vendredi 10 janvier 2014

Saint GRÉGOIRE de NYSSE, évêque, confesseur et Père de l'Église



BENOÎT XVI

AUDIENCE GÉNÉRALE

Mercredi 29 août 2007

Saint Grégoire de Nysse


Chers frères et sœurs!

Dans les dernières catéchèses, j'ai parlé de deux grands docteurs de l'Eglise du IV siècle, Basile et Grégoire de Nazianze, Evêque de Cappadoce, dans l'actuelle Turquie. Aujourd'hui, nous en ajoutons un troisième, le frère de Basile, saint Grégoire de Nysse, qui s'est révélé un homme au caractère réfléchi, avec de grandes capacités de méditation, et d'une vive intelligence, ouverte à la culture de son temps. Il s'est ainsi révélé comme un penseur original et profond dans l'histoire du christianisme.

Il naquit autour de 335; sa formation chrétienne fut suivie en particulier par son frère Basile - qu'il définit comme "père et maître" (Ep 13, 4:  SC 363, 198) - et par sa sœur Macrine. Il suivit ses études en appréciant particulièrement la philosophie et la rhétorique. Dans un premier temps, il se consacra à l'enseignement et se maria. Ensuite, il se consacra lui aussi entièrement, comme son frère et sa sœur, à la vie ascétique. Plus tard, il fut élu Evêque de Nysse, et se démontra un pasteur zélé, ce qui lui valut l'estime de la communauté. Accusé de malversations financières par ses adversaires hérétiques, il dut abandonner le siège épiscopal pendant une brève période, mais il y revint ensuite triomphalement (cf. Ep. 6:  SC 363, 164-170), et il continua à se consacrer à la lutte pour défendre la vraie foi.

En particulier après la mort de Basile, recueillant presque son héritage spirituel, il coopéra au triomphe de l'orthodoxie. Il participa à divers synodes; il chercha à résoudre les conflits entre les Eglises; il participa activement à la réorganisation ecclésiastique et, en tant que "pilier de l'orthodoxie", il fut l'un des acteurs du Concile de Constantinople de 381, qui définit la divinité de l'Esprit Saint. Il reçut diverses charges officielles de la part de l'empereur Théodose, il prononça d'importants discours et homélies funèbres, il se consacra à la rédaction de diverses œuvres théologiques. En 394, il participa encore à un synode qui se déroula à Constantinople. On ne connaît pas la date de sa mort.

Grégoire explique avec clarté la finalité de ses études, le but suprême auquel il aspire dans son travail de théologien:  ne pas employer sa vie en choses vaines, mais trouver la lumière qui permet de discerner ce qui est vraiment utile (cf. In Ecclesiasten hom. 1:  SC 416, 106-146). Il trouva ce bien suprême dans le christianisme, grâce auquel est possible "l'imitation de la nature divine" (De professione christiana:  PG 46, 244C). Avec sa vive intelligence et ses vastes connaissances philosophiques et théologiques, il défendit la foi chrétienne contre les hérétiques, qui niaient la divinité du Fils et de l'Esprit Saint (comme Eunomios et les Macédoniens), ou mettaient en doute la parfaite humanité du Christ (comme Apollinaire). Il commenta l'Ecriture Sainte, s'arrêtant sur la création de l'homme. Cela était pour lui un thème central:  la création. Il voyait dans la créature le reflet du Créateur et trouvait là le chemin vers Dieu. Mais il écrivit également un livre important sur la vie de Moïse, qu'il présente comme un homme en marche vers Dieu:  cette montée vers le Mont Sinaï devient pour lui une image de notre ascension dans la vie humaine, vers la vraie vie, vers la rencontre avec Dieu. Il a interprété également la prière du Seigneur, le Notre-Père, et les Béatitudes. Dans son "Grand discours catéchétique" (Oratio catechetica magna) - il exposa les lignes fondamentales de la théologie, non pas pour une théologie académique refermée sur elle-même, mais pour offrir aux catéchistes un système de référence dont tenir compte dans leurs instructions, comme un cadre dans lequel s'inscrit ensuite l'interprétation théologique de la foi.

En outre, Grégoire est célèbre pour sa doctrine spirituelle. Toute sa théologie n'était pas une réflexion académique, mais l'expression d'une vie spirituelle, d'une vie de foi vécue. En tant que grand "père de la mystique", il exposa dans divers traités - comme le De professione christiana et le De perfectione christiana - le chemin que les chrétiens doivent entreprendre pour atteindre la vraie vie, la perfection. Il exalta la virginité consacrée (De virginitate), et en proposa un modèle éminent dans la vie de sa sœur Macrine, qui est toujours restée pour lui un guide, un exemple (cf. Vita Macrinae). Il tint divers discours et homélies, et écrivit de nombreuses lettres. En commentant la création de l'homme, Grégoire souligne que Dieu, "le meilleur des artistes, forge notre nature de manière à la rendre adaptée au service de la royauté. A travers la supériorité établie de l'âme, et au moyen de la conformation même du corps, il dispose les choses de manière à ce que l'homme soit réellement adapté au pouvoir royal" (De hominis opificio 4:  PG 44, 136B). Mais nous voyons que l'homme, pris dans les mailles des péchés, abuse souvent de la création et n'exerce pas une véritable royauté. C'est pourquoi, afin d'exercer une véritable responsabilité envers les créatures, il doit être pénétré par Dieu et vivre dans sa lumière. En effet, l'homme est un reflet de cette beauté originelle qui est Dieu:  "Tout ce que Dieu créa était excellent", écrit le saint Evêque. Et il ajoute:  "Le récit de la création en témoigne (cf. Gn 1, 31). Parmi les choses  excellentes  se  trouvait  aussi l'homme, orné d'une beauté largement supérieure à toutes les belles choses. En effet, quelle chose pouvait être aussi belle que celui qui est semblable à la beauté pure et incorruptible?... Reflet et image de la vie éternelle, il était véritablement beau, et même très beau, comme le signe rayonnant de la vie sur son visage" (Homilia in Canticum 12:  PG 44, 1020C).

L'homme a été honoré par Dieu et placé au dessus de toute autre créature:  "Le ciel n'a pas été fait à l'image de Dieu, ni la lune, ni le soleil, ni la beauté des étoiles, ni aucune des choses qui apparaissent dans la création. Seule toi (anima umana) tu as été rendue l'image de la nature qui domine toute intelligence, ressemblance de la beauté incorruptible, empreinte de la vraie divinité, réceptacle de la vie bienheureuse, image de la véritable lumière; et lorsque tu la regardes, tu deviens ce qu'Il est, car à travers le rayon reflété provenant de ta pureté, tu imites Celui qui brille en toi. Aucune des choses qui existe n'est grande au point de pouvoir être comparée à ta grandeur" (Homilia in Canticum 2:  PG 44, 805D). Méditons cet éloge de l'homme. Voyons également à quel point l'homme est dégradé par le péché. Et cherchons à revenir à la grandeur originelle:  ce n'est que si Dieu est présent que l'homme arrive à sa véritable grandeur.

L'homme reconnaît donc en lui-même le reflet de la lumière divine:  en purifiant son cœur, il redevient comme il était au début, une image limpide de Dieu, Beauté exemplaire (cf. Oratio catechetica 6:  SC 453, 174). Ainsi, l'homme, en se purifiant, peut voir Dieu, comme les cœurs purs (cf. Mt 5, 8):  "Si, avec un style de vie diligent et attentif, tu effaces les choses laides qui se sont déposées sur ton cœur, alors resplendira en toi la beauté divine... En te contemplant toi-même, tu verras en toi celui qui est le désir de ton cœur et tu seras bienheureux" (De beatitudinibus, 6:  PG 44, 1272AB). Il faut donc laver les choses laides qui se sont déposées sur notre cœur et retrouver en nous-même la lumière de Dieu.

L'homme a donc comme objectif la contemplation de Dieu. Ce n'est qu'en celle-ci qu'il peut trouver sa réalisation. Pour anticiper, dans une certaine mesure, cet objectif déjà au cours de cette vie, il doit progresser sans cesse vers une vie spirituelle, une vie de dialogue avec Dieu. En d'autres termes - et telle est la leçon la plus importante que saint Grégoire de Nysse nous transmet -,  la  pleine réalisation de l'homme consiste dans la sainteté, dans une vie vécue dans la rencontre avec Dieu, qui devient ainsi lumineuse également pour les autres, et pour le monde. 

* * *

Je souhaite la bienvenue aux pèlerins de langue française, et je salue particulièrement les membres du groupe œcuménique, catholique et orthodoxe, venus d’Athènes, ainsi que les jeunes de Tarse-Mersin, en Turquie. A la suite de saint Grégoire, je vous invite tous à vous faire serviteurs de ce qu’il y a de beau et de noble dans le cœur de l’homme, pour qu’il puisse contempler Dieu. Avec ma Bénédiction apostolique.


Appel du Pape

Ces jours derniers, plusieurs régions géographiques ont été dévastées par de graves catastrophes:  je fais référence aux inondations dans certains pays orientaux, ainsi qu'aux incendies dévastateurs en Grèce, en Italie et dans d'autres pays européens. Devant des urgences aussi dramatiques, qui ont causé de nombreuses victimes et d'importants dégâts matériels, on ne peut qu'être préoccupés par le comportement irresponsable d'individus qui mettent en péril la sécurité des personnes et détruisent le patrimoine de l'environnement, bien précieux de l'humanité tout entière. Je m'unis à ceux qui, à juste titre, condamnent ces actions criminelles et j'invite chacun à prier pour les victimes de ces tragédies.

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SOURCE : http://www.vatican.va/holy_father/benedict_xvi/audiences/2007/documents/hf_ben-xvi_aud_20070829_fr.html




BENOÎT XVI

AUDIENCE GÉNÉRALE

Mercredi 5 septembre 2007

Saint Grégoire de Nysse


Chers frères et sœurs!

Je vous propose quelques aspects de la doctrine de saint Grégoire de Nysse, dont nous avons déjà parlé mercredi dernier. En premier lieu, Grégoire de Nysse manifesta une conception très élevée de la dignité de l'homme. Le but de l'homme, dit le saint Evêque, est celui de devenir semblable à Dieu, et il atteint ce but avant tout à travers l'amour, la connaissance et la pratique des vertus, "rayons lumineux qui descendent de la nature divine" (De Beatitudinibus 6:  PG 44, 1272 C), dans un mouvement perpétuel d'adhésion au bien, comme le coureur qui est tendu en avant. Grégoire utilise, à ce propos, une image efficace, déjà présente dans la Lettre de Paul aux Philippiens:  épek-teinómenos (3, 13), c'est-à-dire "lancé vers l'avant", vers ce qui est plus grand, vers la vérité et l'amour. Cette expression appropriée indique une réalité profonde:  la perfection, que nous voulons trouver n'est pas une chose acquise pour toujours; la perfection est le fait de rester en chemin, c'est une disposition permanente à aller de l'avant, car l'on n'atteint jamais la pleine ressemblance avec Dieu; nous sommes toujours en chemin (cf. Homilia in Canticum 12:  PG 44, 1025d). L'histoire de chaque âme est celle d'un amour à chaque fois comblé et, dans le même temps, ouvert sur de nouveaux horizons, car Dieu étend sans cesse les possibilités de l'âme, pour la rendre capable de biens toujours plus grands. Dieu lui-même, qui a déposé en nous des germes de bien, et dont part toute initiative de sainteté, "modèle le bloc... En limant et en nettoyant notre esprit, il forme en nous le Christ" (In Psalmos 2, 11:  PG 44, 544B).

Grégoire se soucie de préciser:  "Ce n'est pas, en effet, notre œuvre, et ce n'est pas non plus la victoire d'une force humaine que de devenir semblables à la divinité, mais c'est le résultat de la munificence de Dieu, qui dès sa première origine a fait grâce à notre nature de la ressemblance avec Lui" (De virginitate 12, 2:  SC 119, 408-410). Donc, pour l'âme, "il ne s'agit pas de connaître quelque chose de Dieu, mais d'avoir Dieu en soi" (De beatitudinibus 6:  PG 44, 1269c). Du reste, remarque Grégoire avec acuité, "la divinité est pureté, est affranchissement des passions et disparition de tout mal:  si toutes ces choses sont en toi, Dieu est réellement en toi" (De beatitudinibus 6:  PG 44, 1272C).

Lorsque nous avons Dieu en nous, lorsque l'homme aime Dieu, par cette réciprocité qui est propre à l'amour, il désire ce que Dieu lui-même désire (cf. Homilia in Canticum 9:  PG 44, 956ac), et il coopère donc avec Dieu à modeler en lui l'image divine, si bien que "notre naissance spirituelle est le résultat d'un libre choix, et nous sommes d'une certaine façon les parents de nous-mêmes, en nous créant comme nous voulons être et en nous formant par notre volonté selon le modèle que nous choisissons" (Vita Moysis 2, 3:  SC 1bis, 108). Pour s'élever vers Dieu, l'homme doit se purifier:  "La voie qui reconduit au ciel la nature humaine, n'est autre que l'éloignement des maux de ce monde... Devenir semblable à Dieu signifie devenir juste, saint et bon... Si donc, selon l'Ecclésiaste (5, 1), "Dieu est au ciel" et si, selon le prophète (Ps 72, 28), vous "adhérez à Dieu", il s'ensuit nécessairement que vous êtes là où Dieu se trouve, du moment que vous êtes unis à Lui. Etant donné qu'il vous a ordonné, lorsque vous priez, d'appeler Dieu Père, il vous dit de devenir sans aucun doute semblables à votre Père céleste, avec une vie digne de Dieu, comme le Seigneur nous l'ordonne plus clairement ailleurs, en disant:  "Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait" (Mt 5, 48)" (De oratione dominica 2:  PG 44, 1145ac).

Sur ce chemin d'ascèse spirituelle, le Christ est le modèle et le maître, qui nous fait voir la belle image de Dieu (cf. De perfectione christiana, PG 46, 272a). Chacun de nous, en se tournant vers Lui, se retrouve être "le peintre de sa propre vie", qui possède la volonté pour exécuter le travail et les vertus comme des couleurs dont se servir (ibid.:   PG  46,  272b). Si l'homme est considéré digne du Christ, comment doit-il donc se comporter? Grégoire répond ainsi:  "[Il doit] toujours examiner au plus profond de lui ses pensées, ses paroles et ses actions, pour voir si celles-ci sont tournées vers le Christ ou si elles s'éloignent de lui" (ibid.:  PG 46, 284c). Et ce point est important en raison de la valeur qu'il attribue à la parole "chrétien". Le chrétien est quelqu'un qui porte le nom du Christ, et il doit donc s'assimiler à Lui également dans sa vie. A travers le Baptême, nous chrétiens, assumons une grande responsabilité.

Mais le Christ - rappelle Grégoire - est présent également dans les pauvres, c'est pourquoi ils ne doivent jamais être offensés:  "Ne méprise pas ceux qui gisent étendus, comme si pour cette raison ils ne valaient rien. Considère qui ils sont, et tu découvriras quelle est leur dignité:  ils représentent pour nous la  Personne du Sauveur. Et il en est ainsi:  car le Seigneur, dans sa bonté, leur prêta sa personne elle-même, afin que, à travers celle-ci, s'émeuvent ceux qui sont durs de cœur et ennemis des pauvres" (De pauperibus amandis:  PG 46, 460bc). Grégoire, avons-nous dit, parle de montée:  montée vers Dieu dans la prière, à travers la pureté du cœur; mais montée vers Dieu également à travers l'amour pour le prochain. L'amour est l'échelle qui conduit vers Dieu. Par conséquent, Grégoire de Nysse apostrophe avec vivacité chacun de ses auditeurs:  "Sois généreux avec ces frères, victimes du malheur. Donne à l'affamé ce que tu ôtes à ton ventre" (ibid.:  PG 46, 457c).

Avec une grande clarté, Grégoire rappelle que nous dépendons tous de Dieu, et c'est pourquoi il s'exclame:  "Ne pensez pas que tout vous appartienne! Il doit également y avoir une part pour les pauvres, les amis de Dieu. En effet, la vérité est que tout vient de Dieu, Père universel, et que nous sommes frères et appartenons à une même race" (cf. ibid.:  PG 46, 465b). Il faut alors que le chrétien s'examine, insiste encore Grégoire:  "Mais à quoi te sert-il de jeûner et de faire abstinence de la chair, si ensuite avec ta méchanceté tu ne fais rien d'autre que dévorer ton frère? Quel gain tires-tu, face à Dieu, du fait de ne pas manger ce qui est à toi, si ensuite, agissant injustement, tu arraches des mains du pauvre ce qui lui appartient?" (ibid.:  PG 46, 456a).

Nous concluons ces catéchèses sur trois grands Pères de Cappadoce en rappelant encore cet aspect important de la doctrine spirituelle de Grégoire de Nysse, qui est la prière. Pour progresser sur le chemin vers la perfection et accueillir Dieu en soi, porter en soi l'Esprit de Dieu, l'amour de Dieu, l'homme doit se tourner avec confiance vers Lui dans la prière:  "A travers la prière nous réussissons à être avec Dieu. Mais celui qui est avec Dieu est loin de l'ennemi. La prière est soutien et défense de la chasteté, frein de la colère, apaisement et domination de l'orgueil. La prière est conservation de la virginité, protection de la fidélité dans le mariage, espérance pour ceux qui veillent, abondance de fruits pour les agriculteurs, sécurité pour les navigateurs" (De oratione dominica 1:  PPG 44, 1124A-B). Le chrétien prie en s'inspirant toujours de la prière du Seigneur:  "Si nous voulons donc prier que descende sur nous le Royaume de Dieu, nous lui demandons cela à travers la puissance de la Parole:  que je sois éloigné de la corruption, que je sois libéré de la mort, que je sois dégagé des chaînes de l'erreur; que jamais la mort ne règne sur moi, que la tyrannie du mal n'ait jamais de pouvoir sur moi, que l'adversaire ne domine pas sur moi ni ne me fasse prisonnier à travers le péché, mais que ton Règne vienne sur moi, afin que s'éloignent de moi ou, mieux encore, que disparaissent les passions qui, à présent, me dominent et règnent en maîtres" (ibid., 3:  PG 44, 1156d-1157a).

Une fois sa vie terrestre terminée, le chrétien pourra ainsi s'adresser avec sérénité à Dieu. Parlant de cela, saint Grégoire pense à la mort de sa sœur Macrine, et écrit qu'à l'heure de sa mort, elle priait Dieu ainsi:  "Toi qui as sur la terre le pouvoir de remettre les péchés, "détourne de moi tes yeux, que je respire" (Ps 38, 14), et pour que je sois trouvée à tes côtés sans tâche, au moment où je suis dépouillée de mon corps (cf. Col 2, 11), de façon à ce que mon esprit, saint et immaculé (cf. Ep 5, 27), soit accueilli entre tes mains, "devant toi [...] comme un encens" (Ps 140, 2" (Vita Macrinae 24:  SC 178, 224). Cet enseignement de saint Grégoire demeure toujours valide:  non seulement parler de Dieu, mais porter Dieu en soi. Nous le faisons avec l'engagement de la prière et en vivant dans l'esprit de l'amour pour tous nos frères.


Appel du Pape

J'envoie à présent un salut en langue anglaise aux participants au Symposium international sur la sauvegarde de l'environnement de l'Arctique.

Demain, sur la côte occidentale du Groenland, Sa Sainteté Bartholomaïos I, Patriarche œcuménique de Constantinople inaugurera un symposium intitulé:  "L'Arctique:  miroir de vie". Je désire saluer tous les participants, les divers responsables religieux, les scientifiques, les journalistes et les autres parties concernées, et les assurer de mon soutien à leurs efforts. La protection des ressources hydriques et l'attention au climat sont des questions d'une extrême importance pour toute la famille humaine. Encouragé par la croissante reconnaissance de la nécessité de sauvegarder l'environnement, je vous invite tous à vous unir à moi dans la prière et dans l'action pour un plus grand respect des merveilles de la Création de Dieu!
 


850 anniversaire du Sanctuaire de Mariazell

J'accomplirai moi aussi au cours des prochains jours un pèlerinage, et je me réjouis de ma prochaine visite en Autriche, à l'occasion du 850 anniversaire du Sanctuaire de Mariazell. La devise de mon voyage est:  "Tourner son regard vers le Christ". Cette invitation est adressée à tous ceux pour qui le Christ est le Seigneur de notre vie. Que Dieu vous bénisse ainsi que vos familles!



Je salue également les Missionnaires de la Charité, hommes et femmes, avec leurs collaborateurs, réunis ici à l'occasion du X anniversaire de la mort de la bienheureuse Mère Teresa de Calcutta. Chers amis, la vie et le témoignage de cette authentique disciple du Christ, dont nous célébrons précisément aujourd'hui la mémoire liturgique, constituent une invitation pour vous et pour toute l'Eglise à servir Dieu toujours plus fidèlement chez les plus pauvres et les personnes dans le besoin. Continuez à suivre son exemple et soyez partout des instruments de la divine miséricorde.

* * *

Je suis heureux d’accueillir ce matin les pèlerins de langue française, en particulier le séminaire interdiocésain de Lorraine, avec Mgr Raffin, Évêque de Metz, les séminaristes et le Conseil central des Missions étrangères de Paris, ainsi que les pèlerins du diocèse arménien catholique d’Alep. En suivant l’enseignement de saint Grégoire de Nysse, je vous invite tous à donner toujours à la prière une place essentielle dans votre vie!

© Copyright 2007 - Libreria Editrice Vaticana

SOURCE : http://www.vatican.va/holy_father/benedict_xvi/audiences/2007/documents/hf_ben-xvi_aud_20070905_fr.html


ÉLÉMENTS SUR LA VIE DE GRÉGOIRE DE NYSSE [1]

par Albert Fandos

Origines de Grégoire, sa famille

Grégoire est né entre les années 331- 335 (4ème siècle après J-C) dans la province antique du Pont (le nord de la Turquie actuelle) dont sont originaires ses ancêtres paternels. Ses grands-parents appartenaient à une lignée de nobles riches et cultivés. Chrétiens convaincus, ils ont dû fuir les persécutions des empereurs Galère et Maximin Daïa (entre 306 et 313). Le jeune Grégoire a sans doute recueilli auprès de sa grand-mère Macrine « l’Ancienne » le récit des ces temps éprouvants où la famille se cacha pendant sept ans dans les montagnes de la région.

Côté maternel, Grégoire est issu d’une puissante famille chrétienne de Cappadoce (au centre de la Turquie actuelle) exerçant des charges civiles et militaires à la cour de l’empereur. La branche maternelle n’a pas non plus échappé aux persécutions, puisque le grand-père de Grégoire fut mis à mort pour avoir indisposé l’empereur. Ses biens furent confisqués, puis sans doute restitués à la famille après la tourmente. Grégoire a dû aussi entendre sa famille parler avec vénération de Grégoire le Thaumaturge ( « le faiseur de miracles »), apôtre de la Cappadoce au 3ème siècle …

Le père de Grégoire, Basile « l’ancien », était rhéteur (professeur d’art oratoire) dans sa province du Pont (sans doute à Néocésarée - aujourd’hui Niksar) où il avait une réputation d’éloquence. Sa mère, Emmélie, orpheline renommée pour sa beauté, recherchée par de nombreux prétendants, trouva en la personne de Basile, un mari et un protecteur.

Grégoire a eu 3 frères et 5 sœurs (peut-être la famille comptait-elle un dixième enfant, mort en bas âge). Outre Grégoire, L’Église a reconnu la sainteté de trois d’entre eux : Macrine la sœur aînée, dont la vie nous est connue par le récit qu’en fit Grégoire, Basile (le cadet, né vers 329, dit « le grand » ou encore « de Césarée », capitale de la Cappadoce dont il fut l’évêque) et Pierre (le benjamin, né vers 341, dit « de Sébastée », ville dont il fut évêque). Grégoire parle aussi dans son œuvre de son frère Naucratios, mort accidentellement à l’âge de 27 ans après s’être retiré avec son compagnon Chrisaphios pour une vie d’ermites. On sait aussi qu’au moins une des sœurs de Grégoire s’est mariée et a eu des enfants.

Vers 341, au moment de la mort du père, c’est Macrine qui prend la direction de la famille. Macrine a fait vœu de virginité et exerce sur tous ses frères et sœurs une grande influence religieuse. Après avoir entraîné sa mère à se convertir à un idéal de vie dépouillée, les deux femmes se retirent, en compagnie de Pierre, le jeune frère, dans leur domaine d’Annesi (ou Annisa) au bord du fleuve Iris (aujourd’hui : le Yesil Irmak) où elles vont créer un monastère.

Basile, de son côté, a le privilège d’entreprendre des études dans les grandes écoles de Constantinople et d’Athènes, auprès de maîtres renommés. Grégoire, quant à lui, semblant avoir été destiné à l’état ecclésiastique [2], accomplira sa formation initiale dans les écoles locales de Cappadoce.

Jeunesse et première carrière de Grégoire

Outre l’éducation chrétienne reçue de sa famille, Grégoire s’applique à étudier les sciences et la philosophie, il s’exerce aux techniques de l’éloquence et du langage [3]. Grégoire lit des œuvres de Platon, subit l’influence des Stoïciens, de Plotin et des néo-platoniciens … Il apprend les mathématiques, l’astronomie, s’intéresse à la médecine [4]. Son œuvre théologique et spirituelle sera toujours profondément marquée par sa culture générale.

Son frère Basile met Grégoire, tout à l’enthousiasme de ses vingt ans, en contact avec Libanios, philosophe dont il a été l’élève et qui est un des maîtres de la Seconde Sophistique (école de rhétorique florissante au 4ème siècle). Toute sa vie, Grégoire honorera la civilisation grecque et païenne, aimant s’entourer de gens lettrés et correspondant avec des personnes cultivées. Peut-être Grégoire a-t-il été marqué par les derniers soubresauts d’un « paganisme d’État », tel qu’a tenté de le promouvoir dans son bref règne l’empereur Julien (dit « l’Apostat »), entre 361 et 363 [5] ? En tous cas, Grégoire exhortera les jeunes à étudier la culture « profane » qui peut aider à s’élever plus haut (Vie de Moïse [6]).

Appelé comme lecteur dans l’Église, Grégoire est amené à approfondir sa connaissance des textes de la Bible. Ses qualités de rhéteur sont très appréciées à Césarée. Il a probablement séjourné plusieurs fois auprès de Basile, lorsque ce dernier s’est retiré, pendant un temps, non loin de la communauté de Macrine, pour mener une vie monastique. Peut-être est-ce au contact de son frère qu’il acquiert des connaissances sur les travaux de l’École d’Alexandrie (Philon, Origène). Grégoire qualifiera plusieurs fois sa sœur Macrine et son frère Basile de didaskalos (professeur, maître).

Vers 364 pourtant, en abordant la trentaine, Grégoire abandonne sa charge de lecteur et reprend une brillante carrière de rhéteur. Sans doute la passion de la rhétorique est-elle la plus forte. Plus tard, dans une lettre à Libanios (Lettre 14 [7]) Grégoire exaltera encore cet amour pour les lettres et l’éloquence. Peut-être aussi ressent-il le besoin de s’émanciper de ses aînés.

Cette réorientation suscite des remous auprès de ses proches et des milieux chrétiens de Césarée. Le lectorat est en effet considéré comme la première marche vers une carrière dans l’Église. Son frère Basile et son ami Grégoire de Nazianze s’en affligent et ce dernier lui adresse des reproches appuyés [8]. Cependant « Grégoire n’a pas choisi entre sa foi chrétienne et une carrière de rhéteur, mais entre une vocation ecclésiastique et une carrière mondaine. » [9]

Grégoire exercera pendant une dizaine d’années son métier de maître en rhétorique. Il est à peu près certain que Grégoire se soit marié. Mais on ignore précisément pendant combien de temps il le demeura. Certains auteurs, se fondant sur la correspondance de Grégoire de Nysse, Basile de Césarée et Grégoire de Nazianze, avancent que l’épouse de Grégoire s’appelait Théosébie, que le couple eut un fils nommé Cynégios et que Grégoire devint veuf vers 385 [10].

Au début de 369, Emmélie, la mère de Grégoire, meurt. Sa dépouille est placée dans le sarcophage de son mari et enterrée dans la chapelle des Quarante martyrs qu’elle avait fait construire près d’Ibora, dans la Province du Pont.

Le rhéteur à Césarée devient évêque de Nysse

En 370 [11], Basile est élu évêque de Césarée, devenant ainsi métropolite (= archevêque) de Cappadoce. Une petite anecdote livre un trait de caractère de Grégoire. A l’occasion de cette élection, des dissensions interviennent entre Basile et l’un de ses oncles qui est aussi évêque. Grégoire essaie maladroitement de les réconcilier en rédigeant de toutes pièces une lettre censée provenir de l’un des protagonistes. Mais l’artifice est mis à jour : colère et reproches pleuvent sur Grégoire de la part de son aîné (Lettre 58 de Basile [12]) !
En 371, Grégoire n’est pas loin de ses quarante ans. Basile l’invite à rédiger, comme cela se pratique à l’époque, un éloge de la virginité et de la vie monastique. Le Traité de la virginité est l’un des premières textes connus de Grégoire. Dans cette œuvre de commande dédiée à son frère, Grégoire force la note pour décrire les inconvénients du mariage, mais sans pour autant dénigrer ce dernier. On voit même transparaître, entre les lignes, la propre expérience de Grégoire et l’attachement qui a pu être le sien pour l’amour conjugal.

Vers 372, l’empereur arien [13] Valens découpe la province de Cappadoce, peut-être pour réduire l’influence de Basile, fidèle au dogme de Nicée. L’Église est divisée. Basile cherche à accroître le nombre de ses suffragants et mobilise alors son frère Grégoire en le nommant de force évêque de Nysse, petite bourgade de l’ouest de la Cappadoce, à quelques kilomètres au sud du fleuve Halys (aujourd’hui : le Kizil Irmak).

Mais Grégoire n’est pas homme de poigne, les affaires administratives et ecclésiastiques ne sont pas son fort et il fait preuve, aux yeux de son frère, d’une certaine naïveté au milieu des luttes entre partisans de différents courants théologiques. Il rencontre des difficultés au point que Basile doit dépêcher à Nysse, en 373, Amphiloque d’Iconium pour remettre de l’ordre.

En 375, voilà Grégoire injustement accusé par une conspiration arienne de dilapider les biens de l’Église et de procéder à des ordinations illégales. Un synode réuni à Ancyre (auj. : Ankara) le dépose de sa charge épiscopale et l’oblige à fuir. Un autre synode arien réuni à Nysse en 376 remplace Grégoire par un évêque acquis aux thèses d’Arius. Grégoire est condamné à l’exil, comme d’autres évêques du « parti nicéen [14]Lettre 6 [15]). Grégoire peut reprendre les initiatives qui lui tiennent à cœur : renforcer la vie monastique à Nysse, achever l’oratoire (martyrium) dédié aux martyrs de Sébastée. ». Il faudra attendre l’automne 377 pour que la mort de l’empereur Valens et la révocation des sentences d’exil permettent le retour à Nysse de Grégoire. L’accueil de la population est triomphal.

C’est aussi, semble-t-il, en août 377 (selon P. Maraval [16]) ou en août 378 (selon J-R. Pouchet [17]) que survient la mort de Basile de Césarée [18]. Grégoire a environ 45 ans. C’est un tournant de sa vie qui s’amorce alors. Grégoire se sent investi de l’héritage pastoral de son illustre frère : soutenir coûte que coûte la foi de Nicée, achever l’œuvre théologique de Basile, développer le mouvement monastique initié par son frère et sa sœur. Il semble que la disparition de Basile ait libéré en Grégoire des capacités d’engagement et des dimensions de sa personnalité jusqu’alors retenues. Il va désormais passer en première ligne.

L’homme des conciles, le conseiller du Prince

Théodose succède à Valens comme empereur d’Orient. L’arianisme recule car le nouveau pouvoir soutient la théologie du concile de Nicée. Grégoire prend une part active au synode d’Antioche en 378 (ou 379) autour de l’évêque Mélèce. Il contribue à rapprocher deux courants (et surtout des personnes !) tendant à s’opposer au sein des fidèles à la foi de Nicée.

Au retour d’Antioche, il se rend auprès de sa sœur Macrine mourante. Deux œuvres sont inspirées de ses derniers entretiens avec son aînée : la Vie de Macrine et le dialogue Sur l’âme et le résurrection.

Grégoire apparaît de plus en plus aux yeux de ses pairs comme le successeur du grand Basile. Sa renommée s’étend au-delà de la Cappadoce. Il résout non sans difficultés des crises fomentées par divers hérétiques ariens, anoméens [19] et sabelliens [20]. C’est ainsi qu’en 380, il est appelé à Ibora (province du Pont) pour veiller à une élection d’évêque. Puis il est conduit à Sébastée, en Arménie, pour dénouer des rivalités autour du siège épiscopal. Il y fait élire son frère Pierre (se souvenant des leçons politiques de Basile !).

Revenu à Nysse, il s’attèle à poursuivre le combat dogmatique entamé par Basile contre Eunome, prêtre influent qui nie la Trinité divine. A cet effet, il publie les deux premiers livres d’un Contre Eunome destiné à réfuter les thèses adverses et à nourrir le dogme trinitaire.

Théodose convoque en 381 ce qui restera pour l’Histoire le « Concile de Constantinople » (second concile œcuménique après celui de Nicée). L’empereur entend affermir les acquis du concile de Nicée face aux controverses ariennes. Il s’agit aussi de répondre à l’hérésie des « pneumatomaques » qui nient la divinité de l’Esprit-Saint. Grégoire est chargé par le président du concile, Mélèce, de raffermir la confiance et l’unité des évêques nicéens. Cependant, Mélèce meurt au bout de quelques semaines. Grégoire prononcera son éloge funèbre. Grégoire ne sera pas alors étranger à l’élection de son ami Grégoire de Nazianze pour présider la suite du concile (mais Grégoire de Nazianze sera, peu après, poussé à la démission). Au terme de ce concile est promulgué le célèbre « Symbole de Nicée-Constantinople », qui demeure aujourd’hui encore le résumé de la foi chrétienne.

Grégoire sort du concile avec la réputation de garant de l’orthodoxie. Il a gagné la confiance de l’empereur qui le choisit, avec Hellade (successeur de Basile), comme autorité de référence vis-à-vis des autres évêques de la région. Dès lors, Grégoire reçoit des missions de médiateur : en Arabie, il part avec la poste impériale (on dirait aujourd’hui : en voiture de fonction avec chauffeur !) tenter de réconcilier deux évêques qui se disputent le siège de Bostra. Au retour, il s’arrête à Jérusalem, dont il garde un souvenir mitigé : joie de rencontrer des gens de bien (Lettre 3 [21]), peine de voir comme ailleurs hérésies et désordre moral.

Fin 382, on retrouve Grégoire à Nysse. Il a le goût d’enseigner auprès des fidèles qui se rassemblent et il sait mettre en valeur les grands thèmes de la liturgie. En mai 383, il prononce dans un synode à Constantinople son discours Sur la divinité du Fils et de l’Esprit-Saint. Grégoire a cinquante ans passés. L’empereur l’invite souvent. En 385, Théodose perd sa jeune fille Pulchérie, puis peu après son épouse Flacille : Grégoire sera désigné pour prononcer les deux éloges funèbres. En 386, Théodose quitte Constantinople pour s’installer à Milan. La faveur de la cour passe à d’autres conseillers. Grégoire va alors se consacrer davantage aux fidèles de l’Église de Nysse, à la prière et à son propre approfondissement spirituel.

Le recueillement des jours, le partage spirituel

A partir de 385, les dix dernières années de la vie de Grégoire de Nysse sont peu connues. Il n’est plus occupé par la cour de Constantinople et il a perdu son épouse. Il se voue à son diocèse et aux communautés monastiques avec lesquelles il partage les fruits de sa recherche mystique. C’est en effet l’époque où Grégoire compose l’essentiel de son œuvre spirituelle : notamment les Homélies sur le Cantique des Cantiques (dédiées à la diaconesse Olympias et prêchées lors d’un carême entre 390 et 394) ; la Vie de Moïse Sur la perfection (au moine Olympios) ; la Profession chrétienne (au moine Harmonios) et l’Enseignement sur la vie chrétienne. (datant de 392 environ et portant le sous-titre : « traité de la perfection en matière de vertu ») ; trois écrits spirituels exaltant l’ardeur contemplative : le traité
Mariette Canévet écrit dans un article (Dictionnaire de spiritualité p. 394 – éd. Beauchesne, 1965) : « il semble que Grégoire ait reçu la grâce d’une expérience mystique de plus en plus élevée au cours de sa vie, dont ses ouvrages se font les échos de plus en plus profonds ».

On relève une dernière fois la présence de Grégoire dans un synode à Constantinople. Nous sommes en 394. Sa trace est ensuite perdue. Sans doute est-il mort en 395, à l’âge tout au plus de soixante cinq ans.

Conclusion

Arrivés au terme de cette notice, quels sont les traits de caractère qu’on peut discerner chez Grégoire, en se fondant sur son œuvre et sur le témoignage de ses proches (son frère Basile, Grégoire de Nazianze) ?

Sa santé paraît avoir été fragile (peut-être souffrait-il de calculs rénaux [22] ?). Malgré des ressources ménagées, Grégoire avait tendance à se dépenser, ce qui l’exposait régulièrement à la fatigue, voire l’épuisement.

Certains commentateurs estiment que la très forte personnalité de Basile a pu susciter chez Grégoire de Nysse un complexe d’infériorité [23]. De fait, tout en aimant son jeune frère, Basile livre sur lui des appréciations négatives : simplicité, manque de sens politique, irréflexion, imprudence … Sûrement les deux frères avaient-ils des personnalités contrastées : alors que Basile atteste de qualités d’organisateur (avec le risque de ne pas toujours approfondir les sujets qu’il aborde), Grégoire est plus porté à la recherche spéculative.

On note aussi chez Grégoire un tempérament fier, conscient de son rang et de sa valeur. Dans une lettre (Lettre 1 [24]), on le voit offusqué d’être mal reçu par son métropolite Hellade, successeur de Basile. Les prétentions aristocratiques de Grégoire, jointes au sentiment d’outrage fait à sa condition « d’homme libre », s’expriment avec force. Cet événement est à rapprocher d’autres échecs dans des missions de médiation (Jérusalem). Grégoire peut susciter l’opposition, il semble peu enclin au compromis.

Par ailleurs, c’est une personne qui révèle aussi une grande sensibilité. Au-delà des figures de rhétorique, il sait manifester sa joie, son amitié. De même il peut s’indigner, montrer de la tristesse. L’homme se passionne pour sa quête, tout en s’efforçant de garder une apparence paisible, de se contenir. Perfectionnement, connaissance et maîtrise de soi sont des valeurs de vie auxquelles Grégoire a souvent fait référence dans son œuvre.


Notes

[1] Sources principales de cette notice biographique :

- M. Aubineau, Traité de la virginité, SC 119, Cerf, 1966

- P. Maraval, Lettres, SC 363, Cerf, 1990

- M. Canévet, art. « Grégoire de Nysse » dans Dictionnaire de Spiritualité, Beauchesne, 1967

- D. Coffigny, Grégoire de Nysse, Éditions de l’Atelier, 1993

[2] J. Daniélou, « Le mariage de Grégoire de Nysse et la chronologie de sa vie », Revue des Études Augustiniennes, 1956 (T II 1-4), p.77

[3] M. Aubineau, ouvrage cité, p. 43-44

[4] M. Aubineau, ouvrage cité, p. 47

[5] M. Aubineau, ouvrage cité, p. 64-65

[6] La Vie de Moïse, éd. et trad. J. Daniélou, SC 1bis, Cerf, 2000 : voir p. 127, § 37

[7] Grégoire de Nysse – Lettres, éd. et trad. P. Maraval, SC 363, Cerf, 1990, p. 201-207

[8] Grégoire de Nazianze – Lettre XI, éd. Gallay (tome 1), Les Belles Lettres

[9] M. Aubineau, ouvrage cité, p. 64

[10] J. Daniélou, ouvrage cité, p.76-77

[11] sur les discussions concernant cette date, voir : J-R. Pouchet, « La date de l’élection épiscopale de saint Basile et celle de sa mort », Revue d’Histoire Ecclésiastique 87, 1992, p. 5-33

[12] Basile – Lettres, éd. Y. Courtonne (3 tomes), Les Belles Lettres, 1957

[13] disciples d’Arius, prêtre à Alexandrie, mort en 336. Les ariens niaient la nature divine du Christ.

[14] Les nicéens professent la vraie foi du concile de Nicée (325) : Jésus est vrai Dieu et vrai homme.

[15] Grégoire de Nysse – Lettres, éd. et trad. P. Maraval, SC 363, Cerf, 1990, p. 165-171

[16] P. Maraval, « La date de la mort de Basile de Césarée », Revue des Études Augustiniennes n°34, 1988

[17] J-R. Pouchet, article dans Vig. Christ. N°42, 1988, p. 28-46

[18] Les sources traditionnelles mentionnent la date du 1er janvier 379 pour la mort de Basile.

[19] Disciples d’Eunome. Ils affirment que le Fils est « dissemblable » (anomoios) du Père.

[20] Disciples de Sabellius, ils voient dans les trois personnes divines de simples manifestations d’une même individualité.

[21] Grégoire de Nysse – Lettres, éd. et trad. P. Maraval, SC 363, Cerf, 1990, p. 125

[22] Lettre 225 de Basile de Césarée (réf. : voir note 12)

[23] A-G Hamman, Les Pères de l’Église, collection les Pères dans la foi (n°1), éd. Migne, 2000, p. 122

[24] Grégoire de Nysse – Lettres, éd. et trad. P. Maraval, SC 363, Cerf, 1990, p. 83-10

SOURCE : http://www.gregoiredenysse.com/?page_id=21

Saint Grégoire de Nysse

Évêque de Nysse ( 394)

L'Église accueille dans ses martyrologes (livre des témoins, en grec "marturos") et dans ses synaxaires (en grec "sunaxis" assemblée autour d'une personne) sa grand-mère, ses deux parents et cinq de ses frères et sœurs. Pourtant, il ne commençait pas dans cette voie. C'est un intellectuel passionné de rhétorique qui enseigne la philosophie. Son épouse l'adore et c'est réciproque. Quand son grand frère, saint Basile de Césarée, le consacre évêque de Nysse, une petite bourgade rurale de Cappadoce, cet intellectuel le ressent comme un exil, mais il l'accepte par devoir dans un monde si peu chrétien. Il se heurte à l'empereur qui soutient l'arianisme et qui l'exile. Il reviendra dans son diocèse à la mort de Valens et se fait le champion de la foi en la Trinité. Il sera l'un des principaux artisans de la victoire de l'orthodoxie au concile de Constantinople en 381. Saint Grégoire de Nysse est sans aucun doute l'un des plus grands théologiens spéculatifs, d'une ouverture d'esprit rarement égalée. Ce maître de la théologie contemplative par ses grands traités spirituels, est en même temps un pasteur et un catéchète soucieux de se faire comprendre par tous. 


À Nysse en Cappadoce, peu avant 400, saint Grégoire, évêque, frère de saint Basile le Grand, remarquable par sa vie et sa doctrine. Il fut exilé hors de sa ville sous l’empereur arien Valens pour avoir confessé la foi orthodoxe.



Martyrologe romain

SOURCE : http://nominis.cef.fr/contenus/saint/5103/Saint-Gregoire-de-Nysse.html

Saint Grégoire de Nysse (vers 335-394)

Apôtre de la prière pour les défunts

Saint Grégoire de Nysse, le plus jeune des trois Pères Cappadociens avec Basile le Grand et Grégoire de Nazianze, se révèle un fin politicien ecclésiastique recherché et influent, un théologien expert, un orateur, un prédicateur et un exégète estimé. Nous le suivons à travers son Traité de l'âme et de la résurrection.
Centre de la foi et de l'espérance chrétienne.

Grégoire de Nysse est l'un des jeunes frères de Basile le Grand, évêque de Césarée en Cappadoce, au cœur de la Turquie actuelle. Ils naissent dans une famille de saints. Leurs grands-parents sont morts martyrs sous Dioclétien. Leurs parents, saint Basile l'Ancien et sainte Emmelia, étaient issus de la noblesse sénatoriale en Cappadoce. Ils ont un oncle évêque, et trois autres frères et sœur embrassent la vie ecclésiastique ou ascétique : sainte Macrine la Jeune, Naucratios, mort prématurément, et saint Pierre de Sébaste, leur plus jeune frère.

Grégoire de Nysse avec son frère, Basile le grand, et leur ami commun Grégoire de Nazianze, sont dénommés les « trois grands Cappadociens » en raison de leur importance exceptionnelle pour la théologie et pour l'Église. Tous les trois ont renoncé à une carrière profane brillante pour suivre le Christ de manière radicale en s'adonnant à une vie ascétique et solitaire. Mais tous les trois furent appelés à l'épiscopat en raison de leur haute naissance et de leur formation solide. Leur importance fut remarquable pour consolider la foi de l'Église, et pour confirmer la communion ecclésiale avec Rome.

Grégoire naît entre 335 et 340. Il est encore jeune lorsque son père meurt. Il est nommé par son frère Basile évêque de Nysse, petite ville entre Césarée et Ancyre. Il participe en 381 au deuxième Concile œcuménique de Constantinople d'où nous vient le texte définitif de notre Credo. Il est estimé de l'empereur Théodose et prononce en 385 l'éloge funèbre de la Princesse Pulchérie et de l'Impératrice Flacilla. Il meurt vers 394.
 
Réunion de l'ensemble des évêques.Profession de foi.Personne qui témoigne de sa foi, sans la renier, jusqu'à la mort.

Marqué par le deuil

En 378, Grégoire est affligé par la mort de son frère Basile, qui lui a tout enseigné et tout transmis. Il court alors au chevet de sa sœur Macrine qu'il n'a pas revue depuis huit ans. Elle est malade. Le lendemain de leurs retrouvailles, elle meurt à son tour le 19 juillet 378.



Avec plein d'humanité et marqué par le deuil, Grégoire rapporte le dialogue qu'il a eu avec sa sœur pendant ces heures tragiques. Il en fait un exposé de notre foi et de notre espérance pour nos défunts. Ce Traité sur l'âme et la résurrection est une de ses œuvres les plus importantes.


« Je m'empressais d'aller partager avec notre sœur et professeur le malheur que j'éprouvais à cause de notre frère ; mon âme souffrait d'une vive douleur, se désolait d'une si grande perte, et je cherchais pour partager mes larmes quelqu'un sur qui pèse une tristesse aussi lourde que la mienne. Quand nous fûmes en face l'un de l'autre, mon chagrin fut avivé de voir notre professeur apparaître devant mes yeux : déjà, elle aussi, elle était atteinte de la maladie qui menait à la mort. (...) Elle me citait la parole de l'Apôtre, selon laquelle il ne faut pas s'affliger au sujet des morts, car c'est là un sentiment propre à ceux-là seuls qui n'ont pas d'espérance (1Thessaloniciens 4, 13). » (Grégoire de Nysse, Traité sur l'âme et la résurrection, §1)

Grégoire exprime malgré tout sa répulsion à l'égard de la mort. « Comment est-il possible que les hommes mettent en pratique cette parole, tant il y a en chacun une répulsion naturelle à l'égard de la mort ? Ceux qui voient les mourants ne supportent pas de bon cœur ce spectacle, et ceux dont la mort approche la fuient de toutes leurs forces ! (...) Quoi donc ? On n'a pas à être triste quand celui qui jusque là voyait et parlait, on le voit privé soudain de souffle, de voix, de mouvement, et que sont éteints pour lui tous les sens de son être ? » (Grégoire de Nysse, Traité sur l'âme et la résurrection, §2-3)

Dans la primitive Eglise, membre de la communauté chargé de l'annonce de l'Evangile.Confiance dans les promesses du Christ.Centre de la foi et de l'espérance chrétienne.

Dans l'attente de la résurrection

L'expérience commune de la mort que fait Grégoire est celle de la disparition soudaine dans un corps du principe vital qu'est l'âme. On fait l'expérience de l'âme à l'heure de la mort. Si l'âme n'existait pas, la vie serait aussi inerte qu'un cadavre, ou bien elle serait immortelle si elle se réduisait à l'assemblage physique des éléments.



Pour réconforter son deuil, Grégoire lit dans les Écritures la parabole du pauvre Lazare (Evangile selon Luc 16, 19-30). Macrine commente : « Le riche est encore attaché, comme par de la glu, même après sa mort, à la vie charnelle. (...) Il faut que, le plus possible, ceux qui vivent dans la chair s'éloignent de quelque manière et s'affranchissent de leur relation avec elle, grâce à une vie vertueuse, afin qu'après la mort, nous n'ayons plus besoin d'une autre mort qui fasse partir par la purification les restes de la colle charnelle, mais que, comme si les liens tout autour de l'âme étaient rompus, légère et libre soit sa course vers le bien. » (Grégoire de Nysse, Traité sur l'âme et la résurrection, §69-70)


Mais si une âme reste quelque peu attachée, elle souffre une purification après la mort, de la part de Dieu, qui est source de toute béatitude, et ce pour un but supérieur. (Grégoire de Nysse, Traité sur l'âme et la résurrection, §79)

Ce but supérieur, n'est-ce pas la résurrection dans laquelle notre âme retrouvera son corps transfiguré ? « Si tu as quelque attachement pour ce corps aussi, et que te chagrine la séparation d'avec ce que tu aimes, que même cela ne soit pas étranger à ton espérance. Tu verras en effet ce manteau corporel, qu'a maintenant détruit la mort, de nouveau totalement tissé des mêmes éléments, non selon son organisation actuelle, grossière et pesante, mais avec une trame au fil plus subtil et aérien, si bien que ce que tu aimes est à la fois présent et restauré dans une beauté supérieure et plus digne d'amour. » (Grégoire de Nysse, Traité sur l'âme et la résurrection, §87)

Macrine va mourir après ces paroles, et le deuil de Grégoire pour son frère Basile va s'augmenter de celui de sa sœur qu'il appelait sa professeur. Mais le dialogue qu'il aura eu avec elle aura apaisé son cœur et son âme. Les expressions qu'il utilise sont à même de fortifier notre foi et notre espérance dans la vie éternelle, la prière pour les défunts au purgatoire, et l'attente de la résurrection bienheureuse, fondement de la foi de l'Église.

Père Anne-Guillaume Vernaeckt

Grégoire de Nysse, Sur l'âme et la résurrection, Cerf, Paris 1995.

SOURCE : http://www.eglise.catholique.fr/foi-et-vie-chretienne/la-vie-spirituelle/saintete-et-saints/saints/saint-gregoire-de-nysse-vers-335-394.html


 GRÉGOIRE, ÉVEQUE DE NYSSE,

À OLYMPIOS,

TOUCHANT LA PERFECTION


Ce texte de St Grégoire de Nysse, Traduit par Michel Royer et que nous avons remis en pages après autorisation, à d'abord été travaillé et mis en ligne par le Hiéromoine Cassien. Il est aussi visible sur : http://racines.simplenet.com/ortho/


PRÉAMBULE


 Toute à ton honneur, pour toi qui as fait le libre choix du christianisme, cette ferveur qui te pousse à connaître le chemin qui mène un homme à la perfection en passant par une vie vertueuse, dans ton désir de voir se maintenir ta vie durant toutes tes actions à l'abri du reproche. Pour moi, j'aurais tenu par-dessus tout à ce que tu puisses trouver dans ma vie les exemples propres à exciter ton zèle, que mes actes, plus que mes paroles, t'offrent l'enseignement que tu recherches. Car mes directives, touchant l'acquisition des biens spirituels, ne mériteraient ton crédit que si ma vie s'accordait à mes discours. Mais j'en suis encore à désirer que cela se réalise et, à mes yeux, je ne suis pas encore parvenu à cette perfection d'offrir ma vie en exemple plutôt que de prêcher; aussi, dans ma crainte de te donner l'impression que je ne t'apporte pas la moindre contribution ni le moindre secours dans ta recherche, j'ai songé à t'exposer les conditions au prix desquelles on tend nécessairement vers la vie parfaite; et c'est là le point de départ de mon propos. 
  

INTRODUCTION

   Jésus Christ, notre bon Maître, nous a fait la grâce d'avoir part à l'adoration de son Nom; aussi bien ne recevons-nous le nôtre d'aucune des qualités qui nous affectent, et notamment de la fortune s'il s'en trouve, ou de la noblesse, d'une naissance obscure ou de la pauvreté, d'une notoriété qui nous viendrait de quelque situation remarquable ou de notre élévation en dignité, mais à l'exclusion de toutes ces sortes de choses susceptibles de nous désigner, nous autres, qui croyons en Lui, recevons une appellation propre, unique, celle de chrétiens; cette grâce nous a été conférée d'en haut : aussi serait-il bon sans doute de considérer en premier lieu la grandeur de ce don, en sorte que nous rendions de dignes actions de grâce au Dieu qui nous a fait un si merveilleux présent; nous aurions ensuite à nous montrer, tout au long de notre vie, tels que le réclame la puissance de ce grand Nom. En bref, l'excellence de cette faveur, dont on nous a jugés dignes en nous faisant partager le Nom du Maître de nos vies, s'éclairerait pour nous, si nous apprenions à connaître le contenu propre de notre nom qui vaut en référence au Christ, en sorte que nous prenions conscience, chaque fois que, sous ce vocable, nos prières appellent à notre aide le Seigneur de l'univers, quel genre de lumière nous en recevons pour nos âmes ou ce que nous pouvons saisir à travers ce Nom, en croyant invoquer le Seigneur avec piété. Or, lorsque nous aurons ces notions, par voie de conséquence nous apprendrons aussi avec précision comment nous présenter devant les autres de la manière convenable par le moyen de notre ferveur touchant la vie, en nous servant de notre nom comme d'un maître et d'un guide conduisant à la vie.

   Si maintenant nous nous mettons à l'école de saint Paul, en vue de ce double objectif dont j'ai parlé, nous suivrons une route tout à fait assurée qui nous conduira avec certitude. Ce dernier, en effet, avec plus de perspicacité que quiconque, a discerné l'être du Christ et a montré par ses oeuvres quel doit être celui qui porte son Nom : il a imité le Christ d'une manière si sensible qu'il a révélé en sa personne une figure de son Maître, son âme étant passée de sa forme propre en celle de son modèle grâce à l'imitation la plus exacte; à un tel point que, apparemment, ce n'était plus Paul qui vivait et parlait, mais que le Christ en personne semblait vivre en lui; ainsi l'a exprimé celui qui avait un sens merveilleux des biens qu'il possédait en propre : "Puisque vous cherchez à découvrir une preuve que le Christ parle en moi", et "je vis, non plus moi-même,s mais le Christ vit en moi".

   Ce même Paul nous a fait connaître le contenu du nom chrétien par ces paroles : "Christ est la Puissance de Dieu et la Sagesse de Dieu"; il l'a également nommé "notre Paix, ainsi que la Lumière inaccessible en laquelle Dieu réside, notre Sanctification et notre Rédemption , notre Grand-prêtre et notre Pâque, l'Offrande propitiatoire pour nos âmes, le Rayonnement de la Gloire de Dieu et l'Effigie de sa Substance, Celui par qui Il a fait les siècles, l'Aliment et la Boisson spirituels, le Rocher et l'Eau, l'Assise de notre foi et la Pierre angulaire, l'Image du Dieu invisible et notre grand Dieu, la Tête du corps, c'est-à-dire de l'Église et le Premier-né de la création nouvelle, le Prémices de ceux qui se sont endormis, l'Aîné d'une multitude de frères, le Médiateur entre Dieu et les hommes, le Fils unique couronné de gloire et d'honneur, le Seigneur de gloire et le Principe de toute chose ". Paul dit de Lui en effet : "Il est le Commencement", "le Roi de justice et le Roi de paix", "le Roi universel", "Possesseur d'une autorité sans limites sur son royaume", et de nombreux autres titres de ce genre, qu'on ne saurait énumérer, étant donné leur multitude.

   Or, rapprochons tous ces qualificatifs et comparons-les mutuellement : tous, pourvus de leur signification propre, contribueront, chacun pour sa part, à éclairer Celui qu'ils signifient; il en résultera une notable mise en lumière du nom formé sur celui du Christ et ces titres convergents nous révèleront de sa Majesté ineffable autant que nos âmes peuvent en contenir.

   Puis donc que la dignité royale l'emporte sur toute dignité et pouvoir et puissance, que par ailleurs, à travers le Nom d'Oint, la puissance royale apparait d'une manière intrinsèque et immédiate (on sait, suivant l'enseignement de l'histoire, que l'onction inaugure l'avènement au trône), bref, puisque l'ensemble du pouvoir des autres titres est renfermé dans la royauté, pour ces raisons, quiconque a compris ces titres qu'elle renferme, a compris également et simultanément le pouvoir qui englobe ces pouvoirs partiels; or telle est bien la royauté que le Nom porté par le Christ désigne en propre. En conséquence, vu que notre bon Maître nous accorde participation au plus grand, au plus divin et au premier de tous les Noms, en faisant appeler chrétiens ceux qui ont l'honneur de porter son Surnom de Christ, il faudra examiner chez nous aussi toutes les interprétations possibles de ce vocable afin que, loin d'être en nous mensongère, cette appellation reçoive le témoignage de notre vie.

   Car ce n'est pas le nom qui nous est donné qui fait ce que nous sommes : notre nature fondamentale, quelle qu'elle soit d'ailleurs, se reconnaît aux traits distinctifs qui s'attachent à son Nom.

   Et par exemple, si l'on donne le nom d'homme à un arbre ou à une pierre, est-ce pour cela que la plante ou la pierre prendront la nature huraine ? Impossible !

   Mais il faut au préalable en posséder la nature, seulement ensuite porter son nom. Ainsi, s'agirait-il même des êtres les plus ressemblants, on ne maintient pas le nom propre quand on les désigne; comme si l'on disait de la statue d'un homme : c'est un homme, ou de la reproduction d'un cheval : c'est un cheval. Eh bien ! si l'on doit appeler une chose par son nom et sans tomber dans le mensonge, c'est sa nature qui nous désignera avec précision la vérité de son nom. Si d'ailleurs on donne à une matière, quelle qu'elle soit justement, la forme imitée de quelque objet, on le nomme un bronze, un marbre ou quelque autre chose de ce genre, c'est-à-dire l'élément sur lequel le sculpteur a exercé son art quand il représentait, en fiction, la forme extérieure de l'objet.

   Par conséquent, ceux qui reçoivent leur nom du Christ doivent au préalable préalable être devenus tels que ce nom requiert, ensuite seulement prendre sur eux ce nom. Comparons plutôt : si l'on veut distinguer un homme qui l'est par nature, de celui qui porte le même nom du fait de sa ressemblance, on les discernera l'un de l'autre en s'appuyant sur leurs notes spécifiques respectives (on désignera le premier comme un vivant doué de raison et de jugement, l'autre comme une matière inerte, parvenant à prendre forme humaine par le biais de l'imitation); il en sera de même du chrétien qui l'est réellement et de celui qui ne l'est qu'en apparence : nous les reconnaîtrons aux qualités qu'ils ont en propre et qui se manifestent distinctifs.

   Or, ces traits, chez le chrétien authentique, sont ceux mêmes que nous avons découverts dans le Christ. Il en est parmi eux que nous comprenons : nous les reproduisons en les imitant; il en est d'autres, en revanche, qui dépassent notre entendement et que nous ne pouvons imiter : ceux-là, nous les vénérons et les adorons. Bref, tous les titres propres à révéler ce qu'est le Christ, doivent briller dans la vie du chrétien, les uns par l'imitation qu'il en donne, les autres par le culte qu'il leur voue, s'il recherche la "perfection de l'homme de Dieu", comme le dit l'Apôtre, et se refuse absolument à mutiler par malice la perfection.

   Prenons encore une comparaison. Ceux qui inventent les monstres de la mythologie, soit dans la littérature, soit dans la peinture - qu'il s'agisse de figures à tête de boeuf, à corps de cheval, à pieds de dragon, ou encore de quelque autre monstre de la sorte issu de la combinaison d'espèces différentes - ne se guident pas, dans leur oeuvre d'imitateur, d'après un modèle pris dans la nature mais la trahissent par cette invention absurde et forment quelque figure étrange et non un homme; ils représentent un être de fiction qui n'a aucune existence réelle. Or, sans doute, nul n'irait prétendre que c'est un homme, ce produit d'une composition monstrueuse, quand bien même une partie de l'oeuvre se trouve-t-elle justement ressembler à la moitié d'un corps humain. De même, on ne saurait non plus appeler chrétien avec rigueur l'homme qui aurait une tête animale, entendez celui à qui il manquerait, faute d'avoir la foi, la Tête de l'univers, laquelle est le Verbe, quand bien même serait-il parfait pour le reste; il en serait de même pour l'homme dont le corps, entendez la pratique, apparaîtrait en désaccord avec sa tête, la foi, en s'apparentant aux dragons par sa colère, ou en se ravalant à la brute à l'instar d'un reptile, ou en joignant à la figure humaine la passion des chevaux pour les femmes, passant de la sorte à la double nature de l'hippocentaure composée de raisonnable et d'irrationnel. Or, on peut voir nombre d'hommes de cette sorte : les uns sous une tête de veau, entendez soumis à l'idolâtrie, parvenant à mener une vie convenable, comme on dépeint le Minotaure, d'autres sous un masque chrétien menant dans leur corps une vie bestiale, comme on représente les centaures et les dragons.

   Puis donc que le chrétien, à l'image du corps humain, devrait pouvoir se reconnaître à son intégrité, il convient que la vie du fidèle témoigne de l'empreinte de tous les biens que nous comprenons dans le sens du Christ. Tu peux, il est vrai, sur tel point de la vertu, te conformer aux exigences de ton nom, tout en cédant sur d'autres à ce qui s'y oppose; mais cela revient à être divisé en toi-même, tu aboutis à prendre le poste de ton ennemi, tu entres en lutte contre toi par le jeu opposé du vice et de la vertu et tu ne souffriras plus aucune trêve ni accommodement avec toi, à cause de la vie que tu mènes. "Quoi de commun en effet entre la lumière et les ténèbres ?" selon le mot de l'Apôtre.

   Et puisque, de fait, l'antagonisme est total et sans compromis possible entre la lumière et les ténèbres, celui qui s'attache aux deux à la fois sans écarter de lui l'un des deux, se trouve à son tour, compte tenu de ce que ces principes s'opposent diamétralement, nécessairement écartelé; il devient en même temps lumière et ténèbres en sa vie où elles s'enchevêtrent, car d'un côté sa foi l'illumine par son rayonnement, de l'autre sa vie de ténèbres obscurcit l'éclat qu'il reçoit du Verbe. Ainsi la compromission de la lumière avec les ténèbres est impossible, et ces éléments irréconciliables. Celui donc qui embrasse l'un et l'autre contraires se rend son propre ennemi, il a été scindé en deux par sa conduite touchant la vertu et le vice et il s'oppose à lui-même comme s'il se tenait en face d'une formation ennemie.

   Et de même qu'il n'est pas possible à deux adversaires d'être également vainqueurs au duel (car la victoire de l'un entraîne nécessairement la mort de son opposant), pareillement dans ce combat intérieur qu'on engage tout au long d'une vie où bien et mal sont mêlés, n'est-il pas possible à la formation supérieure d'être victorieuse à moins qu'elle n'ait anéanti complètement sa rivale. De quelle manière, en effet, l'armée de la piété l'emportera-t-elle sur la malice, si le front du mal poursuit son offensive contre le front adverse ? Eh bien ! Si le plus fort a l'intention de gagner la bataille, il lui faut mettre à mort sans merci son opposant; et la vertu obtiendra le prix de la victoire contre le vice lorsqu'elle s'alliera à la raison et réduira à néant tout ce qui lui est contraire. Alors va s'accomplir l'oracle du prophète : "C'est Moi qui ferai mourir et c'est Moi qui ferai vivre". Car le bien qui est en moi ne peut vivre à moins que la mort de son ennemi ne l'appelle à la vie. En revanche, tant que nous embrassons les deux, que nous étreignons solidement de nos deux bras les contraires, impossible de les posséder ensemble et dans le même temps; car la vertu échappe à la prise de celui qui empoigne avec force le vice.


   Revenons donc en arrière et reprenons notre sujet à son point de départ : la seule voie capable de mener à une vie pure et divine ceux qui aiment la sainteté, consiste en l'étude de ce que signifie le Nom du Christ; il faut aussi que notre vie se conforme à son Nom et qu'elle prenne pour guide dans la voie de la sainteté l'examen de ses autres titres. Proposons donc à notre ferveur initiale toutes les expressions et tous les titres que nous avons recueillis, au début de notre traité, des lèvres sacrées de Paul, car ils sont propres à nous faire comprendre ce qu'est le Christ; ce faisant, nous donnerons la plus ferme assurance à nos pas sur le chemin qui mène à la sainteté de la vie, ici par l'imitation, comme on l'a dit précédemment, là par l'adoration et la vénération. 
  
CORPS DU TRAITÉ


Mais adoptons l'ordre selon lequel les Noms du Christ ont été énumérés et commençons par les premiers.


   Christ, selon Paul, est à la fois Puissance de Dieu et Sagesse de Dieu. Par cette dénomination, ce sont des notions qui conviennent à sa Divinité que nous apprenons en premier lieu, ce qui nous rend ce Nom digne de vénération. Puisque toute la création en effet, tout ce qui en elle est à la portée de nos sens et tout ce qui en dépasse la portée, tient de Lui son origine et ne se maintient dans l'être que par Lui, c'est une nécessité, pour définir ce qu'est le Christ Auteur de l'univers, de rencontrer la sagesse unie à la force; car nous avons à l'esprit cette loi, lorsque nous parlons de l'union de ces deux termes, entendez la puissance et la sagesse : ni les grandes oeuvres, ni les merveilles ineffables de la création ne sauraient exister sans que d'un côté la sagesse ne conçoive leur venue à l'être et que de l'autre la puissance n'accompagne la sagesse dans l'accomplissement de ses desseins; c'est en effet grâce à la puissance que, ce qui est conçu, vient à se réaliser. Par conséquent, ce qui est ici désigné dans le Christ, se divise en une double représentation correspondante, en la sagesse et en la puissance, afin que d'un côté nous prenions conscience, en considérant la grandeur de l'univers organisé, par ce que nous en saisissons, de la Puissance ineffable de son Auteur; et que de l'autre, en réfléchissant au problème des êtres, à leur genèse au sortir du néant et à leur extrême diversité de nature créée par l'Esprit de Dieu, nous adorions la Sagesse incompréhensible de Celui qui les a conçus, Sagesse dont les desseins sont réalités.

   Or la foi en Christ, puissance et sagesse, n'est point pour nous science improductive et vaine au regard de l'acquisition du bien. Ce qu'un tel, en effet, réclame en priant et vers quoi il regarde avec les yeux de l'âme, il l'attire à soi grâce à sa prière; et de cette façon, en même temps que "par la puissance s'affermit dans l'homme intérieur", comme dit l'Apôtre, celui qui se tourne vers la Puissance (or la Puissance, c'est Christ), en même temps devient un sage, comme le dit le proverbe, celui qui invoque la Sagesse, et dans sa pensée le Seigneur est encore la Sagesse. Pour me résumer, quiconque ajoute à son nom celui du Christ - qui est Puissance et Sagesse - ajoute aussi à son être la puissance en étant fortifié contre le péché, et en même temps se manifeste en lui la sagesse par le choix qu'il fait du meilleur. Or, puisque la sagesse et la puissance se manifestent en nous, l'une par notre choix du bien, l'autre par notre affermissement dans ce choix, c'est bien l'union des deux qui maintient la perfection de notre vie.

   Nous qui pensons aussi que le Christ est la paix, prouverons de la sorte l'authenticité du qualificatif de chrétien sur nous-mêmes, dans la mesure où notre vie, à travers la paix que nous portons, rayonnera du Christ. "Il a tué la haine" selon le mot de l'Apôtre; de notre côté, évitons par conséquent de la raviver autour de nous, montrons en revanche dans nos vies qu'elle a cessé de vivre. La Générosité de Dieu l'a fait mourir pour notre salut; n'allons donc jamais la ranimer nous-mêmes par un mouvement de colère ou de ressentiment, ce serait agir contre notre intérêt, pour la ruine de nos âmes, et assurer de la sorte la résurrection funeste de celle qui par bonheur n'est plus. Mais si nous avons le Christ, qui est la paix, à notre tour mettons à mort la haine en nos âmes : alors la mort de celle-ci, dont notre foi nous assure en Lui la réalité, se maintiendra également dans notre vie à nous. De même, en effet, qu'en "détruisant le mur qui nous séparait, il a en sa personne créé les deux en un seul homme nouveau, faisant la paix", à notre tour, amenons à la réconciliation tant ceux qui nous combattent de l'extérieur que ceux qui, dans notre sein, forment des partis, afin que la chair ne convoite plus contre l'esprit, ni l'esprit contre la chair; mais après avoir soumis l'orgueil de la chair à la Loi de Dieu, vivons en paix autour de nous, régénérés que nous sommes dans l'unité de l'humanité nouvelle et pacifique, devenu un seul, nous qui étions deux. Car pour ceux qui étaient désunis, la paix peut se définir ainsi : n'être plus qu'un coeur et qu'une âme. Lors donc que nous extirpons de notre nature cette lutte intestine, nous nous trouvons à notre tour pacifiés en nous-mêmes et devenons paix : la preuve est faite que nous portons sur nous, véritablement et au sens propre, le Surnom du Christ.

   La pensée que le Christ est la vraie Lumière, incapable de nous tromper, nous enseigne par ailleurs l'obligation pour notre vie d'être à son tour illuminée d'en haut des rayons de la Lumière véritable. Or ce sont les vertus, ces rayons qui émanent du soleil de justice pour nous illuminer; sous leur influence, nous venons à écarter de nous les oeuvres des ténèbres, et, comme en plein jour, à nous conduire avec dignité; ayant renoncé aux silences de la honte et accomplissant toute chose dans la lumière, nous devenons nous-mêmes lumière, capable de resplendir devant les autres, ce qui fait justement le propre de la lumière.

   Si, comme nous le pensons, le Christ est aussi notre Sanctification, c'est en nous abstenant de toute action et de tout dessein profanes et impurs que nous donnerons la preuve de notre authentique communion à son Nom, reconnaissant sa Vertu sanctificatrice par nos oeuvres et non pas du bout des lèvres, par notre vie.

   En apprenant aussi que le Christ est notre Rédemption : Il S'est offert Lui-même en rachat pour nous, nous retirons de ce propos cette instruction : en nous offrant l'immortalité comme une sorte de prix d'achat pour chacune de nos âmes, Il~s'est acquis en bien propre ceux qu'Il a rachetés Lui-même de la mort par la vertu de sa Vie. Si donc nous sommes passés au service de notre Rédempteur, tournons-nous entièrement vers notre Maître, ne recherchons plus notre intérêt personnel, mais vivons au service de Celui qui nous a obtenus en échange de sa Vie. Car nous ne sommes plus nos maîtres, mais notre Rédempteur dispose désormais des biens qu'Il s'est acquis, et cette acquisition, c'est nous-mêmes. La Volonté de notre Maître sera donc la règle de notre existence. Oui, de même qu'autrefois, à l'époque où la mort exerçait sur nous sa domination, le péché faisait en nous la loi, aujourd'hui, où nous sommes devenus les sujets de la Vie, il faudrait que notre comportement se transformât à l'image de cette Vie qui a tout pouvoir sur nous; il est à craindre, en effet, si jamais nous nous détournons des exigences de la Vie, qu'à nouveau nous ne passions volontairement à l'ennemi, au cruel tyran de nos âmes, je veux dire : à la mort, en cédant au péché.

   Une même pensée va nous apparenter au Christ, lorsque nous entendons Paul nous dire "qu'Il est notre Pâque et qu'Il est notre Grand-prêtre : "Oui, vraiment, notre Pâque a été immolée pour nous, Christ". Mais le Prêtre qui a offert à Dieu la victime, n'est autre que le Christ en personne : Il S'est offert pour nous en sacrifice, selon l'Apôtre, comme un oblat et une hostie. Nous retirons ainsi de ces paroles l'enseignement suivant : quiconque tourne les yeux vers Celui qui S'est offert comme un oblat et une hostie et S'est fait notre pâque, à son tour s'offrira à Dieu en "hostie vivante, sainte, agréable et Lui rendra de la sorte un culte spirituel". C'est ainsi par ailleurs qu'il exercera son sacerdoce : "il refusera de se modeler au monde présent, mais se transformera et se renouvellera dans son esprit en s'efforçant de discerner quelle est la Volonté de Dieu, qui est excellente, qui nous rend agréable à Lui et qui est parfaite". La chair ne peut, en effet, tant qu'elle est en vie et qu'elle n'a pas été sanctifiée conformément au culte spirituel, manifester en elle la Volonté de Dieu et son excellence; "Car les pensées de la chair s'opposent à Dieu et ne se soumettent pas à sa loi; elles ne le peuvent même pas", aussi longtemps que la chair demeure en vie; si en revanche elle a été sacrifiée au moyen de l'hostie qui fait naître à la Vie, au moyen de la mortification de nos membres terrestres qui sont les instruments de nos passions, alors la Volonté divine qui rend agréable à Dieu et qui est parfaite s'épanouira sans entrave dans la vie des croyants.

   C'est un enseignement semblable que l'on retire en songeant que le Christ est le propitiatoire aspergé de son propre sang : chaque homme, en songeant à cela, devient en personne pour lui-même un propitiatoire, en purifiant son âme par la mortification de ses membres.

   Lorsqu'on dit ailleurs du Christ qu'Il est le Rayonnement de la Gloire de Dieu et l'Effigie de sa Substance, on nous donne en ces termes les notions concernant sa Majesté adorable. Paul, cet homme véritablement inspiré, que Dieu Lui-même enseignait, qui scrutait par le détail les mystères invisibles et les secrets de Dieu à travers les trésors profonds de la Sagesse et de la Science divines, voulant traduire les révélations que Dieu lui avait faites touchant la clé des mystères insondables et impénétrables, n'a point trouvé en sa bouche d'expression à la hauteur de sa pensée; aussi est-ce par quelques étincelles, selon que l'oreille de ses auditeurs percevait ce qu'il avait lui-même saisi dans le mystère, qu'il a fait entrevoir ce qu'il avait vu, ne parlant que dans la mesure où le langage pouvait se montrer secourable à sa pensée.

   C'est un fait : il avait beau avoir compris ce qui est donné à nos facultés humaines de saisir touchant la nature divine et, dans ces limites, tout compris, il révèle que le fond de l'être transcendant est aussi inaccessible qu'impénétrable à nos raisonnements humains. C'est pourquoi, lorsqu'il parle de ce qu'il a contemplé en Lui, de la paix, de la puissance, de la vie, de la justice, de la lumière, de la vérité et d'autres attributs semblables, il montre clairement que ce qui constitue sa raison dernière est totalement insaisissable, en déclarant que Dieu n'a jamais été vu et ne le sera jamais : "Lui qu'aucun homme n'a vu, ni ne peut voir", dit-il. Aussi, dans sa quête d'une désignation pour ce qui ne peut être appréhendé par nos raisonnements, n'ayant pas trouvé de nom propre à traduire ces mystères impénétrables, il a appelé gloire et substance ce qui est au-delà de tout bien et qui ne peut être conçu ni exprimé dignement. Ainsi, pour commencer, Paul a laissé sans la nommer l'essence transcendante au monde des réalités; puis comme il s'efforçait d'interpréter l'Unité étroite et indissoluble du Fils avec le Père et son union, dans une contemplation infinie et éternelle, avec le Père infini et éternel, il dit : Rayonnement de sa Gloire et Effigie de sa Substance, voulant formuler par le rayonnement leur Connaturalité et par l'effigie leur Égalité consubstantielle. Et de fait, on n'imagine pas d'intermédiaire entre le rayon et la source qui l'émet, pas davantage d'infériorité de l'effigie à la substance, l'effigie étant sa représentation; au contraire, pour qui pense à une source lumineuse, son rayonnement s'imagine parfaitement et simultanément auprès d'elle; de même, pour qui a en tête les dimensions d'une substance, cette substance se mesure parfaitement aussi sur son effigie qui s'offre à la vue.

   C'est pourquoi Paul dit encore que le Seigneur est "la Forme de Dieu", sans rabaisser pour autant le Seigneur par cette notion de forme; il met, au contraire, en pleine évidence la Grandeur de Dieu, par l'intermédiaire de la Forme qui offre à notre contemplation la Majesté du Père : celle-ci ne dépasse d'aucune manière les limites de la forme qui est la sienne, et on ne la trouve pas en dehors de l'Effigie qui la circonscrit. Il n'existe rien, en effet, chez le Père qui soit contraire à sa Forme et à sa Beauté, rien que la Beauté du Fils unique ne glorifie. Aussi bien le Seigneur déclare-t-Il : "Celui qui M'a vu a vu le Père", indiquant de la sorte qu'il n'existe aucune dissemblance, ni par insuffisance, ni par exagération.

   Lorsque Paul exprime ailleurs que "le Christ soutient l'univers par sa parole puissante", il met un terme au problème soulevé par ceux qui se mêlent impudemment des mystères insondables, par ces gens, en quête d'un principe pour la matière, qui ne se tiennent nulle part tranquilles, étant donné leur curiosité intempestive : comment, disent-ils, de ce qui est immatériel, la matière provient-elle et la quantité de ce qui en est exempt ? Comment encore, de ce qui ignore la forme, la forme naît-elle, et de ce qui est invisible, la couleur, et de ce qui est infini, ce que nous expérimentons grâce à ces dimensions ? Et si la qualité est entièrement étrangère à ce qui est simple et exempt de toute composition, d'où vient-il que la matière se trouve liée à des qualités qui l'affectent ? Toutes ces questions, que se posent ces curieux, et d'autres encore du même genre trouvent donc leur solution dans le mot de l'Apôtre : "la parole puissante du Verbe soutient l'univers" et du néant l'appelle à l'existence. Oui, tous les êtres, qu'ils appartiennent au monde des matières ou qu'ils aient reçu la nature immatérielle, possèdent comme principe unique de leur substance la parole de la Puissance ineffable.

   Or la leçon à tirer pour nous de ces propos, c'est d'avoir nos regards tournés vers Celui à qui l'univers doit son origine. Si c'est en effet par Lui que nous avons été amenés à l'existence et que c'est en Lui que nous nous y maintenons, cet acte de foi s'impose absolument : rien n'échappe à la Connaissance de Celui en qui nous sommes, par qui nous avons accédé à l'être et vers qui nous retournons. L'innocence conforme à la Vie s'épanouira normalement, en harmonie avec cette pensée : qui donc, je me demande, assuré par sa foi que sa vie vient du Christ, lui est donnée par Lui et trouve en Lui sa stabilité, osera prendre pour témoin d'une vie inconséquente Celui qui embrasse en Lui-même l'existence de chacun ?

   En appelant ailleurs le Seigneur "Aliment et Breuvage spirituels", le divin Apôtre suggère par ces mots l'idée que la nature humaine n'est pas une substance simple, qu'une partie spirituelle au contraire s'y mêle à la partie sensible, qu'il y a donc une nourriture appropriée à chacune des parties qu'on observe en nous : un aliment matériel pour soutenir notre corps et une nourriture spirituelle pour produire en nous la vigueur de l'âme. Eh bien ! de même que les composants solide et liquide de notre alimentation corporelle, en s'unissant entre eux, assurent notre subsistance naturelle : une cuisson proportionnée les mêle à chacun des éléments qui composent notre organisme, de même Paul, d'une manière également proportionnée, répartit aussi la nourriture spirituelle : il nomme alternativement la même chose aliment solide et boisson, selon qu'elle s'accommode à l'usage particulier de ceux qui la portent à leur bouche. De fait, ici, à l'adresse des âmes sans ressort et abattues, elle devient un pain "qui affermit le coeur de l'homme"; là en revanche, pour ceux que les travaux de cette vie ont épuisés et partant rendus assoiffés, elle devient un vin " qui pousse le coeur à se réjouir".

   Ce qui vient d'être dit donne à entendre quelle puissance a le Verbe : Il assure sa nourriture à l'âme qui, proportionnellement à ses besoins, reçoit de Lui la grâce, selon le langage figuré du prophète qui, sous le signe du "pré d'herbe fraîche" et "des eaux délassantes", exprime la consolation venant du Verbe aux âmes fatiguées. Mais à supposer qu'on vienne à dire aussi, en considération du mystère, que c'est au sens littéral que le Seigneur est nommé "Aliment et Boisson spirituels", cet aspect même n'est pas exclu de la signification propre à ces mots : "son Corps en effet est vraiment une nourriture et son Sang vraiment un breuvage". Pourtant, c'est en pensant au premier des deux sens, qu'on met à la libre disposition général la communion au Verbe : reçu par ceux qui Le recherchent, Il devient en effet leur aliment et leur boisson, même s'ils Le portent à leur bouche sans discernement. En revanche, pour ce qui est du second sens, ce n'est plus sans examen ni sans discernement que l'on communie à une telle nourriture et à un tel breuvage, car l'Apôtre nous spécifie, en ces termes : "Que chacun s'éprouve soi-même et qu'ayant ainsi fait, mange de ce pain et boive de cette coupe. Pour qui en revanche mange et boit indignement, c'est sa propre condamnation qu'il mange et qu'il boit".

   C'est encore vers ce sens littéral, à mon avis, que l'évangéliste regarde avec évidence en notant ce qui suit : à l'occasion de la Passion mystique, le membre bien connu du conseil et plein d'empressement, se servit d'un linge immaculé et pur lorsqu'il prit le Seigneur par le milieu du corps; et c'est encore dans un tombeau neuf et propre qu'il Le déposa. Partant, l'avertissement de l'Apôtre autant que la remarque de l'évangéliste nous font une loi de recevoir le Corps sacré dans une conscience pure; et s'il s'y trouvait quelque souillure du fait d'un péché, il faudrait s'en être purifié au préalable par l'eau des larmes.

   Le Christ, appelé encore le Rocher, nous fait mettre à profit ce nom à la fois par l'affermissement d'une base immuable de la vie selon la sainteté, par une conduite inébranlable orientée vers la constance dans les épreuves, et à travers les efforts de notre âme pour montrer sa solidité et son endurance contre tout assaut du péché; grâce à ces efforts et d'autres semblables, nous aussi deviendrons un rocher, en reproduisant autant qu'il est possible, à l'intérieur de notre nature instable, la Stabilité et l'Immutabilité du Seigneur.

   Le même Seigneur est désigné par le sage architecte comme fondement de la foi et la pierre angulaire couronnant l'édifice; cela non plus ne s'avère pas une contribution inutile pour nous à l'exercice de la vie selon la sainteté; car nous apprenons par là que le Seigneur est à la fois le Principe et l'Achèvement de tout genre de vie conforme au bien, de toute doctrine et de toute activité qui sont bonnes.

   En effet, l'espérance, qui est à comprendre sous le terme de pierre de couronnement, à laquelle se rapporte tout ce qui fait l'objet de nos soins touchant la sainteté, c'est le Christ, ainsi désigné par Paul; en même temps, la foi en Lui devient la base de cette haute tour qui s'édifie par notre vie; dès lors que nous établissons sur la foi les principes de notre vie, comme on pose une pierre de fondation, et que nous décidons d'établir dans la pureté nos pensées et nos actes en dirigeant heureusement nos actions de chaque jour, la Tête qui couronne l'univers vient également nous couronner; elle s'ajuste au sommet des deux murs dont l'un se rapporte au corps, l'autre à l'âme et que notre vie élève par les bonnes moeurs et la pureté, et elle assure notre connexion à l'équerre; de sorte que s'il vient à manquer l'un des deux pans de muraille, soit que les bonnes oeuvres, ce qui se voit, ne s'élèvent pas de concert avec la pureté de notre âme, soit que la sainteté de celle-ci ne marche pas de pair avec ce qui se voit, le Christ ne peut alors couronner cette vie incomplète : il s'ajuste seulement à un édifice comportant deux murs élevés simultanément à l'équerre, et l'équerre est irréalisable en dehors de l'élévation simultanée des deux murs. Ainsi l'embellissement, qu'une pierre d'angle apporte en le couronnant au sommet d'un édifice, sera disposé sur celui que nous élevons le jour où notre vie, sous ses deux aspects, aura pris une extension harmonieuse, conforme de part et d'autre à la règle d'une vie rectifiée au cordeau des vertus, bref, lorsqu'elle sera devenue droite et sans écart, n'offre plus rien en elle de tortueux ni d'infléchi.

   Paul, en appelant Image du Dieu invisible le Christ, le Dieu souverain de l'univers et le grand Dieu (il proclame encore la Grandeur de notre Maître véritable par ces mots : "notre grand Dieu et Sauveur Jésus Christ" ; et ailleurs : "desquels est issu le Christ selon la chair, Lui qui est au-dessus de tout, Dieu béni éternellement")... En s'exprimant de la sorte, il nous donne, par ses paroles, l'instruction qui suit :

   Celui dont l'être, éternellement, est précisément identique à Lui-même (Il est par ailleurs ce que justement l'Être immuable se trouve seul à connaître; car la compréhension humaine, en la personne de ceux dont les pensées sont élevées, a beau s'approcher constamment de Lui à mesure qu'elle progresse, elle se trouve cependant toujours distancée par une mesure égale)... ce Christ, donc, qui est au-delà de toute connaissance et de toute compréhension, qui est l'Ineffable, l'Inexprimable et l'Inexplicable, voulant te rendre à nouveau image de Dieu, S'est fait Lui-même par son Amour de l'homme Image du Dieu invisible; prenant une forme humaine individuelle, Il S'est modelé à ton être, en sorte que, pour ta part, grâce à Lui, tu recouvres la conformité et l'empreinte de la beauté exemplaire et originelle, afin que tu deviennes cet être précis que tu étais à l'origine.

   Si donc nous avons à devenir nous aussi l'image du Dieu invisible, modelons, comme il convient, la manière d'être de notre vie d'après le type d'existence qui nous est proposé; qu'est-ce à dire ? pour ceux qui vivent dans la chair, de ne pas vivre selon la chair. Et de ce fait, si cette Image exemplaire du Dieu invisible, venue par le canal de la Vierge habiter parmi nous, a fait en tout l'expérience de notre condition, à la ressemblance de notre nature, du péché seul pourtant elle n'a point partagé l'expérience : "Il n'a pas commis de péché et l'on n'a pas trouvé d'artifice sur ses lèvres".

   Prenons donc une comparaison : si l'on nous enseignait l'art de peindre et que notre maître ait placé devant nous sur un tableau une forme bien réussie, il nous faudrait, chacun sur sa propre peinture, reproduire à la perfection, la beauté de cette forme, en sorte de bien réussir tous nos tableaux, conformément à la beauté du modèle proposé; de la même façon, puisque chacun est créateur-peintre de sa propre vie, que la volonté libre est artisan de cette création et que les vertus sont les couleurs servant à l'achèvement de l'image, le risque n'est pas mince d'altérer la beauté exemplaire en la reproduisant et d'aboutir à une figure hideuse et informe, par l'emploi qu'on aura fait de couleurs souillées, en substituant, dans sa peinture, à la forme authentique du maître, l'empreinte sombre du vice; ce sont au contraire les couleurs immaculées des vertus, mêlées entre elles selon des teintes artistement composées, que l'on utilisera le mieux qu'on pourra pour reproduire la beauté de l'image; nous deviendrons de la sorte image de l'Image, ayant reçu l'empreinte de la beauté exemplaire au moyen d'une imitation aussi active que possible; c'est ainsi qu'agissait Paul, en se faisant imitateur du Christ par une vie de sainteté.

   Maintenant si, dans mon exposé, il faut encore énumérer en les distinguant, les couleurs selon lesquelles s'opère l'imitation de l'Image, la première entre elles est l'humilité : "Apprenez de Moi - nous dit le Christ - que Je suis doux et humble de coeur". En seconde nuance, la longanimité, qui s'est manifestée avec quelque vigueur en l'Image du Dieu invisible. Épée, bâton, liens et fouet, joues qu'on meurtrit, visage que l'on conspue, dos qu'on livre à la flagellation, jugement impie, sentence cruelle, joie de la soldatesque à cette sombre sentence, parmi les railleries et les sarcasmes, les outrages et les coups reçus du roseau, les clous, le fiel et le vinaigre et tout ce qu'il y a de plus horrible, dirigé contre Lui sans raison, ou mieux, accordé en échange de ses multiples Bienfaits. Quelle est donc sa défense contre les auteurs de ces crimes ? "Père, pardonne-leur, car ils ne savent pas ce qu'ils font". N'était-il pas capable, demandera-t-on, de déchirer les cieux et d'en descendre les châtier, ou d'anéantir ces brutes en les engloutissant au sein de la terre, ou de faire déborder contre eux la mer de ses rives pour immerger la terre dans les abîmes, ou de lancer contre eux le déluge de feu de Sodome, ou de déclencher contre eux quelque autre sombre cataclysme, par un commandement ? Eh bien ! tout cela, Il l'a supporté avec douceur et longanimité, Lui qui donne à ta propre vie, à travers sa Personne, l'obligation d'être longanime. On peut de cette manière examiner à leur tour les autres nuances touchant l'Image exemplaire de Dieu; celui qui tourne vers elle ses regards et, en la suivant, embellit visiblement sa propre forme, devient lui aussi image du Dieu invisible par la touche de la patience qu'il y met.

   Celui qui a appris que le Christ est la Tête de l'église, qu'il porte avant tout son attention sur ce point : tout chef participe du corps qui lui est soumis par une égale communauté d'origine et de substance et le lien originel qui rattache à l'ensemble les membres pris individuellement, constitue une unité en ce qu'il assure la sympathie des parties au tout, par une "conspiration" spécifique. En conséquence, si quelque chose est extérieur au corps, il est de même entièrement étranger au chef. La raison nous enseigne donc par là que les membres pris un par un, ont à devenir précisément ce que la tête est par nature, s'ils veulent être dans la familiarité de celle-ci. Or, c'est nous qui sommes les membres, nous qui contribuons ensemble à former le Corps du Christ. En conséquence, si l'on "détache un membre du Christ pour en faire le membre d'une prostituée", en frappant devant soi de sa fièvre licencieuse comme d'une épée, on rompt tout à fait, par cette passion mauvaise, les liens qui unissent les membres à la tête. Or c'est encore ainsi que les autres manoeuvres du mal deviennent des épées : par elles, les membres sont retranchés de la cohésion du Corps; par elles, se trouvent séparés de la Tête tous ceux envers lesquels s'opère cette coupure par le jeu des passions. Afin donc que le Corps demeure tout entier en cohésion avec la nature, il convient aussi que chacun des membres pris individuellement se tienne dans la familiarité de la Tête; si l'on admet par exemple que la Tête est pureté en vertu de son essence, il faut que soient entièrement purs les membres qui sont tributaires d'un tel Chef; si nous concevons la Tête comme incorruptibilité, c'est dans l'incorruptibilité que doivent se maintenir entièrement les membres. De la même manière, il est conséquent que toutes les autres notions, auxquelles, dans notre pensée, nous identifions la Tête, puissent se discerner aussi dans les membres : la paix, la sainteté, la vérité et toutes les autres qualités de cette sorte. Pour les membres, en effet, attester la présence en eux de ces qualités et d'autres semblables, c'est témoigner de leur cohésion naturelle avec la Tête, conformément au langage de l'apôtre : "La Tête c'est le Christ; de Lui le Corps tout entier reçoit harmonie intime et cohésion et opère son accroissement, en s'appropriant sous toutes les formes l'apport de ressources vitales lié à l'activité des parties donnant chacune sa mesure."

   Il convient que ce nom de "Tête" donné au Christ nous procure encore cette instruction : comme on le voit chez les êtres vivants, c'est de la tête que part l'incitation du corps aux diverses actions. C'est, en effet, au moyen de l'oeil et de l'oreille que chaque chose, une par une, se trouve menée à bien, tant la démarche pour le pied que l'activité de la main. Si l'oeil, de fait, ne surveille pas les occupations ou si l'oreille ne reçoit pas l'indication, impossible aux mouvements dont j'ai parlé de se faire comme il faut. Ainsi est-ce en nous conformant à notre véritable Chef que nous, son Corps, devons aussi nous mouvoir d'une façon correspondante, prêts à toute impulsion et à toute activité, partout où Celui qui a formé l'oeil et tant l'oreille, nous montrera la voie. Puis donc que le Chef a les yeux tournés vers les choses d'en haut, de même faut-il que les membres, qui ne font qu'un avec la Tête qui les coiffe, suivent entièrement la conduite de leur Chef et que leur poids les entraîne vers les choses d'en haut.

   Lorsque nous apprenons que le Christ est le "Premier-né de la création", le "Premier-né d'entre les morts" et "l'Aîné d'une multitude de frères", commençons par repousser les conceptions hérétiques, en songeant qu'ils ne trouvent rien qui les justifient dans les paroles susdites pour constituer leur doctrine pernicieuse; cela fait, nous méditerons aussi ce qui, pour nous, dans ces noms, contribue à la vie morale. Étant donné, dis-je, que les ennemis de Dieu déclarent que le Fils unique de Dieu, l'artisan de l'univers, Celui "de qui, par qui et en qui toutes choses existent" est à la fois le produit, la créature et l'ouvrage de Dieu, ils expliquent que c'est aussi pour cette raison qu'Il est appelé le "Premier-né de toute créature", à titre de frère de la création, en tant que revêtu de la primauté uniquement par le privilège de l'ancienneté, comme il en est de Ruben, placé au premier rang de ses frères, non par un privilège de nature, mais par l'ancienneté.

   Il faut, pour commencer, dire ceci contre eux : le même ne peut être, au regard de la foi, à la fois fils unique et premier-né. Car on ne saurait concevoir ni le fils unique accompagné de frères, ni le premier-né privé de frères, mais s'il est fils unique : il n'a pas de frères, si, en revanche, il est premier-né d'une famille : il n'est aucunement fils unique et n'en reçoit pas le nom. Par conséquent, il est impossible de concilier et d'associer ces titres l'un avec l'autre à propos de la même personne, c'est dire que le même est incapable de porter les deux à la fois, et fils unique et premier-né. Et pourtant, l'Écriture nous dit, touchant le Verbe qui était au commencement : Il est le Dieu Fils-unique, et Paul, à l'opposé : Il est le Premier-né de toute créature. Il convient donc de faire la part des choses au crible de la vérité, en établissant une distinction exacte entre chacun de ces noms, en sorte que l'on donne le nom de Fils unique au Verbe qui est avant tous les siècles et que, d'un autre côté, le Verbe fait chair prenne celui de Premier-né de toute création effectuée postérieurement dans le Christ.

   C'est encore d'après l'idée de premier-né, comme une suite logique, qu'il nous faut concevoir la notion qui nous vient à l'esprit quand on nous dit qu'Il est le Premier-né d'entre les morts et l'Aîné d'une multitude de frères. Ainsi, Celui qui a été "Prémices de ceux qui se sont endormis", devient "le Premier-né d'entre les morts", afin d'ouvrir à toute chair le chemin de la résurrection; en outre, dans son dessein de nous transformer d'enfants de colère que nous étions auparavant par la naissance selon la chair, en "fils du jour et fils de lumière" au moyen de la naissance d'en haut par l'eau et l'Esprit, le Christ en personne se soumet le premier dans le courant du Jourdain à une telle naissance, attirant ainsi la grâce d'en haut sur Lui, prémices de notre nature, en sorte que tous ceux qui sont enfantés à la vie, par la seconde naissance selon l'Esprit, reçoivent le nom de frères de Celui qui les a précédés dans la régénération par l'eau et l'Esprit.

   De la même façon, si nous pensons aussi que le Christ est le premier-né de la création qui s'est opérée en Lui, nous ne sortons pas de la doctrine de la piété. Puisqu'en effet, l'antique création s'en est allée, ayant perdu sa raison d'être par le fait du péché, il était nécessaire qu'elle prît la succession des choses disparues, la nouvelle création vivante, qui s'établit par la seconde naissance et la résurrection d'entre les morts; et l'auteur de la vie qui en prend la tête, en devient le premier-né et prend ce nom. Mais de quelle manière d'abord il faut répondre à nos adversaires, avec le peu que nous avons dit, il serait facile à qui veut bien s'en donner suffisamment la peine, d'être un allié efficace pour la vérité. Comment ensuite nos propos peuvent contribuer visiblement à la vie selon la sainteté, nous allons l'exposer en peu de mots.

   Ruben fut l'aîné de ceux que la naissance avait appelés au monde après lui; mais, par surcroît, l'empreinte, qu'ils portaient visiblement sur eux, d'un air de famille avec leur aîné, témoignait en faveur des puînés, de leur parenté avec lui, au point que leur consanguinité, dont témoignait la similitude de leur conformation, ne pouvait s'ignorer. En conséquence, si nous aussi, en naissant à nouveau par l'eau et l'Esprit, d'une naissance analogue à celle du Christ, sommes devenus les frères du Seigneur, qui, par nous, devient Lui-même l'aîné d'une multitude de frères, il serait logique de faire apparaître notre parenté légitime avec Lui par l'empreinte que porterait notre vie, où la forme du premier-né de la création serait représentée. Or, quelle est l'empreinte caractéristique de sa forme, d'après l'enseignement que nous avons reçu de l' Écriture ? Nous l'avons souvent mentionnée : "Il n'a pas commis de péché et on n'a point trouvé d'artifice sur ses lèvres". Si donc, nous nous destinons à prendre le nom de frères de Celui qui fut le pionnier de notre régénération, l'innocence de notre vie confirmera notre parenté avec Lui sans qu'aucune souillure ne nous sépare de l'union avec la pureté. Mais notre Aîné est aussi la Justice, la Sainteté, l'Amour, la Rédemption et les autres attributs de ce genre. Si donc notre vie présente à son tour de telles empreintes, nous fournirons des marques visibles de la noblesse de notre race, en sorte que celui qui les remarque dans notre vie, vienne à témoigner en notre faveur de notre fraternité avec le Christ. C'est bien Lui qui nous a ouvert la porte de la résurrection et qui pour cela est devenu prémices de ceux qui se sont endormis. C'est donc notre résurrection générale qui aura lieu "en un clin d'oeil, au son de la dernière trompette", qu'Il a annoncée, par ce qu'Il a accompli à la fois sur Lui-même et sur les autres hommes que la mort avait pris en son pouvoir.

   En vérité, ce n'est pas une condition identique qui va recevoir en l'autre vie tous ceux qui se lèveront de la terre où ils avaient leur tombeau, mais "ceux qui ont fait le bien iront à une résurrection de vie, ceux qui par contre ont fait le mal, à une résurrection de damnation". De la sorte, si la vie d'un homme s'oriente vers cette terrible sentence de condamnation, quand bien même est-il agrégé aux frères du Seigneur par la naissance d'en-haut, cet homme fait mentir son nom et renie sa parenté légitime avec le Premier-né en se conformant au mal.

   Le "Médiateur entre Dieu et les hommes", Lui dont la Personne est le lien qui noue l'humanité à Dieu, ne relie que ce qui précisément est digne de s'unir à Dieu. Il avait créé par Lui-même une parenté entre l'homme qu'Il était en personne et la Puissance de la Divinité : Il partageait notre nature, sans être tombé toutefois au pouvoir des passions de la nature qui incitent au péché (Il n'a pas, en effet, commis de péché, comme il est dit, et l'on n'a pas trouvé d'artifice sur ses lèvres"); de la même façon, Il conduira à leur tour tous les hommes un par un à l'union avec la Divinité, à condition qu'ils n'apportent sur eux rien qui soit indigne de s'unir au divin. Au contraire, si quelqu'un est véritablement le temple de Dieu, qu'il ne contient en lui-même aucune idole du mal ni image faite d'après son modèle, cet homme sera accueilli par le Médiateur dans la communion de la Divinité, puisqu'il s'est purifié pour accueillir la pureté qui habite ici même. Car d'une part, "la sagesse n'entrera pas dans une âme perverse", comme le dit la parole de Dieu; le coeur pur, d'autre part, en lui-même n'a rien d'autre en vue que Dieu; comme il adhère à Lui solidement par l'incorruptibilité, il a reçu de Dieu à l'intérieur de son être tout ce qui constitue l'excellence de son règne.

   Ce passage offrirait pour nous une évidence plus grande par l'adjonction de la parole du Seigneur rapportée par Marie aux apôtres, car elle ajouterait à la clarté de nos propos : "Je m'en vais, dit-Il, à mon Père et à votre Père, à mon Dieu et à votre Dieu." Voilà les paroles du Médiateur entre le Père et les fils, qui étaient publiquement déshérités, de Celui qui, par sa personne, a réconcilié les ennemis de Dieu avec l'authentique et unique Divinité. Les hommes, en effet, selon la parole du prophète, se sont coupés par le péché du sein maternel, où ils trouvaient la vie et se sont égarés, en proférant l'erreur au lieu de la vérité, loin des entrailles où ils avaient été formés; c'est pourquoi (notre Médiateur) S'est chargé des prémices de notre commune nature en prenant un corps et une âme, les a sauvées en sa Personne, purifiées de tout mal et de toute compromission avec lui et les a rendues saintes, afin d'attirer à Soi, avec ces prémices et par elles, qu'Il a consacrées par l'incorruptibilité, au Père de l'incorruptibilité, tout ce qui se trouve d'une nature analogue à la leur et d'une même race, et afin d'accueillir à la fois les fils qui étaient publiquement déshérités pour que le Père les adopte, et les ennemis de Dieu, pour les rendre participant de sa Divinité. En résumé, de même que les prémices de la pâte sont entrées dans la famille du vrai Dieu et Père par le moyen de la pureté et de l'apatheia, nous aussi qui sommes la pâte, adhérerons au Père de l'incorruptibilité par les mêmes voies, en imitant, autant que nous le pourrons, l'apatheia et l'immutabilité de notre Médiateur.

   Car nous serons la couronne de pierres précieuses du Dieu-Fils unique, une fois devenus par notre vie un objet précieux et glorieux. Paul dit en effet que "S'étant abaissé un court instant au-dessous des anges" en subissant la mort, Il S'est fait une couronne, par ce qu'Il a accompli en mourant, de ceux qui jadis avaient été changés en épines par leur péché; par sa Passion, Il a converti radicalement l'épine en un objet d'honneur et de gloire. Cela étant, alors qu'une fois pour toutes "Celui qui enlève le péché du monde" S'est coiffé de la couronne d'épines pour lui substituer la couronne tressée d'honneur et de gloire, il y a risque grave qu'un homme, devenu épine et chardon par sa vie mauvaise, se trouve serti ensuite au beau milieu de la Couronne du Seigneur, en communiant à son Corps. A lui s'adresse très justement cette parole : "Comment t'es-tu introduit en ce lieu sans avoir revêtu la robe nuptiale ?" Comment es-tu venu te joindre, puisque tu es une épine, à ceux qui s'associent en honneur et en gloire à ma couronne ? "Quelle entente entre Christ et Bélial ? Quel rapport entre fidèle et infidèle ? Quoi de commun entre la lumière et les ténèbres ?" Pour que notre vie ne profère jamais contre nous l'accusation contenue dans ces paroles, il faut prendre soin de débarrasser à chaque instant notre vie de toute action, de toute parole et de toute pensée épineuses, mais devenons un objet d'honneur et de gloire afin d'être par nous-mêmes une couronne pour le Chef de l'univers, une fois devenus en quelque sorte le fief et la propriété de notre maître.

   Le "Seigneur de la Gloire" n'accepte en effet ni la nature, ni le nom de seigneur d'aucune créature infâme. Partant, celui qui répugne à toute espèce de turpitude et d'obscénité établit suzerain sur lui-même, pour ce qui est de la part cachée de l'homme et aussi de celle qui se voit, Celui qui a la nature et porte le nom de Seigneur, non de l'infamie, mais de la Gloire.

   Mais Il est également le Principe. Or un principe universel, dans son comportement, n'est pas sans relation avec ce qui vient après lui; car si la vie se trouve déterminer la nature du principe, on comprendra que ce qui vient après lui, aura à son tour entièrement la nature de la vie; et si le principe est lumière, on comprendra que ce qui vient après lui est également lumière. Or quel avantage retirons-nous à croire que le Christ est le Principe ? Celui de parvenir nous-mêmes à la ressemblance de ce qui constitue selon notre foi la nature de notre principe. On ne dit point de la lumière, remarquons-le bien, qu'elle est un principe de ténèbres, et si la vie est bien incluse dans un principe, on n'ira point imaginer que ce principe aboutit à la mort. Eh bien, si un homme se comportait en s'opposant à la nature de ce qui le régit et ne s'attachait point à son principe par l'apatheia et la sainteté, le Principe universel ne pourrait être principe de cet homme. À l'extrême opposé, le principe de la vie des ténèbres, c'est le maître du monde des ténèbres; le principe du péché mortel, c'est celui qui a la puissance de la mort. Impossible, par conséquent, à celui qu'une vie mauvaise a placé sous les ordres du principe des ténèbres, de s'arroger pour principe le Principe de tout bien.


   C'est la même réflexion qu'entraîne cette autre désignation du Christ : " le Roi de justice et le Roi de paix ", chez ceux qui accueillent les paroles divines pour les mettre à profit. Car celui qui, se conformant à l'enseignement touchant la prière, appelle en lui par sa prière la venue du royaume de Dieu, à l'annonce que le vrai Roi est un roi de justice et de paix, restaurera pleinement dans sa vie la justice et la paix, afin que règne sur lui le Roi de la justice et de la paix. Or, dans notre pensée, l'armée du Roi, c'est la vertu sous toutes ses formes; par la justice et la paix, en effet, il faut entendre, à mon avis, toutes les formes de vertus. Partant, si un homme a abandonné son poste dans l'armée de Dieu pour s'enrôler dans le front adverse, qu'il s'est fait le soldat de l'instigateur au mal et qu'il a dépouillé simultanément la cuirasse de la justice et tous les éléments de l'armure complète qu'est la paix, comment pourra-t-on ranger un tel homme sous les étendards du Roi de la paix, puisqu'il a déserté la vérité ? L'emblème, il faut bien le dire, porté sur l'armure de cet homme, fera apparaître le Roi sous lequel il milite, si, à l'inverse de l'image ténébreuse peinte sur ses armes, cet emblème fait apparaître, par l'empreinte qu'imprime la Vie, Celui qui lui montre le chemin. Oh ! combien heureux celui qui n'a pas cessé de militer sous le commandement de Dieu, qui est enrôlé dans les compagnies comptées par myriades et par myriades et qui est armé contre le mal par les vertus : l'homme qui s'en est revêtu, arbore, grâce à elles, l'image de son Roi ! 
  
 CONCLUSION

   Et maintenant, à quoi bon prolonger plus avant ce discours qui expose, en les recensant à la suite, tous les termes qui explicitent le Nom du Christ et qui ont le pouvoir de nous conduire vers la vie selon la sainteté, vu que chacun de ses Titres nous aide souverainement pour sa part, grâce à la signification qu'il a en propre, à acquérir la perfection de la vie ? Par contre, j'estime avantageux touchant ce qui demeure présent à notre souvenir, que la mémoire le réduise en un condensé, en sorte que nous ayons comme un fil d'Ariane pour nous mener au but de notre traité, établi dès le point de départ par cette interrogation : comment un homme peut-il bien se maintenir dans un état parfait ? J'ai, en effet, ce sentiment : si un homme fait de ce condensé l'objet constant de ses méditations, il est solidaire du Nom auquel on rend ses adorations, tandis qu'il prend le nom de chrétien comme il a paru bon aux apôtres, (solidaire) aussi nécessairement des autres noms que la pensée assigne au Christ, dont il manifestera en sa personne la Puissance, puisqu'il est devenu solidaire, toute sa vie durant, de chacune de ses Dénominations.

   Je prends un exemple; il y a trois choses qui caractérisent la vie du chrétien : l'action, la parole et la pensée; ce qui, parmi elles, tient le premier rang par rapport aux autres, c'est la pensée. L'activité mentale, en effet, est à l'origine de toute parole; en second après l'opération de l'esprit, vient la parole qui rend compte, par la voix, de l'empreinte, reçue dans l'âme, de l'activité mentale; la troisième place, après l'intelligence et la parole, est occupée par l'action qui amène à se réaliser ce que l'on a conçu. Ainsi, dans le cours de la vie, à chaque impulsion reçue vers quelqu'une de ces activités, il est avantageux touchant chacune d'elles, tant l'expression que la pratique et la pensée, de faire un examen minutieux de ces objets de pensée sacrés que sont les notions et les noms concernant le Christ; car on peut craindre de voir emportées hors de l'influence puissante attachées à ces noms d'en haut, aussi bien nos oeuvres que nos paroles ou que notre pensée. Paul dit en effet : "Tout ce qui ne procède pas d'une conviction de foi est péché"; de même peut-on, par voie de conséquence, mettre en pleine lumière les réflexions qui suivent : tout ce qui ne vise pas Christ dans notre langage, dans nos oeuvres ou dans nos intentions, regarde en totalité le monde hostile au Christ. Non, il est impossible à ce qui se rend étranger à la lumière ou à la vie, de ne pas appartenir en totalité aux ténèbres ou à la mort. Si donc ce qu'un homme accomplit, ce qu'il dit et ce qu'il pense d'une manière non conforme au Christ s'associe au monde hostile au bien, le fruit évident de ce qu'il fait, de ce qu'il pense ou des paroles qu'il prononce, c'est-à-dire : le rejet du Christ par cet homme qui s'est détaché de Lui, sera, pour tout le monde, chose évidente.

   Elle est donc véridique, la voix inspirée du psalmiste, qui déclare : "J'ai rangé au nombre de ceux qui méprisent (Dieu), tous les pécheurs de la terre". Car celui qui renie le Christ au sein des persécutions est contempteur du Nom auquel on rend ses adorations; et pareillement quiconque renie la vérité, la justice, la sainteté ou l'incorruptibilité, ou encore rejette de sa vie, s'il vient à subir l'oppression qu'exercent les épreuves, quelque autre disposition ayant une affinité, selon nous, avec la sainteté, cet homme reçoit du psaume le nom de contempteur, puisqu'ii méprise, par sa vie, à travers chacune de ces dispositions, Celui qui est ces dispositions mêmes.


   Que lui faut-il donc faire, à celui qui est jugé digne de porter l'excellent surnom de chrétien ? Quoi d'autre, sinon d'ordonner continuellement en lui-même ses intentions, ses paroles et ses actes, selon que chacun d'eux aboutit au Christ ou s'oppose à Lui ? Or considérable est la facilité qu'il y a à départager semblables opérations; car ce que l'on accomplit, ce qui se forme dans l'esprit ou se que l'on exprime sous l'influence de quelque passion, n'a rien qui s'accorde avec le Christ, mais porte le cachet de son adversaire : à l'égal d'une boue fangeuse, il enduit de passions mauvaises la perle de l'âme, en ternissant gravement l'éclat de la pierre de grand prix. En revanche, ce qui est pur de toute affection passionnelle, se tourne vers le Principe de l'apatheia, qui est le Christ; c'est en Lui, comme dans une source pure et incorruptible, qu'on puise, en vue de son bien propre, les intentions (de ses actes), si bien qu'on manifeste en soi la ressemblance avec le Modèle, comme on trouve la ressemblance avec l'eau, pour l'eau qui jaillit de la source et pour l'eau de la source qui a coulé dans l'amphore. Il n'y a, en effet, par nature, qu'une pureté, celle qui est dans le Christ et celle qui se voit dans celui qui participe de Lui; mais elle est dans le Premier comme en sa source, en celui qui y participe comme en sa dérivation, tandis qu'il fait passer dans la pratique de la vie la grâce incluse dans ses intentions; en sorte que l'accord s'établit entre la part cachée de l'homme et celle qui se voit, puisqu'une vie décente accompagne nos intentions, dont l'affinité au Christ est l'élément moteur. 
  
LA PERFECTION CHRÉTIENNE 


En bref, à mon avis du moins, l'essence de la perfection dans la vie chrétienne consiste en la communication, au niveau de l'âme, de l'expression et de la manière de vivre avec l'ensemble des Noms du Christ qui nous donnent la signification de son Nom, en sorte que nous prenions sur nous-mêmes la bénédiction de Paul appelant une sanctification intégrale, en nous gardant constamment au niveau de l'être tout entier, l'esprit, l'âme et le corps, du commerce avec le mal.

   Or, si l'on objectait la difficulté que nous avons à atteindre le bien, vu que le Seigneur de la création est seul à ne point changer, tandis que la nature humaine est changeante et que la mobilité est son comportement à elle (comment donc est-il possible de se maintenir ferme et inébranlable dans le bien avec la versatilité de notre nature ?), eh bien, nous prétendons répondre à une objection de ce genre : on ne peut être couronné sans avoir respecté les règles de la compétition ! Et point de compétition régulière, en absence d'un concurrent. Si donc il manquait un adversaire, la couronne également ferait défaut : la victoire ne tombe point comme cela du ciel, il faut une défaite ! Par conséquent, luttons contre l'instabilité même de notre nature, attaquons-nous intérieurement à elle comme à un adversaire pour ainsi dire, et devenons vainqueurs, non par la destruction de notre nature, mais en la sauvegardant de la chute. Et de fait, ce n'est pas uniquement dans le sens du mal que verse la mobilité de l'homme, car il serait impossible assurément à ce dernier de s'engager dans le bien, si le poids de sa nature l'entraînait uniquement du côté opposé; mais, en réalité, la conversion la plus noble qu'elle peut accomplir, c'est la croissance dans les biens spirituels, puisque le mouvement vers un état meilleur opère de façon continue la divinisation progressive de celui qui est mû par une noble fin. Ainsi ce qui paraissait redoutable (je veux dire la mobilité de notre nature) s'est révélé dans mon propos comme l'aile d'un oiseau, donnée pour s'envoler vers des sommets plus élevés; c'eût été pour nous en revanche un châtiment que de nous voir refuser l'aptitude au progrès. Il ne faut donc point qu'il se désole, celui qui constate dans notre nature son inclination propre au changement, mais qu'il se tourne vers un bien supérieur par une évolution continue, "qu'il se transforme d'un moindre degré de gloire en une gloire plus éclatante", qu'il ne laisse pas de s'améliorer par un progrès quotidien, en poursuivant sans cesse la perfection, sans jamais parvenir à son terme.

   Car telle est la perfection véritable : ne jamais s'arrêter, accroître son effort vers un nouveau palier et ne mettre aucune borne à la perfection, mû par une noble fin. Ainsi ce qui paraissait redoutable (je veux dire la mobilité de notre nature) s'est révélé dans mon propos comme l'aile d'un oiseau, donnée pour s'envoler vers des sommets plus élevés; c'eût été pour nous en revanche un châtiment que de nous voir refuser l'aptitude au progrès. Il ne faut donc point qu'il se désole, celui qui constate dans notre nature son inclination propre au changement, mais qu'il se tourne vers un bien supérieur par une évolution continue, "qu'il se transforme d'un moindre degré de gloire en une gloire plus éclatante", qu'il ne laisse pas de s'améliorer par un progrès quotidien, en poursuivant sans cesse la perfection, sans jamais parvenir à son terme.

   Car telle est la perfection véritable : ne jamais s'arrêter, accroître son effort vers un nouveau palier et ne mettre aucune borne à la perfection.

SOURCE : http://livres-mystiques.com/partieTEXTES/Gdenysse/gregoire.html

 

BENEDICT XVI

GENERAL AUDIENCE

Saint Peter's Square

Wednesday, 29 August 2007

Saint Gregory of Nyssa (1)


Dear Brothers and Sisters,

In the last Catecheses, I spoke of two great fourth-century Doctors of the Church, Basil and Gregory Nazianzus, a Bishop in Cappadocia, in present-day Turkey. Today, we are adding a third, St Gregory of Nyssa, Basil's brother, who showed himself to be a man disposed to meditation with a great capacity for reflection and a lively intelligence open to the culture of his time. He has thus proved to be an original and profound thinker in the history of Christianity.

He was born in about 335 A.D. His Christian education was supervised with special care by his brother Basil - whom he called "father and teacher" (Ep. 13, 4: SC 363, 198) - and by his sister Macrina. He completed his studies, appreciating in particular philosophy and rhetoric.

Initially, he devoted himself to teaching and was married. Later, like his brother and sister, he too dedicated himself entirely to the ascetic life.

He was subsequently elected Bishop of Nyssa and showed himself to be a zealous Pastor, thereby earning the community's esteem.

When he was accused of embezzlement by heretical adversaries, he was obliged for a brief period to abandon his episcopal see but later returned to it triumphant (cf. Ep. 6: SC 363, 164-170) and continued to be involved in the fight to defend the true faith.

Especially after Basil's death, by more or less gathering his spiritual legacy, Gregory cooperated in the triumph of orthodoxy. He took part in various Synods; he attempted to settle disputes between Churches; he had an active part in the reorganization of the Church and, as a "pillar of orthodoxy", played a leading role at the Council of Constantinople in 381, which defined the divinity of the Holy Spirit.

Various difficult official tasks were entrusted to him by the Emperor Theodosius, he delivered important homilies and funeral discourses, and he devoted himself to writing various theological works. In addition, in 394, he took part in another Synod, held in Constantinople. The date of his death is unknown.

Gregory expressed clearly the purpose of his studies, the supreme goal to which all his work as a theologian was directed: not to engage his life in vain things but to find the light that would enable him to discern what is truly worthwhile (cf. In Ecclesiasten hom. 1: SC 416, 106-146).

He found this supreme good in Christianity, thanks to which "the imitation of the divine nature" is possible (De Professione Christiana: PG 46, 244c).

With his acute intelligence and vast philosophical and theological knowledge, he defended the Christian faith against heretics who denied the divinity of the Son and of the Holy Spirit (such as Eunomius and the Macedonians) or compromised the perfect humanity of Christ (such as Apollinaris).

He commented on Sacred Scripture, reflecting on the creation of man. This was one of his central topics: creation. He saw in the creature the reflection of the Creator and found here the way that leads to God.

But he also wrote an important book on the life of Moses, whom he presents as a man journeying towards God: this climb to Mount Sinai became for him an image of our ascent in human life towards true life, towards the encounter with God.

He also interpreted the Lord's Prayer, the "Our Father", as well as the Beatitudes. In his "Great Catechetical Discourse (Oratio Catechetica Magna) he developed theology's fundamental directions, not for an academic theology closed in on itself but in order to offer catechists a reference system to keep before them in their instructions, almost as a framework for a pedagogical interpretation of the faith.

Furthermore, Gregory is distinguished for his spiritual doctrine. None of his theology was academic reflection; rather, it was an expression of the spiritual life, of a life of faith lived. As a great "father of mysticism", he pointed out in various treatises - such as his De Professione Christiana and De Perfectione Christiana - the path Christians must take if they are to reach true life, perfection.

He exalted consecrated virginity (De Virginitate) and proposed the life of his sister Macrina, who was always a guide and example for him (cf. Vita Macrinae), as an outstanding model of it.

Gregory gave various discourses and homilies and wrote numerous letters. In commenting on man's creation, he highlighted the fact that God, "the best artist, forges our nature so as to make it suitable for the exercise of royalty. Through the superiority given by the soul and through the very make-up of the body, he arranges things in such a way that man is truly fit for regal power" (De Hominis Opificio 4: PG 44, 136b).

Yet, we see that man, caught in the net of sin, often abuses creation and does not exercise true kingship. For this reason, in fact, that is, to act with true responsibility for creatures, he must be penetrated by God and live in his light.

Indeed, man is a reflection of that original beauty which is God: "Everything God created was very good", the holy Bishop wrote. And he added: "The story of creation (cf. Gn 1: 31) witnesses to it. Man was also listed among those very good things, adorned with a beauty far superior to all of the good things. What else, in fact, could be good, on par with one who was similar to pure and incorruptible beauty?... The reflection and image of eternal life, he was truly good; no, he was very good, with the radiant sign of life on his face" (Homilia in Canticum 12: PG 44, 1020c).

Man was honoured by God and placed above every other creature: "The sky was not made in God's image, not the moon, not the sun, not the beauty of the stars, no other things which appear in creation. Only you (human soul) were made to be the image of nature that surpasses every intellect, likeness of incorruptible beauty, mark of true divinity, vessel of blessed life, image of true light, that when you look upon it you become what he is, because through the reflected ray coming from your purity you imitate he who shines within you. Nothing that exists can measure up to your greatness" (Homilia in Canticum 2: PG 44, 805d).

Let us meditate on this praise of the human being. Let us also see how man was degraded by sin. And let us try to return to that original greatness: only if God is present, does man attain his true greatness.

Man therefore recognizes in himself the reflection of the divine light: by purifying his heart he is once more, as he was in the beginning, a clear image of God, exemplary Beauty (cf. Oratio Catechetica 6: SC 453, 174).
Thus, by purifying himself, man can see God, as do the pure of heart (cf. Mt 5: 8): "If, with a diligent and attentive standard of living, you wash away the bad things that have deposited upon your heart, the divine beauty will shine in you.... Contemplating yourself, you will see within you he who is the desire of your heart, and you will be blessed" (De Beatitudinibus 6: PG 44, 1272ab). We should therefore wash away the ugliness stored within our hearts and rediscover God's light within us. 


Man's goal is therefore the contemplation of God. In him alone can he find his fulfilment.



To somehow anticipate this goal in this life, he must work ceaselessly toward a spiritual life, a life in dialogue with God. In other words - and this is the most important lesson that St Gregory of Nyssa has bequeathed to us - total human fulfilment consists in holiness, in a life lived in the encounter with God, which thus becomes luminous also to others and to the world.


To special groups

I offer a warm welcome to all the English-speaking visitors and pilgrims present at today's Audience, including participants in the Summer University programme sponsored by the European Union of Jewish Students, as well as pilgrims from Sweden and from Indonesia. Upon all of you, I invoke God's abundant Blessings of peace and joy.

My thoughts now turn to the young people, the sick and the newly-weds. May the heroic example of St John the Baptist, whose martyrdom we are celebrating today, spur you, dear young people, to plan your future in full fidelity to the Gospel. May it help you, dear sick people, to face suffering with courage, finding serenity and comfort in the Crucified Christ. May it lead you, dear newly-weds, to deep love for God and each other, and to experience every day the comforting joy that flows from the reciprocal gift of self.


APPEAL

In these days, some geographical areas have been devastated by grave disasters: I am thinking of the flooding in certain Eastern countries as well as the disastrous fires in Greece, in Italy and in other European nations.

In the face of such dramatic emergencies, which have taken a heavy toll of victims and caused immense material damage, it is impossible not to be concerned about the irresponsible behaviour of some, who threaten people's safety and destroy the environmental patrimony, a precious good of all humanity.

I join those who justly stigmatize these criminal acts and I invite everyone to pray for the victims of these tragedies.

© Copyright 2007 - Libreria Editrice Vaticana

SOURCE : http://www.vatican.va/holy_father/benedict_xvi/audiences/2007/documents/hf_ben-xvi_aud_20070829_en.html

BENEDICT XVI

GENERAL AUDIENCE

Saint Peter's Square

Wednesday, 5 September 2007

Saint Gregory of Nyssa (2)


Dear Brothers and Sisters,

I present to you certain aspects of the teaching of St Gregory of Nyssa, of whom we spoke last Wednesday. First of all, Gregory of Nyssa had a very lofty concept of human dignity. Man's goal, the holy Bishop said, is to liken himself to God, and he reaches this goal first of all through the love, knowledge and practice of the virtues, "bright beams that shine from the divine nature" (De Beatitudinibus 6: PG 44, 1272c), in a perpetual movement of adherence to the good like a corridor outstretched before oneself. In this regard, Gregory uses an effective image already present in Paul's Letter to the Philippians: épekteinómenos (3: 13), that is, "I press on" towards what is greater, towards truth and love. This vivid expression portrays a profound reality: the perfection we desire to attain is not acquired once and for all; perfection means journeying on, it is continuous readiness to move ahead because we never attain a perfect likeness to God; we are always on our way (cf. Homilia in Canticum 12: PG 44, 1025d). The history of every soul is that of a love which fills every time and at the same time is open to new horizons, for God continually stretches the soul's possibilities to make it capable of ever greater goods. God himself, who has sown the seeds of good in us and from whom every initiative of holiness stems, "models the block..., and polishing and cleansing our spirit, forms Christ within us" (In Psalmos 2, 11: PG 44, 544b).

Gregory was anxious to explain: "In fact, this likeness to the Divine is not our work at all; it is not the achievement of any faculty of man; it is the great gift of God bestowed upon our nature at the very moment of our birth" (De Virginitate 12, 2: SC 119, 408-410). For the soul, therefore, "it is not a question of knowing something about God but of having God within" (De Beatitudinibus 6: PG 44, 1269c). Moreover, as Gregory perceptively observes, "Divinity is purity, it is liberation from the passions and the removal of every evil: if all these things are in you, God is truly in you" (De Beatitudinibus 6: PG 44, 1272c).

When we have God in us, when man loves God, through that reciprocity which belongs to the law of love he wants what God himself wants (cf. Homilia in Canticum 9: PG 44, 956ac); hence, he cooperates with God in fashioning the divine image in himself, so that "our spiritual birth is the result of a free choice, and we are in a certain way our own parents, creating ourselves as we ourselves wish to be, and through our will forming ourselves in accordance with the model that we choose" (Vita Moysis 2, 3: SC 1ff., 108). To ascend to God, man must be purified: "The way that leads human nature to Heaven is none other than detachment from the evils of this world.... Becoming like God means becoming righteous, holy and good.... If, therefore, according to Ecclesiastes (5: 1), "God is in Heaven', and if, as the Prophet says, "You have made God your refuge' (Ps 73[72]: 28), it necessarily follows that you must be where God is found, since you are united with him. "Since he commanded you to call God "Father' when you pray, he tells you definitely to be likened to your Heavenly Father and to lead a life worthy of God, as the Lord orders us more clearly elsewhere, saying, "Be perfect as your Heavenly Father is perfect' (Mt 5: 48)" (De Oratione Dominica 2: PG 44, 1145ac).

In this journey of spiritual ascesis Christ is the Model and Teacher, he shows us the beautiful image of God (cf. De Perfectione Christiana: PG 46, 272a). Each of us, looking at him, finds ourselves "the painter of our own life", who has the will to compose the work and the virtues as his colours (ibid.: PG 46, 272b). So, if man is deemed worthy of Christ's Name how should he behave? This is Gregory's answer: "[He must] always examine his own thoughts, his own words and his own actions in his innermost depths to see whether they are oriented to Christ or are drifting away from him" (ibid.: PG 46, 284c). And this point is important because of the value it gives to the word "Christian". A Christian is someone who bears Christ's Name, who must therefore also liken his life to Christ. We Christians assume a great responsibility with Baptism.

But Christ, Gregory says, is also present in the poor, which is why they must never be offended: "Do not despise them, those who lie idle, as if for this reason they were worth nothing. Consider who they are and you will discover wherein lies their dignity: they represent the Person of the Saviour. And this is how it is: for in his goodness the Lord gives them his own Person so that through it, those who are hard of heart and enemies of the poor may be moved to compassion" (De Pauperibus Amandis: PG 46, 460bc). Gregory, as we said, speaks of rising: rising to God in prayer through purity of heart, but also rising to God through love of neighbour. Love is the ladder that leads to God. Consequently, Gregory of Nyssa strongly recommends to all his listeners: "Be generous with these brothers and sisters, victims of misfortune. Give to the hungry from what you deprive your own stomach" (ibid.: PG 46, 457c).

Gregory recalls with great clarity that we all depend on God and therefore exclaims: "Do not think that everything belongs to you! There must also be a share for the poor, God's friends. In fact, the truth is that everything comes from God, the universal Father, and that we are brothers and sisters and belong to the same lineage" (ibid.: PG, 465b). The Christian should then examine himself, Gregory insists further: "But what use is it to fast and abstain from eating meat if with your wickedness all you do is to gnaw at your brother? What do you gain in God's eyes from not eating your own food if later, acting unfairly, you snatch from their hands the food of the poor?".

Let us end our catechesis on the three great Cappadocian Fathers by recalling that important aspect of Gregory of Nyssa's spiritual doctrine which is prayer. To progress on the journey to perfection and to welcome God within him, to bear the Spirit of God within him, the love of God, man must turn to God trustingly in prayer: "Through prayer we succeed in being with God. But anyone who is with God is far from the enemy. Prayer is a support and protection of charity, a brake on anger, an appeasement and the control of pride. Prayer is the custody of virginity, the protection of fidelity in marriage, the hope for those who are watching, an abundant harvest for farmers, certainty for sailors" (De Oratione Dominica 1: PG 44, 1124ab). The Christian always prays by drawing inspiration from the Lord's Prayer: "So if we want to pray for the Kingdom of God to come, we must ask him for this with the power of the Word: that I may be distanced from corruption, delivered from death, freed from the chains of error; that death may never reign over me, that the tyranny of evil may never have power over us, that the adversary may never dominate me nor make me his prisoner through sin but that your Kingdom may come to me so that the passions by which I am now ruled and governed may be distanced, or better still, blotted out" (ibid., 3: PG 44, 1156d-1157a).
Having ended his earthly life, the Christian will thus be able to turn to God serenely. In speaking of this, St Gregory remembered the death of his sister Macrina and wrote that she was praying this prayer to God while she lay dying: "You who on earth have the power to take away sins, "forgive me, so that I may find refreshment' (cf. Ps 38: 14), and so that I may be found without blemish in your sight at the time when I am emptied from my body (cf. Col 2: 11), so that my spirit, holy and immaculate (cf. Eph 5: 27), may be accepted into your hands "like incense before you'" (Ps 141: [140]: 2) (Vita Macri-nae 24: SC 178, 224). This teaching of St Gregory is always relevant: not only speaking of God, but carrying God within oneself. Let us do this by commitment to prayer and living in a spirit of love for all our brethren.

APPEAL

I now address a greeting in English to the participants in the International Symposium on the care of the Arctic environment.

Tomorrow, on the west coast of Greenland, His Holiness Bartholomew I, Ecumenical Patriarch of Constantinople, will open a symposium entitled: "The Arctic: Mirror of Life". I wish to greet all the participants - various religious leaders, scientists, journalists and other interested parties - and to assure them of my support for their endeavours.

Care of water resources and attention to climate change are matters of grave importance for the entire human family. Encouraged by the growing recognition of the need to preserve the environment, I invite all of you to join me in praying and working for greater respect for the wonders of God's creation!

* * *

To special groups

Lastly, I greet the young people, the sick and the newly-weds. Dear young people, in resuming your usual daily activities after the holidays, intensify the rhythm of your intimate dialogue with God and work to spread his light and peace around you. Dear sick people, may you find support and comfort in the Lord Jesus, who continues his work of redemption in every person's life. And you, dear newly-weds, strive with divine help to make your love ever more true, permanent and supportive.

© Copyright 2007 - Libreria Editrice Vaticana

SOURCE : http://www.vatican.va/holy_father/benedict_xvi/audiences/2007/documents/hf_ben-xvi_aud_20070905_en.html

St. Gregory of Nyssa

St. Gregory of Nyssa (b.335  - d. 394) The son of two saints, Basil and Emmilia, young Gregory was raised by his older brother, St. Basil the Great, and his sister, Macrina, in modern-day Turkey. Gregory’s success in his studies suggested great things were ahead for him. After becoming a professor of rhetoric, he was persuaded to devote his learning and efforts to the Church. By then married, Gregory went on to study for the priesthood and become ordained (this at a time when celibacy was not a matter of law for priests).

He was elected Bishop of Nyssa (in Lower Armenia) in 372, a period of great tension over the Arian heresy, which denied the divinity of Christ. Briefly arrested after being falsely accused of embezzling Church funds, Gregory was restored to his see in 378, an act met with great joy by his people.

It was after the death of his beloved brother, Basil, that Gregory really came into his own. He wrote with great effectiveness against Arianism and other questionable doctrines, gaining a reputation as a defender of orthodoxy. He was sent on missions to counter other heresies and held a position of prominence at the Council of Constantinople. His fine reputation stayed with him for the remainder of his life, but over the centuries it gradually declined as the authorship of his writings became less and less certain. But, thanks to the work of scholars in the 20th century, his stature is once again appreciated. Indeed, St. Gregory of Nyssa is seen not simply as a pillar of orthodoxy but as one of the great contributors to the mystical tradition in Christian spirituality and to monasticism itself.

St. Gregory of Nyssa

Date of birth unknown; died after 385 or 386. He belongs to the group known as the "Cappadocian Fathers", a title which reveals at once his birthplace in Asia Minor and his intellectual characteristics. Gregory was born of a deeply religious family, not very rich in worldly goods, to which circumstances he probably owed the pious training of his youth. His mother Emmelia was a martyr's daughter; two of his brothers, Basil of Cæsarea and Peter of Sebaste, became bishops like himself; his eldest sister, Macrina, became a model of piety and is honoured as a saint. Another brother, Naucratius, a lawyer, inclined to a life of asceticism, but died too young to realize his desires. A letter of Gregory to his younger brother, Peter, exhibits the feelings of lively gratitude which both cherished for their elder brother Basil, whom Gregory calls "our father and our master". Probably, therefore, the difference in years between them was such as to have enabled Basil to supervise the education of his younger brothers. Basil's training was an antidote to the lessons of the pagan schools, wherein, as we know from a letter of St. Gregory of Nazianzus, Gregory of Nyssa spent some time, very probably in his early youth, for it is certain that while still a youth Gregory exercised the ecclesiastical office of rector. His family, it would seem, had endeavoured to turn his thoughts towards the Church, for when the young man chose a secular career and began the study of rhetoric, Basil remonstrated with him long and earnestly; when he had failed he called on Gregory's friends to influence him against that objectionable secular calling. It was all in vain; moreover, it would seem that the young man married. There exists a letter addressed to him by Gregory of Nazianzus condoling with him on the loss of one Theosebeia, who must have been his wife, and with whom he continued to live, as with a sister, even after he became bishop. This is also evident from his treatise "De virginitate".

Some think that Gregory spent a certain time in retreat before his consecration as bishop, but we have no proof of the fact. His extant letters make no mention of such retirement from the world. Nor are we better informed of the circumstances of his election to the See of Nyssa, a little town on the banks of the Halys, along the road between Cæsarea and Ancyra. According to Gregory of Nazianzus it was Basil who performed the episcopal consecration of his brother, before he himself had taken possession of the See of Sozima; which would place the beginning of Gregory of Nyssa's episcopate about 371. Was this brusque change in Gregory's career the result of a sudden vocation? St. Basil tells us that it was necessary to overcome his brother's repugnance, before he accepted the office of bishop. But this does not help us to an answer, as the episcopal charge in that day was beset with many dangers. Moreover in the fourth century, and even later, it was not uncommon to express dislike of the episcopal honour, and to fly from the prospect of election. The fugitives, however, were usually discovered and brought back, and the consecration took place when a show of resistance had saved the candidate's humility. Whether it was so in Gregory's case, or whether he really did feel his own unfitness, we do not know. In any case, St. Basil seems to have regretted at times the constraint thus put on his brother, now removed from his influence; in his letters he complains of Gregory's naive and clumsy interference with his (Basil's) business. To Basil the synod called in 372 by Gregory at Ancyra seemed the ruin of his own labours. In 375 Gregory seemed to him decidedly incapable of ruling a Church. At the same time he had but faint praise for Gregory's zeal for souls.

On arriving in his see Gregory had to face great difficulties. His sudden elevation may have turned against him some who had hoped for the office themselves. It would appear that one of the courtiers of Emperor Valens had solicited the see either for himself or one of his friends. When Demosthenes, Governor of Pontus, convened an assembly of Eastern bishops, a certain Philocares, at one of its sessions, accused Gregory of wasting church property, and of irregularity in his election to the episcopate, whereupon Demosthenes ordered the Bishop of Nyssa to be seized and brought before him. Gregory at first allowed himself to be led away by his captors, then losing heart and discouraged by the cold and brutal treatment he met with, he took an opportunity of escape and reached a place of safety. A Synod of Nyssa (376) deposed him, and he was reduced to wander from town to town, until the death of Valens in 378. The new emperor, Gratian, published an edict of tolerance, and Gregory returned to his see, where he was received with joy. A few months after this (January, 379) his brother Basil died; whereupon an era of activity began for Gregory. In 379 he assisted at the Council of Antioch which had been summoned because of the Meletian schism. Soon after this, it is supposed, he visited Palestine. There is reason for believing that he was sent officially to remedy the disorders of the Church of Arabia. But possibly his journey did not take place till after the Council of Constantinople in 381, convened by Emperor Theodosius for the welfare of religion in that city. It asserted the faith of Nicæa, and tried to put an end to Arianism and Pneumatism in the East. This council was not looked on as an important one at the time; even those present at it seldom refer to it in their writings. Gregory himself, though he assisted at the council, mentions it only casually in his funeral oration over Meletius of Antioch, who died during the course of this assembly.

An edict of Theodosius (30 July, 381; Cod. Theod., LXVI, tit. I., L. 3) having appointed certain episcopal sees as centres of Catholic communion in the East, Helladius of Cæsarea, Gregory of Nyssa and Otreius of Melitene were chosen to fill them. At Constantinople Gregory gave evidence on two occasions of his talent as an orator; he delivered the discourse at the enthronization of St. Gregory of Nazianzus, also the aforesaid oration over Meletius of Antioch. It is very probable that Gregory was present at another Council of Constantinople in 383; his "Oratio de deitate Filii et Spiritus Sancti" seems to confirm this. In 385 or 386 he preached the funeral sermon over the imperial Princess Pulcheria, and shortly afterwards over Empress Flaccilla. A little later we meet him again at Constantinople, on which occasion his counsel was sought for the repression of ecclesiastical disorders in Arabia; he then disappears from history, and probably did not long survive this journey. From the above it will be seen that his life is little known to us. It is difficult to outline clearly his personality, while his writings contain too many flights of eloquence to permit final judgment on his real character.

Works

Exegetical

Most of his writings treat of the Sacred Scriptures. He was an ardent admirer of Origen, and applied constantly the latter's principles of hermeneutics. Gregory is ever in quest of allegorical interpretations and mystical meanings hidden away beneath the literal sense of texts. As a rule, however, the "great Cappadocians" tried to eliminate this tendency. His "Treatise on the Work of the Six Days" follows St. Basil's Hexæmeron. Another work, "On the Creation of Man", deals with the work of the Sixth Day, and contains some curious anatomical details; it was translated into Latin by Dionysius Exiguus. His account of Moses as legislator offers much fine-spun allegorizing, and the same is true of his "Explanation of the Titles of the Psalms". In a brief tractate on the witch of Endor he says that the woman did not see Samuel, but only a demon, who put on the figure of the prophet. Besides a homily on the sixth Psalm, he wrote eight homilies on Ecclesiastes, in which he taught that the soul should rise above the senses, and that true peace is only to be found in contempt of worldly greatness. He is also the author of fifteen homilies on the Canticle of Canticles (the union of the soul with its Creator), five very eloquent homilies on the Lord's Prayer, and eight highly rhetorical homilies on the Beatitudes.

Theological

In theology Gregory shows himself more original and more at ease. Yet his originality is purely in manner, since he added little that is new. His diction, however, offers many felicitous and pleasing allusions, suggested probably by his mystical turn of mind. These grave studies were taken up by him late in life, hence he follows step by step the teaching of St. Basil and of St. Gregory of Nazianzus. Like them he defends the unity of the Divine nature and the trinity of Persons; where he loses their guidance, our confidence in him tends to decrease. In his teaching on the Eucharist he appears really original; his Christological doctrine, however, is based entirely on Origen and St. Athanasius. The most important of his theological writings is his large "Catechesis", or "Oratio Catechetica", an argumentative defence in forty chapters of Catholic teaching as against Jews, heathens, and heretics. The most extensive of his extant works is his refutation of Eunomius in twelve books, a defence of St. Basil against that heretic, and also of the Nicene Creed against Arianism; this work is of capital importance in the history of the Arian controversy. He also wrote two works against Apollinaris of Laodicea, in refutation of the false doctrines of that writer, viz. that the body of Christ descended from heaven, and that in Christ, the Divine Word acted as the rational soul. Among the works of Gregory are certain "Opuscula" on the Trinity addressed to Ablabius, the tribune Simplicius, and Eustathius of Sebaste. He wrote also against Arius and Sabellius, and against the Macedonians, who denied the divinity of the Holy Spirit; the latter work he never finished. In the "De anima et resurrectione" we have a dialogue between Gregory and his deceased sister, Macrina; it treats of death, resurrection, and our last end. He defends human liberty against the fatalism of the astrologers in a work "On Fate", and in his treatise "On Children", dedicated to Hieros, Prefect of Cappadocia, he undertook to explain why Providence permits the premature death of children.

Ascetical

He wrote also on Christian life and conduct, e.g. "On the meaning of the Christian name or profession", addressed to Harmonius, and "On Perfection and what manner of man the Christian should be", dedicated to the monk Olympius. For the monks, he wrote a work on the Divine purpose in creation. His admirable book "On Virginity", written about 370, was composed to strengthen in all who read it the desire for a life of perfect virtue.

Sermons and homilies

Gregory wrote also many sermons and homilies, some of which we have already mentioned; others of importance are his panegyric on St. Basil, and his sermons on the Divinity of the Son and of the Holy Ghost.

Correspondence

A few of his letters (twenty-six) have survived; two of them offer a peculiar interest owing to the severity of his strictures on contemporary pilgrimages to Jerusalem.

For a discussion of his peculiar doctrine concerning the general restoration (Apocatastasis) to divine favour of all sinful creatures at the end of time, i.e. the temporary nature of the pains of hell, see the articles APOCATASTASIS and MIVART. The theory of interpolation of the writings of Gregory and of Origen, sustained among others by Vincenzi (below), seems, in this respect at least, both useless and gratuitous (Bardenhewer).

Sources

The writings of Gregory are best collected in P.G., XLIV-XLVI. There is no critical edition as yet, though one was begun by FORBES and OEHLER (Burntisland, 1855, 61); of another edition planned by Oehler, only one volume appeared (Halle, 1865). The best of the earlier editions is that of FRONTO DUCÆUS (Paris, 1615). Cf. VINCENZI, In Gregorii Nysseni et Origenis scripta et doctrinam nova recensio, etc. (Rome, 1864-69); BAUER, Die Trostreden des Gregorios von Nyssa in ihrem Verhältniss zur antiken Rhetorik (Marburg, 1892); BOUËDRON, Doctrines philosophiques de Saint Grégoire de Nysse (Nantes, 1861); KOCH, Das mystische Schauen beim hl. Gr. v. Nyssa in Theol. Quartalschrift (1898), LXXX, 397-420; DIEKAMP, Die Gotteslehre des hl. Gregor von Nyssa: ein Beitrag zur Dogmengesch. der patristischen Zeit (Münster, 1897); WEISS, Die Erziehungslehre der Kappadozier (Freiburg, 1903); HILT, St. Gregorii episcopi Nysseni doctrina de angelis exposita (Freiburg, 1860); KRAMPF, Der Urzustand des Menschen nach der Lehre des hl. Gregor von Nyssa, eine dogmatisch-patristische Studie (Würzburg, 1889); REICHE, Die kunstlerischen Elemente in der Welt und Lebens-Anschauung des Gregor von Nyssa (Jena, 1897); and on the large Catechesis (logos katechetikos ho megas), generally known as Oratio Catechetica, see SRAWLEY in Journal of Theol. Studies (1902), III, 421-8, also his new edition of the Oratio (Cambridge, 1903). For an English version of several works of Gregory see Library of Nicene and Post-Nicene Fathers, second series (New York, 1893), II, v; and for a German version of some works, HAYD in the Kemptener Bibliothek der Kirchenväter (1874).


Leclercq, Henri. "St. Gregory of Nyssa." The Catholic Encyclopedia. Vol. 7. New York: Robert Appleton Company, 1910. 2 Mar. 2016 <http://www.newadvent.org/cathen/07016a.htm>.

Transcription. This article was transcribed for New Advent by Elizabeth T. knuth.


Ecclesiastical approbation. Nihil Obstat. June 1, 1910. Remy Lafort, S.T.D., Censor. Imprimatur. +John Cardinal Farley, Archbishop of New York.

SOURCE : http://www.newadvent.org/cathen/07016a.htm

Gregory of Nyssa B (RM)

Born at Caesarea, Cappadocia, c. 330-335; died c. 395-400.

This mystic among the three great Cappadocians was probably considerably younger than his brother Basil the Great. Like his brother, Gregory was well educated at Athens in both secular studies and theology, and married Theosebeia. (Gregory Nazianzen had a high opinion about both husband and wife. In his short eulogium of her, Nazianzen says that she rivaled her brothers-in-law who were in the priesthood, and calls her sacred, or one consecrated in God; she may have been a deaconess.) He became a rhetorician and a professor of rhetoric. Later, depressed with his students and at the persuasion of his friends, especially Gregory Nazianzen who exhorted him to turn to the sacred ministry, he was ordained and withdrew to seclusion. He joined his mother, Emmelia and sister, Macrina in Neocaesarea, and entered upon a strict monastic life the first five years after his ordination.

When Basil had become metropolitan of Caesarea and was trying to strengthen the anti-Arian front through the appointment of orthodox bishops, he made Gregory bishop of the neighboring Cappodocian town of Nyssa, Lower Armenia, in 372. When Basil was criticized for nepotism, he declared that it was better that his brother should do honor to the place than that the place should honor his brother.

His see was infested with Arianism. Gregory, a theologian and mystic, a man of learning, was not equal to the practical demands of the bishopric. He was easy-going, tactless, inefficient in monetary matters, and allowed himself to be cheated and deceived to the point that Demosthenes, the governor of Pontus, accused him of stealing Church property and had him imprisoned. He escaped but was deposed by a synod of Galatian and Pontiac bishops in 376. For several years until the death of Emperor Valens, he had to lead an uncertain, wandering life, "buffeted about like a piece of wood upon the water" (Gregory of Nazianzen). Gregory remained in exile until 378, when Emperor Gratian restored him to the see. In 379, he attended the Council of Antioch, which denounced the Meletian heresy, and was sent by that council to Palestine and Arabia to combat heresy there.

In the year 381, he participated in the second ecumenical Council at Constantinople, where he stood out as an authoritative theologian. The attacked Arianism and eloquently reaffirmed the decrees of the Council of Nicaea. The council called him, "Father of the Fathers" because he was widely venerated as the great pillar of orthodoxy and the great opponent of Arianism.

Influenced by the writings of Origen and Plato, Gregory wrote numerous theological treatises, which were considered the true exposition of the Catholic faith. Among them were his Catechetical Discourse, treatises against Eunomius and Apollinaris, a book On Virginity, and commentaries on the Scriptures.

A good many of his writings survive:
Answer to Eunomius' Second Book
On the Holy Spirit (Against the Followers of Macedonius)
On the Holy Trinity, and of the Godhead of the Holy Spirit
On "Not Three Gods" (To Ablabius)
On the Faith (To Simplicius)
Funeral Oration on Meletius
On the Baptism of Christ (Sermon for the Day of Lights)
Letters
Canonical Epistle to St. Letoius
He surpasses the other Cappadocian fathers in the depth and richness of his philosophy and theology and the appeal of his ascetical works. On the Soul and the Resurrection is in the form of a dialogue with his sister Macrina, and another dialogue, Against Fate, shows what a hold astrology had on people's minds. His ascetical works, such as the Life of Moses, and his sermons on the Song of Songs are well reputed.

One of his letters has a special interest in that it shows that the custom of religious pilgrimage was already being seriously abused at the end of the fourth century. A selection of translated texts from Gregory's mystical writings, under the title From Glory to Glory, was published in 1963. Overall, Gregory's writings are remarkable for depth of thought and lucidity of expression. Of the three 'great Cappadocians'--Basil, Gregory Nazianzen, Gregory of Nyssa--he is the least prolific but the most profound.

Gregory was in Constantinople on several further occasions. At the imperial court his eloquence was so highly esteemed that he was asked to deliver the eulogy for the wife of Theodosius the Great and for his daughter Pulcheria. The last account we have of him relates to his appearance at a synod in Constantinople in 394. Presumably he died soon after this, probably on January 10, the date on which the Greeks have always kept his feast.

Apparently there is some debate about Gregory's relationship with his wife following his episcopal consecration. Some imagine that he continued to cohabit with her. But Saint Jerome testifies that the custom of the eastern churches did not suffer such a thing. She seems to have lived to see him ordained a bishop, and to have died about the year 384; but she professed a state of continency (Attwater, Benedictines, Delaney, Encyclopedia, Farmer, Husenbeth, Schamoni). Click here to see an anonymous Russian icon of Saint Gregory.


SOURCE : http://www.saintpatrickdc.org/ss/0309.shtml

March 9

St. Gregory of Nyssa, Bishop and Confessor

HE was younger brother to St. Basil the Great; was educated in polite and sacred studies, and married to a virtuous lady. He afterwards renounced the world, and was ordained lector; but was overcome by his violent passion for eloquence to teach rhetoric. St. Gregory Nazianzen wrote to him in the strongest terms, exhorting him to renounce that paltry or ignoble glory, as he elegantly calls it. 1 This letter produced its desired effect. St. Gregory returned to the sacred ministry in the lower functions of the altar: after some time he was called by his brother Basil to assist him in his pastoral duties, and in 372 was chosen bishop of Nyssa, a city of Cappadocia, near the Lesser Armenia. The Arians, who trembled at his name, prevailed with Demosthenes, vicar or deputy-governor of the province to banish him. Upon the death of the Arian emperor, Valens, in 378, St. Gregory was restored to his see by the Emperor Gratian. Our holy prelate was chosen by his colleagues to redress the abuses and dissensions which heresy had introduced in Arabia and Palestine. He assisted at the council of Constantinople in 381, and was always regarded as the centre of the Catholic communion in the East. Those prelates only who joined themselves to him, were looked upon as orthodox. He died about the year 400, probably on the 10th of January, on which the Greeks have always kept his festival: the Latins honour his memory on the 9th of March. The high reputation of his learning and virtue procured him the title of Father of the Fathers, as the seventh general council testifies. His sermons are the monuments of his piety; but his great penetration and learning appear more in his polemic works, especially in his twelve books against Eunomius. See his life collected from his works, St. Greg. Nazianzen, Socrates, and Theodoret, by Hermant, Tillemont, t. 9. p. 561. Ceillier, t. 8. p. 200. Dr. Cave imagines, that St. Gregory continued to cohabit with his wife after he was bishop. But Saint Jerom testifies that the custom of the eastern churches did not suffer such a thing. She seems to have lived to see him bishop, and to have died about the year 384; but she professed a state of constinency: hence St. Gregory Nazianzen, in his short eulogium of her, says, she rivalled her brothers-in-law, who were in the priesthood, and calls her sacred, or one consecrated to God; probably she was a deaconess

Note 1. [Greek], Naz. ep. 43. [back]

Rev. Alban Butler (1711–73).  Volume III: March. The Lives of the Saints.  1866.

SOURCE : http://www.bartleby.com/210/3/092.html

March 9

Appendix on the Writings of St. Gregory of Nyssa

ST. GREGORY OF NYSSA wrote many learned works, extant in three volumes in folio, published by the learned Jesuit, Fronto le Duc, at Paris, an. 1615 and 1638. They are eternal monuments of this father’s great zeal, piety, and eloquence. Photius commends his diction, as surpassing that of all other rhetoricians, in perspicuity, elegance, and a pleasing turn of expression; and says, that in the beauty and sweetness of his eloquence, and the copiousness of his arguments in his polemical works against Eunomius, he far outwent the rest who handled the same subject. He wrote many commentaries on holy scripture. The first is his Hexæmeron, or book on the six days’ work of the creation of the world. It is a supplement to his brother Basil’s work on the same subject, who had omitted the obscurer questions, above the reach of the vulgar, to whom he preached. Gregory filled up that deficiency, at the request of many learned men, with an accuracy that became the brother of the great Basil. He shows in this work a great knowledge of philosophy. He finishes it by saying, the widow that offered her two mites did not hinder the magnificent presents of the rich; nor did they who offered skins, wood, and goats’ hair towards the tabernacle, hinder those who could give gold, silver, and precious stones. “I shall be happy,” says he, “if I can present hairs; and shall rejoice to see others add ornaments of purple, or gold tissue.” His book, on the Workmanship of Man, may be looked upon as a continuation of the former, though it was written first. He shows it was suitable that man, being made to command in quality of king all this lower creation, should find his palace already adorned, and that other things should be created before he appeared who was to be the spectator of the miracles of the Omnipotent. His frame is so admirable, his nature so excellent, that the whole Blessed Trinity proceeds as it were by a council, to his formation. He is a king, by his superiority and command over all other creatures by his gift of reason; is part spiritual, by which he can unite himself to God; part material, by which he has it in his power to use and even enslave himself to creatures. Virtue is his purple garment, immortality his sceptre, and eternal glory his crown. His resemblance to his Creator consists in the soul only, that is, in its moral virtues and God’s grace; which divine resemblance men most basely efface in themselves by sin. He speaks of the dignity and spiritual nature of the soul, and the future resurrection of the body, and concludes with an anatomical description of it, which shows him to have been well skilled in medicine, and in that branch of natural philosophy, for that age. The two homilies on the words, Let us make man, are falsely ascribed to him. Being desired by one Cæsarius to prescribe him rules of a perfect virtue, he did this by his Life of Moses, the pattern of virtue. He closes it with this lesson, that perfection consists not in avoiding sin for fear of torments, as slaves do; nor for the hope of recompense, as mercenaries do; but in “fearing, as the only thing to be dreaded, to lose the friendship of God; and in having only one desire, viz., of God’s friendship, in which alone man’s spiritual life consists. This is to be obtained by fixing the mind only on divine and heavenly things.” We have next his two treatises, on the Inscriptions of the Psalms, and An Exposition of the Sixth Psalm, full of allegorical and moral instructions. In the first of these, extolling the divine sentiments and instructions of those holy prayers, he says, that all Christians learned them, and thought that time lost in which they had them not in their mouths: even little children and old men sung them: all in affliction found them their comfort sent by God: those who travelled by land or sea, those who were employed in sedentary trades, and the faithful of all ages, sexes, and conditions, sick and well, made the Psalms their occupation. These divine canticles were sung by them in all times of joy, in marriages and festivals; by day, and in the night vigils, &c. His eight homilies, on the Three First Chapters of Ecclesiastes, are an excellent moral instruction and literal explication of that book. He addressed his fifteen homilies, on the Book of Canticles, which he had preached to his flock, to Olympias, a lady of Constantinople, who, after twenty months’ marriage being left a widow, distributed a great estate to the church and poor, a great part by the hands of our saint, whom she had settled an acquaintance with in a journey he had made to the imperial city. St. Gregory extols the excellency of that divine book, not to be read but by pure hearts, disengaged from all love of creatures, and free from all corporeal images. He says the Holy Ghost instructs us by degrees; by the Book of Proverbs to avoid sin; by Ecclesiastes to draw our affections from creatures; by this of Canticles he teaches perfection, which is pure charity. He explains it mystically. He has five orations on the Lord’s Prayer. In the first, he elegantly shows the universal, indispensable necessity of prayer, which alone unites the heart to God, and preserves it from the approach of sin. Every breath we draw ought also to be accompanied with thanksgiving, as it brings us innumerable benefits from God, which we ought continually to acknowledge. But we must only pray for spiritual, not temporal things. In the second, he shows that none can justly call God father who remain in sin, without desires of repentance, and who consequently bear the ensigns of the devil. Resemblance with God is the mark of being his son; that title further obliges us to have our minds and hearts always in heaven. By the next we pray that God alone may reign in us, and his will be ever done by us; and that the devil or self-love never have any share in our hearts or actions. By the fourth we ask bread, i. e. absolute necessaries, not dainties, not riches, or anything superfluous, or for the world, and even bread only for to-day, without solicitude for to-morrow, which perhaps will never come: all irregular desires, and all occasions of them, must be excluded. “The serpent is watching at your heel, but do you watch his head: give him no admittance into your mind: from the least entrance he will draw in after him the foldings of his whole body. If Eve’s counsellor persuade you that anything looks beautiful and tastes sweet, if you listen you are soon drawn into gluttony, and lust, and avarice, &c.” The fifth petition he thus paraphrases: “I have forgiven my debtors, do not reject your suppliant. I dismissed my debtor cheerful and free: I am your debtor, send me not away sorrowful. May my dispositions, my sentence prevail with you. I have pardoned, pardon: I have showed compassion, imitate your servant’s mercy. My offences are indeed far more grievous; but consider how much you excel in all good. It is just that you manifest to sinners a mercy suiting your infinite greatness. I have given proof of mercy in little things, according to the capacity of my nature; but your bounty is not to be confined by the narrowness of my power, &c.” His eight sermons, on the Eight Beatitudes, are written in the same style. What he says in them on the motives of humility, which he thinks is meant by the first beatitude, of poverty of spirit, and on meekness, proves how much his heart was filled with those divine virtues.

Besides what we have of St. Gregory on the holy scripture, time has preserved us many other works of piety of this father. His discourse entitled, on his Ordination, ought to be called, on the Dedication. It was spoken by him on the consecration of a magnificent church, built by Rufin, (præfect of the prætorium,) ann. 394, at the Borough of the Oak, near Chalcedon. His sermon, on Loving the Poor, is a pathetic exhortation to alms, from the last sentence on the wicked for a neglect of that duty. “At which threat,” he says, “I am most vehemently terrified, and disturbed in mind.” He excites to compassion for the lepers in particular, who, under their miseries, are our brethren, and it is only God’s favour that has preserved us sound rather than them; and who knows what we ourselves may become? His dialogue against Fate, was a disputation with a Heathen philosopher, who maintained a destiny or overruling fate in all things. His canonical epistle to Letoius, bishop of Melitine, metropolis of Armenia, has a place among the canons of penance in the Greek church, published by Beveridge. He condemns apostasy to perpetual penance, deprived of the sacraments till the article of death: if only extorted by torments, for nine years; the same law for witchcraft; nine years for simple fornication; eighteen for adultery; twenty-seven for murder, or for rapine. But he permits the terms to be abridged in cases of extraordinary fervour. Simple theft he orders to be expiated by the sinner giving all his substance to the poor; if he has none, to work to relieve them.

His discourse against those who defer baptism, is an invitation to sinners to penance, and chiefly of catechumens to baptism, death being always uncertain. He is surprised to see an earthquake or pestilence drive all to penance and to the font: though an apoplexy or other sudden death may as easily surprise men any night of their lives. He relates this frightful example. When the Nomades Scythians plundered those parts, Archias, a young nobleman of Comanes, whom he knew very well, and who deferred his baptism, fell into their hands, and was shot to death by their arrows, crying out lamentably: “Mountains and woods, baptize me; trees and rocks, give me the grace of the sacrament.” Which miserable death more afflicted the city than all the rest of the war. His sermons, against Fornication, on Penance, on Alms, and on Pentecost, are in the same style. In that against Usurers, he exerts a more than ordinary zeal, and tells them: “Love the poor. In his necessity he has recourse to you, to assist his misery, but by lending him on usury you increase it: you sow new miseries on his sorrows, and add to his afflictions. In appearance you do him a pleasure, but in reality ruin him; like one who, overcome by a sick man’s importunities, gives him wine, a present satisfaction, but a real poison. Usury gives no relief, but makes your neighbour’s want greater than it was. The usurer is no way profitable to the republic, neither by tilling the ground, by trade, &c.; yet idle at home, would have all to produce to him; hates all he gains not by. But though you were to give alms of these unjust exactions, they would carry along with them the tears of others robbed by them. The beggar who receives, did he know it, would refuse to be fed with the flesh and blood of a brother; with bread extorted by rapine from other poor. Give it back to him from whom you unjustly took it.—But to hide their malice, they change the name of usury into milder words, calling it interest or moderate profit, like the Heathens, who called their furies by the soft names Eumenides.” He relates that a rich usurer of Nyssa, was so covetous as to deny himself and children necessaries, and not to use the bath to save three farthings, dying suddenly, left his money all hid and buried where his children could never find it, who by that means were all reduced to beggary. “The usurers answer me,” says he, “then we will not lend; and what will the poor do? I bid them give, and exhort to lend, but without interest; for he that refuses to lend, and he that lends at usury, are equally criminal;” viz., if the necessity of another be extreme. His sermon on the Lent Fast, displays the advantage of fasting for the health of both body and soul; he demands during these forty days’ strenuous labour to cure all their vices, and insists on total abstinence from wine at large, and that weakness of constitution and health is ordinarily a vain pretence. St. Gregory’s great Catechistical Discourse is commended by Theodoret, (dial. 2 & 3.) Leontius, (b. 3.) Euthymius, (Panopl. p. 215.) Germanus patr. of Constantinople (in Photius cod. 233, &c.) The last lines are an addition. In the fortieth chapter he expounds to the catechumens the mysteries of the Unity and Trinity of God, and the Incarnation: also the two sacraments of baptism and the body of Christ, in which latter Christ’s real body is mixed with our corruptible bodies, to bestow on us immortality and grace. In his book upon Virginity, he extols its merit and dignity.

  St. Gregory was much scandalized in his journey to Jerusalem to see contentions reign in that holy place; yet he had the comfort to find there several persons of great virtue, especially three very devout ladies, to whom he afterwards wrote a letter, in which he says (t. 3. p. 655, 656.) “When I saw those holy places, I was filled with a joy and pleasure which no tongue can express.” Soon after his return he wrote a short treatise on those who go to Jerusalem, (t. 3. app. p. 72.) in which he condemns pilgrimages, when made an occasion of sloth, dissipation of mind, and other dangers; and observes that they are no part of the gospel precepts. Dr. Cave (p. 44.) borrows the sophistry of Du Moulin to employ this piece against the practice of pilgrimages; but in part very unjustly, as Gretser (not. in Notas Molinei) demonstrates. Some set too great a value on pilgrimages, and made them an essential part of perfection: and by them even many monks and nuns exchanged their solitude into a vagabond life. These abuses St. Gregory justly reproves. What he says, that he himself received no good by visiting the holy places, must be understood to be a Miosis, or extenuation to check the monks’ too ardent passion for pilgrimages, and only means, the presence of those holy places, barely of itself, contributes nothing to a man’s sanctification: but he does not deny it to be profitable by many devout persons uniting together in prayer and mortification, and by exciting hearts more powerfully to devotion. “Movemur locis ipsis in quibus eorum quos admiramur aut diligimus adsunt vestigia,” said Atticus in Cicero. “Me quidem illæ ipsæ nostræ Athenæ, non tam operibus magnificis exquisitisque antiquorum artibus delectant, quam recordatione summorum virorum, ubi quis habitare, ubi sedere, ubi disputare sit solitus, studiosque eorum sepulchra contemplor.” Much more must the sight of the places of Christ’s mysteries stir up our sentiments and love. Why else did St. Gregory go over Calvary, Golgotha, Olivet, Bethlehem? What was the unspeakable (spiritual certainly, not corporal) pleasure he was filled with at their sight? a real spiritual benefit, and that which is sought by true pilgrims. Does he not relate and approve the pilgrimages of his friend, the monk Olympius? Nor could he be ignorant of the doctrine and practice of the church. He must know in the third century that his countryman Alexander, a bishop in Cappadocia, admonished by divine oracle, went to Jerusalem to pray, and to visit the holy places, &c. as Eusebius relates; (Hist. lib. 6. cap. 11. p. 212.) and that this had been always the tradition and practice. “Longum est nunc ab ascensu Domini usque ad præsentem diem per singulas ætates currere, qui episcoporum, qui martyrum, qui eloquentium in doctrina ecclesiastica virorum venerint Hierosolymam, putantes se minus religionis, minus habere scientiæ, nec summam ut dicitur manum accepisse virtutum, nisi in illis Christum adorassent locis de quibus primum Evangelium de patibulo coruscaverat.” St. Jerom, in ep. Paulæ et Eustochii ad Marcellam. (T. 4. p. 550. ed. Ben.) As for the abuses which St. Gregory censures, they are condemned in the canon law, by all divines and men of sound judgment. If, with Benedict XIV., we grant this father reprehended the abuses of pilgrimages, so as to think the devotion itself not much to be recommended, this can only regard the circumstances of many who abuse them, which all condemn. He could not oppose the torrent of other fathers, and the practice of the whole church. And his devotion to holy places, relics, &c. is evident in his writings, and in the practice of St. Macrina and his whole family.

  His discourse on the Resurrection, is the dialogue he had with his sister St. Macrina the day before her death. His treatise on the Name and Profession of a Christian, was written to show no one ought to bear that name who does not practise the rules of this profession, and who has not its spirit, without which a man may perform exterior duties, but will upon occasions betray himself, and forget his obligation. When a mountebank at Alexandria had taught an ape dressed in woman’s clothes to dance most ingeniously, the people took it for a woman, till one threw some almonds on the stage; for then the beast could no longer contain, but tearing off its clothes, went about the stage picking up its dainty fruit, and showed itself to be an ape. Occasions of vain-glory, ambition, pleasure, &c. are the devil’s baits, and prove who are Christians, and who hypocrites and dissemblers under so great a name, whose lives are an injury and blasphemy against Christ and his holy religion. His book on Perfection teaches that that life is most perfect which resembles nearest the life of Christ in humility and charity, and in dying to all passions and to the love of creatures: that in which Christ most perfectly lives, and which is his best living image, which appears in a man’s thoughts, words, and actions; for these show the image which is imprinted on the soul. But there is no perfection which is not occupied in continually advancing higher.

His book on the Resolution of Perfection to the monks, shows perfection to consist in every action being referred to God, and done perfectly conformable to his will in the spirit of Christ. St. Gregory had excommunicated certain persons, who, instead of repenting, fell to threats and violence. The saint made against them his sermon, entitled, Against those who do not Receive Chastisement submissively; in which, after exhorting them to submission, he offers himself to suffer torments and death, closing it thus; “How can we murmur to suffer, who are the ministers of a God crucified? yet under all you inflict, I receive your insolences and persecutions as a father and mother do from their dearest children, with tenderness.” In the discourse on Children dying without Baptism, he shows that such can never enjoy God; yet feel not the severe torments of the rest of the damned. We have his sermons on Pentecost, Christ’s Birth, Baptism, Ascension, and on his Resurrection, (but of these last only the first, third, and fourth, are St. Gregory’s,) and two on St. Stephen, three on the Forty Martyrs; the lives of St. Gregory Thaumaturgus, St. Theodorus, St. Ephrem, St. Meletius, and his own sister, St. Macrina: his panegyric on his brother, St. Basil the Great, the funeral oration of Pulcheria, daughter to the Emperor Theodosius, six years old, and that of his mother, the empress Flaccilla, who died soon after her, at the waters in Thrace. St. Gregory was invited to make these two discourses in 385, when he was at Constantinople. We have only five of St. Gregory’s letters in his works. Zacagnius has published fourteen others out of the Vatican library. Caraccioli, of Pisa in 1731, has given us seven more with tedious notes.

  Saint Gregory surpasses himself in perspicuity and strength of reasoning, in his polemic works against all the chief heretics of his time. His twelve books against Eunomius, were ever most justly valued above the rest. St. Basil had refuted that heresiarch’s apology; nor durst he publish any answer, till after the death of that eloquent champion of the faith. Then the Apology of his Apology began to creep privately abroad. St. Gregory got at last a copy, and wrote his twelve excellent books, in which he vindicates St. Basil’s memory, and gives many secret histories of the base Eunomius’s life. He proves against him the Divinity and Consubstantiality of God the Son. Though he employs the scripture with extraordinary sagacity, he says, tradition, by succession from the apostles, is alone sufficient to condemn heretics. (Or. 3. contra Eunom. p. 123.) We have his Treatise to Ablavius, that there are not three gods. A Treatise on Faith also against the Arians. That on Common Notions, is an explication of the terms used about the Blessed Trinity. We have his ten Syllogisms against the Manichees, proving that evil cannot be a God. The heresy of the Apollinarists beginning to be broached, St. Gregory wrote to Theophilus, patriarch of Alexandria, against them, showing there is but one person in Christ. But his great work against Apollinaris, is his Anterretic, quoted by Leontius, the sixth general council, &c. Only a fragment was printed in the edition of his father’s works; but it was published from MSS. by Zacagnius, prefect of the Vatican library, in 1698. He shows in it that the Divinity could not suffer, and that there must be two natures in Christ, who was perfect God and perfect man. He proves, also, against Apollinaris, that Christ had a human soul with human understanding. His book of Testimonies against the Jews, is another fruit of his zeal.

St. Gregory so clearly establishes the procession of the Holy Ghost from the Son, that some Greeks, obstinate in that heresy, erased out of his writings the words out of, as they confessed in a council at Constantinople, in 1280. He expressly condemned Nestorianism before it was broached, and says, “No one dare call the holy Virgin and mother of God, mother of man.” (Ep. ad Eustath. p. 1093.) He asserts her virginity in and after the birth of Christ. (Or. contr. Eunom. p. 108, and Serm. in natale Christi, p. 776.) He is no less clear for Transubstantiation in his great catechistical discourse, (c. 37, p. 534, 535,) for the sacrifice and the altar. Or. in Bapt. Christi, p. 801. Private confession of sins is plain from his epistle to Letoius (p. 954) in which he writes thus: “Whoever secretly steals another man’s goods, if he afterwards discover his sin by declaration to the priest, his heart being changed, he will cure his wound, giving what he has to the poor.” This for occult theft, for which no canonical penance was prescribed. He inculcates the authority of priests, of binding and loosing before God, (Serm. de Castig. 746, 747.) and calls St. Peter “prince of the apostolic choir,” (Serm. 2. de Sancto Stephano edito a Zacagnio, p. 339.) and (ib. p. 343.) “the head of the apostles;” and adds, In glorifying him all the members of the church are glorified, and that it is founded on him.” He writes very expressly and at length on the invocation of saints, and says they enjoy the beatific vision immediately after death, in his sermons on St. Theodorus, on the Forty Martyrs, St. Ephrem, St. Meletius, &c.

Rev. Alban Butler (1711–73).  Volume III: March. The Lives of the Saints.  1866.

SOURCE : http://www.bartleby.com/210/3/093.html
Voir aussi : http://www.gregoiredenysse.com/

Textes disponibles:

La création de l’homme, traduction Jean Laplace (Sources chrétiennes 6, 1943, (c) Le Cerf)

Traité sur les six jours, traduction Timothée Lecaudey (maîtrise, 1999)

Discours sur les morts, traduction Guillaume Bady (maîtrise, 1994)

Sur le sixième Psaume, concernant l’octave, traduction de Jean Reynard (maîtrise)

Sermon sur l’Ascension, traduction de Ch. Bouchet revue par Luc Fritz

Sur la Pentecôte, traduction de Serge Viudez (Maîtrise, 1985)

Eloge funèbre de Pulchérie, traduction de Léonce de Saporta (XIXe s.)

Eloge funèbre de Flacille, traduction de Léonce de Saporta (XIXe s.)

Homélie contre les usuriers, traduction de E. Sommer (1907)

Eloge funèbre de Mélèce, traduction de E. Sommer (1907)

Sur la naissance de Jésus-Christ, traduction de F. Quéré (1963)

Vie de Grégoire le Thaumaturge, nouvelle traduction de Pierre Maraval (2005)

Réfutation de la profession de foi d’Eunome, traduction de Jan Van Parys & Luc Fritz (2007)

http://www.patristique.org/-Gregoire-de-Nysse-.html