vendredi 9 août 2013

Sainte THÉRÈSE-BÉNÉDICTE DE LA CROIX (EDITH STEIN), religieuse et martyr






"Inclinons-nous profondément devant ce témoignage de vie et de mort livré par Edith Stein, cette remarquable fille d'Israël, qui fut en même temps fille du Carmel et soeur Thérèse-Bénédicte de la Croix, une personnalité qui réunit pathétiquement, au cours de sa vie si riche, les drames de notre siècle. Elle est la synthèse d'une histoire affligée de blessures profondes et encore douloureuses, pour la guérison desquelles s'engagent, aujoud'hui encore, des hommes et des femmes conscients de leurs responsabilités; elle est en même temps la synthèse de la pleine vérité sur les hommes, par son coeur qui resta si longtemps inquiet et insatisfait, "jusqu'à ce qu'enfin il trouvât le repos dans le Seigneur" ". Ces paroles furent prononcées par le Pape Jean-Paul II à l'occasion de la béatification d'Édith Stein à Cologne, le 1 mai 1987.

Qui fut cette femme?

Quand, le 12 octobre 1891, Édith Stein naquit à Wroclaw (à l'époque Breslau), la dernière de 11 enfants, sa famille fêtait le Yom Kippour, la plus grande fête juive, le jour de l'expiation. "Plus que toute autre chose cela a contribué à rendre particulièrement chère à la mère sa plus jeune fille". Cette date de naissance fut pour la carmélite presque une prédiction.

Son père, commerçant en bois, mourut quand Édith n'avait pas encore trois ans. Sa mère, femme très religieuse, active et volontaire, personne vraiment admirable, restée seule, devait vaquer aux soins de sa famille et diriger sa grande entreprise; cependant elle ne réussit pas à maintenir chez ses enfants une foi vivante. Édith perdit la foi en Dieu: "En pleine conscience et dans un choix libre je cessai de prier".

Elle obtint brillamment son diplôme de fin d'études secondaires en 1911 et commença des cours d'allemand et d'histoire à l'Université de Wroclaw, plus pour assurer sa subsistance à l'avenir que par passion. La philosophie était en réalité son véritable intérêt. Elle s'intéressait également beaucoup aux questions concernant les femmes. Elle entra dans l'organisation "Association Prussienne pour le Droit des Femmes au Vote". Plus tard elle écrira: "Jeune étudiante, je fus une féministe radicale. Puis cette question perdit tout intérêt pour moi. Maintenant je suis à la recherche de solutions purement objectives".

En 1913, l'étudiante Édith Stein se rendit à Gôttingen pour fréquenter les cours de Edmund Husserl à l'université; elle devint son disciple et son assistante et elle passa aussi avec lui sa thèse. À l'époque Edmund Husserl fascinait le public avec son nouveau concept de vérité: le monde perçu existait non seulement à la manière kantienne de la perception subjective. Ses disciples comprenaient sa philosophie comme un retour vers le concret. "Retour à l'objectivisme". La phénoménologie conduisit plusieurs de ses étudiants et étudiantes à la foi chrétienne, sans qu'il en ait eu l'intention. À Gôttingen, Édith Stein rencontra aussi le philosophe Max Scheler. Cette rencontre attira son attention sur le catholicisme. Cependant elle n'oublia pas l'étude qui devait lui procurer du pain dans l'avenir. En janvier 1915, elle réussit avec distinction son examen d'État. Elle ne commença pas cependant sa période de formation professionnelle.

Alors qu'éclatait la première guerre mondiale, elle écrivit: "Maintenant je n'ai plus de vie propre". Elle fréquenta un cours d'infirmière et travailla dans un hôpital militaire autrichien. Pour elle ce furent des temps difficiles. Elle soigna les malades du service des maladies infectieuses, travailla en salle opératoire, vit mourir des hommes dans la fleur de l'âge. À la fermeture de l'hôpital militaire en 1916, elle suivit Husserl à Fribourg-en-Brisgau, elle y obtint en 1917 sa thèse "summa cum laudae" dont le titre était: "Sur le problème de l'empathie".

Il arriva qu'un jour elle put observer comment une femme du peuple, avec son panier à provisions, entra dans la cathédrale de Francfort et s'arrêta pour une brève prière. "Ce fut pour moi quelque chose de complètement nouveau. Dans les synagogues et les églises protestantes que j'ai fréquentées, les croyants se rendent à des offices. En cette circonstance cependant, une personne entre dans une église déserte, comme si elle se rendait à un colloque intime. Je n'ai jamais pu oublier ce qui est arrivé". Dans les dernières pages de sa thèse elle écrit: "Il y a eu des individus qui, suite à un changement imprévu de leur personnalité, ont cru rencontrer la miséricorde divine". Comment est-elle arrivée à cette affirmation?

Édith Stein était liée par des liens d'amitié profonde avec l'assistant de Husserl à Gôtingen, Adolph Reinach, et avec son épouse. Adolf Reinach mourut en Flandres en novembre 1917. Édith se rendit à Gôttingen. Le couple Reinach s'était converti à la foi évangélique. Édith avait une certaine réticence à l'idée de rencontrer la jeune veuve. Avec beaucoup d'étonnement elle rencontra une croyante. "Ce fut ma première rencontre avec la croix et avec la force divine qu'elle transmet à ceux qui la portent [...] Ce fut le moment pendant lequel mon irréligiosité s'écroula et le Christ resplendit". Plus tard elle écrivit: "Ce qui n'était pas dans mes plans était dans les plans de Dieu. En moi prit vie la profonde conviction que -vu du côté de Dieu- le hasard n'existe pas; toute ma vie, jusque dans ses moindres détails, est déjà tracée selon les plans de la providence divine et, devant le regard absolument clair de Dieu, elle présente une unité parfaitement accomplie".

À l'automne 1918, Édith Stein cessa d'être l'assistante d'Edmund Husserl. Ceci parce qu'elle désirait travailler de manière indépendante. Pour la première fois depuis sa conversion, Édith Stein rendit visite à Husserl en 1930. Elle eut avec lui une discussion sur sa nouvelle foi à laquelle elle aurait volontiers voulu qu'il participe. Puis elle écrit de manière surprenante: "Après chaque rencontre qui me fait sentir l'impossibilité de l'influencer directement, s'avive en moi le caractère pressant de mon propre holocauste".

Édith Stein désirait obtenir l'habilitation à l'enseignement. À l'époque, c'était une chose impossible pour une femme. Husserl se prononça au moment de sa candidature: "Si la carrière universitaire était rendue accessible aux femmes, je pourrais alors la recommander chaleureusement plus que n'importe quelle autre personne pour l'admission à l'examen d'habilitation". Plus tard on lui interdira l'habilitation à cause de ses origines juives.

Édith Stein retourna à Wroclaw. Elle écrivit des articles sur la psychologie et sur d'autres disciplines humanistes. Elle lit cependant le Nouveau Testament, Kierkegaard et le livre des exercices de saint Ignace de Loyola. Elle s'aperçoit qu'on ne peut seulement lire un tel écrit, il faut le mettre en pratique.

Pendant l'été 1921, elle se rendit pour quelques semaines à Bergzabern (Palatinat), dans la propriété de Madame Hedwig Conrad-Martius, une disciple de Husserl. Cette dame s'était convertie, en même temps que son époux, à la foi évangélique. Un soir, Édith trouva dans la bibliothèque l'autobiographie de Thérèse d'Avila. Elle la lut toute la nuit. "Quand je refermai le livre je me dis: ceci est la vérité". Considérant rétrospectivement sa propre vie, elle écrira plus tard: "Ma quête de vérité était mon unique prière".

Le ler janvier 1922, Édith Stein se fit baptiser. C'était le jour de la circoncision de Jésus, de l'accueil de Jésus dans la descendance d'Abraham. Édith Stein était debout devant les fonds baptismaux, vêtue du manteau nuptial blanc de Hedwig Conrad-Martius qui fut sa marraine. "J'avais cessé de pratiquer la religion juive et je me sentis de nouveau juive seulement après mon retour à Dieu". Maintenant elle sera toujours consciente, non seulement intellectuellement mais aussi concrètement, d'appartenir à la lignée du Christ. À la fête de la Chandeleur, qui est également un jour dont l'origine remonte à l'Ancien Testament, elle reçut la confirmation de l'évêque de Spire dans sa chapelle privée.

Après sa conversion, elle se rendit tout d'abord à Wroclaw. "Maman, je suis catholique". Les deux se mirent à pleurer. Hedwig Conrad-Martius écrivit: "Je vis deux israélites et aucune ne manque de sincérité" (cf Jn 1, 47).

Immédiatement après sa conversion, Édith aspira au Carmel, mais ses interlocuteurs spirituels, le Vicaire général de Spire et le Père Erich Przywara, S.J., l'empêchèrent de faire ce pas. Jusqu'à pâques 1931 elle assura alors un enseignement en allemand et en histoire au lycée et séminaire pour enseignants du couvent dominicain de la Madeleine de Spire. Sur l'insistance de l'archiabbé Raphaël Walzer du couvent de Beuron, elle entreprend de longs voyages pour donner des conférences, surtout sur des thèmes concernant les femmes. "Pendant la période qui précède immédiatement et aussi pendant longtemps après ma conversion [... ] je croyais que mener une vie religieuse signifiait renoncer à toutes les choses terrestres et vivre seulement dans la pensée de Dieu. Progressivement cependant, je me suis rendue compte que ce monde requiert bien autre chose de nous [...]; je crois même que plus on se sent attiré par Dieu et plus on doit "sortir de soi-même", dans le sens de se tourner vers le monde pour lui porter une raison divine de vivre".

Son programme de travail est énorme. Elle traduit les lettres et le journal de la période pré-catholique de Newman et l'œuvre " Questiones disputatx de veritate " de Thomas d'Aquin et ce dans une version très libre, par amour du dialogue avec la philosophie moderne. Le Père Erich Przywara S.J. l'encouragea à écrire aussi des oeuvres philosophiques propres. Elle apprit qu'il est possible "de pratiquer la science au service de Dieu [... ] ; c'est seulement pour une telle raison que j'ai pu me décider à commencer une série d'oeuvres scientifiques". Pour sa vie et pour son travail elle trouve toujours les forces nécessaires au couvent des bénédictins de Beuron où elle se rend pour passer les grandes fêtes de l'année liturgique.

En 1931, elle termina son activité à Spire. Elle tenta de nouveau d'obtenir l'habilitation pour enseigner librement à Wroclaw et à Fribourg. En vain. À partir de ce moment, elle écrivit une oeuvre sur les principaux concepts de Thomas d'Aquin: "Puissance et action". Plus tard, elle fera de cet essai son ceuvre majeure en l'élaborant sous le titre "Être fini et Être éternel", et ce dans le couvent des Carmélites à Cologne. L'impression de l'œuvre ne fut pas possible pendant sa vie.

En 1932, on lui donna une chaire dans une institution catholique, l'Institut de Pédagogie scientifique de Münster, où elle put développer son anthropologie. Ici elle eut la possibilité d'unir science et foi et de porter à la compréhension des autres cette union. Durant toute sa vie, elle ne veut être qu'un "instrument de Dieu". "Qui vient à moi, je désire le conduire à Lui".

En 1933, les ténèbres descendent sur l'Allemagne. "J'avais déjà entendu parler des mesures sévères contres les juifs. Mais maintenant je commençai à comprendre soudainement que Dieu avait encore une fois posé lourdement sa main sur son peuple et que le destin de ce peuple était aussi mon destin". L'article de loi sur la descendance arienne des nazis rendit impossible la continuation de son activité d'enseignante. "Si ici je ne peux continuer, en Allemagne il n'y a plus de possibilité pour moi". "J'étais devenue une étrangère dans le monde".
L'archiabbé Walzer de Beuron ne l'empêcha plus d'entrer dans un couvent des Carmélites. Déjà au temps où elle se trouvait à Spire, elle avait fait les veeux de pauvreté, de chasteté et d'obéissance. En 1933 elle se présenta à la Mère Prieure du monastère des Carmélites de Cologne. "Ce n'est pas l'activité humaine qui peut nous aider, mais seulement la passion du Christ. J'aspire à y participer".

Encore une fois Édith Stein se rendit à Wroclaw pour prendre congé de sa mère et de sa famille. Le dernier jour qu'elle passa chez elle fut le 12 octobre, le jour de son anniversaire et en même temps celui de la fête juive des Tabernacles. Édith accompagna sa mère à la Synagogue. Pour les deux femmes ce ne fut pas une journée facile. "Pourquoi l'as-tu connu (Jésus Christ)? Je ne veux rien dire contre Lui. Il aura été un homme bon. Mais pourquoi s'est-il fait Dieu?" Sa mère pleure.

Le lendemain matin Édith prend le train pour Cologne. "Je ne pouvais entrer dans une joie profonde. Ce que je laissais derrière moi était trop terrible. Mais j'étais très calme - dans l'intime de la volonté de Dieu". Par la suite elle écrira chaque semaine une lettre à sa mère. Elle ne recevra pas de réponses. Sa soeur Rose lui enverra des nouvelles de la maison.

Le 14 octobre, Édith Stein entre au monastère des Carmélites de Cologne. En 1934, le 14 avril, ce sera la cérémonie de sa prise d'habit. L'archiabbé de Beuron célébra la messe. À partir de ce moment Édith Stein portera le nom de soeur Thérèse-Bénédicte de la Croix.

En 1938, elle écrivit: "Sous la Croix je compris le destin du peuple de Dieu qui alors (1933) commençait à s'annoncer. Je pensais qu'il comprenait qu'il s'agissait de la Croix du Christ, qu'il devait l'accepter au nom de tous les autres peuples. Il est certain qu'aujourd'hui je comprends davantage ces choses, ce que signifie être épouse du Seigneur sous le signe de la Croix. Cependant il ne sera jamais possible de comprendre tout cela, parce que c'est un mystère".

Le 21 avril 1935, elle fit des voeux temporaires. Le 14 septembre 1936, au moment du renouvellement des voeux, sa mère meurt à Wroclaw. "Jusqu'au dernier moment ma mère est restée fidèle à sa religion. Mais puisque sa foi et sa grande confiance en Dieu [...] furent l'ultime chose qui demeura vivante dans son agonie, j'ai confiance qu'elle a trouvé un juge très clément et que maintenant elle est ma plus fidèle assistante, en sorte que moi aussi je puisse arriver au but".

Sur l'image de sa profession perpétuelle du 21 avril 1938, elle fit imprimer les paroles de saint Jean de la Croix auquel elle consacrera sa dernière oeuvre: "Désormais ma seule tâche sera l'amour".

L'entrée d'Édith Stein au couvent du Carmel n'a pas été une fuite. "Qui entre au Carmel n'est pas perdu pour les siens, mais ils sont encore plus proches; il en est ainsi parce que c'est notre tâche de rendre compte à Dieu pour tous". Surtout elle rend compte à Dieu pour son peuple. "Je dois continuellement penser à la reine Esther qui a été enlevée à son peuple pour en rendre compte devant le roi. Je suis une petite et faible Esther mais le Roi qui m'a appelée est infiniment grand et miséricordieux. C'est là ma grande consolation". (31-10-1938)

Le 9 novembre 1938, la haine des nazis envers les juifs fut révélée au monde entier. Les synagogues brûlèrent. La terreur se répandit parmi les juifs. La Mère Prieure des Carmélites de Cologne fait tout son possible pour conduire soeur Thérèse-Bénédicte de la Croix à l'étranger. Dans la nuit du 1er janvier 1938, elle traversa la frontière des Pays-Bas et fut emmenée dans le monastère des Carmélites de Echt, en Hollande. C'est dans ce lieu qu'elle écrivit son testament, le 9 juin 1939: "Déjà maintenant j'accepte avec joie, en totale soumission et selon sa très sainte volonté, la mort que Dieu m'a destinée. Je prie le Seigneur qu'Il accepte ma vie et ma mort [...] en sorte que le Seigneur en vienne à être reconnu par les siens et que son règne se manifeste dans toute sa grandeur pour le salut de l'Allemagne et la paix dans le monde".

Déjà au monastère des Carmélites de Cologne on avait permis à Édith Stein de se consacrer à ses oeuvres scientifiques. Entre autres elle écrivit dans ce lieu "De la vie d'une famille juive". "Je désire simplement raconter ce que j'ai vécu en tant que juive". Face à "la jeunesse qui aujourd'hui est éduquée depuis l'âge le plus tendre à haïr les juifs [...] nous, qui avons été éduqués dans la communauté juive, nous avons le devoir de rendre témoignage".

En toute hâte, Édith Stein écrira à Echt son essai sur "Jean de la Croix, le Docteur mystique de l'Église, à l'occasion du quatre centième anniversaire de sa naissance, 1542-1942". En 1941, elle écrivit à une religieuse avec laquelle elle avait des liens d'amitié: "Une scientia crucis (la science de la croix) peut être apprise seulement si l'on ressent tout le poids de la croix. De cela j'étais convaincue depuis le premier instant et c'est de tout coeur que j'ai dit: Ave Crux, Spes unica (je te salue Croix, notre unique espérance)". Son essai sur Jean de la Croix porta le sous-titre: "La Science de la Croix".

Le 2 août 1942, la Gestapo arriva. Édith Stein se trouvait dans la chapelle, avec les autres soeurs. En moins de 5 minutes elle dut se présenter, avec sa soeur Rose qui avait été baptisée dans l'Église catholique et qui travaillait chez les Carmélites de Echt. Les dernières paroles d'Édith Stein que l'on entendit à Echt s'adressèrent à sa soeur: "Viens, nous partons pour notre, peuple".

Avec de nombreux autres juifs convertis au christianisme, les deux femmes furent conduites au camp de rassemblement de Westerbork. Il s'agissait d'une vengeance contre le message de protestation des évêques catholiques des Pays-Bas contre le progrom et les déportations de juifs. "Que les êtres humains puissent en arriver à être ainsi, je ne l'ai jamais compris et que mes soeurs et mes frères dussent tant souffrir, cela aussi je ne l'ai jamais vraiment compris [...]; à chaque heure je prie pour eux. Est-ce que Dieu entend ma prière? Avec certitude cependant il entend leurs pleurs". Le professeur Jan Nota, qui lui était lié, écrira plus tard: "Pour moi elle est, dans un monde de négation de Dieu, un témoin de la présence de Dieu".

À l'aube du 7 août, un convoi de 987 juifs parti en direction d'Auschwitz. Ce fut le 9 août 1942, que soeur Thérèse-Bénédicte de la Croix, avec sa soeur Rose et de nombreux autres membres de son peuple, mourut dans les chambres à gaz d'Auschwitz.

Avec sa béatification dans la Cathédrale de Cologne, le ler mai 1987, l'Église honorait, comme l'a dit le Pape Jean-Paul II, "une fille d'Israël, qui pendant les persécutions des nazis est demeurée unie avec foi et amour au Seigneur Crucifié, Jésus Christ, telle une catholique, et à son peuple telle une juive".



D'origine juive, née en Allemagne le jour du Yom Kippour (Jour du grand Pardon) 1891, Edith Stein est élevée avec ses six frères et sœurs par leur mère veuve, énergique et juive convaincue. D'une intelligence très vive, Edith se passionne pour la philosophie, déclarant que la soif de vérité est sa seule prière. En même temps, elle milite pour la justice sociale et la promotion des valeurs de la féminité. Lorsque la guerre de 1914-1918 éclate, Edith est à l'université de Fribourg-en-Brisgau. Elle est l'assistante de Husserl, fondateur de la phénoménologie, qui devient son maître à penser. Elle commence à découvrir des aspects de la foi chrétienne : la prière, le "Notre Père" et des écrits de saint Thomas d'Aquin. Un jour, chez des amis, elle trouve "Le château intérieur ou le Livre des Demeures", autobiographie de sainte Thérèse d'Avila.

C'est l'illumination après un long cheminement intellectuel. Edith demande et reçoit le baptême chrétien. Loin de renier ses racines juives, elle les poussera à leur accomplissement. Elle enseigne chez les dominicaines de Spire et fréquente l'abbaye bénédictine de Beuron. Malgré la douleur de sa mère, Edith entre au Carmel de Cologne et devient soeur Thérèse-Bénédicte de la Croix. Sa soeur Rose la rejoint comme membre du Tiers-Ordre du Carmel.

Edith a offert sa vie à Dieu pour la rédemption du peuple d'Israël, alors que se déclenche la persécution des Nazis. Avec sa soeur, elle doit se réfugier au carmel d'Echt en Hollande. Elles y seront arrêtées, emmenées à Auschwitz et exécutées le 9 août 1943. Prophète du sacrifice de soi, de la tolérance et du respect des valeurs de l'esprit, sainte Edith Stein a été proclamée patronne de l'Europe par Jean-Paul II le 1er octobre 1999, dans la suite de Catherine de Sienne et avec Brigitte de Suède.

Edith est un nom d'origine germanique qui a le sens de "richesse" (od).

Rédacteur : Frère Bernard Pineau, OP
SOURCE : http://www.lejourduseigneur.com/Web-TV/Saints/Edith-Stein/(language)/fre-FR



JEAN-PAUL II 

LETTRE APOSTOLIQUE 
EN FORME DE «MOTU PROPRIO» 
POUR LA PROCLAMATION DE 
SAINTE BRIGITTE DE SUÈDE 
SAINTE CATHERINE DE SIENNE 
ET SAINTE THÉRÈSE-BÉNÉDICTE DE LA CROIX 
CO-PATRONNES DE L'EUROPE

JEAN-PAUL II 

EN PERPÉTUELLE MEMOIRE

1. L'espoir de construire un monde plus juste et plus digne de l'homme, aiguisé par l'attente du troisième millénaire désormais à nos portes, ne peut faire abstraction de la conscience que les efforts humains seraient vains s'ils n'étaient accompagnés par la grâce divine: « Si le Seigneur ne bâtit la maison, les bâtisseurs travaillent en vain » (Ps 127 [126], 1). C'est une vérité dont doivent tenir compte également ceux qui, aujourd'hui, se posent la question de donner à l'Europe de nouvelles bases qui aident le vieux continent à puiser dans les richesses de son histoire, écartant les tristes aspects de l'héritage du passé pour répondre, avec une originalité enracinée dans les meilleures traditions, aux besoins du monde qui change.

Il n'y a pas de doute que, dans l'histoire complexe de l'Europe, le christianisme représente un élément central et caractéristique, renforcé par le solide fondement de l'héritage classique et des contributions multiples apportées par divers mouvements ethniques et culturels qui se sont succédé au cours des siècles. La foi chrétienne a façonné la culture du continent et a été mêlée de façon inextricable à son histoire, au point que celle-ci serait incompréhensible sans référence aux événements qui ont caractérisé d'abord la grande période de l'évangélisation, puis les longs siècles au cours desquels le christianisme, malgré la douloureuse division entre l'Orient et l'Occident, s'est affirmé comme la religion des Européens eux-mêmes. Dans la période moderne et contemporaine aussi, lorsque l'unité religieuse s'est progressivement fractionnée tant à cause de nouvelles divisions intervenues entre les chrétiens qu'en raison des processus qui ont amené la culture à se détacher des perspectives de la foi, le rôle de cette dernière a gardé un relief non négligeable.

La route vers l'avenir ne peut pas ne pas tenir compte de ce fait; les chrétiens sont appelés à en prendre une conscience renouvelée afin d'en montrer les potentialités permanentes. Ils ont le devoir d'apporter à la construction de l'Europe une contribution spécifique, qui aura d'autant plus de valeur et d'efficacité qu'ils sauront se renouveler à la lumière de l'Évangile. Il se feront alors les continuateurs de cette longue histoire de sainteté qui a traversé les diverses régions de l'Europe au cours de ces deux millénaires, où les saints officiellement reconnus ne sont que les sommets proposés comme modèles pour tous. Il y a en effet d'innombrables chrétiens qui, par leur vie droite et honnête, animée par l'amour de Dieu et du prochain, ont atteint, dans les vocations consacrées et laïques les plus diverses, une sainteté véritable et largement diffusée, même si elle était cachée.

2. L'Église ne doute pas que ce trésor de sainteté soit précisément le secret de son passé et l'espérance de son avenir. C'est en lui que s'exprime le mieux le don de la Rédemption, grâce auquel l'homme est racheté du péché et reçoit la possibilité de la vie nouvelle dans le Christ. C'est en lui que le peuple de Dieu en marche dans l'histoire trouve un soutien incomparable, se sentant profondément uni à l'Église glorieuse, qui au ciel chante les louanges de l'Agneau (cf. Ap 7, 9-10) tandis qu'elle intercède pour la communauté encore en pèlerinage sur la terre. C'est pourquoi, depuis les temps les plus anciens, les saints ont été considérés par le peuple de Dieu comme des protecteurs et, par suite d'une habitude particulière, à laquelle l'influence de l'Esprit Saint n'est certainement pas étrangère, tantôt à la demande des fidèles acceptée par les Pasteurs, tantôt sur l'initiative des Pasteurs eux-mêmes, les Églises particulières, les régions et même les continents ont été confiés au patronage spécial de certains saints.

Dans cette perspective, alors qu'est célébrée la deuxième Assemblée spéciale pour l'Europe du Synode des Évêques, dans l'imminence du grand Jubilé de l'An 2000, il m'a semblé que les chrétiens européens, tout en vivant avec tous leurs compatriotes un passage d'une époque à l'autre qui est à la fois riche d'espoir et non dénué de préoccupations, peuvent tirer un profit spirituel de la contemplation et de l'invocation de certains saints qui sont de quelque manière particulièrement représentatifs de leur histoire. Aussi, après une consultation opportune, complétant ce que j'ai fait le 31 décembre 1980 quand j'ai déclaré co-patrons de l'Europe, aux côtés de saint Benoît, deux saints du premier millénaire, les frères Cyrille et Méthode, pionniers de l'évangélisation de l'Orient, j'ai pensé compléter le cortège des patrons célestes par trois figures également emblématiques de moments cruciaux du deuxième millénaire qui touche à sa fin: sainte Brigitte de Suède, sainte Catherine de Sienne, sainte Thérèse-Bénédicte de la Croix. Trois grandes saintes, trois femmes qui, à des époques différentes — deux au cœur du Moyen Âge et une en notre siècle — se sont signalées par l'amour actif de l'Église du Christ et le témoignage rendu à sa Croix.

3. Naturellement, le panorama de la sainteté est si varié et si riche que le choix de nouveaux patrons célestes aurait pu s'orienter aussi vers d'autres figures très dignes dont chaque époque et chaque région peuvent se glorifier. Je crois toutefois particulièrement significatif le choix de cette sainteté au visage féminin, dans le cadre de la tendance providentielle qui s'est affermie dans l'Église et dans la société de notre temps, reconnaissant toujours plus clairement la dignité de la femme et ses dons propres.

En réalité, l'Église n'a pas manqué, depuis ses origines, de reconnaître le rôle et la mission de la femme, bien qu'elle ait été conditionnée parfois par une culture qui ne prêtait pas toujours à la femme l'attention qui lui était due. Mais la communauté chrétienne a progressé peu à peu dans ce sens, et précisément le rôle joué par la sainteté s'est révélé décisif sur ce plan. Une incitation constante a été offerte par l'image de Marie, « femme idéale », Mère du Christ et de l'Église. Mais également le courage des martyres, qui ont affronté les tourments les plus cruels avec une surprenante force d'âme, le témoignage des femmes engagées de manière exemplaire et radicale dans la vie ascétique, le dévouement quotidien de nombreuses épouses et mères dans l'« Église au foyer » qu'est la famille, les charismes de tant de mystiques qui ont contribué à l'approfondissement théologique lui-même, tout cela a fourni à l'Église des indications précieuses pour comprendre pleinement le dessein de Dieu sur la femme. D'ailleurs, ce dessein a déjà dans certaines pages de l'Écriture, en particulier dans l'attitude du Christ dont témoigne l'Évangile, son expression sans équivoque. C'est dans cette ligne que prend place le choix de déclarer sainte Brigitte de Suède, sainte Catherine de Sienne et sainte Thérèse-Bénédicte de la Croix co-patronnes de l'Europe.

Le motif qui m'a fait me tourner spécifiquement vers elles repose dans leurs vies elles-mêmes. Leur sainteté s'est en effet exprimée dans des circonstances historiques et dans un contexte « géographique » qui les rendent particulièrement significatives pour le continent européen. Sainte Brigitte renvoie à l'extrême nord de l'Europe, où le continent se regroupe dans une quasi-unité avec le reste du monde et d'où elle partit pour aborder à Rome. Catherine de Sienne est aussi connue pour le rôle qu'elle joua en un temps où le Successeur de Pierre résidait à Avignon, et elle acheva une œuvre spirituelle déjà commencée par Brigitte en se faisant la promotrice de son retour à son siège propre près du tombeau du Prince des Apôtres. Enfin Thérèse-Bénédicte de la Croix, récemment canonisée, non seulement passa sa vie dans divers pays d'Europe, mais par toute sa vie d'intellectuelle, de mystique, de martyre, jeta comme un pont entre ses racines juives et l'adhésion au Christ, s'adonnant avec un intuition sûre au dialogue avec la pensée philosophique contemporaine et, en fin de compte, faisant résonner par son martyre les raisons de Dieu et de l'homme face à la honte épouvantable de la « shoah ». Elle est devenue ainsi l'expression d'un pèlerinage humain, culturel et religieux qui incarne le noyau insondable de la tragédie et des espoirs du continent européen.

4. La première de ces trois grandes figures, Brigitte, est née 1303, d'une famille aristocratique, à Finsta, dans la région suédoise d'Uppland. Elle est connue surtout comme mystique et fondatrice de l'Ordre du Très Saint Sauveur. Toutefois, il ne faut pas oublier que la première partie de sa vie fut celle d'une laïque qui eut le bonheur d'être mariée avec un pieux chrétien dont elle eut huit enfants. En la désignant comme co-patronne de l'Europe, j'entends faire en sorte que la sentent proche d'eux non seulement ceux qui ont reçu la vocation à une vie de consécration spéciale, mais aussi ceux qui sont appelés aux occupations ordinaires de la vie laïque dans le monde et surtout à la haute et exigeante vocation de former une famille chrétienne. Sans se laisser fourvoyer par les conditions de bien-être de son milieu, elle vécut avec son époux Ulf une expérience de couple dans laquelle l'amour conjugal alla de pair avec une prière intense, avec l'étude de l'Écriture Sainte, avec la mortification, avec la charité. Ils fondèrent ensemble un petit hôpital, où ils soignaient fréquemment les malades. Brigitte avait l'habitude de servir personnellement les pauvres. En même temps, elle fut appréciée pour ses qualités pédagogiques, qu'elle eut l'occasion de mettre en œuvre durant la période où l'on demanda ses services à la cour de Stockholm. C'est dans cette expérience que mûriront les conseils qu'elle donnera en diverses occasions à des princes ou à des souverains pour un bon accomplissement de leurs tâches. Mais les premiers qui en bénéficièrent furent assurément ses enfants, et ce n'est pas par hasard que l'une de ses filles, Catherine, est vénérée comme sainte.

Cette période de sa vie familiale n'était qu'une première étape. Le pèlerinage qu'elle fit avec son mari Ulf à Saint-Jacques de Compostelle en 1341 mit symboliquement fin à cette étape, préparant Brigitte à la nouvelle vie qu'elle inaugura quelques années plus tard lorsque, après la mort de son époux, elle entendit la voix du Christ qui lui confiait une nouvelle mission, la guidant pas à pas par une série de grâces mystiques extraordinaires.

5. Ayant quitté la Suède en 1349, Brigitte s'établit à Rome, siège du Successeur de Pierre. Son transfert en Italie constitua une étape décisive pour l'élargissement non seulement géographique et culturel, mais surtout spirituel, de l'esprit et du cœur de Brigitte. Beaucoup de lieux d'Italie la virent encore en pèlerinage, désireuse de vénérer les reliques des saints. Elle visita ainsi Milan, Pavie, Assise, Ortona, Bari, Benevento, Pozzuoli, Naples, Salerne, Amalfi, le Sanctuaire de saint Michel Archange sur le Mont Gargano. Le dernier pèlerinage, effectué entre 1371 et 1372, l'amena à traverser la Méditerranée en direction de la Terre Sainte, lui permettant d'embrasser spirituellement, en plus de beaucoup de lieux sacrés de l'Europe catholique, les sources mêmes du christianisme dans les lieux sanctifiés par la vie et par la mort du Rédempteur.

En réalité, plus encore que par ce pieux pèlerinage, c'est par le sens profond du mystère du Christ et de l'Église que Brigitte participa à la construction de la communauté ecclésiale, à une période notablement critique de son histoire. Son union intime au Christ s'accompagna en effet de charismes particuliers de révélation qui firent d'elle un point de référence pour beaucoup de personnes de l'Église de son époque. On sent en Brigitte la force de la prophétie. Son ton semble parfois un écho de celui des anciens grands prophètes. Elle parle avec sûreté à des princes et à des papes, révélant les desseins de Dieu sur les événements de l'histoire. Elle n'épargne pas les avertissements sévères même en matière de réforme morale du peuple chrétien et du clergé lui-même (cf. Revelationes, IV, 49; cf. aussi IV, 5). Certains aspects de son extraordinaire production mystique suscitèrent en son temps des interrogations bien compréhensibles, à l'égard desquelles s'opéra le discernement de l'Église; celle-ci renvoya à l'unique révélation publique, qui a sa plénitude dans le Christ et son expression normative dans l'Écriture Sainte. Même les expériences des grands saints, en effet, ne sont pas exemptes des limites qui accompagnent toujours la réception par l'homme de la voix de Dieu.

Toutefois, il n'est pas douteux qu'en reconnaissant la sainteté de Brigitte, l'Église, sans pour autant se prononcer sur les diverses révélations, a accueilli l'authenticité globale de son expérience intérieure. Brigitte se présente comme un témoin significatif de la place que peut tenir dans l'Église le charisme vécu en pleine docilité à l'Esprit de Dieu et en totale conformité aux exigences de la communion ecclésiale. En particulier, les terres scandinaves, patrie de Brigitte, s'étant détachées de la pleine communion avec le siège de Rome au cours de tristes événements du XVIe siècle, la figure de la sainte suédoise reste un précieux « lien » œcuménique, renforcé encore par l'engagement de son Ordre dans ce sens.

6. L'autre grande figure de femme, sainte Catherine de Sienne, est à peine postérieure. Son rôle dans les développements de l'histoire de l'Église et même dans l'approfondissement doctrinal du message révélé a été reconnu d'une manière significative, jusqu'à l'attribution du titre de Docteur de l'Église.

Née à Sienne en 1347, elle fut favorisée dès sa plus tendre enfance de grâces extraordinaires qui lui permirent d'accomplir, sur la voie spirituelle tracée par saint Dominique, un parcours rapide de perfection entre prière, austérité et œuvres de charité. Elle avait vingt ans quand le Christ lui manifesta sa prédilection à travers le symbole mystique de l'anneau nuptial. C'était le couronnement d'une intimité mûrie dans le secret et dans la contemplation, grâce à la constante permanence, bien que ce soit hors des murs d'un monastère, dans la demeure spirituelle qu'elle aimait appeler la « cellule intérieure ». Le silence de cette cellule, qui la rendait très docile aux divines inspirations, put bien vite s'allier à une activité apostolique qui a quelque chose d'extraordinaire. Beaucoup de personnes, même des clercs, se regroupèrent autour d'elle comme disciples, lui reconnaissant le don d'une maternité spirituelle. Ses lettres se répandirent à travers l'Italie et l'Europe elle-même. En effet, la jeune siennoise entra avec un regard sûr et des paroles de feu dans le vif des problèmes ecclésiaux et sociaux de son époque.

Catherine s'engagea inlassablement pour la résolution des multiples conflits qui déchiraient la société de son temps. Son action pacificatrice atteignit des souverains européens comme Charles V de France, Charles de Durazzo, Élisabeth de Hongrie, Louis le Grand de Hongrie et de Pologne, Jeanne de Naples. Son intervention pour la réconciliation de Florence avec le Pape fut significative. Désignant « le Christ crucifié et la douce Marie » aux adversaires, elle montrait que, pour une société qui s'inspirait des valeurs chrétiennes, il ne pouvait jamais y avoir de motif de querelle tellement grave que l'on puisse préférer le recours à la raison des armes plutôt qu'aux armes de la raison.

7. Mais Catherine savait bien que l'on ne pouvait aboutir efficacement à cette conclusion si les esprits n'avaient pas été formés auparavant par la vigueur même de l'Évangile. D'où l'urgence de la réforme des mœurs, qu'elle proposait à tous sans exception. Aux rois, elle rappelait qu'ils ne pouvaient gouverner comme si le royaume était leur « propriété »: bien conscients qu'ils auraient à rendre compte à Dieu de la gestion du pouvoir, ils devaient plutôt assumer la tâche d'y maintenir « la sainte et véritable justice », se faisant « pères des pauvres » (cf. Lettre n. 235 au Roi de France). L'exercice de la souveraineté ne pouvait en effet être séparé de celui de la charité, qui est l'âme à la fois de la vie personnelle et de la responsabilité politique (cf. Lettre n. 357 au Roi de Hongrie).

C'est avec la même force que Catherine s'adressait aux ecclésiastiques de tout rang, pour leur demander la cohérence la plus stricte dans leur vie et dans leur ministère pastoral. Le ton libre, vigoureux, tranchant, avec lequel elle admoneste prêtres, évêques et cardinaux est impressionnant. Il fallait — disait-elle — déraciner dans le jardin de l'Église les plantes pourries et les remplacer par des « plantes nouvelles » fraîches et odorantes. Forte de son intimité avec le Christ, la sainte siennoise ne craignait pas d'indiquer avec franchise au Souverain Pontife lui-même, qu'elle aimait tendrement comme le « doux Christ sur la terre », la volonté de Dieu qui lui imposait d'en finir avec les hésitations dictées par la prudence terrestre et par les intérêts mondains, pour rentrer d'Avignon à Rome, près du tombeau de Pierre.

Avec la même passion, Catherine s'employa à remédier aux divisions qui surgirent lors de l'élection du Pape qui suivit la mort de Grégoire XI: dans cette affaire aussi, elle fit appel une fois de plus, avec une ardeur passionnée, aux raisons indiscutables de la communion. C'était là l'idéal suprême qui avait inspiré toute sa vie, dépensée sans réserve au service de l'Église. C'est elle-même qui en témoignera devant ses fils spirituels sur son lit de mort: « Tenez pour certain, mes très chers, que j'ai donné ma vie pour la sainte Église » (Bienheureux Raymond de Capoue, Vie de sainte Catherine de Sienne, Livre III, chap. IV).

8. Avec Edith Stein — sainte Thérèse-Bénédicte de la Croix —, nous sommes dans un tout autre monde historique et culturel. Elle nous entraîne en effet au cœur de notre siècle tourmenté, indiquant les espérances qui l'ont éclairé, mais aussi les contradictions et les échecs qui l'ont marqué. Elle ne vient pas, comme Brigitte et Catherine, d'une famille chrétienne. En elle, tout exprime le tourment de la recherche et l'effort du « pèlerinage » existentiel. Même après être parvenue à la vérité dans la paix de la vie contemplative, elle dût vivre jusqu'au bout le mystère de la Croix.

Elle était née en 1891 dans une famille juive de Breslau, alors territoire allemand. L'intérêt qu'elle développa pour la philosophie, abandonnant la pratique religieuse à laquelle sa mère l'avait pourtant initiée, aurait fait prédire, plus qu'un chemin de sainteté, une vie menée à l'enseigne du pur « rationalisme ». Mais la grâce l'attendait précisément dans les méandres de la pensée philosophique: engagée sur la voie du courant phénoménologique, elle sut saisir l'exigence d'une réalité objective qui, loin de trouver sa solution dans le sujet, devance et mesure sa connaissance, réalité qui doit donc être examinée dans un effort rigoureux d'objectivité. Il convient de se mettre à son écoute pour la saisir surtout dans l'être humain, en vertu de la capacité d'« empathie » — mot qui lui est cher — qui consent dans une certaine mesure à faire sien le vécu d'autrui (cf. E. Stein, Le problème de l'empathie).

C'est dans cette tension d'écoute qu'elle rencontra, d'une part, le témoignage de l'expérience spirituelle chrétienne offert par sainte Thérèse d'Avila et par d'autres grands mystiques, dont elle devint disciple et émule, d'autre part, l'ancienne tradition chrétienne structurée dans le thomisme. Sur cette voie, elle parvint d'abord au baptême, puis choisit la vie contemplative dans l'ordre du Carmel. Tout se déroule dans le cadre d'un itinéraire existentiel plutôt mouvementé, scandé, non seulement par la recherche intérieure, mais aussi par des engagements d'étude et d'enseignement, qu'elle conduit avec un admirable don d'elle-même. Son militantisme en faveur de la promotion sociale de la femme fut particulièrement appréciable pour son temps, et les pages dans lesquelles elle explora la richesse de la féminité et la mission de la femme du point de vue humain et religieux sont vraiment pénétrantes (cf. E. Stein, La femme. Sa mission selon la nature et la grâce).

9. Sa rencontre avec le christianisme ne la conduit pas à renier ses racines juives, mais les lui fait plutôt redécouvrir en plénitude. Cependant, cela ne lui épargne pas l'incompréhension de la part de ses proches. Le désaccord de sa mère, surtout, lui procura une douleur indicible. En réalité, tout son chemin de perfection chrétienne se déroule sous le signe non seulement de la solidarité humaine avec son peuple d'origine, mais aussi d'un vrai partage spirituel avec la vocation des fils d'Abraham, marqués par le mystère de l'appel et des « dons irrévocables » de Dieu (cf. Rm 11, 29).

En particulier, elle fit sienne la souffrance du peuple juif, à mesure que celle-ci s'exacerbait au cours de la féroce persécution nazie, qui demeure, à côté d'autres graves expressions du totalitarisme, l'une des taches les plus sombres et les plus honteuses de l'Europe de notre siècle. Elle ressentit alors, dans l'extermination systématique des juifs, que la Croix du Christ était mise sur le dos de son peuple, et elle vécut comme une participation personnelle à la Croix sa déportation et son exécution dans le tristement célèbre camp d'AuschwitzBirkenau. Son cri se mêla à celui de toutes les victimes de cette épouvantable tragédie, s'unissant en même temps au cri du Christ, qui assure à la souffrance humaine une fécondité mystérieuse et durable. Son image de sainteté reste pour toujours liée au drame de sa mort violente, aux côtés de tous ceux qui la subirent avec elle. Et elle reste comme une annonce de l'Évangile de la Croix à laquelle elle voulut s'identifier par son nom de religieuse.

Nous nous tournons aujourd'hui vers Thérèse-Bénédicte de la Croix, reconnaissant dans son témoignage de victime innocente, d'une part, l'imitation de l'Agneau immolé et la protestation élevée contre toutes les violations des droits fondamentaux de la personne; d'autre part, le gage de la rencontre renouvelée entre juifs et chrétiens qui, dans la ligne voulue par le Concile Vatican II, connaît un temps prometteur d'ouverture réciproque. Déclarer aujourd'hui Edith Stein copatronne de l'Europe signifie déployer sur l'horizon du vieux continent un étendard de respect, de tolérance, d'accueil, qui invite hommes et femmes à se comprendre et à s'accepter au-delà des diversités de race, de culture et de religion, afin de former une société vraiment fraternelle.

10. Puisse donc l'Europe croître! Puisse-t-elle croître comme Europe de l'esprit, dans la ligne du meilleur de son histoire, qui trouve précisément dans la sainteté son expression la plus haute. L'unité du continent, qui mûrit progressivement dans les consciences et se définit aussi toujours plus nettement sous l'angle politique, incarne assurément une perspective de grande espérance. Les Européens sont appelés à laisser définitivement de côté les rivalités historiques qui ont souvent fait de leur continent le théâtre de guerres dévastatrices. En même temps, ils doivent s'engager à créer les conditions d'une plus grande cohésion et d'une plus grande collaboration entre les peuples. Ils sont face au grand défi de la construction d'une culture et d'une éthique de l'unité, sans lesquelles n'importe quelle politique de l'unité est destinée tôt ou tard à s'effondrer.

Pour édifier la nouvelle Europe sur des bases solides, il ne suffit certes pas de lancer un appel aux seuls intérêts économiques qui, s'ils rassemblent parfois, d'autres fois divisent, mais il est nécessaire de s'appuyer plutôt sur les valeurs authentiques, qui ont leur fondement dans la loi morale universelle, inscrite dans le cœur de tout homme. Une Europe qui remplacerait les valeurs de tolérance et de respect universel par l'indifférentisme éthique et le scepticisme en matière de valeurs inaliénables, s'ouvrirait aux aventures les plus risquées et verrait tôt ou tard réapparaître sous de nouvelles formes les spectres les plus effroyables de son histoire.

Pour conjurer cette menace, le rôle du christianisme, qui désigne inlassablement l'horizon idéal, s'avère encore une fois vital. À la lumière des nombreux points de rencontre avec les autres religions que le Concile Vatican II a reconnus (cf. décret Nostra ætate), on doit souligner avec force que l'ouverture au Transcendant est une dimension vitale de l'existence. Il est donc essentiel que tous les chrétiens présents dans les différents pays du continent s'engagent à un témoignage renouvelé. Il leur appartient de nourrir l'espérance de la plénitude du salut par l'annonce qui leur est propre, celle de l'Évangile, à savoir la « bonne nouvelle » que Dieu s'est fait proche de nous et que, en son Fils Jésus Christ, il nous a offert la rédemption et la plénitude de la vie divine. Par la force de l'Esprit Saint qui nous a été donné, nous pouvons lever les yeux vers Dieu et l'invoquer avec le doux nom d'« Abba », Père (cf. Rm 8, 15; Ga 4, 6).

11. C'est justement cette annonce d'espérance que j'ai voulu confirmer, en proposant à une dévotion renouvelée, dans une perspective « européenne », ces trois figures de femmes qui, à des époques diverses, ont apporté une contribution très significative à la croissance non seulement de l'Église, mais de la société elle-même.

Par la communion des saints qui unit mystérieusement l'Église terrestre à celle du ciel, elles nous prennent en charge dans leur intercession permanente devant le trône de Dieu. En même temps, en les invoquant de manière plus intense et en nous référant plus assidûment et plus attentivement à leurs paroles et à leurs exemples, nous ne pouvons pas ne pas réveiller en nous une conscience plus aiguë de notre vocation commune à la sainteté, qui nous pousse à prendre la résolution d'un engagement plus généreux.

Ainsi donc, après mûre considération, en vertu de mon pouvoir apostolique, je constitue et je déclare co-patronnes célestes de toute l'Europe auprès de Dieu sainte Brigitte de Suède, sainte Catherine de Sienne, sainte Thérèse-Bénédicte de la Croix, leur accordant tous les honneurs et privilèges liturgiques qui appartiennent selon le droit aux patrons principaux des lieux.

Gloire à la sainte Trinité, qui resplendit de façon singulière dans leur vie et dans la vie de tous le saints! Paix aux homme de bonne volonté, en Europe et dans le monde entier!

Rome, près de Saint-Pierre, le 1er octobre 1999, en la vingt et unième année de mon Pontificat.

JEAN-PAUL II

© Copyright 1999 - Libreria Editrice Vaticana

SOURCE : http://www.vatican.va/holy_father/john_paul_ii/motu_proprio/documents/hf_jp-ii_motu-proprio_01101999_co-patronesses-europe_fr.html


      BENOÎT XVI

      AUDIENCE GÉNÉRALE

      Mercredi 13 août 2008
        
·        Celui qui prie ne perd jamais l'espérance,
les témoignages d'Edith Stein et de Maximilien Marie Kolbe
 
·        Chers frères et sœurs!

·        De retour de Bressanone, où j'ai pu passer une période de repos, je suis content de vous rencontrer et de vous saluer, chers habitants de Castel Gandolfo, et vous pèlerins qui êtes venus aujourd'hui me rendre visite. Je voudrais encore une fois remercier ceux qui m'ont accueilli et ont veillé sur mon séjour en montagne. Ce furent des jours de détente sereine, au cours desquels je n'ai cessé de rappeler au Seigneur tous ceux qui s'en remettent à mes prières. Et ils sont vraiment très nombreux tous ceux qui m'écrivent en me demandant de prier pour eux. Ils m'expriment leurs joies, mais aussi leurs inquiétudes, leurs projets de vie, ainsi que les problèmes familiaux et professionnels, les attentes et les espoirs qu'ils portent dans leur cœur, avec les angoisses liées aux incertitudes que l'humanité vit en ce moment. Je peux assurer que je me souviens de tous et de chacun, en particulier lors de la célébration quotidienne de la Messe et de la récitation du Rosaire. Je sais bien que le premier service que je peux rendre à l'Eglise et à l'humanité est précisément celui de la prière, parce qu'en priant je place entre les mains du Seigneur avec confiance le ministère qu'il m'a lui-même confié, avec le destin de toute la communauté ecclésiale et civile.

·        Celui qui prie ne perd jamais l'espérance, même lorsqu'il en vient à se trouver dans des situations difficiles voire humainement désespérées. C'est ce que nous enseigne la Sainte Ecriture et ce dont témoigne l'histoire de l'Eglise. Combien d'exemples, en effet, pourrions nous apporter de situations où ce fut véritablement la prière qui soutint le chemin des saints et du peuple chrétien! Parmi les témoignages de notre époque je voudrais citer celui de deux saints dont nous célébrons ces jours-ci la mémoire:  Thérèse Bénédicte de la Croix, Edith Stein, dont nous avons célébré la fête le 9 août, et Maximilien Marie Kolbe, que nous célébrerons demain, 14 août, veille de la solennité de l'Assomption de la Bienheureuse Vierge Marie. Tous deux ont conclu leur vie terrestre par le martyre dans le camp d'Auschwitz. Apparemment leurs existences pourraient être considérées comme un échec, mais c'est précisément dans leur martyre que resplendit l'éclair de l'Amour, qui vainc les ténèbres de l'égoïsme et de la haine. A saint Maximilien Kolbe sont attribuées les paroles suivantes qu'il aurait prononcées en pleine fureur de la persécution nazie:  "La haine n'est pas une force créatrice:  seul l'amour en est une". Et il apporta une preuve héroïque de l'amour en s'offrant généreusement en échange de l'un de ses compagnons de prison, une offrande qui culmina par sa mort dans le bunker de la faim, le 14 août 1941.

·        Edith Stein, le 6 août de l'année suivante, à trois jours de sa fin dramatique, approchant des consœurs du monastère de Echt, en Hollande, leur dit:  "Je suis prête à tout. Jésus est ici aussi au milieu de nous, jusqu'à présent j'ai pu très bien prier et j'ai dit de tout mon cœur:  "Ave, Crux, spes unica"". Des témoins qui parvinrent à échapper à l'horrible massacre racontèrent que Thérèse Bénédicte de la Croix, tandis qu'elle revêtait l'habit carmélitain, avançait consciemment vers sa mort, elle se distinguait par son comportement empli de paix, par son attitude sereine et par des manières calmes et attentives aux nécessités de tous. La prière fut le secret de cette sainte copatronne de l'Europe, qui "même après être parvenue à la vérité dans la paix de la vie contemplative, dut vivre jusqu'au bout le mystère de la Croix" (Lettre apostolique Spes aedificandi, Enseignements de Jean-Paul II, XX, 2, 1999, p. 511).

·        "Ave Maria!":  ce fut la dernière invocation sur les lèvres de saint Maximilien Marie Kolbe tandis qu'il tendait le bras à celui qui le tuait par une injection d'acide phénique. Il est émouvant de constater comment le recours humble et confiant à la Vierge est toujours une source de courage et de sérénité. Alors que nous nous préparons à célébrer la solennité de l'Assomption, qui est l'une des célébrations mariales les plus chères à la tradition chrétienne, nous renouvelons notre consécration à Celle qui depuis le Ciel veille à tout instant sur nous avec un amour maternel. Tel est en effet ce que nous disons dans la prière familière du "Je vous salue Marie", en lui demandant de prier pour nous "aujourd'hui et à l'heure de notre mort".

       ****
·        Je salue cordialement les pèlerins de langue française, en particulier le groupe des jeunes collégiens de Draguignan, ainsi que les Petites Sœurs de Jésus qui se préparent à émettre leurs vœux perpétuels dans l’esprit du Bienheureux Charles de Foucauld. Que votre pèlerinage auprès du tombeau des Apôtres Pierre et Paul soit pour vous l’occasion de raffermir votre attachement au Christ et à son Église et de renforcer votre esprit missionnaire. Que Dieu vous bénisse !
·         
      © Copyright 2008 - Libreria Editrice Vaticana




St. Teresa Benedicta of the Cross (Edith Stein)

Edith Stein was born in Breslau on 12 October 1891, the youngest of 11, as her family were celebrating Yom Kippur, that most important Jewish festival, the Feast of Atonement. “More than anything else, this helped make the youngest child very precious to her mother.” Being born on this day was like a foreshadowing to Edith, a future Carmelite nun.

Edith’s father, who ran a timber business, died when she had only just turned two. Her mother, a very devout, hard-working, strong-willed and truly wonderful woman, now had to fend for herself and to look after the family and their large business. However, she did not succeed in keeping up a living faith in her children. Edith lost her faith in God. “I consciously decided, of my own volition, to give up praying,” she said.

In 1911 she passed her school-leaving exam with flying colours and enrolled at the University of Breslau to study German and history, though this was a mere “bread-and-butter” choice. Her real interest was in philosophy and in women’s issues. She became a member of the Prussian Society for Women’s Franchise. “When I was at school and during my first years at university,” she wrote later, “I was a radical suffragette. Then I lost interest in the whole issue. Now I am looking for purely pragmatic solutions.”

In 1913, Edith Stein transferred to G0ttingen University, to study under the mentorship of Edmund Husserl. She became his pupil and teaching assistant, and he later tutored her for a doctorate. At the time, anyone who was interested in philosophy was fascinated by Husserl’s new view of reality, whereby the world as we perceive it does not merely exist in a Kantian way, in our subjective perception. His pupils saw his philosophy as a return to objects: “back to things”. Husserl’s phenomenology unwittingly led many of his pupils to the Christian faith. In G0ttingen Edith Stein also met the philosopher Max Scheler, who directed her attention to Roman Catholicism. Nevertheless, she did not neglect her “bread-and-butter” studies and passed her degree with distinction in January 1915, though she did not follow it up with teacher training.

“I no longer have a life of my own,” she wrote at the beginning of the First World War, having done a nursing course and gone to serve in an Austrian field hospital. This was a hard time for her, during which she looked after the sick in the typhus ward, worked in an operating theatre, and saw young people die. When the hospital was dissolved, in 1916, she followed Husserl as his assistant to the German city of Freiburg, where she passed her doctorate summa cum laude (with the utmost distinction) in 1917, after writing a thesis on “The Problem of Empathy.”

During this period she went to Frankfurt Cathedral and saw a woman with a shopping basket going in to kneel for a brief prayer. “This was something totally new to me. In the synagogues and Protestant churches I had visited people simply went to the services. Here, however, I saw someone coming straight from the busy marketplace into this empty church, as if she was going to have an intimate conversation. It was something I never forgot. “Towards the end of her dissertation she wrote: “There have been people who believed that a sudden change had occurred within them and that this was a result of God’s grace.” How could she come to such a conclusion?

Edith Stein had been good friends with Husserl’s Göttingen assistant, Adolf Reinach, and his wife.

When Reinach fell in Flanders in November 1917, Edith went to Göttingen to visit his widow. The Reinachs had converted to Protestantism. Edith felt uneasy about meeting the young widow at first, but was surprised when she actually met with a woman of faith. “This was my first encounter with the Cross and the divine power it imparts to those who bear it … it was the moment when my unbelief collapsed and Christ began to shine his light on me – Christ in the mystery of the Cross.”

Later, she wrote: “Things were in God’s plan which I had not planned at all. I am coming to the living faith and conviction that – from God’s point of view – there is no chance and that the whole of my life, down to every detail, has been mapped out in God’s divine providence and makes complete and perfect sense in God’s all-seeing eyes.”

In Autumn 1918 Edith Stein gave up her job as Husserl’s teaching assistant. She wanted to work independently. It was not until 1930 that she saw Husserl again after her conversion, and she shared with him about her faith, as she would have liked him to become a Christian, too. Then she wrote down the amazing words: “Every time I feel my powerlessness and inability to influence people directly, I become more keenly aware of the necessity of my own holocaust.”

Edith Stein wanted to obtain a professorship, a goal that was impossible for a woman at the time. Husserl wrote the following reference: “Should academic careers be opened up to ladies, then I can recommend her whole-heartedly and as my first choice for admission to a professorship.” Later, she was refused a professorship on account of her Jewishness.

Back in Breslau, Edith Stein began to write articles about the philosophical foundation of psychology. However, she also read the New Testament, Kierkegaard and Ignatius of Loyola’s Spiritual Exercises. She felt that one could not just read a book like that, but had to put it into practice.

In the summer of 1921. she spent several weeks in Bergzabern (in the Palatinate) on the country estate of Hedwig Conrad-Martius, another pupil of Husserl’s. Hedwig had converted to Protestantism with her husband. One evening Edith picked up an autobiography of St. Teresa of Avila and read this book all night. “When I had finished the book, I said to myself: This is the truth.” Later, looking back on her life, she wrote: “My longing for truth was a single prayer.”

On 1 January 1922 Edith Stein was baptized. It was the Feast of the Circumcision of Jesus, when Jesus entered into the covenant of Abraham. Edith Stein stood by the baptismal font, wearing Hedwig Conrad-Martius’ white wedding cloak. Hedwig washer godmother. “I had given up practising my Jewish religion when I was a 14-year-old girl and did not begin to feel Jewish again until I had returned to God.” From this moment on she was continually aware that she belonged to Christ not only spiritually, but also through her blood. At the Feast of the Purification of Mary – another day with an Old Testament reference – she was confirmed by the Bishop of Speyer in his private chapel.
After her conversion she went straight to Breslau: “Mother,” she said, “I am a Catholic.” The two women cried. Hedwig Conrad Martius wrote: “Behold, two Israelites indeed, in whom is no deceit!” (cf. John 1:47).

Immediately after her conversion she wanted to join a Carmelite convent. However, her spiritual mentors, Vicar-General Schwind of Speyer, and Erich Przywara SJ, stopped her from doing so. Until Easter 1931 she held a position teaching German and history at the Dominican Sisters’ school and teacher training college of St. Magdalen’s Convent in Speyer. At the same time she was encouraged by Arch-Abbot Raphael Walzer of Beuron Abbey to accept extensive speaking engagements, mainly on women’s issues. “During the time immediately before and quite some time after my conversion I … thought that leading a religious life meant giving up all earthly things and having one’s mind fixed on divine things only. Gradually, however, I learnt that other things are expected of us in this world… I even believe that the deeper someone is drawn to God, the more he has to `get beyond himself’ in this sense, that is, go into the world and carry divine life into it.”

She worked enormously hard, translating the letters and diaries of Cardinal Newman from his pre-Catholic period as well as Thomas Aquinas’ Quaestiones Disputatae de Veritate. The latter was a very free translation, for the sake of dialogue with modern philosophy. Erich Przywara also encouraged her to write her own philosophical works. She learnt that it was possible to “pursue scholarship as a service to God… It was not until I had understood this that I seriously began to approach academic work again.” To gain strength for her life and work, she frequently went to the Benedictine Monastery of Beuron, to celebrate the great festivals of the Church year.

In 1931 Edith Stein left the convent school in Speyer and devoted herself to working for a professorship again, this time in Breslau and Freiburg, though her endeavours were in vain. It was then that she wrote Potency and Act, a study of the central concepts developed by Thomas Aquinas. Later, at the Carmelite Convent in Cologne, she rewrote this study to produce her main philosophical and theological oeuvre, Finite and Eternal Being. By then, however, it was no longer possible to print the book.

In 1932 she accepted a lectureship position at the Roman Catholic division of the German Institute for Educational Studies at the University of Munster, where she developed her anthropology. She successfully combined scholarship and faith in her work and her teaching, seeking to be a “tool of the Lord” in everything she taught. “If anyone comes to me, I want to lead them to Him.”

In 1933 darkness broke out over Germany. “I had heard of severe measures against Jews before. But now it dawned on me that God had laid his hand heavily on His people, and that the destiny of these people would also be mine.” The Aryan Law of the Nazis made it impossible for Edith Stein to continue teaching. “If I can’t go on here, then there are no longer any opportunities for me in Germany,” she wrote; “I had become a stranger in the world.”

The Arch-Abbot of Beuron, Walzer, now no longer stopped her from entering a Carmelite convent. While in Speyer, she had already taken a vow of poverty, chastity and obedience. In 1933 she met with the prioress of the Carmelite Convent in Cologne. “Human activities cannot help us, but only the suffering of Christ. It is my desire to share in it.”

Edith Stein went to Breslau for the last time, to say good-bye to her mother and her family. Her last day at home was her birthday, 12 October, which was also the last day of the Feast of Tabernacles. Edith went to the synagogue with her mother. It was a hard day for the two women. “Why did you get to know it [Christianity]?” her mother asked, “I don’t want to say anything against him. He may have been a very good person. But why did he make himself God?” Edith’s mother cried. The following day Edith was on the train to Cologne. “I did not feel any passionate joy. What I had just experienced was too terrible. But I felt a profound peace – in the safe haven of God’s will.” From now on she wrote to her mother every week, though she never received any replies. Instead, her sister Rosa sent her news from Breslau.

Edith joined the Carmelite Convent of Cologne on 14 October, and her investiture took place on 15 April, 1934. The mass was celebrated by the Arch-Abbot of Beuron. Edith Stein was now known as Sister Teresia Benedicta a Cruce – Teresa, Blessed of the Cross. In 1938 she wrote: “I understood the cross as the destiny of God’s people, which was beginning to be apparent at the time (1933). I felt that those who understood the Cross of Christ should take it upon themselves on everybody’s behalf. Of course, I know better now what it means to be wedded to the Lord in the sign of the cross. However, one can never comprehend it, because it is a mystery.” On 21 April 1935 she took her temporary vows. On 14 September 1936, the renewal of her vows coincided with her mother’s death in Breslau. “My mother held on to her faith to the last moment. But as her faith and her firm trust in her God … were the last thing that was still alive in the throes of her death, I am confident that she will have met a very merciful judge and that she is now my most faithful helper, so that I can reach the goal as well.”

When she made her eternal profession on 21 April 1938, she had the words of St. John of the Cross printed on her devotional picture: “Henceforth my only vocation is to love.” Her final work was to be devoted to this author.

Edith Stein’s entry into the Carmelite Order was not escapism. “Those who join the Carmelite Order are not lost to their near and dear ones, but have been won for them, because it is our vocation to intercede to God for everyone.” In particular, she interceded to God for her people: “I keep thinking of Queen Esther who was taken away from her people precisely because God wanted her to plead with the king on behalf of her nation. I am a very poor and powerless little Esther, but the King who has chosen me is infinitely great and merciful. This is great comfort.” (31 October 1938)

On 9 November 1938 the anti-Semitism of the Nazis became apparent to the whole world.

Synagogues were burnt, and the Jewish people were subjected to terror. The prioress of the Carmelite Convent in Cologne did her utmost to take Sister Teresia Benedicta a Cruce abroad. On New Year’s Eve 1938 she was smuggled across the border into the Netherlands, to the Carmelite Convent in Echt in the Province of Limburg. This is where she wrote her will on 9 June 1939: “Even now I accept the death that God has prepared for me in complete submission and with joy as being his most holy will for me. I ask the Lord to accept my life and my death … so that the Lord will be accepted by His people and that His Kingdom may come in glory, for the salvation of Germany and the peace of the world.”

While in the Cologne convent, Edith Stein had been given permission to start her academic studies again. Among other things, she wrote about “The Life of a Jewish Family” (that is, her own family): “I simply want to report what I experienced as part of Jewish humanity,” she said, pointing out that “we who grew up in Judaism have a duty to bear witness … to the young generation who are brought up in racial hatred from early childhood.”

In Echt, Edith Stein hurriedly completed her study of “The Church’s Teacher of Mysticism and the Father of the Carmelites, John of the Cross, on the Occasion of the 400th Anniversary of His Birth, 1542-1942.” In 1941 she wrote to a friend, who was also a member of her order: “One can only gain a scientia crucis (knowledge of the cross) if one has thoroughly experienced the cross. I have been convinced of this from the first moment onwards and have said with all my heart: ‘Ave, Crux, Spes unica’ (I welcome you, Cross, our only hope).” Her study on St. John of the Cross is entitled: “Kreuzeswissenschaft” (The Science of the Cross).

Edith Stein was arrested by the Gestapo on 2 August 1942, while she was in the chapel with the other sisters. She was to report within five minutes, together with her sister Rosa, who had also converted and was serving at the Echt Convent. Her last words to be heard in Echt were addressed to Rosa: “Come, we are going for our people.”

Together with many other Jewish Christians, the two women were taken to a transit camp in Amersfoort and then to Westerbork. This was an act of retaliation against the letter of protest written by the Dutch Roman Catholic Bishops against the pogroms and deportations of Jews. Edith commented, “I never knew that people could be like this, neither did I know that my brothers and sisters would have to suffer like this. … I pray for them every hour. Will God hear my prayers? He will certainly hear them in their distress.” Prof. Jan Nota, who was greatly attached to her, wrote later: “She is a witness to God’s presence in a world where God is absent.”

On 7 August, early in the morning, 987 Jews were deported to Auschwitz. It was probably on 9 August that Sister Teresia Benedicta a Cruce, her sister and many other of her people were gassed.

When Edith Stein was beatified in Cologne on 1 May 1987, the Church honoured “a daughter of Israel”, as Pope John Paul II put it, who, as a Catholic during Nazi persecution, remained faithful to the crucified Lord Jesus Christ and, as a Jew, to her people in loving faithfulness.”



Edith Stein, saintly Carmelite, profound philosopher and brilliant writer, had a great influence on the women of her time, and is having a growing influence in the intellectual and philosophical circles of today’s Germany and of the whole world. She is an inspiration to all Christians whose heritage is the Cross, and her life was offered for her own Jewish people in their sufferings and persecutions.

Born on October 12, 1891, of Jewish parents, Siegried Stein and Auguste Courant, in Breslau, Germany, Edith Stein from her earliest years showed a great aptitude for learning, and by the time of the outbreak of World War I, she had studied philology and philosophy at the universities of Breslau and Goettingen.

After the war, she resumed her higher studies at the University of Freiburg and was awarded her doctorate in philosophy Suma Cum Laude. She later became the assistant and collaborator of Professor Husserl, the famous founder of phenomenology, who greatly appreciated her brilliant mind.

In the midst of all her studies, Edith Stein was searching not only for the truth, but for Truth itself and she found both in the Catholic Church, after reading the autobiography of Saint Teresa of Avila. She was baptized on New Year’s Day, 1922.

After her conversion, Edith spent her days teaching, lecturing, writing and translating, and she soon became known as a celebrated philosopher and author, but her own great longing was for the solitude and contemplation of Carmel, in which she could offer herself to God for her people. It was not until the Nazi persecution of the Jews brought her public activities and her influence in the Catholic world to a sudden close that her Benedictine spiritual director gave his approval to her entering the Discalced Carmelie Nuns’ cloistered community at Cologne-Lindenthal on 14 October 1933. The following April, Edith received the Habit of Carmel and the religious name of "Teresia Benedicta ac Cruce," and on Easter Sunday, 21 April 1935, she made her Profession of Vows.

When the Jewish persecution increased in violence and fanaticism, Sister Teresa Benedicta soon realized the danger that her presence was to the Cologne Carmel, and she asked and received permission to transfer to a foreign monastery. On the night of 31 December 1938, she secretly crossed the border into Holland where she was warmly received in the Carmel of Echt. There she wrote her last work, The Science of the Cross.

Her own Cross was just ahead of her, for the Nazis had invaded neutral Holland, and when the Dutch bishops issued a pastoral letter protesting the deportation of the Jews and the expulsion of Jewish children from the Catholic school system, the Nazis arrested all Catholics of Jewish extraction in Holland. Edith was taken from the Echt Carmel on 2 August 1942, and transported by cattle train to the death camp of Auschwitz, the conditions in the box cars being so inhuman that many died or went insane on the four day trip. She died in the gas chambers at Auschwitz on 9 August 1942.

We no longer seek her on earth, but with God Who accepted her sacrifice and will give its fruit to the people for whom she prayed, suffered, and died. In her own words: "Once can only learn the science of the Cross by feeling the Cross in one’s own person." We can say that in the fullest sense of the word, Sister Teresa was "Benedicta a Cruce" -- blessed by the Cross.

Pope John Paul II beatified Sister Teresa Benedicta of the Cross on 1 May 1987, and canonizes her on 11 October 1998.
"God is there in these moments of rest and can give us in a single instant exactly what we need. Then the rest of the day can take its course, under the same effort and strain, perhaps, but in peace. And when night comes, and you look back over the day and see how fragmentary everything has been, and how much you planned that has gone undone, and all the rasons you have to be embarrassed and ashamed: just take everything exactly as it is, put it in God’s hands and leave it with Him. Then you will be able to rest in Him -- really rest -- and start the next day as a new life."
"O my God, fill my soul with holy joy, courage and strength to serve You. Enkindle Your love in me and then walk with me along the next stretch of road before me. I do not see very far ahead, but when I have arrived where the horizon now closes down, a new prospect will prospect will open before me, and I shall meet it with peace.
"Learn from St. Thérèse to depend on God alone and serve Him with a wholly pure and detached heart. Then, like her, you will be able to say ‘I do not regret that I have given myself up to Love’."

SOURCE : http://www.ewtn.com/faith/edith_stein.htm



BENEDICT XVI

GENERAL AUDIENCE

Papal Summer Residence, Castel Gandolfo
Wednesday, 13 August 2008



St Edith Stein and St Maximilian Mary Kolbe



Dear Brothers and Sisters,



Having returned from Bressanone where I was able to spend a restful period, I am glad to meet with you and greet you, dear inhabitants of Castel Gandolfo, and you, pilgrims who have come to visit me today. I would like once again to thank all those who welcomed me and looked after me during my stay in the mountains. They were days of serene relaxation during which I continuously commended to the Lord all those who entrust themselves to my prayer. Those who write to me asking me to pray for them are truly numerous. They tell me of their joys but also their worries, their plans and their family and work problems, the expectations and hopes that they carry in their hearts, together with their apprehensions connected with the uncertainties that humanity is living at the present time. I can assure them that I remember each and every one, especially during the daily celebration of Holy Mass and the recitation of the Rosary. I know well that the principal service I can render to the Church and to humanity is, precisely, prayer, for in praying I confidently place in the Lord's hands the ministry that he himself has entrusted to me, together with the future of the entire ecclesial and civil communities.



Those who pray never lose hope, even when they find themselves in a difficult and even humanly hopeless plight. Sacred Scripture teaches us this and Church history bears witness to this. 



In fact, how many examples we could cite of situations in which it was precisely prayer that sustained the journey of Saints and of the Christian people! Among the testimonies of our epoch I would like to mention the examples of two Saints whom we are commemorating in these days: Teresa Benedicta of the Cross, Edith Stein, whose feast we celebrated on 9 August, and Maximilian Mary Kolbe, whom we will commemorate tomorrow, on 14 August, the eve of the Solemnity of the Assumption of the Blessed Virgin Mary. Both ended their earthly life with martyrdom in the concentration camp of Auschwitz. Their lives might seem to have been a defeat, but it is precisely in their martyrdom that the brightness of Love which dispels the gloom of selfishness and hatred shines forth. The following words are attributed to St Maximilian Kolbe, who is said to have spoken them when the Nazi persecution was raging: "Hatred is not a creative force: only love is creative". And heroic proof of his love was the generous offering he made of himself in exchange for a fellow prisoner, an offer that culminated in his death in the starvation bunker on 14 August 1941.



On 6 August the following year, three days before her tragic end, Edith Stein approaching some Sisters in the monastery of Echt, in the Netherlands, said to them: "I am ready for anything. Jesus is also here in our midst. Thus far I have been able to pray very well and I have said with all my heart: "Ave, Crux, spes unica'". Witnesses who managed to escape the terrible massacre recounted that while Teresa Benedicta of the Cross, dressed in the Carmelite habit, was making her way, consciously, toward death, she distinguished herself by her conduct full of peace, her serene attitude and her calm behaviour, attentive to the needs of all. Prayer was the secret of this Saint, Co-Patroness of Europe, who, "Even after she found the truth in the peace of the contemplative life, she was to live to the full the mystery of the Cross" (Apostolic Letter Spes Aedificandi).



"Hail Mary!" was the last prayer on the lips of St Maximilian Mary Kolbe, as he offered his arm to the person who was about to kill him with an injection of phenolic acid. It is moving to note how humble and trusting recourse to Our Lady is always a source of courage and serenity. While we prepare to celebrate the Solemnity of the Assumption, which is one of the best-loved Marian feasts in the Christian tradition, let us renew our entrustment to her who from Heaven watches over us with motherly love at every moment. In fact, we say this in the familiar prayer of the Hail Mary, asking her to pray for us "now and at the hour of our death".


To special groups

I am happy to welcome the young Irish pilgrims from Kildare and Leighlin who are with us this morning. My warm greeting also goes to the Heisei Youth Group from Japan. Upon all the English-speaking pilgrims, including those from Guam, Canada and the United States, I cordially invoke God's Blessings of joy and peace.


Lastly, I greet the young people, the sick and the newlyweds. Dear friends, may the light of Christ always illuminate your lives and make them bear fruits of good.



Thank you all. Again, I wish you a good week. Have a good Feast of the Assumption.


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