mercredi 3 août 2016

Saint NICODÈME, disciple


Crijn Hendricksz Volmarijn (1601–1645). Jésus et Nicodème

Saint Nicodème

Notable juif, pharisien du Nouveau Testament (1er s.)

De tous les pharisiens, docteurs de la Loi et membres du Grand Conseil, le Sanhédrin, c'est l'un de ceux qui inspirent le respect et l'amitié. Dès que Jésus parut, il vit en lui " un envoyé de Dieu". (Jean 3. 1 à 15) Il est encore craintif, mais sa foi est si grande que le Christ lui révèle les splendeurs de la nouvelle naissance par la grâce du Baptême. Il a le courage quelques mois plus tard de défendre publiquement le Seigneur devant le Sanhédrin :" Peut-on condamner un homme sans l'avoir entendu ?" Grâce à lui et à son ami Joseph d'Arimathie, le corps du Seigneur ne sera pas jeté dans la fosse commune des malfaiteurs et, pour l'embaumer, ils achètent ensemble cent livres de myrrhe et d'aloès, en l'attente de la résurrection trois jours plus tard.

Saint Nicodème est fêté le 31 août au martyrologe romain (le 3 août au synaxaire grec et dans certains lieux).




Jean 3, 1-21, Nicodème : Es-tu déjà né ?

1. Contexte

O     Le nom Nicodème signifie en hébreu vainqueur du peuple. Nicodème était pharisien, mais également chef des Juifs. Donc un homme très important. Il était apparemment riche, puisqu’il apportera au moment de l’ensevelissement un mélange de myrrhe et d’aloès d’environ 100 livres.

O     Nicodème, un homme d’âge mûr, probablement. Un homme en recherche, en quête.  Un homme qui comporte comme un ami de Jésus, on peut repérer chez lui « un esprit droit et accueillant. » (B. Arminjon, Nous voudrions voir Jésus, p. 76) En Jn 7, 50, il prendra la défense de Jésus face aux grands prêtres et aux pharisiens.  Il sera là lors de l’ensevelis­sement de Jésus, et selon l’Évangile, il apportera 100 livres de myrrhe et d’aloès (Jn 19, 39)

O     Nicodème est un peu le parallèle du jeune homme riche dans les synoptiques, « à cette différence près que les grands biens qui retiennent le jeune homme de suivre Jésus (Mt 19, 16-22) sont, chez Nicodème, les dons exceptionnels de son intelligence et de sa personnalité, auxquels tout l’incline à se fier uniquement. «  (B. Arminjon, op. cit. p.75)

O     La question centrale était pour le jeune homme riche : Que dois-je faire pour avoir la vie éternelle ? Et pour Nicodème : Comment faire pour voir le Royaume de Dieu ? Pour réponse, Jésus va amener Nicodème du connaître à naître.

O     Dans le Prologue de Jean, le thème de la nouvelle naissance était déjà annoncé : Jn 1, 12-13 : « A tous ceux qui l’ont accueilli, il a donné pouvoir de devenir enfants de Dieu, à ceux qui croient en son nom, eux (lui) qui ne furent engendrés ni du sang, ni d’un vouloir de chair, ni d’un vouloir d’homme, mais de Dieu. »

O     Contexte proche : Fin du ch. 2 : « Comme il était à Jérusalem durant la fête de la Pâque, beaucoup crurent en son nom à la vue des signes qu’il faisait. Mais Jésus, lui, ne se fiait pas à eux, parce qu’il les connaissait tous, et qu’il n’avait pas besoin d’un témoignage sur l’homme : car lui-même connaissait ce qu’il y avait dans l’homme. » (Jn 2, 23-25)

O     D. Mollat : « Nicodème est un de ces nombreux, qui ont vu les signes accomplis par Jésus et qui ont cru en son nom, de cette foi imparfaite, à laquelle Jésus ne se fiait pas. Cela lui explique le ton abrupt de la réponse que Jésus lui adresse. » (Lecture spirituelle de St Jean, Supplément à Vie chrétienne N° 71, p.22)

O     Dans l’Évangile de Jean, il y a les disciples, ceux qui accueillent Jésus, et qui sont du côté de la lumière. Se l’autre côté, il y a ceux qui refusent de croire, qui sont du côté des ténèbres. Nicodème est comme à mi-chemin entre les  deux. E. Osty : « Il représente parmi les chefs ceux qui, avec hésitation, commencent à croire à Jésus. » (La Bible, p. 2263)

O     Nicodème vient trouver Jésus « de nuit » : On peut donner plusieurs significations à cette mention :

-       Nicodème ne voudrait pas donner de publicité à sa démarche : on le comprend : lui, le maître en Israël, venir trouver l’humble charpentier de Nazareth, que les notables juifs ne regardent pas spécialement d’un bon oeil.

-       Mais la nuit est aussi un temps de rencontre privilégiée avec Dieu : « Un des commandements de la tradition juive indique que la Torah doit être lue de nuit. »  (Aumônerie protestante de l’ENS, 21 novembre 2001, p. 3-4)

-       Rappelons que pour Jean, Nicodème est associé à la nuit : on le retrouvera en Jn 19, 39, lors de l’ensevelissement de Jésus, le soir.

-       On peut aussi remarquer que l’entretien avec Nicodème commence sur cette mention de la nuit, et finit sur la lumière : « Celui qui fait la vérité vient à la lumière. » (Jn 3, 21)

-       St Augustin commente ce passage : « Nicodème vient vers le Seigneur, mais il vient de nuit. Il vient vers la lumière, et il vient dans les ténèbres. Dans les ténèbres, il cherche le jour (…) mais c’est encore à partir des ténèbres de sa chair qu’il parle. » (cité in A. Marchadour, Les Évangiles, p. 906)

Nicodème est en quelque sorte l’homme de la nuit. La nuit lui est toujours associée, un peu comme le reflet de ses ténèbres intérieures.

2. De connaître à renaître

O     Nicodème commence l’entretien par nous le savons. Et il se réfère aux signes accomplis par le Christ. « Néanmoins, Jésus n’est pas satisfait. Ce nous le savons cache une illusion. En réalité, Nicodème sait moins qu’il ne pense : dans les signes accomplis par Jésus il y a plus qu’il n’y a vu. Le Royaume de Dieu est là présent parmi les hommes ; cela, Nicodème ne le voit pas ; car il n’accède pas encore au mystère du Fils de Dieu.» (D. Mollat,  op. cit., p. 22) Et Jésus n’aura pas d’autre but, dans tout ce dialogue, d’amener Nicodème de cette science imparfaite au mystère du Royaume de Dieu.

O     Beaucoup de Juifs désiraient voir advenir le Royaume de Dieu. Mais Jésus dit que sans naître de nouveau, ils ne pourront le voir. Il lui montre que l’idée juive du Royaume est erronée : cette pensée courante concevait le Royaume comme une réalité terrestre, politique : tout juif, par naissance, appartenait à la nation juive, et devenait par conséquent sujet de ce royaume. Un royaume à taille humaine en quelque sorte. Or, Jésus dit à Nicodème que ce Royaume est spirituel, et on n’y accède seulement par une naissance spirituelle. Nous avons tous tendance à réduire le Royaume de Dieu à nos vues humaines. Et tout le travail de Dieu, de son Esprit, est de nous faire passer de notre royaume au Royaume de Dieu.

O     Il faut noter que Jean utilise rarement la notion de Royaume de Dieu, si fréquente dans les Évangiles synoptiques : c’est que Jean l’appelle la vie éternelle, ou la vie.

O     « Nicodème se situait sur le plan du savoir (de maître à maître) ; Jésus lui propose une nouvelle naissance : "tu voulais connaître, je te propose de renaître" » (A. Marchadour, Les Évangiles, p. 904)  Passer de connaître à naître…

O     On comprend que Nicodème soit très désorienté. « Nicodème a consacré sa vie au service de Dieu et à l’étude des Écritures. Et il lui faut s’entendre dire que tout son savoir, don acquis, son expérience, sont choses vaines pour le Royaume de Dieu, s’il n’accepte de naître. Comme un enfant, il doit venir à la vie. Nicodème se cabre devant cette absurdité. » (D. Mollat, op. cit., p22)

O     Oui, arrivé à un certain âge de la vie, on a acquis un savoir, de l’expérience, de la maturité, même spirituelle. On pense être bien avancé sur la voie du Royaume. Et Jésus vient dire qu’à moins de renaître, tout cela ne sert à rien.

O     Ce langage dépasse sa raison. « Mais il est tant de choses en ce monde, Nicodème, qui échappent en fait à ta raison. Et Jésus de recourir, très pédagogiquement, au symbole du vent. » (B. Arminjon, op. cit., p. 79) Le vent dont on ne peut savoir ni d’où il vient ni où il va, que l’on ne voit pas, dont on ne peut que deviner la présence.

O     Le mot grec pour désigner l’acte de naître est le verbe gennaô. (De lui vient nos termes français géniteur, engendrer, gendre.) La racine du mot est de la même famille que genesis, la genèse, le commencement

O     Naître d’en haut, naître à nouveau. L’adverbe grec anôthen signifie à la fois  d’en haut et de nouveau. Et l’ambivalence est probablement voulue par Jean. L’Évangéliste Jean utilise souvent des termes qui ont une double signification, à la fois naturelle et symbolique ou spirituelle (par exemple dans notre texte nuit et souffle).

O     Jean précise plus loin quelle est cette nouvelle naissance ou naissance d’en haut : une naissance de l’eau et de l’esprit. Naître d’eau et de l’esprit renvoie au baptême, mais aussi au texte de la création dans la Genèse ; On y trouve les deux éléments : les eaux et le souffle de Dieu. : « Au commencement (en grec genesis), Dieu créa le ciel et la terre. Or, la terre était vide et vague, les ténèbres couvraient l’abîme, un souffle de Dieu tournoyait sur les eaux» (Gn 1, 1-29) Donc une nouvelle naissance qui implique une intervention créatrice de Dieu.

O     On voit que « le Saint-Esprit est impliqué dans le processus de la (nouvelle) naissance du début à la fin. » (W. C Alvarez , Tout commence par une nouvelle naissance, p.  7)

O     Déjà dans l’AT, Dieu formulait la promesse de donner à l’homme un cœur nouveau, de mettre en lui un esprit nouveau (Ez 36, 26-27 ; Jr 31, 31). Mais l’AT ne parlait jamais de nouvelle naissance.

O     Le texte le plus proche dans l’AT est le passage d’Ez 36, 26-27 : « Je vous donnerai un cœur nouveau, je mettrai en vous un esprit nouveau, j’ôterai de votre chair le cœur de pierre et vous donnerai un cœur de chair. Je mettrai en vous mon esprit et je ferai que vous marchiez selon mes lois. » Ce texte est considéré comme une typologie du baptême ; il est d’ailleurs lu lors de la veillée pascale.

O     L’Esprit : pneuma : « En grec, comme en hébreu, comme en latin, le même mot signifie à la fois vent, souffle, mais aussi "Esprit". » (B. Arminjon, op. cit., p. 79)  Ce mot (pneuma) est utilisé 4 fois dans les versets 5-8. Cf. plus loin, v. 8 : « Le vent (pneuma) souffle où il veut… »

O     Il faut aussi relever que la nouvelle naissance a une dimension collective, ecclésiale : W. C Alvarez :  « On naît dans une famille. (…) Ce qui est vraiment beau dans la nouvelle naissance, c’est qu’elle nous fait entrer dans la famille [des enfants] de Dieu, l’Église (Ac 2, 38. 41. 47 ; Ep 2, 19 ; Rm 8, 16-17). Nous avons des frères et sœurs en Christ avec qui nous pouvons tout partager. Dieu lui-même est notre Père (Mt 6, 9). Il prendra soin de nous comme un tendre père. Nous pouvons lui ressembler (Ep 5, 1 ; Mt 5, 48) » (op. cit., p. 9) Et Jésus est notre frère.

O     « Nul ne peut voir le Royaume de Dieu » Le verbe voir en Jean a un sens très fort, celui de avoir l’expérience de, participer à, goûter, posséder, entrer dans (v. 5)

3. Naître de l’Esprit

O    v. 6-7 : « Jésus démontre alors pourquoi cette renaissance s’impose. C’est que l’homme, si grand soit-il, n’est pas de plain-pied avec le Royaume de Dieu. L’homme est chair et Dieu est esprit. (…) La chair, c’est la créature livrée à sa faiblesse. L’Esprit, c’est Dieu même, suprême vivant et principe de toute vie. Entre les deux existe un abîme, qui ne peut être franchi que si Dieu, venant en aide à sa créature, la régénère et la hausse au niveau de l’Esprit. A cette seule condition l’homme peut accéder au Royaume de Dieu. (…) C’est là le fait primordial : l’homme qui est chair ne peut se faire esprit ; il est radicalement impuissant à se donner la vie de Dieu. » (Mollat, op. cit., p.  23)

C’est la distance entre deux univers : l’univers de Dieu (mystérieux : tu ne sais d’où il vient ni où il va) et l’univers de l’homme, fragile, limité et vulnérable. Et il y a un abîme incommensurable entre ces deux univers. Seule une nouvelle naissance, une naissance à la vie de Dieu, permet de franchir cette distance.

4. Le vent souffle où il veut

O    Pourquoi comparer l’homme qui est né de l’Esprit au vent ? D’une part parce que le vent et l’esprit sont le même mot aussi bien en hébreu qu’en grec : rouah, pneuma.

Mais aussi, parce que « la naissance par l’Esprit est invisible, insaisissable et mystérieuse ; mais on en discerne la réalité à ses effets dans l’homme. » (E. Osty,  La Bible, p. 2263), un peu comme le vent. Le vent a quelque chose de mystérieux, insaisissable. C’est aussi une caractéristique de l’homme né de l’Esprit. Celui qui est né de l’Esprit vit de la liberté des enfants de Dieu. Il ne se laisse pas manipuler selon les normes, conventions et attentes sociales. Il ne se laisse pas conduire par le qu’en dira-t-on, par le regard ou le jugement des autres. En ce sens, son comportement n’est pas stéréotypé, il ne correspond pas à l’attente des autres : il est le reflet de la liberté de Dieu, qui comporte une part d’imprévisibilité.

5. Il faut que le Fils de l’homme soit élevé

V. 9 : Nicodème est plus humble qu’au début du dialogue : au début Nicodème disait : « Nous savons… » Ici, il interroge. Mais Nicodème est encore perplexe : Tout ceci est contraire à ce qu’il a appris et à la tradition des Juifs. Jésus trouve étonnant que Nicodème soit maître en Israël et ignore quelle est la vraie nature du Royaume : tant de prophéties de l’AT avaient été formulées sur le Royaume de Dieu et sur le fait que celui-ci ainsi que la Nouvelle Alliance sont d’ordre spirituel. W. C Alvarez : « Que la raison de la venue du Messie n’était pas d’établir un royaume matériel, mais plutôt de mourir pour pardonner les péchés du monde. » (Tout commence par une nouvelle naissance, p. 4) C’est ce que Jésus va montrer par la suite aux v. 12-21.

V. 11-12 : en quelque sorte une transition : « Si vous ne croyez pas quand je dis les choses de la terre, comment croirez-vous quand je vous dirai les choses du ciel ? » Dans les versets qui suivent, Nicodème va devoir passer encore à un niveau plus profond. TOB : « Il y a des degrés dans la révélation : jusqu’ici, Jésus a parlé des choses "terrestres", c'est-à-dire de celles qui se jouent ici-bas (naissance des hommes à la vie selon l’Esprit), mais il faudra encore que Nicodème s’ouvre au mystère de la filiation divine de Jésus (3, 13) et de son exaltation sur la croix (3, 14-15) » (p. 297, note r) C’est ce que va faire Jésus dans les versets suivants.

Mais Jésus dans ces versets, veut aussi montrer le lien entre la nouvelle naissance et le mystère pascal. E. Osty : « La naissance "d’en haut" est possible grâce au Fils de l’homme qui doit être "élevé" afin de donner l’Esprit ; croire en lui pour avoir la vie éternelle » (la Bible, p. 2263), croire en lui pour renaître.

Le v. 13, « Nul n’est monté au ciel, hors mis celui qui est descendu du ciel, le Fils de l’homme. » exprime deux mystères : l’incarnation, et la glorification.

Le v. 14, qui parle de l’élévation du Fils de l’homme, utilise le verbe élever dans un double sens, comme souvent dans l’Évangile de Jean : élevé sur la croix, élevé dans les cieux. C’est l’ensemble de cette élévation, souffrance sur la croix et glorification, qui est cause de salut, cause de vie éternelle pour tous les hommes.

Les v. 16-17 : « Car Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son fils unique afin que quiconque croit en lui ne se perde pas, mais ait la vie éternelle. Car Dieu n’a pas envoyé son Fils dans le monde pour juger le monde, mais pour que le monde soit sauvé par lui. »  Expriment le mystère de l’incarnation et le mystère pascal en soulignant son but : l’amour fou de Dieu qui veut le salut de tous les hommes.

Les v. 18-21 décrivent le combat entre les ténèbres et la lumière, combat que le Christ est venu réaliser. Avec l’espace de liberté donné à l’homme qui peut choisir entre les ténèbres et la lumière.

O     S’il est appelé à choisir la vie, choisir la lumière, le chrétien va rencontrer le mal sur sa route, et le premier effet du mal est de détruire la vie : S. Paccot : « Le mal est essentiellement ce qui empêche la vie de naître et de se déployer, ce qui mène à une forme de destruction et de mort, quelle qu’en soit la forme » (Reviens à la vie, p. 13)

L’entretien avec Nicodème a commencé de nuit. La fin du v. 21 finit sur la mention de la lumière. On ne sait par très bien où Nicodème a passé, on ne sait pas s’il a choisi entre les ténèbres et la lumière. Mais c’est à nous tous, qui sommes un peu des Nicodème, qu’il nous est donné de choisir.

Faire la vérité, au v. 21, signifie conformer sa vie à la vérité divine, autrement dit faire le bien. Faire la vérité, c’est un peu ce qu’a fait Nicodème, qui est passé un peu des ténèbres à la lumière.

6. Appropriation : Es-tu déjà né ?

O     Cette idée de nouvelle naissance était chère à Zundel : L’homme existe depuis son entrée en ce monde, mais il doit ensuite naître à lui-même, naître à ce qu’il est appelé à devenir, naître à la vie éternelle, et cela peut être un accouchement de toute une vie. Jésus est en chacun l’accoucheur de notre vraie humanité.  Il nous fait naître d’en haut, naître à la vie éternelle, la vie d’enfant de Dieu, ou la vie selon l’Esprit. Mais cette naissance à notre vraie identité, à la vie éternelle, se fait à travers un chemin pascal qui peut être douloureux : il n’y a pas d’accouchement, pas d’enfantement sans douleurs.  Cette naissance est commencée lors de notre baptême, mais elle peut être l’œuvre de toute une vie.

O     Pour Zundel, naître à nouveau, ou entrer dans la vie éternelle, c'est devenir vivants dès ici-bas. Il ne s'agit pas d'attendre la vie éternelle, mais d'y entrer dès maintenant : «Il est donc bien clair que la vraie question, c’est d’être un vivant avant la mort. Il est bien vrai qu’on entre pas dans le ciel comme s’il s’agissait d’aller quelque part. Il faut devenir le ciel… Il faut devenir la vie éternelle, il faut la devenir dans tout son être ». (in M. Donzé, Témoin d’une présence, p. 126-127)

M. Zundel : « Si nous avons à vaincre la mort au cours de la vie, cela ne peut être que par une transformation de notre biologie, c'est-à-dire d’une manière plus ample encore, par une transformation de toutes les contraintes que nous subissons. Si l’existence elle-même est une contrainte, si nous sommes tout entier contrainte, tout entier nécessité, tout entier déterminisme, tout entier imposé à nous-mêmes sans l’avoir voulu, c’est cela qu’il s’agit de transformer en liberté, tout cela… » Exprimé autrement, c’est la pascalisation de notre vie, ou renaître : passer du subi au choisi, du subi au don : « Ma vie, nul ne la prend, mais c’est moi qui la donne. » (Jn 1, 18)
« Il n’y a d’autre libération en effet que cette transformation du donné en don. C’est le passage du donné au don qui est le passage de la nécessité à la liberté, de quelque chose à quelqu’un et  d’une existence d’esclave à une existence créatrice. Alors, c’est tout cela en nous qui doit se transformer. Il faut donc admettre que notre biologie elle-même est capable de se transformer, autrement dit, que nous avons à créer, tout au long de notre existence, un corps, un corps qui ne dépendra plus de l’univers, qui n’en sera plus esclave, qui ne prolongera pas éternellement notre dépendance et nos nécessités, mais qui sera un corps à l’image du choix que nous aurons fait de nous-mêmes, un corps qui aura le visage de l’âme, visage de la liberté, le visage de l’esprit, le visage de l’amour que nous serons devenu, si réellement nous aboutissons à ce chef-d’œuvre. (…) C’est tout le bloc qui doit devenir la cathédrale, le sanctuaire de la Lumière et de l’Amour. » (2ème de 4 conférences données au Cénacle de Genève, 14.1.1962) C’est un peu cela la nouvelle création, la nouvelle naissance.

Maret Michel, Communauté du Cénacle au Pré-de-Sauges

SOURCE : http://www.cenaclesauges.ch/diary9/2Nicodeme.htm


Fritz von Uhde (1848–1911). Christus und Nicodemus, vers 1896, 140.3  X  161.3


Nicodème est un personnage étonnant qui n'apparaît pour le Nouveau Testament que dans l'évangile de Jean : au chapitre 3 (la célèbre entrevue) mais aussi au chapitre 7 et au chapitre 19.


————(Henri Lindegaard, De la terre au ciel)



Au chapitre 7
il prend la défense de Jésus face à un groupe de pharisiens hostiles :


Nicodème, qui était venu le trouver précédemment et qui était l'un d'entre eux, leur dit : 

« Notre loi juge-t-elle un homme sans qu'on l'ait d'abord entendu et qu'on sache ce qu'il fait ?»

Ils lui répondirent : « Serais-tu de Galilée, toi aussi ? Cherche bien, et tu verras qu'aucun prophète ne vient de Galilée.»” ———————————————————————(Jean 7,50-52)



Le chapitre 19 le décrit aux côtés de Joseph d'Arimathée lors le mise au tombeau de Jésus :



Nicodème, qui était d'abord venu le trouver de nuit, vint aussi en apportant un mélange d'environ cent livres de myrrhe et d'aloès. Ils prirent donc le corps de Jésus et le lièrent de bandelettes, avec les aromates, comme les Juifs ont coutume d'ensevelir.———————————————————————(Jean 19,39-40)




Le nom Nicodème est d'origine grecque. On le trouve sous le calame d'auteurs grecs comme Démocrite (549,23) ou Eschine d'Athènes (24,30) ... C'est aussi le synonyme de Nicolas, nom d'un ressortissant d'Antioche converti au Judaïsme (Actes 6,5). Nicodème est décrit comme un homme issu des rangs des Pharisiens, mouvement juif caractérisé par sa piété. Le texte grec de l'évangile ne permet pas de préciser s'il était toujours pharisien, ce que semble indiquer le rapprochement avec Jean 7,48 et 50, ou s'il avait rompu avec ce mouvement ce qu'on pourrait défendre en rapprochant la formulation de Jean 3,1 et celle de Jean 6,60 concernant des disciples qui quittent Jésus. Qu'il soit encore pharisien ou qu'il l'ait été, il porte un nom païen qui ne peut que surprendre le lecteur s'agissant d'un (ex-) juif militant.

Autre étonnement : 

Nicodème est appelé par Jésus “l'enseignant d'Israël” (Jean 3,10). L'appellation est si surprenante que la plupart des traductions en français se sont empressées de la banaliser en omettant de traduire l'article grec tout à fait significatif. On lit ainsi généralement “tu es un enseignant en Israël”, ce qui en français sonne comme “tu es un instituteur dans le XXème”. Or Jésus salue ainsi Nicodème comme le maître à penser de sa génération en Israël. On s'étonne du coup de ne pas trouver sa trace dans la littérature juive contemporaine de l'événement raconté (Qoumran, Philon d'Alexandrie) ou relative à cette période (Flavius Josèphe et la Mishna). A titre de parallèle littéraire, on peut citer l'Homélie pseudo clémentine (5,18), écrit chrétien du IIème siècle, qui parle de Socrate en des termes similaires, “l'enseignant de la Grèce” . 

Le seul personnage qui à cette époque pourrait se voir attribuer un tel titre est Raban Gamaliel HaZakèn, qui n'apparaît pas comme tel dans l'évangile de Jean mais dont le Talmud et les Actes des Apôtres soulignent la grande piété (selon Actes 22,3 , il est le maître de Saul avant que ce dernier ne devienne Paul) et l'ouverture d'esprit : en Actes Ac 5,34, son intervention permet la libération des apôtres emprisonnés, alors que le Talmud lui attribue un adoucissement de la législation relative aux femmes répudiées. Avec Simon (Luc 7,36-50, un nom extrêmement courant à l'époque) et Saul/Paul, Gamaliel et Nicodème sont les seuls pharisiens du Nouveau Testament que nous connaissions par leur nom. Or ces deux derniers ont également en commun le même profil d'homme croyant, savant et ouvert. C'est à se demander si le personnage historique de Gamaliel n'a pas servi de modèle à l'auteur de l'Évangile de Jean pour nous dresser le portrait de Nicodème, un nom qui signifie “vainqueur du peuple” et sonne comme un pseudonyme pour celui qui ose affronter l'opinion commune.

Le caractère discret, presque clandestin de la visite de Nicodème à Jésus en Jean 3, semble aller dans le sens de la pseudonymie. Dans l'évangile de Jean, la nuit est une circonstance connotée négativement. Elle est le temps où nul ne peut travailler (Jean 9,4). On y trébuche (Jean 11,10). C'est à la tombée de la nuit que Judas trahit Jésus (Jean 13,30). Même après la résurrection, le travail de nuit des disciples ne rapporte aucun poisson (Jean 21,3). En règle général, le motif de la nuit relève donc de l'opposition caractéristique lumière/ténèbres. 

La visite nocturne de Nicodème fait exception, prenant un autre sens comme son intervention, vespérale sinon nocturne, pour embaumer le corps de Jésus (Jean 19, voir plus haut). Nicodème est un homme de l'ombre, qui ne se déclare pas disciple mais honore le crucifié. Il est aussi le seul non-disciple de l'évangile de Jean à saluer Jésus du titre de “Rabbi”.

Or, on le sait, l'évangile de Jean présente parfois des accents extrêmement polémiques envers ceux qu'il appelle les “Juifs”, comme si Jésus et ses disciples relevaient d'une autre religion. Nicodème fait exception. C'est une figure attachante, qui reconnaît en disant “nous” que Jésus est “un enseignant venu de Dieu”. C'est aussi un homme que Jésus salue comme “l'enseignant d'Israël”. Au nom de qui, Nicodème parle-t-il ? des pharisiens ? Est-il le porte-parole d'un autre groupe auquel Jésus fait allusion en Jean 10,16 ? 

Personnellement, je serais enclin à y voir comme un écho de l'extrême considération qu'en dépit de la douloureuse rupture entre pharisiens et chrétiens à la suite du soulèvement de 66-70, des milieux chrétiens nourrissaient encore à la fin du siècle envers Gamaliel, le grand théologien pharisien. Certes, comme tous les hommes, il lui faut naître d'en haut pour entrer dans le Royaume. Mais comme aucun disciple n'a su le faire, il est l'un des derniers à honorer la personne de Jésus. Il apporte les aromates (Jean 19,39) ce qui le rapproche du personnage de Marie (Jean 11,2 ; 12,3-7), chez laquelle beaucoup de Juifs avaient mis leur foi en Jésus (Jean 11,45). Le récit de la rencontre de Jésus et de Nicodème est comme l'expression de la possible reconnaissance mutuelle entre juifs et chrétiens.

Le vent souffle où il veut(Jean 3,8)
Jean-Pierre STERNBERGER

Bibliographie


RENOUARD Christine, « Le personnage de Nicodème comme figure de nouvelle naissance », dans Études Théologiques et Religieuses, 79.4/2004

En lien avec cet article, lire la note suivante :



 Nicodème par Christine Prieto






Henry Ossawa Tanner. Nicodemus and Jesus on a Rooftop, 1899, 85.6 X 100.3

Nicodème est une figure qui apparaît uniquement dans l’évangile de Jean, dès le chapitre 3, dans une séquence où il est le vis-à-vis de Jésus, dans le cadre d’un dialogue. Dans ce texte assez obscur à première lecture, Jésus occupe le devant de la scène, et se livre à un long développement sur certains éléments de sa mission, et sur le thème de la nouvelle naissance.

Un personnage de la Bible : Nicodème,

présenté par Christine Prieto



Disons déjà, avant de revenir plus longuement sur cette séquence du chapitre 3, que Nicodème ne semble pas y occuper un rôle très avantageux : parce qu’il vient interroger Jésus de nuit, on dit souvent qu’il se dissimule, qu’il est lâche ; parce que Jésus lui pose des questions auxquelles il ne sait pas répondre, il passe pour un ignorant ; de plus, Jésus laisse entendre qu’il devrait comprendre ce qui lui est dit, car Nicodème est un maître en théologie ; assez rapidement, le dialogue devient d’ailleurs un monologue. Jésus se lance dans un discours d’auto-révélation et Nicodème est réduit au silence. Il semble alors définitivement dépassé par la situation. On pourrait en conclure que Nicodème n’est qu’un faire-valoir, un personnage de l’ombre, dont la fonction dans le livre se limite à donner l’occasion à Jésus de prendre la parole, afin d’expliquer aux lecteurs qu’il leur faut naître de nouveau.
 
Mais si l’évangéliste ne voulait pas limiter le personnage de Nicodème à un faire-valoir ? Alors à quoi sert-il dans le livre ? En regardant le quatrième évangile de plus près, on constate que Nicodème n’intervient pas une fois, mais trois fois. Voilà qui est intéressant, car cette triple occurrence ne peut être le fruit d’un hasard littéraire. Un personnage qui apparaît trois fois dans un livre, réparties entre le début et la fin de l’ouvrage, a toutes les chances de suivre un parcours voulu par l’auteur.
Et en effet, nous allons voir qu’une trajectoire se dessine pour ce personnage. Il y a quelque chose que le lecteur est invité à décoder, il y a un message que l’évangéliste veut nous adresser à travers cette figure. Considérons donc comment Nicodème évolue : d’où il part et où il aboutit.

Nicodème intervient donc d’abord lorsqu’il se rend de nuit auprès de Jésus, pour parler avec lui. Il prend la parole le premier et reconnaît l’autorité de Jésus. Il dit : « Rabbi, nous savons que tu es un docteur venu de la part de Dieu, car personne ne peut faire ces miracles que tu fais, si Dieu n'est avec lui. » Voilà une affirmation positive : les miracles accomplis par Jésus sont pour Nicodème le signe que Jésus est un envoyé de Dieu. Nicodème ne fait donc pas partie des incrédules que Jean dénonce au chapitre 12 (verset 37), lorsqu’il écrit : “Malgré tant de miracles que Jésus avait faits devant eux, ils ne croyaient pas en lui ”.
Notons néanmoins que Nicodème ne croit pas en Jésus, mais qu’il sait. Au verset 2, Nicodème dit en effet « nous savons que tu es un docteur ». Il y a sans doute là un bémol à relever, car juste avant notre séquence, au chapitre 2 (verset 23), on lit : “Pendant que Jésus était à Jérusalem, plusieurs crurent en son nom, à la vue des miracles qu'il faisait”. Dans la pensée de Jean, les miracles doivent déclencher la foi et non la connaissance.
Donc Nicodème sait, plus qu’il ne croit. Mais même cela va s’écrouler rapidement, car Jésus affirme aux versets 8 et 10 : « tu ne sais pas ». Et quant à avoir compris ce que signifient les miracles accomplis, Jésus dit au verset 11 « vous ne recevez pas notre témoignage ». Le prétendu savoir de Nicodème masque en fait une grande ignorance. 
Mais qui est Nicodème ? Il fait partie d’un groupe, les Pharisiens, qui étudient la Bible et particulièrement la Loi, pour y trouver les fondements de leur rapport à Dieu. Dans ce groupe, Nicodème est un maître : le narrateur le qualifie de « chef des Juifs » et Jésus l’appelle « docteur d’Israël ». Nicodème se distingue donc par son savoir et sa capacité à enseigner, qui le placent au-dessus des autres membres du groupe des pharisiens. C’est sans doute à ce titre qu’il est venu discuter avec Jésus, car le premier propos que Nicodème adresse à Jésus est « tu es un docteur venu de la part de Dieu ». ‘Docteur’ traduisant didaskalos, c'est-à-dire un enseignant, un maître.
Nicodème et Jésus sont donc comme à égalité, deux maîtres versés en théologie, à la recherche de la vérité divine. Pourquoi Nicodème vient-il voir Jésus ? Nous ne le saurons jamais vraiment, car après la première déclaration du verset 2, où Nicodème reconnaît Jésus comme maître, c’est Jésus qui mène la conversation : il déclare, il questionne, et Nicodème se trouve placé dans la position de l’élève qui ne sait pas sa leçon. S’il avait préparé des questions précises à poser, Jésus ne lui en a pas laissé l’occasion.
Un autre élément joue en défaveur du personnage. Au chapitre 2 (versets 23-25), juste avant que Nicodème ne se présente, l’évangéliste situe le cadre : nous sommes à Jérusalem, au temps de Pâques. Or, il écrit au sujet des gens qui entourent Jésus : “Jésus ne se fiait pas à eux, parce qu'il les connaissait tous, et parce qu'il n'avait pas besoin qu'on lui rende témoignage de quelqu'un ; il savait de lui-même ce qui était dans l'homme.” Jésus est méfiant sur les personnes qui sont autour de lui, même si celles-ci ont apparemment une attitude positive vis-à-vis de son œuvre et de sa personne. Juste après, arrive Nicodème, avec des louanges aux lèvres : si bien que lui aussi, pourrait être englobé dans la méfiance que Jésus ressent vis-à-vis d’un engouement superficiel.

Dans le dialogue du chapitre 3 avec Jésus, Nicodème est très rapidement perdu. Lorsque Jésus lui dit : « si un homme ne naît de nouveau, il ne peut voir le royaume de Dieu », Nicodème demande « Comment un homme peut-il naître quand il est vieux ? Peut-il une seconde fois entrer dans le sein de sa mère et naître ? ». C’est que Nicodème n’a pas compris le jeu de mots contenu dans l’adverbe grec anôthen qui veut dire à la fois “de nouveau” et “d’en-haut”. Il se demande comment un homme peut sortir deux fois du ventre de sa mère, tandis que Jésus parle de la seconde naissance qui vient du ciel, par le pouvoir de l’Esprit Saint. Le dialogue qui suit entre Nicodème et Jésus poursuit sur ce premier malentendu : après la seconde naissance, Nicodème ne comprend pas la distinction entre le vent qui souffle et l’Esprit qui agit sur l’homme ; et il ne semble pas savoir discerner entre les choses du ciel et les choses de la terre. En un mot, l’économie du salut et du renouvellement de l’homme, exposée par Jésus, échappe totalement à Nicodème.
On pourrait donc conclure à la fin de la lecture du chapitre 3 que Nicodème est une figure du malentendu et de l’incompréhension ; l’exemple parfait d’une mauvaise réception de l’œuvre de Jésus.
Nicodème pourrait à juste titre faire partie de ceux dont Jésus se méfie, à la fin du chapitre 2, si Jean n’avait pas préparé l’évolution du personnage, par ses apparitions suivantes.
Nicodème revient dans le récit au chapitre 7. Le contexte est celui d’une dispute qui a lieu parmi les pharisiens au sujet de l’identité de Jésus. Tandis que la foule voit en Jésus un prophète, d’autres doutent qu’il puisse être le Christ. Tous les pharisiens présents nient fermement que Jésus soit le Christ. C’est alors que Nicodème prend la parole. Il déclare aux versets 50-51 : « Notre loi juge-t-elle un homme avant qu'on l'ait entendu et qu'on sache ce qu'il a fait ? ». Les pharisiens refusent de prêter attention à la remarque de Nicodème, et le débat se clôt sans réponse. La division demeure.
Dans cette deuxième apparition de Nicodème, on note une évolution de la figure : tandis qu’au chapitre 3, Nicodème est un chef pharisien qui connaît la Loi, mais ne comprend pas le projet de Dieu, au chapitre 7, il intervient contre le front unique des pharisiens et les accuse de ne pas connaître la Loi. Il est critiqué par ses collègues, qui le traitent de Galiléen, c'est-à-dire quelqu’un qui ne mérite pas d’être écouté. Après avoir été le porte-parole des pharisiens au chapitre 3, il est rejeté par eux au chapitre 7.
De surcroît, Jean précise que Nicodème était venu précédemment voir Jésus, ce qui est une façon de lier explicitement l’intervention du chapitre 7 à celle du chapitre 3, et de montrer ainsi que le personnage évolue. Il est passé de l’incompréhension au questionnement sur l’identité de Jésus, et il s’oppose maintenant à ceux qu’il représentait auparavant.
 
La troisième apparition de Nicodème a lieu au chapitre 19, juste après la mort de Jésus. Au verset 39, Nicodème accompagné de Joseph d’Arimathée vient prendre le corps de Jésus pour l’embaumer et l’ensevelir. Il n’y a que Jean qui parle de la présence de Nicodème aux côtés de Joseph d’Arimathée. L'évangéliste Jean écrit alors que Nicodème apporta “un mélange d'environ cent livres de myrrhe et d'aloès”. Cent livres font 33 kg de parfums précieux ! Pourquoi une telle démesure ? Cela correspond à un enterrement royal, comme on le voit lors des funérailles du roi Asa en 2 Chroniques 16,14. Nicodème récupère le corps de Jésus et le traite comme un roi qui mérite les plus grands honneurs. Ce faisant, il le déclare roi et donne sens au panneau placé sur la croix “Celui-ci est le roi des juifs”.
On pourrait reprocher à Nicodème de s’attacher à un corps mort et de ne pas attendre la résurrection. En fait, Jean veut donner une image positive du pharisien. C’est aussi le cas de Joseph d’Arimathée dont il est écrit “qu’il était disciple de Jésus, mais en secret par crainte des Juifs” et qui soudain va voir Pilate au grand jour, pour réclamer le corps de Jésus. C’en est fini des questions, Nicodème déclare à présent au grand jour son attachement à Jésus. Joseph et Nicodème se montrent tous deux disciples de Jésus, par une démarche officielle et visible. En 3,11, Nicodème faisait partie de ceux qui ne recevaient pas le témoignage de Jésus ; en 19,40, Nicodème reçoit le corps de Jésus.
Le corps que Nicodème reçoit a été transpercé sur la croix, et du côté de Jésus sont sortis du sang et de l’eau. Or, au chapitre 2, Jésus a dit que son corps serait le nouveau temple ; et au chapitre 7, Jésus invitait à venir boire l’eau vive qu’il donnera, et qui est l’Esprit Saint. Avec Nicodème, le lecteur est invité à comprendre ce parcours spirituel : le corps de Jésus est devenu le nouveau Temple, et est une source d’eau vive pour le croyant. Le jaillissement de l’eau vive - qui réalise une prophétie tirée du livre d’Ezéchiel chapitre 47 - apporte la vie et la guérison à toutes les créatures qui s’y rafraîchissent.
La figure de Nicodème est discrète dans le quatrième évangile, mais elle est présente à des moments de révélation du mystère du Christ. Le fait qu’il soit membre du parti pharisien peut être une façon pour Jean, de lancer un appel aux Juifs qui ne reconnaissent pas encore Jésus, afin qu’ils viennent recevoir l’eau vive de l’Esprit et qu’ils naissent d’en-haut.
Christine PRIETO


L'article qui précède est le texte de l'émission

“Un mot de la Bible” sur Fréquence Protestante 100.7 FM 
du samedi 15 septembre 2012.



Pour écouter la lecture de les chapitres de l'évangile de Jean évoqués
dans la traduction en français fondamental (Parole de Vie)
Cliquez ci-dessous
Chapitre 3 <
Chapitre 7 < 

En lien avec cet article, lire :


SOURCE : http://biblique.blogspirit.com/archive/2012/10/23/nicodeme.html


Alexander Bida. Nicodemus and Jesus, 1874

L'Entretien de Jésus avec Nicodème - Première partie- Jean 3.1-12: au sujet de la Vie nouvelle qui a son origine dans la naissance d'en haut et qui est le résultat de l'action progressive de l'Esprit pendant toute la vie chrétienne.

L'entretien de Jésus avec Nicodème

Première partie - versets 1 à 12

Article inspiré des cours de Père Gérard Reynaud (Etudes bibliques) 1

L'entretien de Jésus avec Nicodème au Chapitre 3 est constitué des Versets 1 à 21. 

On trouve dans cette partie deux ensembles: 

Les versets 1 à 12 - Le dialogue entre Jésus et Nicodème. 

Les versets 13 à 21 - Le discours de Jésus.


Lire le texte en grec-français, en bas de page: cliquer ici
Introduction

Remarquons qu'à partir du chapitre 3 jusqu'à la fin du quatrième chapitre au verset 54, sont relatées les rencontres de trois personnes avec Jésus: Nicodème, la femme de Samarie et l'officier d'Hérode Antipas. Ce sont trois personnes très différentes: 

Nicodème est un chef des juifs, un homme parmi les Pharisiens et probablement membre du grand Sanhédrin comme c'est mentionné au 7ème chapitre de Saint Jean. 

La femme de Samarie est donc membre des Samaritains qui ont eu un Temple rival de celui de Jérusalem, sur le Mont Garizim, qui ont une partie de l'écriture sainte des Judéens, c'est à dire qu'ils ne reconnaissent que le Pentateuque. Les Judéens les considèrent comme impures. 

L'officier royal serait païen, il n'appartiendrait pas au peuple juif. 

Ils ont des réactions assez semblables face à Jésus: 

Nicodème dit que Jésus est envoyé par Dieu à cause des signes qu'il accomplit. Ce qui est positif, il ne s'adresse pas à lui en ennemi. 

La femme de Samarie entrevoit quelque chose du mystère de la personne de Jésus, puisqu'à un moment donné elle dit: "Ne serait-ce pas lui le Messie?"

L'officier royal est très confiant vis à vis du Seigneur comme il est dit dans le récit de la guérison de son fils: "Il le croit sur parole"

Mais à chaque fois, Jésus ne se satisfait pas de ce que ces personnes disent et il leur répond d'une manière assez abrupte et déstabilisante. En les déstabilisant il les met en mouvement intérieurement. Il viennent chercher quelque chose mais ils vont devoir s'ouvrir à une autre perspective que celle qu'ils étaient venus chercher. Jésus connaît le désir intime de ses interlocuteurs. Par exemple, il va tout de suite s'opposer à Nicodème: à "nous savons", il va opposer "vous ne recevez pas notre témoignage". Il y a un décalage car Nicodème se situe sur la plan du savoir et Jésus lui parle sur un autre plan, celui de la nouvelle naissance. Ce sont des situations que l'on retrouve en permanence dans l'Evangile de Jean. D'où l'utilisation de mots qui sont souvent à double entente. 

On va voir un peu plus loin que lorsque le Seigneur parle de la naissance d'en haut (en grec: ἄνωθεν ) 2 Nicodème comprend "de nouveau" puisque cet adverbe à ce sens aussi. 

La parole du Seigneur déstabilise l'interlocuteur non pas pour le faire chuter mais afin de l'élever, de l'ouvrir à une perspective pour laquelle il n'était pas préparé. 

De même qu'avec Nicodème, c'est un procédé que le Seigneur utilise avec les hommes de toutes les générations. Avec la Samaritaine cela va être la même chose, par exemple dans l'échange: 


Nos pères ont adoré sur cette montagne et vous, vous affirmez qu'à Jérusalem se trouve le lieu où il faut adorer. » Jésus lui dit : « Crois-moi, femme, l'heure vient où ce n'est ni sur cette montagne ni à Jérusalem que vous adorerez le Père. (versets 4,20-21). 


L'officier royal qui lui demande d'aller au plus vite à Capharnaüm pour guérir son fils, Jésus lui dit : « Si vous ne voyez signes et prodiges, vous ne croirez donc jamais ! » (verset 2, 48) 
Qui est Nicodème?
Dès le premier verset on sait qui est Nicodème. Il appartient aux Pharisiens, dont Flavius Joseph 3 dit qu'ils sont environ 6000 au premier siècle. Ce nombre peut sembler peu élevé mais il faut le mettre en rapport avec la structure de cette confrérie. En effet, ils sont très organisés, ont un enseignement très structuré et ils sont très attentifs aux lois lévitiques de la pureté. Ils ont aussi pour projet de porter l'entière sacralité du Temple à toute la société d'Israël. Les Pharisiens ont une énorme influence parce qu'ils sont très populaires dans toute la société d'Israël, contrairement à la caste aristocratique des prêtres et des Saduccéens du Temple de Jérusalem qui sont assez coupés du peuple. Les Pharisiens sont opposés aux Sadducéens, mais malgré cela ils s'entendront pour faire périr Jésus. 

Nicodème est certainement un homme important car, au septième chapitre, il participe à la réunion du grand conseil (le sanhédrin). On parle de lui à trois reprises dans tout l'Evangile de Jean:

  • au chapitre 3 que nous étudions présentement;
  • au chapitre 7, dans les versets 50-51: Mais l'un d'entre les Pharisiens, ce Nicodème qui naguère était allé trouver Jésus, dit: « Notre Loi condamnerait-elle un homme sans l'avoir entendu et sans savoir ce qu'il fait ?»
  • au chapitre 19, 39, où il participe à l’ensevelissement du Seigneur: Nicodème vint aussi, lui qui naguère était allé trouver Jésus au cours de la nuit. Il apportait un mélange de myrrhe et d'aloès d'environ cent livres.
    Etant donné la grande quantité on peut supposer qu'il est aussi riche.
La rencontre a lieu de nuit
Cet entretien se commence par la nuit et se termine par l'évocation de la lumière: Celui qui fait la vérité vient à la lumière pour que ses œuvres soient manifestées, elles qui ont été accomplies en Dieu.  Depuis le prologue on est toujours dans cet antagonisme, ténèbres-lumière, nuit-jour. 

Nicodème vient donc la nuit ou plutôt de la nuit, "de" étant sous-entendu. Il vient en toute discrétion, prudemment car il sait que l'enseignement de Jésus suscite des oppositions. 

Comme il utilise le pronom "nous", on peut supposer qu'il vient en porte-parole. Mais les paroles de Nicodème laissent supposer surtout qu'il est animé par une recherche de la vérité, par une quête spirituelle. Il constate à la vue des signes que le Seigneur opère, qu'il n'est pas n'importe quel homme, qu'il vient de Dieu, donc il "cherche". 

Nicodème vient de nuit mais comme tout homme, en effet dans l'Evangile de Jean, l'homme est lié à la nuit. C'est le Christ qui va le faire passer des ténèbres de la nuit à la lumière. D'une manière générale, comme pour Nicodème, il y existe un désir profond dans le coeur de l'homme qui le porte vers Dieu. Saint Grégoire de Nysse 4, dit que l'homme, ayant été créé à l'image de Dieu, est habité par un désir, une tension qui le fait progresser vers Dieu: l'épectase (ἐπέκτασις / epéktasis ). Nicodème fait partie des hommes animés par ce désir. 

C'est en cultivant ce désir que l'homme lui-même peut trouver sa propre vérité, enfouie à l'intérieur de lui-même et c'est en naissant à la lumière qu'il la trouve. 

On remarque qu'il peut y avoir des retours en arrière, Judas par exemple, un instant saisi par la lumière va retourner en arrière, il va rechuter dans les ténèbres. D'ailleurs le verset 30 du chapitre 13 de saint Jean nous dit: "Il sortit et il faisait nuit"

La nuit a une autre signification dans la tradition hébraïque, c'est aussi un moment privilégié pour méditer la loi. Au coeur de la nuit il est très bienfaisant de méditer la loi divine, la nuit peut être un temps privilégié de rencontre avec Dieu. 

On va encore retrouver Nicodème associé à la nuit dans la troisième mention qui est faite de lui au chapitre 19, verset 39, on nous dit que c'était le soir (en Matthieu 27,57). 
Passage du savoir au mystère du Fils de Dieu
Nicodème ouvre le dialogue sur la mode du savoir, en se référant aux signes que le Christ accomplit mais Jésus répond de manière abrupte sur un autre plan. L'éxégète Donacien Mollat 5, souligne: « Néanmoins, Jésus n'est pas satisfait, ce "nous savons" cache une illusion, en réalité Nicodème sait moins qu'il ne pense. Dans les signes accomplis par Jésus, il y a plus qu'il n'y a vu.»

Le Royaume de Dieu est là, présent parmi les hommes, cela Nicodème ne le voit pas, car il n'accède pas encore au mystère du Fils de Dieu." 
On verra qu'à partir du verset 9, Nicodème est bien moins sûr de lui, il dit: « Comment cela peut-il se faire ? ». Mais Jésus lui répond quand même de manière abrupte : « Tu es maître en Israël et tu n’as pas la connaissance de ces choses ! ... 

En effet, comme Nicodème reste au plan du savoir, il ne peut pas accéder au mystère du Fils de Dieu. Tout le discours que le Christ va développer va consister à le faire passer du plan du savoir au dévoilement du Fils de Dieu, en passant par la thématique de "la nouvelle naissance". A partir du verset 13, Jésus parle seul et évoque qui Il est. Il parle du Royaume et montre que lui seul peut y donner accès par la nouvelle naissance. 

Il y a un balancement avec les versets 12-13 du prologue: "Mais à ceux qui l'ont reçu, à ceux qui croient en son nom, il a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu. Ceux-là ne sont pas nés du sang, ni d'un vouloir de chair, ni d'un vouloir d'homme, mais de Dieu. "
Il s'agit bien là d'une nouvelle naissance. 

Notons en ce qui concerne les signes dont parle Nicodème que Jésus se méfie de la conversion qui ne se fait qu'à la vue des signes qu'il opère. 
Dans le chapitre 2 aux versets 23 à 25, il le dit très clairement. Car si la foi n'est fondée que sur la visibilité des signes, il y a quelque chose qui lui manque, ses fondements sont peu solides. D'ailleurs il n'y a pas que le Christ qui accomplit des signes, les démons en sont capables aussi, par exemple, dans l'apocalypse le feu du ciel est envoyé sur la terre. 

Par contre, les démons n'accomplissent jamais des signes de miséricorde, il ne guérissent pas, ils ne relèvent pas. Or le Christ fait des signes qui manifestent la miséricorde de Dieu et qui sont là pour susciter la foi et non pas pour démontrer une toute puissance surnaturelle. 
La Nouvelle Naissance de l'homme
En réponse, Jésus attire l'attention de Nicodème de manière particulièrement solennelle sur ce qui va être dit, par: "amen, amen" , traduit aussi "en vérité, en vérité"
Au verset 3: Jésus lui répondit : « En vérité, en vérité, je te le dis : à moins de naître de nouveau, nul ne peut voir le Royaume de Dieu. » 
Le mot grec ἄνωθεν a trois acceptions: dès le commencement, de nouveau, d'en haut. Dans le cas présent, il faut retenir ici les deux dernières acceptions. Il y a une signification à double entente, selon le procédé johannique. 

Nicodème comprend "de nouveau" et il ne comprend pas "d'en haut". Il reste au niveau de l'engendrement charnel, d'où sa réaction: « Comment un homme pourrait-il naître s’il est vieux ? Pourrait-il entrer une seconde fois dans le sein de sa mère et naître ? » (verset 4). 

Sa façon de parler à Jésus peut être interprétée comme une interrogation exposant les conséquences illogiques d'une telle proposition. Il signifie ainsi à Jésus qu'il ne comprend pas ce qu'il veut dire. En fait, Nicodème cherche, il veut savoir. 

Toutefois, on peut dire que l'engendrement charnel est le symbole de l'engendrement spirituel, d'eau et d'esprit, qui ne se produit qu'une fois aussi. C'est un travail de toute une vie, la croissance dans l'esprit suppose toute le chemin chrétien au quotidien. 

Jésus lui répondit : « En vérité, en vérité, je te le dis : nul, s’il ne naît d’eau et d’Esprit, ne peut entrer dans le Royaume de Dieu. (versets 5-6). 


Remarquons qu'au verset 3, il était dit: ...nul ne peut voir le Royaume de Dieu. »; donc on a les deux verbes: voir et entrer. 


Puis les versets 6 et 7 poursuivent: Ce qui est né de la chair est chair, et ce qui est né de l’Esprit est esprit. Ne t’étonne pas si je t’ai dit : “Il vous faut naître d’en haut”. 


Que signifie cette naissance d'en haut? Le verset 5 nous apportent des éléments, c'est une naissance d'eau et d'esprit. L'eau et l'esprit peuvent être:

  • Le contraste en la naissance physique symbolisée par l'eau et la naissance spirituelle, l'esprit;

  • La régénération par l'esprit et le baptême d'eau qui marque cette nouvelle naissance;

  • L'action purificatrice du saint Esprit comme c'est dit dans Ezéchiel chapitre 36, 25-27 qui est une véritable typologie du baptême: 
    "Je ferai sur vous une aspersion d’eau pure et vous serez purs ; je vous purifierai de toutes vos impuretés et de toutes vos idoles. Je vous donnerai un cœur neuf et je mettrai en vous un esprit neuf ; j’enlèverai de votre corps le cœur de pierre et je vous donnerai un cœur de chair. Je mettrai en vous mon propre Esprit, je vous ferai marcher selon mes lois, garder et pratiquer mes coutumes...."
    Ceci fait écho au récit de la création dans la Genèse: "l'Esprit planait au-dessus des eaux".
La nouvelle naissance est un véritable acte créateur qui appelle l'intervention du saint Esprit et qui peut nous faire voir ou entrer dans le Royaume. Le Royaume n'est donc pas une réalité qui intervient seulement à la fin des temps mais c'est d'abord un mode d'existence absolument nouveau, dès l'ici-maintenant. Ce n'est donc pas simplement une promesse devant advenir à la consommation des temps. Le Royaume vient au milieu de nous dans la personne du Christ et il nous faut naître d'eau et d'esprit pour voir et entrer dans ce Royaume. On ne peut donc recevoir cette nouvelle naissance que d'en haut. 

Notons que le mot chair dans l'Evangile de Jean a plusieurs acceptions, il désigne à la fois l'homme retranché de la source divine comme pour l"apôtre Paul et les autres évangélistes: ils distinguent l'homme spirituel de l'homme charnel. La chair est aussi la limite de la faiblesse de l'homme, de son lien avec les seules réalités terrestres. 

Saint Paul dit à Tite, chapitre 3, versets 5 à 7: il nous a sauvés non en vertu d’œuvres que nous aurions accomplies nous-mêmes dans la justice, mais en vertu de sa miséricorde, par le bain de la nouvelle naissance et de la rénovation que produit l’Esprit Saint. Cet Esprit, il l’a répandu sur nous avec abondance par Jésus Christ notre Sauveur, afin que, justifiés par sa grâce, nous devenions, selon l’espérance, héritiers de la vie éternelle.

L'eau et l'esprit assurent l'insertion dans la famille de Dieu: l'Eglise. 

L'esprit est quelque chose de chose de mystérieux dans l'écriture sainte. Pneuma en grec (πνεῦμα ) ou rouah en hébreux, c'est le vent, le souffle, l'esprit mais aussi Personne divine qui vient de Dieu, qui est le souffle vivificateur. Ce mot est utilisé quatre fois dans les versets 5 à 8. 
La naissance d'en haut est une condition impérative: “Il vous faut naître d’en haut”.

Que veut dire voir le Royaume de Dieu. Ce n'est pas seulement en voir les manifestations apparentes mais c'est discerner le Christ qui est le Roi de ce Royaume. Pour le discerner nous avons besoin de l'Esprit car c'est lui qui ôte le voile de notre vue. Nous ne pouvons pas le faire par nos seules forces. Par exemple, la science de Nicodème ne saurait y parvenir pleinement. 

Quelle est la visée du Christ lorsqu'il s'adresse à Nicodème? A travers Nicodème le Chris s'adresse à tout homme et comme l'a écrit Donacien Mollat; "Il veut nous faire entendre la voix de l'Esprit qui souffle sur notre être de chair, plus mystérieusement encore que le souffle de vie dans le sein maternel afin de nous transformer et de nous emplir de la vie nouvelle."

Vie nouvelle qui a son origine dans la naissance d'en haut et qui résulte aussi de l'action prolongée de l'Esprit pendant toute la vie chrétienne. Il s'agit de correspondre toujours plus intimement à cette naissance d'en haut que nous recevons. 

Traduction de la TOB - Jean 3:1-12 

Ἦν δὲ ἄνθρωπος ἐκ τῶν Φαρισαίων, Νικόδημος ὄνομα αὐτῷ, ἄρχων τῶν Ἰουδαίων· 

1 Or il y avait, parmi les Pharisiens, un homme du nom de Nicodème, un des notables juifs. 

οὗτος ἦλθεν πρὸς αὐτὸν νυκτὸς καὶ εἶπεν αὐτῷ, Ῥαββί, οἴδαμεν ὅτι ἀπὸ θεοῦ ἐλήλυθας διδάσκαλος· οὐδεὶς γὰρ δύναται ταῦτα τὰ σημεῖα ποιεῖν ἃ σὺ ποιεῖς, ἐὰν μὴ ᾖ ὁ θεὸς μετ’ αὐτοῦ. 

2 Il vint, de nuit, trouver Jésus et lui dit : « Rabbi, nous savons que tu es un maître qui vient de la part de Dieu, car personne ne peut opérer les signes que tu fais si Dieu n’est pas avec lui. » 

ἀπεκρίθη Ἰησοῦς καὶ εἶπεν αὐτῷ, Ἀμὴν ἀμὴν λέγω σοι, ἐὰν μή τις γεννηθῇ ἄνωθεν, οὐ δύναται ἰδεῖν τὴν βασιλείαν τοῦ θεοῦ 

3 Jésus lui répondit : « En vérité, en vérité, je te le dis : à moins de naître de nouveau, nul ne peut voir le Royaume de Dieu. » 

λέγει πρὸς αὐτὸν [ὁ] Νικόδημος, Πῶς δύναται ἄνθρωπος γεννηθῆναι γέρων ὤν; μὴ δύναται εἰς τὴν κοιλίαν τῆς μητρὸς αὐτοῦ δεύτερον εἰσελθεῖν καὶ γεννηθῆναι; 

4 Nicodème lui dit : « Comment un homme pourrait-il naître s’il est vieux ? Pourrait-il entrer une seconde fois dans le sein de sa mère et naître ? » 

ἀπεκρίθη Ἰησοῦς, Ἀμὴν ἀμὴν λέγω σοι, ἐὰν μή τις γεννηθῇ ἐξ ὕδατος καὶ πνεύματος, οὐ δύναται εἰσελθεῖν εἰς τὴν βασιλείαν τοῦ θεοῦ. 
5 Jésus lui répondit : « En vérité, en vérité, je te le dis : nul, s’il ne naît d’eau et d’Esprit, ne peut entrer dans le Royaume de Dieu. 

τὸ γεγεννημένον ἐκ τῆς σαρκὸς σάρξ ἐστιν, καὶ τὸ γεγεννημένον ἐκ τοῦ πνεύματος πνεῦμά ἐστιν. 

6 Ce qui est né de la chair est chair, et ce qui est né de l’Esprit est esprit. 

μὴ θαυμάσῃς ὅτι εἶπόν σοι, Δεῖ ὑμᾶς γεννηθῆναι ἄνωθεν. 

7 Ne t’étonne pas si je t’ai dit : “Il vous faut naître d’en haut”. 

τὸ πνεῦμα ὅπου θέλει πνεῖ, καὶ τὴν φωνὴν αὐτοῦ ἀκούεις, ἀλλ’ οὐκ οἶδας πόθεν ἔρχεται καὶ ποῦ ὑπάγει· οὕτως ἐστὶν πᾶς ὁ γεγεννημένος ἐκ τοῦ πνεύματος. 

8 Le vent souffle où il veut, et tu entends sa voix, mais tu ne sais ni d’où il vient ni où il va. Ainsi en est-il de quiconque est né de l’Esprit. » 

ἀπεκρίθη Νικόδημος καὶ εἶπεν αὐτῷ, Πῶς δύναται ταῦτα γενέσθαι; 

9 Nicodème lui dit : « Comment cela peut-il se faire ? » 

ἀπεκρίθη Ἰησοῦς καὶ εἶπεν αὐτῷ, Σὺ εἶ ὁ διδάσκαλος τοῦ Ἰσραὴλ καὶ ταῦτα οὐ γινώσκεις; 

10 Jésus lui répondit : « Tu es maître en Israël et tu n’as pas la connaissance de ces choses ! 

ἀμὴν ἀμὴν λέγω σοι ὅτι ὃ οἴδαμεν λαλοῦμεν καὶ ὃ ἑωράκαμεν μαρτυροῦμεν, καὶ τὴν μαρτυρίαν ἡμῶν οὐ λαμβάνετε. 

11 En vérité, en vérité, je te le dis : nous parlons de ce que nous savons, nous témoignons de ce que nous avons vu, et, pourtant, vous ne recevez pas notre témoignage. 

εἰ τὰ ἐπίγεια εἶπον ὑμῖν καὶ οὐ πιστεύετε, πῶς ἐὰν εἴπω ὑμῖν τὰ ἐπουράνια πιστεύσετε; 

12 Si vous ne croyez pas lorsque je vous dis les choses de la terre, comment croiriez-vous si je vous disais les choses du ciel ?

Notes de fin de page:

1. Réalisé par Gwénola Le Serrec pour Spiritualité Orthodoxe - Droits d'auteur protégés © 

2. ἄνωθεν peut vouloir dire d'en haut mais aussi par implication, de nouveau et depuis le début. 

3. Historiographe judéen d'origine juive et de langue grecque du Ier siècle 

4. Grégoire de Nysse, père de l'Eglise et théologien, est né entre 331 et 341 à Néocésarée 

5. Donatien Mollat, exégète du XXème siècle, était un professeur français d'Écriture sainte à l'université Grégorienne de Rome, spécialiste des écrits johanniques.



Nicodème, Sépulcre de Saint-Thégonnec

Nicodemus M (RM)

1st century. The Sanhedrin, the supreme council and highest court of justice of the Jews in Jerusalem, had wanted to condemn Jesus. Any member of the Sanhedrin who showed sympathy towards Jesus would have been considered by his colleagues as a traitor and an outcast. Yet we know that at least one member, Nicodemus, did.



Even before Jesus was tried, Saint John tells us that Nicodemus came to see Jesus, secretly and at night, to talk to him about what it means to see the kingdom of God (John 3). On this occasion Nicodemus partly confessed his belief in Jesus, saying: "We know that you are a teacher come from God, for no one can do these signs that you do unless God is with him." Jesus tried to teach him about being born again by the Holy Spirit and by baptism. Saint John even says that it was to Nicodemus that our Lord said, "God so loved the world that He gave His only Son, that whoever believes in him should not perish but have eternal life."

Nicodemus spoke out on Jesus' behalf before the chief priests and the Pharisees, pointing out to them that the Law demanded the accused be given a hearing before judgment was passed (John 7:50- 52).
Together with Saint Joseph of Arimathea, he had the privilege of laying Jesus' body in the tomb on Good Friday. He brought with him large quantities of costly myrrh and aloes to the tomb and with Joseph wrapped Jesus' body "with spices in linen cloth" (John 1939-42).

One of the apocryphal gospels was circulated under his name in the early centuries of the Church. Saint Nicodemus has always been venerated as a martyr, although nothing is mentioned about his conversion or martyrdom in the New Testament (Benedictines, Bentley, Delaney). 


SOURCE : http://www.saintpatrickdc.org/ss/0803.shtml




St. Nicodemus

HE was by sect a Pharisee, and passed for a master and doctor in Israel, even when he was ignorant of the truths of eternal life. He seems to have been a senator of Jerusalem; for he is called a Jewish chief. The Pharisees were in general, by their pride, the most opposite of all others to the humility of the gospel. St. Nicodemus was an exception, and believed in Christ. 1 At first, something of a sacred opinion of his own wisdom and learning, which it is so hard and so rare a thing for men to be perfectly divested of, seems to have been an obstacle to his opening his heart perfectly to the grace of his conversion. To humble him, Christ explained to him the mystery of regeneration by baptism, which St. Nicodemus did not understand, though it was expressed in the prophets. Our merciful Redeemer reproached him for his ignorance. St. Nicodemus, far from being offended at the reproof, received it with such humility, and was so confounded within himself, that perfecting these dispositions, Christ conducted him into the paths of true virtue. He returned to Jesus from time to time; defended him openly against the Pharisees, 2 assisted at his burial, and embalmed his sacred body with rich spices. 3 Having been turned out of the synagogue by the Jews for believing in Christ, he retired to St. Gamaliel at his country house, and died there, as St. Austin 4 and Photius testify from the Acts of the Invention of St. Stephen’s relics.

Note 1. John iii. [back]

Note 2. John vii. 50. [back]

Note 3. John xix. 39. [back]

Note 4. Hom. 120, in Joan. [back]

Rev. Alban Butler (1711–73).  Volume VIII: August. The Lives of the Saints.  1866.


SOURCE : http://www.bartleby.com/210/8/032.html


Nicodemus

A prominent Jew of the time of Christ, mentioned only in the Fourth Gospel. The name is of Greek origin, but at that epoch such names were occasionally borrowed by the Jews, and according to Josephus (Ant. of the Jews, XIV, iii, 2) Nicodemus was the name of one of the ambassadors sent by Aristobulus to Pompey. A Hebrew form of the name (Naqdimon) is found in the Talmud. Nicodemus was a Pharisee, and in his capacity of sanhedrist, (John 7:50) was a leader of the Jews. Christ, in the interview when Nicodemus came to him by night, calls him a master in Israel. Judging from John 19:39, Nicodemus must have been a man of means, and it is probable that he wielded a certain influence in the Sanhedrim. Some writers conjecture from his question: "How can a man be born when he is old?", that he was already advanced in years, but the words are too general to warrant such a conclusion. He appears in this interview as a learned and intelligent believer, but timid and not easily initiated into the mysteries of the new faith. He next appears (John 7:50-51) in the Sanhedrim offering a word in defence of the accused Galilean; and we may infer from this passage that he embraced the truth as soon as it was fully made known to him. He is mentioned finally in John 19:39, where he is shown co-operating with Joseph of Arimathea in the embalming and burial of Jesus. His name occurs later in some of the apocryphal writings, e.g. in the so-called "Acta Pilati", a heterogeneous document which in the sixteen century was published under the title "Evangelium Nicodemi" (Gospel of Nicodemus). The time of his death is unknown. The Roman Martyrology commemorates the finding of his relics, together with those of Sts. Stephen, Gamaliel, and Abibo, on 3 August.


Sources

Conybeare, Studia Biblica, IV (Oxford, 1896), 59-132; Le Camus, La vie de N.-S. Jesus-Christ (Paris, 1883), I, 251 sqq.; II, 24 sqq., 577 sqq., tr. Hickey (3 vols., New York, 1906-08).

Driscoll, James F. "Nicodemus." The Catholic Encyclopedia. Vol. 11. New York: Robert Appleton Company, 1911. 3 Aug. 2016 <http://www.newadvent.org/cathen/11066b.htm>.

Transcription. This article was transcribed for New Advent by Lawrence Progel.

Ecclesiastical approbation. Nihil Obstat. February 1, 1911. Remy Lafort, S.T.D., Censor. Imprimatur. +John Cardinal Farley, Archbishop of New York.



Le retable de la Descente de croix, dans la Chapelle de Saint-Nicodème de Pluméliau,
 comporte douze personnages dont Nicodème qui tient une paire de tenailles et arrache les clous des pieds du Christ.

San Nicodemo Membro del Sinedrio


Martirologio Romano: A Gerusalemme, commemorazione dei santi Giuseppe d’Arimatea e Nicodemo, che raccolsero il corpo di Gesù sotto la croce, lo avvolsero nella sindone e lo deposero nel sepolcro. Giuseppe, nobile decurione e discepolo del Signore, aspettava il regno di Dio; Nicodemo, fariseo e principe dei Giudei, era andato di notte da Gesù per interrogarlo sulla sua missione e, davanti ai sommi sacerdoti e ai Farisei che volevano arrestare il Signore, difese la sua causa.

Di Nicodemo ne parla s. Giovanni nel suo Evangelo, egli era Dottore della Legge e membro del Sinedrio (supremo organo giudiziario ebraico di Gerusalemme); in occasione della prima Pasqua, anno 28 della nostra era, Gesù era venuto a Gerusalemme operando vari miracoli, Nicodemo impressionato da ciò, lo andò a trovare di notte per avere un incontro chiarificatore, andò a quell’ora forse per timore o per non compromettere la sua posizione nel Sinedrio. 


Dal Vangelo sappiamo solo le battute essenziali del colloquio, le due principali: ”I fatti osservati ti manifestano Messia - dice Nicodemo a Gesù – ebbene di quale natura è la tua missione? Con quali mezzi la compirai? Si tratta dell’impero vivamente atteso dai Giudei con una rivincita definitiva sui pagani?”. 



E Gesù corregge questa sbagliata aspettativa del giudaismo ufficiale, che gli viene chiesta attraverso un suo autorevole esponente: “ Il regno di Dio è soltanto dominio di Dio sulle anime, per farne parte è necessario rinascere spiritualmente, è quanto stato preannunziato dai profeti” e Gesù gli dice ancora: ”Tu sei maestro in Israele e lo ignori?”. 


Ritroviamo ancora Nicodemo che richiama i componenti del Sinedrio quando cercano di impossessarsi violentemente di Gesù nei suoi ultimi mesi di vita, ad agire con saggezza, ad ascoltare una persona prima di condannarla. 

Ma gli esagitati, rispondono con scherno: “Saresti anche tu un Galileo? Cerca pure e ti renderai conto che dalla Galilea non sorge alcun profeta”. 

Infine lo ritroviamo ancora sul Golgota insieme a Giuseppe d’Arimatea, che provvede alla sepoltura di Gesù dopo la crocifissione. Egli porta “circa cento libbre di mirra e di aloe” per la preparazione del corpo, una gran quantità, circa 30 kg. di oggi, segno di un gran bisogno di riparazione, da lui sentito. 
Dal Vangelo non sappiamo più nulla, nel 415 un prete, Luciano ne avrebbe scoperto le reliquie insieme a quello di s. Stefano, egli sarebbe stato battezzato dagli Apostoli Pietro e Giovanni e per questo maltrattato e scacciato dai Giudei e sarebbe stato ucciso senza l’intervento del parente Gamaliele; il quale lo accolse nel suo possedimento di Kêfaz-Gamla, dove dopo un certo tempo morì e lì sepolto. 

Il suo ricordo nei ‘Martirologi’ al 3 agosto è dovuto alla ricognizione delle reliquie, insieme a quelle dei ss. Stefano, Gamaliele e Abibo; nei menologi bizantini è ricordato il 15 settembre. Il Martyrologium Romanum lo pone al 31 agosto insieme a san Giuseppe d'Arimatea.

Una tradizione leggendaria ci presenta Nicodemo come autore del Crocifisso ligneo, venerato a Lucca, chiamato il ‘Volto Santo’, eseguito a Gerusalemme. È stato raffigurato nelle ‘Deposizioni’ da vari importanti artisti, ma anche nelle rappresentazioni popolari, a volte mentre toglie i chiodi dalla croce. 

Nome diffuso nell’Italia Meridionale, è di origine greca e significa “vincitore tra il popolo”.

Autore: Antonio Borrelli