jeudi 20 février 2014

BIenheureuse JACINTHE (JACINTA) et Bienheureux FRANÇOIS de FATIMA, voyants



HOMÉLIE DE SA SAINTETÉ LE PAPE JEAN PAUL II

BÉATIFICATION DES VÉNÉRABLES JACINTHE ET FRANÇOIS,
PASTOUREAUX DE FÁTIMA,

AU SANCTUAIRE DE NOTRE DAME DU ROSAIRE DE FÁTIMA
Samedi 13 mai 2000

1. "Je te bénis, Père, [...] d'avoir caché cela aux sages et aux intelligents et de l'avoir révélé aux tout-petits" (Mt 11, 25).

Chers frères et soeurs, avec ces paroles, Jésus loue le Père céleste pour ses desseins; Il sait que personne ne peut venir à Lui si le Père ne l'attire pas (cf. Jn 6, 44), c'est pourquoi il loue son dessein et y adhère filialement:  "Oui, Père, cat tel a été ton bon plaisir" (Mt 11, 26). Il t'a plu d'ouvrir ton Royaume aux tout-petits.

Selon le dessein divin, "une femme vêtue de soleil" (Ap 12, 1) est venue du Ciel sur cette terre, à la recherche des tout-petits préférés du Père. Elle leur parle avec une voix et un coeur de mère:  elle les invite à s'offrir comme victimes de réparation, se disant prête à les conduire, de façon sûre, jusqu'à Dieu. Et voilà que ces derniers voient sortir de ses mains maternelles une lumière qui pénètre en eux, si bien qu'ils se sentent plongés en Dieu comme lorsqu'une personne - expliquent-ils eux-mêmes - se contemple dans un miroir.

Plus tard, François, l'un des trois enfants choisis, observait:  "Nous brûlions dans cette lumière qui est Dieu et nous ne nous consumions pas. Comment Dieu est-il? On ne peut pas le dire. Cela est certain, nous ne pourrons jamais le dire". Dieu est une lumière ardente mais qui ne consume pas. Ce fut la même perception qu'eût Moïse, lors-qu'il vit Dieu dans le buisson ardent; à cette occasion Dieu lui parla, se disant inquiet pour l'esclavage de son peuple et décidé à le libérer par son intermédiaire:  "Je serai avec toi" (cf. Ex 3, 2- 12). Ceux qui accueillent cette présence deviennent demeure et, en conséquence, "buisson ardent" du Très-Haut.


François console Jésus

2. Ce qui émerveillait davantage le bienheureux François et le pénétrait était Dieu dans cette lumière immense qui les avait rejoints tous les trois dans la profondeur de leur être. Ce n'est qu'à lui, cependant, que Dieu se fit connaître "si triste", comme il disait. Une nuit, son père l'entendit sangloter et lui demanda pourquoi il pleurait; son fils répondit:  "Je pensais à Jésus qui est si triste à cause des péchés que l'on accomplit contre Lui". Un unique désir - si caractéristique de la façon de penser des enfants - fait désormais agir François et c'est celui de "consoler Jésus et de faire en sorte qu'il soit content".

Il s'opère dans sa vie une transformation que l'on pourrait qualifier de radicale; une transformation certainement peu commune pour un enfant de son âge. Il s'engage dans une vie spirituelle intense, avec une prière si assidue et fervente qu'il rejoint une véritable forme d'union mystique avec le Seigneur. C'est précisément cela qui le pousse à une purification croissante de l'esprit, grâce à de nombreuses renonciations à ce qui lui plaît et même aux jeux innocents des enfants.

François endura les grandes souffrances causées par la maladie, dont il mourut ensuite, sans jamais se plaindre. Rien ne lui semblait suffire pour consoler Jésus; il mourut avec le sourire aux lèvres. Le désir était grand chez cet enfant de réparer les offenses des pécheurs, en offrant dans ce but l'effort d'être bon, les sacrifices, la prière. Jacinthe, sa soeur plus jeune que lui de presque deux ans, vivait également animée par les mêmes sentiments.



Un rappel à la conversion



3. "Puis un second signe apparut au ciel:  un énorme dragon" (Ap 12, 3).

Ces paroles que nous avons entendues dans la première lecture de la Messe nous incitent à penser à la grande lutte entre le bien et le mal, ainsi qu'à constater comment l'homme, en mettant Dieu de côté, ne peut pas atteindre le bonheur, et finit même par se détruire.

Combien de victimes au cours du dernier siècle du second millénaire! La pensée se tourne vers les horreurs des deux "grandes guerres" et celles des autres guerres dans tant de parties du monde, vers les camps de concentration et d'extermination, les goulags, les purifications ethniques et les persécutions, le terrorisme, les enlèvements de personnes, la drogue, les attentats contre la vie à naître et la famille.

Le message de Fatima est un rappel à la conversion, en faisant appel à l'humanité afin qu'elle ne joue pas le jeu du "dragon", qui avec la "queue balaie le tiers des étoiles du ciel et les précipite sur la terre" (Ap 12, 4). Le dernier objectif de l'homme est le Ciel, sa véritable maison où le Père céleste, dans son amour miséricordieux, est en attente de tous.

Dieu désire que personne ne se perde; c'est pourquoi, il y a deux mille ans, il a envoyé son Fils sur la terre pour "chercher et sauver ce qui était perdu" (lc 19, 10). Il nous a sauvés par sa mort sur la croix. Que personne ne rende cette Croix vaine! Jésus est mort et ressuscité pour être "l'aîné d'une multitude de frères" (Rm 8, 29).

Dans sa sollicitude maternelle la Très Sainte Vierge est venue ici, à Fatima, pour demander aux hommes de "ne plus offenser Dieu, Notre Seigneur, qui est déjà très offensé". C'est la douleur d'une mère qui l'oblige à parler; le destin de ses enfants est en jeu. C'est pourquoi Elle demande aux pastoureaux:  "Priez, priez beaucoup et faites des sacrifices pour les pécheurs; tant d'âmes finissent en enfer parce que personne ne prie et ne se sacrifie pour elles".



Jacinthe convertit les pécheurs



4. La petite Jacinthe a partagé et vécu cette douleur de la Madone, en s'offrant héroïquement comme victime pour les pécheurs. Un jour, lorsqu'elle et François avaient désormais contracté la maladie qui les obligeait à rester au lit, la Vierge Marie vint leur rendre visite à la maison, comme le raconte Jacinthe:  "La Madone est venue nous voir et elle a dit que bientôt elle viendra prendre François pour l'emmener au Ciel. A moi, elle a demandé si je voulais encore convertir davantage de pécheurs. Je lui ai dit que oui". Et lorsque le moment du départ de François s'approche, la petite lui recommande:  "De ma part porte de nombreux saluts à Notre Seigneur et à la Madone et dit leur que je suis disposée à supporter tout ce qu'ils voudront pour convertir les pécheurs". Jacinthe était restée tellement frappée par la vision de l'enfer, qui avait eu lieu lors de l'apparition de juillet, que toutes les mortifications et pénitences lui semblaient peu de choses pour sauver les pécheurs.

Jacinthe pourrait très bien s'exclamer avec saint Paul:  "En ce moment je trouve ma joie dans les souffrances que j'endure pour vous, et je complète en ma chair ce qui manque aux épreuves du Christ pour son Corps, qui est l'Eglise" (Col 1, 24). Dimanche dernier, au Colisée à Rome, nous avons fait mémoire des très nombreux témoins de la foi du XX siècle, en rappelant, à travers les témoignages incisifs qui nous ont été laissés, les souffrances qu'ils ont subies. Une nuée innombrable de courageux témoins de la foi nous a laissé un précieux héritage, qui devra rester vivant au cours du troisième millénaire. Ici à Fatima, où ont été préannoncés ces temps de tribulations et où la Madone à demandé de prier et de faire pénitence pour les abréger, je désire aujourd'hui rendre grâce au Ciel pour la force du témoignage qui s'est manifestée dans toutes ces vies. Et je désire une fois de plus célébrer la bonté du Seigneur envers moi, quand, durement frappé le 13 mai 1981, je fus sauvé de la mort. J'exprime également ma reconnaissance à la bienheureuse Jacinthe pour les sacrifices et les prières faites pour le Saint-Père, qu'elle avait tant vu souffrir.



La Vierge a besoin de nos prières et de nos sacrifices



5. "Je te bénis, Père, d'avoir révélé cela aux tout-petits". La louange de Jésus prend aujourd'hui la forme solennelle de la béatification des pastoureaux François et Jacinthe. L'Eglise désire, par ce rite, placer sur le lucernaire ces deux petites flammes que Dieu a allumées pour illuminer l'humanité en ses heures sombres et remplies de crainte. Que ces lumières resplendissent donc sur le chemin de cette multitude immense de pèlerins et de ceux qui nous accompagnent à travers la radio et la télévision. Que François et Jacinthe soient une lumière amie qui illumine le Portugal tout entier et, de façon particulière, ce diocèse de Leiria-Fatima.

Je remercie Mgr Serafim, Evêque de cette illustre Eglise particulière, pour ses paroles de bienvenue et avec une grande joie je salue tout l'épiscopat portugais et les communautés ecclésiales respectives que j'aime de tout coeur et que j'exhorte à imiter leurs saints. Un salut fraternel s'adresse aux cardinaux et aux évêques présents, avec une mention particulière pour les pasteurs des communautés des pays de langue portugaise:  que la Vierge Marie obtienne la réconciliation au peuple angolais; qu'elle apporte son réconfort aux victimes des inondations au Mozambique; qu'elle veille sur les pas du Timor Lorasae, de la Guinée Bissau, du Cap-Vert, de São Tomé et Principe; et qu'elle conserve dans l'unité de la foi ses fils et ses filles du Brésil.

J'adresse un salut respectueux au Premier ministre et aux Autorités qui ont voulu participer à cette célébration. Je profite de l'occasion pour exprimer, à la personne du Chef du gouvernement, ma reconnaissance à chacun pour la collaboration grâce à laquelle ce pèlerinage a été rendu possible. Je donne un baiser cordial et un bénédiction particulière à la paroisse et à la ville de Fatima, qui se réjouissent aujourd'hui pour leurs enfants élevés aux honneurs des autels.


6. Ma dernière parole s'adresse aux enfants:  Chers enfants, je vois que nombreux parmi vous portent des vêtements semblables à ceux portés par François et Jacinthe. Ils vous vont très bien! Le problème est que, ce soir ou demain, vous ôterez ces vêtements et... les  pastoureaux   disparaîtront.  Ne croyez-vous pas qu'ils ne devraient pas disparaître? La Madone a besoin de chacun de vous pour consoler Jésus, triste en raison des torts qui lui sont faits; elle a besoin de vos prières et de vos sacrifices pour les pécheurs.

Demandez à vos parents et à vos enseignants de vous inscrire à l'"école" de la Madone, afin qu'elle vous enseigne à devenir comme les pastoureaux, qui cherchaient à faire ce qu'Elle leur demandait. Je vous dis que "l'on progresse davantage en peu de temps de soumission et de dépendance à Marie que durant des années entières d'initiatives personnelles, reposant seulement sur soi-même" (Saint Louis-Marie Grignion de Montfort, Traité de la vraie dévotion à la Très Sainte Vierge, n. 155). C'est ainsi que les pastoureaux sont devenus rapidement saints. Une femme qui avait accueilli Jacinthe à Lisbonne, en entendant les conseils si beaux et si sages que la petite lui donnait, lui demanda qui les lui avait enseignés. "C'est la Madone" - lui répondit-elle. En se laissant guider, avec une générosité totale, par une Maîtresse si bonne, Jacinthe et François ont rejoint en peu de temps les sommets de la perfection.


7. "Je te bénis, Père, d'avoir caché cela aux sages et aux intelligents et de l'avoir révélé aux tout-petits"

Je te bénis, ô Père, pour tous tes tout-petits, à commencer par la Vierge Marie, ton humble Servante, jusqu'aux pastoureaux François et Jacinthe.



Que le message de leur vie reste toujours ardent pour illuminer le chemin de l'humanité!

SOURCE : http://www.vatican.va/holy_father/john_paul_ii/homilies/2000/documents/hf_jp-ii_hom_20000513_beatifications_fr.html

LES VOYANTS

LA BIENHEUREUSE JACINTA MARTO

Jacinthe avait deux ans de moins que son frère François. C'était une petite fille gaie et vive, au grand cœur, mais capricieuse par moment ; à tel point que Lucie disait d'elle : « Ma cousine était susceptible, parce que la moindre contrariété suffisait pour la faire bouder dans un coin à attacher le bourricot !. Il fallait alors la laisser choisir le jeu et le partenaire avec qui elle voulait jouer ».

Cependant, c'était une petite fille aimable, attirante et d'une nature extraordinairement sensible. Son maintien toujours sérieux, modeste et affable, paraissait traduire la présence de Dieu dans toutes ses actions, maintien qu'on ne trouve d'ordinaire que chez des personnes déjà avancées en âge et de grande vertu. Une de ses qualités particulières était l'amour de la vérité, au point d'être capable de reprendre une personne qui aurait dit un mensonge.

A cinq ans environ, en entendant parler des souffrances de notre divin Rédempteur, elle s'attendrissait et pleurait. « Pauvre Notre Seigneur !, répétait-elle. Je ne veux faire aucun péché, pour que Jésus ne souffre pas davantage. »

Les vilaines paroles étaient un péché, et faisaient souffrir le Petit Jésus. Aussi Jacinthe évitera-t-elle tout le long de sa courte vie la compagnie de ceux parmi lesquels il y avait danger de prendre cette mauvaise habitude.

Elle avait une attirance particulière pour sa cousine Lucie, avec qui elle aimait jouer. Lorsque la famille Marto allait prendre un repas chez les dos Santos, la plus heureuse était Jacinthe qui aimait se placer à table tout près de Lucie.

Le soir, elle faisait tout pour rester avec sa cousine, si bien que sa tante proposait de la laisser dormir à la maison.

Plus tard, et après de nombreuses insistances, Jacinthe (et François) purent obtenir de leurs parents la garde des brebis afin de pouvoir aller avec Lucie à la Cova da Iria pour être en sa compagnie.

Elle aimait courir derrière les papillons, mais elle aimait encore mieux cueillir les fleurs pour en faire des guirlandes. La danse était sa distraction favorite. Comme son frère François, elle aimait la musique et durant les longues heures qu'elle passait à faire paître le troupeau, elle faisait retentir de sa jolie voix la solitude de la campagne. Assise sur le sommet d'une colline, ou sur un rocher, elle ne se lassait pas d'entendre l'écho de sa voix se répercuter au fond des vallées.

Le nom qui résonnait le mieux était le nom de « Marie », et Jacinthe récitait quelquefois l'Ave Maria tout entier, en prononçant seulement la parole suivante lorsque celle qui précédait avait cessé d'être répercutée par l'écho.

La communion de Lucie exalta chez Jacinthe et son frère le désir de recevoir comme elle la sainte Hostie. Au printemps 1918, Olimpia les présenta à l'abbé Ferreira afin qu'ils remplissent le devoir pascal s'il les trouvait assez instruits. Jacinthe fut acceptée ; elle n'avait pas huit ans : grande dérogation aux principes pour M. le Curé ! Hélas ! son frère trébucha, paraît-il, dans la récitation d'une question importante et fut refusé ; ce qui faisait accuser le bon prêtre de partialité par Ti Manuel, le papa, lequel eût été bien content que son frère put l'accompagner également à la Sainte Table.

En décembre 1918, elle tomba gravement malade, presque au même moment que François. Au cours de cette année là, la très sainte Vierge apparut trois fois à la fillette, mais sans lui apporter de messages :

— La première fois, dans l'église de Fatima, durant la messe, le jour de l'Ascension ; Elle lui apprit à bien réciter le chapelet.

— La seconde fois, ce fut la nuit, à la porte de la cave, alors que la famille dormait.

— La troisième fois, dans la maison, au dessus d'une table ; la Vierge était immobile et silencieuse. Jacinthe s'écria : « Oh, Maman !... Vous ne voyez pas là Notre-Dame de la Cova da Iria ? ».

Un jour, elle confia tout émue à sa cousine Lucie : « Notre-Dame est venue nous voir, et elle a dit qu'elle viendrait, dans très peu de temps, chercher François pour l'emmener au Ciel. A moi, elle m'a demandé si je voulais encore convertir davantage de pécheurs. Je lui ai dit que oui.

Notre-Dame veut que j'aille dans deux hôpitaux ; mais pas pour guérir. Ce sera pour souffrir davantage, pour l'amour de Dieu, pour la conversion des pécheurs, et en réparation des offenses commises contre le Cœur Immaculé de Marie. Elle m'a dit que tu n'y viendrais pas ; que ma mère m'y conduirait, et qu'ensuite je resterais là toute seule ; mais que je n'aie pas peur, car elle viendrait me chercher pour aller au Ciel. »

Après le départ du François pour le Ciel, les parents installèrent la petite fille dans la chambre de son saint frère, car plus proche de la porte d'entrée. En effet, Jacinthe était très affaiblie par la maladie.

La présence de sa cousine Lucie était pour elle un soutient indispensable car depuis le départ de François elle ne cessait de penser à lui en pleurant.


Sa consolation était de souffrir pour Notre Seigneur afin de réparer les péchés du monde. Les souffrances des damnés et l'éternité de leur peine la préoccupaient sans cesse et l'encourageaient à supporter sans plainte et même avec joie les souffrances de la maladie. Elle avait demandé à François mourant, de dire, au Ciel, à Notre-Seigneur et à sa Mère qu'elle souffrirait « tout ce qu'ils voudraient » pour la conversion des pécheurs. La vision de l'enfer l'avait tant impressionnée, qu'elle ne pouvait chasser de son esprit cette pensée. Parfois, pensive, elle répétait tout haut : « Coïtadinhos !... » (Pauvres malheureux !). « Dis, Lucie, ces flammes ne s'éteignent jamais ? Et ces gens ne se consument pas comme le bois qui devient de la cendre ? »

Et, après les explications de sa cousine, elle reprenait :

— « L'enfer !... l'enfer !... Quelle peine me font les âmes qui y tombent !... nous prierons beaucoup et nous ferons des sacrifices pour que les pécheurs se convertissent. » ; et mi-tremblante s'agenouillait, joignait les mains et récitait les prières que Notre-Dame lui avait enseignées : « Oh mon Jésus ! pardonnez-nous nos péchés... etc. ». Jacinthe restait comme ça, très longtemps agenouillée, répétant la même prière pour convertir les pécheurs et ainsi sauver les âmes de l'enfer.


La maladie la faisait souffrir beaucoup. Après une broncho-pneumonie, se déclara une pleurésie purulente, qui lui causait de grandes souffrances. Elle s'efforçait toutefois de ne jamais se plaindre malgré les douleurs qu'elle supportait avec résignation, une joie même, qui surprenait d'autant plus qu'elle trouvait encore la force de se lever pour réciter la prière de l'Ange.

Quand sa mère se montrait triste de la voir souffrir, elle lui disait : « Ne vous faites pas de souci, mère, je vais au ciel, et là, je prierai beaucoup pour vous. Ne pleurez pas, je me sens bien. »

Jacinthe disait à Lucie : « Je ne veux pas que tu dises à personne que je souffre, même pas à ma mère, parce que je ne veux pas qu'elle s'afflige. »

La petite malade se confiait volontiers à Lucie. Ensemble elles parlaient de leurs mortifications, de leurs sacrifices, qui leur semblaient peu de chose pour consoler les Cœurs de Jésus et de Marie. « Écoute, tu sais, disait Jacinthe, Notre Seigneur est triste, parce que Notre-Dame nous a dit de ne plus l'offenser davantage, qu'Il était déjà trop offensé, mais on n'en fait aucun cas ; on continue à faire les mêmes péchés. » Elle lui énumérait alors toutes les occasions dont elle avait profité, le jour et la nuit précédente, pour réparer tant d'outrages faits à Dieu : « J'avais très soif, et je n'ai pas voulu boire. Je l'ai offert à Jésus pour les pécheurs. Cette nuit, je souffrais beaucoup, et j'ai voulu offrir à Notre Seigneur le sacrifice de ne pas me retourner dans mon lit. Aussi je n'ai pas dormi du tout... Et toi, Lucie, as-tu fait aujourd'hui quelque sacrifice ? »

Bien qu'elle ne pouvait plus rien avaler sans un certaine dégoût, elle prenait les aliments que sa mère lui présentait sans montrer la plus légère répugnance pour offrir ce sacrifice à Notre Seigneur. Elle confia à Lucie : « Je bois la tasse de lait que ma mère me donne ; si tu savais combien cela m'a coûté de la prendre ! mais je ne dis rien. Je prends tout par amour de Notre Seigneur et du Cœur Immaculé de Marie, notre "Maman du Ciel". »

Quand sa mère lui apportait, avec une tasse de lait, une belle grappe de raisin, et lui laissait le choix, elle prendrait de préférence le lait. « Non Maman, je ne prendrai pas les raisins ; vous pouvez les emporter. Donnez-moi plutôt le lait ; je vais le prendre. » Et lorsque sa mère se retirait, elle disait à Lucie : « J'avais tellement envie de ces raisins, et cela m'a tant coûté de prendre le lait ! Mais j'ai voulu offrir ce sacrifice à Notre Seigneur ».

Au cours du mois de juin 1919, le médecin conseilla aux parents de l'envoyer à l'hôpital saint Augustin, à quinze kilomètres de la maison. Là, la petite fille fut soumise à un traitement rigoureux, mais qui ne donna aucun résultat. Alors, à la fin du mois d'août, il fut décidé que la petite revienne à la maison, d'autant plus que ses parents n'avaient pas les moyens de payer plus longtemps le prix de la pension à l'hôpital.

Sa santé s'affaiblissait de jour en jour. La maladie minait son pauvre petit corps. Atteinte de tuberculose, il lui était tout à fait impossible de quitter son lit.

Lorsqu'elle eut appris, par Notre-Dame elle-même la visitant dans sa chambre d'Aljustrel, qu'elle irait à Lisbonne dans un hôpital pour y mourir seule, son cœur fut bouleversé par cette perspective de mourir loin de ses parents et de sa cousine bien-aimée. Un jour, Lucie la trouva, tenant une image de Notre-Dame, qu'elle embrassait en disant : « O ma "Maman du Ciel" ! Alors il me faut mourir toute seule ? » C'était là une épreuve bien amère que lui imposait la Vierge, et elle la suppliait presque d'écarter ce calice. Jésus Lui-même, avant sa Passion, disait : « Père, s'il est possible, que ce calice s'éloigne de moi ! » ; mais, elle acceptait de souffrir avec amour pour Jésus et Marie, ainsi que pour les pécheurs, en disant dans sa prière : « O mon Jésus ! ce sacrifice est si grand ! vous pouvez sauver beaucoup de pécheurs ! ».

A la mi-janvier 1920, arriva à Aljustrel un prêtre, ami de la famille, avec un médecin renommé à Lisbonne pour voir la petite malade, le Dr.  Eurico-Lisboa. Ce médecin décida de l'hospitaliser d'urgence à Lisbonne. La petite fille se gardait bien de soutenir l'opinion de ses parents qui voulaient la garder à la maison, car elle savait qu'à Aljustrel, elle ne pourrait pas offrir le « si grand sacrifice » de mourir « toute seule » que la Vierge lui avait proposé, sacrifice qui pouvait préserver des flammes quelques âmes pécheresses.« Tu iras à deux hôpitaux, lui avait dit Notre-Dame, mais ce ne sera pas pour guérir. Ce sera pour souffrir davantage, pour l'amour de Dieu, pour la conversion des pécheurs, et en réparation des offenses commises contre mon Cœur Immaculée »

Le Cœur Immaculé de Marie ! C'était la passion de Jacinthe !

« Il ne s'en faut plus beaucoup pour que j'aille au Ciel, confiait-elle à Lucie. Toi, tu resteras ici pour dire que Dieu veut établir dans le monde la dévotion au Cœur Immaculé de Marie... Quand tu auras à le dire, ne te cache pas !... Dis à tout le monde que Dieu nous accorde ses grâces par le moyen du Cœur Immaculé de Marie ; qu'il faut les lui demander à Elle ; que le Cœur de Jésus veut qu'on vénère, à côté de lui, le Cœur Immaculé de Marie [Voir dévotion des cinq premiers samedis du mois]. Que l'on demande la paix au Cœur Immaculé de Marie, parce que Dieu la lui a confiée à Elle !.


Ah ! si je pouvais mettre dans le cœur de tout le monde le feu que j'ai là dans la poitrine, qui me brûle, et me fait tant aimer le Cœur de Jésus et le Cœur de Marie ! » Parfois avec sa simplicité naturelle elle disait aussi : « J'aime tant le Cœur Immaculé de Marie, c'est le Cœur de Notre petite Maman du ciel. N'aimes-tu pas répéter souvent ? "Doux Cœur de Marie, Cœur Immaculé de Marie". J'aime tellement cela… ». Ce départ pour la capitale effrayait beaucoup la petite Jacinthe car elle savait de la très sainte Vierge même, que ce voyage serait le dernier avant d'aller au Ciel ; et l'idée de ne plus revoir ceux qu'elle aimait tant lui fendait le cœur. Notre Seigneur, au Jardin des Oliviers, avait senti la même peine de souffrir seul. Par trois fois, il avait interrompu sa prière, pour demander à ses Apôtres de veiller avec Lui. Comment s'étonner donc de rencontrer le même sentiment dans l'âme si affectueuse de la petite Jacinthe ? mais, malgré cette peine, elle accepta avec joie d'aller à l'hôpital, pour montrer son amour à Marie en y souffrant plus qu'à la maison.


A Lisbonne, personne ne voulait recevoir cette voyageuse fatiguée avec sa petite fille pâle et décharnée. Pour finir, ce 21 janvier 1920, la malade et sa mère furent reçues avec beaucoup de bonté par la Directrice de l'orphelinat Notre-Dame des Miracles, à Lisbonne, soeur Marie de la Purification Godinho († 24-06-1960 à l'age de 82 ans), en attendant que le médecin puisse faire les démarches administratives d'admission à l'hôpital ; mais il rencontra un obstacle imprévu : la mère de Jacinthe refusait que sa fille soit opérée, sans doute par peur de la perdre... mais face à l'insistance et aux bons conseils du médecin, elle accepta.

Dans cet orphelinat, il y avait une tribune avec vue sur la chapelle. Tous les moments qui lui restaient durant les jours qu'elle y a vécu, Jacinthe les passait dans la tribune assise dans une petite chaise avec les yeux fixés dans le tabernacle. C'était sa mère qui la portait dans ses bras à la table de la communion.

Le 2 février, jour de la Présentation, Jacinthe entrait au Service n° 1 de l'hôpital Doña Estefania, où elle occupait le lit n° 38, et était traitée sous la direction du Dr. Castro-Freire, l'un des meilleurs médecins d'enfants du Portugal. Elle y recevait la visite quotidienne de soeur Purification, sa « marraine », comme elle appelait sa bienfaitrice. Monsieur Marto, son papa, put venir voir une fois son enfant, mais ce fut une visite bien brève. Le pauvre homme devait revenir promptement à Fatima, où d'autres de ses enfants étaient au lit et réclamaient sa présence. Lucie, qui était venue lui rendre visite durant deux jours, confie : « Je la trouvai avec la même allégresse de souffrir pour l'amour de Dieu, pour l'amour du Cœur Immaculé de Marie, pour les pécheurs et pour le Saint Père. C'était là tout son idéal et les thèmes de ses conversations. » : « J'aime tant souffrir pour l'amour de Jésus et Marie et Eux Ils aiment tant tous ceux qui souffrent pour la conversion des pécheurs », disait Jacinthe, affirmant que Notre-Dame lui était apparue de nouveau et lui avait encore répété que « le péché qui mène le plus de monde en enfer est le péché de la chair ; qu'il faut s'éloigner du luxe ; qu'il ne faut pas s'obstiner dans le péché et qu'il faut faire pénitence ».

Le diagnostic du chirurgien révéla une pleurésie purulente de la grande cavité gauche, avec fistule, et ostéite des septième et huitième côtes du même coté. Ce jour là la maman de Jacinthe reçut des nouvelles d'Aljustrel : elle devait absolument rentrer chez elle car d'autres enfants de la famille étaient malades et avaient besoin de sa présence.

L'opération chirurgicale ayant été retardée de quelques jours, elle décida de prendre le train pour Fatima, le 5 février. Ce fut un grand déchirement pour elle comme pour sa petite fille qui tout au long de sa maladie, ne cessa de souffrir héroïquement pour la conversion des pécheurs. Sur son lit d'hôpital, on l'entendra dire : « Il se commet beaucoup et de trop grands péchés dans le monde. Si les hommes savaient ce que c'est que l'éternité, ils feraient tout pour changer de vie... Les hommes se perdent parce qu'ils ne pensent pas assez à la mort de Notre-Seigneur et qu'ils ne font pas pénitence ». (Voir forum n° 31).

Le 10 février, Jacinthe fut opérée par le docteur Castro-Freire. A cette époque, les anesthésies étaient très imparfaites, ce qui causait beaucoup de souffrance aux malades. Le chirurgien lui ouvrit une fissure pour le drainage du pus et on lui retira deux côtes du coté gauche. Jacinthe souffrait beaucoup, et la douleur se ravivait chaque fois qu'il fallait panser la plaie large comme la main. Cependant son seul gémissement était : « Aïe ! aïe !... ô Notre-Dame !» Elle ajoutait : « Patience ! nous devons tous souffrir pour aller au Ciel ! ». Personne ne l'entendait se plaindre. Elle disait plus que jamais à Jésus, dans un héroïsme tranquille : « Maintenant Vous pouvez convertir beaucoup de pécheurs, parce que je souffre beaucoup ! ».

Quelques jours après, la Vierge Marie vint au pied du lit d'hôpital consoler la petite fille, lui annonçant que bientôt Elle viendrait la chercher pour aller au Ciel ; mais dès cet instant Jacinthe ne manifesta plus aucune souffrance. Elle confiait à Mère Godinho : « Maintenant je ne me plains plus ! Notre-Dame m'a dit qu'elle viendra me chercher, et qu'elle m'enlève déjà toutes mes souffrances ». Le Docteur Eurico-Lisboa confirma qu'effectivement toutes les douleurs de sa petite patiente disparurent et qu'elle put se distraire en regardant des images pieuses, dont une de Notre-Dame du Sameiro, célèbre sanctuaire de l'Immaculée Conception, près de Braga. L'enfant disait que c'était celle qui lui rappelait le plus la Vierge qui lui était apparue.

Sœur Lucie rapporte dans ses « Mémoires » que sa cousine lui confia que Notre-Dame lui avait dit lors de cette Apparition la date et l'heure de son entrée dans la vie éternelle.

Le 20 février 1920, vers 18 heures, la petite malade dit qu'elle se sentait mal et qu'elle désirait recevoir les derniers sacrements. On appela donc le curé de la paroisse des Anges, M. l'abbé Pereira dos Reis, qui l'entendit en confession vers 20 heures. La voyant apparemment bien, il ne voulut pas lui donner les derniers sacrements et lui promit seulement de lui apporter Notre Seigneur le jour suivant. De nouveau la petite insista pour recevoir la communion disant qu'elle allait bientôt mourir. De fait, vers 22h30, la petite Jacinthe s'éteignit tranquillement, toute seule, en odeur de sainteté, mais sans avoir pu communier, à l'hôpital Doña Estefânia. Seule une jeune infirmière, Aurora Gomes, assista à son décès.

La Vierge était donc venue, une dernière fois, auprès de la petite malade du lit n° 60 (où on l'avait transportée après l'opération), et avait emmené au Ciel l'âme de Jacinthe, laissant seulement à la terre sa dépouille mortelle. La nouvelle se répandit très vite dans les milieux catholiques de Lisbonne. Sœur Godinho la revêtit d'une belle robe blanche avec ceinture bleu céleste, puis, le 24 février, à 11 heures, le corps fut placé dans un cercueil afin de procéder à l'office funèbre, en l'église des Saints-Anges. Un défilé de personnes qui croyaient aux évènements de Fatima, ne tarda pas à se former. On venait avec des chapelets et des images, pour toucher les vêtements de la petite et prier auprès de son corps.

Couchée dans son cercueil, Jacinthe paraissait vivante, avec les lèvres et les joues d'une belle couleur rosée. Le parfum agréable qu'exhalait le corps, décédé depuis trois jours et demi, ne peut expliquer naturellement cette odeur de fleurs variées, fait très singulier, étant donné le caractère purulent de la maladie et le temps prolongé pendant lequel le corps était resté à l'air libre.

L'après-midi, le corps fut accompagné à pied jusqu'à la gare, sous la pluie, par beaucoup de monde, et déposé à Vila Nova de Ourem, dans le caveau de la famille du baron de Alvaiazere.

Le 12 septembre 1935, Mgr. da Silva fit transférer le corps de la petite Jacinthe dans le cimetière de Fatima. Lorsqu'on ouvrit le cercueil, l'assistance put constater que le visage de la voyante était resté intact. Ce fut le cas également, lors de l'exhumation définitive dans la basilique, le 1er mai 1951.

Lors de la première exhumation, on photographia le visage de la petite bergère et l'Évêque de Leiria envoya cette photo à Lucie. Dans la lettre où elle remerciait le Prélat et lui disait toute sa joie, la religieuse écrivait entre autres choses :

« J'espère que Notre-Seigneur voudra lui donner l'auréole des saints, pour la plus grande gloire de la Sainte Vierge. Quant à son âge, elle n'était qu'une enfant ; elle excella néanmoins dans la pratique de la vertu et sut prouver son amour de Dieu et de la Sainte Vierge, par la mortification. Pour ma part, je dois à son amitié d'avoir conservé mon innocence. Elle avait admirablement compris cet esprit de prière et de sacrifice que la Sainte Vierge nous avait recommandé ».
Le procès en vu de la béatification de Jacinta Marto a été ouvert à Leira le 21 décembre 1949 en même temps que celui de son frère François. Il a été transmis au Saint-Siège le 2 juillet 1979, et c'est le 13 mai 1989 qu'ils ont été déclarés Vénérables.

Le 16 avril 1999, la Congrégation pour la Cause des Saints a approuvé un miracle attribué à leur intercession. L'assemblée plénière de la Congrégation a entériner cette décision le 24 juin 1999. C'est alors que le Pape Jean-Paul II a publié, le 28, le décret de béatification. François et Jacinthe sont désormais les plus jeunes Bienheureux de l'Église (respectivement, 11 et 9 ans).

PENSÉES DE LA BIENHEUREUSE JACINTA MARTO

L'héroïcité des vertus de Jacinthe est une preuve évidente des merveilles de la grâce que Dieu nous donne si on prie le Cœur Immaculé de Marie. Les paroles que Jacinthe confiait à sa marraine ne peuvent s'expliquer sans une sagesse infuse. Une enfant de dix ans, sans aucune instruction, n'ayant que des connaissances religieuses rudimentaires, ne pouvait certainement inventer des sentences comme celles-ci, que Mère Godinho a eu soin de noter.

Sur le péché, par exemple :

— « Les péchés qui conduisent le plus d'âmes en Enfer, ce sont les péchés de la chair ».

— « Il viendra des modes qui offenseront beaucoup Notre Seigneur. Les personnes qui servent Dieu ne doivent pas suivre la mode. L'Eglise n'a pas de modes. Notre Seigneur est toujours le même. »

— « Les péchés du monde sont bien grands. »

— « Si les hommes savaient ce qu'est l'éternité, ils feraient tout pour changer de vie. »

— « Les hommes se perdent, parce qu'ils ne pensent pas à la mort de Notre Seigneur, et ne font pas pénitence. »

— « Beaucoup de mariages ne sont pas bons ; ils ne plaisent pas à Notre Seigneur, et ne sont pas de Dieu ». 

Au sujet des guerres :

— « Notre Dame a dit que, dans le monde, il y a trop de guerres et de discordes. Les guerres ne sont que le châtiment des péchés du monde. »

— « Notre Dame ne peut plus retenir le bras de son Fils bien-aimé sur le monde. »

— « Il faut faire pénitence. Si les gens se corrigent, Notre Seigneur viendra encore secourir le monde ; mais s'ils ne se corrigent pas, le châtiment viendra ».

— « Pauvre Notre Dame! Ah ! j'ai tant de peine de Notre Dame ! tant de peine ! »

Au sujet des prêtres et des gouvernants :

— « Marraine, priez beaucoup pour les pécheurs ! Priez beaucoup pour les prêtres ! Priez beaucoup pour les Religieux ! Les prêtres devraient s'occuper seulement des choses de l'Église. Les prêtres doivent être purs, très purs.

La désobéissance des prêtres et des Religieux à leurs Supérieurs et au Saint-Père offense beaucoup Notre Seigneur. »


— « Marraine, priez beaucoup pour les gouvernements ! Malheur à ceux qui persécutent la Religion de Notre Seigneur ! Si le gouvernement laissait en paix l'Église, et s'il donnait la liberté à la sainte Religion, il serait béni de Dieu. »


Sur les vertus chrétiennes :

— « Marraine, n'allez pas au milieu du luxe ! Fuyez les richesses ! Soyez amie de la sainte pauvreté et du silence. Ayez beaucoup de charité, même avec ceux qui sont mauvais. Ne dites du mal de personne, et fuyez ceux qui en disent.

— « Ayez beaucoup de patience, parce que la patience nous conduit au Ciel. » — « La Confession est un sacrement de miséricorde. Aussi faut-il s'approcher du confessionnal avec confiance et joie. Sans Confession il n'y a pas de salut. »


— « La Mère de Dieu voudrait qu'il y ait plus de vierges qui s'attachent à elle par le vœu de chasteté. »

— « J'aimerais bien, moi, aller au couvent ; mais j'aime encore mieux aller au Ciel. »

— « Ceux qui n'accomplissent pas les promesses faites à Notre-Dame ne seront jamais heureux dans leur vie. »

— « Pour être Religieuse, il faut être très pure d'âme et de corps. »


A cette dernière réflexion, Mère Godinho interrogea Jacinthe :

— « Et sais-tu ce que veut dire être pure ? », lui demanda t-elle.

— « Je le sais, je le sais. Être pure de corps, c'est garder la chasteté ; être pure d'âme, c'est ne pas faire de péchés : ne pas regarder ce qu'il ne faut pas voir, ne pas voler, ne jamais mentir, dire toujours la vérité, même si cela coûte. »

— « Mais qui donc t'a appris tant de choses ? », lui demandait encore Mère Godinho.

— « C'est Notre-Dame. Mais il y en a aussi que je pense toute seule. J'aime beaucoup penser. »

La Très Sainte Vierge ne se contentait pas d'inspirer à Jacinthe ces profondes pensées. Quelquefois elle lui découvrait l'avenir.

Mère Godinho, un jour, posa cette question à Mme Olimpia, qui se trouvait auprès de sa fille : — « N'aimeriez-vous pas que vos filles Florinda et Teresa, entrent dans la vie religieuse ? ».

— « Dieu m'en garde ! » répondit la bonne dame.

Quelques instants après, Jacinthe, qui avait suivi la conversation, disait, avec gravité, à la Supérieure de l'orphelinat : « Notre Seigneur aimerait beaucoup que mes sœurs se fassent Religieuses. Maman ne veut pas ; mais, pour cela, Notre-Dame ne tardera pas à les emmener au Ciel. ».

C'est ce qui arriva. Peu de temps après la mort de Jacinthe, ses deux sœurs, Florinda et Teresa, moururent, l'une à 17 ans, l'autre à 16 ans.

Citons un autre fait : Mère Godinho désirait depuis longtemps aller à la Cova da Iria ; mais elle n'avait jamais pu en trouver l'occasion. « Soyez tranquille, Marraine !, lui assura un jour Jacinthe. Après ma mort vous irez là-bas ». C'est ce qui arriva en effet. A cause de circonstances imprévues, il ne fut pas possible d'ensevelir le corps de Jacinthe dans le caveau offert par Mme Angelina da Conceiçâo Lopes, à Lisbonne, au cimetière dos Prazeres. Au dernier moment, le Baron de Alvaiâzere offrit son caveau de famille, à Vila Nova de Ourém, pour la sépulture de l'enfant. Mère Godinho accompagna jusque là le corps de sa petite protégée. Le même jour, elle se rendit à Fatima, où elle eut le bonheur de faire la connaissance de Lucie, qui l'accompagna jusqu'à la Cova da Iria.

Dans une autre occasion, un des deux médecins qui la soignaient lui demanda de prier pour lui lorsqu'elle serait au Ciel. La petite lui répondit qu'elle le ferait ; mais, aussitôt après, le fixant de son regard qui paraissait découvrir l'avenir, elle ajouta : « Écoutez, vous irez bientôt là-haut, vous aussi ; cela ne tardera pas ! » Une scène analogue eut lieu avec un autre médecin, à qui elle prédit aussi son rappel à Dieu et celui de sa fille.

Au sujet d'un prêtre, dont elle avait entendu un beau sermon, et qui était, jusqu'alors, considéré comme un homme exemplaire, la petite exprimait avec décision un jugement défavorable :

— « Marraine, quand on y pensera le moins, vous verrez comme ce prêtre est mauvais ! »

Jacinthe avait raison. Peu après, le malheureux abandonna complètement ses devoirs de prêtre, et se mit à vivre d'une manière ouvertement scandaleuse.

A propos de l'opération qu'on voulait lui faire, et qui eut lieu en effet, Jacinthe faisait remarquer :

— « Tout cela est inutile. Notre-Dame est venue me dire que j'allais mourir bientôt. »

Elle fit même écrire à Lucie pour lui dire que la Vierge lui était apparue, et lui avait fait savoir le jour et l'heure de sa mort.

En savoir plus :

voir forum n° 28 : « Les derniers Temps : ceux de la Vierge Marie. »
.
1910
●    Le jeudi 10 mars naît à Aljustrel; de Manuel Pedro MARTO et Olympia de       Jesus.
●    19 mars : baptême à l'église paroissiale de Fátima.
1915./.16
●    Bergerette
1916
●    Printemps / Été / Automne : témoin des apparitions de l'Ange.
1917
●    Les 13 mai, juin, juillet, septembre, octobre : Apparitions de la Vierge à la Cova       da Iria.
●    Les 13, 14, 15 août : séquestrée à la prison de Vila Nova de Ourém.
●    Le dimanche 19 août : Apparition de la Vierge aux Valinhos.
●    Du 13 octobre au 6 août 1918, apparitions de la Vierge :
       — à l'Ascension 1918 : dans l'église paroissiale (Comment réciter le       chapelet) ;
       — chez elle, nuitamment, à la porte de la cave ;
       — dans la maison, au dessus d'une table (déposition du curé Ferreira, le 6       août 1918).
●    Visions prophétiques illustrant le grand Secret :
       — vision du Saint-Père insulté et persécuté ;
       — vision de la guerre et du Saint-Père en prière.
●    Autres visites de la Vierge :
       — au lit, peu avant la mort de Francisco ;
       — seule à la maison avant son départ pour Lisbonne ;
       — à l'orphelinat N-D. des-Miracles de Lisbonne (où elle apprend le jour et       l'heure de sa mort).
1918
●    Printemps : première communion.
●    Du 1er juillet au 31 août : à l'hôpital Saint-Augustin de Vila Nova de Ourém.
●    Octobre : victime d'une pneumonie (grippe espagnole).
1919
●    Décembre : La Vierge lui annonce qu'elle mourra toute seule à Lisbonne.
1920
●    21 janvier : départ pour l'Orphelinat N-D. des-Miracles de Lisbonne. Visites de       Notre-Dame.
●    2 février : transfert à l'hôpital de Dona Estefãnia.
●    10 février : subit une opération. Visite de la Vierge.
●    20 février : confession peu avant sa mort ; décéde à l'hôpital vers 22 h 30 dans       la solitude et sans avoir pu communier.
●    21 février : son corps est transporté à la sacristie de l'église des Anges à       Lisbonne.
●    24 février : son corps est enseveli à Vila Nova de Ourém dans le caveau de       famille du baron de Alvaiazere, où il demeurera 15 ans.
1935
●    12 septembre : Ouverture du cercueil. Le corps apparaît intact. Translation au       cimetière de Fátima où il demeurera 15 ans.
1949
●    21 décembre : Ouverture du Procès infirmatif diocésain.
1951
●    30 août : Ouverture officielle du cercueil. Le corps est moins bien conservé       qu'à l'ouverture de 1935.
●    1er mai : Translation des restes au transept gauche de la basilique.
1989
●    13 mai : Jean-Paul II la déclare Vénérable avec son frère Francisco, à Fatima.
2000
●    13 mai : Jean-Paul II la béatifie avec son frère Francisco, à Fatima.

Ô toi, Jacinthe très chérie,
qui sur la terre es passée d'un seul vol,
Dans une douleur intense, tu aimais ton Jésus.
N'oublie pas la prière que jadis je te fis :
« Sois mon amie, auprès du trône de la Vierge Marie !
Ô lis de candeur, perle brillante.
Là-haut dans le Ciel, où tu vis triomphante,
Ô séraphin d'amour, avec ton petit frère
Prie pour moi aux pieds du Seigneur ! »

Sœur Lucie


LES VOYANTS

BIENHEUREUX FRANÇOIS MARTO

Le petit François Marto était, à l'exemple de ses parents, un enfant doux et humble, au caractère aimable et discipliné.

Dès le lever du soleil, la maman de François et Jacinthe allait les réveiller. Leurs yeux à peine ouverts, ils récitaient cette prière, si populaire jadis au Portugal :
 « Béni et loué soit le Très Saint Sacrement de l'Eucharistie, Fruit béni et sacré de la Vierge très pure, Sainte Marie ! ».
Il aimait parfois jouer des tours à ses frères et sœurs, mais les parents n'eurent jamais à se plaindre sur le comportement de leur fils. Son obéissance était exemplaire.

Avec ses camarades, il se montrait très pacifique et condescendant. Un jour, Teresa, sa marraine, lui offrit un petit mouchoir où était représenté l'image de Notre Dame de Nazaré. Tout heureux, il alla le montrer à ses petits camarades ; mais un matin ce petit mouchoir disparut. Hors, il y tenait beaucoup ; sans cesse il en parlait pour savoir qui aurait pu le trouver. Quand il sut qu'il se trouvait entre les mains d'un autre enfant, il alla le voir, mais comme il ne voulait pas lui rendre son mouchoir, il dit : « Et bien, garde-le ! »


Toutefois, n'allons pas croire que François manquait de caractère où était un garçon de volonté faible, bien au contraire ; mais il ne cherchait nullement la bagarre.


Le petit pastoureau était aussi quelque peu poète. Il aimait particulièrement la musique à un point tel que, un jour, il vola un tostão à son père (cela faisait une petite somme !) pour s'acheter un harmonica. Ce fut la seule faute grave de sa très courte vie. Il passait des heures et des heures à jouer des airs sur son petit fifre de roseau, assis sur une pierre, la plupart du temps accompagné de Lucie et de Jacinthe, qui chantaient et dansaient au son de la musique. Il aimait beaucoup les petits oiseaux, et ne pouvait supporter que quelqu'un vole leurs nids. Il gardait toujours pour eux quelques miettes du pain qu'il emportait pour son repas et les déposaient au dessus des pierres afin que les moineaux puissent eux aussi manger.

Un jour, il vit un de ses compagnons avec un petit oiseau dans la main. Ému de pitié, il demanda à celui-ci de le lâcher. Comme l'autre refusait, il lui offrit un vintém (env. 2 centimes d'euro) pour le décider à lui donner l'oiseau. Lorsqu'il l'eût entre les mains, il le laissa s'envoler, en disant : « Prends garde une autre fois de ne pas te laisser attraper ! ».

Ce n'est pas seulement pour les animaux que le petit garçon avait bon cœur : il y avait dans le hameau une vieille dame qui avait toujours du mal à regrouper son troupeau de chèvres et de brebis. François n'hésitait jamais à venir à son aide pour rassembler les bêtes.

Pour lui, la nature était une merveille. Il ne se lassait pas d'admirer le ciel immense, les étoiles. Les rayons du soleil à travers les vitres l'enchantaient. Les gouttes de rosée, irisées par le soleil, étaient pour lui aussi précieuses que des joyaux, aussi belles que les étoiles du ciel.

« Laissez venir à moi les petits enfants »

Lors de l'Apparition du 13 mai 1917, la Très Sainte Vierge dit que François irait au Ciel, mais pour qu'il en soit ainsi il faudra qu'il récite beaucoup de chapelets. En effet, le petit garçon avait pour habitude d'abréger la récitation des chapelets pour aller jouer plus rapidement. Depuis ce jour, le petit garçon porta une attention toute particulière à dire ses chapelets.

« J'ai beaucoup aimé voir l'Ange, disait-il, mais ce que j'ai le plus aimé, c'est de voir la lumière de Notre Dame ». Quelques semaines après la dernière apparition, Lucie demanda à son cousin :


— « Qu'est-ce qui te plaît le plus, consoler Notre-Seigneur ou convertir les pécheurs pour que les âmes n'aillent plus en enfer ? »

— « A choisir, j'aimerais mieux consoler Notre-Seigneur. N'as-tu pas remarqué comment la Sainte Vierge, encore le mois dernier, devint si triste lorsqu'elle demanda que l'on n'offense plus Notre-Seigneur qui est tant offensé ? Je voudrais aussi ensuite convertir les pécheurs pour que les âmes n'aillent pas en enfer. ».Dès lors, François se sentait poussé par la grâce et recherchait toujours la solitude pour prier et offrir ses sacrifices, lui qui savait qu'il aura beaucoup à souffrir pour réparer tant de péchés qui offensent Notre Seigneur et Son Cœur Immaculé.

Il était triste, non pas de souffrir pour le Bon Dieu, mais parce qu'il savait Notre Seigneur bien triste à cause des offenses des hommes.

La nouvelle au village de la première Apparition de Notre-Dame fut par la suite assez éprouvante pour le petit enfant. A l'école, le maître et ses propres compagnons se plaisaient à se moquer de lui, d'autant plus, qu'absorbé certainement déjà par les pensées élevées que l'Ange lui avait inspirées, il ne se souciait guère de l'instruction donnée en classe. François, toujours humble, baissait la tête, et, l'âme certainement unie à Dieu, écoutait, sans mot dire, les censures que lui infligeaient l'instituteur et ses camarades d'école.

Au moment de la récréation de midi, il prenait son repas, et, sans mot dire, se joignait à quelques camarades plus tranquilles, jusqu'à ce que l'instituteur donnât le signal de rentrer à l'école. François se montrait toujours un bon compagnon de jeu.

Dans la deuxième quinzaine de Mai, la nouvelle de la première apparition de Notre-Dame à la Cova da Iria s'étant répandue dans la paroisse, les choses s'aggravèrent quelque peu pour lui à l'école car l'instituteur, bon professeur, mais mauvais éducateur — il n'avait pas la Foi et n'avait aucun respect pour les vérités chrétiennes et les choses de la Religion —, profitait du peu d'intérêt que montrait François dans les études, pour le traiter de "faux voyant". Il ne cessait de faire remarquer à tous les autres élèves ses défauts et ses négligences. Ce n'était pas seulement, sans doute, pour voir si François, après avoir été humilié, se déciderait à faire des progrès et à mieux profiter des leçons ; c'était aussi pour les inviter à prendre parti avec lui contre l'humble petit voyant. Les enfants se sentant couverts par le jugement de l'instituteur, faisaient parfois « chorus » avec lui, pour humilier le pauvre François. Le pire est que ces humiliations, de la part de ses camarades, ne consistaient pas seulement en paroles. Quelquefois, le pauvre garçon était obligé de passer la récréation appuyé à un mur, pour essayer de se défendre des mauvais traitements que des élèves plus robustes et plus hardis n'hésitaient pas à lui infliger... sans que le professeur intervienne pour le défendre. Loin de se plaindre, toujours humble, doux et patient, il supportait tous les affronts sans rien dire, au point que ses parents n'en surent jamais rien. Pauvre petit ! Dieu veuille qu'au Ciel il ait prié pour son professeur et pour tous ses compagnons !.

« Vous aurez beaucoup à souffrir,

mais la grâce de Dieu sera votre réconfort »


Tels furent les Paroles de Notre Dame ; et de fait, non seulement François, mais également sa sœur Jacinthe et sa cousine Lucie, acceptaient de bon cœur toutes les souffrances par amour du Bon Dieu. En méditant les leçons des apparitions de Notre-Dame, à Fatima, le chrétien doit s'arracher aux horizons étroits de la terre et se replacer dans les perspectives de l'éternité comme les petits modèles que la Vierge nous propose. Hélas !, en effet, de plus en plus, les hommes bornent leurs ambitions aux intérêts d'ici-bas. C'est là la fallacieuse promesse que les plus redoutables ennemis de la religion ont fondée sur un système de doctrine qui ramène tout à la matière visible et périssable. Jésus disait aux apôtres : « Si vous ne devenez semblables à ces petits enfants, vous n'entrerez pas dans le Royaume des Cieux ».

Nous pouvons entendre la Sainte Vierge nous donner le même avertissement en nous présentant François, mais aussi Jacinthe : pour eux, les choses de ce monde n'existaient pas. Ils jugeaient tout d'après la perspective de l'éternité qu'ils attendaient avec impatience et il semble, qu'ils aient plongé — Jacinthe en particulier — leurs regards jusque dans l'au-delà qui approchait. C'est l'impression qui résulte très nettement des souvenirs conservés par des personnes qui furent les témoins de leurs derniers jours.

Un jour, deux dames s'entretenaient avec lui, et l'interrogeaient au sujet de la carrière qu'il voudrait suivre quand il serait grand :

— Tu veux être charpentier ?, dit l'une d'elles ;


Non, madame, répondait l'enfant.


— Tu veux être militaire ?, dit l'autre dame ;

Non, madame.

— Tu ne désirerais pas être médecin ? ;

Non plus.

— Moi je sais bien ce que tu voudrais être... Être prêtre !, dire la Messe, confesser, prêcher... N'est-ce pas vrai ? ;

Non madame, je ne veux pas être prêtre.

— Alors que veux-tu être ? ;

Je ne veux rien !. Je veux mourir, et aller au Ciel !.

C'était là, confia le père de François, présent à cette conversation, une vraie décision !. Le désir du Ciel, la contemplation des choses divines, remplissaient le coeur du petit garçon. Ce désir d'aller au Ciel était surtout inspiré par la volonté de consoler Notre Seigneur : « Jésus est si triste à cause de tant de péchés, et je veux le réconforter par la prière et la pénitence. Nous ne devons pas faire le moindre péché ! », disait-il.


En 1918, le petit François fut atteint d'une très forte grippe. L'épidémie causa la mort de nombreuses personnes en Europe, mais surtout en Espagne et au Portugal. Chez la famille Marto, tout le monde tomba malade presque en même temps, excepté Antonio, le père, et son fils Jean ; mais en décembre la famille allait mieux. Pour François et Jacinthe, ce rétablissement fut de courte durée car fin décembre ils chutèrent gravement dans la maladie. C'est pendant cette ultime épreuve que la Vierge Immaculée apparut aux deux petits enfants pour leur renouveler Sa promesse du 13 juin 1917.

En janvier 1919, le petit garçon allait de nouveau un peu mieux. Il put aller une dernière fois à la Cova da iria pour prier là où il avait vu la sainte Apparition ; mais, vers la mi-février, il rechuta. Cette fois, il ne se releva pas. Sa santé s'empirait de jour en jour. Une fièvre intense continue minait peu à peu son organisme.

Sur son lit de mort, il offrit souvent ses souffrances pour « consoler Nôtre-Seigneur et convertir les pécheurs ». « D'ici peu, disait-il, Jésus va venir me chercher pour aller au Ciel avec Lui, et alors je resterai toujours à le voir et à le consoler. Quel bonheur ! ».

Dans les derniers temps de sa maladie, cependant, François ne pouvait plus prier. Quelle tristesse pour lui !. Les jours qui précéderont son départ de ce monde, le soir arrivait sans qu'il eût pu dire son chapelet, même une seule fois. Et le petit revivait, avec regret, les longues heures passées dans la grotte du Cabeço, où, prosterné à terre, il répétait les paroles de l'Ange ou les chapelets récités à la Cova da Iria, en compagnie de sa petite sœur, de Lucie et d'autres pieuses personnes.

Sa maman devinait l'amertume qui remplissait l'âme de son fils, et cherchait à le consoler.

« Oh, maman !, disait-il, je n'ai plus la force de dire le chapelet, et les Ave Maria que je dis, je les dis avec tellement de vide ! »

« Si tu ne peux réciter le chapelet avec les lèvres, lui disait sa mère, récite-le avec le cœur. Notre-Dame l'entend aussi bien ; elle en est aussi contente ! ».

Le petit comprenait et se tranquillisait.

Cependant, son état s'aggravait et n'arrivait plus à expectorer ; sa gorge s'embarrassait ; la fièvre montait ; il avait de la répugnance à prendre ce qu'on lui présentait ; la faiblesse, l'épuisement augmentaient rapidement et laissaient prévoir un dénouement prochain. Il dit à son papa qu'il voulait recevoir "Notre Père du Ciel" avant de mourir. Mr Marto, dont le cœur se fendait de douleur, s'en alla au presbytère où l'abbé Moreira remplaçait provisoirement le curé de Fatima, l'abbé Marques-Ferreira. Il accepta tout de suite d'aller apporter les derniers sacrements au petit berger. En chemin, le prêtre et Mr. Marto récitèrent le chapelet. Pendant ce temps, François avait demandé à sa sœur Teresa d'aller appeler Lucie, sans se faire remarquer. Celle-ci accourut aussitôt.

Pour mieux préparer sa dernière confession, il demanda à Jacinthe et à Lucie de l'aider à se remémorer ses peccadilles. Après les avoir entendues, il leur dit : « Ces péchés, je les ai confessés ; je les confesserai de nouveau. Qui sait si par mes péchés, je ne suis pas cause que Notre-Seigneur est si triste ? Même si je ne devais pas mourir, je ne les ferais plus. Maintenant, je suis bien repentant ».

Il reçut les derniers sacrements et Mr. le Curé lui dit qu'il reviendrait le lendemain matin lui apporter Notre Seigneur. L'aube du jeudi 3 avril se leva enfin. Lorsque le prêtre entra dans sa chambre pour lui apporter la sainte communion, il sollicita la faveur de ne pas rester couché ; il aurait au moins voulu s'asseoir sur son lit ; on ne le lui permit pas.

Après avoir reçu l'Hostie sur sa langue desséchée, François ferma les yeux et demeura longtemps immobile. On sentait qu'il n'appartenait plus à la Terre. Les premiers mots ont été pour dire à sa mère : « Monsieur l’abbé ne portera-t-il plus Jésus caché ? » Jacinthe lui dit toute émue : « Dis à Notre Seigneur et à Notre-Dame que je suis contente. Dis leur que je souffrirai tout ce qu’ils voudront pour convertir les pécheurs et réparer les péchés contre le Cœur Immaculé de Marie ».

Le soir, l'état de François s'aggrava brusquement. Il avait soif, mais ne pouvait déjà plus supporter le lait, ni même les cuillères d'eau que sa maman et sa marraine Teresa lui offraient de temps en temps. Le lendemain, vendredi 4 avril, quand la nuit fut tout à fait tombée, après avoir vu une belle lumière près de la porte de sa chambre, son visage s'illumina d'une manière surprenante d'un sourire angélique. Sans aucune marque de souffrance, sans agonie, ni gémissement, il expira doucement à 22 heures et son âme s'envolait au Ciel. Notre-Dame est venue chercher Francisco. Elle le lui avait promis le 13 mai, si il priait beaucoup de chapelets. Il en priait neuf par jour et avait fait des sacrifices héroïques, surtout les nécessaires pour éviter le péché.

Le samedi 5 avril, un modeste cortège conduisit son corps au cimetière de Fatima. En avant, la croix ; puis quelques hommes de la Confrérie, avec leurs manteaux verts ; derrière eux, le prêtre, avec son surplis et son étole, noire, disant le chapelet. Quatre garçons, avec leurs manteaux blancs de procession, portaient le corps du petit voyant. Lucie le suivait en pleurant. Jacinthe, que la maladie empêchait de sortir, tout en larmes elle aussi, avait dû rester à la maison.

François fut enseveli au cimetière de la paroisse, dans une simple fosse, marquée seulement d'une petite croix de bois. Lucie nota avec soin cette petite croix, parmi tant d'autres semblables, et ne passait pas un jour sans aller s'agenouiller auprès d'elle, pour converser avec son petit ami du Ciel.

Le 13 mars 1952, ses restes mortels furent transférés dans la basilique de Fatima.

Le procès en vu de la béatification de François Marto a été ouvert à Leira le 21 décembre 1949 en même temps que celui de sa sœur Jacinthe. Il a été transmis au Saint-Siège le 3 août 1979, et c'est le 13 mai 1989 qu'ils ont été déclarés Vénérables.

Le 16 avril 1999, la Congrégation pour la Cause des Saints a approuvé un miracle attribué à leur intercession.

L'assemblée plénière de la Congrégation a entériner cette décision le 24 juin 1999. C'est alors que le Pape a publié, le 28, le décret de béatification. François et Jacinthe sont désormais les plus jeunes Bienheureux de l'Église (respectivement, 11 et 9 ans).

1908
●    Le jeudi 11 juin, à 22 h 00 : naît à Aljustrel; de Manuel Pedro MARTO et Olympia       de Jesus.
●    Le lundi 29 juin : baptême à l’église paroissiale de Fátima.
1916
●    Printemps / Été / Automne : Apparitions de l’Ange au Cabeço et à l’Arneiro.
1917
●    Les 13 mai, juin, juillet, septembre, octobre : apparitions de la très Sainte Vierge à       la Cova da Iria.
●    Les 13, 14, 15 août : séquestré avec les deux autres enfants à Vila Nova de       Ourém.
●    Le dimanche 19 août : Apparition de la Vierge aux Valinhos.
1918
●    Fin octobre : bronco-pneumonie (« grippe espagnole »).
●    23 décembre : rechute.
1919
●    2 avril : dernière confession à l’abbé Moreira.
●    3 avril : réception du Viatique.
●    Le vendredi 4 avril : sainte mort vers 22 h 00, à Aljustrel ; il a 10 ans et 10 mois.
●    5 avril : inhumation au cimetière de Fátima.
1949
●    21 décembre : à Leiria, ouverture du Procès informatif diocésain.
1952
●    17 février : exhumation de ses restes.
●    13 mars : translation des restes au transept droit de la basilique.
1989
●    13 mai : Jean-Paul II le déclare Vénérable avec sa soeur Jacinta, à Fatima.
2000
●    Le samedi 13 mai : Jean-Paul II le béatifie avec Jacinta, à Fatima.



APOSTOLIC JOURNEY 

OF HIS HOLINESS JOHN PAUL II


TO FÁTIMA (MAY, 12-13, 2000)


HOMILY OF HIS HOLINESS POPE JOHN PAUL II

BEATIFICATION OF FRANCISCO AND JACINTA MARTO 

SHEPERDS OF FATIMA


Saturday, 13 May 2000

Fátima



1. "Father, ... to you I offer praise; for what you have hidden from the learned and the clever you have revealed to the merest children" (Mt 11: 25).

With these words, dear brothers and sisters, Jesus praises the heavenly Father for his designs; he knows that no one can come to him unless he is drawn by the Father (cf. Jn 6: 44); therefore he praises him for his plan and embraces it as a son:  "Yes, Father, for such was your gracious will" (Mt 11: 26). You were pleased to reveal the kingdom to the merest children.

According to the divine plan, "a woman clothed with the sun" (Rv 12: 1) came down from heaven to this earth to visit the privileged children of the Father. She speaks to them with a mother's voice and heart:  she asks them to offer themselves as victims of reparation, saying that she was ready to lead them safely to God. And behold, they see a light shining from her maternal hands which penetrates them inwardly, so that they feel immersed in God just as - they explain - a person sees himself in a mirror.

Later Francisco, one of the three privileged children, exclaimed:  "We were burning in that light which is God and we were not consumed. What is God like? It is impossible to say. In fact we will never be able to tell people". God:  a light that burns without consuming. Moses had the same experience when he saw God in the burning bush; he heard God say that he was concerned about the slavery of his people and had decided to deliver them through him:  "I will be with you" (cf. Ex 3: 2-12). Those who welcome this presence become the dwelling-place and, consequently, a "burning bush" of the Most High. 


2. What most impressed and entirely absorbed Bl. Francisco was God in that immense light which penetrated the inmost depths of the three children. But God told only Francisco "how sad" he was, as he said. One night his father heard him sobbing and asked him why he was crying; his son answered:  "I was thinking of Jesus who is so sad because of the sins that are committed against him". He was motivated by one desire - so expressive of how children think - "to console Jesus and make him happy".


A transformation takes place in his life, one we could call radical:  a transformation certainly uncommon for children of his age. He devotes himself to an intense spiritual life, expressed in assiduous and fervent prayer, and attains a true form of mystical union with the Lord. This spurs him to a progressive purification of the spirit through the renunciation of his own pleasures and even of innocent childhood games.

Francisco bore without complaining the great sufferings caused by the illness from which he died. It all seemed to him so little to console Jesus:  he died with a smile on his lips. Little Francisco had a great desire to atone for the offences of sinners by striving to be good and by offering his sacrifices and prayers. The life of Jacinta, his younger sister by almost two years, was motivated by these same sentiments.

3. "Another portent appeared in heaven; behold, a great red dragon" (Rv 12: 3). 

These words from the first reading of the Mass make us think of the great struggle between good and evil, showing how, when man puts God aside, he cannot achieve happiness, but ends up destroying himself.


How many victims there have been throughout the last century of the second millennium! We remember the horrors of the First and Second World Wars and the other wars in so many parts of the world, the concentration and extermination camps, the gulags, ethnic cleansings and persecutions, terrorism, kidnappings, drugs, the attacks on unborn life and the family.

The message of Fátima is a call to conversion, alerting humanity to have nothing to do with the "dragon" whose "tail swept down a third of the stars of heaven, and cast them to the earth" (Rv 12: 4). Man's final goal is heaven, his true home, where the heavenly Father awaits everyone with his merciful love.

God does not want anyone to be lost; that is why 2,000 years ago he sent his Son to earth, "to seek and to save the lost" (Lk 19: 10). And he saved us by his death on the cross. Let no one empty that Cross of its power! Jesus died and rose from the dead to be "the first-born among many brethren" (Rom 8: 29).

In her motherly concern, the Blessed Virgin came here to Fátima to ask men and women "to stop offending God, Our Lord, who is already very offended". It is a mother's sorrow that compels her to speak; the destiny of her children is at stake. For this reason she asks the little shepherds:  "Pray, pray much and make sacrifices for sinners; many souls go to hell because they have no one to pray and make sacrifices for them". 


4. Little Jacinta felt and personally experienced Our Lady's anguish, offering herself heroically as a victim for sinners. One day, when she and Francisco had already contracted the illness that forced them to bed, the Virgin Mary came to visit them at home, as the little one recounts:  "Our Lady came to see us and said that soon she would come and take Francisco to heaven. And she asked me if I still wanted to convert more sinners. I told her yes". And when the time came for Francisco to leave, the little girl tells him:  "Give my greetings to Our Lord and to Our Lady and tell them that I am enduring everything they want for the conversion of sinners". Jacinta had been so deeply moved by the vision of hell during the apparition of 13 July that no mortification or penance seemed too great to save sinners.


She could well exclaim with St Paul:  "I rejoice in my sufferings for your sake, and in my flesh I complete what is lacking in Christ's afflictions for the sake of his body, that is, the Church" (Col 1: 24). Last Sunday at the Colosseum in Rome, we commemorated the many witnesses to the faith in the 20th century, recalling the tribulations they suffered through the significant testimonies they left us. An innumerable cloud of courageous witnesses to the faith have left us a precious heritage which must live on in the third millennium. Here in Fátima, where these times of tribulation were foretold and Our Lady asked for prayer and penance to shorten them, I would like today to thank heaven for the powerful witness shown in all those lives. And once again I would like to celebrate the Lord's goodness to me when I was saved from death after being gravely wounded on 13 May 1981. I also express my gratitude to Bl. Jacinta for the sacrifices and prayers offered for the Holy Father, whom she saw suffering greatly.

5. "Father, to you I offer praise, for you have revealed these things to the merest children". Today Jesus' praise takes the solemn form of the beatification of the little shepherds, Francisco and Jacinta. With this rite the Church wishes to put on the candelabrum these two candles which God lit to illumine humanity in its dark and anxious hours. May they shine on the path of this immense multitude of pilgrims and of all who have accompanied us by radio and television. May Francisco and Jacinta be a friendly light that illumines all Portugal and, in special way, this Diocese of Leiria-Fátima.

I thank Bishop Serafim, of this illustrious particular Church, for his words of welcome, and with great joy I greet the entire Portuguese Episcopate and their Dioceses, which I deeply love and which I urge to imitate their saints. A fraternal greeting goes to the Cardinals and Bishops present, with a special word for the Pastors from the community of Portuguese-speaking countries:  may the Virgin Mary obtain reconciliation for the Angolan people; may she bring comfort to the flood victims of Mozambique; may she watch over the steps of Timor Lorosae, Guinea-Bissau, Cape Verde, São Tomé and Príncipe; may she preserve her Brazilian sons and daughters in the unity of faith.

I extend a respectful greeting to the President of the Republic and to the authorities who have wished to take part in this celebration. I take this occasion to express, through them, my gratitude to everyone who helped make my pilgrimage possible. A cordial embrace and a particular blessing to the parish and city of Fátima, which today rejoices in her children who are raised to the honours of the altar. 


6. My last words are for the children:  dear boys and girls, I see so many of you dressed like Francisco and Jacinta. You look very nice! But in a little while or tomorrow you will take these chothes off and ... the little shepherds will disappear. They should not disappear, should they?! Our Lady needs you all to console Jesus, who is sad because of the bad things done to him; he needs your prayers and your sacrifices for sinners.


Ask your parents and teachers to enrol you in the "school" of Our Lady, so that she can teach you to be like the little shepherds, who tried to do whatever she asked them. I tell you that "one makes more progress in a short time of submission and dependence on Mary than during entire years of personal initiatives, relying on oneself alone" (St Louis de Montfort, The True Devotion to the Blessed Virgin Mary, n. 155). This was how the little shepherds became saints so quickly. A woman who gave hospitality to Jacinta in Lisbon, on hearing the very beautiful and wise advice that the little girl gave, asked who taught it to her. "It was Our Lady", she replied. Devoting themselves with total generosity to the direction of such a good Teacher, Jacinta and Francisco soon reached the heights of perfection.

7."Father, to you I offer praise, for what you have hidden from the learned and the clever you have revealed to the merest children".

Father, to you I offer praise for all your children, from the Virgin Mary, your humble Servant, to the little shepherds, Francisco and Jacinta.

May the message of their lives live on for ever to light humanity's way!

© Copyright 2000 - Libreria Editrice Vaticana





Bl. Jacinta and Francisco Marto

Between May 13 and October 13, 1917, three children, Portuguese shepherds from Aljustrel, received apparitions of Our Lady at Cova da Iria, near Fatima, a city 110 miles north of Lisbon. At that time, Europe was involved in an extremely bloody war. Portugal itself was in political turmoil, having overthrown its monarchy in 1910; the government disbanded religious organizations soon after.

At the first appearance, Mary asked the children to return to that spot on the thirteenth of each month for the next six months. She also asked them to learn to read and write and to pray the rosary “to obtain peace for the world and the end of the war.” They were to pray for sinners and for the conversion of Russia, which had recently overthrown Czar Nicholas II and was soon to fall under communism. Up to 90,000 people gathered for Mary’s final apparition on October 13, 1917.

Less than two years later, Francisco died of influenza in his family home. He was buried in the parish cemetery and then re-buried in the Fatima basilica in 1952. Jacinta died of influenza in Lisbon, offering her suffering for the conversion of sinners, peace in the world and the Holy Father. She was re-buried in the Fatima basilica in 1951. Their cousin, Lucia dos Santos, became a Carmelite nun and was still living when Jacinta and Francisco were beatified in 2000. Sister Lucia died five years later. The shrine of Our Lady of Fatima is visited by up to 20 million people a year.