì rispondere: «Antonio, io ero qui con te e assistevo alla tua lotta…».

Sulle montagne del Pispir

Scoperto dai suoi concittadini, che come tutti i cristiani di quei tempi, affluivano presso gli anacoreti per riceverne consiglio, aiuto, consolazione, ma nello stesso tempo turbavano la loro solitudine e raccoglimento, allora Antonio si spostò più lontano verso il Mar Rosso. Sulle montagne del Pispir c’era una fortezza abbandonata, infestata dai serpenti, ma con una fonte sorgiva: Antonio vi si trasferì nel 285 e vi rimase per 20 anni.

Due volte all’anno gli calavano dall’alto del pane. Seguì in questa nuova solitudine l’esempio di Gesù, che guidato dallo Spirito si ritirò nel deserto «per essere tentato dal diavolo». Era infatti comune convinzione che unicamente la solitudine, permettesse all’uomo di purificarsi da tutte le cattive tendenze, personificate nella figura biblica del demonio e diventare così una nuova creatura.

Il discernimento degli spiriti

Certamente solo persone psichicamente sane potevano affrontare un’ascesi così austera come quella degli anacoreti. Alcune finivano per andare fuori di testa, scambiando le proprie fantasie per illuminazioni divine o tentazioni diaboliche.

Non era il caso di Antonio: veniva attaccato dal demonio, che lo svegliava nel cuore della notte, oppure gli dava consigli apparentemente per spronarlo a una maggiore perfezione, in realtà per spingerlo verso l’esaurimento fisico e psichico e per disgustarlo della vita solitaria. L’eremita invece resistette e acquistò, con l’aiuto di Dio, il “discernimento degli spiriti”, ossia la capacità di riconoscere le apparizioni false, comprese quelle che simulavano le presenze angeliche.

Le prime comunità di discepoli

Venne poi il tempo in cui molte persone che volevano dedicarsi alla vita eremitica giunsero al fortino e lo abbatterono. Antonio uscì e cominciò a consolare gli afflitti, ottenendo dal Signore guarigioni, liberando gli ossessi e istruendo i nuovi discepoli.

Si formarono due gruppi di monaci che diedero origine a due monasteri, uno ad oriente del Nilo e l’altro sulla riva sinistra del fiume. Ogni monaco aveva la sua grotta solitaria, ubbidendo però ad un fratello più esperto nella vita spirituale. A tutti Antonio dava i suoi consigli nel cammino verso la perfezione dello spirito e l’unione con Dio.

Fuori dall’eremo per difendere i cristiani

Nel 307 venne a visitarlo il monaco eremita sant’Ilarione (292-372), che fondò a Gaza in Palestina il primo monastero: i due si scambiarono le loro esperienze sulla vita eremitica.

Nel 311 Antonio non esitò a lasciare il suo eremo: si recò ad Alessandria, dove imperversava la persecuzione contro i cristiani, ordinata dall’imperatore romano Massimino Daia († 313), per sostenere e confortare i fratelli nella fede, desideroso lui stesso del martirio.

Forse perché incuteva rispetto e timore reverenziale anche ai Romani, fu risparmiato, ma le sue uscite dall’eremo si moltiplicarono per servire la comunità cristiana. Sostenne con la sua influente presenza l’amico vescovo di Alessandria, sant’Atanasio, che combatteva l’eresia ariana. Scrisse in sua difesa anche una lettera all’ imperatore Costantino, che non fu tenuta di gran conto, ma fu importante fra il popolo cristiano.

Nella Tebaide

Tornata la pace nell’impero e per sfuggire ai troppi curiosi che si recavano nel fortilizio del Mar Rosso, decise di ritirarsi in un luogo più isolato. Andò dunque nel deserto della Tebaide, nell’Alto Egitto, dove prese a coltivare un piccolo orto per il sostentamento suo e di quanti, discepoli e visitatori, si recavano da lui.

Visse nella Tebaide fino al termine della sua lunghissima vita. Poté seppellire il corpo dell’eremita san Paolo di Tebe con l’aiuto di un leone; per questo è considerato patrono dei seppellitori.

Negli ultimi anni accolse presso di sé due monaci che l’accudirono nell’estrema vecchiaia. Morì a 106 anni, il 17 gennaio del 356 e fu seppellito in un luogo segreto.

L’eredità spirituale

La sua presenza aveva attirato anche nella Tebaide tante persone desiderose di una vita più spirituale. Tanti scelsero di seguire il suo stile: così fra quei monti sorsero monasteri. Il deserto si popolò di monaci, i primi di quella moltitudine di uomini consacrati che in Oriente e in Occidente portarono avanti quel cammino da lui iniziato, ampliandolo e adattandolo alle esigenze dei tempi.

I suoi discepoli tramandarono alla Chiesa la sua sapienza, raccolta in 120 detti e in 20 lettere. Nella Lettera 8, sant’Antonio scrisse ai suoi: «Chiedete con cuore sincero quel grande Spirito di fuoco che io stesso ho ricevuto, ed esso vi sarà dato».

La protezione contro l’herpes zoster

Nel 561 fu scoperto il suo sepolcro e le reliquie cominciarono un lungo viaggiare nel tempo e nello spazio, da Alessandria a Costantinopoli, fino ad arrivare in Francia, nell’XI secolo, a Motte-Saint-Didier, dove fu costruita una chiesa in suo onore.

In questa chiesa affluivano a venerarne le reliquie folle di malati, soprattutto affetti da ergotismo canceroso, causato dall’avvelenamento di un fungo presente nella segale, usata per fare il pane.

Il morbo, oggi scientificamente noto come herpes zoster, era conosciuto sin dall’antichità come “ignis sacer” (“fuoco sacro”) per il bruciore che provocava. Per ospitare tutti gli ammalati che giungevano, si costruì un ospedale e venne fondata una confraternita di religiosi, l’antico ordine ospedaliero degli ‘Antoniani’; il villaggio prese il nome di Saint-Antoine de Viennois.

Il maiale, il fuoco, il “tau”

Il Papa accordò agli Antoniani il privilegio di allevare maiali per uso proprio e a spese della comunità, per cui i porcellini potevano circolare liberamente fra cortili e strade; nessuno li toccava se portavano una campanella di riconoscimento.

Il loro grasso veniva usato per curare l’ergotismo, che venne chiamato “il male di s. Antonio” e poi “fuoco di s. Antonio”. Per questo motivo, nella religiosità popolare, il maiale cominciò ad essere associato al grande eremita egiziano, poi considerato il santo patrono dei maiali e per estensione di tutti gli animali domestici e della stalla. Sempre per questa ragione, è invocato contro le malattie della pelle in genere.

Nella sua iconografia compare oltre al maialino con la campanella, anche il bastone degli eremiti a forma di T, la “tau” ultima lettera dell’alfabeto ebraico e quindi allusione alle cose ultime e al destino. 

Una leggenda popolare, che collega i suoi attributi iconografici, narra che sant’Antonio si recò all’inferno, per contendere l’anima di alcuni morti al diavolo. Mentre il suo maialino, sgaiattolato dentro, creava scompiglio fra i demoni, lui accese col fuoco infernale il suo bastone a forma di “tau” e lo portò fuori insieme al maialino recuperato: donò il fuoco all’umanità, accendendo una catasta di legna.

La devozione popolare

Nel giorno della sua memoria liturgica, si benedicono le stalle e si portano a benedire gli animali domestici. In alcuni paesi di origine celtica, sant’Antonio assunse le funzioni della divinità della rinascita e della luce, Lug, il garante di nuova vita, a cui erano consacrati cinghiali e maialii. Perciò, in varie opere d’arte, ai suoi piedi c’è un cinghiale.

Patrono di tutti gli addetti alla lavorazione del maiale, vivo o macellato, è anche il patrono di quanti lavorano con il fuoco, come i pompieri, perché guariva da quel fuoco metaforico che era l’herpes zoster. 

Ancora oggi il 17 gennaio, specie nei paesi agricoli e nelle cascine, si usano accendere i cosiddetti “focarazzi” o “ceppi” o “falò di sant’Antonio”, che avevano una funzione purificatrice e fecondatrice, come tutti i fuochi che segnavano il passaggio dall’inverno alla imminente primavera. Le ceneri, poi raccolte nei bracieri casalinghi di una volta, servivano a riscaldare la casa e, tramite un’apposita campana fatta con listelli di legno, per asciugare i panni umidi.

Veneratissimo lungo i secoli, il suo nome è fra i più diffusi del cattolicesimo. Lo stesso sant’Antonio di Padova, proprio per indicare il suo desiderio di maggior perfezione, scelse di cambiare il nome di Battesimo con il suo. Nell’Italia Meridionale, per distinguerlo da lui, l’eremita della Tebaide è infatti chiamato “Sant’Antuono”.

Autore: 
Antonio Borrelli



Juan Rexach  (1411–). San Antonio Abad, between circa 1450 and circa 1460, Temple sobre tabla, 91 X 64, Museo del Prado


ANTONIO Abate, sant'

di Alberto PINCHERLE - Raffaele CORSO - Enciclopedia Italiana (1929)

ANTONIO Abate, sant'. - Le fonti per la conoscenza della sua vita sono principalmente la biografia scritta da S. Atanasio Patrol. graeca, XXVI), passi degli Apophthegmata Patrum (v. apoftegma) e l'Hisioria Lausiaca di Palladio. Se l'autenticità atanasiana della Vita di Antonio, negata da H. Weingarten (Ursprung des Mönchtums, in Zeitschr. f. Kirchengesch., I, 1876), ha trovato poi il riconoscimento dei critici, in misura più larga, studiosi più recenti sostengono che si sia ecceduto in ottimismo nell'accettarne la veridicità storica, e che si debba ammettere il carattere leggendario di molti racconti. In particolare, le Vite di Pitagora e simile letteratura avrebbero esercitato sensibile influenza (Cfr. R. Reitzenstein, in Sitzungsberichte der Heidelberger Akademie der Wissenschaften, Phil.-Hist. Klasse, VIII, 1914).

Nato a Eracleopoli, nel Medio Egitto, Antonio avrebbe abbandonato il mondo intorno al 270; dopo quindici anni, essendo in età di circa trentacinque, attraversò il Nilo, portandosi in un castello sulla riva sinistra del fiume, dove stette per altri vent'anni. Colà gli si unirono i primi discepoli. Uscito dalla sua solitudine per un breve periodo, si ritirò poi definitivamente nel deserto presso il Mar Rosso, dove un monastero porta ancora il suo nome, ed ivi trascorse gli ultimi anni della sua esistenza più che centenaria, morendo verso il 356.

Un grande discorso, ai cc. 18-43 della Vita, contiene una formulazione del suo insegnamento, che, almeno nello spirito e in parte, si può ritenere autentica; i detti attribuitigli negli Apophthegmata Patrum, e quelli riferiti da Palladio o da Cassiano (Collationes) vanno soggetti a cauzione ed esaminati sempre criticamente. Anche nella Vita atanasiana, del resto, è visibile l'influsso dell'ideale ellenistico dell'ἀπάϑεια; "poiché l'anima sua era imperturbabile, anche le manifestazioni esteriori erano trasparenti e quiete, e poiché la letizia avvivava il suo spirito, la serenità traspariva anche dal viso" dice di lui Atanasio (c. 34), che gli fa dire essere la virtù nelle nostre facoltà, e altre frasi dello stesso tenore.

Degli scritti che vanno sotto il suo nome (in Patrologia graeca, XL) v'è ugualmente ragione di dubitare che siano autentici. Alcuni, come i Sermoni e le Lettere tradotti dall'arabo e pubblicati dal maronita Abramo Ecchellense (Parigi 1641), sono certamente spurî. Sappiamo invece che Antonio scrisse varie lettere; e di sette possediamo una versione latina, pubblicata più volte (anche in Galland, Veterum Patrum Bibliotheca, IV, p. 633 segg.), e frammenti copti, abbastanza vicini al latino (cfr. Windstedt, in Journal oj Theological Studies, VII, luglio 1906, p. 540 segg.). Quanto alla Regola che gli è attribuita (v. Contzen, Die Regel des hl. A., Melten 1896), è in complesso una compilazione, nella quale, al più, soltanto lo spirito informatore è quello di Antonio.

Ma la sua importanza storica non è negli scritti. Essa consiste tutta nel fatto che A. fu senza dubbio una delle più grandi figure dell'ascetismo cristiano primitivo, colui al quale si deve la diffusione di quel sistema di vita semi-anacoretico, di cui le laure orientali e taluni tipi di vita eremitica occidentale sono tuttora la continuazione (v. anacoren).

Folklore. - Le reliquie di sant'Antonio sarebbero state ritrovate nel 561 e portate ad Alessandria, quindi a Costantinopoli: finalmente nel sec. XI in Francia, dove durante l'epidemia di peste (fuoco sacro) molte persone sarebbero state guarite miracolosamente dalle reliquie o dall'intervento del santo. Da ciò il nome di fuoco di S. Antonio, com'è chiamato ancora volgarmente l'erpete zoster o zona. E il fuoco benedetto di sant'Antonio, cioè quello prelevato dai falò accesi in suo onore, è oggetto di devozione, per la qual cosa molti popolani ne portano a casa qualche tizzo.

Sant'Antonio segna nel calendario popolare il principio del carnevale. Al mattino del 17 gennaio ogni proprietario di capre o pecore, di buoi o cavalli, mena il suo bestiame davanti alla chiesa del taumaturgo, per la benedizione; e sul far della sera, o della sera precedente alla festa, e in qualche luogo anche prima e per più giorni di seguito, comitive di fanciulli e di adulti accendono numerosi falò sulle strade, con legna raccattate. In qualche luogo, nel pomeriggio della vigilia, sant'Antonio (un uomo imbacuccato in un camice, con barba di stoppa, mitra di carta e bordone con campanello) va in giro per l'abitato, seguito dal diavolo, il suo nemico tentatore, e da un'allegra brigata di devoti, di cui alcuni suonano ed altri cantano la leggenda dei suoi miracoli, sostando di soglia in soglia. In molti comuni si usa tuttavia, come nel Medioevo (e varî statuti ne fanno fede), allevare il "porco" o "porcellino di S. Antonio", che poi si vende per far le spese della festa.

Sant'Antonio abate è nel concetto popolare di varie regioni d'Italia il santo che aiuta l'uomo nelle tribolazioni, vendica le donne calunniate, fa da confidente alle fanciulle; e nelle leggende è rappresentato come un vecchio che da buon popolano vive del suo lavoro, in una capanna, col porcello, tormentato dal demonio, che talvolta lo fa montare in bizza. Questo particolare fa rilevare quanto sia inesatta l'opinione di chi pretende vedere nel maiale, preso come simbolo della lussuria, l'incarnazione del diavolo. Non meno infondata è l'opinione per la quale si vorrebbe ravvisare nel fuoco rituale di S. Antonio un ricorso o un travestimento del mito di Prometeo. Infatti le ricorrenze in cui figurano le fiammate, oltre quella del nostro santo, sono numerosissime.

Bibl.: Oltre le opere accennate, E. Preuschen, Palladius und Rufinus, Giessen 1897; A. Butler, The Lausiac history of Palladius, I, Cambridge 1898, p. 215 segg.; II, ibid., 1904, pp. 12-21 (n. VI della collezione Texts and Studies); J. Besse, in Dict. de Théol. Cathol., I, II, col. 1441 seg.; R. Reitzenstein, Historia monachorum und Historia Lausiaca, Gottinga 1916 (Forschungen zur Religion und Literatur des Alten und Neuen Testaments, n. s., 87); E. Buonaiuti, Le origini dell'asceticismo cristiano, Pinerolo 1928, p. 176 segg.

Per il folklore: Arch. trad. popol., II, p. 207; V, p. 91 (miracoli); F. D'Elia, Il falò di S. Antonio. Note di Folklore salentino, Martina Franca 1912; cfr. G. Ferri, in Lares, II (1913), p. 101 segg.; G. Finamore, Credenze, usi e costumi abruzzesi, Palermo 1890, pp. 92-102; L. Mannocchi, Feste, costumanze, superstiz. popolari nel circondario di Fermo, Fermo 1921, pp. 43-47; E. Anderloni, Gli Statuti di Novara e il porco di S. Antonio a Novara, in Novaria, VI (1925), pp. 1-6; R. Corso, Il porco di S. Antonio, in Folklore italiano, I (1925), p. 316 seg.

SOURCE : https://www.treccani.it/enciclopedia/sant-antonio-abate_(Enciclopedia-Italiana)/


Pieter Coecke van Aelst  (1502–1550), Les Tentations de Saint Antoine, entre 1543 et 1550, huile sur panneau de bois, 41 x 53, musée du Prado


Den hellige Antonius den Store (~251-356)

Minnedag: 17. januar

Skytshelgen for dyrepassere, bønder, slaktere, riddere, konditorer, kirkegårdsgravere, ringere, spritfabrikanter, brennevinshandlere, kurvmakere, vevere og børstebindere; for husdyr og griser, mot epidemier og sykdom, spesielt lepra og syfilis; mot dyresykdommer, pest og brann

Den hellige Antonius ble født rundt år 251 i landsbyen Komé (i dag Keman eller Qeman-al-Arous) i området Faiyoum, i nærheten av Herakleopolis Magna like sør for Memphis i Midtre Egypt. Hans velstående og fromme kristne foreldre ville holde ham borte fra alt som kunne være et dårlig eksempel, så de holdt ham alltid hjemme. Resultatet var at han vokste opp i uvitenhet om hva som den gang ble betraktet som kultivert litteratur, og han kunne ikke lese andre språk enn sitt eget. Hans barndom ble preget av hans jevne humør, oppfyllelse av religiøse plikter og lydighet mot foreldrene.

Foreldrene døde rundt 269, da han var 18-20 år. Han arvet en betydelig formue, inkludert 300 auras (rundt 480 mål) med rik, egyptisk jord, og han fikk ansvaret for en yngre søster. Legenda Aurea (Den gylne legende) forteller at han et halvt år senere en søndag kom for sent til messen, og han kom inn i kirken akkurat da presten leste fra evangeliet: «Vil du være fullkommen, da gå bort og selg alt du eier, og del pengene ut til de fattige, – så får du en skatt i himlene. Og kom så og følg meg» (Matt 19,21). Antonius så disse ordene som en åpenbaring rettet til seg personlig, og han gikk straks hjem, ga naboene sin beste jord, solgte resten og ga pengene til de fattige, unntatt det han fant nødvendig for seg og søsteren. Like etter hørte han Kristi ord i kirken: «Vær da ikke bekymret for morgendagen; for morgendagen kan sørge for seg selv. Hver dag har nok med sin egen møye.» (Matt 6,34). Dermed ga han bort også de pengene han hadde lagt til side og plasserte sin søster i et hus for jomfruer – dette regnes vanligvis som den første kjente referansen til et kvinnekloster.

Antonius selv trakk seg i 272 tilbake til ørkenens ensomhet, inspirert av en gammel mann som levde som eremitt i nabolaget. Først bodde han i en liten hytte, hvor han tilbrakte natten i bønn og dagen i hardt manuelt arbeid som var nødvendig for å tjene det lille han trengte til livets opphold, samt lesning i skriften. Antonius ble snart et mønster av ydmykhet, nestekjærlighet, fromhet og andre dyder. Han spiste bare brød og litt salt og drakk bare vann. Han spiste aldri før solnedgang, og noen ganger bare hver tredje eller fjerde dag, og han sov på en sivmatte eller rett på gulvet. Alt dette ut fra asketens overbevisning om at sjelen ikke lar seg omdanne uten at kroppen følger med. Gjennom askese skal egenviljen disiplineres og sjelen stilles åpen for Gud.

På jakt etter en enda mer total ensomhet flyttet han rundt 273 til en nedlagt begravelsesplass i ørkenen lenger sør i Nildalen, hvor han bosatte seg i en gammel gravhule. Der ble han i tretten år. Rundt år 285, da han var 35, var dette ikke lenger hardt nok for ham, så han krysset Nilen og bosatte seg på toppen av et fjell i den ugjestmilde ørkenen ved Rødehavet, i ruinene av et gammelt fort i Pispir (nå Deir el Memun). Det var tre dagsmarsjer fra sivilisasjonen. Her bodde han til 306 i total ensomhet og så ikke et menneske, bortsett fra en venn som brakte ham brød hvert halvår, og han kastet bare sekken med brød over fortets murer.

Men selv om han var fri for trusler fra mennesker, måtte Antonius tåle mange og harde fristelser som vanligvis er forbundet med et eremittliv, både åndelig og fysisk. Ørkenen var ansett som Satans og de onde ånders område. Det er en allmenn menneskelig tro, men for jødene, og dermed også for de første kristne, hadde den fått en mer eksplisitt teologisk dimensjon: Verden var gjennom menneskenes fall kommet i Satans vold, men menneskene hadde vunnet tilbake noe av den. Men ørkenen var fremdeles djevelens domene, og det var altså det rette sted å utfordre ham. For å vinne frem til full enhet med Gud var det nødvendig å ta denne kampen.

Biografen lar Antonius gjennomgå flere faser med fristelser: Først ledes han til å tenke på det hyggelige, borgerlige liv han kunne ha levd. Så overveldes han av erotiske tanker og syner, og til slutt, da ingenting av dette har klart å rokke Antonius i hans forsett, prøver Satan rett og slett å skremme, ved å opptre i alle slags uhyggelige og fantasifulle skikkelser og forskjellig slags ville dyr. Satan overfalt ham og skremte ham med grusomme lyder, og ved en anledning slo han ham så hardt at vennen fant ham nesten død da han kom med brødet. Fienden innga ham urene tanker, men Antonius fordrev dem med sine bønner. Den nederdrektige djevelen dristet seg til og med til å maskere seg som en kvinne om natten. Det var som om demoner brøt seg inn gjennom de fire veggene i det vesle kammeret, og sprengte seg frem i skikkelse av best og krypdyr. Rommet fyltes plutselig med fantomene av løver, bjørner, leoparder og tyrer, av ormer og brilleslanger, av skorpioner og ulver. Antonius sa da til djevelen: «Det er et tegn på din hjelpeløshet at du etteraper ville dyrs skikkelser.»

Men Antonius overvant fristelsene som varte i ti år. Hans fristelser i ørkenen har inspirert kunstnere til alle tider til dels svært detaljerte bilder, spesielt i renessansen, da det også ble et påskudd til å fremstille denne verdens gleder. Særlig kjent i så måte er nederlenderne Hieronymus Bosch og Pieter Breughel. Men legendens bilder gjenspeiler en virkelighet. Dersom mennesket virkelig ønsker å oppdage og stille seg ansikt til ansikt med alle de dunkle krefter det bærer i seg, kan ensomheten være nødvendig. En forutsetning for at en skal makte å arbeide seg gjennom sine konflikter, er at en klarer å være alene. Ensomheten viser oss avgrunnen i oss selv og avslører dunkle krefter som vi må gjøre oss bevisst om vi ikke ønsker å forbli slaver under dem. Men ensomheten må forankres i en visshet om at en hjelp finnes; kampen har et mål, som er å komme igjennom, og man kaster seg ikke ut i den uten troen på at det finnes en frelse.

All slags mennesker hadde lenge oppsøkt Antonius for å få råd eller ganske enkelt av nysgjerrighet. Stadig flere ønsket å slå seg ned sammen med ham for å leve et liv for Gud, atskilt fra mennesker. Etter tyve år var Antonius «kommet gjennom». Han hadde nådd den store avklaring, og var i stand til og villig til å lede andre på samme vei. Vennlig og kjærlig stilte han seg til disposisjon. Biografen mener å vite at han nå hadde fått undergjørende evner. Så i 306 forlot han sin ensomhet for å veilede disiplene som hadde samlet seg rundt ham, og han grunnla sitt første kloster i Fayum. Det besto opprinnelig av spredte celler, men munkene kom sammen til gudstjenester og felles arbeid. Antonius selv bodde ikke permanent i noe slikt samfunn, men han besøkte dem av og til. Han ble eremittenes åndelige far, deres abbed (abba = far). Antonius skal også ha vært den som innførte «Angelica», munkedrakten.

I år 311, da forfølgelsene av de kristne ble tatt opp igjen under Maximinus Daza (305-13), dro Antonius med fare for sitt liv til Alexandria for å sette mot i martyrene. Han opptrådte offentlig i sin hvite tunika av saueskinn slik at han kunne gjenkjennes av andre kristne, og han gjemte seg ikke for guvernøren, men voktet seg for å provosere dommerne eller å anklage seg selv, som noen overilt gjorde. Da forfølgelsene stoppet, dro han tilbake til sitt kloster, og like etter organiserte han et annet ved navn Pispir på østbredden av Nilen. Men selv valgte han rundt 312 å dra lenger av gårde og bosette seg i en hule på det vanskelig tilgjengelige Kolzim-fjellet ved Suez-bukten; dette skulle bli hans hjem for resten av livet. Sammen med ham var disippelen Makarios, og det ble sagt at det var hans plikt å først snakke med alle besøkende, og deretter selv snakke med de verdslige, mens Antonius selv tok seg av de åndelige menneskene. Antonius dyrket en liten hage på sitt fjell i ørkenen og laget matter og kurver av palmeblader. Han foretok regelmessige besøk i Pispir for å undervise besøkende og helbrede syke.

Hedenske filosofer og andre kom ofte for å diskutere med ham, og returnerte forbløffet over hans saktmodighet og visdom. Rundt år 337 skrev Konstantin den Store og hans to sønner, Konstantius og Konstans, et brev til helgenen og ba om hans forbønn. Antonius visste ikke hvordan han skulle besvare det, men til slutt, etter press fra sine disipler, skrev han et brev til keiseren og hans sønner, som den hellige Athanasius av Alexandria har bevart. Der formante han dem om alltid å huske dommen som skulle komme. Den hellige Hieronymus og andre nevner syv andre brev fra Antonius til forskjellige klostre, og de er kjent fra koptiske fragmenter og syriske, greske og latinske versjoner. Det ble til og med opprettet en egen postrute med dromedarer til «Antoniusfjellet». Hans brev viser at hans tenkning var influert av Platon og Origenes.

 Detail from the painting 'Saint Anthony Abbot and Saint Paul the Hermit' by Diégo Velázquez, 1630s, oil on canvas, Museo del Prado, Madrid

En gresk tekst, muligens skrevet som et supplement til Athanasius' biografi om Antonius og oversatt til latin av Hieronymus, skal Antonius rundt 345 ha besøkt den hellige Paulus av Theben. I følge denne teksten ble Antonius fristet til forfengelighet, i det han mente at han var den som hadde tjent Gud i ørkenen lenger og hardere enn noen annen. Men da ble han fortalt i en drøm at det var en annen som var gått forut for ham i dette livet. Han ble ført til Puls celle av en kentaur, en satyr og et himmelsk lys, og han kom frem etter en reise på 2 ½ dag. De to omfavnet og hilste hverandre ved navn. En ravn brakte dem brød, og Paulus forklarte at dette hadde skjedd hver dag i 60 år. Paulus sa at Antonius var sendt av Gud for å begrave ham, og Paulus ba da om å bli gravlagt i den kappen Antonius hadde fått av Athanasius. Antonius gikk tilbake til sitt kloster for å hente den, og da han kom tilbake, fant han Paulus død i knelende stilling. Da kom to løver og begynte å grave en grav, hvor Antonius gravla ham.

Etter ønske fra sin venn, kirkelæreren Athanasius, patriark av Alexandria, dro Antonius i 338 (351?) igjen til Alexandria, denne gangen for å imøtegå arianerne og fremheve at Sønnen ikke er skapt, men av samme vesen som Faderen. Antonius sa at arianerne, som kalte Sønnen en skapning, ikke skilte seg fra hedningene selv, som «æret og tjente skapningen heller enn Skaperen». Folket strømmet til for å se og høre ham, og til og med hedningene ble slått av verdigheten i hans karakter. Selv filosofene ble imponert, han fikk rykte som undergjører og mange ble omvendt av ham. Athanasius fulgte ham tilbake helt til byportene, hvor han helbredet en pike besatt av en ond ånd.

I slutten av 355 avla Antonius et besøk hos sine munker. Han var nå godt over hundre år gammel, men hadde alltid hatt god helse, herdet av åtti års bønn og faste. Han hadde både syn og tenner i behold, så hans livsførsel kan ikke ha vært usunn. Nå forutsa han sin død til sine munker, men ingen tårer kunne bevege ham til å dø blant dem. I stedet skyndte han seg tilbake til sin fjellhule i Kolzim-fjellet. Like etter ble han syk, og han ga sine to disipler Makarios og Amathas ordre at de skulle begrave hans legeme på et hemmelig sted i nærheten av hulen. Så døde han tidlig i 356, sannsynligvis den 17. januar, den dag hvor de eldste martyrologiene minnes ham. Han var 105 år gammel. Han sendte sin saueskinnstunika og kappe (trolig den Paulus ba om å bli gravlagt i) til Athanasius som et tegn på enhet i troen.

Snart etter sin død fikk Antonius tilnavnet «den Store». Han kalles også Antonius Abbeden (Abbas) og Antonius av Egypt, og få helgener har blitt så berømte som ham. Antonius regnes allment som enten den første munk eller den første eremitt, men i virkeligheten kan han vanskelig gis noen av titlene hvis man skal være nøyaktig. Muligens var det flere som dro ut i ødemarken på 200-tallet for der å finne Gud. Antonius er sett på som grunnlegger av klostervesenet i den senere betydning av ordet, fordi han samlet eremitter i løst knyttet fellesskap og øvde en viss autoritet over dem. Men selv tilbrakte han det meste av sitt lange liv mer eller mindre i ensomhet.

Betegnelsen «abbed» har heller ikke den samme betydning som i dag. Blant ørkenfedrene var en abbed ikke en valgt superior, en ide som ville ha vært bannlyst hos dem, men ganske enkelt «enhver munk eller eremitt som hadde vært prøvet i mange år i ørkenen og vist seg som en Guds tjener», sier den cisterciensiske forfatteren Thomas Merton. I denne betydningen var Antonius en av de eldste munker og abbeder, og det er han som er blitt stående som initiativtakeren til og prototypen på den nye kristne troshelt, eneboeren. Dette skyldes naturligvis hans personlighet og rolle, men like mye det faktum at han tidlig fikk en biografi, Vita Antonii. Den ble skrevet rundt 370 av den store Athanasius, som kjente ham personlig. Verket er retorisk og med oppbyggelig tendens, men det spilte en avgjørende rolle for utbredelsen av munkevesenet. Biografien fikk raskt stor utbredelse, spesielt i vesten i latinske oversettelser, og i senere århundrer var den obligatorisk i middelalderens klosterbiblioteker. De syv brevene som er tilskrevet Antonius, bekrefter mye i Athanasius' biografi som tidligere ble trodd å være litterær fiksjon. Athanasius kalte Antonius «munkevesenets grunnlegger», og den arv han etterlot seg var en gammel kappe, to sekkeformede tunikaer – og en ørken som vrimlet av munker.

Ørkenmunkene var ikke sjelden karakterisert av ekstravaganse og fanatisme, men ikke Antonius. Han var bemerkelsesverdig moderat for sin tid og en mann av høy åndelig visdom. Hans strenghet i livet var alltid begrunnet i bedre å tjene Gud. Både i løpet av sin levetid og etterpå var hans innflytelse svært stor, og ærbødigheten for ham har vært stor i hele kristenheten. Mange skribenter og malere har hatt en tendens til å dvele ved den ubeherskede mishandlingen i hans liv, den utøylede selvplagingen for sin egen skyld og den konkurransepregede fasten. Men på sitt beste var dette i stand til å produsere karakterer av imponerende integritet og klokskap. Typisk for Antonius var en dyktig forståelse av menneskelig psykologi og en evne til å uttrykke den i treffende ord. En avhandling tillagt Antonius finner vi i den hellige Johannes Kassians Collationes, men mange av hans utsagn er også bevart i Vitae Patrum, en samling helgenlegender samlet på 500-tallet. En klosterregel i hans navn inneholder i det minste noen elementer fra hans lære.

Antonius' jordiske rester fikk ikke hvile lenge i sin hemmelige grav. I 361 (561?) ble de angivelig funnet og overført til Alexandria. Etter muslimenes erobring av Egypt ble de i 635 overført til Konstantinopel, og rundt år 1000 ga keiseren størstedelen av dem til den franske grev Jocelin, som fraktet dem til Saint-Didier-de-la-Motte i bispedømmet Vienne (Dauphiné) – snart omdøpt til Saint-Antoine-en-Dauphiné. Til slutt, i 1491, kom relikviene til sitt nåværende hvilested, sognekirken Saint-Julien i Arles.

I Saint-Antoine-en-Dauphiné ble ordenen «Hospitalerne av St. Antonius» (Antonittene) grunnlagt for å ta seg av pilegrimer, først som et legbrorskap. Den ble godkjent som orden av pave Urban II i 1095. Stedet ble et pilegrimssenter for dem som led av ergotisme, kalt St. Antoniusild (det var åpenbart demonenes pinsler man hadde i tankene). Ordenen ble grunnlagt av den franske grev Gaston som hadde en sønn som ble helbredet av Antoniusild ved relikvienes kraft.

Antonittene, som bar svarte drakter med et blått T-formet kors (gr: tau, Tau-kors, Antoniuskors), ble spredt over det meste av Vest-Europa i takt med epidemiene av ergotisme på 1100- og 1200-tallet, og på det meste hadde de 360 hospitaler. I 1298 gjorde pave Bonifatius VIII den om til en korherreorden. Men ordenen svant hen da epidemiene gjorde det samme, og den ble innlemmet i Malteserordenen i 1775 og døde helt ut i 1803. Antonittene red omkring og ringte med små bjeller for å få almisser, og bjellene ble senere hengt rundt nakken på dyr for å beskytte dem mot sykdommer. I senmiddelalderen ble denne ordenens griser ved et spesielt privilegium tillatt å gå fritt i gatene, derfor var attributtene svin og bjeller hyppige i Antonius' senere ikonografi. Antonius' blir fremstilt med en T-formet korsstav. Albert av Bayern grunnla i 1382 Antoniusridderordenen, og Antonius ble skytshelgen og forbilde for ridderstanden; mange borger og kapeller ble viet til ham.

Antonius' minnedag er den 17. januar. Den er blitt feiret på denne dato siden begynnelsen på 400-tallet i de koptiske, syriske og bysantinske liturgiene. I vesten begynte hans kult først på 800-tallet; i Roma ikke før på 1000- og 1100-tallet. 17. januar er avmerket på norske Primstaver som Antonsmess. I Roma blir det hvert år fra 17. til 25. januar feiret en fest med velsignelse av dyrene foran kirken Sant' Antonio. Antonius er menneskets verner mot alle sykdommer, spesielt syfilis – antakelig på grunn av hans voldsomme erotiske fristelser. I Europa æres han som skytshelgen mot epidemier og dyresykdommer. Derfor avbildes han ofte med en gris ved føttene. Svinet kom opprinnelig inn i bildet ved at det opptrådte i hans fristelser. Ofte ble en gris slaktet den 17. januar og kjøttet gitt til de fattige.

I kirkeprovinsen Köln ble i middelalderen fire helgener regnet som spesielle nødhjelpere, og på 1400-tallet ble de på grunn av det innflytelsesrike hoffembetet som marskalk kalt «Guds og himmelborgernes hoffmarskalker». Disse fire «hellige marskalker» var Antonius den Store, KorneliusHubert og Quirinus. Sammenhengen mellom de fire vises av den vanlige valfartsruten: først til Antonitterklosteret i Wesel, så til Cornelimünster i Eifel, deretter til St. Hubert i Ardennene og til slutt til St. Quirin i Neuss.

I kunsten avbildes Antonius som en svært gammel munk i munkedrakt for å indikere at han var grunnleggeren av klostervesenet. Han har ofte en bjelle eller en vievannskost, begge for å drive ut onde ånder, en gris (se over), en bok for å understreke hans hengivenhet til Skriften, eller med flammer for å indikere sykdommen St. Antoniusild, med kentauren og satyren han skal ha møtt på vei til Paulus av Theben, som kurvmaker eller som en ung mann som deler ut sin formue.

Les Athanasius' Vita Antonii (engelsk)

Se en side med mange bilder av Antonius

Kilder: Attwater (dk), Attwater/John, Attwater/Cumming, Farmer, Jones, Bentley, Lodi, Butler, Butler (I), Benedictines, Delaney, Bunson, Gunnes, Gad, Engelhart, Schauber/Schindler, Melchers, Gorys, Dammer/Adam, LThK, KIR, CE, CSO, Patron Saints SQPN, Infocatho, Bautz, Heiligenlexikon, santiebeati.it, celt-saints, Ecole - Kompilasjon og oversettelse: p. Per Einar Odden - Opprettet: 2001-02-17 00:34 - - Sist oppdatert: 2007-07-25 11:59

SOURCE : http://www.katolsk.no/biografier/historisk/antonabb

Baltasar del Águila  (1540–1599). Attributed to Pedro Fernández Guijalvo. San Antonio Abad, 1563, 63 X 60, Museum of Fine Arts of Córdoba


Saint Anthony Abbot: The Iconography https://www.christianiconography.info/anthonyAbbot.html

Voir aussi : http://jesus-passion.com/saint_antony.pdf