Bienheureux Joseph
Boissel
Martyr au Laos (+ 1969)
Paysan breton, originaire d'un petit village tout proche de Pontmain, Joseph Boissel était un homme solide, dur à la besogne, d'une force hors du commun qui fera l'admiration des gens du Laos.
Il était attentif aux malades, qu'il soignait lui-même, y compris les naissances difficiles. Il était attentif à chacun, de façon pastorale - entièrement donné. Ce qu'il disait et ce qu'il faisait venait toujours du coeur, du fond de son coeur, du fond de sa foi...
Il avait une grande foi, il était très priant. Il avait fait le don de sa vie au Seigneur. Son trait le plus marquant était l'amour pour les pauvres.
Le samedi 5 juillet 1969, il décide d'aller à Hat I-Êt, un village de réfugiés kmhmu' à une bonne vingtaine de kilomètres de Paksane... avant d'arriver au village... une rafale d'armes à feu... le père Boissel est mort...
Aux funérailles solennelles, Mgr Étienne Loosdregt, vicaire apostolique, fit l'homélie:
Père Boissel, vous restez parmi nous... Cette mort violente impressionne, une mort sur la brèche, en pleine mission apostolique, une mort que Joseph avait frisée bien des fois, une belle mort de missionnaire. Mais c'est toute sa vie qui impressionne : vie d'apôtre au coeur bouillant, vie donnée, vie mangée d'un homme de Dieu pour qui rien d'autre ne comptait que d'annoncer Jésus-Christ aux plus pauvres...
(missionnaires Oblats de Marie Immaculée, province de France)
Il fait partie des martyrs au Laos entre 1954 et 1970 qui seront béatifiés en 2016.
Liens utiles:
- Le Vatican reconnaît les martyrs du Laos
- Présentation des martyrs du Laos
La terre couvrant le
visage pendant cinq cents ans ne peut faire oublier l'amour (Proverbe lao).
SOURCE : https://nominis.cef.fr/contenus/saint/13032/Bienheureux-Joseph-Boissel.html
Joseph Boissel
(1909-1969)
La terre couvrant le
visage pendant cinq cents ans ne peut faire oublier l´amour (Proverbe lao).
Paysan breton, originaire
d´un petit village tout proche de Pontmain, Joseph BOISSEL était un homme
solide, dur à la besogne, d´une force hors du commun qui fera l´admiration des
gens du Laos. À Pontmain, Marie Mère de Jésus était apparue à quelques enfants
en 1871 pour leur demander de prier et d´espérer malgré la guerre. Cette
proximité dans la guerre de la Vierge, Mère de l´Espérance, marquera toute sa
vie.
Les années de préparation
: un parcours international
Joseph Boissel est né le
20 décembre 1909 dans les marches de Bretagne (France), au hameau de La
Tiolais, écart de la commune du Loroux (35), dans une famille d´agriculteurs
pauvres. Il fut baptisé le même jour à l´église paroissiale du bourg, qui
appartient à l´archidiocèse de Rennes (France).
Vocation précoce, Joseph
fait ses sept années d´études secondaires au juniorat des Missionnaires Oblats
de Marie Immaculée, à Jersey (Royaume-Uni). Il entre ensuite au noviciat à
l´île de Berder, dans le Morbihan (France) ; son maître des novices le juge un
« sujet très ordinaire, peu intelligent ». Joseph est pourtant accepté pour ses
autres qualités, et s´en va étudier la philosophie au scolasticat de Liège
(Belgique), puis la théologie à celui de La Brosse-Montceaux (Seine-et-Marne,
France).
Jean Denis, o.m.i., un de
ses anciens camarades qui fut envoyé comme missionnaire dans le Nord canadien,
évoque les années passées ensemble au noviciat et au scolasticat :
Je l´aimais bien : trois
ans plus âgé que moi, il était, pour moi, parmi les sages. C´était facile de
parler de choses sérieuses avec lui...
Dans la communauté du
scolasticat, il était maître coiffeur, et les clients étaient nombreux et
toujours satisfaits... Il avait une belle main d´écriture et on lui demandait
souvent de reproduire chansons ou cantiques pour le multiplicateur ; avec grand
soin, il avait polycopié le cantique à Marie: « Ô Bonne Mère du missionnaire,
sois son appui, veille sur lui. Sur terre il n´a plus de patrie, la Croix lui
reste, et toi, Marie... » Cela le faisait vibrer. Il en a vécu !
Il ne prétendait pas être
un intellectuel au dessus des nuages, mais il faisait de bonnes études et en
discutait volontiers pour en savoir toujours davantage pour la vie pratique et
le ministère.
Quant au jugement de ses
supérieurs, il est plus nuancé, mais positif :
Caractère énergique et
droit... Intelligence faible ; un peu étroit de jugement ; mais très appliqué,
il fait des progrès assez sensibles... Il montre assez d´habileté dans les
emplois et travaux matériels, voire artistiques... Très dévoué, humble,
régulier ; docile par esprit de foi, car il serait porté naturellement à
s´attacher trop à ses idées. Bon confrère, soucieux du bien spirituel des
autres. Très attaché à sa vocation.
Un autre jugement jette
quelque lumière sur la fin de sa vie : « Nature très généreuse, il n´a pas peur
du sacrifice. » C´est dans cet esprit que Joseph Boissel fait son oblation
perpétuelle à l´hôpital de Montereau le 29 septembre 1935.
Le 4 juillet 1937 il est
ordonné prêtre. Le 26 mai 1938, il reçoit avec trois de ses compagnons d´études
la feuille de route pour le Laos ; il a vingt-neuf ans. Curieusement, à
l´encontre de l´usage général des Oblats, il n´avait voulu demander à son
Supérieur général aucune mission précise, se disant prêt à partir pour
n´importe laquelle ; cependant, le Laos correspondait bien à son désir profond.
Un pionnier de la mission
au nord du Laos
Joseph Boissel faisait
partie du groupe des pionniers oblats de la mission du Laos - ceux qui ont
connu toutes les secousses de la guerre depuis les débuts. Arrivé dans ce pays
en octobre 1938, il est dirigé assez rapidement vers le secteur de Xieng Khouang
où l´évangélisation débutait à peine. Bien des années plus tard, il parlera
encore avec regret du poste de Nong Ét, une station missionnaire avancée de la
Province de Xieng Khouang, dite alors Tran Ninh, à la frontière du Viêt-nam sur
la route de Vinh. À cause de la guerre il dut un temps abandonner ce poste : à
la déclaration de guerre de 1939, il est mobilisé, mais pourra accomplir ses
obligations au Laos même. Mais bien vite, c´est de nouveau la mission « en
brousse », qu´il aime.
Sans faire aucune conversion,
il avait suscité là un réel mouvement de sympathie, notamment parmi les Hmong.
Il fut le premier parmi les Oblats à se lier d´amitié avec ce peuple fier.
Vingt ans plus tôt, d´autres missionnaires avaient eu des sentiments fort
différents à leur égard :
« Peuplade néfaste, car
elle cultive en grand l´opium, dont elle inonde le pays, au grand détriment des
indigènes. Au point de vue évangélisation, nous n´aurons pas à nous occuper
d´eux. »
C´est d´un chef hmong
qu´il recevra en 1946 la lettre suivante :
Si nous sommes restés
presque tous vivants après la mauvaise période, c´est que Dieu nous protège. Je
me souviens toujours avec émotion que vous avez dit des prières pour un laïque
que vous aimez bien ; ce laïque-là, c´est moi. Sans connaître la religion
chrétienne... je reconnais par un sentiment inné l´existence d´un Être Suprême
qui veille sur nous et sur nos actes... Mon grand souhait est de vous revoir
dans un proche avenir ; nous pensons tous à vous, mon Père, comme à un
`parent´, selon l´expression méo...
En mars 1945, c´est le
coup de force des Japonais sur le Laos. Le 1er juin, Joseph Boissel est fait
prisonnier avec son compagnon le Père Vincent Le Calvez, et le Préfet
apostolique, Mgr Jean Mazoyer, o.m.i. Tous trois sont emmenés à Vinh, au
Viêt-nam, où ils seront détenus au milieu d´une population hostile.
De retour au Laos en
1946, Joseph retrouve son Tran Ninh et le contact des Hmong. La mission de Nong
Ét est pillée et dévastée. En bien peu de temps elle devient inaccessible à cause
de l´insécurité persistante. Il écrit : « Il est temps de s´installer
définitivement ; je ne sais au juste où je vais m´établir ; le premier travail
sera de choisir un terrain, ensuite de me faire scieur, charpentier et le
reste. »
Les conditions matérielles
sont alors très précaires. Le Père Boissel cultive lui-même la rizière pour
pouvoir manger. Des militaires français, il ne reçoit pas d´aide, sauf un
cadeau inattendu : une centaine de fûts d´essence vides. « Je les découpe pour
couvrir mon petit internat méo », écrit-il en 1947. « Avec une couverture
semblable il peut pleuvoir des pierres ! » Il achève sa lettre, destinée à
Mgr Mazoyer alors en Europe :
Dans une dizaine de jours
vous serez aux pieds du Saint Père, que va-t-il penser du Laos ? Pauvre Laos,
pauvre Indochine ; rien ne semble s´arranger, la folie règne toujours et
partout. Restons attachés à Dieu et faisons-lui confiance. Il sait, Lui, ce
dont nous avons besoin. - P.S. J´espère que vous trouverez des religieuses ;
trois pour Xieng Khouang seraient très bien reçues. Je leur prépare une maison.
L´année suivante, il
écrit à ses supérieurs à Rome :
Le travail missionnaire
au Laos, à cause des distances énormes à parcourir et de la pauvreté du pays,
restera encore pour de longues années un travail obscur et pénible. Il faudra
des pionniers prêts à tout souffrir aussi bien en postes qu´en tournée...
Chacun dans son coin a suffisamment souffert pour acquérir l´expérience des
gens et du pays... Si les missionnaires du Laos n´avaient une foi ardente dans
le coeur, ils pourraient se demander ce qu´ils ont bien pu faire comme crimes
pour y être envoyés.
En 1948-1949, le Père
Boissel repart en France pour refaire sa santé ébranlée par les privations,
comme il l´explique aux lecteurs de Pôle et Tropiques, la revue missionnaire
des Oblats :
Après avoir passé dix ans
en brousse indochinoise, dans les conditions les plus bizarres, on est heureux
de rentrer pour quelques mois en France. Le 18 octobre 1948, par le premier
avion venu inspecter la piste au début de la saison sèche, je réussissais à
décoller de Xieng Khouang et, en moins de trente-cinq minutes, je rejoignais le
centre de Vientiane, évitant ainsi un voyage pénible et dangereux de douze
jours de piste... Je me repose actuellement dans ma famille au Loroux.
De retour au Laos,
pendant plusieurs années, il veille à la formation des catéchumènes puis des
néophytes kmhmu´ de divers villages dans la montagne de Xieng Khouang, autour
de Ban Pha où il a sa résidence. Les habitants de Ban Pha, des Thaï Dam,
restent quant à eux étrangers au mouvement de conversion. En novembre 1957, il
laissera le village et le secteur entre les mains du Père Louis Leroy.
Les années de maturité :
avec les déracinés
En novembre 1957, Joseph
Boissel quitte donc définitivement Xieng Khouang et part en France pour un
nouveau congé plus que mérité. De ses proches il ne restait guère que sa soeur
Victorine ; il entreprend donc de réaliser un projet qui lui tient à coeur :
faire un tour d´Europe en pèlerin. Avec le « recteur » (curé) de son village,
l´abbé Louaisil, il part vers Rome dans la petite Renault 4L de ce dernier.
Dormant la plupart du temps sous la tente, ils passeront par Solignac,
scolasticat des Oblats, Lourdes et Ars, pour parvenir enfin à la Ville
éternelle. Les supérieurs lui avaient toutefois sèchement interdit d´aller
jusqu´à Fatima, et même de visiter les sanctuaires de la Belgique voisine.
Au retour, Joseph
entreprend une nouvelle phase de sa vie missionnaire : il est affecté au
district de Paksane, où il se dépensera jusqu´à son dernier jour. Il a d´abord
la charge du village de rizière de Nong Veng ; puis, à partir de 1963, il
s´installe à Ban Na Chik au Km 4 de Paksane vers Pak Kading - le fameux Lak-Si.
Le Père Henri Delcros,
o.m.i., avait aidé les chrétiens kmhmu´ réfugiés de la région de Xieng Khouang
à se réorganiser là en plusieurs villages : Vang Khoma, Hat I-Êt, Pakvang et
Nampa. Joseph Boissel lui succédait dans cette charge. Il trouve des accents
pathétiques pour faire connaître les conditions de vie de ses nouveaux
paroissiens :
Mon secteur s´échelonne
le long d´une piste de terre et de cailloux sur laquelle ma pauvre 2CV est
durement cahotée. Presque toutes les familles subissent les conséquences d´une
guerre qui s´éternise. Ici, des femmes dont les maris sont dans l´armée,
familles disloquées... ; là, des villages entiers qui ont fui la zone des
combats et se sont réfugiés dans la plaine.
À une dizaine de
kilomètres de mon village, sur les bords de la Nam Nhiep, j´ai un groupe de
soixante familles chrétiennes qui ont abandonné tous leurs biens et leurs
rizières sous la menace de la guérilla, préférant sauvegarder leur foi et la
foi de leurs enfants. En attendant de trouver un coin de forêt pour reprendre
leurs cultures, ils vivent surtout de secours...
Je reçois et je visite
tout le monde, essayant de réconforter et d´aider les uns et les autres dans la
mesure de mes pauvres moyens : soins aux malades, soutien des plus nécessiteux.
On ne dira jamais assez les malheurs de la guerre pour le petit peuple du
Laos... Depuis plus de dix ans leurs groupes armés répètent les mêmes slogans,
annoncent monts et merveilles une fois la victoire obtenue... En attendant, ce
ne sont que réquisitions de riz, corvées au service des combattants,
arrestations et disparitions, climat de peur et de suspicion...
C´est sous cette menace
que nous vivons tous actuellement. Il nous faut cependant tenir jusqu´au jour
où Dieu nous donnera la paix. Je continue donc à visiter régulièrement tous ces
gens, de donner à tous des paroles d´espoir, aux chrétiens un secours
surnaturel qui les aide à sanctifier ces misères du moment. Le plus souvent
j´arrive les mains vides et je souffre de ces yeux brillants qui s´accrochent à
moi, qui attendent quelque soulagement matériel que je ne puis leur apporter...
Écrasé par de telles misères, on reste la mort dans l´âme, navré de son
impuissance.
Il circule entre ces
villages, en dépit de sa vue défectueuse car il avait perdu complètement
l´usage d´un oeil. Une jeep remplacera la Citroën 2CV, qui avait elle-même
succédé à son brave cheval nommé Deng. Dans ces années-là, prendre la route
était toujours risqué : depuis fin mars 1969 le danger de la guérilla s´était
accentué, si bien qu´il avait fallu renoncer à célébrer la Semaine Sainte dans
ces villages. Début juin seulement, le Père Boissel ose de nouveau s´aventurer
sur cette route à embuscades.
Les jeunes missionnaires
faisaient dans la région de Paksane leur premier stage d´apprentissage de la
langue. Mgr Alessandro Staccioli, futur évêque de Louang Prabang, se souvient
de la fascination avec laquelle lui et les autres jeunes écoutaient le Père
Boissel raconter la guerre d´Indochine, et surtout son expérience de
missionnaire broussard :
Pour lui, la mission
c´était annoncer l´Évangile, vivre avec les gens, soigner les malades et vivre
dans la pauvreté. Il était généreux, toujours prêt à rendre service aux gens.
Il disait qu´il avait donné sa vie pour le Laos, qu´il voulait y mourir et ne
voulait certainement pas retourner en France. Je pense que le Seigneur l´a
exaucé.
Le même témoin rapporte
aussi un exemple pittoresque : « Un jour, la guérilla s´était avancée
jusqu´à proximité de son village. Il s´échappa à cheval, tenant d´une main la
bride et de l´autre le ciboire avec la sainte réserve. C´est comme cela qu´on
le vit arriver à Paksane ».
Portrait d'un vétéran de
la mission
Les années difficiles
vécues par le Père Boissel en mission ont durci certains traits de son
caractère, sans pourtant gâter ses belles qualités. Le Père Joseph Pillain,
o.m.i., qui passa lui-même plus de douze ans au Laos, se souvient : « Le
Père Joseph Boissel était un homme de grand coeur, tout d´une pièce, avec son
franc-parler, profondément religieux, homme de prière, fidèle aux réunions de
district, très agréable en communauté. »
Son portrait est brossé
avec plus de couleurs par les témoins laotiens, parmi lesquels figure une des
deux femmes consacrées - des Oblates missionnaires de Marie immaculée1 - qui
faillirent mourir avec lui. Le Père Boissel était un homme entier, prompt mais
généreux, allant jusqu´au bout de ses responsabilités. Il avait une forte voix
; quant à son caractère... Bref, c´était un homme ardent, fougueux, mais il
avait soin de chacun en particulier, spécialement des petits, des pauvres, des
enfants... Il était soucieux de leur formation chrétienne, car c´étaient des
convertis récents.
Les gens l´aimaient
beaucoup. Chaque famille apportait de la nourriture - un panier de riz et un
autre plat. Parfois, les plats étaient très épicés. Il était malade, il avait
des maux d´estomac constants, mais il mangeait quand même de tout sans rien
dire, pour leur faire honneur.
À son arrivée dans chaque
village, il sonnait la cloche, appel des chrétiens à la confession ; puis il
célébrait la messe. Ensuite il échangeait avec le catéchiste du village, avec
les gens du village, les anciens. Il vérifiait les baptêmes, les mariages à
venir... Il s´assurait que les inscriptions soient faites à l´avance. Il
couchait dans les églises. Nous les Oblates, nous couchions dans une famille ou
l´autre.
Il était attentif aux
malades, qu´il soignait lui-même, y compris les naissances difficiles. Il était
attentif à chacun, de façon pastorale - entièrement donné. Ce qu´il disait et
ce qu´il faisait venait toujours du coeur, du fond de son coeur, du fond de sa
foi...
Il avait une grande foi,
il était très priant. Il avait fait le don de sa vie au Seigneur. Son trait le
plus marquant était l´amour pour les pauvres.
Deux témoins, des laïcs
avancés en âge, ajoutent :
Il était cordial et
franc, proche des gens. Il était fidèle à visiter les malades, les personnes
âgées; il aimait beaucoup les enfants. Ce qu´il a fait était vraiment beau.
C´était un homme bon ; tous sont venus à son enterrement. Quand il célébrait la
messe ou prêchait, c´était un homme de Dieu... Il était zélé. La vie de la
paroisse était bien organisée : fêtes, processions... il faisait tout avec
coeur ; les gens affluaient de partout.
Il inculquait le sens de
la confession, encourageait les gens à améliorer leur vie. Il avait un grand
esprit de foi et un grand amour des anciens et des malades. Si on lui signalait
un malade, il partait aussitôt. Tous se souviennent de ses sacrifices, de sa
foi, de son amour pour tous. Il faisait tout pour les autres.
Quant à ses propres
confrères, ils l´ont bien vu de la même façon. Ainsi un de ses proches
collaborateurs, le Père Ernest Dumont :
C´était un tempérament
fougueux, généreux. Il ne doutait de rien, n´hésitait jamais à entreprendre,
toujours avec le souci d´aller aux plus pauvres... Il était vraiment proche des
gens dont il était aimé : on lui pardonnait ses emportements, ses coups de
gueule, ses imprudences, car il était foncièrement bon et n´en voulait à
personne. Son zèle pour soigner les malades était admirable : il a soigné tout
au long de sa vie missionnaire, sans compter sa peine, son temps. Il était
heureux de servir. Au sein de la communauté, quand il venait à Paksane, il
mettait de la vie : il parlait fort, riait de même, il avait toujours des histoires
hors du commun à raconter. Le Père Boissel a vécu le plus gros de son ministère
seul, dans différents postes, mais il avait besoin de rencontrer ses frères
oblats.
La dernière aventure
d´une vie mouvementée
C´était la saison des
pluies. Chaque samedi, le Père Boissel se rendait en fin de journée dans un
village et revenait le dimanche vers l´heure de midi. Le samedi 5 juillet 1969,
il décide d´aller à Hat I-Êt, un village de réfugiés kmhmu´ à une bonne
vingtaine de kilomètres de Paksane en remontant le long de la rivière Nam San.
À cause de l´insécurité, cette année-là il n´avait pu y faire de ministère
durant quelques mois. Il y avait là le catéchiste André Van, qui avait besoin
de se savoir épaulé.
Parti vers 16 heures, il
prend avec lui deux jeunes Oblates Missionnaires laotiennes : comme
d´ordinaire, celles-ci devaient l´aider pour les visites, les soins aux malades
et le service religieux. Le neveu de l´une d´elles, âgée de 10 ans, était
également monté - en cachette - dans la voiture. Se rendant compte de la
présence de l´enfant, le Père Boissel arrête la voiture et l´oblige à descendre
: « Tu ne dois pas venir avec nous... Moi, le prêtre, et les deux Oblates,
nous avons donné notre vie au Seigneur. Mourir, pour nous, ça ne fait rien,
notre vie est offerte au Seigneur. Mais toi, tu ne dois pas venir avec nous ! »
Ensuite, tout au long du
trajet, il parle de la mort. Il disait : « Il ne faut pas avoir peur de
mourir. Nous avons déjà donné toute notre vie au Seigneur. À voyager comme nous
le faisons, nous ne sommes pas en sécurité ; ce n´est pas prudent... Il y a
toujours du danger. » Les deux jeunes femmes l´écoutent... sans
répondre...
La suite est racontée par
une des deux passagères, la seule survivante capable de le faire :
Deux ou trois kilomètres
avant d´arriver au village, à un tournant de la route, j´ai entendu une rafale
d´arme à feu dirigée contre nous. Les pneus ont éclaté et j´ai été atteinte à
la main. J´ai vu s´agiter un drapeau rouge dans la forêt en bordure de la
route. Une deuxième rafale, et Thérèse a été atteinte à la tête ; comme je suis
plus petite ces balles ne m´ont pas atteinte. Les coups venaient de la gauche,
du côté du conducteur.
Le Père Boissel fut
atteint à la tête - à la bouche et au crâne. La jeep est allée au fossé, s´est
renversée sur nous et a pris feu. Les lunettes du Père ont éclaté ; il est mort
sur le coup... Il avait les yeux grands ouverts. Nous étions complètement
couverts de sang tous les trois.
Le Père Boissel était
mort, Thérèse inconsciente. Moi, dans une torpeur énorme... sans mouvements...
comme morte. Mais j´ai vu trois jeunes soldats vietnamiens faire le tour du
véhicule trois fois. Ils disaient : « Tuons-les ! » - « Brûlons le véhicule et
ses occupants ! » Ils se sont retirés et ont jeté une grenade sur la voiture.
La grenade a éclaté - ce sont les éclats qui ont causé nos blessures. J´ai dit
« Ô Seigneur ! », mais un voile d´obscurité est venu...
Je ne sais pas combien de
temps nous sommes restées ainsi dans le véhicule. Puis Thérèse a repris
conscience la première. Elle m´a poussée, obligée à sortir... La grenade nous
avait assourdies... Difficulté à nous communiquer, à nous comprendre... Toutes
deux, nous avons prié le Seigneur. « Si tu as besoin de nous encore... envoie
quelqu´un à notre secours. » Nous nous sommes couchées le long de la route.
J´ai mis ma main sur le coeur de Thérèse et elle a mis sa main sur mon coeur :
unies dans la souffrance.
Oh! qu´il a fallu
attendre longtemps, de 4 h ½ jusque vers 9 h ½. Enfin des gens sont arrivés
pour nous prendre. Le corps du Père avait été brûlé au point que son visage
était totalement méconnaissable. Thérèse, atteinte à la tête, est restée
handicapée mentalement suite à cet attentat. Elle n´a plus vraiment de bonheur
à vivre.
Remercions Dieu qui nous
garde encore en vie jusqu´à maintenant. Que le Père Joseph Boissel nous protège
!
Aux funérailles
solennelles, Mgr Étienne Loosdregt, vicaire apostolique, fit l´homélie :
Père Boissel, vous restez
parmi nous... Cette mort violente impressionne, une mort sur la brèche, en
pleine mission apostolique, une mort que Joseph avait frisée bien des fois, une
belle mort de missionnaire. Mais c´est toute sa vie qui impressionne : vie
d´apôtre au coeur bouillant, vie donnée, vie mangée d´un homme de Dieu pour qui
rien d´autre ne comptait que d´annoncer Jésus-Christ aux plus pauvres...
Pourquoi le Père Boissel
est-il mort ?
Devant la mort brutale du
Père Boissel il faut d´abord poser la question : qui en voulait à sa vie, quel
motif a armé les assassins ? Le Père Ernest Dumont, qui l´aimait comme un père,
donne une explication assez complexe :
C´était un homme
dynamique et ardent, mais sans doute maladroit. Il avait publiquement exprimé
des reproches devant son catéchiste. Il avait dit en substance : je suis déjà
vieux, je viens chez vous en risquant ma vie et vous vous en fichez ; la
prochaine fois, je ne viendrai peut-être pas chez vous. Ce discours avait
déplu, et certaines personnes se sont dressées contre lui. Ils sont sans doute
allés trouver ceux de la guérilla pour indiquer ses déplacements, et ces
derniers lui ont tendu une embuscade.
Cette interprétation ne
satisfait guère. Un chrétien kmhmu´, même en colère, ne serait pas allé trouver
des Vietnamiens... La passagère rescapée fournit une réponse plus simple et
directe :
Le Père Boissel est mort
à cause de sa foi en Jésus Christ, à cause du désir de voir disparaître la
religion catholique. C´était connu que le P. Boissel se rendait dans un village
ou l´autre chaque samedi vers 4 heures. Il y avait de la haine - pour les étrangers,
pour les prêtres, pour la religion catholique.
Le sens profond de la
mort du Père Boissel
Comme les autres
missionnaires morts de mort violente au Laos, Joseph Boissel était à sa façon,
avec son caractère, ses talents, ses limites aussi, un homme de Dieu qui avait
pris la mesure de l´oeuvre à accomplir pour Jésus Christ et pour les pauvres,
qui connaissait les risques de l´entreprise, mais n´a pas hésité à aller
jusqu´au bout de l´amour.
Le Père Jean Hanique,
o.m.i., ami du Père Boissel et ancien provincial des Oblats, témoigne : «
Joseph n´a pas cherché à se faire tuer, mais il n´a rien fait pour l´éviter. Il
est allé au danger en connaissance de cause. On était tous dans ce cas. Il
savait très bien ce qu´il risquait. »
Mgr Jean Sommeng Vorachak,
évêque de Savannakhet, développe cette pensée dans un contexte plus large :
La vie générale de ces
Apôtres - et nous tous, qui oeuvrons et risquons notre vie pour la Foi -, à mon
avis, suffit pour nous dire qu´ils ont offert leur vie une fois pour toutes,
pour le meilleur et pour le pire, prêts à affronter n´importe quels obstacles.
Le Père Dubroux, le Père Boissel, comme le Père Tiên et tous les autres... tous
sont morts pour la cause de l´Église et de la Religion... Que l´Église les
canonise ou non, qu´elle les reconnaisse comme saints, cela au fond importe
fort peu. Tous ces prêtres et catéchistes sont morts pour la Foi, donc je crois
et je suis sûr et certain qu´ils sont au Ciel.
Joseph Boissel ne
l´avait-il pas expliqué lui-même à son ami, curé de son village natal, lors de
son troisième et dernier congé en France en 1968 :
Il savait qu´on voulait
le mettre à mort. Il a évité la mort plusieurs fois. Il était à peu près sûr
qu´on le tuerait, à cause de la foi. Il y avait des gens hostiles ; il n´a pas
dû être surpris. Pour les gens du village, sa mort a été une surprise, et en
même temps, ils le savaient.
Et l´abbé Louaisil
conclut : « Il est sûrement au Paradis ! »
Quant à la passagère
rescapée, elle parle avec ardeur de celui qu´elle a connu au long de deux
années de mission commune :
Le Père Boissel savait
les dangers de ces voyages. Il était prêt à donner sa vie pour Jésus-Christ. À
son enterrement tous ou presque sont venus. Ils disaient : « Il est mort pour
la foi, parce qu´il allait dire la messe dans ce village. » Lui savait bien que
quelque chose devait arriver un jour, au cours de tous ces déplacements ; mais
il y allait parce que c´était son travail. Souvent les gens me rappellent : «
Le Père Boissel faisait ceci, il a fait cela... » Ils se souviennent de lui, il
a laissé une vivante mémoire : on peut dire que c´était un martyr. Mais il n´a
pas encore fait de miracles !
Le Père Ernest Dumont,
l´un des premiers qui fut présent sur les lieux de l´attentat, écrit :
Il ne nous restait plus
qu´à envelopper cette dépouille dans le drap que nous avait remis le Père Jean
Fagon, son compagnon d´apostolat durant plus de trente ans ; on le fit comme
les premiers chrétiens le faisaient avec les corps suppliciés des témoins de la
foi.
Le dernier mot peut
revenir au Père Jean Denis, son compagnon des jeunes années, qui ne l´avait
jamais revu depuis son départ au Laos :
Mon souvenir du Père
Boissel est celui d´un homme sérieux et généreux, sans compromis. Je vois très
bien qu´il aurait donné sa vie pour ses convictions religieuses. Et quelle joie
ce serait de voir un confrère d´ordination béatifié et canonisé... Je le verrai
au ciel avant cela, bien sûr, mais alors nous nous réjouirons ensemble... Je
suis heureux de lui rendre ce témoignage. Il était Oblat, un homme qui faisait
bien son travail, sans ostentation mais pour le Seigneur.
Homélie du Père Douangdi
pour les obsèques du Père Boissel
Texte traduit du laotien
Chers frères et soeurs,
Qui dit que les Pères
sont des étrangers ? Qui dit que les Pères ne sont pas bons ? Qui dit que nous
sommes des traîtres parce que nous confessons la religion des Pères ?
Le Père Boissel est
étendu mort devant nous, là maintenant. Sa vie est la réponse à nos questions
et à notre foi.
Si le Père Boissel est un
étranger, pourquoi est-il venu vivre au Laos durant 31 ans ? Pourquoi est-il
venu marquer notre pays lao, pour qu´il devienne « le village où il naît et la
ville où il se couche », de son sang rouge vif ? Pourquoi accepte-t-il que
notre terre lao recouvre son visage ?
Si le Père Boissel n´est
pas bon, pourquoi le ciel ne le foudroie-t-il pas, pourquoi la peste ne le
mange-t-elle pas ? Pourquoi s´était-il remué avec impatience et intérêt pour
rejoindre ses enfants au village de Hat I-Êt ? C´est son seul dévouement pour
ses enfants - qu´il aimait - qui poussait le Père Boissel jusqu´à eux, sans
penser à son sang, à sa chair, à sa vie.
Et nous, si nous sommes
des traîtres, pourquoi sommes-nous assis ici ? Pourquoi et pour quelles raisons
sommes-nous rassemblés ici pour pleurer le Père Boissel ?
Vous les notables, vous
les maîtres qui avez connu et fréquenté le Père Boissel, sachez et retenez ceci
: c´était un homme bon, généreux avec le peuple, avec les indigents. Même si le
Père Boissel était un homme direct en paroles et « qui éternue fort »,
rappelez-vous sa bonté, qu´il a laissée comme un édifice construit partout où
il passait.
Nous les chrétiens, qui
avons mangé à la même table, goûté les mêmes plats que lui, rappelez-vous que
le Père Boissel était un prêtre de Dieu, qui avait un coeur brûlant, généreux,
pour ses enfants, pour vous les oncles et tantes qui veniez le voir pour lui
demander de l´aide. Le Père Boissel était un exemple, une source où l´on
pouvait s´abreuver de l´amour de Dieu pour l´homme.
Chers frères et soeurs,
tout à l´heure nous allons emmener le corps du Père Boissel pour l´inhumer dans
une parcelle de terre de notre pays lao. Que pouvons-nous faire pour le
remercier de sa bonté, qu´il avait construite pour nous et qu´il a laissée avec
nous ? Rien que revoir son visage pour la dernière fois, nous ne le pourrons
pas, car il a été complètement brûlé.
Le Père Boissel qui est
venu vivre dans notre pays lao durant 31 ans, qu´a-t-il récolté ? Pour lui
montrer notre reconnaissance, nous n´avons que nos prières. Nous n´avons qu´une
poignée de terre que nous jetterons pour couvrir son corps quand nous l´aurons
couché dans la tombe. Nous ne demanderons rien pour lui, rien que le Paradis.
Puisse-t-il partager le bonheur dans la joie de la gloire de Dieu dans le
Paradis. « La terre couvrant le visage pendant cinq cents ans ne peut faire
oublier l´amour », car Dieu nous a donné le Père Boissel pour nous soutenir,
nous aimer.
« La terre couvrant le
visage pendant cinq cents ans ne peut faire oublier l´amour », car le Père
Boissel était un exemple, une source jaillissante de l´amour du Christ pour
nous.
« La terre couvrant le
visage pendant cinq cents ans ne peut faire oublier l´amour », car le Père
Boissel est un martyr, mort pour sa foi à notre profit.
Ni le jour ni le temps ne
pourront effacer la mémoire du Père Boissel de notre esprit ni de notre coeur.
Ni la pluie qui tombe, ni les eaux qui grondent ne pourront effacer le sang
rouge vif du Père Boissel, qui a marqué cette terre lao, car nous sommes
persuadés que le sacrifice de la vie, et du sang, et de la chair du Père
Boissel amènera à notre peuple lao la tranquillité bienfaisante et la paix
bienheureuse.
© Missionnaires oblats de
Marie Immaculée - Province de France - 2013
SOURCE : http://www.oblatfrance.com/index.php?id_page=586
ÉGLISES D'ASIE - LAOS
POUR APPROFONDIR – Brève
présentation des 17 martyrs du Laos
Publié le 10/06/2015
Le 10 novembre 1994, dans
le cadre de la préparation du Jubilé de l’an 2000, le pape Jean-Paul II publie
Tertio Millennio Adveniente, lettre apostolique par laquelle il appelle à
préserver la mémoire des martyrs du XXe siècle. Les évêques du Laos demandent
alors aux Missions Etrangères de Paris (MEP) et aux Oblats de Marie Immaculée
(OMI) de les aider à rechercher les documents nécessaires.
Plus de vingt ans plus
tard, leur démarche a abouti. Ce 5 juin, le
pape a signé le décret que lui présentait le cardinal Angelo Amato,
préfet de la Congrégation pour les causes des saints. Le pape François a signé
la promulgation des décrets relatifs au martyre de 17 prêtres et laïcs tués au
Laos entre 1954 et 1970. Afin de mieux connaître ces martyrs, Eglises
d’Asie publie les documents ci-dessous, rédigés dans le style
hagiographique propre à ce type de littérature.
Au printemps 1953, la
guérilla occupe la province laotienne de Sam Neua ; les missionnaires ont été
évacués. Le jeune prêtre Joseph Thao Tiên, ordonné en 1949 a décidé pour sa
part : « Je reste pour mon peuple. Je suis prêt à donner ma vie pour mes
frères laotiens. » Quand on l’emmène vers le camp de Talang, les gens se
mettent à genoux sur son passage en pleurant. Il dit : « Ne soyez pas
tristes. Je vais revenir. Je m’en vais étudier… Continuez à faire progresser
votre village… » Un an plus tard, le 2 juin 1954, il est condamné à mort
et fusillé : il avait refusé, une fois de plus, d’abandonner son sacerdoce et
de se marier.
Entre temps, à l’autre
bout du pays, le P. Jean-Baptiste Malo, ancien missionnaire en Chine, avait été
arrêté avec quatre compagnons. Il mourra bientôt d’épuisement et de mauvais
traite-ments sur le chemin des camps, en 1954 dans une vallée perdue du
Viêtnam. En 1959, son confrère des Missions Etrangères René Dubroux, ancien
prisonnier de guerre en 1940, est trahi par un proche collaborateur et éliminé
par la guérilla, qui le balaie comme un obstacle dérisoire à leur volonté.
Cette année-là le Saint-Siège avait donné la consigne : « Le clergé, ainsi
que le personnel auxiliaire religieux (excepté naturellement les vieillards et
malades) doit rester à son poste de responsabilité, à moins qu’il ne vienne à
être expulsé. »
Les missionnaires
adoptent avec joie cette consigne, qui signe l’arrêt de mort pour plusieurs
d’entre eux. En 1960, le jeune catéchiste hmong Thoj Xyooj et le P. Mario Borzaga
ne rentrent pas d’une tournée apostolique. En avril-mai 1961, dans la province
de Xieng Khouang, les PP. Louis Leroy, Michel Coquelet et Vincent L’Hénoret
sont cueillis à leur poste et abattus sans procès. De même dans le sud du pays,
le P. Noël Tenaud et son fidèle catéchiste Outhay sont pris et exécutés ; le P.
Marcel Denis sera retenu prisonnier quelque temps mais partagera le même sort.
Un de leur confrères écrit : « Ils ont été, tous, d’admirables
missionnaires, prêts à tous les sacrifices, vivant très pauvrement, avec un
dévouement sans limite. En cette période troublée, nous avions tous, chacun
plus ou moins, le désir du martyre, de donner toute notre vie pour le Christ.
Nous n’avions pas peur d’exposer nos vies ; nous avions tous le souci d’aller
vers les plus pauvres, de visiter les villages, de soigner les malades, et
surtout d’annoncer l’Évangile… »
En 1967, Jean Wauthier,
infatigable apôtre des réfugiés, épris de justice, champion des droits des
pauvres, est éliminé par une autre faction ; il laisse une population éperdue
de douleur : « Nous avons perdu un père ! » Jean avait regardé plus
d’une fois la mort en face. Il était prêt ; il a donné sa vie par amour pour
les siens.
En 1968, Lucien Galan,
lui aussi ancien missionnaire de Chine, visite les catéchumènes isolés du
plateau des Boloven. Son jeune élève Khampheuane, 16 ans, a tenu à
l’accompagner en raison du danger. Au retour de leur mission, on leur a tendu
un guet-apens ; tous deux meurent sous les balles ; leur sang se mêle pour féconder
la terre du Laos. L’année suivante c’est le tour du P. Joseph Boissel, le doyen
des martyrs du Laos (60 ans), d’être pris en embuscade en route vers une petite
communauté chrétienne, et exécuté comme eux.
Début 1970, le jeune
catéchiste Luc Sy est envoyé en mission par son évêque dans la région de Vang
Vieng. Avec un compagnon, Maisam Pho Inpèng, ils sont en tournée dans un
village où plusieurs familles sont devenues catéchumènes. Ils catéchisent et
soignent les malades, s’attardent… On les attendait à la sortie du village. Eux
aussi meurent, en plein élan missionnaire, pour le Christ et pour le peuple de
Dieu. Tous deux étaient chefs de famille.
Laotiens et étrangers,
laïcs ou prêtres, ces dix-sept hommes ont donné pour l’Evangile le témoi-gnage suprême.
La jeune Eglise du Laos reconnaît en eux leurs Pères fondateurs. « Si le
grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il demeure seul ; mais s’il meurt, il
porte beaucoup de fruit. »
Profil biographique des
17 martyrs du Laos
Joseph Thao Tiên, protomartyr
(1918-1954)
Joseph Thao Tiến est né
le 5 décembre 1918 dans la province des Houa Phanh au Laos. Son grand-père et
son père avaient déjà été des chrétiens remarquables. À onze ans, il entre à
l’école des catéchistes montagnards à Hữu Lễ, dans la province de Thanh Hóa au
Vietnam ; à cette époque, sa province d’origine appartenait en effet au
vicariat apostolique de Phát Diệm, et à partir de 1932 à celui de Thanh Hóa.
Bon élève, il est admis en 1937 à la section petit séminaire, où il étudie le
latin et le français. Il sera le seul des jeunes montagnards à passer avec
succès au grand séminaire. Vacances et stages confirment sa vocation : très
proche des gens les plus sim-ples, caté¬chiste zélé et régulier, doué de ses
mains, il est apprécié des missionnaires et aimé de tous.
De 1942 à 1946 il est
élève des Pères sulpiciens au Grand Séminaire de Hanoi. Assidu à la prière et
aux études, il se tient à l’écart de l’agitation politique. À Noël 1946, c’est
la fermeture du séminaire et la dispersion. Il rentre au Laos à pied, mais la
guerre arrive là aussi. C’est à Saigon qu’il achèvera ses études. De nombreux
condisciples se souviennent avec émotion de lui, et témoignent de son
attachement indéfectible à la mission dans son pays, le Laos.
Le 6 juin 1949 il est
ordonné prêtre à la cathédrale de Hanoi. Le 1er octobre 1949, il peut
enfin rejoindre sa chère mission, à Sam Neua au Laos. Mais dès novembre, il se
retrouve au-delà de la ligne de front, en zone de guérilla. Avec l’accord avec
ses supérieurs, il y restera. La paix revenue provisoirement, il réorganise et
dirige les écoles du Muang Sôi. Mais au fond de son cœur il est pasteur. Les
gens venaient en masse pour l’écouter. Vivant la pauvreté et la précarité,
homme de vision et d’espérance, il est l’ami des pauvres et aimé de tous.
A Noël 1952, la guérilla
communiste reprend. Tout le personnel de la mission est évacué, mais Thạo Tiến
reste à son poste, « prêt à donner ma vie pour mes frères laotiens ».
Après Pâques, c’est l’arrestation, le jugement populaire, la prison et le camp
de rééducation. Isolé, résistant aux manœuvres destinées à le faire apostasier
ou abandonner sa promesse de célibat sacerdotal, seul avec le Christ souffrant
et glorieux, il est un signe d’espérance pour tous. Le 2 juin 1954, il quitte
le camp de Ban Ta Lang, escorté de quatre gardiens. Il est ligoté et abattu de
cinq balles.
Aujourd’hui, chez tous
les chrétiens laotiens, tant au pays que dans la diaspora, le nom du P. Tiến
est prononcé avec respect et invoqué avec confiance : il est le premier fruit
de leur jeune Église, les prémices qu’elle a offert à Dieu.
Le P. Jean-Baptiste Malo,
MEP (1899-1954)
Jean-Baptiste Malo est né
le 2 juin 1899 à La Grigonnais, dans le diocèse de Nantes en France. Il grandit
à Vay (44), dans une famille de petits paysans. Vocation tardive, il entre au
Séminaire des Missions Étrangères à 29 ans. Ordonné prêtre le 1er juillet 1934,
il est envoyé en mission à Lanlong (Anlong, Guizhou), en Chine.
Dans cette région
montagneuse aux confins des provinces de Guizhou, Guangxi et Yunnan, il règne
alors une grande insécurité. En dépit de grandes difficultés, toujours sur le
qui-vive, le P. Malo visite ses chrétientés, dont certaines n’ont pas vu de
prêtre depuis 20 ans ; il fonde quatre nouvelles écoles. Au printemps 1951
c’est l’arrivée des troupes communistes : il est arrêté, détenu puis, après un
jugement sommaire, expulsé de Chine affaibli et malade.
Le 27 novembre 1952, il
rejoint son nouveau champ d’apostolat : la mission de Thakhek, au Laos. A Noël
1953, les troupes vietminh progressent dans la région et l’armée française
contraint les missionnaires à s’évacuer vers Paksé, dans le sud du pays. Au
retour, le 15 février 1954, ils tombent dans une embuscade des Viêt Minh. Avec
son préfet apostolique, des confrères et une religieuse, le P. Malo fait face à
des interrogatoires.
Le groupe est emmené à
pied vers un camp de rééducation près de Vinh (Vietnam), à des cen-taines de
kilomètres. Le P. Malo n’arrivera pas au bout de cette marche forcée. Il est
malade et ne peut digérer le vieux riz qui sert d’unique nourriture quotidienne
aux prisonniers. Ses gardiens lui refusent tout repos et tout soin : il meurt
de faim et d’épuisement le 28 mars 1954 en offrant sa vie à Dieu. Il est mis en
terre la nuit suivante sur le bord du fleuve Ngàn Sau, dans la province de Hà
Tĩnh au Vietnam. Les chrétiens de cette région isolée, qui ont surpris l’enterrement,
ont pieusement gardé sa tombe et son souvenir jusqu’à aujourd’hui.
Le P. Mario Borzaga, OMI
(1932-1960)
Mario Borzaga est né à
Trente le 27 août 1932. A 11 ans, il entre au Petit Séminaire diocésain, puis
poursuit ses études au Grand Séminaire jusqu’à la 1e année de théologie. A 20
ans, il entre dans la Congrégation des Missionnaires Oblats de Marie Immaculée.
Le 21 novembre 1953, il fait ses premiers vœux à Ripalimosani (Campobasso), et
reprend ses études de théologie au sco-lasticat oblat de San Giorgio Canavese
(Turin). Durant quatre ans il se prépare, dans l’étude et la prière, pour la
mission ad gentes, dont il rêve depuis longtemps. Le 21 novembre 1956, il fait
son oblation perpétuelle. Quelques semaines plus tard il écrit : « Je
m’approche de la prêtrise comme une mère qui attend de mettre au monde… Je veux
former en moi une foi et un amour profonds, solides comme le granit ; sans cela
je ne pourrais pas être martyr… »
Le 24 février 1957, Mario
est ordonné prêtre ; sa messe de prémices est célébrée le dimanche 28 avril à
la cathédrale de Trente, sa paroisse. Le 2 juillet, il reçoit son obédience
pour le Laos. Le 31 octobre, il s’embarque à Naples avec le premier groupe de
Missionnaires Oblats italiens destinés au Laos. A 25 ans, il est le plus jeune
de l’expédition.
Après un mois de voyage,
le voici à Paksane, où il débute son année d’apprentissage : étude de la
langue, des coutumes laotiennes, etc. En stage à Keng Sadok, il s’efforce
d’entrer le plus vite possible en contact avec des personnes à qui il peut
annoncer la Bonne Nouvelle. Son Journal d’un homme heureux (publié en
1985-86 puis en 2005) et son abondante correspondance décri-vent le voyage
intérieur à la découverte d’une mission difficile, rendue encore plus ardue à
cause de la guérilla.
En décembre 1958 le P.
Mario Borzaga est envoyé dans le village de Kiucatiam (Louang Pra-bang). Au
service de la communauté chrétienne hmong, il s’efforce de former des
catéchistes, de visiter les familles, et de soigner les malades qui affluent
chaque jour à sa porte. Le dimanche 24 avril 1960 après la messe, des Hmong de
Pha Xoua viennent à lui. Ils renouvellent la demande de visiter leur village,
qui est à trois jours de marche par-delà la forêt et les pentes escarpées de la
montagne.
Mario se prépare alors en
hâte pour une tournée missionnaire de quinze jours, avant le début de la saison
des pluies. Le 25 avril il se met en marche, accompagné de son jeune catéchiste
Paul Thoj Xyooj. Ce sera un voyage sans retour. Les recherches entreprises
après la disparition des deux voyageurs ne donneront aucun résultat.
Les témoignages
recueillis depuis le début, mais surtout au cours des dernières années,
confir-ment toutefois ce qui était depuis le début la certitude des Hmong : les
deux apôtres ont été pris et éliminés par des éléments de la guérilla. À 27
ans, le P. Mario Borzaga avait rendez-vous avec son Créateur. N’avait-il pas
écrit dans son journal : « Moi aussi, j’ai été choisi pour le martyre » ?
Le catéchiste Paul Thoj
Xyooj (1941-1960)
Paul Thoj Xyooj est un
jeune catéchiste laotien d’ethnie hmong. Né en 1941 à Kiukatiam (Louang
Prabang), il sera baptisé à 16 ans, le 8 décembre 1957, par le P. Yves
Bertrais, OMI. A Noël 1957, il est à l’école des catéchistes au Séminaire de
Paksane, où il reçoit le nom lao de Khamsè ; mais au bout d’un an, il est de
retour à Kiukatiam. En avril 1959, faute d’un catéchiste mieux formé, on
l’envoie à Na Vang (Louang Namtha) avec le P. Luigi Sion.
Les témoignages décrivent
Paul Xyooj comme un catéchiste zélé et utile. Son enseignement et son exemple
de vie chrétienne sont à l’origine de nombreuses conversions. En décembre 1959,
il est envoyé à la nouvelle école de catéchistes de Louang Prabang pour y
poursuivre sa formation ; mais il est en crise et retourne bientôt dans son
village natal. Les mois suivants, il est proche du P. Mario Borzaga, qui parle
souvent de lui dans son Journal.
Lundi 25 avril 1960, le
P. Mario Borzaga prend Paul Xyooj comme compagnon pour un voyage missionnaire ;
ils n’en reviendront jamais. En fait, Xyooj doit faire face au sacrifice de sa
vie en cherchant à sauver son missionnaire. Un témoin a rapporté ses dernières
paroles : « Je ne pars pas, je reste avec lui ; si vous le tuez, tuez-moi
aussi. Là où il sera mort, je serai mort, et là où il vivra, je vivrai. »
Les corps, jetés dans une
fosse commune dans la forêt, n’ont jamais été retrouvés ; mais les témoignages
permettent de situer la mort glorieuse de Paul Thoj Xyooj et du P. Mario
Borzaga dans la région de Muong Met, sur la piste de Muong Kassy.
Le P. René Dubroux, MEP
(1914-1959)
René Dubroux est né le 28
novembre 1914 à Haroué, dans le diocèse de Nancy en France. Le 8 janvier 1939
il est ordonné prêtre pour le diocèse de Saint-Dié, et nommé vicaire à la
paroisse Saint-Pierre-Fourier de Chantraine. En 1940, lors de l’attaque
allemande, il est infirmier militaire au front et s’illustre par sa bravoure.
Le 30 octobre 1943, René
Dubroux est admis dans la Société des Missions Étrangères de Paris, et bientôt
destiné à la Mission de Thakhek au Laos. Il ne pourra rejoindre sa mission
qu’après deux années comme aumônier militaire en Indochine (1946-1948).
Au poste missionnaire de
Namdik (1948-1957), il développe la vie chrétienne de ses fidèles par ses
instructions et par la fréquentation assidue de l’eucharistie et de la
pénitence. Sur le plan matériel, il s’efforce d’améliorer leur sort et leur
apprend à exploiter la forêt et à exporter le bois. En 1957, il est chargé du
district de Nongkhène près de Paksé. C’est un endroit dangereux, au contact
immédiat avec la guérilla communiste naissante. Des menaces pèsent sur lui : la
rébellion veut montrer que le missionnaire n’est qu’un fétu sur leur chemin, un
obstacle dérisoire à leur volonté. Quant à lui, il a décidé de rester et de
poursuivre sa mission.
Tard dans la soirée du 19
décembre 1959, le P. Dubroux est en conversation avec ses catéchistes dans la
sacristie de la petite chapelle de Palay, qui lui sert de logement. Il est
abattu presque à bout portant par ses ennemis. Il avait une haute idée de ses
devoirs de pasteur ; il est mort par amour de ses fidèles, par fidélité à sa
mission. Son souvenir est resté très vivant chez tous ses anciens paroissiens.
Le P. Louis Leroy, OMI
(1923-1961)
Louis Leroy est né le 8
octobre 1923 à Ducey, dans le diocèse de Coutances en France. Orphelin de père,
il travaille une dizaine d’années dans la ferme familiale. A 22 ans, il
s’oriente vers la vie missionnaire chez les Missionnaires Oblats de Marie
Immaculée. Après un temps de rattrapage scolaire à Pontmain, il suit avec
courage les six années de philosophie et de théologie à Solignac. A l’un ou
l’autre de ses compagnons il confie son espoir de mourir martyr.
Ordonné prêtre le 4 juillet
1954, il est envoyé à la Mission du Laos. Affecté dans des postes de montagne,
il étudie patiemment les langues – lao, thaï-deng, kmhmu’ –, desservi par une
surdité précoce. Ses résultats médiocres sont compensés par son infatigable
dévouement au service des malades, par son amour des plus pauvres, par sa
patience envers les pécheurs. Inlassablement, il visite les villages qui lui
sont confiés, à des heures de marche autour de sa résidence de Ban Pha. A ses
correspondantes carmélites, il confie ses joies et ses peines ; il souffre de
la tiédeur et du manque de constance de certains chrétiens.
Devant l’arrivée des
troupes communistes, obéissant aux consignes de Rome et de son évêque, il
refuse avec opiniâtreté de quitter son poste. Le 18 avril 1961, un détachement
vient le chercher. Demandant d’enfiler sa soutane, de prendre sa croix et son
bréviaire, il suit les soldats. Dans la forêt voisine, il est sommairement
abattu. Son rêve de jeunesse, témoigner du Christ jusqu’au martyre, était
exaucé.
Le P. Michel Coquelet,
OMI (1931-1961)
Michel Coquelet est né le
18 août 1931 à Wignehies, dans l’archidiocèse de Cambrai en France. Il grandira
dans le diocèse d’Orléans, puis retourne dans son diocèse d’origine pour
achever ses études au Petit Séminaire de Solesmes. En 1948, il est admis au
noviciat des Missionnaires Oblats de Marie Immaculée à La Brosse-Montceaux,
puis au scolasticat de Solignac. De son service militaire aux confins du
Sahara, il rapporte une véritable passion pour le soin des malades.
Ordonné prêtre le 19
février 1956, il est envoyé l’année suivante à la Mission du Laos. Ses quatre
années d’apostolat furent une dure épreuve : dans la montagne, il fut affecté à
des villages de néophytes dont la formation chrétienne laissait fort à désirer.
Le journal de la mission montre sa souffrance de missionnaire, mais aussi son
grand esprit de foi, teinté d’un humour qui était un des traits attachants de
son caractère. Il se fit tout à tous, avec le souci d’aller vers les plus
pauvres, de visiter les villages, de soigner les malades, et surtout d’annoncer
l’Évangile…
Le 20 avril 1961, il est
en tournée au service des malades. Les soldats de la rébellion lui tendent un
guet-apens à Ban Sop Xieng. Il est tué au bord de la route. Son corps sera jeté
dans le torrent, qui irrigue cette terre laotienne où il avait semé avec
patience et amour la Parole de Dieu. Ses Kmhmu’ ne l’ont jamais oublié.
Le P. Vincent L’Hénoret,
OMI (1921-1961)
Vincent L’Hénoret est né
le 12 mars 1921 à Pont l’Abbé, dans le diocèse de Quimper en Bretagne (France).
Il fait ses études secondaires, puis son noviciat, chez les Missionnaires
Oblats de Marie Immaculée à Pontmain. Pour les études de philosophie et de
théologie, il est à La Brosse-Montceaux, où il vit le drame du 24 juillet 1944
: l’exécution sommaire par les nazis de cinq Oblats. Ordonné prêtre le 7
juillet 1946, il se fait photographier devant le monument aux Oblats fusillés,
où est gravée dans la pierre la phrase de Jésus : « Il n’est pas de plus
grand amour que de donner sa vie pour ses amis. » Conformément à son
souhait, il est envoyé à la Mission oblate du Laos, ruinée par la guerre.
Dans le secteur de
Paksane, il est un pasteur attentif, qui sait se faire aimer de ses chrétiens
de troisième génération. En 1957, il est envoyé semer l’Evangile dans les
montagnes de Xieng Khouang. A Ban Ban, son apostolat est surtout auprès des
réfugiés thaï-deng, qui avaient fui la persécution des Houa Phanh – apostolat
ingrat, où il doit lutter contre le découragement. Le jour de l’Ascension au
petit matin, 11 mai 1961, il circule à bicyclette pour assurer l’Eucharistie.
Un poste de la guérilla communiste contrôle son laissez-passer, qui est en
règle, puis l’abat d’une rafale dans le dos. Dans leur idéologie, la présence
d’un missionnaire n’était pas tolérable.
Le P. Noël Tenaud, MEP
(1904-1961)
Noël Tenaud est né le 11
novembre 1904 à Rocheservière, dans le diocèse de Luçon en Vendée (France). De
1924 à 1928, il est au Grand Séminaire diocésain, puis rejoint celui des
Missions Etrangères de Paris. Ordonné prêtre le 29 juin 1931, il est envoyé à
la « Mission du Laos », dont la partie principale est alors au Siam. Ses années
comme curé à Kham Koem (Thaïlande) ont laissé un souvenir vivant.
La guerre franco-siamoise
(1939-1940) l’amène au Laos proprement dit. A partir de 1944, il est curé de
Pong Kiou (Khammouane) et rayonne dans toute la région. Son action, notamment
au cours de divers épisodes belliqueux contre la tyrannie japonaise et la
mainmise des troupes communistes, marque profondément les chrétientés de la
minorité Sô. Il accepte aussi, dans les situations difficiles, des
responsabilités de plus en plus lourdes dans l’organisation de la mission.
En 1959, le P. Tenaud
accepte de quitter sa belle région pour l’arrière-pays de Savannakhet, où le
travail de première évangélisation n’a pas encore commencé. Basé à Xépone, près
de la fron-tière du Vietnam, avec son fidèle catéchiste Joseph Outhay, il
prospecte les villages tout au long de la route qui monte de Savannakhet.
En avril 1961, les deux
apôtres partent en tournée apostolique. On les avertit qu’une attaque
nord-vietnamienne se prépare ; mais rien ne doit arrêter la Parole de Dieu. Le
chemin du retour est coupé : ils sont pris au piège, arrêtés, interrogés et
exécutés le 27 avril 1961 pour leur action missionnaire. Chez tous ceux qui
l’ont connu, le souvenir du P. Noël Tenaud, de son œuvre missionnaire et du don
suprême de sa vie, est resté très vivant.
Le catéchiste Joseph
Outhay (1933-1961)
Joseph Outhay naquit vers
Noël 1933, dixième enfant d’une famille catholique très pieuse de Kham Koem,
dans le Lao Issan, aujourd’hui diocèse de Tharè-Nonseng en Thaïlande.
Lors-qu’éclate au Siam la persécution de 1940, le jeune Outhay a sept ans. Sa
paroisse puis l’ensemble de la province restent sans prêtre résident ; son père
est catéchiste et prend le relais. À douze ans, la persécution finie, Outhay
est envoyé pour 6 ans au petit séminaire de Ratchaburi. Il revient alors au
village : sa mère et ses frères aînés sont tous morts ; il doit s’occuper de
son père et de ses deux sœurs encore petites… Il se marie donc – il a 19 ans –,
mais un an plus tard son épouse meurt en couches, suivie peu après de leur
enfant.
Outhay vit là un signe :
il partit pour Tharè, se mettant à la disposition de son évêque comme
catéchiste diocésain. À l’invitation de son ancien curé, le P. Noël Tenaud,
MEP, il suivra bientôt ce dernier vers la Mission de Thakhek au Laos. Homme
expérimenté, mûri précocement par la vie, il fut à Pongkiu un catéchiste apprécié
de tous, chargé de la formation de jeunes catéchistes débutants. Homme de
confiance du P. Tenaud, il le suivra en 1960 vers les régions de la pro-vince
de Savannakhet à défricher pour l’Evangile. Il partagera aussi son destin
final, rendant comme lui l’ultime témoignage de foi le 27 avril 1961. De son
vivant, Outhay était déjà considéré comme un catéchiste héroïque. Après sa
mort, sa renommée n’a fait que monter, jusqu’à aujourd’hui. Son exemple est une
inspiration pour tous.
Le P. Marcel Denis, MEP (1919-1962)
Marcel Denis est né le 7
août 1919 à Alençon, la ville de sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus, dans le
diocèse de Séez en France. Il fréquente d’abord le petit et le grand séminaire
de son diocèse ; en 1942, il est admis aux Missions Etrangères de Paris. Ordonné
prêtre le 22 avril 1945, il part en 1946 pour la Mission du Laos.
Chargé d’abord des
chrétientés de Dong Makba et alentours, dans la plaine, il y travaille avec
difficulté à l’éducation des villageois. À partir de 1954, il est envoyé vers
les zones intérieures du Khammouane. Il s’établit à Maha Prom et s’entoure de
collaborateurs de valeur. Il met sa science, son cœur et sa foi, dans la
patience et la persévérance, au service de la promotion humaine et spirituelle
du peuple auquel il est envoyé. Peu à peu, il se tourne vers les villages de la
montagne, qui ignorent tout de l’Evangile, et consacre beaucoup de temps et
d’amour aux lépreux. Pèlerin infatigable, il parcourt une vaste région et ouvre
le dialogue avec les populations rencontrées. Çà et là la bonne graine germe,
ouvrant de grands espoirs de conversions.
En avril 1961, la
guérilla communiste occupe en quelques semaines tout le territoire qui lui est
dévolu. Il se dépense sans compter pour mettre collaborateurs et enfants à
l’abri, mais décide de rester au milieu d’eux. Il est arrêté et emmené en
détention vers un lointain village à la frontière du Vietnam. Au bout de trois
mois, le 31 juillet 1961, il est emmené dans la forêt et exécuté. Sa mémoire
est vénérée et son exemple continue d’inspirer de nombreux chrétiens laotiens.
Le P. Jean Wauthier, OMI
(1926-1967)
Né le 22 mars 1926 à
Fourmies, dans l’archidiocèse de Cambrai en France, Jean Wauthier grandit
durant la Seconde Guerre mondiale comme réfugié dans le diocèse d’Agen. Il y
est élève au Petit Séminaire de Bon-Encontre, et son souvenir y reste très
vivant. En 1944, il rejoint à travers un pays en désordre le noviciat des
Missionnaires Oblats de Marie Immaculée à Pontmain. Au scolasticat de Solignac,
alors en construction, les travaux manuels les plus pénibles ne le rebutent
pas. Homme au physique robuste et au caractère trempé, il fait son service
militaire en Afrique du Nord comme élève-officier parachutiste : un
missionnaire bien préparé ! Ordonné prêtre le 17 février 1952, il rejoint en
octobre la mission du Laos.
Jean Wauthier est mis
sans tarder au service de la mission chez les plus pauvres, les Kmhmu’. Durant
les années de guerre et de guérilla, il accompagne les gens de ses villages à
travers leurs déplacements à la recherche d’un havre de paix. Pionnier
lui-même, il se met à leur service à travers ses connaissances médicales,
techniques, linguistiques et catéchétiques.
En 1961, il est sauvé in
extremis en face d’un peloton d’exécution. Par prudence, ses supérieurs le
rappellent comme éducateur au petit séminaire de Paksane, tâche dont il
s’acquitte avec com-pétence et dévouement ; mais il n’aspire qu’à retrouver ses
réfugiés dans la montagne, parmi lesquels la misère s’est installée : récoltes
incertaines, attaques, mines le long des pistes, pénurie de médicaments, abus
de toute sorte. C’est chose faite en octobre 1964.
Outre le soin des
néophytes et des catéchumènes et le défrichage missionnaire, le P. Wauthier se
consacre à répartir équitablement l’aide humanitaire. C’est là que se noue le
drame, car même dans la pire misère il y a encore exploitants et exploités : il
défend les pauvres Kmhmu’, sans pour autant les favoriser car il sait se mettre
au service de tous. Il est désormais conscient que sa vie est menacée. Le 16 décembre
1967 dans la nuit, sous le couvert d’une attaque simulée de la guérilla, il est
exécuté de trois coups de feu en pleine poitrine. Le lendemain, un des
catéchistes écrit à ses parents : « Le P. Jean est mort parce qu’il nous
aimait et n’a pas voulu nous abandonner. » Son amour des pauvres continue
de rayonner au Laos.
Le P. Lucien Galan, MEP
(1921-1968)
Lucien Galan est né le 9
décembre 1921 à Golinhac, dans le diocèse de Rodez en France. Il entre d’abord
au Grand Séminaire de Rodez, mais est admis en 1946 aux Missions Etrangères de
Paris. Ordonné prêtre le 29 juin 1948, il part en décembre pour la Mission de
Xichang, au Sichuan (Chine).
Fin mars 1950, la région
est « libérée » par les communistes. En novembre, au retour d’une tournée chez
ses chrétiens, il est appréhendé et emprisonné, puis mis en résidence
surveillée sous un régime de terreur. Il est finalement expulsé de Chine,
arrivant à Hong Kong au terme d’un long périple en janvier 1952.
Après quelques semaines
de repos, il est réaffecté à la Mission de Paksé au Laos. Vers 1953-1954, il
prend contact avec les populations « kha », les minorités montagnardes
méprisées du plateau des Bolovens. En 1956, il s’installe au milieu d’eux dans
une petite maison-chapelle, d’où il rayonne sur les villages. Il les visite
malgré la présence d’éléments rebelles qui se cachent dans ces montagnes. Il a
soin aussi des Chinois de Paksé.
En février 1960, il prend
la relève du Serviteur de Dieu René Dubroux, assassiné, dans la zone limitrophe
entre forces laotiennes rivales. L’insécurité ne permet de visiter que très
rarement les villages les plus lointains. Le 11 mai 1968, il part en
remplacement d’un confrère pour Nong Mot et de Nong I-Ou, qui sont entrés en
catéchuménat, avec deux jeunes élèves catéchistes. Il y assure la catéchèse et
la messe. Dimanche 12, il reprend la route pour une célébration au Km-15 de
Paksé. Mais l’ennemi a dressé une embuscade : la voiture est prise sous le feu
d’armes lourdes. Le jeune Khampheuane est tué sur le coup, son ami blessé. Le
P. Galan est achevé au poignard. Il meurt, victime de son devoir et de sa
charité. Le souvenir de son esprit de service et d’abnégation reste très vivant
jusqu’à aujourd’hui.
L’élève catéchiste Thomas
Khampheuane Inthirath (1952-1968)
Thomas Khampheuane
Inthirath est né en mai 1952 dans le village de Nong Sim (ethnie lavên) sur le
plateau des Boloven, vicariat apostolique de Paksé. Son père avait succédé au
grand-père maternel comme catéchiste du village, et avait connu la prison pour
ce motif. Khampheuane était le fils chéri, longuement désiré et attendu ; mais
cela n’a pas gâté sa nature pacifique et généreuse. Il était serviable et d’une
grande simplicité. C’était aussi un cœur pur, et certains ont vu là un signe de
sa vocation à la sainteté, au martyre.
A quinze ans, il est
choisi par le P. Lucien Galan pour entrer à l’école des catéchistes à Paksong,
qui assurait aux élèves une bonne formation générale, doctrinale et liturgique.
Thomas était fier de ce choix. Le 11 mai 1968, le P. Galan passe là, en route
pour les villages catéchumènes les plus lointains. Deux élèves, Khampheuane et
son ami Khamdi, se portent volontaires pour l’accompagner. Ils étaient très
conscients du danger, mais Khampheuane avait la volonté de servir l’Eglise. Au
retour, la voiture fut prise en embuscade : il mourut à côté du P. Galan.
Malgré la détresse de la famille, le papa confia à un missionnaire être fier
que son fils ait accepté de donner sa vie pour sa foi. Sur le plateau, Thomas
n’est pas oublié.
Le P. Joseph Boissel, OMI
(1909-1969)
Joseph Boissel naît le 20
décembre 1909 dans une famille de petits fermiers bretons, au Loroux dans
l’archidiocèse de Rennes (France). C’était un solide paysan, dur à la besogne.
À 14 ans, orphelin de père, il entre au juniorat des Oblats de Marie Immaculée
à Jersey, et poursuit avec eux sa vocation missionnaire. Ordonné prêtre le 4
juillet 1937, il reçoit l’année suivante sa feuille de route pour la jeune
Mission du Laos.
Le P. Boissel appartient
à la génération des pionniers oblats de cette mission, qui ont connu toutes les
secousses des guerres successives. Il débute auprès des Hmong de la province de
Xieng Khouang où l’évangélisation n’avait pas encore commencé. En mars 1945, il
est prisonnier des Japonais à Vinh au Vietnam. Au retour, il retrouve la
mission entièrement ruinée et se remet courageusement à l’œuvre, malgré une
santé désormais ébranlée par les privations. En 1949 il est à Paksane dans la
vallée du Mékong : il aide à construire et à gérer le petit séminaire,
n’hésitant pas à cultiver lui-même la rizière. En 1952, il obtient de repartir
dans les montagnes de Xieng Khouang. Il y poursuit l’évangélisation des Thaï
Dam de Ban Na et entreprend celle des Khmhmu’ des villages environnants.
En novembre 1957, il est
de retour pour de bon dans le district missionnaire de Paksane, curé de Nong
Veng puis de Lak Si. Mais il aura de plus en plus la charge des villages des
réfugiés, qui ont fui la guerre et le communisme de Xieng Khouang. Dans ces
années-là, prendre la route est toujours risqué ; à partir de mars 1969, la
pression de la guérilla s’accentue.
Le samedi 5 juillet 1969,
le P. Boissel s’en va assurer le service à Hat I-Êt, à une vingtaine de
kilomètres de Paksane, en compagnie de deux jeunes Oblates Missionnaires de
Marie Immaculée qui l’aident pour les visites, les soins aux malades et la
catéchèse. A la sortie d’un virage, le Viêt Minh le guette : deux rafales de
mitrailleuse, le ‘gêneur’ est tué net, et les Oblates grièvement blessées.
Cette mort sur la brèche, en pleine mission apostolique, a fortement
impressionné tout le peuple de Dieu. Son souvenir y reste très vivant.
Le catéchiste Luc Sy
(1938-1970)
Luc Sy est né en 1938 à
Ban Pa Hôk, un village de la minorité kmhmu’ à quatre heures de marche dans la
montagne au sud de Xieng Khouang au Laos. Le village fut baptisé le 28 octobre
1951 ; Sy reçut les noms de Luc et Marie. Elève timide mais franc et
travailleur, il étudie de 1953 à 1957 à l’école des catéchistes, au Petit
Séminaire de Paksane. En 1958, il est réclamé pour les écoles de l’État, mais
continue à travailler en étroite collaboration avec le P. Jean Wauthier, qui
sut lui faire partager son esprit apostolique.
En 1961, Luc Sy est
enrôlé dans l’armée, où il sera caporal. Dans une vie d’errance à travers un
pays en désordre, il reste bon chrétien. En 1967, blessé, il est démobilisé. Il
est accueilli comme catéchiste à Nong Sim dans la Mission de Paksé. Il se marie
avec une jeune veuve catholique, qui avait deux enfants ; le couple mettra au monde
une fille. Mais la mort de Jean Wauthier réveilla chez Luc Sy le désir de
servir les Kmhmu’, déplacés par la guerre, humiliés et brimés. En avril 1969,
il rejoint le Centre pastoral de Hong Kha à Vientiane, où l’on formait les
catéchistes kmhmu’ pour assurer le service pastoral et social, là où les
prêtres n’avaient plus accès. Élève doué, mûri par la vie, assidu à la prière,
ouvert aux plus délaissés, Luc Sy fut prêt dès Noël 1969 pour un envoi en
mission. Il devint associé de l’Institut séculier Voluntas Dei.
Le 26 janvier 1970, il
est envoyé par l’évêque en mission dans la région de Vang Vieng, vaste secteur
peuplé de villages de réfugiés. En peu de temps, il y accomplit un travail
remarquable, tant pour le développement que pour la catéchèse. Le 4 mars,
rejoint par Louis-Marie Ling, diacre Voluntas Dei et futur évêque, il
fait la retraite mensuelle. Ils partent le lendemain avec un compagnon à Dène
Dine, pour une tournée auprès des catéchumènes. Le matin du 7 mars 1970, veille
du dimanche Lætare, les trois apôtres, dénoncés, sont pris dans une
embuscade ; seul Louis-Marie a la vie sauve. Dès le début, il y eut autour de
Luc Sy une réelle aura de sainteté et de martyre : il fut et reste un exemple
vivant pour les autres catéchistes. Les chrétiens kmhmu’ vénèrent sa mémoire.
Le responsable laïc Pho
Inpèng (1934-1970)
Maisam, appelé plus tard
‘Pho Inpèng’ du nom de son fils selon la coutume, est né en 1934 dans la
Province des Houa Phanh. Avec de nombreux autres Kmhmu’ de sa province, il est
touché vers 1959 par la prédication de l’Évangile. Enrôlé dans l’Armée royale
lors de l’attaque des troupes communistes en octobre 1960, il sera capitaine.
Mais c’est un homme de paix. Dès que possible il quitte l’armée et se marie.
Avec son épouse, il se réfugie à Houey Phong dans la région de Vang Vieng ;
c’est là que le couple sera baptisé. Homme instruit, respecté et influent, il
est bientôt choisi comme responsable laïc de la petite chrétienté, faite
surtout de catéchumènes. En l’absence du missionnaire et du catéchiste, il
dirige la prière et instruit les enfants.
Lors de la journée de
retraite de Louis-Marie Ling et Luc Sy, le 4 mars 1970, Pho Inpèng est là pour
les servir. Quand il apprend que les deux jeunes gens doivent se rendre dans un
milieu hos-tile, pour visiter les catéchumènes et soigner les malades, il
s’offre pour les accompagner et fait équipe avec eux. Au retour, c’est
l’embuscade fatale. La balle qu’il reçoit en plein front était destinée à
Louis-Marie Ling ; elle met fin à la brève carrière héroïque de ce chrétien
laïc exemplaire.
Liste des 17 témoins de
l’Eglise du Laos
(Les martyrs français
sont en italiques.)
1. Joseph Thao Tiên, né
le 5.12.1918 à Muang Sôi (Houa Phanh, Laos), prêtre diocésain taï-deng du
vicariat de Thanh Hóa (Vietnam), mort le 2.6.1954 à Ban Talang (Houa Phanh),
vicariat de Vientiane.
2. Jean-Baptiste Malo,
MEP, né le 2.6.1899 à La Grigonnais (44), missionnaire en Chine puis au Laos,
mort le 28.3.1954 à Yên Hội (Hà Tĩnh), diocèse de Vinh (Vietnam).
3. René Dubroux, MEP, né
le 28.11.1914 à Haroué (54), prêtre diocésain de Saint-Dié puis missionnaire au
Laos ; mort le 19.12.1959 à Palay, vicariat de Paksé.
4. Paul Thoj Xyooj, né en
1941 à Kiukatiam (Louang Prabang), catéchiste hmong, mort le 1.5.1960 à Muang
Kasy, vicariat de Louang Prabang.
5. Mario Borzaga, OMI, né
le 27.8.1932 à Trente (Italie), mort le 1.5.1960 à Muang Kasy, vicariat de
Louang Prabang.
6. Louis Leroy, OMI, né
le 8.10.1923 à Ducey (50), mort le 18.4.1961 à Ban Pha (Xieng Khouang),
vicariat de Vientiane.
7. Michel Coquelet, OMI,
né le 18.8.1931 à Wignehies (59) et éduqué à Puiseaux (45), mort le 20.4.1961 à
Sop Xieng (Xieng Khouang), vicariat de Vientiane.
8. Joseph Outhay
Phongphoumi, catéchiste veuf, né en 1933 à Khamkoem, diocèse de Tha-rè-Nongsèng
(Thaïlande), mort le 27.4.1961 à Phalane, vicariat de Savannakhet.
9. Noël Tenaud, MEP, né
le 11.11.1904 à Rocheservière (85), missionnaire en Thaïlande puis au Laos,
mort le 27.4.1961 à Phalane, vicariat de Savannakhet.
10. Vincent L’Hénoret,
OMI, né le 12.3.1921 à Pont l’Abbé (29), mort le 11.5.1961 à Ban Ban / Muang
Kham (Xieng Khouang), vicariat de Vientiane.
11. Marcel Denis, MEP, né
le 7.8.1919 à Alençon (60), mort le 31.7.1961 à Kham Hè (Khammouane), vicariat
de Savannakhet.
12. Jean Wauthier, OMI,
né le 22.3.1926 à Fourmies (59), mort le 16.12.1967 à Ban Na (Xieng Khouang),
vicariat de Vientiane.
13. Thomas Khampheuane
Inthirath, né en mai 1952 à Nong Sim (Champassak), élève caté-chiste lavên,
mort le 12.5.1968 à Paksong (Champassak), vicariat de Paksé.
14. Lucien Galan, MEP, né
le 9.12.1921 à Golinhac (12), missionnaire en Chine puis au Laos, mort le
12.5.1968 à Paksong (Champassak), vicariat de Paksé.
15. Joseph Boissel, OMI,
né le 20.12.1909 au Loroux (35), mort le 5.7.1969 à Hat I-Et (Bo-likhamsay),
vicariat de Vientiane.
16. Luc Sy, catéchiste
kmhmu’ père de famille, né en 1938 à Ban Pa Hôk (Xieng Khouang), mort le
7.3.1970 à Dène Din (Province de Vientiane), vicariat de Vientiane.
17. Maisam Pho Inpèng,
laïc kmhmu’ père de famille, né vers 1934 près de Sam Neua (Houaphan), mort le
7.3.1970 à Dène Din (Province de Vientiane), vicariat de Vientiane.
Importance du témoignage
des Martyrs du Laos pour l’Église et la société au moment de leur mort
Dès avant sa mort, au
moment de son emprisonnement, le P. Joseph Thao Tiên est apparu comme un
véritable témoin de la foi chrétienne dans un milieu foncièrement hostile.
Cette réputation lumineuse a commencé dans sa province d’origine, les Houa
Phanh, et dans son propre groupe ethnique, les Thaï Deng ; mais après la
confirmation de sa mort en 1955, elle s’est répandue très vite dans l’ensemble
du pays et au Vietnam.
Le P. Tiên a servi de
modèle à tous ceux qui se trouvaient confrontés aux mêmes choix que lui. Grâce
à son exemple de fidélité héroïque au Christ et à sa propre vocation
sacerdotale, de nom-breux prêtres laotiens et étrangers, et d’innombrables
chrétiens laïcs, ont su à leur tour trouver le chemin de la constance intrépide
au milieu des épreuves les plus dures, y compris en face d’une mort imminente.
L’histoire de la Mission catholique au Laos ne connaît aucun missionnaire qui
ait reculé devant le danger ; en grande majorité, les chrétiens ont préféré
perdre toutes leurs possessions matérielles plutôt que de renoncer aux valeurs
de l’Évangile.
Un vieux catéchiste, Jean
Louk Khamsouk, qui avait été compagnon de Joseph Tiên dans l’évangélisation
puis en prison, donne le témoignage suivant : « Dans la pensée de
l’ensemble de la communauté chrétienne…, le P. Tiên est un saint et un héros…
On lui a promis de le libérer s’il acceptait de se marier et de devenir un
citoyen ordinaire. Mais lui a toujours refusé. Pour nous, c’est cela qui
compte, c’est là le signe de sa sainteté… »
Pour la communauté
chrétienne du Laos, et largement au-delà, le témoignage donné par les «
compagnons » du P. Joseph Tiên a eu la même valeur exemplaire. Certains des
Serviteurs de Dieu ont un rayonnement plus localisé, mais ils ont été d’emblée
reconnus comme un groupe unique de témoins de la foi, de la justice et de la
charité. Leur mort a été comme les mystères douloureux d’un chapelet que l’on
égrène dans la souffrance, au long de 16 années de vie ecclé-siale, mais sans
jamais perdre de vue les mystères de la Résurrection et de la Gloire. Toutes
les composantes de l’Eglise au Laos ont lu dans la vie et dans la mort de ces
prêtres et de ces laïcs la valeur incomparable de l’annonce de l’Evangile pour
le progrès humain et social des plus pauvres, et pour que le salut en Jésus
Christ puisse atteindre les personnes et leurs liens sociaux, jusqu’au plus
profond de leur être.
La prise de pouvoir sur
l’ensemble du pays par la faction communiste en 1975, et son maintien jusqu’à
ce jour, ont été incapables d’effacer cela, de gommer le témoignage
incomparable de ces témoins du Christ.
Les martyrs du Laos :
historique de la Cause
1994 : Jean-Paul II,
dans Tertio Millennio Adveniente, appelle à préserver la mémoire des
martyrs du XXe siècle. Les évêques du Laos demandent aux Missions
Etrangères de Paris (MEP) et aux Oblats de Marie Immaculée (OMI) de les aider à
rechercher les documents nécessaires.
2000, 7 mai : dans le
cadre du Grand Jubilé, commémoration des « Témoins de la foi au XXe siècle
» ; ceux du Laos font partie de la longue liste.
2003, mai : les évêques
du Laos approuvent une liste provisoire de 14 présumés martyrs ; ils demandent
à la Congrégation des Missionnaires OMI de les représenter pour les démarches
nécessaires en vue de la béatification.
2004, 26 juillet : le P.
W. Steckling, supérieur général OMI, notifie à la Conférence épiscopale
Laos-Cambodge que les Oblats acceptent de représenter les évêques pour cette
cause. Le travail sera effectué par les Provinces de France (pour quinze
martyrs) et d’Italie (pour deux martyrs).
2004, 27 décembre : la
Conférence épiscopale Laos-Cambodge nomme un postulateur pour l’enquête
diocésaine à coordonner en France.
2004-2008 : recherche de
documents et de témoignages, d’abord en France, puis au Laos en coopération
étroite entre les évêques et la postulation.
2007, 2 juillet : Mgr
Georges Soubrier, évêque de Nantes, accepte de diriger l’enquête diocésaine
pour le P. Joseph Thao Tiên et ses 14 compagnons.
2007, 6 septembre : la
Congrégation pour les Causes des Saints accorde la compétence à l’évêque de
Nantes.
2008, 18 janvier : Le
Saint-Siège accorde le nihil obstat à la cause.
2008, 10 juin : Session
publique d’ouverture de l’enquête diocésaine à Nantes.
2008, 7 juillet : Mgr G.
Soubrier nomme la Commission historique.
2008, 29 juillet : la
Congrégation pour les Causes des Saints accorde une procédure simplifiée pour
l’audition des témoins dans les vicariats du Laos
2009, 31 juillet : fin
des travaux de la Commission historique de Nantes.
2009, 28 décembre :
publication des actes de l’enquête diocésaine.
2010, janvier-février : à
la demande du Promoteur de la Foi et du Postulateur, supplément d’enquête pour
répondre aux difficultés soulevées par la Commission historique de Nantes.
2010, 27 février :
session publique de clôture de l’enquête à Nantes ; transfert des actes à Rome.
2010, 20 septembre :
ouverture des sceaux.
2011, 20 octobre : décret
de validité pour la cause du P. Joseph Thao Tiên et ses compagnons.
2012, mars : nomination
du Rapporteur, R. P. Zdzisław Kijas, o.f.m. conv.
2012, 13 octobre : la
Congrégation pour les Causes des Saints notifie son accord de principe pour que
les causes du P. Joseph Thao Tiên (Nantes, 15 martyrs) et du P. Mario Borzaga
(Trente, 2 martyrs) soient coordonnées, puis étudiées conjointement.
2014, 21 février : le P.
Thomas Klosterkamp, OMI, Postulateur général OMI, est en charge de la
cause.
2014, juillet : la Positio est
imprimée et envoyée aux consulteurs théologiens.
2014, 27 novembre :
le Congresso des experts théologiens examine la Positio. Un
volume de 230 pages contenant leurs observations, objections et questions est
remis à la Postulation.
2015, 3 février : la
Postulation remet ses réponses (124 pages) à la Congrégation pour les Causes
des Saints, pour envoi aux experts théologiens.
2015, 5 mai : le Congresso des
cardinaux et évêques de la Congrégation pour les Causes des Saints approuve
définitivement la déclaration de martyre de Mario Borzaga et Paul Thoj Xyooj.
Le même jour, le pape François signe le décret autorisant la publication de
cette décision.
2015, 2 juin : le Congresso des
cardinaux et évêques de la Congrégation pour les Causes des Saints approuve
définitivement la déclaration de martyre de Joseph Thao Tiên et de ses 14
compagnons.
2015, 5 juin : signature
par le pape François des décrets relatifs au P. Joseph Thao Tiên et ses 14
compagnons.
(eda/ra)
La Cathédrale du Sacré-Cœur de Vientiane, lieu de mémoire des Saints Martyrs du Laos
ÉGLISES D’ASIE = LAOS
La béatification de 17
martyrs du Laos célébrée à Vientiane augure d’un avenir renouvelé pour l’Eglise
locale
Publié le 12/12/2016
Dimanche 11 décembre,
3ème dimanche de l’Avent, il n’y a eu qu’une seule et unique messe célébrée
dans tout le Laos. Les quatre évêques et les 21 prêtres que compte cette petite
Eglise catholique étaient tous regroupés à Vientiane, où, dans l’église du
Sacré-Cœur, l’unique lieu de culte catholique de la … capitale, ils ont
célébré, en présence de près de 6 000 fidèles et d’une dizaine de prélats
étrangers, la béatification de 17 martyrs de l’Eglise du Laos.
Au cours d’une cérémonie
longue de trois heures, de jeunes Laotiens ont retracé par des mises en scène
stylisées la vie, le parcours et le martyre des 17 prêtres et laïcs laotiens et
missionnaires étrangers proclamés « bienheureux »par l’Eglise. Ouverte en
2004, promulguée en juin 2015 par le pape François, la cause de ces martyrs est
particulière en ceci que, assassinés, exécutés ou morts d’épuisement entre 1954
et 1970, ces derniers ont trouvé la mort dans le contexte de la décolonisation
et des luttes pour l’indépendance nationale, luttes menées notamment par le
Pathet Lao communiste, dont les héritiers directs sont toujours au pouvoir à
Vientiane, au sein du Parti révolutionnaire populaire lao.
Dix missionnaires
français parmi les dix-sept martyrs béatifiés
Ce 11 décembre, les 400
places de l’église du Sacré-Cœur étaient bien insuffisantes pour contenir la
foule des fidèles venus assister à la cérémonie. L’assemblée résonnait des
langues utilisées par la petite communauté catholique du Laos, une communauté
d’à peine plus de 50 000 fidèles (0,7 % de la population totale) : le laotien,
mais aussi le kmhmu’, le hmong ou bien encore le vietnamien. Tout l’espace à
l’entour de l’église était occupé par les fidèles, jusque dans les rues
avoisinantes où de vastes toiles de tente avaient été déployées pour permettre
à cette foule de se recueillir à l’abri du soleil, resplendissant ce matin-là.
Le pape François avait
délégué le cardinal philippin Orlando Quevedo pour être son représentant à la
cérémonie. Missionnaire Oblat de Marie Immaculée (OMI), le cardinal Quevedo a
mis en relief dans son homélie le message du pape au sujet de la fidélité de
ces « témoins héroïques du Seigneur Jésus Christ et de son Evangile de
paix, de justice et de réconciliation, au prix de leur vie ». Autour de lui
avaient pris place les quatre vicaires apostoliques du Laos (Luang Prabang,
Paksé, Savannakhet, Vientiane) ainsi que onze évêques venus des pays voisins,
Cambodge, Thaïlande et Vietnam. Les supérieurs généraux des Missions Etrangères
de Paris (MEP) et des Missionnaires Oblats de Marie Immaculée (OMI) étaient à
leurs côtés – sur les 17 martyrs, cinq sont des Pères des MEP et six des OMI
(au total dix Français et un Italien) (1).
Éloge de l’action de
l’Eglise par un haut responsable gouvernemental
Les évêques du Laos
tenaient à ce que la béatification de ces 17 martyrs se fasse chez eux.
Pourtant, jusqu’au dernier moment, il n’était pas certain que les autorités du
pays ne reviennent pas sur l’autorisation donnée par elles à ce que cette messe
du 11 décembre ait bien lieu à Vientiane. Dans bien des régions du pays,
notamment dans les régions montagneuses et les localités éloignées des grands
centres urbains, toute activité religieuse chrétienne reste encore interdite ;
dans les deux vicariats du Nord, le manque de prêtres est préoccupant. Mais,
selon les propres termes des évêques du pays, l’Eglise du Laos est «
encore une jeune plante bien fragile ; elle a besoin de trouver des ‘tuteurs’,
des appuis surnaturels solides » ; ils ont mis en avant le fait que tout
comme l’Eglise de Rome est fondée sur le témoignage de Pierre et Paul et de
nombreux martyrs, l’Eglise du Laos voyait dans ses propres martyrs un fondement
solide pour sa croissance et sa vie quotidienne.
A priori, le pari n’était
pas gagné d’avance, étant donné la susceptibilité habituelle des
autorités communistes envers tout ce qui touche aux religions, et plus
particulièrement au christianisme, perçue comme une religion soutenue depuis l’étranger.
Le bon déroulement de la cérémonie de béatification, marquée selon les témoins
par une atmosphère de paix, de joie et de recueillement, a toutefois montré que
leur pari était réussi. A la fin de la célébration et « au grand
étonnement de l’assemblée », ainsi que le rapporte le P. Roland Jacques, OMI et
vice-postulateur de la cause des 17 martyrs, le directeur adjoint du Front Lao
pour l’édification de la nation, organisme d’Etat placé sous la direction du
Parti et du ministère de l’Intérieur qui chapeaute les religions, a fait
longuement l’éloge de la doctrine et de l’action de l’Eglise catholique au
Laos. Le responsable politique est allé jusqu’à développer les termes mis en
avant par le pape François, disant tout ce que la nation attendait de cette
Eglise pour le bien commun.
Vers des relations
diplomatiques entre le Saint-Siège et le Laos ?
Comme en réponse, le
nonce apostolique, le Sud-Coréen Paul Tschang In-nam, qui réside à Bangkok et
n’est accrédité à Vientiane qu’en qualité de délégué apostolique, n’a pas
hésité à saisir la main tendue : il fit à son tour des vœux pour que l’harmonie
et la collaboration se développent, de sorte « que tout le peuple du Laos
puisse se développer dans l’unité malgré les différences religieuses » ;
au nom du Saint Père, il a espéré que des relations diplomatiques pleines et
entières puissent être prochainement établies entre le Saint-Siège et le Laos.
Dans ce contexte, la
présence dans l’assemblée de membres des familles et de proches des martyrs a
été remarquée. Une présence d’autant plus notable que les autorités laotiennes
avaient fait comprendre à l’Eglise locale qu’elles ne tenaient pas à une venue
massive d’étrangers sur place pour la cérémonie. Quelques-uns venaient du Laos,
tel Mgr Tito Banchong, administrateur apostolique de Luang Prabang et neveu du
catéchiste Paul Thoj Xyooj (1941-1960), ou Mgr Louis-Marie Ling, vicaire
apostolique de Paksé et seul survivant de l’embuscade qui coûta la vie à son
cousin le catéchiste Luc Sy (1937-1970). D’autres venaient de France, tel le P.
Yvon L’Hénoret, OMI, cousin du P. Vincent L’Hénoret (1921-1961), OMI et
missionnaire au Laos comme lui, ou bien les nièces des PP. Noël Tenaud (1904-1961)
et Marcel Denis (1919-1962), tous deux MEP.
Présent à Vientiane ce 11
décembre, le vice-postulateur de la cause des 17 martyrs, le P. Roland Jacques,
OMI, dresse en ces termes le bilan de cette journée qu’il qualifie de «
mémorable » : « Voici une Eglise humble et toute petite qui ose
affirmer publiquement son existence, sa fierté, et son immense respect pour
ceux qui, au siècle dernier, ont irrigué de leur sang les graines d’Evangile
plantées dans le sol laotien. Voilà une Eglise qui ne se cachera plus, et qui
trouvera chaque jour davantage sa place et son rôle au sein de la nation [laotienne] et
de la chrétienté tout entière. »
(eda/ra)
Profile
Born to a poor
peasant
family, Joseph was baptized
on the day of his birth. His father
died
when the boy was 14. Joseph studied
at the junior seminary
of the Missionary Oblates of Mary Immaculate on the Isle
of Jersey, and then on the Isle of Berder, France;
he was considered a very ordinary student,
and not very intelligent. However, he was pious, hard-working, and had other
qualities of a spiritual leader, and so was sent to study
in Liege,
Belgium
and La Brosse-Montceaux, France.
He made his solemn oblation on 29 September
1935,
and was ordained
a priest
on 4 July
1937.
Joseph was one of the
first missionaries
to Laos,
arriving in October 1938,
working with the Hmong communities in the mountain province of Xieng Khouang on
the border of Vietnam. He won the admiration of the local peopel by hard work
and care for the sick.
On 1 June
1945
he was captured
by the World War II Japanese
troops,
and imprisoned
in Vinh, Vietnam
in conditions that nearly ruined
his health. Freed after the war, he returned to Laos
in 1946,
found that the mission
had been destroyed, and immediately set to work to re-establish and re-build
it. In 1949
he helped found the minor seminary
of Paksane.
In 1952,
Father Joseph returned to the mountains to work with the Hmong people, but the
warfare between French
forces and Communist
guerillas in the region caused him to return to Paksane in November 1957
to help the refugees who were fleeing the mountains. With assorted breaks due
to health problems,
he continued his work in the area for another dozen years. On Saturday 5 July 1969,
he and two lay
Oblate Missionaries were travelling
to prepare for Sunday Mass; the
little group was attacked and killed
by Communist
guerrillas on the road. Martyr.
Born
20
December 1909
in Le Loroux, Ille-et-Vilaine, France
shot
in the head while driving on Saturday 5 July 1969
on the road near Hat I-Et, Bolikhamxay, Laos
the killers set his
wrecked car on fire, and his body was burned so badly he was almost
unrecognizable
5 June 2015
by Pope
Francis
(decree of martyrdom)
11
December 2016
by Pope
Francis
beatification
recognition celebrated in Vientiane, Laos, presided by Cardinal
Angelo
Amato
Additional
Information
other
sites in english
images
sites
en français
Les missionnaires Oblats de Marie Immaculée
fonti
in italiano
MLA
Citation
‘Blessed Joseph Boissel‘.
CatholicSaints.Info. 5 July 2021. Web. 6 October 2026.
<https://catholicsaints.info/blessed-joseph-boissel/>
SOURCE : https://catholicsaints.info/blessed-joseph-boissel/
Blessed Joseph Boissel
Biography
Blessed Joseph Boissel,
conceived December 20, 1909, in the walks of Brittany (France), in the villa of
La Tiolais, outside the town of Loroux. He touched base in Laos in 1938.
In March 1945, the
Japanese hit Laos. On June 1, Joseph Boissel was caught with his partner Father
Vincent Le Calvez, and the Apostolic Prefect, Mons. Jean Mazoyer, OMI. Every
one of the three were taken to Vinh, Vietnam, where they were held among an unfriendly
populace. Back in Laos in 1946, Joseph again discovered his Tran Ninh and
contact with the Hmong.
On Saturday, July 5,
1969, he chose to go to Hat I-Êt, a town of Kmhmu’ exiles a decent 20
kilometers from Paksane, going up along the River Nam San. In view of the
absence of security, that year he was unfit to go there for service for a
while. The catechist André Van was there and he had to realize that he was
upheld.
Setting out around four
toward the evening, he took two youthful Laotian Oblate Missionaries with him;
not surprisingly, they were to assist him with the visits, the consideration of
the wiped out and the religious administration.
Account of Capture
Told by one of the two
passengers who survived. A few kilometers before landing at the town, at a
twist in the street, I heard a burst of gunfire went for us. The tires
extinguished and I was hit in the hand. I saw a warning moving in the backwoods
flanking our course. A moment burst of gunfire and Thérèse was hit in the head;
since I am littler, the shots did not hit me. The terminating originated from
the left, on the driver’s side.
Father Boissel was hit in
the head – close to the mouth and in the skull. The jeep went into a jettison,
transformed over on us and burst into flames. Father’s glasses were broken; he
passed on the detected His huge eyes were open. Each of the three of us were
totally secured with blood.
Death
Father Boissel was dead;
Thérèse was oblivious. I was in an immense trance. not moving. like dead. Yet,
I saw three youthful Vietnamese fighters circumventing the vehicle multiple
times. He stated: “We should slaughter them!” – “How about we consume the vehicle
and its inhabitants!” They moved away and tossed an explosive at the vehicle.
The projectile detonated – it was the blasts that caused our wounds. I stated,
“O Lord!” however cover of dimness came over me
I don’t have the foggiest
idea to what extent we remained like that in the vehicle. Be that as it may,
Thérèse came to first. She pushed me to get out. The projectile had stunned us.
It was hard for us to impart, to comprehend each other. Both of us implored the
Lord: “In the event that regardless you need us. send somebody to support us.”
We rested along the street. I put my hand on Thérèse’s heart and she put hers
on my heart: joined in torment.
Gracious, we needed to
hold up quite a while, from 4:30 until about 9:30. At last a few people touched
base to lift us up. Father’s body had been singed to the point that his face
was absolutely unrecognizable. Thérèse, hit in the head, remained rationally
debilitated because of the assault.
She truly has no satisfaction in living.
SOURCE : https://catholicreadings.org/catholic-quotes/blessed-joseph-boissel-saint-of-the-day-july-5/
Beato Giuseppe Boissel Sacerdote e martire
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Le Loroux, Francia, 20
dicembre 1909 - Hat I-Et, Laos, 5 luglio 1969
Padre Joseph Boissel,
nato in una famiglia di contadini bretoni, entrò nello iuniorato dei Missionari
Oblati di Maria Immacolata dopo essere rimasto, a quattordici anni, orfano di
padre. Maturò la vocazione missionaria e, ordinato sacerdote il 4 luglio 1937,
ricevette l’obbedienza per il Laos. Fu tra i pionieri in quella missione,
cominciando dalle popolazioni di etnia hmong, che risiedevano nella provincia
montana di Xieng Khouang. Nel marzo 1945 cadde prigioniero dei giapponesi in
Vietnam, ma, una volta liberato, trovò la missione in rovina. Nonostante la
salute danneggiata dalle privazioni, si mise all’opera per la costruzione e la gestione,
nel 1949, del Seminario minore di Paksane. Nel 1952 partì nuovamente per le
montagne, ma nel novembre 1957 rientrò al distretto di Paksane, per occuparsi
anche dei villaggi dove si erano nascosti i rifugiati per scampare alla
guerriglia crescente. Sabato 5 luglio 1969, mentre, in compagnia di due
consacrate laiche Oblate Missionarie di Maria Immacolata, si dirigeva a Hat
I-Êt per le funzioni religiose domenicali, fu attaccato dai guerriglieri e
ucciso con due scariche di mitragliatrice, mentre le due Oblate rimasero
gravemente ferite da una granata. È stato beatificato l’11 dicembre 2016 a
Vientiane, nel Laos, insieme ad altri sedici tra sacerdoti e laici.
Vocazione e formazione
Joseph Boissel nacque il
20 dicembre 1909 a Le Loroux in Bretagna, da una famiglia di poveri contadini.
Fu battezzato lo stesso giorno nella parrocchiale del suo paese, appartenente
alla diocesi di Rennes.
Rimasto orfano di padre a
quattordici anni, frequentò gli studi secondari nello iuniorato dei Missionari
Oblati di Maria Immacolata a Jersey, nel Regno Unito. Passò quindi al noviziato
nell’isola di Berder, nel dipartimento francese del Morbihan: il maestro dei
novizi lo giudicò «soggetto molto ordinario, poco intelligente».
Grazie alle sue altre
qualità, poté proseguire la formazione nello scolasticato: a Liegi in Belgio
seguì il corso di Filosofia, mentre compì gli studi teologici a La
Brosse-Montceaux, di nuovo in Francia.
In comunità aveva due
incarichi specifici: faceva da parrucchiere e riproduceva gli spartiti di
canzoni o canti religiosi per i confratelli. Il parere dei superiori, intanto,
era più sfumato rispetto a quello del noviziato, ma sostanzialmente positivo: apprezzavano
soprattutto l’attaccamento alla vocazione e il fatto che non avesse paura del
sacrificio.
Così Joseph fu ammesso ai
voti definitivi: compì l’oblazione perpetua all’ospedale di Montereau il 29
settembre 1935. Il 4 luglio 1937 fu ordinato sacerdote e, il 26 maggio 1938,
ricevette con altri tre compagni l’ “obbedienza”, ossia l’invio in missione.
Contrariamente all’uso generale degli Oblati, non volle chiedere al Superiore
generale di essere mandato in un luogo specifico.
Missionario in Laos
Fu quindi inviato in
Laos, tra i primissimi Missionari Oblati a operare in quella terra dell’Estremo
Oriente. Arrivò nell’ottobre 1938 e venne destinato alla stazione missionaria
di Nong Ét, nella provincia di Xieng Khouang, detta all’epoca Tran Ninh: era una
zona alla frontiera col Vietnam, dove l’evangelizzazione cominciava a fatica.
A causa della guerra,
dovette abbandonare quella località, ma presto poté tornare in missione. Pur
senza ottenere conversioni rilevanti, suscitò una notevole simpatia, specie tra
le popolazioni di etnia hmong.
Prigioniero in Vietnam,
poi di nuovo in missione
Nel marzo 1945,
l’esercito giapponese marciò sul Laos. Il 1° giugno seguente, padre Joseph
venne fatto prigioniero insieme al confratello Vincent Le Calvez e al Prefetto
apostolico, anche lui Missionario Oblato di Maria Immacolata, monsignor Jean
Mazoyer. Tutti e tre furono condotti a Vinh, in Vietnam, ma poterono tornare in
Laos nel 1946.
La missione di Nong Ét
era devastata e ben presto, a causa della persistente situazione d’insicurezza,
divenne inaccessibile. Padre Joseph scrisse: «È tempo d’installarsi
definitivamente; non so al momento dove vado a stabilirmi; il primo lavoro sarà
scegliere un terreno, poi farmi legnaiolo, carpentiere e tutto il resto».
Le condizioni materiali,
in effetti, erano parecchio precarie. Il missionario stesso coltivava
personalmente il riso, per avere da mangiare. Così si rivolse a monsignor
Mazoyer, all’epoca in Europa: «Tra una decina di giorni sarete ai piedi del
Santo Padre: che cosa penserà del Laos? Povero Laos, povera Indocina; nulla
sembra sistemarsi, la follia regna sempre e dovunque. Restiamo legati a Dio e
poniamo fiducia in Lui. Sa Lui ciò di cui abbiamo bisogno».
Nel 1948 prese un anno di
riposo, perché la sua salute era compromessa, e rimase presso la sua famiglia.
Tornato in Laos, si dedicò alla formazione dei catecumeni prima, dei neofiti
poi nei villaggi delle popolazioni kmhmu’, nei dintorni di Ban Pha, dove aveva
la sua residenza. Tuttavia, gli abitanti sembravano estranei a ogni tentativo
di conversione.
Un pellegrinaggio in
Europa
Nel novembre 1957 lasciò
quindi il villaggio nelle mani del confratello padre Louis Leroy e si prese un
nuovo periodo di riposo. Dato che, dei suoi parenti prossimi, era rimasta in vita
solo sua sorella Victorine, padre Joseph intraprese un progetto cui teneva
molto.
In compagnia del parroco
del suo villaggio, l’abbé Louaisil, partì per un pellegrinaggio in varie
località d’Europa: viaggiavano in automobile, ma dormivano perlopiù in tenda.
Toccarono Solignac, sede del nuovo scolasticato degli Oblati, Lourdes e Ars, ma
i superiori di padre Joseph gl’impedirono seccamente di andare fino a Fatima e
anche di visitare i santuari belgi, più vicini. L’ultima tappa fu Roma.
Nel distretto di Paksane
Rientrato dal
pellegrinaggio, il missionario fu assegnato al distretto di Paksane.
Inizialmente ebbe l’incarico del villaggio agricolo di Nong Veng; in seguito, a
partire dal 1963, si stabilì a Ban Na Chik, a quattro chilometri da Paksane. Sostituì
quindi padre Henri Delcros nell’opera di riorganizzazione dei cristiani kmhmu’,
rifugiati dalla regione di Xieng Khouang.
Costantemente sotto le
minacce della guerriglia, cercava comunque di donare speranza. «Il più delle
volte», scrisse, «arrivo con le mani vuote e soffro per quegli occhi lucidi che
si accostano a me, che attendono qualche conforto materiale che non posso arrecare
loro… Schiacciati da tali miserie, ci resta la morte nell’anima, rattristati
per la propria impotenza». Un giorno, mentre i combattimenti erano giunti in
prossimità del suo villaggio, scappò a cavallo: in una mano teneva le briglie,
nell’altra il ciborio con la riserva eucaristica.
Gli anni difficili
vissuti in missione, nella boscaglia e nei villaggi di montagna, avevano
indurito alcuni tratti del suo carattere, ma non rovinarono le sue buone
qualità: era di gran cuore, fedele alla preghiera, piacevole nelle
conversazioni e nella vita comune; lo testimoniarono sia i confratelli sia i
testimoni laotiani.
L’ultimo viaggio
Ogni sabato, padre Joseph
si recava verso la fine del giorno in un villaggio e ripartiva l’indomani a
mezzogiorno, per assicurare le funzioni religiose domenicali. Sabato 5 luglio
1969 decise di andare a Hat I-Et, villaggio di rifugiati kmhmu’ a circa venti
chilometri da Paksane, lungo il fiume Nam San. A causa della situazione
rischiosa, quell’anno non aveva potuto prestare il suo minister lì per qualche
mese. Il catechista André Van, che si occupava dell’istruzione religiosa, aveva
bisogno di sentirsi appoggiato.
Partì verso le 4 del
pomeriggio, prendendo con sé due giovani laiche consacrate delle Oblate
Missionarie di Maria Immacolata: come di consueto, avrebbero dovuto aiutarlo
per le visite, le cure ai malati e il servizio religioso. La nipotina di una di
loro, di dieci anni, salì di nascosto sulla jeep, ma padre Joseph se ne
accorse: «Non devi venire con noi», la rimproverò, ordinandole di scendere.
«Io, sacerdote, e le due Oblate abbiamo donato la nostra vita al Signore.
Morire, per noi, non importa nulla, la nostra vita è offerta al Signore. Ma tu
non devi venire con noi!».
Per tutto il viaggio
espresse lo stesso concetto: «Non dobbiamo aver paura di morire. Noi abbiamo
già donato tutta la nostra vita al Signore. Non siamo in sicurezza viaggiando
come facciamo noi; non è prudente… c’è sempre pericolo». Le due passeggere
ascoltarono tutto senza replicare.
Due o tre chilometri
prima di arrivare a destinazione, una delle due Oblate sentì una scarica di
proiettili d’arma da fuoco diretta verso di loro. Gli pneumatici del
fuoristrada vennero bucati, mentre la consacrata rimase ferita alla mano. Dopo
aver visto una bandiera rossa sventolare nella foresta sul ciglio della strada,
sentì un’altra scarica: Thérèse, la sua compagna di viaggio, era stata colpita
alla testa, come anche padre Joseph. Mentre la vettura si capovolgeva e
prendeva fuoco, la consacrata si rese conto che il missionario era morto sul
colpo.
Poco dopo, tre
guerriglieri uscirono allo scoperto e girarono tre volte attorno alla vettura;
infine, allontanandosi, gettarono una granata. L’esplosione rese
momentaneamente sorde le due Oblate, che si trascinarono fuori e attesero,
sdraiate sul ciglio della strada, i soccorsi. Thérèse aveva avuto seri danni
cerebrali, ma era ancora viva, mentre l’altra riferì tutto l’accaduto. Quanto
al cadavere di padre Joseph, era talmente bruciato da essere quasi
irriconoscibile.
La causa di
beatificazione
La consacrata che
raccontò l’imboscata affermò che, a suo parere, si sapeva che il missionario
andava tutti i sabati nei villaggi: l’aggressione aveva quindi tutti i
caratteri di una manifestazione d’odio contro gli stranieri, i sacerdoti e la
religione cattolica.
Per questo motivo, padre
Joseph Boissel è stato inserito, come il già menzionato padre Louis Leroy, in
un elenco di quindici tra sacerdoti, diocesani e missionari, e laici, uccisi
tra Laos e Vietnam negli anni 1954-1970 e capeggiati dal sacerdote laotiano
Joseph Thao Tiên.
La fase diocesana del
loro processo di beatificazione, ottenuto il nulla osta dalla Santa Sede il 18
gennaio 2008, si è svolta a Nantes (di cui era originario un altro dei
potenziali martiri, padre Jean-Baptiste Malo) dal 10 giugno 2008 al 27 febbraio
2010, supportata da una commissione storica.
A partire dalla fase
romana, ovvero dal 13 ottobre 2012, la Congregazione delle Cause dei Santi ha
concesso che la loro “Positio super martyrio”, consegnata nel 2014, venisse
coordinata, poi studiata, congiuntamente a quella di padre Mario Borzaga, suo
confratello dei Missionari Oblati di Maria Immacolata, e del catechista Paul
Thoj Xyooj (la cui fase diocesana si era svolta a Trento).
L’accertamento del martirio
e la beatificazione
Il 27 novembre 2014 la
riunione dei consultori teologi si è quindi pronunciata favorevolmente circa il
martirio di tutti e diciassette. Questo parere positivo è stato confermato il 2
giugno 2015 dal congresso dei cardinali e vescovi della Congregazione delle
Cause dei Santi, ma solo per Joseph Thao Tiên e i suoi quattordici compagni:
padre Borzaga e il catechista, infatti, avevano già ottenuto la promulgazione
del decreto sul martirio il 5 maggio 2015. Esattamente un mese dopo, il 5
giugno, papa Francesco autorizzava anche quello per gli altri quindici.
La beatificazione
congiunta dei diciassette martiri, dopo accaniti dibattiti, è stata infine
fissata a domenica 11 dicembre 2016 a Vientiane, nel Laos. A presiederla, come
inviato del Santo Padre, il cardinal Orlando Quevedo, arcivescovo di Cotabato
nelle Filippine e Missionario Oblato di Maria Immacolata. La memoria liturgica
di tutto il gruppo cade il 16 dicembre, anniversario del martirio di un altro
Missionario Oblato di Maria Immacolata, padre Jean Wauthier.
Autore: Emilia
Flocchini
SOURCE : http://www.santiebeati.it/dettaglio/97133
Festa:
16 dicembre (celebrazione di gruppo)
†
1954/1970
Sotto
il nome di martiri del Laos vanno in realtà considerati due gruppi di sacerdoti
(in gran parte missionari) e laici autoctoni, uccisi negli anni dal 1954 al
1970 da parte di guerriglieri comunisti del movimento Pathet Lao. Il primo
gruppo comprende sacerdoti sia della Società delle Missioni Estere di Parigi,
sia dei Missionari Oblati di Maria Immacolata, e catechisti laici: conta
quindici martiri, capeggiati dal sacerdote Joseph Thao Tiên, considerato il
protomartire del Laos (nel senso di primo martire nativo di quel Paese). Il
secondo è formato da padre Mario Borzaga, degli Oblati Missionari di Maria
Immacolata, e dal catechista Paul Thoj Xyooj. Le due cause di beatificazione
hanno seguito percorsi distinti nella fase diocesana, riunendosi per la
discussione della “Positio super martyrio” e separandosi di nuovo per la
promulgazione dei decreti sul martirio. Tutti e diciassette sono stati infine
beatificati l’11 dicembre 2016 a Vientiane, in Laos. La loro memoria liturgica
congiunta cade il 16 dicembre, data della morte di padre Jean Wauthier, dei
Missionari Oblati di Maria Immacolata.
L’evangelizzazione del Laos, situato tra Thailandia, Cina e Vietnam, rimonta, nei suoi primi tentativi, almeno al 1642, con l’arrivo del padre gesuita Gian Maria Leria; vi rimase per cinque anni. Seguirono altre spedizioni, quasi tutte apparentemente fallimentari, tra malattie, persecuzioni e difficoltà di ambientamento da parte dei missionari.
Solo dalla seconda metà del 1800 i sacerdoti della Società delle Missioni Estere di Parigi iniziarono a stabilire piccole stazioni missionarie lungo il fiume Mekong. La data ufficiale per l’avvio della Chiesa in Laos viene però fissata al 1885, con l’impianto di una missione stabile a Ban Dorn Don.
Nel 1938 la Santa Sede eresse la Prefettura apostolica di Vientiane e Luang Prabang, nel nord del Paese; nel 1952 divenne un Vicariato apostolico, col proprio vescovo. I Missionari Oblati di Maria Immacolata di nazionalità francese, che avevano raggiunto il Laos nel 1935, chiesero rinforzi dai confratelli della Provincia italiana: nel 1957, quindi, arrivarono i primi sei missionari.
Tuttavia, il territorio laotiano aveva ottenuto l’indipendenza dal 1953, ma era caratterizzato da lotte interne, fomentate soprattutto dai guerriglieri del movimento politico Pathet Lao, vicini al comunismo di stampo cinese.
Nel 1959 tutti i missionari ricevettero l’ordine dalla Santa Sede di restare al proprio posto, a meno che non fossero anziani o malati. Per molti di essi, obbedire a quella consegna significò l’arresto, la prigionia e la condanna a morte.
Il loro ricordo non è mai venuto meno, come quello dei catechisti laici laotiani che li avevano seguiti nelle spedizioni missionarie. Per questo motivo, dopo che san Giovanni Paolo II aveva invitato a conservare la memoria dei martiri del XX secolo nella lettera apostolica «Tertio Millennio Adveniente», i vescovi del Laos domandarono alla Società delle Missioni Estere e agli Oblati di Maria Immacolata di aiutarli a cercare i documenti necessari.
Nella commemorazione dei testimoni della fede nel XX secolo, svolta nel contesto del Grande Giubileo del 2000, precisamente il 7 maggio, sono stati elencati anche quelli che operarono in Laos.
Nel maggio 2003 i vescovi del Laos approvarono una lista provvisoria di 14 presunti martiri e chiesero agli Oblati di Maria Immacolata di rappresentarli nelle fasi preliminari del processo. Il 26 luglio 2004 il loro Superiore generale notificò di aver accettato la richiesta, ma con una precisazione: il lavoro iniziale sarebbe stato compiuto dalle province di Francia e d’Italia, rispettivamente per quindici e per due martiri. Ciò era motivato dal fatto che nel primo gruppo erano compresi missionari francesi, mentre il secondo contava solo il trentino padre Mario Borzaga e il catechista Paul Thoj Xyooj, scomparsi insieme alla fine dell’aprile 1960.
Le due cause si sono quindi svolte in questo modo. Per i quindici martiri franco-laotiani, capeggiati dal sacerdote Joseph Thao Tiên in quanto primo martire di nazionalità laotiana, la fase diocesana ha ottenuto il nulla osta dalla Santa Sede il 18 gennaio 2008. Si è quindi svolta a Nantes (di cui era originario padre Jean-Baptiste Malo, della Società delle Missioni Estere di Parigi) dal 10 giugno 2008 al 27 febbraio 2010, supportata da una commissione storica. La causa diocesana di padre Mario Borzaga e di Paul Thoj Xyooj si è invece svolta a Trento, ottenuto il trasferimento dal Vicariato apostolico di Luang Prabang, dal 7 ottobre 2006 al 17 ottobre 2008.
A partire dalla fase romana, ovvero dal 13 ottobre 2012, la Congregazione delle Cause dei Santi ha concesso che la “Positio super martyrio” di entrambi i gruppi venisse coordinata, poi studiata, congiuntamente.
Il 27 novembre 2014 la riunione dei consultori teologi si è quindi pronunciata favorevolmente circa il martirio di tutti e diciassette. Questo parere positivo è stato confermato il 2 giugno 2015 dal congresso dei cardinali e vescovi della Congregazione delle Cause dei Santi, ma solo per Joseph Thao Tiên e i suoi quattordici compagni: padre Borzaga e il catechista, infatti, avevano già ottenuto la promulgazione del decreto sul martirio il 5 maggio 2015. Esattamente un mese dopo, il 5 giugno, papa Francesco autorizzava anche quello per gli altri quindici.
La beatificazione congiunta dei diciassette martiri è stata infine fissata a
domenica 11 dicembre 2016 a Vientiane, nel Laos. A presiederla, come inviato
del Santo Padre, il cardinal Orlando Quevedo, arcivescovo di Cotabato nelle
Filippine e Missionario Oblato di Maria Immacolata. La loro memoria liturgica
cade il 16 dicembre, anniversario del martirio di padre Jean Wauthier,
Missionario Oblato di Maria Immacolata.
L’elenco che segue presenta i nomi di tutti e diciassette i martiri del Laos. I
nomi di battesimo sono tutti riportati nelle lingue nazionali e, per i laici di
nazionalità laotiana, in lingua francese.
91548 - Mario Borzaga,
sacerdote dei Missionari Oblati di Maria Immacolata
96696 - Paul Thoj Xyooj,
catechista
† fine di aprile 1960
Decreto sul martirio: 5 maggio 2015
94616 - Joseph Thao Tiên,
sacerdote diocesano del Vicariato di Muang Sôi (Vietnam)
† Ban Ta Lang, 2 giugno 1954
97064 - Jean-Baptiste Malo,
sacerdote della Società delle Missioni Estere di Parigi
† Yên Hội, 28 marzo 1954
97066 - René Dubroux,
sacerdote della Società delle Missioni Estere di Parigi
† Palay, 19 dicembre 1959
97095 - Louis Leroy, sacerdote
dei Missionari Oblati di Maria Immacolata
† Ban Pha, 18 aprile 1961
97065 - Michel Coquelet,
sacerdote dei Missionari Oblati di Maria Immacolata
† Sop Xieng, 20 aprile 1961
97096 - Joseph Outhay
Phongphumi, catechista
97067 - Noël Tenaud, sacerdote
della Società delle Missioni Estere di Parigi
† Phalane, Laos, 27 aprile 1961
97109 - Vincent L’Hénoret,
sacerdote dei Missionari Oblati di Maria Immacolata
† Ban Ban / Muang Kham, 11 maggio 1961
97128 - Marcel Denis,
sacerdote della Società delle Missioni Estere di Parigi
† Kham Hè, 31 luglio 1961
97129 - Jean Wauthier,
sacerdote dei Missionari Oblati di Maria Immacolata
† Ban Na, 16 dicembre 1961
97130 - Thomas Khampheuane
Inthirath, apprendista catechista
97131 - Lucien Galan,
sacerdote della Società delle Missioni Estere di Parigi
† Paksong, 12 maggio 1968
97133 - Joseph Boissel,
sacerdote dei Missionari Oblati di Maria Immacolata
† Hat I-Et, 5 luglio 1969
97134 - Luc Sy, catechista e
padre di famiglia
97135 - Maisam Pho Inpèng,
padre di famiglia
† Den Din, 7 marzo 1970
Decreto sul martirio: 5 giugno 2015
Autore: Emilia Flocchini
SOURCE :
https://www.santiebeati.it/dettaglio/96704
JOSEPH
TIEN AND 14 COMPANIONS, FROM THE CLERGY, CONSECRATED
PERSONS AND LAYFAITHFUL OF THE CATHOLIC MISSIONS IN LAOS : http://newsaints.faithweb.com/martyrs/Laos.htm#Tien
~ Martyrs of Laos ~ (†1954-70) : http://newsaints.faithweb.com/martyrs/Laos.htm
