samedi 12 avril 2014

MELCHISÉDEK, prêtre et roi


Melchisédek

Roi, Ancien Testament

Roi de Salem et prêtre du Dieu Très Haut, qui bénit Abraham à son retour d’une expédition victorieuse en présentant au Seigneur un sacrifice saint, une offrande sans tache, préfigurant ainsi le Chist, roi de justice, prêtre pour l’éternité. L'Église en fait commémoraison au Martyrologe de ce jour.


Au livre de la Genèse chap 14 



18 Melchisédek, roi de Salem, fit apporter du pain et du vin: il était sacrificateur du Dieu Très Haut.

Hébreux, chap 7

1 En effet, ce Melchisédek, roi de Salem, sacrificateur du Dieu Très Haut, qui alla au-devant d'Abraham lorsqu'il revenait de la défaite des rois, qui le bénit,

2 et à qui Abraham donna la dîme de tout, qui est d'abord roi de justice, d'après la signification de son nom, ensuite roi de Salem, c'est-à-dire roi de paix,

3 qui est sans père, sans mère, sans généalogie, qui n'a ni commencement de jours ni fin de vie, mais qui est rendu semblable au Fils de Dieu, ce Melchisédek demeure sacrificateur à perpétuité.

Commémoraison de saint Melchisédek, roi de Salem et prêtre du Dieu Très Haut, qui bénit Abraham à son retour d’une expédition victorieuse en présentant au Seigneur un sacrifice saint, une offrande sans tache, préfigurant ainsi le Christ, roi de justice, prêtre pour l’éternité.


Martyrologe romain



Abraham et Melchisédech, mosaïque du XIIIe siècle, Basilique San Marco

Melchisédech figure du Christ

L’interprétation typologique de Melchisédech comme figure du Christ domine l’exégèse médiévale...

L’interprétation typologique de Melchisédech comme figure du Christ domine l’exégèse médiévale. Mais elle n’empêche pas les commentateurs de s’interroger sur le personnage historique qui apparaît en Gn 14. Les interrogations portent à la fois sur la personne de Melchisédech et sur la ville de Salem. Les recherches menées à cet égard par les auteurs patristiques sont abondamment utilisées, comme on le voit dans cet extrait d’un commentateur dominicain du début du XIVe siècle, le toulousain Dominique Grima († 1347), qui résume en fait des données prises chez Jérôme et Augustin, sur l’identification de Salem (on observe que sont exposées deux thèses contradictoires de Jérôme).


Dominique Grima, " Commentaire de Gn 14,18 " :



Melchisédech roi de Salem. […] Dans la lettre qui commence par " Tu m’as envoyé ", Jérôme affirme que Salem ne doit pas être comprise comme la cité de Jérusalem mais est une place-forte près de Nicopolis. Jérôme dit que l’on y voit encore le palais de Melchisédech parmi les ruines. Sur Salem, voir Gn 33 : Jacob vint à Sokot et se rendit à Salem, ville des Sichémites. Son nom apparaît sous la forme corrompue de Salim en Jn 3 : Jean baptisait à Ennon près de Salim. Selon Jérôme, dans le Livre des questions hébraïques , Salem, dont Melchisédech était le roi, fut appelée par la suite Jérusalem, et Flavius Josèphe semble du même avis. Pour cela, il faut dire qu’il y a eu deux villes de Salem, l’une, la cité des Sichémites dont parle Augustin, l’autre des Cananéens ou plutôt des Jébuséens, qui étaient appelés Cananéens au sens large.


Malgré l’identification traditionnelle avec Sem, le personnage de Melchisédech lui-même fait l’objet d’interrogations ; ce qui est dit de lui en He 7,3 suscite des doutes. Rupert de Deutz, bénédictin du début du XIIe s. (1075 – v. 1130), dont le commentaire est d’une grande richesse, fait état d’hypothèses anciennes, qu’il juge absurdes.


Rupert de Deutz, " Commentaire de Gn 14,18-20 " :



L’Apôtre, rappelant ce passage, dit : Ce Melchisédech, sans père, sans mère, sans généalogie, n’ayant ni début de ses jours ni fin de sa vie, assimilé au Fils de Dieu, reste prêtre à jamais. Ces paroles et d’autres qu’ajoute le même Apôtre ont fourni à ceux qui comprennent mal une occasion de soupçon : ils pensent que Melchisédech ne fut pas un homme mais un ange ou même (ce qui est encore plus dément) qu’il s’agit de l’Esprit saint lui-même, apparu sous les traits d’un homme. Mais les autres, extrêmement nombreux, ont été d’accord que c’était un homme cananéen, roi de la ville de Jérusalem, appelée d’abord Salem, puis Jébus et enfin Jérusalem. Il n’est pas étonnant, disent-ils, qu’il soit décrit comme un prêtre du Très-haut, bien que sans circoncision ni lois cérémonielles ni de la famille d’Aaron, puisqu’aussi bien Abel, Enoch et Noé ont plu à Dieu et ont offert des sacrifices [… ] Mais les Hébreux pensent autrement : ils rapportent que celui-ci est le fils aîné de Noé […]. 


Dominique Grima, dont nous avons lu un passage, donne davantage de précisions sur les auteurs de ces identifications ; il cite les noms d’Hippolyte, d’Irénée, d’Eusèbe de Césarée et d’Eustathe comme tenants de l’hypothèse selon laquelle Melchisédech serait un souverain cananéen ; d’après lui, Origène et Didyme le considèrent comme un ange, un texte anonyme comme l’Esprit saint. Mais ces identifications sont très rares au moyen âge et l’on voit généralement en lui soit Sem, soit un souverain païen. Le fait qu’il n’ait ni père ni mère ni généalogie permet de poser les fondements de l’interprétation spirituelle. Dans ses leçons sur l’Épître aux Hébreux, Thomas d’Aquin nous donne des explications d’une grande clarté.


Thomas d’Aquin, " Commentaire de He 7,3 " :



Il faut savoir que dans l’Ancien Testament, toutes les fois qu’il est fait mention d’une personne importante, sont énoncés son père et sa mère, l’époque de sa naissance et de sa mort […]. Or ici c’est d’une manière subite qu’est introduit Melchisédech, sans que soit du tout fait mention de sa génération et de tout ce qui la concernerait. Et cela, certes, d’une manière tout à fait justifiée. En effet, quand il est dit sans père, est signifiée la naissance du Christ d’une vierge, donc sans père, comme il est dit en Matthieu : Ce qui est né en elle vient de l’Esprit saint. Or ce qui est propre à Dieu ne doit pas être attribué à une créature. Il appartient seulement à Dieu le Père d’être le père du Christ. Donc, dans la naissance de celui [Melchésédech] qui préfigurait le Christ, il ne devait pas y avoir de mention d’un père charnel.



De plus, le texte dit sans mère, pour ce qui est de la génération éternelle. Et ne comprends pas cela comme une génération matérielle, comme quand une mère donne la matière à l’enfant qu’elle engendre ; mais c’est une génération spirituelle, comme celle qui fait naître la splendeur du soleil […]. En outre, quand un engendrement est fait par un père et une mère, tout ne provient pas du père : la matière est fournie par la mère. C’est donc pour écarter toute imperfection du Christ et pour indiquer que tout ce qu’il a vient du Père, qu’il n’est pas fait mention de la mère : d’où le vers : " Dieu est sans mère, sa chair est sans père ". Ainsi le Psaume : Dès le sein, avant l’aurore, je t’ai engendré, c’est-à-dire moi seul. Sans généalogie : sa généalogie n’est pas indiquée dans l’Écriture pour deux raisons : l’une, pour indiquer que sa génération est ineffable, Isaïe : Sa génération, qui la racontera ?; l’autre pour indiquer que le Christ, introduit comme prêtre, n’appartient pas à la famille des lévites ni à la généalogie de la vieille Loi.


© Gilbert Dahan, SBEV / Éd. du Cerf, Supplément au Cahier Evangile n° 136 (juin 2006), "Melchisédech, prêtre du très-haut", p. 40-42.



Suppl. au n° 136. Melchisédech, prêtre du Dieu très-haut

Tel un météore, Melchisédech surgit et disparait. On ne sait rien de lui mais il a marqué les esprits...

Un météore. Melchisédech surgit abruptement dans le texte biblique, le temps d’une brève rencontre avec Abraham. On ne sait rien de lui, et il disparaît aussitôt. Son nom resurgit dans un psaume, pour s’effacer – cette fois à jamais.

On conçoit qu’une figure aussi énigmatique ait pu éveiller l’intérêt, voire la fascination des lecteurs de la Bible. Curieusement d’ailleurs, le caractère sporadique de sa présence dans ce corpus se retrouve dans les reprises et prolongements, réécritures et commentaires que le texte sacré n’a cessé de susciter. C’est ainsi que le Nouveau Testament l’ignore, à l’exception d’un écrit qui lui accorde beaucoup d’attention :l’Épître aux Hébreux. La littérature intertestamentaire le passe sous silence, mais à Qoumrân comme dans le "Livre slave d’Hénoch", on spécule volontiers à son sujet. Absent du Coran, et donc de la tradition musulmane, il occupe une place importante dans la gnose hétérodoxe. De nombreux Pères de l’Église le négligent, mais aux confins de l’orthodoxie chrétienne on l’exalte jusqu’à le vénérer comme un être divin. Il n’a jamais inspiré les écrivains, mais son visage apparaît çà et là dans la longue histoire de l’iconographie chrétienne fortement marqué, en l’occurrence par la liturgie.

Du reste, si les auteurs médiévaux s’occupent encore de lui, il semble basculer ensuite définitivement dans la marginalité :son prestige se maintient dans la tradition ésotérique jusqu’à ce jour, comme s’il continuait à incarner l’autre de l’institution.

Le dossier de textes (et d’images) ici rassemblé permettra au lecteur de parcourir pour son compte les grandes étapes de cette histoire singulière. Au-delà des légendes, des errances, voire des déviations, que la figure du roi de Salem a engendrées, elle garde son importance pour la foi chrétienne qui confesse, à la suite de l’Épître aux Hébreux, Le Christ grand prêtre selon "l’ordre de Melchisédech".

Auteur : Dominique Cerbelaud
Avec la collaboration de Bernard Barc, Gilbert Dahan, Paul De Clerck, Marie-Thérèse Gousset, Marcel Meitzger, Jérôme Rousse-Lacordaire

Suppl. au n° 136, " Melchisédech, prêtre du Dieu très-haut"
84 pages, SBEV / Éd. du Cerf, 2006.

SOMMAIRE

p. 03 - D’un Testament à l’autre (D. Cerbelaud)

Des trois versets de la Genèse qui narrent la rencontre du roi-prêtre avec Abraham, et du demi-verset du Psaume 110 mentionnant le sacerdoce à la manière de Melchisédech, comment en est-on venu au très long développement de l’Épître aux Hébreux ? Son auteur va jusqu’à suggérer l’éternité de ce roi-prêtre et assimile celui-ci au Fils de Dieu… De fait, certains courants du judaïsme ne se contentent pas de faire un éloge appuyé de Melchisédech ; ils donnent une grande importance à sa figure en lui attribuant un rôle eschatologique.

p. 03 - Le premier Testament > > > Extrait à lire :

Trois versets seulement, dans l’ensemble de la Torah, évoquent le personnage de Melchisédech...

Genèse 14,18-20 - texte massorétique

Et Malki-Tsèdèq, roi de Shalem, fit sortir pain et vin, et lui prêtre pour El Élyôn. Et il le* bénit et dit : 

" Béni [soit] Abram par El Élyôn, possédant cieux et terre,
et béni [soit] El Élyôn, qui a livré tes ennemis dans ta main ".
Et il lui donna la dîme de tout.


Ainsi se présentent, dans une traduction très littérale, les trois seuls versets qui évoquent, dans l’ensemble de la Torah, le personnage de Melchisédech.

On le voit : ce fragment ne brille pas par sa clarté. Curieusement d’ailleurs, comme il est aisé de le vérifier, on peut en faire l’ablation sans que le sens de Gn 14 en soit le moins du monde affecté – comme s’il s’agissait d’un morceau inséré à cet endroit. Mais si les exégètes s’accordent sur ce caractère erratique, ils divergent sur la date de cette notice, ainsi que sur les nombreuses énigmes que recèlent ces trente mots du texte hébreu de la Genèse. Sans entrer dans tous les problèmes qu’ils posent, contentons-nous de mentionner les plus importants.

C’est d’abord le nom du personnage, habituellement transcrit en français sous la forme " Melchisédech " (comme l’on transcrit habituellement). Il se compose de deux mots hébreux signifiant " mon roi " et " juste ", et s’apparente ainsi au nom de Adoni-Tsèdèq (" mon Seigneur [est] juste ") que le livre de Josué présente comme… roi de Jérusalem (Jos 10,1-5).

Ce parallèle entre les deux récits incite à reconnaître en " Shalem " la future capitale du royaume de Juda. C’est aussi dans ce sens que va le parallèle entre " Shalem " et " Sion " dans Ps 76,3. Mais d’autres villes pourraient être désignées par ce toponyme. Ainsi, il existe un Salim à 5 km à l’est de Sichem, qu’évoque notamment le livre de Judith (4,4).

Mais s’agit-il d’un toponyme ? Tel qu’il est vocalisé, le mot peut vouloir dire " complet ", " sain et sauf ", comme en Gn 33,18, ou " allié ", comme en Gn 34,21. Il vient de la racine qui a donné " shalôm ", la paix — et nous verrons que certains commentateurs sauront faire retentir cet écho.

Par ailleurs, quel sens faut-il accorder à l’offrande de ce personnage, constituée de pain et de vin ? La conjonction " et " ayant un sens beaucoup plus large en hébreu qu’en français, certains traduisent : " or il était prêtre… " ; le pain et le vin peuvent dès lors constituer un repas destiné à rassasier la troupe d’Abraham (qui, à ce stade, se nomme encore " Abram " : il ne changera de nom qu’en Gn 17,5), ou encore un rituel d’alliance, comme en Jos 9,11-14 ou 1 S 10,3-4 (ce qui pourrait renforcer la traduction de " mèlèkh shalem " par " roi allié "). Mais si l’on traduit " car il était prêtre ", l’offrande prend l’allure d’un geste " sacerdotal ", comme en Nb 15,4-5.

Si le personnage se présente en effet comme prêtre (on connaît d’autres exemples bibliques de " rois-prêtres "), le nom de sa divinité suscite une nouvelle difficulté. " El Élyôn " n’apparaît qu’une seule autre fois dans le texte biblique, en Ps 78,35. Selon les exégètes, il pourrait s’agir à l’origine d’une (ou de deux !) divinités cananéennes, assimilées par les rédacteurs bibliques au Dieu d’Israël, et comprises dès lors comme désignant " le Dieu très-haut ". On a d’ailleurs un indice de cette interprétation dans la suite du texte, en Gn 14,22.

Enfin, on comprend généralement ainsi le verset 20 : c’est Abraham qui a donné la dîme de tout à Melchisédech. Mais il faut souligner ici l’ambiguïté du texte massorétique.

Dans l’ensemble les versions anciennes modifient peu le texte hébreu. Citons la traduction grecque.

Genèse 14,18-20 - Septante :


Et Melchisédech, roi de Salem, apporta des pains et du vin. Il était prêtre du Dieu très-haut et il bénit Abram et dit : " Abram est béni par le Dieu très-haut, lui qui a créé le ciel et la terre, et il est digne d’être béni, le Dieu très-haut, celui qui a livré tes ennemis entre tes mains ". Et il lui donna le dixième de tout.


Cette fois, c’est sans aucun doute le roi-prêtre qui bénit le patriarche (v. 19), tandis que l’identité du donateur de la dîme reste imprécise au verset suivant. " Melchisédec " s’écrit ici en un seul mot, " Shalem " est compris comme un toponyme et " El Élyôn " désigne le " Dieu très-haut " : la Peshittâ syriaque et la Vulgate latine prendront les mêmes décisions.

Venons-en à l’unique autre mention du personnage dans le texte biblique.

Psaume 110,4 – texte hébreu :


Le Seigneur a juré et ne se repentira pas :
" Tu es prêtre à jamais à la manière de Malki-Tsèdèq ".


Ce psaume – très ancien aux dires de certains exégètes – viserait en fait David, devenu héritier de la royauté sacerdotale en s’emparant de Jérusalem. À titre d’indice, on peut souligner que les premiers mots du verset se retrouvent ailleurs : " Le Seigneur a juré à David " (Ps 132,11 ; voir aussi Ps 89,4). Et c’est bien la thématique royale qui prédomine dans le texte, ce qui accentue l’originalité de l’allusion au sacerdoce : on distingue normalement les deux fonctions, même s’il arrive au roi d’accomplir des tâches sacerdotales, comme d’offrir des sacrifices ou de bénir le peuple.

Pour ce qui est de Jérusalem, la mention de Sion en ce poème (Ps 110,2) renforce de fait l’identification entre " Shalem " et la capitale du royaume de Juda. Quant à l’expression " à la manière de ", elle reste assez floue. On pourrait la traduire " à cause de ", " eu égard à " (cf. Qo 3,18 ; 7,14 ; 8,2).

Sur ce dernier point, la Bible grecque se livre à une interprétation :

Psaume 109,4 – Septante :


Le Seigneur a juré et ne se repentira pas :
" Tu es prêtre pour l’éternité selon l’ordre de Melchisédec ".


Elle est suivie par la Vulgate latine (" secundum ordinem Melchisedech "), mais non par la Peshittâ syriaque (" à la ressemblance de Melkizédeq "). D’aucuns comprendront cet ordre de Melchisédech au sens fort : celui d’une lignée, d’une transmission rituelle, distincte de la tradition lévitique.

© Dominique Cerbelaud, SBEV / Éd. du Cerf, Supplément au Cahier Evangile n° 136 (juin 2006), "Melchisédech, prêtre du très-haut", p. 3-5.




p. 05 - La tradition juive entre les deux Testaments 

p. 11 - Le Nouveau Testament > > > Extrait à lire

Un seul écrit néotestamentaire mentionne Melchisédech : l’Épître aux Hébreux...

On le voit : les derniers textes que nous venons de citer s’appuient sur le passage de la Genèse concernant Melkisédeq, mais non sur le verset de psaume où son nom apparaît. Il n’en va pas de même dans l’unique écrit néotestamentaire qui mentionne ce personnage : l’Épître aux Hébreux.

Si les Pères de l’Église ont agrégé ce texte au corpus paulinien, la critique moderne a eu tôt fait de l’en extraire : ni par le style, ni par le contenu cette " lettre " ne ressemble aux écrits authentiques de Paul. S’agit-il d’ailleurs d’une lettre ? On a plutôt le sentiment de lire un court traité de théologie portant notamment sur la question du sacerdoce, et plus précisément sur la reconnaissance du sacerdoce du Christ.

Proche semble-t-il du monde alexandrin (il y a des proximités lexicales avec Philon, des réminiscences du livre de la Sagesse…), l’anonyme développe ainsi un thème puissamment original. L’homme Jésus s’est toujours situé aux antipodes de l’univers sacerdotal, comme d’ailleurs l’auteur l’avoue au passage (cf. He.7,13-14 ; 8,4). Ce qui intéresse ce dernier, ce n’est justement pas le Jésus historique, mais le Christ ressuscité reconnu comme médiateur (un mot rare qui apparaît trois fois dans l’épître : He 8,6 ; 9,15 ; 12,24). Cette fonction médiatrice fait du Christ un prêtre selon l’ordre de Melchisédech (Ps 109,4 LXX) : une lignée qui s’oppose à celle des prêtres lévitiques du Temple, dont le sacerdoce transitoire paraît dès lors voué à disparaître (He 8,13).

Une telle polémique suscite aussitôt la question de la date de l’opuscule : l’auteur écrit-il avant la chute du Temple en 70 de notre ère, ou après ? On trouve divers indices : le post-scriptum " paulinien ", He 13,22-25, venant après la conclusion de He 13,20-21 ; l’allusion à une persécution qui pourrait être celle de Néron, He 12,4 ; l’évocation du culte du Temple " au présent " (He 8,4-5 ; 13,10) feraient pencher en faveur de la première hypothèse. Du même coup, l’aspect polémique de l’écrit se renforce : par sa résurrection, le Christ a frappé de péremption un sacerdoce lévitique pourtant encore en fonction !

Dernière question : à qui l’auteur s’adresse-t-il ? La mention des destinataires (épître " aux Hébreux ") n’apparaît pas dans le texte, mais seulement à partir du IIe siècle. Que signifie-t-elle ? Le terme renvoie normalement au monde juif, ou pour le moins judéo-chrétien. De fait, l’auteur s’adresse à des frères saints (He 3,1). En raison de l’importance qu’il donne à la figure de Melkisédeq, comparable à celle que lui confèrent certains textes de Qumrân — du moins si l’on accepte les hypothèses évoquées ci-dessus à ce propos —, certains n’ont pas hésité à imaginer que l’écrit était destiné à des qoumraniens devenus chrétiens ! Cela paraît bien hasardeux. Tout au plus peut-on supposer un groupe destinataire sensible à la thématique sacerdotale, que ce soit dans le voisinage des esséniens ou… des sadducéens !

Si cette thématique occupe, comme je l’ai dit, une grande place dans l’épître (pratiquement du chap. 2 au chap. 10), les allusions à Melkisédeq se concentrent dans les chap. 5 à 7. Et cette évocation s’ouvre par Ps 109,4 LXX : un verset que l’auteur cite ou utilise à six reprises (He 5,6 ; 5,9 ; 6,20 ; 7,11 ; 7,17 ; 7,21) !

En ce qui concerne Gn 14, le passage essentiel de l’épître se lit ainsi :

Épître aux Hébreux 7,1-3 :


Ce Melchisédec donc, roi de Salem, prêtre du Dieu Très-haut, qui alla au-devant d’Abraham revenant de la défaite des rois et le bénit, auquel aussi Abraham attribua la dîme de tout, qui est d’abord interprété roi de justice, et ensuite aussi roi de Salem, c’est-à-dire roi de paix, sans père, sans mère, sans généalogie, n’ayant ni commencement de jours ni fin de vie, rendu semblable au fils de Dieu, [Melchisédech] demeure prêtre durablement.


Une telle série d’assertions mérite que l’on s’y arrête.

Soulignons tout d’abord la reprise du texte de la Genèse, dans les seuls versets 1-2a. Cette reprise est assez libre, puisqu’elle omet la mention des pains et du vin (Septante) ainsi que les paroles de la double bénédiction ; en revanche, elle ajoute plusieurs éléments : le fait que Melchisédech " alla au-devant d’Abraham revenant de la défaite des rois " (ce qui rappelle curieusement le texte du targoum du " Pseudo-Jonathan ", et surtout les gloses des versets 2b et 3.

L’ interprétation de " Malki-Tsèdèq " comme " roi de justice " nous est familière : nous l’avons rencontrée chez Philon et chez Flavius Josèphe – sans oublier, ici encore, le targoum du " Pseudo-Jonathan ". Quant à l’équivalence de " Shalem " et de " shalom " (" paix " en hébreu), elle se trouve également chez Philon. Somme toute, c’est bien de ce dernier que l’auteur de l’épître aux Hébreux se rapproche le plus : comme en " Leg.All. " III, 79, il fait apparaître par ce jeu d’échos le binôme " justice et paix "… qui dans le texte biblique caractérise les temps messianiques (cf. Is.9,5-6 ; 32,17 ; Ps.71-72,3 ; 84-85,11, etc.).

Mais notre auteur va beaucoup plus loin. Tirant parti du silence biblique concernant la généalogie du roi-prêtre, il n’hésite pas à le déclarer " sans père, sans mère " (un terme que l’on trouve chez Philon dans d’autres contextes), " sans généalogie " ; à suggérer l’éternité de son existence ; enfin à le déclarer " rendu semblable " (on pourrait traduire " assimilé " !) " au fils de Dieu ". Cette dernière expression désigne évidemment le Christ (cf. déjà He 1,2). On peut comprendre de deux façons un tel dithyrambe : au sens faible, Melchisédech " préfigure " Jésus le Christ ; au sens fort, il " s’identifie " au Christ préexistant, apparu en ce monde dès l’époque d’Abraham pour bénir celui-ci ! Comme nous le verrons, une telle hypertrophie n’ira pas sans périls dans certains courants de la tradition chrétienne…


© Dominique Cerbelaud, SBEV / Éd. du Cerf, Supplément au Cahier Evangile n° 136 (juin 2006), "Melchisédech, prêtre du très-haut", p. 11-12.



p. 13 – Textes patristiques et rabbiniques (D. Cerbelaud)

À la suite des targoums, la littérature rabbinique identifie Melchisédech avec Sem, le fils de Noé, et sa cité avec Jérusalem. Dans les Églises, le personnage fait partie rapidement de l’argumentaire anti-juif des Pères. De façon plus positive, ces derniers lisent, dans l’oblation du pain et du vin par le roi-prêtre, un symbole de l’Eucharistie. Enfin, par la réfutation qu’il produit, Jérôme témoigne de la persistance de " déviances " qui tendent à hypertrophier la figure de Melchisédech.

p. 13 - Premières relectures chrétiennes
- Polémique antijuive
- Oblation du pain et du vin

p. 18 - Textes rabbiniques

p. 21 - Nouvelles interrogations des Pères

p. 28 - L’exaltation de Melchisédech dans les littératures juive, chrétienne et gnostique (B. Barc)

Au IIe s., certains gnostiques vont diviniser Melchisédech au point même d’en faire un personnage supérieur au Christ. Pour mettre leur interprétation en perspective, on reprend ici, à frais nouveaux, l’étude de textes juifs antérieurs à la destruction du Temple. On voit notamment, dans l’éloge du grand prêtre Siméon le Juste par le Siracide la première trace d’une réflexion qui présente Melchisédech comme le modèle du grand prêtre véritable. Le parcours conduit notamment le lecteur à faire connaissance avec un ouvrage peu connu, le Second livre d’Hénoch, qui conte notamment la naissance merveilleuse de Melchisédech.

- Avant la destruction du Temple
- Après la destruction du Temple

p. 39 – Melchisédech dans l’exégèse médiévale (G. Dahan)
Le personnage de Melchisédech est traité dans l’exégèse médiévale comme il l’était chez les Pères. Les auteurs du moyen âge se réfèrent souvent aux Pères et les noms de Jérôme, d’Augustin, d’Ambroise apparaissent souvent dans leurs commentaires. En dehors de Nicolas de Lyre qui constitue un cas particulier, l’exégèse reste donc généralement fidèle aux données patristiques ; l’analyse s’affine cependant. La nouveautéest sans doute la place beaucoup plus grande donnée aux réflexions théologiques.

- Figure de l’eucharistie
- L’ordre de Melchisédech
- Questions théologiques
- La polémique

p. 55 – Melchisédech dans la liturgie (P. De Clerck)

Melchisédech apparaît à trois endroits du corpus liturgique. Son offrande de pain et de vin à Abraham, tout d’abord, n’a pas tardé à être mise en rapport avec l’Eucharistie. Ensuite, le psaume 109 est devenu le premier psaume des vêpres du dimanche, proclamant ainsi l’investiture du Ressuscité à la droite de Dieu. Enfin, le v. 4 de ce psaume a été repris dans de nombreuses pièces de chant liturgique, où il est adressé à des ministres de l’Église.

- Figure du Christ dans les prières eucharistiques 


Plusieurs textes liturgiques font allusion au personnage de Melchisédech...

Dès Justin, les Pères font le parallèle entre Melchisédech et le Christ, à la suite de l’Épître aux Hébreux. Mais c’est Cyprien qui, le premier semble-t-il, dans sa fameuse lettre 63 sur l’Eucharistie, établit une relation entre cette dernière et l’offrande de pain et de vin faite par Melchisédech à Abraham. Il écrit : " Nous trouvons dans l’histoire du prêtre Melchisédech une figure prophétique du mystère du sacrifice du Seigneur " (Ep. 63, IV, 1).

À partir de là, plusieurs textes liturgiques ont fait allusion au personnage de Melchisédech. On trouve par exemple dans les " Constitutions apostoliques " – qui datent des années 380 – un témoignage encore peu explicite, dans la louange pour l’histoire du salut qui forme la première partie de la prière eucharistique.

" Constitutions apostoliques " VIII, 12, 21-23 :

Tu as accueilli le sacrifice d’Abel, comme venant d’un saint et tu as repoussé l’offrande de Caïn, le fratricide […]. C’est toi qui as délivré Abraham de l’impiété de ses ancêtres, qui l’as établi héritier du monde et lui fis voir ton Christ. Tu as établi Melchisédech comme grand prêtre de ton culte.

On trouve dans les liturgies orientales des textes similaires, mais qui ne citent pas Melchisédech.

C’est en Occident que les textes sont les plus explicites, en provenance des prières eucharistiques elles-mêmes. Il s’agit d’abord d’un passage rapporté par Ambroise dans son traité " Des sacrements " IV, 27. On se trouve ici en présence de l’ancêtre du " Supra quae " du canon romain ; cette prière unit encore les thèmes que le canon romain répartira entre " Supra quae " et " Supplices te rogamus ". Citons la première, dans sa traduction liturgique actuelle :

le sacrifice de notre père Abraham,
et celui que t’offrit Melchisédech, ton grand prêtre,
en signe du sacrifice parfait,
regarde cette offrande avec amour
et, dans ta bienveillance, accepte-la.

© Paul De Clerck, SBEV / Éd. du Cerf, Supplément au Cahier Evangile n° 136 (juin 2006), "Melchisédech, prêtre du très-haut", p. 55-56.




- Ps 109 aux vêpres dominicales et festives
- Du Christ prêtre aux prêtres de l’Église

p. 61 – Images médiévales de Melchisédech (M.-T. Gousset) 

Un des motifs rencontrés dans les mosaïques anciennes est la mise en parallèle des trois sacrifices vétéro-testamentaires : à côté d’Abel tendant un agneau, Melchisédech offre le pain et Abraham, son fils Isaac. Plus tard, la rencontre du patriarche et de Melchisédech trouve toute sa place dans les enluminures des bibles comme dans les ouvrages et sur les objets liturgiques. La mise en évidence du rôle sacerdotal du roi-prêtre est fortement marquée.

- Des mosaïques anciennes
- Livres et objets liturgiques
- Livres bibliques, historiques et didactiques

p. 69 – Les traditions ésotériques (J. Rousse-Lacordaire)

La figure, pourtant passablement mystérieuse, de Melchisédech n’a que peu inspiré les ésotéristes. L’ésotérisme français a essentiellement retenu du Melchisédech biblique trois aspects : le caractère singulier de son sacerdoce, la nature particulière de sa royauté et la primordialité de sa fonction. La première ligne d’approche fut celle, dans le dernier tiers du XVIIIe siècle, de l’Ordre des élus coëns ; la deuxième fut particulièrement illustrée, dans la deuxième moitié du XIXe siècle, par Joseph Alexandre Saint-Yves d’Alveydre ; la troisième, dans les années 1920, par René Guénon.

p. 75 - Encadré : Melchisédech chez les Mormons

p. 77 – Un personnage providentiel. Réflexion théologique (M. Meitzger)
Melchisédech fut un personnage providentiel pour la première théologie chrétienne, dès l’époque apostolique, lorsqu’il s’agissait de confesser la médiation sacerdotale de Jésus. Il peut l’être aussi pour notre temps, si nous laissons l’Épître aux Hébreux réorienter la pratique théologique dans un sens plus pastoral.

- L’annonce du Christ prêtre
- La crédibilité de la liturgie
- La discipline des ministères dans les Églises

p. 60 - Éléments bibliographiques
p. 76 - Origine des éditions et des traductions
p. 82 - Index des citations

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Le Prêtre-Roi Melchisédech


... Derrière Moise se tient le prêtre sans parents, le roi de justice, Melchisédech, fils du Soleil rouge

... Par Melchisédech et par Moïse parviennent aux créatures les bénédictions qui les guérissent.



Sédir : le Sermon sur la Montagne.

Depuis des temps immémoriaux, cette énigmatique figure, qui apparaît dans l'Ancien Testament pour disparaître aussitôt, a maintenu en éveil la sagacité des exégètes et alimenté la méditation des esprits religieux. Le but de cette notice est simplement d'exposer les quelques renseignements que l'Ecriture et la Tradition fournissent à son sujet.

Melchisédech est mentionné à trois reprises dans la Bible.

1 Au chapitre XIV de la Genèse, il est dit que Melchisédech, roi de Salem et sacrificateur de Dieu, bénit Abraham, victorieux de ses ennemis,

2 Au psaume CX, verset 4, il est écrit : Le Seigneur a juré et il ne s'en repentira pas: Tu es prêtre éternellement, à la manière de Melchisédech.

3 Dans l'épître aux Hébreux, il est déclaré que Melchisédech est la préfiguration du Christ Lui-même.

Extraordinaire assurément était cet être devant la bénédiction de qui s'inclina le Père des croyants , Celui qui avait été si souvent béni de Dieu et en qui toutes les nations de la terre devaient être bénies. Cornelius a Lapide pense qu'il est descendu du Ciel pour bénir Abraham et qu'il y est ensuite remonté puis, qu'après cette bénédiction, l'Ecriture ne fait plus mention de lui jusqu'au temps du roi David. Le nom qu'il portait et qui signifie roi de justice, doit être pris dans son acception plénière, absolue, car seul un être parfaitement saint pouvait être appelé directement par Dieu à la vocation d'un sacerdoce ne relevant d'aucun pouvoir humain.

La Genèse nous apprend en effet qu'il était prêtre du Dieu souverain; mais il est significatif de constater que le livre saint, où l'on trouve indiquée avec tant de précision la succession des prêtres de la famille d'Aaron, ne parle pas de successeurs de Melchisédech. Au reste la déclaration du psaume: Tu es prêtre éternellement à la manière de Melchisédech montre bien que le roi de Salem est nommé ici non comme le chef mais comme le type d'un sacerdoce sans analogie dans l'Ancienne Alliance.(14)

Melchisédech est donc la préfiguration du Christ Lui-même, qui sera, Lui aussi, Roi et Sacrificateur. Et, pour ôter de notre esprit toute incertitude touchant cette manifestation mémorable, l'auteur du récit sacré prend soin de préciser le lieu où le pontife-roi donna à Abraham sa suréminente bénédiction. La rencontre eut lieu au nord de Jérusalem, exactement entre la ville et le tombeau des juges, qui en est distant d'à peine 3 kilomètres, près de l'endroit où passe actuellement la route de Jérusalem à Naplouse. C'est là que le prêtre de Salem, avant de bénir Abraham, offrit à Dieu le pain et le vin, préfiguration de la Cène que le Fils de Dieu devait célébrer plus tard dans cette même cité.

Et l'on comprend que l'apôtre, écrivant aux Hébreux, leur déclare qu'il aurait, touchant, ce Melchisédech, beaucoup à dire et des choses difficiles à expliquer. Et voici les seules qu'il consente à leur dévoiler, à cause de leur lenteur à comprendre : Outre la royauté de la justice et de la paix, Melchisédech est sans père ni mère , sans généalogie, il n'est d'ailleurs pas de même race qu'Abraham, ses jours n'ont pas de commencement ni sa vie de fin, il est semblable au Fils de Dieu, et il demeure prêtre éternellement.

Tel est cet être, préfiguration du Christ et même semblable au Fils de Dieu , né d'une façon surnaturelle puisqu' appartenant à une autre race qu'Abraham , engendré avant les temps comme le Christ, sans descendance comme le Christ et, comme le Christ, vivant à jamais, prêtre d'un pontificat perdurable et parfait, puisqu'il a plu au Christ d'être prêtre selon cet ordre.

Et l'on comprend que la méditation revienne inlassablement sur cet être dont la grandeur nous domine et dont le mystère nous attire. Les uns ont pensé que Melchisédech était le Christ Lui-même apparu à Abraham sous forme humaine; les Hiéracites ont vu en lui l'incarnation du Saint-Esprit; Origène et Didyme ont cru qu'il était un ange. Les Samaritains, au dire d'Epiphane, déclaraient que Melchisédech était Sem, le fils de Noé. Il y eut de bonne heure une secte gnostique appelée Melchisédéciens, sur l'origine et la doctrine de laquelle nous ne savons pour ainsi dire rien; ils se rattachaient à Théodote le changeur qui niait la divinité de Jésus et enseignait qu'au moment du baptême le Christ était descendu en Jésus; et ces Melchisédéciens donnaient la prééminence à Melchisédech sur le Christ.

Pour Catherine Emmerich, Melchisédech était une sorte d'ange sacerdotal chargé de préparer le grand-oeuvre de la Rédemption. Saint Yves d'Alveydre le présente comme le survivant au temps d'Abraham de l'ancienne Eglise universelle du Bélier, de Ram, détrônée par l'Eglise du Taureau, d'Irschou. Les Rose-Croix du XVIIe siècle ont rangé Melchisédech avec Enoch, Moïse, Elie et d'autres parmi leurs ancêtres.

Une autre tradition, plus strictement chrétienne, voit en l'épisode de Melchisédech une de ces manifestations soudaines de l'être qui, sur la terre, tient la lieutenance du Christ. D'ordinaire il vit dans l'obscurité; mais il en sort quand il voit la nécessité d'une intervention publique. Avec Abraham commence en effet la sélection du peuple dans lequel devait prendre corps le Verbe, peuple profondément matériel et dur et strictement formaliste. Il fallait que, dès cette époque, fût signifié le caractère unique de liberté, de spiritualité pure, d'indépendance formelle qui est celui de la mission du Sauveur.


14. Cf. S. Thomas d'Aquin : Somme III quest. XXII. 6.



ARTICLE 6 : Le Christ doit-il être appelé prêtre selon l'ordre de Melchisédech ?



Objections : 1. Le Christ, comme prêtre principal, est la source de tout sacerdoce. Or ce qui est principal ne peut suivre l'acte d'autrui, c'est aux autres de suivre le sien. Donc le Christ ne doit pas être appelé prêtre selon l'ordre de Melchisédech.

2. Le sacerdoce de l'ancienne loi est plus proche de celui du Christ que le sacerdoce antérieur à la loi. Or les sacrements signifiaient d'autant plus expressément le Christ qu'ils étaient plus proches de lui, ainsi que nous l'avons montré dans la deuxième Partie. Donc le sacerdoce du Christ doit être nommé d'après le sacerdoce de la loi plutôt que d'après le sacerdoce de Melchisédech, antérieur à la loi.

3. Il est écrit (He 7, 2) : Melchisédech " veut dire : "roi de la paix". Sans père, sans mère, sans généalogie, dont les jours n'ont pas de commencement et dont la vie n'a pas de fin ". Tout cela convient uniquement au Fils de Dieu. Le Christ ne doit donc pas être appelé prêtre selon l'ordre de Melchisédech, comme de quelqu'un d'autre, mais selon un ordre qui est propre à lui-même.

En sens contraire, il est écrit dans le Psaume (110, 4) : " Tu es prêtre pour l'éternité selon l'ordre de Melchisédech. "

Réponse : Comme nous l'avons dit, le sacerdoce légal fut la préfiguration du sacerdoce du Christ, non certes en égalant la vérité, mais d'une manière très inférieure : et parce que le sacerdoce légal ne purifiait pas les péchés, et parce qu'il n'était pas éternel comme celui du Christ. Or, cette supériorité du sacerdoce du Christ sur le sacerdoce Lévitique fut préfigurée dans le sacerdoce de Melchisédech, lequel perçut la dîme sur Abraham, et en celui-ci sur le sacerdoce Lévitique qui devait descendre de lui. Aussi dit-on que le sacerdoce du Christ est " selon l'ordre de Melchisédech ", à cause de la supériorité du sacerdoce véritable sur le sacerdoce légal, qui n'était que préfiguratif.

Solutions : 1. Cette façon de parler ne comprend pas Melchisédech comme étant le prêtre principal, mais comme préfigurant la supériorité du sacerdoce du Christ sur le sacerdoce Lévitique.

2. Dans le sacerdoce du Christ on peut distinguer son oblation et sa participation. Quant à l'oblation elle-même, le sacerdoce du Christ était préfiguré plus expressément par le sacerdoce légal, qui répandait le sang, que par le sacerdoce de Melchisédech, où le sang n'est pas répandu. Mais quant à la participation à ce sacrifice et à son effet, à quoi on mesure surtout la supériorité du sacerdoce du Christ sur le sacerdoce légal, elle était plus expressément préfigurée par le sacerdoce de Melchisédech qui offrait du pain et du vin lesquels, pour S. Augustin symbolisent l'unité de l'Église, que constitue la participation au sacrifice du Christ. Et c'est pourquoi, dans la loi nouvelle, le véritable sacrifice du Christ est communiqué aux fidèles sous les espèces du pain et du vin.

3. Si l'on dit que Melchisédech est " sans père, sans mère et sans génération ", que " ses jours n'ont pas de commencement ni de fin ", ce n'est pas parce qu'il n'en avait pas, mais parce que la Sainte Écriture n'en parle pas. Et par cela même, comme l'Apôtre le dit au même endroit, " il est assimilé au Fils de Dieu " qui sur terre est sans père, et au ciel sans mère et sans généalogie, selon Isaïe (53,8) : " Qui racontera sa génération ? " Et selon sa divinité il n'a ni commencement ni fin de ses jours.

Éditions du Cerf



Melchisedech 

J’ai vu souvent Melchisedech 1 non pas comme un homme mais comme un être d'une autre nature comme un ange, envoyé de Dieu. Jamais je n'ai vu qu'il ait eu une résidence déterminée, une patrie, une famille, des parents jamais je ne l'ai vu manger, boire ou dormir, et jamais la pensée ne m'a effleurée qu'il put être un homme. Il était vêtu comme aucun prêtre ne l'était alors, comme les anges que j'ai contemplés dans la Jérusalem Céleste, et comme je vis plus tard Moise faire effectuer les vêtements des prêtres, selon les ordres de Dieu. Je l'ai vu intervenir ça et la, apparaissant et agissant dans des affaires qui concernaient les peuples, comme par exemple lorsqu'on célébrait la victoire après les guerres si terribles de cette époque. là  où il intervenait, là  où il se trouvait, une puissance irrésistible émanait de sa personne. Personne ne se dressait contre lui, et pourtant il n'avait pas besoin d'user de la force, et tous les hommes, pourtant adonnés à l'idolâtrie, accordaient volontiers la priorité à ses décisions, à son conseil.
Il n'avait pas de semblable, pas de familier, il était tout seul : parfois, il était accompagné de deux messagers qu'il envoyait devant lui c'étaient deux coureurs, court vêtus de blanc, qui se chargeaient d'annoncer son arrivée ça et là  puis il les renvoyait. Tout ce dont il avait besoin, il l'avait ou le recevait. Les personnes à qui il demandait quelque chose ne le lui refusaient pas et même le donnaient avec joie. On se félicitait, là  où il venait, et on le craignait quelque peu, l'entourant d'honneurs. Les méchants s'effaçaient devant lui et s'humiliaient, bien qu'ils en disent du mal.
Il en était pour lui, être d'une essence supérieure parmi ces grands personnages païens, en partie sans foi et dépravés, comme il en est actuellement pour toute personne pieuse et particulièrement droite qui arrive quelque part où elle n'est pas connue et fait le bien autour d'elle.
C'est ainsi que je l'ai vu à la cour de Sémiramis, à Babylone. Elle avait là  une puissance et un faste indescriptibles elle fit réaliser les plus somptueuses constructions par des esclaves qu'elle traitait encore plus rigoureusement que Pharaon ne traita les enfants de Jacob en Egypte. Il régnait là  également la plus effroyable idolâtrie : on sacrifiait des êtres humains que l'on enterrait jusqu'au cou. Tout le confort, les plaisirs, le faste, les richesses et les arts s'épanouissaient là , et tout frisait l'impossible. Sémiramis entreprenait aussi de grands combats avec de monstrueuses armées, mais presque toujours contre les peuples d'Orient elle allait fort peu vers l'Occident, et vers le Midi vivaient des peuples à la peau sombre et basanée.
Dans son pays, une tribu très nombreuse s'était peu à peu développée, à partir de la souche sémitique restée à Babel 2 après la construction de la Tour. Ils vivaient sous la tente, comme un petit peuple de pasteurs avaient des troupeaux et célébraient leur service divin au coeur de la nuit, dans une tente découverte ou en plein air. Ils recevaient beaucoup de bénédictions. Tout leur réussissait, et leur bétail était toujours particulièrement beau. La femme diabolique 3 voulait anéantir cette tribu et en avait déjà  décimé une grande partie. C'est en constatant les bénédictions qui favorisaient cette tribu que Sémiramis reconnut combien Dieu la prenait sous sa protection miséricordieuse aussi, comme instrument du diable, elle voulut la faire disparaître. Lorsque les malheurs de cette tribu atteignirent leur paroxysme, je vis Melchisédech intervenir. Il se rendit auprès de Sémiramis et lui demanda de laisser partir cette tribu. Il lui reprocha aussi ses turpitudes : Sémiramis n'agit pas contre lui, et il conduisit la tribu martyrisée, répartie en divers groupes, vers la Terre Promise. Melchisédech avait comme habitation un campement près de Babylone, et là  il leur fit connaître le pain, dont ils apprirent d'abord à tirer leur force. à Canaan, il leur indiqua ça et là  des emplacements pour bâtir, et ils reçurent comme patrimoine une région déterminée. Ils furent eux-mèmes tenus à l'écart des autres populations, à cause de leur Dureté, afin de ne pas se mêler à elles. Leur nom est comme "Samanes" ou "Semanes ". A certains d'entre eux, Melchisédech attribua comme territoire la région de la Mer Morte mais leur ville fut détruite avec Sodome et Gomorrhe.
Sémiramis avait accueilli Melchisédech avec un grand respect et une secrête terreur à cause de sa sagesse. Il lui apparut comme le Roi de l'Etoile du Matin, c'est-à-dire, de l'Orient lointain. Elle s'imagina qu'il pourrait la demander en mariage mais lui, il lui parla très sévèrement, lui dévoila ses dépravations et lui prophétisa la destruction de la pyramide dressée près de Memphis. Elle fut effrayée et resta sans voix. Je vis le châtiment qui la frappa : elle devint comme un animal domestique et on l'enferma pendant longtemps par prudence, on lui jetait de l'herbe et du foin dans une crèche un seul serviteur se tenait près d'elle, pourvoyant à sa nourriture. Puis elle fut libérée, mais sombra de nouveau dans la folle. Finalement, elle mourut de façon atroce ses entrailles furent arrachées de son corps. Elle avait vécu cent dix-sept ans.
Melchisedech était considéré comme un prophète, un sage, un homme d'une essence supérieure, à qui tout réussissait. Il y eut à cette époque et même plus tard diverses apparitions de personnes d'un ordre supérieur et elles étaient aussi peu étrangères aux peuples de ce temps que les anges à Abraham, qui était en relation avec eux. Il se produisit également des apparitions néfastes à côté des bonnes, comme se dressent de faux prophètes à côté des vrais.
La sortie de la tribu a des points de ressemblance avec l'histoire de la sortie des Israélites hors d'Egypte : mais ce ne fut pas aussi long que pour ceux-ci.
Parmi les Samanes établis par Melchisedech dans la Terre Promise, je vis trois hommes qui vivaient dans des cavernes à proximité du Thabor, sur le mont appelé "Montagne du Pain" (Moreh 4), longtemps avant l'apparition d'Abraham. Ils étaient plus bruns de peau qu`Abraham, se vêtaient de toisons de bêtes et se protégeaient du soleil en couvrant leur tête de grandes feuilles. Ils menaient une vie sainte, suivant la sagesse d`Hénoch, et avaient une religion secrète simple, avec des révélations et des visions sobres. Leur religion était basée sur le fait que Dieu voulait faire alliance avec les hommes et qu'ils devaient tout mettre en oeuvre pour s'y préparer. Ils faisaient également des offrandes, en laissant le tiers de leur nourriture exposée au soleil, à moins que ce ne fût à l'intention d`affamés, ce que j'ai vu également. J'ai vu ces personnages vivre tout seuls, séparés des autres habitants du pays qui n'étaient pas encore très nombreux et demeuraient loin les uns des autres dans des endroits bâtis à l'image des campements de tentes. J'ai vu ces hommes parcourir les diverses régions du pays, creuser des fontaines, arracher les mauvaises herbes et poser des fondations à des endroits déterminés, où s'élevèrent par la suite des villes. Je les ai vu chasser les mauvais esprits de l'air dans des régions entières et les confiner dans d'autres endroits stériles, marécageux et brumeux. J'ai vu de nouveau que les mauvais esprits se tiennent en de tels endroits.
J'ai vu souvent ces hommes combattre ces (mauvais) esprits et lutter contre eux. Au début, je m'étonnais en voyant que les emplacements où ils disposaient les pierres étaient de nouveau recouverts par la végétation et revenaient à l'état sauvage, et que pourtant des villes devaient s y dresser : et je vis dans une image une foule de lieux bâtis sur l'emplacement de ces pierres, par exemple Saphet 5, Bethsaide, Nazareth (ils y travaillèrent à l'endroit où se dressa plus tard la maison dans laquelle Marie reçut l'annonce de l'Ange), Gatepher, Sephoris, dans la région où s'éleva plus tard la maison d'Anne prés de Nazareth, Meggido, Naim, Ainon, les grottes de Bethléem et prés d'Hébron j'ai vu aussi la fondation de Michmethath, et beaucoup d'autres lieux que j'ai oubliés.
Sur cette montagne 6, j'ai vu ces hommes se réunir chaque mois avec Melchisédech, qui leur apportait un grand pain carré, d'une dimension de trois pieds, assez épais : on le partageait, en de très nombreux petits morceaux. Ce pain était brun, cuit sous la cendre. Je vis Melchisédech venir à eux toujours seul parfois je le voyais porter ce pain très légèrement, comme s'il planait entre ses mains parfois lorsqu'il s'approchait d'eux, le pain était très lourd et il le portait sur son dos. Je crois que cela vient du fait que, s'approchant d'eux, il devait leur apparaître comme un homme. Ils se conduisaient envers lui avec un très grand respect et se prosternaient la face contre terre. Il leur apprit aussi à cultiver la vigne sur le Thabor, et ils semèrent dans de multiples endroits du pays toutes sortes de graines qu'il leur donna, et ces plantes poussent encore abondamment à l'état sauvage.
Je les ai vu rompre chaque jour un morceau du pain, avec l'outil brun dont ils se servaient pour travailler. Ils se nourrissaient aussi d'oiseaux, qui venaient là en grands vols. Ils avaient des jours de fêtes et connaissaient les étoiles, célébraient le huitième jour par des offrandes et des prières, et quelques jours au changement d'année. Je les ai vu aussi aménager, à travers ce pays encore sans routes, de nombreux chemins qui relaient les endroits où ils avaient établi des fondations, creusé des puits et semé des plantes, de sorte que les hommes qui leur succéderaient pussent, en suivant ces chemins, se rendre d'eux-mêmes aux puits et aux emplacements fertiles et dégagés afin de s'y établir. Je les ai vus souvent entourés de troupes de mauvais esprits au cours de leurs travaux. Ils pouvaient les voir, et j'ai vu comment ils les chassaient par la prière, leur commandant de se retirer dans des endroits insalubres et déserts et ces esprits obéissaient, laissant les (trois) hommes poursuivre tranquillement leurs travaux de défrichage et d'aménagement.
Ils dégagèrent des chemins vers Cana, Meggido, Naim et relièrent ainsi les lieux de naissance de la plupart des prophètes 7. Ils posèrent les fondations de Abelmahola et Dothain, et creusèrent le beau bassin de la fontaine de Béthulie. Melchisedech parcourait le pays seul, comme un étranger, et on ne savait pas où il séjournait. Ces gens étaient âgés mais encore très rapides.
Sur la Mer Morte et en Judée existaient déjà  des villes ainsi que quelques-unes dans le haut pays, mais pas au centre. Ces gens avaient eux-mêmes creusé leurs tombes et ils s'y couchèrent, l'un près d'Hébron, l'autre sur le Thabor et le troisième dans les cavernes non loin de Saphet. Ils furent en tout pour Abraham ce que Jean (Baptiste) fut pour Jésus. Ils préparèrent et aménagèrent le pays et les chemins, ils semèrent de bons fruits et captèrent l'eau pour le patriarche du Peuple de Dieu. Jean (Baptiste), lui, prépara les coeurs à la pénitence et à la naissance nouvelle en Jésus. Ils accomplirent pour Israël ce que Jean accomplit pour l'Église. J'ai vu aussi d'autres hommes semblables en d'autres lieux, ils avaient été institués là  par Melchisédech.
J'ai vu souvent Melchisédech, quand, bien avant le temps de Sémiramis et d'Abraham, il apparut dans la Terre Promise qui était encore un désert, comme s'il organisait le territoire, comme s'il choisissait et réparait des endroits précis. Je l'ai vu tout seul et pensai : que veut donc cet homme ici, alors qu'il n'y a encore personne ? C'est ainsi que je le vis creuser une source sur une montagne c'était la source du Jourdain. Il avait un long pieu fin qu'il planta dans la montagne comme un rayon. C'est ainsi que je le vis ouvrir la terre en divers endroits. Dans les premiers temps après le Déluge, je n'ai pas vu les fleuves jaillir et couler comme maintenant, mais beaucoup d'eau qui sourdait d'une haute montagne à l'Orient.
Melchisedech prit possession de nombreux endroits de la Terre Promise en les délimitant. Il établit les dimensions de la piscine de Bethesda. Il posa un rocher à l'emplacement où devait s'élever le Temple, bien avant la fondation de Jérusalem. Je le vis planter comme du grain les douze pierres précieuses qui étaient enfouies dans le lit du Jourdain et sur lesquelles se tenaient les prêtres portant l'Arche d'Alliance au moment du passage des enfants d'Israël. Et ces pierres grandirent. J'ai toujours vu Melchisedech seul, sauf lorsqu'il devait intervenir dans les filiations, les divisions et la conduite des familles et des tribus.
J'ai vu aussi que Melchisedech construisit un château prés de Salem. Mais c'était davantage un campement qu'un château, entouré de galeries et d'escaliers, dans le genre du domaine de Mensor en Arabie. Seul l'emplacement était de roche dure. Je crois avoir vu encore, à l'époque de Jean (Baptiste), les autres angles où se dressaient les piquets principaux. Ce château avait simplement une assise très solide en pierre, qui ressemblait à une aire embroussaillée lorsque Jean y établit sa petite ruche. Ce campement ou château était un endroit où faisaient halte beaucoup d'étrangers et de voyageurs, une sorte de relais libre, précieux pour l'eau qui y jaillissait. Peut-être Melchisedech, que j'ai toujours vu comme le conseiller et le conducteur des peuples et tribus itinérant ça et la, avait-il bâti ce domaine pour les héberger et les enseigner. En tout cas, cela avait déjà  une relation avec le baptême.
Melchisedech avait là  sa résidence, d'où il se rendait à Jérusalem, chez Abraham etc. pour ses missions. Il recueillait et établissait aussi des familles et des gens en ce lieu, qui se fixaient ça et là. Ceci était bien avant l'offrande du pain et du vin, qui eut lieu, à mon avis, dans une vallée au sud de Jérusalem. L'endroit où il travailla et construisit semble avoir été l'emplacement d'une grâce à venir, comme s'il voulait attirer l'attention sur ce lieu, comme s'il entreprenait quelque chose qui devait se réaliser par la suite.
Melchisedech appartient à ce choeur d'anges affectés aux pays et aux peuples, qui vinrent apporter des messages à Abraham et aux patriarches, et se manifestèrent à eux. Ils se tiennent juste au-dessous des Archanges Michel, Gabriel et Raphaël.

NOTES
1 Melchisedech (Hebr malki-sedek) était roi de Salem (Jérusalem) et prêtre du Très Haut dans le Nouveau Testament l'apôtre Paul fait référence a Melchisédech (Heb 5.6.10 ; 7.1) comme préfiguration de Jésus.
2 Babylone (NdT)
3 Sémiramis (NdT)
4. "Montagne du Pain ", traduction textuelle. Il pourrait s'agir du Mont Moréh, colline qui servira d'observatoire à Gédeon dans sa guerre contre les Madianites (Juges. 7. Iss).
5.      L'actuelle Safed. (NdT)
6.      Le Mont Thabor. (NdT)
7.       Exemple type de vision à la fois réaliste (le travail des trois hommes) et symbolique (l'unité du Plan divin de l'Alliance, exprimée dans un signe concret) que l'on trouve fréquemment dans les révélations d'A.C. Emmerick. (NdT)

ANNE CATHERINE EMMERICK. Les  Mysteres  de  l'ancienne  Alliance. (chapitre 10). Texte intégral recueilli par Clémens Brentano. Traduit et présenté par Jean-Joachim Bouflet. Librairie Pierre Téqui  82, Rue Bonaparte, 75006 PARIS




RENCONTRE AVEC LE CLERGÉ DU DIOCÈSE DE ROME

« LECTIO DIVINA » DU PAPE BENOÎT XVI

Salle des Bénédictions

Jeudi 18 février 2010



Eminence, 

chers frères dans l'épiscopat 

et dans le sacerdoce,


C'est pour moi une tradition très heureuse et également importante de pouvoir toujours commencer le carême avec mes prêtres, les prêtres de Rome. Ainsi, en tant qu'Eglise locale de Rome, mais également en tant qu'Eglise universelle, nous pouvons entreprendre ce chemin essentiel avec le Seigneur vers la Passion, vers la Croix, le chemin pascal.

Cette année, nous voulons méditer sur les passages de la Lettre aux Hébreux qui viennent d'être lus. L'auteur de cette Lettre a ouvert une nouvelle voie pour comprendre l'Ancien Testament comme livre qui parle du Christ. La tradition précédente avait considéré le Christ surtout, et essentiellement, sous l'angle de la promesse davidique, du véritable David, du véritable Salomon, du véritable Roi d'Israël, véritable Roi car homme et Dieu. Et l'inscription sur la Croix avait réellement annoncé au monde cette réalité: à présent, il y a le véritable Roi d'Israël, qui est le Roi du monde, le Roi des juifs est sur la Croix. Il s'agit d'une proclamation de la royauté de Jésus, de l'accomplissement de l'attente messianique de l'Ancien Testament qui, au fond du cœur, est une attente de tous les hommes, qui attendent le vrai Roi, qui apporte justice, amour et fraternité.

Mais l'Auteur de la Lettre aux Hébreux a découvert une citation que, jusqu'alors, personne n'avait notée: Psaume 110, 4 – « Tu es prêtre à jamais selon l'ordre de Melchisédech ». Cela signifie que Jésus non seulement accomplit la promesse davidique, l'attente du véritable roi d'Israël et du monde, mais qu'il réalise également la promesse du véritable Prêtre. Dans une partie de l'Ancien Testament, en particulier également dans les manuscrits de Qumrân, il existe deux lignes distinctes d'attente: le Roi et le Prêtre. L'Auteur de la Lettre aux Hébreux, en découvrant ce verset, a compris que deux promesses sont unies dans le Christ: le Christ est le véritable Roi, le Fils de Dieu – selon le Psaume 2, 7 qu'il cite – mais il est également le véritable Prêtre.

Ainsi, tout le monde cultuel, toute la réalité des sacrifices, du sacerdoce, qui est à la recherche du véritable sacerdoce, du véritable sacrifice, trouve dans le Christ sa clé, son accomplissement et, avec cette clé, peut relire l'Ancien Testament et montrer que précisément la loi cultuelle également, qui est abolie après la destruction du Temple, en réalité allait vers le Christ; et donc, elle n'est pas simplement abolie, mais renouvelée, transformée, car tout trouve son sens dans le Christ. Le sacerdoce apparaît alors dans sa pureté et dans sa vérité profonde.

De cette façon, la Lettre aux Hébreux présente le thème du sacerdoce du Christ, le Christ prêtre, sur trois niveaux: le sacerdoce d'Aaron, celui du Temple, Melchisédech; et le Christ lui-même, comme le véritable prêtre. Le sacerdoce d'Aaron aussi, bien qu'étant différent de celui du Christ, bien qu'étant, pour ainsi dire, uniquement une recherche, un chemin en direction du Christ, est toutefois un « chemin » vers le Christ, et déjà dans ce sacerdoce se définissent les éléments essentiels. Puis, Melchisédech – nous reviendrons sur ce point – qui est un païen. Le monde païen entre dans l'Ancien Testament, entre dans une figure mystérieuse, sans père, sans mère – dit la Lettre aux Hébreux, apparaît simplement et en lui apparaît la véritable vénération du Dieu très-haut, du Créateur du ciel et de la terre. Ainsi, c'est également du monde païen que proviennent l'attente et la préfiguration profonde du mystère du Christ. Dans le Christ lui-même, tout est synthétisé, purifié et guidé à son terme, à sa véritable essence.

Voyons à présent les éléments particuliers, dans la mesure du possible, en ce qui concerne le sacerdoce. De la Loi, du sacerdoce d'Aaron, nous apprenons deux choses, nous dit l'Auteur de la Lettre aux Hébreux: un prêtre, pour être réellement médiateur entre Dieu et l'homme, doit être homme. Cela est fondamental et le fils de Dieu s'est fait homme précisément pour être prêtre, pour pouvoir réaliser la mission du prêtre. Il doit être homme – nous reviendrons sur ce point – mais il ne peut pas seul devenir médiateur de Dieu. Le prêtre a besoin d'une autorisation, d'une institution divine, et ce n'est qu'en appartenant aux deux sphères – celle de Dieu et celle de l'homme – qu'il peut être médiateur, qu'il peut être un « pont ». Telle est la mission du prêtre: allier, relier ces deux réalités apparemment aussi séparées, c'est-à-dire le monde de Dieu – éloigné de nous, souvent méconnu de l'homme – et notre monde humain. La mission du sacerdoce est d'être médiateur, un pont qui relie, et ainsi conduire l'homme à Dieu, à sa rédemption, à sa véritable lumière, à sa véritable vie.

Comme premier point donc, le prêtre doit être du côté de Dieu; et ce n'est que dans le Christ que ce besoin, cette situation de la médiation se réalise pleinement. C'est pourquoi ce Mystère était nécessaire: le Fils de Dieu se fait homme afin qu'il existe un véritable pont, qu'il existe une véritable médiation. Les autres doivent avoir au moins une autorisation de Dieu, ou, dans le cas de l'Eglise, le Sacrement, c'est-à-dire introduire notre être dans l'être du Christ, dans l'être divin. Ce n'est qu'à travers le Sacrement, cet acte divin qui nous crée prêtres dans la communion avec le Christ, que nous pouvons réaliser notre mission. Et cela me semble un premier point de méditation pour nous: l'importance du Sacrement. Personne ne se fait prêtre lui-même; seul Dieu peut m'attirer, peut m'autoriser, peut m'introduire dans la participation au mystère du Christ; seul Dieu peut entrer dans ma vie et me prendre par la main. Cet aspect du don, de la précédence divine, de l'action divine, que nous ne pouvons pas réaliser, notre passivité – être élus et pris par la main par Dieu – est un point fondamental dans lequel entrer. Nous devons revenir toujours au Sacrement, revenir à ce don dans lequel Dieu me donne ce que je ne pourrais jamais donner: la participation, la communion avec l'être divin, avec le sacerdoce du Christ.

Faisons de cette réalité également un facteur concret dans notre vie: s'il en est ainsi, un prêtre doit être véritablement un homme de Dieu, il doit connaître Dieu de près, et il le connaît en communion avec le Christ. Nous devons alors vivre cette communion et ainsi la célébration de la Messe, la prière du bréviaire, toute la prière personnelle sont des éléments qui contribuent à être avec Dieu. Notre être, notre vie, notre cœur, doivent être fixés sur Dieu, sur ce point dont nous ne devons pas nous détacher, et cela se réalise, se renforce jour après jour, même à travers de brèves prières dans lesquelles nous nous relions à Dieu et nous devenons toujours plus hommes de Dieu, qui vivent dans sa communion et peuvent ainsi parler de Dieu et conduire à Dieu.

L'autre élément est que le prêtre doit être homme. Homme dans tous les sens, c'est-à-dire qu'il doit vivre une véritable humanité, un véritable humanisme; il doit avoir une éducation, une formation humaine, des vertus humaines; il doit développer son intelligence, sa volonté, ses sentiments, ses affections; il doit être réellement homme, homme selon la volonté du Créateur, du Rédempteur, car nous savons que l'être humain est blessé et la question de « ce qu'est l'homme » est obscurcie par le fait du péché, qui a blessé la nature humaine jusque dans ses profondeurs. Ainsi, on dit: « il a menti », « il est humain »; « il a volé », « il est humain »; mais cela n'est pas la véritable nature de l'être humain. Humain signifie être généreux, être bon, être homme de la justice, de la véritable prudence, de la sagesse. Donc sortir, avec l'aide du Christ, de cet assombrissement de notre nature pour arriver à être véritablement humain à l'image de Dieu, est un processus de vie qui doit commencer dans la formation au sacerdoce, mais qui doit se réaliser ensuite et continuer tout au long de notre existence. Je pense que les deux choses vont fondamentalement de pair: être de Dieu et avec Dieu et être réellement homme dans le véritable sens qu'a voulu le Créateur en façonnant cette créature que nous sommes.

Etre homme: la Lettre aux Hébreux souligne une particularité de notre humanité qui nous surprend, car elle dit: ce doit être une personne « en mesure de comprendre ceux qui pèchent par ignorance ou par égarement, car il est, lui aussi, rempli de faiblesse » (5, 2) et ensuite – de manière encore plus forte – « pendant les jours de sa vie mortelle, il a présenté, avec un grand cri et dans les larmes, sa prière et sa supplication à Dieu qui pouvait le sauver de la mort; et, parce qu'il s'est soumis en tout, il a été exaucé » (5, 7). Pour la Lettre aux Hébreux, l'élément essentiel de notre humanité est la compassion, le fait de souffrir avec les autres: il s'agit de la véritable humanité. Ce n'est pas le péché, car le péché n'est jamais solidarité, mais il est toujours une désolidarisation, il est une manière de prendre la vie pour soi-même, au lieu de la donner. La véritable humanité est de participer réellement à la souffrance de l'être humain, cela veut dire être un homme de compassion – metriopathèin, dit le texte grec – c'est-à-dire se trouver au centre de la passion humaine, porter réellement avec les autres leurs souffrances, les tentations de notre temps: « Dieu, où es-tu en ce monde? ».

Cette humanité du prêtre ne répond pas à l'idéal platonicien et aristotélicien, selon lequel l'homme véritable serait celui qui ne vit que dans la contemplation de la vérité, et est ainsi bienheureux, heureux, car il n'entretient de l'amitié qu'avec les belles choses, avec la beauté divine, mais ce sont les autres qui font « les travaux ». Cela est une supposition, alors que l'on suppose ici que le prêtre entre comme le Christ dans la misère humaine, la porte avec lui, va vers les personnes souffrantes, s'en occupe, et pas seulement extérieurement, mais qu'il prend intérieurement sur lui, recueille en lui-même la « passion » de son temps, de sa paroisse, des personnes qui lui sont confiées. C'est ainsi que le Christ a montré le véritable humanisme. Son cœur est bien sûr toujours ferme en Dieu, il voit toujours Dieu, il est toujours intimement en conversation avec Lui, mais Il porte, dans le même temps, tout l'être, toute la souffrance humaine entre dans la Passion. En parlant, en voyant les hommes qui sont petits, sans pasteur, Il souffre avec eux et nous, les prêtres, nous ne pouvons pas nous retirer dans un Elysium, mais nous sommes plongés dans la passion de ce monde et nous devons, avec l'aide du Christ et en communion avec Lui, chercher à le transformer, à le conduire vers Dieu.

Il faut précisément dire cela, à travers le texte suivant qui est réellement stimulant: « ayant présenté avec une violente clameur et des larmes, des implorations et des supplications » (He 5, 7). Il ne s'agit pas seulement d'une mention de l'heure de l'angoisse sur le Mont des Oliviers, mais c'est un résumé de toute l'histoire de la passion, qui embrasse toute la vie de Jésus. Des larmes: Jésus pleurait devant la tombe de Lazare, il était réellement touché intérieurement par le mystère de la mort, par la terreur de la mort. Des personnes perdent leur frère, comme dans ce cas, leur mère et leur fils, leur ami: tout l'aspect terrible de la mort, qui détruit l'amour, qui détruit les relations, qui est un signe de notre finitude, de notre pauvreté. Jésus est mis à l'épreuve et il se confronte jusqu'au plus profond de son âme avec ce mystère, avec cette tristesse qui est la mort, et il pleure. Il pleure devant Jérusalem, en voyant la destruction de cette belle cité à cause de la désobéissance; il pleure en voyant toutes les destructions de l'histoire dans le monde; il pleure en voyant que les hommes se détruisent eux-mêmes, ainsi que leurs villes dans la violence, dans la désobéissance.

Jésus pleure, en poussant de grands cris. Les Evangiles nous disent que Jésus a crié de la Croix, il a crié: « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné? » (Mc 15, 34; cf. Mt 27, 46) et, à la fin, il a crié encore une fois. Et ce cri répond à une dimension fondamentale des Psaumes: dans les moments terribles de la vie humaine, de nombreux Psaumes constituent un cri puissant vers Dieu: « Aide-nous, écoute-nous! » Précisément aujourd'hui, dans le bréviaire, nous avons prié dans ce sens: Où es-tu Dieu? « Tu nous traites en bétail de boucherie » (Ps 44, 12). Un cri de l'humanité qui souffre! Et Jésus, qui est le véritable sujet des Psaumes, apporte réellement ce cri de l'humanité à Dieu, aux oreilles de Dieu: « Aide-nous et écoute-nous! ». Il transforme toute la souffrance humaine, en l'assumant en lui-même, en un cri aux oreilles de Dieu.

Et ainsi, nous voyons que précisément de cette manière se réalise le sacerdoce, la fonction du médiateur, en transportant en soi, en assumant en soi la souffrance et la passion du monde, en la transformant en cri vers Dieu, en l'apportant devant les yeux et entre les mains de Dieu, et en l'apportant réellement ainsi au moment de la Rédemption.

En réalité, la Lettre aux Hébreux dit qu'« il offrit des implorations et des supplications », « une clameur et des larmes » (5, 7). C'est une juste traduction du verbe prosphèrein, qui est une parole cultuelle et qui exprime l'acte de l'offrande des dons humains à Dieu, qui exprime précisément l'acte de l'offertoire, du sacrifice. Ainsi, avec ce terme cultuel appliqué aux prières et aux larmes du Christ, elle démontre que les larmes du Christ, l'angoisse du Mont des Oliviers, le cri de la Croix, toute sa souffrance font partie de sa grande mission. Précisément de cette manière, Il offre le sacrifice, il fait le prêtre. La Lettre aux Hébreux, avec cet « il offrit », prosphèrein, nous dit: il s'agit de l'accomplissement de son sacerdoce, il conduit ainsi l'humanité vers Dieu, il devient ainsi le médiateur, il fait ainsi le prêtre.

Disons, précisément, que Jésus n'a pas offert quelque chose à Dieu, mais qu'il s'est offert lui-même et que cet acte de s'offrir lui-même se réalise précisément dans cette compassion, qui transforme en prière et en cri au Père la souffrance du monde. Dans ce sens, notre sacerdoce ne se limite pas lui non plus à l'acte cultuel de la Messe, dans lequel tout est remis entre les mains du Christ, mais toute notre compassion envers la souffrance de ce monde si éloigné de Dieu, est un acte sacerdotal, est prosphèrein, est offrir. C'est pourquoi, il me semble que nous devons comprendre et apprendre à accepter plus profondément les souffrances de la vie pastorale; car précisément là se trouvent l'action sacerdotale, la médiation, le fait d'entrer dans le mystère du Christ, de communiquer avec le mystère du Christ, très réel et essentiel, existentiel et ensuite sacramentel.

Dans ce contexte, un deuxième terme est important. Il est dit que le Christ – à travers cette obéissance – est rendu parfait, en grec teleiothèis (cf. He 5, 8-9). Nous savons que dans toute la Torah, c'est-à-dire dans toute la législation cultuelle, le mot tèleion, ici utilisé, indique l'ordination sacerdotale. La Lettre aux Hébreux nous dit que c'est précisément en accomplissant cela que Jésus a été fait prêtre, que son sacerdoce s'est réalisé. Notre ordination sacerdotale sacramentelle doit être réalisée et concrétisée de manière existentielle, mais également de manière christologique, précisément dans cette manière de porter le monde avec le Christ et au Christ et, avec le Christ, à Dieu: ainsi nous devenons réellement des prêtres, teleiothèis. Le sacerdoce n'est donc pas quelque chose qui dure quelques heures, mais il se réalise précisément dans la vie pastorale, dans ses souffrances et dans ses faiblesses, dans ses tristesses et naturellement également dans ses joies. Nous devenons ainsi toujours plus des prêtres en communion avec le Christ.

La Lettre aux Hébreux résume, enfin, toute cette compassion dans le mot hypakoèn, obéissance: tout cela est obéissance. C'est un mot qui ne nous plaît pas, à notre époque. L'obéissance apparaît comme une aliénation, comme une attitude servile. La personne n'utilise pas sa liberté, sa liberté se soumet à une autre volonté, la personne n'est donc plus libre, mais elle est déterminée par un autre, alors que l'autodétermination, l'émancipation serait la véritable existence humaine. Au lieu du terme « obéissance », nous voulons comme parole-clef anthropologique celle de « liberté ». Mais en considérant de près ce problème, nous voyons que les deux choses vont de pair: l'obéissance du Christ est la conformation de sa volonté à la volonté du Père; c'est une manière de porter la volonté humaine à la volonté divine, à la conformation de notre volonté avec la volonté de Dieu.

Saint Maxime le Confesseur, dans son interprétation du Mont des Oliviers, de l'angoisse exprimée dans la prière de Jésus, « non pas ma volonté mais la tienne », a décrit ce processus, que le Christ porte en lui comme vrai homme, avec la nature, la volonté humaine; dans cet acte – « non pas ma volonté, mais la tienne » – Jésus a résumé tout le processus de sa vie, c'est-à-dire celui de porter la vie naturelle humaine à la vie divine et, de cette manière, celui de transformer l'homme: divinisation de l'homme et ainsi rédemption de l'homme, parce que la volonté de Dieu n'est pas une volonté tyrannique, ce n'est pas une volonté qui est hors de notre être, mais c'est précisément la volonté créatrice, c'est précisément le lieu où nous trouvons notre véritable identité.

Dieu nous a créés et nous sommes nous-mêmes si nous sommes conformes à sa volonté; ainsi seulement nous entrons dans la vérité de notre être et nous ne sommes pas aliénés. Au contraire, l'aliénation naît, précisément, lorsque l'on sort de la volonté de Dieu, parce que ce cette manière, nous sortons du dessein de notre être, nous ne sommes plus nous-mêmes et nous tombons dans le vide. En vérité, l'obéissance à Dieu, c'est-à-dire la conformité, la vérité de notre être, est la vraie liberté, parce que c'est la divinisation. Jésus, en portant l'homme, l'être homme, en lui-même et avec lui-même, conformément à Dieu, dans la parfaite obéissance, c'est-à-dire dans la parfaite conformation entre les deux volontés, nous a rachetés et la rédemption est toujours ce processus de porter la volonté humaine dans la communion avec la volonté divine. C'est un processus sur lequel nous prions chaque jour: « Que ta volonté soit faite ». Et nous voulons prier réellement le Seigneur, pour qu'il nous aide à voir intimement que cela est la liberté, et à entrer, ainsi, avec joie dans cette obéissance et à « recueillir » l'être humain pour le porter – à travers notre exemple, notre humilité, notre prière, notre action pastorale – dans la communion avec Dieu.

En poursuivant la lecture, suit une phrase difficile à interpréter. L'auteur de la Lettre aux Hébreux dit que Jésus a prié, avec une violente clameur et des larmes, Dieu qui pouvait le sauver de la mort et qu'en raison de sa piété, il est exaucé (cf. 5, 7). Ici, nous voudrions dire: « Non, ce n'est pas vrai, il n'a pas été exaucé, il est mort ». Jésus a prié d'être libéré de la mort, mais il n'a pas été libéré, il est mort de manière très cruelle. C'est pourquoi le grand théologien libéral Harnack a dit: « Il manque ici une négation », il faut écrire: « Il n'a pas été exaucé » et Bultmann a accepté cette interprétation. Il s'agit toutefois d'une solution qui n'est pas une exégèse, mais une violence faite au texte. Dans aucun des manuscrits n'apparaît la négation, mais bien « il a été exaucé »; nous devons donc apprendre à comprendre ce que signifie cet « être exaucé », malgré la Croix.


Je vois trois niveaux de compréhension de cette expression. A un premier niveau, on peut traduire le texte grec ainsi: « il a été racheté de son angoisse » et en ce sens Jésus est exaucé. Ce serait donc une allusion à ce que raconte saint Luc, qu'« un ange a réconforté Jésus » (cf. Lc 22, 43), de façon qu'après le moment de l'angoisse, il puisse aller droit et sans crainte vers son heure, comme nous le décrivent les Evangiles, en particulier celui de saint Jean. Il aurait été exaucé, au sens où Dieu lui donne la force de pouvoir porter tout ce poids et il est ainsi exaucé. Mais, pour ma part, il me semble que ce n'est pas une réponse tout à fait suffisante. Exaucé de manière plus profonde – le père Vanhoye l'a souligné – cela veut dire: « il a été racheté de la mort », mais pas en ce moment, pas à ce moment-là, mais pour toujours, dans la Résurrection: la vraie réponse de Dieu à la prière d'être racheté de la mort est la Résurrection et l'humanité est rachetée de la mort précisément dans la Résurrection, qui est la vraie guérison de nos souffrances, du mystère terrible de la mort. 

Ici est déjà présent un troisième niveau de compréhension: la Résurrection de Jésus n'est pas seulement un événement personnel. Il semble qu'il peut être utile d'avoir à l'esprit le bref texte dans lequel saint Jean, dans le chapitre 12 de son Evangile, présente et raconte, de manière très synthétique, l'épisode du Mont des Oliviers. Jésus dit: « Mon âme est troublée » (Jn 12, 27), et, dans toute l'angoisse du Mont des Oliviers, que puis-je dire? « Père, sauve-moi de cette heure ou glorifie ton nom » (cf. Jn 12, 27-28). C'est la même prière que celle que nous trouvons dans les Synoptiques: « Si cela est possible, sauve-moi, mais que ta volonté sois faite » (cf. Mt 26, 42; Mc 14, 36; Lc 22, 42) qui, dans le langage johannique, apparaît justement sous la forme: « Père, sauve-moi, Père, glorifie ». Et Dieu répond: « Je t'ai glorifié et de nouveau je te glorifierai » (cf. Jn 12, 28). Telle est la réponse, le vœu exaucé par Dieu: je glorifierai la Croix; c'est la présence de la gloire divine, parce que c'est l'acte suprême de l'amour. Dans la Croix, Jésus est élevé sur toute la terre et attire la terre à lui; dans la croix apparaît à présent le « Kabod », la vraie gloire divine du Dieu qui aime jusqu'à la Croix et transforme ainsi la mort et crée la Résurrection.


La prière de Jésus a été exaucée, au sens où, réellement, sa mort devient vie, devient le lieu d'où racheter l'homme, d'où il attire l'homme à lui. Si la réponse divine, chez Jean, dit: « je te glorifierai », cela signifie que cette gloire transcende et traverse toute l'histoire toujours et à nouveau: depuis ta Croix, présente dans l'Eucharistie, transforme la mort en gloire. Telle est la grande promesse qui se réalise dans la Sainte Eucharistie, qui ouvre toujours à nouveau le ciel. Etre serviteur de l'Eucharistie, c'est donc la profondeur du mystère sacerdotal.

Encore un mot, tout au moins sur Melchisédech. C'est une figure mystérieuse qui apparaît dans Genèse 14 dans l'histoire sacrée: après la victoire d'Abraham sur plusieurs Rois, apparaît le roi de Salem, de Jérusalem, Melchisédech, et il apporte le pain et le vin. Une histoire qui n'est pas commentée et qui est un peu incompréhensible, qui ne réapparaît qu'au psaume 110, comme nous l'avons déjà dit, mais l'on comprend que, par la suite, le judaïsme, le gnosticisme et le christianisme aient voulu réfléchir profondément sur cette parole et qu'ils aient créé leurs interprétations. La Lettre aux Hébreux ne fait pas de spéculation, mais elle rapporte uniquement ce que dit l'Ecriture et ce sont plusieurs éléments: il est Roi de justice, il habite dans la paix, il est Roi là où il y a la paix, il vénère et adore Dieu Très-Haut, le Créateur du ciel et de la terre et il porte le pain et le vin (cf. He 7, 1-3; Gn 14, 18-20). Il n'y a pas de commentaires sur le fait qu'apparaît ici le Souverain Prêtre du Dieu Très-Haut, Roi de la paix, qui adore avec le pain et le vin le Dieu créateur du ciel et de la terre. Les Pères ont souligné que c'est l'un des saints païens de l'Ancien Testament et cela montre qu'à partir du paganisme, il existe aussi une route vers le Christ et que les critères sont: adorer le Dieu Très-Haut, cultiver la justice et la paix, et vénérer Dieu de manière pure. Ainsi, avec ces éléments fondamentaux, le paganisme est lui aussi un chemin vers le Christ, il rend, d'une certaine manière, présente la lumière du Christ.

Dans le canon romain, après la Consécration, nous avons la prière supra quae, qui mentionne certaines préfigurations du Christ, de son sacerdoce et de son sacrifice: Abel, le premier martyr, avec son agneau; Abraham, qui sacrifie dans l'intention son fils Isaac, remplacé par l'agneau donné par Dieu; et Melchisédech, Souverain Prêtre du Dieu Très-Haut, qui apporte le pain et le vin. Cela veut dire que le Christ est la nouveauté absolue de Dieu et, dans le même temps, qu'il est présent dans toute l'histoire, et que l'histoire va à la rencontre du Christ. Et non seulement l'histoire du peuple élu, qui est la véritable préparation voulue par Dieu, dans laquelle se révèle le mystère du Christ, mais à partir du paganisme également se prépare le mystère du Christ, il y a des chemins vers le Christ, qui porte tout en lui-même.

Cela me semble important dans la célébration de l'Eucharistie: ici est recueillie toute la prière humaine, tout le désir humain, toute la vraie dévotion humaine, la vraie recherche de Dieu, qui se trouve finalement réalisée dans le Christ. Enfin, il faut dire qu'à présent, le ciel est ouvert, le culte n'est plus énigmatique, dans des signes relatifs, mais il est vrai, parce que le ciel est ouvert et l'on n'offre pas quelque chose, mais l'homme devient un avec Dieu et cela est le culte véritable. C'est ce que dit la Lettre aux Hébreux: « nous avons un pareil grand prêtre qui s'est assis à la droite du trône de la Majesté des cieux, ministre du sanctuaire et de la Tente, la vraie, celle que le Seigneur, non un homme, a dressée » (cf. 8, 1-2).

Revenons sur le fait que Melchisédech est le roi de Salem. Toute la tradition davidique s'en est appelée à cela, en disant: « Le lieu est ici, Jérusalem est le lieu du culte véritable, la concentration du culte à Jérusalem remonte déjà aux temps d'Abraham, Jérusalem est le lieu véritable de la vénération juste de Dieu ».

Franchissons à nouveau une étape: la Jérusalem véritable, le Salem de Dieu, est le Corps du Christ, l'Eucharistie est la paix de Dieu avec l'homme. Nous savons que saint Jean dans le Prologue, appelle l'humanité de Jésus « la tente de Dieu » eskènosen en hemìn (Jn 1, 14). Ici, Dieu lui-même a créé sa tente dans le monde et cette tente, cette Jérusalem nouvelle, véritable, est, dans le même temps sur la terre et au ciel, parce que ce Sacrement, ce sacrifice se réalise toujours entre nous et arrive toujours jusqu'au trône de la Grâce, à la présence de Dieu. C'est ici que se trouve la Jérusalem véritable, dans le même temps, céleste et terrestre, la tente, qui est le Corps de Dieu, qui comme Corps ressuscité demeure toujours Corps et embrasse l'humanité et, dans le même temps, étant Corps ressuscité, nous unit avec Dieu. Tout cela se réalise toujours à nouveau dans l'Eucharistie. Et nous, en tant que prêtres, nous sommes appelés à être des ministres de ce grand Mystère, dans le Sacrement et dans la vie. Prions le Seigneur qu'il nous fasse comprendre toujours mieux ce Mystère, de vivre toujours mieux ce Mystère et ainsi d'offrir notre aide afin que le monde s'ouvre à Dieu, afin que le monde soit racheté par Jésus. Merci.

Pour sa lectio divina, le Pape Benoît XVI s'est appuyé sur les trois passages de la Lettre aux Hébreux que nous publions ci-dessous:


He 5, 1-10
He 7, 26-28

He 8, 1-2


(L'Osservatore Romano Ed. hebdomadaire, 2 mars 2010)

© Copyright 2010 - Libreria Editrice Vaticana




Melchisedech

[Gr. Melchisedek, from the Hebrew meaning "King of righteousness (Gesenius)] was King of Salem (Gen. xiv, 18-20) who, on Abraham's return with the booty taken from the four kings, "bringing forth bread and wine, for he was the priest of the most high God, blessed him", and received from him "the tithes of all" (v. 20). Josephus, with many others, identifies Salem with Jerusalem, and adds that Melchisedech "supplied Abram's army in a hospitable manner, and gave them provisions in abundance. . .and when Abram gave him the tenth part of his prey, he accepted the gift" (Ant., I, x, 2). Cheyne says "it is a plausible conjecture that he is a purely fictitious personage" (Encyc. Bib., s.v.), which "plausible conjecture" Kaufmann, however, rightly condemns (Jew. Encyc., s.v.). The Rabbins identified Melchisedech with Sem, son of Noah, rather for polemic than historic reasons, since they wished to set themselves against what is said of him as a type of Christ "without father, without mother, without genealogy" (Hebrews 7:3). In the Epistle to the Hebrews the typical character of Melchisedech and its Messianic import are fully explained. Christ is "a priest forever according to the order of Melchisedech" (Hebrews 7:6; Psalm 109:4); "a high priest forever", etc (Hebrews 6:20), i.e. order or manner (Gesenius), not after the manner of Aaron. The Apostle develops his teaching in Hebrews 7: Melchisedech was a type by reason
  • of his twofold dignity as priest and king,
  • by reason of his name, "king of justice",
  • by reason of the city over which he ruled, "King of Salem, that is, king of peace" (v. 2), and also
  • because he "without father without mother, without genealogy, having neither beginning of days nor end of life, but likened unto the Son of God, continueth a priest forever." (v. 3).
The silence of Scripture about the facts of Melchisedech's birth and death was part of the divine plan to make him prefigure more strikingly the mysteries of Christ's generation, the eternity of His priesthood. Abraham, patriarch and father of nations, paid tithes to Melchisedech and received his blessing. This was all the more remarkable since the priest-king was a stranger, to whom he was not bound to pay tithes, as were the children of Israel to the priests of the Aaronic line. Abraham, therefore, and Levi "in the loins of his father" (Heb. vii, 9), by acknowledging his superiority as a type of Christ (for personally he was not greater than Abraham), thereby confessed the excellence of Christ's priesthood. Neither can it be fairly objected that Christ was in the loins of Abraham as Levi was, and paid tithes to Melchisedech; for, though descended from Abraham, he had no human father, but was conceived by the Holy Ghost. In the history of Melchisedech St. Paul says nothing about the bread and wine which the "priest of the most High" offered, and on account of which his name is placed in the Canon of the Mass. The scope of the Apostle accounts for this; for he wishes to show that the priesthood of Christ was in dignity and duration superior to that of Aaron, and therefore, since it is not what Melchisedech offered, but rather the other circumstances of his priesthood which belonged to the theme, they alone are mentioned.

Sources

MCEVILLY, An Expos. Of the Eps. Of St. Paul (Hebrews 7); PICONIO, Triplex Expositio (Hebrews 7); HOONAKER, Le Sacerdoce Lévitique (1899), 281-287; HASTINGS, Dict. Of the Bible, s.v.; Rabibinic references in Jew. Ency., s.v.; St. Thomas, III, Q. xxii, a. 6; HOMMEL, The ancient Heb. Tradition (tr. From the Ger., 1897), 146.



"Priest According to the Order of Melchisedech"

               McGARRY, S.J., Ph.D., S.T.D., Lic.S.S.

About the year 2000 B.C. an invading army of Eastern kings defeated
the petty monarchs of Sodom and Gomorrah, and retreated, booty-laden,
northwards out of Palestine. Lot, the nephew of Abraham, was in the
train of captives, with all his family, slaves and goods. The news of
this misfortune reached his uncle; so Abraham organized his
retainers, pursued the retiring armies, and by a night attack rescued
his kinsman, Lot. An incident which occurred on the return of the
victor is related in Genesis, xiv, 18-20: "But Melchisedech, the king
of Salem, bringing forth bread and wine, for he was a priest of the
most High God, blessed him [Abraham] and said: 'Blessed be Abram by
the most High God, who created heaven and earth."' This story is
mentioned hundreds of times in Catholic Tradition, and in the first
seven chapters of St.  Paul's Epistle to the Hebrews a lengthy
discussion centers about Melchisedech. The purpose of the present
inquiry is to discuss how Christ is a "priest according to the order
of Melchisedech," and in particular, the meaning of this phrase in
the Letter to the Hebrews.

I

The story in the Book of Genesis is a mere recital of facts: the
narrative is a history, not, as far as we know from the text itself,
a prophecy. In God's mind, the events may signify little or much. We
do not know from the perusal of the verses. The simple fact is that a
priest of the true God, whose offering is bread and wine, blessed the
Patriarch Abraham. Melchisedech blessed the fountainhead and source
from whom all the nation of Israel, the Chosen of God, came, both its
priests and its people. In the fourth generation, the family of
Abraham consisted of the twelve sons of Jacob, from whom all the
nation is derived. But while this race progressed and increased from
century to century, it had no Divinely appointed priesthood until
more than 500 years after Abraham, its progenitor. It was at Mt.
Sinai, in the middle of the fifteenth century,[1] that God appointed
the one tribe of Levi to care for the nation's worship. From one
family of that tribe, that of Aaron, all priests of Israel were to
come. In fact, by the very title of blood and birth, every male
Levite was a servant of the sanctuary, and every male son of Aaron
was blessed with the higher dignity of the priesthood. Now, during
the 500 years before the institution of this priesthood of Aaron,
there is not one word that any other priesthood is held in honor in
the nation. On the contrary, the Books of Exodus and Leviticus devote
long sections to the laws, rights and effects of the Aaronitic
priesthood.

This priesthood of Israel, established at Sinai, served in the
nation's sanctuary for fourteen centuries. Joseph Caiphas, instigator
of the death of Christ, and scoundrel though he was on other counts,
could exhibit the honorable tablets of a genealogy which led back to
Aaron. No other priesthood was legitimate in the nation; no other was
permitted to serve at its altars. Melchisedech was unheard of and
unmentioned, except once, in all the long 2,000 years from Abraham to
St. Paul.

The voice which broke at the midpoint of the stillness of two
millenia is that of David, the royal Psalmist of Israel. In a single
verse of all his songs, Melchisedech's name is spoken. And it is on
first thought strange enough that the king, whose court and nation
are guided by an Aaronitic priesthood, should suddenly lift his voice
and speak of another, an eternal priesthood: "The Lord hath sworn and
will not repent: Thou art a priest for ever according to the order of
Melchisedech." (Psalm cix, 4.) Now the topic of this Psalm is the
Messias, the Anointed One or the Christ, who was promised to the
nation in a hundred prophecies.

The Messias, then, is to be a priest, but not of the order of Aaron,
not of the established national priesthood of Israel. He is to be of
another manner and of another order.  Different constitution and
by-laws govern his priesthood. It is to have other conditions, other
requisites, properties and, especially, effects. Moreover, other
prophecies inform us that the Christ is not to be of the blood of
Aaron or Levi; he is to arise from the tribe of Juda and from the
line of David. In the Psalm, therefore, the suggestion lies open
that, with the Christ, the Aaronitic line will cease to be God's
appointed priesthood. At some point in the Messias' career, when some
act or effect has been achieved, the new priesthood will displace the
old. And this new priesthood of Christ is to be "according to the
order of Melchisedech." Thus far, the suggestion of the Psalm.

In the ten centuries between David and St. Paul, several prophecies,
notably that of Malachi, iii, 10, convey further revelations
concerning the person or the sacrifice or the effects of the priest,
Christ. But while Revelation thus expands and progresses, the priest
Melchisedech is not mentioned, nor his relation to Christ further
explained. Even when the institution of the Blessed Sacrament is
described in the Gospels, when Christ took bread and wine and
pronounced the words which made them His Body and Blood, there is not
a word of the priest-king of the then dim and distant past. Thus so
far, in Revelation, we know of three priesthoods: Melchisedech's,
Aaron's and Christ's.  Each has its essential constituents, its
conditions, its properties, qualities and effects. In a word, each is
an order of priesthood. But, except for the suggestion of the Psalm,
the interrelations of these orders are not explained.

II

We know the constitution of the priesthood of Christ. He was Man, a
quality he shares with all priests; for all "are taken from among men
and are ordained for men in the things which appertain to God." (Heb.
v, 1.) But the priest Christ is God as well as Man; and so He is
eternal and timeless. He has a sacrifice, as every priesthood must
have; but His Victim is of singular and outstanding value; It is
offered but once, and gains by Its single oblation an inexhaustible
treasure of redemptive graces. Uniquely, He is the Priest and Victim
of His own sacrifice: "Victima sacerdotii sui et sacerdos suae
victimae," as St. Paulinus so beautifully says.[2] Other priests who
follow Him can offer no other acceptable Victim than His Victim,
Himself. And since this only available Victim is so intimately His
own, all others offer It only in His name and person.  Hundreds of
priests daily offer Him in the Holy Sacrifice of the Mass. But it is
the one Victim, Jesus Christ, who is offered; and the human
consecrant whom God deigns to empower to pronounce the holy words of
consecration stands at the altar and acts ministerially for Jesus
Christ Himself.

But what, of all these essentials, properties or effects of the
priesthood of Christ, are those which constitute Him a priest of the
order of Melchisedech? Not, surely, the fact that He is Man. For all
priests are men, whether they be false or true to a given standard,
whether they are Divinely appointed or chosen by men to fulfil the
religious needs of unguided nature. Not, again, in His having a
sacrifice; for every priesthood has had a sacrifice, it being another
contradiction of modern thought that it can speak of a priesthood
without a sacrifice. (Far more logical the theology of some
Protestants who, having rejected a sacrifice, rejected a priesthood.)
To find the answer to our question, we must turn to Revelation. In
Catholic Tradition we find one reason why Christ is a priest
according to the order of Melchisedech; in the Epistle to the
Hebrews, another. Both sources of information accept the priest-king
Melchisedech as the type of Christ. Each enlarges upon a principal
feature of the type which is found in Christ, the antitype.

III

It will be necessary in the discussion to recall to our minds the
essentials of a scriptural type. A type is a person or thing,
mentioned by the human author of Scripture, which is intended by God,
the Divine author, to signify some other person or thing. Thus, Moses
raised the brazen serpent in the desert; it healed those who looked
thereon. But besides the miraculous effects then produced, God
intended that this event foreshadow the raising of Christ on the
Cross, the glorious elevation of the Resurrection and the cure of
spiritual ills which follows from Redemption. That God intended to
signify such events in Christ's life is made known to us from the
revelation of the fact in the Gospel of St.  John.[3] It is to be
noticed that the type, as a person or thing, has a reality and truth
all its own; over and above this, it foreshadows, in God's intention,
some other person or thing.

It is obvious that the words "intended by God to signify some other
person or thing" are of paramount importance in the definition of a
type. This Divine intention is a fact of the supernatural order. It
is known, therefore, only from supernatural sources of information.
These are two: Holy Scripture and the Tradition of the Church. The
verisimilitude or the aptness of a type may appeal to human tastes
and understanding, or it may be so subtle as to escape human
perception.

Thus the manna, God-given for forty years in the desert, is a type of
the Holy Eucharist, obviously congruous according to human reckoning.
So, too, the Paschal Lamb is a type of Christ's salvific death. On
the other hand, some types are more subtle, and perceptible only
after consideration. In either case, our standards of congruity are
not the norm by which to judge whether a typical sense is expressed
or not. This depends on the Divine intention, and we know the
intention only when it is revealed to us.

In the case of Melchisedech, there are features whose likeness to
certain qualities of the priesthood of Christ are obvious, and others
which are not so. That the offering of the bread and wine, which was
the oblation of Melchisedech, aptly though inadequately, typifies the
Unbloody Sacrifice of Calvary, is well known. That God intended that
the sacrifice of the priest-king should pre-signify that of Christ is
a unanimous assertion of the Fathers.[4] Fr. de la Taille, S. J., in
the <Mysterium Fidei>, rightly lays great emphasis on this feature of
the type, which is developed in Catholic Tradition. But I do not
think that it is the only principal feature of the type. Rather, it
appears to me that several features belong to Melchisedech and
Christ, of which two are principal. One of these, the offering, is
spoken of in Tradition. The other principal feature, as well as
several minor ones, are developed by St. Paul. To him we now turn.

After several references to Christ, as the priest according to the
order of Melchisedech, St. Paul begins the explanation of the type in
Chap. vii, 1-3:

1. For this Melchisedech was king of Salem, priest of the most high
God, who met Abraham[5] returning from the slaughter of the kings, and
blessed him:

2. To whom also Abraham divided the tithes of all; who, first indeed,
by interpretation, is King of Justice: and then, also, King of Salem,
that is, King of Peace:

3. Without father, without mother, without genealogy, having neither
beginning of days nor end of life, but likened to the Son of God,
continueth a priest for ever.

We have here a brief resume of the facts as they are narrated in
Genesis. The detail concerning the oblation of the priest-king, bread
and wine, is omitted. Something will be said of this later.

The second verse considers two minor features of the type. The
meaning of the name Melchisedech is King of Justice. Christ is the
true King of Justice. In the present instance, St. Paul does not
dwell on this feature. For the Apostle's theology on the matter of
justification (for the word translated justice here is the same which
is translated justification elsewhere), we must turn to the Epistle
to the Romans. Again, the name of the city of the priest-king means
Peace. St. Paul writes at length concerning the Peace of Christ in
the Letter to the Ephesians. Since this peace is touched upon briefly
in the Letter to the Hebrews, though not in this section, we explain
it summarily. Fundamentally, the peace of Christ is twofold: it
includes the reconciliation of sinners with God; secondly, it
restores the equality of all men before God, destroying the "middle
wall of partition" (Eph. ii, 14), between a privileged Israel and the
unprivileged Gentile nations. There is no longer any race exclusively
elect, as was Israel before the coming of Christ. This new peace of
Christ is the absolute harmony and the impartial equality of
privilege which all men share, through union in the Mystic Body of
Christ.

The third verse explains the second principal feature of the type,
Melchisedech, and introduces the theme of the seventh chapter. The
verse emphasizes by repetition two points. First, Melchisedech is
without father or mother or tablets of descent. Secondly, no date of
his birth is given, nor mention of his death. In these respects, St.
Paul says, he is likened to the Son of God, and continues as a priest
forever. These apparently strange assertions need some explanation.

The very few exegetes who thought that the text meant that
Melchisedech actually had no parents, found no followers. He had
father and mother, and doubtless, since he was both priest and king,
he could have exhibited very honorable tablets of lineage. But, as a
matter of fact, father, mother and genealogy are not mentioned in the
sacred text. <As he is described>, he is without them. Now reflection
shows that there is something remarkable in this omission. For the
genealogical tablets of eminent men are usual in the sacred
histories; and this priest is of such dignity that, in God's designs,
he blesses the very father and patriarch of the Chosen People.
Abraham kneels before Melchisedech, and pays him tithes of all he has
conquered. Moreover, priesthood in the ancient East commonly came by
blood-descent. Here is a priest of the Most High, about whose lineage
and title to succession there is not one word. But while the omission
is remarkable, absolutely nothing is to be made of it, unless it be
the Divine intention that the omission signify something. The
inspiration of the Letter to the Hebrews, and the use of the type
there, are the absolute security that God did intend to signify
something through the omission of the narrative.

Now the Aaronitic priesthood proved its whole right to its sacred
office by the specific title of lineage. On the contrary, the
priesthood of Christ is in fact that which Melchisedech's is in
portrayal, a priesthood without lineage. Christ did not inherit His
priestly office by the title of blood-descent, nor is His priesthood
multiplied that way.  Lineage and hereditary succession mean
multiplicity; the posterity which succeeds has powers equal to those
of the progenitor. But where lineage and hereditary title are absent
there is but one priest, Christ; there is no multiplied posterity
with powers equal to His. Caiphas, in Aaron's line had the same
powers as Aaron; he was equally a priest with the ancestor from whom
he sprang. But no priest of Christ is a priest equally with Christ.
The Catholic priest is the minister of Christ; to whom Christ imparts
certain powers. But Caiphas was not the minister of Aaron.

We do not need, in view of the present scope, to do more than allude
to the fuller development of the unicity of the priesthood of Christ,
which is presignified in the fact that we read of but one priest in
the line of Melchisedech. A reading of Chap. vii shows how St. Paul
sees in this unicity a mark of the superiority of Christ's priesthood
over that of Aaron and the multiplied hosts of Israel's priests. We
point out, therefore, that priesthood according to the order of
Melchisedech means this essential mark of the priesthood of Christ:
its total consummation and perfection in a single priest, Christ.
What Melchisedech is in portrayal, Christ is in fact: the unique
priest of all mankind.

But the idea of uniqueness leaves something to be desired, if the
notion of perpetuity is not added. What price a priesthood, whose
powers and effects die with the single member. St. Paul continues in
v. 3: "having neither beginning of days nor end of life." Again, this
does not mean that Melchisedech was not born and did not die. He was
truly born and died. Now birth and death are the boundaries of life;
they set us fast within the framework of the centuries; they mark our
time; they bracket the years of our stay. But Melchisedech, as he is
described, is without these bounds and marks of time. By omission, he
is timeless. This portrayed timelessness of the type signified, by
the Divine intention, the actual eternity of Christ, the antitype.
How emphatically in the present context St. Paul expresses the
eternity of Christ the Priest! No less than fifteen times in
twenty-eight verses he recurs to it, abundantly repeating and
explaining the "for ever" of David.

This same point is very delicately expressed in the last words of our
text, "likened to the Son of God, he continueth a priest for ever."
We might expect some epithet here which would directly denote the
human nature of Christ; for Christ is priest because He is Man.
Instead, St. Paul uses the epithet, "Son of God." And, while it is
obvious that the one Person who is both God and Man may be named by
epithets denoting one or the other nature, the author uses the name
which denotes the Divine Nature. Why, in this context? Precisely,
because he has in mind the eternity of the priesthood. Christ is
priest because He is Man; but Christ is eternal priest only because
he is Son of God and God.

To be priest, then, according to the order of Melchisedech means that
Christ is the One, Eternal Priest of all men. The type is unique and
timeless, as Holy Scripture presents him to us; the antitype, Christ,
is singular and eternal in fact. Thus in St. Paul we find the
complete explanation of the "for ever" expressed a millennium before
by David: "Thou art a priest for ever, according to the order of
Melchisedech." We do not follow out here the full development of
these headings, so magnificently unfolded in the Epistle to the
Hebrews. Let me briefly summarize the profound thoughts which the
Apostle proposes. Christ, the unique priest, offers a single
sacrifice; but this has a perennial efficacy, not only in redeeming
men long dead before its completion on Calvary, but in remitting all
sins to the end of time. The power of this sacrifice is limitless; it
streches from end to end mightily, lifting up fallen man at
creation's dawn, and available to the last repentant heart at sound
of doom. Christ, sprinkled with the blood of His own Victim, enters
and sanctifies the celestial sanctuary, Heaven. There, He is our
forerunner and our perennial intercessor. He is the secure anchor of
our hopes, to whose throne of grace and mercy we are bidden come in
confidence. For Christ, the effulgence of the Father's glory and the
very stamp of His substance, who sustaineth all things by His word of
power, having seen to it that sin was purged, hath taken seat at the
right hand of Majesty on high. Thus, in the first words of the
Letter, are revealed the source of the eternity of Christ's
priesthood, the tremendous work it accomplished, and the perennial
exercise of it, which continues incessantly at the throne of God.

V

In St. Paul we find the eternity of Christ's priesthood explained, as
it is portrayed in the type, Melchisedech. In Tradition, the oblation
of the ancient priest is emphasized. Thus, both in his person and in
his oblation, Melchisedech prefigures Christ. St. Paul does not
mention the oblation; in fact, the omission of the detail is somewhat
pointed. Now this omission has been made the support of a sinister
interpretation of the Letter. We are told that in an Epistle where so
much space is devoted to the sacrifice of Christ it is incredible
that the author omit to mention the bread and wine if these have
anything to do with the sacrifice of Christ. The Letter is alleged to
present, and purposely so, Melchisedech as priest, "not in
sacrificing, but in blessing," and the continuous tradition of the
Church "makes the silence of the Apostle more significant."[6]

In concluding from the silence of an author, one is very apt to
outstep the bounds of legitimate logic. It is wrong to conclude or
suggest that St. Paul thought the bread and wine of Melchisedech was
a mere hospitable offering, because he did not choose to treat this
feature in the Letter. We subjoin two reasons why it is wrong to
force the Letter into an opposition to the unanimous Tradition of the
Church, apart from the general truth that each of these sources,
deriving from Eternal Truth, must harmonize.

First, the doctrine of the Holy Eucharist was known at the time and
in the Church of the addressees. I take it as certain historically
that St. Paul is the author of the Letter; hence it was written
before 67 A. D. The best date is probably 64. This statement offends
in two ways the pet theories of certain adverse critics. In their
view, the Letter is not St.  Paul's composition; and it belongs to
the last two decades of the first century. But neither of these
opinions is historically sustainable.

Now, by the year 64 two of the Synoptic Gospels, i.e., those of Sts.
Matthew and Mark (and very probably also, that of St. Luke), had been
written. These Gospels relate the institution of the Holy Eucharist
on Holy Thursday night. They all contain the command: "Do this in
commemoration of Me." Ten years before this date, St. Paul himself
wrote of the Blessed Sacrament to the Corinthians. H. is letter sums
up the entire history of the institution of the Eucharist, and
supplies numerous details about the supper called the Agape. The
reception of Holy Communion by the Faithful is distinctly mentioned
in the passage.[7] It is obvious, therefore, that ignorance of, or
hostility to, the doctrine of the Holy Eucharist cannot be the cause
of the silence of the writer.

Our second answer is the true answer to an argument from silence; it
must lie in investigating the writer's purpose. The Letter itself
suggests the reason for the silence concerning the bread and wine. We
may say, though this is a matter of opinion, that in the particular
context of the seventh chapter this feature of the type,
Melchisedech, could not be used in the argument of the writer. To
make this clear, we must follow the thread of the argumentation. We
have spoken above of the beauty and profundity of the Letter; we
shall find that no less praise must be given to its close and subtle
argumentation.

The "Hebrews" to whom St. Paul addresses the Epistle are the members
of a Judaeo- Christian church. This church is already
long-established compared to the new communities at Ephesus or
Philippi or Corinth. In that day, "long established" meant, at most,
thirty years. These Christians have suffered many minor persecutions
for the Faith, such as ridicule and scorn, and even imprisonment and
the confiscation of their goods. But now they are in danger of losing
their faith, even of apostatizing from it, through their own
negligence and want of fortitude. To meet this crisis, St. Paul holds
to two purposes: to warn his readers of the danger of temptations
against faith and of the utter hopelessness of the apostate who
rejects Christ; and to encourage and revivify a persevering faith
which will sustain them unto the end.

Now, the apostate Judaeo-Christian would not relapse into a paganism
which he abhorred almost as much before his conversion to Christ as
after. He would return to his own people and to his old religion. St.
Paul knew this, and it was far more true of his day than of ours.
Hence, to prevent relapses, his entire argument proves the futility
of the Jewish priesthood and sacrifice, to which the apostate would
return. This priesthood is absolutely worthless and ineffectual
compared to the wholly sufficient priesthood and sacrifice of Christ.
The man who leaves Christ, "treading under foot," as St. Paul says,
"the Son of God," is without a victim able to redeem his sins; he
will seek in vain for an effective sacrifice in the outworn and
discredited sanctuary of Aaron.

This assertion of the uselessness of the Aaronitic sacrifice is a
thesis incessantly repeated in the first ten chapters of the Letter.
The pre-excellence of the priesthood of Christ is set constantly in
contrast to it. The author gathers several proofs, nearly all from
the Old Testament, to show the superiority of Christ. One of these
proofs is drawn from the typical feature, found in Melchisedech,
which we have explained above. Why St. Paul used this feature, the
eternity, and not the other, the oblation, is answered by the fact
that the type is being used in a very particular context, as part of
a very particular bit of argumentation.

For he applies only that feature of the type Melchisedech which
proves a superiority of the priesthood of Melchisedech over that of
Aaron. The type Melchisedech is timeless; and the antitype, Christ,
is eternal. But the priesthood of Aaron is ephemeral, temporal and
mortal. Again, the type, Melchisedech, is unique in his order, and
Christ is the one priest of his line. But the priesthood of Aaron is
a matter of death and succession, of multiplied priests through
fourteen centuries of the generations of men. These are the features
in the type which at once presignify the greater realities in Christ,
and at the same time, prove a superiority over the Aaronitic
priesthood. Hence, only these features are developed, since these
only are demanded for the argumentation of the thesis.

If the argument is to be solid, St. Paul must select those features
of the type, Melchisedech, which are not typified by Aaron. For we
must remember that the sacrifices of Aaron's priesthood also
presignify that of Christ; and that feature in Aaron is fully
analyzed and developed in the following section of the Letter. If St.
Paul argued for superiority from the oblation of the bread and wine,
he is inconclusive and open to the retort: "Aaron's sacrifices,
too-of bulls, sheep, goats, incense, bread, wine, salt- foreshadow
the sacrifice of Christ! How, then, in the matter of oblation, is
Melchisedech superior to Aaron?" Now this retort could have been
answered; but only after a very subtle and lengthy explanation, on
which the writer does not enter. Melchisedech is clearly superior in
what his person presignified; he is not so clearly superior in what
his oblation prefigured. For the sake, therefore, of clarity and
strength of argument, St.  Paul does not mention the oblation of
Melchisedech. And it is noteworthy in this connection that from the
beginning of Chap viii, where the sacrifice of Christ is explained,
and not any longer the person of Christ the priest, the name of
Melchisedech does not appear once.

VI

We owe it to St. Paul that we know the Divine intention to reveal
something of the meaning of the eternity of Christ's priesthood in
the story of Melchisedech. He likewise intended that the oblation of
the ancient priest should foreshadow the elements of the sacrifice of
the Mass. Of these two features, the portrayed timelessness also
serves as the basis of an argument, which exhibits the superiority of
Christ over Aaron. For what is of time dies, and what is of eternity
continueth forever.

As Christ Himself is a priest according to the order of Melchisedech,
so, too, are those among men whom God deigns to grant the power to
consecrate the Sacred Species in the Holy Sacrifice of the Mass. They
offer an eternally efficacious Victim, since God permits them to
offer the Victim of infinite price. They partake of that perennially
intercessory priesthood, inasmuch as they stand in the place of
Christ and offer up sacrifice in His name and person. And as they
grow in grace, they learn the unutterable depths of the beauty of
being one with the great High Priest of all men; surely, only in
their human, fumbling way, and with thoughts scarce finding
expression. For, as St.  Paul says: "Christ is called a high priest
according to the order of Melchisedech. Of whom we have much to say,
and hard to be intelligibly uttered, because you are become too weak
to hear."[8]


ENDNOTES

1. The date here assigned merely signifies that the author prefers
the opinion which places the Exodus from Egypt about 1450, and not
almost two centuries later.

2 Epist. XI, ad Severum, Migne, P.L. 61, 196.

3 The Fathers did not restrict "lifted up" to the Crucifixion, but
saw in the phrase a twofold elevation: a physical one on Calvary, a
moral one in the triumphant mysteries.  Cf. Commentaries on Jo. iii,
14-15: xii, 32.

4 Protestant commentators even very conservative scholars such as
Westcott (Ep. to Heb. p. 200) and Franz Delitzsch (<Neu. Comm. uber
d. Gen.>, p. 270), agree that the bread and wine are restoratives
offered to Abraham and his wearied followers.

Interested readers will find their arguments refuted in such Catholic
commentaries as Heinisch <Das Buch Gen.>, p. 222; Murillo, <El
Genesis>, p. 519; and in the Latin commentaries of Hetzenauer and
Hummelauer. (These references show how sorely we need a commentary in
English by a Catholic exegete.)

5 The difference of spelling (Abram, Abraham) of the Patriarch's name
is accounted for in Gen. xvii, 5. Gen. xiv occurs before the change;
hence the spelling "Abram" on the first page of this article: St.
Paul used the name as it was commonly known after the change.

6 Westcott, l. c., p. 200.

7 Cf. I Cor. xi. 17-34.

8 Heb. v, 10-11.

This article was taken from "Thought", a quarterly of the Sciences
and Letters, September 1933.

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