samedi 14 décembre 2013

JEAN-PAUL II : Le don de l'indulgence / The gift of indulgences

AUDIENCE GÉNÉRALE
Mercredi 29 septembre 1999
Le don de l'indulgence
   
Lecture: Rm 5, 8-10
1. En étroite liaison avec le sacrement de la Pénitence, se présente à notre réflexion un thème qui possède une relation particulière avec la célébration du Jubilé:  je fais référence au don de l'indulgence, qui au cours de l'année jubilaire est offert avec une abondance particulière, comme il est prévu dans la Bulle Incarnationis mysterium et dans les dispositions annexes de la Pénitencerie apostolique.

Il s'agit d'un thème délicat, sur lequel  n'ont  pas  manqué  les   incompréhensions historiques, qui ont influencé de manière négative la communion entre les chrétiens. Dans le contexte oecuménique actuel, l'Eglise ressent l'exigence que cette pratique ancienne, entendue comme expression significative de la miséricorde de Dieu, soit bien comprise et accueillie. En effet, l'expérience révèle que l'on s'approche parfois des indulgences avec des attitudes superficielles, qui finissent par rendre vain le don de Dieu, faisant de l'ombre aux vérités et aux valeurs proposées par l'enseignement de l'Eglise.


2. Le point de départ pour comprendre l'indulgence est l'abondance de la miséricorde de Dieu, qui s'est manifestée dans la croix du Christ. Jésus crucifié est la grande "indulgence" que le Père a offerte à l'humanité, à travers le pardon des fautes et la possibilité de la vie filiale (cf. Jn 1, 12-13) dans l'Esprit Saint (cf. Ga 4, 6; Rm 5, 5; 8, 15-16).

Toutefois, dans la logique de l'alliance qui est le coeur de toute l'économie du salut, ce don ne nous atteint pas sans  notre  accord  et  notre  disponibilité.

A la lumière de ce principe, il n'est pas difficile de comprendre comment la réconciliation avec Dieu, tout en étant fondée sur une offre gratuite et abondante de la miséricorde, implique dans le même temps un processus laborieux, dans lequel l'homme est interpellé dans son engagement personnel et l'Eglise dans sa tâche sacramentelle. En ce qui concerne le pardon des péchés commis après le baptême, ce chemin possède son centre dans le sacrement de la Pénitence, mais il se développe également après sa célébration. En effet, l'homme doit être progressivement "guéri" des conséquences négatives que le péché a produites en lui (et que la tradition théologique appelle "peines" et "résidus" du péché).


3. A première vue, parler de peines après le pardon sacramentel pourrait sembler peu cohérent. Cependant, l'Ancien Testament nous démontre qu'il est normal de subir des peines réparatrices après le pardon. En effet, Dieu, après s'être autodéfini "Dieu de tendresse et de pitié [...] qui tolère faute, transgression et péché", ajoute:  "mais ne laisse rien  impuni"  (Ex  34, 6-7). Dans le deuxième livre de Samuel, l'humble confession du roi David faite après son grave péché lui obtient le pardon de Dieu (cf. 2 S 12, 13), mais non la supression du châtiment annoncé (cf. ibid., 12, 11; 16, 21). L'amour paternel de Dieu n'exclut pas le châtiment, même si celui-ci doit toujours être compris au sein d'une justice miséricordieuse qui rétablit l'ordre enfreint en fonction du bien même de l'homme (cf. He 12, 4-11).

Dans ce contexte, la peine temporelle exprime la condition de souffrance de celui qui, bien que réconcilié avec Dieu, est encore marqué par ces "résidus" du péché, qui ne le rendent pas totalement ouvert à la grâce. Précisément en vue de la guérison complète, le pécheur est appelé à entreprendre un chemin de purification vers la plénitude de l'amour.

Sur ce chemin, la miséricorde de Dieu vient à la rencontre du pécheur grâce à des aides particulières. Cette même peine temporelle remplit une fonction "médicinale" dans la mesure où l'homme se laisse interpeller pour se convertir profondément. Telle est également la signification de la "satisfaction" demandée dans le Sacrement de la Pénitence.


4. Le sens des indulgences doit être saisi dans le cadre de ce renouvellement total de l'homme, en vertu de la grâce du Christ Rédempteur, par le ministère de l'Eglise. Elles possèdent leur origine historique dans la conscience que l'Eglise antique eut de pouvoir exprimer la miséricorde de Dieu en allégeant les peines canoniques infligées pour la rémission sacramentelle des péchés. L'allégement était toutefois toujours contrebalancé par des engagements, personnels et communautaires, qui assumaient, à titre de substitution, la fonction "médicinale" de la peine.

Nous pouvons à présent comprendre comment par indulgence l'on entend la "rémission face à Dieu de la peine temporelle pour les péchés, déjà remis quant à la faute, une rémission que le fidèle, disposé comme il se doit et à des conditions déterminées, acquiert grâce à l'intervention de l'Eglise, qui, comme ministre de la rédemption, de façon autorisée dispense et applique le trésor des satisfactions du Christ et des saints" (Enchiridion indulgentiarumNormae de indulgentiis, Librairie éditrice vaticane 1999, p. 21; cf. Catéchisme de l'Eglise catholique, 1471).

Le trésor de l'Eglise existe donc, et il est comme "dispensé" à travers les indulgences. Cette "distribution" ne doit pas être entendue comme une sorte de transfert automatique, comme s'il s'agissait de "choses". Elle est plutôt l'expression de la confiance totale que l'Eglise a d'être écoutée par le Père quand - en considération des mérites du Christ et, par son don, également de ceux de la Madone et des saints - elle lui demande d'alléger ou d'annuller l'aspect douloureux de la peine, en développant sa fonction médicinale à travers d'autres parcours de grâce. Dans le mystère insondable de la sagesse divine, ce don d'intercession peut être également bénéfique aux fidèles défunts, qui en reçoivent les fruits de la façon propre à leur condition.


5. On voit alors comment les indulgences, loin d'être une sorte de "réduction" de l'engagement de conversion, sont plutôt un soutien pour un engagement plus rapide, généreux et radical. Cet engagement est demandé au point que la condition spirituelle pour recevoir l'indulgence plénière est l'exclusion "de tout attachement envers tout péché, même véniel" (Enchiridion indulgentiarum, p. 25).

C'est pourquoi, ceux qui pensent pouvoir recevoir ce don par le simple accomplissement d'attitudes extérieures se trompent. Celles-ci sont au contraire demandées comme expression et soutien du chemin de conversion. Elles manifestent en particulier la foi dans l'abondance de la miséricorde de Dieu et dans la merveilleuse réalité de communion que la Christ a réalisée, en unissant de façon indissoluble l'Eglise à lui-même, comme son Corps et son Epouse.

                                                                    * * *

Parmi les pèlerins qui assistaient à l'Audience générale du 29 septembre 1999, se trouvaient les groupes suivants auxquels le Saint-Père s'est adressé en français: 


De France:  Paroisse Saint-Pierre des Plots, de Mazamet; groupe de l'archidiocèse de Rennes; groupe de Nice.

Chers frères et soeurs,

Pour comprendre la signification des indulgences, il faut se référer en premier lieu à l'abondance de la miséricorde divine, manifestée dans la Croix du Christ. La réconciliation du pécheur avec Dieu, qui est un don, implique aussi l'engagement personnel de l'homme et celui de l'Eglise par son action sacramentelle. Cela se réalise dans le sacrement de la Pénitence, et se développe après sa célébration. Car l'homme doit être progressivement "guéri" des conséquences négatives que le péché a produites en lui.

Pour parvenir à une guérison complète, le pécheur est appelé à entreprendre un chemin de purification vers la plénitude de l'amour. La peine temporelle liée au pardon des péchés remplit une fonction médicinale dans la mesure où l'homme accepte de se convertir en profondeur.

Les indulgences doivent être comprises dans cette perspective de renouvellemen total de l'homme, en vertu de la grâce du Christ Rédempteur, par le ministère de l'Eglise. Le trésor du pardon est dispensé aussi au moyen des indulgences par lesquelles l'Eglise exprime sa pleine confiance d'être écoutée du Père. Par les mérites du Christ, elle entend adoucir ou annuler l'aspect douloureux de la peine, en en développant le sens médicinal à travers différents chemins de grâce.


J'accueille avec plaisir les francophones présents ce matin. Je salue particulièrement les pèlerins du diocèse de Rennes. Je souhaite que leur séjour à Rome les fasse grandir dans la foi au Christ. A tous je donne de grand coeur la Bénédiction apostolique.

SOURCE : http://www.vatican.va/holy_father/john_paul_ii/audiences/1999/documents/hf_jp-ii_aud_29091999_fr.html

JOHN PAUL II 
GENERAL AUDIENCE
Wednesday, 29 September 1999

Dear Brothers and Sisters,
1. In close connection with the sacrament of Penance, our reflection today turns to a theme particularly related to the celebration of the Jubilee:  I am referring to the gift of indulgences, which are offered in particular abundance during the Jubilee Year, as indicated in the Bull Incarnationis mysterium and the attached decree of the Apostolic Penitentiary. 

It is a sensitive subject, which has suffered historical misunderstandings that have had a negative impact on communion between Christians. In the present ecumenical context, the Church is aware of the need for this ancient practice to be properly understood and accepted as a significant expression of God's mercy. Experience shows, in fact, that indulgences are sometimes received with superficial attitudes that ultimately frustrate God's gift and cast a shadow on the very truths and values taught by the Church. 

2. The starting-point for understanding indulgences is the abundance of God's mercy revealed in the Cross of Christ. The crucified Jesus is the great "indulgence" that the Father has offered humanity through the forgiveness of sins and the possibility of living as children (cf. Jn 1: 12-13) in the Holy Spirit (cf. Gal 4: 6; Rom 5: 5; 8: 15-16). 

However, in the logic of the covenant, which is the heart of the whole economy of salvation, this gift does not reach us without our acceptance and response. 


In the light of this principle, it is not difficult to understand how reconciliation with God, although based on a free and abundant offer of mercy, at the same time implies an arduous process which involves the individual's personal effort and the Church's sacramental work. For the forgiveness of sins committed after Baptism, this process is centred on the sacrament of Penance, but it continues after the sacramental celebration. The person must be gradually "healed" of the negative effects which sin has caused in him (what the theological tradition calls the "punishments" and "remains" of sin). 

3. At first sight, to speak of punishment after sacramental forgiveness might seem inconsistent. The Old Testament, however, shows us how normal it is to undergo reparative punishment after forgiveness. God, after describing himself as "a God merciful and gracious ... forgiving iniquity and transgression and sin", adds:  "yet not without punishing" (Ex 34: 6-7). In the Second Book of Samuel, King David's humble confession after his grave sin obtains God's forgiveness (cf. 2 Sm12: 13), but not the prevention of the foretold chastisement (cf. ibid., 12: 11; 16: 21). God's fatherly love does not rule out punishment, even if the latter must always be understood as part of a merciful justice that re-establishes the violated order for the sake of man's own good (cf. Heb 12: 4-11). 

In this context temporal punishment expresses the condition of suffering of those who, although reconciled with God, are still marked by those "remains" of sin which do not leave them totally open to grace. Precisely for the sake of complete healing, the sinner is called to undertake a journey of conversion towards the fullness of love. 

In this process God's mercy comes to his aid in special ways. The temporal punishment itself serves as "medicine" to the extent that the person allows it to challenge him to undertake his own profound conversion. This is the meaning of the "satisfaction" required in the sacrament of Penance. 

4. The meaning of indulgences must be seen against this background of man's total renewal by the grace of Christ the Redeemer through the Church's ministry. They began historically with the ancient Church's awareness of being able to express the mercy of God by mitigating the canonical penances imposed for the sacramental remission of sins. The mitigation was offset, however, by personal and community obligations as a substitute for the punishment's "medicinal" purpose. 

We can now understand how an indulgence is "a remission before God of the temporal punishment due to sins whose guilt has already been forgiven, which the faithful Christian who is duly disposed gains under certain prescribed conditions through the action of the Church which, as the minister of redemption, dispenses and applies with authority the treasury of the satisfactions of Christ and the saints" (Enchiridion Indulgentiarum, Normae de Indulgentiis, Libreria Editrice Vaticana, 1999, p. 21; cf. Catechism of the Catholic Church, n. 1471). 

The Church has a treasury, then, which is "dispensed" as it were through indulgences. This "distribution" should not be understood as a sort of automatic transfer, as if we were speaking of "things". It is instead the expression of the Church's full confidence of being heard by the Father when - in view of Christ's merits and, by his gift, those of Our Lady and the saints - she asks him to mitigate or cancel the painful aspect of punishment by fostering its medicinal aspect through other channels of grace. In the unfathomable mystery of divine wisdom, this gift of intercession can also benefit the faithful departed, who receive its fruits in a way appropriate to their condition. 

5. We can see, then, how indulgences, far from being a sort of "discount" on the duty of conversion, are instead an aid to its prompt, generous and radical fulfilment. This is required to such an extent that the spiritual condition for receiving a plenary indulgence is the exclusion "of all attachment to sin, even venial sin" (Enchiridion Indulgentiarum, p. 25). 

Therefore, it would be a mistake to think that we can receive this gift by simply performing certain outward acts. On the contrary, they are required as the expression and support of our progress in conversion. They particularly show our faith in God's mercy and in the marvellous reality of communion, which Christ has achieved by indissolubly uniting the Church to himself as his Body and Bride.


To the English-speaking pilgrims and visitors the Holy Father said:  


I am happy to greet the Capuchin Friars taking part in the Capuchin Heritage Programme:  may this be a time of deep spiritual renewal for you! I also welcome the Maori Veterans from New Zealand. 

Upon all the English-speaking pilgrims and visitors, especially those from England, Scotland, Ireland, Sweden, Australia, Japan, Canada and the United States of America, I invoke the grace and peace of our Lord Jesus Christ. God bless you all


SOURCE : http://www.vatican.va/holy_father/john_paul_ii/audiences/1999/documents/hf_jp-ii_aud_29091999_en.html