mercredi 24 septembre 2014

Bienheureuse ÉMILIE TAVERNIER-GAMELIN, religieuse


Emilie Tavernier 

Emilie Tavernier est née à Montréal, au Canada, le 19 février 1800, de parents modestes, mais vertueux et travailleurs. Elle est la dernière des quinze enfants issus de l'union Tavernier-Maurice; ils partirent bientôt pour le ciel, mais ils laissèrent à leurs enfants une éducation chrétienne marquée par la présence de la Providence en leur vie.

A l'âge de 4 ans, Emilie fut confiée à une tante paternelle qui reconnut déjà en sa pupille une propension sensible pour les pauvres et les malheureux.

Chez son frère devenu veuf, elle se porte à son secours — elle a 18 ans — sans aucune rémunération, mais à la seule condition d'avoir une table toujours ouverte pour les mendiants qui se présentent, — table qu'elle nomme avec amour: «la Table du Roi».

En 1823, elle épouse Jean-Baptiste Gamelin, un pomiculteur de profession en qui elle a trouvé un ami des pauvres qui rejoint ses propres aspirations. Trois enfants naissent en leur foyer, mais il est assombri par le décès de ceux qu'elle accueille avec amour et dévouement, y compris celui de son époux, avec qui elle vivait heureuse et fidèle à l'engagement matrimonial qui était le leur.

Quoique confrontée à ces multiples épreuves, elle ne se replie pas sur sa souffrance, mais elle trouve en la Vierge des Douleurs le modèle qui orientera toute sa vie!

Sa prière et sa contemplation de la Vierge au pied de la croix lui ouvrent la voie à une charité toute compatissante pour tous ceux qui sont en proie à une souffrance, quelle qu'elle soit. Son époux, ses enfants, ce sont eux maintenant!

Un pauvre déficient intellectuel et sa vieille maman ouvrent la liste de ceux qui bénéficieront, non seulement des ressources que lui a léguées son époux, mais plus encore de son temps, de son dévouement, de son bien-être, de ses loisirs, de sa santé même. Sa maison devient la leur, et elle multipliera les refuges pour abriter leur indigence. Personnes âgées, orphelins, prisonniers, immigrés, sans-travail, sourds-muets, jeunes ou couples en difficultés, handicapés physiques ou intellectuels connaissent bien sa demeure qu'on appelle spontanément: «Maison de la Providence», parce qu'elle même est une «vraie providence».

A domicile, comme à la prison, auprès des malades comme des bien-portants, Emilie est accueillie parce qu'elle apporte réconfort et assistance. Elle est vraiment l'Evangile en action: «Ce que vous faites au plus petit d'entre les miens, c'est à moi que vous le faites».

Parentes et amies se groupent autour d'elle pour la seconder et l'aider; d'autres par ailleurs, s'expliqueront mal un tel dévouement jusqu'à dire: «Madame Gamelin n'avait pas assez de folles, d'autres s'ajoutent», en voyant s'ouvrir un nouveau refuge.

Quinze années durant, elle multipliera ses actes «héroïques» de dévouement, sous l'œil reconnaissant et approbateur de l'évêque Jean-Jacques Lartigue d'abord, puis du second évêque de Montréal, Mgr Ignace Bourget. Une existence si précieuse pour leurs ouailles ne pourrait disparaître, sans une relève assurée.

Lors d'un voyage à Paris, en 1841, l'évêque Bourget sollicite des Filles de Saint-Vincent de Paul, quelques recrues pour l'œuvre de Madame Gamelin, afin d'établir les bases d'une communauté religieuse. Sur leur réponse affirmative, Montréal verra se lever un nouvel édifice pour les accueillir. Mais, en dernière heure, les religieuses attendues ne viennent pas et la Providence a d'autres desseins.
L'œuvre de Madame Gamelin subsistera envers et malgré tout!

L'évêque Bourget en appellera à son propre diocèse et les recrues canadiennes seront dirigées chez Madame Gamelin qui les formera à l'œuvre de charité compatissante qu'elle assume avec tant de dévouement, à la mission de Providence qu'elle proclame en des actes qui parlent plus fort encore que des paroles.
En la Maison de la Providence, des Sœurs de la Providence naissent dans l'Eglise de Montréal, et Emilie Tavernier-Gamelin joindra le groupe des premières religieuses comme novice d'abord, puis comme leur mère et leur fondatrice. La première profession reli-gieuse eut lieu le 29 mars 1844.

Et les besoins des pauvres, des malades, des immigrés etc. ne cessent de grandir, dans une ville, dans une société, en voie de développement.

La Communauté naissante connaîtra ses heures sombres, quand des décès en temps d'épidémie viendront diminuer ses effectifs, quand l'évêque Bourget mettra en doute, sous l'influence d'une religieuse ombrageuse, la bonne volonté même de la supérieure, mais la fondatrice restera debout au pied de la croix, à l'exemple de la Vierge des Douleurs, son modèle depuis les heures pénibles de sa viduité. L'évêque Bourget reconnaîtra lui-même sa grandeur d'âme et sa générosité poussée jusqu'à l'héroïsme.

La nouvelle communauté grandira, elle aussi, pour répondre aux besoins de l'heure: les Sœurs de la Providence verront leur nombre se multiplier jusqu'à 50, au moment où la Fondatrice elle-même succombera, victime de l'épidémie du choléra, en 1851, huit ans seulement après le lancement de la communauté de la Providence. Ses filles recueilleront sur ses lèvres mourantes, l'ultime testament de leur mère: humilité, simplicité, charité, surtout charité.

Depuis ces modestes débuts, 6147 jeunes filles se sont engagées à la suite d'Emilie Tavernier-Gamelin; on les retrouve aujourd'hui au Canada, aux Etats-Unis, au Chili, en Argentine, en Haïti, au Cameroun, en Egypte, aux Philippines et au Salvador.

Par le Pape Jean-Paul II, sa vertu héroïque fut promulguée le 23 décembre 1993 et, après la reconnaissance officielle d'un miracle attribué à son intercession, le 18 décembre 2000, le Souverain Pontife proclame sa béatification le 7 octobre 2001, la proposant au peuple de Dieu comme un modèle de sainteté, par une vie toute vouée au service de ses frères et sœurs les plus démunis de la société. Sa fête liturgique est fixée au 23 septembre, jour anniversaire de son décès en 1851.



CHAPELLE PAPALE POUR LA BÉATIFICATION DE 7 SERVITEURS DE DIEU

HOMÉLIE DU PAPE JEAN PAUL II

Dimanche 7 octobre 2001

1. "Le juste vivra par sa fidélité" (Ha 2, 4):  c'est avec ces paroles pleines de confiance et d'espérance que le prophète Habaquq s'adresse au peuple d'Israël à un moment particulièrement tourmenté de son existence. Relues par l'Apôtre Paul à la lumière du mystère du Christ, ces mêmes paroles sont utilisées afin d'exprimer un principe universel:  c'est à travers la foi que l'homme s'ouvre au salut qui lui vient de Dieu.


Nous avons aujourd'hui la joie de contempler ce grand mystère de salut rendu actuel avec les nouveaux bienheureux. Ce sont eux les justes qui, en raison de leur foi, vivent aux côtés de Dieu pour l'éternité:  Ignazio Maloyan, Evêque et martyr; Nikolaus Gross, père de famille et martyr; Alfonso Maria Fusco, prêtre; Tommaso Maria Fusco, prêtre; Emilie Tavernier-Gamelin, religieuse; Eugenia Picco, vierge; Maria Euthymia Uffing, vierge.



Ces frères illustres, à présent élevés à la gloire des autels, ont su traduire leur indomptable foi dans le Christ en une extraordinaire expérience d'amour envers Dieu et de service envers leur prochain. 
Mgr Ignace Maloyan



2. Mgr Ignace Maloyan, mort martyr à l'âge de 46 ans, nous rappelle le combat spirituel de tout chrétien, dont la foi est exposée aux attaques du mal. C'est dans l'Eucharistie qu'il puisait, jour après jour, la force nécessaire pour accomplir avec générosité et passion son ministère de prêtre, se consacrant à la prédication, à la pastorale des sacrements et au service des plus pauvres. Tout au long de son existence, il a pleinement vécu la parole de saint Paul:  "Ce n'est pas un esprit de peur que Dieu nous a donné, mais un esprit de force, d'amour et de raison" (2 Tm 1, 14.7). Devant les dangers de la persécution, le bienheureux Ignace n'accepta aucun compromis, déclarant à ceux qui faisaient pression sur lui:  "A Dieu ne plaise que je renie Jésus mon Sauveur. Verser mon sang en faveur de ma foi est le plus vif désir de mon coeur!". Que son exemple éclaire aujourd'hui tous ceux qui veulent être de vrais témoins de l'Evangile, pour la gloire de Dieu et pour le salut de leurs frères!

Soeur Emilie Tavernier-Gamelin


3. Dans sa vie de mère de famille et de religieuse fondatrice des Soeurs de la Providence, Emilie Tavernier-Gamelin a été le modèle d'un courageux abandon à la Providence. Son attention aux personnes et aux situations la conduisit à inventer des formes nouvelles de charité. Elle avait un coeur ouvert à toute détresse, servant spécialement les pauvres et les petits, qu'elle désirait traiter comme des rois. Considérant qu'elle avait tout reçu du Seigneur, elle donnait sans compter. Tel était le secret de sa joie profonde, même dans l'adversité. Dans un esprit de totale confiance en Dieu et avec un sens aiguisé de l'obéissance, tel le "serviteur quelconque" de l'Evangile, elle accomplit son devoir d'état comme un commandement divin, voulant faire en tout la volonté du Seigneur. Que la nouvelle bienheureuse soit un modèle de contemplation et d'action pour les Soeurs de son Institut et pour les personnes qui travaillent avec elles!

Nikolaus Gross


4. Les deux nouveaux bienheureux allemands nous ramènent à une période sombre du XXème siècle. Tournons le regard vers le bienheureux Nikolaus Gross, journaliste et père de famille. Il comprit avec sagacité que l'idéologie national-socialiste ne pouvait pas s'accorder avec la foi chrétienne. Il prit courageusement la plume pour défendre la dignité des personnes. Nikolaus Gross aimait beaucoup sa femme et ses enfants. Toutefois, à aucun moment le lien qui l'unissait à sa famille ne lui fit abandonner le Christ et son Eglise. Il savait bien que "si aujourd'hui nous n'engageons pas notre vie, comment pourrons-nous ensuite prétendre nous trouver aux côtés de Dieu et de notre peuple".



C'est en raison de cette conviction qu'il fut conduit à l'échafaud, mais les portes du ciel s'ouvrirent à lui. Dans le bienheureux martyr Nikolaus Gross se réalisa ce qu'avait prédit le prophète:  "Le juste vivra par sa fidélité" (Ha 2, 4).

Soeur Euthymia Uffing


5. Soeur Euthymia a rendu un témoignage d'un tout autre genre. Cette soeur clémentine s'est consacrée au soin des malades, en particulier des prisonniers de guerre et des immigrés. Elle fut même appelée "Maman Euthymia". Après la guerre, elle dut s'occuper d'une blanchisserie au lieu de prendre soin des malades. Elle aurait certainement préféré servir les personnes plutôt que les machines. Malgré tout, elle demeura une soeur pleine de compassion, ayant un sourire amical et une bonne parole pour tous. Elle exprimait ainsi son désir:  "Le Seigneur doit m'utiliser comme un rayon de soleil qui illumine chaque jour". Elle vécut selon la devise suivante:  quoi que nous fassions, nous ne sommes toujours que "des serviteurs inutiles; nous avons fait ce que nous devions faire" (Lc 17, 10). Sa grandeur se trouve dans la foi dans les petites choses.

Dom Alfonso Maria Fusco


6. "Si vous aviez de la foi comme un grain de sénevé...", s'exclame Jésus en conversant avec ses disciples (Lc 17, 6).



Ce fut une foi ferme et authentique qui guida l'oeuvre et la vie du bienheureux dom Alfonso Maria Fusco, fondateur des Soeurs de Saint Jean-Baptiste. Dès sa jeunesse, le Seigneur avait placé dans son coeur le désir  passionné de consacrer sa vie au service des plus pauvres, en particulier des enfants et des jeunes, qu'il rencontrait en grand nombre dans sa ville natale d'Angri, en Campanie. C'est pour cette raison qu'il entreprit le chemin du sacerdoce et devint, dans un certain sens, "le Don Bosco du Sud". Dès le début, il souhaita engager dans son oeuvre plusieurs jeunes qui partageaient son idéal, en leur proposant comme devise les paroles de saint Jean Baptiste:  "Parate viam Domini", "Préparez le chemin du Seigneur" (Lc 3, 4). Confiants dans la divine Providence, le bienheureux Alfonso Maria et les Soeurs baptistines ont accompli une oeuvre bien supérieure à leurs propres attentes. D'une simple maison d'accueil est né un Institut, qui est aujourd'hui présent dans seize pays et dans quatre continents, aux côtés des "humbles" et des "derniers".

Dom Tommaso Maria Fusco


7. La singulière vitalité de la foi, attestée par l'Evangile d'aujourd'hui, apparaît également dans la vie et dans l'activité de dom Tommaso Maria Fusco, fondateur de l'Institut des Filles de la Charité du Très Précieux Sang. En vertu de la foi il sut vivre, dans le monde, la réalité du Royaume de Dieu d'une façon toute particulière. Parmi ses prières, l'une d'entre elles lui était particulièrement chère:  "Je crois en toi, mon Dieu; fais croître ma foi". Telle est précisément la requête que les Apôtres adressent à Jésus dans l'Evangile d'aujourd'hui (cf. Lc 17, 6). Le bienheureux Tommaso Maria avait en effet compris que la foi est avant tout un don, une grâce. Personne ne peut la conquérir ou la gagner tout seul. On peut seulement la demander, l'implorer d'En-haut. C'est pourquoi, illuminés par le précieux enseignement du nouveau bienheureux, ne nous lassons jamais d'invoquer le don de la foi, car "le juste vivra par sa fidélité" (Ha 2, 4).

Eugenia Picco


8. La synthèse vitale entre contemplation et action, assimilée à partir de la participation quotidienne à l'Eucharistie, fut le fondement de l'expérience spirituelle et de l'élan de charité d'Eugenia Picco. Au cours de sa vie, elle s'efforça toujours de se mettre à l'écoute de la voix du Seigneur, selon l'invitation de la liturgie dominicale d'aujourd'hui (cf. Refrain  du  Psaume responsorial), en ne se soustrayant jamais aux tâches que l'amour envers le prochain lui demandait. A Parme, elle s'occupa des personnes pauvres, répondant aux besoins des jeunes et des familles indigentes et assistant les victimes de la guerre qui, en cette période, ensanglantait l'Europe. Même face à la souffrance, avec les inévitables moments de difficulté et d'égarement que celle-ci comporte, la bienheureuse Eugenia Picco sut transformer l'expérience de la douleur en occasion de purification et de croissance intérieure. La nouvelle bienheureuse, nous apprend l'art d'écouter la voix du Seigneur, afin d'être des témoins crédibles de l'Evangile de la charité en cette première partie du millénaire.

La vocation à la sainteté


9. "Mirabilis Deus in sanctis suis!". Avec les Communautés dans lesquelles les nouveaux bienheureux ont vécu et pour lesquelles ils ont prodigué leurs meilleures énergies humaines et spirituelles, nous voulons rendre grâce à Dieu, "admirable dans ses saints". Dans le même temps, nous lui demandons, par leur intercession, de nous aider à répondre avec une ardeur renouvelée à la vocation universelle à la sainteté. 
Amen!


A l'issue de la Messe de béatification, et après la prière de l'Angelus, le Saint-Père a salué les pèlerins de langue française: 


Je vous salue, chers pèlerins venus de différents pays pour les béatifications de ce jour. Puissent ces nouvelles figures de sainteté, en particulier Mgr Maloyan et Soeur Emilie Gamelin, vous aider à devenir vous-mêmes des saints, dans la vie qui est la vôtre, en donnant un éloquent témoignage quotidien de votre amour pour le Christ et pour vos frères et soeurs, notamment les plus pauvres!




Bienheureuse Émilie Gamelin

Émilie Tavernier est née le 19 février 1800, à Montréal. Devenue orpheline de père et mère à 4 ans, elle fut adoptée par sa tante madame Perreault et son oncle. Elle vécut toute son enfance et son adolescence sur la rue Saint-Vincent à Montréal. 

À 23 ans, Émilie épouse Jean-Baptiste Gamelin, bourgeois et rentier âgé de 50 ans. Ses deux enfants meurent en bas âge et elle perd son époux en 1827. Son troisième enfant posthume succombe l’année suivante. Lui survivent un handicapé mental et sa mère que le couple avait hébergés. Plongée dans le deuil, elle trouve la consolation dans les œuvres de charité. 

Début d’une grande œuvre 

La jeune veuve vend une partie de ses immeubles pour subvenir aux besoins des pauvres en aumône et en œuvres de charité. Elle ouvre un premier refuge sur la rue Saint-Laurent, où elle accueille une quinzaine de sexagénaires. En 1831, elle en établit un second sur la rue Saint-Philippe. Puis, elle crée une Société de neuf dames patronnesses, connue par la suite sous le nom de Dames de Charité. 

Le choléra des années 1832 à 1834 leur amène de nombreuses infirmes. L’œuvre s’élargit lors de l’insurrection de 1837. Émilie s’empresse de visiter les nombreux détenus politiques pour les consoler. Le 18 septembre 1841, la législature accordait à l’Institut l’incorporation civile sous le titre « Corporation de l’Asile des femmes âgées et infirmes de Montréal ». 

Les Sœurs de la Providence 

Au cœur de leur engagement, sept jeunes filles demandent à se consacrer au service des pauvres et des infirmes. La prise d’habit eut lieu le 25 mars 1843. Une novice ayant quitté quatre mois plus tard, Émilie prend sa place. L’évêque, Mgr Bourget, lui demande, avant de l’admettre, de visiter les couvents de Saint-Vincent-de-Paul aux États-Unis pour y recueillir les constitutions et voir comment vit cette communauté. 

Elle fit ensuite sa profession le 29 mars 1844. On y fit lecture du document qui érigeait canoniquement l’Institution des Sœurs de Charité de la Providence. Le lendemain, Sœur Gamelin fut élue supérieure. 

L’œuvre de charité de la jeune communauté prend rapidement de l’ampleur un peu partout à Montréal, tant les besoins sont criants. Mère Gamelin ouvre des hospices, des maisons pour les malades mentaux, les sourdes-muettes, les orphelins, les prêtres âgés, les infirmes, et même des écoles. Les sœurs visitent aussi à domicile des pauvres et des malades, sans oublier les prisonniers. 
De plus, l’immigration irlandaise (1847-1848) amène à Montréal environ 6 000 personnes dont un grand nombre périrent du typhus. En 1849, le choléra sévit dans la ville, et avec l’approbation du maire, M. Raymond Fabre, la supérieure ouvre l’hôpital Saint-Camille durant quelques mois. 

Mère Gamelin meurt à l’Asile de la Providence, victime du choléra, à 51 ans, le 23 septembre 1851. 

Depuis mai 2000, une statue d’elle se trouve à la station de métro Berri-UQAM, située sur la place qui porte son nom, en hommage à sa grande œuvre de charité à Montréal. 

Émilie Gamelin a été béatifiée le 7 octobre 2001.

Liens intéressants :

Soeurs de la Providence / Musée Providence

© Église catholique à Montréal - Tous droits réservés


Bienheureuse ÉMILE TAVERNIER-GAMELIN

Fondatrice et première supérieure générale des Sœurs de la Charité de la Providence, à Montréal (Québec). Béatifiée par le pape Jean-Paul II le 7 octobre 2001.


"Figure dominante de la société québécoise, elle ouvre des maisons afin de donner asile aux vieillards et aux infirmes. L'oeuvre qu'elle dirigeait depuis 1830 fut transformée en institution religieuse. En 1843, la congrégation des Soeurs de la Providence était née. L'Institut a connu un développement remarquable au service des femmes âgées, des orphelines, des sourdes-muettes et des malades mentaux." ("Émilie Gamelin", Mouvement estrien pour le français)

"Elle avait un cœur ouvert à toute détresse, servant spécialement les pauvres et les petits, qu’elle désirait traiter comme des rois" (Jean-Paul II)

Biographie

1. Enfance et jeunesse


La famille était originaire d’Amiens, dans la Somme (Picardie). Julien Tavernier, le grand-père, vint au Canada avec le grade de sergent d’infanterie dans le régiment du chevalier de La Corne. Le 15 mai 1749, il épousait, à Montréal, Marie-Anne Girouard; et il périt, en juillet 1756, près de Champlain, dans une expédition dirigée contre les avant-postes anglais. Son fils, Antoine, époux de Josephte Maurice, eut six enfants, quatre garçons et deux filles, dont Émilie était la dernière.

Elle naquit, le 19 février 1800, au fief de la Providence, avenue Mont-Royal, et fut baptisée, le lendemain, à l’église Notre-Dame de Montréal sous les prénoms de Marie-Émilie-Eugénie. À l’âge de six ans, elle devint orpheline de père et de mère; celle-ci en mourant la confia à la tendresse de Mme Joseph Perrault, veuve, qui vivait dans l’aisance et qui ne tarda point à la placer au pensionnat des Sœurs de la Congrégation de Notre-Dame. À dix-huit ans, Émilie prit la direction de la maison de son frère Antoine, devenu veuf. Elle assistait à la messe chaque matin, visitait les pauvres aux heures libres que lui laissait le ménage. Son frère s’étant remarié, elle alla habiter avec une tante, jusqu’au jour où l’une de ses cousines de Québec l’appela auprès d’elle. Là, elle vit le monde de près. Ses lettres à Mme Nolan, fille aînée de la tante, témoignent de son bon sens, de son tact, de son aimable caractère : elle sut plaire dans la société. Le décès de Mme Perrault, en avril 1821, la ramena à Montréal, où elle pensa entrer au noviciat des Sœurs Grises.

2. Mariage

À l’âge de 23 ans, Émilie épousa Jean-Baptiste Gamelin, bourgeois et rentier de Montréal, âgé de 50 ans. Ayant donné naissance à deux enfants, morts en bas âge, elle perdit son époux, en octobre 1827. L’année suivante, elle vit succomber aussi son troisième enfant posthume.

Elle demanda alors aux œuvres de charité la consolation de ses douleurs. M. Gamelin, avant son mariage, avait recueilli un attardé mental nommé Dodais. « Prends soin de cet infortuné, dit-il en mourant, en souvenir de moi et de mon amour pour toi. » Elle le soigna comme son enfant jusqu’à sa mort. Agé de 30 ans, le pauvre innocent s’écria dans un moment de lueur intellectuelle : « Madame, je vous remercie de toutes vos bontés pour moi. Je vais mourir, je m’en vais au ciel et je prierai pour vous! » Puis, de sa main débile, montrant sa mère qui pleurait à son chevet, il ajouta pour la lui recommander : « C’est ma mère! ».

3. Débuts de l’œuvre

Pour subvenir aux aumônes et aux œuvres de charité, pour fonder un modeste refuge, la jeune veuve dut vendre une partie de ses immeubles. Le 4 mars 1828, elle ouvrit le Refuge de la rue Saint-Laurent, où elle accueillit une quinzaine de sexagénaires et une veuve de 102 ans. En 1831, elle en établit un second dans la rue Saint-Philippe. Puis elle créa une Société de neuf dames patronnesses, connu par la suite sous le nom de Dames de Charité. Le choléra des années 1832 et 1834 leur amena de nombreuses infirmes. M. Olivier Berthelet leur fit don d’une maison située sur la rue Sainte-Catherine, tandis qu’une demoiselle, Madeleine Durand, se donnait au service des hospitalisées. Le 3 mai 1836, 24 vieilles femmes occupèrent la Maison jaune, au coin de la rue Saint-Hubert, et la fondatrice rédigea un règlement de vie à sa communauté naissante.

L’insurrection de 1837 jeta en prison une foule de détenus politiques : Mme Gamelin s’empressa de les visiter et de les consoler. On l’appela « l’ange des prisonniers ». Dès lors, la visite des prisons est restée traditionnelle dans l’Institut de la Providence. En 1839, la fièvre typhoïde la conduisit au bord de la tombe; elle rapporta plus tard (1848) que, dans l’agonie, elle eut une apparition de la Vierge Marie, de son époux, de ses trois enfants et que, reprenant ses sens, elle dit : « Ne pleurez plus, je ne mourrai pas maintenant. » Le 13 décembre 1841, on célébra la première messe au Refuge et l’abbé Prince fut nommé chapelain. Le 2 février 1842, la fondatrice fit en secret le vœu de continence parfaite.

Le 18 septembre 1841, la législature accordait à l’Institut l’incorporation civile sous le titre « Corporation de l’Asile des femmes âgées et infirmes de Montréal ». La Corporation comprenait douze dames : Mme Gamelin, directrice, Mlle Durand, sous-directrice, Mme Nolan, trésorière, les dames P.-J. Lacroix, A. Cuvillier, A.-M. Delisle, E.-R. Fabre, D.-B. Viger, J. Perrault, S. Delorme, Mlle T. Berthelet. Le 6 novembre suivant, Mgr Bourget conféra à la Corporation l’érection canonique; puis, dans un voyage en France, il implora en vain pour l’œuvre au berceau le concours des Filles de Saint-Vincent de Paul.

4. La fondation

Sept jeunes filles sollicitèrent l’honneur de se consacrer au service des pauvres et des infirmes. Mgr Bourget les fit mettre en retraite. La prise d’habit eut lieu le 25 mars 1843; mais l’une des novices étant sortie en juillet, Mme Gamelin occupa sa place. L’évêque de Montréal voulut, avant de l’admettre, qu’elle visitât les couvents de Saint-Vincent de Paul aux Etats-Unis. Elle se rendit, au mois de septembre, à Boston, à New York, à Emmitsburg, et en rapporta une copie des Constitutions. Le 8 octobre 1843, elle prit l’habit et fit sa profession, le 29 mars 1844; pendant la cérémonie, on donna lecture du mandement qui érigeait canoniquement l’Institution des Sœurs de Charité de la Providence. Le lendemain, sœur Gamelin fut élue Supérieure, sœur Vincent-de-Paul assistante, sœur Thibodeau maîtresse des novices et sœur Caron dépositaire. En mai, on fonda l’œuvre des Orphelines et, en septembre, celle des Dames pensionnaires; la maison comptait déjà un personnel de 120 âmes. L’année suivante, l’affluence des pauvres et des infirmes nécessita l’agrandissement de l’Asile. On y ouvrit un Dépôt ou appartement où l’on distribue les secours aux miséreux du dehors. 

Au printemps de 1846, la Mère Gamelin installa deux sœurs à la ferme Saint-Isidore de la Longue-Pointe; le 15 mai, elle ouvrit un hospice à Laprairie de la Madeleine. L’immigration irlandaise (1847-1848) amena à Montréal environ 6000 infortunés qui périrent en grand nombre du typhus. On les accueillit dans les abris de la Pointe-Saint-Charles, où ils reçurent les soins des Sœurs de la Providence et des Religieuses de l’Hôtel-Dieu; les orphelins furent recueillis à l’hospice Saint-Jérôme-Émilien. En 1848, on inaugura, sous le patronage de sainte Blandine, l’Œuvre des Servantes sans place, qui ne vécut malheureusement que peu d’années. Puis, la supérieure se chargea de l’École Saint-Jacques, école gratuite en faveur des enfants pauvres du quartier. Le 15 août, était fondée la mission Sainte-Elisabeth de Joliette, dans le dessein d’instruire les jeunes filles, d’hospitaliser les vieillards et les orphelins, de visiter à domicile les pauvres et les malades. En 1849, le choléra sévit de nouveau en ville; d’accord avec le maire, M. Raymond Fabre, la supérieure ouvrit l’hôpital Saint-Camille, de juillet à septembre. Le 30 novembre, fut inauguré le Tiers-Ordre des Servites de Marie comme auxiliaires et qui se fusionna plus tard avec les Sœurs de l’Institut.

Au printemps de 1850, la fondatrice entreprit un second voyage d’information aux Etats-Unis. En février 1851, elle ouvrait à la Longue-Pointe l’institution des Sourdes-Muettes : ce fut le dernier fleuron de sa couronne. Le 23 septembre, après la visite officielle à ses établissements, elle succomba rapidement à une attaque de choléra et fut inhumée le lendemain.

source: Louis Le Jeune, article « Émilie Gamelin » de son Dictionnaire général de biographie, histoire, littérature, agriculture, commerce, industrie et des arts, sciences, moeurs, coutumes, institutions politiques et religieuses du Canada, Ottawa, Université d'Ottawa, 1931, vol. 1, p. 685-686 (ouvrage du domaine public)

Documentation

Dubuc, Jean-Guy. Mère Émilie Gamelin: La meilleure amie des pauvres, 1999 (pour enfants)

Mitri, A, O.M.I. Mère Gamelin et sa Cause de Béatification, Montreal, 1978, 16 p.
Mère Gamelin: une femme de compassion, 1984, 80 p.
Nadeau, Eugène, O.M.I. La femme au cœur attentif: Mère Gamelin, Montréal, Sœurs de la Providence, 1969
Robillard, Denise. Emilie Tavernier-Gamelin, Montréal, Éditions du Meridien, 1992

Textes anciens en ligne:

Tessier, Rose-de-Lima. Vie de Mere Gamelin, fondatrice et première supérieure des Soeurs de la charité de la Providence, (Montréal, E. Sénécal, 1900), 360 p. (Notre mémoire en ligne - mode image)

Bourassa, G. (Gustave). Madame Gamelin et les origines de Providence: lecture faite à la clôture du bazar annuel de l'Asile de la Providence, (Montréal, s.n., 1892), 78 p. (Notre mémoire en ligne - mode image)

Giroux, H. (Henri). Une héroïne du Canada: Madame Gamelin et ses oeuvres, (Montréal, s.n., 1885), 87 p. (Notre mémoire en ligne - mode image); on peut aussi télécharger le texte intégral de l'ouvrage en format PDF sur le site de la Bibliothèque nationale du Québec


Date de création : 2012-04-01 | Date de modification : 2013-04-12


TAVERNIER, ÉMILIE (Gamelin) (baptisée Marie-Émilie-Eugène ; elle signait Amélie Tavernier, mais elle s’est surtout fait connaître sous le nom d’Émilie Tavernier), fondatrice et première supérieure des Filles de la charité, servantes des pauvres, née le 19 février 1800 à Montréal, fille d’Antoine Tavernier, voiturier, et de Marie-Josephte Maurice ; décédée le 23 septembre 1851 dans la même ville.
Issue d’un père et d’une mère respectivement d’ascendance picarde et normande mais tous deux de souche montréalaise, Émilie Tavernier est la dernière d’une famille de 15 enfants, dont 6 seulement parviendront à l’âge adulte. En dépit de la situation économique précaire du Bas-Canada au début du xixe siècle, la famille Tavernier n’a pas trop à souffrir de la pauvreté. Durant son enfance et son adolescence, la jeune Émilie connaît cependant des deuils successifs et douloureux. Elle a moins de 4 ans quand sa mère meurt et n’aura que 14 ans à la mort de son père. Dans l’intervalle, elle voit aussi disparaître tour à tour cinq autres parents très chers. Avant de mourir, sa mère avait confié Émilie à sa belle-sœur, Marie-Anne Tavernier, épouse de Joseph Perrault, qui vivait dans une relative aisance. Mère de quatre enfants, dont les deux derniers, Agathe et Joseph, restaient encore à la maison, Mme Perrault aime sa nièce comme sa propre fille. Elle veille à l’éducation et à l’instruction d’Émilie. Puis elle l’envoie quelques années au pensionnat des sœurs de la Congrégation de Notre-Dame où elle fait des études qu’elle termine probablement vers 1815. Émilie retourne par la suite chez sa tante. En 1818, elle va s’occuper de son frère François qui vient de perdre sa femme. Lorsqu’elle revient dans son foyer d’adoption l’année suivante, sa tante, trop âgée et infirme, confie Émilie à sa fille Agathe, maintenant veuve de Maurice Nowlan, de 13 ans son aînée, qui deviendra sa confidente et pour ainsi dire sa troisième mère.
À l’âge de 19 ans, tout en prenant soin de sa tante, Émilie Tavernier fréquente la société. Elle prend un certain plaisir à la vie mondaine et se fait beaucoup d’amis. Sa compagnie est recherchée tant à Montréal qu’à Québec où elle fait deux séjours assez prolongés entre 1820 et 1822 pour aider l’une de ses cousines, Julie Perrault, épouse de Joseph Leblond. Elle entretient alors une correspondance avec sa cousine Agathe à qui elle confie dans une lettre datée du 18 juin 1822 qu’elle a « beaucoup de vocation [...] pour le couvent ». Elle ajoute dans cette même lettre : « les faros j’y renonce pour jamais et au monde aussi, je me fais religieuse vers l’automne ». Pourtant, à la surprise de son entourage, Émilie Tavernier contracte mariage le 4 juin 1823 avec Jean-Baptiste Gamelin, célibataire âgé de 50 ans, bourgeois respectable de Montréal demeurant dans l’élégant faubourg Saint-Antoine et vivant du commerce des pommes. Malgré la différence d’âge, l’union est heureuse, mais ne dure pas cinq ans, car Jean-Baptiste Gamelin meurt le 1er octobre 1827 ; deux des trois garçons nés de ce mariage étaient morts peu après leur naissance et le troisième survivra moins d’un an à son père. C’est dire qu’à 27 ans Émilie Gamelin se retrouve seule.
Veuve pourvue des biens lé-gués par son époux, en pleine jeunesse et en possession de tous ses charmes, Mme Gamelin pourrait très bien refaire sa vie. Les prétendants d’ailleurs ne manquent pas, mais un retournement s’accomplit chez elle. Profondément éprouvée par la perte de son mari et de ses enfants, elle commence à s’intéresser, sur les conseils de son confesseur, Jean-Baptiste Bréguier-Saint-Pierre, et de Mgr Jean-Jacques Lartigue*, auxiliaire de l’archevêque de Québec à Montréal, aux œuvres de charité afin de trouver un réconfort à sa douleur. Vers la fin de 1827, elle adhère à deux associations de secours mises sur pied par les sulpiciens, à savoir la Confrérie du bien public, ayant pour but de trouver du travail à un grand nombre de chômeurs, et l’Association des dames de la charité, fondée pour venir en aide aux victimes de la pauvreté et de la misère alors très répandues à Montréal. Les visites à domicile et la distribution d’aumônes – dons charitables et argent recueillis au cours de quêtes auprès des bien nantis – constituent les principales œuvres des Dames de la charité. L’année suivante, Mme Gamelin s’agrège également à la Confrérie de la Sainte-Famille dont le but est l’avancement spirituel de ses membres et la promotion de l’action apostolique. Au sein de ces divers organismes, Mme Gamelin fait preuve de dévouement et développe son sens de l’organisation. Elle prête aussi son concours pendant quelque temps à l’Institution charitable pour les filles repenties, établie par Agathe-Henriette Huguet-Latour, veuve de Duncan Cameron McDonell, en 1829. C’est probablement à cette époque qu’elle commence à se dépouiller des propriétés dont elle affecte le produit de la vente au soulagement des pauvres.
Au cours de ses visites à domicile, Mme Gamelin compatit à la détresse physique et morale des femmes âgées, malades ou infirmes, dépourvues de toutes ressources humaines et condamnées à mourir seules dans leur logis insalubre. Pour les secourir, elle ouvre le 4 mars 1830 un premier refuge au coin des rues Saint-Laurent et Sainte-Catherine dans un immeuble mis à sa disposition par le curé de la paroisse Notre-Dame de Montréal, Claude Fay. Le refuge devient bientôt étroit et, l’année suivante, elle loue un nouveau refuge, rue Saint-Philippe, dont elle prend la direction et où elle cohabite avec ses 15 premières pensionnaires. L’œuvre de la Providence commence alors à prendre forme. En 1832 et 1834, des épidémies de choléra frappent durement le Bas-Canada. Malgré sa peur de contracter cette maladie, Mme Gamelin visite régulièrement les cholériques et porte secours aux familles éplorées de Montréal. En 1836, le refuge de la rue Saint-Philippe est devenu à son tour trop étroit. Mme Gamelin s’adresse alors à Antoine-Olivier Berthelet*, riche homme d’affaires et philanthrope de Montréal. Le 14 mars, celui-ci fait don d’une maison située au coin des rues Sainte-Catherine et Lacroix (rue Saint-Hubert), près du futur siège de l’évêché. Le 13 mai, après plusieurs années de luttes religieuse et politique, la circonscription ecclésiastique de Montréal est érigée en diocèse et, le 8 septembre, Mgr Lartigue devient le premier titulaire de la dignité d’évêque de Montréal. À l’époque de la rébellion, Mme Gamelin obtient des autorités la permission de visiter les patriotes emprisonnés et condamnés à mort qu’elle met en contact avec leurs familles et dont elle aide à soulager les souffrances. Sunnenée, elle tombe gravement malade en mars 1838, atteinte de fièvre typhoïde. Elle parvient cependant à se rétablir et reprend son activité peu après.
En 1840, à la mort de Mgr Lartigue, Mgr Ignace Bourget* est promu évêque de Montréal. Cette même année marque aussi le début de l’époque du réveil religieux au Bas-Canada. Mgr Bourget projette la fondation d’une œuvre capable de répondre aux besoins des pauvres de Montréal. Il n’est pas question pour lui cependant de fonder une communauté religieuse pour s’en occuper. Le 3 mai, il se rend en Europe et notamment en France où il travaillera à faire venir quelques Filles de la charité de Saint-Vincent-de-Paul pour assurer la permanence de l’œuvre projetée. Durant son absence, l’Assemblée législative de la province du Canada reconnaît le 18 septembre 1841 l’existence légale du refuge de Mme Gamelin sous le nom d’Asile de Montréal pour les femmes âgées et infirmes. Peu après son retour, Mgr Bourget exprime le 16 octobre son intention de confier l’œuvre de Mme Gamelin aux Filles de la charité de Saint-Vincent-de-Paul ; le même jour, les dames de la corporation de l’asile, dont Mme Gamelin, décident d’acheter un terrain pour y bâtir une maison à laquelle elles donnent le nom d’asile de la Providence. Le 27 octobre, elles élisent Mme Gamelin directrice de la corporation et, le 6 novembre, sous l’impulsion de cette dernière sans doute, elles font l’achat d’un terrain borné par les rues Sainte-Catherine, Lacroix et Mignonne (boulevard de Maisonneuve), tout près du palais épiscopal. Le 20 décembre, elles décident de faire commencer sans délai la construction de l’édifice. L’asile de la Providence voit ainsi le jour. Le 16 février 1842, Mme Gamelin fait don de sa dernière propriété à la corporation de l’asile.
Le 8 novembre de cette année-là, Mgr Bourget apprend que les Filles de la charité de Saint-Vincent-de-Paul ne peuvent pas venir à Montréal. Il décide alors de fonder une communauté religieuse sur place et de confier à celle-ci la direction du nouvel asile. Le 25 mars 1843, sept jeunes filles répondent à son appel et, sous la direction du chanoine Jean-Charles Prince, futur coadjuteur de l’évêque de Montréal et premier évêque de Saint-Hyacinthe, elles commencent un noviciat. Mme Gamelin ne figure pas parmi les novices, mais Mgr Bourget, voulant l’associer à son projet, l’autorise à remplir la fonction de supérieure auprès de ces dernières. Le 8 juillet, l’une des novices se désiste et Mme Gamelin peut prendre sa place. Cependant, avant que celle-ci n’entre au noviciat, Mgr Bourget l’envoie aux États-Unis pour prendre des informations sur l’organisation des œuvres charitables et de la vie religieuse des Sisters of Charity, fondées par Elizabeth Ann Bayley Seton à Emmitsburg, dans le Maryland, en 1809. Elle rapporte une copie de la règle manuscrite de saint Vincent de Paul que l’évêque de Montréal voulait donner à sa nouvelle communauté canadienne. Peu après son retour, le 8 octobre, elle prend l’habit des novices. Le 29 mars 1844, Mgr Bourget donne au cours d’une cérémonie le statut canonique aux Filles de la charité, servantes des pauvres, connues par la suite sous le nom de Sœurs de la charité de la Providence (Sœurs de la Providence). Puis Mme Gamelin prononce avec les six autres novices les vœux de chasteté, de pauvreté, d’obéissance et celui de servir les pauvres, et reçoit le nom de mère Gamelin. Le lendemain, mère Gamelin est élue supérieure de l’institut des Sœurs de la charité de la Providence.
Sous la direction de mère Gamelin, le jeune institut se développe et ne tarde pas à mettre sur pied plusieurs nouvelles œuvres. En 1844, les Sœurs de la charité de la Providence accueillent des orphelines et des dames pensionnaires âgées. En 1845, elles ouvrent l’hospice Saint-Joseph, destiné à loger des prêtres âgés ou infirmes. La même année, elles ouvrent un bureau de placement pour les personnes qui cherchent du travail domestique et pour celles qui en offrent ; elles commencent aussi à s’occuper des malades mentaux. En 1846, elles ouvrent deux autres maisons, l’une à Longue-Pointe (Montréal) et l’autre à Laprairie (La Prairie). En 1847, mère Gamelin se porte au secours des victimes de l’épidémie de typhus et prend en charge l’hospice Saint-Jérôme-Emilien, destiné à hospitaliser les enfants des immigrés irlandais morts de cette maladie ; elle accepte également d’envoyer quelques religieuses enseigner à l’école Saint-Jacques qui manque alors de personnel. En 1849, mère Gamelin ouvre un lazaret pour venir en aide aux victimes de l’épidémie de choléra. L’œuvre des aliénés connaît à cette époque un essor considérable, et mère Gamelin soumet à Louis-Hippolyte La Fontaine*, procureur général du Bas-Canada, un projet qui aboutira à la création de l’asile de Longue-Pointe. La même année, les Sœurs de la charité de la Providence établissent un couvent à Sainte-Élisabeth, près de L’Industrie (Joliette). En 1850, mère Gamelin fonde un autre couvent à Sorel et fait un second voyage aux États-Unis où elle visite les établissements des Sisters of Charity et en particulier leurs asiles d’aliénés.
À son retour en 1851, mère Gamelin s’occupe de régler les affaires de l’asile de la Providence. Mais son extraordinaire activité charitable des dernières années a eu pour conséquence de miner sa santé. Cette année-là, une nouvelle épidémie de choléra sévit à Montréal. Celle-ci aura raison de la résistance physique amenuisée de mère Gamelin qui meurt en moins de 12 heures le 23 septembre. Le lendemain, mère Gamelin est inhumée dans le caveau de l’asile de la Providence. À sa mort, l’institut des Sœurs de la charité de la Providence compte 51 sœurs professes, 19 novices, 5 postulantes et 7 maisons où sont hébergés 110 femmes pauvres et âgées, certaines mentalement atteintes, 95 orphelins, 6 prêtres infirmes, 16 dames pensionnaires et 700 jeunes élèves.
Mère Gamelin a le mérite d’avoir été la première fondatrice canadienne-française d’une communauté religieuse au Bas-Canada depuis la Conquête. Par le dévouement qu’elle a manifesté envers les vieillards, les malades et les pauvres et par les œuvres qu’elle a fondées et qu’elle a contribué à mettre sur pied, elle y a définitivement ouvert les avenues de la charité aux générations futures dans la première moitié du xixe siècle.
ANQ-M, CE1-51, 20 févr. 1800, 4 juin 1823, 4 oct. 1827, 24 sept. 1851 ; CN1-134, 4 juin 1823.— Arch. des Sœurs de la charité de la Providence (Montréal), Fonds Émilie Gamelin, A3.1 ; A3.5 ; A3.7.— Canada, prov. du, Statuts, 1841, chap. 67.— Mélanges religieux, 30 sept. 1851.— F.-M. Bibaud, le Panthéon canadien (A. et V. Bibaud ; 1891), 102.— [Thérèse Frigon, dite] sœur Paul-du-Sauveur, « Essai de bio-bibliographie de la révérende mère Gamelin, fondatrice des Filles de la charité servantes des pauvres dites Sœurs de la Providence » (thèse de bibliothéconomie, univ. de Montréal, 1958), 1–22.— [L.-A. Huguet-Latour], Annuaire de Ville-Marie, origine, utilité et progrès des institutions catholiques de Montréal [...] (2 vol., Montréal, 1863–1882), 1 : 70–82.— Le Jeune, Dictionnaire, 1 : 685–686.— [J.-P.] Archambault, Sur les pas de Marthe et de Marie : congrégation de femmes au Canada français (Montréal, 1929), 93–99.— [M.-J.-L. Blanchard, dite mère Marie-Antoinette], l’Institut de la Providence : histoire des Filles de la charité servantes des pauvres, dites Sœurs de la Providence (6 vol., Montréal, 1925–1940), 1–2 ; 4 ; Notes historiques, 1799–1893, Sœurs de la Providence (Montréal, 1922), 61.— Gustave Bourassa, Madame Gamelin et les Origines de la Providence (Montréal, 1892), 15, 56–57.— M.-C. Daveluy, l’Orphelinat catholique de Montréal (18321932) (Montréal, 1933), 24–28, 314–316.— N.-E. Dionne, Serviteurs et Servantes de Dieu en Canada : quarante biographies (Québec, 1904), 212–219.— [M.-L. Duchaîne, dite sœur Jean-Baptiste], Biographies de la mère Gamelin et de ses six compagnes fondatrices de l’institut des Filles de charité servantes des pauvres, dites Sœurs de la Providence (Montréal, 1918), 11–56.— Henri Giroux, Une héroïne du Canada : madame Gamelin et ses couvres (Montréal, 1885), 14s., 17s., 21–23.— Maurice Hudon-Beaulieu, Mère Gamelin (Montréal, 1942), 6–27.— Angelo Mitri, Mère Gamelin et sa cause de béatification ([Montréal], 1978), 3–7.— Eugène Nadeau, la Femme au cœur attentif : mère Gamelin (Montréal, 1969).— Pouliot, Mgr Bourget et son temps, 2 : 86–109.— Irène Richer, Un cœur qui bat : itinéraire spirituel de mère Gamelin (Montréal, 1978), 30, 39, 69, 78.— [Rose-de-Lima Tessier, dite sœur Rose-de-Marie], Vie de mère Gamelin, fondatrice et première supérieure des Saurs de la charité de la Providence (Montréal, 1900), 7–10, 12–19, 24–25, 28, 30, 32, 91, 100, 102.— Léon Trépanier, On veut savoir (4 vol., Montréal, 1960–1962), 2 : 179–180.— É.-J.[-A.] Auclair, « le Centenaire des Sœurs de la Providence », la Voix nationale (Saint-Justin, Québec), 17 (1943) : 12–13.— Madeleine Durand, « Mère Gamelin et le service social », SCHÉC Rapport, 28 (1961) : 11–18.— É.-Z. Massicotte, « le Refuge des filles repenties à Montréal », BRH, 46 (1940) : 373–377.
SOURCE : http://agora.qc.ca/Dossiers/Emilie_Gamelin

TAVERNIER, ÉMILIE (baptized Marie-Émilie-Eugène; she signed Amélie) (Gamelin), founder and first superior of the Daughters of Charity, Servants of the Poor; b. 19 Feb. 1800 in Montreal, daughter of Antoine Tavernier, a carrier, and Marie-Josephte Maurice; d. there 23 Sept. 1851.
Born of a father and mother, respectively of Picard and Norman ancestry, who were both Montrealers, Émilie Tavernier was the youngest of 15 children, only six of whom reached adulthood. Despite the precarious economic state of Lower Canada at the beginning of the 19th century, the Tavernier family was not impoverished. However, during her childhood and adolescence Émilie experienced a series of painful bereavements. She was not yet four when her mother died, and only 14 at the death of her father. In the intervening period she also suffered the loss of five more beloved relatives. Before her death Émilie’s mother had entrusted the girl to the care of her sister-in-law Marie-Anne Tavernier, the wife of Joseph Perrault, who was quite well off. Mme Perrault had four children, the youngest of whom, Agathe and Joseph, were still at home. She loved her niece as if she were her own daughter and saw to Émilie’s upbringing and education. Then for a couple of years she sent her to the boarding-school run by the Congregation of Notre-Dame, where she remained as a student probably until 1815. Émilie subsequently returned to her aunt’s house. In 1818 she went to look after her brother François, who had just lost his wife. When she came back to her adopted home the following year her aunt, who was now old and infirm, committed her to the care of her daughter Agathe; 13 years her senior and now the widow of Maurice Nowlan, Agathe became Émilie’s confidante and in effect her third mother.
By the age of 19, when she was taking care of her aunt, Émilie Tavernier was frequently to be seen at social gatherings. She rather enjoyed being in society and made many friends. Her company was sought after both in Montreal and in Quebec, where she stayed for two quite long periods between 1820 and 1822 to help one of her cousins, Julie Perrault, the wife of Joseph Leblond. She kept up a correspondence at that time with Agathe, to whom she confided on 18 June 1822 that she felt “a strong vocation . . . for the convent.” The letter went on, “I renounce for ever the young dandies and also the [vanities of this] world; I shall become a nun some time in the autumn.” However, to the surprise of her circle, on 4 June 1823 she married Jean-Baptiste Gamelin, a respectable Montreal bachelor of 50 who resided in the elegant faubourg Saint-Antoine and who made his living dealing in apples. Despite the difference in their ages, the marriage was a happy one, but it lasted less than five years for Gamelin died on 1 Oct. 1827; two of the couple’s three sons had died shortly after birth and the third survived his father by less than a year. Hence at the age of 27 Émilie Gamelin was again alone.
A widow with assets inherited from her husband, in the bloom of youth and in possession of all her charms, Mme Gamelin could easily have rebuilt her life. There was no dearth of suitors, but her feelings were changing. She was sorely tried by the death of her husband and children, and on the advice of her confessor, Jean-Baptiste Bréguier-Saint-Pierre, and of Bishop Jean-Jacques Lartigue*, auxiliary bishop in Montreal to the archbishop of Quebec, she began to take an interest in charitable works to assuage her grief. Towards the end of 1827 she joined two relief societies set up by the Sulpicians, the Confrérie du Bien Public, which sought work for a large number of unemployed, and the Association des Dames de la Charité, founded to help the victims of poverty and destitution then so numerous in Montreal. Home visits and the distribution of alms – charitable donations and money collected from those well off – constituted the main activities of the Dames de la Charité. The following year Mme Gamelin also joined the Confrérie de la Sainte-Famille, which aimed to foster the spiritual growth of its members and to encourage spreading the faith. Within these diverse bodies Mme Gamelin showed dedication and developed organizational skills. She also gave her assistance for a short period to the Charitable Institution for Female Penitents, which had been established in 1829 by Agathe-Henriette Huguet-Latour, the widow of Duncan Cameron McDonell. It was probably during this period that she began to divest herself of her properties, and to allocate the money from their sale to the relief of the poor under her care.
During her home visits Mme Gamelin was deeply touched by the physical and mental anguish suffered by frail or sick elderly women who had no one to support them and who faced a lonely death in unsanitary dwellings. To help them, on 4 March 1830 she opened a shelter at the corner of Rue Saint-Laurent and Rue Sainte-Catherine, in a building placed at her disposal by Claude Fay, the parish priest of Notre-Dame in Montreal. The dwelling soon proved too small, and the following year she rented a new one on Rue Saint-Philippe, which she managed and lived in with her first 15 boarders. The work of “providence” then began to take shape. In 1832 and 1834 cholera epidemics ravaged Lower Canada. Despite her fear of contracting the disease, Mme Gamelin regularly visited the cholera patients and succoured the sorrowing families of Montreal. By 1836 the home on Rue Saint-Philippe had in turn become too small. Mme Gamelin then appealed to Antoine-Olivier Berthelet*, a rich Montreal businessman and philanthropist. On 14 March Berthelet donated a house on the corner of Rue Sainte-Catherine and Rue Lacroix (Saint-Hubert), near the future episcopal palace. It was on 13 May, after several years of religious and political struggle, that the ecclesiastical district of Montreal was erected into a diocese, with Lartigue becoming its first bishop on 8 September. During the rebellion, Mme Gamelin obtained official permission to visit the imprisoned Patriotes who were under sentence of death; she put them in touch with their families and helped relieve their distress. Suffering from exhaustion, in March 1838 she fell seriously ill with typhoid fever, but she managed to recover and resumed her activity shortly afterwards.
On Lartigue’s death in 1840 Ignace Bourget* was appointed bishop of Montreal. That year also marked the beginning of a religious revival in Lower Canada. Bourget planned to set up a charitable undertaking capable of meeting the needs of the city’s poor. However, he had no intention of founding a religious community to handle it. He left for Europe on 3 May and went in particular to France, where he worked hard to persuade members of the Filles de la Charité de Saint-Vincent-de-Paul to come and put the planned endeavour on a permanent footing. During his absence the Legislative Assembly of the province of Canada on 18 Sept. 1841 incorporated Mme Gamelin’s old people’s shelter as the Montreal Asylum for Aged and Infirm Women. On 16 October, shortly after his return, Bishop Bourget affirmed his intention to entrust Mme Gamelin’s charitable undertaking to the Filles de la Charité de Saint-Vincent-de Paul; that very day the ladies who formed the corporation of the Montreal Asylum for Aged and Infirm Women, among them Mme Gamelin, decided to buy land and build a house which they called the Asile de la Providence. They elected Mme Gamelin head of the corporation on 27 October, and on 6 November, doubtless at her prompting, they purchased a property bounded by Rue Sainte-Catherine, Rue Lacroix, and Rue Mignonne (Boulevard de Maisonneuve), near the bishop’s palace. They decided on 20 December to begin construction at once. Thus the Asile de la Providence came into being. Mme Gamelin donated her last piece of property to its corporation on 16 Feb. 1842.
On 8 November Bourget learned that the Filles de la Charité de Saint-Vincent-de-Paul could not come to Montreal. He decided then and there to found a religious order and charge it with the responsibility of running the Asile de la Providence. On 25 March 1843 seven women responded to his call, and they started their noviciate under the direction of Jean-Charles Prince, a canon who in turn became coadjutor to the bishop of Montreal and first bishop of Saint-Hyacinthe. Mme Gamelin was not one of the novices, but Bourget was eager to associate her with his project and authorized her to serve as their superior. One of the novices withdrew on 8 July, and Mme Gamelin was free to take her place. However, before she entered upon her noviciate Bourget sent her to the United States to visit the Sisters of Charity, a community founded in 1809 by Elizabeth Ann Bayley Seton at Emmitsburg, Md, and gather information about the way they organized their good works and religious life. She brought back a handwritten copy of the rule of St Vincent de Paul which the bishop of Montreal wanted to give to his new Canadian community. On 8 October, shortly after returning, she took the novice’s habit. In a ceremony on 29 March 1844 Bourget conferred canonical status on the Daughters of Charity, Servants of the Poor, known later as the Sisters of Charity of Providence (Sisters of Providence). Then with the six other novices Mme Gamelin took the vows of chastity, poverty, and obedience, as well as a vow to serve the poor, and she received the name of Mother Gamelin. The next day she was elected superior of the new order.
Under Mother Gamelin’s leadership the young institute grew and soon launched several new charitable projects. The sisters took in orphan girls and elderly women boarders in 1844. In 1845 they opened the Hospice Saint-Joseph, to shelter elderly and infirm priests. That year they set up an employment office for those seeking and offering domestic work, and also began attending to the mentally ill. They opened two other homes in 1846, one at Longue-Pointe (Montreal) and the other at La Prairie. In 1847 Mother Gamelin aided victims of a typhus epidemic and assumed responsibility for the Hospice Saint-Jérôme-Émilien, a hospital for the children of Irish immigrants who had died of this illness; she also agreed to send some sisters to teach at the École Saint-Jacques, which was then short of staff. Two years later she opened a lazaret to assist those stricken by the cholera epidemic. At that time considerable progress was being made in the care of the insane, and she submitted to Louis-Hippolyte La Fontaine*, the attorney general of Lower Canada, a plan which led to the creation of an asylum at Longue-Pointe. The sisters established a convent at Sainte-Élisabeth, near L’Industrie (Joliette), also in 1849. The next year Mother Gamelin founded another at Sorel and made a second trip to the United States, where she visited the establishments of the Sisters of Charity, in particular their lunatic asylums.
When she returned in 1851 she gave her attention to putting matters in order at the Asile de la Providence. But her extraordinary involvement in charitable works during the preceding years had undermined her health. That year cholera again raged in Montreal. Her strength depleted, Mother Gamelin succumbed to it and died on 23 September after an illness of less than 12 hours. She was buried the following day in the vault of the Asile de la Providence. At the time of her death the Institute of the Sisters of Charity of Providence had 51 professed sisters, 19 novices, 5 postulants, and 7 homes which sheltered 110 poor and elderly women (some mentally afflicted), 95 orphans, 6 infirm priests, 16 female boarders, and 700 young pupils.
Mother Gamelin was the first French Canadian founder of a religious community in Lower Canada after the conquest. By her devotion to the elderly, sick, and needy, and through the charitable works she founded and helped establish, Mother Gamelin in the first half of the 19th century ensured that the gates of charity were opened for future generations.
ANQ-M, CE1-51, 20 févr. 1800, 4 juin 1823, 4 oct. 1827, 24 sept. 1851; CN1-134, 4 juin 1823. Arch. des Sœurs de la charité de la Providence (Montréal), Fonds Émilie Gamelin, A3.1, A3.5, A3.7. Can., Prov. of, Statutes, 1841, c.67. Mélanges religieux, 30 sept. 1851. F.-M. Bibaud, Le panthéon canadien (A. et V. Bibaud; 1891), 102. [Thérèse Frigon, dite] sœur Paul-du-Sauveur, “Essai de bio-bibliographie de la révérende mère Gamelin, fondatrice des Filles de la charité servantes des pauvres dites Sœurs de la Providence” (thèse de bibliothéconomie, univ. de Montréal, 1958), 1–22. [L.-A. Huguet-Latour], Annuaire de Ville-Marie, origine, utilité et progrès des institutions catholiques de Montréal . . . (2v., Montréal, 1863–82), 1: 70–82. Le Jeune, Dictionnaire, 1: 685–86. [J.-P.] Archambault, Sur les pas de Marthe et de Marie: congrégation de femmes au Canada français (Montréal, 1929), 93–99. [M.-J.-L. Blanchard, dite mère Marie-Antoinette], L’Institut de la Providence: histoire des Filles de la charité servantes des pauvres, dites Sœurs de la Providence (6v., Montréal, 1925–40), 1–2; 4; Notes historiques, 1799–1893, Sœurs de la Providence (Montréal, 1922), 61. Gustave Bourassa, Madame Gamelin et les origines de la Providence (Montréal, 1892), 15, 56–57. M.-C. Daveluy, L’orphelinat catholique de Montréal (1832–1932) (Montréal, 1933), 24–28, 314–16. N.-E. Dionne, Serviteurs et servantes de Dieu en Canada: quarante biographies (Québec, 1904), 212–19. [M.-L. Duchaîne, dite sœur Jean-Baptiste], Biographies de la mère Gamelin et de ses six compagnes fondatrices de l’institut des Filles de charité servantes des pauvres, dites Sœurs de la Providence (Montréal, 1918), 11–56. Henri Giroux, Une héroïne du Canada: madame Gamelin et ses œuvres (Montréal, 1885), 14–15, 17–18, 21–23. Maurice Hudon-Beaulieu, Mère Gamelin (Montréal, 1942), 6–27. Angelo Mitri, Mère Gamelin et sa cause de béatification ([Montréal], 1978), 3–7. Eugène Nadeau, La femme au cœur attentif: mère Gamelin (Montréal, 1969). Pouliot, Mgr Bourget et son temps, 2: 86–109. Irène Richer, Un cœur qui bat: itinéraire spirituel de mère Gamelin (Montréal, 1978), 30, 39, 69, 78. [Rose-de-Lima Tessier, dite sœur Rose-de-Marie], Vie de mère Gamelin, fondatrice et première supérieure des Sœurs de la charité de la Providence (Montréal, 1900), 7–10, 12–19, 24–25, 28, 30, 32, 91, 100, 102. Léon Trépanier, On veut savoir (4v., Montréal, 1960–62), 2: 179–80. É.-J.[-A. ] Auclair, “Le centenaire des Sœurs de la Providence,” La Voix nationale (Saint-Justin, Qué.), 17 (1943): 12–13. Madeleine Durand, “Mère Gamelin et le service social,” CCHA Rapport, 28 (1961): 11–18. É.-Z. Massicotte, “Le refuge des filles repenties à Montréal,” BRH, 46 (1940): 373–77.