dimanche 11 mai 2014

Saint MAYEUL )MAIEUL' MAJOLUS) de CLUNY, abbé bénédictin et confesseur


Saint Mayeul

D'origine provençale, Saint Mayeul naquit vers 910 à Valensole. Il fut chanoine à Mâcon où il enseigna la théologie et la philosophie aux clercs. Entré à Cluny vers 942, il en fut élu abbé en 948, du vivant même de son prédécesseur, Aymard, qui était impotent. Il exerça une énorme influence à son époque, refusa la tiare, et mourut à Souvigny le 11 mai 994 en allant, sur la demande du roi Hugues Capet, réformer le monastère de Saint-Denis.

SOURCE : http://www.paroisse-saint-aygulf.fr/index.php/prieres-et-liturgie/saints-par-mois/icalrepeat.detail/2015/05/11/705/-/saint-mayeul


Mayeul de Cluny naît à Valensole en Provence en 910 et il est issu d'une riche famille de cette région. Ses parents meurent très tôt dans les guerres féodales qui ravagent le pays, si bien que Mayeul vient habiter en Bourgogne chez un seigneur de ses parents. Il étudie la théologie à Lyon et devient chanoine de Saint-Vincent de Mâcon. Ses mérites sont déjà si grands qu'il se voit proposer à vingt ans l'archevêché de Besançon, qu'il refuse.

Vers 940 il entre comme moine à l'abbaye de Cluny, où il obtient la charge de la bibliothèque. Dès 948, l'abbé de Cluny, Aymard, l'élève au rang de coadjuteur avant de lui laisser la charge d'abbé en 954. Sous son abbatiat, Cluny acquiert le prestige immense qui restera le sien pendant des siècles. Mayeul doit gérer les donations très importantes qui affluent de toute part, il impose la règle bénédictine à de nombreuses abbayes filles de Cluny et entame dès 955 la reconstruction de l'église abbatiale (Cluny II) qui fut dédicacé en 981. Enfin il encourage les travaux intellectuels et les études au sein du scriptorium, contribuant à faire de Cluny l'un des plus importants centre de savoir de son époque.

En 972, alors qu'il voyage dans les Alpes, il est capturé par les Sarrasins qui tiennent la Provence. Mayeul est si aimé que l'aristocratie provençale toute entière se lève après sa libération pour repousser les Sarrasins hors de Provence, ce qui sera chose faite en 973 grâce au comte Guillaume de Provence après la bataille de Tourtour.

Les excellentes relations dont bénéficiait l'abbé avec l'empereur Otton Ier lui permettent de pacifier la famille impériale et d'étendre le monachisme au sein de l'empire. L'empereur possède alors une influence décisive sur le choix des papes, et il apprécie tant le saint moine qu'il veut l'imposer à la tête de l’Église. Se sentant indigne de cette charge, Mayeul refuse. Au contraire dès 991, il choisit pour coadjuteur le futur saint Odilon, abbé de Cluny, et consacre désormais son existence à la contemplation.


Le 11 mai 994, saint Mayeul de Cluny décède à Souvigny (département actuel de l'Allier, ancienne province du Bourbonnais) alors qu'il voyage vers l'abbaye de Saint-Denis afin de la réformer à la demande personnelle du roi Hugues Capet. Celui-ci prend lui-même en charge ses funérailles et se rend sur son tombeau en 996, puis dès 998 le pape Grégoire V ratifie son culte tandis que Robert le Pieux, roi de France, vient comme son père en pèlerinage à Souvigny. Très aimé de son vivant en raison de ses immenses qualités humaines et de sa piété, saint Mayeul fut après sa mort un saint éminemment populaire en France jusqu'à la Révolution, et Souvigny resta pendant tout le Moyen-Age un centre de pèlerinage considérable, d'autant plus qu'y fut déposé le corps de saint Odilon après sa mort. Le village de Saint-Mahieux en Bretagne (Côtes d'Armor) porte le nom du quatrième abbé de Cluny.


Saint Maïeul de Cluny

Quatrième abbé de Cluny ( 994)

Saint Maïeul (ou Mayeul) était né dans les Alpes de Haute-Provence, fit ses études à Lyon et à Mâcon où il fut également professeur. Cluny était en pleine réforme du monachisme occidental. Il fut ainsi requis en Souabe, à Ravenne, à Marmoutiers, à Rome. C'est d'ailleurs au cours d'un de ces voyages qu'il fut fait prisonnier par les Arabes retranchés en Provence et ne dut sa libération qu'au prix d'une lourde rançon. Grand était son rayonnement dans tout l'Occident. Ami des rois et des papes, il refusa même de devenir Pape. Il mourut à Souvigny (Allier).

Né en 906 à Valensoles en Provence, diacre à Mâcon (Saône-et-Loire), puis moine et 4ème abbé de Cluny (Saône-et-Loire) en 965, son influence s'étend à l'Europe entière. Il meurt le 11 mai 994 et est enterré à Souvigny (Allier) 

Sur le site de la ville de Souvigny: "Le 11 mai 994, St Mayeul IVe abbé de Cluny en visite à Souvigny, meurt à 87 ans. Devant l'insistance des moines et des gens du pays à garder sa dépouille, il y est inhumé sur place; Souvigny devient terre de pèlerinage pour des millions de femmes et d'hommes de l'occident chrétien".

À Souvigny-en-Bourbonnais, l’an 994, le trépas de saint Mayeul, abbé de Cluny. Ferme dans la foi, résolu en espérance, riche en charité pour Dieu et son prochain, il rénova un grand nombre de monastères en France et en Italie.

Martyrologe romain




Saint Mayeul et le prieuré de la forêt de Tronçais
Conférence de Madame Sylvie Vilatte présidente de la Société d'Emulation du Bourbonnais

le 19 Septembre 2010

(Journées européennes du patrimoine)Saint Mayeul est un des hommes prépondérants de son temps, époque qu’il convient d’aborder en premier lieu.

I. Le 10e siècle :

La vie de Mayeul se situe au cours du 10e siècle, moment de déclin de la dynastie des Carolingiens. En effet, au 9e siècle, en 843, au traité de Verdun, les petits-fils de Charlemagne (donc les fils de Louis le Pieux) se partagent l’empire :

à Charles le Chauve la Francie occidentale,
à Lothaire la partie médiane de la Mer du Nord au sud de l’Italie, la Lotharingie,
à Louis le Germanique la Francie orientale.

Les successeurs de Charles le Chauve furent le plus souvent des rois faibles contestés par les ducs et comtes de leur royaume. En effet, Robert le Fort, comte d’Anjou, a deux fils Eudes et Robert qui réussissent à régner, à la fin du 9e siècle et au début du 10e siècle, à la place de la dynastie carolingienne.

Les rois carolingiens eurent aussi à affronter les invasions normandes dans la seconde moitié du 9e siècle.

Au sud, les musulmans venus d’Afrique du Nord et d’Espagne ravagent les côtes de la Provence et poussent des incursions jusque dans le Dauphiné et la Savoie.

À l’est, la Francie orientale ou Germanie est attaquée par un peuple asiatique les Magyars ou Hongrois. C’est le duc de Saxe, devenu roi de Germanie, Otton, qui les arrête dans leur progression par une victoire militaire vers 950. Ce succès l’amène à défendre l’Italie et à en devenir roi.

En 962, Otton reconstitue l’Empire romain sous le nom d’Otton 1er le Grand. Il est le premier d’une longue suite d’empereurs du Saint-Empire romain germanique. C’est Napoléon qui mettra fin à cet Empire, le premier Reich pour les Allemands. Otton 1er est couronné par le Pape et il reste empereur jusqu’à sa mort en 973 ; sa cour se situe à Aix-la-Chapelle. C’est le seul pouvoir organisé en Europe, en dehors du pouvoir religieux.

L’Europe est une contrée très rurale avec de grandes forêts. Les terres sont aux mains de grands propriétaires et forment des domaines importants appelés villas. Les serfs cultivent ces domaines. Rares sont les propriétaires indépendants.

Les villes ont décliné depuis l’époque romaine ; elles sont peu nombreuses et repliées sur leurs murailles, pour se défendre contre les invasions. La culture intellectuelle et artistique est très limitée : elle persiste dans les cours royales ou impériales et dans les abbayes. Les églises et les constructions défensives sont les marques les plus visibles de l’architecture.

 Il y a eu deux renaissances intellectuelles et artistiques dans ce monde. La renaissance Carolingienne sous Charlemagne et Charles le Chauve à la fin du 8e s. et dans la première moitié du 9e siècle. La renaissance ottonienne en Italie et en Allemagne sous les empereurs de cette dynastie, dans la seconde moitié du 10e siècle. C’est dans ce monde complexe et agité que naît Mayeul.

II. Les débuts de la vie de Mayeul :

Mayeul est né en 910 en Provence, à Valensole, dans une famille de grands propriétaires, membres de l’aristocratie locale. La Provence et la Bourgogne sont liées à l’époque, car elle sont placées sous l’autorité d’un seul roi : celui de Bourgogne. C’est le seigneur d’Arles, Hugues, qui exerce la régence en Provence pour le roi Louis depuis 905. L’année qui suit la naissance de Mayeul, en 911, le régent Hugues d’Arles appelle des familles bourguignonnes à s’installer en Provence pour le soutenir. Mais la mésentente s’installe entre Provençaux et Bourguignons. En 916, une guerre se déclenche entre les grandes familles provençales et les familles bourguignonnes. Les parents de Mayeul sont tués au cours du conflit qui dure deux ans. La fidélité de sa famille au roi de Bourgogne amène l’implantation de Mayeul à Mâcon.

Sa piété et son goût pour les activités intellectuelles lui font choisir, à l’âge adulte, une carrière ecclésiastique, le clergé étant le seul instruit à l’époque Il entre donc d’abord dans le clergé séculier et fait ses études à Lyon. Il apparaît rapidement comme un intellectuel brillant, ce qui lui permet d’accéder à la fonction de chanoine à la cathédrale Saint-Vincent de Mâcon, puis de devienir archidiacre. Sa réputation est déjà suffisamment établie pour qu’il se voie offrir en 930 l’archevêché de Besançon. Mais, désireux d’approfondir sa piété et sa spiritualité il préfère se tourner vers la vie monastique.

En 940, il entre à Cluny, abbaye bourguignonne, comme novice. En 943 ou 944, il est apte à prononcer ses vœux. Il exerce désormais la fonction d’armarius, c’est-à-dire qu’il reçoit la charge de la conservation des manuscrits et qu’il est jugé apte à mener à bien l’exécution des solennités liturgiques. Cette fonction convient particulièrement à sa culture et son sens de l’organisation.

En 948, l’abbé Aymard devient aveugle et nomme Mayeul comme coadjuteur. En 954, ne pouvant plus assurer sa charge, Aymard démissionne et Mayeul le remplace. Quelle est la position de Cluny à cette époque ?

III. Cluny :

A. Les origines de la règle bénédictine :

 À la fin du 5e siècle, Benoît de Nursie, fils d’une famille noble de Rome, est attiré par une vie religieuse intense. Il se retire dans la solitude à Subiaco, dans le Latium, la plaine de Rome. Conscient des difficultés de la vie de solitaire, il décide de regrouper ces hommes pour les faire vivre selon une règle équilibrée dans un monastère. Il fonde ainsi, en 529, son premier monastère au Mont Cassin, en Italie du Sud. On donne le nom du fondateur à cette règle de vie, elle est dite bénédictine. La caractéristique de cette règle est son équilibre : un tiers de la journée consacrée à la vie spirituelle et aux offices, un tiers au travail pour assurer la vie matérielle du monastère, un tiers au repos. Les moines font trois vœux : pauvreté, chasteté, obéissance. Toutefois, au cours des siècles, les monastères bénédictins relâchent l’attention à leur règle.

C’est pourquoi, à la fin du 8e et au début du 9e s., la règle bénédictine fut rénovée par Benoît d’Aniane, qui fonda un monastère dans le village d’Aniane, dans le département de l’Hérault actuel. C’est dans ce monde bénédictin que Cluny acquiert son importance et sa célébrité.

B. Cluny (ou Cluniacum) :

 C’est à l’origine un grand domaine, ou villa, en Bourgogne, donné par Charlemagne en 802 à l’église de Mâcon. Puis le duc de Bourgogne achète ce domaine.

En 893, Cluny tombe dans l’héritage du duc d’Aquitaine, Guillaume le Pieux, dont les immenses possessions s’étendaient sur le Massif Central, le Lyonnais, le Mâconnais, le Centre. Cluny est pour lui un pavillon de chasse, puis, à la fin de sa vie, il décide d’en faire l’assise d’un monastère dédié à saint Pierre et saint Paul, pratiquant la règle de saint Benoît d’Aniane, les moines étant vêtus de la robe noire.

C’est Bernon, abbé de Baume-les-Messieurs puis de Gigny, qui est chargé par Guillaume en 910 de faire naître le monastère. Par privilège d’exemption voulu par le fondateur, Cluny ne dépend ni d’un évêque ni d’un seigneur, mais directement de la papauté. Le domaine  de Cluny comporte des champs cultivés, des vignes, des bois.

La fondation nouvelle acquiert rapidement de la réputation : en 915, Aimard donne sa terre de Souvigny pour la fondation d’un prieuré relié à Cluny. Bernon se démet de ses fonctions en faveur d’Odon en 927. Celui-ci consolide l’œuvre de son prédécesseur ; le monastère continue une histoire qui se révèlera très longue.

En 931, le pape Jean XI, permet à l’abbé Odon de mettre sous son autorité les monastères dont Cluny assurerait la réforme.

Deux caractéristiques de Cluny se manifestent alors : 

      - tous les moines qui en sont capables reçoivent le sacerdoce. Cluny devient une pépinière de prêtres et évêques, quand l’Église a besoin de personnes de qualité pour se réformer.

- dans la règle bénédictine de Cluny, le travail manuel fut supprimé et remplacé par l’extension de l’office divin ou par des activités intellectuelles, par exemple la copie des manuscrits. Cluny devient ainsi la référence en Occident pour la connaissance de la liturgie, et le recrutement des moines se centre sur l’aristocratique : les activités du chœur sont réservées aux moines issus de ces familles. Ce sont désormais des religieux d’origine roturière, qui ne chantent pas le service divin, les  convers, qui assurent les tâches matérielles. Cluny reproduit en quelque sorte la hiérarchie sociale.

Le succès grandissant de l’abbaye, amène Charlieu, abbaye fondée en 872, à se rattacher à Cluny en 930. Le prieuré de Souvigny et l’abbaye de Charlieu constituent des têtes de pont dans la diffusion de l’influence clunisienne.

C’est dans ce monde clunisien que Mayeul est devenu abbé. Il succède en effet à trois grandes personnalités : Bernon (910-927), Odon (927 à 942) et Aymard (942 à 954). Mayeul sera suivi par Odilon (994 à 1049).

IV. L’action de l’abbé Mayeul à Cluny :

A. Le rôle diplomatique de Mayeul :

Mayeul, maître d’une importante abbaye bourguignonne, joue un rôle diplomatique, en particulier auprès d’Otton 1er. En effet, alors qu’il n’était encore que roi de Germanie, puis d’Italie, Otton a épousé Adélaïde, veuve du roi d’Italie Lothaire II, sœur du roi de Bourgogne, Conrad le Pacifique (fils de Rodolphe II). Mayeul poursuivra son action diplomatique d’abord avec le successeur de l’empereur, son fils Otton II (967 à 983), ensuite avec les deux reines régentes Théophano, mère d’Othon III, et, au décès de celle-ci, Adélaïde (991-994), et enfin avec cet empereur (996-1002), qui fait de Rome le centre de son gouvernement.

En 987, sous le règne d’Otton III, roi de Germanie en 983 (empereur à partir de 996), très lié à l’archevêque de Reims, Gerbert d’Aurillac, et à Mayeul, abbé de Cluny, l’accès d’Hugues Capet, duc de France, arrière petit-fils de Robert le Fort, comte d’Anjou, à la couronne de France est soutenu par les conseillers royaux. Hugues Capet est sacré à Reims ou Noyon. De son vivant, pour assurer de manière incontestée sa succession, Hugues Capet fera sacrer son fils, Robert, à Reims.

La dynastie carolingienne est pratiquement négligée, au point de ne plus jamais remonter sur le trône de France. Une tentative eut lieu au 16e siècle, pendant les guerres de religion, pour la replacer sur le trône, celle des Guise, le duc et son frère le cardinal de Lorraine, issus de la branche cadette des ducs de Lorraine et se disant héritiers des Carolingiens. De plus, ils sont partisans de la Ligue et hostiles au roi Henri III (branche des Valois) ; mais Henri III les fait assassiner en 1588.

L’influence de Mayeul à la cour ottonienne est telle qu’il se voit, à la mort du pape Benoît VI en 974, décédé de mort violente, ou à celle de Benoît VII en 981 la cour impériale lui propose de devenir pape, ce qu’il refuse. En effet, la situation très tendue à Rome ne lui convient pas, Mayeul préfère être utile à Cluny.

B. Rôle sur l’organisation de Cluny

 Son rôle fut très grand sur Cluny.

1) La puissance économique :

Le souci du salut de leur âme amène les personnes riches à faire des dons importants, par testament, surtout en domaines, aux monastères, en échange d’un service liturgique de la part des moines (prières et messes pour les âmes des défunts). Cluny, grâce à ces dons, entre en possession de très nombreuses seigneuries. L’abbaye touche les revenus ou droits attachés à celles-ci, droits seigneuriaux, dîmes, et revenus des paroisses.

Maître de la seigneurie de Cluny, le monastère entraîne le développement économique du village attenant au monastère. Dans les siècles à venir, le village va évoluer en ville, avec de beaux bâtiments dont on voit encore les restes.

2) Au plan religieux :

En 967, Mayeul poursuit l’œuvre initiée par Odon qui consiste : d’une part à étendre la règle bénédictine sous la forme clunisienne à de nombreux monastères, d’autre part à contrôler les monastères se plaçant sous l’influence de Cluny. Ainsi rayonne l’abbaye dans toutes les régions avoisinantes : en particulier le long des voies de communication que sont les grands fleuves : la Loire, la Saône et le Rhône. Grand voyageur, Mayeul visite régulièrement les abbayes qui se rallient à la règle bénédictine et il étend l’influence de celle-ci en Europe : en Allemagne, en Lombardie et en Suisse.

Moine de grande culture, Mayeul maintient et développe la tradition de copie des manuscrits dans le scriptorium de Cluny.

Sa propre réputation aidant, de nombreux moines rejoignent le monastère qui doit être agrandi. En 955, des travaux sont engagés. Une nouvelle église est édifiée, celle de Cluny II. L’archevêque de Lyon la dédicace le 14  février 981.

3)  La captivité :

En 972, au cours d’un déplacement, Mayeul a été fait prisonnier par les Sarrasins dans les Alpes de Provence. Une demande de rançon est faite par les ravisseurs. Le roi de Bourgogne et de Provence, Conrad, avait réorganisé son royaume, en créant trois comtés en Provence : celui d’Arles, celui d’Apt et celui d’Avignon. Le comte d’Arles, Guillaume 1er, mobilise l’aristocratie de Provence pour sauver Mayeul. L’abbaye de Cluny fait fondre ses objets de culte précieux pour payer la rançon. Après la libération de Mayeul, le comte Guillaume organise une guerre contre les Sarrasins qui sont vaincus en 973 à Tourtour. Plus tard, et conséquence de la réputation de Mayeul, le comte Guillaume, se sentant mourir, fait appel, en 993, à l’abbé de Cluny. Mayeul accourt à son chevet et Guillaume, pour le salut de son âme, offre à Cluny plusieurs grands domaines.

L’année suivante, en 994, le roi Hugues Capet désigne Mayeul pour réformer l’abbaye de Saint-Denis. Mais, au cours de son déplacement, Mayeul meurt au prieuré de Souvigny, le 11 mai 994, à 84 ans. Avant de partir, par prudence, il avait fait élire Odilon pour lui succéder.

V. Le culte de saint Mayeul :

La célébrité de Mayeul va permettre le développement d’un culte sur son tombeau, à la manière de ce qui se faisait déjà pour d’autres saints (en Bourbonnais, par exemple, sur le tombeau de saint Menoux). Il s’agit d’une part d’un pèlerinage, auprès du tombeau qui contient le corps du saint – culte des reliques -, d’autre part de la recherche du miracle de guérison au contact de la relique. Le très populaire saint Martin de Tours, apôtre des Gaules, était le plus vénéré en France et son culte atteignait le premier rang en ce qui concernait le nombre des miracles. Enfin, un autre aspect du culte des saints était la rédaction d’une Vie par ses compagnons. Le successeur de Mayeul, Odilon, commence à écrire une vie de l’abbé de Cluny.

En 996, deux ans seulement après la mort de Mayeul, le roi de France, Hugues Capet, se rend à Souvigny sur son tombeau. Son fils, le roi Robert le Pieux, fera de même en 1019-1020, établissant ainsi une tradition royale.

En 998, une bulle du pape Grégoire V évoque la « bienheureuse mémoire de saint Mayeul », ce qui confirme son accession à la sainteté. L’affluence des pèlerins au tombeau de Souvigny continue régulièrement au point que Mayeul passe au second rang de popularité après Martin de Tours parmi les saints vénérés et guérisseurs, car on rapporte que les miracles de guérisons sont nombreux au contact de son tombeau et de sa relique. La célébrité de ces miracles culmine avec le Livre des merveilles de Dieu (12e siècle), où l’abbé de Cluny, Pierre le Vénérable, évoque, la résurrection d’un enfant à Souvigny. Mayeul est donc le premier abbé de Cluny à devenir saint, mais d’autres suivront. À Cluny, la fête de saint Mayeul est instaurée le 11 mai ; elle comporte un office où la vie et les vertus du saint sont évoquées, une messe et une procession. Le culte de Mayeul se manifeste particulièrement bien dans l’ouest, le centre et l’est de la France ; de fait, partout où rayonne l’ordre bénédictin.

En 999, le culte de Mayeul atteint la Lombardie où l’influence de l’abbé de Cluny s’était exercée ; une chapelle du monastère Sainte-Marie de Pavie, puis le monastère tout entier sont placés sous le vocable de Saint-Mayeul. C’est le début d’un culte européen.

. Aux 11e et 12e siècles, la propagation du culte de Mayeul devient en effet européenne, appuyée sur le réseau des abbayes dépendant de Cluny. De nombreuses vies de saint Mayeul sont écrites, recopiées, elles se mettent à circuler. Dans les listes des saints évoqués pendant les offices, s’insère  le nom de Mayeul.

Dans la forêt de Tronçais un prieuré bénédictin porte son nom.

VI. Le prieuré Saint-Mayeul d’après Jacques Chevalier :

Comme le remarque Jacques Chevalier, la forêt de Tronçais semble destinée à accueillir les ermites qui cherchent la solitude, « le désert », selon l’expression du Moyen-Âge. Jacques Chevalier fait remonter à l’influence de saint Martin de Tours, au 4e s., les premiers ermitages, Ensuite, d’après lui, au 7e s., le moine irlandais saint Colomban aurait fait aussi des disciples.

Selon la tradition orale, à la fin du 10e siècle, les bénédictins auraient établi un prieuré et l’abbé Mayeul l’aurait visité peu de temps avant 994.

Le choix du site est remarquable, comme c’est souvent le cas avec les monastères. Les constructions primitives ont disparu. Il reste la chapelle actuelle qui témoigne d’un style roman de la fin du 12e siècle avec une influence cistercienne dans le chevet plat percé de trois ouvertures symboles de la Trinité. Les peintures qui recouvraient totalement les murs ont été datées, par les restes, en partie du 12e s. en partie du 14e s. La chapelle du prieuré était placée sous le vocable de Marie-Madeleine.

L’histoire écrite du prieuré commence en 1189, à la fin du 12e siècle, par un acte de Gaucher de Salins, sire de Bourbon, et de son épouse Mathilde. Ce document écrit accorde au prieuré de la Bouteille et aux frères dudit prieuré des « droits d’usage, chauffage, bastir et réparer, pasturer et pannage, à prendre sur la forêt de Tronçais. » À cette même époque, la chapelle actuelle a été édifiée. Les moines ont défriché, établissant des zones de cultures, des prairies et un vivier, sans doute aussi à cette période.

Ensuite les documents se font rares. Mais ils attestent de la survie du prieuré.

En 1569, Nicolas de Nicolaï, dans sa Générale description du pays et duché du Bourbonnais, dit que le prieuré était en commende, qu’il valait 80 livres et que l’archevêque de Metz le portait ; c’est François de Beaucaire de Péguillon, de souche bourbonnaise. La pratique de la commende permet au titulaire laïque ou ecclésiastique de prendre les bénéfices sans avoir à se soumette aux obligations religieuses. D’après Nicolas de Nicolaï, au prieuré, le respect de la règle bénédictine était très relâché.

Mais, au 17e s. la réforme du concile de Trente est appliquée et donne des prieurs de grande valeur spirituelle. L’intendant Le Vayer signale à cette époque que le prieuré est d’un bon rapport ; en effet, il a étendu ses droits de dîmes sur les paroisses voisines.

À la Révolution, le prieuré connut le sort des biens de l’église : la mise en vente ; et l’église, désaffectée, servit, selon la tradition, de refuge au curé du Brethon pour y célébrer secrètement les baptêmes, mariages et enterrements. 

En 1850, le prieuré, qui servait de grenier à foin, était la propriété de la famille Rambourg. En 1854, il est acheté par Pierre Acolas de Vendoeuvres. Puis Mme Léonie Duchet en fait l’acquisition, ainsi que les terres avoisinantes.

La propriétaire le restaure, si bien que le 19 décembre 1930 il est inscrit à l’inventaire supplémentaire des Monuments historiques.

En 1932, le neveu de Mme Duchet, son héritier, M. de La Tourfondue, le vend à la Société d’Émulation du Bourbonnais pour 1 000 f. Une campagne de restauration touchant les extérieurs a été menée par Société d’Émulation, avec l’aide des pouvoirs publics, à la fin du 20e s.



Mayeul naquit à Avignon vers l'an 906. Sa famille, qui était noble et riche, avait fait des donations considérables au monastère de Cluny. Il était encore jeune lorsqu'il perdit son père et sa mère. Voyant sa patrie exposée aux ravages des Sarrasins, il se retira à Macon, chez un seigneur de ses parents. Bernon, évêque de cette ville, lui donna la tonsure, et le fit chanoine de sa cathédrale, afin de le fixer dans son diocèse.
Quelque temps après, le jeune Mayeul se rendit à Lyon, pour y étudier la philosophie sous le célèbre Antoine, abbé de l'île Barbe. Les progrès qu'il fi,t dans cette science lui attirèrent l'admiration de tous ceux qui le connaissaient. Mais l'étude n'absorbait pas tout son temps, il en donnait une partie considérable aux exercices de piété. De retour à Macon, il s'y appliqua avec ardeur à la théologie; l'évêque, frappé de son mérite, lui conféra, malgré sa jeunesse, la dignité d'archidiacre.
L'archevêché de Besançon étant venu à vaquer, le prince, le clergé et le peuple s'accordèrent à élire Mayeul pour le remplir ; mais il refusa d'acquiescer à son élection. Il prit même la fuite, et se retira à Cluny, où il fit profession. L'abbé Aimard, qui découvrait en lui les plus heureuses qualités, l'établit bibliothécaire et apocrisiaire de la maison. Le premier de ces emplois lui donnait l'intendance des études; il était chargé par le second de la garde du trésor de l'église, et du soin des plus importantes affaires de la communauté.
Aimard voulant, à l'exemple de ses prédécesseurs, se donner un successeur de son vivant, fit déclarer Mayeul abbé en sa place. Ceci arriva en 948, et Aimard vécut encore jusqu'en 965. Quoique le saint ne gouvernât d'abord que comme coadjuteur, il ne laissa pas de faire connaître sa vertu et sa capacité. Il s'acquit l'estime et le respect de tous les princes de son siècle. L'empereur Othon le Grand avait en lui une confiance entière, et il lui donna une inspection générale sur tous les monastères de ses États.
Mayeul n'eut pas moins de crédit auprès de l'impératrice Adélaïde et de son fils Othon II, et il vint à bout de ménager entre eux une sincère réconciliation. Ils voulaient l'un et l'autre l'élever sur la chaire de S. Pierre ; mais ils ne purent triompher de sa résistance. Lorsqu'on le pressait de se rendre, il fit cette belle réponse : « Je n'ai pas les qualités requises pour une si haute dignité ; d'ailleurs, nous sommes, les Romains et moi, autant éloignés de mœurs que de pays. »
Comme S. Mayeul était fort savant, il s'intéressait beaucoup à l'avancement des sciences utiles. De là ce zèle avec lequel il encourageait les talents, et cette attention à faire fleurir les bonnes études.
En 991, il voulut s'assurer d'une personne propre à lui succéder, et il choisit pour coadjuteur S. Odilon, le plus illustre de ses disciples. Depuis ce temps-là il ne s'occupa plus que des exercices de la pénitence et de la contemplation. Il fut cependant obligé, à la prière de Hugues Capet, roi de France, d'entreprendre un voyage à l'abbaye de Saint-Denys, près de Paris, pour y mettre la réforme. Mais il tomba malade en route, et mourut le 11 mai 994 dans le monastère de Souvigny, à deux lieues de Moulins. Il y fut enterré dans l'église de Saint-Pierre. Le roi Hugues Capet honora ses funérailles de sa présence, et fit de riches présents à son tombeau, sur lequel on éleva bientôt un autel. C'était la manière de canoniser dans ce temps-là. S. Mayeul est nommé en ce jour (11 mai) dans le Martyrologe romain.
SOURCE : Alban Butler : Vie des Pères, Martyrs et autres principaux Saints… Tome III. – Traduction : Jean-François Godescard.

Majolus of Cluny, OSB Abbot (RM)

(also known as Maieul, Mayeule)



Born at Avignon, France, c. 906; died at Souvigny, on May 11, 994. Invading Saracens forced Saint Majolus to flee his large estates near Rietz to relatives at Mâcon. His uncle, Bishop Berno, gave him a canonry and then sent Saint Majolus to study at Lyons under Abbot Antony l'Isle Barbe. Upon his return and while still very young, he was chosen to be archdeacon of Mâcon. He was offered the bishopric of Besançon, but declined in order to join the monks of Cluny. In 954, shortly after his profession, he was named abbot-coadjutor to the blind abbot, Saint Aymard. In 965, he succeeded as head of the Cluniac congregation, which grew and spread through Western Europe during his tenure. Emperor Otto the Great entrusted the monasteries of Germany to him and Majolus reformed many of them. Majolus was a man of distinguished presence, devoted to learning and the monastic life, and a peace-maker: He settled a disagreement between Empress Saint Adelaide and her son, Emperor Otto II. Once Majolus was captured by Saracens as he crossed the Saint Bernard Pass, and ransomed by the monks of Cluny for a thousand pounds of silver. Majolus, friend of emperors and popes, was several times offered and refused to be made pope, preferring to remain a monk. In 991, he appointed Saint Odilo as his coadjutor and devoted himself to prayer and penance. He died while on his way to make a visitation of the abbey of Saint-Denis in Paris at the request of King Hugh Capet (Attwater, Benedictines, Delaney, Gill).


St. Maieul, Abbot of Cluni, Confessor

[In Latin, Majodus.]  AVIGNON, where this great personage was born, of a very rich and illustrious family, about the year 906, being exposed to the incursions of the Saracens, Maieul, after the death of his parents, retired to Macon, to a nobleman who was his relation. There he received the tonsure; and Bernon, the bishop, gave him a canonry in his cathedral, in hopes of fixing him in his diocess. Antony, abbot of L’Isle Barbe, at that time taught philosophy with great reputation at Lyons. Maieul went thither; but whilst he pursued his studies he dedicated a considerable part of his time every day to his devotions; and though by his progress in learning he raised the admiration of all who knew him, it was principally in the school of virtue that he every day outdid himself. His higher studies he completed at Macon, and was, when yet young, raised to the dignity of archdeacon. The archiepiscopal see of Besancon, soon after falling vacant, the prince, clergy, and people unanimously chose Maieul to fill it. To escape this danger he fled to Cluni, and there made his monastic profession about the year 942. The abbot Aimard appointed him library keeper and apocrisiarius, to the first of which charges was annexed the care of the studies, to the second that of the treasury, and of all important affairs out of the monastery. As St. Berno, the first abbot of Cluni, had chosen St. Odo his coadjutor, and St. Odo Aimard, so Aimard in 948 raised St. Maieul to the dignity of joint abbot with him, though he survived to the year 965. His extraordinary merit and virtue gained him the respect and esteem of all the princes of that age. The Emperor Otho the Great placed an entire confidence in him, and gave him the superintendence over all the monasteries in his dominions. The Empress St. Alice and her son Otho II. had no less regard for him; and by him, when they were at variance, a happy reconciliation was effected. They conspired to have him raised to the popedom; but could by no means overcome his opposition. To all that could be urged he replied: “He knew how far he was from being possessed of the essential qualifications for that exalted station: also how opposite his manners were to those of the Romans.” St. Maieul was very learned, and a great encourager of all useful studies. Three years before his death he appointed St. Odilo his coadjutor in 991, not in 998, as D’Acheri, who published the act of his election, imagined. It is signed by St. Maieul, by Rodolph, king of Burgundy, several archbishops, bishops, secular lords, and one hundred and seventy-seven monks. From that time, the saint gave himself up entirely to the exercises of penance and contemplation. He could not, however, decline, at the earnest request of Hugh Capet, king of France, to undertake a journey to settle a reformation in the abbey of St. Denys, near Paris.—He fell sick on the road at the monastery of Souvigni, two leagues from Moulins, and there died on the 11th of May, in 994. His remains were buried there in the church of St. Peter; King Hugh honoured the ceremony with his presence, and enriched his tomb with many presents. An altar was erected there soon after, according to the manner of canonizing saints in those days. He is named in the Roman Martyrology on this day. His life is written by Syrus, a monk of Cluni, who dedicated this work to St. Odilo. It is given genuine by Mabillon, Actor. Bened. t. 7. Aldebald, a monk of the same house, added a preface and some trifling digressions, whilst St. Odilo was still abbot. Two short lives of this saint were compiled soon after, which see in the continuators of Bollandus, with ancient relations of miracles wrought at his tomb. See Biblioth. Cluniac. p. 620, Hist. Liter. de la France, t. 6, p. 498, et t. 7, p. 409.
Rev. Alban Butler (1711–73).  Volume V: May. The Lives of the Saints.  1866.