Saint Agapios
Martyr à Césarée de
Palestine (+ 306)
Torturé et condamné à plusieurs reprise à être dévoré par les fauves, il fut livré aux jeux de l'amphithéâtre durant les persécutions de Dioclétien car il refusait d'obtenir la liberté en échange du reniement. Blessé gravement par un ours, le lendemain, alors qu'il respirait encore, on lui attacha des pierres aux pieds et on le jeta à la mer.
À Césarée de Palestine, en 306, saint Agapios, martyr. Déjà soumis plus d'une
fois à des tortures, mais toujours réservé pour de plus hauts combats, il fut
livré dans les jeux de l'amphithéâtre devant l'empereur Maxime lui-même, en
l'honneur de son anniversaire, pour être dévoré par des ours et le lendemain,
alors qu'il respirait encore, on lui attacha des pierres aux pieds et on le
jeta à la mer.
Martyrologe romain
SOURCE : https://nominis.cef.fr/contenus/saint/111/Saint-Agapios.html
Agapios de Césarée de Palestine
† 306
Agapios fait partie d’un grand nombre de Martyrs qui furent immolés durant la persécution de Dioclétien en Palestine.
Il fut d’abord torturé en même temps que s.Timothée de Gaza (v. 19 août), puis maintenu en prison pour plus tard, avec Thecla. Cette dernière était peut-être encore vivante lorsqu’Agapios fut torturé.
Trois fois, il avait été amené dans le cirque, mais à chaque fois le juge le renvoyait à nouvelle échéance.
Finalement, en présence de Maximin Daia, Agapios fut présenté au milieu du cirque, avec un criminel. L’empereur donna sa grâce au criminel (qui avait tué son père), au milieu des acclamations de la foule ; on vivait à nouveau la passion du Christ, où le Verbe éternel était condamné à mort, tandis qu’on libérait le criminel Barabbas (cf. Mt 27:15-26 ; Mc 15:6-15 ; Jn 18:40).
Maximin exhorta Agapios à renier sa foi. Courageusement, Agapios s’élança au-devant de l’ourse qu’on lâchait contre lui. Quand la bête le laissa, il respirait encore. On le traîna en prison ; le lendemain, on lui attacha des pierres aux pieds et on le jeta dans la mer.
Le Martyrologe Romain mentionne saint Agapios de Césarée de Palestine au 21
novembre.
SOURCE : http://www.samuelephrem.eu/article-11-21-116325208.html
La dix-neuvième année du
règne de Dioclétien, au mois de Xantique, qui répond au mois d'avril chez les
Romains, Flavien étant gouverneur de la Palestine, quelques jours avant la fête
de Pâques, on afficha partout, et comme subitement, un édit par lequel il était
ordonné de renverser les églises de fond en comble, de faire disparaître les
Ecritures dans les flammes, de priver les personnages importants de leurs
honneurs et de leurs charges, de réduire en servitude les gens de basse
condition, s'ils persévéraient dans la profession du christianisme. Telle était
la teneur du premier décret lancé contre nous. Il fut bientôt suivi d'un second
qui ordonnait d'arrêter partout les évêques des différentes Églises, de les
charger de chaînes, et ensuite de les contraindre par tous moyens à sacrifier.
Le premier des martyrs de
Palestine fut Procope, qui, à peine arrêté et sans avoir connu les rigueurs de
la prison, fut traîné devant le tribunal du juge. A l'ordre qu'on lui donna de
sacrifier aux dieux, il répondit qu'il ne re-connaissait qu'un seul Dieu, et
pour l'honorer une seule manière, celle que ce Dieu lui-même a prescrite. Quand
on insista pour le faire sacrifier aux quatre empereurs,. il répondit par une
parole peu flatteuse pour leurs personnes : « Il n'est pas bon qu'il y ait
plusieurs maîtres ; un seul Seigneur, un seul roi. » Il n'avait pas fini cette
sentence du poète, que sa tète tombait sous le tranchant du glaive. C'était le
huit du mois Dius, ou, comme diraient les Romains, le septième des ides de
juin, le quatrième jour de la semaine. Cet événement fut comme le premier
signal de la persécution à Césarée de Palestine. Après lui, dans la même ville,
un grand nombre de pasteurs des Églises voisines souffrirent avec courage les
supplices les plus affreux, laissant aux témoins de ces scènes sanglantes
l'exemple de glorieux combats. Quelques-uns cependant sentirent leur courage
défaillir, et cédèrent sans défense au premier choc. On fit passer les autres
demeurés fidèles par tous les genres de supplices, des coups de fouet sans
nombre, la torture, les peignes de fer pour déchirer les flancs, des chaînes
serrées avec une telle violence que plusieurs eurent les nerfs des mains
paralysés ou coupés. Mais les martyrs supportaient tout avec patience, pleins
de respect pour les secrets jugements de Dieu. On saisissait les mains de l'un
d'eux, puis, après l'avoir fait approcher de l'autel, on jetait sur sa main
droite des offrandes impies et sacrilèges, après quoi on le laissait libre,
comme s'il eût réellement sacrifié. Un autre n'avait même pas touché l'encens ;
mais tous criaient qu'il avait sacrifié, et il était contraint de se retirer
sans rien dire. Un autre, déjà demi-mort, avait été pendu ; on l'avait détaché
de ses liens et rejeté comme s'il eût été mort ; on le comptait parmi ceux qui
avaient sacrifié. Celui-ci répétait à haute voix qu'il n'avait point obéi aux
ordres des empereurs : on le frappait à la bouche. Des hommes apostés le réduisaient
ainsi au silence et le chassaient par la violence, s'il refusait de sacrifier :
tant on attachait de prix à la moindre apparence de succès.
Dans ce grand nombre de
chrétiens appelés à comparaître, Alphée et Zachée furent seuls jugés dignes de
la couronne des saints martyrs. Après qu'on eut épuisé contre eux les fouets,
les ongles de fer, les chaînes les plus dures, toutes les douleurs enfin, avec
tous les genres de tourments, on les laissa pendant vingt-quatre heures dans
les entraves, les pieds violemment étendus jusqu'au quatrième trou. Enfin le
dix-sept du mois Dius, qui pour les Romains est le quinze avant les kalendes de
décembre, tous deux, à l'exemple du premier martyr Procope, eurent la tête
tranchée, comme des blasphémateurs, parce qu'ils reconnaissaient hautement
Jésus-Christ comme seul Dieu et seul Roi.
Ce qui arriva le même
jour à Antioche en la personne de Romain mérite d'être rappelé. Né en
Palestine, il était diacre et exorciste de l'Eglise de Césarée. Il était arrivé
à Antioche au temps où l'on commençait à renverser les églises. A la vue d'une
nombreuse multitude d'hommes, de femmes et d'enfants qui couraient en foule aux
temples des idoles pour y sacrifier, il ne put supporter ce spectacle. Rempli
d'un saint zèle pour la gloire de Dieu, il s'approcha d'eux, et, élevant la
voix, il les reprit hautement de leur impiété. Arrêté pour ce trait d'audace,
il sut se montrer jusqu'au bout le généreux martyr de la vérité, à l'égal des
plus grands saints. Le juge le condamna à la mort sur un bûcher. En écoutant
cette sentence, la joie se peignait dans ses traits il laissait éclater les
transports de son allégresse. On le conduisit au supplice ; déjà il était
attaché à la colonne, le bois du bûcher s'élevait autour de lui ; les ministres
qui devaient y mettre le feu étaient à leur poste, attendant l'ordre de
l'empereur qui était présent. Le martyr impatient 's'écria « Où sont donc les
flammes qu'on me réserve ? » Il n'eut pas plutôt prononcé ces paroles qu'il fut
aussitôt rappelé devant l'empereur, et condamné au -supplice encore nouveau
d'avoir la langue coupée. Il le souffrit avec con-stance ; et son exemple fut
pour tous une preuve évidente que la puissance divine adoucit les douleurs les
plus atroces en faveur de ceux qui souffrent pour la piété et fortifie leur
courage. Sans s'effrayer de la nouveauté du supplice, le généreux martyr, plein
de joie, tire la langue de sa bouche et la présente à couper aux bourreaux.
Après quoi il fut jeté dans les fers, et il y vécut longtemps au milieu des
souffrances de toute sorte, jusqu'à ce qu'enfin, aux fêtes de l'empereur dites
Vicennales, dans ces jours où partout, d'après les anciens usages de la
munificence impériale, la liberté était solennellement annoncée à tous les
prisonniers, Romain seul fut violemment tiré sur le chevalet jusqu'au cinquième
trou ; puis, pendant qu'on le tenait ainsi étendu sur le bois, on lui jeta une
corde au cou. Ce fut ainsi qu'il obtint la couronne du martyre qu'il avait tant
désirée. Quoiqu'il soit mort sur une terre étrangère, il était de Palestine et
mérite d'être compté parmi les martyrs de cette province. Tels sont les
principaux faits qui ont signalé la première année de cette persécution dirigée
contre les seuls chefs des Eglises.
Dans le cours de la
seconde année, la guerre reprit contre nous avec plus de fureur. Urbain était
alors gouverneur de la province. On lui remit d'abord des lettres impériales
adressées à tout l'univers. Elles contenaient l'ordre formel à tous les
citoyens de faire des libations et des sacrifices aux idoles, chacun dans sa
ville. Ce fut dans ces circonstances que Timothée, à Gaza, ville de Palestine,
après avoir été soumis à des tortures sans nombre, fut enfin livré aux flammes
pour être brûlé à petit feu. Il donna jusqu'à la fin l'exemple le plus éclatant
de la sincérité de sa foi, par sa constance dans les tourments, et remporta la
couronne réservée aux saints athlètes du Christ. En même temps Agapius et notre
Thécla, qui n'avaient pas montré moins de courage, furent condamnés à servir de
pâture aux bêtes. Mais les faits qui suivirent, a-t-on pu les voir sans en être
saisi d'admiration ? les entendre raconter sans être frappé de stupeur ? Les
Gentils allaient célébrer une de leurs fêtes solennelles avec les spectacles
accoutumés. Le bruit s'était répandu partout que, indépendamment des acteurs
qu'on avait préparés pour répondre à l'empressement général, on verrait encore
descendre dans l'arène ceux des chrétiens qu'on avait condamnés aux bêtes peu
auparavant. A cette nouvelle qui grandissait sans cesse en se propageant, on
vit se présenter six jeunes hommes : l'un, Timolaüs, était originaire du Pont ;
l'autre, de Tripoli en Phénicie, se nommait Denys ; le troisième, Romulus,
était sous-diacre de l'Église de Diospolis ; deux autres, Pausis et Alexandre,
étaient d'Égypte ; enfin le dernier, nommé Alexandre comme le précédent, était
de Gaza. Devançant Urbain, qui était sur le point de commencer la chasse aux
chrétiens, ils s'étaient d'abord enchaîné les mains, afin de témoigner leur
désir ardent du martyre. Ils étaient accourus en toute hâte, criant à haute
voix qu'ils étaient chrétiens, et montrant, par leur zèle à affronter tous les
tourments, que ceux qui ont mis leur gloire à honorer le vrai Dieu ne tremblent
pas devant la rage des bêtes féroces. Cette démarche saisit vivement le
gouverneur et tous ceux qui l'entouraient ; les six jeunes gens furent aussitôt
jetés en prison. Deux jours après, ils furent rejoints par deux autres
chrétiens, dont l'un, nommé Agapius, avait déjà, dans de nombreux
interrogatoires, enduré en mille manières les plus cruelles tortures ; et l'autre,
nommé Denys, était arrêté seulement pour avoir fourni aux prisonniers ce qui
leur était nécessaire. Tous les huit eurent la tête tranchée, le même jour,
dans la ville de Césarée, le vingt-quatre du mois Distri, c'est-à-dire neuf
jours avant les kalendes d'avril.
A cette époque, une
grande révolution avait lieu dans l'empire. Celui des empereurs qui tenait le
premier rang, et le second avec lequel il avait partagé son titre, étaient
descendus à la vie privée. Les affaires de la république tombèrent bientôt dans
le plus triste état. Peu de temps après, le gouvernement s'étant divisé contre
lui-même, on vit éclater entre les Romains une guerre civile épouvantable ;
cette division ne cessa, ainsi que les troubles qui s'en étaient suivis, que
lorsque la paix eut été rendue aux chrétiens dans toute l'étendue de la
puissance romaine. Car à peine cette paix eut commencé à réjouir le monde,
comme la lumière qui succède à une nuit ténébreuse, qu'aussitôt les affaires
publiques de l'empire recouvrèrent la stabilité, le bonheur et la paix, tous
les citoyens reprenant cette bienveillance antique dont nos pères nous avaient
laissé le modèle. Mais nous compléterons plus amplement ce récit en son lieu.
Nous allons continuer maintenant l'ordre des faits dans leur suite
chronologique.
Sur ces entrefaites, le
César Maximin fut élevé à l'empire. L'impiété et la haine de Dieu semblaient
avoir formé en lui une seconde nature, dont il voulut tout d'abord faire
éclater les emportements aux yeux du monde : aussi la persécution qu'il excita
contre nous fut-elle plus violente que celle de ses prédécesseurs. Le trouble
et la confusion se jetèrent dans nos rangs; tousse dispersèrent, chacun ne
songeant qu'au moyen d'échapper au danger. Au milieu de cette agitation qui
menaçait de tout ébranler, quelle parole pourrait dignement raconter l'ardent
amour de Dieu et la confession généreuse du bienheureux, ou plutôt de
l'innocent agneau, le martyr Apphien ? Aux portes de Césarée, en présence de
tous les habitants, il donna de sa religion envers le seul vrai Dieu un exemple
d'autant plus admirable que son âge était plus tendre ; il n'avait pas encore
atteint sa vingtième année. Ses parents jouissaient dans le monde de richesses
considérables : c'est pourquoi il avait dû étudier les lettres humaines et tout
l'art des Grecs. Dans ce dessein il séjourna longtemps à Béryte. Le courage
avec lequel, dans une ville aussi corrompue, il se montra toujours supérieur
aux passions de la jeunesse, est un prodige qu'on aura peine à croire. Malgré l'ardeur
de son tempérament, et malgré la société des jeunes gens de son âge, il fut
inébranlable et demeura constamment fidèle à la vertu qu'ilavait embrassée,
réglant sa vie selon l'honneur, la modestie et la piété, et selon les lois du
christianisme. S'il est nécessaire de nommer ici sa patrie, afin de ne pas lui
dérober la gloire d'avoir donné le jour à ce généreux athlète de la foi, je le
ferai volontiers.
On connaît Pagas, une des
villes les plus importantes de la Lycie : c'est là qu'était né notre jeune
martyr. Ses études terminées, quand il revint de Béryte, son père occupait le
premier rang à la tête de la cité ; cependant Apphien ne put consentir à
demeurer avec lui, non plus qu'avec les autres membres de sa famille, parce
qu'ils ne voulaient pas vivre selon les préceptes de la religion du vrai Diên.
Animé de l'esprit divin et cédant aux conseils d'une philosophie qui lui était
comme naturelle, ou plutôt aux inspirations de la philosophie la seule divine
et la seule vraie, il éleva ses pensées au-dessus de ce que le monde appelle
la, gloire, foula aux pieds les plaisirs des sens, et s'enfuit secrètement de
la maison paternelle. Plein de joie et de confiante en Dieu, il ne s'était pas
mis en peine de ce qui lui serait nécessaire pour subsister même le premier
jour. L'Esprit de Dieu le conduisit comme par la main, et l'amena dans la ville
de Césarée, où il lui avait préparé la couronne du martyre. Il y vécut avec
nous, et se fit en peu de temps un riche trésor par la connaissance des saintes
Écritures, en même temps qu'il. fortifiait son courage par les exercices de
l'abstinence. Quant à sa mort glorieuse, qui peut en avoir été témoin sans être
frappé d'admiration ? Qui même peut l'avoir seulement entendu raconter sans
admirer dans ce jeune martyr, je ne dis pas sa résolution elle-même qui aurait
droit à tous nos éloges, mais la confiance, la liberté, la fermeté, et
par-dessus tout la généreuse audace avec laquelle il a su l'exécuter ? car ce
furent là autant de signes certains de son zèle pour la foi et de l'esprit qui
l'animait.
C'était la troisième
année de la persécution de Dioclétien ; Maximin venait de commencer contre nous
sa deuxième campagne. Des lettres de l'empereur étaient arrivées, ordonnant aux
gouverneurs d'employer toute leur diligence et tous leurs soins à faire
sacrifier les habitants de leurs cités. Déjà la voix des hérauts convoquait
dans les temples des idoles, par les ordres du gouverneur, tous les habitants
de Césarée, hommes, femmes et enfants ; afin que personne n'échappât, les
tribuns les appelaient chacun par leur nom. C'était une effroyable tempête de
malheurs qui s'abattait sur la ville. Notre jeune chrétien ne se laissa point
effrayer ; sans rien dire à personne de son dessein, pas même à nous qui
vivions avec lui, il traverse une cohorte entière de soldats qui faisait la
garde autour du gouverneur, et s'approche d'Urbain, au moment où celui-ci était
sur le point de sacrifier. Il saisit intrépidement sa main droite, et l'empêche
de consommer son offrande. En même temps, avec une certaine dignité toute
céleste, il l'avertit, comme un sage conseiller, de renoncer à l'erreur,
ajoutant qu'il était honteux d'abandonner le seul vrai Dieu, pour immoler à des
idoles et à des démons. On comprend que le jeune confesseur était poussé à une
action si hardie par une vertu secrète de Dieu, qui voulait par là faire
connaître au monde que les véritables chrétiens, bien loin de pouvoir être
arrachés au culte du Dieu de l'univers qu'ils ont eu le bonheur de connaître,
savent non seulement s'élever au-dessus des menaces et des tourments, mais
encore y puiser un motif de confiance pour publier généreusement et sans
crainte la vérité de leur foi, et jusqu'à exhorter leurs persécuteurs.
Cependant les soldats du gouverneur, plus furieux que des bêtes sauvages, se
sont jetés aussitôt sur Apphien et le déchirent. Il est couvert de mille et
mille plaies ; mais son courage demeure inébranlable. A la fin on le conduisit
à la prison.
Il y demeura un jour et
une nuit, les deux pieds violemment étendus dans les entraves ; et, le
surlendemain, il fut ramené devant le gouverneur. En vain celui-ci voulut le
contraindre à sacrifier; les supplices, les douleurs les plus épouvantables ne
servirent qu'à manifester sa constance. Non pas une fois ou deux, mais à
plusieurs reprises, on lui déchira les flancs jusqu'à mettre à nu les os et les
entrailles. Au visage et sur le cou on le frappa si brutalement que ses amis
eux-mêmes ne pouvaient le reconnaître, tant sa face était enflée. Puis, comme
on ne gagnait rien, on lui enveloppa les pieds avec des linges trempés dans
l'huile, et on y mit le feu par ordre du gouverneur.
La violence des douleurs
qu'eut à endurer alors notre bienheureux martyr dépasse tout ce qu'on pourrait
exprimer. Le feu, après avoir consumé les chairs, pénétra jusqu'aux os ; on vit
les humeurs se fondre et tomber goutte à goutte, nomme la cire. Le martyr
demeurait ferme, et ses bourreaux étaient vaincus, ne sachant quels supplices
opposer à tant de constance. Apphien fut reconduit en prison. Trois jours
après, il fut encore une fois présenté au gouverneur. Mais, quoique déjà à
moitié mort, il répéta la même profession de sa foi. En conséquence, il fut
condamné à être jeté au fond de la mer. Ce qui suivit va paraître incroyable à
tous ceux qui n'en ont pas été les témoins; cependant cette considération ne
peut m'empêcher d'en faire le récit, puisque tous les habitants de Césarée
l'ont vu de leurs yeux. A peine ce saint et trois fois heureux martyr eut été
jeté au milieu de la mer pour être enseveli dans ses profondeurs, qu'une
violente tempête accompagnée d'un tremblement de terre affreux bouleversa la mer
et tous ses rivages. La terre, la ville surtout de Césarée, furent ébranlées.
Au milieu de cet ébranlement universel, la mer, comme si elle n'eût pas été
digne de conserver dans son sein le corps du martyr, le rejeta aux portes de la
ville. Telle fut la mort du bienheureux Apphien, le deuxième jour du mois
Xantippe, qui correspond au quatrième des nones d'avril, le vendredi de la
Grande Semaine.
Dans le même temps et
presque au même jour, dans la ville de Tyr un jeune homme nommé Ulpien mourait
également pour sa foi. Couvert de plaies, déchiré par une sanglante
flagellation, on l'avait enfermé, avec un chien et un aspic dont le venin était
mortel, dans la peau d'un boeuf récemment écorché, puis on l'avait jeté à la
mer. Ce dernier trait, qui rappelle le martyre d'Apphien, m'a engagé à donner
ici son nom avec l'honneur qui lui est dû. Comme Apphien encore, mais un peu
plus tard, mourut Édèse. C'était son frère non seulement selon Dieu, mais selon
la chair ; car ils avaient eu tous deux le même père. Forcé souvent de
confesser sa foi, il avait souffert les tourments d'une longue prison ;
plusieurs fois aussi la sentence des juges l'avait envoyé travailler aux mines
de la Palestine. Jamais, au milieu de ces épreuves, il n'avait quitté le
manteau de philosophe, ni cessé de vivre de leur vie. Aussi il avait plus
d'instruction que son frère, s'étant toujours livré avec ardeur aux études
philosophiques. Un jour enfin, dans la ville d'Alexandrie, il avait vu un juge
condamner des chrétiens et s'emporter contre eux aux excès les plus révoltants,
insulter en mille manières des hommes graves, et livrer des femmes vertueuses,
des vierges saintes aux outrages d'hommes débauchés. Il ne put supporter un
pareil spectacle, et osant ce qu'avait osé son frère, il s'approcha avec une
généreuse audace, et par ses paroles et son geste força le juge à rougir. Il
supporta avec une con-stance égale les nombreux tourments par lesquels on
voulut punir son courage. A la fin on le jeta à la mer, comme on avait fait de
son frère. Ainsi mourut Édèse, quelque temps après Apphien, comme nous l'avons
dit, mais de la même manière que lui.
La quatrième année de la
persécution, le vingtième jour du mois Dius, qui répond au douze des kalendes
de décembre, le sixième jour de la semaine, il arriva dans la ville de Césarée
un fait vraiment digne d'être conservé pour la postérité. L'empereur Maximin
était présent, et faisait donner au peuple des spectacles pour célébrer le jour
de sa naissance. La coutume voulait qu'on ne négligeât rien pour que les jeux
en présence de l'empereur fussent plus magnifiques et plus agréables au peuple
que dans tout autre circonstance. Il fallait quelque chose de nouveau,
d'étrange et qui dépassât tout ce qu'on avait vu jusque-là : des animaux amenés
de l'Inde, de l'Éthiopie, de tous les lieux du monde, des hommes capables
d'enivrer la foule d'admiration et de bonheur, par leur habileté dans les
exercices du corps. Mais, dans la circonstance présente, le spectacle sous les
yeux de l'empereur devait offrir à la foule un prodige inouï de magnificence et
de grandeur. Quel fut donc ce prodige? Un martyr de notre religion fut traîné
au milieu de l'amphithéâtre ; il allait combattre pour l'honneur du Dieu unique
et véritable. Son nom était Agapius. Déjà nous l'avions vu, il y avait peu de
temps, exposé aux bêtes avec la vierge Thécla. Trois fois auparavant, on
l'avait tiré de la prison et jeté dans le stade avec des malfaiteurs; trois
fois le juge, soit compassion, soif espérance de le faire renoncer à sa foi,
l'avait renvoyé avec menace, le réservant pour d'autres combats.
Enfin il fut amené devant
l'empereur. On eût dit que c'était à dessein que son supplice avait été différé
jusqu'à ce jour, afin que fût accomplie en lui la parole du Sauveur annonçant à
ses Apôtres avec l'infaillibilité de sa prescience divine qu'ils seraient
traînés devant les rois, pour lui rendre témoignage. Il fut donc traîné dans le
stade avec un scélérat accusé d'avoir tué son maître. Le meurtrier, après avoir
été jeté aux bêtes, mérita d'exciter la compassion et la clémence de l'empereur
à peu près comme Barabbas avait été préféré au Sauveur. Des acclamations
enthousiastes retentirent au même instant dans l'amphithéâtre, « à la clémence
de l'empereur » qui venait de sauver la vie d'un homicide, et lui rendre avec
la vie l'honneur et la liberté. Mais pour l'athlète chrétien, l'empereur le
fait approcher et lui promet la liberté s’il renonce à sa foi. Agapius, élevant
aussitôt la voix, proteste que, n'étant point accusé pour un crime dont il pût
rougir, mais seulement à cause de sa piété envers le Créateur de l'univers, il
est prêt à souffrir toutes sortes de supplices avec constance et même avec
joie. Joignant en même temps la parole à l'action, il court au-devant d'un ours
qu'on avait lancé contre lui, et se livre avec joie à sa dent meurtrière.
Couvert de blessures, comme il respirait encore, il fut reporté en prison. Il y
vécut un jour; le lendemain on lui attacha des pierres aux pieds, et on le
précipita au milieu de la mer. Tel fut le martyre d'Agapius.
En la cinquième année de
la persécution, le deuxième jour du mois Xantippe, qui répond au quatre des
nones d'avril, le jour même de la Résurrection du Sauveur, et dans cette même
ville de Césarée, une jeune vierge de Tyr nommée Théodosia, à peine âgée de
dix-huit ans, mais ornée de cette dignité que donnent la foi et la vertu,
s'était approchée de quelques saints martyrs qui, assis devant le prétoire,
confessaient la royauté du Christ. Elle voulait les saluer, et sans doute aussi
les prier de se souvenir d'elle quand ils seraient devant Dieu. Pour cette
oeuvre de piété, comme si elle se fût rendue coupable du plus grand des
sacrilèges, les soldats la saisirent et la conduisirent devant le préfet.
C'était un homme emporté, plus féroce que les bêtes sauvages. Il lui fit
déchirer les mamelles, les flancs et jusqu'aux os avec des ongles de fer.
Enfin, voyant qu'elle respirait encore, et qu'elle conservait au milieu de ses
souffrances le contentement et la joie peints sur son visage, il la fit jeter
dans lis mer. Revenant ensuite aux autres confesseurs, il les condamna tous à
travailler aux mines de cuivre qui sont à Phaenos, en Palestine.
Quelque temps après, le
cinquième jour du mois Dius, qui répond chez les Romains aux nones de novembre,
Sylvain, étant encore simple prêtre, eut l'honneur de confesser sa foi ; plus
tard élevé à l'épiscopat, il consomma sa vie par le martyre. Ses compagnons,
qui avaient montré une généreuse constance dans leur amour de la religion,
furent condamnés aux travaux des mines de cuivre par le même préfet, qui leur
fit auparavant brûler avec un fer chaud les nerfs des articulations d'un pied.
La même sentence qui atteignait à la fois tant de victimes frappait un chrétien
déjà célèbre pour avoir confessé souvent sa foi. Il se nommait Domninus ; tous
dans la Palestine connaissaient sa généreuse liberté devant les persécuteurs.
Il fut condamné à être brûlé vif. Le cruel préfet, ingénieux dans sa barbarie
et fécond en inventions nouvelles pour persécuter la doctrine du Christ,
imagina contre les saints martyrs des supplices inouïs jusque-là. Il en,
condamna trois à se battre les uns contre les autres à coups de gantelet.
Auxentius, saint et vénérable prêtre, fut livré aux bêtes; d'autres, malgré
leur âge assez avancé, furent faits eunuques et envoyés aux mines. Enfin
plusieurs, après avoir été épuisés dans des supplices affreux, furent condamnés
à languir dans les prisons.
De ce nombre fut
Pamphile, le plus cher de mes amis. Ses mérites en tous genres en ont fait le
plus célèbre des martyrs de notre siècle. Urbain, après avoir expérimenté son
habileté dans l'éloquence et dans la philosophie, voulut le contraindre à
sacrifier. Le confesseur ayant refusé et ne faisant aucun cas de ses menaces,
il se laissa emporter aux excès de la fureur la plus sauvage, et commanda de
sévir contre lui sans pitié. Non content de lui avoir déchiré les flancs dans
des tourments longs et souvent répétés, comme il vit qu'il n'en remportait que
la honte, il le réunit
dans la prison aux autres confesseurs. Les châtiments par lesquels la justice
divine vengera dans l'autre vie tant de cruautés exercées contre les saints
martyrs peuvent facilement s'apprécier par la
manière dont Urbain fut
puni dès celle-ci. En effet, peu après les emportements de sa fureur contre
Pamphile, lorsqu'il était encore revêtu du commandement, la main de Dieu vint
subitement le frapper. La veille il siégeait encore sur son tribunal et
prononçait des sentences ; de nombreux soldats veillaient autour de lui ; il
commandait au peuple entier de la Palestine ; admis dans l'intimité du prince
et s'honorant de son amitié, souvent il partageait ses festins ; tout à coup,
dans une seule nuit, il se vit dépouillé de tout; on lui enleva tous ses
honneurs, le chargeant de honte et d'opprobre devant ceux qui tout à l'heure
tremblaient devant sa puissance. Tout ce peuple dont il était le tyran put le
voir trembler comme une femme et mêler ses prières à ses sanglots. Maximin
lui-même, dont auparavant il se flattait, dans son orgueil, de posséder les
faveurs et l'amitié, à cause des violences exercées contre nous, Maximin, dans
cette ville même de Césarée, voulut être son juge. Il le fut en effet ; mais,
cruel et inexorable, il ne porta contre lui la sentence de mort qu'après
l'avoir accablé de honte et d'infamie pour tous les crimes dont on l'avait
convaincu. Je n'indique ces faits qu'en passant ; peut-être un jour
trouverai-je le loisir de raconter sur les impies qui nous ont le plus cruellement
persécutés, et principalement sur Maximin et ses ministres, quelles ont été
leur fin et les révolutions étranges dont ils ont été les victimes. Il y avait
déjà six ans que la persécution sévissait contre nous sans relâche. Une
multitude presque innombrable de confesseurs de la foi vivaient au fond de la
Thébaïde dans un lieu appelé Porphyrite, à cause du marbre qu'on en tire. Sur
ce nombre on choisit quatre-vingt-dix-sept hommes, avec des femmes et des
jeunes enfants, pour les envoyer au gouverneur de Palestine. Ils rendirent un
généreux témoignage au Christ comme au Dieu de l'univers ; c'est pourquoi on
leur brûla le nerf du pied gauche avec un fer chaud, et on leur creva la
membrane de l'oeil droit et sa prunelle avec une épée, prenant soin de le
dessécher ensuite jusqu'à la racine avec le feu. C'était le gouverneur
Firmilien, qu'on avait donné pour successeur à Urbain, qui avait porté cette
sentence au nom de l'empereur. Il envoya ces martyrs aux mines de sa province,
épuiser leur reste de vie dans les travaux, les mauvais traitements et la
misère. Ce ne sont pas les seuls auxquels nous avons vu souffrir d'horribles
supplices. Nous avons dit plus haut que des confesseurs de la Palestine avaient
été condamnés aux combats du pugilat. Comme ils ne voulaient ni recevoir la
nourriture que le trésor impérial leur fournissait, ni se livrer aux exercices
journaliers des athlètes, on les signala, non seulement aux officiers chargés
de les nourrir, mais encore à Maximin lui-même, devant qui ils durent comparaître
pour répondre à cette dénonciation. Ils persévérèrent avec une généreuse
constance dans la confession de leur foi, malgré la faim et les coups par
lesquels on voulait triompher de leur patience. On les traita comme ceux dont
nous venons de parler, en leur donnant pour compagnons dans leur martyre
plusieurs chrétiens de cette même ville de Césarée. Ces derniers avaient été
pris dans la ville de Gaza, pendant qu'ils écoutaient au milieu de leur réunion
la lecture des Livres saints. On les tourmenta de la même manière que les
précédents, les uns aux pieds seulement, les autres aux pieds et aux yeux ;
quelques-uns enfin furent soumis au supplice plus cruel des ongles de fer avec
lesquels on leur déchirait les flancs.
Parmi ces derniers, une
femme douée d'un courage vraiment viril n'avait pu supporter de se voir livrée
à la prostitution ; et elle avait osé parler contre le tyran qui confiait le
gouvernement de ses provinces à des hommes si cruels. On la frappa d'abord à
coups de fouet ; ensuite elle fut étendue sur le chevalet, et des ongles de fer
lui sillonnèrent les côtés. Tandis que les bourreaux, par les ordres du juge,
redoublaient d'efforts et de constance dans leur sauvage barbarie, une autre
femme, supérieure aux guerriers les plus vantés de la Grèce pour leur
indépendance, ne put supporter la vue de cette cruauté inhumaine, impitoyable.
Comme la première, elle avait consacré à Dieu sa virginité ; son extérieur
n'avait rien que de vil et de méprisable ; mais c'était une âme généreuse qu'animait
une pensée plus grande que l'étroite prison du corps. Du milieu de la foule,
elle se mit à crier au gouverneur : « Jusques à quand veux-tu torturer ainsi ma
soeur ? » A ces paroles, le gouverneur, transporté de colère, ordonna qu'on
arrêtât cette femme ; elle fut traînée devant lui. Mais tout d'abord elle traça
sur elle l'auguste nom du Sauveur ; et quand on voulut par des paroles de
séduction l'amener à sacrifier, elle refusa. Enfin elle fut traînée de force au
pied de l'autel. Alors, toujours semblable à elle-même et avec le courage
qu'avait déjà montré la première vierge sa soeur, on la vit d'un pied vigoureux
et intrépide frapper l'autel, le renverser avec les offrandes et le feu qu'on y
tenait allumé. Le juge, irrité comme une bête sauvage, voulut qu'on multipliât
les tourments sur le corps de la victime plus qu'on ne l'avait jamais fait : on
eût dit qu'il voulait se rassasier de sa chair. Quand à la fin sa rage fut
assouvie, le tyran fit enchaîner ensemble les deux vierges ; puis il les
condamna à périr dans les flammes. On dit que la première était née dans le
pays de Gaza. La deuxième était originaire de Césarée ; beaucoup la
connaissaient ; elle se nommait Valentine.
Un martyr suivit presque
immédiatement. Où trouverai-je des termes pour en parler dignement? On
l'appelait le très heureux Paul. Condamné par la même sentence qui avait frappé
les deux vierges, et sur le point de consommer son sacrifice, il demanda au
bourreau qui allait lui trancher la tête de lui accorder quelques instants. Il
les obtint, et aussitôt, élevant la voix, il offrit à Dieu pour ses frères le
sacrifice de ses prières, demandant que la liberté leur fût bientôt rendue ; il
demanda ensuite pour les Juifs qu'ils se convertissent à Dieu par le Christ ;
puis, descendant par ordre aux peuples les plus éloignés de la vérité, il
implora la même grâce pour les Samaritains. Quant aux Gentils embarrassés
encore dans les ténèbres de l'erreur et de l'ignorance, il priait Dieu d'ouvrir
leurs yeux à la lumière et de leur accorder de recevoir la religion véritable.
Ainsi personne n'était oublié dans cette foule nombreuse qui l'environnait.
Après cela, ô ineffable douceur de la charité ! il pria le Dieu de toute
créature pour le juge qui l'avait condamné à mort, pour les empereurs, pour le
bourreau qui allai-Hui trancher la tête: Le bourreau et la foule entendaient
cette prière ; le martyr demandait que sa mort ne leur fût point imputée comme
un crime. Il priait à haute voix, et tous versaient des larmes, émus de
compassion à la vue d'un innocent condamné à périr. Cependant, il s'apprête
lui-même pour l'exécution, découvre son cou et le présente au glaive. C'est le
vingt-cinquième jour du mois Panème, c'est-à-dire huit jours avant les kalendes
d'août, qu'il reçut de Dieu la couronne du martyre.
Tel fut le sort de tous
ces saints. Peu de temps après, on vit encore arriver de la terre d'Égypte
d'admirables athlètes, confesseurs de la foi du Christ, au nombre de cent
trente. Après avoir subi dans leur patrie les mêmes supplices aux yeux et aux
pieds que les premiers martyrs égyptiens, ils furent envoyés par les ordres de
Maximin, les uns dans les mines de Palestine dont nous avons déjà parlé, les
autres aux mines de Cilicie.
Tant de grandes vertus
dans les généreux martyrs du Christ avaient comme épuisé la persécution ; et
les feux de sa rage semblaient s'éteindre dans le sang de ces victimes sacrées.
Un peu de repos et de liberté avait été accordé dans la Thébaïde à ceux qu'on y
avait envoyés, en haine du Christ, travailler aux mines ; enfin nous
commencions à respirer librement dans un air plus pur, quand tout à coup, je ne
sais par quel motif, l'homme qui avait reçu le pouvoir de nous persécuter
s'enflamma d'une nouvelle fureur contre les chrétiens. Partout à la fois dans
les provinces de l'empire, furent envoyés de nouveaux édits de Maximin contre
les chrétiens. On vit les gouverneurs, le préfet du prétoire, par des avis, des
lettres, des ordres solennels, presser non seulement les généraux, mais les
intendants des villes, les magistrats, les receveurs des deniers publics, de
veiller à l'accomplissement de l'édit impérial. Ils devaient le plus
promptement possible rebâtir les temples des idoles tombés en ruine, et
contraindre tout le monde, hommes, femmes, serviteurs, même les enfants encore
à la mamelle, de sacrifier, de faire des libations, et de goûter aux chairs des
victimes immolées aux dieux. Ordre était donné de communiquer, par des
libations, à toutes les denrées du forum la souillure des victimes offertes aux
démons. A l'entrée des bains, ils devaient établir comme en sentinelle des
officiers chargés de contraindre à des sacrifices impies tous ceux qui venaient
s'y laver. Ces ordres s'exécutèrent, et grand nombre de nos frères furent de
nouveau plongés dans les inquiétudes et les angoisses ; on en était venu même à
un tel excès, que des gens étrangers à notre foi protestaient hautement contre
ces violences, qui leur semblaient au moins inutiles et inopportunes.
Mais à ce moment où la
tempête éclatait partout à la fois et nous menaçait tous, la puissance divine
du Sauveur inspira à ses généreux athlètes assez de courage pour fouler aux
pieds les menaces des tyrans, alors même que personne encore n'employait contre
eux les séductions ni la violence. En effet, trois de nos fidèles, se
réunissant dans une résolution commune, s'élancèrent près du gouverneur dans le
temps qu'il sacrifiait aux idoles, en lui criant de renoncer à ses erreurs,
qu'il n'y a point d'autre Dieu que le suprême Créateur et ordonnateur de toutes
choses. Interrogés sur ce qu'ils étaient, ils répondirent hardiment qu'ils
étaient chrétiens. Firmilien, n'étant plus maître de sa colère, ne voulut point
attendre contre eux l'épreuve de longs supplices ; il leur fit aussitôt
trancher la tête. L'un d'eux était prêtre, et s'appelait Antonin ; un autre,
Zébinas, était de la ville d'Eleuthéropolis ; enfin le troisième s'appelait
Germain. Leur martyre eut lieu le treize du mois Dius, qui répond aux ides de novembre.
Le même jour, une femme de Scythopolis, Ennathas, partageait leur supplice,
unissant au martyre la couronne de virginité. Celle-là ne s'était point
présentée d'elle-même; elle avait été traînée par la violence devant le juge.
Auparavant elle avait eu à subir les coups de fouet et les plus sanglants
outrages. Un tribun du voisinage, sans aucun ordre du commandant supérieur,
s'était emporté à ces excès. Il se nommait Maxis,. nom odieux d'un être plus
odieux encore. D'une force prodigieuse, et avec cela violent et corrompu, tout
en lui était terrible ; il était un objet d'horreur pour tous ceux qui le
connaissaient. Il osa dépouiller de ses vêtements la bienheureuse, des épaules
à la ceinture, la promener dans cet état par toute la ville de Césarée, et la
déchirer de coups sur toutes les places publiques. Ce fut après avoir supporté
ces outrages avec une merveilleuse constance qu'elle fut conduite devant le
tribunal du juge, qui la condamna à être brûlée vive.
Bientôt, ce même juge,
emporté par sa cruauté et sa rage contre les serviteurs de Dieu, foula aux
pieds les lois même de la nature ; il n'eut pas honte d'envier aux cadavres des
saints les honneurs d'un sépulcre. Jour et nuit il faisait garder les corps en
plein air, sur le lieu même du supplice, afin qu'ils servissent de proie aux
bêtes féroces ; et pendant longtemps on put voir de nombreux soldats employés à
exécuter cet ordre cruel et sauvage, et qui dépensaient le plus grand zèle à
empêcher que les corps ne fussent enlevés. Les chiens, les bêtes sauvages, les
oiseaux de proie dispersaient çà et là les membres ; et la ville était jonchée
d'entrailles, d'ossements, de débris humains. Ceux qui jusque-là avaient été
nos ennemis avouaient qu'ils n'avaient rien vu de si cruel ni de si horrible. Ils
pleuraient moins, il est vrai, les violences faites aux victimes que l'outrage
qu'on leur faisait à eux-mêmes et à toute la nature humaine. C'était aux portes
de la ville qu'était exposé ce spectacle dont l'histoire ni la tragédie
n'offriraient aucun exemple. Vous eussiez vu non pas dans un endroit seulement,
mais en tout lieu, des chairs humaines jetées à la voirie et dévorées par les
bêtes. Quelques-uns rapportèrent avoir vu des membres entiers, des lambeaux de
chair et d'entrailles exposés dans l'enceinte même de la ville pendant
plusieurs jours, et au-dessus de ces restes sacrés un miracle se renouveler
sans cesse. L'air était pur et brillant ; pas un nuage ne troublait la sérénité
du ciel. Tout à coup on vit la plupart des colonnes qui soutiennent les
portiques de la ville suinter des larmes. Le forum, les places publiques, sans
qu'une goutte d'eau fût tombée du ciel, se couvraient d'une abondante rosée,
dont on ne pouvait dire l'origine, afin que tous apprissent que la terre par un
inexplicable prodige avait pleuré, et qu'elle n'avait pu supporter l'impiété
des crimes qui se commettaient. Ainsi Dieu voulait confondre la nature barbare
et sans pitié chez les hommes, en montrant ces pierres, nature insensible,
attendries sur de si grands événements. La postérité ne verra peut-être dans ce
récit qu'une fable inventée à plaisir ; mais ceux qui ont été les témoins de
ces faits n'en révoqueront pas la vérité.
Le quatorzième jour du
mois suivant, que nous nommons Appellée, et qui répond au dix-neuf des kalendes
de janvier, quelques chrétiens d'Égypte furent arrêtés par les soldats qui
avaient ordre de surveiller tous ceux qui franchissaient l'enceinte de la
ville. Ils étaient venus exprès de leur pays pour assister les confesseurs en
Cilicie. La plupart, comme ceux qu'ils venaient secourir, furent condamnés à
avoir l'oeil crevé, et le nerf du pied brûlé. Trois furent enfermés dans les
prisons d'Ascalon, et donnèrent des preuves d'une merveilleuse constance. Ils
consommèrent leur martyre dans des supplices divers. L'un d'eux, nommé Arès,
fut livré aux flammes ; les deux autres, Probus et Élie, eurent la tête
tranchée.
Le onzième jour du mois
Audynée, qui répond au trois des ides de janvier, dans cette même ville de
Césarée, Pierre l'Ascète, surnommé Apselame, natif du bourg d'Anée, dans le
territoire d'Eleuthéropolis, fut soumis, comme l'or, à l'épreuve du feu, et
donna une preuve éclatante de la pureté de sa foi au Christ de Dieu. Le juge et
ses officiers le priaient en mille manières d'avoir pitié de lui-même et
d'épargner sa jeunesse ; mais lui, méprisant leurs instances, préféra à tous
les biens de ce monde, à la vie même, l'espérance au Dieu de tout l'univers. Il
y avait avec lui un évêque qu'on disait engagé dans les erreurs de Marcion, par
un zèle qu'il croyait de la piété, mais qui, à coup sûr, n'était pas selon la
science. Quoi qu'il en soit, tous deux terminèrent leur vie sur le même bûcher.
L'ordre des faits
m'appelle maintenant à raconter le spectacle glorieux et sublime qu'ont donné
au monde Pamphile, dont le nom m'est si cher, et tous ceux qui ont souffert
avec lui. Ils étaient douze, comme les Apôtres, et avaient été honorés comme
eux du don de prophétie et de la grâce de l'apostolat. Seul parmi eux, Pamphile
avait été élevé à la dignité du sacerdoce à Césarée. Toute sa vie on l'avait
distingué par l'éclat des vertus, la fuite du monde, la charité qui le portait
à faire part de ses biens aux pauvres, le mépris des espérances du siècle,
enfin par son zèle aux exercices de la vraie philosophie. Mais surtout il
dépassait tous les hommes de notre temps par son ardent amour des divines
Écritures. Son assiduité infatigable à tous les travaux qu'il entreprenait, sa
tendresse envers ses parents, ses amis, et en général tous ceux qui avaient recours
à lui ; enfin les autres caractères de sa vertu qu'il serait trop long de faire
connaître ici, nous les avons déjà décrits dans un ouvrage spécial partagé en
trois livres. Nous y renvoyons tous ceux qui désireraient les connaître ; et
nous revenons à la suite de l'histoire de nos martyrs. Le second qui descendit
dans l'arène après Pamphile était Valens, diacre de l'Eglise d'Ælia ; c'était
un vieillard vénérable à qui les cheveux blancs donnaient un air auguste. Plus
versé que personne dans les saintes Ecritures, il les savait par coeur, jusqu'à
n'avoir pas besoin du livre, quelque passage qu'il voulût rappeler. Le
troisième était rempli d'une grande ardeur et tout brûlant des feux de
l'Esprit-Saint. Paul (c'était son nom) était connu de toute la ville de Jamné.
qui lui avait donné le jour. Avant de souffrir le martyre, il avait soutenu
généreusement les combats des confesseurs, et avait eu, comme eux, le nerf
brûlé avec un fer chaud.
Deux ans entiers, ils
furent retenus en prison, lorsque enfin l'occasion du martyre leur fut offerte,
par l'arrivée de nouveaux frères d'Egypte, qui souffrirent avec eux. Après
avoir accompagné les confesseurs jusqu'en Cilicie, où ils étaient envoyés
travailler aux mines, ces Égyptiens retournaient dans leur patrie. Aux portes
de Césaréē, des soldats barbares de mœurs et d'origine leur demandèrent qui ils
étaient, et d'où ils venaient. N'ayant pas voulu cacher la vérité, ils furent
arrêtés comme des malfaiteurs surpris en flagrant délit. Ils étaient cinq. On
les conduisit au tyran, devant lequel ils parlèrent avec une grande liberté. En
conséquence ils furent jetés en prison. Le jour suivant, qui était le seize du
mois Péritius, et qui correspond au quatorzième jour avant les kalendes de
mars, ils furent conduits devant le tribunal, par ordre du gouverneur. Il
essaya d'abord d'ébranler leur invincible constance par toute sorte de
tourments, imaginant même de nombreux instruments de supplices inconnus
jusque-là. Puis, après avoir en particulier exercé toutes ces cruautés sur le
chef de ces martyrs, il lui demanda son nom. Au lieu du nom de sa famille, il
répondit par le nom d'un prophète ; car tous avaient changé les noms qu'ils
avaient reçus de leurs pères, parce que sans doute c'étaient des noms d'idoles,
et ils s'étaient donné les noms des prophètes. Vous les eussiez entendus se
désigner par les noms d'Elie, de Jérémie, d'Isaïe, de Samuel et de Daniel, et
se montrer non seulement dans leurs oeuvres, mais jusque dans leurs noms, le
véritable Israël.
Firmilien, en entendant l'un
de ces noms sortir de la bouche d'un de ces martyrs, n'en sut pas pénétrer la
vertu cachée ; il poursuivit ses questions, et lui demanda quelle était sa
patrie. Le martyr répondit dans le même sens que Jérusalem était sa patrie,
voulant dire cette Jérusalem dont parle Paul, quand il dit : « La Jérusalem
d'en haut est vraiment libre ; c'est elle qui est notre mère. » Et ailleurs : «
Vous vous êtes approchés de la montagne de Sion, de la montagne du Dieu vivant,
de la Jérusalem céleste. » Telles étaient les réponses du martyr; mais le juge,
dont la pensée rampait à terre, cherchait avec une sorte de trouble quelle
était cette ville et le lieu où elle était bâtie. A ces instances il ajouta de
nouvelles tortures pour contraindre le martyr à confesser la vérité. On lui lia
les mains derrière le dos, on lui brisa les pieds à l'aide des nouveaux
instruments de supplice ; il continua d'affirmer qu'il avait dit la vérité. Aux
nombreuses interrogations qu'on lui faisait sur cette ville dont il parlait et
sur sa position, il n'avait qu'une réponse : « C'est la patrie des adorateurs
du vrai Dieu. Elle n'en reconnaît pas d'autres pour ses habitants ; elle est
située à l'Orient, vers le lever du soleil. » C'est dans ce sens que le martyr
développait sa pensée avec une haute philosophie, sans faire attention aux
nombreux bourreaux qui le déchiraient à l'envi dans les tortures. Comme s'il
eût été sans corps, affranchi des liens de la chair, il paraissait insensible à
la douleur. Le juge inquiet s'agitait avec impatience, persuadé que les
chrétiens allaient construire une ville rivale et ennemie des Romains. Il
s'épuisait à chercher, interrogeant en tous sens sur cette vaste contrée de
l'Orient que le martyr avait désignée. Mais quand, après avoir déchiré le jeune
chrétien à coups de fouet et exercé contre lui toute espèce de tortures, il eut
reconnu sa constance invincible, il le condamna à perdre la tête. Ainsi se
termina ce drame sanglant.
Ses compagnons subirent
des épreuves à peu près semblables, et le juge les fit mourir de la même
manière. Cependant il s'épuisait ; il voyait que tous les supplices étaient
inutiles contre ces hommes; sa passion était lassée ; il s'adressa à Pamphile
et à ses compagnons. Il savait qu'ils avaient déjà montré dans leur zèle pour
la foi une générosité au-dessus de toute attaque ; il leur posa donc une
dernière question : étaient-ils résolus à obéir aux ordres des empereurs ? Tous
lui donnèrent une même réponse, la dernière parole des martyrs qui meurent en
confessant leur foi; et il prononça contre eux la même sentence que contre les
premiers. Mais au moment où se dénouait ainsi cette longue tragédie, un jeune
enfant de la maison de Pamphile, avec une générosité digne du grand homme qui
l'avait élevé et nourri, s'élança du milieu de la foule, aussitôt qu'il eut
appris la sentence du tyran, et s'écria qu'il fallait confier à la terre les
corps des martyrs. Le juge, ce n'était pas un homme, mais une bête féroce ou
quelque chose de plus sauvage encore que la bête, le juge, sans égard pour la
jeunesse de cet enfant, lui demanda aussitôt s'il était chrétien. La réponse
affirmative de l'enfant fut pour le monstre comme un trait qui le blessa
profondément; le coeur gonflé de colère, il or-donna aux bourreaux d'user de
tous leurs moyens contre ce nouveau coupable. Puis il voulut le forcer de
sacrifier aux dieux ; sur son refus, il le fit cruellement frapper et déchirer
jusqu'aux os. Les blessures pénétraient les en-trailles ; on eût dit que ce
n'étaient pas les chairs d'un homme, mais du bois, une pierre ou toute matière
insensible, que taillait leur cruelle main. Le supplice fut long; enfin le juge
comprit que ses efforts étaient vains. Sous les coups des bourreaux, pas un
cri, pas une plainte; l'enfant semblait un corps insensible à la douleur, et
pour ainsi dire privé de la vie. Néanmoins, toujours fidèle à son passé, le
juge inhumain le fit aussitôt condamner à être précipité dans un grand feu.
Ainsi devançant le sacrifice de son maître selon la chaires quoique entré le
dernier dans l'arène, il obtint d'être délivré le premier de la prison de son
corps, parce que les bourreaux chargés de l'exécution des premières victimes
avaient apporté quelque retard.
On vit ensuite paraître
Porphyre, le généreux athlète qui déjà avait vaincu dans tous les combats. Son
corps était couvert de poussière; mais la joie éclatait dans ses traits, il
marchait à la mort avec une noble assurance; on sentait que l'Esprit divin l'animait.
Il avait pour tout ornement le manteau des philosophes, et il transmettait à
ses amis et à ses proches ses dernières volontés avec une tranquillité
merveilleuse. Même sur l'échafaud qu'on lui avait dressé, son visage brillait
encore d'une douce sérénité; et parce que la flamme du bûcher allumé tout
autour de lui ne le touchait pas encore et tardait à s'approcher, on le voyait
ouvrir la bouche et l'aspirer avec ardeur. Jusqu'à son dernier souffle de vie,
il persévéra généreusement dans le silence ; seulement, au moment où la flamme
avait commencé à le toucher, on l'avait entendu prononcer à haute voix le nom
du Fils de Dieu, Jésus, dont il implorait le secours. Tel fut le combat et le
triomphe de Porphyre.
La nouvelle de cette
glorieuse mort fut portée à Pamphile par Séleucus, confesseur de la foi, qui
avait servi dans les armées. Ce message dont il s'était fait le porteur lui
valut de partager immédiatement le bonheur des martyrs. Au moment en effet où
il venait d'annoncer la mort de Porphyre, et saluait par un baiser l'un des
confesseurs, des soldats l'arrêtèrent et le conduisirent au préfet. Celui-ci,
comme s'il eût eu hâte de donner à Porphyre un compagnon et d'envoyer
promptement Séleucus prendre avec lui possession du ciel, le condamna à avoir
aussitôt la tête tranchée. Séleucus était de Cappadoce, et faisait partie d'un
corps de jeunes soldats d'élite ; il avait obtenu des grades élevés dans les
armées romaines ; car la jeunesse, un corps robuste, une haute stature, lui
donnaient un grand avantage sur ses compagnons d'armes. Tout le monde vantait
sa bonne mine, et l'on admirait à la fois en lui une tenue imposante et un
extérieur plein de grâces. Au commencement de la persécution, il avait
généreusement soutenu sous les coups de fouet la lutte sanglante des
confesseurs. Plus tard, renonçant à la milice, il s'était fait le disciple zélé
des ascètes dans les exercices de la piété. Les orphelins abandonnés, les
veuves sans appui, les malheureux abattus par les infirmités et la misère,
trouvèrent en lui comme un tuteur et un père qui les visitait et les assistait
dans leurs besoins C'est pourquoi le Dieu qui préfère les oeuvres de la charité
à la fumée et au sang des victimes daigna l'appeler à l'ineffable bonheur du
martyre. Cet athlète, le dixième de ceux dont nous avons parlé, semble avoir
souffert le même jour où le martyre ouvrit large et facile le chemin du ciel
devant Pamphile et ses compagnons.
Après Séleucus et à son
exemple, on vit Théodule, vieil-lard pieux et vénérable, de la famille de
Firmilien, qui avait pour lui des respects et des égards plus que pour tous les
autres de sa maison; car il honorait en lui non seulement son grand âge
(Théodule comptait ses enfants jusqu'à la troisième génération), mais surtout
il aimait l'affection et le dévouement qu'il lui avait toujours montrés.
Marchant sur les traces de Séleucus, il fut conduit devant le préfet, qui fut
plus irrité de le voir qu'il ne l'avait été de voir tous les autres. Il le
condamna à mourir sur une croix, par le même supplice que le Sauveur.
Mais il manque encore un
martyr pour compléter le nombre douze que nous avons donné en commençant. C'est
à Julien qu'était réservé cet honneur. Il venait de loin, et n'était pas encore
entré dans la ville, quand il apprit l'exécution des saints ; aussitôt-il
accourut pour les voir. A l'aspect de leurs dépouilles mortelles qui gisaient à
terre, il se sentit rempli d'une ineffable joie ; il embrassait ces précieux
restes et les baisait avec amour. Les soldats ministres des cruautés du préfet
l'arrêtèrent au milieu de ces pieux devoirs, et le conduisirent à Firmilien.
Fidèle aux instincts de sa nature féroce, le juge ordonna qu'on le jetât
aussitôt dans un grand feu. Julien, à cette sentence, n'est plus maître de sa
joie; tout son corps tressaille ; il s'élance avec allégresse, chantant à haute
voix des actions de grâces au Seigneur qui l'avait jugé digne de partager
l'honneur des saints. C'est dans ces sentiments qu'il reçut la couronne du
martyre. Originaire de la Cappadoce, comme nous l'avons dit, Julien se
distinguait entre tous par sa piété, la pureté de sa foi et la générosité de
son caractère. Telle fut la glorieuse troupe de ceux qui méritèrent d'être les
compagnons du martyre de Pamphile. Durant quatre jours et quatre nuits, leurs
saintes dépouilles restèrent, par les ordres de l'impie Firmilien, exposées en
proie aux bêtes sauvages. Mais, ô merveille ! aucune d'elles, ni les oiseaux,
ni les chiens, ne voulurent en approcher. Ces corps ainsi conservés intacts par
la paternelle providence de Dieu furent recueillis, et après qu'on leur eut
rendu les derniers devoirs, ils furent déposés, selon la coutume, dans des
tombeaux.
Les fureurs du préfet
contre les martyrs étaient encore dans toutes les bouches, lorsque Adrien et Eubule
vinrent de Hanganée dans la ville de Césarée, pour visiter les confesseurs. A
leur entrée dans la cité, ils furent eux aussi interrogés sur le motif de leur
voyage. Ils confessèrent franchement la vérité, et furent conduits à Firmilien.
Aussitôt celui-ci, sans prendre un moment de réflexion, leur fit déchirer les
flancs dans de longues et cruelles tortures. Deux jours après, le cinq du mois
Dis-tri, qui répond au troisième des kalendes de mars, pendant la fête qu'on
célébrait à Césarée en l'honneur du Génie de la cité, Adrien fut exposé à un
lion, et ensuite achevé d'un coup d'épée. Le surlendemain, c'est-à-dire le
septième jour de Distri, ou le jour même des nones de mars, Eubule fut
sollicité de la manière la plus pressante par le juge d'acheter ce que les
gentils appellent la liberté, par un sacrifice aux dieux. Mais il préféra à
cette vie d'un moment une mort glorieuse soufferte pour la religion; et après
avoir été, comme le précédent, exposé aux bêtes, il fut, comme lui aussi,
immolé par le glaive. Ce fut le dernier de ceux qui, à Césarée, scellèrent leur
foi par le martyre. Mais il convient en même temps de rappeler ici que la
justice divine contre les gouverneurs impies, aussi bien que contre les tyrans,
ne se fit pas attendre. Celui en effet qui s'était emporté à ces excès de
cruauté contre les chrétiens, Firmilien lui-même, condamné au supplice avec
tous les autres, eut la tête tranchée. Tel est le récit fidèle des combats des
martyrs à Césarée, durant le cours de la persécution.
La septième année de
cette persécution allait finir ; les fausses accusations contre nous
s'affaiblissaient peu à peu ; même au commencement de la huitième année, dans
la Palestine, les nombreux confesseurs qui travaillaient aux mines jouissaient
d'une assez grande liberté pour se bâtir des églises. Mais le gouverneur de la
province, homme méchant et cruel, comme ses persécutions contre les martyrs
l'ont fait voir, étant venu visiter ces lieux, et ayant appris la manière dont
vivaient ces saints confesseurs, en écrivit aussitôt à l'empereur, mêlant à sa
lettre tout ce qui pouvait aider à les faire passer pour criminels. Peu après,
l'intendant des mines, d'après un ordre de l'empereur, distribua les
confesseurs en plusieurs bandes, et en envoya quelques-uns en Chypre, d'autres
au mont Liban. Le reste fut dispersé dans différentes contrées de la Palestine,
mais avec ordre à leurs gardiens de les accabler de travaux de tout genre. Le
gouverneur en réserva quatre qui lui paraissaient avoir une plus haute influence,
et les envoya au général des troupes impériales dans la province. Deux étaient
des évêques égyptiens, Pélée et Nil; un autre était prêtre; le quatrième, nommé
Patermuthius, était aimé et honoré de tous pour la charité dont il usait envers
tout le monde. Le général leur commanda de renoncer à leur foi, et sur leur
refus il les livra aux flammes.
Il y avait encore dans le
pays d'autres confesseurs à qui on avait assigné un canton à part ; accablés
par l'âge, estropiés ou malades, ils avaient dû être dispensés des travaux. De
ce nombre était l'évêque de Gaza, Sylvain, en qui l'on admirait le type
accompli de la perfection du christianisme. Depuis le premier jour de la
persécution, il n'avait, pour ainsi dire, jamais cessé de confesser le Christ
dans de glorieux combats. Mais la Providence l'avait réservé jusqu'à ce moment
pour clore la longue série des martyrs de la Palestine. Avec lui étaient un
grand nombre d'Égyptiens, dont l'un, nommé Jean, avait la mémoire la plus
heureuse de tous les hommes de son siècle. Quoiqu'il fût privé de la vue depuis
longtemps, les bourreaux cependant, à cause de la fidélité qu'il avait gardée à
sa foi, lui avaient brûlé le nerf d'un pied et brûlé un oeil avec le feu : tant
les coeurs de ces hommes avaient éteint la compassion et la pitié, tant leurs
moeurs étaient inhumaines et sauvages. D'autres peut-être loueront sa vie et la
haute philosophie qui l'inspirait ; mais ce qu'il y eut en lui de plus
extraordinaire, c'est la merveilleuse puissance de sa mémoire. Tous les livres
de nos saintes Écritures, il les portait gravés non point sur des tables de
pierre, comme dit l'Apôtre, ni sur le parchemin ou le papier que rongent les
vers et le temps, mais sur les tables de son coeur, dans son âme très pure où
l'oeil de sa pensée les contemplait sans nuage. Quand il le voulait, sa bouche
en tirait, comme d'un riche trésor de doctrine, tantôt la Loi et les Prophètes,
tantôt l'histoire évangélique ou celle des Apôtres. J'avoue que souvent j'ai
admiré avec surprise cet homme debout au milieu d'une nombreuse réunion de
fidèles, et récitant des fragments considérables de nos saintes Lettres. Quand
je ne faisais qu'entendre sa voix, je croyais qu'il lisait, comme il est
d'usage dans nos réunions. Mais lorsque je m'approchais et pouvais jouir par
moi-même de toute la scène : la foule des chrétiens debout autour de lui, les
yeux attachés sur leur maître ; lui, parlant sans art, comme un prophète
inspiré, et avec le seul secours des yeux de son âme s'élevant bien au-dessus
de ceux dont tous les organes étaient sains et actifs ; je ne pouvais alors
contenir mon admiration, et je glorifiais le Seigneur. Il me semblait que dans
ce fait merveilleux je touchais du doigt la preuve la plus certaine et la plus
invincible que l'homme n'est pas seulement ce corps qui paraît à nos yeux, mais
encore et plutôt la vie et l'intelligence qui l'animent, puisque, dans un corps
tout mutilé, ce grand homme montrait une force et une lumière supérieures à sa
nature.
Quant aux autres
confesseurs qui vivaient, comme nous l'avons dit, séparés du reste des hommes,
ils perfectionnaient leurs âmes dans la prière, les jeûnes et les autres
exercices de la piété. Dieu, qui leur réservait une mort salutaire et
glorieuse, les appuyait du secours de sa main toute-puissante. Mais l'ennemi
des saints, ne pouvant souffrir de les voir toujours vigilants et armés de la
prière, cherchait à se délivrer d'adversaires aussi terribles, en les faisant
mourir. Dieu lui permit d'accomplir ses desseins homicides ; et ces vaillants
athlètes reçurent ainsi les récompenses dues à leurs nombreux combats.
Trente-neuf, en un même jour, eurent la tête tranchée par les ordres de l'impie
Maximin.
Tels ont été les martyrs
dont la Palestine a vu la gloire pendant le cours de huit années ; telle est
l'histoire de la persécution allumée contre nous. Elle avait commencé par la
démolition des églises ; ensuite à différentes époques, elle s'était déchaînée
avec plus de violence sous les différents gouverneurs qui se succédèrent. Alors
on avait vu, dans de nombreux combats soutenus pour la foi, se multiplier à
l'infini le nombre des martyrs, non seulement en Palestine, mais encore en
Libye, dans toute l'Égypte, en Syrie, et en général dans tout l'Orient
jusqu'aux confins de l'Illyrie. Car au delà de ces contrées, l'Italie, la
Sicile, la Gaule et toutes les provinces occidentales de l'Espagne, de la
Mauritanie et de l'Afrique, n'eurent à souffrir les fureurs de la persécution
que pendant les deux premières années, Dieu ayant daigné leur accorder avant
nous la paix avec le secours de son bras. Peut-être sa providence divine
voulait-elle récompenser la simplicité de ces peuples et la grandeur de leur
foi. Ainsi, contre toute espérance, il arriva alors à l'empire romain ce qui ne
s'était pas vu encore. L'empire, dans cette persécution contre nous, fut divisé
en deux parties. Les chrétiens nos frères, qui habitaient l'une des deux,
jouirent de bonne heure d'une profonde paix, tandis que dans l'autre ils eurent
à soutenir jusqu'à la fin un nombre infini de combats. Mais lorsque la bonté de
Dieu daigna abaisser sur nous un regard de miséricorde, les princes eux-mêmes
qui auparavant avaient suscité contre nous la guerre changèrent tout à coup et
contre toute espérance, et ils devinrent les adorateurs du Dieu qu'ils avaient
persécuté. Par des proclamations favorables et des édits pleins de clémence,
ils éteignirent le vaste incendie qu'ils avaient allumé contre nous. Nous ne
devions pas passer sous silence cette heureuse révolution.
LES MARTYRS. TOME II. LE
TROISIÈME SIÈCLE, DIOCLÉTIEN. Recueil de pièces authentiques sur les martyres
depuis les origines du christianisme jusqu'au XXe siècle TRADUITES ET
PUBLIÉES Par le B. P. DOM H. LECLERCQ, Moine bénédictin de Saint-Michel de
Farnborough. Imprimi potest FR. FERDINANDUS CABROL, Abbas Sancti Michaelis
Farnborough. Die 15 Martii 1903. Imprimatur. Pictavii, die 24 Martii 1903. +
HENRICUS, Ep. Pictaviensis.
Calendar, north aisle, Gracanica monastery
Il
martirio dei santi Ignazio di Antiochia (in basso) ed Agapio di
Cesarea (in alto).
Kifodini
cha Agapio (juu) na kile cha Ignas
wa Antiokia (chini).
Also
known as
Agapio
20
November on some calendars
19
August on some calendars
Profile
Arrested
three times during the persecutions
of Diocletian,
but released each time. On his fourth arrest
he was imprisoned
for two years, then offered his freedom if he would renounce Christianity;
he declined. Martyr.
Born
c.306
chained to a convicted
murdered and mauled by animals in the public amphitheatre
still refusing to deny
his faith, he was mauled by a bear
still refusing to deny
his faith, he was weighted with stones and drowned
Additional
Information
Book
of Saints, by the Monks
of Ramsgate
Book
of Saints, by the Monks
of Ramsgate
Lives
of the Saints, by Father
Alban
Butler
books
Dictionary of Saints, by John Delaney
Our Sunday Visitor’s Encyclopedia of Saints
other
sites in english
sitios
en español
Martirologio Romano, 2001
edición
fonti
in italiano
Martirologio Romano, 2005
edition
nettsteder
i norsk
MLA
Citation
‘Saint Agapius of
Caesarea‘. CatholicSaints.Info. 13 March 2023. Web. 8 October 2026.
<https://catholicsaints.info/saint-agapius-of-caesarea-19-august/>
SOURCE : https://catholicsaints.info/saint-agapius-of-caesarea-19-august/
Book of
Saints – Timothy, Thecla and Agapius
Article
(August
19) (Saints)
Martyrs
(4th
century) Three Palestinian
Christians
who were done todeath
at Gaza under Diocletian
at the beginning of the fourth
century. Timothy
was burned
at the stake, Thecla
thrown to the wild beasts in the Amphitheatre, and Agapius,
a little time afterwards, cast into the sea to drown.
MLA
Citation
Monks of Ramsgate.
“Timothy, Thecla and Agapius”. Book of Saints,
1921.
CatholicSaints.Info. 19 August 2016. Web. 20 November 2019. <https://catholicsaints.info/book-of-saints-timothy-thecla-and-agapius/>
SOURCE : https://catholicsaints.info/book-of-saints-timothy-thecla-and-agapius/
Sts. Timothy, Thecla,
& Agapius
Feastday: August 19
Death: ~304
Three martyrs who were
slain over a period of two years. Timothy was the bishop of
Gaza, Israel, and was burned alive in 304 by order of Urban, the governor of
Palestine. Thecla was thrown into an arena with wild animals; and Agapius was
imprisoned for two years then exposed to wild animals. When a bear
wounded him but did not kill him, he was hurled into the sea.
SOURCE : https://www.catholic.org/saints/saint.php?saint_id=2349
Book of Saints
– Agapius – 20 November
Article
AGAPIUS (Saint) Martyr
(November 20) (4th century) A Martyr of Caesarea in Palestine. During the first
years of the persecution under Diocletian, he thrice suffered imprisonment for
the Faith. At last, again arrested by order of the Emperor Galerius and chained
to a murderer, he was brought to the public amphitheatre to be cast to the wild
beasts. His companion obtained the Emperor’s pardon and to Agapius also liberty
was offered, but on condition of his renouncing Christ. He refused, and a bear
was let loose upon him; but after having been terribly mauled by the animal, he
was found to be still alive. Weighted with heavy stones, his body was then cast
into the sea (A.D. 306). Saint Agapius is also commemorated with Saints
Timothy, Thecla and others on August 19.
MLA
Citation
Monks of Ramsgate.
“Agapius”. Book of Saints, 1921.
CatholicSaints.Info. 9
May 2012.
Web. 9 October 2026.
<http://catholicsaints.info/book-of-saints-agapius-20-november/>
SOURCE : https://catholicsaints.info/book-of-saints-agapius-20-november/
St. Agapius
Feastday: November 20
Death: 306
Martyr and valiant
defender of the faith. A Christian in
Caesarea, Palestine, Agapius was taken prisoner in the persecutions of Emperor
Diocletian. Three times he suffered imprisonment for the faith, released after
enduring torture each time. Arrested a fourth, he was offered a pardon if he
denied Christ. When he refused, he was penned up with a wild boar. The animal
inflicted severe damage on him but did not kill him, so officials drowned him
the next day.
SOURCE : https://www.catholic.org/saints/saint.php?saint_id=1161
Agapius of Caesarea M
(RM)
Died c. 306; second feast
on August 19. Saint Agapius suffered martyrdom at Caesarea in Palestine under
Diocletian. Three times he was imprisoned for the faith. Eusebius relates how
Agapius was again arrested, chained to a murderer and taken to the amphitheater
to be thrown to the wild beasts. According to tradition, his companion was
pardoned, and he was also his offered liberty if he would renounce Christ. When
Agapius refused, a bear was allowed to attack him and almost mauled him to death.
He was taken back to prison and the following day, weighted with heavy stones,
he was cast into the sea. Eusebius says that after he battled wild animals, he
was beheaded (Benedictines, Encyclopedia).
SOURCE : http://www.saintpatrickdc.org/ss/1120.shtml
Butler’s
Lives of the Saints – Saints Timothy, Agapius, and Thecla, Martyrs
Article
A.D. 304. Whilst
Dioclesian yet held the reins of the government in his own hands, Urban, the
president of Palestine, signalized his rage and cruelty against the Christians.
In the second year of the general persecution, by his order, Saint Timothy, for
having boldly confessed his faith, was inhumanly scourged, his sides were torn
with iron combs on the rack, and he was at length burnt to death at a slow fire
at Gaza, on the 1st of May, 304, giving by his patience, a certain proof that
his charity was perfect. Saints Agapius and Thecla, after suffering many
torments, were condemned by the same judge to be led to Cæsarea, and there
exposed to wild beasts. Thecla was despatched by the beasts in the
amphitheatre; but Agapius escaped both from their fury and from the swords of
the confectors on that day. He was therefore detained two years longer in
prison, till Maximin Daia Cæsar gave orders that this confessor should be one
of the victims to grace the festival, unless he would abjure the Christian
faith. His sufferings had no way abated his constancy, and the delay of his
crown had increased the ardour of his desires speedily to join his companions
in glory. In the amphitheatre he was torn by a bear, but not killed either by
the beasts or confectors; and wounded as he was, on the following day he was
thrown into the sea. Both Latins and Greeks celebrate the memory of these
martyrs on the 19th of August.
A glorious company of
happy friends waits for us in God’s heavenly kingdom! Innumerable legions of
angels, and all the saints who have lived on earth before us from the beginning
of the world; so many holy kings, doctors, hermits, martyrs, virgins, and
confessors, and several friends with whom we here conversed. They are already
arrived at the safe harbour of eternal bliss. With what pleasure do we, with
Agapius, raise our thoughts and eyes towards them, contemplating the joys and
glory of which they are now possessed, and comparing with it our present state
of conflicts, dangers, and sufferings! They look down from their seats of glory
on us, and behold our combats with affection and solicitude for us. We are
called to follow them, and do not we redouble our desires to join them? do not
we earnestly prepare ourselves by compunction, penance, divine love, and the
practice of all good works, to be worthy of their fellowship? do not we exult
at the thought that we are very shortly, by the divine mercy, to be united to
that blessed company, and made partners of their joy, triumph, and glory? do
not we sigh for that hour, and, in the mean time, despise from our hearts all
foolish promises or threats of the world, and bear with joy all labours or
pains, that we may with the saints enjoy Christ? “Oh! if the glorious day of
eternity had already shone upon us, whither would it even now have carried us?
in what joys should we have been this instant overwhelmed?” says the devout
Thomas à Kempis.
MLA
Citation
Father Alban Butler.
“Saints Timothy, Agapius, and Thecla, Martyrs”. Lives
of the Fathers, Martyrs, and Principal Saints, 1866.
CatholicSaints.Info. 26 July 2014. Web. 20 November 2019.
<https://catholicsaints.info/butlers-lives-of-the-saints-saints-timothy-agapius-and-thecla-martyrs/>
SOURCE : https://catholicsaints.info/butlers-lives-of-the-saints-saints-timothy-agapius-and-thecla-martyrs/
Den hellige Agapius av
Caesarea ( -~306)
Minnedag:
20. november
Den hellige Agapius levde
i Caesarea og ble tre ganger fengslet for sin tros skyld i forfølgelsene under
keiser Diokletian (284-305). Han ble arrestert igjen, lenket til en morder og
ført til amfiteatret for å bli kastet for villdyrene. Hans ledsager ble benådet,
og Agapius ble også tilbudt friheten hvis han ville avsverge Kristus. Han
nektet, og da ble en bjørn sluppet løs på ham. Men dyret bare skadet ham hardt
uten å drepe ham. Han ble da fraktet tilbake til fengselet, og dagen etter ble
han bundet til tunge steiner og kastet på sjøen og druknet. Dette skjedde rundt
år 306.
Hans minnedag er 20.
november. Han minnes også den 19. august sammen med de hellige Timoteus av Gaza og
Tekla av Caesarea, som led martyrdøden i 304.
Kilder:
Benedictines, Bunson, KIR, CSO, Patron Saints SQPN, Infocatho -
Kompilasjon og oversettelse: p. Per Einar Odden -
Opprettet: 2001-10-12 23:07 - Sist oppdatert: 2006-07-15 01:07
SOURCE : https://www.katolsk.no/biografier/historisk/agapius
EUSEBIUS, Martyrs of
Palestine :
Chapter III.
1. In the
course of the second year, the persecution against us increased greatly. And at
that time Urbanus2633 being
governor of the province, imperial edicts were first issued to him, commanding
by a general decree that all the people should sacrifice at once in the
different cities, and offer libations to the idols.2634
In Gaza, a city of
Palestine, Timotheus endured countless tortures, and afterwards was subjected
to a slow and moderate fire. Having given, by his patience in all his
sufferings, most genuine evidence of sincerest piety toward the Deity, he bore
away the crown of the victorious athletes of religion. At the same time Agapius2635 and
our contemporary, Thecla,2636 having
exhibited most noble constancy, were condemned as food for the wild beasts.
2. But who that beheld these things would not have admired, or if they heard of them by report, would not have been astonished? For when the heathen everywhere were holding a festival and the customary shows, it was noised abroad that besides the other entertainments, the public combat of those who had lately been condemned to wild beasts would also take place.
3. As this report increased
and spread in all directions, six young men, namely, Timolaus, a native of
Pontus, Dionysius from Tripolis in Phœnicia, Romulus, a sub-deacon of the
parish of Diospolis,2637 Pæsis
and Alexander, both Egyptians, and another Alexander from Gaza, having first
bound their own hands, went in haste to Urbanus, who was about to open the
exhibition, evidencing great zeal for martyrdom. They confessed that they were
Christians, and by their ambition for all terrible things, showed that those
who glory in the religion of the God of the universe do not cower before the
attacks of wild beasts.
4. Immediately, after
creating no ordinary astonishment in the governor and those who were with him,
they were cast into prison. After a few days two others were added to them. One
of them, named Agapius,2638 had
in former confessions endured dreadful torments of various kinds. The other,
who had supplied them with the necessaries of life, was called Dionysius. All
of these eight were beheaded on one day at Cæsarea, on the twenty-fourth day of
the month Dystrus,2639 which
is the ninth before the Kalends of April.
5. Meanwhile, a change in
the emperors occurred, and the first of them all in dignity, and the second
retired into private life,2640 and
public affairs began to be troubled.
6. Shortly after the
Roman government became divided against itself, and a cruel war arose among
them.2641 And
this division, with the troubles which grew out of it, was not settled until
peace toward us had been established throughout the entire Roman Empire.
7. For when this peace arose
for all, as the daylight after the darkest and most gloomy night, the public
affairs of the Roman government were re-established, and became happy and
peaceful, and the ancestral good-will toward each other was revived. But we
will relate these things more fully at the proper time. Now let us return to
the regular course of events.
2633
Of Urbanus governor of Palestine, we know only what is told us in the present
work (he is mentioned in this passage and in chaps. 4, 7, and 8, below) and in
the Syriac version. From the latter we learn that he succeeded Flavianus in the
second year of the persecution (304), and that he was deposed by Maximinus in
the fifth year (see also chap. 8, §7, below), and miserably executed.
2634
This is the famous fourth edict of Diocletian, which was issued in the year
304. It marks a stupendous change of method; in fact, Christianity as such is
made, for the first time since the toleration edict of Gallienus, areligio
illicita, whose profession is punishable by death. The general
persecution, in the full sense, begins with the publication of this edict.
Hitherto persecution had been directed only against supposed political
offenders and church officers. The edict is a complete stultification of
Diocletian’s principles as revealed in the first three edicts, and shows a
lamentable lack of the wisdom which had dictated those measures. Mason has
performed an immense service in proving (to my opinion conclusively) that this
brutal edict, senseless in its very severity, was not issued by Diocletian, but
by Maximian, while Diocletian was quite incapacitated by illness for the
performance of any public duties. Mason’s arguments cannot be reproduced here;
they are given at length on p. 212 sq. of his work. He remarks at the close of
the discussion: “Diocletian, though he might have wished Christianity safely
abolished, feared the growing power of the Church, and dared not persecute
(till he was forced), lest he should rouse her from her passivity. But this
Fourth Edict was nothing more nor less than a loud alarum to muster the army of
the Church: as the centurions called over their lists, it taught her the
statistics of her numbers, down to the last child: it proved to her that her
troops could endure all the hardships of the campaign: it ranged her generals
in the exact order of merit. Diocletian, by an exquisite refinement of thought,
while he did not neglect the salutary fear which strong penalties might inspire
in the Christians, knew well enough that though he might torture every believer
in the world into sacrificing, yet Christianity was not killed: he knew that
men were Christians again afterwards as well as before: could he have seen
deeper yet, he would have known that the utter humiliation of a fall before men
and angels converted many a hard and worldly prelate into a broken-hearted
saint: and so he rested his hopes, not merely on the punishment of individuals,
but on his three great measures for crushing the corporate life,—the
destruction of the churches, the Scriptures, and the clergy. But this Fourth
Edict evidently returns with crass dullness and brutal complacency to the
thought that if half the church were racked till they poured the libations, and
the other half burned or butchered, Paganism would reign alone forever more,
and that the means were as eminently desirable as the end. Lastly, Diocletian
had anxiously avoided all that could rouse fanatic zeal. The first result of
the Fourth Edict was to rouse it.”
According to
the Passio S. Sabini, which Mason accepts as in the main reliable,
and which forms the strongest support for his theory, the edict was published
in April, 304. Diocletian, meanwhile, as we know from Lactantius (de Mort.
pers. 17) did not recover sufficiently to take any part in the government
until early in the year 305, so that Maximian and Galerius had matters all
their own way during the entire year, and could persecute as severely as they
chose. As a result, the Christians, both east and west, suffered greatly during
this period.
2635
Agapius, as we learn from chap. 6, below, survived his contest with the wild
beasts at this time, and was thrown into prison, where he remained until the
fourth year of the persecution, when he was again brought into the arena in the
presence of the tyrant Maximinus, and was finally thrown into the sea.
2636 ἡ
καθ᾽ ἡμᾶς Θέκλα. Thecla seems to be thus designated to distinguish her from her
more famous namesake, whom tradition connected with Paul and who has played so
large a part in romantic legend (see the Acts of Paul and Thecla in
the Ante-Nicene Fathers, VIII. 487 sq., and the Dict. of Christ.
Biog., s.v.). She is referred to again in chap. 6, below, but we are not told
whether she actually suffered or not.
2637
A city of Palestine, lying northwest of Jerusalem, and identical with the Lydda
of Acts
ix. 32 sq. For many centuries the seat of a bishop, and still
prominent in the time of the crusades. The persons referred to in this
paragraph are to be distinguished from others of the same names mentioned
elsewhere.
2638
To be distinguished from the Agapius mentioned earlier in the chapter, as is
clear from the date of his death, given in this paragraph.
2639
Dystrus was the seventh month of the Macedonian year, corresponding to our
March. See the table on p. 403, below.
2640
Diocletian and Maximian abdicated on May 1, 305. See above, Bk. VIII. chap. 13,
note 16.
2641
When Maxentius usurped the purple in Rome, in the year 306. See above, Bk.
VIII. chap. 13, note 21.
Eusebius, Martyrs
of Palestine Cap. 3
SOURCE : https://www.ccel.org/ccel/schaff/npnf201.iii.xiv.iv.html
EUSEBIUS, Martyrs of
Palestine :
Chapter VI.
1. In the
fourth year of the persecution against us, on the twelfth day before the
Kalends of December, which is the twentieth day of the month Dius,2652 on
the day before the Sabbath,2653 while
the tyrant Maximinus was present and giving magnificent shows in honor of his
birthday, the following event, truly worthy of record, occurred in the city of
Cæsarea.
2. As it was an ancient
custom to furnish the spectators more splendid shows when the emperors were
present than at other times, new and foreign spectacles taking the place of the
customary amusements, such as animals brought from India or Ethiopia or other
places, or men who could astonish the beholders with skillful bodily
exercises,—it was necessary at this time, as the emperor was giving the
exhibition, to add to the shows something more wonderful. And what should this
be?
3. A witness of our
doctrine was brought into the midst and endured the contest for the true and
only religion. This was Agapius, who, as we have stated a little above,2654 was,
with Thecla, the second to be thrown to the wild beasts for food. He had also,
three times and more, marched with malefactors from the prison to the arena;
and every time, after threats from the judge, whether in compassion or in hope
that he might change his mind, had been reserved for other conflicts. But the
emperor being present, he was brought out at this time, as if he had been
appropriately reserved for this occasion, until the very word of the Saviour
should be fulfilled in him, which through divine knowledge he declared to his
disciples, that they should be brought before kings on account of their
testimony unto him.2655
4. He was taken into the
midst of the arena with a certain malefactor who they said was charged with the
murder of his master.
5. But this murderer of
his master, when he had been cast to the wild beasts, was deemed worthy of
compassion and humanity, almost like Barabbas in the time of our Saviour. And
the whole theater resounded with shouts and cries of approval, because the murderer
was humanely saved by the emperor, and deemed worthy of honor and freedom.
6. But the athlete of
religion was first summoned by the tyrant and promised liberty if he would deny
his profession. But he testified with a loud voice that, not for any fault, but
for the religion of the Creator of the universe, he would readily and with
pleasure endure whatever might be inflicted upon him.
7. Having said this, he joined the deed to the word, and rushed to meet a bear which had been let loose against him, surrendering himself most cheerfully to be devoured by him. After this, as he still breathed, he was cast into prison. And living yet one day, stones were bound to his feet, and he was drowned in the depths of the sea. Such was the martyrdom of Agapius.
2652
The month Dius was the third month of the Macedonian year, and corresponded to
our November (see table on p. 403, below).
2653 προσαββ€του
ἡμέρᾳ, i.e. on Friday, προσ€ββατος being sometimes used among the
Jews as a designation of that day, which was more commonly called παρασκευή (cf. Mark
xv. 42). Whether it was widely used in the Christian Church of Eusebius’
day I am unable to say (Suicer does not give the word); but the use of it here
shows that it was familiar at least in Palestine. It is said in Kraus’ Real-Encyclop.
d. christ. Alterth, s.v. Wochentage, to occur in a decree of
Constantine, quoted in Eusebius’ Vita Const. IV. 18; but the text is
doubtful, and at best, the use of it there proves no more as to the prevalence
of the word than its use in the present case, for Eusebius simply gives, in his
own language, the substance of Constantine’s edict.
2654
See above, chap. 3, §1.
2655 Cf. Matt. x. 18
SOURCE : https://www.ccel.org/ccel/schaff/npnf201.iii.xiv.vii.html
Sant' Agapio di Cesarea Martire
Etimologia: Agapio =
amore per il prossimo, dal greco
Martirologio
Romano: A Cesarea in Palestina, sant’Agapio, martire: già più volte
sottoposto ai supplizi, ma sempre rinviato a più grandi combattimenti, secondo
la tradizione durante i giochi dell’anfiteatro fu dato in pasto ad un orso in
presenza dello stesso Massimino e, poiché respirava ancora, il giorno dopo fu
affogato in mare con delle pietre legate ai suoi piedi.
Santi TIMOTEO, AGAPIO e
TECLA, martiri
Eusebio di Cesarea nel
suo trattato su "I martiri di Palestina" inizia la descrizione di ciò
che avvenne durante il secondo anno della persecuzione (304-505) nel suo paese,
dopo l'arrivo del governatore Urbano, con il racconto del martirio di Timoteo.
«A Gaza, città della
Palestina, Timoteo, dopo aver sopportato molte torture, venne infine gettato su
un fuoco basso e lento. Dando una autenticissima prova della sua pietà verso
Dio con la pazienza nel sopportare tutti i supplizi, egli guadagnò la corona
degli atleti vincitori nei giochi sacri della religione».
E, subito dopo questo
breve racconto, in cui è riassunto tutto quanto si conosce su Timoteo, Eusebio
continua: «Nello stesso suo tempo, Agapio e Tecla, nostra contemporanea,
dimostrarono una generosissima resistenza e vennero condannati a servire di
cibo alle belve».
La narrazione di Eusebio
(almeno nella recensione breve) non ci informa di quello che avvenne
successivamente a Tecla; per contro si ritrovano alcuni dati complementari a
proposito di Agapio, un pò più in là, nella stessa menzione, quando si tratta
del quarto anno della persecuzione (306-307). Il vescovo di Cesarea racconta
come il 12 delle calende di dicembre, il 20 del mese di dios e cioè al 20
novembre 306 (Eusebio precisa che era di venerdi, ma si tratta di un errore di
concordanza poiché in quell'anno il 20 novembre cadeva di mercoledi) alla presenza
dell'imperatore Massimino stesso, si svolse il supplizio di Agapio nello stadio
di Cesarea, dove egli era già stato condotto in altre circostanze ed ogni volta
era stato rimandato dal giudice, che lo riservava ad altre lotte.
Ecco quindi come, secondo
Eusebio, Agapio consumò il suo martirio: «In quanto all'atleta della pietà
[Agapio] fu chiamato dapprima dal tiranno; poi gli fu chiesto di rinnegare la
sua decisione contro promessa della libertà. Ma egli testimoniò a gran voce che
non era certo per una cattiva causa ma per la sua pietà verso il Creatore
dell'universo che avrebbe volentieri e con piacere sopportato generosamente
tutti i maltrattamenti che gli sarebbero stati inflitti. Dicendo questo,
aggiunse l'atto alla parola, e si slanciò correndo verso un'orsa scatenatagli
contro e si offri con gran letizia per servirle di cibo.
Dopo che quella l'ebbe
lasciato, mentre respirava ancora, fu riportato in prigione e colà sopravvisse
per un giorno. All'indomani, gli fu legata una pietra ai piedi e fu gettato in
mezzo al mare» (I martiri di Palestina, VI, 6-7).
I Sinassari bizantini
commemorano insieme i tre martiri Timoteo, Agapio e Tecla al 19 agosto e anche
al 19 settembre. Si ritrova ancora la menzione di Timoteo, solo, al 19
febbraio; è tuttavia impossibile dire quale di queste tre date potrebbe essere
quella del martirio di Timoteo. In quanto a Agapio, è commemorato da solo al 19
novembre (che sarebbe quindi la vigilia del giorno indicato da Eusebio come
quello della sua morte). E' difficile identificare con certezza il Timoteo
commemorato al 14 marzo nel Calendario palestino-georgiano del Sinaiticus 34
con il martire omonimo di Gaza. G. Garitte fa notare a ragione che questa data
potrebbe essere una risonanza di quella del 24 marzo, che è il giorno della
morte del gruppo degli otto martiri di Cesarea, il racconto del cui martirio è
dato da Eusebio subito dopo quello di Timoteo. Tale ravvicinamento non basta da
solo, tuttavia, a concludere che quest'ultimo venne martirizzato precisamente
il 14 marzo 305. Lo stesso calendario commemora Agapio al 22 novembre, data che
sarebbe quella del secondo giorno successivo alla sua morte.
Nel Martirologio
Geronimiano, al 19 agosto si può ricostruire la menzione di Timoteo da solo,
senza gli altri due martiri.
In Occidente i
Martirologi storici hanno ignorato il culto di questi tre martiri, sia insieme,
sia separatamente. Bisogna giungere a C. Baronio per vedere introdotti nel
Martirologio Romano da una parte, al 19 agosto, i tre martiri Timoteo, Tecla e
Agapio, senza altra localizzazione che la Palestina, e dall'altra, al 20
novembre Agapio da solo, a Cesarea di Palestina. Nell'elogio a lui dedicato è
erroneamente indicato che il martire mori sotto Galerio Massimiano, mentre si
tratta di Massimino.
Notiamo infine che a Gaza
fu elevata una basilica (martyrion) in onore di Timoteo come riferisce la Vita
di san Porfirio di Gaza (v. BSS, X, coli. 103943) di Marco, il Diacono.
Autore: Joseph-Marie
Sauget
SOURCE : http://www.santiebeati.it/dettaglio/78720
Agapios the martyr & his
Companions : https://www.goarch.org/chapel/saints?contentid=460&type=saints
Holy Martyr Agapios of Cesarea : https://www.johnsanidopoulos.com/2018/11/holy-martyr-agapios-of-caesarea.html