vendredi 22 janvier 2016

Sainte BLAESILLA (BLÉSILLE) de ROME, veuve

SAINT JERÔME

A PAULA, SUR LA MORT DE SA FILLE BLÉSILLA.

EPISTOLA XXXIX . AD PAULAM super obitu Blaesillae filiae.

 1 « Qui donnera de l'eau à ma tête et une source de larmes à mes yeux pour pleurer, » non pas, comme Jérémie, » la mort des enfants de mon peuple, » ni comme le Sauveur les malheurs de Jérusalem, mais la sainteté, la miséricorde, l'innocence, la chasteté et toutes les vertus qui ont été ensevelies avec Blésilla dans un même tombeau? Ce n'est pas que je plaigne sa destinée ni que je l'estime malheureuse d'avoir quitté la terre; mais c'est que je ne saurais assez déplorer la perte que nous avons faite d'une personne d'un si grand mérite. En effet, qui pourrait, sans verser des larmes, se souvenir qu'on l'a vue, à l’âge de vingt ans, animée de ce beau zèle qu'inspire la foi, porter courageusement l'étendard de la croix, et regretter plus la perte de sa virginité que la mort de son époux? Qui pourrait, sans gémir, parler de son assiduité à la prière, de la grâce avec laquelle elle savait s'exprimer, de la fidélité de sa mémoire, de la vivacité de son esprit? Parlait-elle grec, on eût dis qu'elle ne sas ait pas la langue latine; parlait-elle latin, on ne remarquait dans son langage aucun accent étranger. Quelque difficile que soit la langue hébraïque, elle s'y était rendue si habile, je ne dis pas en peu de mois, mais en peu de jours (habileté que toute la Grèce a admirée dans Origène), qu'elle apprenait et chantait les psaumes en cette langue aussi facilement que sa mère. La pauvreté de ses habits n'était pas en elle, comme dans la plupart des autres, la marque d'une vanité secrète ; elle était l'effet d'une humilité profonde et sincère, qui la portait à ne se 480 distinguer des femmes qui la servaient que par un air plus modeste et plus négligé. Quoique abattue par une longue maladie, et pouvant à peine se soutenir, elle avait néanmoins toujours le livre de l'Évangile ou des prophètes entre les mains.

Ici je sens les larmes qui me coulent des yeux; les sanglots étouffent ma voix, et l'excessive douleur dont je suis pénétré ne me permet pas de parler. Consumée donc par les ardeurs d'une violente fièvre, et près d'expirer, elle dit à ses parents qui étaient autour de son lit : « Priez le Seigneur de me faire miséricorde, parce due je n'ai pu exécuter le dessein que j'avais formé de me consacrer entièrement à son service. » Ah ! ne craignez rien, Blésilla ; nous savons, et vous en faites vous-même une heureuse expérience, qu'on ne se convertit jamais trop tard. Jésus-Christ lui-même nous a donné les premières assurances de cette vérité, en disant au larron : « Je vous promets due vous serez aujourd'hui arec moi dans le Paradis.,A peine Blésilla, déchargée du poids d'une chair mortelle, eut-elle quitté le lieu de son exil pour retourner à son Créateur et rentrer en possession de son ancien héritage, qu'on se prépara à faire ses funérailles selon la coutume. Plusieurs personnes de qualité marchaient en rang à la tète du convoi, et l'on voyait ensuite paraître le cercueil couvert d'un drap d'or. A la vue de ce superbe appareil, il me sembla entendre Blésilla crier du haut du ciel : « Tous ces vains ornements ne m'appartiennent pas; ce ne sont point là les habits que j'ai portés, je ne les reconnais point. »

2 Mais que faisons-nous? je veux arrêter les larmes d'une mère affligée, et je ne saurais m'empêcher d'en répandre moi-même. Je ne puis dissimuler ici mes sentiments; on ne verra dans cette lettre aucun caractère qui ne soit imprimé de mes larmes. Jésus-Christ lui-même en répandit sur la mort de Lazare, parce qu'il l'aimait. Hélas ! qu'on est peu propre à consoler les autres quand on succombe soi-même sous le poids de sa douleur, et que la voix est entrecoupée par les sanglots et étouffée par les larmes! Jésus-Christ, que Blésilla suit maintenant, et les saints anges avec qui elle se trouve, me sont témoins que je partage avec vous vos peines et vos chagrins. Je sens que j'étais son père et son nourricier selon l'esprit, et je ne puis m'empêcher de dire quelquefois avec Job: « Périsse le jour où je suis né! » et avec Jérémie: « Hélas! ma mère, pourquoi m'avez-vous mis au monde pour être un homme de contradiction et de discorde dans toute la terre? » Et encore « Je sais que vous êtes juste, Seigneur; cependant permettez-moi de vous faire ces justes plaintes: Pourquoi les méchants passent-ils leur vie dans la prospérité? » Et avec le prophète-roi: «Mes pieds ont chancelé, et je me suis vu tout près de tomber, parce que j'ai été enflammé d'indignation en voyant la paix dont jouissent les pécheurs, et j'ai dit: Comment est-il possible que Dieu sache ce qui se passe, et que le Très. Haut ait la connaissance de toutes choses? Voilà les pécheurs eux-mêmes qui vivent dans l'abondance de tous les biens de ce monde, et qui ont acquis de grandes richesses. » Mais en même temps je pense à ce que dit le prophète: « Je ne saurais parler de la sorte sans condamner la sainte société de vos enfants. »

Combien de fois agité, et troublé par ces fâcheuses réflexions, ai-je dit en moi-même: Pourquoi voit-on dans l'abondance des hommes qui ont vieilli dans le crime et dans l'iniquité? Pourquoi des jeunes gens qui ont encore toute leur innocence sont-ils enlevés tout à coup par une mort précipitée? Pourquoi des enfants de deux à trois ans, et attachés encore à la mamelle, sont-ils possédés du démon, couverts de lèpre, dévorés par la jaunisse ? Pourquoi au contraire voit-on des hommes impies, adultères, homicides, sacrilèges, jouir d'une heureuse santé, et blasphémer sans cesse contre Dieu; puisque l'iniquité du père ne retombe point sur ses enfants, et que « l'âme qui pèche meurt elle-même?» Ou si Dieu veut encore aujourd'hui comme autrefois punir les enfants des péchés de leurs pères, est-il juste qu'il fasse tomber sur un enfant innocent les châtiments que mérite un père criminel ? Et j'ai dit: « C'est donc en vain que j'ai travaillé à purifier mon coeur et que j'ai lavé mes mains en la compagnie des innocents, puisque j'ai été affligé durant tout le jour. » Le prophète-roi a calmé aussitôt toutes ces pensées dont j'étais agité. « J'ai donc voulu pénétrer la profondeur de ce mystère, mais je me suis donné sur cela des peines inutiles ; quand je serai entré dans le sanctuaire de Dieu, alors seulement je comprendrai quelle doit être la fin des méchants; car les jugements (481) du Seigneur sont un abîme très profond. Ce qui fait dire à l'apôtre saint Paul : « O profondeur des trésors de la sagesse et de la science de Dieu! que ses jugements sont impénétrables et ses voies incompréhensibles!

Dieu est bon, et comme il agit toujours par bonté, il ne saurait rien faire qui ne soit bon. Si je perds un mari, cette perte m'est sensible; mais parce qu'elle me vient de la part du Seigneur, je la souffre sans murmure. Si la mort m'enlève un fils unique, quelque cruelle que soit cette perte, je la supporte avec patience, sachant que c'est Dieu qui reprend ce qu'il m'avait donné. Si je deviens aveugle, je me servirai pour lire des yeux d'un ami, et je trouverai en lui une ressource à ma disgrâce. Si je viens aussi à perdre l'ouïe, ma surdité me garantira de la corruption du vice, et toute mon occupation alors sera de penser à Dieu. Si, pour comble de misère, je me vois encore réduit à souffrir la pauvreté, le froid, la nudité, la maladie, j'espérerai que la mort mettra fin à mes peines, et tous les maux de la vie présente me paraîtront courts dans l'attente d'une vie plus heureuse.

Considérons un peu ce que dit David dans ce psaume où il a renfermé une morale si belle « Vous êtes juste, Seigneur, »dit ce prophète, « et vos jugements sont équitables. » Ces pieux sentiments n'appartiennent qu'à une âme qui bénit le Seigneur au fort de sa misère, et qui, attribuant à ses propres péchés toutes les peines qu'elle endure, ne cesse de louer au milieu de ses adversités celui qui la fait souffrir.

« Les filles de Juda, » dit ailleurs le même prophète, « ont tressailli de joie à cause de vos jugements, Seigneur. » « Juda, »veut dire «louange» ou «confession ;» et comme l'emploi d'une âme fidèle est de louer Dieu, tous ceux qui croient en Jésus-Christ, doivent mettre leur joie dans les jugements du Seigneur. Malade ou en bonne santé, je bénis également Dieu. Car « lorsque je suis faible, c'est alors que je suis plus fort, et la vertu », de l'esprit « se perfectionne dans la faiblesse de la chair. » Saint Paul, assujetti malgré lui aux tentations, pria trois fois le Seigneur de l'en affranchir; mais le Seigneur lui répondit : « Ma grâce vous suffit, car la vertu se perfectionne dans la faiblesse. » Dieu livra ce grand apôtre à l'ange de Satan, pour lui rappeler la misère humaine, et réprimer la vanité que ses révélations auraient pu lui inspirer; de même que dans les triomphes on mettait un homme derrière le triomphateur pour lui crier à chaque acclamation du peuple : « Souvenez-vous que vous êtes homme. »

3 Pourquoi se révolter contre un mal inévitable? Pourquoi pleurer une personne que la mort nous enlève? Sommes-nous au monde pour y vivre éternellement? Abraham, Moïse, Isaac, saint Pierre, saint Jacques, saint Jean, saint Paul, ce vaisseau d'élection, Jésus-Christ même, n'ont-ils pas tous été sujets à la mort? Pourquoi donc murmurer, lorsque nous venons à perdre une personne qui nous est chère? Peut-être que « le Seigneur ne l'a enlevée du monde que pour la sauver de la corruption du siècle, et qu'il s'est hâté de retirer du milieu de l'iniquité une âme qui lui était agréable, » de peur que, dans le long voyage de la vie, elle ne s'engageât dans des routes écartées.

Déplorons la triste destinée de ceux qui ne meurent que pour brûler dans l'enfer, et que la divine justice livre à des supplices éternels.

Quant à nous « qui devons aller au-devant de Jésus-Christ, » accompagnés des choeurs des anges, regardons une longue vie comme un pesant fardeau et comme une véritable mort. Car « tandis que nous demeurons ici-bas, nous sommes éloignés du Seigneur. » Disons avec le prophète-roi: « Hélas! que mon exil est long! J'ai demeuré avec les habitants de Cédar, mon âme y a été longtemps étrangère. » Comme le mot « Cédar », signifie « ténèbres, » et que le siècle présent est enveloppé d'une profonde nuit, (« parce que la lumière luit dans les ténèbres, et les ténèbres ne l'ont point comprise »), nous devons prendre part au bonheur de Blésilla qui a passé. des ténèbres à la lumière, et qui, par l'ardeur d'une foi naissante, s'est rendue digne de la couronne que Dieu n'accorde qu'aux vertus parfaites.

Si une mort imprévue, ce qu'à Dieu ne plaise, l'avait surprise avec un coeur tout occupé des plaisirs de la vie présente, nous aurions sujet de déplorer son sort et de répandre des torrents de larmes sur une mort si funeste. Mais puisque par une grâce particulière de Jésus-Christ, le vœu qu'elle avait fait (1), près de quatre mois avant sa mort, de se consacrer à Dieu, a 482 été pour elle comme un second baptême, et que depuis ce temps-là elle a méprisé toutes les vanités du monde et tourné toutes ses pensées vers le monastère, ne craignez-vous point que le Sauveur ne vous dise : « Paula, pourquoi vous désolez-vous de ce que votre fille est devenue la mienne? Pourquoi vous élevez-vous contre mes jugements? Pourquoi, jalouse de me voir en possession de Blésilla, m'outragez-vous par des larmes que répand un coeur rebelle à mes volontés? Pouvez-vous pénétrer les desseins que j'ai sur votre famille? Vous vous refusez toute sorte de nourriture, non point par une louable abstinence, mais par un excès de tristesse. Je n'aime point cette espèce de frugalité, et jeûner ainsi c'est se déclarer mon ennemi. Je ne puis recevoir dans mon sein une âme qui se détache du corps malgré moi et contre mes ordres. Que la folle philosophie du siècle se flatte d'avoir de pareils martyrs; qu'elle compte parmi ses héros un Zénon (2), un Cléombrote, un Caton : « mon esprit ne se repose que sur les humbles et les pacifiques, et sur ceux qui écoutent mes paroles avec crainte. »

« Est-ce donc là l'effet de la promesse que vous m'avez faite, de quitter le monde pour vous retirer dans un monastère, et une marque de cette régularité de vie dont vous faisiez profession en vous habillant d'une manière différente des femmes du siècle? Cette âme qui s'afflige est bien digne d'un corps vêtu de soie. Bientôt la mort va vous surprendre plongée dans la tristesse, et, comme si vous pouviez échapper à ma justice, vous me fuyez comme un juge inexorable. Jonas, ce prophète dont l'âme était si grande, voulut autrefois se dérober à mes poursuites; mais il se vit tout à coup englouti dans les abîmes de la mer. Si vous étiez bien persuadée que votre fille est vivante, vous ne plaindriez pas son sort, puisqu'elle n'a fait que quitter une vie pleine de misères pour une plus heureuse. Est-ce ainsi que vous obéissez au commandement annoncé par l'Apôtre, de ne point pleurer comme les infidèles ceux qui dorment du sommeil de la mort ? Rougissez ici de voir une femme païenne (3) vous surpasser, et une esclave du démon prévaloir sur ma servante. Elle se flatte que son mari, qui était païen, a été reçu dans le ciel et admis au nombre des dieux ; et vous, vous ne pouvez vous persuader que votre fille soit avec moi! »

3 Vous me direz peut-être: Pourquoi ne pas pleurer la mort de ma fille? Jacob ne se couvrit-il pas d'un sac pour pleurer celle de Joseph? Ne refusa-t-il pas les consolations de toute sa famille qui s'était réunie pour le consoler dans sa douleur? « Je pleurerai toujours, » disait-il, « jusqu'à ce que je descende avec mon fils dans le tombeau. »

David ne se couvrit-il pas la tête lors de la mort d'Absalon, répétant souvent ces tristes paroles : « Mon fils Absalon, Absalon mon fils, qui me donnera de mourir pour toi, mon fils Absalon ? » Les funérailles des autres justes n'ont-elles pas été célébrées par un deuil solennel ?

Rien n'est plus aisé que de répondre à toutes ces raisons dont vous vous servez pour justifier votre douleur. Jacob pleura son fils, persuadé qu'il avait été tué, et que bientôt la mort devait les réunir tous deux; c'est dans cette vue qu'il disait: -Je pleurerai toujours jusqu'à ce que je descende avec mon fils dans le tombeau; parce que Jésus-Christ n'avait pas encore ouvert la porte du paradis, ni éteint par son sang ce glaive de feu que tenait un chérubin pour en défendre l'entrée. De là vient que l'Écriture nous représente Abraham dans les limbes (4)avec Lazare, quoique cet endroit fût pour eux un lieu de rafraîchissement. David avait raison de pleurer la mort d'un fils parricide; mais celle d'un autre de ses enfants à qui ses prières n'avaient pu conserver la vie, et qu'il volait mourir innocent, il ne la pleura pas.

Que d'après l'ancienne coutume les Juifs aient pris le deuil à la mort de Moïse et d'Aaron, rien d'étonnant, puisque nous lisons dans les Actes des Apôtres que, dès les premiers jours de l'Église naissante, les fidèles de Jérusalem « firent les funérailles de saint Etienne avec un deuil solennel. » Or cela doit s'entendre, 483 non comme vous vous l'imaginez, de leur douleur excessive, mais de la pompe de ses funérailles et de la foule prodigieuse qui s'y trouva.

Enfin, voici ce que l'Écriture sainte dit de Jacob : « Joseph alla ensevelir son père; les premiers officiers de la maison de Pharaon et les anciens de l'Égypte l'accompagnèrent en ce vol age; la maison de Joseph et tous ses frères le suivirent aussi. » Et un peu après : « Il y eut aussi des chariots et des cavaliers qui le suivirent, et il se trouva là une grande multitude de personnes. » Et ensuite: « Et ils y célébrèrent les funérailles de Jacob avec beaucoup de pleurs et de grands cris. » Ce deuil solennel des Égyptiens ne doit pas s'entendre de leurs larmes ni de l'excès de leur douleur, mais de la magnificence des funérailles qu'ils firent à Jacob; et c'est ainsi qu'Aaron et Moïse furent pleurés.

Je ne saurais assez admirer les profonds mystères que cache l'Écriture sainte, sous des paroles simples en apparence. Pourquoi dit-elle qu'on célébra les funérailles de Moïse avec un grand deuil, et qu'elle n'en dit point autant du saint homme Josué? En voici la raison; c'est que, du temps de Moïse, c'est-à-dire dans l'ancienne loi, tous les hommes étaient enveloppés dans la condamnation du péché d'Adam et, comme en mourant ils descendaient dans les limbes, il était juste de pleurer leur mort, d'après les paroles de l'apôtre saint Paul: « La mort a régné depuis Adam jusqu'à Moïse, même sur ceux qui n'ont point péché. » Mais depuis l'établissement de l'Évangile, c'est-à-dire sous Jésus-Christ, ce véritable Josué qui nous a ouvert le paradis, on célèbre avec,joie les funérailles des morts. On voit encore aujourd'hui les Juifs répandre des larmes sur ceux qui meurent, marcher nu-pieds, se coucher sur le cilice, se rouler sur la cendre; et, afin que rien ne manque à leurs superstitieuses cérémonies, par une ridicule tradition des pharisiens, manger des lentilles avant de prendre aucune autre nourriture; indiquant par là que ce mets fatal leur a fait perdre leur droit d'aînesse. Leur aveuglement est une juste punition de leur incrédulité, puisque, ne croyant point que Jésus-Christ soit ressuscité, ils ne doivent attendre que la venue de l'Antéchrist.

Mais pour nous qui avons été revêtus de Jésus-Christ, et qui, comme dit l'apôtre saint Pierre, sommes de la race royale et sacerdotale, nous ne devons point pleurer les morts. Moïse dit à Aaron, à Éléazar et Itamar (5) ses autres fils : « Ne découvrez pas votre tête (6) et ne déchirez pas vos habits, de peur que vous ne mouriez et que la colère du Seigneur ne tombe sur tout le peuple. » Prenez garde, dit-il, de déchirer vos habits et de vous abandonner comme les païens à l'excès de votre douleur, de peur que vous ne mouriez. Il n'y a que le péché qui nous donne la mort. Dieu, dans le même livre du Lévitique, fait un commandement qui semble dur, mais qui néanmoins est nécessaire à la foi; car il défend au grand-prêtre d'approcher du cadavre de son père, de sa mère, de ses frères et de ses enfants, de peur que les sentiments de la nature ne partagent un cœur qui ne devait être occupé que du soin d'offrir des sacrifices au Seigneur.

Jésus-Christ n'exige-t-il pas des chrétiens ce parfait détachement de cœur, lorsqu'il défend à un de ses disciples d'aller mettre ordre à ses affaires domestiques, et qu'il refuse à un autre la permission d'aller rendre à son père les devoirs de la sépulture? « Le grand-prêtre. » dit Dieu dans l'Écriture, « ne sortira point des lieux saints, de peur qu'il ne profane le caractère de sainteté dont il est revêtu, parce que le Seigneur a répandu sur lui l'huile sainte de son onction. » Ce qui fait voir qu'un chrétien qui a embrassé la foi de Jésus-Christ, et qui porte en lui-même fonction sainte dont il a été consacré, ne doit point sortir du temple, c'est-à-dire s'écarter des devoirs que la religion lui impose; qu'il ne doit point aller dehors en suivant les voies des infidèles ; mais qu'il doit toujours demeurer dans la maison du Seigneur, pour pratiquer ses commandements.

4 Je vous ai rapporté tous ces passages de l'Écriture, de peur qu'en leur donnant un mauvais sens, vous ne vous en serviez pour autoriser votre douleur et justifier votre égarement. Je ne vous ai même parlé jusqu'à présent que comme à une personne du vulgaire. Mais comme 484 je sais que vous avez entièrement renoncé au monde et à tous ses plaisirs pour vivre dans la pratique continuelle du jeûne, de la lecture et de la prière; qu'à l'exemple d'Abraham vous souhaitez d'abandonner la Chaldée et la Mésopotamie, votre pays et vos parents, pour entrer dans la terre promise; et qu'étant morte au monde avant de mourir d'une mort naturelle, vous avez donné tout votre bien aux pauvres et à vos enfants : je m'étonne que vous fassiez paraître dans votre affliction des faiblesses que l'on condamnerait dans les personnes même les plus attachées aux choses de la terre. Vous rappelez dans votre esprit les caresses de Blésilla, le charme de sa conversation, de sa société; et cette perte vous parait insupportable.

Je ne saurais blâmer les larmes d'une mère; je vous prie seulement de donner des bornes à votre douleur. Vous êtes mère, et vous pleurez la mort de votre fille; je ne veux pas vous faire un crime d'une affection si légitime: mais vous êtes aussi et chrétienne et religieuse; et ces deux titres doivent exclure en vous les sentiments de la nature. Je touche votre plaie avec toute sorte de précaution ; mais elle est encore trop récente, et je sens bien que ma main ne sert qu'à irriter le mal, au lieu de le guérir. Cependant, pourquoi ne vaincrez-vous pas par raison un mal que le temps doit un jour adoucir?

Noémi, s'étant retirée chez les Moabites pour se défendre contre la famine, y perdit son mari et ses enfants. Dans une conjoncture si fatale, où elle était privée du secours des siens, Ruth s'attacha à elle et ne l'abandonna jamais. Mais voyez combien est agréable aux yeux de Dieu le soin que l'on prend de consoler une personne affligée. Le Christ naît de la race de Ruth. Pour vous faire comprendre jusqu'où va votre délicatesse, considérez combien Job a essuyé de disgrâces; considérez-le parmi les ruines de sa maison, levant les yeux au ciel, avec les douleurs aiguës de son ulcère, après la perte de tous ses biens et la mort de ses enfants, cri butte aux railleries d'une femme artificieuse qui veut le porter à blasphémer le Seigneur. Vous me direz sans doute que Dieu n'exposa cet homme juste à tant de malheurs qu'afin d'éprouver sa vertu. Choisissez donc ici le parti qu'il vous plaira; car si vous êtes juste, la perte que vous avez faite est une épreuve; si vous êtes pécheresse, vous méritez encore de plus grands châtiments.

Mais laissons là les anciens exemples; suivez ceux que vous avez devant les yeux. La vertueuse Melania,véritable illustration chrétienne de notre temps et avec laquelle je prie le Seigneur de nous réunir vous et moi au jour du jugement; cette vertueuse femme, dis je, n'avait pas encore rendu les derniers devoirs à son mari qui venait d'expirer, quand la mort lui enleva encore deux de ses enfants. On aura peut-être peine à me croire, mais Jésus-Christ m'est témoin que je ne dirai que la vérité.

Qui n'eût cru que Melania, dans une conjoncture si affligeante, après avoir déchiré ses habits et s'être arraché les cheveux, devenue in. sensée par l'excès de sa douleur, allait encore se déchirer le sein de ses propres mains? Cependant elle ne répandit pas une seule larme; elle soutint avec une fermeté inébranlable une si cruelle disgrâce ; et, se jetant aux pieds de Jésus-Christ, elle lui dit avec un air content, comme si elle l'eût tenu entre ses bras: « Puisque vous m'avez déchargée, Seigneur, d'un si pesant fardeau, je vous servirai désormais avec plus de liberté. » Et ne pensez pas que, se démentant dans la suite, elle se soit laissé vaincre par la tendresse qu'elle avait pour ses autres enfants; jugez de son détachement par la manière dont elle traita le seul qui lui restait; car, après lui avoir formé tout son bien, elle l'abandonna, et se mit en mer au commencement de l'hiver pour se retirer à Jérusalem.

5 Epargnez-vous donc, je vous en conjure, épargnez la gloire de Blésilla qui règne déjà dans le ciel; épargnez du moins la grande jeunesse d'Eustochia, que vous avez pris soin d'élever de. puis son enfance. Car le démon, qui voit triompher l'une de vos filles, chagrin d'avoir été vaincu par elle, redouble aujourd'hui tous ses efforts pour gagner sur celle qui reste au monde la victoire remportée sur lui par celle qui règne dans le ciel. C'est être impie envers Dieu que d'aimer ses enfants avec trop de tendresse. Abraham immole avec plaisir son fils unique, et vous ne pouvez voir sans chagrin que, de plusieurs enfants que vous avez, Dieu en prenne un pour le couronner d'une gloire immortelle!

J'ai à vous dire une chose dont je ne saurais 485 vous parler sans gémir. Lorsqu'on vous retira du milieu du convoi, et qu'on vous en rapporta à demi morte, le peuple se disait tout bas « Ne l'avions-nous pas bien dit? Ce qui fait aujourd'hui la douleur et l'accablement de Paula, c'est que sa fille, qui s'est tuée à force de jeûner, ne lui a point laissé d'enfant d'un second mariage. Que ne chasse-t-on de la ville ces misérables moines? que ne les lapide-t-on? que ne les,jette-t-on dans la rivière? Car ce sont eux qui ont séduit cette pauvre femme; et il est aisé de voir qu'elle n'a embrassé la vie monastique que malgré elle, puisque jamais païenne n'a pleuré de la sorte la mort de ses enfants. » Avec quel déplaisir Jésus-Christ n'écoutait-il pas de semblables discours? Quelle joie et quel triomphe pour le démon, qui tâche aujourd'hui de vous perdre en flattant votre douleur par les prétextes spécieux de piété qu'il vous suggère ; et qui ne vous remet sans cesse devant les yeux l'image de votre fille, qu'afro de faire mourir la mère de celle qui l'a vaincu, et de se rendre maître (7) de sa soeur qui n'aura plus personne pour la soutenir et pour la conduire dans les voies de Dieu!

Je ne veux point vous alarmer, et le Seigneur m'est témoin que je vous parle ici avec autant de sincérité que si j'étais aux pieds de son redoutable tribunal. Ces larmes que vous répandez sans mesure, et qui vous conduisent presque,jusqu'au tombeau, sont des larmes sacrilèges, que l'infidélité seule fait verser. Vous criez, vous hurlez, et, devenue comme furieuse, vous faites tout ce que vous pouvez pour vous donner la mort. Mais dans l'état où vous êtes, Jésus-Christ s'approche de vous pour vous dire : « Pourquoi pleurez-vous? votre fille n'est pas morte, elle n'est qu'endormie. » Que les assistants s'en moquent tant qu'il leur plaira; ils imitent en cela l'incrédulité des Juifs. Si vous allez au tombeau de votre fille pour vous abandonner à votre désespoir, un ange vous fera ces justes reproches: « Pourquoi cherchez-vous parmi les morts celle qui est vivante? » C'est ce qui arriva à Marie Madeleine; elle se jeta aux pieds du Sauveur qui l'appelait, et dont elle avait reconnu la voix; mais Jésus-Christ lui dit: « Ne me touchez pas, car je ne suis pas encore monté vers mon Père; » c'est-à-dire : Je suis ressuscité; mais puisque vous trie croyez encore enseveli dans le tombeau, vous n'êtes pas digne de me toucher.

6 Quel tourment n'est-ce point pour Blésilla de voir Jésus-Christ irrité contre vous? Dans l'accablement où elle vous voit, elle vous crie du haut du ciel : « Si jamais vous m'avez aimée, ma chère mère; si vous m'avez nourrie de votre lait et élevée dans la pratique de la vertu par vos sages conseils, ne m'enviez point la gloire que je possède, et n'obligez point Dieu par vos plaintes à nous séparer pour toujours. Ne pensez pas que je sois seule; si je vous ai perdue, j'ai ici la sainte Vierge, mère du Sauveur, qui me dédommage de cette perte. J'y vois plusieurs personnes que je n'avais jamais connues, et je trouve en leur compagnie un agrément qu'on ne rencontre point dans les sociétés mondaines. J'ai le bonheur d'y vivre avec Anne, cette illustre veuve qui autrefois a prophétisé la venue du Sauveur; et ce qui doit redoubler votre joie et vous combler de consolation, c'est que j'ai mérité en trois mois de temps la même gloire qu'elle n'a acquise que par un long travail et une viduité de plusieurs années; et nous avons reçu également, elle et moi, la récompense que Dieu réserve à la chasteté des veuves. Vous me plaignez de ce que je ne suis plus au monde ; mais vous me paraissez bien plus à plaindre d'être encore asservie aux vanités du siècle, et réduite à la dure nécessité de combattre sans cesse tantôt la colère, tantôt, l'avarice, ici la volupté, là toutes sortes de vices qui vous entraînent dans des précipices affreux. Si vous voulez que je vous reconnaisse pour ma mère, ayez soin de plaire à Jésus-Christ; car je ne saurais vous donner ce nom tant que vous serez désagréable à ses yeux. »

Blésilla vous dit encore plusieurs autres choses que je passe ici sous silence. Elle prie le Seigneur pour vous; et, comme je connais son coeur, je suis persuadé qu'elle emploie aussi le crédit qu'elle a auprès de lui pour m'obtenir le pardon de mes péchés, afin de reconnaître par là mes salutaires conseils, le zèle avec lequel je l'ai sollicitée de se donner à Dieu et les chagrins qu'il m'a attirés de la part de ses parents.

7 C'est pourquoi je promets de lui consacrer tous mes travaux tant que je serai au monde, et d'employer mon esprit et ma langue à publier ses louanges. Il n'y aura dans mes 486 ouvrages aucune page qui ne porte le nom de Blésilla ; elle les suivra partout, et j'apprendrai aux vierges, aux veuves, aux solitaires et aux évêques le mérite de cette vertueuse femme dont je conserve toujours le souvenir. L'immortalité de son nom la dédommagera du peu de temps qu'elle a vécu sur la terre. Elle vit dans le ciel avec Jésus-Christ, et elle vivra encore dans la bouche des hommes. Le siècle présent passera, et les siècles futurs jugeront sans intérêt et sans passion des vertus de cette illustre veuve. Je la placerai entre Paula et Eustochia; elle vivra éternellement dans mes écrits, et elle m'entendra toujours parler d'elle avec sa mère et sa soeur.

(1) Blésilla avait fait ce voeu dans cette grande maladie dont parle saint Jérôme dans la lettre précédente. »

(2) Zénon, chef de la secte des stoïciens, s'étrangla de ses propres mains. Cléombrote, natif d'Ambracie, et philosophe académicien, se précipita dans la mer après avoir lu le livre de l'Immortalité de l'âme que Platon avait composé. Caton, se voyant poursuivi par César après la défaite de Pompée, se retira à Utique, où il se poignarda lui-même.

(3)  Saint Jérôme veut parler de la femme de Prétextat dont il fait mention dans la vie de Léa.

(4) Le texte porte « dans l'enfer, » c'est-à-dire, au fond de la terre. Ce lieu est proprement « les limbes » où les âmes des justes ont été jusqu'à la venue de Jésus-Christ.

(5) Il les appelle « ses autres fils, » parce qu'ils étaient les seuls qui restaient à Aaron ; Nadab et Abiud ayant été consumés par le feu.

(6) C'est-à-dire, de ne pas ôter l'ornement de votre tête pour la couvrir de cendre, selon la coutume de ceux qui sent dans une grande affliction.

(7) Eustochia.


1. «Quis dabit capiti meo aquam, et oculis meis fontem lacrymarum, et plorabo» (Jer. 9. 1): non, ut Jeremias ait, «vulneratos populi mei;» nec ut Jesus miseriam Jerusalem: sed plorabo sanctitatem, misericordiam, innocentiam, castitatem: plorabo omnes pariter in unius morte defecisse virtutes. Non quod lugenda sit illa quae abiit, sed quod nobis impatientius sit dolendum, quod [al. qui.] talem videre desivimus. Quis enim siccis oculis recordetur, viginti annorum adolescentulam tam ardenti fide crucis levasse vexillum, ut magis amissam virginitatem, quam mariti doleret interitum? Quis sine singultibus transeat orandi instantiam, nitorem linguae, memoriae tenacitatem, acumen ingenii? Si Graece loquentem audiisses, latine eam nescire putares: si in romanum sonum lingua se verterat, nihil omnino peregrini sermo redolebat. Jam vero quod in  Origene quoque illo Graecia tota miratur, in paucis non dicam mensibus, sed diebus, ita hebraeae linguae vicerat difficultates, ut in discendis canendisque Psalmis, cum matre contenderet. Humilitas vestium non (ut in plerisque solet) tumentes animos arguebat: sed cum interiori se mente dejecerat, inter ancillarum virginum [In aliis libris vilium pro virginum, quod et Gravius statuit] cultum dominamque nihil medium, nisi quod in eo facilius dignoscebatur, quod neglectius incedebat. Vacillabant aegrotatione gressus, et pallentem ac trementem faciem, vix collum tenue sustinebat, et tamen aut Prophetam, aut Evangelium semper in manibus tenebat.

Lacrymis ora complentur, singultus occupat vocem: et haerentem linguam, viscera commota non laxant. Cum sanctum corpusculum febrium ardor excoqueret, et semianimis [al. semianime] lectulum vallaret circulus propinquorum,

haec extrema [al. in extremo] verba mandabat: Orate Dominum Jesum, ut mihi ignoscat, quia implere non potui quod volebam. Secura esto, mi Blaesilla, sentiens omni tempore vestimenta tua candida. Candor vestium, sempiternae virginitatis est puritas. Confidimus probare vera esse quae dicimus: NUNQUAM EST sera conversio. Vox haec primum dedicata est in latrone: «Amen dico tibi, hodie mecum eris in Paradiso» (Luc. 23. 43). Postquam autem sarcina carnis abjecta, ad suum anima revolavit auctorem, et in antiquam possessionem diu peregrinata conscendit, ex more parantur exequiae, et nobilium ordine praeeunte, aureum feretro velamen obtenditur. Videbatur mihi tunc clamare de coelo. Non agnosco vestes: amictus iste non est meus: hic ornatus alienus est.

2. Sed quid agimus? Matris prohibituri lacrymas, ipsi plangimus. Confiteor affectus meos, totus hic liber fletibus scribitur. Flevit et Jesus Lazarum, quia amabat illum (Joan. 11). Non est optimus consolator, quem proprii vincunt gemitus, cujus visceribus emollitis, fracta in lacrymis verba desudant. Testor, mi Paula, Jesum, quem Blaesilla nunc sequitur, testor sanctos Angelos, quorum consortio fruitur, eadem me dolorum perpeti tormenta quae pateris: patrem esse spiritu, nutricium caritate, et interdum dicere: «Pereat dies illa, in qua natus sum» (Jerem. 20. 14). Et, «Hei mihi mater, ut quid genuisti me virum, qui dicerer discrimen omni terrae» (Ibid. 15. 10). Et illud: «Justus es, Domine, verumtamen judicia loquar ad te. Quid est, quod viae peccatorum prosperantur?» Et, «Mei quoque pene moti sunt pedes, pene effusi sunt gressus mei. Quia zelavi in peccatoribus, pacem peccatorum videns. Et dixi: Quomodo cognovit Deus, et si est scientia in excelso? Ecce ipsi peccatores et abundantes in saeculo, obtinuerunt divitias.» Sed rursus illud occurrit: «Si narravero sic, ecce generationem filiorum tuorum praevaricatus sum.»

Nunquid et in meam mentem, non hic saepius fluctus illiditur? quare senes impii, saeculi divitiis perfruuntur? quare adolescentia rudis, et sine peccato pueritia, immaturo flore metitur? quid causae est, ut saepe bimuli, trimulique et ubera materna lactentes a daemonio corripiantur, repleantur lepra, morbo regio devorentur, et e contrario impii, adulteri, homicidae, sacrilegi, vegeti atque securi de sua sanitate, in Deum blasphement? Praesertim cum injustitia patris non redundet ad filium: et anima quae peccaverit, ipsa moriatur. Aut si manet vetus illa sententia, peccata patrum in filios oportere restitui (Exod. 34), iniquum sit longaevi patris innumera delicta in innocentem infantiam repensare. «Et dixi: Ergo sine causa justificavi cor meum, et lavi inter innocentes manus meas: et factus sum flagellatus tota die» (Ps. 72. 13. 14). Sed cum haec cogitarem, statim didici cum Propheta: «Et suscepi, ut cognoscerem: hic labor est in conspectu meo, donec ingrediar sanctuarium Dei, et intelligam in novissima eorum» (Ibidem, v. 16). «Judicia enim Domini abyssus multa.» Et, «O profundum divitiarum sapientiae et scientiae Dei, quam inscrutabilia sunt judicia ejus, et investigabiles viae ejus!» (Rom. 11. 33.)

Bonus est Deus, et omnia quae bonus facit, bona sint necesse est. Mariti orbitas irrogatur, plango quod accidit. Sed quia sic placet Domino, aequo animo sustinebo. Unicus raptus est filius; durum quidem, sed tolerabile, quia sustulit ille, qui dederat. Si caecus fuero, amici me lectio consolabitur. Si auditum quoque surdae aures negaverint, vacabo a vitiis: nihil aliud, nisi Dominum cogitabo. Imminebit super haec et dura pauperies, frigus, languor, et nuditas; extremam exspectabo mortem, et breve putabo malum, quod finis melior subsequatur.

Consideremus quid ethicus ille Psalmus sonet: «Justus es, Domine, et rectum judicium tuum» (Psal. 118). Hoc non potest dicere, nisi ille, qui ad universa quae patitur, magnificat Dominum, et suo merito imputans, in adversis de ejus clementia gloriatur.

Exultaverunt enim filiae Judae in omnibus judiciis Domini. Si Juda, confessio interpretatur: confitens autem omnis anima credentis est: necesse est, ut qui se credere dicit in Christo, in omnibus Christi judiciis gaudeat. Sanus sum, gratias refero Creatori. Langueo, et in hoc laudo Domini voluntatem. «Quando enim infirmor, tunc fortis [al fortior] sum» (2. Cor. 12); et virtus spiritus in carnis infirmitate perficitur. Patitur et Apostolus aliquid quod non vult, pro quo ter Dominum deprecatur. Sed dicitur ei: «Sufficit tibi gratia mea; quia virtus in infirmitate perficitur» (2. Cor. 12. 9); et ad revelationum humiliandam superbiam, monitor quidam humanae imbecillitatis apponitur, in similitudinem triumphantium, quibus in curru retro comes adhaerebat per singulas acclamationes civium, dicens: Hominem te esse memento.

3. Cur autem durum sit, quod quandoque patiendum est? et cur dolemus quemquam mortuum?  ad hoc enim nati non sumus, ut maneamus aeterni. Abraham, Moyses, Isaias, Petrus, Jacobus, Joannes, Paulus electionis vas, et super omnia Filius Dei, moritur: et nos indignamur, aliquem exire de corpore, qui ad hoc forsitan raptus est, «ne malitia mutaret intellectum ejus? Placita enim erat Deo anima ejus. Propter hoc properavit educere eam de media iniquitate» (Sap. 4), ne longo vitae itinere [al. longa vita in itinere], deviis oberraret anfractibus.

Lugeatur mortuus; sed ille quem gehenna suscipit, quem tartarus devorat, in cujus poenam aeternus ignis aestuat.

Nos, quorum exitum Angelorum turba comitatur, quibus obviam Christus occurrit, gravemur magis, si diutius in tabernaculo isto mortis habitemus. Quia quamdiu hic moramur, peregrinamur a Domino (1. Cor 5). Illa, illa nos cupido teneat: «Hei mihi, quia peregrinatio mea prolongata est a me, habitavi cum habitantibus Cedar, multum peregrinata est anima mea» (Psal. 119). Si Cedar, tenebrae sunt, et mundus iste sunt tenebrae; quia lux lucet in tenebris, et tenebrae eam non comprehenderunt (Joan. 1. 5), faveamus Blaesillae nostrae, quae de tenebris migravit ad lucem, et inter fidei incipientis ardorem, consummati operis percepit coronam.

Revera si saeculare desiderium; et, quod Deus a suis avertat, delicias vitae hujus cogitantem mors immatura rapuisset, plangenda erat, et omni lacrymarum fonte ploranda. Nunc vero cum, propitio Christo, ante quatuor ferme menses, secundo quodam modo propositi se baptismo laverit, et ita deinceps vixerit, ut calcato mundo, semper monasterium cogitarit, non vereris, ne tibi Salvator dicat: Irasceris, Paula, quia tua filia, mea facta est filia? indignaris de judicio meo, et rebellibus lacrymis facis invidiam possidenti? Scis enim quid de te, quid de caeteris tuis cogitem. Cibum tibi denegas, non jejuniorum studio, sed doloris. Non amo frugalitatem istam. Jejunia ista, adversarii mei sunt. NULLAM ANIMAM recipio, quae me nolente, separatur a corpore. Tales stulta philosophia habeat martyres, habeat Zenonem, Cleobrotum, vel Catonem. Super nullum requiescit spiritus meus, nisi «super humilem et quietum, et trementem verba mea» (Isai. 66. Juxta LXX).

Hoc est quod mihi Monasterium promittebas? quod habitu a matronis caeteris separato, tibi quasi religiosior videbaris? Mens ista quae plangit, sericarum vestium est. Interciperis, et emoreris, et quasi non in meas manus ventura sis, crudelem judicem fugis. Fugerat quondam et Jonas animosus Propheta, sed in profundo maris meus fuit. Si viventem crederes filiam, nunquam plangeres ad meliora migrasse. Hoc est quod per Apostolum meum jusseram, ne pro dormientibus in similitudinem Gentium tristaremini. Erubesce,  Ethnicae compatione superaris. Melior diaboli ancilla, quam mea est. Illa infidelem maritum translatum fingit in coelum, tu mecum tuam filiam commorantem, aut non credis, aut non vis.

3. Sed dicis quomodo lugere me prohibes, cum et Jacob Joseph in sacco fleverit, congregatisque ad se omnibus propinquis, noluerit consolari, dicens: «Descendam ad filium meum lugens in infernum?» (Genes. 37. 35.)

Et David Absalon cooperto capite planxerit, repetens: «Fili mi, Absalon, Absalon, fili mi: quis dabit, ut moriar pro te, fili mi, Absolun?» (2. Reg. 18. 33.) Moysi quoque et Aaron, caeterisque Sanctorum solemnis sit luctus exhibitus?

Perfacilis ad ista responsio est: Luxisse Jacob filium, quem putabat occisum, ad quem et ipse erat ad inferos descensurus, dicens: «Descendam ad filium meum lugens in infernum» (Gen. 37), quia necdum paradisi januam Christus effregerat, nec dum flammeam illam romphaeam et vertiginem praesidentium Cherubim, sanguis ejus extinxerat. Unde et Abraham licet in loco refrigerii, tamen apud inferos cum Lazaro fuisse scribitur (Luc. 16). Et David juste flevisse filium parricidam, qui alium parvulum, postquam, ut viveret, impetrare non potuit, quia sciebat non peccasse, non flevit (2. Reg. 12).

De Moyse vero et Aaron, quod eis ex veteri more sit planctus exhibitus, non mirandum est, cum et in Actis Apostolorum, jam Evangelio coruscante, Stephano fecerint Jerosolymae fratres planctum magnum (Act. 8): et utique planctus magnus, non in plangentium exanimatione, ut tu putas, sed in pompa funeris, et exequiarum frequentia intelligendus sit.
Denique de Jacob Scriptura sic loquitur: «Et ascendit Joseph sepelire patrem suum, et ascenderunt cum eo omnes pueri Pharaonis, et seniores domus ejus, et seniores omnis terrae Aegypti, et omnis domus Joseph et fratres ejus.» Et post paululum: «Et ascenderunt cum eo quadrigae et equites, et facta sunt castra grandia nimis.» Ac deinde: «Et planxerunt cum planctu magno, et forti nimis» (Gen. 50. 7. et seqq.). Planctus iste solemnis non longas Aegyptiis imperat lacrymas, sed funeris monstrat ornatum. Juxta quem modum Aaron quoque et Moysen, fletos esse manifestum est.

Nequeo satis Scripturae laudare mysteria, et divinum sensum, in verbis licet simplicibus admirari, quid sibi velit quod Moyses plangitur, et Jesus Nave vir sanctus sepultus refertur, et tamen fletus esse non scribitur. Nempe illud quod in Moyse, id est, in Lege veteri sub peccati Adam omnes tenebantur elogio [damnatione]; et ad inferos descendentes consequenter lacrymae prosequebantur, secundum Apostolum, qui ait: «Et regnavit mors ab Adam usque ad Moysen, etiam super eos qui non peccaverunt» (Rom. 5. 14). In Jesu vero, id est, in Evangelio, per quem Paradisus est apertus, mortem gaudia prosequuntur. Flent usque hodie Judaei, et nudatis pedibus in cinere volutati sacco incubant. Ac ne quid desit superstitioni, ex ritu vanissimo Pharisaeorum, primum cibum lentis accipiunt; videlicet ostendentes quali edulio primogenita perdiderint. Sed merito, quia in resurrectionem Domini non credentes, Antichristi praeparantur adventui.

Nos vero qui Christum induimus, et facti sumus, juxta Apostolum, genus regium et sacerdotale (1. Petr. 2), non debemus super mortuos contristari. «Et dixit, inquit, Moyses ad Aaron et Eleazar et Ithamar filios ejus, qui relicti erant: Caput vestrum non denudabitis, et vestimenta vestra non scindetis, ne moriamini; et super omnem synagogam veniat ira» (Levit. 10. 6). Nolite, inquit, scindere vestimenta vestra, et luctum exhibere Gentilem, ne moriamini. MORS NOSTRA peccatum est. Et, quod forsitan crudele alicui videatur, sed fidei necessarium est, in eodem Levitico scribitur, quomodo Sacerdos magnus ad patrem, matrem, fratresque, vel liberos mortuos prohibeatur accedere, ne videlicet anima Dei sacrificiis vacans, et tota in illius mysteriis [al. ministeriis] occupata, aliquo impediatur affectu.

Nonne aliis verbis idipsum in Evangelio praecipitur, ut non renuntiet domui discipulus? ut mortuo patri non exhibeat sepulturam? «Et de sanctis, inquit, non exiet, et non contaminabitur sanctificatio Dei ejus, quia sanctum oleum unctionis a Deo super eum est» (Levit. 21). Certe postquam credimus in Christum, et oleo unctionis ejus accepto, illum portamus in nobis, non debemus exire de templo, id est, de proposito Christiano: non foras egredi, incredulitati videlicet Gentilium  commisceri; sed esse semper intrinsecus, id est voluntati Domini ministrare.

4. Haec idcirco dicimus, ne ignorantia Scripturarum auctoritatem tibi praeberet in luctu, et videreris rationabiliter errare. Et adhuc sic locutus sum, quasi unam de turbis convenerim Christianam. Nunc vero cum sciam toti te renuntiasse mundo; et abjectis calcatisque deliciis saeculi, orationi, jejuniis, lectioni vacare quotidie; cum ad exemplum Abraham cupias exire de terra tua, et de cognatione tua, ut et Chaldaeis et Mesopotamia derelictis, terram repromissionis introeas; cum omnem substantiolam, aut pauperibus dilargita sis, aut filiis ante mortem mundo mortua dederis, miror te ea facere, quae si facerent caeterae, reprehensione dignae viderentur. Redit tibi in memoriam confabulatio ejus, blanditiae, sermo, consortium; et quod his careas, pati non potes.

Ignoscimus matris lacrymis, sed modum quaerimus in dolore. Si parentem cogito, non reprehendo quod plangis; si Christianam et Monacham, istis nominibus mater excluditur. Recens vulnus est, et tactus iste quo blandior, non tam curat, quam exasperat. Attamen quod tempore mitigandum est, cur ratione non vincitur?

Nam et Noemi famem fugiens in terra Moab, et maritum perdidit et filios. Et cum suorum auxilio esset destituta, Ruth alienigena ab ejus latere non recedit (Ruth. 1). Vide quanti meriti sit desertae praestitisse solatium: Ex ejus semine Christus oritur. Respice Job, quanta sustinuit, et videbis te nimium delicatam, illum erectis in coelum oculis, inter ruinas domus, poenas ulceris, innumeras orbitates, et ad extremum uxoris insidias, invictam tenuisse patientiam. Scio quid responsura sis: Hoc illi quasi justo ad probationem evenisse. Et tu e duobus elige, quod velis: aut sancta es, et probaris: aut peccatrix, et injuste quereris, minora sustinens, quam mereris.

Quid vetera replicem? praesentia exempla sectare. Sancta Melania nostri temporis inter Christianos vera nobilitas (cum qua tibi Dominus, mihique concedat in die sua habere partem) calente adhuc mariti corpusculo, et necdum humato, duos simul perdidit filios. Rem sum dicturus incredibilem, sed teste Christo, non falsam.

Quis illam tunc non putaret more lymphatico, sparsis crinibus, veste conscissa, lacerum pectus invadere? Lacrymae gutta non fluxit; stetit immobilis, et ad pedes advoluta Christi, quasi ipsum teneret, arrisit. Expeditius, inquit, tibi servitura sum, Domine, quia tanto me onere liberasti. Sed forsitan superatur in caeteris. Quinimo qua illos mente contempserit, in unico postea filio probat, cui omni quam habebat possessione concessa, ingruente jam hieme, Jerosolymam navigavit.

5. Parce quaeso tibi, parce filiae cum Christo jam regnanti, parce saltem Eustochio tuae, cujus parva adhuc aetas, et rudis pene infantia, te magistra [al. magistrante] dirigitur. Saevit nunc diabolus, et quia unam cernit de tuis liberis triumphantem, obtritum [al. obrutum] se esse condolens, quaerit in remanente victoriam, quam in praeeunte jam perdidit. GRANDIS in suos pietas, impietas in Deum est. Abraham unicum filium laetus interficit, et tu unam de pluribus quereris coronatam?

Non possum sine gemitu eloqui, quod dicturus sum. Cum de media pompa funeris, te exanimem referrent, hoc inter se populus mussitabat: Nonne illud est quod saepius dicebamus? Dolet filiam jejuniis interfectam, quod non vel de secundo ejus matrimonio tenuerit nepotes. Quousque genus detestabile Monachorum non urbe pellitur? non lapidibus obruitur? non praecipitatur in fluctus? Matronam miserabilem seduxerunt, quae cum [al. quia] Monacha esse noluerit, hinc probatur, quod nulla Gentilium ita suos unquam fleverit filios. Qualem putas ad istas voces Christum habuisse tristitiam? Quomodo exultasse Satanam, qui nunc tuam animam eripere festinans, et pii tibi proponens doloris illecebram, dum ante oculos tuos filiae semper imago versatur, cupit matrem simul necare victricis, et solitudinem sororis invadere relictae.

Non ut terream loquor, sed ut mihi testis est Dominus, quasi ante tribunal ejus assistens, in haec te verba convenio. Detestandae sunt istae lacrymae, plenae sacrilegio, incredulitate plenissimae, quae non habent modum, quae usque ad viciniam mortis accedunt. Ululas et exclamitas, et quasi quibusdam facibus accensa, quantum in te est, tui semper homicida es. Sed ad talem clemens ingreditur Jesus, et dicit: «Quid ploras? Non est mortua puella, sed dormit» (Marc. 5. 39; et Luc. 8. 52). Irrideant circumstantes: ista infidelitas Judaeorum est. Te quoque, si ad sepulcrum filiae volueris volutari, Angelus increpabit: «Quid quaeris viventem cum mortuis?» (Luc. 24. 5.) Quod quia Maria fecerat Magdalene, postquam vocem Domini se clamantis agnovit, ad ejus provoluta pedes, audit: «Ne tetigeris me, necdum enim ascendi ad Patrem meum» (Joan. 20. 27), id est, non mereris tangere resurgentem quem mortuum existimas in sepulcro.

6. Quas nunc existimas Blaesillam nostram pati cruces, quae ferre tormenta, quod tibi Christum videat subiratum? Clamat nunc illa lugenti: Si unquam me amasti, mater, si tua ubera suxi, si tuis instituta sum monitis, ne invideas gloriae meae; nec hoc agas, ut a nobis in perpetuum separemur. Putas esse me solam? Habeo pro te Mariam Matrem Domini. Multas hic video quas ante nesciebam. O quanto melior est iste comitatus. Habeo Annam quondam in Evangelio prophetantem, et, quo magis gaudeas, tantorum annorum labores, ego in tribus mensibus consecuta sum. Unam palmam castitatis accepimus. Misereris mei, quia mundum reliqui? At ego vestri sortem doleo, quos adhuc saeculi carcer includit; quos quotidie in acie praeliantes, nunc ira, nunc avaritia, nunc libido, nunc variorum incentiva vitiorum pertrabunt ad ruinam. Si vis, ut mater mea sis, cura placere Christo. Non agnosco matrem, meo Domino displicentem.

Loquitur illa et alia multa, quae taceo, et pro te Dominum rogat; mihique ut de ejus mente securus sum (al. sim), veniam impetrat peccatorum: quod monui, quod hortatus sum, quod invidiam propinquorum, ut salva esset, excepi.

7. Itaque dum spiritus hos artus regit, dum vitae hujus fruimur commeatu, spondeo, promitto, polliceor, illam mea lingua resonabit, illi mei dedicabuntur labores, illi meum sudabit ingenium. Nulla erit pagina, quae non Blaesillam sonet. Quocumque sermonis nostri monumenta pervenerint, illa cum meis opusculis peregrinabitur. Hanc in mea mente defixam legent Virgines, Viduae, Monachi, sacerdotes. Brevis vitae spatium, aeterna memoria compensabit. Quae cum Christo vivit in coelis, in hominum quoque ore victura est. Transibit et praesens aetas, sequentur saecula post futura, quae sine amore, sine invidia judicabunt. Inter Paulae Eustochiique nomen media ponetur. Nunquam in meis moritura est libris. Audiet me semper loquentem cum sorore, cum matre.

SOURCE : http://remacle.org/bloodwolf/eglise/jerome/paula2.htm

Pour ce qui regarde l'Ancien Testament, les livres dont tout le monde peut tirer le plus de profit, sont les Proverbes de Salomon, son Ecclésiaste, le livre de la Sagesse, et l'Ecclésiastique.

Pour profiter des Proverbes, et des autres livres de cette nature, où il y a beaucoup de sentences, il est bon de s'en mettre à chaque lecture une ou deux des plus touchantes dans l'esprit ; s'en faire une nourriture, et la règle de ses pratiques pendant la journée.

Il faut apprendre dans l'Ecclésiaste à mépriser tous les biens du monde, et même à mépriser l'homme, selon ce qu'il a de corporel, où il n'est guère élevé au-dessus des bêtes ; mais il se doit estimer beaucoup par le rapport qu'il a à Dieu, comme il parait principalement au dernier chapitre.

On apprend, par la même raison, à mépriser aussi les belles qualités de l'esprit, qui ne se rapportent pas à cette fin ; la science, la sagesse humaine, qui, sans la crainte de Dieu, n'est qu'erreur et qu'illusion, et ne produit à l'esprit qu'un vain travail. En un mot, ce livre est fait pour dégoûter l'homme de tout ce qui est sous le soleil ; et par là il est très propre aux âmes retirées du monde. C'est aussi pour cette raison que saint Jérôme le lisait à sainte Blésille, pour lui en inspirer le mépris ; et il en dédia la version, avec un excellent Commentaire, à sainte Paule et à sa fille sainte Eustoquie, si renommées dans toutes les Églises pour avoir préféré Bethléem à Rome, et une humble retraite à toutes les grandeurs du monde.

BOSSUET. Instruction sur la lecture de l'Écriture Sainte


SOURCE : http://www.abbaye-saint-benoit.ch/Bibliotheque/bossuet/volume001/003.htm

Blaesilla of Rome, Widow (AC)
(also known as Blesilla)

Died in Rome, Italy, 383. Daughter of patrician Saint Paula and sister of Saint Eustochium, early in life Blaesilla followed in her mother's elegant footsteps and, like her saintly mother, practiced great austerities. When Saint Jerome arrived in Rome in 382, their friend Saint Marcella insisted he should teach their group of pious women Hebrew and exegesis. The young widow, Blaesilla threw herself so vehemently into the ascetic life that in 384, at age 20, she died. The widow Paula was almost crazy with grief, but the young, sarcastic Jerome rebuked her and promised to glorify Blaesilla by writing about her, which he did. Jerome also began his translation of the book of Ecclesiastes at the request of Saint Blaesilla (Attwater2, Benedictines, Coulson, Encyclopedia, Martindale)
Daughter of Saint Paula. Friend and spiritual student of Saint Jerome. Married in her teens to Furius, son of Titiana; widowed after only seven months, after which she consecrated herself to God. Student of Hebrew.

Born

SOURCE : http://catholicsaints.info/saint-blaesilla/

Blaesilla (c. 363 - c. 383 or 384)

Memorial: 22 January

Blaesilla is the daughter of patrician parents, Saint Paula and Roman senator Toxotius, and is the sister of Saints Eustochium and Pauline. She had a third sister, Rufina, and a brother, Toxotius, who was named after their father. A student of Hebrew, she was a friend and spiritual student of Saint Jerome.  Married in her teens to Furius, son of Titiana, she was widowed after only seven months. She died in Rome of a fever in c. 383 (or 384).

St. Eustochium was canonized prior to the institution of the modern investigations performed by the Congregation for the Causes of Saints, such beati being canonized by local bishops, primates, or patriachs, often as a result of popular devotion. She is the patron saint of brides and widows.


SOURCE : http://www.istrianet.org/istria/illustri/jerome/patrons.htm#blaesilla