mercredi 29 août 2012

DECOLLLATION de Saint JEAN-BAPTISTE, le PRÉCURSEUR


Martyre de saint Jean Baptiste

 (Ier siècle)

Jean, le dernier Prophète, n'a jamais mâché ses mots, pas plus quand il traitait les pharisiens de "races de vipères" sur les bords du Jourdain, que lorsqu'il rappelait à Hérode Antipas qu'il n'avait pas le droit de vivre avec Hérodiade, la femme de son frère Phlippe. A présent, il est en prison, car on n'a pas le droit de faire impunément des reproches publics aux grands de ce monde. Il sait qu'Hérodiade lui en veut à mort. Mais ce n'est pas ce qui le préoccupe. C'est Jésus. Est-il bien le Messie que lui, Jean, annonçait? A-t-il eu raison de lui faire confiance, de lui donner ses propres disciples? Sa conduite est si étrange. "Il tient dans sa main la pelle à vanner." Pourquoi ne vanne-t-il pas avec gloire et majesté? La réponse est venue. Aux disciples de Jean venus l'interroger, Jésus a répondu: "Allez annoncer à Jean ce que vous voyez et entendez: les aveugles voient, les boiteux marchent ..." Jean n'a plus de doutes. Il peut à présent rendre le dernier témoignage. Il a bien rempli sa mission. C'est l'anniversaire d'Hérode. Salomé danse et envoûte le roi ivre: "Demande-moi tout ce que tu voudras, fut-ce la moitié de mon royaume." Ce sera la tête de Jean sur un plateau. Scène décrite, entre autres, dans l'Évangile de saint Marc, au chapitre 6

- vidéo 'Pour retrouver les racines de l'eucharistie dans la Bible, le Fr. Philippe Lefebvre remonte à la mort de Jean-Baptiste.'

Un internaute canadien nous signale:
"Jean-Baptiste est le patron des canadiens francais"

Mémoire du martyre de saint Jean Baptiste, que le roi Hérode Antipas maintint en prison dans la forteresse de Machéronte et qu'il ordonna de décapiter le jour de son anniversaire, à la demande de la fille d'Hérodiade. Comme une lampe qui brille, le précurseur du Seigneur a rendu témoignage à la vérité aussi bien dans sa mort que dans sa vie.

Martyrologe romain

SOURCE : https://nominis.cef.fr/contenus/saint/1757/Martyre-de-saint-Jean-Baptiste.html


29 août

Décollation de Saint Jean-Baptiste

Evangile selon Saint Marc (VI 16-29)

Hérode[1] disait : Celui que moi j'ai fait décapiter, Jean, c'est lui qui s'est relevé ! Car c'était lui, Hérode, qui avait envoyé arrêté Jean et l'avait fait lier en prison[2], à cause d'Hérodiade, la femme de Philippe, son frère, qu'il avait épousée[3]. Car Jean disait à Hérode : Il ne t'est pas permis d'avoir la femme de ton frère[4]. Hérodiade en avait contre lui, et elle aurait bien voulu le tuer, mais elle ne pouvait pas. Car Hérode craignait Jean, le sachant un homme juste et saint, et il le protégeait. Et après l'avoir entendu, il ne savait vraiment que penser, et cependant il l'écoutait avec plaisir.

Vint un jour opportun, quand Hérode, lors de son anniversaire, fit un dîner pour ses grands, pour ses officiers et pour les notables de la Galilée. Et la fille de ladite Hérodiade entra, dansa et plut à Hérode et à ses convives. Le roi dit à la fillette : Demande-moi tout ce que tu veux, et je te le donnerai. Et il lui fit ce serment : Tout ce que tu demanderas, je te le donnerai, fût-ce la moitié de mon royaume. Et elle sortit et dit à sa mère : Que dois-je réclamer ?  Celle-ci dit : La tête de Jean le Baptiseur. Et, rentrant aussitôt en hâte auprès du roi, elle fit sa réclamation : Je veux qu'à l'instant tu me donnes sur un plat la tête de Jean le Baptiste. Et le roi devint très triste, mais à cause de ses serments et de ses convives, il ne voulut pas la repousser. Et aussitôt le roi envoya un bourreau avec ordre d'apporter la tête de Jean. Et celui-ci s'en alla le décapiter dans la prison. Puis il apporta la tête sur un plat et la donna à la fillette, et la fillette la donna à sa mère[5].

Et l'ayant appris, ses disciples vinrent, enlevèrent son cadavre et le mirent dans un tombeau[6].

[1] Hérode Antipas (né vers 22 avant Jésus-Christ) qui règne de 4 avant Jésus-Christ à 39 après Jésus-Christ, était le fils d'Hérode le Grand et de la samaritaine Malthakè. A la mort de son père, il devint tétrarque de Galilée et de Pérée mais le peuple avait coutume de lui donner le titre de roi ; on lui doit les fortifications de Sepphoris et de Beth-Haram, ainsi que la fondation de Tibériade (en l'honneur de l'empereur Tibère) où il résida et installa des colons. Fidèle allié de Rome, en 37, il accompagna le gouverneur de Syrie, Vitellius, et fit prêter le serment de fidélité à Caligula qui venait de succéder à Tibère ; c'est lui qui finança les fêtes que l'on donna sur l'Euphrate à l'occasion des pourparlers de paix entre Vitellius et le roi des Parthes. Jaloux de son neveu, Hérode Agrippa I°, qui avait reçu le titre royal, il vint à Rome quémander pour lui-même le diadème mais, incapable de se disculper de l'accusation de collusion avec les Parthes, il fut exilé en Gaule, probablement à Lugdunum Convenarum (Saint-Bertrand-de-Comminges). Il serait mort assassiné par ordre de l'Empereur.

[2] Probablement dans la forteresse de Machéronte, sur la rive orientale de la mer Morte, en face d'Hébron, construite par Hérode le Grand ; cette place forte devait tenir en respect des Nabatéens et, en plus des locaux de la garnison, Hérode le Grand y avait installé une prison et un palais somptueux.

[3] Hérode Antipas avait d'abord épousé une fille du roi arabe Arétas IV qui, de 9 avant Jésus-Christ, jusqu'à 40 après Jésus-Christ, régnait sur les Nabatéens, à la frontière orientale de son royaume ; mais, lors d'un voyage vers Rome (vers 26), il reçut l'hospitalité chez son demi-frère Hérode-Philippe, fis d'Hérode le Grand et de Mariamme, lequel vivait en simple particulier, et s'était lié avec Hérodiade, sa femme. Hérodiade était la fille d'Aristobule, descendant des Asmonéens par sa grand'mère, cette même Mariamme, mère d'Hérode-Philippe. La fille, qui était du premier mariage d'Hérodiade, s'appelait Salomé ; elle pouvait alors avoir dans les quinze ans. Quant à la fille d'Arétas, pour éviter l'humiliation de la répudiation, elle était retournée chez son père qui, en 36, se mit en guerre contre Hérode qui fut honteusement battu et, sans doute par jugement de Caligula, perdit Damas (37)

[4] Tu ne découvriras pas la nudité de la femme de ton frère : c'est la nudité de ton frère (Lévitique XVIII 16). L'homme qui prend pour femme la femme de son frère : c'est une souillure ; il a découvert la nudité de son frère ; ils seront sans enfants (Lévitique XX 21).

[5] Avec quelle modération l'Evangéliste raconte cet évènement tragique ! Il montre Hérode contristé, ne consentant au meurtre qu'à cause de son serment et de ses convives. La jeune fille est dirigée par sa mère, elle porte la tête à sa mère, et cette femme, il l'appelle simplement sa mère et non scélérate, sanguinaire. Les justes ont plus de compassion pour ceux qui font le mal que pour ceux qui le subissent, car ce sont ceux-là qui en réalité sont les plus malheureux. Entrons dans cet esprit : avec les saints pleurons sur les pécheurs plutôt que de les maudire, et autant que cela est permis, jetons un voile sur leurs fautes (saint Jean Chrysostome : Homélie XLVIII 5).

[6] Quant à Salomé, elle épousa successivement le tétrarque d'Iturée et de Trachonitide, Hérode Philippe II, fils d'Hérode le Grand et de Cléopâtre, et Aristobule, fils d'Hérode Agrippa II (48-95, roi de Chalcis puis tétrarque de Philippe et de Lysanias), qui, en 54, recevra de Néron le royaume de la Petite Arménie.

Martirio di San Giovanni Battista,

Gerard Douffet  (1594–1660/1661), The Beheading of Saint John the Baptist, circa 1614, 67 x 78


Homélie sur l'Evangile, II 23

Le saint précurseur de la naissance, de la prédication et de la mort du Seigneur a montré (dans sa mort) un courage digne d'attirer les regards de Dieu. Comme dit l'Ecriture, « Aux yeux des hommes, il subissait un châtiment, mais par son espérance il avait déjà l'immortalité. » Nous avons raison de célébrer avec joie la naissance au ciel de celui qui, par sa passion, a rendu lui-même ce jour solennel en l'illustrant par la pourpre de son sang. Nous vénérons dans la joie la mémoire de celui qui a scellé par le sceau de son martyre le témoignage qu'il rendait au Seigneur.

n'y a en effet aucun doute que Jean Baptiste a subi la prison pour le Rédempteur qu'il précédait par son témoignage, et qu'il a donné sa vie pour lui. Car si son persécuteur ne lui a pas demandé de nier le Christ, mais de taire la vérité, c'est cependant pour le Christ qu'il est mort. Le Christ a dit en effet : « Je suis la vérité. » Puisque c'est pour la vérité qu'il a répandu son sang, c'est bien pour le Christ. Jean avait témoigné en naissant que le Christ allait naître, en prêchant que le Christ allait prêcher, en baptisant qu'il allait baptiser. En souffrant le premier sa passion, il signifiait que le Christ devait lui aussi souffrir.

Cet homme si grand parvint donc au terme de sa vie par l'effusion de son sang, après une longue et pénible captivité. Lui qui avait annoncé la bonne nouvelle de la liberté d'une paix supérieure est jeté en prison par des impies. Il est enfermé dans l'obscurité d'un cachot, lui qui était venu rendre témoignage à la lumière et qui avait mérité d'être appelé flambeau ardent de lumière par la lumière elle-même qui est le Christ. Par son propre sang est baptisé celui à qui fut donné de baptiser le Rédempteur du monde, d'entendre la voix du Père s'adresser au Christ, et de voir descendre sur lui la grâce du Saint-Esprit. Mais il n'était pas pénible à des hommes tels que lui, bien plus, il leur semblait léger et désirable d'endurer pour la vérité des tourments temporels qui laissaient entrevoir la récompense de joies éternelles. Préférant la mort qui de toute façon était naturellement inévitable, ils choisissaient de l'accepter en confessant le nom du Christ ; ils recevaient ainsi la palme de la vie éternelle. L'Apôtre l'a bien dit : « Il nous a été accordé par le Christ, non seulement de croire en lui, mais encore de souffrir pour lui. » Et s'il dit que souffrir pour le Christ est un don de celui-ci à ses élus, c'est parce que, comme il le dit ailleurs : « Il n'y a pas de commune mesure entre les souffrances du temps présent et la gloire que Dieu va bientôt révéler en nous. »

Saint Bède le Vénérable

SOURCE : http://missel.free.fr/Sanctoral/08/29.php

Martirio di San Giovanni Battista,

Detail from Jacques de Baerze's Saints and Martyrs altarpiece, ordered in 1390 for the Chartreuse de Champmol, near Dijon (France), now in Dijon's city museum. The scene shows John the Baptist, (recognizable by his attribute, the lamb) about to be beheaded before Salome


Décollation de saint Jean-Baptiste

Saint Jean-Baptiste, inspiré par l'Esprit de Dieu, se retira au désert pour mieux conserver son innocence et cultiver les dons extraordinaires dont il avait été favorisé. Il y vécut, depuis son enfance jusqu'à trente ans, dans la pénitence, la prière et la contemplation. Sa trentième année, il parut dans le monde pour y prêcher la pénitence et donner le baptême, qui en était le signe, d'où lui est venu le nom de Baptiste ou Baptiseur.

Déjà le Sauveur Lui-même avait reçu le baptême des mains de Jean-Baptiste, et celui-ci avait rendu à l'Agneau de Dieu les plus glorieux témoignages. La vie du Saint Précurseur touchait à son terme; il ne lui restait plus qu'à sceller de son sang la divinité de sa mission. Hérode, gouverneur de la Galilée, menait une vie irrégulière avec Hérodiade, sa belle-soeur; saint Jean, à différentes reprises, blâma avec force un pareil scandale; aussi Hérodiade cherchait-elle l'occasion de se venger.

Depuis trois mois déjà, le courageux défenseur de la vertu était en prison; mais cette vengeance ne suffisait pas à une femme voluptueuse et cruelle. Un jour qu'Hérode, pour célébrer l'anniversaire de sa naissance, donnait un festin à tous les grands de sa cour, Salomé, fille d'Hérodiade, dansa devant le prince avec tant de grâce, qu'Hérode s'engagea par serment à lui donner tout ce qu'elle demanderait, fût-ce la moitié de son royaume. La jeune fille sortit et courut raconter à sa mère la promesse dont elle venait d'être l'objet: "Que dois-je demander? dit-elle à Hérodiade. – Demande la tête de Jean-Baptiste," répond la haineuse femme. Salomé vint aussitôt annoncer à Hérode le choix qu'elle avait fait. Hérode était plus corrompu que cruel; il regretta sa promesse, il fut attristé de la demande; mais il mit un fatal point d'honneur à ne pas manquer à sa parole devant toute l'assistance, et il envoya un garde trancher la tête de Jean-Baptiste; celui-ci vint présenter à la princesse, dans un bassin, la tête du martyr, qu'elle alla aussitôt montrer à sa mère. Quand cette nouvelle fut annoncée à Jésus, qui la connaissait déjà par Sa science divine, Il manifesta une profonde douleur.

Le crime ne resta pas impuni, car Hérode, vaincu par ses ennemis, perdit sa couronne et périt misérablement. La fin d'Hérodiade et de sa fille ne fut pas plus heureuse. Il est à remarquer que la plupart de ceux qui ont joué un rôle odieux, dans l'Évangile, ont subi dès cette vie le châtiment de leur impiété et de leurs crimes.

Abbé L. Jaud, Vie des Saints pour tous les jours de l'année, Tours, Mame, 1950

SOURCE : https://livres-mystiques.com/partieTEXTES/Jaud_Saints/calendrier/Vies_des_Saints/08-29.htm

Martirio di San Giovanni Battista,

Gustave Moreau  (1826–1898), L'Apparition / The Apparition, 1876, Paris, Musée d'Orsay


Il crie encore maintenant

Comme un mauvais serviteur redoute l’incrimination de son maître, [Hérode] avait la crainte du Baptiste – le vrai maître est celui qui agit et commande comme il faut, non celui qui s’enveloppe de pourpre et dispose de la force armée. Cachant sa crainte derrière le voile de son serment, et défendant sa décision par le risque de passer pour parjure, il s’est laissé aller au meurtre. Il n’a pas même constitué un semblant de tribunal, comme beaucoup l’ont fait, ni suscité des accusateurs, ni payé des témoins : il savait que l’inculpé n’avait rien commis d’injuste et méprisait l’injustice. Or, tandis que l’un a perpétré son crime sans discernement, en pensant étouffer l’incrimination, l’autre n’a pas été réduit au silence, mais proclame son message avec encore plus d’éclat. En effet, sur toute la terre qui est sous le soleil, il crie encore maintenant : Tu n’as pas le droit de prendre la femme de ton frère Philippe.

On doit vénérer l’homme qui a montré courage et noblesse dans l’accusation comme dans la mort, parce qu’il a pris la défense des lois divines. Si quelqu’un demande pourquoi on l’a laissé subir un tel sort, je répondrai qu’il n’a lui-même subi aucun tort : vu qu’il faut de toute façon quitter cette vie, celui qui la quitte en beauté peut être parfaitement bienheureux.

St Isidore de Péluse

Saint Isidore de Péluse († 440) était moine et prêtre en Égypte. / Lettre 1716, trad. AP. Évieux, Paris, Cerf, 2017, Sources Chrétiennes, n° 586, p. 35-39.

SOURCE : https://fr.aleteia.org/daily-prayer/lundi-29-aout/meditation-de-ce-jour-1/

Martirio di San Giovanni Battista,

Giovanni Baronzio  (–1362), Le festin d’Hérode et la Décollation de Saint Jean Baptiste, 44,1 x 49,8, Metropolitan Museum of Art  


BENOÎT XVI

AUDIENCE GÉNÉRALE

Castel Gandolfo

Mercredi 29 août 2012

Chers frères et sœurs,

En ce dernier mercredi du mois d’août, est célébrée la mémoire liturgique du martyre de saint Jean-Baptiste, le précurseur de Jésus. Dans le calendrier romain, il s’agit de l’unique saint dont on célèbre tant la naissance, le 24 juin, que la mort survenue par le martyre. La fête d’aujourd’hui remonte à la dédicace d’une crypte de Sébaste, en Samarie, dans laquelle, dès le milieu du ive siècle, on vénérait sa tête. Le culte s’étendit ensuite à Jérusalem, dans les Églises d’Orient, sous le titre de Décollation de saint Jean-Baptiste. Dans le Martyrologe romain, il est fait référence à une deuxième découverte de la précieuse relique, transportée, pour l’occasion, dans l’église Saint-Sylvestre au campo Marzio, à Rome.

Ces petites références historiques nous aident à comprendre combien la vénération de saint Jean-Baptiste est ancienne et profonde. Les Évangiles mettent très bien en évidence son rôle en référence à Jésus. En particulier, saint Luc raconte sa naissance, sa vie dans le désert, sa prédication, et saint Marc nous parle de sa mort dramatique dans l’Évangile d’aujourd’hui. Jean-Baptiste commence sa prédication sous le règne de l’empereur Tibère, en 27-28 après Jésus Christ, et la claire invitation qu’il adresse à la foule venue l’écouter est celle de préparer le chemin pour accueillir le Seigneur, de rendre droits les sentiers tortueux de sa vie à travers une conversion radicale du cœur (cf. Lc 3, 4). Mais Jean-Baptiste ne se limite pas à prêcher la pénitence, la conversion, mais, en reconnaissant Jésus comme « l’Agneau de Dieu » venu ôter le péché du monde (Jn 1, 29), il a l’humilité profonde de montrer en Jésus le véritable Envoyé de Dieu, se mettant de côté afin que le Christ puisse grandir, être accueilli et suivi. Comme dernier acte, Jean-Baptiste témoigne par le sang de sa fidélité aux commandements de Dieu, sans céder ni faire marche arrière, en accomplissant jusqu’au bout sa mission. Saint Bède, moine du ixe siècle, dit dans ses homélies : « Saint Jean donna sa vie pour [le Christ], même si l’on ne lui ordonna pas de renier Jésus Christ, on lui ordonna uniquement de taire la vérité » (cf. Hom. 23 : ccl 122, 354). Et il ne taisait pas la vérité et ainsi, il mourut pour le Christ qui est la Vérité. Précisément pour l’amour de la vérité, il ne fit pas de compromis et n’eut pas peur d’adresser des paroles fortes à ceux qui avaient égaré la voie de Dieu.

Nous voyons cette grande figure, cette force dans la passion, dans la résistance contre les puissants. Nous nous demandons : d’où naît cette vie, cette intériorité si forte, si droite, si cohérente, consacrée de façon si totale à Dieu et à préparer la voie pour Jésus ? La réponse est simple : de la relation avec Dieu, de la prière, qui est le fil conducteur de toute son existence. Jean est le don divin longuement invoqué par ses parents, Zacharie et Elisabeth (cf. Lc 1, 13) ; un don grand, humainement impensable, car tous deux avaient un certain âge et Élisabeth était stérile (cf. Lc 1, 7) ; mais rien n’est impossible à Dieu (cf. Lc 1, 36). L’annonce de cette naissance a lieu précisément dans le lieu de la prière, au temple de Jérusalem, elle a même lieu lorsque Zacharie reçoit le grand privilège d’entrer dans le lieu le plus sacré du temple pour faire l’offrande de l’encens au Seigneur (cf. Lc 1, 8-20). La naissance de Jean-Baptiste est marquée elle aussi par la prière : le chant de joie, de louange et d’action de grâce que Zacharie élève au Seigneur et que nous récitons chaque matin dans les Laudes, le Benedictus, exalte l’action de Dieu dans l’histoire et indique de façon prophétique la mission du fils Jean : précéder le Fils de Dieu qui s’est fait chair pour lui préparer les routes (cf. Lc 1, 67-79). L’existence tout entière du Précurseur de Jésus est nourrie par la relation avec Dieu, en particulier la période passée dans des régions désertes (cf. Lc 1, 80) ; les régions désertes qui sont le lieu de la tentation, mais également le lieu où l’homme sent sa pauvreté car privé d’appuis et de sécurités matérielles, et comprend que l’unique point de référence solide demeure Dieu lui-même. Mais Jean-Baptiste n’est pas seulement un homme de prière, du contact permanent avec Dieu, mais également un guide pour cette relation. L’évangéliste Luc, en rapportant la prière que Jésus enseigne aux disciples, le « Notre Père », souligne que la demande est formulée par les disciples à travers ces paroles : « Seigneur, apprends-nous à prier, comme Jean l’a appris à ses disciples » (cf. Lc 11, 1).

Chers frères et sœurs, célébrer le martyre de saint Jean-Baptiste nous rappelle également à nous, chrétiens de notre temps, qu’aucun compromis n’est possible avec l’amour du Christ, avec sa Parole, avec sa Vérité. La Vérité est Vérité, il n’existe pas de compromis. La vie chrétienne exige, pour ainsi dire, le « martyre » de la fidélité quotidienne à l’Évangile, c’est-à-dire le courage de laisser le Christ grandir en nous et de le laisser orienter notre pensée et nos actions. Mais cela ne peut avoir lieu dans notre vie que si notre relation avec Dieu est solide. La prière n’est pas du temps perdu, elle ne vole pas de place aux activités, même apostoliques, mais elle est exactement le contraire : ce n’est que si nous sommes capables d’avoir une vie de prière fidèle, constante, confiante que Dieu lui-même nous donnera la capacité et la force de vivre de façon heureuse et sereine, de surmonter les difficultés et de témoigner de Lui avec courage. Que saint Jean-Baptiste intercède pour nous, afin que nous sachions toujours conserver le primat de Dieu dans notre vie. Merci.

* * *

Chers francophones, l’Église nous invite aujourd’hui à faire mémoire du martyre de saint Jean-Baptiste. Son exemple nous invite à ne pas faire de compromis dans notre vie avec l’amour du Christ, avec sa Parole et avec sa Vérité. Nous devons avoir le courage de laisser grandir Dieu en nous afin qu’il puisse orienter nos pensées et nos actions. Seule une vie de prière fidèle, constante et confiante nous en rendra capables ! Bon pèlerinage à vous tous !

C’est avec affection que je vous salue chers servants d’autel venus de France pour leur pèlerinage national à Rome, ainsi que Mgr Breton, les autres Évêques présents et les accompagnateurs de ce groupe important. Chers jeunes, le service que vous accomplissez fidèlement vous permet d’être particulièrement proches du Christ-Jésus dans l’Eucharistie. Vous avez l’énorme privilège d’être près de l’autel, près du Seigneur. Ayez conscience de l’importance de ce service pour l’Église et pour vous-même. Que ce soit pour vous l’occasion de faire grandir une amitié, une relation personnelle avec Jésus. N’ayez pas peur de transmettre avec enthousiasme autour de vous la joie que vous recevez de sa présence ! Que votre vie tout entière resplendisse du bonheur de cette proximité avec le Seigneur Jésus ! Et si un jour vous entendez son appel à le suivre sur le chemin du sacerdoce ou de la vie religieuse, répondez-lui avec générosité ! À tous je souhaite un bon pèlerinage aux tombeaux des Apôtres Pierre et Paul !

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SOURCE : https://www.vatican.va/content/benedict-xvi/fr/audiences/2012/documents/hf_ben-xvi_aud_20120829.html

Martirio di San Giovanni Battista,

Donatello  (1386–1466), Herod's Banquet, Donatello, 1427, bronze and gilding, Battistero di San Giovanni


29/08 Décollation de St Jean-Baptiste

La fête de la Décollation de saint Jean-Baptiste est attestée dès le IVème siècle en Afrique, en Orient et en Syrie. Elle correspond sans doute à l’anniversaire de la dédicace de la basilique du Précurseur à Sébaste. A Rome, elle était renvoyée au 30 août, à cause de la popularité de la fête de Ste Sabine, qu’on commémore aujourd’hui.

Fête semidouble avant le calendrier de St Pie V. Double en 1568 ; élevée au rang de double majeur par Pie VI.

« L’évangéliaire romain de 645 annonce au 30 août, après le natale des saints Félix et Adauctus, Et depositio Helisaei et decollatio sancti Iohannis Baptistae. La double mention d’Élisée et de Jean Baptiste révèle clairement l’origine de la fête du Précurseur. A Samarie on vénère, en effet, au témoignage de saint Jérôme, les tombeaux des prophètes Abdias et Élisée avec celui de Jean-Baptiste. Sous la basilique, qui fut érigée en l’honneur de Jean-Baptiste, les reliques d’Élisée et de Jean étaient conservées dans « deux châsses recouvertes d’or et d’argent, devant lesquelles brûlaient perpétuellement des lampes », comme le rapporte un document du début du VIe siècle. Aujourd’hui encore on peut voir le lieu qu’elles occupaient dans la crypte de l’église du XIIe siècle, bâtie sur l’emplacement de la basilique byzantine, tandis que le souvenir de la découverte de la tête du Précurseur est rattaché à une autre église, de moindre dimension, qui se trouve à quelque distance, près du Forum. En 1931, on a mis à jour dans cette dernière des fresques très abîmées représentant la décapitation de Jean et la découverte de sa tête. La fête de la Décollation de saint Jean Baptiste est incontestablement liée à ces sanctuaires. Le lectionnaire de Jérusalem du début du Ve siècle en fait déjà mention. Byzantins et Syriens d’Antioche la célèbrent le 29 août, les Coptes le font le 30, parce que le 29 est le jour du Nouvel An, et les Arméniens le samedi de la 3e semaine après la Dormition de la Théotokos. En Occident, le martyrologe hiéronymien annonce la fête à la même date, en faisant mention de Sébaste : In Provincia Palestina civitate Sebastea natale sancti Iohannis Baptistae, qui passus est sub Herode rege. Elle dût être instaurée à Rome sous le pape Théodore (642-649), qui était d’origine palestinienne. On la trouve dans le sacramentaire Paduense et le Gélasien mais, au siècle suivant, l’Hadrianum l’ignore encore.Aux 11e et 12e siècles, le titre de Decollatio à prévalu à Rome sur celui de Passio que donnaient les sacramentaires du VIIe. Le sacramentaire de Saint-Tryphon dit Revelatio capitis, insistant sur l’invention de la relique. Il a en commun avec le collectaire de Saint-Pierre à la fois le titre de la fête et une oraison dans laquelle on demande à Dieux ex eius imitatione veritatis fortes testes existere. L’antiphonaire de Saint-Pierre renvoie au commun d’un Martyr, à l’exception des deux antiennes du cantique » [1].

[1] Cf. Pierre Jounel, Le Culte des Saints dans les Basiliques du Latran et du Vatican au douzième siècle, École Française de Rome, Palais Farnèse, 1977.

Leçons des Matines avant 1960.

Au premier nocturne.

Commencement du Prophète Jérémie. Cap. 1, 1-10 ; 17-19.

Première leçon. Paroles de Jérémie, fils d’Helcias, des prêtres qui demeuraient à Anatoth, dans la terre de Benjamin. Parole du Seigneur qui lui fut adressée dans les jours de Josias, fils d’Amon, roi de Juda, en la treizième année de son règne. Elle (lui) fut aussi adressée dans les jours de Joakim, fils de Josias, roi de Juda, jusqu’à la fin de la onzième année de Sédécias, fils de Josias, roi de Juda, jusqu’à la transmigration de Jérusalem, au cinquième mois. Elle me fut donc adressée la parole du Seigneur, disant : Avant que je t’eusse formé dans le sein (de ta mère) je t’ai connu, et avant que tu fusses sorti de ses entrailles, je t’ai sanctifié, et je t’ai établi Prophète parmi les Nations.

Deuxième leçon. Et je dis : A, a, a, Seigneur Dieu ; voyez, je ne sais point parler, parce que moi, je suis un enfant. Et le Seigneur me dit : Ne dis pas : Je suis un enfant, puisque partout où je t’enverrai, tu iras ; et que tout ce que je te commanderai, tu le diras. Ne crains pas à cause d’eux, parce que moi, je suis avec toi, afin que je te délivre, dit le Seigneur. Et le Seigneur étendit sa main et toucha ma bouche ; et le Seigneur me dit : Voilà que j’ai mis ma parole en ta bouche. Voilà qu’aujourd’hui je t’ai établi sur les nations et les royaumes, afin que tu arraches et que tu détruises, et que tu perdes et que tu dissipes, et que tu édifies et que tu plantes.

Troisième leçon. Toi donc, ceins tes reins, et lève-toi, et dis-leur tout ce que moi, je te commande. Ne crains pas devant leur face ; car je ferai que tu ne craignes pas leur visage. Car c’est moi qui t’ai établi aujourd’hui comme une ville fortifiée, et une colonne de fer, et un mur d’airain, sur toute la terre, contre les rois de Juda, ses princes, et ses prêtres, et son peuple. Et ils combattront contre toi, et ne prévaudront point, parce que moi je suis avec toi, dit le Seigneur, afin que je te délivre.

Au deuxième nocturne.

Du livre de saint Ambroise, Évêque : Des Vierges. Liber 3 post initium

Quatrième leçon. Il ne faut pas effleurer légèrement un sujet tel que la mémoire du bienheureux Jean-Baptiste ; aussi devons-nous considérer ce qu’il était, quels furent ses bourreaux, pourquoi, quand et comment il a été martyrisé. C’est un juste qui est mis à mort, par des adultères ; et la peine capitale qu’ils méritent, ils la font subir à celui qui devrait être leur juge. Et puis la mort d’un Prophète devient la récompense et le salaire d’une danseuse. Enfin, ce que tous les barbares eux-mêmes ont communément en horreur, c’est à table, au milieu d’un banquet, qu’on prononce l’arrêt cruel qui devra s’exécuter. Et on apporte de la prison à la salle du festin l’objet de l’exécution impie qui a suivi ce fatal commandement. Que de crimes dans une seule action !

Cinquième leçon. A voir ainsi un émissaire se lever de table et courir à la prison, qui n’aurait pas cru à l’élargissement du Prophète ? Qui, en apprenant que c’est le jour de la naissance d’Hérode, qu’il y a grand festin, et qu’on a donné à une fille la liberté de demander tout ce qu’elle voudra, qui donc, dis-je, ne s’imaginerait qu’on n’enverra délivrer Jean de ses fers ? Quel rapport y a-t-il entre la cruauté et les délices ? entre le meurtre et la volupté ? Le Prophète subira sa peine pendant un festin, et en vertu d’une sentence portée au milieu du festin, sentence qu’il eût repoussée, même pour être mis en liberté. On lui tranche la tête, et on l’apporte dans un plat. Un tel mets convenait à la cruauté, et pouvait satisfaire une férocité difficile à assouvir.

Sixième leçon. O le plus odieux des rois, considère ce spectacle digne de ton banquet, et afin que rien ne manque à ta satisfaction inhumaine, étends la main pour que ce sang sacré ruisselle entre tes doigts. Et puisque ta faim n’a pu être rassasiée par les viandes, puisque les coupes n’ont pu éteindre la soif de cruauté qui te dévore, vois ce sang qui, bouillonnant encore, s’échappe des veines de cette tête que tu as fait tomber. Vois ces yeux qui, jusque dans le trépas, sont les témoins de ton crime, et qui se refusent à contempler tes plaisirs. Ce n’est pas tant la mort qui ferme ces yeux, que l’horreur de tes débauches. Cette bouche éloquente dont tu redoutais la censure, toute pâle et muette qu’elle est, te fait encore trembler.

Au troisième nocturne.

Lecture du saint Évangile selon saint Marc. Cap. 6, 17-29.

En ce temps-là : Hérode avait envoyé prendre Jean, et l’avait retenu, chargé de fers, en prison, à cause d’Hérodiade, qu’il avait épousée, quoique femme de Philippe, son frère. Et le reste.

Homélie de saint Augustin, Évêque. Sermon 10 in novis Sermonibus

Septième leçon. La lecture du saint Évangile nous a mis sous les yeux un spectacle sanglant : la tête de saint Jean-Baptiste dans un plat, envoi lugubre fait par la cruauté, en haine de la vérité. Une jeune fille danse, sa mère assouvit sa fureur, et, au milieu des joies dissolues et des délices d’un banquet, un roi fait un serment téméraire et exécute ce serment impie. Ainsi s’accomplit en la personne de Jean ce que lui-même avait prédit. Il avait dit, en parlant de notre Seigneur Jésus-Christ : « II faut qu’il croisse et que je diminue. » Jean a été diminué parce qu’on lui trancha la tête, et le Sauveur a grandi parce qu’il a été élevé en la croix. La vérité a fait naître la haine. Les avertissements du saint homme de Dieu n’ont pu être supportés sans irritation par ceux dont il cherchait le salut. Ils lui ont rendu le mal pour le bien.

Huitième leçon. Que dirait-il, en effet, sinon ce dont il a l’âme remplie ? Et que répondraient-ils, sinon ce dont leur cœur est plein ? Lui, il a semé le bon grain, mais il n’a trouvé que des épines. Il disait au roi : « Il ne vous est pas permis d’avoir la femme de votre frère. »

Neuvième leçon. Car ce prince, esclave de sa passion, gardait chez lui, illégitimement, la femme de son frère ; toutefois son estime pour Jean l’empêchait de sévir contre lui. Il honorait celui qui lui faisait entendre la vérité. Mais une abominable créature avait -conçu une haine secrète, qu’elle devait mettre au jour le moment venu ; ce qu’elle fit au moyen de sa fille, une fille danseuse.

Martirio di San Giovanni Battista,

Antonio Veneziano  (fl. 1369–1388), Decollazione del Battista, circa1410, Museo dell'Opera del Duomo, Florence



Dom Guéranger, l’Année Liturgique

« En ce temps-là, Hérode envoya prendre Jean et il le mit en prison chargé de liens, à cause d’Hérodiade, femme de son frère Philippe, qu’il avait épousée. Car Jean disait à Hérode : Il ne vous est pas permis d’avoir la femme de votre frère. Or Hérodiade lui dressait des embûches et voulait le faire mourir, mais ne le pouvait pas. Hérode, en effet, craignait Jean qu’il tenait pour un homme juste et saint, et il le gardait, faisant beaucoup de choses d’après ses avis et l’écoutant volontiers. Un jour favorable s’étant donc présenté, à savoir celui de la naissance d’Hérode où il avait offert un banquet à ses grands, aux chefs militaires et aux principaux de la Galilée, la fille d’Hérodiade entra et dansa, et elle plut à Hérode et à ses convives, et le roi lui dit : Demande-moi ce que tu voudras, et je te le donnerai. Et il en fit le serment : Quoi que ce soit que tu demandes, je te le donnerai, fût-ce la moitié de mon royaume. Or elle, étant sortie, dit à sa mère : Qu’est-ce que je demanderai ? Sa mère lui dit : La tête de Jean-Baptiste. Rentrant donc aussitôt en grande hâte, elle fit au roi sa demande, disant : Je veux que sur-le-champ vous me donniez dans un plat la tête de Jean-Baptiste. Et le roi en fut peiné ; mais à cause de son serment et de ceux qui étaient avec lui à table, il ne voulut pas la contrister, et envoyant un de ses gardes, il lui donna l’ordre d’apporter la tête dans un plat. Et le garde coupa la tête de Jean dans la prison, et l’apportant dans un plat, il la remit à la fille qui la donna à sa mère. Ce qu’ayant appris, ses disciples vinrent et enlevèrent son corps, et ils l’ensevelirent dans un tombeau » [2].

Ainsi donc finit le plus grand des enfants nés d’une femme [3], sans témoins, dans la prison d’un tyran de second ordre, victime de la plus vile des passions, prix d’une danseuse. Au silence devant le crime, fût-ce sans espoir d’amender le coupable [4], au renoncement à sa liberté, même dans les fers [5], la Voix du Verbe a préféré la mort. Belle liberté de la parole [6], selon l’expression de saint Jean Chrysostome, quand elle est véritablement la liberté même du Verbe de Dieu, quand par elle ne cessent point de vibrer ici-bas les échos des collines éternelles ! Elle est bien alors l’écueil de la tyrannie, la sauvegarde du monde, des droits de Dieu et de l’honneur des peuples, des intérêts du temps comme de ceux de l’éternité. La mort ne prévaut pas contre elle ; à l’impuissant meurtrier de Jean-Baptiste, à tous ceux qui voudraient l’imiter, mille bouches pour une, jusqu’à la fin des temps, redisent en toute langue, en tous lieux : Il ne t’est pas permis d’avoir la femme de ton frère.

« Grand et admirable mystère ! s’écrie par ailleurs saint Augustin. Il faut qu’il croisse, et que je diminue [7], disait Jean, disait la Voix en laquelle se personnifient les voix qui le précédèrent, annonçant comme lui la Parole du Père incarnée dans son Christ. Toute parole, en tant que signifiant quelque chose, en tant qu’idée, verbe intérieur, est indépendante du nombre des syllabes, de la variété des lettres ou des sons ; elle reste immuable et une au cœur qui la conçoit, bien que multiples puissent être les mots qui lui donnent corps extérieurement, les voix qui la propagent, les langues, grecque, latine ou autres, où elle se traduit. A qui sait la parole, inutiles deviennent les formules et la voix. Voix furent les Prophètes, voix les Apôtres ; voix dans les Psaumes, voix dans l’Évangile. Mais vienne la Parole, le Verbe qui était au commencement, le Verbe qui était avec Dieu, le Verbe qui était Dieu [8] : quand nous le verrons comme il est [9], entendra-t-on encore réciter l’Évangile ? écouterons-nous les Prophètes ? lirons-nous les Épîtres des Apôtres ? La voix défaille où grandit le Verbe... Non qu’en lui-même le Verbe décroisse ou grandisse. Mais il est dit croître en nous, quand c’est nous qui croissons en lui. A qui donc se rapproche du Christ, à qui progresse dans la contemplation de la Sagesse, les mots sont moins utiles ; il est nécessaire qu’ils tendent à faire tous défaut. Ainsi s’amoindrit le ministère de la voix en la mesure du progrès de l’âme vers le Verbe ; ainsi que le Christ grandisse et que Jean diminue. C’est ce qu’indiquent la Décollation de Jean et l’Exaltation du Christ en croix, comme l’avaient déjà fait leurs dates de naissance ; car à partir de la naissance de Jean décroissent les jours, qui grandissent à dater de celle du Seigneur » [10].

Utile leçon donnée aux guides des âmes dans les sentiers de la vie parfaite. Si, dès l’abord, ils doivent respectueusement observer la direction de la grâce en chacune d’elles, pour seconder l’Esprit-Saint et non s’imposer à lui ; ainsi faut-il qu’à mesure qu’elles avancent, ils évitent d’obstruer le Verbe sous l’abondance de leur propre parole ; comme aussi leur discrétion devra respecter l’impuissance où ces âmes en arrivent progressivement d’exprimer ce qu’opère en elles le Seigneur. Heureux alors d’avoir conduit l’Épouse à l’Époux, qu’ils apprennent à dire avec Jean : Il faut qu’il croisse, et que je diminue.

Et n’est-ce pas une leçon pareille que nous insinue à nous-mêmes le Cycle sacré, lorsque nous le verrons, dans les jours qui vont suivre, comme tempérer ses propres enseignements par la diminution du nombre des fêtes et l’absence prolongée des grandes solennités qui ne reparaîtront qu’en novembre ? L’école de la sainte Liturgie n’a point d’autre but que d’adapter l’âme, plus sûrement, plus pleinement qu’aucune autre école, au magistère intérieur de l’Époux. Comme Jean, l’Église voudrait, s’il était possible ici-bas toujours, laisser Dieu parler seul ; du moins aime-t-elle, sur la fin de la route, à modérer sa voix, à quelquefois s’imposer silence, désirant donner à ses fils l’occasion de montrer qu’ils savent écouter au dedans d’eux-mêmes Celui qui pour elle et pour eux est l’unique amour. Aux interprètes de sa pensée de bien la comprendre. L’ami de l’Époux, qui jusqu’au jour des noces marchait devant lui, se tient maintenant debout et lui-même il l’écoute ; et cette voix de l’Époux, qui fait rentrer la sienne dans le silence, le remplit d’immense joie. Cette joie donc qui est la mienne est complète, disait le Précurseur [11].

La fête de la Décollation de saint Jean-Baptiste peut être considérée comme un des jalons de l’Année liturgique en la manière que nous venons d’exposer. Elle est rangée par les Grecs au nombre des solennités chômées. La mention qui en est faite au Martyrologe dit de saint Jérôme, la place qu’elle occupe dans les Sacramentaires gélasien et grégorien, démontrent sa haute antiquité dans l’Église latine. C’était aux environs de la fête de Pâques qu’avait eu lieu la bienheureuse mort du Précurseur ; pour l’honorer plus librement, on choisit ce jour qui rappelle aussi la découverte à Émèse de son glorieux chef.

La vengeance de Dieu s’était appesantie sur Hérode Antipas. Josèphe rapporte que les Juifs attribuaient à la mort de Jean sa défaite par Arétas d’Arabie, dont il avait répudié la fille pour suivre ses instincts adultères [12]. Déposé par Rome de son tétrarchat de Galilée, il fut relégué à Lyon, dans les Gaules, où l’ambitieuse Hérodiade partagea sa disgrâce. Quant à Salomé la danseuse, nos pères racontaient, d’après d’anciens auteurs [13], qu’ayant un jour d’hiver voulu danser sur une rivière gelée, la glace se rompit l’engloutissant jusqu’au cou, tandis que sa tête, tranchée par les glaçons rejoints soudainement, continua quelque temps par ses bonds cette danse de la mort.

De Machéronte au delà du Jourdain, où leur maître consomma son martyre, les disciples de Jean avaient porté son corps jusqu’à Sébaste, l’ancienne Samarie, en dehors des frontières d’Antipas ; car il était urgent de le soustraire aux profanations qu’Hérodiade n’avait point épargnées à son chef auguste. La vengeance de la malheureuse ne se crut point satisfaite, en effet, qu’elle n’eût percé d’une de ses épingles à cheveux la langue qui n’avait pas craint de flétrir sa honte [14] ; et la face du Précurseur, que l’église d’Amiens présente depuis sept siècles à la vénération du monde, garde encore trace des violences auxquelles se porta sa furie dans la joie du triomphe. Au temps de Julien l’Apostat, les païens voulurent compléter l’œuvre de cette indigne descendante des Machabées [15], en envahissant le tombeau de Sébaste pour brûler et disperser les restes du Saint. Mais ce sépulcre vide n’en faisait pas moins toujours la terreur des démons, comme sainte Paule le constatait avec une religieuse émotion quelques années plus tard [16]. Sauvées d’ailleurs en grande partie, les précieuses reliques s’étaient répandues par l’Orient, d’où elles devaient, à l’époque surtout des Croisades, émigrer dans nos contrées où leur présence fait la gloire de nombreuses églises.

Faisons nôtres les formules suivantes du Sacramentaire grégorien pour la fête de la Décollation.

ORAISON.

Sancti Joannis Baptistæ Præcursoris et Martyris tui, quæsumus, Domine, veneranda festivitas, salutaris auxilii nobis præstet effectum. Per Dominum.

SUPER OBLATA.

Munera tibi, Domine, pro sancti Martyris tui Joánnis Baptistæ passione deferimus, qui dum finitur in terris, factus est cœlesti sede perpetuus : quæsumus, ut eius obtentu nobis proficiant ad salutem. Per Dominum.

PRÉFACE.

Vere dignum et justum est, æquum et salutare, nos tibi semper et ubique gratias agere, Domine sancte, Pater omnipotens, æterne Deus : Qui præcursorem Filii tui tanto munere ditasti, ut pro veritatis præconio capite plecteretur : Et qui Christum aqua baptizaverat, ab ipso in Spiritu baptizatus, pro eodem proprio sanguine tingeretur. Præco quippe veritatis, quæ Christus est, Herodem a fraternis thalamis prohibendo, carceris obscuritate detruditur, ubi solius divinitatis tuæ lumine frueretur. Deinde capitalem sententiam subiit, et ad inferna Dominum præcursurus descendit. Et quem in mundo digito demonstravit, ad inferos pretiosa morte præcessit. Et ideo cum Angelis.

BÉNÉDICTION.

Deus, qui nos beati Johannis Baptistæ concedit solemma frequentare,tribuat vobis et eadem devotis mentibus celebrare, et suæ benedictionis dona percipere.

R/. Amen.

Et qui pro legis ejus præconio carceralibus est retrusus in tenebris, intercessione sua a tenebrosorum operum vos liberet incentivis.

R/. Amen.

Et qui pro veritate, quæ Deus est, caput non est cunctatus amittere, suo interventu ad caput nostrum, quod Christus est, vos faciat pervenire.

Quod ipse praestare dignetur.

R/. Amen.

AD COMPLENDUM.

Faites, Seigneur, nous vous en supplions, que la vénérable fête de saint Jean, votre Baptiste et Martyr, soit pour nous un secours efficace de salut. Par Jésus-Christ.

Seigneur, nous vous faisons notre offrande pour la passion de votre saint Martyr, Jean Baptiste ; finissant ici-bas sa vie terrestre, il en a commencé une éternelle au céleste séjour : à sa considération, puisse cette offrande profiter à notre salut. Par Jésus-Christ.

Il est vraiment digne et juste, équitable et salutaire, de vous rendre grâces en tout temps et en tous lieux, Seigneur saint, Père tout-puissant, Dieu éternel, qui avez enrichi d’une telle grâce le précurseur de votre Fils : pour l’affirmation de la vérité il donna sa tête ; lui qui avait baptisé le Christ dans l’eau, baptisé par lui dans l’Esprit, fut lavé pour lui dans son propre sang. Car ayant, comme héraut de la vérité qui est le Christ, rappelé Hérode au respect de la couche de son frère, il fut jeté dans l’obscurité d’une prison où ne lui restait pour biens que la lumière de votre divinité. Ensuite, puni de mort, il descendit comme précurseur du Seigneur aux enfers, y précédant par son précieux trépas Celui qu’en ce monde avait désigné son doigt. C’est pourquoi donc, avec les Anges.

Que le Dieu qui nous donne de célébrer la solennité du bienheureux Jean-Baptiste, vous accorde et d’y montrer la dévotion de vos âmes, et d’y recevoir les faveurs de sa bénédiction.

R/. Amen.

Que celui qui pour avoir proclamé sa loi fut enfermé dans les ténèbres des cachots, vous délivre par sa prière de la séduction des œuvres de ténèbres.

R/. Amen.

Et que n’ayant pas balancé, pour la vérité qui est Dieu, à livrer sa tète, il vous fasse arriver par son intercession au Christ qui est notre tête.

Qu’il daigne nous l’accorder Celui qui règne à jamais.

R/. Amen.

Puisse, Seigneur, la solennité de saint Jean nous donner à la fois, et de vénérer comme ils le méritent les glorieux Mystères auxquels nous avons participé, et d’expérimenter leur action salutaire. Par Jésus-Christ.

[2] Évangile de la fête, Marc, VI, 17-29.

[3] Matth. XI, 11.

[4] Chrys. Ad episcopos, presb. et diac. ob pietatem in carcere inclusos.

[5] Ibid. Ad eos qui scandalizati sunt ob adversitates, XXII.

[6] Ibid.

[7] Johan. III, 30.

[8] Johan. I, 1.

[9] I Johan. III, 2.

[10] Aug. Sermo CCLXXXVIII, In Natali J. Bapt. 11, De voce et verbo.

[11] Johan. III, 28-29.

[12] Joseph. Antiquit. Jud. XVIII, VI.

[13] Pseudo-Dexter, Chronicon, ad ann. Christi 34 ; Niceph. Call. I, XX.

[14] Hieron. Adv. Rufin. III, 42.

[15] Par Mariamne, son aïeule, petite-fille d’Hyrcan.

[16] Hieron. Epist. CVIII, al. XXVII, ad Eustochium.

Martirio di San Giovanni Battista,

Katholische Pfarrkirche Johannes der Täufer in Unterigling (Igling) im Landkreis Landsberg am Lech (Bayern/Deutschland), Deckenfresko von Johann Georg Lederer, mit der Signatur: J. Georgius Lederer Pinxit. 1749., Darstellung: Enthauptung des Johannes (Ausschnitt)


Bhx cardinal Schuster, Liber Sacramentorum

Dans la liste de Würzbourg, cette fête semble renvoyée au lendemain, peut-être à cause de la popularité de la station (natalis) à Sainte-Sabine.

La décollation de saint Jean-Baptiste, le 29 août, est toutefois fêtée dès le IVe siècle en Afrique, en Orient, en Syrie, un peu partout. Elle manque dans le Sacramentaire Léonien mais apparaît dans le Gélasien.

On connaît le sort des reliques du précurseur du Seigneur. Il fut d’abord enseveli en Samarie, mais en 362 les païens violèrent sa tombe et brûlèrent ses ossements sacrés. Une petite partie d’entre eux put toutefois être soustraite par quelques moines et fut remise à saint Athanase, à Alexandrie. L’empereur Théodose fit déposer à Hebdomon, près de Constantinople, le chef présumé de saint Jean, jadis conservé à Jérusalem par quelques moines. Une autre tradition voudrait, au contraire, que cette relique sacrée eût été transférée de Jérusalem à Émèse où, en 452, l’évêque Uranius en fit la reconnaissance authentique.

On ne sait rien d’un transfert du chef de saint Jean-Baptiste à Rome. Celui qui, maintenant encore, est vénéré à Saint-Silvestre in Capite appartient, non pas au Précurseur, mais à ce célèbre prêtre martyr Jean, que les pèlerins du haut moyen âge visitaient sur la voie Salaria vêtus, sur le cimetière appelé précisément ad septem palumbas ad Caput Sancti Iohannis.

Voici comment s’exprime le De Locis SS. Martyrum : Inde, non longe in Occidente, ecclesia sancti lohannis martyris, ubi caput eius in alio loco sub altari ponitur, in alio corpus.

Son nom figurait probablement dans le Martyrologe Hiéronymien, le 24 juin, avec celui de Festus, mais il aura sans doute été absorbé par celui du Précurseur.

A ce saint Jean de la voie Salaria, était dédiée une petite église spéciale, près de celle de Saint-Silvestre, qui, en raison de la sainte relique, prit le titre de IN CAPITE.

A l’origine, les chants pour la fête de ce jour étaient ainsi énumérés dans l’antiphonaire : ANT. In virtute tua. PSALM. Vitam petiit. RESP. Domine, praevenisti. VERS. Vitam petiit. ALLEL. Beatus vir. OFF. Iustus ut palma. AD COMMUN. Magna est gloria.

Aujourd’hui le Missel a modifié cette ordonnance primitive. L’antienne pour l’introït est tirée du psaume 118, comme pour la fête de sainte Praxède, le 20 juillet, et cela en raison de l’intrépide énergie montrée par le Précurseur en face du roi Hérode. — Pour ne pas craindre les hommes, il faut craindre Dieu.

Le psaume qui suit l’antienne — et cela trahit d’emblée le rédacteur moderne — est le 91e, comme pour la nativité du Saint.

Voici la collecte. — « Que la vénérable fête de votre saint Précurseur et martyr Jean nous apporte, Seigneur, en abondance, des grâces pour notre salut ». Dans ces collectes de l’Église, nous implorons sans cesse la divine grâce, et par là nous rendons témoignage à une vérité très importante qui, au IVe siècle, fut vivement combattue par Pelage et par ses disciples. Pour opérer notre salut éternel, nous avons tous besoin de la divine grâce, à la généreuse miséricorde de laquelle est attribué tout le bien que nous accomplissons. C’est pourquoi saint Paul disait : Gratia autem Dei sum id quod sum.

La première lecture est tirée de Jérémie (I, 17-19) et forme la suite du passage lu le 24 juin. Le Seigneur prémunit le Prophète contre la vaine terreur des puissances terrestres. Celles-ci s’élèveront toutes contre l’envoyé de Yahweh, mais elles ne pourront jamais en triompher, car Dieu est plus puissant que les hommes, et la lutte contre Lui se fait toujours dans des conditions d’infériorité. Il vaut donc mieux se rendre, comme le fit Saul sur le chemin de Damas.

Le graduel est le même que le 3 décembre, pour la fête de saint François Xavier. On se demandera peut-être comment l’on peut chanter en l’honneur du martyr qu’il fleurira comme le palmier, alors que sa tête a été séparée du tronc ? La réponse est aisée. Comme le Christ mourut sur la croix, fut adoré dans les limbes le lendemain, et ressuscita le troisième jour, ainsi ses disciples reçoivent au ciel la récompense de leurs souffrances de la veille, et, le troisième jour, ils ressusciteront eux aussi, d’autant plus semblables au Christ dans la gloire qu’ils auront été davantage humiliés pour lui dans l’ignominie de la Croix.

Une première et précoce floraison du sang des martyrs est reconnue par Tertullien dans la rapide diffusion de l’Église sur toute la terre durant les trois premiers siècles.

Le verset alléluiatique, où le juste est comparé à un lis en fleur, est le même que le 15 janvier, pour saint Paul ermite.

La lecture évangélique de ce jour est tirée de saint Marc (VI, 17-27) et nous est déjà attestée par la liste de Würzbourg. Le plus grand des fils de la femme a été victime de la honteuse intrigue de deux adultères. Selon la commune opinion du monde, il n’y a rien de glorieux ni de tragique dans cette mort de Jean, lequel succombe en cachette, dans le silence de la prison de Machéronte. Combien différentes sont les pensées de Dieu ! Jean avait souhaité que son prestige et sa gloire fussent comme anéantis, pour que, seul, Jésus fût glorifié. Ses vœux sont exaucés. Il meurt comme l’inébranlable prédicateur de la chasteté, il meurt parce que sa sainteté de Précurseur de Jésus était intolérable à l’impudique Hérodiade. Il meurt en anticipant, par son martyre, les humiliations du Calvaire ; mais en récompense, si Jésus ne participa pas avec les disciples à ses funérailles, comme l’assurent quelques documents, il a au moins la gloire d’avoir eu le Sauveur lui-même pour panégyriste de ses immenses mérites. Quel saint a jamais été honoré comme Jean ?

L’antienne pour l’offrande des oblations est la même que pour saint Paul ermite.

Prière sur les oblations. — « Par les mérites de votre bienheureux martyr Jean, que soient profitables à notre salut, Seigneur, les offrandes que nous vous présentons aujourd’hui en l’anniversaire de son supplice ».

Quelques Sacramentaires nous donnent pour ce jour la préface suivante : Vere dignum... aeterne Deus. Qui Praecursorem Filii tui tanto munere ditasti, ut pro veritatis praeconio capite plecteretur, et qui Christum aqua baptizaverat, ab ipso in Spiritu baptizatus, pro eodem proprio sanguine tingeretur. Praeco quippe veritatis, quae Christus est, Herodem a fraternis thalamis prohibendo, carceris obscuritate detruditur, ubi solius divinitatis tuae lumine frueretur. Deinde capitalem sententiam subiit, et ad inferna Dominum praecursurus descendit. Et quem in mundo digito demonstravit, ad inferas praetiosa morte praecessit. Et ideo... [17]

L’antienne durant la sainte Communion est la même que le 26 janvier. Le glaive du bourreau trancha le chef de Jean, mais sur ce chef, comme le chante Paul Diacre, dans l’hymne des laudes du 24 juin, Dieu a posé la triple couronne de prophète, de martyr et de vierge : Serta ter denis alios coronant Aucta crementis, duplicata quosdam ; Trina centeno cumulata fructu Te sacer ornant.

Après la Communion. — « Que la solennité de saint Jean-Baptiste fasse que, vénérant aujourd’hui l’ineffable sacrement eucharistique, celui-ci produise en nous, abondamment, cette grâce d’onction dont il est le mystique symbole ».

En l’honneur du glorieux Précurseur décollé, furent érigées dans le bas moyen âge plusieurs églises et des confréries destinées à l’assistance religieuse des condamnés à mort. Elles produisirent un grand bien et, grâce à elles, la satisfaction de la justice humaine, toute enveloppée alors d’une atmosphère de compassion et d’amour, s’éleva à la hauteur d’un acte de religion, en sorte que ces malheureux, assistés par des « consolateurs » et dans le baiser du Crucifix, montaient résignés à l’échafaud, heureux de pouvoir satisfaire à Dieu et à la société pour le crime commis. Aussi le bienheureux Cafasso, « consolateur » très zélé des condamnés à mort, disait-il : « Sur cent pendus, cent sauvés ! »

A Rome, deux églises étaient dédiées à la décollation de saint Jean-Baptiste. La première se trouvait près des prisons de Tor di Nona, en face du château Saint-Ange. L’autre existe encore, non loin du Vélabre, et l’un des nombreux privilèges dont jouissait sa confrérie était de pouvoir, chaque année, libérer pendant le Carême un condamné à mort.

[17] Traduction : voir plus haut le commentaire de Dom Guréanger in fine.

Martirio di San Giovanni Battista,

Beheading of St. John the Baptist, Church of St. John the Baptist (also called the Corallini Church); Cervo, Italy


Dom Pius Parsch, Le guide dans l’année liturgique

Il faut que lui grandisse, et que moi je m’efface.

1. Décollation de saint Jean-Baptiste. — Outre la naissance du Précurseur, fête principale de saint Jean Baptiste (24 juin), l’Église célèbre encore son martyre. D’après le martyrologe, c’est aujourd’hui le jour « de la seconde découverte de son chef vénérable ». Le corps de Jean-Baptiste fut enterré à Samarie. En 362 les païens profanèrent son tombeau et brûlèrent ses restes. Des moines parvinrent seulement à en sauver une petite partie qu’ils remirent à saint Athanase d’Alexandrie. On montre en divers endroits les principales reliques du Précurseur. Celles qu’on honore dans l’église Saint-Sylvestre, à Rome, appartiennent à un prêtre martyr du même nom. On vénère aussi à Breslau le chef de saint Jean-Baptiste. Nous aurons particulièrement soin de relire aujourd’hui les passages des trois Synoptiques qui relatent le martyre du Précurseur, une des scènes les plus dramatiques de la sainte Écriture. (Marc — auquel la messe emprunte l’Évangile — VI, 14-29 ; Matthieu, XIV, 1-12 ; Luc, III, 19-20 ; IX, 7-9).

2. La Messe (Loquebar). — Une messe très simple avec peu de parties propres. A l’Introït et à l’Épître, nous nous représentons la courageuse franchise de saint Jean-Baptiste devant Hérode, franchise qui devait lui coûter la vie : « Je parlais de tes témoignages à la face des Rois et n’en ai pas honte ». (Cas étrange, le verset de l’Introït est emprunté à un autre psaume que l’antienne). « Annonce à Juda tout ce que je t’ordonne. Sois sans crainte... je t’ai établi comme une ville forte... contre les rois de Juda, contre ses princes, contre ses prêtres et contre le peuple. Ils combattront contre toi, mais ils ne pourront rien sur toi » (Épître). Nous voyons ainsi, au commencement de la messe, le Baptiste devant Hérode : « Il ne t’est pas permis d’avoir la femme de ton frère ! » Au Graduel, il se dresse devant nous « comme le cèdre du Liban », pur et sans tache comme le lis. A l’Offertoire et à la Communion, nous chantons son triomphe auquel nous avons part dans la Sainte Eucharistie. Nous avons souvent lieu de faire cette remarque : à l’avant-messe, le saint nous apparaît dans sa passion ; et à la messe des fidèles, dans sa gloire. De même, dans la première partie nous nous unissons spirituellement à lui par la lecture (on lisait autrefois en cet endroit les Actes des martyrs), et dans le Saint-Sacrifice, à sa gloire. L’Évangile raconte, d’après le vivant récit de saint Marc, le martyre de Jean-Baptiste.

3. Remarques sur la messe. — L’examen attentif de l’Offertoire et de la Communion nous fait saisir l’intention profonde de la liturgie. L’offertoire et la communion sont bien deux parties importantes du saint sacrifice où l’individu est appelé à intervenir personnellement. Il intervient à l’offertoire avec son « moi » (symbolisme de l’offrande) ; à la communion, il reçoit sa propre part du sacrifice : Dieu s’incline vers lui en lui disant « tu ». On pourrait donc s’attendre à ce que les deux chants concomitants de l’offertoire et de la communion traduisent ce caractère personnel, ou, du moins, rappellent qu’au moment du sacrifice le saint dont on fait mémoire s’efface. On pourrait croire que le saint dont la place est si grande à l’avant-messe nous quitte au seuil du sacrifice et laisse la communauté seule avec le Christ. Non ; il n’en est rien. Les chants qui accompagnent ces deux parties de la messe d’un caractère à la fois si dramatique et si personnel se rapportent invariablement au saint dont on célèbre la fête. Qu’en faut-il conclure ? Manifestement, la liturgie met en valeur le mystère du saint. Nous nous associons à son rôle au sacrifice, et, par la communion sacramentelle, nous participons à sa gloire. Remarquons-le encore, au début comme à la fin, ce sont des pensées relatives au bonheur éternel qui très souvent reparaissent. Pendant l’avant-messe, nous voyons le saint aux prises avec les difficultés de la vie, en lutte avec le monde et l’enfer ; pendant le sacrifice, nous le voyons dans sa gloire à laquelle nous prenons part. Aussi entendons-nous l’Église chanter, au moment de la distribution des saintes espèces : « Vous avez posé sur sa tête une couronne d’or pur » ; ce qui est vrai d’une double façon : le saint est glorifié parmi : nous, et nous, en union avec lui, nous participons à sa gloire. Combien il importe donc de ne pas se contenter d’une lecture superficielle des textes de la liturgie : sachons en saisir intimement l’esprit et la vie !

SOURCE : http://www.introibo.fr/29-08-Decollation-de-St-Jean

Martirio di San Giovanni Battista,

Vincenzo Danti, Decollazione del battista, dal battistero, 1569-1570. Sculpture de bronze composée de 3 statues avec au centre, saint Jean-Baptiste agenouillé prêt à recevoir le coup mortel de la lame. Elle fut montée en 1571 près de la porte Sud du Baptistère de Saint-Marie aux fleurs, à Florence. Elle se trouve actuellement dans le musée de l'Opera de sainte Marie aux Fleurs


SAINT AUGUSTIN. SERMON CCCVII. 

DÉCOLLATION DE SAINT JEAN-BAPTISTE. I. DU SERMENT.

ANALYSE. — C'est pour avoir prêté un serment téméraire qu'Hérode est amené à commettre le crime énorme de la décollation de saint Jean-Baptiste. N'est-ce donc pas avec raison que l'Évangile nous interdit toute espèce de serment ? Sans doute tout serment n'est pas coupable ; Dieu lui-même fait des serments dans l'Écriture. Mais le faux serment est un si grand crime, et notre fragilité si connue, que pour nous préserver plus efficacement du faux serment, Dieu a voulu nous interdire le serment quel qu'il soit. Détruisons en nous la funeste habitude du serment ; mon expérience personnelle prouve qu'on y peut réussir.

1. La lecture du saint Evangile nous a mis sous les yeux un spectacle sanglant; nous avons vu, en haine de la vérité et servi par la cruauté, un mets funèbre, la tête même de Jean-Baptiste présentée dans un bassin, Une jeune fille danse, sa mère a la rage dans le coeur, au milieu des délices et des dissolutions d'un banquet, on prête, puis on accomplit un serment téméraire et impie.

Ainsi se réalisa dans la personne de saint Jean ce que saint Jean avait prédit. Il avait dit, en parlant de Notre-Seigneur Jésus-Christ: « Il faut qu'il croisse et que je diminue (Jean, III, 20) ». Jean fut donc diminué de la tête, et Jésus élevé sur la croix. La haine contre Jean naquit de la vérité même. On ne pouvait souffrir avec calme les avertissements que donnait ce saint homme de Dieu, et qu'il ne donnait qu'en vue du salut de ceux à qui il les adressait; et on lui rendit le mal pour le bien. Pouvait-il faire entendre autre chose que ce qui remplissait son coeur; et eux pouvaient-ils répondre autre chose aussi que ce qu'ils avaient dans l'âme? Jean sema le bon grain, mais il recueillit des épines. « Il ne vous est pas permis, disait-il au roi, de garder l'épouse de votre frère (Marc, VI, 17-28) ». Esclave de sa passion, le roi en effet retenait chez lui, malgré la loi, la femme de son frère; mais la passion ne l'enflammait pas jusqu'à lui faire répandre le sang. Il honorait même le prophète qui lui disait la vérité. Quant à la femme détestable qu'il gardait, elle nourrissait une haine secrète qui devait finir par éclater dans l'occasion. Comme elle nourrissait cette haine, elle fit paraître sa fille, elle la fit danser; et le roi qui regardait Jean comme un saint, qui le craignait même par respect pour Dieu, sans toutefois lui obéir, s'affligea lorsqu'il vit qu'on lui demandait de livrer dans un bassin la tête de Jean-Baptiste; mais, par égard pour son serment et pour les convives, il envoya un archer et accomplit ce qu'il avait promis.

2. Ce passage nous invite, mes frères, à vous dire quelques mots du serment, afin de mieux régler votre conduite et vos moeurs.

Le faux serment n'est pas un péché léger; c'est même un péché si grave que pour le prévenir le Seigneur a interdit tout serment. Voici ses paroles : « Il a été dit : Tu ne te parjureras point, mais tu tiendras au Seigneur tes serments. Et moi je vous dis de ne jurer en aucune façon; ni par le ciel, parce que c'est le trône de Dieu; ni par la terre, parce qu'elle est l'escabeau de ses pieds ; ni par tout autre objet ; ni par ta tête, parce que tu ne peux pas rendre un seul de tes cheveux blanc ou noir. Que votre langage soit : Oui, oui; non, non; car, ce qui est en plus vient du mal (Matt. V, 33-37) ».

3. Nous trouvons néanmoins, dans les saintes Écritures, que le Seigneur jura lorsque Abraham lui obéit jusqu'à immoler son fils bien-aimé. Un ange, en effet, lui cria du haut du ciel : « Je le jure par moi-même, dit le Seigneur; parce que tu as été docile à ma voix et qu'en ma considération tu n'as pas épargné ton bien-aimé fils, je te comblerai de mes bénédictions et je multiplierai ta postérité comme les étoiles du ciel et comme le sable de la mer, et dans ta race seront bénies toutes les nations (Gen. XXII, 16-18) ». Si maintenant vous voyez les chrétiens remplir tout l'univers, c'est un effet de ce fidèle serment de Dieu. Dans les Psaumes il était dit également et par avance, de. Notre-Seigneur Jésus-Christ : « Le Seigneur a fait ce serment, dont il ne se repentira point : Vous êtes le prêtre éternel, selon l'ordre de Melchisédech (Ps. CIX, 4) ». Ceux qui connaissent l'Ecriture savent ce qu'offrit Melchisédech, quand il bénit Abraham (Gen. XIV, 18-20). A cause des catéchumènes nous ne devons pas le rappeler; mais les fidèles reconnaissent ici la prédiction de ce que nous voyons accompli aujourd'hui. Or, d'où vient cet accomplissement? Du serment prêté par le Seigneur. « Le Seigneur a fait ce serment, et il ne s'en repentira point » comme Hérode s'est repenti de celui qu'il avait fait.

4. Puisque Dieu a juré, pourquoi le Christ Notre-Seigneur, défend-il aux siens de jurer? Le voici. Ce n'est pas un péché d'assurer la vérité par serment; mais comme il y a un crime énorme à affirmer par serment le mensonge, n'est-il pas vrai qu'on n'est pas exposé à commettre ce crime quand on ne jure pas du tout, et qu'on y est exposé davantage quand on jure pour la vérité? En t'interdisant de jurer, le Seigneur te défend donc de marcher sur le bord étroit du précipice, dans la crainte que ton pied venant à glisser, tu n'y tombes. Le Seigneur pourtant a juré, reprend-on. — Il jure sans danger, puisqu'il ne sait mentir. Ne te préoccupe pas des serments que Dieu a faits; il n'y a peut-être que lui qui doive en faire. Que fais-tu en jurant? Tu prends Dieu à témoin. Tu le prends à témoin; lui s'y prend lui-même. Mais à toi qui n'es qu'un homme et qui te trompes fréquemment, il arrive bien souvent de prendre la vérité à témoin de tes erreurs. De plus, on se parjure quelquefois même sans le vouloir, c'est quand on croit vrai ce qu'on affirme avec serment. Sans doute le péché n'est pas alors aussi grave que le péché commis quand on affirme par serment ce qu'on sait être faux. Qu'on fait bien mieux, et qu'on est moins exposé à commettre ce grave péché, lorsqu'on écoute le Christ Notre-Seigneur, et que jamais on ne jure !

5. Je sais que c'est pour vous une habitude difficile à détruire; en nous aussi elle a été difficile à extirper. Cependant la crainte de Dieu nous a aidé à bannir le serment de notre bouche. Nous vivons au milieu de vous: qui nous a jamais entendu jurer? Et pourtant n'avais-je pas l'habitude de jurer chaque jour? Mais après avoir lu l'Evangile, j'ai craint, j'ai lutté contre cette habitude, et tout en luttant, j'invoquais l'appui du Seigneur. Le Seigneur m'a accordé la grâce de ne plus jurer, et rien ne m'est plus facile que de m'en abstenir. Je fais cette communication à votre charité pour empêcher qui que ce soit de dire: Qui peut s'en empêcher? Oh ! si on craignait Dieu ! Oh ! si les parjures tremblaient devant lui ! Bientôt la langue aurait un frein, on s'attacherait à la vérité et le serment aurait disparu (Voir ci-dev. serm. CLXXX).

Martirio di San Giovanni Battista,

Atteler Altar: Gastmahl des Herodes mit Enthauptung Johannes des Täufers, circa 1480, 122.7 x 131.2, Bavarian State Painting Collections



SAINT AUGUSTIN. SERMON CCCVIII. 

DÉCOLLATION DE SAINT JEAN-BAPTISTE. II. DU SERMENT.

ANALYSE. — 1° On doit éviter de se jeter dans l'embarras inextricable où s'est jeté Hérode en faisant un serment téméraire. 2° Si la chose promise avec serment est mauvaise, mieux vaut ne pas la faire, à l'exemple de David. 3° On se rend bien coupable lorsqu'on provoque un faux serment. Histoire de Tutelymène.

1. Le trait évangélique que nous avons entendu aujourd'hui, me donne occasion de dire à votre charité: Vous voyez que ce misérable Hérode aimait saint Jean, l'homme de Dieu; mais que dans l'ivresse de la joie et des séductions d'une danseuse, il jura témérairement et promit de donner tout ce que lui demanderait cette jeune fille, qui l'avait captivé en dansant devant lui. Il s'affligea néanmoins lorsqu'il vit qu'on lui faisait une demande cruelle et criminelle ; à ses yeux c'était un crime horrible : mais placé entre son serment et la requête de la jeune fille, craignant tout à la fois et de commettre un forfait sanglant et de se rendre coupable de parjure, pour ne pas offenser Dieu en se parjurant, il prit le parti de l'offenser en versant le sang (Marc, VI, 17-28).

Que devait-il donc faire ? me demande-t-on. Répondrai-je : Il ne devait pas s'engager par serment? Mais qui ne voit cette vérité ? D'ailleurs, on ne me consulte pas pour savoir s'il devait prêter ce serment ; mais ce qu'il devait faire après l'avoir prêté. La question est grave. Son serment était téméraire : qui l'ignore ? Il ne l'en a pas moins prêté ; et la jeune fille vient de requérir la tête de saint Jean. Que doit faire Hérode ? Donnons-lui un conseil. Lui dirons-nous : Epargne Jean, ne commets pas ce crime ? C'est conseiller le parjure. Lui dirons-nous : Ne te parjure pas ? C'est exciter au crime. Triste embarras !

Avant donc de vous jeter dans ce filet inextricable, renoncez aux serments téméraires; oui, mes frères ; oui, mes enfants, je vous en supplie, renoncez-y avant d'en avoir contracté la funeste habitude. Est-il besoin de vous précipiter dans une impasse où nous ne savons quel conseil vous donner ?

2. Toutefois, en examinant avec plus de soin les Écritures, j'y rencontre un exemple qui me montre un homme pieux et saint tombant dans un serment téméraire et aimant mieux ne pas accomplir ce qu'il avait promis, que d'être fidèle à son serment en répandant le sang humain. Je vais rappeler ce trait à votre charité.

Pendant que Saül persécutait le saint homme David, celui-ci, pour échapper à Saül et à la mort, allait où il pouvait. Or, un jour il demanda à un homme riche, nommé Nabal, occupé de la tonte de ses brebis, les aliments nécessaires pour le soutenir, lui et ses compagnons d'armes. Cet homme sans entrailles les lui refusa, et, ce qui est plus grave, il répondit en l'outrageant. Le saint jura de le mettre à mort. Il avait des armes, en effet, et sans réfléchir assez il fit serment de tirer de lui une vengeance qui lui était facile et que la colère lui représentait comme juste. Il se mit donc en route pour accomplir son serment. L'épouse de Nabal, Abigaïl vint à sa rencontre, lui amenant les aliments qu'il avait demandés. Elle le supplia humblement, le gagna et le détourna de répandre le sang de son mari (I Rois, XXV). Ainsi, après avoir fait un serment téméraire, David ne l'accomplit point, inspiré par une piété plus grande.

Je reviens donc, mes très-chers frères, à la leçon que je vous dois. Il est vrai, le saint roi dans sa colère ne répandit pas le sang de cet homme : mais qui peut nier qu'il ait fait un faux serment? De deux maux il a choisi le moindre; le dernier étant moins grave que n'eût été le premier. Bien que considéré en lui-même, le faux serment fait un grand mal. Vous devez donc travailler d'abord et lutter contre votre funeste, funeste, funeste et très-funeste habitude, et faire disparaître les serments que vous avez à la bouche.

3. Cependant si un homme demande de toi un serment, si cet homme n'exige que ce serment pour se convaincre que tu n'as point fait ce qu'il t'attribue et dont il est possible que tu sois innocent, et que tu jures pour le délivrer de ce mauvais soupçon, tu ne pèches pas autant que celui qui exige ce serment, attendu que le Seigneur Jésus a dit : « Que votre langage soit: Oui, oui; non, non. Ce qui est en plus vient du mal (Matt. V, 37) ». C'est du serment que parlait alors le Sauveur, et il a voulu nous faire entendre ici que le serment vient d'un principe mauvais. Quand on y est provoqué, le principe mauvais est dans celui qui provoque et non dans celui qui jure. Ce principe, d'ailleurs, n'est-il pas commun au genre humain ? Ne repose-t-il pas sur l'impossibilité où nous sommes de voir réciproquement nos coeurs ? Jurerions-nous jamais si nous les voyions ? Qui exigerait de nous un serment, si chacun voyait clairement la pensée même dé son prochain ?

4. Ecrivez dans vos coeurs ce que je vais vous dire : Provoquer à faire un serment quand on sait que ce serment sera faux, c'est être plus qu'homicide car alors on tue l'âme, ou plutôt on tue deux âmes : l'âme de celui qui provoque et l'âme de celui qui jure; au lieu que l'homicide ne tue que le corps. Tu sais que tu dis vrai, que ton interlocuteur dit faux : et tu le forces à jurer? Le voilà donc qui jure, qui se parjure, qui se perd: qu'y as-tu gagné ? Ah ! tu t'es perdu aussi, en te rassasiant de sa mort.

5. Je vais vous citer un trait dont je n'ai point parlé encore à votre charité, et qui est arrivé au milieu de ce peuple, de cette église. Il y avait ici un homme simple, innocent, bon chrétien, et connu de beaucoup d'entre-vous, habitants d'Hippone, ou plutôt connu de vous tous sous le nom de Tutelymène. Qui de vous, citoyens de cette ville, n'a connu Tutelymène? Eh bien ! voici ce que j'ai appris de lui-même.

Quelqu'un, je ne sais qui, refusa de lui rendre ce que Tutelymène lui avait confié, ou ce qu'il devait à Tutelymène, qui d'ailleurs s'était fié à lui. Tutelymène ému lui demanda de faire serment. Le serment fut prêté, Tutelymène perdit son bien, mais l'autre se perdit lui-même. Or, Tutelymène, homme grave et fidèle, ajoutait que la même nuit il fut cité devant le juge, que tout tremblant il fut emporté avec rapidité devant un homme très-grand et admirable qui siégeait sur un trône, et à qui obéissaient de très-grands serviteurs aussi; que dans son trouble on le fit passer par derrière et qu'on l'interrogea en ces termes : Pourquoi as-tu excité cet homme à jurer, puisque tu savais qu'il ferait un faux serment? C'est qu'il me refusait ce qui était à moi, répondit-il. Ne valait-il pas mieux, lui fut-il répliqué, faire le sacrifice de ce que tu réclamais, que de perdre par un faux serment l'âme de cet homme ? On le fit étendre alors et frapper, frapper si fortement qu'à son réveil on voyait sur son dos la trace des coups reçus. Après cette correction, on lui dit : On t'épargne à cause de ton innocence; à l'avenir, prends garde de recommencer.

Cet homme avait commis un péché grave, et il en fut châtié; mais bien plus grave en-. tore sera le péché de quiconque fera ce qu'il a fait après avoir entendu ce discours, cet avertissement, cette exhortation. Prenez garde au faux serment, prenez garde au jugement téméraire. Or, vous éviterez sûrement ces deux maux, si vous détruisez en vous l'habitude de jurer.

SOURCE : http://www.abbaye-saint-benoit.ch/saints/augustin/sermons/sermons2/solpan/308.htm

Martirio di San Giovanni Battista,

Katholische Pfarrkirche, ehemalige Prämonstratenserklosterkirche St. Johannes Baptist in Steingaden im Landkreis Weilheim-Schongau (Bayern/Deutschland), Fresken von Johann Georg Bergmüller, zwischen 1741/42 und 1751 geschaffen, Darstellung unter der Empore: Enthauptung des Johannes des Täufers


SAINT AUGUSTIN. SEIZIÈME SERMON. 

POUR LA DÉCOLLATION DE SAINT JEAN-BAPTISTE. I

ANALYSE. — 1. A pareil jour on célèbre plutôt la naissance de Jean que celle d'Hérode. — 2. Préparatifs du festin. — 3. Honteuse ivresse du roi et de ses convives. — 4. La danse de la fille d'Hérodiade a pour résultat la décollation de Jean. — 5. Epilogue.

1. Quand on eut fini de célébrer la naissance d'Hérode, la fille d'Hérodiade dansa au milieu de la salle du festin, et sa danse plut au roi. Toutefois, le jour où était né ce misérable lui procura moins de joie qu'à Jean-Baptiste, bien que celui-ci y ait perdu la vie; car il y a plus d'avantage à prendre en Dieu une nouvelle naissance, qu'à venir au monde pour appartenir au diable. Ce jour fut donc, à bien dire, celui de la naissance, non pas de l'impie Hérode, mais du Prophète ; et c'est chose facile à comprendre : en effet, le jour où il a souffert le martyre, Jean est entré en possession de la bienheureuse éternité, tandis qu'Hérode est tombé sous les coups de la mort le jour où il est né. N'est-ce pas un triste et lamentable jour, celui où un homme, après avoir ouvert, pour la première fois, les yeux à la lumière, se trouve amené, non pas à recueillir la flatteuse réputation que procure une vie de miséricorde et de mansuétude, mais à se déshonorer par une vilaine et cruelle action? Jean avait été jeté en prison comme coupable d'avoir proféré une réprimande imméritée ; car, pour ceux qui vivent mal, les préceptes de la justice sont insupportables : personne ne lui reprochant plus dès lors son inqualifiable désordre, le roi Hérode s'abandonnait à la joie. Après la condamnation du Prophète, qui avait osé signaler l'odieuse conduite du tétrarque, qui est-ce qui se serait senti le courage de reprendre ou d'avertir librement cet orgueilleux ? Des peines sévères ne menaçaient-elles pas d'avance l'homme assez indépendant pour protester ? D'ailleurs, les rois coupables ne trouvent-ils pas des flatteurs qui approuvent même leurs crimes et leurs hontes?

2. Mais c'en est assez. Voici venu le jour de la naissance du roi ; il nage dans la joie on le complimente sur la prolongation de son existence, sur le nombre croissant de ses années. Pourrait-il ne pas recevoir avec plaisir de si flatteuses paroles ? Aveugle perspicacité des hommes ! Ils se complaisent dans le présent ou dans le bonheur, et il ne savent prévoir ni l'avenir, ni les retours de la fortune ! Bientôt, l'intérieur de la demeure royale se revêt de splendides et luxueux ornements: sous ces lambris dorés se prépare un sanglant festin. Des festons de verdure contournent les portes, les murs se tapissent de fleurs ; partout, dans ces appartements néfastes et bientôt remplis d'horreur, on aperçoit des couronnes: on s'y croirait sous l'épaisse feuillée d'un bois. Tous les charmes du printemps, amenés par l'art, semblent s'y rencontrer pour tromper le regard et y représenter la nature dans ce qu'elle a de plus gracieux. Mais si quelqu'un y trouva du plaisir, ce fut, non pas Hérode, mais Jean-Baptiste : si le parfum des fleurs vint flatter quelqu'un, ce fut, non pas le roi, mais le martyr. A voir le tyran de la nation juive étaler, dans une salle de festin, tant de richesse et de faste, on eût dit qu'il voulait fêter aussi joyeusement ses convives, que s'il leur sacrifiait dans un repas tous ses revenus et sa fortune. Des meubles en grand nombre et d'un luxe inouï éblouissent les yeux : de tous côtés, des vases d'un travail étonnant et d'une valeur sans égale, pour montrer, non-seulement la magnificence d'Hérode, mais aussi son opulence, pour rassasier la vue de ses amis et de ses clients par la beauté et la diversité des ornements, en même temps que des mets recherchés satisferont leur appétit ainsi se réalisera le véritable idéal d'un festin, puisque, d'une part, la table ne laissera rien désirer à l'estomac, et que, de l'autre, des prodiges de luxe ne laisseront rien désirer aux yeux. Les invités arrivent donc plus tôt que d'habitude, ils se pressent sous les portiques; ce ne sont que des cris de joie, carie diable aiguise leur appétit, et il a soif du sang humain. Tout le monde s'assied, on étend les riches tapis de pourpre sur les lits brodés, les ministres se hâtent d'apporter les mets, les tables en sont chargées, et bien que rien ne manque dans cette profusion, le pauvre Hérode trouve encore ce festin incomplet ; car sa cruauté n'a point là de quoi manger, ou, plutôt, de quoi dévorer.

3. Placé au premier rang, sur un lit élevé, le roi y est étendu ; car il a mangé longuement dans ce repas funeste, et ses coudes fatigués ne peuvent plus le soutenir : il s'est à tel point rempli de boissons, que, s'il voulait se lever, ni son esprit ni ses jambes ne pourraient le soutenir. Voyez-les tous à table : ils sont complètement ivres; dans leurs veines coule, non pas du sang, mais du vin : leur sens est abêti ; de leurs yeux tombent des larmes de vin, et leur regard n'a plus rien de fixe. Pour croire encore à l'honnêteté des convives d'Hérode, il ne faudrait pas les regarder, car celui-ci vomit sur la table royale; celui-là remplit la salle de morceaux de viande aigris par le vin ; d'autres ne se possèdent plus, et, incapables de veiller même à leur conservation, ils gisent par terre, ensevelis dans le sommeil et l'ivresse. Entre plusieurs pourrait s'engager une lutte, pour obtenir, non pas le prix de vertu, mais celui d'ivrognerie : dans ce combat d'un nouveau genre, l'un arroserait son ami, et l'autre noierait ses amis de table comme sous la lave d'un volcan. Que la taverne d'un cabaretier devienne le théâtre d'une pareille lutte, j'y (550) consens; mais, pour la maison d'un roi, c'est honteux. Je le crois volontiers, ce noble gouverneur de la nation juive avait donné à ses soldats l'autorisation de se battre devant lui, non à coups de lances, mais à coups de verres ; il ne connaissait pas la guerre avec l'ennemi; c'est pourquoi il se donnait chez lui le spectacle d'un combat entre concitoyens ivres. Quelle obscénité, quelle effronterie de paroles sur ces pavés souillés de vin, au milieu de ces cris d'ivrognes qui retentissent de toutes parts 1 Quel convive, en effet, se souvient du roi ? Quel domestique a conservé la mémoire de son maître ? Quand l'homme qui devrait protéger les convenances tombe lui-même dans le libertinage éhonté, il est sûr que tout le monde se croit libre.

4. Au milieu de ces odieuses réjouissances apparaît la fille d'Hérodiade : toute sa personne respire la mollesse; au lieu d'arrêter les instincts du vice, son allure dissolue semble plutôt destinée à leur lâcher la bride. Adultère publique, sa mère ne lui avait rien appris en fait d'honnêteté et de pudeur. Elle était peut-être vierge de corps, mais à coup sûr c'était une effrontée : aussi le roi l'engage-t-il à danser, perdant de vue la gravité qui sied à un roi, oubliant la sévérité, qui est le devoir d'un père. En raison de sa puissance, il devait mettre un frein à la licence de cette jeune fille, et, loin de là, il allumait en elle la flamme de la corruption, il attisait le feu impur; car il promettait et jurait de lui donner tout ce qu'elle demanderait. Charmée par l'appât de la récompense, elle est bientôt prête : sûre de l'approbation de sa mère, elle se met en liberté; aussitôt elle se tord pour décrire des circuits insensés; elle tourne avec la rapidité d'un tourbillon ; on la voit parfois se pencher d'un côté jusqu'à terre, et parfois renverser sa tête et se pencher en arrière, et, à l'aide de son léger vêtement, trahir ainsi ses formes voluptueuses; puis ses bras, étendus en l'air, font tour à tour retentir de sourdes cymbales ; à peine tient-elle en place; à peine ses pieds se posent-ils à terre dans les mouvements désordonnés où elle s'est lancée. La pauvre jeune fille ! Une véritable démence s'était emparée d'elle; son âme et son corps étaient devenus la proie de l'extravagance; ce n'étaient plus les mouvements de ses sens qui l'entraînaient, mais des instincts diaboliques. A moins d'être fou, il faut être sous l’influence de la boisson pour danser. Incompréhensible crime d'Hérodiade ! Sa fille ne peut plaire qu'à la condition de devenir une furie ! Le roi trépigne de joie ; il trouve dans sa propre honte la raison de son allégresse. Que deviennent les bienséances exigées par les lois? Que sont devenus les droits protecteurs de la modestie? Au festin d'un roi, on donne des éloges aux compagnons de tous les vices, à des mouvements portés jusqu'aux dernières limites du dévergondage; ce n'est point par son adresse qu'une fille est parvenue à plaire, c'est par son exaltation furibonde. Un roi hors de lui-même a fait une folle promesse et posé des conditions; pour ne point se démentir, il n'a pu se résoudre à refuser la récompense promise, la récompense qu'une concubine a conseillé de demander ; comme s'il se déchargeait de toute culpabilité en se débarrassant de celui qui pouvait lui faire de légitimes reproches ! La fille d'Hérodiade danse couverte de parures; mais elle n'en désire aucune, elle ne souhaite pas les dons de la fortune : la cruauté l'emporte sur la cupidité de l'avarice et les futilités du luxe, le triomphe appartient à la barbarie : une intrigue sanglante s'ourdit pour faire tomber la tête de Jean, pour en finir avec cet homme, parce qu'il applique sévèrement aux mœurs la règle du Christ, parce qu'il prêche la pénitence, parce qu'il flétrit l'inceste, parce que, pour tous ces motifs, le diable ne peut le supporter. Loin d'affaiblir, par un retour au bien, sa vieille réputation de libertin, Hérode lui donne une nouvelle force par un nouveau crime, plus criant que tous les autres : il consent volontiers à commettre un homicide; car, dans sa témérité, il était résolu à commettre un inceste avec l'épouse de son frère. Poussée par les instigations de sa mère, la jeune fille, la danseuse, ne demande, oserai-je le dire ? que la tête de Jean. — « Hé quoi », cette impudique synagogue « demande la tête d'un homme qui est le Christ ? » Le glaive du bourreau fait tomber la tête de Jean-Baptiste, et cette tête, qui annonce en quelque sorte encore le Christ, cette tête dont la langue, paralysée par la mort, flétrit encore l'inconduite d'Hérode, on l'apporte dans la salle du festin, où se trouve le bourreau. A la suite du coup mortel qui a subitement tranché les jours du Prophète, une teinte indécise est empreinte sur son visage : l'incarnat (551) rosé, qui est le signe de la vie, n'a pas encore cédé complètement la place à la pâleur de la mort. Le trépas a fondu tout à coup sur cet homme et a détruit l'intégralité de sa nature ; mais sur les lèvres de Jean se lisent encore quelques signes de vie.

5. O l'abominable repas ! ô le détestable festin ! On y joue la mort d'un homme ! On y danse pour le massacre d'un Prophète Le prix offert à la volupté n'y est autre que le sang humain. Pour varier les plaisirs des convives, on leur offre en spectacle la tête du Précurseur, et celui qui a soif se désaltère, non pas avec du vin, mais avec du sang! O fureur aveugle! Par ses souffrances, saint Jean a mérité la récompense de la vie éternelle, et le roi Hérode a payé toutes les tortures qu'il a fait endurer aux martyrs, en subissant dès ce monde les justes vengeances du Dieu vivant.

SOURCE : http://www.abbaye-saint-benoit.ch/saints/augustin/sermons/sermons2/solpan/307.htm

Martirio di San Giovanni Battista,

Giovanni da San Giovanni, Decollazione del Battista, 1620, Centro Storico di San Giovanni Valdarno


SAINT AUGUSTIN. SEIZIÈME SERMON. 

POUR LA DÉCOLLATION DE SAINT JEAN-BAPTISTE. II

ANALYSE. — 1. Les chrétiens sont des agneaux placés au milieu des loups. — 2. saint jean est jeté en prison pour avoir fait une légitime réprimande. — 3. Danse voluptueuse de la fille d'Hérodiade. — 4. Corrupteur de cette jeune fille, assassin de Jean, Hérode tombe sous les coups de la justice divine et meurt.

1. Notre Rédempteur et Sauveur Jésus-Christ ne s'est pas contenté de nous arracher à la mort éternelle, il a voulu aussi nous apprendre et nous commander, par les paroles du saint Evangile, la manière dont nous devons nous conduire ici-bas; en effet, voici en quels termes il s'exprime: « Voici que je vous a envoie comme des brebis au milieu des loups (Matth. X, 16) ». N'est -ce point pour nous le comble du bonheur que notre Dieu, le pasteur et le maître des brebis, nous ait aimés jusqu'à nous permettre d'avoir leur simplicité, si nous vivons sincèrement pour lui. Qu'il soit le pasteur du troupeau, ces autres paroles nous en donnent la certitude : « Je suis le bon pasteur, le bon pasteur donne sa vie pour ses brebis (Jean, XX) ». C'est donc à bon droit qu'en raison de l'innocence de leur vie, il compare ses disciples à des brebis, et il donne, à non moins juste titre, le nom de loups à ceux qui, après sa mort, ont cruellement persécuté les Apôtres et les fidèles attachés à lui. Comment nous conduire au milieu des bêtes sauvages?

Notre dévoué pasteur nous le dit: « Soyez prudents comme des serpents, et simples comme des colombes (Matth. X, 16) ». Voici donc la volonté du Sauveur à notre égard: les colombes n'ont ni malignité, ni fiel; elles ne savent point se fâcher: soyons, comme elles, à l'abri de la ruse méchante: n'ayons pas de fiel, c'est-à-dire n'ayons pas l'amertume du péché; oublions les injures, et ne nous mettons pas en colère; vivons si humblement en ce monde, que nous recevions, un jour, la récompense promise par Dieu à nos efforts. Le Sauveur ajoute: « Et prudents comme des serpents (Matth. X, 16) ». Qui ne connaît l'astuce du serpent? S'il tombe au pouvoir d'un homme, et que cet homme veuille le tuer, il expose, aux coups de son adversaire, toutes les parties de son corps: peu lui importe de se voir blesser n'importe où, pourvu qu'il sauvegarde sa tête : c'est à quoi il veille avec toute l'adresse possible. Cette prudence du serpent doit nous servir de modèle: si donc, en temps de persécution, nous venons à tomber au pouvoir des ennemis de notre foi, exposons notre corps tout entier aux tourments, aux sup plices, et même à la mort, pour conserver notre tête, c'est-à-dire le Fils de Dieu, Notre-Seigneur Jésus-Christ.

2. Au moment où tous les membres de son corps perdaient leur tête, saint Jean-Baptiste, dont la grâce du Christ nous permet de célébrer aujourd'hui la nativité, se réjouissait de se reposer dans le sein de la Divinité toute parfaite. Entraîné par l'ardeur de ses passions, jusqu'à suivre, dans sa conduite, l'exemple des bêtes sauvages. Hérode avait souillé la couche de son frère: à ce moment-là, saint Jean, qui ne savait point taire la vérité, déclara formellement au roi que sa conduite était opposée à toutes les lois. Le roi avait fait des lois pour empêcher de pareils désordres, et il les enfreignait lui-même ! Si, par ses moeurs, il condamnait ses décrets et ses lois, les lois et le droit ne le condamneraient-ils pas à leur tour ? En ce temps-là donc, pour ne point se trouver sans cesse en butte aux publiques, indépendantes et légitimes protestations de saint Jean, le libertin couronné avait fait mettre la main sur lui et l'avait fait jeter dans une obscure prison, où la loi divine devait être son unique soutien. A cet événement vint s'en adjoindre un autre, l'anniversaire de la naissance de ce roi sacrilège : il réunit alors autour de lui les officiers et les grands personnages de son royaume, et il fit préparer un repas scandaleux pour ses compagnons de dévergondage sacrilège : en cette circonstance, la maison royale se transforma en cirque, si je puis m'exprimer ainsi.

3. La fille du roi se présente au milieu du festin, et, par ses mouvements désordonnés, elle foule aux pieds le sentiment de la pudeur virginale. Aussitôt, le père prend à témoins tous les compagnons de sa débauche, il jure par son bouclier, qu'avant de terminer sa danse joyeuse et ses valses, elle aura obtenu tout ce qu'elle lui aura demandé. La tête couverte de sa mitre, elle se livre, sur ce dangereux théâtre, aux gestes les plus efféminés que puisse imaginer la corruption; mais voilà que tout à coup s'écroule le factice échafaudage de sa chevelure ; elle se disperse en désordre sur son visage : à mon avis, n'eût-elle pas mieux fait alors de pleurer que de rire ? Du théâtre où saute la danseuse, les instruments de musique retentissent ; on entend siffler le flageolet : les sons de la flûte se mêlent au nom du père, dont ils partagent l'infamie : sous sa tunique légère, la jeune fille apparaît dans une sorte de nudité; car, pour exécuter sa danse, elle s'est inspirée d'une pensée diabolique : elle a voulu que la couleur de son vêtement simulât parfaitement la teinte de ses chairs. Tantôt, elle se courbe de côté et présente son flanc aux yeux des spectateurs ; tantôt, en présence de ces hommes, elle fait parade de ses seins, que l'étreinte des embrassements qu'elle a reçus a fortement déprimés ; puis, jetant fortement sa tête en arrière, elle avance son cou et l'offre à la vue des convives ; puis elle se regarde, et contemple avec complaisance celui qui la regarde encore davantage. A un moment donné, elle porte en l'air ses regards pour les abaisser ensuite à ses pieds ; enfin, tous ses traits se contractent, et quand elle veut découvrir son front, elle montre nonchalamment son bras nu. Je vous le dis, les témoins de cette danse commettaient un adultère, quand ils suivaient d'un œil lubrique les mouvements voluptueux et les inflexions libertines de cette malheureuse créature. O femme, ô fille de roi , tu étais vierge au moment où tu as commencé à danser, mais tu as profané ton sexe et ta pudeur ; tous ceux qui t'ont vue, la passion en a fait pour toi des adultères. Infortunée ! tu as plu à des hommes passés maîtres dans la science du vice ; je dirai davantage: pour leur plaire, tu t'es abandonnée à des amants sacrilèges !

4. O l'atrocité ! Le père lui-même se fait corrupteur de sa fille, et personne n'élève la voix contre lui ! J'entends protester contre toi, les lois, tes remords, et, aux yeux de ceux qui ont encore quelque respect pour la pudeur, la voix d'un mari ! Mais, je veux le juger moins sévèrement ; supposons qu'un reste d'honnêteté l'ait empêché de jeter sur sa fille des regards licencieux, il n'en reste pas moins évident qu'elle a dansé, et, à ce titre, son père l'a corrompue, et elle a conquis le coeur d'un incestueux. Il serait bien étonnant que la chasteté se montrât sous de pareils dehors ! O père, embrasse la femme de ton frère : mais tu as sacrifié un père à la passion du sang. Elle t'enseigne à faire tomber la tête de Jean, car tu méprisais les avertissements du martyr, et ne pouvais goûter le bonheur de la chaste innocence. O race ! O moeurs ! O nom ! O erreur sans remède ! c'est donc à juste titre que, comme le disent nos divines Ecritures, « tes membres sont tombés en putréfaction, et que les vers y ont trouvé leur pâture (Act. XII, 23) ». Ta fille a eu la tête coupée par la glace, et ta femme illégitime est morte aveugle. Ainsi Dieu retranche-t-il l'homme de blasphème ; ainsi disparaît le péché ; ainsi se trouve vengée la sainteté de la vie. Pour nous, qui aimons la chasteté et la paix, conjurons tous le Seigneur de nous préserver des moindres atteintes du libertinage. Ainsi soit-il.

SOURCE : http://www.abbaye-saint-benoit.ch/saints/augustin/inedits/suppl3b.htm#_Toc11732465

Martirio di San Giovanni Battista,

Jacopo Bassano  (1510–), Décollation de Saint Jean Baptiste, vers 1550, 132 x 127, Statens Museum for Kunst  


LA DÉCOLLATION DE SAINT JEAN-BAPTISTE

La décollation de saint Jean-Baptiste se célèbre et a été instituée, paraît-il, pour quatre motifs, d'après l’Office mitral (Cap. XLI.): 1° En raison de sa décollation; 2° à cause de la combustion et de la réunion de ses os ; 3° à l’occasion de l’invention de son chef ; 4° en mémoire de la translation d'un de ses doigts, et de la dédicace de son église. De là les différents noms attribués à cette fête, savoir la décollation, la collection, l’invention et la dédicace:

I. On célèbre cette fête à cause de la décollation. En effet, selon le récit de l’Histoire scholastique (n Evangel., cap. LXXIII.), Hérode Antipas, fils d'Hérode le Grand, en partant pour Rome passa par chez son frère Philippe; alors eut lieu un accord secret entre lui et Hérodiade, femme de Philippe, et selon Josèphe, soeur d'Hérode Agrippa, de répudier sa propre femme à son retour et de se marier avec cette même Hérodiade. Sa femme, fille d'Arétas, roi de Damas, eut connaissance de cette convention ; alors sans attendre le retour de son mari, elle se hâta de rentrer dans sa patrie. En revenant, Hérode enleva Hérodiade à Philippe et s'attira l’inimitié d'Arétas, d'Hérode Agrippa et de Philippe tout à la fois. Or, saint Jean le reprit, parce que, d'après la loi, il ne lui était pas permis de prendre pour femme, ainsi qu'il l’avait fait, l’épouse de son frère du vivant de celui-ci.

Hérode voyant que saint Jean le reprenait. si durement pour ce crime, et que, d'un autre côté, saint Jean, au rapport de Josèphe, à cause de sa prédication et de son baptême, s'entourait d'une foule de monde, le fit jeter en prison, dans le désir de plaire à sa femme, et dans la crainte d'un soulèvement populaire. Mais auparavant il voulut le faire mourir, mais il eut peur du peuple. Hérodiade et Hérode désiraient également trouver une occasion quelconque pour pouvoir tuer Jean. Il paraît qu'ils convinrent secrètement ensemble qu'Hérode donnerait une fête aux principaux de la Galilée et à ses officiers le jour anniversaire de sa naissance ; qu'il promettrait avec serment de donner à la fille d'Hérodiade, quand elle danserait, tout ce qu'elle demanderait; que cette jeune personne demandant la tête de Jean, il serait de toute nécessité de la lui accorder à raison de son serment, dont il ferait semblant d'être contrasté. Qu'il ait poussé la feinte et la dissimulation jusque-là, c'est ce que donne à entendre l’Histoire scholastique où on lit ce qui suit : « Il est à croire qu'Hérode convint secrètement avec sa femme de faire tuer Jean, en se servant de cette circonstance. » Saint Jérôme est du même sentiment dans la glose : « Hérode, dit-il, jura probablement, afin d'avoir le moyen de tuer Jean; car si cette fille eût demandé la mort d'un père ou d'une mère Hérode n'y eût certainement pas consenti. Le repas est prêt, la jeune fille est là présente ; elle danse devant tous les convives elle ravit le monde ; le roi jure de lui donner tout ce qu'elle demandera. Prévenue par sa Isère, elle demande la tête de Jean, mais l’astucieux Hérode, à cause de son serment, simula la tristesse, parce que, comme le dit Raban, il avait eu la témérité de jurer ce qu'il lui fallait tenir. Or, sa tristesse était seulement sur sa figure, tandis qu'il avait la joie dans le coeur. Il s'excuse sur son serment afin de pouvoir être impie sous l’apparence de la piété. Le bourreau est donc envoyé, la tête de Jean est tranchée, elle est donnée à la jeune fille, et celle-ci la présente à sa mère adultère. » Saint Augustin, à propos de ce serment, raconte l’exemple suivant dans un sermon qu'il fit à la Décollation de saint Jean-Baptiste.

« Voici un fait qui m’a été raconté par un homme innocent et de bonne foi. Quelqu'un lui ayant nié un prêt ou une dette, il en fut ému et il le provoqua à faire serment. Le débiteur le fit et l’autre perdit. La nuit suivante, ce dernier se crut traîné devant le juge qui l’interrogea en ces termes : « Pourquoi as-tu provoqué ton débiteur à faire serment, quand tu savais qu'il se parjurerait? » Et l’homme répondit : « Il m’a nié mon bien. » « Il valait mieux, reprit le juge, perdre ton bien que de tuer son âme par un faux serment. » On le fit prosterner, et il fut condamné à être battu de verges ; or, il le fut si rudement, qu'à son réveil, on lui voyait encore la marque des coups sur le dos. Mais il lui fut pardonné après qu'il eut fait pénitence. » Ce ne fut cependant point à pareil jour que saint Jean fut décollé, mais un an avant la Passion de J.-C., vers les jours des azymes. Il a donc fallu, à cause des mystères de Notre-Seigneur, que l’inférieur le cédât à son supérieur. A ce sujet, saint Jean Chrysostome s'écrie : « Jean, c'est l’école des vertus, la règle de vie, l’expression de la sainteté, le modèle de la justice, le miroir de la virginité, le porte-étendard de la pudicité; l’exemple de la chasteté, la voie de la pénitence, le pardon des péchés, la doctrine de la foi. Jean est plus grand qu'un homme, il est l’égal des anges, le sommaire de la loi, la sanction de l’évangile, la voix des apôtres, celui qui fait taire les prophètes, la lumière du monde, le précurseur du souverain juge, l’intermédiaire de la Trinité tout entière. Et cet homme si éminent est donné à une incestueuse, il est livré à une adultère, il est accordé à une danseuse ! » Hérode ne resta pas impuni, mais il fut condamné à l’exil. En effet, d'après ce qu'on trouve dans l’Histoire scholastique, Hérode Agrippa, vaillant personnage, mais pauvre, se voyant réduit à l’extrémité, s'enferma par désespoir dans une tour avec J'intention de s'y laisser mourir de faim. Hérodiade, sa soeur, informée de cette résolution, supplia Hérode Antipas, tétrarque, son mari, de le tirer de la tour et de lui fournir ce qui lui était nécessaire. Il le fit, et comme ils étaient tous les deux à table, Hérode, tétrarque, échauffé par le vin, reprocha à Hérode Agrippa les bienfaits dont il l’avait, comblé lui-même. Celui-ci en conçut un vif chagrin et partit pour Rome où il fut bien accueilli par Caïus César, qui lui accorda deux tétrarchies, celle de Lisanias et celle du pays d'Abilène; il lui plaça, en outre, le diadème sur le front, avec l’intention de le faire roi de Judée. Hérodiade, voyant que: son frère avait le titre de roi, pressait instamment son mari d'aller à Rome et de solliciter aussi pour lui la même distinction. Mais, étant fort riche, il ne voulait pas suivre le conseil de sa femme, car il préférait le repos à des fonctions honorables. Vaincu enfin par ses prières, il alla à Rome avec elle Agrippa, qui en eut connaissance, expédia à César des lettres pour l’informer qu'Hérode s'était assuré de l’amitié du roi des Parthes, et voulait se révolter contre l’empire romain, et pour preuve, il lui fit savoir qu'il avait dans ses places fortes des armes en assez grande quantité pour armer soixante-dix mille soldats. Caïus, après avoir lu la lettre, s'informa, comme s'il le tenait d'une autre source, auprès d'Hérode, sur sa position, et entre autres choses, il lui demanda s'il était vrai, ainsi qu'il l’avait entendu dire, qu'il eût une si grande quantité de troupes sous les armes, dans les villes de sa juridiction. Hérode ne fit aucune difficulté d'en convenir. Caïus, persuadé alors de l’exactitude du rapport d'Hérode Agrippa, l’envoya en exil ; quant à son épouse, qui était soeur de ce L même Hérode Agrippa pour lequel il avait beaucoup d'affection, il lui permit de retourner dans son pays. Mais elle voulut accompagner son mari, en disant que puisqu'elle avait partagé sa prospérité, elle ne l’abandonnerait pas dans l’adversité. Ils furent donc déportés à Lyon; où ils finirent leur vie dans la misère. Ceci est tiré de l’Histoire scholastique.

II. Cette fête est célébrée à cause de la combustion et de la réunion des os de saint Jean; car des auteurs prétendent qu'on les brûla en ce jour, et que les restes en furent recueillis par les fidèles. C'est, en quel,que sorte, un second martyre que saint d'eau souffre, puisque i1 est brûlé dans ses os, et c'est la raison pour laquelle l’Eglise célèbre cette fête comme si elle était son second martyre (1). On lit donc au XIIe livre de l’Histoire scholastique ou ecclésiastique, que les disciples de saint Jean ensevelirent son corps auprès de Sébaste, ville de Palestine, entre Elisée et Abdias. I1 se faisait de grands miracles à son tombeau; mais, par l’ordre de Julien l’Apostat, les gentils dispersèrent les os du saint ; et comme les miracles continuaient toujours, on recueillit les os, on les brûla, puis on les réduisit à une poussière que l’on vanna dans les champs; toujours d'après l’Histoire scholastique. Mais le bienheureux Bède dit que les os eux-mêmes furent ramassés et épars plus loin encore. Saint Jean parut souffrir ainsi un second martyre. (C'est ce que certaines gens imitent sans savoir ce qu'ils font, quand, à la Nativité de saint Jean, ils ramassent des os partout et les brûlent.) Or, pendant qu'on les recueillait pour les brûler, d'après l’Histoire ecclésiastique et le témoignage de Bède, des moines, venus de Jérusalem, se mêlèrent en cachette à ceux qui étaient occupés à les recueillir, et en prirent une grande partie. Ils portèrent alors. ces ossements à Philippe, évêque- de Jérusalem, qui, plus tard, les envoya à Athanase, évêque d'Alexandrie. Dans la suite, Théophile, évêque de cette ville, les mit dans un temple de Sérapis, purgé de ses ordures; il le consacra comme une basilique, en l’honneur de saint Jean. Mais aujourd'hui, on les honore à Gênes, ainsi que Alexandre III et Innocent IV l’ont approuvé par leurs privilèges, après eu avoir reconnu l’authenticité. De même qu'Hérode, qui fit couper la tète à saint Jean, subit le châtiment de ses crimes, de même aussi, Julien l’Apostat, qui fit brûler ses os, fut frappé par la vengeance divine. On a l’histoire de la punition de ce dernier dans la légende de saint Julien, après la conversion de saint Paul (2).

Mais, dans l’Histoire triparlite (Lib. VI, passim.), on trouve de plus amples détails sur l’origine: de Julien l’Apostat; sou règne, sa cruauté et sa mort. Constance, frère du grand Constantin et descendant du même père, eut deux fils, Gallus et Julien. A la mort de Constantin, Constance créa césar Gallus, son fils, que pourtant il tua par la suite. Alors Julien, plein de crainte, se fit moine, et imagina de consulter les magiciens pour savoir s'il pouvait avoir encore l’espérance de parvenir au trône. Après quoi, Constance créa césar Julien, qu'il envoya dans les Gaules, où il remporta grand nombre de victoires. Une couronne d'or, suspendue par un fil entre deux colonnes, tomba sur sa tête, en s'y adaptant parfaitement, au moment où il passait de fil s'était rompu; tous s'écrièrent alors que c'était un signe qu'il serait empereur. Comme les soldats le proclamaient Auguste, et qu'il ne se trouvait pas là de couronne, un des soldats prit un collier qu'il avait au cou et le mit sur le front de Julien, lequel fut ainsi créé empereur par les soldats. Dès lors, il renonça aux pratiques du christianisme, qu'il ne suivait que d'une manière hypocrite, ouvrit les temples des idoles et leur y offrit des sacrifices. Il, se proclamait le Pontife des païens et faisait abattre partout les images de la Croix. Une fois, la rosée tomba sur ses vêtements et sur ceux des personnes qui l’accompagnaient, et chaque goutte prit la forme d'une croix. Dans le désir de plaire à tous, il voulut, après la mort de Constance, que chacun suivît le culte qui lui convînt; il chassa de sa cour les eunuques, les barbiers et les cuisiniers; les eunuques, parce qu'après la mort de sa femme il ne s'était point remarié ; les cuisiniers, parce qu'il ne faisait usage que des mets les plus simples, et les barbiers, parce que, disait-il, un seul était suffisant pour beaucoup de monde. Il composa une foule d'outrages, dans lesquels il déchira tous les princes, ses prédécesseurs. En chassant les cuisiniers et les barbiers il faisait oeuvre de philosophe, mais non pas d'empereur; mais en critiquant et en déférant des louanges, il ne se comporta ni en philosophe ni en empereur. Un jour que Julien offrait un sacrifice aux idoles, dans les entrailles de la brebis qui venait d'être immolée, on lui montra le signe de la croix entouré d'une couronne. A cette vue, les ministres eurent peur, et expliquèrent le fait en disant qu'il viendrait un temps qui n'aurait pas de terme, et où la croix serait victorieuse et uniquement vénérée. Julien lés rassura et dit que cela indiquait qu'il fallait réprimer le christianisme et le resserrer dans un cercle. Tandis que Julien offrait à Constantinople un sacrifice à la Fortune, Maris, évêque de Chalcédoine, auquel la vieillesse avait fait perdre la vue, le vint trouver et l’appela impie et apostat. Julien lui dit « Ton Galiléen n'a donc pu te guérir, lui? » Maris lui répondit : « J'en rends grâces à Dieu, car il m’a privé de la vue afin de ne pas te voir dépouillé de piété. »  Julien ne lui répondit rien et se retira. A Antioche, il fit ramasser les vases sacrés et les ornements, puis les jetant parterre, il s'assit dessus et se permit de les salir. Mais à l’instant, il fut frappé à l’endroit par où il avait péché, en sorte que les vers y fourmillaient et rongeaient les chairs. Tant qu'il vécut depuis, il ne put se guérir.

Julien le préfet qui, par l’ordre de l’empereur, avait enlevé les vases sacrés appartenant aux églises, dit en les salissant de son urine : « Voyez dans quels vases on administre le fils de Marie. » Immédiatement sa bouche est changée en anus : et ce fut ainsi qu'il satisfaisait les besoins de la nature. Pendant que l’apostat Julien entrait dans le temple de la Fortune, les ministres du temple aspergeaient avec de l’eau ceux qui arrivaient afin de les purifier: Valentinien vit une goutte de cette eau sur sa chlamyde; plein d'indignation, il frappa du poing le ministre en disant qu'il était sali plutôt que purifié. L'empereur, témoin de cela, le fit mettre sous bonne garde et conduire dans un désert. En effet, Valentinien était chrétien, et il mérita pour récompense d'être élevé par la suite à l’empire. Par haine encore contre les chrétiens, Julien fit aussi réparer le temple des Juifs, auxquels il fournit des sommes énormes; mais quand ils eurent rassemblé une grande quantité de pierres, un vent extraordinaire s'éleva subitement et les dispersa toutes; ensuite il se fit un affreux tremblement de terre; en dernier lieu, le feu sortit des fondements et brûla beaucoup de monde (3). Un autre jour, une croix apparut dans le ciel et les habits des Juifs furent couverts de croix de couleur noire. En allant chez les Perses, il vint à Ctésiphonte qu'il mit en état de siège. Le roi, qui s'y trouvait, lui offrit la moitié de son pays, s'il voulait s'en aller. Mais Julien s'y refusa : car il avait les idées de Pythagore et de Platon au sujet de la mutation des corps, croyant posséder l’âme d'Alexandre, ou plutôt qu'il était lui-même Alexandre dans un autre corps. Mais tout à coup il reçut un dard qui s'enfonça dans son côté ; cette blessure mit fin à sa vie. Qui lança cette flèche ? On l’ignore encore ; mais les uns pensent que ce fut un des esprits invisibles, d'autres, que ce fut un berger ismaélite : quelques-uns disent que c'était la main d'un soldat abattu par la faim et les fatigues de la route. Que ce soit un homme ou bien un ange, il fut évidemment l’instrument de Dieu. Calixte, un de ses familiers, dit qu'il fut frappé par le démon.

III. L'institution de cette fête eut lieu à l’occasion de l’invention du chef de saint Jean en ce jour. Au XIe livre de l’Histoire ecclésiastique, il est écrit que saint Jean fut détenu et décapité dans un château de l’Arabie nommé Machéronte. Mais Hérodiade fit apporter la tête du saint à Jérusalem où elle la fit enterrer avec soin auprès de la maison d'Hérode, dans la crainte que ce prophète ne ressuscitât, si son chef était enterré avec son corps. Or, du temps de Marcien, en 153, saint Jean révéla où était sa tête à deux moines venus à Jérusalem. Ils allèrent en toute hâte au palais qui avait appartenu â Hérode, et trouvèrent le précieux chef enveloppé dans des sacs de poils de chèvre provenant, je pense, des habits dont saint Jean était revêtu dans le désert. Durant le trajet qu'ils firent pour retourner en leur pays avec ce trésor, un potier de la ville d'Emèse, vivant de son métier, se joignit à eux. Or, tandis que cet homme portait la besace qu'on lui avait confiée, et dans laquelle se trouvait. le saint chef, ce dont il avait été averti la nuit par saint Jean, il se déroba de ses compagnons, et s'en vint à Emèse avec cette relique, qu'il y garda avec respect dans un trou profond tout le temps qu'il vécut: dès lors ses affaires prospérèrent extraordinairement. Etant près de mourir, il révéla son secret à sa soeur en toute confiance, et ses héritiers en firent autant les uns aux autres. Longtemps après, saint Jean révéla. à un saint moine, nommé Marcel, habitant la même caverne, que sa tête s'y trouvait. Le fait se passa de la manière suivante Pendant son sommeil il lui semblait qu'une grande foule s'avançait et disait : « Voici que saint Jean-Baptiste vient. » Il vit ensuite le saint conduit par deux personnages, l’un à sa droite et l’autre à sa gauche. Or, tous ceux qui s'approchaient recevaient une bénédiction. Marcel s'étant approché se prosterna à ses pieds, mais le saint précurseur le fit lever, et le prenant par le menton, il lui donna le baiser de paix. Alors Marcel lui demanda: « Seigneur, d'où: êtes-vous venu chez nous? » Saint Jean répondit: « De Sébaste. » Quand Marcel fut éveillé, il fut fort étonné de cette vision; mais une autre nuit qu'il dormait, quelqu'un vint le réveiller; après quoi, il vit une étoile brillante arrêtée sur la porte de sa petite cellule. Il se leva et voulut la toucher, mais elle se posa ailleurs. Alors il suivit l’étoile jusqu'à ce qu'elle se fût arrêtée à l’endroit où se trouvait la tête de Jean-Baptiste. Il y fouilla, trouva une urne contenant ce saint trésor. Quelqu'un, qui n'en croyait rien, mit la main sur l’urne, niais à l’instant sa main se sécha et resta attachée au vase. Alors ses compagnons s'étant mis en prières, il put retirer sa main, mais elle resta paralysée. Or, saint Jean lui apparut et lui dit: « Quand on déposera mon chef dans l’église, tu toucheras l’urne et tu seras guéri. » Il le fit, et fut guéri entièrement. Marcel rapporta ces événements à Julien, évêque d'Emèse. Ils prirent la tête et la transportèrent dans la ville. A partir de cette époque, l’on commença en cette ville à célébrer la décollation de saint Jean au jour, où, pensons-nous, le chef fut trouvé ou élevé, selon ce qu'en dit l’Histoire scholastique. Dans la suite on en fit la translation à Constantinople.

D'après l’Histoire tripartite (l. IX, c. XLIII), l’empereur Valens ordonna que le saint chef fût mis sur un char et transporté à Constantinople ; mais arrivé auprès de Chalcédoine, on ne put faire avancer le char, quels qu'aient été les moyens employés pour aiguillonner et presser les boeufs. On fut donc forcé de laisser là le chef. Mais, dans la suite, comme Théodose voulait l’enlever, il pria la vierge, aux soins de laquelle il était confié, de lui permettre de l’emporter. Elle y voulut bien consentir, dans la persuasion que, comme du temps de Valens, il ne se laisserait pas emporter. Alors le pieux empereur enveloppa le chef dans de la pourpre et le transporta à Constantinople où il lui fit bâtir la plus belle des églises. De là, il fut peu de temps après transporté à Poitiers dans les Gaules, sous le règne de Pépin. Plusieurs morts y furent ressuscités par ses mérites. — Or, de même qu'Hérode, qui avait fait couper la tête à saint Jean et que Julien qui brûla ses os, furent punis, de même aussi Hérodiade, qui avait suggéré à sa fille de demander la tête de Jean, reçut la punition de son crime, ainsi que la fille qui avait fait la demande. Quelques-uns disent qu'Hérodiade ne mourut pas en exil comme elle y avait été condamnée, mais alors qu'elle tenait dans les mains la tête de saint Jean, elle se fit un plaisir de l’insulter; or, par aine permission de Dieu, cette tète elle-même lui souffla au visage, et cette méchante femme mourut aussitôt. C'est le récit du vulgaire ; mais ce qui a été rapporté plus haut, qu'elle périt misérablement en exil avec Hérode, est affirmé par les saints dans leurs chroniques : et il faut s'y tenir. Quant à sa fille, elle se promenait un jour sur une pièce d'eau gelée dont la glace se brisa sous ses pieds, et elle fut étouffée à l’instant dans les eaux. On lit cependant dans une chronique qu'elle fut engloutie toute vive dans la terre. Ce qui peut s'entendre, comme quand on parle des Égyptiens engloutis dans la mer Rouge, on dit avec l’Ecriture sainte : « La terre les dévora. »

IV. La translation de son doigt et la dédicace de son église. On dit que le doigt avec lequel saint Jean montra le Seigneur ne put être brûlé. C'est pour cela que ce doigt fut trouvé par les moines dont il a été parlé. Dans la suite sainte Thècle le porta au-delà des Alpes et le déposa dans une église dédiée à saint Martin (Les éditions plus modernes disent saint Maxime.) Ceci est attesté par Jean Belette qui dit que sainte Thècle apporta ce doigt, qui n'avait pu être brûlé, des pays d'outre-mer en Normandie (J. Beleth dit la Mauritanie, c. CXLVII) où elle fit élever une église en l’honneur de saint Jean. On assure que cette église fut dédiée à pareil jour. C'est ce qui a porté le souverain Pontife à faire célébrer en ce jour cette fête dans l’univers entier. — Dans une ville des Gaules nommée Maurienne (Saint-Jean de Maurienne ainsi nommée à cause des miracles de saint Jean-Baptiste), se trouvait une dame remplie de dévotion envers saint Jean-Baptiste elle priait Dieu avec les plus grandes instances pour obtenir quelqu'une des reliques de saint Jean. Mais comme elle voyait que ses prières n'étaient pas exaucées, elle prit la confiance de s'engager avec serment à ne point manger, jusqu'à ce qu'elle eût reçu ce qu'elle demandait.

Après avoir jeûné pendant quelques jours, elle vit 'sur l’autel un pouce d'une admirable blancheur, et elle recueillit avec joie ce don de Dieu. Trois évêques étant accourus à 'l’église, chacun d'eux voulait avoir une parcelle de ce pouce, quand ils furent saisis de voir couler trois gouttes de sang sur le linge où était placée la relique, et ils s'estimèrent heureux d'en avoir obtenu chacun une (4).

Théodoline, reine des Lombards, fit élever et dota à Modoetia, près de Milan, une grande église en l’honneur de saint Jean-Baptiste. Dans la suite du temps, d'après le témoignage de Paul (5), Constantin; aussi bien que l’empereur Constance, voulant soustraire l’Italie à la domination des Lombards, demanda à un saint homme, doué de l’esprit de prophétie, quelle serait l’issue de la guerre. Celui-ci passa la nuit en prière et le lendemain matin, il répondit : « La reine a fait construire une église à saint Jean-Baptiste qui intercède continuellement pour les Lombards, et c'est pour cela qu'ils ne peuvent être vaincus. II viendra cependant un temps que ce lieu sera méprisé et alors les Lombards seront vaincus. » Ce qui fut accompli au temps de Charles. — Il est rapporté par saint Grégoire (6), qu'un homme d'une grande sainteté, nommé Sanctulus, avait reçu en sa garde un diacre pris par les Lombards, sous la condition que si ce diacre s'enfuyait, il serait, lui, condamné à perdre la tête. Sanctulus força le diacre à s'enfuir et à recouvrer la liberté. Alors Sanctulus fut conduit au supplice; et pour l’exécution on choisit le bourreau le plus robuste qui pourrait, sans le moindre doute, trancher la tête d'un seul coup. Sanctulus avait présenté son cou et le bourreau avait levé l’épée avec le bras de toute sa force, quand le patient dit : « Saint Jean, recevez-le. » A l’instant, le bras du bourreau se roidit et resta immobile avec l’épée en l’air; il fit alors le serment de ne frapper désormais plus aucun chrétien ; alors l’homme de Dieu pria pour lui et aussitôt il put baisser le bras.

(1) Eusèbe de Césarée, I. II; — Hist. ecclésiastique, c. XXVIII; — Sigebert, Chronique, an 394.

(2) Ou mieux, après la légende de sainte Paule, qui est à la suite de la conversion de saint Paul, c'est-à-dire, au 27 janvier.

(3) Socrate, Hist. ecclés., I. III, c. XVII ; — Sozomène; Nicéphore, l. X, c. XXXII-XXXIII.

(4) Saint Grégoire de Tours, De gloria martyr., 1. I, c. XIV.

(5) Histoire des Lombards, l. V, c. VI.

(6) Dialogues, l. III, c. XXXVII.

La Légende dorée de Jacques de Voragine nouvellement traduite en français avec introduction, notices, notes et recherches sur les sources par L'abbé J.-B. M. Roze, Chanoine Honoraire de la cathédrale d'Amiens Édouard Rouveyre, éditeur,   76, rue de Seine, 76 Paris MDCCCCII

SOURCE : https://www.bibliotheque-monastique.ch/bibliotheque/bibliotheque/voragine/tome02/126.htm

El Greco (1541–1614), John the Baptist, circa 1600, 67 x 63, Museu de Belles Arts de València


SAINT JEAN-BAPTISTE, PRÉCURSEUR DU MESSIE

In Les petits Bollandistes (24 juin t.VII)

Le temps approchait où, selon la parole d'Isaïe, les cieux devaient envoyer d'en haut leur rosée, les nuées faire descendre le Juste comme une pluie bienfaisante; où la terre devait ouvrir son sein pour produire le germe du salut, et voir en même temps surgir le règne de la justice.

Les semaines comptées par Daniel touchaient à leur fin. Déjà le sceptre de la puissance était tombé des mains de Juda, ainsi que l'avait prédit le patriarche Jacob, et les Juifs subissaient un joug étranger.

La puissance romaine s'était arrêtée dans ses conquêtes; le brandon des discordes civiles avait fait place au sceptre impérial ; Auguste dictait seul des lois à l'univers. Le monde entier était dans une profonde paix et dans une sorte de silence extraordinaire ; il semblait attentif et recueilli comme à l'approche d'un grand événement. Toute la nature était en attente, dit Bossuet.

C'est que la voix du Seigneur était sur le point de se faire entendre ; une grande lumière allait se lever sur les peuples : Dieu allait envoyer enfin son Christ, l'attente des nations.

Mais le Roi éternel des siècles ne devait pas arriver sans s'être fait précéder par quelque ambassadeur extraordinaire. Le soleil de la vérité divine ne pouvait verser sur le monde les torrents de sa lumière sans avoir préparé les yeux des mortels à soutenir son vif éclat. Il fallait un crépuscule à un si beau jour. « La faiblesse de notre vue en est la cause », dit encore Bossuet ; « le grand jour nous éblouirait, si nous n'y étions préparés et accoutumés par une lumière plus proportionnée à notre infirmité. Le monde est trop affaibli par son péché pour soutenir dans toute sa force le bonheur que Dieu lui envoie ».

Dieu, en réparant le monde, nous dit saint Thomas, procéda de la même manière qu'en le créant. Lors de la création, il plaça l'étoile du matin devant le soleil pour précéder et annoncer l'astre du jour; de même quand il voulut faire naître le Christ, le Soleil de la justice, il eut soin de susciter un nouvel astre du matin, qui, comme précurseur et avant-coureur du soleil, le précéderait et lui préparerait la voie par sa naissance, par sa vie et par sa mort.

Zacharie et Elisabeth

Zacharie, le père du Précurseur, était prêtre et de la famille d'Abia, l'une de celles qui servaient dans le temple, chacune en leur rang. Elisabeth, sa femme, était aussi fille d'Aaron, le premier pontife de la loi et l'origine du sacerdoce. Laissant de côté ses autres aïeux, qui pourtant se rattachaient à la race royale de David, l'Evangile rappelle qu'Elisabeth est fille de celui dont le souvenir est un gage de sainteté, parce qu'elle-même ayant recueilli précieusement ce glorieux héritage, devait le transmettre à son fils.

Mais ce qui faisait la véritable gloire de Zacharie et d'Elisabeth, et les rehaussait aux yeux du Seigneur plus que cette illustre origine, ce n'était pas de sentir couler dans leurs veines un sang auguste, c'était, au contraire, d'embellir cette illustre naissance par l'éclat non emprunté de leurs vertus. « Ils étaient tous deux justes n, non-seulement devant les hommes, qui examinent attentivement les actions extérieures, jugent d'ordinaire avec sévérité, et semblent ne se plaire qu'à voir partout des imperfections. Mais cette justice extérieure et apparente était encore intérieure et réelle devant Dieu lui-même, qui pénètre les cœurs et les reins, et juge les intentions les plus secrètes. La vertu et la sainteté de ces pieux enfants d'Aaron étaient ainsi la raison de leur amour réciproque, et les rendaient les modèles des époux.

Cependant, Dieu qui prive quelquefois les justes afin d'exercer leurs vertus et d'être à lui seul l'objet de leur affection et tout leur espoir ; Dieu, qui s'était plu à prodiguer ses grâces et ses faveurs spirituelles à Zacharie et à Elisabeth, les avait laissés jusque-là au milieu d'Israël, dans une sorte d'opprobre. Voulant nous les donner comme des modèles de persévérance dans la prière et de résignation dans la privation, le Seigneur s'était montré jusque-là sourd à leurs vœux. « Ils n'avaient point de fils » auquel ils pussent transmettre l'héritage du sacerdoce et des vertus, qui en sont la condition première. Ils étaient même depuis longtemps privés de tout espoir à ce sujet, « parce qu'Elisabeth était stérile, et qu'ils étaient tous deux avancés dans les jours de leur vie[1] ».

Cette stérilité, loin d'être une malédiction, était au contraire pleine de mystère. L'enfantement n'était pas refusé à Elisabeth; il n'était que différé. Heureuse stérilité qui était réservée à donner le jour au Précurseur du Fils de Dieu.

Dès sa conception pleine de merveilles, Jean devait être le précurseur du Christ. Celui-ci, dit Bossuet, devait avoir une mère vierge ; c'était là sa prérogative. Et qu'y avait-il qui approchât davantage de cet honneur que de naître d'une stérile, comme un autre Isaac, comme un Samson, comme un Samuel : ces enfants miraculeux de femmes stériles sont des enfants de grâces et de prières. C'est par là que fut consacrée la naissance de saint Jean-Baptiste pour être l'avant-courrière de celle du Fils de Dieu.

La semaine où la famille d'Abia devait faire le service du sanctuaire étant arrivée, Zacharie quitta sa demeure pour aller au temple « y remplir devant Dieu la fonction de sacrificateur ». Comme tous les prêtres d'une famille ne pouvaient être occupés aux mêmes fonctions, le sort assignait à chacun d'eux l'office qu'il avait à remplir. Dieu choisit ce moyen pour appeler Zacharie dans l'intérieur du temple, afin d'offrir l'encens. Cette sorte de sacrifice était la plus solennelle de la religion, la plus pure et la plus agréable aux yeux du Seigneur.

Pendant ces augustes fonctions, cet « homme de désirs » laissa échapper de son cœur une prière plus ardente que le feu qui consumait son sacrifice, et plus agréable à l'Eternel que la suave odeur qui s'en exhalait. « Ô Dieu», s'écria-t-il, « que votre nom soit glorifié et sanctifié dans ce monde que vous avez créé selon votre bon plaisir ; faites régner votre règne; que la rédemption fleurisse, et que le Messie vienne promptement ».

Tout à coup un ange apparaît, se tenant debout à la droite de l'autel. A la vue du messager céleste aux vêtements éblouissants, à la face rayonnante, à la démarche majestueuse et céleste, Zacharie éprouve un trouble extraordinaire ; effet de cette crainte religieuse dont l'âme est occupée, lorsque Dieu se rend présent par quelque moyen que ce soit. L'impression des choses divines fait rentrer l'âme dans son néant; elle sent, plus que, jamais, son indignité: la frayeur qui accompagne ce qui est divin la dispose à l'obéissance.

Comme le premier effet de la présence divine est la frayeur dans le fond de l'âme, le premier effet de la parole portée de la part de Dieu est de rassurer celui à qui elle est adressée. L'ange voyant la frayeur de Zacharie, lui dit aussitôt : « Ne craignez point, Zacharie, car votre prière a été exaucée ; et Elisabeth, votre épouse, vous donnera un fils que vous nommerez Jean. Vous en serez dans la joie et le ravissement, et beaucoup de personnes se réjouiront de sa naissance; car il sera grand devant le Seigneur ; il ne boira point de vin, ni de tout ce qui peut enivrer, et il sera rempli du Saint-Esprit dès le sein de sa mère. Il convertira un grand nombre des enfants d'Israël au Seigneur leur Dieu; il marchera devant sa face dans l'esprit et la vertu d'Elie, pour convertir les cœurs des pères vers leurs enfants et rappeler les désobéissants à la prudence des justes, pour préparer au Seigneur un peuple parfait[2] ». - « A quoi connaîtrai-je la vérité de ce que vous nie dites ? » répondit Zacharie, « car je suis vieux et ma femme est avancée en âges ».

L'ange alors, pour dissiper tous ses doutes, lui répliqua par ces paroles imposantes : « Je suis Gabriel, un des esprits assistants devant Dieu ; et j'ai reçu mission de venir vous parler pour vous annoncer cette heureuse nouvelle. Et voici que vous serez sourd et vous ne pourrez parler, jusqu'au jour où ceci arrivera, parce que vous n'avez pas cru en mes paroles qui s'accompliront en leur temps».

Aussitôt, la parole expire sur les lèvres de Zacharie, sa langue est enchaînée et ses oreilles scellées. La toute-puissance divine s'est fait sentir. Il n'a pas voulu croire à la parole de l'ange et il lui a opposé la résistance de sa raison ; mais il en sera puni en subissant un rigoureux silence, jusqu'au jour où la voix du Verbe sera révélée au monde.

Pendant que le sacrificateur s'entretenait ainsi avec l'ange du Seigneur, le peuple attendait à la porte du temple pour recevoir la bénédiction prescrite en cette circonstance ; mais les durs étaient dans une vive anxiété ; on remarquait déjà avec effroi que Zacharie demeurait longtemps dans le sanctuaire. Quelle impression d'étonnement et de crainte ne dut-il pas produire sur la foule, quand, sortant du lieu saint, il apparut à tous les regards portant sur son visage, jusque-là si serein et si calme, un changement inexplicable, mélangé de terreur et d'espérance, de confusion et de ravissement, résultat de l'entretien qu'il avait eu avec l'envoyé du Très-Haut ? Mais la crainte pénétra surtout les cœurs quand on s'aperçut que, privé de la parole et atteint de surdité, il était obligé de recourir à des signes pour se faire comprendre. On connut donc que Zacharie avait eu dans le temple une vision mystérieuse.

Le bruit de cet événement, que l'on hésite à nommer une punition, tant il fait briller la sagesse et la miséricorde de Dieu; la nouvelle de ce miracle se répandit bientôt dans Jérusalem et dans toute la Judée, et tint les esprits attentifs et impatients d'en connaître le dénouement; car Zacharie était connu de tout le peuple par ses fonctions sacerdotales, par ses vertus éminentes et par sa réputation de sainteté.

Saint Luc nous fait remarquer avec soin que le saint prêtre acheva sa semaine de service et n'interrompit point ses augustes fonctions dans le temple. Or, d'après la loi de Moïse, le double vice corporel dont il était atteint devait l'écarter de l'autel; mais il n'en fut point ainsi, parce qu'il était évident pour tous qu'il y avait ici quelque chose de prophétique et de mystérieux.

« Quand les jours de son ministère furent accomplis, Zacharie s'en retourna dans sa maison », tout triste, dit saint Paulin, et demandant pardon à Dieu dans le secret de son cœur.

Elisabeth, instruite de ce qui s'était passé dans le temple, soit par révélation d'en haut, soit par la renommée ou par ce que put lui en faire comprendre son époux, ne fut pas longtemps sans éprouver les effets de la promesse de l'ange, car elle conçut malgré les ans et sa stérilité.

La noble épouse de Zacharie ne voulut point exposer à la dérision publique les premiers signes d'une grossesse qui, à raison de son âge, aurait paru au moins équivoque. Mais elle ne craignit plus de se montrer lorsque sa grossesse, devenue incontestable, ne pouvait plus exciter que la surprise et l'admiration. C'est la raison la plus vraisemblable qu'on puisse donner de la conduite qu'elle observa en cette circonstance. « Elle se tenait donc cachée pendant l'espace de cinq mois, parce que c'est là, disait-elle, « ce que le Seigneur a fait en moi, lorsqu'il a voulu jeter les veux sur moi, pour me tirer de l'opprobre où j'étais devant les hommes[3] ».

La Visitation

« Elisabeth était dans son sixième mois, lorsque l'ange Gabriel fut envoyé de Dieu en une ville de Galilée appelée Nazareth, à une vierge fiancée à un homme de la maison de David appelé Joseph, et cette vierge se nommait Marie. L'ange étant entré où elle était, lui dit: Je vous salue, ô pleine de grâce, le Seigneur est avec vous; vous êtes bénie entre toutes les femmes. Mais elle, l'ayant entendu, fut troublée de ses paroles, et elle pensait en elle-même quelle pouvait être cette salutation. L'ange lui dit : Ne craignez point, Marie, car vous avez trouvé grâce devant Dieu. Vous concevrez dans votre sein, et vous enfanterez un fils à qui vous donnerez le nom de Jésus. Il sera grand et on l'appellera le fils du Très-Haut; le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David son père, il régnera éternellement sur la maison de Jacob, et son royaume n'aura pas de fin. Alors Marie dit à l'ange : Comment cela se fera-t-il car je ne connais point d'homme ? L'ange lui répondit : Le Saint-Esprit surviendra en vous, et la vertu du Très-Haut vous couvrira de son ombre ; c'est pourquoi le fruit saint qui naîtra de vous sera appelé le Fils de Dieu. Aussi, je vous annonce qu'Elisabeth, votre cousine, a conçu un fils en sa vieillesse, et c'est ici le sixième mois de celle qui est appelée stérile; parce qu'il n'y a rien d'impossible à Dieu. Alors Marie lui dit : Voici la servante du Seigneur, qu'il me soit fait selon votre parole». Ainsi l'ange se sépara d'elle[4].

«Dans ces jours-là », continue saint Luc, c'est-à-dire peu de jours après que l'ange eut annoncé à Marie qu'elle serait mère de Dieu, « elle se leva et s'en alla sur les montagnes, et marcha en grande hâte[5] ». Marie savait donc que le premier dessein du Verbe éternel, en s'incarnant, était de venir combattre et détruire le péché originel. Elle s'éleva donc d'abord à l'exécution de ce grand dessein, et, tenant caché dans son sein le souverain remède du monde, elle s'en va à grande hâte l'appliquer à Jean-Baptiste, que le péché originel avait déjà terni dans le sein de sa mère, sainte Elisabeth.

C'était donc par l'entremise de Marie que devait s'accomplir cette parole de Gabriel au sujet de saint Jean : « Il sera rempli du Saint-Esprit dès le sein de sa mère ».

Théophylacte  est donc bien éloigné de la vérité quand il donne pour but du voyage de Marie, le désir de s'assurer de la vérité de la parole de l'ange. Beaucoup d'autres auteurs, en assignant pour cause de cette démarche le désir de rendre service à Elisabeth, n'ont encore deviné qu'à demi les vrais motifs qui pressaient la vierge de Nazareth de porter ses pas vers Hébron. Cependant, comme partout la grâce ne fait que perfectionner la nature, Marie voulait aussi prendre part à la joie de sa cousine, lui communiquer son propre bonheur et témoigner ainsi sa reconnaissance à des parents dont la protection avait entouré son enfance, et l'avaient longtemps considérée comme leur fille.

Le lieu où la jeune vierge dirigea ses pas était un pays de montagnes, situé dans la tribu de Juda, et que les auteurs croient être Hébron, appelé aussi Cariath-Arbé, ville sacerdotale, au sud de Jérusalem, et éloignée seulement de sept fortes heures de cette ville. Cette cité était célèbre par son antiquité et par des traditions chères aux Juifs ; car Abraham y avait autrefois fixé sa tente ; là, David avait été sacré roi ; là se montraient encore les sépulcres des patriarches et la forêt de Mambré, où trois anges apparurent sous le térébinthe au père des croyants.

Nous devons dire cependant que les voyageurs qui ont parcouru le pays et consulté les traditions locales, pensent autrement au sujet de la patrie du saint Précurseur.

Sainte Hélène, mère du grand Constantin, et qui recueillit toutes les traditions à ce sujet peu de siècles après, fit bâtir une église sur le lieu même où était né Jean-Baptiste, dans une ville nommée Aïn ou Aën, ou Ain-Cha­rin, cité sacerdotale, environ à deux lieues au sud de Jérusalem. Ce n'est plus aujourd'hui qu'un village appelé Saint-Jean-du-Désert ou Saint-Jean­-de-la-Montagne. A peu de distance, environ deux cents pas, était la maison des champs que Zacharie habitait pendant la belle saison, et où Elisabeth s'était retirée lors de sa grossesse ; c'est cette maison que l'on croit être celle de la visitation de la sainte Vierge. Il ne reste plus que des ruines de l'église qui remplaçait cette demeure où se passa la première entrevue et la première manifestation du Verbe incarné.

Le vénérable Bède, le cardinal Hugo, Eckius, Clichtovée, pensent que la ville où Marie alla trouver Elisabeth n'était autre que Jérusalem.

Arrivés sur le revers d'une montagne, le petit village, appelé par les chrétiens Saint-Jean-de-la-Montagne, nous apparut sur le penchant d'une colline. A vingt minutes de distance, on trouve à côté du chemin des ruines assez considérables, qu'on appelle Mer-Sakaria; c'est là qu'habitait sainte Elisabeth quand elle fut visitée par la sainte Vierge... En nous dirigeant vers ce village, nous trouvâmes, à moitié chemin, une grande et belle fontaine, que les chrétiens nomment fontaine de la Vierge, parce que la sainte Vierge s'est évidemment servie de son eau, puisqu'il n'y en a pas d'autre dans les environs; les Arabes l'appellent Aïn-Karim... Nous arrivâmes de bonne heure au couvent, où nous attendait la plus amicale réception. Avant tout, je me rendis à l'église, accompagné du père gardien et de quelques religieux. C'est une des plus belles de la Terre-Sainte. A gauche du maître-autel, on descend par un bel escalier dans la chapelle de la nativité de saint Jean-Baptiste. C'est donc ici que Dieu manifesta sa miséricorde sur sainte Elisabeth, en lui donnant dans sa vieillesse un fils qui devait être grand devant le Seigneur.

« Le sanctuaire de la nativité de saint Jean est disposé comme celui de la nativité de notre Sauveur. Cinq bas-reliefs en marbre blanc, encadrés dans un fond noir, et qui ont environ quinze pouces de hauteur, représentent les principales scènes de la vie du Précurseur; sa naissance, sa prédication dans le désert, son martyre, la visitation, le baptême de Jésus-­Christ ; ils sont disposés en cercle autour du sanctuaire. Tout cela est d'un fort beau travail, et a été envoyé par le roi de Naples. Six lampes brûlent continuellement en ce lieu. Au-dessus il y a une table en marbre où l'on dit la messe. Sur l'autel est un beau tableau d'un maître espagnol ; il représente la naissance de saint Jean. Dans l'église supérieure, il y a un tableau de Murillo ».

Arrivée à la ville sacerdotale, Marie se fit conduire à la demeure bien connue de Zacharie. Elisabeth, instruite de la visite inattendue de sa cou­sine, vint à sa rencontre avec de grandes démonstrations de joie. En la voyant venir, la jeune vierge s'inclina, et posant la main sur son cœur : «La paix soit avec vous », dit-elle en se hâtant de la saluer la première, et en même temps elle se jeta dans ses bras.

Dès qu'Elisabeth s'entendit saluer par Marie, son enfant tressaillit dans son sein ; elle fut remplie du Saint-Esprit, et s'écria à haute voix : «Vous êtes bénie entre les femmes, et le fruit de vos entrailles est béni ; et d'où me vient ce bonheur que la mère de mon Seigneur daigne me visiter ? Car, au moment que j'ai entendu les paroles avec lesquelles vous m'avez salué, mon enfant a tressailli de joie dans mes flancs. Vous êtes heureuse, vous qui avez cru que les choses qui vous ont été dites de la part du Seigneur s'accompliraient[6] ».

Le Verbe incarné dans le sein de Marie s'était servi de la langue de sa mère pour parler à sa voix, c'est-à-dire à saint Jean, encore enfermé dans le sein d'Elisabeth ; et saint Jean se servit des oreilles de sa mère pour écouter le Verbe.

En effet, au moment où ces deux saintes femmes miraculeusement fécondes s'embrassèrent dans une étroite et mystérieuse étreinte, le Sauveur et le Précurseur n'étaient plus séparés que par deux légères murailles, comme dit saint Bernard ; alors est-il étonnant que la voix s'agite et tressaille en entendant et en sentant le Verbe ? Comment ne se serait-il pas opéré une multitude de merveilles en faveur du fils d'Elisabeth, en présence de son Dieu, à la parole de son Sauveur et en face de Marie ?

Aussi tous les Pères et les Docteurs de l'Eglise sont-ils unanimes à proclamer que dès ce moment le Précurseur du Christ reçut alors la première touche de la grâce, fut purifié du péché originel, jouit dès lors de l'usage de la raison, fut rempli de l'Esprit-Saint à un très-haut degré, et enrichi de toutes les vertus infuses, comme il convenait à sa haute et sublime mission.

L'humble vierge de Nazareth était loin de vouloir attribuer à ses propres mérites les faveurs et les bénédictions dont elle avait été prévenue par le Seigneur. Elisabeth avait à peine cessé de parler, que Marie s'empressa de faire remonter vers leur source les louanges, les prérogatives et la gloire qu'on venait de lui offrir ; elle composa, sous l'inspiration de l'Esprit-Saint, ce chant sublime qui faisait dire à Bossuet : Que dirai-je sur ce divin cantique ? Sa simplicité, sa hauteur qui passe mon intelligence, m'invite plutôt au silence qu'à parler.

Sainte Elisabeth et saint Jean-Baptiste se trouvèrent sans doute les seuls qui purent entendre le Magnificat prononcé pour la première fois, avec tant d'inspiration, par la voix si douce, si suave, si virginale, si angélique de Marie. Qui dira les transports que Jean dut ressentir en lui-même en écou­tant de nouveau la voix qui l'avait déjà fait tressaillir? Si la seule salutation de la mère du Christ fut pour lui une source de grâces et de privilèges, dont nous ne pourrions apprécier la richesse et l'étendue, que ne pro­duisit pas dans son âme, dès lors capable de mériter, une longue suite de paroles vraiment divines, accentuées avec la voix de la plus sublime pro­phétesse qui fût jamais ?

L'Evangile ne nous dit pas d'une manière précise si Marie était encore à Hébron à la naissance du fils d'Elisabeth. Origène et saint Ambroise l'af­firment positivement; le vénérable Bède dit même qu'elle était surtout venue pour cela. C'est le sentiment commun des commentateurs[7]. Est-il croyable, dit l'un deux, que Marie aurait quitté Elisabeth au moment où Jean allait naître, et qu'elle serait partie sans attendre la naissance de cet enfant du miracle ? N'était-elle pas plutôt impatiente de considérer de ses yeux et de toucher de ses chastes mains le Précurseur de son Fils?

Ce fut le vingt-cinq mars que la sainte Vierge reçut la visite de l'ange et conçut le Fils de Dieu. Elle n'alla pas de suite trouver Elisabeth, mais seulement quelques jours après, vers le dixième jour de la lune d'avril. C'est ce qu'insinue saint Lue. Elle resta donc avec sa cousine le reste du mois d'avril, tout le mois de mai, et ne s'en retourna que vers la fin de juin. L'Eglise, qui ne fait rien sans motif, a placé la fête de la Visitation, et consacré le souvenir de la présence de Marie chez Elisabeth, le 2 juillet, jour qui coïncide avec le lendemain de la circoncision de saint Jean. La raison de ce choix se devine facilement : c'est parce que la mère du Sau­veur fit ce jour-là ses adieux au père et à la mère du Précurseur. Au reste, les commentateurs nous autorisent plutôt à étendre qu'à restreindre les pa­roles de l'Evangéliste. 

La naissance miraculeuse du saint Précurseur

« Cependant », dit saint Luc, « le temps où Elisabeth devait accoucher s'accomplit, et elle enfanta un fils».

L'histoire scolastique de Pierre Comestor raconte, d'après l'autorité du livre des Justes, ou des Nazaréens, que le fils de Zacharie fut reçu à sa naissance par la très-sainte Vierge et qu'il eut ainsi le privilège d'avoir pour premier berceau le sein de celle qui portait le Verbe de vie dans ses entrailles. Saint Bonaventure nous dit, avec sa tendre et naïve piété, que Marie prit entre ses bras le fils qu'Élisabeth venait de mettre au monde ; elle le revêtit avec empressement, selon que sa position l'exigeait. Cet enfant fixait ses regards sur elle, comme s'il eût compris qui elle était; et lorsqu'elle voulait l'offrir à sa mère, il inclinait sa tête vers la Vierge, et semblait ne trouver de plaisir qu'en elle; Marie le caressait avec bonheur, le serrait dans ses bras et le couvrait de ses baisers.

Les parents et les voisins surent bientôt la grâce signalée que Dieu avait faite à Elisabeth » en lui enlevant l'opprobre de sa stérilité, et en la favorisant d'une délivrance heureuse, malgré sa vieillesse. Comme Zacharie et Elisabeth jouissaient de l'estime et de l'affection générale à cause du rang qu'ils occupaient et de la sainteté irréprochable de leur vie, chacun prit part à leur bonheur et leur offrit des félicitations.

Dieu, dit Bossuet, dispose avec un ordre admirable le tissu de ses des­seins. Il voulait rendre célèbre la naissance de saint Jean-Baptiste, où celle de son Fils devait aussi être célébrée par la prophétie de Zacharie ; et il importait aux desseins de Dieu, que celui qu'il envoyait pour montrer son Fils au monde, fut illustré dès sa naissance : et voilà que, sous le prétexte d'une civilité ordinaire, Dieu amasse ceux qui devaient être témoins de la gloire de Jean-Baptiste, la répandre et s'en souvenir. Car « tout le monde était en admiration » ; et les merveilles qu'on vit paraître à la naissance de Jean-Baptiste, « se répandirent dans tout le pays voisin et tous ceux qui en ouïrent le récit le mirent dans leur cœur, en disant : Que pensez­-vous que sera cet enfant? Car la main de Dieu est visiblement avec lui[8] ».

Or, le huitième jour qui suivait la naissance d'un nouveau-né était pour les Juifs un jour de fête et de réjouissance : car l'enfant recevait alors le signe de l'alliance que Dieu avait donnée à Abraham en lui prescri­vant la circoncision. Les prêtres et les parents de Zacharie, qui devaient circoncire l’enfant, ou l’honorer de leur présence cette circonstance solennelle, furent donc réunis selon l'usage. On jugeait qu'un enfant né sous de si heureux auspices devait être digne de porter le nom de son père, comme il devait hériter de ses biens et de sa dignité. On voulait donner à Jean un nom d'après l'usage du monde ; mais Jean était citoyen du ciel : c'est pourquoi un nom lui avait été apporté d'en haut. Ce n'était pas un nom de famille, mais un nom de prophète, dit saint Ambroise. Le parrain et la marraine étaient convenus de l'appeler Zacharie. Cette dernière, remettant l'enfant à Elisabeth, lui annonça qu'on lui avait donné le nom de son père. Mais la mère, à qui sans doute une révélation avait été faite d'en haut, prit la parole et dit : « Il n'en sera point ainsi, mais il sera appelé Jean ». On lui répliqua : « Il n'y a per­sonne de ce nom dans votre famille ». On était déjà surpris de la réponse d'Elisabeth.

Cependant Zacharie était resté jusqu'ici le témoin silencieux de tout ce qui se passait sous ses veux. Pendant que la joie épanouissait tous les visages, que l'espérance brillait sur tous les fronts de ses amis et de ses proches, et que toutes les bouches éclataient en actions de grâces ou en paroles d'admira­tion, Zacharie était toujours frappé de mutisme. Il suivait du regard, avec anxiété, tout ce que l'on faisait ; ne pouvant recueillir les paroles qui sor­taient des lèvres des assistants, il cherchait à pénétrer leurs pensées en lisant dans leurs yeux. Il n'ignorait point qu'il avait un rôle à remplir dans cette circonstance ; voyant s'accomplir à la lettre tout ce que l'ange lui avait prédit et annoncé, il s'étonnait de sentir sa langue toujours enchaînée. On s'aperçut sans doute de son anxiété, et on eut l'idée de l'interroger par signes et de le prendre pour arbitre du nom qu'il fallait donner à son fils. Alors « il demanda des tablettes, et il y écrivit ces paroles : Jean est son nom. Tous les assistants furent frappés d'une nouvelle admiration ». Mais elle fut bientôt à son comble.

A peine Zacharie a-t-il manifesté sa foi en écrivant le nom que l'on doit donner à son fils par ordre de Dieu, qu'aussitôt sa bouche s'ouvre et sa langue est déliée. L'obéissance lui fait recouvrer la parole dont il a été privé en punition de sa résistance. Mais quand la voix lui est rendue, il ne fait plus entendre seulement le son d'une voix humaine; car, rempli du Saint-Esprit, heureux de pouvoir enfin donner un libre cours aux transports de son âme, il s'abandonne à l'inspiration prophétique. Heureuse demeure de Zacharie et d'Elisabeth, où ont été chantés pour la première fois, en présence de la Voix du Seigneur et sous l'inspiration du Verbe de Dieu, et ce cantique incomparable de Marie, la plus heureuse des mères, et l'hymne enthousiaste de Zacharie, le plus fortuné des pères! Afin que ces deux chants de reconnaissance et d'amour entonnés à Hébron, l'un à la première manifestation du Christ et l'autre à la naissance de son Précurseur, soient constamment répétés jusqu'à la fin des âges, l'Eglise veut que « le jour annonce au jour cette parole, et que la nuit en donne connaissance à la nuit; il n'y a point de bouche ni de langue qui n'en fassent résonner les accents. Le son s'en est répandu dans toute la terre ; les mots en sont répétés jusqu'aux extrémités du monde[9]». Au déclin du jour, l’Eglise chante le cantique de la Vierge ; et l'écho du sanctuaire n'a pas encore cessé d'en redire les derniers accents, que déjà elle recommence l'hymne de Zacharie pour inviter l'âme à ranimer sa confiance et à redoubler sa ferveur, afin de terminer dignement «l'office des louanges» dont elle paie le tribut au Très-Haut, au moment où l'aurore, avant-courrière du soleil, comme Jean l'était du Christ, la vraie lumière, dissipe et chasse devant elle les ténèbres de la nuit.

« Béni soit le Seigneur », s'écrie Zacharie, « béni soit le Dieu d'Israël, parce qu'il a visité et racheté son peuple, et qu'il nous a suscité une puissance de salut dans la maison de David son serviteur, ainsi qu'il l'avait annoncé par la bouche de ses saints Prophètes depuis le commencement des siècles; qu'un jour il nous sauverait de nos ennemis et de la main de ceux qui nous portent de la haine, en faisant miséricorde à nos pères et en se souvenant de son alliance sainte. Il en a fait le serment à Abraham notre père; il lui a juré qu'il se donnerait à nous, afin qu'étant libres de toute crainte et délivrés de nos ennemis, nous le servions dans la sainteté et la justice, marchant en sa présence tous les jours de notre vie ».

« Et toi, petit enfant, tu seras appelé le prophète du Très-Haut, car tu marcheras devant la face du Seigneur pour préparer ses voies, pour donner à son peuple la science du salut, afin qu'il obtienne la rémission de ses péchés, par les entrailles de la miséricorde de notre Dieu, suivant laquelle ce soleil levant nous a visités d'en haut, pour éclairer ceux qui étaient ensevelis dans les ténèbres et les ombres de la mort, et conduire nos pas dans le chemin de la paix».

Les miracles de la grâce s'ajoutaient les uns aux autres avec un enchaînement merveilleux. Aussi l'Evangile observe que tous « ceux qui demeuraient dans les lieux voisins furent saisis de crainte. Le bruit s'en répandit dans tout le pays des montagnes de Judée. Et tous ceux qui entendaient ces merveilles les conservaient dans leur cœur, et disaient entre eux : Que pensez-vous que sera un jour cet enfant? Car la main du Seigneur était avec lui ». Zacharie était le seul qui eût la réponse à cette question ; l'archange lui avait appris que sou fils « serait grand devant Dieu ». Cette grandeur il allait l'inaugurer.

La consécration de saint Jean

Moïse avait ordonné aux Juifs de consacrer au Seigneur leurs fils premiers-nés, leur laissant la faculté de les racheter moyennant une rançon de cinq sicles d'argent qu'ils offraient aux prêtres[10]. Mais les enfants de Lévi devaient rester attachés au service de l'autel; ils ne pouvaient donc être rachetés par leurs parents.

Les jours étant écoulés où la mère de Jean dut s'occuper de présenter un sacrifice pour se faire déclarer purifiée de la souillure légale que les mères contractaient dans leur enfantement, Elisabeth se mit en route pour Jérusalem, accompagnée de son époux, et portant entre ses bras le saint Précurseur qu'elle allait consacrer irrévocablement au Seigneur. Les parents et les amis qui s'étaient réjouis à la naissance de cet enfant, qui avaient été témoins des miracles déjà accomplis et observaient que «la main du Seigneur était avec lui », ne purent manquer de se réunir pour faire cortège à Zacharie et à Elisabeth dans cette circonstance.

Jean fut donc porté par ses parents dans ce même temple de Jérusalem, naguère encore le théâtre de l'apparition de l'ange Gabriel et du miracle qui avait annoncé sa naissance. Elisabeth, s'arrêtant dans la partie du temple réservée aux personnes de son sexe, offrit aux prêtres un agneau pour être immolé en holocauste, et le petit d'une colombe en sacrifice pour le péché, afin de satisfaire ainsi à la loi de la purification. Pour Zacharie, prenant entre ses bras le fils que Dieu lui avait donné dans sa miséricorde, il s'avança jusque dans l'intérieur du temple réservé aux prêtres, renouvela l'offrande qu'il en avait déjà faite dans le secret de son cœur, et le présenta à ses frères dans le sacerdoce pour faire inscrire son nom dans le registre destiné à établir la descendance des enfants d'Aaron, et constater ses droits au service de l'autel.

Le fils de Zacharie reçut, dans cette circonstance, un triple caractère de sainteté ; car il fut présenté comme premier-né de sa mère, ainsi que l'avait prescrit Moïse[11] ; comme fils d'un pontife, il fut offert pour le service du temple et de l'autel, et destiné à remplir un jour les fonctions de sacrificateur, selon les prescriptions de la loi et les intentions de ses parents. Enfin, il fut consacré comme Nazaréen, d'après l'ordre de l'ange qui avait annoncé « qu'il ne boirait point de vin ni d'aucune liqueur enivrante ». Or, la loi disait à ce sujet : « Il sera Saint, laissant croître les cheveux de sa tête. Pendant tout le temps de sa séparation, il sera Saint et consacré au Seigneur[12]». Les Nazaréens étaient chez les Israélites ce que sont les religieux parmi les chrétiens. Leur institution, que l'on pouvait embrasser sans distinction de sexe, pour un temps ou pour toujours, avait Dieu même pour auteur.

Elisabeth et Zacharie avaient vu à regret s'éloigner de leur demeure hospitalière l'humble Vierge qui portait dans ses flancs le fruit béni, espoir et salut du monde ; mais leurs cœurs ne s'étaient point séparés d'elle. Leurs vœux et leurs bénédictions avaient suivi Marie à Nazareth. Zacharie avait veillé sur la jeunesse de Marie, avec une sollicitude paternelle, pendant toutes les années qu'elle passa au temple avant d'être donnée pour épouse au chaste Joseph. Pouvait-il ne pas la suivre de son attention et de son amour jusque dans l'atelier de l'artisan, surtout depuis qu'il connaissait le secret de sa grossesse mystérieuse ? Les devoirs de sa charge l'appelaient fréquemment à Jérusalem, où affluaient chaque jour les enfants d'Israël venant de tous les points du pays. Il ne pouvait donc manquer d'entretenir des relations intimes et fréquentes avec la mère de son Sauveur et avec Joseph qu'il lui avait donné pour gardien de sa vertu. Les saints époux de Nazareth auraient-ils pu avoir des secrets pour un parent, un protecteur, un prêtre, à qui Dieu avait révélé tout le mystère et qu'il avait doué du don de prophétie?

Il est donc impossible de supposer que Zacharie et Elisabeth n'aient pas été instruits de l'époque où Marie devait mettre au monde l'Attente des nations ; ils ne pouvaient donc pas ignorer davantage le voyage qu'elle fut obligée de faire à Bethléem pour obéir à l'édit de César. Quand les bergers eurent raconté les merveilles qui leur avaient été annoncées par les anges, et dont ils avaient été témoins à la grotte, Zacharie et Elisabeth furent sans doute dans l'admiration comme tous ceux qui en entendirent le récit; car leur habitation n'était pas à une demi-journée de marche de Bethléem; mais nous ne pouvons croire qu'ils se bornèrent à une admiration stérile, comme paraissent avoir fait les Juifs.

Sans doute, et nous le répétons encore, nous ne pouvons émettre ici que des conjectures; l'histoire nous fait défaut en ceci comme en beaucoup d'autres points. Mais ce qui devait se faire d'après les coutumes et les prescriptions saintes d'une nation qui avait Dieu même pour législateur, était la règle de conduite de Zacharie et d'Elisabeth. Avaient-ils besoin, d'ailleurs, de consulter les usages ordinaires en pareille circonstance, quand la charité, l'affection, la piété et l'admiration les entraînaient par un transport de reconnaissance vers le Seigneur qui déjà les avait prévenus de sa visite? Bethléem était sur le chemin qui conduisait d'Hébron à Jérusalem, où Zacharie était appelé fréquemment par sa piété non moins que par ses fonctions.

Il n'est donc point étrange de croire et d'avancer que de la crèche qui lui servait de trône, au milieu des langes qui lui tenaient lieu de pourpre, dans l'étable dont il faisait son palais, Jésus-Christ compta, parmi ses premiers adorateurs, Zacharie et Elisabeth, empressés de lui présenter le saint Précurseur pour lui faire hommage de ce qu'ils avaient de plus cher et de plus précieux au monde, et attirer sur lui de nouvelles bénédictions.

Nous ne pourrions dire combien de temps Zacharie et Elisabeth demeurèrent à Bethléem auprès de la sainte famille, aux besoins de laquelle ils s'empressèrent de pourvoir, sans aucun doute. Mais la cérémonie de la circoncision du divin enfant dut être pour eux un nouveau motif de s'y trouver. On sait en effet que, dans cette circonstance, il y avait concours des parents et des amis. Or, quels parents et quels amis auraient pu prêter leur assistance à Joseph et à Marie dans la ville de Bethléem, où ils n'avaient pu trouver d'autre asile qu'une étable? Zacharie et Elisabeth devaient donc être là quand le Fils de Dieu fut soumis à la circoncision, proclamant ainsi qu'il se faisait esclave de la loi.

Ce fut cinq jours après la circoncision, et le treizième après la naissance du Fils de Dieu, selon le sentiment le plus communément reçu par les doc­teurs, que les Mages vinrent déposer leurs offrandes aux pieds du fils de Marie. Nous ne hasarderons aucune assertion relativement à la présence de Zacharie et d'Elisabeth à cette touchante et mystérieuse adoration des fils de l'Orient, se prosternant humblement devant la crèche de Bethléem. Toutefois il n'y a pas lieu de douter que Zacharie n'ait été instruit de l'arrivée des Mages ; car il était compté parmi les princes des prêtres. Or, Hérode avait ordonné que le sanhédrin fût réuni au complet pour le consulter au sujet du lieu où devait naître le Messie ; il avait veillé à ce qu'il n'y manquât pas un seul des princes des prêtres, un seul des scribes ou des docteurs qui interprétaient la loi et l'expliquaient au peuple. Et congregans omnes principes sacerdotum et scribas populi. Ainsi tout nous porte à croire que quand Joseph et Marie se présentèrent à l'entrée du temple, quarante jours après la naissance de Jésus, afin de satisfaire aux prescriptions de la loi, le prêtre Zacharie était là pour les recevoir, les introduire, et leur servir d'intermédiaire; et qu'Elisabeth les accompagnait, portant le saint Précurseur.

Outre les inductions que nous aurions à fournir au sujet de cette affirmation, nous pouvons invoquer ici l'autorité de l'histoire. Ceux qui ont écrit la vie de la mère de Dieu racontent, en effet, que se présentant pour satisfaire au précepte de la purification, elle se plaça dans le temple du côté assigné aux vierges. Les prêtres voulurent l'en éloigner ; mais Zacharie s'y opposa, en soutenant que son enfantement n'avait pas porté atteinte à sa virginité, et par là il s'attira leur haine, et plus tard leur vengeance.

Le père du Précurseur fut donc témoin du bonheur de Siméon, ce saint vieillard qu'une étroite amitié, aussi bien que les fonctions du même sacerdoce, rendaient cher à Zacharie. Il lui entendit prophétiser son cantique d'actions de grâces au Seigneur, et prédire à Marie que son enfant serait pour la ruine et la résurrection de plusieurs en Israël ; prédiction qui devait commencer bientôt à s'accomplir à son égard.

L’assassinat de Zacharie

Cependant Hérode envoya ses satellites les plus dévoués à Bethléem, dé­signé par les docteurs d'Israël comme le lieu de la naissance, et, par suite, de la résidence du Messie ; et il leur ordonna de mettre à mort, dans cette ville et dans les lieux voisins, sans délai, sans pitié et sans distinction, tous les enfants mâles depuis l'âge de deux ans et au dessous, selon le temps qui lui avait été indiqué par les Mages[13]. En immolant tous les enfants depuis l'âge de deux ans, il pensait être sûr de conjurer le péril qu'il redoutait. Ce massacre des enfants de Bethléem, d'après l'opinion des auteurs[14], n'eut lieu qu'environ deux ans après la naissance du Sauveur; il est mentionné par Macrobe[15], qui ajoute que l'un des fils même d'Hérode tomba sous les coups des émissaires, trop fidèles exécuteurs de ses ordres. Quatorze mille enfants, disent quelques-uns, auraient été ainsi victimes de la fureur de ce tyran.

Mais ce massacre général ne donnait pas au despote la certitude d'avoir fait mourir celui qu'il regardait comme un rival et compétiteur de son trône ; devenu soupçonneux à l'excès, il voulut faire périr aussi le fils de Zacharie. Les merveilles qu'il avait entendu raconter au sujet de la conception et de la naissance de Jean étaient bien capables, en effet, de le faire passer dans son esprit ombrageux pour le Messie, puisque les Juifs eux­-mêmes partagèrent plus tard cette persuasion. Il donna donc des ordres exprès pour faire égorger aussi le saint Précurseur; mais, cette fois encore, Dieu n'en permit pas l'exécution.

Ce tyran envoya donc des soldats trouver son père Zacharie, lui disant :

« Où avez-vous caché votre fils ? » Il répondit en ces termes : « Par le Dieu dont je suis le prêtre et que je sers dans son temple, je ne sais pas où est mon fils ». Et les satellites allèrent en rendre compte à Hérode. « Eh quoi », dit ce prince en colère, « son fils doit-il régner sur Israël ? » Et il envoya ses serviteurs auprès de Zacharie, avec ordre de lui répéter: « Dites la vérité où est votre enfant ? Ne savez-vous pas que votre sang est sous ma main ? » Et les sicaires partirent et rapportèrent ces paroles à Zacharie. « Dieu m'est témoin », répondit-il, « que je ne sais où est mon fils. Pour vous, versez mon sang, vous le pouvez; Dieu recevra mon âme, car vous répandrez le sang innocent ».

Hérode avait eu jusque-là du respect pour Zacharie; mais ce respect était-il capable d'imposer toujours silence à la colère et à la vengeance d'un tyran qui faisait, de sang-froid, égorger deux de ses fils, et massacrer la plus chère de ses femmes? Il comptait, d'ailleurs, sur le silence ou la connivence des Juifs, à qui le saint vieillard était devenu odieux pour avoir parlé de la virginité de la mère du Christ[16]. Hérode poussa donc l'impiété et la fureur jusqu'à le faire poursuivre dans l'enceinte sacrée où ce saint pontife exerçait des fonctions qui eussent dû le protéger : Zacharie fut massacré entre le temple et l'autel. Tertullien rapporte que l'on voyait encore, de son temps, des taches du sang de Zacharie imprimées en caractères indélébiles sur le pavé où s'était accompli ce sacrilège homicide.

Ainsi mourut cet illustre sacrificateur; ses vertus l'avaient rendu digne du martyre, et il mérita d'être loué par le Saint-Esprit lui-même. Père du plus grand des simples mortels et du plus glorieux des Prophètes, il fut lui-­même le dernier écho de l'esprit prophétique qui avait animé jusque-là le sacerdoce vieilli d'Aaron, et éclairé la synagogue expirante. L'Eglise chrétienne le compte parmi ses Saints, et honore sa mémoire le 5 novembre. Les Grecs regardent saint Zacharie comme un prêtre, un prophète et un martyr. Usuard, Adon et d'autres Latins le vénèrent aussi comme un prophète, le 5 novembre; et le martyrologe romain y joint avec lui Elisabeth, sa femme.

Les prêtres allèrent au temple à l'heure de la prière; mais Zacharie ne se présenta point à leur rencontre pour leur offrir sa bénédiction, selon la coutume. Ils s'abstinrent de le saluer et de louer le Très-Haut. Remarquant aussi qu'on tardait de leur ouvrir, ils craignaient d'entrer. Cependant, un d'entre eux, plus hardi, s'avança; mais il revint annoncer aux autres que Zacharie avait été tué. A ces mots, ils se déterminèrent à entrer ; ils virent ce qui était arrivé, et remarquèrent que les lambris du temple gémissaient et étaient déchirés depuis le haut jusqu'en bas. On ne trouva point le corps de la victime; mais son sang répandu dans le vestibule était devenu comme de la pierre. Les prêtres, saisis de crainte, sortirent de l'enceinte et annoncèrent au peuple que Zacharie avait été mis à mort. A cette nouvelle, toutes les classes du peuple prirent le deuil, et on pleura pendant trois jours et trois nuits. Après ces trois jours, les prêtres tinrent conseil pour lui donner un successeur. Le sort tomba sur Siméon.

L’enfance de saint Jean

Pendant que la fureur d'Hérode cherchait à s'assouvir sur Zacharie, Elisabeth, privée d'appui et de soutien, et n'osant implorer aucun secours humain, dans la crainte de se voir enlever son précieux dépôt, fuyait, emportant dans ses bras et serrant contre son cœur l'enfant de la promesse; elle demandait aux montagnes et aux rochers une retraite inconnue et un abri protecteur pour son fils. On dit que, dans sa douleur et son délaissement, cette mère désolée, mais confiante cependant et résignée, ne craignit pas d'implorer auprès des rochers du désert une grâce qui lui eût été refusée par les satellites du tyran, et que, sur sa prière, Dieu lui offrit un asile en ouvrant les flancs d'un rocher qui se referma sur elle. Le Seigneur confia la mère et l'enfant aux soins et à la garde d'un ange. On ajoute qu'Elisabeth mourut quarante jours après.

Jean, persécuté, poursuivi et voué à la mort dès son enfance, avait évité miraculeusement le glaive meurtrier qui valut aux enfants de Bethléem le bonheur de verser les premiers leur sang pour Jésus-Christ. Cependant il ne devait point pour cela être privé de la gloire du martyre.

Privé d'un père que Dieu semblait lui avoir donné pour le préparer dignement à sa haute destinée; délaissé, n'ayant pas encore trois ans, par une mère digne d'avoir un fils proclamé sans égal par la Vérité même, le saint Précurseur ne put jouir longtemps des délicieux embrassements de l'une, ni recevoir de l'autre les enseignements de vertus, de science et de sainteté qui en faisaient la gloire d'Israël.

Mais « la main du Seigneur était avec lui », ajoute saint Luc ; et sa Providence veillait sur ses jours. Dieu, qui nourrit chaque jour les oiseaux du ciel, avait autrefois pourvu miraculeusement aux besoins du fils d'Agar, qui n'était point l'enfant de la promesse; il avait alimenté, pendant quarante ans, un peuple tout entier dans un désert aride; et, plus tard, il confiait à un corbeau le soin de porter au premier Elie le pain de sa journée. Il voulut aussi protéger les jours du fils de Zacharie, et il chargea ses anges de le nourrir et de l'élever.

Selon la pensée de saint Jean Chrysostome et de saint Augustin, Dieu semble avoir agi envers le Précurseur comme vis-à-vis du premier homme; lorsqu'il eut créé Adam dans la plaine de Damas, il le transporta aussitôt dans le paradis pour le perfectionner et le protéger. Il mit aussi Jean dans le désert comme dans un paradis; c'est là, en effet, que Dieu perfectionne ses Saints en leur donnant une idée de sa gloire, que l'on ne peut considérer que dans la retraite. Il ne voulait pas faire élever au milieu du monde le prédicateur de la vérité ; car elle n'est point connue dans le monde, et surtout dans les palais. C'est ainsi qu'il retira Moïse de la cour de Pharaon, où il était élevé trop délicatement, et l'envoya dans le désert de Madian.

« Ce que Dieu fait dans cet enfant est inouï », dit Bossuet[17]. « Celui qui, dès le sein de sa mère, avait commencé à éclairer saint Jean-Baptiste et à le remplir de son esprit, se saisit de lui dès son enfance. Que ne faut-il point penser d'un jeune enfant qu'on voit tout d'un coup, après le grand éclat que fit sa naissance miraculeuse, disparaître pour être seul avec Dieu, et Dieu avec lui ? Loin du commerce des hommes, il n'en avait qu'avec le ciel. Qui n'admirerait cette profonde retraite ? Que ne lui disait pas ce Dieu qui était en lui ? Il ne faut donc point s'étonner si l'Evangile dit de lui ces paroles bien dignes de remarque : « Cependant l'enfant croissait et se forti­fiait en esprit, et il habitait dans le désert jusqu'au jour de sa manifestation en Israël  ».

L'Evangile ne nous fait point connaître les déserts où saint Jean-Bap­tiste passa sa vie, jusqu'à ce qu'il plût au Seigneur de l'envoyer prêcher. Mais la tradition a recueilli précieusement tout ce qui pouvait mettre sur les traces et faire suivre les pas de celui qui préparait les voies au Messie.

Antoine Aranda, religieux de l'Ordre de Saint-François, qui avait exploré avec beaucoup de soins la Terre-Sainte, raconte que le Précurseur habita dans trois endroits différents. A cinq milles de Jérusalem, dit cet auteur, se trouve une bourgade qui possède un temple bâti sur le lieu même où se trouvait la maison de Zacharie et d'Elisabeth. On y visite une chapelle célèbre par la naissance de saint Jean-Baptiste. Non loin de là se trouve une autre église que l'on dit aussi avoir été une maison de Zacharie ; on croit que c'est le lieu où la sainte Vierge alla visiter Elisabeth. A la distance d'un mille se trouve une vallée étroite et profonde. Cette vallée est adossée à un rocher dans lequel se voit une caverne taillée dans le roc. C'est dans cette caverne, dit-on, que Jean passa son enfance. C'est là le premier désert habité par le Précurseur ; il se trouve à six milles de Jérusalem.

Non loin de cette grotte, située dans la vallée du Thérébinte, se trouve une petite éminence dominée par un rocher. Les traditions locales, au rapport des voyageurs modernes, disent que le saint solitaire adressait la parole au peuple du haut de ce rocher, qui porte encore aujourd'hui le nom de Chaire de saint Jean-Baptiste.

Parvenu à un âge plus avancé, dit encore la tradition, il se retira dans un autre lieu, et s'ensevelit dans une solitude proche d'Hébron, à huit milles au sud de Jérusalem. C'est là qu'il habitait quand la voix de Dieu lui ordonna d'aller commencer sa mission.

La retraite au désert

Sur l'ordre du Seigneur, il vint dans un vaste désert en-deçà du Jourdain, non loin de Jéricho ; c'est le troisième désert qui lui servit de retraite.

Jean Moschus rapporte, sur la foi d'une révélation, que Jésus-Christ vint plusieurs fois visiter saint Jean dans un désert nommé Samsas, situé à environ un mille au-delà du Jourdain. Saint Bonaventure dit que Jean habitait un désert peu éloigné du lieu où les Hébreux, sous la conduite de Josué, franchirent miraculeusement le Jourdain à leur retour d'Egypte. Si l'on en croit ce pieux docteur, l'enfant Jésus, revenant de l'exil avec Marie et Joseph, serait allé voir son Précurseur, déjà livré à la vie solitaire et pénitente. « Avec quel empressement », dit-il, « et quelle allégresse le fils de Zacharie reçut cette auguste visite ! Quel ne dut pas être son bonheur! La sainte famille serait restée quelque temps avec saint Jean, aurait partagé son frugal repas, et après l'avoir comblé de bénédictions ineffables, lui au­rait dit adieu en le laissant à ses saintes contemplations ».

« Saint Jean », dit Pierre de Blois[18], « préférait la solitude du désert aux sollicitudes du monde, la paix au fracas, la tranquillité au tumulte; il savait que la fuite et l'éloignement des hommes étaient sa plus forte sauvegarde contre la contagion des vices ». Cependant, nous ne pouvons douter qu'il ne quittât quelquefois son désert pour venir à Jérusalem satisfaire au précepte de la loi. Moïse avait prescrit aux Juifs de se présenter chaque année devant l'Éternel pour lui offrir le tribut de leurs adorations[19]; Jésus-Christ lui-même se conformait à cet ordre, comme nous l'apprend saint Luc[20]. Aucune raison ne nous autorise à croire que Jean-Baptiste ait dû s'en dispenser. Car, comme Nazaréen, comme prêtre, comme prophète et surtout comme précurseur du Messie, il était tenu d'observer les saintes prescriptions de la loi. Il nous est donc permis d'avancer qu'à la solennité de la Pentecôte ou des Semaines, à la fête des Tabernacles et à l'occasion de la pâque, le fils de Zacharie quittait sa solitude, se confondait sans doute dans la foule du peuple et allait présenter au Seigneur des adorations en esprit et en vérité. Sa chevelure de Nazaréen, sa figure austère, ses vêtements étranges, ne manquaient pas de fixer sur lui les regards et l'attention. Les âmes pieuses aimeront, dans ces circonstances, le voir se rencontrer quelquefois au temple, et manger la pâque avec Jésus, Marie et Joseph ; elles imagineront les doux entretiens, les saintes conversations qui devaient avoir lieu entre le Christ et son Précurseur ; car rien ne s'oppose à cette idée qui est plus qu'une fiction ; elle est, non-seulement vraisemblable, mais on lui trouverait toutes sortes de probabilités ».

Celui qui était « la vraie lumière» descendue du ciel pour « éclairer tout homme venant en ce monde » et pour se manifester à toute chair, restait jusque-là dans l'oubli le plus profond. Malgré les merveilles de sa naissance, révélées d'abord par les anges, racontées ensuite par les bergers et bientôt divulguées en tous lieux par les Mages et par les fureurs mêmes d'Hérode; malgré la courte, mais cependant lumineuse manifestation qu'il avait faite de lui-même dans le temple aux docteurs eux-mêmes, Jésus-Christ, le fils et l'héritier de David, le Messie, le Sauveur, qui faisait depuis si longtemps l'objet de l'attente des nations, demeurait toujours dans le plus profond oubli. Il brillait cependant, mais au milieu des ténèbres, et les ténèbres ne le comprenaient pas; il était dans le monde, et ce monde, ouvrage de ses mains, ne le connaissait pas ; il était venu parmi les siens, mais les siens ne le recevaient pas.

Ainsi le sceptre échappé des mains de Juda, la principauté enlevée à la nation, les semaines de Daniel écoulées, le pays en ruine, l'époque venue où chacun attendait le libérateur, l'accomplissement des prophéties, rien n'avait été capable de fixer l'attention des enfants d'Abraham sur Celui en qui cette race privilégiée devait être bénie. Déjà plus de trente ans s'étaient écoulés sans que le monde daignât s'occuper de Jésus, réputé fils d'un artisan ignoré, voué lui-même à un métier pénible et sans honneur, renfermé dans un étroit atelier, habitant une bourgade inconnue ; le Fils de Dieu, égal et consubstantiel au Père, le Verbe fait chair et revêtu de la forme de l'esclave, attendait le moment fixé pour sa manifestation en Israël. Venant pour sauver le genre humain que l'orgueil avait perdu, il voulait ainsi le guérir et le racheter par son propre abaissement. C'est pour cela qu'il consacra toute sa vie de Nazareth à un oubli aussi instructif et aussi méritoire, peut-être, que les humiliations glorieuses du Calvaire.

Mais il y avait des motifs profonds et mystérieux de cette conduite de la divine Providence. La parole de chacun de nous a besoin d'une voix claire et sonore pour se faire mieux entendre; ainsi le Verbe de Dieu fait chair eut besoin du témoignage de Jean, afin que les hommes en fussent moins scandalisés. Aussi, l'autorité de Jean servit à Jésus-Christ pour se justifier non­ seulement devant les simples, mais encore en face des envieux et de ceux qui se scandalisaient volontairement.

L’ange du Rédempteur

Jean-Baptiste, ajoute saint Augustin, remplissait mystérieusement le rôle de la voix; mais il n'était pas seul la voix ; car tout homme qui annonce le Verbe est aussi voix du Verbe. En effet, ce que le son de notre bouche est à l'égard de la parole que nous avons à l'esprit, c'est aussi ce qu'est toute âme pieuse envers le Verbe dont il est dit : « Au commencement était le Verbe, et le Verbe était en Dieu, et le Verbe était Dieu; il était au commencement en Dieu ». Quelles paroles augustes, et même quelles voix solennelles produit la pensée conçue dans le cœur ! Quels illustres prédicateurs fait surgir le Verbe qui habite en Dieu ! C'est lui qui a envoyé les patriarches, les Prophètes et le nombreux cortège de tous ceux qui ont parlé de lui avec tant d'éclat. Le Verbe, demeurant toujours dans le sein du Père, envoya des voix ; et, à la suite de ces voix nombreuses venues devant lui, il arriva lui-même seul comme sur son char, avec sa voix, dans sa chair. Réunissez donc, comme en une seule, toutes ces voix qui ont précédé le Verbe, et mettez-les toutes dans la personne de Jean-Baptiste. Il était à lui seul la récapitulation complète, la personnification auguste et mystérieuse de toutes ces voix. C'est pour cela qu'il est appelé proprement la Voix, car il était comme la figure, l'emblème mystérieux de toutes ces voix[21].

Saint Jean « n'était pas lui-même la lumière par essence; mais il était venu pour rendre témoignage à la lumière[22] » ; et tel était le caractère sublime de sa mission, que les docteurs n'ont pas craint de dire qu'il était nécessaire qu'il rendît témoignage à la lumière, et que dans l'ordre, ou du moins dans l'exécution des divins décrets, le Sauveur du monde, tout Dieu qu'il était, eut besoin du témoignage de saint Jean, et que ce témoignage a été nécessaire pour l'établissement de notre foi. Or, le Sauveur le reconnaissait lui-même lorsqu'il disait aux Juifs : « Si je rendais témoignage de moi-même, vous diriez », quoique injustement, « que mon témoignage n'est pas recevable ; mais en voici un autre qui rend témoignage de moi[23] ». Car, selon la pensée de saint Jean Chrysostome, expliquant à la lettre ce passage, cet autre, dont parlait Jésus-Christ, était saint Jean, son Précurseur. De plus, dans l'ordre des divins décrets, le témoignage de saint Jean était nécessaire pour l'établissement de notre foi; car le même évangéliste, qui nous apprend que Jean est venu pour rendre témoignage à la lumière, en apporte aussitôt la raison : « Afin que tous crussent par lui ». D'où il suit que notre foi en Jésus-Christ est originairement fondée sur le témoignage de ce grand Saint, puisqu'en effet c'est par lui que nous avons cru ; par lui que la voie du salut nous a été premièrement révélée ; en un mot, par lui que nous sommes chrétiens[24].

Il ne parlait pas de lui-même, dit saint Jean Chrysostome, mais il révélait les mystères de Celui au nom duquel il venait. C'est pour cela qu'il est appelé ange. Ce nom sous lequel le Précurseur se désignait lui-même d'après le Prophète, ne signifie autre chose que messager, ambassadeur; il n'indique pas nécessairement la nature des esprits célestes, ordinairement appelés anges ; mais il fait connaître une fonction auguste, que Dieu daigne quelquefois confier à des mortels. C'est ainsi que les prophètes Aggée et Malachie sont désignés sous ce nom, et que tous les prêtres, en général, sont appelés « anges du Dieu des armées ».

Jean-Baptiste n'avait pas la nature céleste des anges, comme l'ont cru quelques-uns des Juifs, et même des chrétiens illustres cependant par leur science, comme Origène ; car ils prétendaient que le fils de Zacharie n'était autre qu'un ange, incarné, comme le Fils de Dieu, pour être son précurseur et le servir sous la même forme d'esclave qu'il avait daigné aussi revêtir. C'est pour réfuter cette erreur que l'évangéliste saint Jean dit expressément, dès le début de son livre, que le Précurseur envoyé de Dieu était un homme.

Cependant, par un privilège de la grâce, Jean était un ange; car Dieu l'avait envoyé comme un héraut pour amener les hommes à Jésus-Christ. - Semblable aux esprits célestes, il n'avait point eu d'enfance, puisque, dès le sein de sa mère, il fut sanctifié, doué de l'esprit de prophétie et de l'usage de la raison; en effet, il connut dès lors, salua et adora son Dieu par un transport d'allégresse. - Par sa vie, qui n'était qu'un jeûne continuel, dit saint Basile, il semblait appartenir à la nature des anges. - Si, selon saint Bernard[25], l'homme chaste est comparable aux anges par son bonheur, et l'emporte sur eux par sa vertu, le fils de Zacharie doit occuper une place des plus glorieuses et des plus élevées dans la hiérarchie céleste ; car il puisa, pour ainsi dire, la chasteté en Dieu, qui voulut le faire naître dans des conditions exceptionnelles et toutes miraculeuses. - Le propre des anges est de voir sans cesse la face de Dieu[26] ; or, depuis qu'il eut reçu dans le sein de sa mère la visite du Fils de Dieu, Jean-Baptiste cessa-t-il un seul instant de vivre en sa présence, de se tenir devant lui et de le servir comme les anges se tiennent devant Dieu et le servent ? - Il fut, selon l'opinion de la plupart des docteurs, confirmé dans la grâce comme les anges, car il ne se laissa jamais aller à aucune faute. L'austérité de sa vie, la sévérité de sa pénitence, ses privations en fait de nourriture, de vêtements, de repos, de sommeil, qui faisaient de son existence un continuel martyre, lui obtinrent ce privilège que nous envions aux anges. C'est pourquoi saint Jean Chrysostome dit que sa vie était toute angélique; il vivait sur la terre comme s'il eût été au ciel. Triomphant des nécessités de la vie, il suivit une carrière que l'on ne peut assez admirer; car, sans cesse occupé à l'oraison, à la prière et aux louanges du Seigneur, il évitait toute société humaine, et Dieu seul était l'objet et le terme de ses conversations. - Les anges d'un ordre supérieur enseignent ceux qui sont au-dessous d'eux; ils purifient, éclairent et perfectionnent les hommes ; c'est aussi ce que fit Jean-Baptiste, selon ce qu'avait annoncé l'ange Gabriel à Zacharie : « Il convertira un grand nombre des enfants d'Israël au Seigneur leur Dieu; il marchera devant lui dans la vertu et l'esprit d'Elie, pour convertir les cœurs des pères vers leurs enfants, ramener les incrédules à la prudence des justes, et pour préparer au Seigneur un peuple parfait ». - Enfin, un dernier caractère qui rendait saint Jean semblable aux anges, c'est qu'il n'eut, comme eux, d'autre maître que le Saint-Esprit. Ce fut par ses soins qu'il connut les mystères les plus profonds, non pas selon les bornes d'une intelligence humaine, mais avec toute la pénétration d'un esprit céleste. C'est ce qu'enseignent saint Ambroise et saint Jean Chrysostome. C'est à l'école du Saint-Esprit que Jean reçut l'intelligence des Ecritures et même le pouvoir de parler et d'écrire avec l'au­torité des auteurs sacrés. C'est là qu'il puisa la science et le zèle qui lui étaient nécessaires comme docteur et comme prédicateur, pour concilier au Christ la foi du monde entier.

Après ces considérations générales propres à jeter plus de lumière sur la vie du saint Précurseur, reprenons le fil de son histoire.

Le premier anachorète

Nous savons, d'une manière générale, que le Sauveur commença d'abord par pratiquer, et ensuite seulement à enseigner. Mais en ceci encore, Jean-Baptiste devait être son précurseur. Avant d'élever la voix pour appeler les hommes à la pénitence, il l'avait pratiquée lui-même au plus haut degré ; avant d'enseigner la vertu, il en avait suivi les sentiers les plus ardus. En effet, il était revêtu de poils de chameau et, selon l'usage des Nazaréens, il avait autour des reins une ceinture de cuir, signe et emblème de la mortification et de la pénitence. Cet extérieur, rehaussé d'une longue chevelure ondoyante comme la portaient les Nazaréens, et qui rappelait le costume des anciens Prophètes, à lui seul était déjà une prédication. Car, comme le fait remarquer saint Grégoire, la grossièreté des habits de saint Jean était une preuve de sa mortification et surtout de sa rare humilité. On ne met, en effet, des habits précieux que par un motif de vaine gloire et dans le dessein de paraître plus honorable que les autres ; la preuve en résulte de ceci : que personne n'attache d'importance à être vêtu richement quand il ne doit pas être vu, et qu'il ne cherche point à paraître. Aussi, parmi les causes de la réprobation encourue par le mauvais riche, Jésus-Christ a-t-il soin de faire ressortir la splendeur de ses vêtements ; et en énumérant les reproches dont il accable les Pharisiens, il mentionne le luxe de leurs robes flottantes, ornées de franges magnifiques. Au contraire, en faisant l'éloge de son Précurseur, il demande si on l'a vu se vêtir avec mollesse. L'Ecriture nous fait voir partout que l'opulence des vêtements irrite le Seigneur, tandis que des habits abjects apaisent sa colère.

Par la manière de se vêtir, saint Jean ressemblait à Elie, dont le souvenir n'avait pas cessé d'être vivant parmi les Juifs. On voyait même dans ce nouveau prophète une vertu beaucoup plus admirable que dans celui de Thesbé ; car si celui-ci était autrefois vêtu comme aujourd'hui le fils de Zacharie, il habitait encore les villes et vivait ordinairement comme les autres hommes ; tandis que Jean demeurait dans la solitude depuis le berceau, et prenait sa nourriture en si petite quantité, que le Fils de Dieu a pu dire de lui, comme une chose connue de tous, qu'il ne mangeait ni ne buvait.

Etait-ce d'ailleurs une nourriture que le miel sauvage et les acrides[27] dont il sustentait son corps ? Car, non seulement il ne se nourrissait pas de pain et de vin, ni de la chair des animaux, des oiseaux ou des poissons qu'il au­rait eu la faculté de trouver dans le désert ou dans le Jourdain ; mais, selon Clément d'Alexandrie, il ne faisait usage ni des baies des arbres, ni des graines des plantes, ni de légumes.

On admet communément que saint Jean mangeait des sauterelles, nourriture vulgaire et assez ordinaire pour que la loi de Moïse contînt des dispositions à ce sujet, en les rangeant au nombre des animaux purs.

Cependant cette opinion, quoique généralement accréditée, est loin de réunir l'assentiment unanime des auteurs ; et ceux qui semblent avoir le mieux entendu et expliqué le mot de l'Evangile, disent formellement que la nourriture de saint Jean se composait de bourgeons des plantes et de jeunes tiges des arbres. C'est le sens de la version éthiopienne ; ce que disent formellement saint Athanase et Clément d'Alexandrie ; c'est aussi le sentiment de saint Isidore de Péluse, de Nicéphore, de Cajetan, de Bochard, etc.

Ce dernier auteur, dans la description qu'il fait de la Palestine, dit qu'il y a sur les rives du Jourdain des herbes connues sous le nom d'acrides, et dont les moines faisaient leur nourriture. - C'est ainsi que nous lisons dans la vie de saint Hilarion, que sa nourriture consistait en quelques figues et dans le suc des herbes[28].

Les habitants du pays, fondés sur les traditions locales, toujours si vivaces en Orient, se font un plaisir de montrer aux pèlerins de Terre-Sainte un arbuste dont le saint Précurseur faisait autrefois sa nourriture : c'est le caroubier.

« Les pauvres gens s'en nourrissent, ils en mâchent la pulpe ou la mêlent à l'eau. Parmi les arbres que l'on remarque sur la colline où se trouve la grotte de saint Jean, il y a encore aujourd'hui plusieurs caroubiers. Cet arbre s'appelle en allemand Arbre du pain de saint Jean, précisément parce qu'on croit que saint Jean se nourrissait de ses fruits. C'est aussi la nourriture dont il est parlé dans l'histoire de l'Enfant prodigue, qui eût été bien aise de s'en rassasier avec les pourceaux.

« Successeur des prophètes Elie et Elisée, qui vivaient d'herbes et de racines dans les grottes du mont Carmel, saint Jean a donc été le premier anachorète du christianisme, et son exemple a bientôt été suivi par des mil­liers d'autres. Dès les premiers siècles, ces déserts ont été peuplés par ses pieux imitateurs ».

Cette vie rude et rigoureuse, dit Bossuet, n'était pas inconnue dans l'ancienne loi. On y voit, dans ses prophètes, les Nazaréens, qui ne buvaient point de vin. On y voit, dans Jérémie, les Réchabites qui, non contents de se priver de cette liqueur, ne labouraient, ni ne semaient, ni ne cultivaient la vigne, ni ne bâtissaient de maisons, mais habitaient dans des tentes. Le Seigneur les loue par son prophète Jérémie d'avoir été fidèles au commandement de leur père Jonadab, et leur promet, en récompense, que leur institut ne cessera jamais. Les Esséniens, du temps même du Sauveur, en tenaient beaucoup. La vie prophétique qui paraît dans Elie, dans Elisée, dans tous les Prophètes, était pleine d'austérités semblables à celles de Jean-Baptiste, et se passait dans le désert, où ils vivaient pourtant en société avec leurs familles.

Mais que jamais on se fût séquestré du monde, et dévoué à une rigou­reuse solitude, autant et d'aussi bonne heure que Jean-Baptiste, avec une nourriture si affreuse, exposé aux injures de l'air, et n'ayant de retraites que les rochers, car on ne nous parle point de tentes ni de pavillons, sans secours, sans serviteurs et sans aucun entretien, c'est de quoi on n'avait encore aucun exemple[29].

Le prédicateur de la pénitence

Au premier aspect, il semble étrange et extraordinaire que le héraut de l'Evangile, le messager envoyé par Dieu même pour préparer la bonne nouvelle, débute dans la carrière par prêcher la pénitence. Pourquoi n'annonça-t-il pas plutôt la joie ? C'est que dans l'état de servitude où ils gémissaient, les enfants de Jacob attendaient un libérateur qui s'occupât uniquement, ou du moins principalement, de les rendre à leur liberté politique et à leur indépendance nationale. Ils avaient oublié, ou bien ils ne comprenaient pas sous quels traits les Prophètes avaient dépeint le Sauveur, l'Emmanuel qui devait venir opérer leur salut, s'occuper surtout de leurs âmes et leur proposer les biens d'une autre vie. Ils auraient salué avec acclamation un Messie restaurateur de leur patrie, cette terre promise si solennellement à leurs pères, et dont ils étaient cependant dépossédés par des Gentils. Ils se seraient imposé tous les sacrifices, auraient bravé tous les dangers, essuyé les fatigues et affronté la mort même, pour seconder les vues de ce libérateur et lui donner les moyens de les rendre à la liberté. Voilà pourquoi les Juifs étaient tenus, depuis quelque temps, dans une continuelle alerte, prêts à saluer le premier qui se montrerait comme le Messie, et à lui donner le concours de leurs biens et de leurs personnes.

Mais autant ils se trompaient sur la mission qu'ils supposaient à ce libérateur, autant ils se faisaient illusion sur les moyens à mettre en œuvre pour assurer et faciliter le succès de sa venue. Comme le Messie conquérant attendu par les Juifs, le Roi pacifique, qui était leur vrai libérateur, devait exiger de leur part une coopération et des sacrifices, mais d'un genre tout différent. Comme le royaume qu'il venait leur assurer et la délivrance qu'il allait leur offrir étaient tout surnaturels et divins, ainsi la coopération qu'il fallait y apporter devait aussi avoir un caractère exclusivement spirituel et céleste ; car ce qu'il voulait conquérir, assujettir à ses lois et soumettre à son empire, c'était le cœur des Juifs ; et il ne devait, pour cela, employer d'autres armes que celles de la pénitence. Son Précurseur, qui était chargé d'aller devant lui pour lui préparer la voie, ne pouvait donc pas prêcher autre chose.

C'est aussi pour cela que saint Jean-Baptiste, rappelant les paroles prononcées autrefois par Isaïe, déclare qu'il est lui-même chargé de les mettre à exécution, et appelle à cette guerre, à cette conquête d'un nouveau genre, en criant à tous : « Préparez la voie du Seigneur, rendez droits ses sentiers ». Ce langage métaphorique, ordinairement usité par les Prophètes, devait être compris par le peuple.

L'Evangile ne nous fait point connaître quel fut le sujet précis du premier discours que saint Jean-Baptiste adressa au peuple après avoir annoncé sa mission d'une manière générale. Selon saint Matthieu, il exhorta les Juifs à la pénitence, et en donna pour motif l'approche du royaume des cieux. D'après saint Marc, il vint baptisant et prêchant le baptême de pénitence pour la rémission des péchés. Ainsi il résulterait de leurs récits que le Précurseur aurait parlé, dès le commencement de sa prédication, de trois sujets différents : de la pénitence, du baptême et du royaume des cieux. Il ne nous semble pas néanmoins qu'il ait pu développer et faire comprendre ces différentes matières dans un seul discours; car elles exigeaient des explications de sa part. Nous pouvons donc supposer qu'il en fit trois instructions spéciales.

Les pharisiens croyaient expier toutes leurs fautes en pratiquant des ablutions fréquentes; et, dans leur orgueil, ils ne voyaient pas que sans le repentir et les larmes du cœur, la pénitence et les purifications du corps sont incapables de justifier devant Dieu. Or, ils avaient infecté tout le peuple du levain de leur doctrine.

Pour désabuser les Juifs de cette pernicieuse croyance, saint Jean-Baptiste se mit à prêcher la pénitence ; non plus seulement cette pénitence qui consistait à affliger momentanément et à laver le corps, et qui ne s'adressait point à l'âme pour humilier son orgueil et réprimer la concupiscence charnelle; mais cette pénitence intérieure qui consiste à briser, à déchirer le cœur pour en faire sortir le venin mortel que le péché y a laissé. Il annonça, en même temps, que cette pénitence du cœur opérait la rémission des péchés avec le secours d'un nouveau baptême, tout différent des ablutions légales et traditionnelles.

On ne peut nier, sans doute, que le dogme de la rémission des péchés ne soit au moins insinué sous le régime de la loi ; mais les sacrifices expiatoires, les pénitences satisfactoires avaient plutôt pour but de dissimuler les péchés devant Dieu que d'en opérer la remise. C'est ce qui a fait dire à saint Grégoire le Grand : Avant l'arrivée du Christ, on était incertain si ceux qui étaient tombés dans des péchés graves, pouvaient être pardonnés ; et la rémission des péchés a été inconnue d'un grand nombre.

Ainsi donc, il était réservé au saint Précurseur d'être le premier messager de la miséricorde et d'annoncer d'une manière formelle, positive et générale, le dogme consolant du pardon et du rachat des péchés par le moyen de la pénitence.

Il nous serait difficile, nous qui n'avons vécu que sous la loi de grâce et d'amour, de nous faire une idée de l'effet que cette annonce solennelle dut produire sur un peuple courbé, pour ainsi dire, sous le poids d'une loi de justice et de rigueur. La nouvelle d'une amnistie inattendue, qui rend un prisonnier à la liberté, un exilé à sa patrie, ou qui brise les fers d'un condamné, ne cause pas plus de joie, n'excite pas plus de transports.

Le Baptiste

Aussi, la foule du peuple se pressa bientôt autour du nouveau prophète avec un concours si extraordinaire, qu'Elie, ce prophète si vénéré pour la puissance de sa parole et de ses œuvres, ne vit jamais accourir une multitude si nombreuse, si empressée et si bien disposée à obéir. A la voix de Jean-Baptiste, tout cède, chacun se rend ; il fait autant de pénitents qu'il a d'auditeurs. Cependant, ceux qui se convertissent ne sont point frappés ni attirés par l'éclat de ses miracles ; car il n'en opéra aucun. Ce sont ses vertus et ses austérités qui font de si puissantes impressions sur l'esprit et sur le cœur de ceux qui l'écoutent. La sainteté de sa vie engage ceux qui l'entendent à réformer la leur; les plus voluptueux cessent de l'être en voyant un homme si mortifié.

Selon la prédiction de l'ange, le fils de Zacharie devait précéder le Fils de Dieu dans toutes ses voies ; son annonciation, sa naissance, sa pénitence, sa prédication étaient déjà des préparations à celles du Christ; il devait donc aussi le précéder par son baptême. Le baptême de saint Jean était, en effet, pour ceux qui se trouvaient animés de l'esprit de foi, ce que l'enseignement de la doctrine est pour les catéchumènes avant leur admission au sacrement de la régénération. En le conférant, saint Jean avait de plus l'occasion de faire sentir la nécessité de la purification intérieure et de la pénitence du cœur, contrairement à ce que pratiquaient les pharisiens hypocrites, qui se contentaient de nettoyer le dehors de la coupe sans se mettre en peine de purifier leurs cœurs remplis de rapines et d'impuretés. Par ce moyen, le Précurseur pouvait, en outre, rendre témoignage à Jésus-Christ.

Il dit en effet, lui-même, qu'il était venu baptiser dans l'eau pour mani­fester à Israël Celui qui devait baptiser dans le Saint-Esprit. Aucun des anciens Prophètes n'ayant annoncé et administré de baptême, la nouveauté du rôle de saint Jean, qui lui valut le surnom de Baptiseur ou Baptiste, attirait à lui une foule immense. Il put ainsi annoncer à tout le peuple la venue du Messie, dont il se disait le précurseur.

Enfin, le baptême de saint Jean avait encore pour but de disposer les hommes à recevoir celui de Jésus-Christ. Comme il se donnait au nom de Celui qui, depuis si longtemps, était l'attente des nations et surtout du peuple juif, il était comme une déclaration et une profession de foi au Rédempteur, et un engagement de faire de dignes fruits de pénitence. La connaissance et la foi du mystère de la rédemption et la pratique de la pénitence étaient la fin du baptême donné par saint Jean. Et parce que la pénitence n'est pas obligatoire pour les enfants, et que les femmes devaient être instruites par leurs maris, le Précurseur n'admettait à son baptême, selon quelques auteurs, ni les enfants ni les femmes.

Le baptême du Précuseur était un sacrement, puisqu'il était le signe d’une chose sainte, savoir : le signe du baptême de Jésus-Christ. Il ne conférait pas la grâce par lui-même ; cependant il était comme le préambule des sacrements de la grâce et de la loi nouvelle. C'est pourquoi il est appelé proprement l'intermédiaire entre les sacrements de l'ancien Testament et ceux du nouveau. Il avait cela de commun avec les sacrements de la loi ancienne, qu'il n'était qu'un signe ; avec ceux de la loi nouvelle et de la grâce, qu'il disposait prochainement à la grâce, et que, par sa forme et sa matière, il avait des similitudes avec le baptême chrétien ; car il se donnait dans l'eau et au nom du Christ.

On ne peut douter que Jean ne se servît d'une formule pour donner son baptême. Saint Paul l'insinue d'une manière assez claire par ces paroles « Jean baptisa le peuple du baptême de pénitence, en disant qu'ils devaient croire en Celui qui allait venir après lui[30] » ; le texte grec porte « en Jésus-Christ ». Les saints Pères et les Docteurs de l'Eglise infèrent de là que la forme du baptême de saint Jean était : « Je te baptise et je t'initie à la foi du Christ qui doit venir ». Jean, dit saint Ambroise, baptisa pour la rémission des péchés, non pas en son nom, mais au nom de Jésus-Christ. Selon saint Jérôme, ceux qui avaient reçu le baptême de Jean étaient baptisés au nom du Seigneur Jésus qui devait venir après lui. Le maître des Sentences, et avec lui saint Thomas et saint Bonaventure, Hugues de Saint-Victor, Tostat et d'autres auteurs plus modernes ont partagé cette persuasion.

Le Précurseur avait reçu de Dieu lui-même la mission de baptiser; son baptême était donc divin, et tous les Juifs en étaient persuadés. Si l'on en juge par l'empressement que le peuple et les Pharisiens eux-mêmes mettaient à le recevoir, il paraîtra évident que l'on croyait à sa nécessité. C'était, sans contredit, un moyen plus efficace que toutes les anciennes purifications, et même que les sacrifices de la loi, pour obtenir le pardon des péchés. Aussi, selon Eusèbe, était-ce pour détacher peu à peu les Juifs des rites mosaïques que Dieu avait intimé à saint Jean l'ordre de baptiser. Si ce baptême n'était pas indispensable au salut, comme celui de Jésus-Christ, il entrait cependant dans le plan divin de l'œuvre de la rédemption; car il était destiné à servir de terme à la loi et de commencement à l'Evangile; il devait préparer les hommes à la pénitence du cœur, leur faire sentir la nécessité de la pureté de l'âme, les accoutumer au baptême de Jésus-Christ ; enfin, c'est par ce moyen que le Fils de Dieu voulait être manifesté en Israël.

La confession des péchés 

Ce qui distinguait surtout le baptême de saint Jean, et lui donnait une efficacité particulière, c'est qu'il était accompagné de la confession des péchés. « Toute la Judée », dit saint Marc, et tous ceux de Jérusalem venaient à lui, et, confessant leurs péchés, ils étaient baptisés par lui dans le fleuve du Jourdain ». C'est ici le lieu de rechercher quelle était la nature de cette confession exigée par le Précurseur pour être admis à son baptême.

L'aveu public ou secret de ses fautes n'était point une chose inouïe chez les anciens, et surtout chez les Juifs. Il en devait être ainsi ; car la confession n'est-elle pas un besoin du cœur humain ?

Pour accorder son pardon au coupable, Dieu a toujours exigé de lui une confession humble et sincère. Sous la loi de nature aussi bien que sous la loi de Moïse et sous l'Evangile, cette confession devait être faite non seulement de cœur et de bouche, mais encore confiée au ministre choisi de Dieu; elle ne devait pas être seulement générale, mais particulière et spéciale. C'est ce que nous voyons par la Genèse, où Dieu interroge séparément d'abord Adam, puis Eve, et, plus tard, le fratricide Caïn, pour recevoir de leur bouche un aveu sincère et complet de leur faute en présence de son ministre, c'est-à-dire de cet ange qui leur apparaissait sous une figure humaine, puisqu'il marchait dans le paradis.

Les docteurs croient que si Adam, au lieu de rejeter la faute sur la femme, comme la femme sur la ruse du serpent, eût confessé sincèrement son péché, Dieu aurait rendu nos premiers parents à leur état primitif, ou du moins aurait mitigé leur condamnation, et n'en aurait peut-être pas fait peser le châtiment sur leur postérité.

Le prophète du royaume spirituel

Telle était la haute estime et l'admiration que l'on avait pour le fils de Zacharie, que l'on accourait de toutes parts pour entendre sa doctrine et recevoir son baptême. C'était un honneur et une gloire que les Pharisiens eux-mêmes ne dédaignaient pas, forcés en ceci de suivre le torrent de la multitude pour ménager leur popularité et ne pas compromettre la bonne opinion de perfection et de sainteté qu'ils affectaient. Ces orgueilleux sectaires se présentaient donc aussi au Précurseur pour être baptisés par lui. Mais sans se laisser séduire par ce témoignage forcé de respect que les Pharisiens rendaient à sa sainteté et à sa mission, saint Jean pénétrait jusque dans le secret de leurs cœurs, et, sous cette humilité apparente, découvrant l'orgueil et le dépit qui les animaient, il leur faisait subir l'épreuve de la confession. Il n'admettait à son baptême que ceux qui lui donnaient, par là, une marque de repentir, un témoignage de l'humilité et de la componction de leur cœur, et un gage de la docilité de leur esprit à recevoir les enseignements ultérieurs d'une doctrine nouvelle. Pour ceux qui refusaient de rejeter le venin de leur âme par un aveu sincère de leurs fautes, il les traitait durement, leur reprochait leur hypocrisie et leur aveuglement, et il refusait de les purifier dans l'eau du Jourdain et de leur donner ainsi le baptême initiateur, destiné à préparer, pour le jour de la venue du Seigneur, ceux qui ne se rendaient pas indignes de cette faveur. La plupart des grands de la nation juive refusèrent de se soumettre à cette épreuve, et ne furent point admis au baptême de Jean. C'est pourquoi saint Luc nous dit que « les Pharisiens et les docteurs de la loi méprisèrent le dessein de Dieu sur eux, et ne furent point baptisés ».

Le langage si relevé du saint Précurseur, le sujet de ses discours, si éloigné de celui des anciens Prophètes, mais surtout ce qu'il dit du royaume des cieux, dut paraître étrange aux Juifs : ils n'en avaient jamais entendu prononcer le nom. Ce langage était certainement obscur pour eux, et ils étaient incapables de le comprendre ; car il ne paraît pas que saint Jean leur en ait expliqué le mystère. Jésus-Christ s'était, sans doute, réservé d'en donner lui-même l'intelligence par les comparaisons, les paraboles et les explications diverses dont nous trouvons tant d'exemples dans l'Evangile. Cependant il n'était guère possible, même aux esprits les plus grossiers, de prendre dans un sens matériel et terrestre la promesse du royaume exclusivement spirituel annoncé par le Précurseur.

On peut, en effet, juger ordinairement de la richesse, de l'opulence et de la gloire d'un royaume par la pompe et l'éclat dont le monarque qui préside à ses destinées se plaît à entourer son ambassadeur. Or, Jean-Baptiste était certainement, aux yeux mêmes des Juifs, l'ambassadeur que Dieu avait comblé de plus de gloire, de faveur et de crédit ; aucun des anciens Prophètes ne pourrait lui être comparé avec avantage. Mais était-il possible d'attendre et d'espérer trouver des richesses matérielles, des plaisirs terrestres, un bonheur sensuel ou des délices charnelles dans un royaume dont le représentant pratiquait la pauvreté la plus absolue, les jeûnes les plus rigoureux, la mortification la plus complète, et la guerre la plus cruelle à lui-même ? Le fils de Zacharie était le digne avant-coureur de Celui qui n'avait pas un lieu pour reposer sa tête, qui avait vu le jour dans une étable, vivait de son travail ou des offrandes qu'on lui faisait, et qui devait enfin terminer sa vie sur une croix. C'est pour cela que Jésus-Christ dit : « Depuis le temps de Jean-Baptiste jusqu'à présent, le royaume des cieux se prend par violence, et ce sont les violents qui l'emportent ; car, jusqu'à Jean, tous les Pro­phètes, aussi bien que la loi, ont prophétisé[31] », c'est-à-dire se sont contentés d'annoncer les choses à venir, tandis que le Précurseur les a montrées présentes et a indiqué que c'est par la pénitence que l'on peut les conquérir.

Face aux Pharisiens

Au bruit des premières prédications de saint Jean, les peuples accoururent en foule ; «  et de toute la Judée, de la ville de Jérusalem et de tout le pays des environs du Jourdain, ils venaient le trouver, et confessant leurs péchés, ils recevaient de lui le baptême dans le fleuve du Jourdain[32] ». Les Pharisiens eux-mêmes et les Saducéens n'avaient pu résister à l'entraînement général qui attirait toutes les villes vers les rives désertes du Jourdain ; ils se mêlaient à la foule pour aller écouter saint Jean-Baptiste, et même pour recevoir son baptême. Mais sachant qu'ils venaient à lui pour se ménager l'opinion publique, ou peut-être pour le surprendre dans ses dis­cours, plutôt que pour faire pénitence, il ne craignit pas de leur adresser des paroles dures et humiliantes, et de découvrir publiquement le masque d'hypocrisie sous lequel ils dissimulaient leurs vices secrets.

Ces Juifs orgueilleux se vantaient sans cesse d'être enfants des patriarches et des Prophètes. « Nous sommes », disaient-ils fièrement, « nous sommes de la race d'Abraham ». Ils voulaient, par là, s'approprier en quelque façon la gloire de ces saints personnages; dans leur orgueil, ils croyaient qu'étant reconnus héritiers de leur sang, ils avaient aussi un droit incontestable aux mérites de leurs vertus et de leur sainteté.

Pour leur faire déposer cette illusion, le Précurseur les nomme au contraire : races de vipères. Cette locution, d'après le style de la langue hébraïque, ne signifie autre chose que ceci : enfants détestables de pères corrompus, vous avez en vous-mêmes tout le venin dont vous avez hérité d'eux, et vous empoisonnez tous les autres par vos scandales. Il les comparait ainsi à des reptiles malfaisants, parce qu'ils s'attachaient à mordre et à déchirer les saints eux-mêmes, en empoisonnant du venin de leurs calomnies les paroles et les actions de ceux-ci.

Le Précurseur les frappa et les effraya dès le commencement de son discours en leur parlant de l'enfer. Il était en effet loin de leur tenir un langage ordinaire; il ne leur dit pas, par exemple : Qui vous a enseigné à éviter les guerres, à fuir l'invasion ou la captivité, la disette ou les maladies? Mais il les menace d'un autre supplice dont jamais peut-être ils n'avaient entendu parler. « Qui vous a appris », leur dit-il,« à fuir devant la colère à venir[33] ? »

Cependant le Précurseur ne se contente pas d'adresser des reproches et de faire des menaces, il ajoute des conseils salutaires: « Faites donc », leur dit-il, « faites de dignes fruits de pénitence ». Il ne suffit pas, en effet, de fuir le mal, il faut, de plus, s'adonner à la pratique de la vertu.

Avec quelle sagesse il respecte la mémoire des patriarches, en s'efforçant de corriger leurs enfants ! En leur adressant ces mots : « Gardez-vous de dire : Nous avons pour père Abraham » ; il n'ajoute pas : Ce patriarche ne peut vous servir de rien; il continue, au contraire, avec plus de douceur et de modération en disant : « Dieu peut susciter de ces pierres mêmes des enfants à Abraham ». La plupart des interprètes pensent que le Précurseur a voulu désigner, par ces paroles, la vocation des Gentils, que, par métaphore, et pour indiquer leur insensibilité première, il nomme des pierres.

Quelques auteurs disent qu'en prononçant ces mots, saint Jean montrait du doigt les douze pierres apportées par les chefs des douze tribus d'Israël, du milieu du fleuve, et amoncelées sur le rivage; et celles, en pareil nombre, qu'ils avaient prises sur le rivage pour les déposer dans le Jourdain, afin de servir de monument de témoignage.

Remarquons comment saint Jean-Baptiste, cet admirable modèle des prédicateurs, frappe de terreur les Pharisiens, sans leur enlever cependant toute espérance ; car il ne dit pas : Dieu a déjà suscité ; mais il se contente de ces mots : « Dieu peut susciter ». Il n'ajoute pas : Dieu peut faire naître des hommes des pierres ; mais, ce qui était beaucoup plus fort, des parents et des fils d'Abraham. Avec quel art il leur enlève tout prétexte d'orgueil provenant de leur naissance selon la chair, et les poursuit jusque dans ce refuge de leur parenté avec les patriarches, pour ne leur laisser plus d'autre moyen qu'une sincère conversion, plus d'autre espoir que dans la sainteté de leur vie !

Après leur avoir montré que l'alliance charnelle ne peut leur servir de rien devant Dieu, il leur fait sentir la nécessité de la parenté que donne la foi, et continue ensuite d'augmenter cette terreur salutaire, cette inquiétude de l'âme qu'il leur a déjà inspirée. Car, après avoir dit : « Dieu peut susciter de ces pierres mêmes des enfants à Abraham », il ajoute, pour les effrayer davantage encore : « Déjà la cognée est à la racine des arbres. Tout arbre qui ne porte pas de bons fruits sera coupé et jeté au feu ». Par cette comparaison, saint Jean excite ses auditeurs à porter des fruits de pénitence, en leur mettant sous les yeux l'horreur du feu éternel. C'est comme s'il leur disait : Faites de dignes fruits de pénitence, produisez des bonnes œuvres, et ne vous flattez pas de la sainteté et de la noblesse d'Abraham; ne comptez pas sur la fécondité de la foi de vos pères pour rester vous-mêmes stériles ; car si vous ne portez pas des fruits, quoique descendus d'Abraham qui en a tant porté, vous serez retranchés comme des arbres stériles et vous serez jetés au feu. La hache de la justice divine est déjà près de la racine des arbres, c'est-à-dire elle menace la vie des hommes qui ne produisent rien. Tout arbre, ou plutôt tout homme qui ne produit pas les fruits qu'on est en droit d'attendre de lui, sera coupé jusqu'à la racine par la cognée de la justice de Dieu, et deviendra la proie du feu éternel.

C'est par de telles paroles que le fils de Zacharie épouvanta les Pharisiens et mit le trouble dans l'âme des soldats eux-mêmes ; il ne les jetait pas dans le désespoir ; mais il les retirait de l'abîme de l'indifférence où ils étaient endormis. Son langage, propre à causer à son auditoire de si vives alarmes, était cependant mélangé de beaucoup de motifs de consolation ; car, en menaçant seulement l'arbre qui ne porte pas de bons fruits, il montrait que celui qui en produit de bons serait certainement épargné et ménagé.

Les Publicains

Le discours du saint Précurseur était adressé à tout le peuple accouru pour l'entendre ; mais il était surtout prononcé pour les grands, les Pharisiens et les Saducéens qu'il avait aperçus dans la foule, comme nous l'apprend saint Matthieu. On ne peut guère douter que quelques-uns d'entre eux ne se soient convertis à sa voix ; cependant il est certain que la plupart résistèrent à l'appel de la grâce qui parlait par sa bouche. C'est pour cela que Jésus-Christ leur fit, plus tard, ce reproche : « Les Publicains et les femmes publiques vous précéderont dans le royaume de Dieu, parce qu'ils ont cru à la parole de Jean ».

La foule, ébranlée par les menaces du saint Précurseur, troublée à la pensée des châtiments qu'il venait de lui annoncer, mais cependant confiante en la miséricorde de Dieu, qui voulait bien différer encore l'action de la justice, le simple peuple, surtout, s'empressa de demander ce qu'il fallait faire pour produire de bons fruits et prévenir ainsi les coups de la cognée menaçante. Car il lui semblait que la vengeance n'allait plus différer, et il voulait se hâter de conjurer l'orage dont l'annonce l'avait effrayé. « Que devons-nous donc faire ? » s'écriait-on de toutes parts.

La manière d'apaiser Dieu nous est donnée par Dieu lui-même. Ses divins oracles enseignent aux pécheurs que c'est par les bonnes œuvres et par les mérites de l'aumône que les péchés peuvent être expiés.

L'Ancien Testament ne parlait de la bienfaisance et de l'aumône que d'une manière vague, et ne spécifiait en aucune façon jusqu'à quelle limite ce devoir était obligatoire. C'était le régime de la justice stricte et rigoureuse ; et le plus haut degré de perfection, admis et reconnu alors, était contenu dans ces paroles du Sage : « Si votre ennemi a faim, donnez-lui à manger, et s'il a soif, donnez-lui de l'eau à     boire ».

Saint Jean-Baptiste, qui était l'intermédiaire des deux Testaments, ne prescrit pas seulement de donner à celui qui est dans le besoin, mais il commande de partager avec lui. C'était, pour ainsi dire, la préface du précepte nouveau apporté par Jésus-Christ. « Que celui », dit-il, « qui a deux tuniques, en donne une à celui qui n'en a point ; que celui qui a des aliments, fasse de même ». Il n'ordonne donc pas seulement la bienfaisance, cette vertu humaine que l'on pratique assez facilement par une pente naturelle du cœur ; il ne s'arrête pas à une compassion sentimentale, mais stérile ; il va tout d'un coup à la charité véritable, qui ne se contente pas de donner d'une main indifférente, froide, ou rétrécie, mais qui ajoute une nouvelle valeur, un nouveau degré d'excellence à l'aumône en la faisant par amour et au prix de sacrifices réels et personnels.

Un des plus remarquables triomphes de l'éloquence apostolique de saint Jean-Baptiste, le plus propre à nous donner une idée de l'efficacité de ses prédications, du retentissement qu'elles avaient dans tout le pays, et de l'empire qu'elles exerçaient sur les esprits et sur les cœurs, c'est qu'il amena les Publicains eux-mêmes à venir l'entendre, à se laisser convaincre et persuader au point qu'ils lui demandèrent, avec autant de docilité, de soumission et de simplicité que le commun du peuple, ce qu'ils avaient à faire pour opérer leur salut.

Les Publicains étaient les fermiers ou receveurs des deniers publics, les préposés aux recettes de la douane et de certains droits odieux au peuple. Ces employés toujours assez mal vus partout, à cause de la nature de leurs fonctions, étaient, pour les Juifs surtout, un objet d'exécration. Cette nation se piquait particulièrement de liberté, et ne pouvait voir qu'avec une extrême répugnance les Publicains exiger des tributs imposés par les Romains à leur profit. Beaucoup de Juifs ne croyaient même pas qu'il fût permis de payer le tribut à un pouvoir étranger. Ceux de leur nation qui entraient dans les rangs des Publicains étaient regardés comme des païens. On dit même qu'ils ne leur permettaient point d'entrer dans le temple ni dans les synagogues ; ils ne les admettaient point à la participation de leurs prières, ni aux charges judiciaires, ni à rendre témoignage en justice ; on ne recevait même pas leurs offrandes.

Une partie considérable de ces fonctionnaires étaient juifs de nation ; mais ne tenant aucun compte de la religion, qu'ils étaient censés avoir abjurée par le fait, ils s'unissaient aux Romains par une société si étroite, qu'ils se mettaient même au service de ces étrangers pour faire peser sur leurs frères une oppression plus tyrannique.

Ces publicains, réunis, vinrent donc trouver saint Jean-Baptiste pour se faire baptiser par lui. Pendant que les scribes et les docteurs de la loi méprisaient le dessein de Dieu sur eux, en se croyant sages et restant remplis d'eux-mêmes, ils se laissaient précéder dans le royaume de Dieu par les pécheurs les plus discrédités, tels que les Publicains et les femmes publiques. L'Evangile ne nous rapporte qu'un mot de l'entretien des Publicains avec le Précurseur, et de la réponse qu'il leur adressa pour les exhorter. « Maître », lui dirent-ils,   « que faut-il que nous fassions ? »

Dans l'esprit des Juifs, et surtout de ceux de la secte des Pharisiens, le fils de Zacharie eût dû repousser et éloigner de sa personne ces hommes diffamés et odieux. Mais le précurseur de Celui qui venait rechercher et sauver les pécheurs, ne devait point se conduire d'après l'opinion du monde. C'est pour cela que, loin de les mépriser publiquement, il accueille ces hommes souillés de rapine et d'injustices; au lieu de leur adresser des reproches, comme aux Pharisiens, il ne dédaigne pas de les regarder comme ses disciples, en permettant qu'ils lui donnent le nom de maître. Que va-t-il leur prescrire, cet homme si détaché, si austère, si dur à lui-même ; ce censeur inflexible de tous les désordres ? Va-t-il ordonner à ces pécheurs publics de renoncer sur-le-champ à leurs fonctions avilies et déshonorantes ? Leur commandera-t-il de se livrer à une pénitence rigoureuse en proportion du blâme et du mépris qui les rend l'objet de l'exécration générale?

Les saints, toujours habiles et expérimentés dans l'art difficile de la conduite des âmes, n'ont pas coutume d'effrayer et de décourager les pécheurs dès le début de leur conversion ; ils ont soin de leur montrer d'abord la voie la plus facile, et, pour les encourager et les stimuler, ils prennent eux-mêmes des sentiers ardus et difficiles, qu'ils franchissent comme en se jouant. Ainsi fit saint Jean-Baptiste à l'égard des Publicains. Pour les rendre dignes de correspondre à la grâce, il ne demande de leur part que de se conformer aux devoirs et aux obligations strictes et rigoureuses de leur emploi. « N'exigez rien », leur dit-il, « au-delà de ce qui vous est prescrit ».

Dieu se plut à bénir cette conduite du Précurseur. Car les Publicains correspondirent au dessein du Seigneur et aux avances de la grâce. Non ­seulement ils se rendirent dignes d'être admis au baptême de Jean, tandis que les Pharisiens en furent repoussés ; mais il s'en trouva parmi eux qui méritèrent d'être comptés parmi les disciples, et même de prendre rang au milieu des Apôtres du Christ. Tels furent Zachée, prince des Publicains, et Matthieu qui était encore à son comptoir lorsqu'il entendit une voix auguste lui donner cet ordre : « Suivez-moi ».

A l'exemple des Publicains, les soldats vinrent aussi, à leur tour, écouter la voix qui retentissait avec tant d'écho et tant de succès sur les rives du Jourdain. Il y avait alors en Judée trois catégories différentes de soldats. Les uns, sous les ordres d'Hérode, étaient occupés à faire la guerre à Arétas, roi d'Arabie ; les autres, sous le commandement du préfet du temple, étaient chargés de veiller à la garde de cet édifice, qui était une véritable forteresse ; les derniers, enfin, obéissaient aux Romains dans la personne de Pilate, gouverneur de la province. A l'exception de ceux-ci, qui étaient étrangers, les autres appartenaient à la nation et à la religion juive.

Ces hommes, que leur état rendait naturellement insensibles et indifférents, et chez lesquels la licence des camps avait encore augmenté l'audace, l'insolence et la cruauté, furent bientôt remués jusqu'au fond du cœur en entendant la voix de saint Jean-Baptiste. Touchés de componction, le repentir dans le cœur, ils réclamèrent aussi le privilège d'être admis au baptême de la pénitence. Comme les Publicains, ils s'abaissèrent humblement à leurs propres yeux, ne craignirent pas de dégrader leur valeur et la gloire de leurs armes en demandant à grands cris, avec autant de simplicité que la foule, et de franchise que les Publicains : « Que ferons-nous aussi à notre tour ? »

La réponse du Précurseur aux Publicains fait pressentir ce qu'il va exiger des soldats. Il voulait, dit saint Jean Chrysostome, les engager à une plus grande perfection ; mais comme ils n'en étaient pas encore capables, il se contenta de leur proposer des choses communes et ordinaires, dans la crainte qu'en leur conseillant des œuvres et des vertus plus élevées, ils ne pussent y atteindre, et fussent ainsi privés des unes et des autres. Il avait appris, selon le conseil du Sage, à ne pas être trop juste, et à ne pas porter la prudence plus loin qu'il n'est nécessaire. Il ne dit donc pas aux soldats : Déposez vos armes, laissez là le métier, fuyez les dangers de la guerre, livrez-vous désormais à la prière, et ne tenant plus compte des ordres de votre général, gardez-vous surtout de répandre le sang. Il ne leur fait au contraire d'autres prescriptions que celles-ci : « N'exercez point de concussion ; ne calomniez personne ; mais contentez-vous de votre solde ».

C'était un vice ordinaire parmi les soldats de faire des accusations fausses contre les citoyens, sous prétexte de trahisons, de relations avec l'ennemi, etc. ; par ces honteuses délations, ils contraignaient des citoyens innocents à traiter avec eux. Le Précurseur leur défend donc de chercher la moindre occasion de s'enrichir par la calomnie aux dépens des citoyens, qu'ils ont au contraire la mission de protéger.

Le maître et ses disciples

Jean-Baptiste, le plus grand des Prophètes, ne pouvait manquer d'avoir des disciples : ses prédications lui en gagnaient tous les jours. En effet, l'Evangile nous en parle en plusieurs circonstances, mais sans rien dire de précis à ce sujet, ni sur leur nombre, ni sur leurs noms, si ce n'est celui d'André. Nous lisons, dans une légende autorisée par l'Eglise, puisqu'elle se trouve dans le Bréviaire romain[34], qu'un grand nombre de ces hommes qui marchaient sur les traces des prophètes Elie et Elisée, furent préparés, par les instructions de Jean-Baptiste, à la venue de Jésus-Christ ; et qu'après s'être convaincus de la vérité de ce qui leur avait été annoncé par le Précurseur, ils embrassèrent la foi de 1'Evangile. Ils eurent l'honneur de construire, plus tard, le premier sanctuaire dédié au culte de la sainte Vierge, sur le mont Carmel. On croit que c'étaient des Esséniens.

N'eût-il compté, d'ailleurs, dans son école, d'autres disciples que ceux qui méritèrent d'être choisis par le Sauveur pour aller porter son Évangile au monde entier, quelle gloire pour lui d'avoir engendré, selon l'Esprit, autant de fils destinés à propager la race spirituelle, que Jacob eut d'enfants selon la chair pour donner le jour à un peuple charnel !

Et de fait, on ne saurait douter, dit Tillemont, que les Apôtres n'aient reçu le baptême de saint Jean. Ils furent même des premiers admis à cette grâce, selon saint Jean Chrysostome, et cela n'est point surprenant ; car, continue cet illustre docteur, si les femmes publiques et les Publicains se présentèrent à ce baptême, à plus forte raison ceux qui devaient plus tard être baptisés par le Saint-Esprit, durent-ils y accourir. L'Évangile, d'ailleurs, nous le dit suffisamment. Il est certain, d'un côté, que Jésus-Christ ne baptisait pas lui-même[35] ; car pourquoi aurait-il baptisé, dit Tertullien ? Pour la pénitence ? Alors quel besoin avait-il d'un Précurseur ? Pour la rémission des péchés ? Il les remettait d'une seule parole. Aurait-il baptisé en son nom ? Mais, par humilité, il voulait être inconnu. Au nom du Saint-Esprit ? Il n'avait pas encore été envoyé par le Père. Au nom de l'Eglise ? Les Apôtres ne l'avaient pas encore établie. De l'autre côté, l'Évangile nous apprend encore que saint Pierre avait été baptisé, puisque, sur la demande qu'il adressait à Notre-Sei­gneur de lui laver non seulement les pieds, mais encore les mains et la tête, Jésus lui répondit : « Celui qui a été baptisé (ou lavé), n'a plus besoin que de se laver les   pieds ». Il en était de même, sans doute, des autres Apôtres ; car, continue Tertullien, est-il croyable qu'ils n'aient pas été baptisés par Jean, ceux qui devaient bientôt aller baptiser toutes les nations ? Le Seigneur, qui n'était obligé à aucune pénitence, avait reçu ce baptême, et il n'aurait pas été nécessaire à des pécheurs ? Nous lisons, dans les Actes des Apôtres, que Jésus-Christ rappelle lui-même à ses disciples « qu'ils ont reçu de Jean le baptême d'eau ». Après, la résurrection, saint Pierre proposant aux fidèles de désigner un suc­cesseur à Judas dans l'apostolat, leur déclare qu'il est nécessaire que ce nouvel apôtre soit un de ceux qui ont vécu avec Jésus depuis le baptême de Jean[36]. Ne semble-t-il pas vouloir dire par là que le candidat devait non ­seulement avoir suivi Jésus-Christ depuis le commencement de sa prédication, mais encore y avoir été préparé par le baptême et l'enseignement de saint Jean-Baptiste.

Nous savons, d'une manière positive, que le premier des Apôtres, choisi par Jésus-Christ, fut saint André, disciple du Précurseur[37] ; un autre des disciples de ce dernier se trouvait aussi avec André dans cette circonstance ; saint Jean Chrysostome rapporte que c'était Jean 1'évangéliste; Théophy­lacte l'affirme positivement. C'est ce qui paraît plus certain encore par le silence même de l'évangéliste qui nous rapporte ce fait ; car cet évangéliste est saint Jean lui-même, qui évitait souvent de se nommer, comme on peut le remarquer. Si André était disciple de saint Jean-Baptiste, nous ne pouvons douter qu'il n'en fût de même de Pierre, le frère et le compagnon inséparable d'André. Nous pouvons en conclure la même conséquence à l'égard de Jacques, fils de Zébédée et frère de Jean l'évangéliste, tous quatre associés pour la pêche. Ils s'unirent ensemble pour suivre Jésus-Christ, parce que déjà ils étaient attachés entre eux par l'identité de la foi et des dispositions saintes que le Précurseur avait semées et cultivées dans leurs cœurs.

Nous trouvons encore, dans les Actes des Apôtres, les traces d'un autre disciple du Précurseur, qui exerçait jusque dans la ville d'Ephèse la fonc­tion d'apôtre sans avoir été initié à l'Evangile par d'autres que par notre glorieux Saint. Apollo, dont saint Luc nous parle comme d'un « homme éloquent et puissant dans les Ecritures, qui était instruit dans la voie du Seigneur, et parlait avec ferveur, enseignant exactement ce qui concernait Jésus», ne savait pourtant, touchant le Sauveur, que ce qu'il en avait appris à l'école du Précurseur; car « il ne connaissait encore que le baptême du fils de Zacharie[38]  ».

Nous ne savons rien de plus positif et de plus certain sur les disciples du saint Précurseur. Quelques auteurs ont pensé qu'ils ne suivaient pas assidûment leur maître. Il en fut de même de ceux de Jésus-Christ, au moins dans le commencement de sa prédication. Les disciples de saint Jean venaient donc souvent le trouver et converser avec lui ; ils retournaient ensuite à leurs affaires, ou bien au ministère qu'il leur donnait.

Cependant, les disciples de Jean avaient encore d'autres soins que celui d'instruire les autres et de les amener à écouter les enseignements de leur maître : ils devaient travailler surtout à leur propre perfection. A l'exemple de leur maître, ils unissaient la vie active à la vie contemplative. C'est pour cela que saint Jean leur avait prescrit une règle de vie, soit pour continuer d'habiter dans leurs demeures ordinaires, soit pour se livrer à la prédication évangélique, ou bien pour vivre dans la solitude comme les Esséniens. C'est ce qui a fait dire à quelques Pères de l'Eglise que saint Jean fut le prince de la vie monastique. Nous ne pouvons préciser en quoi consistait le genre de vie des disciples du Précurseur. Nous savons cependant qu'ils observaient des jeûnes fréquents et austères, à l'exemple de leur maître, et qu'ils avaient une formule spéciale de prières, différente de toutes celles qui étaient en usage chez les Juifs. La tradition ne nous en apprend pas plus que l'Evangile à ce sujet.

Nous pouvons cependant conjecturer que la manière de prier, enseignée par le Précurseur à ses disciples, avait quelque chose de bien remarquable, et, sans doute, était plus excellente et plus parfaite que toutes les prières et les cantiques de l'ancien Testament; car ce saint personnage, qui était plus que prophète, n'avait pas cru devoir se contenter de ce qu'il avait trouvé avant lui. Aussi, l'un des disciples du Sauveur, excité par ce qu'il savait déjà des enseignements de saint Jean-Baptiste au sujet de la prière, et dans l'espoir d'en recevoir une formule plus parfaite encore de la part de Jésus-Christ, lui adressa un jour cette demande . « Seigneur, enseignez-nous à prier, ainsi que Jean lui-même l'a appris à ses disciples ». Ce fut pour répondre à ce désir que le Sauveur dicta l'Oraison dominicale, la plus complète et la plus parfaite de toutes les formules par lesquelles l'homme puisse exposer au Tout-Puissant ses besoins, lui adresser ses supplications et lui exprimer ses espérances.

Saint Jean-Baptiste ne se faisait pas accompagner pour l'ordinaire de ses disciples, parce qu'il n'avait point pour but de les attacher à sa personne, et de se grandir en s'en faisant un cortège.

Il ne voulait d'un autre côté donner aucun prétexte d'incrimination contre lui pour cause d'attroupements ou de complots politiques. Ce qui n'empêcha pas, cependant, que cette accusation ne lui fût imputée dans la suite, comme nous le verrons plus loin.

Non seulement le fils de Zacharie ne cherchait point à s'attacher ceux qu'entraînait la force de son éloquence, que l'odeur de sa sainteté attirait, ou que le spectacle de ses vertus persuadait; mais il s'efforçait encore de diriger leur espérance et leur cœur vers le Christ, qu'il leur annonçait comme le terme et l'objet de sa mission ; et quand le temps de la manifestation fut arrivé, il leur montra Celui qu'ils devaient suivre, et les exhorta à s'attacher à lui.

Mais telle était l'opinion et l'estime que les disciples de Jean avaient conçues de lui, que malgré ses exhortations et l'autorité de sa parole, quelques-uns ne voulurent point se détacher de lui, virent d'un œil d'envie grandir de jour en jour la gloire et la renommée du Christ, et tant que leur maître vécut, ils voulurent lui conserver une fidélité et un dévouement exclusif. Il existe encore aujourd'hui, en Orient, les restes d'une secte religieuse connue sous le nom de Chrétiens de saint Jean-Baptiste. Quoique leur doctrine soit un mélange incohérent de judaïsme, de christianisme et de gnosticisme, il n'en paraît pas moins certain que leur origine remonte jusqu'aux disciples du Précurseur. Tous les ans ils célèbrent une fête qui dure cinq jours, pendant lesquels ils viennent en troupe vers leurs évêques, qui les rebaptisent tous, tant grands que petits, du baptême de Jean.

Le témoin du Sauveur

C'est peut-être ici le lieu de demander pourquoi, au lieu de s'attacher à Jésus-Christ et de le suivre en qualité d'apôtre ou de disciple, non seulement saint Jean ne le suivit jamais, mais parut même quelquefois éviter sa présence, continua d'avoir des disciples jaloux de sa gloire et dévorés d'envie contre le Fils de Dieu, et ne cessa point de prêcher et de baptiser, même quand le Christ eut commencé sa carrière publique. Saint Augustin nous apprend qu'il en fut ainsi, afin que le témoignage de Jean-Baptiste exerçât plus d'autorité sur l'esprit des Juifs.

Il pouvait en effet passer comme l'émule, le rival ou l'adversaire du Christ. Il prêchait comme lui, baptisait comme lui, et avait des disciples comme lui. C'est pour cela que les Pharisiens, les ennemis secrets de l'un aussi bien que de l'autre, crurent pouvoir tirer un grand parti du rôle qu'ils leur voyaient remplir simultanément, pour les mettre en contradiction entre eux, et par là diminuer l'autorité et l'influence qu'ils exerçaient sur le peuple. Lorsqu'ils entreprirent d'exciter la jalousie dans le cœur de saint Jean contre Jésus, ils n'obtinrent qu'une réponse capable de les couvrir de confusion et d'augmenter encore la valeur de son témoignage. En effet, ceux qui avaient confiance en la parole du Précurseur, furent pénétrés d'admiration pour le Sauveur, et les ennemis de Jean-Baptiste eurent la confusion de voir qu'au lieu de proférer des paroles d'envie contre le Christ, il lui rendait solennellement témoignage. Le serviteur était ainsi mis en demeure de confesser le Seigneur ; la créature était amenée à rendre témoignage au Créateur. Mais saint Jean remplissait ce rôle sans contrainte et avec joie ; car il était l'ami, et non le rival de l'époux; il ne cherchait point sa gloire, mais celle de Celui qui l'avait envoyé.

Aussi son témoignage avait-il par là même beaucoup plus d'autorité que celui de saint Pierre et des autres Apôtres. On pouvait, en effet, objecter à ceux-ci qu'ils donnaient des louanges à Jésus-Christ, parce qu'ils étaient ses disciples, et qu'ils avaient intérêt à le prêcher comme ayant attaché leur fortune à la sienne. Ces témoignages paraissaient donc intéressés. Mais celui du fils de Zacharie avait une tout autre valeur aux yeux des Juifs. Car, comme il semblait avoir intérêt à déprécier le Christ, comme un rival, il ôtait tout prétexte à l'incrédulité de ses ennemis, en leur disant : « Je vous l'ai déjà déclaré, je ne suis point le Christ. Celui à qui est l'épouse est le véritable époux. Celui qui vient du ciel est au-dessus de tous ».

L'admiration, le respect et l'amour extraordinaire dont il devenait l'objet, était universel, nous dit Origène. Mais les pécheurs surtout, qui étaient admis à son baptême et qui se trouvaient initiés par la pénitence à une vie toute nouvelle, ne mettaient point de borne à leur enthousiasme. C'est pourquoi saint Luc nous dit que « tout le peuple était dans une grande attente, et chacun était pénétré de cette pensée que Jean pourrait bien être le Christ ».

Soit que le Précurseur en eût été instruit par le Saint-Esprit, comme le pensent quelques docteurs ; soit que ses disciples lui eussent rapporté ce qu'ils ne pouvaient manquer d'en apprendre, il fut bientôt au courant de l'opinion qui se divulguait déjà sur son compte. Bien loin de s'en glorifier, et de s'approprier même par son seul silence un honneur qui ne lui était pas dû, ce fidèle ami de l'Epoux profita de ces dispositions favorables pour annoncer, plus clairement qu'il ne l'avait fait jusqu'alors, le principal objet de sa mission.

«Il vint en témoignage », dit l'Evangéliste, « pour rendre témoignage à la lumière, afin que tous crussent par lui ».

Ecoutons donc ce que va proclamer, en présence de tous, la voix solen­nelle de cet auguste témoin.     « Pour moi », dit-il, « je vous baptise dans l'eau pour vous porter à la pénitence ; mais Celui qui doit venir après moi est plus puissant que moi, et je ne suis pas digne de porter ses chaussures, ni d'en délier les cordons en me prosternant devant lui. C'est celui-là qui vous baptisera dans l'eau et dans le feu, au lieu que je ne vous ai baptisé que dans l'eau. »

Le Précurseur était, aux yeux des Juifs, l'idéal des perfections humaines. Toutes les vertus réunies brillaient sur son front ; en lui se trouvait l'assemblage le plus complet des grâces les plus excellentes et les plus variées ; on n'imaginait rien au-dessus de sa sainteté. Cependant, sans se déprécier en aucune chose, sans méconnaître aucun des dons qui lui ont été départis, et qu'il apprécie mieux que personne, il proteste qu'il y en a un autre qui l'emporte sur lui-même.

Dans son langage symbolique et plein de mystère, il déclare que, loin de vouloir se comparer au Christ, il n'est pas digne de lui rendre le plus petit et le plus humble des services : comme de lui porter ses chaussures ou d'en dénouer les cordons, même en se prosternant à ses pieds.

Or, ces paroles ne doivent pas être entendues dans un sens purement littéral et matériel ; et, pour les comprendre, il faut, comme les Juifs, accoutumés à ce langage symbolique et figuré, il faut y chercher une signification spirituelle.

Par les chaussures, qui sont faites de la dépouille des animaux mis à mort, on doit entendre, selon l'abbé Rupert, l'humanité du Fils de l'homme, au moyen de laquelle le Fils de Dieu s'était assujetti à la souffrance et à la mort. Le Psalmiste s'était aussi servi de ce terme pour prédire la propagation de l'Evangile :   « J'étendrai ma chaussure jusque dans l'Idumée[39] », c'est-à-dire, je ferai connaître mon incarnation jusque parmi les nations idolâtres. C'est, en effet, ce qui fut réalisé par le ministère des Apôtres.

Pour saint Jean-Baptiste, il ne devait pas vivre jusqu'au temps où les Apôtres portèrent ainsi les chaussures du Seigneur, en prêchant publiquement l'Evangile. Il ne devait pas même avoir la faveur « d'en dénouer les cordons », c'est-à-dire de faire connaître les liens mystérieux qui unissaient la divinité avec l'humanité dans la personne du Christ. Car le cordon de la chaussure, dit saint Grégoire, n'est autre chose que le nœud du mystère. Jean ne se trouve pas capable de dénouer les cordons des souliers de Jésus-Christ, parce qu'il ne peut comprendre le mystère de l'Incarnation, quoi qu'il l'ait connu par le secours de l'esprit de prophétie.

Si Jean-Baptiste ne dénoue pas, aux yeux des Juifs, les nœuds mystérieux de l'incarnation et de la rédemption, c'est, dit le vénérable Bède, parce que, trop charnels et trop grossiers, leurs esprits n'étaient pas encore capables de croire que le Fils éternel de Dieu, après avoir pris la nature humaine, avait reçu une nouvelle naissance d'une vierge. Mystère impénétrable, auquel il fallait les préparer peu à peu en leur faisant connaître les sublimes prérogatives de l'humanité glorieuse du Dieu fait chair pour les conduire insensiblement à la foi.

Pour le même motif, et afin de dissuader les enfants d'Israël d'attendre dans la personne du Messie une puissance et une grandeur purement temporelles, le saint Précurseur va leur insinuer ce qu'ils doivent espérer trouver en lui, ce qu'ils auront à lui demander lorsqu'il aura paru. Il ne leur parle point de conquête ni de victoire ; il ne leur met pas sous les yeux les prodiges et les miracles que le Christ doit opérer ; il ne leur promet aucun bien temporel ; il ne leur annonce pas même la délivrance de l'esclavage dans lequel ils gémissent sous le rapport politique et civil : mais, dirigeant leurs cœurs vers un ordre d'idées exclusivement spirituel, il leur montre l'abondance des grâces et la multitude des biens spirituels qu'ils recevront par son entremise. Le Messie, en effet, ne doit pas seulement donner le Saint-Esprit ; car, selon la force de l'expression métaphorique de saint Jean-­Baptiste, et pour montrer l'abondance des grâces qu'il viendra apporter aux hommes, « il baptisera dans le Saint-Esprit » ; et, pour faire ressortir encore l'efficacité de ces grâces, il ajoute même qu'il baptisera dans le feu.

Or de même que, par l'eau, Jésus-Christ désigne la grâce du Saint-Esprit, pour montrer par cette expression l'éclat et la blancheur qu'elle procure, et les consolations ineffables qu'elle donne aux âmes bien disposées, ainsi Jean-Baptiste, par le feu, exprime la justice et la ferveur de la grâce qui détruit et anéantit le péché.

Il enseignait donc à ses auditeurs qu'il ne fallait espérer de la venue du Christ d'autres biens que ceux de la grâce, d'autres dons que ceux qui conviennent à l'âme. Il battait ainsi en brèche, d'une manière adroite et détournée, les préjugés grossiers et les espérances ridicules que les Juifs s'étaient formés au sujet du Messie; car ils l'attendaient comme un monarque destiné à conquérir le monde à la pointe de l'épée.

Pour faire sentir qu'il n'était point le Christ, saint Jean-Baptiste avait mis en opposition son baptême d'eau et de pénitence, avec celui du Fils de Dieu, qui devait se donner dans le Saint-Esprit et dans le feu.

Cependant, il savait que les esprits grossiers auxquels il s'adressait, ne pouvaient se faire une notion du Christ qu'en s'appuyant sur un terme de comparaison. Il vient d'annoncer que le Messie doit venir pour apporter au monde les dons du Saint-Esprit; c'est là l'objet de son premier avènement, dont il révèle les bienfaits aux Juifs. Il leur découvre en même temps, et peu à peu ; tous les mystères de l'Évangile. C'est pourquoi il va maintenant parler du second avènement du Christ, du jugement dernier et du feu de l'enfer, points de doctrine qui n'étaient guère moins inconnus des Juifs que le mystère du royaume des cieux.

Saint Jean avait annoncé les récompenses réservées aux justes, afin de les encourager ainsi à la pratique de la vertu. Pour faire comprendre maintenant que le Messie ne doit pas se contenter de porter son attention et sa bienveillance sur ses élus, et montrer en même temps qu'il n'est pas le spectateur indifférent du crime, le Précurseur lui en attribue le jugement et la vengeance, en ajoutant : « Son van est dans sa main ».

Remarquons, avec Rupert, comment il s'attache à faire ressortir la puissance et la force du Christ. Il ne dit point : Son van est entre les mains de Dieu. L'expression dont il se sert peut être comparée avec celle-ci d'Isaïe

« Il portera sa puissance sur son épaule ». Jean ne dit pas que le van du Messie est entre les mains de Dieu; le Prophète aussi n'a garde d'annoncer que la puissance du Christ sera appuyée sur les épaules du Tout-Puissant. C'est qu'ils voulaient, l'un et l'autre, nous faire comprendre que sa propre puissance lui suffit, qu'il est capable à lui seul d'exercer son jugement. Le Précurseur ne dit point que le Sauveur nettoiera l'aire du Seigneur, ni qu'il amassera le blé dans le grenier de Dieu ; mais il déclare positivement qu'il purgera son aire, qu'il amassera son propre grain.

En mettant un van aux mains du Christ, le fils de Zacharie annonce assez clairement que le jugement suprême lui est réservé ; car le van, instrument destiné à nettoyer le blé en expulsant la paille, signifie, dit Denys le Chartreux, que la puissance judiciaire appartient à Jésus-Christ, que le pouvoir exécutif est remis entre ses mains; que, de sa propre autorité, et en tant que Dieu, il prononce lui-même la sentence. C'est ce que nous voyons confirmé par ces paroles : « Le Père ne juge personne ; mais il a donné tout pouvoir de juger au Fils ». Ce jugement appartient essentiellement au Christ en tant qu'il est Dieu ; mais en tant qu'homme, il lui est dévolu, parce qu'il est établi juge, et constitué exécuteur de la sentence, selon cette doctrine de saint Pierre : « C'est lui-même qui est établi par Dieu pour juger les vivants et les morts ».

Le Messie purgera et « nettoiera parfaitement son aire »; il voit donc jusque dans le fond des cœurs ; car comment pourrait-il, sans cela, faire un discernement équitable? alors il prendra le van dans sa main; il jugera avec impartialité, avec justice et sévérité, en tirant définitivement le bon grain de la paille, en séparant les élus des réprouvés. « Il amassera, son blé dans le grenier », c'est-à-dire il réunira dans le ciel, séjour du repos parfait et de la béatitude, tous ceux que l'humilité aura rendus petits à leurs propres yeux ; ceux qui seront éclatants de justice et ornés de vertus ; ceux que la piété, le courage et la persévérance auront affermis contre le souffle des tentations ; car ce sont ceux-là qui forment le froment du Christ, et l'aliment dont il se nourrit. Le grand martyr saint Ignace, condamné à être dévoré sous la dent des lions, faisait allusion à cette idée, quand il s'écriait « Je suis le froment de Jésus-Christ ; je désire ardemment d'être moulu sous les dents des lions, afin de devenir un pain sans tâche ».

Mais le devoir d'un juge n'est pas seulement de discerner les bons pour les récompenser selon leurs mérites; il faut encore qu'il châtie les méchants. C'est aussi ce que fera le Christ, et ce que saint Jean indique d'une manière frappante en ajoutant qu' « il brûlera les pailles » ainsi séparées du bon grain, « dans un feu inextinguible ».

Ces paroles étaient une confirmation de ce qu'il avait déjà dit dans une autre circonstance, en engageant les Pharisiens à la pénitence, afin de pouvoir éviter ainsi la colère à venir ; mais ici, il va plus loin dans le développement de sa pensée ; car il fait connaître deux vérités touchant la doctrine de l'enfer : le supplice du feu, et l'éternité du châtiment.

Enfin le moment est venu, où l'attente des nations va se révéler aux hommes. Le Sauveur après lequel avaient soupiré les patriarches depuis quatre mille ans, était dans le monde; mais il menait toujours une vie obscure et cachée, dans la retraite de Nazareth. Pendant que le fils de Zacharie remuait la Judée en lui promettant de voir bientôt le Christ, en lui parlant de sa grandeur, en lui faisant connaître sa nature divine, et en l'annonçant comme le Juge souverain, rémunérateur de la vertu et vengeur du crime, que faisait le Fils de Dieu? O sagesse de la terre, sois confondue ! Orgueil de l'homme, humilie-toi ! Le créateur du ciel et de la terre, Celui dont la providence nourrit jusqu'au passereau dépourvu de provisions, Celui que les anges adorent en tremblant, Celui que les cieux envient à la terre, le Fils de l'homme s'occupait d'un travail grossier et sans éclat.

« Quelle merveille», s'écrie Bossuet, «un artisan encore dans la boutique et gagnant sa vie, est le sujet des prédications d'un Prophète plus que prophète, et si révéré, qu'on le prenait pour le Christ. C'était de cet homme dans la boutique, que saint Jean disait : « Il y a un homme au milieu de vous, que vous ne connaissez pas, et dont je ne suis pas digne de toucher les pieds ». Il est plus grand que Moïse ; il donne la grâce, tandis que Moïse ne donne que la loi ; il est, devant tous les siècles, le Fils unique de Dieu, et dans le sein de son Père; nous n'avons de grâce que par lui : cependant vous ne le connaissez pas, quoiqu'il soit au milieu de vous. Dans quelle attente de si hauts discours devaient-ils tenir le monde, et quelle préparation des voies du Seigneur ! On s'accoutumait à entendre nommer le Fils unique de Dieu, qui venait en annoncer les secrets ; mais quoi ! c'était de ce charpentier qu'on parlait ainsi[40] ? »

Le baptême du Christ

Quoiqu'il fût l'innocence même et la sainteté par essence, le Christ ne voulut point entreprendre sa mission évangélique sans s'y préparer par la pénitence. C'est par la pénitence qu'il s'était réservé de se manifester. En envoyant devant lui saint Jean-Baptiste pour lui préparer les voies, il lui avait donné surtout le caractère d'un héraut de pénitence; tout le ministère du fils de Zacharie avait pour objet la pénitence ; c'est pour cela qu'il disait : « Je suis venu baptisant dans l'eau, afin que le Christ fût manifesté dans Israël ». En sorte que la voix qui poussait, dans les solitudes du Jourdain, cette clameur : « Faites pénitence, car le royaume des cieux est proche », la prédication de saint Jean annonçait la vocation même du Fils de Dieu.

Le vrai motif de la prédication et du baptême du Précurseur était donc uniquement que le Saint des saints, qui seul était capable de faire pénitence pour tous les prédestinés, appelé par cette voix publique et solennelle, approchât ouvertement du sanctuaire céleste en présence de Dieu son Père, et des saints anges, et reçût d'une manière authentique l'investiture de son souverain sacerdoce, en face du monde entier. Or, c'est en se faisant baptiser par son précurseur, que le Christ devait commencer sa manifestation, inaugurer son ministère, et recevoir le glorieux témoignage de son Père.

Personne ne peut douter que le Fils de Dieu, en s'incarnant, n'ait voulu ôter le péché du monde en le prenant sur lui-même, selon ce qu'avait dit le Prophète : « Le Seigneur a placé sur lui toutes nos  iniquités ; c'est pour nous qu'il gémit ; le châtiment qui devait nous donner la mort s'est appe­santi sur sa   personne[41] ». Or, que cette pénitence véritable et parfaite ait été supportée à cause de nous, c'est ce qui est clair : la raison le sent, la foi le professe.

Mais avant de suivre Jésus sur les rives du Jourdain, recherchons les motifs qui durent l'amener à cette démarche mystérieuse. Nous en trouverons des raisons légales et des raisons mystiques.

L'apôtre saint Paul nous enseigne que Dieu, en envoyant son Fils dans le monde, voulut l'assujettir à la loi. Jésus-Christ nous déclare lui-même qu'il n'est pas venu pour enfreindre cette loi, mais pour l'accomplir.

Or, sous le régime de la loi mosaïque, on était réputé souillé et impur dans une foule de circonstances, et il était impossible de rester dans cet état d'impureté légale sans enfreindre les ordonnances du Seigneur. Toutefois, hâtons-nous de le dire, ces souillures légales n'affectaient point l'intérieur, et ne nuisaient point à la pureté de l'âme, même chez les hommes ordinaires; à plus forte raison n'empêchaient-elles pas que le Fils de l'homme ne fût et ne restât la sainteté par essence.

Le Sauveur fut donc obligé de se soumettre à l'usage du baptême, des lotions ou des purifications légales, selon la coutume du temps.

Ainsi, le Sauveur célébrait chaque année la pâque mosaïque. Or, il n'était permis à personne, et pour aucune raison, de manger l'agneau pascal sans être purifié et baptisé. Si donc il a pu porter à ces ennemis ce défi : « Qui d'entre vous me convaincra de péché ? » c'est-à-dire m'accusera d'avoir violé la loi même dans les prescriptions les plus légères, il faut reconnaître que Jésus-Christ a fait souvent usage des bains et purifications en vigueur chez les Juifs ; qu'il s'est conformé aux ordonnances de Moïse et aux coutumes de la nation et de l'époque.

D'après la loi, on devait s'adresser à un homme pour se faire purifier ; quel autre que le fils de Zacharie était aussi digne de remplir ce ministère auprès du Fils de Dieu ? N'était-ce pas pour se préparer à cette auguste fonction, à cet insigne honneur que, dès son enfance, saint Jean avait soustrait sa vertu et son innocence à l'influence délétère du monde et en se retirant dans la solitude ?

D'autre part, jamais, dit un saint pontife, les eaux du baptême n'auraient été capables de purifier les péchés des hommes, si elles n'eussent été sanctifiées en touchant le corps du Seigneur. Jésus-Christ se fit baptiser, non pas pour se purifier, dit saint Ambroise, mais pour purifier l'eau au contact de sa chair sacrée, et la doter de la vertu de baptiser les âmes.

Le temps étant enfin arrivé où le Fils de l'homme devait se préparer à son ministère public, il adressa ainsi la parole à sa mère, dit saint Bonaventure : « Il est temps que je m'en aille, et que je glorifie mon Père en le faisant connaître ; l'heure est venue où je dois me montrer et travailler au salut du monde, pour lequel mon Père m'a envoyé ici-bas. Demeurez donc forte, ô bonne mère, car je reviendrai bientôt vers vous ». Et le Maître de l'humilité, se mettant à genoux, lui demanda sa bénédiction. Mais s'agenouillant elle-même, et l'embrassant avec larmes, elle lui dit, pleine de tendresse : « O mon fils béni, allez avec la bénédiction de votre Père et la mienne; souvenez-vous de moi, et ayez soin de revenir au plus tôt ». Il lui fit donc respectueusement ses adieux, et se dirigea de Nazareth vers Jérusalem, pour se rendre au Jourdain, où Jean baptisait, en un lieu éloigné de dix-huit milles de cette ville. Ainsi le Maître du monde s'avance seul, car il n'avait pas encore de disciples. Le Seigneur Jésus marche donc humblement pendant plusieurs jours, jusqu'à ce qu'il atteigne les bords du Jourdain. C'est la lumière resplendissante qui s'avance vers le flambeau, dit saint Grégoire de Nazianze ; le Verbe qui suit la voix ; l’Epoux qui va trouver le paranymphe ; le Seigneur qui se rend auprès du serviteur.

Depuis longtemps déjà, saint Jean entretenait dans son cœur un vif désir et un ferme espoir de voir enfin l'arrivée de son Seigneur. Il levait sans cesse les yeux de son esprit vers Dieu, et poussant vers le ciel de puissantes clameurs, il demandait sans cesse qu'il lui fût donné de voir bientôt la Consolation d'Israël et l'Attente des nations, qu'il savait être proches et dont il avait déjà salué la présence dès le sein de sa mère. L'ardeur de ses désirs l'emportait certainement de beaucoup sur ceux du saint vieillard Siméon, dont les soupirs et les cris du cœur avaient touché les oreilles du Très-haut, et en avaient obtenu la promesse qu'il ne verrait pas la mort avant d'avoir contemplé le Christ du Seigneur. Le Précurseur avait mérité, par ses prières incessantes, une réponse analogue de la part de Celui qui l'avait envoyé ; car une voix céleste lui avait dit : « Celui sur qui vous verrez descendre et s'arrêter l'Esprit, c'est celui-là qui baptise dans le Saint-Esprit ».

Quelques auteurs pensent que Jean-Baptiste n'avait pas encore vu Jésus-Christ, et qu'il ne le connaissait pas de figure jusqu'au moment où il le baptisa. De pieuses traditions nous disent, au contraire, qu'ils avaient eu ensemble des entretiens dans le désert, où était retiré le fils de Zacharie.

Quoi qu'il en soit de cette question, sur laquelle nous aurons encore l'occasion de revenir, il n'était pas possible que le Précurseur ne remarquât, dans la foule des pécheurs, Celui qu'il avait vu en esprit dès le sein de sa mère; son regard inspiré, sa pénétration prophétique, son cœur si pur, ne pouvaient manquer de distinguer, entre tous, Celui qu'il était chargé de faire connaître au monde, et qui était l'objet de sa mission divine.

Aussi, à la vue de ce Dieu dont il avait prêché la justice, la sainteté et la puissance suprême, il est frappé d'étonnement et de crainte, dit saint Bernard, et une frayeur extraordinaire s'empare de lui. C'est pourquoi il lui adresse ainsi la parole : « C'est moi qui dois être baptisé par vous, et non vous par moi ; et cependant vous venez à moi ». Jésus lui répliqua : « Laissez-moi faire pour cette heure, car il convient que nous accomplissions ainsi toute justice ».

Un des caractères les plus frappants du saint Précurseur est sans doute l'humilité ; cette vertu paraît dans toutes ses paroles et ses actions ; niais Jésus devait le surpasser en ceci comme en tout le reste, et on ne peut voir sans étonnement que sa première sortie soit pour se faire baptiser par son serviteur.

C'était donc l'ordre d'en haut, s'écrie Bossuet, que Jésus, la victime du péché, et qui devait l'ôter en le portant, se mît volontairement au rang des pécheurs : c'est là cette justice qu'il lui fallait accomplir. Et comme Jean, en cela, lui devait obéissance, le Fils de Dieu la devait aux ordres de son Père. Alors Jean ne lui résista plus, et ainsi toute la justice fut accomplie dans une entière soumission aux ordres de Dieu[42].

Il est très-probable que Jésus-Christ institua le sacrement de baptême et lui donna la vertu de justifier, au moment même de son baptême, quoi qu'il n'en ait proclamé la nécessité qu'après sa résurrection.

Jésus fut donc baptisé par Jean dans le Jourdain ; mais dès qu'il fut baptisé, il sortit aussitôt de l'eau. Voilà que tout à coup les cieux lui furent ouverts, et il vit l'Esprit de Dieu descendre sous une apparence corporelle, et se reposer sur lui. Et une voix se fit entendre du ciel, disant : Vous êtes mon fils bien-aimé, en qui j'ai mis mes complaisances. Oui ! celui-ci est mon fils bien-aimé dans lequel je me complais.

Ces paroles célestes furent une confirmation éclatante du témoignage rendu par le Précurseur à Jésus au moment même où il le baptisa. On croit, en effet, qu'en donnant le baptême au Sauveur, Jean le montra solennellement au peuple ; car, comme à l'égard des autres, il se servait de cette formule : Je te baptise au nom de Celui qui doit venir, il semble qu'à la venue de Jésus, et au moment où il le baptisa, il a dû dire : Celui-ci est le Messie que j'ai prédit. Pouvait-il, en effet, manquer une occasion si opportune de lui rendre témoignage, et d'accomplir ainsi la justice dans toute son étendue ?

Les prodiges qui s'accomplirent au baptême de Jésus-Christ avaient pour but de rendre témoignage à ce Dieu humilié ; c'est en sa faveur qu'ils étaient produits. Le texte sacré le déclare expressément. Cependant, si la gloire dont Dieu voulut récompenser l'humilité de son Fils en fut l'objet principal et direct, le Christ n'en fut pas le seul spectateur. Car saint Jean-Baptiste dit formellement qu'il a vu le Saint-Esprit. Il n'est pas moins indubitable qu'il n'ait entendu la voix du Père. En fut-il de même de tous ceux qui assistèrent à cette scène ? Quelques docteurs l'ont cru.

Nous devons dire cependant que l'Evangile ne contient aucun mot d'où l'on puisse conclure, avec certitude, que tous les témoins du baptême de Jésus-Christ aient été admis à voir et à entendre ce témoignage. Et, si l'on examine avec soin les textes des auteurs sacrés, on verra qu'ils favorisent plutôt la négative. En effet, Jean-Baptiste voulant rendre témoignage à Jésus : « J'ai vu », dit-il, « le Saint-Esprit descendre comme une colombe, et il reposa sur lui ». Or, si tous ceux qui s'étaient trouvés au baptême du Christ avaient pu voir et entendre comme saint Jean, celui-ci n'aurait pas eu besoin de rappeler cette apparition à ceux qui en avaient été témoins ; ou bien, s'il parlait à d'autres, il n'aurait pas dit : « J'ai vu »; car il se serait plutôt servi de ces mots : « Nous avons vu, le peuple aussi bien que moi... » Et son témoignage, étant appuyé sur un témoignage public, aurait été beaucoup plus irrécusable. C'est aussi ce qu'a remarqué saint Jean Chrysostome. - Le Christ dit un jour aux Juifs en forme de reproche : «  Mon Père, qui m'a envoyé, m'a rendu témoignage ; mais vous n'avez jamais entendu sa voix[43] ». Aurait-il pu parler ainsi, si les nombreux témoins de son baptême avaient entendu la voix céleste qui retentit dans cette circonstance?

Au reste, en admettant que la vision céleste n'eut lieu qu'en faveur du Christ, et que le Précurseur en fut l'unique témoin, nous n'en restreignons nullement la portée et la valeur ; car elle n'en servit pas moins de témoignage à ceux auxquels ce mystère fut révélé plus tard. C'est pour cela que saint Jean-Baptiste dit un jour aux Juifs ces paroles solennelles: « C'est moi qui l'ai vu ; et j'ai rendu témoignage qu'il est le Fils de Dieu ».

« Le plus clairvoyant des Prophètes »

Ainsi donc avant saint Paul, et sans doute bien mieux que lui encore, le divin Précurseur, le plus clairvoyant des Prophètes, le plus privilégié et le plus grand d'entre tous ceux qui sont nés de femmes, en baptisant son divin Maître, fut admis à contempler des choses que l'œil n'avait point encore vues, à entendre des secrets que l'oreille n'avait jamais écoutés, et à goûter par avance les délices que le cœur de l'homme n'avait jamais conçues, et qui sont réservées par Dieu à ceux qui l'aiment. Car il fut le premier à qui l'adorable Trinité daigna se révéler d'une manière claire et manifeste.

Nous ne devons donc point être surpris qu'on ait dit du Précurseur qu'il a été établi, en quelque façon, le témoin de la révélation du mystère de l'auguste Trinité, et comme le dépositaire de la foi de tout le genre humain à ce dogme ineffable. Aussi saint Bernard dit-il que saint Jean était tout à fait au milieu de la Trinité. Non seulement les noms des trois personnes divines, cachées au monde depuis quatre mille ans, lui sont découverts et entièrement dévoilés ; mais les adorables personnes elles-mêmes lui sont manifestées. Il touche le Fils de ses propres mains ; il voit de ses yeux l'Esprit-Saint descendre du ciel ; il entend de ses oreilles la voix du Père reconnaissant et proclamant Jésus pour son Fils. N'est-ce pas ici le lieu de nous écrier avec le Psalmiste : « Quel est l'homme, Seigneur, à qui vous avez daigné vous révéler ? - Quel est-il, afin que nous lui donnions des louanges[44] ? » Jamais faveur semblable ne fut accordée à aucun mortel. En effet, le Père céleste, dit Bossuet, a paru sur la montagne où Jésus-Christ s'est transfiguré ; mais le Saint-Esprit ne s'y montra pas ; le Saint-Esprit a paru dans celle où il descendit en forme de langue ; mais on n'y vit pas le Père : partout ailleurs le Fils paraît, mais seul. Au baptême de Jésus-Christ, qui donne naissance au nôtre, où la Trinité doit être invoquée, le Père paraît dans la voix, le Fils en sa chair, le Saint-Esprit comme une colombe[45].

Saint Jean-Baptiste fut non seulement le témoin de toutes les merveilles par lesquelles Dieu voulut glorifier son Fils sur le Jourdain ; mais il fut encore admis au rôle d'acteur dans cette scène si capable d'étonner le ciel et de ravir la terre. Car ce fut le Précurseur qui initia, pour ainsi dire, le Dieu Sauveur à son divin sacerdoce. Il y avait là, dit une ancienne liturgie, trois témoins : Jean, qui imposait les mains au Christ, l'Esprit de sainteté, qui descendait sur lui, et le Père, qui faisait entendre sa voix du haut des cieux. Le fils de Zacharie, le plus illustre des enfants d'Aaron, le plus digne représentant du sacerdoce antique, celui qu'une bouche divine proclama le plus grand des mortels, fut donc le prêtre béni et prédestiné de Dieu, le ministre chargé par le Très-Haut de donner la consécration au Pontife de la loi nouvelle.

Saint Jean exprima à Jésus-Christ le désir de recevoir son baptême. A-t-il reçu cette faveur?

« Il y en a », dit Tillemont, « qui croient que saint Jean, après avoir baptisé Jésus-Christ, fut aussi baptisé par lui. On cite, pour cela, le mot de saint Grégoire de Nazianze, que Jésus-Christ lui dit : « Laissez-moi faire pour cette heure », parce qu'il savait bien qu'il baptiserait dans peu de temps Celui par qui il voulait être baptisé. Mais Elie de Crète dit que saint Grégoire entend, par ce baptême, la nouvelle pureté que saint Jean reçut en touchant le chef sacré du Sauveur, lorsqu'il le baptisa ; et, par la descente du Saint-Esprit sur Jésus-Christ, saint Grégoire même nous donne lieu de l'expliquer du martyre de saint Jean, dont il avait parlé un peu auparavant, et en lui donnant le nom de baptême.

« On cite encore, pour prouver que Jésus-Christ a baptisé saint Jean, saint Jérôme et saint Chrysostome, qui disent qu'il l'a baptisé de son Esprit, in Spiritu ». Mais cette expression ne peut servir qu'à faire croire qu'il ne lui a point donné le baptême d'eau. Saint Jérôme ajoute qu'en lui disant : « Laissez-moi faire pour le moment », sine modo, il lui promettait le baptême du martyre, et qu'il recevrait encore son baptême au jour du juge­ment : Scito in die judicii meo te esse baptismate baptizandum; ce qu'il n'explique pas. L'auteur de l'ouvrage imparfait sur saint Matthieu cite des apocryphes qui disaient clairement que saint Jean avait été baptisé par Jésus ­Christ, ce qu'il paraît entendre simplement du baptême de l'eau. Il ajoute néanmoins aussitôt que Jean donna à Jésus le baptême de l'eau, et que Jésus donna à Jean celui de l'Esprit. Mais il peut entendre, par là, celui de Jésus-Christ, qui par l'eau donne le Saint-Esprit.

« On cite encore Théophylacte et Euthymius. Le premier dit bien que saint Jean avait besoin d'être purifié par Jésus-Christ, parce que, étant descendu d'Adam, il en avait tiré, comme les autres, la souillure de la désobéissance, qui produisait en lui quelques péchés, quoique légers. Mais il ne dit point que ce fut par le baptême de l'eau qu'il en devait être purifié. Et, expliquant sine modo, il fait dire à Jésus-Christ : « Laissez-moi maintenant m'humilier; il viendra un temps où je jouirai de la gloire qui m'est due, et où vous me verrez », dit saint Chrysostome, « en l'état où vous me voudriez voir dès à présent ».

« Saint Augustin paraît plus formel ; car après avoir montré, contre les Pélagiens, qu'on ne pouvait dire que saint Jean eût été sans péché, puis qu'il était né par la voie ordinaire, et non d'une vierge, comme Jésus-Christ, il le prouve encore comme Théophylacte, parce qu'il dit à Jésus-Christ Ego a te debeo baptizari; après quoi il ajoute : « Cette faveur lui fut accordée dans ce lieu même ; car le Seigneur s'étant fait baptiser dans l'eau, Jean pouvait-il en être dispensé ? » Et hoc ibi prœstitum est; quando cairn Dominos in aquam, non ille praeter aquam. - Cependant, dans les livres à René, où il soutient le plus la nécessité du baptême de Jésus-Christ, il ne dit point que Jean l'ait reçu. Ainsi il peut bien avoir voulu marquer simplement dans l'autre endroit quelque sanctification particulière que Jésus-Christ lui avait donnée alors, et qui, s'étant faite dans l'eau, lui tenait, en quelque sorte, lieu de baptême. Quand il dit dans un sermon : Plus hic de baptismo dito, a Joanne baptizatus est Christus, etc., il est visible, ce me semble, qu'il ne croyait point que saint Jean eût aussi été baptisé par Jésus-Christ ».

« On remarque, avec quelque raison, que les disciples de saint Jean ne lui auraient pas témoigné leur surprise de ce que Jésus-Christ baptisait, si saint Jean même avait été baptisé par lui ; ou bien il faudrait dire que saint Jean ne demanda à être baptisé par Jésus qu'à la suite de l'entretien qu'il eut à ce sujet avec ses disciples, afin de les engager à s'attacher eux-mêmes au Fils de Dieu et à le suivre ».

Cependant saint Evodius, successeur de saint Pierre dans la chaire d'Antioche, atteste que Jean-Baptiste fut baptisé par Jésus ainsi que la sainte Vierge, et les apôtres Pierre, Jacques et Jean, qu'il sembla toujours honorer de plus de faveur et d'affection. L'autorité de cet auteur est certainement d'un très-grand poids et devrait suffire, ce semble, pour donner la certitude au point qui nous occupe ; car aurait-il pu émettre cette affirmation sans en avoir acquis la certitude de la bouche même de saint Pierre, dont il avait été le disciple ?

Il a plu au Saint-Esprit de voiler à notre connaissance l'entretien que Jésus ne manqua pas d'avoir avec saint Jean, à la suite de son baptême. Il n'est pas donné à notre curiosité de pénétrer les secrets que l'Epoux se plut à découvrir à son ami de prédilection dans ce divin colloque.

Cependant les disciples de saint Jean-Baptiste, et peut-être aussi toute la foule du peuple, avaient été témoins de ce qui s'était passé sans en comprendre tout le mystère. Ils avaient écouté d'une oreille attentive; ils avaient entendu sinon la voix céleste, du moins les paroles de Jean à Jésus. Quand le Sauveur se fut éloigné, les disciples s'approchèrent du Précurseur, et le questionnèrent au sujet des merveilles auxquelles ils avaient assisté saisis d'étonnement. Alors Jean rendit témoignage à Jésus, et prononça d'une voix solennelle : « C'est celui-là même dont je vous disais : Celui qui doit venir après moi a été préféré à moi, parce qu'il était avant moi. Nous avons tout reçu de sa plénitude et grâce pour grâce. Car la loi a été donnée par Moïse, mais la vérité a été apportée par Jésus-Christ. Nul homme n'a jamais vu Dieu ; c'est le Fils unique qui est dans le sein du Père qui l'a découvert ». Nous n'avons pas besoin de faire ressortir l'importance de ce nouveau témoignage en faveur du Messie, et le caractère de solennité qu'il avait dans la bouche du Précurseur, en ce moment surtout où l'on était encore sous l'impression de la vision mystérieuse.

L’inquiétude de la Synagogue

Cependant, le bruit des prédications de saint Jean-Baptiste augmentait de plus en plus chaque jour. Chacun se demandait si cet homme extraordinaire n'était point le Christ. L'opinion générale contraignit enfin les chefs du peuple et les princes des prêtres à porter publiquement leur attention sur le Précurseur.

La Synagogue, ou l'Eglise judaïque, représentée spécialement par le grand conseil ou sanhédrin, était le juge naturel de la doctrine en Israël. C'est à elle que le dépôt s'en trouvait confié. C'est sous son autorité et sa surveillance que s'exerçait le ministère de la prédication. Elle avait le droit de juger les rois, de contrôler la doctrine des Prophètes eux-mêmes, d'examiner la légitimité de leur mission, et d'autoriser ou d'interdire leur ministère. Les Scribes et les Pharisiens, qui faisaient partie de ce conseil, pour être personnellement infectés d'erreurs contre la foi, n'en étaient pas moins les juges et les gardiens naturels. Ils siégeaient dans la chaire de Moïse, et, au rapport de Jésus-Christ lui-même, ils avaient droit à l'obéissance de la part des autres.

La sainteté éminente du Précurseur, sa science et son éloquence toute prophétique, et surtout sa popularité et son ascendant sur la foule le mettaient à couvert et le protégeaient peut-être contre tout acte de violence de la part des Pharisiens du sénat judaïque, auxquels il portait ombrage. On ne put dès lors se dispenser d'agir avec la plus grande déférence et le plus grand honneur à son égard.

Les députés partis de Jérusalem, étant arrivés vers le Précurseur, commencèrent donc à l'interroger touchant sa personne, sa qualité et sa fonction. Ils n'avaient point l'intention de s'informer de son nom et de son origine, car ils ne l'ignoraient pas. C'est ce que montrent les termes de la réponse de Jean. Ils ne lui demandent pas directement s'il est le Christ; ils lui font seulement cette question : « Qui êtes- vous ? ».

L'Evangéliste, afin de mettre davantage en saillie la réponse du Précurseur, se sert d'une circonlocution et d'un pléonasme bien dignes de remarque « Il confessa », dit-il, « et il ne le nia pas ; et il confessa qu'il n'était point le Christ ». Cette déclaration, qui met si bien en lumière la véracité et l'humilité du fils de Zacharie, est racontée de manière à frapper l'esprit, afin de rendre le lecteur attentif, d'exciter son admiration et de l'entraîner jusqu'a l'imitation de cette vertu éblouissante de clarté.

La première question adressée au Précurseur n'avait point obtenu le résultat qu'en attendaient les envoyés ; elle fut bientôt suivie d'une seconde « Quoi donc ?, lui dirent-ils, « êtes-vous Elie? » Jean-Baptiste répondit : « Non, je ne le suis point ». Cependant l'ange Gabriel avait annoncé à Zacharie que son fils précéderait « le Seigneur dans l'esprit et la vertu d'Elie », et Jésus-Christ déclara qu'« Elie était déjà venu; et que Jean était lui-même Elie ».

Celui qui se disait la voix du Seigneur peut-il donc être en désaccord avec le Seigneur lui-même ? Le héraut de la Vérité n'est-il pas contredit ici par la Vérité même ? Les Juifs prenaient Jean-Baptiste pour Elie lui-même en personne ; tel était le fond de leur pensée et le sens de leur question. En déclarant qu'il n'était pas Elie, Jean-Baptiste restait dans la vérité, et ne disait rien qui ne fut digne de l'approbation du Christ. Il était vraiment Elie, mais dans un sens mystique et figuré, selon la pensée de l'ange et la parole du Sauveur; et il n'était point Elie dans le sens propre et grossier que les Juifs avaient à l'esprit.

Les Pharisiens continuèrent encore de l'interroger : « Etes-vous prophète ? » poursuivirent-ils; et il répondit : « Je ne le suis pas ».

Les docteurs grecs observent que, dans le grec, le mot prophète est précédé de l'article. C'est pourquoi ils pensent que les prêtres et les lévites demandaient à Jean-Baptiste, non pas s'il était un prophète quelconque et ordinaire, mais bien s'il était ce prophète célèbre que Moïse avait annoncé en ces termes : « Le Seigneur ton Dieu suscitera de ta nation et du milieu de tes frères un prophète comme moi[46]».

Néanmoins, Denys le Chartreux ne vent pas que l'on entende cette interrogation des Juifs dans un sens différent de celui que l'usage ordinaire lui attribue. Par conséquent il ne s'agirait pas de ce prophète extraordinaire prédit par Moïse mais bien plutôt de quelque prophète inférieur à Elie ; car les questions allaient selon une gradation descendante. Ce n'est pas d’ailleurs une coutume ni de l'ancien, ni du nouveau Testament, d'entendre le mot Prophète autrement que dans le sens commun et ordinaire, à moins qu’il ne soit accompagné d'une épithète qui autorise une interprétation spé­ciale. Il vaut donc mieux admettre, dit ce commentateur, que les députés du grand conseil ne voulaient parler que d'un prophète ordinaire, et selon l'acception communément usitée dans l'ancien Testament. Et Jean peut répondre qu'il n'est pas prophète, parce qu'il ne vient point pour annoncer des choses à venir, mais pour montrer le Christ et pour indiquer sa présence en disant : « Voici l'Agneau de Dieu ».

Les députés s'adressèrent enfin au Précurseur, en lui disant : « Qui êtes-vous, afin que nous puissions répondre à ceux qui nous ont envoyés ? Que dites-vous de vous-même ? » Jean leur répondit par ces paroles solennelles et mystérieuses: «Je suis la voix de Celui qui crie dans le désert : préparez la voie du Seigneur, comme l'a dit le prophète Isaïe ».

Dans le récit qu'il nous donne de cette célèbre ambassade, saint Jean l'Evangéliste interrompt tout à coup le dialogue pour faire observer que « les députés étaient des Pharisiens » ;- puis il continue sa narration en ajoutant : « Et ils l'interrogèrent et lui dirent : Pourquoi baptisez-vous donc, si vous n'êtes ni le Christ, ni Elie, ni Prophète ? »

La méchanceté des Pharisiens, dit saint Grégoire, n'est pas capable d'altérer la douceur et la charité de saint Jean ; il donne une réponse de vie à une parole d'envie. Soit qu'on le loue, soit qu'on le blâme, dans les fers comme en liberté, il n'a qu'une chose en vue, c'est de remplir sa mission, de rendre témoignage au Messie, de le glorifier et de s'abaisser lui-même. Il ne se met donc point en peine de justifier sa mission et son baptême aux yeux de ses ennemis ; il ne s'occupe point de dire par quelle autorité et pour quelle raison il baptise ; mais il saisit promptement l'occasion de rendre au Christ un témoignage éclatant et solennel. Un commentateur fait encore observer que ce témoignage est rapporté par saint Jean l'Evangéliste, comme le plus célèbre, parce qu'il fut public ; et, de plus, il s'adressait aux pontifes et aux magistrats : il avait été demandé juridiquement et accepté comme tel par les envoyés.

Saint Jean, s'abaissant et enseignant à ses auditeurs à faire peu de cas de son baptême, s'efforce de relever celui du Christ. « Pour moi », dit-il, « je baptise dans l'eau ; mais il en est un qui a paru au milieu de vous, que vous ne connaissez pas, c'est lui qui doit baptiser dans le Saint-Esprit et dans le feu ».

« Voici l’Agneau de Dieu »

L'Evangéliste saint Jean, dont toutes les paroles méritent d'être relevées, a pris soin de marquer le lieu où ces choses se passèrent; et un savant chronologiste, Tornielli, en fixe le jour au 16 février, pendant que Jésus-­Christ était encore retiré dans le désert. « Ceci se passait donc en Béthanie, au bord du Jourdain où Jean baptisait ».

Après avoir jeûné quarante jours et quarante nuits et s'être soumis aux épreuves de la plus rude pénitence, Jésus-Christ avait permis au tentateur de venir lui tendre des pièges et de chercher à exciter dans son humanité les désirs et les appétits de la triple concupiscence. Mais une parole du Verbe de Dieu avait suffi pour confondre l'ennemi de tout bien. Il avait voulu, par humilité, être tenté comme nous, « de toutes manières, mais sans recevoir aucune atteinte du péché. S'étant ainsi préparé à sa mission divine, il descendit de la montagne où le démon l'avait laissé, quitta le désert et la solitude, alla passer quelques semaines à Nazareth et revint vers saint Jean-Baptiste pour le voir et l'entendre, mais surtout pour lui fournir l'occasion de répéter et de confirmer, en sa présence et en face de tous les Juifs, le témoignage qu'il venait de lui rendre en son absence.

« Un autre jour », dit le texte évangélique, « Jean vit Jésus qui venait à lui, et il dit : Voici l'Agneau de Dieu, voici Celui qui ôte le péché du monde. C'est Celui dont j'ai dit : Il vient après moi un homme qui m'a été préféré, parce qu'il était avant moi ».

Cette parole si courte du héraut de la Vérité : « Voici l'Agneau de Dieu qui ôte les péchés du monde », exprime admirablement bien qu'il y a en Jésus-Christ une seule personne et deux substances ou natures, celle de Dieu et celle de l'homme ; elle montre que la nature humaine est passible, et que la nature divine n'est point sujette à la souffrance. En effet, parce qu'il est homme, il a pu être porté comme « un agneau plein de douceur pour être immolé. Il a livré », dit Isaïe, « son corps à ceux qui le frappaient, il a présenté ses joues à ceux qui le maltraitaient » ; il a voulu nous rassa­sier de sa chair, et nous revêtir de sa laine; il a été attaché à la croix et percé d'une lance, afin que nous pussions marquer nos fronts de son sang, comme les Israélites leurs portes du sang de l'agneau. - Mais parce qu'il est Dieu, il a pu ôter le péché du monde en s'élevant pour ravir sa proie et en rugissant parmi les morts, comme un jeune lion, après avoir terrassé le ravisseur, vaincu le tyran de la mort, et triomphé du trépas. Assis à la droite du Père, il remet les péchés à ceux qui croient fermement en lui.

Après avoir rapporté cet éclatant témoignage que nous avons essayé de faire ressortir, l'Evangile du disciple bien-aimé nous apprend que le lendemain même de cette circonstance mémorable, Jean-Baptiste, comme une sentinelle attentive et vigilante, se tenait debout avec deux de ses disciples. Il eut le bonheur de voir et de contempler encore « Jésus qui marchait ». Dans le transport de sa joie, il s'écria derechef en le montrant à ses disciples : « Voilà l'Agneau de Dieu ». Sur la parole de leur maître, les disciples se mirent aussitôt en marche pour rejoindre Jésus. Le Sauveur s'étant retourné vers eux, et voyant qu'ils venaient à sa suite, peut-être sans oser lui adresser la parole, leur parla lui-même le premier, et leur demanda ce qu'ils cherchaient. Les disciples de Jean répondirent en donnant à Jésus un nom d'excellence qu'on n'attribuait d'ordinaire qu'à ceux qui en avaient été jugés dignes par le sanhédrin : « Rabbi », lui dirent-ils, « nous désirons connaître le lieu où vous habitez ». Et le Sauveur, les accueillant avec une grande bonté, les conduisit lui-même. Or, l'un d'eux était André ; il devint depuis disciple et apôtre de Jésus-Christ. On ne sait point d'une manière absolument certaine quel était l'autre disciple. Saint Jean Chrysostome nous apprend que, selon quelques auteurs, c'était saint Jean l'Evangéliste. Théophylacte l'affirme positivement. D'après saint Epiphane, ce ne pouvait être que lui ou bien Jacques, son frère, c'est-à-dire l'un des fils de Zébé­dée. Mais le silence de l'Evangile, à ce sujet, autorise suffisamment à croire que ce disciple n'était autre que celui-là même qui nous en a donné le récit. C'est, en effet, à l'école de saint Jean-Baptiste que saint Jean l'Evan­géliste semble avoir appris à nommer Jésus l'Agneau de Dieu. C'est à la suite de ce digne maître qu'il se pénétra si bien de la pureté, de la virginité et de la sainteté qui le rendirent si cher à Jésus-Christ. Cette grande abstinence, la virginité et la pureté de vie qui brillèrent dans le saint évan­géliste pals: cent, ce semble, de Jean-Baptiste dans lui, selon l'expression d'un interprète moderne.

Nous voyons, par cette circonstance, avec quel soin et quel empressement le Précurseur saisissait toutes les occasions d'attacher à Jésus-Christ les disciples qu'il s'était faits. Il travaillait ainsi à décroître lui-même pour faire croître son Seigneur. Il envoyait donc à Jésus, déjà ébauchées et préparées, les pierres qui devaient lui servir à asseoir les fondements de son Eglise.

L'Evangéliste nous apprend que ce fut sur la parole d'André que Simon, son frère aîné, alla aussi trouver Jésus-Christ. Nous ne pouvons douter qu'il n'ait été compté lui-même parmi les disciples de Jean-Baptiste. Le texte sacré ne nous le dit pas formellement, mais il l'insinue suffisamment.

Ces disciples ne s'attachèrent pas encore définitivement à Jésus; car nous savons que ce fut plus tard seulement qu'ils laissèrent leurs filets pour le suivre. Ils voulaient d'abord le connaître personnellement, lier avec lui quelque familiarité afin de se faire, plus tard, définitivement ses disciples s'ils trouvaient que sa société leur fût avantageuse. Ils retournèrent à leur premier maître. Saint Jean pût dès lors leur parler d'une manière plus claire et plus précise touchant l'objet principal de sa mission.

Le fils de Zacharie continua toujours d'administrer son baptême et de rendre témoignage au Sauveur, même après que Jésus eut commencé ses prédications évangéliques. Cependant, nous allons commencer à le voir diminuer, ainsi qu'il l'avait prédit. Les événements que nous avons racontés jusqu'ici semblent s'être passés la plupart sur le Jourdain, vis-à-vis de Jéricho ; car la tradition raconte que le Christ fut baptisé à l'endroit même où Israël franchit le fleuve à pied sec, et où les pieux pèlerins de la Terre ­Sainte vont encore demander à ses ondes sacrées une communication nouvelle de la vertu purifiante et sanctifiante dont elles furent imprégnées, et par elles toutes les eaux de la terre, au moment où le Sauveur du monde s'y plongea pour instituer le sacrement de la régénération.

L'Evangile, qui nous fournit si peu de détails géographiques, nous fait remarquer que le lieu où se passa la scène que nous allons raconter était Ennon, proche de Salim ou Salem, autrefois la résidence de Melchisédech, dont on voyait encore le palais en ruines du temps de saint Jérôme. Cette ville, située sur une petite rivière qui va se jeter dans le Jourdain non loin de là, appartenait à la province de Samarie. C'est là que Jean baptisait, parce qu'il y avait beaucoup d'eau, dit l'Évangile. Toutefois, nous ne devons pas imaginer que ce fut le besoin d'aller chercher de l'eau qui engagea le Précurseur à quitter le Jourdain : car nous savons encore, par l'Evangile, que Jésus y donnait son baptême, mais dans la province de Judée.

Nous avons donc ainsi l'occasion d'observer que pour faire part à une plus grande étendue de pays de l'heureuse nouvelle dont il était le héraut, et pour mieux accomplir ainsi sa mission, le Précurseur allait de préférence dans les lieux que Jésus-Christ n'avait pas encore illustrés de sa présence, afin de l'annoncer, de le faire connaître d'avance, et de lui préparer la voie. Car il avait commencé à prêcher dans le désert de   Judée ; il s'était mis à baptiser dans le Jourdain, non loin de son embouchure dans la mer morte; c'est là que tout Jérusalem allait à lui. Maintenant nous le voyons remonter ce fleuve jusqu'à Ennon, pour de là faire retentir sa voix jusque sur les rivages de la mer de Tibériade et réveiller la province de Samarie au bruit de ses puissantes clameurs, comme il avait déjà fait pour la Judée. 1l continuait donc à baptiser car son baptême ne fut pas aboli aussitôt que parut celui de Jésus-Christ. Mais les disciples de Jean-Baptiste, observant que leur maître n'était plus l'objet d'un concours aussi nombreux et aussi empressé qu'autrefois, en conçurent du dépit et de la jalousie contre celui qu'ils savaient en être l'occasion ou la cause. Les Juifs malintentionnés, et surtout les Pharisiens, ennemis jurés de Jésus aussi bien que de saint Jean, surent trouver le moyen d'aiguillonner encore les disciples du Précurseur, et d'exciter leur envie, afin de les amener à faire infirmer ou révoquer les témoignages que leur maître avait rendus au Christ. Ils se joignirent même quelquefois aux Pharisiens qu'ils connaissaient ennemis déclarés du Sauveur. C'est ce que nous apprend saint Matthieu en ces termes : « Les disciples de Jean s'approchèrent de Jésus et lui dirent : Pourquoi les Pharisiens et nous pratiquons-nous des jeûnes fréquents, tandis que vos disciples ne jeûnent point ? » Leur intention était de faire révoquer à leur maître le témoignage qu'il avait rendu touchant le Christ : leurs paroles l'insinuent avec assez d'évidence :  « Maître », disent-ils, « Celui qui était avec vous au-delà du Jourdain, et auquel vous avez rendu témoignage, voilà qu'il s'est mis à baptiser, et tout le monde se porte vers lui ». Ces paroles, qui ne sont sans doute que l'abrégé sommaire de ce qu'ils dirent à saint Jean, décèlent, dans leur brièveté, une rare habileté, la ruse la plus subtile et la plus capable de séduire tout autre que celui dont la Vérité même a dit qu'il n'était point un roseau agité par le vent. Il fallait au Précurseur toute sa fermeté et sa prudence pour ne point dévier de la vérité en cette circonstance.

L’effacement devant le Christ

La méchanceté et la jalousie des Pharisiens contre le Sauveur et contre le Précurseur fournirent de nouveau à celui-ci l'occasion de rendre à Jésus un hommage public et solennel, le plus beau et le plus éclatant de tous les témoignages; c'est le dernier qui nous soit rapporté dans l'Evangile, mais c'est aussi le plus frappant ; c'est le chant suprême du Cygne qui tant de fois avait réjoui tout Israël aux accents de sa voix plus que prophétique. Ecoutons ce qu'il va dire à ses disciples et aux Juifs, empressés d'entendre sa réponse.

« L'homme ne peut rien recevoir, s'il ne lui a été donné du ciel ». C'est-à-dire : Pourquoi m'appelez-vous Rabbi avec tant d'emphase, ô hommes insidieux et importuns ? Pourquoi m'attribuez-vous un nom que je ne mérite point ? Ce nom, je vous le déclare, ne convient qu'à Celui-là seul qui ne manque de rien, qui seul possède la science et l'enseigne aux hommes.

« Est-ce seulement d'aujourd'hui, d'ailleurs, que je vous déclare que loin d'être un Dieu, je ne suis qu'un homme? Mais vous-mêmes, vous me rendez témoignage que je vous ai dit : Je ne suis point le Christ, mais j'ai été envoyé devant lui. Quand me furent envoyés, de Jérusalem, des prêtres et des lévites pour me demander : « Qui êtes-vous ? » je l'ai avoué, et je ne l'ai point caché, et j'ai « déclaré que je ne suis point le Christ », et j'ai ajouté

« Celui qui doit venir après moi, a été mis devant moi, et je ne suis pas digne de dénouer les cordons de ses souliers. Vous êtes témoins vous-­mêmes que j'ai tenu ce langage, puisque vous me dites : Maître, celui qui au-delà du Jourdain était avec vous, et auquel vous avez rendu témoignage ». Ce n'est donc point pour la première fois que je déclare n'être qu'un homme; car vous savez, et vous me rendez maintenant témoignage que j'ai dit : « Je ne suis point le Christ ». Si je m'étais arrogé cette qualité, je me serais certainement prétendu plus qu'un homme ; car le Christ n'est pas homme seulement.

Si vous voulez savoir ce que je suis, je vais vous l'apprendre par une comparaison bien connue : « L'époux est celui à qui est l'épouse ; mais l'ami de l'époux c’est celui qui se tient debout et qui l'écoute ; il est ravi de joie en entendant la voix de l'époux. C'est donc là ma joie qui est maintenant à son comble ». Or vous savez, vous qui avez célébré des noces, ou qui seulement y avez pris part, quelle distance il y a entre l'époux et son ami.

Mais, pourrait demander quelqu'un, comment saint Jean n'hésite-t-il point de se déclarer ici le paranymphe du Christ, son ami le plus intime ? Pourquoi s'attribue-t-il, à l'exclusion de tout autre, la faveur singulière et unique d'être admis jusque dans l'appartement nuptial, tandis que, dans d'autres circonstances, il se permettait à peine de passer pour le serviteur du Fils de Dieu, et répétait qu'il n'était point digne de lui rendre le plus humble des services, comme de porter sa chaussure et d'en dénouer les cordons ?

Il voulait faire voir qu'il ne ressemblait point aux esclaves qui ont, à l'égard de leur maître, plutôt de l'envie que de l'affection. Les amis, au contraire, coopèrent au bonheur de leurs amis, travaillent à le procurer, s'en réjouissent eux-mêmes et s'en félicitent. Jean-Baptiste se disait autrefois indigne de dénouer les cordons du Fils de Dieu, parce qu'on le prenait lui-même pour le Christ ; il montrait son humilité, parce qu'on lui préparait une tentation d'orgueil. Maintenant il s'annonce comme l'ami intime du Fils de Dieu, parce qu'on veut le faire poser comme un rival; il fait voir son amour et sa charité, parce qu'on veut exciter en lui le fiel de l'envie.

Les disciples de saint Jean s'étaient plaints que le Christ baptisât et que tout le monde vînt à lui. Jean leur lit comprendre qu'il n'en pouvait être autrement, parce que c'est lui qui est l'Epoux de l'Eglise ; mais il fallait, en outre, qu'il leur montrât la nécessité où il était de diminuer lui-même à mesure que Jésus-Christ grandirait.

Jean-Baptiste, dit saint Ambroise, était la figure de la loi et des prophéties, qui furent diminuées par leur abolition ; le Christ figurait la loi nouvelle et l'Evangile, qui doivent croître jusqu'à la consommation des siècles ; il fallait que la loi cessât, que la nation juive disparût à mesure que l'Evangile répandait son éclat et que le peuple chrétien se développait.

Hérode emprisonne le Précurseur

Cependant la carrière de saint Jean touchait à son terme. L'heure arrivait où le Fils de Dieu allait enfin commencer publiquement le cours de ses prédications : car jusque-là elles n'avaient eu qu'un retentissement restreint et n'avaient encore été accompagnées que par des miracles opérés, pour ainsi dire, dans l'ombre. La gloire d'avoir été persécuté par les Juifs, aussi bien que tous les anciens Prophètes, ne devait pas manquer au Précurseur ; car Jésus-Christ lui-même a dit à ce sujet : « Ils l'ont traité comme il leur a plu ; et il est réservé au Fils de l'homme de souffrir de leur part les mêmes persécutions. La plupart des auteurs s'accordent, en effet, pour attribuer aux Pharisiens le projet et l'exécution de l'arrestation de saint Jean, et même de sa mort; ces sectaires eurent la fourberie de suggérer à Hérode la crainte d'une révolution que le crédit du Précurseur sur l'esprit du peuple, le concours des multitudes empressées à sa suite, et surtout la défiance et la jalousie, rendaient facilement vraisemblable à un tyran lâche et efféminé.

Alors régnait sur la province de Galilée, et sur le pays au-delà du Jourdain, un prince à qui les Romains avaient conservé un simulacre de royauté sous le nom de Tétrarque. C'était Hérode, le fils du meurtrier des Innocents, homme vicieux et corrompu, que saint Luc caractérise en ces termes a Ayant été repris par saint Jean au sujet d'Hérodiade, la femme de son frère, et de toutes les méchancetés qu'il avait faites, Hérode ajouta encore à tous ses crimes celui de faire mettre Jean en prison ». Le saint Précurseur lui avait donc déjà fait des réprimandes, et l'avait averti de renvoyer la femme qu'il avait ravie à son frère Philippe, et qu'il n'avait pas craint d'épouser publiquement, au grand scandale de tout le monde. Il n'avait pas craint de reprocher aux soldats leurs exactions, aux Publicains avares leur dureté, aux orgueilleux Pharisiens leur hypocrisie, à tous les Juifs leur endurcissement et leur dépravation. Il lui restait à donner une leçon sévère au monarque. Il la fit avec une généreuse liberté, et avec aussi peu de crainte que s'il eût parlé à un enfant, dit saint Chrysostome. Il n'ignorait point ce qui lui était réservé de la part d'une reine en courroux; il savait à quoi son zèle allait l'exposer en essayant de faire descendre du trône et chasser de son palais une femme orgueilleuse et toute-puissante. Mais le zèle de la maison de Dieu le dévorait; et, en présence d'un devoir à remplir, il comptait pour rien les opprobres et les persécutions dont il pourrait être l'objet.

Cependant la fille du roi des Arabes, la légitime épouse offensée, s'était enfuie chez son père. De là était survenue une guerre ; et Hérode Antipas, marchant contre le roi des Arabes, se trouvait alors avec son armée sur la pointe méridionale de la Pérée. Poussé par sa femme et furieux des justes reproches de Jean-Baptiste, inquiet outre cela du mécontentement du peuple, qu'avaient irrité et cette union adultère et la guerre injuste qui s'en était suivie, ce malheureux prince ne put se contenir plus longtemps. Attribuant au Précurseur les troubles et les murmures du peuple, au lieu de s'en prendre à lui-même, il avait tenté un coup violent; et se faisant livrer par Pilate le prédicateur courageux, il l'avait enfermé dans la forteresse de Machérouse, située sur l'extrême limite de ses Etats. Les rabbins la nommaient Fort-Noir ou encore Fournaise, à cause de la terre noire d'asphalte et des sources chaudes qui se trouvaient en cette contrée. Elle était située au-delà de la mer Morte, dans le voisinage du mont Nébo. C'était le lieu le mieux fortifié après Jérusalem. Le roi Hérode l'avait fait bâtir pour en faire une place d'armes contre les Arabes. Ceux-ci s'en étaient emparés plus tard, mais elle avait été probablement reconquise dans la guerre actuelle. La nature l'avait munie de fossés profonds de cent coudées; à ses pieds était bâtie la ville basse, mais elle étalait en haut ses rochers avançant en saillie au-dessus de l'abime, et entourés de murs. Aux angles étaient placées des tours hautes de soixante coudées; et c'est dans l'une de ces tours que Jean-Baptiste était enfermé. Sur la place, au milieu de la citadelle, s'élevait un magnifique château : c'est là que le tétrarque se tenait avec son état-major, pendant que la guerre le forçait à rester dans ces contrées. Dans ce palais était une vieille tige de rue d'une telle hauteur que Josèphe a cru devoir en faire mention. Au fond du vallon croissait une racine magique nommée Baaras, dont on racontait des effets merveilleux. Telle était cette forteresse de Machaire, qui s'élevait elle-même comme, un donjon de l'enfer clans cette vallée, longue de soixante stades, et d'où l'on apercevait la mer Morte à une distance de trois lieues et demie ».

Il devait entrer dans les plans du fourbe et rusé monarque de faire oublier peu à peu le Prophète qui avait remué et attiré à lui tout Israël. Pour cela, deux moyens se présentaient naturellement : une détention étroite et prolongée, et le discrédit jeté sur sa personne au moyen de calomnies habilement ourdies.

C'est en exécution du premier moyen que Jean fut enlevé loin des lieux où il avait exercé un si grand rôle, et qu'il fut transporté et détenu dans une forteresse à l'abri de toute tentative d'enlèvement de la part de ses disciples, et dans l'impossibilité d'entreprendre une évasion. C'est encore pour cela qu'Hérode ne se hâta point de lui faire son procès ; car la justice irréprochable et la sainteté du Précurseur, reconnues par ses ennemis eux-mêmes, n'auraient pu faire tourner un jugement à la gloire de ses accusateurs. Il était donc plus sûr et plus adroit de l'enfermer le plus secrètement possible, et d'éviter de donner à cette mesure toute espèce de retentissement.

Pour discréditer la personne et la vertu du Précurseur, on formula contre lui des accusations sans consistance, que l'on divulgua habilement parmi le peuple. On le fit panser pour un factieux qui cherchait à ameuter la multitude ; on représenta qu'il avait mérité et rendu nécessaire son emprisonnement en exposant les Juifs à faire croire aux Romains qu'ils voulaient se révolter contre leur autorité. On ne manqua point surtout de l'accuser d'avoir. insulté la majesté royale, dans la personne d'Hérode, par les reproches qu'il lui avait adressés et par le blâme dont il l'avait couvert en présence même du peuple. On ne put oublier de faire revivre tous les griefs que les Pharisiens avaient contre lui dès le commencement de ses prédications, pour les avoir humiliés publiquement en leur reprochant leurs vices et en les appelant race de vipères. Nous savons, en effet, de la bouche même du Christ, que l'on voulut faire passer son Précurseur pour un possédé du démon.

Les disciples du saint Précurseur conservèrent toujours leur affection pour ce digne maître ; leur fidélité ne se démentit point jusque dans la persécution; ils voulurent continuer de lui être exclusivement attachés, quoique saint Jean se fût efforcé souvent de leur faire comprendre qu'ils devaient désormais suivre Celui dont il s'était dit l'humble avant-coureur. L'esprit de jalousie et de rivalité qui les animait depuis que Jésus s'était mis à donner le Baptême, se réveilla de nouveau dans leur cœur quand ils virent sa réputation croissant chaque jour, tandis qu'on ne parlait plus de leur maître. Chaque jour, en effet, ils entendaient raconter les miracles que le Christ semait sur ses pas ; peut-être avaient-ils été eux-mêmes témoins de quelques-unes de ces merveilles. Tels en conçurent du dépit et de l'envie ; quelques-uns d'entre eux se laissèrent même entraîner par les Pharisiens jusqu'à se mettre de leur parti pour lui tendre des pièges. A la suite de la résurrection du fils de la veuve de Naïm, comme ils avaient encore la faculté de voir leur maître dans sa prison, ils vinrent lui raconter cette merveille et quelques autres miracles antérieurs; ils laissèrent, sans doute, entrevoir le dépit qu'ils en éprouvaient. Alors, saint Jean en choisit deux d'entre eux, et les charge d'une mission qui ne puisse être sujette à aucun soupçon, et dont le résultat sera de leur apprendre, par la force même des choses, quelle différence il y a entre le Christ et son Précurseur. En conséquence, au lieu d'adresser à ses disciples une instruction , comme il avait déjà fait dans une circonstance analogue, il envoie de préférence, sans doute, ceux qui faisaient le plus de difficulté à croire, et les charge d'aller en son nom faire cette question au Sauveur : « Etes-vous Celui qui doit venir, ou bien devons-nous en attendre un autre ? »

La reconnaissance du Sauveur

Les paroles que les disciples du Précurseur adressèrent de sa part à Jésus-Christ revenaient à celles-ci « Je sais que vous êtes le Messie : c'est ce que j'ai prouvé par mon témoignage; mais le peuple l'ignore encore. Pourquoi donc tardez-vous à vous faire connaître, et ne déclarez-vous pas ce que vous êtes ? Rendez enfin un témoignage clair et évident aux yeux de tout le monde ; montrez, par vos œuvres, que vous êtes le Christ, et qu'il n'en faut point attendre d'autre ».

Les envoyés du saint Précurseur étant donc arrivés vers Jésus, lui adressèrent, de la part de leur maître, les questions dont ils étaient chargés. « Le Sauveur », dit saint Cyrille, « ne se hâta point de répondre qu'il était Celui qui devait venir; mais il le montra par le nombre et la grandeur des miracles ; par il se plut à opérer, en présence des disciples de Jean, beaucoup plus de prodiges qu'il n'en avait fait jusque-là ». Saint Luc raconte, en effet, que « Jésus, à cette heure-là même, délivra un grand nombre de personnes des maladies et des plaies dont elles étaient affligées et des malins esprits qui les possédaient, et il rendit la vue à plusieurs aveugles ». Il accomplissait ainsi à dessein ce que les Prophètes avaient prédit que le Christ ferait un jour.

Après avoir accompli beaucoup de miracles en présence des disciples de saint Jean, Jésus prit enfin la parole : « Allez », dit-il aux disciples du saint Précurseur, « rapportez à Jean ce que vous avez vu et entendu. Les aveugles voient, les boiteux marchent, les lépreux sont guéris, les sourds entendent, les morts ressuscitent, les pauvres sont évangélisés. Et bienheureux celui qui ne sera pas scandalisé à mon sujet ». Le Sauveur, en faisant remarquer que l'Evangile était annoncé aux pauvres, voulait, selon les interprètes, notifier l'accomplissement de la Prophétie d'Isaïe à ce sujet[47]. C'était, par conséquent, répondre à la pensée de saint Jean. Si Jésus-Christ eût répondu d'une manière formelle et évidente, au lieu de donner la parole aux rouvres, les disciples de saint Jean ne s'en seraient-ils pas offensés et ne lui auraient-­ils pas répliqué, comme les Juifs : « C'est vous-même qui vous rendez témoignage ? »

Cependant le Christ eut soin d'en dire assez pour que les disciples de Jean pussent s'en retourner parfaitement instruits, et même convaincus et persuadés; car aussitôt après la mort de leur digne maître, ils se rendirent avec empressement auprès de Jésus. Les miracles dont ils avaient été les témoins étaient, en effet, bien capables de les éclairer et d'enlever tout prétexte au doute.

La multitude qui avait assisté à la réception des disciples de saint Jean et entendu les questions proposées au Sauveur, ne connaissait point le vrai motif qui les avait inspirées au Précurseur. C'est pourquoi les nombreux témoins de cette scène imaginèrent à ce sujet mille choses absurdes.

Mais Jésus-Christ se hâte d'aller au-devant de ces soupçons et d'empêcher les esprits de penser mal au sujet de son ami de prédilection.

Pour donner plus de force à son raisonnement, et pour ne pas dire d'abord ce qu'il pense de son Précurseur, il invoque le témoignage de ses auditeurs eux-mêmes. Il ne se contente pas de s'appuyer sur leurs paroles, il montre que leurs actions mêmes témoignent de la fermeté et de la constance de saint Jean. C'est pour cela qu'il dit aux Juifs : « Qu'êtes-vous allés voir dans le désert ? - Y alliez-vous pour voir un roseau agité par le vent ? » - « Mais qu'êtes-vous donc allés voir ? » continue-t-il, « est-ce un homme vêtu avec mollesse ? Ceux qui sont vêtus de la sorte se trouvent dans les palais des rois ».

Après avoir fait connaître les mœurs de saint Jean par son habitation, ses vêtements et la vénération dont il était l'objet de la part du peuple, le Christ poursuit en demandant aux Juifs s'ils ne sont pas allés voir un Prophète. « Qu'êtes-vous allés voir ? Un Prophète ? Oui, je vous le déclare, et plus qu'un Prophète ; car c'est de lui qu'il est écrit : Voilà que j'envoie mon ange devant votre face, et il préparera la voie devant vous ».

La Sagesse éternelle a prescrit à l'homme de ne louer personne avant sa mort. Cependant cette même Sagesse incarnée, à qui appartient de droit divin le jugement des hommes, a voulu non-seulement déroger une fois à cette maxime en faveur de son Précurseur, mais encore appuyer avec une sorte de complaisance en faisant l'éloge de celui qui ne craignit pas de se donner pour son ami, avant même que cet adorable Sauveur eût laissé échapper de sa bouche divine cette parole si suave, en s'adressant à ses disciples : « Je vous ai donné le nom d'amis ». Le Christ, en effet, poursuivant son discours sur un ton plus solennel, déclare avec une sorte de serment qu' «entre tous ceux qui sont nés de femmes il n'y en a point de plus grand que Jean-Baptiste », et que bien loin qu'aucun des Prophètes le surpasse, il est lui-même plus grand qu'eux, puisqu'il est plus que Prophète.

La décollation de saint Jean Baptiste

Pendant que Jésus était transfiguré sur le Thabor, Jean mourait dans sa prison après trois mois de captivité. Après avoir préparé les voies au Messie, il acheva glorieusement sa carrière par le martyre, et reçut lui-même le baptême de sang. Hérodiade cherchait depuis longtemps l'occasion de le faire mourir : elle la trouva enfin. Hérode célébrait le jour anniversaire de sa naissance, et avait invité à sa table tous les grands de sa cour, les chefs de son armée et les principaux personnages de la Galilée. Salomé, fille d'Hérodiade, parut donc devant Hérode, jouant du luth et dansant pour embellir la fête. Au temps d'Auguste, la coutume, depuis longtemps en usage chez les Grecs, de terminer les festins d'apparat par des danses mimiques et par des scènes tirées des potes dramatiques, s'était introduite à la cour des grands dans tout l'empire romain.

Salomé parut donc devant toute la cour d'Hérode comme reine de la fête et comme danseuse à la fois. L'éducation des filles à cette époque, dans tout l'empire romain, avait pour but, comme nous l'apprend Horace, de les former de bonne heure à la danse et à la coquetterie. Mais dans cette occasion, ce jeu eut une fin bien tragique ; car il plut tellement à Hérode, qu'il jura par sa tête, selon la coutume des Juifs, excité probablement par les fumées du vin, d'accorder à Salomé la faveur qu'elle lui demanderait, fût-ce la moitié de son royaume. « Donner la moitié d'un royaume », c'était une formule dont on se servait très-souvent dans l'antiquité pour affirmer quelque chose.

Mais elle sortit, et dit à sa mère : « Que dois-je demander? » Celle-ci lui répondit : « La tête de Jean-Baptiste ». Elle rentra aussitôt pour aller trouver le roi. Saint Matthieu et saint Marc donnent à Hérode en cet endroit le titre de roi, quoiqu'il ne fût que tétrarque, nous indiquant par là comment les grands de sa cour le flattaient alors de l'espoir d'arriver à la royauté. C'était, d'ailleurs, l'unique désir de l'ambitieuse Hérodiade, et ce désir fut la cause de sa perte et de celle d'Hérode. L'évangéliste semble nous insinuer qu'il nourrissait depuis longtemps la pensée de prendre le titre de Basileus, comme son frère Archélaüs, quoiqu'il n'eût tenté que douze ans plus tard d'exécuter ce dessein. Et c'est ce que nous confirme Josèphe, lorsque dans son ouvrage de la guerre des Juifs, au commencement du second livre, il nous raconte qu'Antipas, aussitôt après la mort de son père, se sépara de son frère Archélaüs et lui disputa la dignité royale.

Hérode laissa donc échapper la fatale promesse. Il est probable que son frère, le tétrarque Philippe, assistait à cette fête, et que Salomé l'avait déjà séduit. Il y était du moins représenté par des envoyés chargés de demander sa main; car nous le trouvons déjà marié peu de temps après avec elle. La promesse que lui fit Hérode semblait donc avoir rapport à la dot de Salomé. Celle-ci avait reçu son nom en souvenir et en honneur de la sœur d'Hérode l'ancien, qui, dans le testament de ce roi, avait reçu un domaine considérable. La noblesse de Galilée, les chefs de l'armée et les officiers avaient entendu le fatal serment. « Le roi en l'ut très fâché ; néanmoins, à cause du serment qu'il avait fait et de ses hôtes, il ne voulut pas la refuser, mais il envoya un de ses gardes avec ordre d'apporter la tête de Jean ». C'était la coutume dans l'antiquité que les rois eussent toujours avec eux un archer ou un bourreau, comme signe de leur pouvoir judiciaire et souverain. « Celui-ci étant allé couper la tête à Jean dans la prison, l'apporta sur un bassin, et la donna à la princesse ; mais celle-ci la porta à sa mère ».

La nouvelle Jézabel avait enfin obtenu ce qu'elle demandait depuis si longtemps à son mari. Nous lisons dans l'histoire que Marc-Antoine se faisait aussi apporter, pendant le repas, les têtes des proscrits, et que Fulvia, sa femme, prit sur ses genoux la tête de Cicéron, et perça sa langue avec des aiguilles. Dion Cassius nous raconte la même chose d'Agrippine, après qu'elle eut fait périr Paulina Lollia. Ce genre de cruauté était, du reste, tout à fait dans les mœurs de l'époque, et en se faisant présenter la tête de ceux qu'on voulait frapper, on s'assurait par là de l'exécution des ordres qu'on avait donnés. Nous ne devons donc pas nous étonner si la tradition historique, après saint Jérôme et Nicéphore, raconte qu'Hérodiade perça la langue du Précurseur avec des aiguilles, comme si elle eût craint encore ses reproches ; qu'elle enterra dans un lieu secret sa tête enveloppée dans des chiffons, et fit jeter le tronc sans se donner la peine de l'ensevelir. Mais Jean, au moment où il achevait sa course, disait encore : « Je ne suis point celui que vous croyez, je suis seulement le Précurseur de celui dont je ne suis pas digne de délier les souliers ». Ainsi, le généreux Précurseur, au seuil même de l'autre vie, confessa encore d'une manière éclatante le Messie et le royaume qu'il venait fonder.

« Ce fut le 10 du mois appelé chez les Juifs Ab, ou Lous, que Jean fut mis à mort. C'était un jour de malheur pour ce peuple. C'était en ce jour en effet, que Dieu, irrité contre les enfants d'Israël, leur avait annoncé qu'aucun de ceux qui étaient sortis d'Egypte n'entrerait dans la terre promise. C'était en ce jour que le premier temple avait été détruit par Nabuchodo­nosor ; et c'est en ce jour encore que, plus tard, le second temple fut détruit par Titus. C'était en ce jour qu'avait été anéantie la ville de Bétharée, foyer de la révolte sous Barcochebas ; et c'est en ce jour que le vainqueur promena la charrue sur le lieu où avait été Jérusalem ».

En adoptant les données du D. Sepp, Jean-Baptiste aurait commencé sa carrière évangélique à l'âge de trente-un ans et trois mois, l'an de Rome 778, et il aurait été mis en prison l'an 780, dans le mois de mai. Il aurait donc prêché les quatre derniers mois de l'année 778, toute l'année 779, et les cinq premiers mois de 780. Après une détention d'environ trois mois, il serait tombé sous le glaive homicide le 10 du mois appelé Ab chez les Juifs, et correspondant à nos mois de juillet et d'août. Ainsi, saint Jean-Baptiste serait mort à l'âge de trente-trois ans et trois mois environ. D'après ces calculs, Jésus-Christ aurait vécu trente-quatre ans, trois mois et vingt-un jours.

On juge, dit Baillet, que sa mort arriva vers la fin de la seconde année du ministère de Jésus-Christ, ou au plus tard dans les commencements de la troisième, vers le mois de février. Il est toujours certain que ce fut quelque temps avant Pâques.

Aussitôt que les disciples de saint Jean-Baptiste eurent rendu aux restes mortels de leur digne maître les devoirs de la sépulture, ils se hâtèrent d'aller trouver Jésus pour lui faire part de ce triste événement, et sans doute aussi pour puiser quelque adoucissement à leur chagrin en se mettant désormais à sa suite. La mission que le Précurseur avait confiée naguère à deux d'entre eux n'avait pas manqué de dissiper les sentiments de jalousie qu'ils avaient eus d'abord contre celui qu'ils regardaient comme l'émule et le rival de leur maître. Ce qui le prouve, c'est leur empressement à se rendre auprès du Sauveur aussitôt après la mort de saint Jean.

Jésus-Christ savait certainement que Jean-Baptiste devait mourir et quel genre de mort il aurait à subir. Cet événement ne lui fut pas un instant inconnu ; mais il voulut, dans cette circonstance, ne concevoir et laisser paraître son chagrin qu'à la manière des hommes, c'est-à-dire lorsqu'il eut été informé de la mort de celui qu'il chérissait justement plus que tous les autres hommes.

A cette annonce, dit Nicéphore, Jésus fut affecté d'un profond chagrin. Métaphraste rapporte que, dans l'affliction qu'il en éprouva, il ne put rester plus longtemps dans le pays ; mais, comme pour se consoler de sa tristesse, il monta dans une barque avec ses Apôtres, et passa la mer de Tibériade pour se retirer dans le désert.

Dieu ne voulut point laisser impuni, même dès ce monde, la mort injuste du saint Précurseur; car Hérode, alors en guerre avec Arétas, roi d'Arabie, eut la douleur et la honte de voir son armée défaite et anéantie par son ennemi. Au rapport de Josèphe, et selon l'opinion accréditée parmi les Juifs, c'était une punition que Dieu lui infligeait pour venger le meurtre de saint Jean. Mais ce premier malheur ne fut que le prélude de ceux que la justice de Dieu lui réservait. Il mourut misérablement, privé de tous ses Etats ; Hérodiade et sa fille Salomé n'eurent pas un meilleur sort.

Représentations et patronage de saint Jean Baptiste

L'attribut caractéristique de saint Jean Baptiste dans les arts, est l'agneau, parce que c'est sous ce titre que le Précurseur désigna le Sauveur à la foule. - Le Moyen Âge plaçait cet agneau dans une des mains de saint Jean-Baptiste. Aujourd'hui, on préfère une banderole, sur laquelle est écrite cette sentence : Ecce Agnus Dei, voici l'agneau de Dieu ; nous avouons que la manière du moyen fige est bien plus énergique, qu'elle parle bien plus éloquemment aux yeux ; or, c'est à ce dernier résultat qu'il faut surtout viser dans la peinture et la sculpture. Nous pourrions ajouter comme détail accessoire, que le Précurseur est vêtu d'une simple peau de bête, qui laisse voir ses jambes nues, laquelle peau est serrée à la taille par une ceinture de cuir. - Voilà, nous le répétons, le principal attribut de saint Jean, dans l'art populaire. Si l'on veut représenter le Précurseur exerçant la fonction qui lui a valu son nom populaire de Baptiste, il faut toujours le montrer donnant le baptême par immersion, et se garder de lui mettre à la main une coquille, qui ne peut que désigner le baptême par effusion. - Sa captivité se reconnaît facilement à une porte grillée, et sa décollation à une tête dans un plat. - Enfin, dans les scènes du jugement dernier, la sainte Vierge est à genoux à la droite da Sauveur, et le Précurseur à sa gauche ; au-dessous sont les Apôtres, etc. Le peintre André del Sarte a donné en onze planches estimées la suite de la vie de saint Jean-Baptiste.

Saint Jean-Baptiste est le patron d'un grand nombre de villes et de pays qu'il serait trop long de nommer. Il est particulièrement invoqué par les couteliers et les fourbisseurs, à cause du coutelas qui servit à lui trancher la tête ; - par les ceinturoniers, à cause de la ceinture de cuir que lui fait porter l'évangéliste saint Marc ; - par les oiseliers à Liège, parce que sans doute Jean avait vécu libre et loin des villes, comme l'oiseau des champs, avant son emprisonnement; - par les peaussiers et les tailleurs ; - pour les agneaux, cela se conçoit ; - contre l'épilepsie, les convulsions, les spasmes et la grêle. Nous ne saurions expliquer ces derniers patronages, sinon par cette raison générale, que le crédit de saint Jean était sans doute réputé universel.

[1] Lc I, 7.

[2] Lc I.

[3] Lc I.

[4] Ibid.

[5] Ibid.

[6] Ibid.

[7] Cf. Cardinal Hugues, Cassien, S. Bonaventure, S. Pierre Damien, Cornelius a Lapide, D’Allioli, etc.

[8] Bossuet, XV sem., Elev. 1.

[9] Ps. XVIII, 3.

[10] Ex, XIII.

[11] Ibid.

[12] Nb, VI.

[13] Mt II, 16.

[14] Cornelius a Lapide in Matth.

[15] Lib. II Saturnal., c. 4.

[16] S. Basile, de hum. Christi generatione.

[17] Elev. 7, XV sem.

[18] Serm. I, de Adv.

[19] Dt XVI, 16.

[20] Lc II, 41.

[21] S. Aug., serm. CCLXXXVIII.

[22] Jn, I.

[23] Ibid, V.

[24] Bourdaloue, sermon pour la fête de saint Jean-Baptiste.

[25] Epist. XLII.

[26] Mt XVIII, 10.

[27] D’un mot grec que l’on traduit ordinairement ici par sauterelles.

[28] Bréviaire romain.

[29] Bossuet, XV sem. 7 elev.

[30] Ac XIX.

[31] Mt XI, 12.

[32] Mt III ; Mc, I ; Lc III.

[33] Mt III, 7.

[34] Die 16 Julii.

[35] Jn IV, 2.

[36] Ac I, 21.

[37] Jn I.

[38] Ac XVIII, 24.

[39] Ps CVII, 10.

[40] Elév., XXI sem.

[41] Is LIII, 5.

[42] Bossuet, Elév., XXII sem.

[43] Jn V.

[44] Eccl. XXXI, 9.

[45] Elév., sem. 5, XXII.

[46] Dt XVIII.

[47] Is LXI. https://www.icrsp.org/Devotions-Spiritualite/St-Jean-Baptiste.htm

SOURCE : https://www.icrsp.org/Devotions-Spiritualite/St-Jean-Baptiste.htm

Jacob Jordaens (1593–1678), Jean le Baptiste , circa 1617, 92,8 x 58,8, Musée d'Art de Columbus,  Columbus, Ohio.


St. John the Baptist

We are given the story of the ministry of John the Baptist, called the Precursor or Forerunner of the Lord, with some variation of detail, in the three synoptic Gopels of Matthew, Mark, and Luke, as well as in the Book of John. Luke tells us of the birth of John the Baptist in a town of Judaea, about six months before the birth of the Saviour. The attendant circumstances, which we have already recounted under the headings of St. Elizabeth and St. Zachary, his parents, suggest the miraculous and wonderful. The New Testament tells us nothing of John's early years, but we know that his pious, virtuous parents must have reared the boy with care, conscious always of the important work to which he was appointed, and imbuing him with a sense of his destiny.

When John began final preparations for his mission, he was probably in his thirty-second year. He withdrew into the harsh, rocky desert beyond the Jordan to fast and pray, as was the ancient custom of holy men. We are told that he kept himself alive by eating locusts and wild honey and wore a rough garment of camel's hair, tied with a leathern girdle. When he came back to start preaching in the villages of Judaea, he was haggard and uncouth, but his eyes burned with zeal and his voice carried deep conviction. The Jews were accustomed to preachers and prophets who gave no thought to outward appearances, and they accepted John at once; the times were troubled, and the people yearned for reassurance and comfort. So transcendant was the power emanating from the holy man that after hearing him many believed he was indeed the long-awaited Messiah. John quickly put them right, saying he had come only to prepare the way, and that he was not worthy to unloose the Master's sandals. Although his preaching and baptizing continued for some months during the Saviour's own ministry, John always made plain that he was merely the Forerunner. His humility remained incorruptible even when his fame spread to Jerusalem and members of the higher priesthood came to make inquiries and to hear him. "Repent, for the Kingdom of Heaven is at hand,"-this was John's oft-repeated theme. For the evils of the times his remedy was individual purification. "Every tree," he said, "that is not bringing forth good fruit is to be cut down and thrown into the fire." The reformation of each person's life must be complete—the wheat must be separated from the chaff and the chaff burned "with unquenchable fire."

The rite of baptism, a symbolic act signifying sincere repentance as well as a desire to be spiritually cleansed in order to receive the Christ, was so strongly emphasized by John that people began to call him "the baptizer." The Scriptures tell us of the day when Jesus joined the group of those who wished to receive baptism at John's hands. John knew Jesus for the Messiah they had so long expected, and at first excused himself as unworthy. Then, in obedience to Jesus, he acquiesced and baptized Him. Although sinless, Jesus chose to be baptized in order to identify Himself with the human lot. And when He arose from the waters of the Jordan, where the rite was performed, "the heavens opened and the Spirit as a dove descended. And there came a voice from the heavens, Thou art my beloved Son, in Thee I am well pleased" (Mark i, 11).

John's life now rushes on towards its tragic end. In the fifteenth year of the reign of the Roman emperor, Tiberias Caesar, Herod Antipas was the provincial governor or tetrarch of a subdivision of Palestine which included Galilee and Peraea, a district lying east of the Jordan. In the course of John's preaching, he had denounced in unmeasured terms the immorality of Herod's petty court, and had even boldly upbraided Herod to his face for his defiance of old Jewish law, especially in having taken to himself the wife of his half-brother, Philip. This woman, the dissolute Herodias, was also Herod's niece. Herod feared and reverenced John, knowing him to be a holy man, and he followed his advice in many matters; but he could not endure having his private life castigated. Herodias stimulated his anger by lies and artifices. His resentment at length got the better of his judgment and he had John cast into the fortress of Machaerus, near the Dead Sea. When Jesus heard of this, and knew that some of His disciples had gone to see John, He spoke thus of him: "What went you to see? A prophet? Yea, I say to you, and more than a prophet. This is he of whom it is written: Behold I send my angel before thy face, who shall prepare thy way before thee. For I say to you, amongst those that are born of women there is not a greater prophet than John the Baptist" (Matthew xi, 10-12).

Herodias never ceased plotting against the life of John, who was not silenced even by prison walls. His followers now became even more turbulent. To Herodias soon came the opportunity she had long sought to put an end to the trouble-maker. On Herod's birthday he gave a feast for the chief men of that region. In Matthew xiv, Mark vi, and Luke ix, we are given parallel accounts of this infamous occasion which was to culminate in John's death. At the feast, Salome, fourteen-year-old daughter of Herodias by her lawful husband, pleased Herod and his guests so much by her dancing that Herod promised on oath to give her anything that it was in his power to give, even though it should amount to half his kingdom. Salome, acting under the direction and influence of her wicked mother, answered that she wished to have the head of John the Baptist, presented to her on a platter. Such a horrible request shocked and unnerved Herod. Still, he had given his word and was afraid to break it. So, with no legal formalities whatever, he dispatched a soldier to the prison with orders to behead the prisoner and return with it immediately. This was quickly done, and the cruel girl did not hesitate to accept the dish with its dreadful offering and give it to her mother. John's brief ministry was thus terminated by a monstrous crime. There was great sadness among the people who had hearkened to him, and when the disciples of Jesus heard the news of John's death, they came and took the body and laid it reverently in a tomb. Jesus, with some of his disciples, retired "to a desert place apart," to mourn.

The Jewish historian Josephus, giving further testimony of John's holiness, writes: "He was indeed a man endued with all virtue, who exhorted the Jews to the practice of justice towards men and piety towards God; and also to baptism, preaching that they would become acceptable to God if they renounced their sins, and to the cleanness of their bodies added purity of soul." Thus Jews and Christians unite in reverence and love for this prophet-saint whose life is an incomparable example of both humility and courage.
—Excerpted from Lives of the Saints, Published by John J. Crawley & Co., Inc.

Patronage: Baptism; bird dealers; converts; convulsions; convulsive children; cutters; epilepsy; epileptics; farriers; hail; hailstorms; Knights Hospitaller; Knights of Malta; lambs; Maltese Knights; lovers; monastic life; motorways; printers, spasms; tailors; Genoa, Italy; Quebec; Sassano, Italy; Diocese of Savannah, Georgia; Diocese of Charleston, South Carolina; Diocese of Dodge City, Kansas; Diocese of Paterson, New Jersey; Diocese of Portland, Maine

Symbols and Representation: Lamb; lamb on a book of seven seals; locust; camel's hair tunic; girdle; his head on a charger; scroll with words Ecce Agnus Dei or with Vox Clamantis in deserto; long, slender cross-tipped staff; open Bible; banner of victory

Highlights and Things to Do:

Read more about St. John the Baptist:

Catholic Encyclopedia

The Golden Legend

CatholicSaints.info

Catholic Ireland

Saints Stories for All Ages

Read about the locations of his relics.

The Liturgy of the Hours for the Evening Prayer (Vespers) of the Birth of St. John the Baptist has traditionally included the Gregorian chant Ut Queant Laxis. Tradition has ascribed the hymn to a Paul Warnefried (Paul the Deacon, 730-799). While preparing to sing the Exsultet at the Holy Saturday vigil, he found himself hoarse, and so prayed to St. John the Baptist, since his father lost his voice before John was born. Paul's voice was restored and he wrote this hymn in honor of the saint. True or not, what makes this song memorable is that the Benedictine monk used this hymn as a pivotal reference for our musical scale. See Catholic Encyclopedia's entry Ut Queant Laxis, more information on the hymn from Catholic Culture, a Beginner's Guide to Modal Harmony, and Gregorian Chant Notation.

Father Francis Weiser, S.J. has several descriptions of the customs and traditions attached to St. John's Birthday, especially the bonfire connection: The Holyday Book and Handbook of Christian Feasts and Customs.

The Church year has two cycles. The more important cycle is the Temporal Cycle (from the Latin tempus which means time or season). The life of Christ is relived in liturgical time, in both real time and Church's memory. Throughout the year the Paschal Mystery (Christ's work of redemption through His birth, life, passion, death, and resurrection and ascension) is relived, and broken down into the seasons of Advent, Christmas, Lent, Holy Week, Easter and Ordinary Time. Sundays are the usual means by which this cycle unfolds.

At the same time with the Temporal Cycle, the Sanctoral Cycle (from the Latin sanctus which means saint) progresses. The Church honors Mary, Mother of God "with a special love. She is inseparably linked with the saving work of her son" (CCC 1172). Then the memorials of martyrs and other saints are kept by the Church. They are held up to us as examples "who draw all men to the Father through Christ, and through their merits she begs for God's favors" (CCC 1173).

This is one of the few saint feast days that is connected with the temporal calendar, not the sanctoral calendar, because John the Baptist was intimately involved in Christ's work of redemption. Charting or making your own liturgical calendar would be a great family project.

See Catholic Cuisine for food ideas for this feast.

Read the excerpt from the Directory on Popular Piety on the cult of St. John the Baptist.

In Brazil, this day is known as Diário de Sáo Joáo (Saint John's Day). The festivities are set off in the villages and countryside by the Fogueira de Sáo Joáo (bonfire) on St. John's eve. Families and friends eat traditional foods around the fire while younger folks jump over the fire and firecrackers are exploded. The day is primarily a festival for children, who save up months in advance to purchase fireworks to set off for the day. In cities this is a day for parties and dances, with the urban dwellers dressing up in rural costumes.

St. John is the protector of lovers, so for fun, young country girls in Brazil will roll up scraps of paper, each bearing a name of a single girl and place them into a bowl of water. The first one which unfolds indicates the girl who will marry first.

http://www.catholicculture.org/culture/liturgicalyear/calendar/day.cfm?date=2013-06-24

Martirio di San Giovanni Battista,

Anonymous Flemish master, The Beheading of St John the Baptist, circa 1540, 160 x 75, M Leuven, St. Peter's Church, Leuven

Sint-Pieterskerk. Leuven. Vlaams-Brabant. Belgium. Schilderij, Onthoofding van Johannes de Doper, Jan I de Oude Van Rillaer, 1541-1560. Parish church (Sint-Pieterskerk). Interior.


The Passion of Saint John the Baptist

St. John the Baptist was called by God to be the forerunner of his Divine Son. In order to preserve his innocence spotless, and to improve the extraordinary graces which he had received, he was directed by the Holy Ghost to lead an austere and contemplative life in the wilderness, in the continual exercises of devout prayer and penance, from his infancy till he was thirty years of age.

At this age, the faithful minister began to discharge his mission. Clothed with the weeds of penance, he announced to all men the obligation they lay under of washing away their iniquities with the tears of sincere compunction, and proclaimed the Messiah, who was then coming to make his appearance among them. He was received by the people as the true herald of the Most High God, and his voice was, as it were, a trumpet sounding from heaven to summon all men to avert the divine judgments, and to prepare themselves to reap the benefit of the mercy that was offered them.

The tetrarch Herod Antipas having, in defiance of all laws divine and human, married Herodias, the wife of his brother Philip, who was yet living, St. John the Baptist boldly reprehended the tetrarch and his accomplice for  so scandalous an incest and adultery, and Herod, urged on by lust and anger, cast the, Saint into prison. About a year after St. John had been made a prisoner, Herod gave a splendid entertainment to the nobility of Galilee. Salome, a daughter of Herodias by her lawful husband, pleased Herod by her dancing, insomuch that he promised her to grant whatever she asked. On this, Salome consulted with her mother what to ask. Herodias instructed her daughter to demand the death of John the Baptist, and persuaded the young damsel to make it part of her petition that the head of the prisoner should be forthwith brought to her in a dish.

This  strange request startled the tyrant himself; he assented, however, and sent a soldier of his guard to behead the Saint in prison, with an order to bring his head in a charger and present it to Salome, who delivered it to her mother. St. Jerome relates that the furious Herodias made it her inhuman pastime to prick the sacred tongue with a bodkin. Thus died the great forerunner of our blessed Saviour, about two years and three months after his entrance upon his public ministry, about a year before the death of our blessed Redeemer.

SOURCE : http://ucatholic.com/saints/passion-of-john-the-baptist/


Retable de Saint Georges et des deux saints Jean, circa 1500, oil on panel, 131 x 201, Unterlinden Museum

Martirio di San Giovanni Battista,

Retable de Saint Georges et des deux saints Jean, circa 1500, oil on panel, 131 x 201, Unterlinden Museum


BENEDICT XVI

GENERAL AUDIENCE

Castel Gandolfo

Wednesday, 29 August 2012

Martyrdom of St John the Baptist


Dear Brothers and Sisters,

This last Wednesday of the month of August is the liturgical Memorial of the martyrdom of St John the Baptist, the Precursor of Jesus. In the Roman Calendar, he is the only saint whose birth and death, through martyrdom, are celebrated on the same day (in his case, 24 June). Today’s Memorial commemoration dates back to the dedication of a crypt in Sebaste, Samaria, where his head had already been venerated since the middle of the fourth century. The devotion later extended to Jerusalem, both in the Churches of the East and in Rome, with the title of the Beheading of St John the Baptist. In the Roman Martyrology reference is made to a second discovery of the precious relic, translated for the occasion to the Church of San Silvestro in Campo Marzio, Rome.

These small historical references help us to understand how ancient and deeply-rooted is the veneration of John the Baptist. His role in relation to Jesus stands out clearly in the Gospels. St Luke in particular recounts his birth, his life in the wilderness and his preaching, while in today’s Gospel St Mark tells us of his dramatic death. John the Baptist began his preaching under the Emperor Tiberius in about 27-28 A.D., and the unambiguous invitation he addressed to the people, who flocked to listen to him, was to prepare the way to welcome the Lord, to straighten the crooked paths of their lives through a radical conversion of heart (cf. Lk 3:4).

However, John the Baptist did not limit himself to teaching repentance or conversion. Instead, in recognizing Jesus as the “Lamb of God” who came to take away the sin of the world (Jn 1:29), he had the profound humility to hold up Jesus as the One sent by God, drawing back so that he might take the lead, and be heard and followed. As his last act the Baptist witnessed with his blood to faithfulness to God’s commandments, without giving in or withdrawing, carrying out his mission to the very end. In the 9th century the Venerable Bede says in one of his Homilies: “St John gave his life for [Christ]. He was not ordered to deny Jesus Christ, but was ordered to keep silent about the truth” (cf. Homily 23: CCL 122, 354). And he did not keep silent about the truth and thus died for Christ who is the Truth. Precisely for love of the truth he did not stoop to compromises and did not fear to address strong words to anyone who had strayed from God’s path.

We see this great figure, this force in the Passion, in resistance to the powerful. We wonder: what gave birth to this life, to this interiority so strong, so upright, so consistent, spent so totally for God in preparing the way for Jesus? The answer is simple: it was born from the relationship with God, from prayer, which was the thread that guided him throughout his existence. John was the divine gift for which his parents Zechariah and Elizabeth had been praying for so many years (cf. Lk 1:13); a great gift, humanly impossible to hope for, because they were both advanced in years and Elizabeth was barren (cf. Lk 1:7); yet nothing is impossible to God (cf. Lk 1:36). The announcement of this birth happened precisely in the place of prayer, in the temple of Jerusalem, indeed it happened when Zechariah had the great privilege of entering the holiest place in the temple to offer incense to the Lord (cf. Lk 1:8-20). John the Baptist’s birth was also marked by prayer: the Benedictus, the hymn of joy, praise and thanksgiving which Zechariah raises to the Lord and which we recite every morning in Lauds, exalts God’s action in history and prophetically indicates the mission of their son John: to go before the Son of God made flesh to prepare his ways (cf. Lk 1:67-79).

The entire existence of the Forerunner of Jesus was nourished by his relationship with God, particularly the period he spent in desert regions (cf. Lk 1:80). The desert regions are places of temptation but also where man acquires a sense of his own poverty because once deprived of material support and security, he understands that the only steadfast reference point is God himself. John the Baptist, however, is not only a man of prayer, in permanent contact with God, but also a guide in this relationship. The Evangelist Luke, recalling the prayer that Jesus taught his disciples, the Our Father, notes that the request was formulated by the disciples in these words: “Lord, teach us to pray, just as John taught his own disciples” (cf. Lk 11:1).

Dear brothers and sisters, celebrating the martyrdom of St John the Baptist reminds us too, Christians of this time, that with love for Christ, for his words and for the Truth, we cannot stoop to compromises. The Truth is Truth; there are no compromises. Christian life demands, so to speak, the “martyrdom” of daily fidelity to the Gospel, the courage, that is, to let Christ grow within us and let him be the One who guides our thought and our actions. However, this can happen in our life only if we have a solid relationship with God. Prayer is not time wasted, it does not take away time from our activities, even apostolic activities, but exactly the opposite is true: only if we are able to have a faithful, constant and trusting life of prayer will God himself give us the ability and strength to live happily and serenely, to surmount difficulties and to witness courageously to him. St John the Baptist, intercede for us, that we may be ever able to preserve the primacy of God in our life. Thank you.

To special groups:

I offer a warm welcome to all the English-speaking pilgrims and visitors, especially those from England, Indonesia, Japan and Malta. Today, the Church celebrates the Martyrdom of St John the Baptist. John, whose birth we celebrate on 24 June, gave himself totally to Christ, by preparing the way for him through the preaching of repentance, by leading others to him once he arrived, and by giving the ultimate sacrifice. Dear friends, may we follow John’s example by allowing Christ to penetrate every part of our lives so that we may boldly proclaim him to the world. May God bless all of you!

Lastly a thought for the young people, the sick and the newlyweds. May the radicalism of the faith and the life of St John the Baptist inspire your being as believers; dear young people, show openly in all contexts that you belong to Christ and to the Church; dear sick people, draw on the power of prayer to alleviate your suffering; and you, dear newlyweds, always put the Lord Jesus at centre of your family life.

To the 2,600 French altar servers:

Dear Brothers and Sisters, I greet you with affection dear altar servers who have come from France on your national pilgrimage to Rome, as well as Bishop Breton, the other bishops present and those who have accompanied this large group. Dear young people, the service you carry out faithfully enables you to be particularly close to Jesus Christ in the Eucharist. You have the enormous privilege of being close to the altar and close to the Lord. Be aware of the importance of this service to the Church and to you yourselves. May it give you the opportunity to develop a friendship, a personal relationship with Jesus. Do not be afraid of communicating to those around you the joy you receive from his presence! May your whole life shine with the happiness of this closeness to the Lord Jesus! And if one day you hear his call to follow him on the path of the priesthood or the religious life, respond to him generously! I wish you all a good pilgrimage to the tombs of the Apostles Peter and Paul. Many thanks. Have a good pilgrimage. God bless you.

© Copyright 2012 - Libreria Editrice Vaticana

Copyright © Dicastero per la Comunicazione - Libreria Editrice Vaticana

SOURCE : https://www.vatican.va/content/benedict-xvi/en/audiences/2012/documents/hf_ben-xvi_aud_20120829.html


Beheading of John the Baptist (RM) 

1st century. Shortly after he had baptized Jesus, John the Baptist began to denounce Herod Antipas, the tetarch of Galilee. Herod had divorced his own wife and taken Herodias, the wife of his half- brother Philip and also his own niece. John the Baptist declared, "I is not lawful for you to have her," so Herod threw him into prison.

Not only did Herod fear John and his disciples, he also knew him to be a righteous man, so he did not kill him. Herodias determined to bring about John's death. From prison John followed Jesus's ministry, and sent messengers to question him (Luke 7:19-29). One day Herod gave a fine banquet to celebrate his birthday. His entire court was present as well as other powerful and influential Palestinians. Herodias's daughter Salome so pleased Herod when she danced to entertain the company that he promised her whatever she would ask--even half of his kingdom. Salome asked her mother for counsel and was told to request the head of the Baptist (Matthew 14:1-12).

Because of his pride Herod, though deeply sorry, could not decline the request; thus, as Saint Augustine says, "an oath rashly taken was criminally kept." He sent a soldier of the guard to behead John in prison. Thus, the "voice crying in the wilderness" was silenced. The head was placed on a platter and taken to Salome, who gave it to her mother.

When John's disciples heard what had happened, they took away his body and laid it in a tomb, probably at Sebaste in Samaria, where he was venerated in the 4th century. His tomb was desecrated by Julian the Apostate. John's relics are claimed by many places, but it is unlikely that they are authentic. His cultus is ancient in both the East and West, because intercession to Saint John was believed to the coming of Christ in the soul, just as it was in history. There are a vast number of medieval churches in England dedicated to Saint John. He is the patron of the Knights Hospitallers, whose principal work was to guard the Holy Sepulchre at Jerusalem and protect pilgrims (Attwater, Benedictines, Bentley, Farmer). 

Source : http://www.saintpatrickdc.org/ss/0829.shtml


Golden Legend – Decollation of Saint John Baptist

Here followeth the Decollation of Saint John Baptist.

It is read that the decollation of Saint John Baptist was established for four causes, like as it is found in the Book of Office. First, for his decollation; secondly, for the burning and gathering together of his bones; thirdly, for the invention and finding of his head; and fourthly, for the translation of his finger and dedication of the Church. And after some people this feast is named diversely, that is to say, decollation, collection, invention, and dedication. First, this feast is hallowed for his decollation which was made in this manner. For, as it is had in Historia Scholastica, Herod Antipas, son of the great Herod, went to Rome and passed by the house of Philip his brother, and began to love the wife of his brother, which was named Herodias, wife of the same Philip, his brother. After that Josephus saith, she was sister of Herod Agrippa. And when he returned, he refused and repudiated his own wife, and secretly wedded her to his wife, the which thing his wife knew well, that he had wedded his brother’s wife. And this first wife of Herod was daughter of Areth, king of Damascus, and therefore she abode not the coming home of her husband, but went to her father as soon as she might. And when Herod returned, he took away the wife of Philip his brother, and wedded her, and left his own. And there moved against him therefore Herod Agrippa, and the king Areth and Philip became his enemies. And Saint John said to him that he had not done well to do so, because after the law it appertained not to him to have and hold the wife of his brother living. And Herod saw that John reproved him of this thing so cruelly, as Josephus saith, because he reproved him of blame. He assembled great people for to please his wife, and did do bind and put Saint John in prison, but he would not slay him for doubt of the people, which much loved John, and followed him for his predication. And Herod and Herodias, coveting occasion against Saint John how they might make him die, ordained between them secretly that, when Herod should make the feast of his nativity the daughter of Herodias should demand a gift of Herod for dancing and springing at the feast tofore the principal princes of his realm, and he should swear to her by his oath that he shall grant it her. And she should ask the head of Saint John, and he would give it to her for keeping of his oath, but he should feign as he were angry because of making of the oath. And it is read in the History Scholastic that he had this treachery and great fantasy in him where it is said thus: It is to be believed that Herod treated first secretly with his wife of the death of Saint John. And under this occasion saith Jerome in the gloss: And therefore he sware for to find occasion to slay him, for if she had required the death of his father or mother, he had not given it to her ne consented it. And when the feast was assembled, the maid was there springing and dancing tofore them all, in such wise that it pleased much to all. And then sware the king that he would give to her whatsomever she required, though she demanded half his kingdom. And then she, warned by her mother, demanded the head of Saint John Baptist. Nevertheless, Herod by evil courage feigned that he was angry because of his oath, and as Rabanus saith: That he had sworn follily, that he must needs do. But he made no sign of sorrow save in the visage, for he was joyous in his heart; he excused the felony of his oath, showing that he did it under the occasion of pity. Then the hangman came and smote off his head and delivered it to the maid, the which she laid in a platter and presented it at the dinner to her mischievous mother. And then Herod was much abashed when he saw it. And Saint Austin rehearseth in a sermon that he made on the occasion of the decollation, by way of example, that there was an innocent man and a true which had lent certain money to another man which denied it him when he asked it. And the good man was moved, and constrained him by his oath to swear whether he owed him or no, and he sware that he owed him nought, and so the creditor lost that he had lent. And then he saith that, in the next day following the creditor was ravished and brought tofore the judgment, and it was asked him: Why calledst thou that man for to be believed by his oath? And he said: Because he denied my debt. And the judge said: It had been better to thee to lose thy debt than he should lose his soul by making of a false oath as he did. And then this man was taken and grievously beaten, so that when he awoke the tokens of his wounds appeared on his back, but he was pardoned and forgiven. And after this Austin saith that Saint John was not beheaded on this day when the feast of his decollation is hallowed, but the year tofore, about the feast of Easter, and because of the passion of Jesu Christ and of the sacrament of our Lord it is deferred unto this day, for the less ought to give place to the more and greater. And of that, Saint John Chrysostom saith: John the Baptist beheaded is become master of the school of virtues and of life, the form of holiness, the rule of justice, the mirror of virginity, the ensample of chastity, the way of penance, pardon of sin, and discipline of faith. John is greater than man, peer unto the angels, sovereign holiness of the law of the gospel, the voice of the apostles, the silence of the prophets, the lantern of the world, the foregoer of the Judge, and moyen of all the Trinity. And this so great a man was put to martyrdom, and gave his head to the adulterer, and was delivered to the springing maid.

Herod then went not away all unpunished, but he was damned into exile. For as it is contained in the History Scholastic, Herod Agrippa was a noble man but he was poor, and for his overmuch poverty he was in despair, and entered into a certain tower for to suffer death there by famine and hunger. But when Herodias, his sister, heard thereof, she prayed Herod Tetrarch that he would bring him thence and minister to him. And when he had done so they dined together, and Herod Tetrarch began to chauffe him by the wine which he had drunk, and began to reprove Herod Agrippa of the benefits that he had done to him. And that other sorrowed sore, and went to Rome and was received into the grace of Gaius the emperor, and he gave to him two lordships, that is to say of Lisania and Abilina, and crowned him, and sent him king into the Jewry. And when Herodias saw her brother have the name of a king, she prayed her husband with great weepings that he should go to Rome and buy him the name of a king. He abounded greatly in riches, and entended not to her desire, for he had liefer be idle in rest than to have honour laborious. But at the last he was overcome by her busy prayers, Baptist and went to Rome with her. And when Herod Agrippa knew it, he sent letters to the Cæsar, that Herod Antipas, or the Tetrarch, had made friendship with the king of Persia and alliance, and that he would rebel against the empire of Rome. And in token of this thing he signified to him that he had in his garrisons armours enough for to garnish with seven thousand men. And when the emperor had read these letters he was much glad, and began to speak of other things first, afar from his purpose, and among other things he demanded him if he had in his cities great abundance of armours as he heard say, and he denied it not to him. Then the emperor believed well that which Herod had sent him in writing, and was angry toward him, and sent him into exile. And because his wife was sister to Herod Agrippa, whom he much loved, he gave to her leave to return to her country, but she would go with her husband into exile, and said that he that had been in great prosperity, she should not leave him in his adversity. And then were they brought to Lyons, and there ended their lives miserably. This is in the History Scholastic.

Secondly, this feast was established and hallowed for the burning of his bones and gathering together on this day, like as some say they were burnt, and were gathered up of good christian men. And then suffered he the second martyrdom when his bones were burnt, and therefore the church halloweth this feast also as his second martyrdom, as it is read in the History Scholastic. For when his disciples had borne his body in to the city Sebasten of Palestine, they buried it between Elisæum and Abdias, and at his tomb many miracles were showed. Then Julian the apostate commanded that his bones should be burnt, and they ceased not to do their woodness then; they took them and burnt them into powder and winnowed them in the fields. And Bede saith in his Chronicles that when they had gathered his bones they drew them afar that one from that other, and by this wise he suffered the second martyrdom. But they say that know it not, that the day of his nativity his bones were gathered all about and were burnt. And whiles they were ingathering, as it is said in Scholastica Historia, there came monks from Jerusalem which covertly put them among the gatherers, and took a great part of them and bare them to Philip, bishop of Jerusalem. And he sent them afterwards to Athanasius, bishop of Alexandria, and long time after Theophilus, bishop of the same city, laid them in the temple of Serapis, when he had hallowed and purged it from filth, and sacred it a church in the honour of Saint John Baptist, and this is that the History Scholastic saith. But now they be worshipped devoutly at Genoa, like as Alexander the third, and Innocent the fourth, witnesseth for truth, and approve it by their privileges. And like as Herod which beheaded him was punished for his trespass, so Julian the apostate was smitten with divine vengeance of God, whose persecution is contained in the history of Saint Julian tofore rehearsed after the Conversion of Saint Paul. Of this Julian the apostate, of his nativity, of his empire, of his cruelty and of his death, is said plainly in Historia Tripartita.

Thirdly, this feast is hallowed for the invention of his head or finding thereof. For, as some say, his head was found on this day. And, as it is read in the History Scholastic: John was bound and imprisoned, and had his head smitten off within the castle of Arabia that is named Macheronta. And Herodias did do bear the head in to Jerusalem, and did do bury it secretly thereby whereas Herod dwelled, for she doubted that the prophet should rise again if his head were buried with the body. And as it is had in the History Scholastic: In the time of Marcian the prince, which was the year of our Lord three hundred and fifty-three, John showed his head to two monks that were come to Jerusalem. And then they went to the palace which was longing to Herod and found the head of Saint John wrapped in an hair, and as I suppose, they were of the vestments that he ware in desert. And then they went with the head toward their proper places. And as they went on their way a poor man which was of the city of Emissene came and fellowshipped with them, and they delivered him the bag in which was the holy head. Then this man was warned in the night that he should go his way and flee from them with the head, and so he went with the head, and brought it into the city of Emissene. And there as long as he lived he worshipped the head in a cave, and had always good prosperity. And when he should die he told and showed it to his sister, charging her to tell it to nobody by her faith, and she kept it all her life, as he had done tofore long time. After that, long time, the blessed John Baptist made revelation of his head to Saint Marcellus, monk, that dwelled in that cave, in this manner. Him seemed, in his sleeping, that many companies singing went thither, and said: Lo! here is Saint John Baptist. Whom one led on the right side and another on the left side, and blessed all them that went with him. To whom when Marcellus came, he raised him up and took him by the chin, and kissed him. And Marcellus demanded him and said: My lord, from whence art thou come to us? And he said: I am come from Sebasten. And then when Marcell was awaked, he marvelled much of this vision. And the night following, as he slept, there came a man to him which awoke him, and when he was awaked he saw a right fair star which shone amidst of the cell through the house. And he arose and would have touched it, and it turned suddenly on that other side. And he began to run after it till that the star abode in the place where the head of Saint John was, and there he dalf and found a pot, and the holy head therein. And a monk that would not believe that it was the head of Saint John, laid his hand upon the pot, and forthwith his hand burned and cleaved so to the pot, that he could not withdraw it there from in no manner, and his fellows prayed for him. And then he drew off his hand, but it was not whole. And Saint John appeared to him and said: When my head shall be set in the church, touch thou then the pot and thou shalt be whole, and so he did and received his health, and was whole as it was before. Then Marcellus showed this to Julian, bishop of the same city, and they bare it reverently into the city and showed it honourably. And from that time forth the feast of his decollation was there hallowed, for it was found the same day. And after this it was transported into the city of Constantinople. And as it is said in the History Tripartita, that Valens the emperor commended that it should be laid in a chariot for to be brought to Constantinople. And when it came to Chalcedon, the chariot would go no farther, how well that they set in more beasts to draw it, wherefore they must leave it there. But afterwards Theodosius would bring it thence, and found a noble woman set for to keep it, and he prayed her that she would suffer him to bear away the head. And she consented because that she supposed that like as Valens might not have it thence, that in like wise he should not conne have it thence. Then the emperor took it and embraced in his arms much sweetly the holy head, and laid it within his purple, and bare it in to the city of Constantinople and edified there a right fair church and set it therein. This saith the History Tripartita.

After this, in the time that king Pepin reigned, it was transported in France in Poictou, and there by his merits many dead men were raised to life. And in like wise as Herod was punished that beheaded Saint John, and Julian the apostate that burnt his bones, so was Herodias which counselled her daughter to demand the head of Saint John. And the maid that required it died right ungraciously and evil, and some say that Herodias was condemned in exile, but she was not, ne she died not there, but when she held the head between her hands she was much joyful, but by the will of God the head blew in her visage, and she died forthwith. This is said of some, but that which is said tofore, that she was sent in exile with Herod, and miserably ended her life, thus say saints in their chronicles and it is to be holden. And as her daughter went upon the water she was drowned anon, and it is said in another chronicle that the earth swallowed her in, all quick, and may be understood as of the Egyptians that were drowned in the Red Sea, so the earth devoured her.

Fourthly, this feast was hallowed for the translation of his finger and the dedication of his church. For his finger with which he showed our Lord, as it is said, might not be burnt. And this said finger was found of the said monks, which afterwards as it is had in Historia Scholastica, Saint Thecla brought it over the mountains, and set it in the church of Saint Martin, and this witnesseth Master John Beleth, saying that the said Saint Thecla brought the same finger from beyond the sea into Normandy and there builded a church in the honour of Saint John, which church, as it is said, was dedicated and hallowed this same day, wherefore it was stablished of our holy father the pope, that this day should be hallowed through the world. And Gobert saith that a much devout lady towards Saint John was in France, which much prayed to our Lord that he should give to her some relics of the said Saint John, and when she saw that it profited not in praying to God, she began to take affiance in God, and avowed that she would fast and never eat meat till she had of him some relic. And when she had fasted certain days she saw upon the table tofore her a finger of marvellous whiteness, and she received with great joy that gift of God. Then after, came thither three bishops, and each of them would have part of the finger. Then by the grace of God the finger dropped three drops of blood upon a cloth by which they knew that each of them had deserved to have a drop. And then Theodolina, queen of the Lombards, founded at Modena, beside Milan, a noble church in the honour of Saint John Baptist.

And like as Paul witnesseth in the history of Lombards: And the time passed unto Constance the emperor which would have taken Italy from the Lombards, and he demanded of a holy man which had a spirit of prophecy, how he should do with the battle which he had enterprised. And that man was all night in prayer and came to the emperor and answered to him and said: The queen hath do made a church of Saint John Baptist and prayeth continually for the Lombards, and therefore thou mayst not surmount them, but the time shall come that that place shall be despised, and then they shall be overcome. Which was accomplished in the time of Charlemagne.

On a time came a man of great virtue, as Saint Gregory saith in his dialogue, whose name was Sanctilus and had received in his keeping a deacon that was taken of the Lombards by such a condition that if he fled he should have his head smitten off. The said Sanctilus constrained the deacon to flee, and delivered him, and when the deacon was gone they took the same Sanctilus and led him forth to be beheaded. And they chose a strong tyrant to do it, and he had no doubt to smite off his head at one stroke. And then the said Sanctilus stretched forth his neck, and the strong butcher lifted up his arm with the sword, and Sanctilus cried: Saint John receive my soul, and then anon the arm of the butcher was so stiff that he could not bring it down again, ne bow it in no manner. And then that butcher made his oath that he would never after in his life smite no christian man. And the good man Sanctilus prayed for him and anon the arm came down and was all whole. Then let us pray unto this holy saint John Baptist, to be a moyen between God and us, that we may so live virtuously in this life that when we shall depart, we may come to everlasting life in heaven. Amen.

SOURCE : https://catholicsaints.info/golden-legend-decollation-of-saint-john-baptist/

Martirio di San Giovanni Battista,

Pfarrkirche St. Johannes Baptista, Wuchzenhofen, Stadt Leutkirch im Allgäu Deckengemälde, Martyrium Johannes des Täufers, 1887-1888


Pictorial Lives of the Saints – Beheading of Saint John the Baptist

Saint John the Baptist was called by God to be the forerunner of his Divine Son. In order to preserve his innocence spotless, and to improve the extraordinary graces which he had received, he was directed by the Holy Ghost to lead an austere and contemplative life in the wilderness, in the continual exercises of devout prayer and penance, from his infancy till he was thirty years of age. At this age, the faithful minister began to discharge his mission. Clothed with the weeds of penance, he announced to all men the obligation they lay under of washing away their iniquities with the tears of sincere compunction; and proclaimed the Messiah, who was then coming to make his appearance among them. He was received by the people as the true herald of the Most High God, and his voice was, as it were, a trumpet sounding from heaven to summon all men to avert the divine judgments, and to prepare themselves to reap the benefit of the mercy that was offered them. The tetrarch Herod Antipas having, in defiance of all laws divine and human, married Herodias, the wife of his brother Philip, who was yet living, Saint John the Baptist boldly reprehended the tetrarch and his accomplice for so scandalous an incest and adultery, and Herod, urged on by lust and anger, cast the Saint into prison. About a year after Saint John had been made a prisoner, Herod gave a splendid entertainment to the nobility of Galilee. Salome, a daughter of Herodias by her lawful husband, pleased Herod by her dancing, insomuch that he promised her to grant whatever she asked. On this, Salome consulted with her mother what to ask. Herodias instructed her daughter to demand the death of John the Baptist, and persuaded the young damsel to make it part of her petition that the head of the prisoner should be forthwith brought to her in a dish. This strange request startled the tyrant himself; he assented, however, and sent a soldier of his guard to behead the Saint in prison, with an order to bring his head in a charger and present it to Salome, who delivered it to her mother. Saint Jerome relates that the furious Herodias made it her inhuman pastime to prick the sacred tongue with a bodkin. Thus died the great forerunner of our blessed Saviour, about two years and three months after his entrance upon his public ministry, about a year before the death of our blessed Redeemer.

Reflection – All the high graces with which Saint John was favored sprang from his humility; in this all his other virtues were founded. If we desire to form ourselves upon so great a model, we must, above all things, labor to lay the same deep foundation.

SOURCE : https://catholicsaints.info/pictorial-lives-of-the-saints-the-beheading-of-saint-john-the-baptist/

Martirio di San Giovanni Battista,

Icône de la Troisième Invention du chef de Saint Jean-Baptiste,  au-dessus SaintOnisiphorus et autres saints, Konetz, XIXe siècle


August 29

The Decollation of St. John the Baptist


ST. JOHN the BAPTIST was called by God to be the forerunner of his Divine Son, to usher him into the world, and to prepare mankind by penance to receive their great Redeemer, whom the prophets had foretold at a distance through every age from the beginning of the world; never ceasing to excite the people of God to faith and hope in him, by whom alone they were to be saved. The more the sublime function of this saint surpassed that of the Jewish legislator and of all the patriarchs and ancient prophets, the greater were the graces by which he was fitted for the same. Some of the prophets had been sanctified from their birth; but neither in so wonderful nor in so abundant a manner as the Baptist. In order to preserve his innocence spotless, and to improve the extraordinary graces which he had received, he was directed by the Holy Ghost to lead an austere and contemplative life in the wilderness, in the continual exercises of devout prayer and penance, from his infancy till he was thirty years of age. How much does this precaution of a saint, who was strengthened by such uncommon privileges and graces, condemn the rashness of parents who expose children in the slippery time of youth to the contagious air of wicked worldly company, and to every danger! or, who, instead of training them up in suitable habits of self-denial, humility, devotion, and reasonable application to serious duties, are themselves by example and pernicious maxims the corruptors of their tender minds, and the flatterers of their passions, which they ought to teach them to subdue.

St. John cannot be commonly imitated by youth in his total retreat from the world; but he teaches what are the means by which they must study, according to their circumstances, to sanctify that most precious age of life; what they must shun, in what maxims they ought to ground themselves, and how they are to form and strengthen in themselves the most perfect habits of all virtues. Let them consider him as a special pattern, and the model of innocence and of that fervour with which they must labour continually to improve in wisdom, piety, and every virtue. He is particularly the pattern which those ought always to have before their eyes, who are called by God to the ministry of his altar, or of his word. Let no one be so rash as to intrude himself into the sanctuary before he has laboured a long time to qualify himself for so high an office by retirement, humility, holy contemplation, and penance, and before the spirit of those virtues has taken deep root in his soul. St. John led a most austere life in the wilderness, conversing only with God, till, in the thirtieth year of his age, he was perfectly qualified to enter upon the administration of his office; that being also the age at which the priests and Levites were permitted by the Jewish law to begin the exercise of their functions. 1 The prophets had long before described the Baptist as the messenger and forerunner sent to prepare the way of the Lord, by bringing men to a due sense of their sins, and to the other necessary dispositions for receiving worthily their Redeemer. 2 Isaias and Malachy in these predictions allude to harbingers and such other officers whom princes upon their journeys sent before them, to take care that the roads should be levelled, and all obstructions that might hinder their passage removed.

God, by a revelation, intimated to John his commission of precursor in the wilderness, and the faithful minister began to discharge it in the desert of Judæa itself near the borders. where it was thinly inhabited, upon the banks of the Jordan, towards Jericho. Clothed with the weeds of penance, he announced to all men the obligation they lay under of washing away their iniquities with the tears of sincere compunction; and proclaimed the Messiah, who was then coming to make his appearance among them. 3 He was received by the people as the true herald of the most high God, and his voice was, as it were, a trumpet sounding from heaven to summon all men to avert the divine judgments, and to prepare themselves to reap the benefit of the mercy that was offered them. All ranks of people listened to him, and, amongst others, came many pharisees, whose pride and hypocrisy, which rendered them indocile, and blinded them in their vices, he sharply reproved. The very soldiers and publicans or tax-gatherers, who were generally persons hardened in habits of immorality, violence, and injustice, flocked to him. He exhorted all to works of charity, and to a reformation of their lives, and those who addressed themselves to him, in these dispositions, he baptized in the river. The Jews practised several religious washings of the body as legal purifications; but no baptism before this of John had so great and mystical a signification. It chiefly represented the manner in which the souls of men must be cleansed from all sin and vicious habits, to be made partakers of Christ’s spiritual kingdom, and it was an emblem of the interior effects of sincere repentance; but it differed entirely from the great sacrament of baptism which Christ soon after instituted, to which it was much inferior in virtue and efficacy, and of which it was a kind of type. 4

St. John’s baptism was a temporary rite, by which men who were under the law were admitted to some new spiritual privileges, which they had not before, by him who was the messenger of Christ, and of his new covenant. Whence it is called by the fathers a partition between the law and the gospel. 5 This baptism of John prepared men to become Christians, but did not make them so. It was not even conferred in the name of Christ, or in that of the Holy Ghost, who had not been as yet given. 6 When St. John had already preached and baptized about six months, our Redeemer went from Nazareth, and presented himself, among others, to be baptized by him. The Baptist knew him by a divine revelation, and, full of awe and respect for his sacred person, at first excused himself, but at length acquiesced out of obedience. The Saviour of sinners was pleased to be baptized among sinners, not to be cleansed himself, but to sanctify the waters, says St. Ambrose, 7 that is, to give them the virtue to cleanse away the sins of men. St. Austin and St. Thomas Aquinas think he then instituted the holy sacrament of baptism, which he soon after administered by his disciples, 8 whom doubtless, he had first baptized himself. 9

The solemn admonitions of the Baptist, attended with the most extraordinary innocence and sanctity, and the marks of his divine commission, procured him a mighty veneration and authority among the Jews, and several began to look upon him as the Messiah, who, from the ancient prophecies, was expected by all the nations of the East to appear about that time in Judæa, as Suetonius, Tacitus, and Josephus testify. 10 To remove all thoughts of this kind, he freely declared that he only baptized sinners with water in order to repentance and a new life; but that there was one ready to appear among them, who would baptize them with the effusion of the Holy Ghost, and who so far exceeded him in power and excellency, that he was not worthy to do for him the meanest servile office. Nevertheless, so strong were the impressions which the preaching and deportment of John made upon the minds of the Jews, that they sent to him a solemn embassy of priests and Levites from Jerusalem to inquire of him if he was not the Christ? 11 True humility shudders at the very mention of undue honour; and, the higher applause it meets with among men, the lower it sinks in a deep sense and sincere acknowledgment of its own baseness and unworthiness, and in the abyss of its nothingness; and in this disposition it is inflamed with a most ardent desire to give all praise and glory to the pure gratuitous goodness and mercy of God alone. In these sentiments St. John confessed, and did not deny; and he confessed, I am not the Christ. He also told the deputies that he was neither Elias nor a prophet. He was indeed Elias in spirit, being the great harbinger of the Son of God; and excelled in dignity the ancient Elias, who was a type of our saint. The Baptist was likewise eminently a prophet, and more than a prophet, it being his office, not to foretel Christ at a distance, but to point him out present among men. 12 Yet, far from pluming himself with titles and prerogatives, as pride inspires men to do, he forgets his dignity in every other respect only in that of discharging the obligations it lays upon him, and of humbling himself under the almighty and merciful hand of Him who had chosen and exalted him by his grace. Therefore, because he was not Elias in person, nor a prophet in the strict sense of the word, though, by his office, more than a prophet, he rejects those titles.

Being pressed to give some account who he was, he calls himself the voice of one crying in the desert; he will not have men have the least regard for him, but turns their attention entirely from himself, as unworthy to be named or thought of, and only bids them listen to the summons which God sent them by his mouth. A voice is no more than an empty sound; it is a mere nothing. How eloquent does sincere humility render the saints to express the sentiments of their own nothingness! Like the Baptist, every preacher of God’s word must be penetrated with the most feeling sense of his own baseness; must study always to be nothing himself and in his own eyes, whilst yet he exerts all his powers that God, the great All, may be known, loved, served, and glorified by all, and in all: he must be himself merely a voice, but a voice of thunder to awake in all hearts a profound sense of their spiritual miseries, and of the duties which they owe to God. This maxim St. Austin illustrates by the following simile drawn by the pagan mythologists: “It is related in the fables,” says he, “that a wolf thought, from the shrillness of the voice, that a nightingale was some large creature, and, coming up and finding it to have so small a body, said: Thou art all voice, and art therefore nothing. In like manner let us be nothing in our own esteem. Let the world despise us, and set us at nought, provided we only be the voice of God, and nothing more.” 13

The Baptist proclaimed Jesus to be the Messias at his baptism; he did the same when the Jews consulted him from Jerusalem whether he was not the Messias: again, when seeing him come towards him the day following, he called him, The Lamb of God; also when his disciples consulted him about the baptism of Jesus, and on other occasions. He baptized first in the Jordan, on the borders of the desert of Judæa; afterwards, on the other side of that river, at a place called Bethania, or rather Bethabara, which word signifies House of the Passage or common ford: lastly at Ennon, near Salim, a place abounding in waters, situated in Judæa near the Jordan. In the discharge of his commission he was a perfect model to be imitated by all true ministers of the divine word. Like an angel of the Lord he was neither moved by benedictions nor by maledictions, 14 having only God and his holy will in view. Entirely free from vanity or love of popular applause, he preached not himself, but Christ. His tenderness and charity won the hearts, and his zeal gave him a commanding influence over the minds of his hearers. He reproved the vices of all orders of men with impartial freedom, and an undaunted authority; the hypocrisy of the Pharisees, the profaneness of the Sadducees, the extortion of the publicans, the rapine and licentiousness of the soldiers, and the incest of Herod himself. 15

The tetrarch Herod Antipas going to Rome in the sixteenth year of Tiberius, the thirty-third of Christ, lodged in his way at the house of his brother, Herod Philip, and was smitten with love for his wife, Herodias, who was niece to them both. He discovered to her his criminal passion, and she consented to leave her husband and marry him, upon condition that he first divorced his wife, who was daughter of Aretas, king of the Arabs. To this he readily agreed, and being returned from Rome in the following autumn, he considered how to rid himself of his wife. The princess having got intelligence of his resolution, made her escape, and fled to her father. By her voluntary retreat Herod Antipas saw himself at liberty, and, by a notorious infringement of all laws divine and human, married Herodias, his sister-in-law, though she had children by her own husband, Philip, his brother, who was yet living. 16 St. John Baptist boldly reprehended the tetrarch and his accomplice for so scandalous an incest and adultery, and said to that prince: It is not lawful for thee to take thy brother’s wife. Herod feared and reverenced John, knowing him to be a holy man, and he did many things by his advice; but, on the other hand, he could not bear that his main sore should be touched, and was highly offended at the liberty which the preacher took in that particular. Thus, whilst he respected him as a saint, he hated him as a censor, and felt a violent struggle in his own breast, between his veneration for the sanctity of the prophet and the reproach of his own conduct. His passion got the better, and held him captive, and his flame was nourished by the flatteries of courtiers, and the clamours and artifices of Herodias, who, like an enraged and infernal fury, left nothing unattempted to take away the life of him who durst impeach her conduct and disturb her criminal pleasures and ambition. Herod, to content her, cast the saint into prison. Josephus says the servant of God was confined in the castle of Macherus, two leagues beyond the lake Asphaltites, upon the borders of Arabia Petræa. St. John hearing in prison of Christ’s wonderful works and preaching, sent two of his disciples to him for their information, not doubting but that Christ would satisfy them that he was the Messiah; 17 and that by his answers they would lay aside their prejudices, and join themselves to him.

Herod continued still to respect the man of God, frequently sent for him, and heard him discourse with much pleasure, though he was troubled when he was admonished by him of his faults. Herodias, on the other hand, never ceased by her instigations to endeavour to exasperate him against the holy man, and to seek an opportunity to compass his destruction. An occasion at length fell out favourable to her designs. It was about a year since John the Baptist had been committed close prisoner, when Herod, upon the return of his birth-day, made a splendid entertainment for the principal nobility of Galilee, in the castle of Macherus. 18 The dancing of Salome and other circumstances of this banquet are sensible proofs to what an infamous pitch of impudence debauchery was carried in this impious court. To dance at banquets was looked upon among civilized nations which had any regard to rules of decency and temperance, as a base effeminacy, and an excess of softness and voluptuousness, 19 as it is called by Cicero, who clears the reputation of King Deiotarus from the aspersion of such an indecency, because, being a man remarkable from his youth for the gravity of his manners, he was incapable of such an extravagance. That orator had before endeavoured in the same manner to justify Muræna from a like imputation. When luxury and intemperance overran the Roman commonwealth, these maxims of ancient severity still so far prevailed, that Tiberius and Domitian, who will never pass for rigid reformers of morals, turned patricians out of the senate for having danced, and the former banished all the professed dancers and comedians out of Rome, 20 so incompatible with purity of manners was a passion for dancing looked upon. This reflection leads us to form a judgment of the extreme degeneracy of Herod’s court, in which the mirth and jollity of this feast was heightened by dancing. Salome, a daughter of Herodias by her lawful husband, pleased Herod by her dancing, insomuch that he promised her, with the sacred bond of an oath, to grant her whatever she asked, though it amounted to half of his dominions. From this instance St. Ambrose and other fathers take occasion to show the dangerous consequences of a passion for dancing, and the depravity from which it often takes its rise. 21 Salome having received the above-said ample promise made her by Herod, consulted with her mother what to ask. Herodias was so entirely devoured by lust and ambition, as willingly to forego every other consideration, that she might be at liberty to gratify her passions, and remove him who stood in her way in the pursuit of her criminal inclinations. She therefore instructed her daughter to demand the death of John the Baptist, and her jealousy was so impatient of the least delay, for fear the tyrant might relent if he had time to enter into himself, that she persuaded the young damsel to make it part of her petition that the head of the prisoner should be forthwith brought to her in a dish. This strange request startled the tyrant himself, and caused a damp upon his spirits. He, however, assented, though with reluctance, as men often feel a cruel sting of remorse, and suffer the qualms of a disturbed conscience flying in their face and condemning them, whilst they are drawn into sin by the tyranny of a vicious habit, or some violent passion. We cannot be surprised that Herod should be concerned at so extravagant a petition. The very mention of such a thing by a lady, in the midst of a feast and solemn rejoicing, was enough to shock even a man of uncommon barbarity.

The evangelist also informs us, that Herod had conceived a good opinion of the Baptist as a just and holy man; also, that he feared the resentment of the people, who held the man of God in the highest veneration and esteem. Moreover, it was a constant rule or custom, that neither the prince’s birth-day, nor the mirth of a public assembly and banquet, were to be stained with the condemnation or execution of any criminal whatever; only favours and pardons were to be granted on such occasions. Flaminius, a Roman general, was expelled the senate by the censors for having given an order for beheading a criminal whilst he was at a banquet. 22 Nevertheless, the weak tyrant, overcome by his passion, and by a fond complaisance, was deaf to the voice of his own conscience, and to every other consideration; and studied, by foolish pretences, to excuse a crime which they could only serve to exaggerate. He alleged a conscience of his oath; though if it be one sin to take a wicked oath, it is another to keep it; for no oath can be a bond of iniquity, nor can one oblige himself to do what God forbids. The tyrant also urged his respect for the company, and his fear of giving them scandal by a perjury. But how easy would true virtue and courage have justified the innocent man to the satisfaction of all persons whom passion did not blind, and have shown the inhumanity of an execution which could not fail to damp the joy of the meeting, and give offence to all who were not interested in the plot! But the tyrant, without giving the saint a hearing, or allowing him so much as the formality of a trial, sent a soldier of his guard to behead him in prison, with an order to bring his head in a charger, and present it to Salome. This being executed, the damsel was not afraid to take that present into her hands, and deliver it to her mother. St. Jerom relates, 23 that the furious Herodias made it her inhuman pastime to prick the sacred tongue with a bodkin, as Fulvia had done Cicero’s. Thus died the great forerunner of our blessed Saviour, about two years and three months after his entrance upon his public ministry, about the time of the Paschal solemnity, and a year before the death of our blessed Redeemer.

Josephus, though a Jew, gives a remarkable testimony to the innocence and admirable sanctity of John, and says: “He was indeed a man endued with all virtue, who exhorted the Jews to the practice of justice towards men, and piety towards God; and also to baptism, preaching that they would become acceptable to God, if they renounced their sins, and to the cleanness of their bodies added purity of soul.” 24 This historian adds, that the Jews ascribed to the murder of John the misfortunes into which Herod fell; for his army was soon after cut to pieces by Aretas, king of Arabia Petræa, who, in revenge for the affront offered his daughter, invaded his territories, and conquered the castle of Macherus. When Caligula afterwards conferred on Agrippa the title of king of Judæa, the ambitious Herodias being racked with envy, prevailed with Herod Antipas to repair to Rome, in order to request the like favour of the emperor; but Caligula had received a bad impression against him, being informed by Agrippa that he was making a league with the Parthians, and was provided with arms for seventy thousand men. Whereupon, instead of granting him a crown, he deprived him of his tetrarchate, confiscated his goods, and banished him and Herodias to Lyons, in Gaul, in the thirty-eighth year of the Christian æra, about four years after Christ had appeared before him at Jerusalem, and been treated by him as a mock king. Herod and Herodias died in great misery, as Josephus assures us, probably at Lyons, though some moderns say they travelled into Spain. What Nicephorus Calixti and other modern Greeks tell us, is not supported by any ancient voucher, that Salome going over the ice in winter, the ice broke and let her in up to the head, which by the meeting of the ice was severed from her body.

The Baptist’s disciples came and took away his body, which they honourably interred. Rufinus and Theodoret inform us, that in the reign of Julian the Apostate, the pagans broke open the tomb of St. John the Baptist, which was at Sebaste or Samaria, and burnt part of his sacred bones, some part being saved by the Christians. These were sent to St. Athanasius at Alexandria. Some time after, in 396, Theodosius built a great church in that city, in honour of the Baptist, upon the spot where the temple of Serapis had formerly stood, and these holy relics were deposited in it, as Theophanes testifies. But a distribution of some portions was made to certain other churches; and the great Theodoret obtained a share for his church at Cyrus, and relates, that he and his diocess had received from God several miraculous favours, through the intercession of this glorious saint. 25 The Baptist’s head was discovered at Emisa, in Syria, in the year 453, and was kept with honour in the great church of that city; till, about the year 800, this precious relic was conveyed to Constantinople, that it might not be sacrilegiously insulted by the Saracens. When that city was taken by the French in 1204, Wallo de Sarton, a canon of Amiens, brought part of this head, that is, all the face, except the lower jaw, into France, and bestowed it on his own church, where it is preserved to this day. Part of the head of the Baptist is said to be kept in St. Sylvester’s church, in Campo Marzo, at Rome; though Sirmond thinks this to be the head of St. John, the martyr of Rome. Pope Clement VIII., to remove all reasonable doubt about the relic of this saint, procured a small part of the head that is kept at Amiens, for St. Sylvester’s church. 26

This glorious saint was a martyr, a virgin, a doctor, a prophet, and more than a prophet. He was declared by Christ himself to be greater than all the saints of the old law, the greatest of all that had been born of women. All the high graces with which he was favoured, sprang from his humility; in this all his other virtues were founded. If we desire to form ourselves upon so great a model, we must, above all things, labour to lay the same deep foundation. We must never cease to purge our souls more and more perfectly from all leaven of pride, by earnestly begging this grace of God, by studying with this saint, truly to know ourselves, and by exercising continual acts of sincere humility. The meditation of our own nothingness and wretchedness will help to inspire us with this saving knowledge; and repeated humiliations will ground and improve our souls in a feeling sense of our miseries, and a sincere contempt of ourselves.

Note 1. Num. iv. 3. [back]

Note 2. Isa. xl. 3, Mal. iii. 1. [back]

Note 3. Luke iii. 1. [back]

Note 4. Matt. iii. 11. Acts xix. 5. S. Ambr. l. 2, in Luc. t. 3, p. 45. S. Aug. Enchir. c. 48, 49, t. 6, p. 214. &c. See Conc. Trid. Sess. 7. Con. 2. Bellarmin, Nat. Alexander, Tournely, Tr. de Bapt. [back]

Note 5. Luke xvi. 16. S. Aug. l. 5, de Bapt. c. 9, t. 9, p. 147. [back]

Note 6. John vii. 39. [back]

Note 7. L. 2, in Luc. t. 3, p. 46. [back]

Note 8. John iii. 26, iv. 2. [back]

Note 9. S. Aug. 44, ol. 163, c. 5, ep. 265, ol. 108, et Tr. 5, 13, 15 et 16, in Joan. [back]

Note 10. Sueton. in Vespas. c. 4, Tacitus, Hist. l. 5, c. 4, Joseph. De Bello Judaic. l. 7, c. 12, p. 961. [back]

Note 11. John i. 20. [back]

Note 12. Matt. xi. 9, 14. [back]

Note 13. S. Aug. Enar. in Ps. 58. [back]

Note 14. 2 Kings xiv. 17. [back]

Note 15. Herod, surnamed the Great, died detested by the Jews for his vices, oppressions of the people, and barbarous cruelty, by which he had not only contrived the extinction of the Asmonean royal family, and cut off the most illustrious princes of the Jewish sanhedrim and nation, but also had put to death his virtuous wife Mariamne (the daughter of Hircanus, the last Asmonean king,) and the two sons whom he had by her, Alexander and Aristobulus; and likewise Antipater, the eldest of his sons. He left at his death at least four sons, Archelaus and Herod Antipas by Malthace, Philip by Cleopatra, and Herod Philip by another Mariamne. Herod by his will made a partition of his dominions amongst three of these sons, leaving to Archelaus Judæa, Idumæa, and Samaria, with the title of king; to Philip Trachonitis, Auronitis, Panea, and Batanea; and to Herod Antipas, Galilee and Peræa. This disposition was confirmed by Augustus with the following limitation, that Archelaus should rule only with the title of Ethnarch till he should show himself worthy to be honoured with that of king; which he never obtained; for, inheriting the cruelty of his father, he was accused at Rome by the Jews and Samaritans of tyranny and mal-administration, and, in the tenth year of his reign, deposed by Augustus, and his goods confiscated. He died in banishment at Vienne in Gaul.

  Upon his deposition Judæa was made part of the province of Syria, and seized upon by the proconsul Quirinus, under whom Caponius, a Roman of the Equestrian order, was appointed governor, with the title of procurator of Judæa. Philip the tetrarch, or prince of Trachonitis, seems the most honest man of his family: he lived in quiet possession of his small territory thirty-seven years, and died without issue in the twenty-second year of Tiberius. Aristobulus, whom his father Herod put to death, left a son called Agrippa (who afterwards obtained the kingdom of Judæa) and a daughter named Herodias, who was married to Herod Philip. This, some understand to be the tetrarch Philip; but Calmet and others prove him to be the fourth son of Herod, who had no share in the tetrarchates, and who lived privately till Vespasian’s time, when, being eighty years old, he was entreated by Josephus to revise the books of his history which he sent him. This historian confirms our opinion; for, speaking of the rape of Herodias, he says that Herod the tetrarch went to the house of his brother Herod, the son of Mariamne, the daughter of Simon the high priest. These principalities were called Tetrarchates, that word signifying in Greek a fourth part; the dominions of Herod the Great being divided into four portions; for, besides the three above-mentioned, one Lysanias was tetrarch of a small territory between Libanus and Antilibanus called Abilina, Luke iii. See Calmet et Synop. Critic. ib. The Jews styled some of the tetrarchs kings. [back]

Note 16. Matt. xiv. 3. Mark vi. 17. Luke iii. 19. Joseph. l. 18, c. 7. [back]

Note 17. Matt. xi. 1, 2, &c. Luke vii. 18. [back]

Note 18. Fleury (Mœurs des Juifs et Chrét.) and Melmoth (Notes on Pliny’s Letters) observe that the ancients took only a very small refreshment for breakfast and dinner; for example, a little bread and wine with an apple or two, or the like; and that their only meal to which friends were invited, was made towards sunset, or, in great entertainments, about the ninth hour, or our three in the afternoon. See also Lemery’s Dissertation on the wholesomeness of suppers. [back]

Note 19. See Rollin, et Tr. sur l’Education d’un Prince. [back]

Note 20. Tillemont Vie de Tibére, art. 14, de Domitien, art. 3. [back]

Note 21. Utterly to condemn dancing in persons who live in the world would be an excess of severity in morals; nor is some degree of that corporal exercise destitute of advantage in young persons of birth. As to ground the heart in sentiments of religion and virtue, and to cultivate and adorn the mind with suitable studies and science is the first part of education, so it is a secondary care that the body be formed by exercises, both such as promote health and strength, and such as contribute to give an easy graceful mien and carriage, an upright and straight attitude, a firm and steadfast walk, and a genteelness and politeness in behaviour. This is a part of the science of the world; and awkwardness in the attitude of the body, or clownishness in making our address to others, or in appearing in company, is a mark of want of education, and a neglect which renders a gentleman contemptible, and unfit for acting his part with becoming dignity in the commerce of human life.

  On this account the most severe moralists allow children to be taught not only a graceful manner of making a bow, and of addressing persons of all ranks; but also some single plain dances, such as are most proper to correct all rustic unnatural contortions, to form the shape and attitude of the body, and to give an easy, natural, and graceful carriage. Brutes attain their end by instinct; but men by reason; and the faculties of his mind stand in need of diligent culture to arrive at the perfection of nature for which he undoubtedly was designed by his author who created him capable thereof; also his body, for the sake not only of health and strength, but also of decency and gracefulness, must be fashioned by suitable exercise, as experience makes evident, and as it is easy to demonstrate from the general laws of mechanics and physics applied to the human frame. So far as dancing is serviceable to some of these purposes, children are usefully taught such an exercise.

  But, on the other side, its abuses and dangers must be cautiously guarded against, as it is sometimes made an instrument to vice, and an incentive of the most dangerous of all passions. Such dancers as by a base licentiousness of morals are often tolerated on the stage and in promiscuous assemblies, ought absolutely to be banished out of every commonwealth which has the least regard to virtue and morals; much more out of Christian societies. Such are here meant, in which several gestures shock modesty, tend to excite the passions, and are more apt to give a soft dissolute behaviour than a grave and truly genteel easy carriage. Secondly, a passion or fondness for dancing is generally a fatal symptom, and a dangerous snare, as all agree who have laid down precepts of virtue. To extenuate the most venerable authority of the fathers in this point, many affect to treat them as persons unacquainted with the world, and to call their morality, which is no other than that of the church, too severe. But the testimonies of penitent courtiers, or of heathen statesmen and philosophers, may perhaps have some weight with such persons. An instance or two will suffice. Roger de Rabutin, count of Bussi, who lived many years with dignity and applause in the French court, and who is well known both by several loose productions of wit in his youth, and by his edifying repentance many years before his death. This great man, in his book On the Use of Adversity, addressed to his children, cautions them in the strongest terms against a love of dancing: assuring them from his own experience that this diversion is dangerous to many people. This pathetic admonition he concludes as follows: “A ball is generally a post too hot even for an anchoret. If it may be done by aged persons without danger, it would be in them ridiculous; and to persons that are young, let custom say what it will, it is dangerous. In a word, I aver that a promiscuous ball is no place for a Christian.”

  The ancient heathens, howsoever debauched in their morals, looked upon a passion for dancing as the school and mark of most dangerous passions. This appears from Sallust, a nobleman, and friend of Julius Cæsar, who was himself borne away by the torrent of the time in which he lived, and plunged into the common corruption, but who professes in his excellent histories, that he abominated the vices he saw practised, though he wanted strength to bear up against the tide. Among many judicious reflections, this author says of Sempronia, a Roman lady, that she danced too well for an honest woman. “Psallere et saltare elegantius quam necesse est probæ.” (De bello Catilin.) Which words one of our historians has applied to a certain famous English queen. St. Ambrose expresses only the general sentiments of the Romans, or rather of mankind, when he says that scarcely anything can be said more severe of a lady than to call her a dancer. This maxim is founded in experience, and in the very nature of things. Plutarch takes notice that the first rape committed upon the famous Helena when she was carried by Theseus into Thrace, was occasioned by her dancing with other maidens round the altar of Diana at Sparta. The dancing of Salome at this feast of Herod produced the martyrdom of the Baptist, and a complication of other crimes. [back]

Note 22. S. Hieron. in Mat. t. 4, p. 62. [back]

Note 23. S. Hier. l. 3, contra Rufin. c. 11. [back]

Note 24. Antiq. l. 18, c. 7. [back]

Note 25. Vit. Patr. c. 21. [back]

Note 26. See Tillem. t. 1, pp. 494, 504; Bolland, &c. [back]

Rev. Alban Butler (1711–73).  Volume VIII: August. The Lives of the Saints.  1866.

SOURCE : http://www.bartleby.com/210/8/291.html

Martirio di San Giovanni Battista,
Callisto Piazza
, Decollazione del Battista, circa 1530, 93 x 119, Gallerie dell'Accademia, Dorsoduro, Venice


The Passion of Saint John the Baptist

Jul 09, 2015 / Written by: America Needs Fatima

FEAST August 29

Shortly after he had baptized Jesus on the banks of the Jordan, John the Baptist had denounced Herod, the tetrarch of Galilee, to his face.

For thirty years the dissolute ruler had indulged himself and his every whim, while holding court in his palace overlooking the Dead Sea. His latest crime: Herod had divorced his own wife and married Herodias, the wife of his elder brother Philip.

Tolerated by his Roman overlords and useful to them for their own purposes, the licentiousness and excess of the revelries he held were notorious and scandalous, and yet none dared to confront him for fear of the cruelty that lurked just below the surface of his unpredictable character. None dared to speak out. None, that is, until this John, known as the Baptist, and believed by many to be a prophet – if not indeed the Messiah.

Fearless Voice of Truth

In the same direct and fearless manner in which he censured the Jewish nation for the moral decadence into which it had fallen, and called sinners to repentance, John the Baptist spelled out clearly to Herod the evil he had done: “It is not lawful for you to have her” (Matthew 14:5).

For proclaiming the truth, John was imprisoned. And yet Herod dared not take any further action against him. As is common with his kind, he was superstitious, and he knew him to be a “righteous man” (Mark 6:20). Moreover, John had for him an irresistible fascination. Who was this man? Herod’s anger gave way to curiosity. During the next four months, Herod’s visits to his prisoner began to have a strange affect on this master of revels. An irresistible awe gradually took possession of him, to be replaced by fear, which in turn gave place to respect. This did not go unnoticed by his courtiers, foremost among them, Herodias, and she bided her time, watchful for any opportunity that might be used, but impatient for John’s destruction.

Herodias's Plot

A favorable occasion soon presented itself in the form of Herod’s birthday for which an elaborate banquet and lavish entertainment was to be laid on. His marriage to his brother’s wife and his arrest of John the Baptist had not been well received, though none but John dared to voice any open criticism. Thus, both Herod and Herodias took care that the celebrating and feasting should be more brilliant than usual, a luxurious affair that would purchase him the favor of his flatterers once again.

Influential and powerful officials, chiefs and magnates, from near and far, gathered at the palace – their differences dissolved round Herod’s loaded table. At a certain moment, well calculated for its affect, the succession of entertainers is replaced by a single dancer: Herodias's daughter, Salome. Her performance so pleased Herod that, caught up by the adulation of the crowd, he promised her whatever she should ask for, even if it be half of his kingdom. Thus was the elaborate trap set, that having pronounced a rash oath before such an audience, his pride would not permit him to withdraw it cost him what it may. Upon asking her mother’s advice, Salome requested the head of John the Baptist on a platter.

Death of John the Baptist

Although inwardly regretful, in his pride Herod could not refuse the request. As St. Augustine so aptly described what followed, “an oath rashly taken was criminally kept.” A guard was sent to behead John in prison. Thus, the "voice crying in the wilderness" was silenced. The head of the Precursor was placed on a platter and presented to Salome, who gave it to her mother.

John’s holiness was so evident that the Jews thought he might be the Messiah who had been promised, but John had protested and denied it. At the Jordan, John had pointed out Christ in person exclaiming: "Behold the Lamb of God, behold him who takes away the sin of the world. This is he, of whom I said: After me there comes one, who is preferred before me: the latchet of whose sandal I am not worthy to loose” (John 1:29-30). And that there be no doubt as to Whom he meant: “And I saw, and I give testimony that this is the Son of God" (1:34).

“He must increase, and I must decrease.”

From that moment onwards, an eclipse takes place: “He must increase, and I must decrease” (John 3:30). His mission was to announce the Messiah. Therefore, once the Lamb of God had arrived, the prophecy of St. John Baptist was fulfilled, and his public mission decreased as he headed toward his martyrdom. On the contrary, Our Lord would increase until the complete fulfillment of His divine mission. The humility of St. John the Baptist was rewarded.

After his martyrdom, his name was covered with glory. Our Lord said that no man born of woman was greater than he. It is impossible to have a higher praise or more honorable glorification. But this glory had as its foundation his most profound humility.

SOURCE : https://americaneedsfatima.org/articles/the-passion-of-saint-john-the-baptist

San Giovanni Battista,

La relique du chef de Saint Jean-Baptiste, San Silvestro in Capite, Rome


CHAPTER 5.

HEROD THE TETRARCH MAKES WAR WITH ARETAS, THE KING OF ARABIA, AND IS BEATEN BY HIM AS ALSO CONCERNING THE DEATH OF JOHN THE BAPTIST. HOW VITELLIUS WENT UP TO JERUSALEM; TOGETHER WITH SOME ACCOUNT OF AGRIPPA AND OF THE POSTERITY OF HEROD THE GREAT.

1. ABOUT this time Aretas (the king of Arabia Petres) and Herod had a quarrel on the account following: Herod the tetrarch had, married the daughter of Aretas, and had lived with her a great while; but when he was once at Rome, he lodged with Herod, (15) who was his brother indeed, but not by the same mother; for this Herod was the son of the high priest Sireoh's daughter. However, he fell in love with Herodias, this last Herod's wife, who was the daughter of Aristobulus their brother, and the sister of Agrippa the Great. This man ventured to talk to her about a marriage between them; which address, when she admitted, an agreement was made for her to change her habitation, and come to him as soon as he should return from Rome: one article of this marriage also was this, that he should divorce Aretas's daughter. So Antipus, when he had made this agreement, sailed to Rome; but when he had done there the business he went about, and was returned again, his wife having discovered the agreement he had made with Herodias, and having learned it before he had notice of her knowledge of the whole design, she desired him to send her to Macherus, which is a place in the borders of the dominions of Aretas and Herod, without informing him of any of her intentions. Accordingly Herod sent her thither, as thinking his wife had not perceived any thing; now she had sent a good while before to Macherus, which was subject to her father and so all things necessary for her journey were made ready for her by the general of Aretas's army; and by that means she soon came into Arabia, under the conduct of the several generals, who carried her from one to another successively; and she soon came to her father, and told him of Herod's intentions. So Aretas made this the first occasion of his enmity between him and Herod, who had also some quarrel with him about their limits at the country of Gamalitis. So they raised armies on both sides, and prepared for war, and sent their generals to fight instead of themselves; and when they had joined battle, all Herod's army was destroyed by the treachery of some fugitives, who, though they were of the tetrarchy of Philip, joined with Aretas's army.. So Herod wrote about these affairs to Tiberius, who being very angry at the attempt made by Aretas, wrote to Vitellius to make war upon him, and either to take him alive, and bring him to him in bonds, or to kill him, and send him his head. This was the charge that Tiberius gave to the president of Syria.

2. Now some of the Jews thought that the destruction of Herod's army came from God, and that very justly, as a punishment of what he did against John, that was called the Baptist: for Herod slew him, who was a good man, and commanded the Jews to exercise virtue, both as to righteousness towards one another, and piety towards God, and so to come to baptism; for that the washing [with water] would be acceptable to him, if they made use of it, not in order to the putting away [or the remission] of some sins [only], but for the purification of the body; supposing still that the soul was thoroughly purified beforehand by righteousness. Now when [many] others came in crowds about him, for they were very greatly moved [or pleased] by hearing his words, Herod, who feared lest the great influence John had over the people might put it into his power and inclination to raise a rebellion, (for they seemed ready to do any thing he should advise,) thought it best, by putting him to death, to prevent any mischief he might cause, and not bring himself into difficulties, by sparing a man who might make him repent of it when it would be too late. Accordingly he was sent a prisoner, out of Herod's suspicious temper, to Macherus, the castle I before mentioned, and was there put to death. Now the Jews had an opinion that the destruction of this army was sent as a punishment upon Herod, and a mark of God's displeasure to him.

3. So Vitellius prepared to make war with Aretas, having with him two legions of armed men; he also took with him all those of light armature, and of the horsemen which belonged to them, and were drawn out of those kingdoms which were under the Romans, and made haste for Petra, and came to Ptolemais. But as he was marching very busily, and leading his army through Judea, the principal men met him, and desired that he would not thus march through their land; for that the laws of their country would not permit them to overlook those images which were brought into it, of which there were a great many in their ensigns; so he was persuaded by what they said, and changed that resolution of his which he had before taken in this matter. Whereupon he ordered the army to march along

the great plain, while he himself, with Herod the tetrarch and his friends, went up to Jerusalem to offer sacrifice to God, an ancient festival of the Jews being then just approaching; and when he had been there, and been honorably entertained by the multitude of the Jews, he made a stay there for three days, within which time he deprived Jonathan of the high priesthood, and gave it to his brother Theophilus. But when on the fourth day letters came to him, which informed him of the death of Tiberius, he obliged the multitude to take an oath of fidelity to Caius; he also recalled his army, and made them every one go home, and take their winter quarters there, since, upon the devolution of the empire upon Caius, he had not the like authority of making this war which he had before. It was also reported, that when Aretas heard of the coming of Vitellius to fight him, he said, upon his consulting the diviners, that it was impossible that this army of Vitellius's could enter Petra; for that one of the rulers would die, either he that gave orders for the war, or he that was marching at the other's desire, in order to be subservient to his will, or else he against whom this army is prepared. So Vitellius truly retired to Antioch; but Agrippa, the son of Aristobulus, went up to Rome, a year before the death of Tiberius, in order to treat of some affairs with the emperor, if he might be permitted so to do. I have now a mind to describe Herod and his family, how it fared with them, partly because it is suitable to this history to speak of that matter, and partly because this thing is a demonstration of the interposition of Providence, how a multitude of children is of no advantage, no more than any other strength that mankind set their hearts upon, besides those acts of piety which are done towards God; for it happened, that, within the revolution of a hundred years, the posterity of Herod, which were a great many in number, were, excepting a few, utterly destroyed. (16) One may well apply this for the instruction of mankind, and learn thence how unhappy they were: it will also show us the history of Agrippa, who, as he was a person most worthy of admiration, so was he from a private man, beyond all the expectation of those that knew him, advanced to great power and authority. I have said something of them formerly, but I shall now also speak accurately about them.

4. Herod the Great had two daughters by Mariamne, the [grand] daughter of Hyrcanus; the one was Salampsio, who was married to Phasaelus, her first cousin, who was himself the son of Phasaelus, Herod's brother, her father making the match; the other was Cypros, who was herself married also to her first cousin Antipater, the son of Salome, Herod's sister. Phasaelus had five children by Salampsio; Antipater, Herod, and Alexander, and two daughters, Alexandra and Cypros; which last Agrippa, the son of Aristobulus, married; and Timius of Cyprus married Alexandra; he was a man of note, but had by her no children. Agrippa had by Cypros two sons and three daughters, which daughters were named Bernice, Mariarune, and Drusius; but the names of the sons were Agrippa and Drusus, of which Drusus died before he came to the years of puberty; but their father, Agrippa, was brought up with his other brethren, Herod and Aristobulus, for these were also the sons of the son of Herod the Great by Bernice; but Bernice was the daughter of Costobarus and of Salome, who was Herod's sister. Aristobulus left these infants when he was slain by his father, together with his brother Alexander, as we have already related. But when they were arrived at years of puberty, this Herod, the brother of Agrippa, married Mariamne, the daughter of Olympias, who was the daughter of Herod the king, and of Joseph, the son of Joseph, who was brother to Herod the king, and had by her a son, Aristobulus; but Aristobulus, the third brother of Agrippa, married Jotape, the daughter of Sampsigeramus, king of Emesa; they had a daughter who was deaf, whose name also was Jotape; and these hitherto were the children of the male line. But Herodias, their sister, was married to Herod [Philip], the son of Herod the Great, who was born of Mariamne, the daughter of Simon the high priest, who had a daughter, Salome; after whose birth Herodias took upon her to confound the laws of our country, and divorced herself from her husband while he was alive, and was married to Herod [Antipas], her husband's brother by the father's side, he was tetrarch of Galilee; but her daughter Salome was married to Philip, the son of Herod, and tetrarch of Trachonitis; and as he died childless, Aristobulus, the son of Herod, the brother of Agrippa, married her; they had three sons, Herod, Agrippa, and Aristobulus; and this was the posterity of Phasaelus and Salampsio. But the daughter of Antipater by Cypros was Cypros, whom Alexas Selcias, the son of Alexas, married; they had a daughter, Cypros; but Herod and Alexander, who, as we told you, were the brothers of Antipater, died childless. As to Alexander, the son of Herod the king, who was slain by his father, he had two sons, Alexander and Tigranes, by the daughter of Archelaus, king of Cappadocia. Tigranes, who was king of Armenia, was accused at Rome, and died childless; Alexander had ason of the same name with his brother Tigranes, and was sent to take possession of the kingdom of Armenia by Nero; he had a son, Alexander, who married Jotape, (17) the daughter of Antiochus, the king of Commagena; Vespasian made him king of an island in Cilicia. But these descendants of Alexander, soon after their birth, deserted the Jewish religion, and went over to that of the Greeks. But for the rest of the daughters of Herod the king, it happened that they died childless. And as these descendants of Herod, whom we have enumerated, were in being at the same time that Agrippa the Great took the kingdom, and I have now given an account of them, it now remains that I relate the several hard fortunes which befell Agrippa, and how he got clear of them, and was advanced to the greatest height of dignity and power.

(15) This Herod seems to have had the additional name of Philip, as Antipus was named Herod-Antipas: and as Antipus and Antipater seem to be in a manner the very same name, yet were the names of two sons of Herod the Great; so might Philip the tetrarch and this Herod-Philip be two different sons of the same father, all which Grotias observes on Matthew 14:3. Nor was it, as I with Grotias and others of the Philip the tetrarch, but this Herod-Philip, whose wife Herod the tetrarch had married, and that in her first husband's lifetime, and when her first husband had issue by her-; for which adulterous and incestuous marriage John the Baptist justly reproved Herod the tetrarch, and for which reproof Salome, the daughter of Herodias by her first husband Herod-Philip, who was still alive, occasioned him to be unjustly beheaded.

Flavius Josephus. Antiquities of the Jews - Book XVIII. containing the interval of thirty-two years.

from the banishment of Archelus to the departure from Babylon.

SOURCE : https://web.archive.org/web/20070426031715/http://www.ccel.org/j/josephus/works/ant-18.htm#EndNote_ANT_18.2b

Martirio di San Giovanni Battista,

Masaccio  (1401–1428), Crocefissione di San Pietro e Martirio di San Giovanni Battista, lest panel of the Predella from the  Pisa Polyptych, 1426, tempera and gold on poplar wood, 22.3 x 62.2, Gemäldegalerie


Martirio di San Giovanni Battista

29 agosto

sec. I

Giovanni sigilla la sua missione di precursore con il martirio. Erode Antipa, imprigionatolo nella fortezza di Macheronte ad Oriente del Mar Morto, lo fece decapitare. Egli è l'amico che esulta di gioia alla voce dello sposo e si eclissa di fronte al Cristo, sole di giustizia: 'Ora la mia gioia è compiuta; egli deve crescere, io invece diminuire'. Alla sua scuola si sono formati alcuni dei primi discepoli del Signore. (Mess. Rom.)

La celebrazione odierna, che nella Chiesa latina ha origini antiche (in Francia nel sec. V e a Roma nel sec. VI), è legata alla dedicazione della chiesa costruita a Sebaste in Samaria, sul presunto sepolcro del precursore di Cristo. Col nome di "Passio" o di "Decollatio" la festa compare già alla data del 29 agosto nei Sacramentari romani, e secondo il Martirologio Romano tale data corrisponderebbe al secondo ritrovamento della testa di S. Giovanni Battista, trasportata in quell'occasione nella chiesa di S. Silvestro a Campo Marzio, in Roma. A parte questi riferimenti storici, abbiamo sul Battista i racconti degli evangelisti, in particolare di S. Luca, che ci parla della sua nascita, della vita nel deserto, della sua predicazione, e di S. Marco che ci riferisce sulla sua morte. Dal Vangelo e dalla tradizione possiamo ricostruire la vita del Precursore, la cui parola infuocata parve davvero animata dallo spirito del profeta Elia. Negli anni 27-28 d.C., il Battista, che conduceva vita austera secondo le regole del nazireato, iniziò la sua missione, invitando il popolo a preparare le vie del Signore, per accogliere il quale occorreva una sincera conversione, cioè un radicale cambiamento delle disposizioni dell'animo. Rivolgendosi a tutte le classi sociali, destò entusiasmo tra il popolo e malumore tra i farisei, la cosiddetta aristocrazia dello spirito, dei quali rinfacciava l'ipocrisia. Personaggio ormai popolare, negò risolutamente di essere il Messia atteso, affermando la superiorità di Gesù che egli additò ai suoi seguaci in occasione del battesimo presso la riva del Giordano. La sua immagine pare dileguarsi in dissolvenza all'affermarsi "del più forte", Gesù. Tuttavia, "il più grande dei profeti" non cessò di far sentire la sua voce ove fosse necessario per raddrizzare "i tortuosi sentieri" del male. Riprovò pubblicamente la peccaminosa condotta di Erode Antipa e della cognata Erodiade, ma la loro prevedibile suscettibilità gli costò la dura prigionia a Macheronte, sulla sponda orientale del Mar Morto. Sappiamo come andò a finire: in occasione di un festino svoltosi a Macheronte, la figlia di Erodiade, Salomè, avendo dato eccellenti prove di agilità nella danza, entusiasmò Erode, al quale, per istigazione della madre, domandò e da lui ottenne in premio la testa del Battista, mettendo così a tacere il battistrada del Messia, la voce più robusta dei banditori dell'imminente messaggio evangelico. Ultimo profeta e primo apostolo, egli ha dato la sua vita per la sua missione, e per questo è venerato nella Chiesa come martire.

Patronato: Monaci

Emblema: Agnello, Ascia

Martirologio Romano: Memoria della passione di san Giovanni Battista, che il re Erode Antipa tenne in carcere nella fortezza di Macheronte nell’odierna Giordania e nel giorno del suo compleanno, su richiesta della figlia di Erodiade, ordinò di decapitare. Per questo, Precursore del Signore, come lampada che arde e risplende, rese sia in vita sia in morte testimonianza alla verità.

La celebrazione odierna, che nella Chiesa latina ha origini antiche (in Francia nel sec. V e a Roma nel sec. VI), è legata alla dedicazione della chiesa costruita a Sebaste in Samaria, sul presunto sepolcro del precursore di Cristo. Col nome di "Passio" o di "Decollatio" la festa compare già alla data del 29 agosto nei Sacramentari romani, e secondo il Martirologio Romano tale data corrisponderebbe al secondo ritrovamento della testa di S. Giovanni Battista, trasportata in quell'occasione nella chiesa di S. Silvestro a Campo Marzio, in Roma. A parte questi riferimenti storici, abbiamo sul Battista i racconti degli evangelisti, in particolare di S. Luca, che ci parla della sua nascita, della vita nel deserto, della sua predicazione, e di S. Marco che ci riferisce sulla sua morte.

Dal Vangelo e dalla tradizione possiamo ricostruire la vita del Precursore, la cui parola infuocata parve davvero animata dallo spirito del profeta Elia. Nell'anno 150 dell'imperatore Tiberio (27-28 d.C.), il Battista, che conduceva vita austera secondo le regole del nazireato, iniziò la sua missione, invitando il popolo a preparare le vie del Signore, per accogliere il quale occorreva una sincera conversione, cioè un radicale cambiamento delle disposizioni dell'animo. Rivolgendosi a tutte le classi sociali, destò entusiasmo tra il popolo e malumore tra i farisei, la cosiddetta aristocrazia dello spirito, dei quali rinfacciava l'ipocrisia. Personaggio ormai popolare, negò risolutamente di essere il Messia atteso, affermando la superiorità di Gesù che egli additò ai suoi seguaci in occasione del battesimo presso la riva del Giordano. La sua immagine pare dileguarsi in dissolvenza all'affermarsi "del più forte", Gesù. Tuttavia, "il più grande dei profeti" non cessò di far sentire la sua voce ove fosse necessario per raddrizzare "i tortuosi sentieri" del male. Riprovò pubblicamente la peccaminosa condotta di Erode Antipa e della cognata Erodiade, ma la loro prevedibile suscettibilità gli costò la dura prigionia a Macheronte, sulla sponda orientale del Mar Morto.

Sappiamo come andò a finire: in occasione di un festino svoltosi a Macheronte, la figlia di Erodiade, Salomè, avendo dato eccellenti prove di agilità nella danza, entusiasmò Erode, al quale, per istigazione della madre, domandò e da lui ottenne in premio la testa del Battista, mettendo così a tacere il battistrada del Messia, la voce più robusta dei banditori dell'imminente messaggio evangelico. Ultimo profeta e primo apostolo, egli ha dato la sua vita per la sua missione, e per questo è venerato nella Chiesa come martire.

Autore: Piero Bargellini

Martirio di San Giovanni Battista,

Pietro Cortellazzi, Decapitazione del Battista, 1940, San Giovanni Battista Martire, Montevecchia


La testa di Giovanni Battista “su un piatto d’argento” (cf Mc 6,25) mi ha sempre tanto impressionata. Quando ero bambina, infatti, nella chiesa da me frequentata potevo scorgere, su una colonna a lato, proprio una grande testa di marmo su un piatto. Questo ricordo mi è sempre rimasto nella mente e, anche se allora non capivo di chi fosse quel capo troncato, l’impressione non era negativa ma suscitava in me profondo rispetto. Credo che la grazia del Battesimo, in un bambino, lavori anche nell’inconsapevolezza, e tante volte immagini, capitelli e statue sacre sono un “catechismo” che si incide fortemente nelle anime.

Quando venni a sapere della tremenda vicenda del martirio di san Giovanni Battista, mi colpì il fatto che quel capo troncato era l’emblema di una testimonianza che riguardava tutti. Infatti, san Giovanni predicava con schiettezza ai farisei, come alla gente comune e ai potenti. Erode, in particolare, era un pagano, pervertito dal vizio e Gesù, quando fu portato davanti a lui, non volle degnarlo di una parola. Il suo silenzio è stato eloquente tanto quanto tutti i discorsi che san Giovanni aveva fatto a Erode prima di essere ucciso. In un certo senso, allora, la testa di san Giovanni parla ancora ed è una testimonianza che dovrebbe far tremare le coscienze della nostra epoca immersa nei piaceri peccaminosi e nei disordini morali: gli “Erode ed Erodiade” si sono moltiplicati, lo scandalo è ormai la normalità e il peccato della carne molto spesso porta anche a quello dell’omicidio per gli aborti che si praticano.

Al banchetto di Erode assistiamo ad una catena di peccati, uno più grave dell’altro ma legati tra di loro. I peccati elencati in questa pericope evangelica (cf Mc 6,17-29) ci parlando della superficialità umana allorquando si è soggiogati dalle passioni, dalla frivolezza e dall’ambizione. San Giovanni, come Gesù, fu un grande rimprovero per Erode, e tuttavia non riuscì a portarlo alla conversione poiché era troppo immerso nella sua perversione. Il giuramento davanti ai commensali non aveva alcun valore, costituiva, anzi, un peccato peggiore di tutti quelli che aveva commesso fino a quel momento. Sant’Agostino, commenta: «In mezzo alle intemperanze e alla sensualità dei convitati, si fanno giuramenti temerari che poi sono empiamente adempiuti». Con queste parole, il Dottore d’Ippona vuole spiegare l’invalidità di un giuramento adempiuto per rispetto umano, e che, nella sua assurdità, aveva come prezzo la vita altrui: lì dove l’abitudine al vizio provoca la cecità dell’intelletto, il rispetto umano può causare le più grandi tragedie, con conseguenze che colpiscono innocenti e giusti.

Un altro aspetto che torna attualissimo è il considerare la cattiveria e la malvagità di Erodiade: questa donna volle rendere lecito il suo “poter peccare alla luce del sole”. Quante donne, oggi, cadono nella stessa tentazione... Pensiamo solo a tutte quelle che pretendono di legittimare il proprio diritto ad uccidere il bambino che portano in grembo in nome della “libertà”: la loro iniquità è simile a quella di questa donna del Vangelo, ed è riconducibile all’incapacità di introspezione, effetto del peccato grave che acceca l’anima.

Erodiade non si accontentò di contemplare il “trofeo” della sua perversione. Si narra, infatti, che, non soddisfatta del gesto compiuto e ottenebrata da sentimenti di odio e di vendetta, ella volle forare la lingua della testa decapitata con una grande spilla per capelli. Questa sua ulteriore profanazione evidenzia lo stato angoscioso nel quale riversava la sua coscienza: era talmente raccapricciante da potersi quasi paragonare al rimorso delle anime dannate, condannatesi da se stesse all’inferno eterno, amando il male invece che il bene, fino alla fine. Il gesto di vendetta di Erodiade ha un importante significato e spiega tante dinamiche delle conseguenze del peccato. Per lei, san Giovanni continuava ad essere “voce” di rimprovero: con il martirio non era più la sua parola a riprenderla ma il sangue da lei versato. È come se nel far tagliare la testa del Precursore del Signore, lei stessa avesse dato voce ancora maggiore a quella “voce che gridava nel deserto” (cf Mt 3,3). Infatti è proprio sulla lingua del Santo che ella dà maggiormente sfogo alla sua infelicità e insoddisfazione. L’uomo più santo nato da donna (cf Lc 7,28) è stato martirizzato dalla pertinacia di una donna che voleva “cancellarne” la testimonianza, e che invece l’ha resa esemplare per tutti i secoli.

L’aspetto più tremendo di questa vicenda, infatti, è il suo ripetersi nei secoli e, in particolare, nel nostro tempo. La testa di san Giovanni continua a “parlare” ogniqualvolta la verità viene azzittita, calunniata, disprezzata e perfino profanata. Gli esempi sarebbero innumerevoli e basterebbe vedere il grande potere dei mass media nel travisare il vero con il falso per rendersi conto che quella “catena di peccati” del banchetto di Erode continua a ripetersi nell’illusione di potersi costruire una “propria” verità priva di fondamenti e contraddittoria in se stessa. La “voce” di colui che è il primo grande testimone e precursore del Verbo Incarnato continua dunque a parlare nei secoli: lì dove si proclama la verità e la giustizia, san Giovanni Battista ne è eco fedele, testimonianza irrevocabile di come la verità non sia mai negoziabile.

Autore: Suor Ostia del Cuore Immacolato

Fonte : www.settimanaleppio.it

SOURCE : http://www.santiebeati.it/dettaglio/24300

Martirio di San Giovanni Battista,

Pierre Puvis de Chavannes  (1824–1898) , Décollation de Saint Jean Baptiste, vers 1869, 240 x 316, National Gallery , Londres


BENEDETTO XVI

UDIENZA GENERALE

Castel Gandolfo

Mercoledì, 29 agosto 2012

Il martirio di San Giovanni Battista


Cari fratelli e sorelle,

in quest’ultimo mercoledì del mese di agosto, ricorre la memoria liturgica del martirio di san Giovanni Battista, il precursore di Gesù. Nel Calendario Romano, è l’unico Santo del quale si celebra sia la nascita, il 24 giugno, sia la morte avvenuta attraverso il martirio. Quella odierna è una memoria che risale alla dedicazione di una cripta di Sebaste, in Samaria, dove, già a metà del secolo IV, si venerava il suo capo. Il culto si estese poi a Gerusalemme, nelle Chiese d’Oriente e a Roma, col titolo di Decollazione di san Giovanni Battista. Nel Martirologio Romano, si fa riferimento ad un secondo ritrovamento della preziosa reliquia, trasportata, per l’occasione, nella chiesa di S. Silvestro a Campo Marzio, in Roma.

Questi piccoli riferimenti storici ci aiutano a capire quanto antica e profonda sia la venerazione di san Giovanni Battista. Nei Vangeli risalta molto bene il suo ruolo in riferimento a Gesù. In particolare, san Luca ne racconta la nascita, la vita nel deserto, la predicazione, e san Marco ci parla della sua drammatica morte nel Vangelo di oggi. Giovanni Battista inizia la sua predicazione sotto l’imperatore Tiberio, nel 27-28 d.C., e il chiaro invito che rivolge alla gente accorsa per ascoltarlo, è quello a preparare la via per accogliere il Signore, a raddrizzare le strade storte della propria vita attraverso una radicale conversione del cuore (cfr Lc 3, 4). Però il Battista non si limita a predicare la penitenza, la conversione, ma, riconoscendo Gesù come «l’Agnello di Dio» venuto a togliere il peccato del mondo (Gv 1, 29), ha la profonda umiltà di mostrare in Gesù il vero Inviato di Dio, facendosi da parte perché Cristo possa crescere, essere ascoltato e seguito. Come ultimo atto, il Battista testimonia con il sangue la sua fedeltà ai comandamenti di Dio, senza cedere o indietreggiare, compiendo fino in fondo la sua missione. San Beda, monaco del IX secolo, nelle sue Omelie dice così: San Giovanni Per [Cristo] diede la sua vita, anche se non gli fu ingiunto di rinnegare Gesù Cristo, gli fu ingiunto solo di tacere la verità. (cfr Om. 23: CCL 122, 354). E non taceva la verità e così morì per Cristo che è la Verità. Proprio per l’amore alla verità, non scese a compromessi e non ebbe timore di rivolgere parole forti a chi aveva smarrito la strada di Dio.

Noi vediamo questa grande figura, questa forza nella passione, nella resistenza contro i potenti. Domandiamo: da dove nasce questa vita, questa interiorità così forte, così retta, così coerente, spesa in modo così totale per Dio e preparare la strada a Gesù? La risposta è semplice: dal rapporto con Dio, dalla preghiera, che è il filo conduttore di tutta la sua esistenza. Giovanni è il dono divino lungamente invocato dai suoi genitori, Zaccaria ed Elisabetta (cfr Lc 1,13); un dono grande, umanamente insperabile, perché entrambi erano avanti negli anni ed Elisabetta era sterile (cfr Lc 1,7); ma nulla è impossibile a Dio (cfr Lc 1,36). L’annuncio di questa nascita avviene proprio nel luogo della preghiera, al tempio di Gerusalemme, anzi avviene quando a Zaccaria tocca il grande privilegio di entrare nel luogo più sacro del tempio per fare l’offerta dell’incenso al Signore (cfr Lc 1,8-20). Anche la nascita del Battista è segnata dalla preghiera: il canto di gioia, di lode e di ringraziamento che Zaccaria eleva al Signore e che recitiamo ogni mattina nelle Lodi, il «Benedictus», esalta l’azione di Dio nella storia e indica profeticamente la missione del figlio Giovanni: precedere il Figlio di Dio fattosi carne per preparargli le strade (cfr Lc 1,67-79). L’esistenza intera del Precursore di Gesù è alimentata dal rapporto con Dio, in particolare il periodo trascorso in regioni deserte (cfr Lc 1,80); le regioni deserte che sono luogo della tentazione, ma anche luogo in cui l’uomo sente la propria povertà perché privo di appoggi e sicurezze materiali, e comprende come l’unico punto di riferimento solido rimane Dio stesso. Ma Giovanni Battista non è solo uomo di preghiera, del contatto permanente con Dio, ma anche una guida a questo rapporto. L’Evangelista Luca riportando la preghiera che Gesù insegna ai discepoli, il «Padre nostro», annota che la richiesta viene formulata dai discepoli con queste parole: «Signore insegnaci a pregare, come Giovanni ha insegnato ai suoi discepoli» (cfr Lc 11,1).

Cari fratelli e sorelle, celebrare il martirio di san Giovanni Battista ricorda anche a noi, cristiani di questo nostro tempo, che non si può scendere a compromessi con l’amore a Cristo, alla sua Parola, alla Verità. La Verità è Verità, non ci sono compromessi. La vita cristiana esige, per così dire, il «martirio» della fedeltà quotidiana al Vangelo, il coraggio cioè di lasciare che Cristo cresca in noi e sia Cristo ad orientare il nostro pensiero e le nostre azioni. Ma questo può avvenire nella nostra vita solo se è solido il rapporto con Dio. La preghiera non è tempo perso, non è rubare spazio alle attività, anche a quelle apostoliche, ma è esattamente il contrario: solo se se siamo capaci di avere una vita di preghiera fedele, costante, fiduciosa, sarà Dio stesso a darci capacità e forza per vivere in modo felice e sereno, superare le difficoltà e testimoniarlo con coraggio. San Giovanni Battista interceda per noi, affinché sappiamo conservare sempre il primato di Dio nella nostra vita. Grazie.

Saluti:

Chers francophones, l’Église nous invite aujourd’hui à faire mémoire du martyre de saint Jean-Baptiste. Son exemple nous invite à ne pas faire de compromis dans notre vie avec l’amour du Christ, avec sa Parole et avec sa Vérité. Nous devons avoir le courage de laisser grandir Dieu en nous afin qu’il puisse orienter nos pensées et nos actions. Seule une vie de prière fidèle, constante et confiante nous en rendra capables ! Bon pèlerinage à vous tous !

I offer a warm welcome to all the English-speaking pilgrims and visitors, especially those from England, Indonesia, Japan and Malta. Today, the Church celebrates the Martyrdom of Saint John the Baptist. John, whose birth we celebrate on the twenty-fourth of June, gave himself totally to Christ, by preparing the way for him through the preaching of repentance, by leading others to him once he arrived, and by giving the ultimate sacrifice. Dear friends, may we follow John’s example by allowing Christ to penetrate every part of our lives so that we may boldly proclaim him to the world. May God bless all of you!

Ein herzliches Grüß Gott sage ich allen Pilgern und Besuchern deutscher Sprache. Die Kirche feiert heute das Gedächtnis des Martyriums von Johannes dem Täufer. Er war es, der Christus als das »Lamm Gottes« bezeichnet hat, das die Sünde der Welt hinwegnimmt (Joh 1,29). Bis zum Vergießen seines eigenen Blutes hat er die Treue zum Herrn gehalten. Der heilige Beda sagt, er wurde nicht aufgefordert, Christus zu verleugnen; aber er wurde aufgefordert, die Wahrheit zu verschweigen. Und das hat er nicht getan. Er ist für die Wahrheit gestorben, und so ist er für Christus gestorben. In der Zurückgezogenheit und Stille der Wüste ist er in der inneren Freundschaft zu Gott gewachsen und gereift. In dieser Zeit ist Gott selbst zu seiner Kraft, zur Mitte seines Lebens geworden. So zeigt uns Johannes der Täufer, daß die Beziehung zu Gott, die innere Beziehung zu ihm wesentlich ist und daß Beten nie verlorene Zeit ist. Im Gegenteil. Durch das Gebet befähigt uns Gott, Schwierigkeiten zu überwinden und ihn mit Mut zu bezeugen, auch in unserer Zeit. Gott segne euch alle!

Saludo cordialmente a los peregrinos de lengua española, en particular a los provenientes de España, Venezuela, Colombia, Argentina, México y otros países Latinoamericanos. La Iglesia celebra hoy la memoria del Martirio de San Juan Bautista, el precursor de Jesús, que testimonia con su sangre su fidelidad a los mandamientos de Dios. Su vida nos enseña que cuando la existencia se fundamenta sobre la oración, sobre una constante y sólida relación con Dios, se adquiere la valentía de permitir que Cristo oriente nuestros pensamientos y nuestras acciones. Muchas gracias.

Amados peregrinos de Portugal e do Brasil, e demais pessoas de língua portuguesa, sede bem-vindos! Uma saudação particular aos fiéis de Chã Grande, Natal e do Rio de Janeiro. Que o exemplo e a intercessão de São João Batista vos ajudem a viver a vossa entrega a Deus sem reservas, sobretudo por meio da oração e da fidelidade ao Evangelho, para que Cristo cresça em vós, guiando os vossos pensamento e ações. Com estes votos, de bom grado a todos abençôo.

Saluto in lingua polacca:

Witam obecnych tu Polaków. Moi drodzy, męczeństwo św. Jana Chrzciciela, które dziś wspominamy, uświadamia nam, że wiara budowana na więzi z Bogiem uzdalnia człowieka do dochowania wierności dobru i prawdzie nawet za cenę wyrzeczenia i ofiary. Jak Jan trwajmy przy Bogu na modlitwie, aby kompromis ze złem i kłamstwem tego świata nie fałszował naszego życia. Niech Bóg wam błogosławi!

Traduzione italiana:

Do il benvenuto ai polacchi qui presenti. Carissimi, il martirio di San Giovanni Battista, che commemoriamo oggi, ci fa prendere consapevolezza che la fede fondata sul legame con Dio rende l’uomo capace di essere fedele al bene e alla verità anche al costo dell’abnegazione e del sacrificio. Come Giovanni perseveriamo accanto a Dio nella preghiera, affinché nessun compromesso con il male e con la menzogna di questo mondo falsifichi la nostra vita. Dio vi benedica.

Saluto in lingua slovacca:

Srdečne vítam slovenských pútnikov, osobitne z Nitry a okolia. Bratia a sestry, vaša návšteva Ríma - sídla nástupcu Apoštola Petra - nech vo vás posilní povedomie, že aj vy patríte do Kristovej Cirkvi. S týmto želaním vás rád žehnám. Pochválený buď Ježiš Kristus!

Traduzione italiana:

Cordialmente do il benvenuto ai pellegrini slovacchi, particolarmente a quelli provenienti da Nitra e dintorni. Fratelli e sorelle, la vostra visita a Roma - sede del Successore dell’Apostolo Pietro - rafforzi in voi la coscienza della vostra appartenenza alla Chiesa di Cristo. Con questo augurio volentieri vi benedico. Sia lodato Gesù Cristo!

* * *

E rivolgo un cordiale benvenuto a tutti i pellegrini di lingua italiana. Saluto i Vescovi amici della Comunità di Sant’Egidio, convenuti a Roma per un periodo di preghiera e di riflessione, e le Suore Domenicane Missionarie di San Sisto che celebrano il Capitolo Generale. Accolgo con gioia i gruppi parrocchiali, le associazioni e i seminaristi del Seminario San Pio X di Messina, ai quali auguro di continuare la formazione teologica nutrendosi costantemente della Parola di Dio e del Pane di Vita.

Un pensiero infine per i giovani, gli ammalati e gli sposi novelli. La radicalità della fede e della vita di San Giovanni Battista ispiri il vostro essere credenti: cari giovani, manifestate apertamente in tutti i contesti la vostra appartenenza a Cristo e alla sua Chiesa; cari ammalati, attingete alla forza della preghiera per lenire le vostre sofferenze; e voi, cari sposi novelli, ponete sempre il Signore Gesù al centro della vostra vita familiare. Grazie a tutti voi. Una buona giornata. Grazie.

Saluto ai Ministranti francesi:

Chers frères et sœurs !

C’est avec affection que je vous salue chers servants d’autel venus de France pour leur pèlerinage national à Rome, ainsi que Mgr Breton, les autres Evêques présents et les accompagnateurs de ce groupe important. Chers jeunes, le service que vous accomplissez fidèlement vous permet d’être particulièrement proches du Christ-Jésus dans l’Eucharistie. Vous avez l’énorme privilège d’être près de l’autel, près du Seigneur. Ayez conscience de l’importance de ce service pour l’Église et pour vous-même. Que ce soit pour vous l’occasion de faire grandir une amitié, une relation personnelle avec Jésus. N’ayez pas peur de transmettre avec enthousiasme autour de vous la joie que vous recevez de sa présence ! Que votre vie tout entière resplendisse du bonheur de cette proximité avec le Seigneur Jésus ! Et si un jour vous entendez son appel à le suivre sur le chemin du sacerdoce ou de la vie religieuse, répondez-lui avec générosité ! À tous je souhaite un bon pèlerinage aux tombeaux des Apôtres Pierre et Paul ! Merci ! Bon pèlerinage ! Que le Seigneur vous bénisse !

Traduzione italiana:

Cari fratelli e sorelle, vi saluto con affetto, cari ministranti venuti dalla Francia per il vostro pellegrinaggio nazionale a Roma, e saluto anche Monsignor Breton, gli altri Vescovi presenti e gli accompagnatori di questo importante gruppo. Cari giovani, il servizio che svolgete con fedeltà vi permette di essere particolarmente vicini a Cristo Gesù nell’Eucaristia. Voi avete l’enorme privilegio di stare vicino all’altare, vicino al Signore. Siate consapevoli dell’importanza di questo servizio per la Chiesa e per voi stessi. Che sia per voi l’occasione di far crescere un’amicizia, una relazione personale con Gesù. Non abbiate paura di trasmettere con entusiasmo attorno a voi la gioia che ricevete dalla sua presenza! Che tutta la vostra vita risplenda della felicità di questa vicinanza al Signore Gesù! E se un giorno udite la sua chiamata a seguirlo nel cammino del sacerdozio o della vita religiosa, rispondetegli con generosità! Auguro a tutti un buon pellegrinaggio sulle tombe degli Apostoli Pietro e Paolo! Grazie. Buon pellegrinaggio. Il Signore vi benedica.

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SOURCE : https://www.vatican.va/content/benedict-xvi/it/audiences/2012/documents/hf_ben-xvi_aud_20120829.html

St. John the Baptist: The Iconography: https://www.christianiconography.info/johnBaptist.html