mardi 8 octobre 2013

Sainte PÉLAGIE d'ANTIOCHE, la pénitente, vierge et martyre



Richard de Montbaston et collaborateurs, Sainte Pélagie parmi ses courtisans, Nonnus priant pour elle, XIVe siècle


Sainte Pélagie la Pénitente

martyre à Antioche ( v. 302)


Nous avons le récit de sa mort grâce à saint Jean Chrysostome. Au début de la persécution de Dioclétien vers 302, les policiers se présentent au domicile de sainte Pélagie qui n'a que 15 ans. Elle est seule et ils viennent l'emmener car elle est chrétienne. Devant leur attitude dont elle sait que cela risque de se terminer par un viol avant d'être menée au tribunal, "Pélagie, écrit saint Jean Chrysostome, imagina une ruse si habile que les soldats n'en sont pas encore revenus. D'un air calme et gai, feignant d'avoir changé d'avis, elle les prie de la laisser se retirer un moment, juste le temps de revêtir la parure qui convient à une nouvelle épousée. Ils n'y voient aucun inconvénient. Quant à elle elle sort posément de la chambre, monte en courant sur le toit de la maison et se précipite dans le vide. C'est ainsi que Pélagie déroba son corps à la souillure, qu'elle délivra son âme pour lui permettre de monter au ciel et qu'elle abandonna sa dépouille mortelle à un ennemi désormais inoffensif." 

(…)

À Antioche de Syrie, vers 302, sainte Pélagie, vierge et martyre, dont saint Jean Chrysostome a chanté hautement les louanges.

Martyrologe romain


Sainte Pélagie

Vierge et martyre à Antioche

(† v. 302)

 Nous avons le récit de sa mort grâce à saint Jean Chrysostome. Au début de la persécution de Dioclétien vers 302, les policiers se présentent au domicile de Pélagie qui n'a que 15 ans.

Elle est seule et ils viennent l'emmener car elle est chrétienne. Devant leur attitude dont elle sait que cela risque de se terminer par un viol avant d'être menée au tribunal, « Pélagie - écrit saint Jean Chrysostome - imagina une ruse si habile que les soldats n'en sont pas encore revenus. D'un air calme et gai, feignant d'avoir changé d'avis, elle les prie de la laisser se retirer un moment, juste le temps de revêtir la parure qui convient à une nouvelle épousée. Ils n'y voient aucun inconvénient. Quant à elle elle sort posément de la chambre, monte en courant sur le toit de la maison et se précipite dans le vide. C'est ainsi que Pélagie déroba son corps à la souillure, qu'elle délivra son âme pour lui permettre de monter au ciel et qu'elle abandonna sa dépouille mortelle à un ennemi désormais inoffensif.»



HOMÉLIES SUR SAINTE PÉLAGIE.

PREMIÈRE HOMÉLIE.

Nous avons deux homélies sur sainte Pélagie, mais de la seconde nous ne possédons qu'une traduction latine conservée par surins. La première fut sans aucun doute prononcée à Antioche où fut aussi martyrisée sainte Pélagie.

1-3° Ce fut par le conseil de Jésus-Christ que sainte Pélagie prévint le jugement du tyran, et se précipita. — 4° Exhortation à la décence et au recueillement.

1. Béni soit le Seigneur l voici maintenant que des femmes, à leur tour, se jouent de la mort; des jeunes filles se rient d'en finir avec la vie; des vierges, de toutes jeunes filles, étrangères au mariage , se jettent au milieu même des démons armés, sans recevoir leurs blessures. Tous ces biens, nous les devons au Christ, sorti d'une vierge : car, après ce bienheureux enfantement, cette admirable naissance, la mort a été paralysée; la puissance du démon, anéantie ; ce ne sont plus désormais les hommes seulement, mais les femmes aussi qui le méprisent; et non-seulement les femmes, mais les jeunes filles. Un berger intrépide prend le lion, redoutable pour son troupeau ; il lui brise les dents ; il lui coupe les ongles ; il fait tomber sa crinière sous les ciseaux; il en fait le jouet, méprisable et ridicule , qu'il livre aux enfants des bergers, aux jeunes filles pour servir à leur amusement : ainsi a fait le Christ, de cette mort, formidable pour notre nature, terrible, épouvantable ; il l'a prise , il a dissipé l'épouvante qu'elle inspirait; il nous l'a livrée pour amuser même des jeunes filles. Voilà pourquoi la bienheureuse Péta gie a couru au-devant, avec un si vif transport, qu'elle n'attendit pas les mains des bourreaux, qu'elle n'entra pas au tribunal, que la grandeur de son âme la poussa à prévenir leur cruauté. Douleurs, tortures, affreux supplices, elle était prête à tout supporter, mais elle craignait de perdre la couronne de la virginité. Et ce qui prouve combien elle redoutait le libertinage des impies, elle le prévient, elle s'empresse de se soustraire au dérèglement de leur insolence. Jamais homme n'entreprit rien de pareil; en effet, tous les hommes qui affrontèrent le martyre, se présentèrent devant le tribunal, et là, ils montrèrent leur courage. Mais les femmes, exposées par leur nature à certains outrages, se préoccupèrent des circonstances qui pouvaient accompagner leur mort. Si Pélagie avait pu conserver la virginité, en acquérant la couronne du martyre, elle n'aurait pas refusé de se présenter au tribunal : mais, vu la nécessité de perdre l'une ou l'autre, elle pensa que ce serait le comble de la démence, quand elle pouvait remporter une double victoire, de ne se ménager qu'un demi-triomphe. Donc, elle refusa d'entrer au tribunal, de s'exposer en spectacle à la licence des regards; de permettre aux désirs impurs de jouir de son aspect; elle mit son corps sacré à l'abri des outrages; de la chambre virginale, du gynécée, elle passa dans un autre asile de la chasteté, dans le ciel. Il est beau de voir autour de soi, sans pâlir, les bourreaux qui déchirent vos flancs; Pélagie n'a pas montré moins de grandeur. Pour les hommes qui souffrent le martyre, il arrive un moment que la sensibilité s'éteint dans la variété des tortures ; que la mort ne paraît plus redoutable; qu'elle semble bien plutôt la délivrance, la fin des douleurs; mais notre vierge, sans avoir encore rien souffert, lorsque son corps était intact, nullement déchiré, Pélagie eut besoin d'une âme grande et généreuse, pour sortir de cette vie par une mort violente. Si vous admirez le courage de ces hommes intrépides, admirez donc aussi la force virile de cette vierge; si la constance de ces héros vous saisit par ce qu'elle a de sublime, soyez également saisis de la générosité sublime de cette femme, qui ose affronter une telle mort. Ne passez pas en courant, retenez ici vos pensées. Voyez cette vierge délicate qui ne connaissait que sa chambre pudique; tout à coup des soldats l'envahissent, des soldats sont à sa porte; ils l'appellent au tribunal ; on la traîne dans la place publique pour répondre à une accusation, de quelle nature, de quelle gravité ! Pas de père auprès d'elle, pas de mère à ses côtés; ni nourrice, ni servante, ni femme du voisinage; pas une amie; elle était seule au milieu des bourreaux. Qu'elle ait pu sortir et répondre à ces soldats, à ces bourreaux, ouvrir la bouche, faire entendre sa voix; qu'elle ait eu la force de les regarder, de conserver une contenance, de respirer, quel prodige, quel courage admirable ! Cette vertu n'appartenait pas à la nature humaine; il y avait là un surcroît qui venait de Dieu. Cependant la vierge n'était pas d'elle-même inactive; tout ce qui dépendait d'elle de faire, elle le fit; elle montra du zèle, de la prudence, de la générosité, de la résolution, de l'empressement, de l'impatience même. Mais le succès auquel aboutirent ces excellentes dispositions fut l'effet du secours de Dieu et de la grâce d'en-haut ; en sorte que nous devons l'admirer et tout ensemble la déclarer bienheureuse ; bienheureuse, parce Dieu a été son compagnon d'armes; l'admirer, parce qu'elle ne manqua pas elle-même de courage. Car qui ne serait frappé d'admiration en apprenant, qu'en moins d'un instant, elle conçut, résolut, accomplit ce qu'elle avait décidé? Il arrive souvent, vous le savez tous, que des projets longtemps médités, nous les rejetons lorsque le temps est venu de les accomplir; une légère crainte qui nous saisit disperse tous nos desseins; une frayeur subite suffit pour nous détourner. Notre vierge, au contraire, en un seul et même moment, conçoit, résout, exécute un dessein si plein de terreur et d'épouvante; ni l'horreur du présent, ni la rapidité des instants, ni son abandon au milieu des embûches, ni cette circonstance qu'elle est toute seule chez elle, quand on la saisit, rien, non, rien n'a troublé cette bienheureuse ; on eût dit que c'étaient des amis, des personnes de connaissance qui lui rendaient visite, tant elle conserve la liberté dans toutes ses actions ; cette tranquillité se comprend. En effet, elle n'était pas seule, Jésus était avec elle, Jésus, son conseil il était là auprès d'elle; c'était lui qui parlait à son coeur ; c'était lui qui fortifiait son âme; c'était lui qui chassait la crainte. Et cette protection était justice; la vierge martyre s'était d'avance montrée digne d'un pareil secours.

2. Elle sortit et demanda aux soldats la permission de rentrer et de changer de vêtements : elle rentre et revêt l'incorruptibilité, au lieu de ce qui est corruptible; l'immortalité au lieu de la mort; la vie sans fin, au lieu de celle qui n'a qu'un temps. Pour moi, j'admire, outre ce qui a déjà été dit, que les soldats lui aient accordé ce qu'elle demandait, qu'une femme ait trompé des hommes, qu'ils n'aient, rien soupçonné de ce qui allait arriver, qu'ils n'aient pas deviné la ruse. Ne dites pas que personne aussi n'a jamais rien fait de pareil; en effet, nombre de femmes se sont élancées dans des précipices, jetées dans les flots, ou poignardées, ou pendues; ces tragédies se renouvelaient fréquemment alors. Non, ce fut Dieu qui aveugla les satellites et ne leur permit pas de comprendre la ruse. Elle s'envola donc du milieu des filets; comme une biche tombée entre les mains des chasseurs et qui se sauve, arrive sur le sommet d'une montagne inaccessible, et là, hors de leur portée, à l'abri de leurs traits, s'arrête, et, sans rien craindre, regarde ceux qui la poursuivaient; ainsi fait notre vierge : elle était tombée entre les mains des chasseurs qui la traquaient; sa chambre était comme un filet où on l'avait prise, elle se sauve; non sur le sommet d'une montagne; mais elle gravit les cimes du ciel même, et, de ces hauteurs, elle ne redoutait plus leur approche ; et les voyant ensuite s'en retourner les mains vides, elle jouissait de la confusion des infidèles. Attachons-nous à la bien comprendre le juge est sur son siège; les bourreaux se tiennent auprès de lui, les tortures sont préparées, tout le peuple est rassemblé ; les soldats attendent; c'est un trépignement universel, dans l'impatience du plaisir; on espère que la proie va venir, et voici que ceux qui avaient été envoyés pour s'en emparer, reviennent le front bas, les yeux regardant la terre, et racontent ce qui s'est passé. Quelle honte, quelle affliction, quel sujet de reproches pour ces infidèles ! Comme ils ont dû baisser la tête et rougir, quand ils eurent compris qu'ils ne faisaient pas la guerre aux hommes, mais à Dieu ! Joseph, harcelé par l'insidieuse maîtresse qui le poursuivait, abandonna le manteau qu'avaient souillé les mains de l'étrangère, et s'échappa nu ; mais Pélagie déroba son corps aux atteintes des impudiques; elle dépouilla son âme qui monta nue au ciel, abandonnant aux ennemis sa chair sacrée; confondus, réduits à l'impuissance, ils ne savaient que faire de ces restes. Voilà les oeuvres glorieuses de notre Dieu, quand il lui plaît de tirer ses serviteurs de leurs angoisses, pour les conduire à la sérénité, et de confondre les ennemis, en apparence triomphants, et de leur enlever toutes les ressources de la pensée. Quelle position plus cruelle, que celle où s'était trouvée cette jeune vierge? quoi de plus facile que ce que méditaient ces soldats? Elle était seule dans sa chambre; ils l'y tenaient entre leurs mains, elle y était enfermée comme dans une prison, et cependant ils revinrent après avoir perdu leur proie. Encore une fois, la vierge était seule; aucun secours, aucune ressource; aucune issue possible pour échapper de quelque côté que ce fût à ces affreux malheurs; si près de la gueule des bêtes féroces, elle se dérobe néanmoins aux dents qui allaient la dévorer, elle échappe aux piéges, aux soldats , aux juges, aux princes. Elle vivante, tous croyaient facile de triompher. d'elle ; mais la voilà morte, et alors les pensées des bourreaux sont confondues ; il fallait leur apprendre que la mort des martyrs, c'est la victoire des martyrs. Ce qui arriva, c'est comme si un navire chargé d'une énorme provision de marchandises, de pierres précieuses, assailli, à l'entrée même du port, par des flots qui menacent de l'engloutir, échappait à leur fureur, qui ne ferait que le pousser dans le port avec plus de célérité. Ainsi en arriva-t-il à la bienheureuse Pélagie. Les soldats se précipitant dans sa demeure,. la crainte des tortures qu'elle attendait, les menaces du juge, toute cette tempête, plus. violente que les flots soulevés, ne fit que précipiter son vol dans le ciel ; les vagues qui allaient l'engloutir, la portèrent plus rapidement au refuge où sont les ondes tranquilles; et puis son corps, plus brillant que la foudre,.tomba,. frappant d'un éclat terrible les yeux du démon.. Car la foudre qui se précipite du ciel, nous cause moins d'épouvante, que n'en ressentirent les, phalanges du démon, quand elles virent tomber ce corps de la vierge martyre, plus redoutable que tous les tonnerres.

3. Et maintenant voulez-vous être sûrs que rien n'est arrivé que par la volonté de Dieu? Ce qui le prouve surtout, c'est la promptitude du zèle qui a transporté la jeune vierge, c'est que les soldats m'ont pas soupçonné la ruse, c'est qu'ils ont consenti à sa demande, c'est que le fait s'est accompli. Une autre preuve, aussi forte, peut se tirer du genre même de la mort. En effet, beaucoup de personnes sont tombées du haut d'un toit, sans se faire aucun mal; il en est d'autres qui se sont mutilé le corps, et ont vécu longtemps après leur chute; mais Dieu n'a pas voulu que rien de pareil arrivât à la vierge bienheureuse; il voulut que son âme sortît aussitôt de son corps, et il la reçut parce qu'elle avait assez lutté, parce qu'elle avait accompli sa tâche. Ce n'est pas la chute, c'est l'ordre de Dieu qui a déterminé la mort. Le corps était étendu non sur un lit, mais sur le sol ; il n'était pas sans honneur, quoique gisant sur le sol; le sol même devenait un objet de vénération, pour avoir reçu ce corps si glorieux. Ce corps n'était que plus vénérable, d'être ainsi étendu sur le sol; les outrages qu'on subit au nom du Christ, nous sont un surcroît d'honneur. Il était donc étendu sur le sol, dans ce lieu vénérable, ce corps virginal, plus précieux que l'or; les anges se tenaient à l'entour, tous les archanges le contemplaient avec un respect insigne; le Christ lui-même se tenait là. Car, si les maîtres assistent aux funérailles des domestiques honorables, s'ils y vont sans rougir, à plus forte raison, le Christ n'a pas pu rougir d'honorer de sa présence, celle qui, pour lui, avait exhalé son âme, et affronté un si grand danger. Elle était donc là, étendue, dans la pompe magnifique qui convient aux funérailles des martyrs, parée de la confession de la foi, vêtement plus riche que toute la pourpre des rois; robe plus précieuse que tous les tissus les plus précieux ; superbe à double titre, par la virginité, par le martyre; c'est avec ces ornements de ses funérailles, qu'elle paraîtra au tribunal du Christ. Et nous aussi, envions pour nous de pareils vêtements, et pour les jours de notre vie et pour notre mort: nous savons bien que celui qui se pare de vêtements d'or, n'en recueille aucune utilité; au contraire, il s'expose à de nombreux reproches il semble même, dans le sein de la mort, ne pas renoncer à une gloire qui n'est que vanité; s'il est revêtu de bonnes oeuvres il aura, même après sa mort, beaucoup de bouches pour célébrer ses louanges. Sachons-le bien : la splendeur même de nos cours impériales paraîtra aux yeux de tous moins brillante que le sépulcre où sera couché ce corps qui a vécu dans la vertu, dans la piété. Vous êtes les témoins de ce que je déclare, ô vous qui, dédaignant les sépultures des riches malgré l'or et les étoffes magnifiques qui les décorent, vous en détournez comme on s'écarte des cavernes, et courez avec amour auprès de cette sainte, qui a choisi le martyre, la confession de la foi, la virginité, et non des vêtements d'or pour ses ornements, et qui est morte dans le martyre.

Imitons-la de toutes nos forces. Elle a méprisé la vie; de notre côté, méprisons les délices, raillons la somptuosité; loin de nous l'ivresse, l'intempérance. Ce n'est pas sans dessein que je prononce ces paroles, mais c'est que j'en vois beaucoup qui, au sortir de ce spectacle tout spirituel, vont courir aux lieux où l'on s'enivre, où l'on mange, aux tables d'hôte, dans d'autres endroits encore où l'infamie réside. C'est pourquoi, je vous en prie, je vous en donne l'exhortation et le conseil, ayez toujours présente à votre mémoire, à votre pensée, cette vierge sainte, ne déshonorez pas cette assemblée, ne ruinez pas la confiance que cette fête nous inspire. Nous n'avons pas tort dans nos entretiens avec les Gentils, de parler avec orgueil de la foule qu'attire cette solennité; nous les voyons rougir devant nous, quand nous leur disons que la ville entière, qu'un si grand peuple, parce qu'une simple fille est morte, s'attroupe ainsi en son honneur, et cela chaque année, après tant d'années, que le temps écoulé depuis n'a jamais pu interrompre ni refroidir les hommages fidèles à sa mémoire. Mais si les Gentils soupçonnaient ce qui se passe dans cette assemblée, combien ne perdrions-nous pas de leur respect ! Quand cette foule, ici réunie, conserve l'ordre et la décence, c'est pour nous la plus belle gloire; mais son indolence, son mépris des, devoirs, c'est notre honte, et cette honte nous accuse.
4. Si donc vous voulez que nous puissions nous glorifier de ce grand rassemblement de votre charité, retirez-vous dans nos demeures avec l'ordre parfait qui convient à ceux qui se sont réunis auprès de cette bienheureuse martyre. Celui qui ne s'en retournerait pas dans ces dispositions, non-seulement n'aurait rien gagné, mais il s'exposerait au plus grand danger. Je sais que vous êtes exempts des maladies qui souillent l'âme, mais cette excuse ne doit pas vous suffire; vous devez encore, quand vos frères oublient la décence, les ramener à la modestie parfaite, les rétablir dans la pureté, dans l'honnêteté convenable. Vous avez, par votre présence, honoré la martyre; honorez-la encore en redressant ceux qui sont proprement ses membres. Si vous voyez un rire désordonné, une course indécente, une démarche indigne, une allure inconvenante, montrez-vous, et fixez des regards sévères, des regards qu'on redoute. Mais on vous méprise, on ne fait que rire plus fort à vos dépens? Prenez avec vous, deux frères, ou trois, ou un plus grand nombre, afin que ce plus grand nombre vous assuré le respect. Vous ne parvenez pas encore, même par ce moyen, à corriger leur démence, dénoncez-les aux prêtres. Mais il est impossible que leur impudence aille jusqu'à mépriser les reproches, les exhortations; je ne saurais croire qu'ils ne finissent pas par s'amender, par renoncer à ces dérèglements, à ces frivolités licencieuses. Supposez que vous en ayez reconquis une dizaine, ou trois, ou deux, ne fût-ce qu'un seulement, vous retournerez chez vous, enrichi d'un gain précieux. La route est longue: profitons dé la longueur de la route, pour recueillir dans notre mémoire les discours que nous aurons entendus ici : voilà le moyen de parfumer le chemin des plus suaves odeurs. La route aurait moins de charmes, quand l'air, dans tout le parcours, serait embaumé de senteurs exquises, qu'elle ne serait charmante aujourd'hui, si tous les fidèles qui la suivront, regagnaient leurs demeures, en se racontant l'héroïsme de notre martyre, chacun se servant (501) de sa langue comme d'un encensoir pour l'honorer. Quand l'empereur fait son entrée dans une ville, avec quel ordre les files des soldats s'avancent, de droite et de gauche, s'exhortant mutuellement à marcher sans confusion, avec les précautions que le respect commande, à qui veut paraître digne des regards du peuple !

Faisons comme eux; car nous aussi nous escortons un empereur; non un empereur visible, non un empereur qui ne commande que sur la terre, mais le Maître et le Seigneur des anges. Marchons donc, nous aussi, en bon ordre, nous exhortant, les uns les autres, à nous avancer comme il convient, en gardant nos rangs, de telle sorte qu'on admire, non-seulement notre grand nombre, mais encore la beauté de notre défilé. Parlons mieux n'eussions-nous aucun témoin, fussions-nous seuls à faire ce trajet, même alors il ne faudrait pas nous abandonner à des allures inconvenantes, parce qu'il y a un oeil qui ne dort pas, présent partout, regardant tout. Considérez encore qu'un grand nombre d'hérétiques sont mêlés avec nous; s'ils nous voient ainsi dansant , riant, poussant des cris, en proie à l'ivresse, ils nous condamneront en toute sévérité, ils s'éloigneront de nous. Si, pour un seul homme qu'on scandalise, on s'attire un inévitable châtiment, nous qui aurons scandalisé un si grand nombre d'hommes, quel châtiment n'encourrons-nous pas? Mais loin de nous ce malheur, qu'après ces discours, qu'après cette exhortation , aucun de nous s'expose à tomber dans de tels égarements ! Car si jusqu'à présent ces fautes ne méritaient pas de pardon, après notre réunion d'aujourd'hui, et les reproches que vous venez d'entendre, la peine sera bien plus inévitable encore, tant pour ceux qui s'abandonnent à ces excès, que pour ceux qui les voient avec indifférence. Donc, pour préserver vos frères des châtiments, et pour vous assurer à vous-mêmes une plus belle récompense, prenez en main le soin du salut de vos frères; engagez-les à recueillir, à se rapporter mutuellement les discours que vous avez entendus, pour les méditer pendant tout le parcours de la route, pour offrir, à ceux qui sont restés, qui ont été laissés dans leurs maisons , les restes dé notre table, pour vous apprêter, même chez vous, un brillant repas. C'est ainsi, en effet, que nous retirerons de cette fête tout le sentiment qu'elle doit imprimer profondément dans nos âmes; que nous nous assurerons la plus grande bienveillance de la sainte martyre, juste retour de la sincérité de notre respect. Notre présence ici, notre tumultueux empressement, lui sera bien moins agréable, que le plaisir de nous voir emporter d'ici une abondante et lourde moisson de grâces spirituelles. Puisse notre sainte nous mettre en possession de ces fruits, par ses prières, et, avec elle, puissent tous ceux qui ont lutté comme elle, nous obtenir de conserver la mémoire des discours de ce jour, et de tous les autres; de les reproduire dans toutes nos actions, afin d'être, à toutes les heures de notre vie, agréables au Dieu à qui appartient la gloire, la. puissance, dans tous les siècles des siècles. Ainsi soit-il.

HOMÉLIES SUR SAINTE PÉLAGIE.

DEUXIÈME HOMÉLIE.

Pélagie, cette vierge sainte, mériterait un plus grand nombre de spectateurs , car ses combats furent grands, et demandent des spectateurs à flots plus abondants. Cependant il lui suffit du Christ, dont la présence est le seul ornement du discours et de la fête que nous lui décernons; et, en effet, où est le Christ, là se trouve en même temps tout le chaeur des anges. Il est vrai aussi de dire que tous les martyrs ont montré des membres plus puissants que les tortures, et, par là, se sont conquis, pour les opposer au démon, un grand nombre de spectateurs; on les a vus, avec un corps, surpasser les esprits sans corps, et montrer l'énergie de leur chair en lutte avec le fer des bourreaux. Mais quand nous voyons jusqu'à des jeunes filles impatientes de mourir pour le Christ crucifié, alors je trouve encore plus ridicule l'irréflexion du démon : il sut inventer les moyens de répandre en foule ses oracles de tous côtés; il s'est donné comme annonçant l'avenir par avance, et il n'a pas prévu, il a oublié de prophétiser toute l'étendue de la confusion et du ridicule qu'il encourrait aujourd'hui. Essayez de comprendre quelque sujet de dérision plus burlesque que ce qui est arrivé aujourd'hui au démon ! Il avait la vierge prise dans ses filets, et il perd sa proie ; il tenait la jeune fille, il n'a pas pu la garder; on eût dit que c'était une ombre, non une vierge qu'il avait saisie. C'est qu'elle unissait, à la simplicité de la colombe, la prudence du serpent; la simple colombe s'est laissée prendre , mais le serpent, plein de prudence, a échappé; quoiqu'elle se vît prise, elle ne désespéra pas de la victoire; elle ne laissa surprendre ni son coeur ni sa pensée, quoique sa personne fût captive; elle imagina un expédient, une sage combinaison, pour déjouer l'esprit inconsidéré des soldats, et les frapper pour ainsi dire de stupidité. Quelle fut cette combinaison? La jeune fille fit semblant d'avoir changé d'avis; et, pour qu'on se fiât à son air, malgré la tempête qui grondait sur elle, malgré le naufrage qui l'entourait de si grands périls, elle montrait un visage calme et gai. Les soldats, dupes de cette ruse, trompés par la sérénité de la jeune fille, commencèrent à lui témoigner quelques égards. Elle leur avait demandé de lui permettre de se retirer tout le temps qui lui serait nécessaire pour revêtir le costume d'une nouvelle épouse; les soldats la laissèrent libre de s'éloigner. Non-seulement ils voulaient lui être agréable, mais ils se promettaient aussi les compliments du juge, à qui ils auraient amené une jeune fille ornée et parée. Celle-ci, maîtresse de ce qu'elle désirait, se hâta de revêtir ce qui est la vraie beauté, c'est-à-dire la force d'âme, la riche et ferme espérance de la résurrection ;. et aussitôt elle monta en courant sur le toit de sa maison, et de là se précipita. Elle accomplit résolument cette gymnastique hardie que le démon ne craignit pas autrefois de proposer au Seigneur lui-même : Si vous êtes le Fils de Dieu, précipitez-vous. (Matth. IV, 6.) de ne puis considérer la foi, la grandeur d'âme de cette jeune fille sans être stupéfait. Que n'aurait pas (503) pensé en ce moment une autre jeune fille? Elle aurait certes dit : de me précipite, puisque j'y suis forcée par la crainte du déshonneur. La pensée est louable, pourvu que la chute détermine la mort; les ennemis auront beau s'acharner sur mon corps privé de vie, je ne sentirai rien, je n'aurai pas conscience de ce qu'ils feront. Maintenant, si je me brise les membres sur la terre, mais sans mourir, déformée, tourmentée par la douleur, je n'en serai pas moins conduite devant le juge; et alors je souffrirai ce que j'ai toujours craint; ils exerceront leur infâme brutalité sur mon corps meurtri, ils me dépouilleront de l'honneur que je veux garder pur, et ainsi je subirai un double malheur: mes membres fracassés, ma virginité perdue. C'était assez de pareilles réflexions pour bouleverser toute autre jeune fille. Mais Pélagie avait confiance; elle sentait sans doute qu'il y avait quelqu'un qui lui garantissait l'événement; et voilà pourquoi elle montra un courage si prompt à se précipiter. Ainsi une jeune fille, une vierge, t'a vaincu par son énergie, par son courage, ô démon ! Le défi que tu as jadis proposé au Seigneur, une jeune fille, sa servante, l'a retourné contre toi-même, et, courant sur le faîte du toit, de là, elle s'est élancée; le juge l'a appelée; c'est toi qui a suggéré tout cela; elle ne t'a pas obéi, elle n'a pas accepté un combat plein de ruses ; elle connaissait bien la malice de tes pensées; c'est ton habitude d'appeler les vierges devant les juges, comme pour les faire battre de verges, et bientôt, sans combat, de précipiter dans les abîmes, bien plus tristement captives, celles qui n'ont pas craint le combat. Si tu n'as pas d'arrière-pensée, quand tu appelles une jeune fille au combat, dans le stade, mesure-toi désormais avec elle; quand elle se jette du haut d'un toit, soutiens-la dans sa chute; ose donc l'affronter; ne recule pas devant les luttes de ce genre. Donne l'essor que tu voudras à ton astuce. Tu as la terre pour champ de bataille; pousse désormais vivement les glaives, pour donner la mort; prépare, pour tuer les hommes , les durs instruments de meurtre; apprête-toi à briser la jeune fille qui tombe. Tous tes artifices, si retors, si profonds qu'ils soient, se sont trouvés sans aucune puissance; la vierge les a vaincus; et, ce qui est plus remarquable, elle n'a pas réclamé de Dieu ce qui est écrit : Commandez à vos anges, Seigneur, que je ne heurte pas mon corps contre la pierre (Luc, IV, 10, 11) ; mais ce qu'elle lui demanda, c'est de prescrire à son âme, aussitôt après sa chute, de quitter son corps. O jeune fille, femme par ton sexe, mais d'un courage digne de l'homme l ô vierge, qui mérites d'être célébrée à double titre, et parce que tu fais partie de la troupe des vierges, et parce que tu as été inscrite au nombre des martyrs ! ô jeune fille, chaste jusqu'à ne pas permettre aux regards libertins d'un juge de jouir de ton aspect ! Imitons donc, nous aussi, sa modestie, sa continence, et dressons des trophées de nos victoires sur les voluptés; réprimons la fougue de nos désirs déréglés, effrénés; animons-nous à la piété, fortifions-nous dans la ferveur; délivrons, même nos juges, des tentations, et, quand il le faut, remplaçons l'humilité par de l'audace; enfin, sur cette terre, mortifions nos membres, afin que le Seigneur, s'emparant de notre corps humilié, l'exalte, le rende digne de la communication de son propre corps et de sa forme divine; à lui la gloire, à lui la domination, dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il.


SAINTE PÉLAGIE *

Pélagie, la première des femmes de la ville d'Antioche, regorgeait de biens et de richesses. Douée d'une beauté extraordinaire, fière et vaine dans sa manière d'être, elle salissait son esprit et son corps dans l’impudicité. Quand il lui arrivait de passer par l’a ville, c'était avec une ostentation telle qu'on ne voyait sur elle qu'or, argent et pierres précieuses; partout où elle allait elle embaumait l’air de l’odeur de toutes sortes de parfums. Elle était précédée. et suivie d'une foule immense de jeunes filles et de jeunes garçons aussi revêtus d'habits somptueux. Un saint père appelé Nonnus, évêque d'Héliopolis, aujourd'hui Damiette, en la voyant, se mit à verser des larmes très amères de ce qu'elle avait plus de souci de plaire au monde qu'il n'en avait lui-même de plaire à Dieu. Se prosternant alors sur le pavé, il frappait la terre avec son visage et l’arrosait de ses larmes, en disant : « Grand Dieu ! pardonnez-moi, misérable pécheur que je suis, parce que cette femme de mauvaises moeurs a mis plus de temps à parer son corps pour un seul jour que je n'en ai mis dans toute ma vie pour me sauver. O Seigneur, que les ornements d'une pécheresse ne soient pas pour moi un sujet de confusion quand je paraîtrai en présence de votre redoutable majesté. Elle est ornée avec les soins les plus exquis pour la terre, et moi qui me suis proposé de vous servir comme mon immortel Seigneur, j'ai été assez négligent pour ne pas accomplir ma, promesse. » Puis il dit à ceux qui se trouvaient là avec lui : « En vérité je vous dis que Dieu ta produira contre nous au jour du jugement, parce qu'elle se farde avec soin pour plaire à des amants sur la terre, tandis que nous négligeons de plaire au céleste époux. » Pendant qu'il disait ces choses et d'autres à peu près semblables, tout à coup il s'endormit, et il vit en songe une colombe noire et puante à l’excès voltiger autour de lui pendant qu'il disait la messe. Quand il eut dit aux catéchumènes de se retirer, la colombe disparut et revint après la messe. Alors l’évêque la plongea dans un vase rempli d'eau et elle en sortit nette et blanche : elle s'envola ensuite si haut, qu'il devint impossible de la voir. Enfin l’évêque s'éveilla. Or, une fois qu'il prêchait à l’église, Pélagie était présente. Elle fut si touchée de ses paroles qu'elle lui écrivit une lettre en ces termes : « Au saint évêque, disciple de J.-C., Pélagie, disciple du diable. Si vous voulez donner une preuve que vous êtes bien le disciple de J.-C. qui, d'après ce que j'ai entendu, est descendu du ciel pour les pécheurs, daignez me recevoir toute pécheresse que je suis, mais repentante. » L'évêque lui répondit: « Je vous prie de ne pas mettre mon humilité à l’épreuve, parce que je suis un homme pécheur. Si vous désirez être sauvée, vous ne pourrez pas me voir en particulier, mais vous me verrez avec les autres évêques. » Lorsqu'elle fut arrivée auprès de Nonnus placé avec ses collègues, elle se jeta à ses pieds qu'elle tenait de ses mains, et elle dit en 'versant des larmes très amères : « Je suis Pélagie, une mer d'iniquités, agitée par des flots de péchés. Je suis un abîme de perdition, je suis le gouffre et le piège des âmes ; combien se sont laissé duper par moi ! mais j'ai maintenant tous ces crimes en horreur. » Alors l’évêque l’interrogea : « Quel nom avez-vous; lui dit-il ? » Elle répondit : « Dès ma naissance, je  m’appelle Pélagie, mais à cause du luxe de mes vêtements, on  m’appelle Marguerite. » L'évêque, l’accueillant donc avec bonté, lui enjoignit une pénitence salutaire; il l’instruisit avec soin de la crainte de Dieu, et la régénéra par le saint baptême. Or, le diable était là qui criait : « Oh quelle violence j'endure de ce vieux décrépit ! O violence ! ô vieillesse méchante ! Maudit soit le jour où tu es né pour être mon ennemi, et dans lequel tu n'as ravi ma plus chère espérance ! » Une nuit encore, pendant que Pélagie dormait, le diable vint la réveiller et lui dire : « Dame Marguerite, quel mal t'ai je jamais fait? Ne t'ai-je pas ornée de toutes sortes de richesses et de gloire ? Je t'en prie, dis-moi, en quoi je t'ai contristée, à l’instant je réparerai le tort que je t'ai fait. Seulement, je t'en conjure, ne  m’abandonne pas, afin que je ne devienne pas le sujet du mépris dés chrétiens. » Mais Pélagie se signa et souffla sur le diable qui disparut aussitôt. Le troisième jour après son baptême, elle disposa tout ce qui lui appartenait et le donna aux pauvres. Peu de jours après, à l’insu de tout le monde, Pélagie s'enfuit pendant la nuit et vint au mont des Oliviers où, prenant l’habit d'ermite, elle habita une petite cellule dans laquelle elle servit Dieu en pratiquant une rigoureuse abstinence. Elle jouissait d'une réputation extraordinaire, et on l’appelait frère Pélage. Dans la suite, un diacre de l’évêque dont nous avons parlé vint à Jérusalem pour visiter les lieux saints. Or, l’évêque lui avait dit qu'après avoir accompli ses dévotions, il s'informât d'un moine nommé Pelage et qu'il l’allât voir, parce que c'était un vrai serviteur de Dieu. Il le fit, mais bien que Pélagie le reconnût aussitôt, il ne la reconnut cependant point à cause de sa maigreur extrême. Pélagie lui dit: «Avez-vous un évêque? » « Oui, seigneur, répondit-il. » « Qu'il prie pour moi le Seigneur, reprit Pélagie, car c'est un véritable apôtre de J.-C. » Le diacre s'en alla et revint à la cellule de Pélage trois jours après. Mais comme après avoir frappé à la porte personne ne lui avait ouvert, il enfonça la fenêtre, et il vit que Pélage était mort. Il courut annoncer cela à l’évêque qui vint avec le clergé et les moines pour rendre les derniers devoirs à un si saint homme. Mais quand on eut sorti le cadavre de la cellule, on s'aperçut que c'était une femme. Tous furent remplis d'admiration, et rendirent grâces à Dieu ; ensuite ils ensevelirent le saint corps avec honneur. Or, elle trépassa le 8e jour d'octobre, vers l’an du Seigneur 290.

* Tirée des Vies des Pères.

La Légende dorée de Jacques de Voragine nouvellement traduite en français avec introduction, notices, notes et recherches sur les sources par l'abbé J.-B. M. Roze, chanoine honoraire de la Cathédrale d'Amiens, Édouard Rouveyre, éditeur, 76, rue de Seine, 76, Paris mdcccci



Sainte Pélagie, la Pénitente d'Antioche (Fête le 8 Octobre)

Pélagie vivait à Antioche en Syrie.

Née à Antioche vers 430, appelée Marguerite, s'engagea dans une troupe de comédiennes à Antioche, morte près de Jérusalem vers 457.

Convertie par un sermon de Nonnus, évêque d'Edesse, ville de Mésopotamie septentrionale, en 453. Elle se retira sur le mont des Oliviers où elle vécut en pénitente jusqu'en 457.

Dotée d'une beauté extraordinaire, fière et vaine dans sa manière d'être, elle salissait son esprit et son corps dans l'impudicité.

Si elle passait en ville, c'était avec une ostentation telle qu'on ne voyait sur elle que soieries, or, argent, pierres précieuses ; partout où elle allait, l'air embaumait de toutes sortes de senteurs.

Elle était précédée de parfums capiteux et suivie d'une foule immense de jeunes filles et de jeunes garçons revêtus, également, d'habits somptueux et tout à sa dévotion.

Elle était donc aussi belle et frivole. Entrée par hasard dans une église, pour s'en moquer, elle entendit le prêtre Nonnus décrire la grande pécheresse Babylone ; elle se reconnut dans cette description et en fut bouleversée.

Aussitôt elle demanda le Baptême. Lors, ayant reçu, par la Parole de Dieu, le saint appel, elle partit vivre en solitaire dans un ermitage, dans le désert du Sinaï.

Là, afin de pouvoir accomplir sa mission, elle se fit passer pour un dénommé Pélage. Elle accueillait les visiteurs et leur parlait de Dieu afin de les convertir.

Elle obtint ainsi de multiples conversions de jeunes bédouins et de voyageurs. Espérant racheter sa vie passée, elle avait donc pris l'habit d'ermite, et habitait une petite cellule dans laquelle elle servit Dieu en pratiquant une rigoureuse abstinence.

Elle jouissait d'une réputation extraordinaire, et on l'appelait frère Pélage. Un jour, le 8e jour d'octobre, un diacre vint frapper à sa porte.

Mais comme personne ne lui répondait, il passa par la fenêtre et vit que Pélage était mort. Il courut annoncer cela à son évêque, Nonnus qui vint, en plein désert, avec le clergé et les moines pour rendre les derniers devoirs à un si saint homme.

Le voyage avait pris des semaines, mais quand on eut sorti le cadavre de la cellule, un corps si décharné mais si merveilleusement conservé, on s'aperçut que c'était une femme ! Tous furent remplis d'admiration, et rendirent grâces à Dieu ; ensuite ils ensevelirent le saint corps avec tous les honneurs. (Tiré de : La vie des Premiers Saints, Anonyme).


Le 8 Octobre, mémoire de notre Sainte mère PÉLAGIE, la prostituée repentante.
Sainte Pélagie vivait à Antioche dans la deuxième moitié du cinquième siècle. Livrée à la danse et aux plaisirs impurs, elle était la prostituée la plus connue de cette grande ville et avait tiré de ses débauches une grande fortune qu'elle n'utilisait qu'à parer son corps d'atours précieux et de parfums voluptueux, pour attirer de nouvelles victimes dans ses filets.
Elle avait de nombreux esclaves et serviteurs qui l'escortaient lorsqu'elle se promenait dans la ville, assise dans son char luxueux.
Or, un jour où l'Archevêque d'Antioche avait invité Nonnus, l'Evêque d'Edesse, un saint homme dont les paroles inspirées portaient ses auditeurs au repentir et à l'amour de la vertu, à prêcher devant le peuple, Pélagie vint à passer devant l'assemblée avec son cortège habituel. Alors que tous détournaient les yeux de ce spectacle, Saint Nonnus regarda cette femme en pleurant.
Il dit à ceux qui l'entouraient: «Malheur à nous, paresseux et négligents, car nous devrons rendre compte au jour du jugement, pour ne pas avoir mis à plaire à Dieu le zèle et le soin que met cette pauvre femme à orner son corps pour un plaisir passager». Et il pria ardemment le Seigneur pour sa conversion.
Le lendemain, comme Nonnus commentait le Saint Evangile au cours de la Divine Liturgie, Pélagie se trouvait dans l'assistance.
Les paroles de l'Evêque sur le Jugement dernier et l'éternité des peines de l'enfer pénétrèrent dans le coeur de la jeune femme comme une épée effilée et éveillèrent en elle le seul véritable amour, celui de l'Epoux céleste.
De retour dans son palais, elle adressa une lettre au Saint Evêque, demandant qu'il acceptât de la recevoir et qu'il ne méprisât pas sa turpitude s'il était vraiment disciple de Celui qui est venu pour appeler «non les justes mais les pécheurs à la pénitence» (Mat. 9:13).
Nonnus lui fit répondre que si elle était vraiment décidée à se repentir, elle devrait se présenter à l'église, devant toute l'assemblée des Clercs et du peuple, pour confesser ses fautes.
Pélagie saisit cette occasion et se précipita vers l'église, en oubliant sa parade et son orgueil d'autrefois.
Puis elle se jeta à genoux aux pieds de l'Évêque et le supplia de la faire renaître à la vie Divine par le Saint Baptême, afin que le démon et l'habitude ne la rappellent pas à sa vie de débauche.
Lors du Baptême de Pélagie toute la ville d'Antioche se réjouit de l'événement et du Salut de cette âme.
Elle fut confiée à une moniale du nom de Romane, qui l'initia au combat spirituel et à la vie de repentir.
Par la Prière et le signe de la Croix, elle vainquit ainsi les tentations de revenir à sa vie de péché, qui ne tardèrent pas à fondre sur elle.
Quelques jours après son Baptême, Pélagie fit distribuer toutes ses richesses aux pauvres et affranchit ses esclaves.
Ainsi libérée de tout attachement au monde, elle changea ses vêtements féminins pour de grossiers vêtements d'homme, et partit en secret pour pratiquer l'ascèse en Palestine, sur le Mont des Oliviers.
Elle resta de longues années enfermée dans une petite cellule, luttant chaque jour contre les passions qui s'étaient enracinées dans son corps et mettant désormais tout le soin qu'elle avait autrefois pour ses toilettes et ses parfums à l'ornement de son âme pour la Vie éternelle.
Bien qu'elle restât dans la solitude, la renommée de ses exploits se répandit parmi les ascètes de Palestine, qui croyaient qu'elle était un homme.
Lorsque la sainte pénitente remit en Paix son âme à Dieu, tous les Moines de la région se réunirent pour vénérer ses Saintes Reliques et glorifièrent grandement le Seigneur en apprenant d'un disciple de Nonnus la véritable histoire de Pélagie, qui enseigne à ceux qui sont plongés dans les ténèbres du péché à ne pas désespérer, mais à s'engager avec vaillance sur la voie du repentir.
SOURCE : http://reflexionchretienne.e-monsite.com/pages/vie-des-saints/octobre/sainte-pelagie-la-penitente-430-457-fete-le-08-octobre.html

St. Pelagia the Penitent

St. Pelagia was a well-known actress (some say prostitute) of Antioch. One day, with a throng of boys and girls dressed in gold she passed, sitting on a donkey and beautifully attired in gold, pearls and precious stones, close to where a group of bishops were in open-air conference. All the bishops hid their faces at the sight, except one, Bishop Nonnus, who gazed after her intently for a long time. “Were you not delighted by her beauty?” he exclaimed to his colleagues almost in tears. “This lady spends more time and care in adorning herself for those she will meet than we do in preparing our souls to meet our God.”

That night, Nonnus had a dream. A smelly black dove covered in soot stood near him which he plunged into the baptismal font: washed clean, white as snow, it flew away.

On the next day, Sunday, Pelagia came into the church where Nonnus was preaching and hearing what he said, wept tears of repentance. She sent a message saying she wished to see him. He replied she should meet him where he was in the company of the other bishops. She came in to where they were, threw herself at his feet, confessed her sins and asked for baptism.

Nonnus was the one who exorcised her, then baptized her with the name Pelagia and gave her the Body of Christ. When she went back to her sponsor Romana and the other women, the devil was heard to curse Nonnus for depriving him of such a prize. Pelagia subsequently gave over all her wealth to Nonnus, who passed it on to the poor, the widows, and orphans. The following Sunday, when she laid aside her baptismal white robes, it seems Nonnus gave her his tunic and cloak and she disappeared.
Three or four years later, an associate of Bishop Nonnus, deacon James, was going to Jerusalem on pilgrimage. Bishop Nonnus told him to ask of the whereabouts of the monk “Pelagius”, who had lived as a hermit there for some years. Finding the cell on the Mount of Olives, closed in except for a small window, the wizened face that looked out at him seemed to recognize him.

“I have come from Bishop Nonnus,” he said.

“Tell him to pray for me, for he is a saint of God,” was the reply. And the monk set about reciting the psalms of the third hour.

On going back to Jerusalem, Deacon James found out that Pelagius’s fame as a holy ascetic was widespread throughout the monasteries there. Going back to the cell another day some time later, he got no reply when he knocked. So he broke open the little window and saw that the holy man was dead. So sealing up the opening, he went off to inform the monks in Jerusalem. When they came to wash and anoint the body for burial, to their surprise they discovered she was a woman. This story spread widely among all the people. Monks and nuns came from Jericho and Jordan with candles and lamps and hymns and with great joy they brought her to her burial.


SOURCE : http://www.ucatholic.com/saints/saint-pelagia-the-penitent/

Pelagia of Antioch VM (RM)
(also known as Margarita, Marina)


Died c. 311; feast day formerly on October 8, when it is celebrated in the East. There are six saints named Pelagia (which means 'of the sea' as does Marina) entered on the Roman calendar. Some of them may be legendary; others perhaps not. Today's Saint Pelagia was a 15-year-old martyred at Antioch. The stories told of her are pious fiction, which gave rise to a whole series of later tales about Marina, Margaret, Euphrosyne, Eugenia, and others.


The most popular story told about the fictional Pelagia of October 8, nicknamed Margarito or Margaret because of the fineness of her pearls, relates that she was a notoriously licentious dancing-girl or actress at Antioch. During a synod there, she passed Bishop Saint Nonnus of Edessa and caught his attention. He reputedly said, "This girl is a lesson to us bishops. She takes more trouble over her beauty than we do about our souls and our flocks."

The next day she went to hear him preach. His sermon moved her to repentance and baptism. She gave her wealth to Nonnus to distribute to the poor and left Antioch for Jerusalem disguised as a man. She lived as a hermitess in a cave on the Mount of Olives, under the name Pelagius. For the balance of her life she lived in austerity and performed penances. Known as 'the beardless monk,' her sex was not discovered until her death some years later.

The more historical version tells of Pelagia being a disciple of Saint Lucian. When soldiers were sent to arrest her, asked to be allowed to change her clothes. She went upstairs on that pretext and threw herself from her rooftop in an attempt to escape and avoid defilement. Unfortunately, she died in the process. Saint John Chrysostom, a native of Antioch, wrote two homilies in honor of Pelagia that praised her courage, which he attributes to divine inspiration. She is also remembered in the Ambrosian Canon (Attwater, Benedictines, Delaney, Encyclopedia, Farmer, White).

Saint Pelagia is generally portrayed being baptized by Saint Nonnus. She may, however, be shown (1) praying before a crucifix in her cell or a cave; (2) as she is discovered by the monks at her death to be a woman; (3) as her body is brought in procession to Jerusalem; or (4) listening to Saint Nonnus preaching (Roeder).


Pelagia is the patroness of actresses and penitents (Roeder).

SOURCE : http://www.saintpatrickdc.org/ss/0609.shtml

June 9

St. Pelagia, Virgin and Martyr

SHE was a tender virgin at Antioch, only fifteen years of age when she was apprehended by the persecutors in 311. Being alone in the house, and understanding that their errand was to carry her before the judge where her chastity might be in danger, she desired leave of the soldiers to go up stairs and dress herself. But fearing to be an innocent occasion to others’ sin, threw herself from the top of the house, and died on the spot by her fall: in which action, says St. Chrysostom, she had Jesus in her breast inspiring and exhorting her. She probably hoped to escape by that means; and might lawfully expose her life to some danger for the preservation of her chastity; but nothing can ever make it lawful for any one directly to procure his own death.

Whoever deliberately lays violent hands upon himself is guilty of a heinous injury against God, the Lord of his life, against the commonwealth, which he robs of a member, and of that comfort and assistance which he owes to it; also against his friends, children, and lastly against himself, both by destroying his corporal life, and by the spiritual and eternal death of his soul; this crime being usually connected with final impenitence, and eternal enmity with God, and everlasting damnation. Nor can a name be found sufficiently to express the baseness of soul, and utmost excess of pusillanimity, impatience, and cowardice which suicide implies. Strange that any nation should by false prejudices be able so far to extinguish the most evident principles of reason and the voice of nature, as to deem that an action of courage which springs from a total want of that heroic virtue of the soul. The same is to be said of the detestable practice of duels. 1 True fortitude incites and enables a man to bear all manner of affronts, and to undergo all humiliations, dangers, hardships, and torments for the sake of virtue and duty. What is more contrary to this heroic disposition, what can be imagined more dastardly than not to be able to put up a petty affront, and rather to offend against all laws divine and human, than to brook an injury or bear a misfortune with patience and constancy, than to observe the holy precept of Christ, who declares this to be his favourite commandment, the distinguishing mark of his followers, and the very soul of the divine law! Mention is made of a church at Antioch and another at Constantinople, which bore the name of this saint in the fifth century. On St. Pelagia, see the Roman Martyrology, June 9. St. Chrysostom, Hom. de S. Pelagia, t. 2. p. 592. ed. Ben. St. Ambrose, ep. 37. ed. Ben. and l. 3. de Virgin. l. 7. and Janning the Bollandist, t. 2. Junij, p. 158.
Note 1.

Rebus in adversis facile est contemnere mortem;

Fortiter ille facit, qui miser esse potest.—Martial. [back]

Rev. Alban Butler (1711–73).  Volume VI: June. The Lives of the Saints.  1866

SOURCE : http://www.bartleby.com/210/6/093.html