LETTRE APOSTOLIQUE
PATRIS CORDE
DU SAINT-PÈRE FRANÇOIS
Avec un cœur de père : C’est ainsi que Joseph a aimé
Jésus, qui est appelé dans les quatre Évangiles « le fils de Joseph ».[1]
Les deux évangélistes qui ont mis en relief sa figure,
Matthieu et Luc, racontent peu, mais bien suffisamment pour le faire
comprendre, quel genre de père il a été et quelle mission lui a confiée la
Providence.
Nous savons qu’il était un humble charpentier
(cf. Mt 13, 55), promis en mariage à Marie (cf. Mt 1, 18
; Lc 1, 27) ; un « homme juste » (Mt 1, 19), toujours
prêt à accomplir la volonté de Dieu manifestée dans sa Loi (cf. Lc 2,
22.27.39), et à travers quatre songes (cf. Mt 1, 20 ; 2, 13.19.22).
Après un long et fatiguant voyage de Nazareth à Bethléem, il vit naître le
Messie dans une étable, parce qu’ailleurs « il n’y avait pas de place pour eux
» (Lc 2, 7). Il fut témoin de l’adoration des bergers (cf. Lc 2,
8-20) et des Mages (cf. Mt 2, 1-12) qui représentaient respectivement
le peuple d’Israël et les peuples païens.
Il eut le courage d’assumer la paternité légale de
Jésus à qui il donna le nom révélé par l’ange : « Tu lui donneras le nom de
Jésus, car c’est lui qui sauvera son peuple de ses péchés » (Mt 1, 21).
Comme on le sait, donner un nom à une personne ou à une chose signifiait, chez
les peuples antiques, en obtenir l’appartenance, comme l’avait fait Adam dans
le récit de la Genèse (cf. 2, 19-20).
Quarante jours après la naissance, Joseph, avec la
mère, offrit l’Enfant au Seigneur dans le Temple et entendit, surpris, la
prophétie de Siméon concernant Jésus et Marie (cf. Lc 2, 22-35). Pour
défendre Jésus d’Hérode, il séjourna en Égypte comme un étranger (cf. Mt 2,
13-18). Revenu dans sa patrie, il vécut en cachette dans le petit village
inconnu de Nazareth en Galilée – d’où, il était dit, "qu’il ne surgit
aucun prophète" et "qu’il ne peut jamais en sortir rien de bon"
(cf. Jn 7, 52 ; 1, 46) –, loin de Bethléem, sa ville natale, et de
Jérusalem où se dressait le Temple. Quand, justement au cours d’un pèlerinage à
Jérusalem, ils perdirent Jésus âgé de douze ans, avec Marie ils le cherchèrent
angoissés et le retrouvèrent dans le Temple en train de discuter avec les
docteurs de la Loi (cf. Lc 2, 41-50).
Après Marie, Mère de Dieu, aucun saint n’a occupé autant
de place dans le Magistère pontifical que Joseph, son époux. Mes prédécesseurs
ont approfondi le message contenu dans les quelques données transmises par les
Évangiles pour mettre davantage en évidence son rôle central dans l’histoire du
salut : le bienheureux Pie IX l’a
déclaré « Patron de l’Église Catholique »,[2] le
vénérable Pie XII l’a
présenté comme « Patron des travailleurs »,[3] et saint Jean Paul II comme
« Gardien du Rédempteur ».[4] Le peuple l’invoque comme
« Patron de la bonne mort ».[5]
Par conséquent, à l’occasion des 150 ans de sa
déclaration comme Patron de l’Église Catholique faite par le
bienheureux Pie IX,
le 8 décembre 1870, je voudrais – comme dit Jésus – que "la bouche exprime
ce qui déborde du cœur" (cf. Mt 12, 34), pour partager avec vous
quelques réflexions personnelles sur cette figure extraordinaire, si proche de
la condition humaine de chacun d’entre nous. Ce désir a mûri au cours de ces
mois de pandémie durant lesquels nous pouvons expérimenter, en pleine crise qui
nous frappe, que « nos vies sont tissées et soutenues par des personnes
ordinaires, souvent oubliées, qui ne font pas la une des journaux et des revues
ni n’apparaissent dans les grands défilés du dernier show mais qui,
sans aucun doute, sont en train d’écrire aujourd’hui les évènements décisifs de
notre histoire : médecins, infirmiers et infirmières, employés de supermarchés,
agents d’entretien, fournisseurs de soin à domicile, transporteurs, forces de
l’ordre, volontaires, prêtres, religieuses et tant d’autres qui ont compris que
personne ne se sauve tout seul. […] Que de personnes font preuve chaque jour de
patience et insufflent l’espérance, en veillant à ne pas créer la panique mais
la co-responsabilité! Que de pères, de mères, de grands-pères et de
grands-mères, que d’enseignants montrent à nos enfants, par des gestes simples
et quotidiens, comment affronter et traverser une crise en réadaptant les
habitudes, en levant le regard et en stimulant la prière! Que de personnes
prient, offrent et intercèdent pour le bien de tous ».[6]
Nous pouvons tous trouver en saint Joseph l’homme qui passe inaperçu, l’homme
de la présence quotidienne, discrète et cachée, un intercesseur, un soutien et
un guide dans les moments de difficultés. Saint Joseph nous rappelle que tous
ceux qui, apparemment, sont cachés ou en "deuxième ligne" jouent un
rôle inégalé dans l’histoire du salut. À eux tous, une parole de reconnaissance
et de gratitude est adressée.
1. Père aimé
La grandeur de saint Joseph consiste dans le fait
qu’il a été l’époux de Marie et le père adoptif de Jésus. Comme tel, il « se
mit au service de tout le dessin salvifique », comme l’affirme saint Jean
Chrysostome.[7]
Saint
Paul VI observe que sa paternité s’est exprimée concrètement dans le
fait « d’avoir fait de sa vie un service, un sacrifice au mystère de
l’incarnation et à la mission rédemptrice qui y est jointe ; d’avoir usé de
l’autorité légale qui lui revenait sur la sainte Famille pour lui faire un don
total de soi, de sa vie, de son travail ; d’avoir converti sa vocation humaine
à l’amour domestique dans la surhumaine oblation de soi, de son cœur et de
toute capacité d’amour mise au service du Messie germé dans sa maison ».[8]
En raison de son rôle dans l’histoire du salut, saint
Joseph est un père qui a toujours été aimé par le peuple chrétien comme le
démontre le fait que, dans le monde entier, de nombreuses églises lui ont été
dédiées. Plusieurs Instituts religieux, Confréries et groupes ecclésiaux sont inspirés
de sa spiritualité et portent son nom, et diverses représentations sacrées se
déroulent depuis des siècles en son honneur. De nombreux saints et saintes ont
été ses dévots passionnés, parmi lesquels Thérèse d’Avila qui l’adopta comme
avocat et intercesseur, se recommandant beaucoup à lui et recevant toutes les
grâces qu’elle lui demandait ; encouragée par son expérience, la sainte
persuadait les autres à lui être dévots.[9]
Dans tout manuel de prière, on trouve des oraisons à
saint Joseph. Des invocations particulières lui sont adressées tous les
mercredis, et spécialement durant le mois de mars qui lui est
traditionnellement dédié.[10]
La confiance du peuple en saint Joseph est résumée
dans l’expression "ite ad Joseph" qui fait référence au temps de la
famine en Égypte quand les gens demandaient du pain au pharaon, et il répondait
: « Allez trouver Joseph, et faites ce qu’il vous dira » (Gn 41, 55). Il
s’agit de Joseph, le fils de Jacob qui par jalousie avait été vendu par ses
frères (cf. Gn 37, 11-28) et qui – selon le récit biblique – est
devenu par la suite vice-roi d’Égypte (cf. Gn 41, 41-44).
En tant que descendant de David (cf. Mt 1,
16.20), la racine dont devait germer Jésus selon la promesse faite à David par
le prophète Nathan (cf. 2 S 7), et comme époux de Marie de Nazareth,
saint Joseph est la charnière qui unit l’Ancien et le Nouveau Testament.
2. Père dans la tendresse
Joseph a vu Jésus grandir jour après jour « en
sagesse, en taille et en grâce, devant Dieu et devant les hommes » (Lc 2,
52). Tout comme le Seigneur avait fait avec Israël, "il lui a appris à
marcher, en le tenant par la main : il était pour lui comme un père qui soulève
un nourrisson tout contre sa joue, il se penchait vers lui pour lui donner à
manger" (cf. Os 11, 3-4).
Jésus a vu en Joseph la tendresse de Dieu : « Comme la
tendresse du père pour ses fils, la tendresse du Seigneur pour qui le craint »
(Ps 103, 13).
Joseph aura sûrement entendu retentir dans la
synagogue, durant la prière des Psaumes, que le Dieu d’Israël est un Dieu de
tendresse,[11] qu’il est bon envers tous et que « sa
tendresse est pour toutes ses œuvres » (Ps 145, 9).
L’histoire du salut s’accomplit en « espérant contre
toute espérance » (Rm 4, 18), à travers nos faiblesses. Nous pensons trop
souvent que Dieu ne s’appuie que sur notre côté bon et gagnant, alors qu’en
réalité la plus grande partie de ses desseins se réalise à travers et en dépit
de notre faiblesse. C’est ce qui fait dire à saint Paul : « Pour m’empêcher de
me surestimer, j’ai reçu dans ma chair une écharde, un envoyé de Satan qui est
là pour me gifler, pour empêcher que je me surestime. Par trois fois, j’ai prié
le Seigneur de l’écarter de moi. Mais il m’a déclaré : "Ma grâce te
suffit, car ma puissance donne toute sa mesure dans la faiblesse" » (2
Co 12, 7-9).
Si telle est la perspective de l’économie du salut,
alors nous devons apprendre à accueillir notre faiblesse avec une profonde
tendresse.[12]
Le Malin nous pousse à regarder notre fragilité avec
un jugement négatif. Au contraire, l’Esprit la met en lumière avec tendresse.
La tendresse est la meilleure manière de toucher ce qui est fragile en nous. Le
fait de montrer du doigt et le jugement que nous utilisons à l’encontre des
autres sont souvent un signe de l’incapacité à accueillir en nous notre propre
faiblesse, notre propre fragilité. Seule la tendresse nous sauvera de l’œuvre
de l’Accusateur (cf. Ap 12, 10). C’est pourquoi il est important de
rencontrer la Miséricorde de Dieu, notamment dans le Sacrement de la
Réconciliation, en faisant une expérience de vérité et de tendresse.
Paradoxalement, le Malin aussi peut nous dire la vérité. Mais s’il le fait,
c’est pour nous condamner. Nous savons cependant que la Vérité qui vient de
Dieu ne nous condamne pas, mais qu’elle nous accueille, nous embrasse, nous
soutient, nous pardonne. La Vérité se présente toujours à nous comme le Père
miséricordieux de la parabole (cf. Lc 15, 11-32) : elle vient à notre
rencontre, nous redonne la dignité, nous remet debout, fait la fête pour nous
parce que « mon fils que voilà était mort, et il est revenu à la vie ; il était
perdu, et il est retrouvé » (v. 24).
La volonté de Dieu, son histoire, son projet, passent
aussi à travers la préoccupation de Joseph. Joseph nous enseigne ainsi qu’avoir
foi en Dieu comprend également le fait de croire qu’il peut agir à travers nos
peurs, nos fragilités, notre faiblesse. Et il nous enseigne que, dans les
tempêtes de la vie, nous ne devons pas craindre de laisser à Dieu le gouvernail
de notre bateau. Parfois, nous voudrions tout contrôler, mais lui regarde
toujours plus loin.
3. Père dans l’obéissance
Dieu a aussi révélé à Joseph ses desseins par des
songes, de façon analogue à ce qu’il a fait avec Marie quand il lui a manifesté
son plan de salut. Dans la Bible, comme chez tous les peuples antiques, les
songes étaient considérés comme un des moyens par lesquels Dieu manifeste sa
volonté.[13]
Joseph est très préoccupé par la grossesse
incompréhensible de Marie : il ne veut pas « l’accuser publiquement »[14] mais décide de « la renvoyer en secret » (Mt 1,
19). Dans le premier songe, l’ange l’aide à résoudre son dilemme : « Ne crains
pas de prendre chez toi Marie, ton épouse, puisque l’enfant qui est engendré en
elle vient de l’Esprit Saint ; elle enfantera un fils, et tu lui donneras le
nom de Jésus, car c’est lui qui sauvera son peuple de ses péchés » (Mt 1,
20-21). Sa réponse est immédiate : « Quand Joseph se réveilla, il fit ce que
l’ange du Seigneur lui avait prescrit » (Mt 1, 24). Grâce à l’obéissance,
il surmonte son drame et il sauve Marie.
Dans le deuxième songe, l’ange demande à Joseph : «
Lève-toi ; prends l’enfant et sa mère, et fuis en Égypte. Reste là-bas jusqu’à
ce que je t’avertisse, car Hérode va rechercher l’enfant pour le faire périr »
(Mt 2, 13). Joseph n’hésite pas à obéir, sans se poser de questions
concernant les difficultés qu’il devra rencontrer : « Il se leva dans la nuit,
il prit l’enfant et sa mère et se retira en Égypte, où il resta jusqu’à la mort
d’Hérode » (Mt 2, 14-15).
En Égypte, Joseph, avec confiance et patience, attend
l’avis promis par l’ange pour retourner dans son Pays. Le messager divin, dans
un troisième songe, juste après l’avoir informé que ceux qui cherchaient à tuer
l’enfant sont morts, lui ordonne de se lever, de prendre avec lui l’enfant et
sa mère et de retourner en terre d’Israël (cf. Mt 2, 19-20). Il obéit
une fois encore sans hésiter : « Il se leva, prit l’enfant et sa mère, et il
entra dans le pays d’Israël » (Mt 2, 21).
Mais durant le voyage de retour, « apprenant
qu’Arkélaüs régnait sur la Judée à la place de son père Hérode, il eut peur de
s’y rendre. Averti en songe, – et c’est la quatrième fois que cela arrive – il
se retira dans la région de Galilée et vint habiter dans une ville appelée
Nazareth » (Mt 2, 22-23).
L’évangéliste Luc rapporte que Joseph a affronté le
long et pénible voyage de Nazareth à Bethléem pour se faire enregistrer dans sa
ville d’origine, selon la loi de recensement de l’empereur César Auguste. Jésus
est né dans cette circonstance (cf. Lc 2, 1-7) et il a été inscrit au
registre de l’Empire comme tous les autres enfants.
Saint Luc, en particulier, prend soin de souligner que
les parents de Jésus observaient toutes les prescriptions de la Loi : les rites
de la circoncision de Jésus, de la purification de Marie après l’accouchement,
de l’offrande du premier-né à Dieu (cf. 2, 21-24).[15]
Dans chaque circonstance de sa vie, Joseph a su
prononcer son "fiat", tout comme Marie à l’Annonciation, et comme
Jésus à Gethsémani.
Dans son rôle de chef de famille, Joseph a enseigné à
Jésus à être soumis à ses parents (cf. Lc 2, 51), selon le
commandement de Dieu (cf. Ex 20, 12).
Dans la vie cachée de Nazareth, Jésus a appris à faire
la volonté du Père à l’école de Joseph. Cette volonté est devenue sa nourriture
quotidienne (cf. Jn 4, 34). Même au moment le plus difficile de sa
vie, à Gethsémani, il préfère accomplir la volonté du Père plutôt que la
sienne,[16] et il se fait « obéissant jusqu’à la mort
[…] de la croix » (Ph 2, 8). C’est pourquoi l’auteur de la Lettre aux
Hébreux conclut que Jésus « apprit par ses souffrances l’obéissance » (5,
8).
Il résulte de tous ces événements que Joseph « a été
appelé par Dieu à servir directement la personne et la mission de Jésus en
exerçant sa paternité. C'est bien de cette manière qu'il coopère dans la
plénitude du temps au grand mystère de la Rédemption et qu'il est véritablement
ministre du salut ».[17]
4. Père dans l’accueil
Joseph accueille Marie sans fixer de conditions
préalables. Il se fie aux paroles de l’Ange. « La noblesse de son cœur lui fait
subordonner à la charité ce qu’il a appris de la loi. Et aujourd’hui, en ce
monde où la violence psychologique, verbale et physique envers la femme est
patente, Joseph se présente comme une figure d’homme respectueux, délicat qui,
sans même avoir l’information complète, opte pour la renommée, la dignité et la
vie de Marie. Et, dans son doute sur la meilleure façon de procéder, Dieu
l’aide à choisir en éclairant son jugement ».[18]
Bien des fois, des évènements dont nous ne comprenons
pas la signification surviennent dans notre vie. Notre première réaction est
très souvent celle de la déception et de la révolte. Joseph laisse de côté ses
raisonnements pour faire place à ce qui arrive et, aussi mystérieux que cela
puisse paraître à ses yeux, il l’accueille, en assume la responsabilité et se
réconcilie avec sa propre histoire. Si nous ne nous réconcilions pas avec notre
histoire, nous ne réussirons pas à faire le pas suivant parce que nous
resterons toujours otages de nos attentes et des déceptions qui en découlent.
La vie spirituelle que Joseph nous montre n’est pas un
chemin qui explique, mais un chemin qui accueille. C’est seulement à
partir de cet accueil, de cette réconciliation, qu’on peut aussi entrevoir une
histoire plus grande, un sens plus profond. Semblent résonner les ardentes
paroles de Job qui, à l’invitation de sa femme à se révolter pour tout le mal
qui lui arrive, répond : « Si nous accueillons le bonheur comme venant de Dieu,
comment ne pas accueillir de même le malheur » (Jb 2, 10).
Joseph n’est pas un homme passivement résigné. Il est
fortement et courageusement engagé. L’accueil est un moyen par lequel le don de
force qui nous vient du Saint Esprit se manifeste dans notre vie. Seul le
Seigneur peut nous donner la force d’accueillir la vie telle qu’elle est, de
faire aussi place à cette partie contradictoire, inattendue, décevante de
l’existence.
La venue de Jésus parmi nous est un don du Père pour
que chacun se réconcilie avec la chair de sa propre histoire, même quand il ne
la comprend pas complètement.
Ce que Dieu a dit à notre saint : « Joseph, fils de
David, ne crains pas » (Mt 1, 20), il semble le répéter à nous aussi :
"N’ayez pas peur !". Il faut laisser de côté la colère et la
déception, et faire place, sans aucune résignation mondaine mais avec une force
pleine d’espérance, à ce que nous n’avons pas choisis et qui pourtant existe.
Accueillir ainsi la vie nous introduit à un sens caché. La vie de chacun peut
repartir miraculeusement si nous trouvons le courage de la vivre selon ce que
nous indique l’Évangile. Et peu importe si tout semble déjà avoir pris un
mauvais pli et si certaines choses sont désormais irréversibles. Dieu peut
faire germer des fleurs dans les rochers. Même si notre cœur nous accuse, il «
est plus grand que notre cœur, et il connaît toutes choses » (1Jn 3, 20).
Le réalisme chrétien, qui ne rejette rien de ce qui
existe, revient encore une fois. La réalité, dans sa mystérieuse
irréductibilité et complexité, est porteuse d’un sens de l’existence avec ses
lumières et ses ombres. C’est ce qui fait dire à l’apôtre Paul : « Nous savons
qu’avec ceux qui l’aiment, Dieu collabore en tout pour leur bien » (Rm 8,
28). Et saint Augustin ajoute : « …même en ce qui est appelé mal (etiam illud
quod malum dicitur) ».[19] Dans cette perspective
globale, la foi donne un sens à tout évènement, heureux ou triste.
Loin de nous, alors, de penser que croire signifie
trouver des solutions consolatrices faciles. La foi que nous a enseignée le
Christ est, au contraire, celle que nous voyons en saint Joseph qui ne cherche
pas de raccourcis mais qui affronte “les yeux ouverts” ce qui lui arrive en en
assumant personnellement la responsabilité.
L’accueil de Joseph nous invite à accueillir les
autres sans exclusion, tels qu’ils sont, avec une prédilection pour les faibles
parce que Dieu choisit ce qui est faible (cf. 1 Co 1, 27). Il est «
père des orphelins, justicier des veuves » (Ps 68, 6) et il commande
d’aimer l’étranger.[20] Je veux imaginer que, pour la
parabole du fils prodigue et du père miséricordieux, Jésus se soit inspiré des
comportements de Joseph (cf. Lc 15, 11-32).
5. Père au courage créatif
Si la première étape de toute vraie guérison
intérieure consiste à accueillir sa propre histoire, c’est-à-dire à faire de la
place en nous-mêmes y compris à ce que nous n’avons pas choisi dans notre vie,
il faut cependant ajouter une autre caractéristique importante : le courage
créatif, surtout quand on rencontre des difficultés. En effet, devant une
difficulté on peut s’arrêter et abandonner la partie, ou bien on peut se donner
de la peine. Ce sont parfois les difficultés qui tirent de nous des ressources
que nous ne pensons même pas avoir.
Bien des fois, en lisant les “Évangiles de l’enfance”,
on se demande pourquoi Dieu n’est pas intervenu de manière directe et claire.
Mais Dieu intervient à travers des évènements et des personnes. Joseph est
l’homme par qui Dieu prend soin des commencements de l’histoire de la
rédemption. Il est le vrai “miracle” par lequel Dieu sauve l’Enfant et sa mère.
Le Ciel intervient en faisant confiance au courage créatif de cet homme qui,
arrivant à Bethléem et ne trouvant pas un logement où Marie pourra accoucher,
aménage une étable et l’arrange afin qu’elle devienne, autant que possible, un
lieu accueillant pour le Fils de Dieu qui vient au monde (cf. Lc 2,
6-7). Devant le danger imminent d’Hérode qui veut tuer l’Enfant, Joseph est
alerté, une fois encore en rêve, pour le défendre, et il organise la fuite en
Égypte au cœur de la nuit (cf. Mt 2, 13-14).
Une lecture superficielle de ces récits donne toujours
l’impression que le monde est à la merci des forts et des puissants. Mais la
“bonne nouvelle” de l’Évangile est de montrer comment, malgré l’arrogance et la
violence des dominateurs terrestres, Dieu trouve toujours un moyen pour
réaliser son plan de salut. Même notre vie semble parfois à la merci des
pouvoirs forts. Mais l’Évangile nous dit que, ce qui compte, Dieu réussit
toujours à le sauver à condition que nous ayons le courage créatif du
charpentier de Nazareth qui sait transformer un problème en opportunité,
faisant toujours confiance à la Providence.
Si quelquefois Dieu semble ne pas nous aider, cela ne
signifie pas qu’il nous a abandonnés, mais qu’il nous fait confiance, qu’il
fait confiance en ce que nous pouvons projeter, inventer, trouver.
Il s’agit du même courage créatif démontré par les
amis du paralytique qui le descendent par le toit pour le présenter à Jésus
(cf. Lc 5, 17-26). La difficulté n’a pas arrêté l’audace et
l’obstination de ces amis. Ils étaient convaincus que Jésus pouvait guérir le
malade et « comme ils ne savaient par où l’introduire à cause de la foule, ils
montèrent sur le toit et, à travers les tuiles, ils le descendirent avec sa
civière, au milieu, devant Jésus. Voyant leur foi, il dit : “Homme, tes péchés
te sont remis” » (vv. 19-20). Jésus reconnaît la foi créative avec laquelle ces
hommes ont cherché à lui amener leur ami malade.
L’Évangile ne donne pas d’informations concernant le
temps pendant lequel Marie, Joseph et l’Enfant restèrent en Égypte. Cependant,
ils auront certainement dû manger, trouver une maison, un travail. Il ne faut
pas beaucoup d’imagination pour remplir le silence de l’Évangile à ce propos.
La sainte Famille a dû affronter des problèmes concrets comme toutes les autres
familles, comme beaucoup de nos frères migrants qui encore aujourd’hui risquent
leur vie, contraints par les malheurs et la faim. En ce sens, je crois que
saint Joseph est vraiment un patron spécial pour tous ceux qui doivent laisser
leur terre à cause des guerres, de la haine, de la persécution et de la misère.
À la fin de chaque événement qui voit Joseph comme
protagoniste, l’Évangile note qu’il se lève, prend avec lui l’Enfant et sa
mère, et fait ce que Dieu lui a ordonné (cf. Mt 1, 24 ; 2, 14.21).
Jésus et Marie sa Mère sont, en effet, le trésor le plus précieux de notre foi.[21]
On ne peut pas séparer, dans le plan du salut, le Fils
de la mère, de celle qui « avança dans son pèlerinage de foi, gardant
fidèlement l’union avec son Fils jusqu’à la croix ».[22]
Nous devons toujours nous demander si nous défendons
de toutes nos forces Jésus et Marie qui sont mystérieusement confiés à notre
responsabilité, à notre soin, à notre garde. Le Fils du Tout-Puissant vient
dans le monde en assumant une condition de grande faiblesse. Il se fait
dépendant de Joseph pour être défendu, protégé, soigné, élevé. Dieu fait
confiance à cet homme, comme le fait Marie qui trouve en Joseph celui qui, non
seulement veut lui sauver la vie, mais qui s’occupera toujours d’elle et de
l’Enfant. En ce sens, Joseph ne peut pas ne pas être le Gardien de l’Église,
parce que l’Église est le prolongement du Corps du Christ dans l’histoire, et
en même temps dans la maternité de l’Église est esquissée la maternité de
Marie.[23] Joseph, en continuant de protéger l’Église,
continue de protéger l’Enfant et sa mère, et nous aussi en aimant l’Église
nous continuons d’aimer l’Enfant et sa mère.
Cet Enfant est celui qui dira : « Dans la mesure où
vous l’avez fait à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous
l’avez fait » (Mt 25, 40). Ainsi chaque nécessiteux, chaque pauvre, chaque
souffrant, chaque moribond, chaque étranger, chaque prisonnier, chaque malade
est “l’Enfant” que Joseph continue de défendre. C’est pourquoi saint Joseph est
invoqué comme protecteur des miséreux, des nécessiteux, des exilés, des
affligés, des pauvres, des moribonds. Et c’est pourquoi l’Église ne peut pas ne
pas aimer avant tout les derniers, parce que Jésus a placé en eux une
préférence, il s’identifie à eux personnellement. Nous devons apprendre de
Joseph le même soin et la même responsabilité : aimer l’Enfant et sa mère ;
aimer les Sacrements et la charité ; aimer l’Église et les pauvres. Chacune de
ces réalités est toujours l’Enfant et sa mère.
6. Père travailleur
Le rapport avec le travail est un aspect qui
caractérise saint Joseph et qui est mis en évidence depuis la première
Encyclique sociale, Rerum
novarum, de Léon XIII.
Saint Joseph était un charpentier qui a travaillé honnêtement pour garantir la
subsistance de sa famille. Jésus a appris de lui la valeur, la dignité et la
joie de ce que signifie manger le pain, fruit de son travail.
À notre époque où le travail semble représenter de
nouveau une urgente question sociale et où le chômage atteint parfois des
niveaux impressionnants, y compris dans les nations où pendant des décennies on
a vécu un certain bien-être, il est nécessaire de comprendre, avec une
conscience renouvelée, la signification du travail qui donne la dignité et dont
notre Saint est le patron exemplaire.
Le travail devient participation à l’œuvre même du
salut, occasion pour hâter l’avènement du Royaume, développer les potentialités
et qualités personnelles en les mettant au service de la société et de la
communion. Le travail devient occasion de réalisation, non seulement pour
soi-même mais surtout pour ce noyau originel de la société qu’est la famille.
Une famille où manque le travail est davantage exposée aux difficultés, aux
tensions, aux fractures et même à la tentation désespérée et désespérante de la
dissolution. Comment pourrions-nous parler de la dignité humaine sans vouloir
garantir, à tous et à chacun, la possibilité d’une digne subsistance ?
La personne qui travaille, quel que soit sa tâche,
collabore avec Dieu lui-même et devient un peu créatrice du monde qui nous
entoure. La crise de notre époque, qui est une crise économique, sociale,
culturelle et spirituelle, peut représenter pour tous un appel à redécouvrir la
valeur, l’importance et la nécessité du travail pour donner naissance à une
nouvelle “normalité” dont personne n’est exclu. Le travail de saint Joseph nous
rappelle que Dieu lui-même fait homme n’a pas dédaigné de travailler. La perte
du travail qui frappe de nombreux frères et sœurs, et qui est en augmentation
ces derniers temps à cause de la pandémie de la Covid-19, doit être un rappel à
revoir nos priorités. Implorons saint Joseph travailleur pour que nous
puissions trouver des chemins qui nous engagent à dire : aucun jeune, aucune
personne, aucune famille sans travail !
7. Père dans l’ombre
L’écrivain polonais Jan Dobraczyński, dans son
livre L’ombre du Père,[24] a raconté la vie de
saint Joseph sous forme de roman. Avec l’image suggestive de l’ombre il définit
la figure de Joseph qui est pour Jésus l’ombre sur la terre du Père Céleste. Il
le garde, le protège, ne se détache jamais de lui pour suivre ses pas. Pensons
à ce que Moïse rappelle à Israël : « Tu l’as vu aussi au désert : Yahvé ton
Dieu te soutenait comme un homme soutient son fils » (Dt 1, 31). C’est
ainsi que Joseph a exercé la paternité pendant toute sa vie.[25]
On ne naît pas père, on le devient. Et on ne le
devient pas seulement parce qu’on met au monde un enfant, mais parce qu’on
prend soin de lui de manière responsable. Toutes les fois que quelqu’un assume
la responsabilité de la vie d’un autre, dans un certain sens, il exerce une
paternité à son égard.
Dans la société de notre temps, les enfants semblent
souvent être orphelins de père. Même l’Église d’aujourd’hui a besoin de pères.
L’avertissement de saint Paul aux Corinthiens est toujours actuel : «
Auriez-vous des milliers de pédagogues dans le Christ, vous n’avez pas
plusieurs pères » (1 Co 4, 15). Chaque prêtre ou évêque devrait
pouvoir dire comme l’apôtre : « C’est moi qui, par l’Évangile, vous ai
engendrés dans le Christ Jésus » (ibid.). Et aux Galates il dit : « Mes
petits-enfants, vous que j’enfante à nouveau dans la douleur jusqu’à ce que le
Christ soit formé en vous » (4, 19).
Etre père signifie introduire l’enfant à l’expérience
de la vie, à la réalité. Ne pas le retenir, ne pas l’emprisonner, ne pas le
posséder, mais le rendre capable de choix, de liberté, de départs. C’est
peut-être pourquoi, à côté du nom de père, la tradition a qualifié Joseph de
“très chaste”. Ce n’est pas une indication simplement affective, mais c’est la
synthèse d’une attitude qui exprime le contraire de la possession. La chasteté
est le fait de se libérer de la possession dans tous les domaines de la vie.
C’est seulement quand un amour est chaste qu’il est vraiment amour. L’amour qui
veut posséder devient toujours à la fin dangereux, il emprisonne, étouffe, rend
malheureux. Dieu lui-même a aimé l’homme d’un amour chaste, en le laissant
libre même de se tromper et de se retourner contre lui. La logique de l’amour
est toujours une logique de liberté, et Joseph a su aimer de manière
extraordinairement libre. Il ne s’est jamais mis au centre. Il a su se
décentrer, mettre au centre de sa vie Marie et Jésus.
Le bonheur de Joseph n’est pas dans la logique du
sacrifice de soi, mais du don de soi. On ne perçoit jamais en cet homme de la
frustration, mais seulement de la confiance. Son silence persistant ne contient
pas de plaintes mais toujours des gestes concrets de confiance. Le monde a
besoin de pères, il refuse les chefs, il refuse celui qui veut utiliser la
possession de l’autre pour remplir son propre vide ; il refuse ceux qui
confondent autorité avec autoritarisme, service avec servilité, confrontation
avec oppression, charité avec assistanat, force avec destruction. Toute vraie
vocation naît du don de soi qui est la maturation du simple sacrifice. Ce type
de maturité est demandé même dans le sacerdoce et dans la vie consacrée. Là où
une vocation matrimoniale, célibataire ou virginale n’arrive pas à la
maturation du don de soi en s’arrêtant seulement à la logique du sacrifice,
alors, au lieu de se faire signe de la beauté et de la joie de l’amour elle
risque d’exprimer malheur, tristesse et frustration.
La paternité qui renonce à la tentation de vivre la
vie des enfants ouvre toujours tout grand des espaces à l’inédit. Chaque enfant
porte toujours avec soi un mystère, un inédit qui peut être révélé seulement
avec l’aide d’un père qui respecte sa liberté. Un père qui est conscient de
compléter son action éducative et de vivre pleinement la paternité seulement
quand il s’est rendu “inutile”, quand il voit que l’enfant est autonome et
marche tout seul sur les sentiers de la vie, quand il se met dans la situation
de Joseph qui a toujours su que cet Enfant n’était pas le sien mais avait été
simplement confié à ses soins. Au fond, c’est ce que laisse entendre Jésus
quand il dit : « N’appelez personne votre Père sur la terre : car vous n’en
avez qu’un, le Père céleste » (Mt 23, 9).
Chaque fois que nous nous trouvons dans la condition
d’exercer la paternité, nous devons toujours nous rappeler qu’il ne s’agit
jamais d’un exercice de possession, mais d’un “signe” qui renvoie à une
paternité plus haute. En un certain sens, nous sommes toujours tous dans la
condition de Joseph : une ombre de l’unique Père céleste qui « fait lever son
soleil sur les méchants et sur les bons, et tomber la pluie sur les justes et
sur les injustes » (Mt 5, 45) ; et une ombre qui suit le Fils.
* * *
« Lève-toi, prends avec toi l’enfant et sa mère » (Mt 2,
13), dit Dieu à saint Joseph.
Le but de cette Lettre Apostolique est de faire
grandir l’amour envers ce grand saint, pour être poussés à implorer son
intercession et pour imiter ses vertus et son élan.
En effet, la mission spécifique des saints est non
seulement d’accorder des miracles et des grâces, mais d’intercéder pour nous
devant Dieu, comme l’ont fait Abraham[26] et Moïse,[27] comme le fait Jésus, « unique médiateur » (1 Tm 2,
5) qui est auprès de Dieu Père notre « avocat » (1 Jn 2, 1), «
toujours vivant pour intercéder en [notre] faveur » (He 7, 25 ; cf. Rm 8,
34).
Les saints aident tous les fidèles « à chercher la
sainteté et la perfection propres à leur état ».[28]
Leur vie est une preuve concrète qu’il est possible de vivre l’Évangile.
Jésus a dit : « Mettez-vous à mon école, car je suis
doux et humble de cœur » (Mt 11, 29), et eux sont à leur tour des exemples
de vie à imiter. Saint Paul a explicitement exhorté : « Montrez-vous mes
imitateurs » (1 Co 4, 16).[29] Saint Joseph
le dit à travers son silence éloquent.
Devant l’exemple de tant de saints et de saintes,
saint Augustin s’est demandé : « Ce que ceux-ci et celles-ci ont pu faire, tu
ne le pourrais pas ? ». Et il a ainsi obtenu la conversion définitive en
s’exclamant : « Bien tard, je t’ai aimée, ô Beauté si ancienne et si nouvelle!
».[30]
Il ne reste qu’à implorer de saint Joseph la grâce des
grâces : notre conversion.
Nous lui adressons notre prière :
Donné à Rome, Saint Jean de Latran, le 8 décembre,
Solennité de l’Immaculée Conception de la B.V. Marie, de l’année 2020, la
huitième de mon Pontificat.
François
[1] Lc 4, 22
; Jn 6, 42 ; cf. Mt 13, 55 ; Mc 6, 3.
[2] S. Rituum
Congreg., Quemadmodum Deus, (8 décembre 1870): Pii IX P.M. Acta, pars
I, vol. V, 283.
[3] Cf. Discours aux
ACLI à l’occasion de la Solennité de saint Joseph Artisan (1er mai 1955) :
AAS 47 (1995), p. 406.
[4] Exhort. ap. Redemptoris
custos (15 août 1989) : AAS 82 (1990), pp. 5-34.
[5] Catéchisme de
l’Église Catholique, n. 1014.
[6] Méditation
en période de pandémie (27 mars 2020) : L’Osservatore Romano, éd.
en langue française (31 mars 2020), p. 5.
[7] In Matth. Hom., V,
3 : PG 57, 58.
[8] Homélie (19
mars 1966) : Enseignements de Paul VI, IV (1966), p. 110.
[9] Cf. Livre de la
vie, 6, 6-8.
[10] Tous les jours,
depuis plus de quarante ans, après les Laudes, je récite une prière à saint
Joseph tirée d’un livre français de dévotions des années 1800, de la
Congrégation des Religieuses de Jésus et Marie, qui exprime dévotion, confiance
et un certain défi à saint Joseph : « Glorieux Patriarche saint Joseph dont la
puissance sait rendre possibles les choses impossibles, viens à mon aide en ces
moments d’angoisse et de difficulté. Prends sous ta protection les situations
si graves et difficiles que je te recommande, afin qu'elles aient une heureuse
issue. Mon bien-aimé Père, toute ma confiance est en toi. Qu'il ne soit pas dit
que je t’ai invoqué en vain, et puisque tu peux tout auprès de Jésus et de
Marie, montre-moi que ta bonté est aussi grande que ton pouvoir. Amen ».
[11] Cf. Dt 4,
31 ; Ps 69, 17 ; 78, 38 ; 86, 5; 111, 4 ; 116, 5 ; Jr 31,
20.
[12] Cf. Exhort.
ap. Evangelii
gaudium (24 novembre 2013), nn. 88.288.
[13] Cf. Gn 20,3
; 28, 12 ; 31, 11.24 ; 40, 8 ; 41, 1-32 ; Nb 12, 6 ; 1S 3,
3-10 ; Dn 2 ; 4 ; Jb 33, 15.
[14] La lapidation était
aussi prévue dans ces cas (cf. Dt 22, 20-21).
[15] Cf. Lv 12,
1-8 ; Ex 13, 2.
[16] Cf. Mt 26,
39 ; Mc 14, 36 ; Lc 22, 42.
[17] S. Jean-Paul II,
Exhort. ap. Redemptoris
custos (15 août 1989), n. 8 : AAS 82 (1990), p. 14.
[18] Homélie
de la Sainte Messe avec Béatifications, Villavicencio - Colombie (8
septembre 2017) : L’Osservatore Romano, éd. en langue française (14
septembre 2017), p. 12 : AAS 109 (2017), p. 1061.
[19] Enchiridion de
fide, spe et caritate, 3,11 : PL 40, p. 236.
[20] Cf. Dt 10,
19 ; Ex 22, 20-22 ; Lc 10, 29-37.
[21] Cf. S. Rituum
Congreg., Quemadmodum Deus (8 décembre 1870) : AAS (1870-71),
p. 194.
[22] Conc. Œcum Vat. II,
Const. dogm. Lumen
gentium, n. 58.
[23] Catéchisme de
l’Église Catholique, nn. 963-970.
[24] Edition originale
: Cień Ojca, Warszawa 1977.
[25] Cf. S. Jean-Paul II,
Exhort. ap. Redemptoris
custos, nn. 7-8 : AAS 82 (1990), pp. 12-16.
[27] Cf. Ex 17,
8-13 ; 32, 30-35.
[28] Conc. Œcum Vat. II, Const. dogm. Lumen gentium, n. 42.
[29] Cf. 1 Co 11,
1 ; Ph 3, 17 ; 1 Th 1, 6.
[30] Les Confessions,
8, 11, 27 : PL 32, 761 ; 10, 27, 38 : PL 32, 795.
Le sanctuaire Saint-Joseph-de-Bon-Espoir, Espaly-Saint-Marcel, en France, se compose d’une chapelle dans une grotte, d’une statue monumentale de saint Joseph et d'une basilique.
APOSTOLIC LETTER
PATRIS CORDE
WITH A FATHER’S HEART: that is how Joseph loved Jesus,
whom all four Gospels refer to as “the son of Joseph”.[1]
Matthew and Luke, the two Evangelists who speak most
of Joseph, tell us very little, yet enough for us to appreciate what sort of
father he was, and the mission entrusted to him by God’s providence.
We know that Joseph was a lowly carpenter (cf. Mt 13:55),
betrothed to Mary (cf. Mt 1:18; Lk 1:27). He was a “just
man” (Mt 1:19), ever ready to carry out God’s will as revealed to him in
the Law (cf. Lk 2:22.27.39) and through four dreams (cf. Mt 1:20;
2:13.19.22). After a long and tiring journey from Nazareth to Bethlehem, he
beheld the birth of the Messiah in a stable, since “there was no place for
them” elsewhere (cf. Lk 2:7). He witnessed the adoration of the
shepherds (cf. Lk 2:8-20) and the Magi (cf. Mt 2:1-12), who
represented respectively the people of Israel and the pagan peoples.
Joseph had the courage to become the legal father of
Jesus, to whom he gave the name revealed by the angel: “You shall call his name
Jesus, for he will save his people from their sins” (Mt 1:21). As we know,
for ancient peoples, to give a name to a person or to a thing, as Adam did in
the account in the Book of Genesis (cf. 2:19-20), was to establish a
relationship.
In the Temple, forty days after Jesus’ birth, Joseph
and Mary offered their child to the Lord and listened with amazement to
Simeon’s prophecy concerning Jesus and his Mother (cf. Lk 2:22-35). To
protect Jesus from Herod, Joseph dwelt as a foreigner in Egypt (cf. Mt 2:13-18).
After returning to his own country, he led a hidden life in the tiny and
obscure village of Nazareth in Galilee, far from Bethlehem, his ancestral town,
and from Jerusalem and the Temple. Of Nazareth it was said, “No prophet is to
rise” (cf. Jn 7:52) and indeed, “Can anything good come out of
Nazareth?” (cf. Jn 1:46). When, during a pilgrimage to Jerusalem,
Joseph and Mary lost track of the twelve-year-old Jesus, they anxiously sought
him out and they found him in the Temple, in discussion with the doctors of the
Law (cf. Lk 2:41-50).
After Mary, the Mother of God, no saint is mentioned
more frequently in the papal magisterium than Joseph, her spouse. My
Predecessors reflected on the message contained in the limited information
handed down by the Gospels in order to appreciate more fully his central role
in the history of salvation. Blessed Pius IX declared
him “Patron of the Catholic Church”,[2] Venerable Pius XII proposed
him as “Patron of Workers”[3] and Saint
John Paul II as “Guardian of the Redeemer”.[4] Saint
Joseph is universally invoked as the “patron of a happy death”.[5]
Now, one hundred and fifty years after his proclamation
as Patron of the Catholic Church by Blessed Pius IX (8
December 1870), I would like to share some personal reflections on this
extraordinary figure, so close to our own human experience. For, as Jesus says,
“out of the abundance of the heart the mouth speaks” (Mt 12:34). My desire
to do so increased during these months of pandemic, when we experienced, amid
the crisis, how “our lives are woven together and sustained by ordinary people,
people often overlooked. People who do not appear in newspaper and magazine
headlines, or on the latest television show, yet in these very days are surely
shaping the decisive events of our history. Doctors, nurses, storekeepers and
supermarket workers, cleaning personnel, caregivers, transport workers, men and
women working to provide essential services and public safety, volunteers,
priests, men and women religious, and so very many others. They understood that
no one is saved alone… How many people daily exercise patience and offer hope,
taking care to spread not panic, but shared responsibility. How many fathers,
mothers, grandparents and teachers are showing our children, in small everyday
ways, how to accept and deal with a crisis by adjusting their routines, looking
ahead and encouraging the practice of prayer. How many are praying, making
sacrifices and interceding for the good of all”.[6] Each
of us can discover in Joseph – the man who goes unnoticed, a daily, discreet
and hidden presence – an intercessor, a support and a guide in times of
trouble. Saint Joseph reminds us that those who appear hidden or in the shadows
can play an incomparable role in the history of salvation. A word of
recognition and of gratitude is due to them all.
1. A beloved father
The greatness of Saint Joseph is that he was the
spouse of Mary and the father of Jesus. In this way, he placed himself, in the
words of Saint John Chrysostom, “at the service of the entire plan of
salvation”.[7]
Saint
Paul VI pointed out that Joseph concretely expressed his
fatherhood “by making his life a sacrificial service to the mystery of the
incarnation and its redemptive purpose. He employed his legal authority over
the Holy Family to devote himself completely to them in his life and work. He
turned his human vocation to domestic love into a superhuman oblation of
himself, his heart and all his abilities, a love placed at the service of the
Messiah who was growing to maturity in his home”.[8]
Thanks to his role in salvation history, Saint Joseph
has always been venerated as a father by the Christian people. This is shown by
the countless churches dedicated to him worldwide, the numerous religious
Institutes, Confraternities and ecclesial groups inspired by his spirituality
and bearing his name, and the many traditional expressions of piety in his
honour. Innumerable holy men and women were passionately devoted to him. Among
them was Teresa of Avila, who chose him as her advocate and intercessor, had
frequent recourse to him and received whatever graces she asked of him.
Encouraged by her own experience, Teresa persuaded others to cultivate devotion
to Joseph.[9]
Every prayer book contains prayers to Saint Joseph.
Special prayers are offered to him each Wednesday and especially during the
month of March, which is traditionally dedicated to him.[10]
Popular trust in Saint Joseph is seen in the
expression “Go to Joseph”, which evokes the famine in Egypt, when the Egyptians
begged Pharaoh for bread. He in turn replied: “Go to Joseph; what he says to
you, do” (Gen 41:55). Pharaoh was referring to Joseph the son of Jacob,
who was sold into slavery because of the jealousy of his brothers (cf. Gen 37:11-28)
and who – according to the biblical account – subsequently became viceroy of
Egypt (cf. Gen 41:41-44).
As a descendant of David (cf. Mt 1:16-20),
from whose stock Jesus was to spring according to the promise made to David by
the prophet Nathan (cf. 2 Sam 7), and as the spouse of Mary of
Nazareth, Saint Joseph stands at the crossroads between the Old and New
Testaments.
2. A tender and loving father
Joseph saw Jesus grow daily “in wisdom and in years
and in divine and human favour” (Lk 2:52). As the Lord had done with
Israel, so Joseph did with Jesus: he taught him to walk, taking him by the
hand; he was for him like a father who raises an infant to his cheeks, bending
down to him and feeding him (cf. Hos 11:3-4).
In Joseph, Jesus saw the tender love of God: “As a
father has compassion for his children, so the Lord has compassion for those
who fear him” (Ps 103:13).
In the synagogue, during the praying of the Psalms,
Joseph would surely have heard again and again that the God of Israel is a God
of tender love,[11] who
is good to all, whose “compassion is over all that he has made” (Ps 145:9).
The history of salvation is worked out “in hope
against hope” (Rom 4:18), through our weaknesses. All too often, we think
that God works only through our better parts, yet most of his plans are
realized in and despite our frailty. Thus Saint Paul could say: “To keep me
from being too elated, a thorn was given me in the flesh, a messenger of Satan
to torment me, to keep me from being too elated. Three times I appealed to the
Lord about this, that it would leave me, but he said to me: ‘My grace is
sufficient for you, for power is made perfect in weakness’” (2 Cor 12:7-9).
Since this is part of the entire economy of salvation,
we must learn to look upon our weaknesses with tender mercy.[12]
The evil one makes us see and condemn our frailty,
whereas the Spirit brings it to light with tender love. Tenderness is the best
way to touch the frailty within us. Pointing fingers and judging others are
frequently signs of an inability to accept our own weaknesses, our own frailty.
Only tender love will save us from the snares of the accuser (cf. Rev 12:10).
That is why it is so important to encounter God’s mercy, especially in the
Sacrament of Reconciliation, where we experience his truth and tenderness.
Paradoxically, the evil one can also speak the truth to us, yet he does so only
to condemn us. We know that God’s truth does not condemn, but instead welcomes,
embraces, sustains and forgives us. That truth always presents itself to us
like the merciful father in Jesus’ parable (cf. Lk 15:11-32). It
comes out to meet us, restores our dignity, sets us back on our feet and
rejoices for us, for, as the father says: “This my son was dead and is alive
again; he was lost and is found” (v. 24).
Even through Joseph’s fears, God’s will, his history
and his plan were at work. Joseph, then, teaches us that faith in God includes
believing that he can work even through our fears, our frailties and our
weaknesses. He also teaches us that amid the tempests of life, we must never be
afraid to let the Lord steer our course. At times, we want to be in complete
control, yet God always sees the bigger picture.
3. An obedient father
As he had done with Mary, God revealed his saving plan
to Joseph. He did so by using dreams, which in the Bible and among all ancient
peoples, were considered a way for him to make his will known.[13]
Joseph was deeply troubled by Mary’s mysterious
pregnancy. He did not want to “expose her to public disgrace”,[14] so
he decided to “dismiss her quietly” (Mt 1:19).
In the first dream, an angel helps him resolve his
grave dilemma: “Do not be afraid to take Mary as your wife, for the child
conceived in her is from the Holy Spirit. She will bear a son, and you are to
name him Jesus, for he will save his people from their sins” (Mt 1:20-21).
Joseph’s response was immediate: “When Joseph awoke from sleep, he did as the
angel of the Lord commanded him” (Mt 1:24). Obedience made it possible for
him to surmount his difficulties and spare Mary.
In the second dream, the angel tells Joseph: “Get up,
take the child and his mother, and flee to Egypt, and remain there until I tell
you; for Herod is about to search for the child, to destroy him” (Mt 2:13).
Joseph did not hesitate to obey, regardless of the hardship involved: “He got
up, took the child and his mother by night, and went to Egypt, and remained
there until the death of Herod” (Mt 2:14-15).
In Egypt, Joseph awaited with patient trust the
angel’s notice that he could safely return home. In a third dream, the angel
told him that those who sought to kill the child were dead and ordered him to
rise, take the child and his mother, and return to the land of Israel
(cf. Mt 2:19-20). Once again, Joseph promptly obeyed. “He got up,
took the child and his mother, and went to the land of Israel” (Mt 2:21).
During the return journey, “when Joseph heard that
Archelaus was ruling over Judea in place of his father Herod, he was afraid to
go there. After being warned in a dream” – now for the fourth time – “he went
away to the district of Galilee. There he made his home in a town called
Nazareth” (Mt 2:22-23).
The evangelist Luke, for his part, tells us that
Joseph undertook the long and difficult journey from Nazareth to Bethlehem to
be registered in his family’s town of origin in the census of the Emperor
Caesar Augustus. There Jesus was born (cf. Lk 2:7) and his birth,
like that of every other child, was recorded in the registry of the Empire.
Saint Luke is especially concerned to tell us that Jesus’ parents observed all
the prescriptions of the Law: the rites of the circumcision of Jesus, the
purification of Mary after childbirth, the offering of the firstborn to God
(cf. 2:21-24).[15]
In every situation, Joseph declared his own “fiat”,
like those of Mary at the Annunciation and Jesus in the Garden of Gethsemane.
In his role as the head of a family, Joseph taught
Jesus to be obedient to his parents (cf. Lk 2:51), in accordance with
God’s command (cf. Ex 20:12).
During the hidden years in Nazareth, Jesus learned at
the school of Joseph to do the will of the Father. That will was to be his
daily food (cf. Jn 4:34). Even at the most difficult moment of his life,
in Gethsemane, Jesus chose to do the Father’s will rather than his own,[16] becoming
“obedient unto death, even death on a cross” (Phil 2:8). The author
of the Letter to the Hebrews thus concludes that Jesus “learned obedience
through what he suffered” (5:8).
All this makes it clear that “Saint Joseph was called
by God to serve the person and mission of Jesus directly through the exercise
of his fatherhood” and that in this way, “he cooperated in the fullness of time
in the great mystery of salvation and is truly a minister of salvation.”[17]
4. An accepting father
Joseph accepted Mary unconditionally. He trusted in
the angel’s words. “The nobility of Joseph’s heart is such that what he
learned from the law he made dependent on charity. Today, in our world where
psychological, verbal and physical violence towards women is so evident, Joseph
appears as the figure of a respectful and sensitive man. Even though he does
not understand the bigger picture, he makes a decision to protect Mary’s good
name, her dignity and her life. In his hesitation about how best to act, God
helped him by enlightening his judgment”.[18]
Often in life, things happen whose meaning we do not
understand. Our first reaction is frequently one of disappointment and
rebellion. Joseph set aside his own ideas in order to accept the course of
events and, mysterious as they seemed, to embrace them, take responsibility for
them and make them part of his own history. Unless we are reconciled with our
own history, we will be unable to take a single step forward, for we will
always remain hostage to our expectations and the disappointments that follow.
The spiritual path that Joseph traces for us is not
one that explains, but accepts. Only as a result of this acceptance,
this reconciliation, can we begin to glimpse a broader history, a deeper
meaning. We can almost hear an echo of the impassioned reply of Job to his
wife, who had urged him to rebel against the evil he endured: “Shall we receive
the good at the hand of God, and not receive the bad?” (Job 2:10).
Joseph is certainly not passively resigned, but
courageously and firmly proactive. In our own lives, acceptance and welcome can
be an expression of the Holy Spirit’s gift of fortitude. Only the Lord can give
us the strength needed to accept life as it is, with all its contradictions, frustrations
and disappointments.
Jesus’ appearance in our midst is a gift from the
Father, which makes it possible for each of us to be reconciled to the flesh of
our own history, even when we fail to understand it completely.
Just as God told Joseph: “Son of David, do not be
afraid!” (Mt 1:20), so he seems to tell us: “Do not be afraid!” We need to
set aside all anger and disappointment, and to embrace the way things are, even
when they do not turn out as we wish. Not with mere resignation but with hope
and courage. In this way, we become open to a deeper meaning. Our lives can be
miraculously reborn if we find the courage to live them in accordance with the
Gospel. It does not matter if everything seems to have gone wrong or some
things can no longer be fixed. God can make flowers spring up from stony
ground. Even if our heart condemns us, “God is greater than our hearts, and he
knows everything” (1 Jn 3:20).
Here, once again, we encounter that Christian realism
which rejects nothing that exists. Reality, in its mysterious and irreducible
complexity, is the bearer of existential meaning, with all its lights and
shadows. Thus, the Apostle Paul can say: “We know that all things work together
for good, for those who love God” (Rom 8:28). To which Saint Augustine adds,
“even that which is called evil (etiam illud quod malum dicitur)”.[19] In
this greater perspective, faith gives meaning to every event, however happy or
sad.
Nor should we ever think that believing means finding
facile and comforting solutions. The faith Christ taught us is what we see in
Saint Joseph. He did not look for shortcuts, but confronted reality with open
eyes and accepted personal responsibility for it.
Joseph’s attitude encourages us to accept and welcome
others as they are, without exception, and to show special concern for the
weak, for God chooses what is weak (cf. 1 Cor 1:27). He is the
“Father of orphans and protector of widows” (Ps 68:6), who commands us to
love the stranger in our midst.[20] I
like to think that it was from Saint Joseph that Jesus drew inspiration for the
parable of the prodigal son and the merciful father (cf. Lk 15:11-32).
5. A creatively courageous father
If the first stage of all true interior healing is to
accept our personal history and embrace even the things in life that we did not
choose, we must now add another important element: creative courage. This
emerges especially in the way we deal with difficulties. In the face of
difficulty, we can either give up and walk away, or somehow engage with it. At
times, difficulties bring out resources we did not even think we had.
As we read the infancy narratives, we may often wonder
why God did not act in a more direct and clear way. Yet God acts through events
and people. Joseph was the man chosen by God to guide the beginnings of
the history of redemption. He was the true “miracle” by which God saves the
child and his mother. God acted by trusting in Joseph’s creative courage.
Arriving in Bethlehem and finding no lodging where Mary could give birth,
Joseph took a stable and, as best he could, turned it into a welcoming home for
the Son of God come into the world (cf. Lk 2:6-7). Faced with
imminent danger from Herod, who wanted to kill the child, Joseph was warned
once again in a dream to protect the child, and rose in the middle of the night
to prepare the flight into Egypt (cf. Mt 2:13-14).
A superficial reading of these stories can often give
the impression that the world is at the mercy of the strong and mighty, but the
“good news” of the Gospel consists in showing that, for all the arrogance and
violence of worldly powers, God always finds a way to carry out his saving
plan. So too, our lives may at times seem to be at the mercy of the powerful,
but the Gospel shows us what counts. God always finds a way to save us, provided
we show the same creative courage as the carpenter of Nazareth, who was able to
turn a problem into a possibility by trusting always in divine providence.
If at times God seems not to help us, surely this does
not mean that we have been abandoned, but instead are being trusted to plan, to
be creative, and to find solutions ourselves.
That kind of creative courage was shown by the friends
of the paralytic, who lowered him from the roof in order to bring him to Jesus
(cf. Lk 5:17-26). Difficulties did not stand in the way of those
friends’ boldness and persistence. They were convinced that Jesus could heal
the man, and “finding no way to bring him in because of the crowd, they went up
on the roof and let him down with his bed through the tiles into the middle of
the crowd in front of Jesus. When he saw their faith, he said, ‘Friend, your
sins are forgiven you’” (vv. 19-20). Jesus recognized the creative faith with
which they sought to bring their sick friend to him.
The Gospel does not tell us how long Mary, Joseph and
the child remained in Egypt. Yet they certainly needed to eat, to find a home
and employment. It does not take much imagination to fill in those details. The
Holy Family had to face concrete problems like every other family, like so many
of our migrant brothers and sisters who, today too, risk their lives to escape
misfortune and hunger. In this regard, I consider Saint Joseph the special
patron of all those forced to leave their native lands because of war, hatred,
persecution and poverty.
At the end of every account in which Joseph plays a
role, the Gospel tells us that he gets up, takes the child and his mother, and
does what God commanded him (cf. Mt 1:24; 2:14.21). Indeed, Jesus and
Mary his Mother are the most precious treasure of our faith.[21]
In the divine plan of salvation, the Son is
inseparable from his Mother, from Mary, who “advanced in her pilgrimage of
faith, and faithfully persevered in her union with her Son until she stood at
the cross”.[22]
We should always consider whether we ourselves are
protecting Jesus and Mary, for they are also mysteriously entrusted to our own
responsibility, care and safekeeping. The Son of the Almighty came into our
world in a state of great vulnerability. He needed to be defended, protected,
cared for and raised by Joseph. God trusted Joseph, as did Mary, who found in
him someone who would not only save her life, but would always provide for her
and her child. In this sense, Saint Joseph could not be other than the Guardian
of the Church, for the Church is the continuation of the Body of Christ in
history, even as Mary’s motherhood is reflected in the motherhood of the
Church.[23] In
his continued protection of the Church, Joseph continues to protect the
child and his mother, and we too, by our love for the Church, continue to
love the child and his mother.
That child would go on to say: “As you did it to one
of the least of these who are members of my family, you did it to me” (Mt 25:40).
Consequently, every poor, needy, suffering or dying person, every
stranger, every prisoner, every infirm person is “the child” whom Joseph
continues to protect. For this reason, Saint Joseph is invoked as protector of
the unfortunate, the needy, exiles, the afflicted, the poor and the dying.
Consequently, the Church cannot fail to show a special love for the least
of our brothers and sisters, for Jesus showed a particular concern for them and
personally identified with them. From Saint Joseph, we must learn that same
care and responsibility. We must learn to love the child and his mother, to
love the sacraments and charity, to love the Church and the poor. Each of these
realities is always the child and his mother.
6. A working father
An aspect of Saint Joseph that has been emphasized
from the time of the first social Encyclical, Pope Leo XIII’s Rerum
Novarum, is his relation to work. Saint Joseph was a carpenter who
earned an honest living to provide for his family. From him, Jesus learned the
value, the dignity and the joy of what it means to eat bread that is the fruit
of one’s own labour.
In our own day, when employment has once more become a
burning social issue, and unemployment at times reaches record levels even in
nations that for decades have enjoyed a certain degree of prosperity, there is
a renewed need to appreciate the importance of dignified work, of which Saint
Joseph is an exemplary patron.
Work is a means of participating in the work of
salvation, an opportunity to hasten the coming of the Kingdom, to develop our
talents and abilities, and to put them at the service of society and fraternal
communion. It becomes an opportunity for the fulfilment not only of oneself,
but also of that primary cell of society which is the family. A family without
work is particularly vulnerable to difficulties, tensions, estrangement and
even break-up. How can we speak of human dignity without working to ensure that
everyone is able to earn a decent living?
Working persons, whatever their job may be, are
cooperating with God himself, and in some way become creators of the world
around us. The crisis of our time, which is economic, social, cultural and
spiritual, can serve as a summons for all of us to rediscover the value, the
importance and necessity of work for bringing about a new “normal” from which
no one is excluded. Saint Joseph’s work reminds us that God himself, in
becoming man, did not disdain work. The loss of employment that affects so many
of our brothers and sisters, and has increased as a result of the Covid-19
pandemic, should serve as a summons to review our priorities. Let us implore Saint
Joseph the Worker to help us find ways to express our firm conviction that no
young person, no person at all, no family should be without work!
7. A father in the shadows
The Polish writer Jan Dobraczyński, in his book The
Shadow of the Father,[24] tells
the story of Saint Joseph’s life in the form of a novel. He uses the evocative
image of a shadow to define Joseph. In his relationship to Jesus, Joseph was
the earthly shadow of the heavenly Father: he watched over him and protected
him, never leaving him to go his own way. We can think of Moses’ words to
Israel: “In the wilderness… you saw how the Lord your God carried you, just as
one carries a child, all the way that you travelled” (Deut 1:31). In a
similar way, Joseph acted as a father for his whole life.[25]
Fathers are not born, but made. A man does not become
a father simply by bringing a child into the world, but by taking up the
responsibility to care for that child. Whenever a man accepts responsibility
for the life of another, in some way he becomes a father to that person.
Children today often seem orphans, lacking fathers.
The Church too needs fathers. Saint Paul’s words to the Corinthians remain
timely: “Though you have countless guides in Christ, you do not have many
fathers” (1 Cor 4:15). Every priest or bishop should be able to add, with
the Apostle: “I became your father in Christ Jesus through the Gospel” (ibid.).
Paul likewise calls the Galatians: “My little children, with whom I am again in
travail until Christ be formed in you!” (4:19).
Being a father entails introducing children to life
and reality. Not holding them back, being overprotective or possessive, but
rather making them capable of deciding for themselves, enjoying freedom and
exploring new possibilities. Perhaps for this reason, Joseph is traditionally
called a “most chaste” father. That title is not simply a sign of affection,
but the summation of an attitude that is the opposite of possessiveness.
Chastity is freedom from possessiveness in every sphere of one’s life. Only
when love is chaste, is it truly love. A possessive love ultimately becomes
dangerous: it imprisons, constricts and makes for misery. God himself loved
humanity with a chaste love; he left us free even to go astray and set
ourselves against him. The logic of love is always the logic of freedom, and
Joseph knew how to love with extraordinary freedom. He never made himself the
centre of things. He did not think of himself, but focused instead on the lives
of Mary and Jesus.
Joseph found happiness not in mere self-sacrifice but
in self-gift. In him, we never see frustration but only trust. His patient
silence was the prelude to concrete expressions of trust. Our world today needs
fathers. It has no use for tyrants who would domineer others as a means of
compensating for their own needs. It rejects those who confuse authority with
authoritarianism, service with servility, discussion with oppression, charity
with a welfare mentality, power with destruction. Every true vocation is born
of the gift of oneself, which is the fruit of mature sacrifice. The priesthood
and consecrated life likewise require this kind of maturity. Whatever our
vocation, whether to marriage, celibacy or virginity, our gift of self will not
come to fulfilment if it stops at sacrifice; were that the case, instead of
becoming a sign of the beauty and joy of love, the gift of self would risk
being an expression of unhappiness, sadness and frustration.
When fathers refuse to live the lives of their
children for them, new and unexpected vistas open up. Every child is the bearer
of a unique mystery that can only be brought to light with the help of a father
who respects that child’s freedom. A father who realizes that he is most a
father and educator at the point when he becomes “useless”, when he sees that
his child has become independent and can walk the paths of life unaccompanied.
When he becomes like Joseph, who always knew that his child was not his own but
had merely been entrusted to his care. In the end, this is what Jesus would
have us understand when he says: “Call no man your father on earth, for you
have one Father, who is in heaven” (Mt 23:9).
In every exercise of our fatherhood, we should always
keep in mind that it has nothing to do with possession, but is rather a “sign”
pointing to a greater fatherhood. In a way, we are all like Joseph: a shadow of
the heavenly Father, who “makes his sun rise on the evil and on the good, and
sends rain on the just and on the unjust” (Mt 5:45). And a shadow that
follows his Son.
* * *
“Get up, take the child and his mother” (Mt 2:13),
God told Saint Joseph.
The aim of this Apostolic Letter is to increase our
love for this great saint, to encourage us to implore his intercession and to
imitate his virtues and his zeal.
Indeed, the proper mission of the saints is not only
to obtain miracles and graces, but to intercede for us before God, like Abraham[26] and
Moses[27],
and like Jesus, the “one mediator” (1 Tim 2:5), who is our “advocate”
with the Father (1 Jn 2:1) and who “always lives to make intercession
for [us]” (Heb 7:25; cf. Rom 8:34).
The saints help all the faithful “to strive for the
holiness and the perfection of their particular state of life”.[28] Their
lives are concrete proof that it is possible to put the Gospel into practice.
Jesus told us: “Learn from me, for I am gentle and
lowly in heart” (Mt 11:29). The lives of the saints too are examples to
be imitated. Saint Paul explicitly says this: “Be imitators of me!” (1 Cor 4:16).[29] By
his eloquent silence, Saint Joseph says the same.
Before the example of so many holy men and women,
Saint Augustine asked himself: “What they could do, can you not also do?” And
so he drew closer to his definitive conversion, when he could exclaim: “Late
have I loved you, Beauty ever ancient, ever new!”[30]
We need only ask Saint Joseph for the grace of graces:
our conversion.
Let us now make our prayer to him:
Franciscus
[1] Lk 4:22; Jn 6:42;
cf. Mt 13:55; Mk 6:3.
[2] S.
RITUUM CONGREGATIO, Quemadmodum Deus (8 December 1870): ASS 6
(1870-71), 194.
[3] Cf. Address
to ACLI on the Solemnity of Saint Joseph the Worker (1 May 1955): AAS 47
(1955), 406.
[4] Cf.
Apostolic Exhortation Redemptoris
Custos (15 August 1989): AAS 82 (1990), 5-34.
[5] Catechism
of the Catholic Church, 1014.
[6] Meditation
in the Time of Pandemic (27 March 2020): L’Osservatore
Romano, 29 March 2020, p. 10.
[7] In
Matthaeum Homiliae, V, 3: PG 57, 58.
[8] Homily (19
March 1966): Insegnamenti di Paolo VI, IV (1966), 110.
[9] Cf. Autobiography,
6, 6-8.
[10] Every
day, for over forty years, following Lauds I have recited a prayer to Saint
Joseph taken from a nineteenth-century French prayer book of the Congregation
of the Sisters of Jesus and Mary. It expresses devotion and trust, and even
poses a certain challenge to Saint Joseph: “Glorious Patriarch Saint Joseph,
whose power makes the impossible possible, come to my aid in these times of
anguish and difficulty. Take under your protection the serious and troubling
situations that I commend to you, that they may have a happy outcome. My
beloved father, all my trust is in you. Let it not be said that I invoked you
in vain, and since you can do everything with Jesus and Mary, show me that your
goodness is as great as your power. Amen.”
[11] Cf. Deut 4:31; Ps 69:16;
78:38; 86:5; 111:4; 116:5; Jer 31:20.
[12] Cf.
Apostolic Exhortation Evangelii
Gaudium (24 November 2013), 88, 288:
AAS 105 (2013), 1057, 1136-1137.
[13] Cf. Gen 20:3;
28:12; 31:11.24; 40:8; 41:1-32; Num 12:6; 1 Sam 3:3-10; Dan 2,
4; Job 33:15.
[14] In
such cases, provisions were made even for stoning (cf. Deut 22:20-21).
[15] Cf. Lev 12:1-8; Ex 13:2.
[16] Cf. Mt 26:39; Mk 14:36; Lk 22:42.
[17] SAINT
JOHN PAUL II, Apostolic Exhortation Redemptoris
Custos (15 August 1989), 8: AAS 82 (1990), 14.
[18] Homily
at Mass and Beatifications, Villavicencio, Colombia (8
September 2017): AAS 109 (2017), 1061.
[19] Enchiridion
de fide, spe et caritate, 3.11: PL 40, 236.
[20] Cf. Deut 10:19; Ex 22:20-22; Lk 10:29-37.
[21] Cf.
S. RITUUM CONGREGATIO, Quemadmodum Deus (8 December 1870): ASS 6
(1870-1871), 193; BLESSED PIUS IX, Apostolic Letter Inclytum Patriarcham (7
July 1871): l.c., 324-327.
[22] SECOND
VATICAN ECUMENICAL COUNCIL, Dogmatic Constitution on the Church Lumen
Gentium, 58.
[23] Catechism
of the Catholic Church, 963-970.
[24] Original
edition: Cień Ojca, Warsaw, 1977.
[25] Cf.
SAINT JOHN PAUL II, Apostolic Exhortation Redemptoris
Custos, 7-8: AAS 82 (1990), 12-16.
[26] Cf. Gen 18:23-32.
[27] Cf. Ex 17:8-13;
32:30-35.
[28] SECOND
VATICAN ECUMENICAL COUNCIL, Dogmatic Constitution Lumen
Gentium, 42.
[29] Cf. 1
Cor 11:1; Phil 3:17; 1 Thess 1:6.
[30] Confessions, VIII, 11, 27: PL 32, 761; X, 27, 38: PL 32, 795.
© Copyright - Libreria Editrice Vaticana
LETTERA APOSTOLICA
PATRIS CORDE
DEL SANTO PADRE FRANCESCO
Con cuore di padre: così Giuseppe ha amato Gesù,
chiamato in tutti e quattro i Vangeli «il figlio di Giuseppe».[1]
I due Evangelisti che hanno posto in rilievo la sua
figura, Matteo e Luca, raccontano poco, ma a sufficienza per far capire che
tipo di padre egli fosse e la missione affidatagli dalla Provvidenza.
Sappiamo che egli era un umile falegname (cfr Mt 13,55),
promesso sposo di Maria (cfr Mt 1,18; Lc 1,27); un «uomo
giusto» (Mt 1,19), sempre pronto a eseguire la volontà di Dio manifestata
nella sua Legge (cfr Lc 2,22.27.39) e mediante ben quattro sogni
(cfr Mt 1,20; 2,13.19.22). Dopo un lungo e faticoso viaggio da
Nazaret a Betlemme, vide nascere il Messia in una stalla, perché altrove «non
c’era posto per loro» (Lc 2,7). Fu testimone dell’adorazione dei pastori
(cfr Lc 2,8-20) e dei Magi (cfr Mt 2,1-12), che
rappresentavano rispettivamente il popolo d’Israele e i popoli pagani.
Ebbe il coraggio di assumere la paternità legale di
Gesù, a cui impose il nome rivelato dall’Angelo: «Tu lo chiamerai Gesù: egli
infatti salverà il suo popolo dai suoi peccati» (Mt 1,21). Come è noto,
dare un nome a una persona o a una cosa presso i popoli antichi significava
conseguirne l’appartenenza, come fece Adamo nel racconto della Genesi (cfr
2,19-20).
Nel Tempio, quaranta giorni dopo la nascita, insieme
alla madre Giuseppe offrì il Bambino al Signore e ascoltò sorpreso la profezia
che Simeone fece nei confronti di Gesù e di Maria (cfr Lc 2,22-35). Per
difendere Gesù da Erode, soggiornò da straniero in Egitto (cfr Mt 2,13-18).
Ritornato in patria, visse nel nascondimento del piccolo e sconosciuto
villaggio di Nazaret in Galilea – da dove, si diceva, “non sorge nessun
profeta” e “non può mai venire qualcosa di buono” (cfr Gv 7,52; 1,46)
–, lontano da Betlemme, sua città natale, e da Gerusalemme, dove sorgeva il
Tempio. Quando, proprio durante un pellegrinaggio a Gerusalemme, smarrirono
Gesù dodicenne, lui e Maria lo cercarono angosciati e lo ritrovarono nel Tempio
mentre discuteva con i dottori della Legge (cfr Lc 2,41-50).
Dopo Maria, Madre di Dio, nessun Santo occupa tanto
spazio nel Magistero pontificio quanto Giuseppe, suo sposo. I miei Predecessori
hanno approfondito il messaggio racchiuso nei pochi dati tramandati dai Vangeli
per evidenziare maggiormente il suo ruolo centrale nella storia della salvezza:
il Beato Pio
IX lo ha dichiarato «Patrono della Chiesa Cattolica»,[2] il
Venerabile Pio
XII lo ha presentato quale “Patrono dei lavoratori”[3] e San
Giovanni Paolo II come «Custode del Redentore».[4] Il
popolo lo invoca come «patrono della buona morte».[5]
Pertanto, al compiersi di 150 anni dalla sua
dichiarazione quale Patrono della Chiesa Cattolica fatta dal
Beato Pio
IX, l’8 dicembre 1870, vorrei – come dice Gesù – che “la bocca
esprimesse ciò che nel cuore sovrabbonda” (cfr Mt 12,34), per
condividere con voi alcune riflessioni personali su questa straordinaria
figura, tanto vicina alla condizione umana di ciascuno di noi. Tale desiderio è
cresciuto durante questi mesi di pandemia, in cui possiamo sperimentare, in
mezzo alla crisi che ci sta colpendo, che «le nostre vite sono tessute e
sostenute da persone comuni – solitamente dimenticate – che non compaiono nei
titoli dei giornali e delle riviste né nelle grandi passerelle
dell’ultimo show ma, senza dubbio, stanno scrivendo oggi gli
avvenimenti decisivi della nostra storia: medici, infermiere e infermieri,
addetti dei supermercati, addetti alle pulizie, badanti, trasportatori, forze
dell’ordine, volontari, sacerdoti, religiose e tanti ma tanti altri che hanno
compreso che nessuno si salva da solo. […] Quanta gente esercita ogni giorno
pazienza e infonde speranza, avendo cura di non seminare panico ma
corresponsabilità. Quanti padri, madri, nonni e nonne, insegnanti mostrano ai
nostri bambini, con gesti piccoli e quotidiani, come affrontare e attraversare
una crisi riadattando abitudini, alzando gli sguardi e stimolando la preghiera.
Quante persone pregano, offrono e intercedono per il bene di tutti».[6] Tutti
possono trovare in San Giuseppe, l’uomo che passa inosservato, l’uomo della
presenza quotidiana, discreta e nascosta, un intercessore, un sostegno e una
guida nei momenti di difficoltà. San Giuseppe ci ricorda che tutti coloro che
stanno apparentemente nascosti o in “seconda linea” hanno un protagonismo senza
pari nella storia della salvezza. A tutti loro va una parola di riconoscimento
e di gratitudine.
1. Padre amato
La grandezza di San Giuseppe consiste nel fatto che
egli fu lo sposo di Maria e il padre di Gesù. In quanto tale, «si pose al
servizio dell’intero disegno salvifico», come afferma San Giovanni Crisostomo.[7]
San
Paolo VI osserva che la sua paternità si è espressa
concretamente «nell’aver fatto della sua vita un servizio, un sacrificio, al
mistero dell’incarnazione e alla missione redentrice che vi è congiunta;
nell’aver usato dell’autorità legale, che a lui spettava sulla sacra Famiglia,
per farle totale dono di sé, della sua vita, del suo lavoro; nell’aver
convertito la sua umana vocazione all’amore domestico nella sovrumana oblazione
di sé, del suo cuore e di ogni capacità, nell’amore posto a servizio del Messia
germinato nella sua casa».[8]
Per questo suo ruolo nella storia della
salvezza, San Giuseppe è un padre che è stato sempre amato dal popolo
cristiano, come dimostra il fatto che in tutto il mondo gli sono state dedicate
numerose chiese; che molti Istituti religiosi, Confraternite e gruppi
ecclesiali sono ispirati alla sua spiritualità e ne portano il nome; e che in
suo onore si svolgono da secoli varie rappresentazioni sacre. Tanti Santi e Sante
furono suoi appassionati devoti, tra i quali Teresa d’Avila, che lo adottò come
avvocato e intercessore, raccomandandosi molto a lui e ricevendo tutte le
grazie che gli chiedeva; incoraggiata dalla propria esperienza, la Santa
persuadeva gli altri ad essergli devoti.[9]
In ogni manuale di preghiere si trova qualche orazione
a San Giuseppe. Particolari invocazioni gli vengono rivolte tutti i mercoledì e
specialmente durante l’intero mese di marzo, tradizionalmente a lui dedicato.[10]
La fiducia del popolo in San Giuseppe è riassunta
nell’espressione “Ite ad Ioseph”, che fa riferimento al tempo di carestia in
Egitto quando la gente chiedeva il pane al faraone ed egli rispondeva: «Andate
da Giuseppe; fate quello che vi dirà» (Gen 41,55). Si trattava di Giuseppe
figlio di Giacobbe, che fu venduto per invidia dai fratelli (cfr Gen 37,11-28)
e che – stando alla narrazione biblica – successivamente divenne vice-re
dell’Egitto (cfr Gen 41,41-44).
Come discendente di Davide (cfr Mt 1,16.20),
dalla cui radice doveva germogliare Gesù secondo la promessa fatta a Davide dal
profeta Natan (cfr 2 Sam 7), e come sposo di Maria di Nazaret, San
Giuseppe è la cerniera che unisce l’Antico e il Nuovo Testamento.
2. Padre nella tenerezza
Giuseppe vide crescere Gesù giorno dopo giorno «in
sapienza, età e grazia davanti a Dio e agli uomini» (Lc 2,52). Come il
Signore fece con Israele, così egli “gli ha insegnato a camminare, tenendolo
per mano: era per lui come il padre che solleva un bimbo alla sua guancia, si
chinava su di lui per dargli da mangiare” (cfr Os 11,3-4).
Gesù ha visto la tenerezza di Dio in Giuseppe: «Come è
tenero un padre verso i figli, così il Signore è tenero verso quelli che lo
temono» (Sal 103,13).
Giuseppe avrà sentito certamente riecheggiare nella
sinagoga, durante la preghiera dei Salmi, che il Dio d’Israele è un Dio di
tenerezza,[11] che
è buono verso tutti e «la sua tenerezza si espande su tutte le creature» (Sal 145,9).
La storia della salvezza si compie «nella speranza
contro ogni speranza» (Rm 4,18) attraverso le nostre debolezze. Troppe volte
pensiamo che Dio faccia affidamento solo sulla parte buona e vincente di noi,
mentre in realtà la maggior parte dei suoi disegni si realizza attraverso e
nonostante la nostra debolezza. È questo che fa dire a San Paolo: «Affinché io
non monti in superbia, è stata data alla mia carne una spina, un inviato di
Satana per percuotermi, perché io non monti in superbia. A causa di questo
per tre volte ho pregato il Signore che l'allontanasse da me. Ed egli mi
ha detto: “Ti basta la mia grazia; la forza infatti si manifesta pienamente
nella debolezza”» (2 Cor 12,7-9).
Se questa è la prospettiva dell’economia della
salvezza, dobbiamo imparare ad accogliere la nostra debolezza con profonda
tenerezza.[12]
Il Maligno ci fa guardare con giudizio negativo la
nostra fragilità, lo Spirito invece la porta alla luce con tenerezza. È la
tenerezza la maniera migliore per toccare ciò che è fragile in noi. Il dito
puntato e il giudizio che usiamo nei confronti degli altri molto spesso sono
segno dell’incapacità di accogliere dentro di noi la nostra stessa debolezza,
la nostra stessa fragilità. Solo la tenerezza ci salverà dall’opera
dell’Accusatore (cfr Ap 12,10). Per questo è importante incontrare la
Misericordia di Dio, specie nel Sacramento della Riconciliazione, facendo
un’esperienza di verità e tenerezza. Paradossalmente anche il Maligno può dirci
la verità, ma, se lo fa, è per condannarci. Noi sappiamo però che la Verità che
viene da Dio non ci condanna, ma ci accoglie, ci abbraccia, ci sostiene, ci
perdona. La Verità si presenta a noi sempre come il Padre misericordioso della
parabola (cfr Lc 15,11-32): ci viene incontro, ci ridona la dignità,
ci rimette in piedi, fa festa per noi, con la motivazione che «questo mio
figlio era morto ed è tornato in vita, era perduto ed è stato ritrovato» (v.
24).
Anche attraverso l’angustia di Giuseppe passa la
volontà di Dio, la sua storia, il suo progetto. Giuseppe ci insegna così che
avere fede in Dio comprende pure il credere che Egli può operare anche
attraverso le nostre paure, le nostre fragilità, la nostra debolezza. E ci
insegna che, in mezzo alle tempeste della vita, non dobbiamo temere di lasciare
a Dio il timone della nostra barca. A volte noi vorremmo controllare tutto, ma
Lui ha sempre uno sguardo più grande.
3. Padre nell’obbedienza
Analogamente a ciò che Dio ha fatto con Maria, quando
le ha manifestato il suo piano di salvezza, così anche a Giuseppe ha rivelato i
suoi disegni; e lo ha fatto tramite i sogni, che nella Bibbia, come presso
tutti i popoli antichi, venivano considerati come uno dei mezzi con i quali Dio
manifesta la sua volontà.[13]
Giuseppe è fortemente angustiato davanti
all’incomprensibile gravidanza di Maria: non vuole «accusarla pubblicamente»,[14] ma
decide di «ripudiarla in segreto» (Mt 1,19). Nel primo sogno l’angelo lo
aiuta a risolvere il suo grave dilemma: «Non temere di prendere con te Maria,
tua sposa. Infatti, il bambino che è generato in lei viene dallo Spirito Santo;
ella darà alla luce un figlio e tu lo chiamerai Gesù: egli infatti salverà il
suo popolo dai suoi peccati» (Mt 1,20-21). La sua risposta fu immediata:
«Quando si destò dal sonno, fece come gli aveva ordinato l’angelo» (Mt 1,24).
Con l’obbedienza egli superò il suo dramma e salvò Maria.
Nel secondo sogno l’angelo ordina a Giuseppe: «Alzati,
prendi con te il bambino e sua madre, fuggi in Egitto e resta là finché non ti
avvertirò: Erode infatti vuole cercare il bambino per ucciderlo» (Mt 2,13).
Giuseppe non esitò ad obbedire, senza farsi domande sulle difficoltà cui
sarebbe andato incontro: «Egli si alzò, nella notte, prese il bambino e sua
madre e si rifugiò in Egitto, dove rimase fino alla morte di Erode» (Mt 2,14-15).
In Egitto Giuseppe, con fiducia e pazienza, attese
dall’angelo il promesso avviso per ritornare nel suo Paese. Appena il
messaggero divino, in un terzo sogno, dopo averlo informato che erano morti
quelli che cercavano di uccidere il bambino, gli ordina di alzarsi, di prendere
con sé il bambino e sua madre e ritornare nella terra d’Israele (cfr Mt 2,19-20),
egli ancora una volta obbedisce senza esitare: «Si alzò, prese il bambino e sua
madre ed entrò nella terra d’Israele» (Mt 2,21).
Ma durante il viaggio di ritorno, «quando venne a
sapere che nella Giudea regnava Archelao al posto di suo padre Erode, ebbe
paura di andarvi. Avvertito poi in sogno – ed è la quarta volta che accade – si
ritirò nella regione della Galilea e andò ad abitare in una città chiamata
Nazaret» (Mt 2,22-23).
L’evangelista Luca, da parte sua, riferisce che Giuseppe
affrontò il lungo e disagevole viaggio da Nazaret a Betlemme, secondo la legge
dell’imperatore Cesare Augusto relativa al censimento, per farsi registrare
nella sua città di origine. E proprio in questa circostanza nacque Gesù (cfr
2,1-7), e fu iscritto all’anagrafe dell’Impero, come tutti gli altri bambini.
San Luca, in particolare, si preoccupa di rilevare che
i genitori di Gesù osservavano tutte le prescrizioni della Legge: i riti della
circoncisione di Gesù, della purificazione di Maria dopo il parto, dell’offerta
a Dio del primogenito (cfr 2,21-24).[15]
In ogni circostanza della sua vita, Giuseppe seppe
pronunciare il suo “fiat”, come Maria nell’Annunciazione e Gesù nel Getsemani.
Giuseppe, nel suo ruolo di capo famiglia, insegnò a
Gesù ad essere sottomesso ai genitori (cfr Lc 2,51), secondo il
comandamento di Dio (cfr Es 20,12).
Nel nascondimento di Nazaret, alla scuola di Giuseppe,
Gesù imparò a fare la volontà del Padre. Tale volontà divenne suo cibo
quotidiano (cfr Gv 4,34). Anche nel momento più difficile della sua
vita, vissuto nel Getsemani, preferì fare la volontà del Padre e non la propria[16] e
si fece «obbediente fino alla morte […] di croce» (Fil 2,8). Per questo,
l’autore della Lettera agli Ebrei conclude che Gesù «imparò l’obbedienza da ciò
che patì» (5,8).
Da tutte queste vicende risulta che Giuseppe «è stato
chiamato da Dio a servire direttamente la persona e la missione di Gesù
mediante l’esercizio della sua paternità: proprio in tal modo egli coopera
nella pienezza dei tempi al grande mistero della Redenzione ed è veramente
ministro della salvezza».[17]
4. Padre nell’accoglienza
Giuseppe accoglie Maria senza mettere condizioni
preventive. Si fida delle parole dell’Angelo. «La nobiltà del suo cuore gli fa
subordinare alla carità quanto ha imparato per legge; e oggi, in questo mondo
nel quale la violenza psicologica, verbale e fisica sulla donna è evidente,
Giuseppe si presenta come figura di uomo rispettoso, delicato che, pur non
possedendo tutte le informazioni, si decide per la reputazione, la dignità e la
vita di Maria. E nel suo dubbio su come agire nel modo migliore, Dio lo ha
aiutato a scegliere illuminando il suo giudizio».[18]
Tante volte, nella nostra vita, accadono avvenimenti
di cui non comprendiamo il significato. La nostra prima reazione è spesso di
delusione e ribellione. Giuseppe lascia da parte i suoi ragionamenti per fare
spazio a ciò che accade e, per quanto possa apparire ai suoi occhi misterioso,
egli lo accoglie, se ne assume la responsabilità e si riconcilia con la propria
storia. Se non ci riconciliamo con la nostra storia, non riusciremo nemmeno a
fare un passo successivo, perché rimarremo sempre in ostaggio delle nostre
aspettative e delle conseguenti delusioni.
La vita spirituale che Giuseppe ci mostra non è una
via che spiega, ma una via che accoglie. Solo a partire da questa
accoglienza, da questa riconciliazione, si può anche intuire una storia più
grande, un significato più profondo. Sembrano riecheggiare le ardenti parole di
Giobbe, che all’invito della moglie a ribellarsi per tutto il male che gli
accade risponde: «Se da Dio accettiamo il bene, perché non dovremmo accettare
il male?» (Gb 2,10).
Giuseppe non è un uomo rassegnato passivamente. Il suo
è un coraggioso e forte protagonismo. L’accoglienza è un modo attraverso cui si
manifesta nella nostra vita il dono della fortezza che ci viene dallo Spirito
Santo. Solo il Signore può darci la forza di accogliere la vita così com’è, di
fare spazio anche a quella parte contradditoria, inaspettata, deludente
dell’esistenza.
La venuta di Gesù in mezzo a noi è un dono del Padre,
affinché ciascuno si riconcili con la carne della propria storia anche quando
non la comprende fino in fondo.
Come Dio ha detto al nostro Santo: «Giuseppe, figlio
di Davide, non temere» (Mt 1,20), sembra ripetere anche a noi: “Non
abbiate paura!”. Occorre deporre la rabbia e la delusione e fare spazio, senza
alcuna rassegnazione mondana ma con fortezza piena di speranza, a ciò che non
abbiamo scelto eppure esiste. Accogliere così la vita ci introduce a un
significato nascosto. La vita di ciascuno di noi può ripartire miracolosamente,
se troviamo il coraggio di viverla secondo ciò che ci indica il Vangelo. E non
importa se ormai tutto sembra aver preso una piega sbagliata e se alcune cose
ormai sono irreversibili. Dio può far germogliare fiori tra le rocce. Anche se
il nostro cuore ci rimprovera qualcosa, Egli «è più grande del nostro cuore e
conosce ogni cosa» (1 Gv 3,20).
Torna ancora una volta il realismo cristiano, che non
butta via nulla di ciò che esiste. La realtà, nella sua misteriosa
irriducibilità e complessità, è portatrice di un senso dell’esistenza con le
sue luci e le sue ombre. È questo che fa dire all’apostolo Paolo: «Noi sappiamo
che tutto concorre al bene, per quelli che amano Dio» (Rm 8,28). E
Sant’Agostino aggiunge: «anche quello che viene chiamato male (etiam illud quod
malum dicitur)».[19] In
questa prospettiva totale, la fede dà significato ad ogni evento lieto o
triste.
Lungi da noi allora il pensare che credere significhi
trovare facili soluzioni consolatorie. La fede che ci ha insegnato Cristo è
invece quella che vediamo in San Giuseppe, che non cerca scorciatoie, ma
affronta “ad occhi aperti” quello che gli sta capitando, assumendone in prima
persona la responsabilità.
L’accoglienza di Giuseppe ci invita ad accogliere gli
altri, senza esclusione, così come sono, riservando una predilezione ai deboli,
perché Dio sceglie ciò che è debole (cfr 1 Cor 1,27), è «padre degli
orfani e difensore delle vedove» (Sal 68,6) e comanda di amare lo
straniero.[20] Voglio
immaginare che dagli atteggiamenti di Giuseppe Gesù abbia preso lo spunto per
la parabola del figlio prodigo e del padre misericordioso (cfr Lc 15,11-32).
5. Padre dal coraggio creativo
Se la prima tappa di ogni vera guarigione interiore è
accogliere la propria storia, ossia fare spazio dentro noi stessi anche a ciò
che non abbiamo scelto nella nostra vita, serve però aggiungere un’altra
caratteristica importante: il coraggio creativo. Esso emerge soprattutto quando
si incontrano difficoltà. Infatti, davanti a una difficoltà ci si può fermare e
abbandonare il campo, oppure ingegnarsi in qualche modo. Sono a volte proprio
le difficoltà che tirano fuori da ciascuno di noi risorse che nemmeno pensavamo
di avere.
Molte volte, leggendo i “Vangeli dell’infanzia”, ci
viene da domandarci perché Dio non sia intervenuto in maniera diretta e chiara.
Ma Dio interviene per mezzo di eventi e persone. Giuseppe è l’uomo mediante il
quale Dio si prende cura degli inizi della storia della redenzione. Egli è il
vero “miracolo” con cui Dio salva il Bambino e sua madre. Il Cielo interviene
fidandosi del coraggio creativo di quest’uomo, che giungendo a Betlemme e non
trovando un alloggio dove Maria possa partorire, sistema una stalla e la
riassetta, affinché diventi quanto più possibile un luogo accogliente per il
Figlio di Dio che viene nel mondo (cfr Lc 2,6-7). Davanti
all’incombente pericolo di Erode, che vuole uccidere il Bambino, ancora una
volta in sogno Giuseppe viene allertato per difendere il Bambino, e nel cuore
della notte organizza la fuga in Egitto (cfr Mt 2,13-14).
A una lettura superficiale di questi racconti, si ha
sempre l’impressione che il mondo sia in balia dei forti e dei potenti, ma la
“buona notizia” del Vangelo sta nel far vedere come, nonostante la prepotenza e
la violenza dei dominatori terreni, Dio trovi sempre il modo per realizzare il
suo piano di salvezza. Anche la nostra vita a volte sembra in balia dei poteri
forti, ma il Vangelo ci dice che ciò che conta, Dio riesce sempre a salvarlo, a
condizione che usiamo lo stesso coraggio creativo del carpentiere di Nazaret,
il quale sa trasformare un problema in un’opportunità anteponendo sempre la
fiducia nella Provvidenza.
Se certe volte Dio sembra non aiutarci, ciò non
significa che ci abbia abbandonati, ma che si fida di noi, di quello che
possiamo progettare, inventare, trovare.
Si tratta dello stesso coraggio creativo dimostrato
dagli amici del paralitico che, per presentarlo a Gesù, lo calarono giù dal
tetto (cfr Lc 5,17-26). La difficoltà non fermò l’audacia e
l’ostinazione di quegli amici. Essi erano convinti che Gesù poteva guarire il
malato e «non trovando da qual parte farlo entrare a causa della folla,
salirono sul tetto e, attraverso le tegole, lo calarono con il lettuccio
davanti a Gesù nel mezzo della stanza. Vedendo la loro fede, disse: “Uomo, ti
sono perdonati i tuoi peccati”» (vv. 19-20). Gesù riconosce la fede creativa
con cui quegli uomini cercano di portargli il loro amico malato.
Il Vangelo non dà informazioni riguardo al tempo in
cui Maria e Giuseppe e il Bambino rimasero in Egitto. Certamente però avranno
dovuto mangiare, trovare una casa, un lavoro. Non ci vuole molta immaginazione
per colmare il silenzio del Vangelo a questo proposito. La santa Famiglia
dovette affrontare problemi concreti come tutte le altre famiglie, come molti
nostri fratelli migranti che ancora oggi rischiano la vita costretti dalle
sventure e dalla fame. In questo senso, credo che San Giuseppe sia davvero uno
speciale patrono per tutti coloro che devono lasciare la loro terra a causa
delle guerre, dell’odio, della persecuzione e della miseria.
Alla fine di ogni vicenda che vede Giuseppe come
protagonista, il Vangelo annota che egli si alza, prende con sé il Bambino e
sua madre, e fa ciò che Dio gli ha ordinato (cfr Mt 1,24; 2,14.21).
In effetti, Gesù e Maria sua Madre sono il tesoro più prezioso della nostra
fede.[21]
Nel piano della salvezza non si può separare il Figlio
dalla Madre, da colei che «avanzò nella peregrinazione della fede e serbò
fedelmente la sua unione col Figlio sino alla croce».[22]
Dobbiamo sempre domandarci se stiamo proteggendo con
tutte le nostre forze Gesù e Maria, che misteriosamente sono affidati alla
nostra responsabilità, alla nostra cura, alla nostra custodia. Il Figlio
dell’Onnipotente viene nel mondo assumendo una condizione di grande debolezza.
Si fa bisognoso di Giuseppe per essere difeso, protetto, accudito, cresciuto.
Dio si fida di quest’uomo, così come fa Maria, che in Giuseppe trova colui che
non solo vuole salvarle la vita, ma che provvederà sempre a lei e al Bambino.
In questo senso San Giuseppe non può non essere il Custode della Chiesa, perché
la Chiesa è il prolungamento del Corpo di Cristo nella storia, e nello stesso
tempo nella maternità della Chiesa è adombrata la maternità di Maria.[23] Giuseppe,
continuando a proteggere la Chiesa, continua a proteggere il Bambino e sua
madre, e anche noi amando la Chiesa continuiamo ad amare il Bambino e sua
madre.
Questo Bambino è Colui che dirà: «Tutto quello che
avete fatto a uno solo di questi miei fratelli più piccoli, l’avete fatto a me»
(Mt 25,40). Così ogni bisognoso, ogni povero, ogni sofferente, ogni
moribondo, ogni forestiero, ogni carcerato, ogni malato sono “il Bambino” che
Giuseppe continua a custodire. Ecco perché San Giuseppe è invocato come
protettore dei miseri, dei bisognosi, degli esuli, degli afflitti, dei poveri,
dei moribondi. Ed ecco perché la Chiesa non può non amare innanzitutto gli
ultimi, perché Gesù ha posto in essi una preferenza, una sua personale
identificazione. Da Giuseppe dobbiamo imparare la medesima cura e
responsabilità: amare il Bambino e sua madre; amare i Sacramenti e la carità;
amare la Chiesa e i poveri. Ognuna di queste realtà è sempre il Bambino e
sua madre.
6. Padre lavoratore
Un aspetto che caratterizza San Giuseppe e che è stato
posto in evidenza sin dai tempi della prima Enciclica sociale, la Rerum
novarum di Leone XIII,
è il suo rapporto con il lavoro. San Giuseppe era un carpentiere che ha
lavorato onestamente per garantire il sostentamento della sua famiglia. Da lui
Gesù ha imparato il valore, la dignità e la gioia di ciò che significa mangiare
il pane frutto del proprio lavoro.
In questo nostro tempo, nel quale il lavoro sembra
essere tornato a rappresentare un’urgente questione sociale e la disoccupazione
raggiunge talora livelli impressionanti, anche in quelle nazioni dove per
decenni si è vissuto un certo benessere, è necessario, con rinnovata
consapevolezza, comprendere il significato del lavoro che dà dignità e di cui
il nostro Santo è esemplare patrono.
Il lavoro diventa partecipazione all’opera stessa
della salvezza, occasione per affrettare l’avvento del Regno, sviluppare le
proprie potenzialità e qualità, mettendole al servizio della società e della
comunione; il lavoro diventa occasione di realizzazione non solo per sé stessi,
ma soprattutto per quel nucleo originario della società che è la famiglia. Una
famiglia dove mancasse il lavoro è maggiormente esposta a difficoltà, tensioni,
fratture e perfino alla tentazione disperata e disperante del dissolvimento.
Come potremmo parlare della dignità umana senza impegnarci perché tutti e
ciascuno abbiano la possibilità di un degno sostentamento?
La persona che lavora, qualunque sia il suo compito,
collabora con Dio stesso, diventa un po’ creatore del mondo che ci circonda. La
crisi del nostro tempo, che è crisi economica, sociale, culturale e
spirituale, può rappresentare per tutti un appello a riscoprire il valore,
l’importanza e la necessità del lavoro per dare origine a una nuova
“normalità”, in cui nessuno sia escluso. Il lavoro di San Giuseppe ci ricorda
che Dio stesso fatto uomo non ha disdegnato di lavorare. La perdita del lavoro
che colpisce tanti fratelli e sorelle, e che è aumentata negli ultimi tempi a
causa della pandemia di Covid-19, dev’essere un richiamo a rivedere le nostre
priorità. Imploriamo San Giuseppe lavoratore perché possiamo trovare strade che
ci impegnino a dire: nessun giovane, nessuna persona, nessuna famiglia senza
lavoro!
7. Padre nell’ombra
Lo scrittore polacco Jan Dobraczyński, nel suo
libro L’ombra del Padre,[24] ha
narrato in forma di romanzo la vita di San Giuseppe. Con la suggestiva immagine
dell’ombra definisce la figura di Giuseppe, che nei confronti di Gesù èl’ombra
sulla terra del Padre Celeste: lo custodisce, lo protegge, non si stacca mai da
Lui per seguire i suoi passi. Pensiamo a ciò che Mosè ricorda a Israele: «Nel
deserto […] hai visto come il Signore, tuo Dio, ti ha portato, come un uomo
porta il proprio figlio, per tutto il cammino» (Dt 1,31). Così Giuseppe ha
esercitato la paternità per tutta la sua vita.[25]
Padri non si nasce, lo si diventa. E non lo si diventa
solo perché si mette al mondo un figlio, ma perché ci si prende
responsabilmente cura di lui. Tutte le volte che qualcuno si assume la
responsabilità della vita di un altro, in un certo senso esercita la paternità
nei suoi confronti.
Nella società del nostro tempo, spesso i figli
sembrano essere orfani di padre. Anche la Chiesa di oggi ha bisogno di padri. È
sempre attuale l’ammonizione rivolta da San Paolo ai Corinzi: «Potreste avere
anche diecimila pedagoghi in Cristo, ma non certo molti padri» (1 Cor 4,15);
e ogni sacerdote o vescovo dovrebbe poter aggiungere come l’Apostolo: «Sono io
che vi ho generato in Cristo Gesù mediante il Vangelo» (ibid.). E ai Galati
dice: «Figli miei, che io di nuovo partorisco nel dolore finché Cristo non sia
formato in voi!» (4,19).
Essere padri significa introdurre il figlio
all’esperienza della vita, alla realtà. Non trattenerlo, non imprigionarlo, non
possederlo, ma renderlo capace di scelte, di libertà, di partenze. Forse per
questo, accanto all’appellativo di padre, a Giuseppe la tradizione ha messo
anche quello di “castissimo”. Non è un’indicazione meramente affettiva, ma la
sintesi di un atteggiamento che esprime il contrario del possesso. La castità è
la libertà dal possesso in tutti gli ambiti della vita. Solo quando un amore è
casto, è veramente amore. L’amore che vuole possedere, alla fine diventa sempre
pericoloso, imprigiona, soffoca, rende infelici. Dio stesso ha amato l’uomo con
amore casto, lasciandolo libero anche di sbagliare e di mettersi contro di Lui.
La logica dell’amore è sempre una logica di libertà, e Giuseppe ha saputo amare
in maniera straordinariamente libera. Non ha mai messo sé stesso al centro. Ha
saputo decentrarsi, mettere al centro della sua vita Maria e Gesù.
La felicità di Giuseppe non è nella logica del
sacrificio di sé, ma del dono di sé. Non si percepisce mai in quest’uomo
frustrazione, ma solo fiducia. Il suo persistente silenzio non contempla
lamentele ma sempre gesti concreti di fiducia. Il mondo ha bisogno di padri,
rifiuta i padroni, rifiuta cioè chi vuole usare il possesso dell’altro per
riempire il proprio vuoto; rifiuta coloro che confondono autorità con
autoritarismo, servizio con servilismo, confronto con oppressione, carità con
assistenzialismo, forza con distruzione. Ogni vera vocazione nasce dal dono di
sé, che è la maturazione del semplice sacrificio. Anche nel sacerdozio e nella
vita consacrata viene chiesto questo tipo di maturità. Lì dove una vocazione,
matrimoniale, celibataria o verginale, non giunge alla maturazione del dono di
sé fermandosi solo alla logica del sacrificio, allora invece di farsi segno
della bellezza e della gioia dell’amore rischia di esprimere infelicità,
tristezza e frustrazione.
La paternità che rinuncia alla tentazione di vivere la
vita dei figli spalanca sempre spazi all’inedito. Ogni figlio porta sempre con
sé un mistero, un inedito che può essere rivelato solo con l’aiuto di un padre
che rispetta la sua libertà. Un padre consapevole di completare la propria
azione educativa e di vivere pienamente la paternità solo quando si è reso
“inutile”, quando vede che il figlio diventa autonomo e cammina da solo sui
sentieri della vita, quando si pone nella situazione di Giuseppe, il quale ha
sempre saputo che quel Bambino non era suo, ma era stato semplicemente affidato
alle sue cure. In fondo, è ciò che lascia intendere Gesù quando dice: «Non
chiamate “padre” nessuno di voi sulla terra, perché uno solo è il Padre vostro,
quello celeste» (Mt 23,9).
Tutte le volte che ci troviamo nella condizione di
esercitare la paternità, dobbiamo sempre ricordare che non è mai esercizio di
possesso, ma “segno” che rinvia a una paternità più alta. In un certo senso,
siamo tutti sempre nella condizione di Giuseppe: ombra dell’unico Padre
celeste, che «fa sorgere il sole sui cattivi e sui buoni, e fa piovere sui
giusti e sugli ingiusti» (Mt 5,45); e ombra che segue il Figlio.
* * *
«Alzati, prendi con te il bambino e sua madre» (Mt 2,13),
dice Dio a San Giuseppe.
Lo scopo di questa Lettera Apostolica è quello di
accrescere l’amore verso questo grande Santo, per essere spinti a implorare la
sua intercessione e per imitare le sue virtù e il suo slancio.
Infatti, la specifica missione dei Santi è non solo
quella di concedere miracoli e grazie, ma di intercedere per noi davanti a Dio,
come fecero Abramo[26] e
Mosè,[27] come
fa Gesù, «unico mediatore» (1 Tm 2,5), che presso Dio Padre è il nostro
«avvocato» (1 Gv 2,1), «sempre vivo per intercedere in [nostro] favore» (Eb 7,25;
cfr Rm 8,34).
I Santi aiutano tutti i fedeli «a perseguire la
santità e la perfezione del proprio stato».[28] La
loro vita è una prova concreta che è possibile vivere il Vangelo.
Gesù ha detto: «Imparate da me, che sono mite e umile
di cuore» (Mt 11,29), ed essi a loro volta sono esempi di vita da imitare.
San Paolo ha esplicitamente esortato: «Diventate miei imitatori!» (1 Cor 4,16).[29] San
Giuseppe lo dice attraverso il suo eloquente silenzio.
Davanti all’esempio di tanti Santi e di tante Sante,
Sant’Agostino si chiese: «Ciò che questi e queste hanno potuto fare, tu non lo
potrai?». E così approdò alla conversione definitiva esclamando: «Tardi ti ho
amato, o Bellezza tanto antica e tanto nuova!».[30]
Non resta che implorare da San Giuseppe la grazia
delle grazie: la nostra conversione.
A lui rivolgiamo la nostra preghiera:
Roma, presso San Giovanni in Laterano, 8 dicembre,
Solennità dell’Immacolata Concezione della B.V. Maria, dell’anno 2020, ottavo
del mio pontificato.
Francesco
[1] Lc 4,22; Gv 6,42;
cfr Mt 13,55; Mc 6,3.
[2] S.
Rituum Congreg., Quemadmodum Deus (8 dicembre 1870): ASS 6
(1870-71), 194.
[3] Cfr Discorso
alle ACLI in occasione della Solennità di San Giuseppe Artigiano (1
maggio 1955): AAS 47 (1955), 406.
[4] Esort.
ap. Redemptoris
custos (15 agosto 1989): AAS 82 (1990), 5-34.
[5] Catechismo
della Chiesa Cattolica, 1014.
[6] Meditazione
in tempo di pandemia (27 marzo 2020): L’Osservatore Romano,
29 marzo 2020, p. 10.
[7] In
Matth. Hom, V, 3: PG 57, 58.
[8] Omelia (19
marzo 1966): Insegnamenti di Paolo VI, IV (1966), 110.
[9] Cfr Libro
della vita, 6, 6-8.
[10] Tutti
i giorni, da più di quarant’anni, dopo le Lodi, recito una preghiera a San
Giuseppe tratta da un libro francese di devozioni, dell’ottocento, della
Congregazione delle Religiose di Gesù e Maria, che esprime devozione, fiducia e
una certa sfida a San Giuseppe: «Glorioso Patriarca San Giuseppe, il cui
potere sa rendere possibili le cose impossibili, vieni in mio aiuto in questi
momenti di angoscia e difficoltà. Prendi sotto la tua protezione le situazioni
tanto gravi e difficili che ti affido, affinché abbiano una felice soluzione.
Mio amato Padre, tutta la mia fiducia è riposta in te. Che non si dica che ti
abbia invocato invano, e poiché tu puoi tutto presso Gesù e Maria, mostrami che
la tua bontà è grande quanto il tuo potere. Amen».
[11] Cfr Dt 4,31; Sal 69,17;
78,38; 86,5; 111,4; 116,5; Ger 31,20.
[12] Cfr
Esort. ap. Evangelii
gaudium (24 novembre 2013), 88; 288: AAS 105
(2013), 1057; 1136-1137.
[13] Cfr Gen 20,3;
28,12; 31,11.24; 40,8; 41,1-32; Nm 12,6; 1 Sam 3,3-10; Dn 2;
4; Gb 33,15.
[14] In
questi casi era prevista anche la lapidazione (cfr Dt 22,20-21).
[15] Cfr Lv 12,1-8; Es 13,2.
[16] Cfr Mt 26,39; Mc 14,36; Lc 22,42.
[17] S.
Giovanni Paolo II, Esort. ap. Redemptoris
custos (15 agosto 1989), 8: AAS 82 (1990), 14.
[18] Omelia
nella S. Messa con Beatificazioni, Villavicencio – Colombia (8
settembre 2017): AAS 109 (2017), 1061.
[19] Enchiridion
de fide, spe et caritate, 3.11: PL 40, 236.
[20] Cfr Dt 10,19; Es 22,20-22; Lc 10,29-37.
[21] Cfr
S. Rituum Congreg., Quemadmodum Deus (8 dicembre 1870): ASS 6
(1870-71), 193; Pii IX, Inclytum Patriarcham (7 luglio 1871): l.c.,
324-327.
[22] Conc.
Ecum. Vat. II, Cost. dogm. Lumen
gentium, 58.
[23] Cfr Catechismo
della Chiesa Cattolica, 963-970.
[24] Edizione
originale: Cień Ojca, Warszawa 1977.
[25] Cfr
S. Giovanni Paolo II, Esort. ap. Redemptoris
custos, 7-8: AAS 82 (1990), 12-16.
[26] Cfr Gen 18,23-32.
[27] Cfr Es 17,8-13;
32,30-35.
[28] Conc.
Ecum. Vat. II, Cost. dogm. Lumen
gentium, 42.
[29] Cfr 1
Cor 11,1; Fil 3,17; 1 Ts 1,6.
[30] Confessioni, 8, 11, 27: PL 32, 761; 10, 27, 38: PL 32, 795.
© Copyright - Libreria Editrice Vaticana