Saint Philippe
Martyr (+ 304)
Évêque d'Héraclée, saint
Sévère, prêtre et saint Hermès, diacre. Ils furent arrêtés parce qu'ils
s'étaient réunis pour célébrer le Jour du Seigneur. Quand le chef de la police
vint apposer les scellés aux portes de l'église, Philippe lui déclara: «Homme crédule.
Tu t'imagines que le Dieu Tout Puissant habite plutôt dans des murs de pierre
que dans le cœurs des hommes.» Ils souffrirent pendant sept mois de nombreux
supplices jusqu'au jour où ils furent condamnés à être brûlés vifs
À Andrinople en Thrace,
l’an 303, les saints martyrs Philippe, évêque d’Héraclée, et Hermès, diacre. Le
premier, au début de la persécution de Dioclétien, reçut du gouverneur Justin
l’ordre de fermer l’église et de lui présenter tous les vases et les livres
saints. Il lui répondit qu’il ne convenait pas à l’évêque de les donner, ni au
gouverneur de les recevoir. Il fut alors incarcéré et flagellé avec son diacre,
puis tous deux furent brûlés vifs.
Martyrologe romain
SOURCE : http://nominis.cef.fr/contenus/saint/8686/Saint-Philippe.html
22 octobre. Saint
Philippe, évêque d'Héraclée, et ses compagnons, martyrs à Andrinople en
Roumélie. 304.
Pape : Saint
Marcellin.
Empereur romain d'Orient
: Dioclétien.
Empereur romain
d'Occident : Maximien-Hercule.
" Celui qui brûle d'arriver dans léternelle patrie doit être d'autant plus
froid pour l'amour des biens du siècle, qu'il s'élève plus ardemment à l'amour
de Dieu."
Saint Grégoire le Grand.
Philippe fut éprouvé
d'abord en qualité de diacre, ensuite avec celle de prêtre dans les travaux que
l'Église impose à ses ministres.
Son application à ses devoirs lui avait valu la louange des hommes, et ses
vertus, les joies de la conscience ; l'honnêteté de ses moeurs l'avait en même
temps mis à l'abri de tout reproche. Ce fut donc du consentement des frères
qu'il fut enfin élevé à la dignité épiscopale. Confirmant alors dans la foi ses
disciples, le prêtre Sévère et le diacre Hermès, par de fréquents entretiens,
il eut le bonheur de les voir partager non seulement ses pensées, mais encore
la gloire de sa passion ; en sorte qu'après les avoir eus pour ministres dans
l'offrande du glorieux mystère, il les eut pour compagnons dans son martyre.
Malgré la menace de la persécution, son coeur ne se. laissa point troubler. Un
grand nombre lui conseillaient de quitter la ville ; il s'y refusa, nous
apprenant par son exemple à ambitionner de tels supplices et non à les
craindre. Il dit : " Que la volonté de Dieu s'accomplisse !" et
demeura dans son église, où il exhortait chacun à la patience :
" Frères, vous dont
la foi est sincère, les temps annoncés par les prophéties sont proches. Le
siècle penche vers sa ruine ; il semble rouler le cercle de ses derniers jours.
Le diable dans sa rage obstinée nous menace ; le pouvoir lui a été donné pour
un peu de temps ; il vient, non point, il est vrai, pour perdre les serviteurs
du Christ, mais pour les éprouver. Le jour de l'Épiphanie approche ; c'est un
avertissement de nous préparer à la gloire. Que ni les menaces des impies, ni
leurs tourments ne vous épouvantent ; car le Christ donne à ses soldats la
patience de souffrir et la récompense de tous les supplices qu'ils endurent.
J'ai la confiance que tous les efforts de nos ennemis sont inutiles."
Le bienheureux Philippe
parlait encore, quand l'homme de police de la cité, Aristomaque, arriva pour
fermer l'église des chrétiens, en y apposant les scellés de la part du
gouverneur.
Philippe dit :
" Homme crédule, qui
t'imagines que le Dieu tout-puissant habite plutôt dans des murs de pierre que
dans les coeurs des hommes. Tu ignores cette parole d'Isaïe : Le ciel est mon
trône, et la terre est l'escabeau de mes pieds. Quelle maison espérez-vous donc
me construire ?"
Le lendemain, l'homme de police vint faire l'inventaire de tout le mobilier de
l'église et y apposa le sceau de l'empereur.
Tous étaient tristes ; Philippe avec Sévère, Hermès et les autres,
s'interrogeait, plein d'anxiété, sur son propre devoir. Appuyé contre la porte,
il ne permettait pas que personne s'éloignât du siège qui lui avait été confié.
Il parlait de l'avenir. A quelque temps de là, les frères étant réunis à
Héraclée pour célébrer le jour du Seigneur, le président Basse trouva Philippe,
environné de tous les fidèles, debout à la porte de l'église.
Basse voulut les juger séance tenante ; il s'assit et les fit approcher ; puis,
s'adressant à Philippe et à la foule :
" Qui de vous est le
maître des chrétiens, le docteur de leur Église ?"
Philippe répondit :
" C'est moi que tu
cherches."
Basse continua :
" Tu connais la loi
de l'empereur qui défend aux chrétiens de tenir des réunions ; il veut que dans
tout l'univers les hommes de cette secte se convertissent aux idoles ou soient
mis à mort. Ainsi donc tous les vases que vous avez, qu'ils soient d'or ou
d'argent ou de toute autre matière, quel que soit d'ailleurs le prix du
travail, de même aussi les Écritures que vous lisez et que vous enseignez,
seront soumis à l'examen de notre puissance. Que si vous ne le faites pas de
bon gré, vous y serez réduits par les tourments."
Philippe répondit :
" S'il te plaît de
nous faire souffrir, notre âme est prête.
Prends donc ce corps
infirme, déchire-le comme tu voudras, mais ne t'attribue pas un pouvoir
quelconque sur mon âme. Quant aux vases que tu demandes, prends-les, nous n'y
sommes pas attachés. Ce n'est pas avec un métal précieux, c'est par la crainte
de Dieu que nous honorons le Seigneur ; c'est la beauté du coeur, et non
l'ornement d'une église, qui plaît au Christ. Quant à nos Ecritures, tu ne peux
les recevoir, et il serait indigne à moi de te les livrer."
Le président fit approcher les bourreaux. Mucapor entra : c'était une sorte de
monstre bestial. Le président appela le prêtre Sévère ; on ne le trouva pas, il
fit alors torturer Philippe.
Le supplice se
prolongeait sans mesure, lorsque Hermès s'écria :
" Juge, avec tes
impitoyables recherches quand même on te livrerait tous nos saints Livres, et
qu'il ne resterait plus aucune trace écrite de cette vénérable tradition dans
tout l'univers, nos fils, fidèles à la mémoire de leurs pères, et animés par le
zèle de leur propre salut, auraient bientôt refait des volumes en plus grand
nombre, et ils enseigneraient avec d'autant plus d'ardeur la crainte
respectueuse que nous devons au Christ."
On le fouetta longtemps ;
ensuite il entra dans le lieu où l'on conservait cachés tous les vases sacrés
ainsi que les Écritures. Il y fut suivi par Publius, l'assesseur du président,
homme avide et voleur. Il se mit aussitôt à détourner avec adresse quelques-uns
des vases dont on avait fait l'inventaire.
Hermès voulut blâmer son
audace et l'arrêter ; l'autre lui meurtrit le visage au point que le sang
jaillit en abondance. Basse, l'ayant appris, fit venir Hermès ; la vue de son
visage tout sanglant l'irrita contre Publius, et il fit soigner la victime. Les
vases, ainsi que toutes les Écritures, furent, par ordre du président, remis
aux mains d'un officier. Il fit ensuite conduire au forum Philippe et tous les
autres, entourés de gardes.
Pendant que la foule roulait vers le forum, le président chargea les soldats
d'y porter toutes les Écritures, et il se rendit au palais. Le toit de l'église
des chrétiens fut dépouillé de ses ornements. On activait à coups de fouet la
répugnance de ceux qui étaient chargés de cet office, de peur qu'ils ne fussent
trop lents à détruire. Pendant ce temps on alluma des feux sur le forum dans
lesquels on jeta toutes les Écritures divines. Les flammes s'élancèrent vers le
ciel si impétueuses et si menaçantes que les spectateurs pris de peur
s'enfuirent. Quelques-uns cependant, au milieu de cette exécution, étaient
demeurés sur le forum qui sert de marché à la ville, et entouraient le
bienheureux Philippe.
Quand la nouvelle de ce malheur arriva, le saint prit la parole :
" Habitants
d'Héraclée, juifs et païens, à quelque secte, à quelque religion que vous
apparteniez, sachez que l'heure des derniers temps n'est pas éloignée, cette
heure que l'Apôtre nous apprenait à craindre, lorsqu'il disait : Voilà que du
haut du ciel la colère de Dieu va se révéler pour punir l'impiété et
l'injustice des hommes.
Sur Sodome autrefois a
pesé la juste colère de Dieu, à cause des crimes de. ses habitants. Si donc les
habitants d'Héraclée redoutent le jugement de Sodome, qu'ils fuient ses
injustices, et recherchent enfin le Dieu qui s'est réservé le jugement ; qu'ils
abandonnent le vain culte des pierres et assurent leur salut. Ceux qui dans
l'Orient ont vu les feux de Sodome ont eu là un signe du jugement, un exemple
de la colère de Dieu. Mais ces feux ne devaient pas être seulement manifestés
en Orient ; la Sicile et même l'Italie ont eu aussi leur merveilleux
enseignement. Le saint homme Lot avec ses filles fut arraché par les Anges à la
ville de Sodome, parce qu'il était exempt de péché et plein d'horreur pour les
crimes de ses concitoyens. De même autrefois, en Sicile, une immense quantité
d'eau s'élança de la bouche du cratère divin, en même temps qu'une flamme
vengeresse descendait du ciel pour punir les pécheurs.
Tout fut consumé, à
l'exception de deux jeunes vierges qui échappèrent au danger. Même au milieu de
la frayeur universelle, la prudence ne les avait point abandonnées : leur père
était accablé par la vieillesse et les infirmités, elles l'emportèrent
pieusement dans leurs bras.
Mais en cherchant à
échapper à l'incendie, le doux fardeau qu'elles portaient les arrêta dans leur
fuite ; un cercle de flammes pétillantes les environnait, et elles se virent
contraintes d'essayer un moyen de salut désespéré.
Le Christ tout-puissant
ne voulut pas laisser succomber tant de piété filiale et de dévouement. Par le
secours sensible de sa majesté souveraine, il rendit le père à ses enfants et
les enfants à leur père, en sorte que l'on put comprendre que ce n'était pas
Dieu qui avait manqué, mais bien plutôt le mérite et la vertu à tous ceux qui
furent les victimes de l'incendie.
Aussitôt donc s'ouvrit
pour les vierges une voie libre et sûre, et partout où elles dirigeaient leurs
pas, vous eussiez vu la flamme tracer, comme en se jouant, la route devant
elles. Le feu suspendait son souffle embrasé ; doux et caressant comme le
zéphir, il embellissait même tous les lieux sur leur passage ; on eût dit qu'à
la volonté de ces vierges tout s'animait d'une nouvelle vie."
" Telle était donc la sainteté de leurs mérites et la puissance de leur
piété filiale, que le feu respectait non seulement leurs personnes, mais encore
les endroits par où elles passaient. Ce lieu que la flamme n'avait pas osé
toucher s'appela depuis la Piété, il a conservé jusqu'aujourd'hui ce nom
glorieux qui devra, mieux que tous nos écrits, transmettre à nos descendants le
souvenir du miracle. Quant à ce feu intelligent, c'était sans aucun doute le
feu divin qui, juge et vengeur de toutes nos actions, descend souvent du ciel sur
la terre, et brûle tout ce qu'il y trouve d'inutile. Autrefois la pensée de ce
feu inspira je ne sais quel amour de la mort à Hercule, en lui persuadant que
les hommes dévorés par les flammes deviennent des dieux ; et l'infortuné héros
se brûla sur le mont Igie. Il est vrai que le médecin Esculape, frappé de la
foudre sur le mont Cynosyris, trouva dans ce feu comme une consécration divine
aux yeux des gentils insensés, qui se prirent à honorer en lui ce qui n'était,
certes, pas une puissance quelconque, mais le juste châtiment de ses crimes et
sa triste fin.
Assurément ils n'auraient
pas imaginé en lui tant de puissance s'il eût continué à vivre. C'est ce même
feu qui a brûlé ce que les Éphésiens appellent leur dieu, brûlé le Capitole et
le temple de la ville de Rome, brûlé l'empereur Héliogabale ; ce même feu qui
n'a point épargné dans Alexandrie l'asile de Sérapis, dévorant à la fois le
temple et son Dieu."
" Qui donc, dites-le-moi, pourrait espérer encore du secours de ces vaines
idoles, qui non seulement ne peuvent se donner l'être, mais ne sauraient même
se le conserver ? Un tel dieu est créé par celui qui l'adore ; et si par hasard
le matin il devient la proie des flammes, le soir l'activité vigilante de
l'ouvrier l'a remis en état.
Tant qu'on pourra trouver
des pierres et du bois, les dieux ne manqueront point parmi les hommes. Dans
Athènes, le dieu Bacchus a volontiers laissé brûler son temple, sachant que la
foudre consacrerait sa divinité. Minerve avec sa lance a brûlé de même ; ni la
tête de la Gorgone qui défend sa poitrine, ni l'éclat de son armure aux mille
couleurs n'ont pu la défendre ; plus heureuse, si elle eût continué à tourner
ses fuseaux ! De même à Delphes, le temple d'Apollon, que la tempête avait déjà
renversé, fut aussi consumé par un feu mystérieux.
Mais celui qui punit
respecte partout sa grâce ; s'il éprouve l'homme juste, ce n'est plus une
flamme qui châtie, c'est une lumière qui fait éclater la vertu."
Pendant ce long discours, Hermès aperçoit le prêtre Cataphrons et ses ministres,
qui portaient aux idoles des mets impies, de sacrilèges offrandes.
Aussitôt il dit aux
fidèles qui l'environnaient :
" Ce festin que vous
voyez, c'est l'invocation du diable ; on l'apporte pour nous souiller."
Philippe lui dit :
" Que la volonté du
Seigneur s'accomplisse !"
En même temps le
président Basse arriva, escorté de la foule dans laquelle les uns
s'apitoyaient, tandis que la colère, chez les autres, s'emportait aux plus
grands excès ; les Juifs surtout étaient les plus violents ; car le jugement de
l'Écriture contre eux est toujours vrai ; c'est d'eux que l'Esprit-Saint a dit
par son Prophète : Ils ont sacrifié au démon, et non à Dieu.
Le président commença l'interrogatoire ; il dit à Philippe :
" Immole des
victimes aux dieux."
Philippe répondit :
" Comment puis-je,
moi chrétien, honorer des pierres ?
- Tu ne peux refuser à
nos maîtres le tribut d'un sacrifice.
- Nous avons appris à
obéir aux princes, à offrir aux empereurs nos hommages : le culte, jamais.
- Mais à la fortune de la
ville tu ne refuseras pas un sacrifice. Vois comme sa statue est belle et
riante, avec quelle bienveillance elle admet à l'honneur de son service tout ce
peuple nombreux.
- Je vois bien qu'elle
vous plaît, puisque vous l'honorez ; pour moi je professe hautement que
l'oeuvre d'un homme, quel que soit son talent, ne pourra jamais m'arracher au
culte du Maître du ciel.
- Laisse-toi toucher par
cette statue d'Hercule si belle.
- Ah ! les malheureux,
dignes de toutes nos larmes ! ignorer à ce point la sainteté trois fois
adorable de la Divinité ! Infortunés que vous êtes, vous abaissez le ciel aux
proportions de la terre ; et, dans votre ignorance de la vérité, vous inventez
et vous fabriquez l'objet de votre culte ! Qu'est-ce donc que l'or, l'argent,
l'airain, le fer ou le plomb ? N'est-ce pas de la terre, cette terre qui dans
son sein les nourrit et les forme ?
Vous ignorez la divinité
du Christ, qu'aucune intelligence humaine ne peut ni mesurer ni comprendre; et
vous osez reconnaître quelque ombre de puissance dans ces dieux que la main
d'un ouvrier, peut-être appesanti par le sommeil ou par le vin, vous a façonnés
?
Si, par hasard, de son
travail sort une image plus parfaite, aussitôt à cette image vous attribuez la
puissance, vous la revêtez de la divinité. Convenez que vos maisons et vos
palais sont des ateliers de sacrilèges, où l'impiété se renouvelle sans cesse ;
car enfin, lorsque, pour les usages domestiques, vous brûlez quelque morceau de
bois, c'est la matière de votre dieu que vous brûlez.
Quelle excuse
donnerez-vous d'un pareil crime ? Vous dites, il est vrai : Ce bois n'était pas
un dieu ; mais je vous répondrai : Il pouvait le devenir, si l'ouvrier l'avait
voulu. Et vous ne comprenez pas dans quelles ténèbres vous êtes plongés ! Parce
que le marbre de Paros est beau, le Neptune qu'on y taillera en sera-t-il
meilleur ? Et parce que vous avez un bel ivoire, votre Jupiter en retirera-t-il
quelque attrait de plus, si vous l'y entaillez ?
Avouez que vos ouvriers
ont trouvé un excellent moyen d'accroître la valeur du métal qu'ils emploient ;
mais ce n'est pas au profit du dieu ; c'est au leur. Concluons donc que tout
cela n'est que de la terre, qu'il faut fouler aux pieds et non pas adorer.
Dieu, à notre sentiment, a fait la terre afin que nous en jouissions ; pour
vous, il paraîtrait qu'il ne l'a faite que comme une matière destinée à vous
fournir des dieux."
Basse se tourna vers Hermès :
" Toi, du moins,
sacrifie aux dieux.
- Non ; je suis chrétien.
- Quel est ton rang dans
la cité ?
- Je suis décurion ; mais
voici mon maître à qui j'obéis en tout.
- Si j'amène Philippe à
sacrifier, tu le suivras comme ton maître.
- Non, ni moi je suivrai
son apostasie, ni toi tu ne triompheras de sa vertu. Un même esprit, une même
force nous animent.
- Tu seras livré au feu,
si tu t'obstines dans cette fureur de la résistance.
- Les flammes dont tu me
menaces sont impuissantes ; tu ignores le feu éternel qui consume, dans
d'interminables souffrances, les disciples du diable.
- Sacrifie au moins à nos
maîtres, à nos empereurs ; en disant : Vie et puissance à nos princes !
- Nous aussi, nous
aspirons à la vie.
- Sacrifiez donc ;
dérobez-vous à ces chaînes, à ces tourments.
- Juge impie, jamais tu
ne nous amèneras à ton impiété ; tes menaces, loin de nous amollir, donnent à
notre foi plus de courage."
Basse furieux, forçant la voix, commanda qu'on les reconduisît en prison.
Pendant le trajet, des hommes osaient pousser Philippe avec violence ; souvent
le saint évêque roulait à terre. Mais il se relevait le visage joyeux, ne
témoignant ni indignation ni douleur. La stupeur avait envahi les âmes ; tous
étaient en admiration devant un vieillard qui souffrait avec joie tant de
cruelles insultes. Cependant les saints martyrs arrivèrent en chantant des
psaumes. Après quelques jours de prison, on leur offrit la maison d'un certain
Pancrace, où, sous la surveillance des soldats du gouverneur, ils devaient être
traités avec tous les égards de l'hospitalité.
Or, comme ils demeuraient dans cette maison, les frères accouraient en foule de
toutes parts auprès de ces saints confesseurs, qui les accueillaient avec bonté
et leur enseignaient les sacrés mystères. Le diable, témoin de cette affluence,
devint furieux de se voir enlever tous ses sujets ; c'est pourquoi, par la
trahison et les calomnies, il obtint un nouvel ordre de les remettre en
prison. Mais la prison était adossée au théâtre, en sorte qu'on avait pu y
ménager une communication secrète. Par cette voie, les prisonniers, pénétrant
dans l'enceinte réservée aux spectacles, pouvaient y recevoir la foule qui
accourait pour les visiter. Cette pieuse avidité était si grande et si
universelle, que la nuit même ne suspendait pas la visite des frères.
Sur ces entrefaites, Basse, à la fin de sa présidence annuelle, reçut un
successeur dans la personne de Justin. C'était un coeur pervers, incapable de
connaître Dieu et trop endurci pour le craindre. Ce changement causa aux frères
une grande douleur ; car Basse leur avait montré des égards, et, en présence de
la raison, il se laissait vaincre ; même depuis quelque temps sa femme était
convertie. A l'arrivée du nouveau président, Zoïle, le magistrat de la cité, au
milieu du grand concours des citoyens, fit amener Philippe devant Justin.
Justin lui dit :
" Tu es l'évêque des
chrétiens ?
- Je le suis, et je ne
puis le nier.
- Les empereurs, nos
maîtres, ont daigné ordonner à tous les chrétiens de sacrifier. S'ils refusent,
nous devons employer la contrainte, et contre l'obstination, le châtiment. Aie
donc pitié de ta vieillesse, et ne l'expose pas à des tortures que la jeunesse
aurait peine à supporter."
Philippe répondit :
" Des hommes, vos
semblables, font des lois, et vous les recevez; vous les gardez par la crainte
d'une rapide souffrance; combien plus nous devons, nous, obéir aux ordres de
notre Dieu, qui punit les coupables dans des supplices éternels !
- Il est juste d'obéir
aux empereurs.
- Je suis chrétien, et je
ne puis faire ce que tu m'ordonnes. Tu peux me punir, mais non me contraindre.
- Tu ne soupçonnes pas quels tourments vont t'atteindre.
- Me tourmenter, tu le peux
; me vaincre, jamais. Non, personne ne m'amènera à sacrifier à vos dieux.
- Je t'attacherai les
pieds, et tu seras traîné par la ville. Si tu survis, tu attendras en prison de
nouveaux supplices.
- Plaise à Dieu que ta
parole s'accomplisse avec tes désirs impies."
Alors Justin le fit attacher et traîner, ainsi qu'il avait dit. Bientôt le
corps du saint, heurtant avec violence contre un pavé inégal et rude, fut
couvert de blessures dans tous ses membres. Les mains des frères le
recueillirent et le reportèrent en prison.
Cependant, le prêtre Sévère, pour se soustraire aux recherches, se tenait caché
dans une retraite profonde, quand, poussé par un mouvement de l'Esprit-Saint,
il se présenta lui-même. Quand on l'eut amené à l'audience, Justin lui dit :
" Je dois en ce
moment te donner un conseil : ne te laisse pas séduire par la folie étrange
dont Philippe, votre docteur, vient d'être la victime. Sa fureur a été la seule
cause de son supplice. Obéis plutôt aux ordres de l'empereur. Épargne ton corps
; aime la vie ; attache-toi avec joie aux biens que t'offre le monde."
Sévère répondit :
" Il me faut être
fidèle et garder jusqu'à la fin les mystères.
- Réfléchis, d'un côté le
supplice, de l'autre le salut ; tu comprendras facilement qu'il y a avantage de
sacrifier aux dieux."
Mais le seul nom de
sacrifice excitait l'indignation et l'horreur de Sévère ; le président donna
l'ordre de le ramener en prison.
Hermès fut appelé. Justin lui dit :
" Ceux qui t'ont
précédé viennent de mépriser les ordres de l'empereur ; tu vas voir leur
châtiment. Garde-toi de vouloir partager leurs tortures ; songe à assurer ta
vie, la vie de tes enfants ; fuis le péril, sacrifie aux dieux."
Hermès répondit :
" Jamais. J'ai
grandi dans cette foi que je défends aujourd'hui ; car c'est depuis le berceau
que le saint, mon maître, a imprimé cette vérité dans mon âme. Je ne puis en
aucune manière abandonner la voie ; un faux pas serait un crime, déchire-moi à
ton gré, j'ai rendu témoignage à mon Dieu.
- Ton assurance n'a
d'autre fondement que l'ignorance des maux qui te menacent ; quand tu auras été
mis à la torture, tu te repentiras, mais trop tard."
Hermès répondit :
" Quelles que soient
les douleurs dont tu veux m'accabler, le Christ, pour qui nous souffrons, les
adoucira par ses Anges."
Justin le condamna à la prison. Mais, au bout de deux jours, adoucissant un peu
la sévérité de ses ordres, il mit les martyrs sous les lois de l'hospitalité, à
la garde d'un citoyen de la ville. Cet état dura peu. Un nouvel ordre les
ramena en prison ; et, pendant sept mois entiers, on les retint dans des
cachots infects, jusqu'à ce que Justin commandât de les conduire à Andrinople.
A leur départ d'Héraclée, la douleur et les regrets furent grands parmi les
frères.
Arrivés à Andrinople, les saints furent gardés dans la maison de campagne
Sempor, jusqu'à l'arrivée du gouverneur. Il vint enfin ; et, dès le lendemain
de son entrée, il fit dresser son tribunal aux Thermes, devant toute la foule
du peuple, et ordonna qu'on lui amenât Philippe.
" La délibération a
été longue, lui dit-il ; quelle est enfin ta résolution ? Car c'était pour te
préparer à un changement qu'un délai t'avait été accordé. Sacrifie donc, si tu
veux échapper au supplice et recouvrer la liberté."
Philippe répondit :
" Si notre prison
avait été volontaire, tu pourrais nous faire valoir comme une grâce le temps
qu'il t'a plu de nous y laisser; mais, comme cette prison n'a été qu'un
châtiment qu'il nous a fallu subir, de quel droit veux-tu que j'appelle une
libéralité le temps que tu nous y as retenus ? Je te l'ai déjà dit, je suis
chrétien ; à toutes tes questions ce sera ma réponse. Jamais je n'adorerai de
statues ; je n'adore que le Dieu éternel."
Le président le fit alors dépouiller de ses vêtements. Quand on lui eut enlevé
sa longue robe de lin, le président lui dit :
" Consens-tu à faire
ce que nous t'ordonnons ? Refuses-tu encore ?"
Philippe répondit :
" Je ne sacrifierai
pas."
A cette réponse, Justin donna l'ordre de le frapper de verges. Alors parut un
merveilleux prodige : toute la partie antérieure de sa tunique de lin demeurait
intacte sous les coups, tandis que l'autre se déchirait en mille endroits. Les
verges avaient profondément sillonné tous les membres ; l'oeil sondait dans le
corps jusqu'aux profondes retraites de la vie, les entrailles étaient mises à
nu ; et cependant l'athlète du Christ demeurait calme et tranquille. Justin fut
comme effrayé de tant de courage ; il ordonna de le reconduire en prison, et
fit amener Hermès.
Le juge répéta ses
menaces, les officiers de leur côté offraient au martyr les conseils de la
prudence ; niais ni les menaces ni la persuasion ne purent l'ébranler. Il était
aimé de tout le monde, et spécialement des appariteurs du juge ; car il avait
été magistrat et s'était attaché tous les officiers du gouverneur.
Saisissant cette occasion
de lui témoigner leur reconnaissance, ils s'agitaient avec une tendre
sollicitude pour le sauver ; le martyr sortit victorieux de ce nouveau combat
et rentra dans sa prison, que remplissait une joie immense : on rendait grâces
au Christ et on célébrait la défaite de Satan.
Cette première lutte
avait exalté le courage et multiplié les forces. Philippe lui-même, qui avait
été jusque-là d'une nature délicate et sensible, au point de ne pouvoir
souffrir qu'on le touchât, maintenant défendu par la protection des Anges, ne
ressentait plus aucune gêne.
Trois jours après, Justin se trouva au lieu des audiences publiques, fit amener
les martyrs, et dit à Philippe :
" D'où te vient
cette témérité qui t'emporte à mépriser la vie, et à refuser d'obéir aux ordres
de l'empereur ?
- Ce n'est point
témérité, mais j'adore le Dieu qui a tout créé et qui jugera les vivants et les
morts ; son amour et sa crainte m'inspirent, et je n'ose mépriser sa loi. J'ai
obéi de longues années aux empereurs, et, qu'ils me commandent des choses
justes, je m'empresserai de les exécuter ; car l'Ecriture divine a ordonné de
rendre à Dieu ce qui est à Dieu, et à César ce qui est à César. Je l'ai toujours
fait. Mais aujourd'hui il est temps de renoncer aux caresses du monde et de
ravir le ciel, en dédaignant la terre. Comprends donc que je suis chrétien, et
que je refuse de sacrifier aux dieux."
Justin s'adressa à Hermès :
" Si la vieillesse,
voisine de la mort, inspire à celui-ci le dégoût des biens d'ici-bas, tu
achèteras par un sacrifice des jours plus heureux.
- Je veux te montrer en
peu de mots et clairement, à toi et à tes assesseurs, ce que vaut le culte
odieux que tu pratiques.
Comment le mensonge
poursuit-il ainsi la vérité, le crime l'innocence, que l'homme enfin veuille
toujours attaquer l'homme ? Dieu n'avait pas créé dans ce monde un être plus
parfait que l'homme ; mais le diable s'est ingénié à profaner l'oeuvre du ciel.
Il a inventé ces dieux que vous honorez ; il vous a faits, par vos sacrifices,
les esclaves de son empire. Comme des chevaux qui prennent le mors aux dents,
n'obéissent plus aux rênes ni à la main qui les conduit, et, brisant le frein
salutaire qui les veut arrêter, vont, ignorants de la mort, se jeter dans les
précipices, vous, de même, la folie vous emporte ; vous méprisez la parole de
Dieu pour écouter et garder les conseils impies du diable. Mais le ciel a
parlé. Aux bons, la gloire ; aux méchants, l'infamie ; car la justice appelle
sur les uns la récompense, sur les autres le châtiment. Le prophète Zacharie
dit : Que le Seigneur te punisse, Ô Satan ! que le Seigneur te punisse, lui qui
a choisi Jérusalem. Ce bois à demi brûlé, n'est-ce pas un tison arraché aux
flammes ?
Quelle passion vous
pousse à chercher un refuge près d'une bûche brûlée, et qui vous donnera la
mort ? Si vous voulez brûler avec lui, laissez-nous du moins parcourir le
cercle étroit de cette vie terrestre, de manière à nous assurer les biens de
l'éternelle vie. Avec cet extérieur malpropre, des vêtements sales, des cheveux
mal peignés, vous prétendez honorer les tombeaux et les temples de vos, dieux ;
ce n'est point ainsi qu'on adore.
On dirait, au contraire,
que vous pleurez, et que vous portez dès avant le jugement la peine du péché.
Comment, devant ces folies, demeurez-vous aveuglés ? Votre libérateur vous
offre son secours, et vous n'accourez pas vers lui ! Les chiens à l'odeur
cherchent leur maître ; au coup de sifflet du guide qu'il a renversé sans le
savoir, le, cheval accourt et sait trouver son cavalier ; à la vue de l'étable,
le boeuf revient à son maître ; l'âne lui-même sait trouver le lieu où l'abrite
celui qui le nourrit. Mais Israël ignore son Seigneur, selon ce qui a été écrit
: Israël ne m'a pas connu, moi, le Seigneur de toutes choses ; ils n'ont pas
craint le jugement du juste.
Qu'ils périssent donc, ou
noyés dans les eaux d'un nouveau déluge, comme au temps de Noé ; ou épuisés de
faiblesse, comme les Israélites dans le désert, lorsque leurs genoux tremblants
se dérobaient sous eux ; ou enfin consumés dans les flammes, comme ceux qui
n'avaient pas observé la loi.
- Crois-tu donc pouvoir
faire de moi un chrétien ? dit Justin.
- Ce n'est pas toi
seulement, c'est chacun de ceux qui m'entourent ici que je voudrais convertir
au Christ. Du reste, ne compte pas que je sacrifie jamais à tes dieux."
Le président prit conseil de ses ministres et de son assesseur, puis il
prononça la sentence :
" Philippe et Hermès
ont méprisé les décrets de l'empereur ; en conséquence ils ont perdu les noms
et les droits du citoyen romain ; nous ordonnons qu'ils soient brûlés vifs,
afin que tous apprennent par cet exemple ce qu'il en coûte de mépriser les lois
de l'empire."
Aussitôt on fit sortir
les confesseurs ; ils marchaient vers le bûcher d'un pas joyeux. On eût dit les
deux chefs d'un grand troupeau, choisis au milieu de leurs nombreuses brebis,
pour être offerts au Dieu tout-puissant comme une hostie sainte.
Cependant Sévère restait seul en prison, comme un vaisseau abandonné sans
gouvernail à la merci des flots, ou comme une brebis tremblante égarée dans la
solitude, après avoir perdu son pasteur. Mais son âme s'exaltait dans une
immense joie à la nouvelle que ses maîtres étaient conduits au martyre, le terme
de toutes ses espérances. Il était tombé à genoux, et, dans sa prière mêlée de
gémissements et de larmes, il disait au Seigneur :
" Ô Dieu ! vous êtes
le port sûr et tranquille de tous ceux que la tempête agite, l'espérance de
ceux qui espèrent. Vous êtes le salut des malades, le secours des indigents, le
guide des aveugles, la miséricorde ouverte à tous ceux qui sont dans la peine ;
vous êtes un appui dans la fatigue, une lumière dans les ténèbres.
C'est vous qui avez
établi la terre sur ses fondements, donné des lois à la mer et distribué à
chacun des éléments son rôle et sa place dans la création. Dans votre seule
parole, le ciel et les astres, tous les êtres, ont trouvé leur perfection. Vous
avez sauvé Noé des eaux et comblé Abraham de richesses ; vous avez délivré
Isaac et préparé la victime qui devait le remplacer sur l'autel ; vous avez
donné à Jacob le bonheur et la gloire de lutter avec vous ; par vos Anges Lot a
été retiré de Sodome, la terre de malédiction ; Moïse vous a vu ; Jésus, fils
de Navé, a reçu de vous la sagesse, et vous avez daigné servir de guide à
Joseph dans son long exil ; puis arrachant votre peuple à la terre d'Égypte,
vous l'avez conduite jusqu'à la terre promise.
C'est vous qui avez
secouru dans la fournaise les trois enfants, que votre Majesté sainte a inondés
comme d'une rosée divine, pour les préserver des flammes ; c'est vous qui avez
fermé la gueule des lions, et donné à Daniel, avec la vie, un repas miraculeux
; vous n'avez pas laissé périr Jonas dans les profondeurs de la mer, ni sous la
dent du monstre cruel envoyé pour l'engloutir ; vous avez donné des armes à
Judith et délivré Suzanne de l'injustice de ses juges ; par vous, Esther a reçu
la gloire, tandis que vous ordonniez de faire périr Aman.
C'est vous enfin qui nous
avez amenés des ténèbres à l'éternelle lumière, Ô vous, le Père de
Notre-Seigneur Jésus-Christ ; vous êtes vous-même cette lumière toujours
victorieuse ; et c'est vous qui m'avez donné le signe de la croix et du Christ.
Ne me rejetez pas,
Seigneur, comme indigne des souffrances qu'ont méritées mes collègues ;
donnez-moi plutôt une part à leur couronne, afin que je sois réuni dans la
gloire avec ceux dont j'ai pu partager. la prison. Après avoir avec eux
confessé votre nom à jamais adorable et affronté comme eux les cruels tourments
du juge, faites que j'aie le bonheur de jouir avec eux du repos."
Telle était la prière de
Sévère ; ces ardents désirs de la foi furent exaucés, et dès le lendemain il
mérita de recevoir la grâce du martyre.
Quant à Philippe, il fallut le porter la douleur de ses pieds, après tant de
tortures, ne lui permettait pas de marcher. Hermès, retardé lui aussi par de
semblables souffrances, le suivait en boitant. Il causait doucement avec
Philippe :
" Hâtons-nous
d'arriver auprès du Seigneur; nos pieds ne doivent plus nous inquiéter beaucoup
; tout à l'heure nous n'en aurons plus besoin. Les besoins de la vie présente
pourront suspendre leur office, quand nous serons entrés dans le royaume du
ciel."
Puis s'adressant à la
multitude qui les suivait, il ajouta :
" Ces souffrances,
Dieu me les avait fait connaître par révélation. Tandis que je dormais, je crus
voir une colombe blanche comme la neige. Elle entra dans ma chambre et se
reposa sur ma tête ; puis elle descendit sur ma poitrine et m'offrit une
nourriture délicieuse; je compris que le Seigneur m'appelait et me jugeait
digne du martyre."
Pendant qu'il parlait, on arriva au lieu de l'exécution. D'abord les bourreaux,
selon la coutume, recouvrirent de terre les pieds du bienheureux Philippe
jusqu'aux genoux, et lui lièrent les mains derrière le dos avec une corde
qu'ils fixèrent avec des clous. Puis ils ordonnèrent à Hermès de descendre de
même dans la, fosse.
Hermès, qui soutenait avec peine sur un bâton ses pas chancelants, se prit à rire
de cet ordre et dit :
" Comment, diable,
même ici tu ne saurais me soutenir !"
On jeta aussitôt de la
terre sur ses pieds ; mais avant qu'on allumât le bûcher, le malheureux Hermès
appela dans la foule des spectateurs un des frères nommé Véloge. Il lui fit
jurer par le nom sacré de Notre Seigneur Jésus-Christ qu'il porterait à
Philippe, son fils, les dernières volontés d'un père mourant, et lui dirait de
payer fidèlement tout ce qu'il pouvait laisser de dettes en mourant, parce que
tel est le précepte du Roi de l'univers, qui a ordonné de rendre de bon coeur à
chacun les biens que nous en avons reçus.
" Que mon fils soit
donc fidèle à faire cette restitution, pour ne pas laisser à son père une cause
d'expiation et de souffrance."
Le saint martyr voulait
parler des nombreux dépôts que la confiance des fidèles avait remis en ses
mains.
Il ajouta avec une
tendresse toute paternelle :
" Tu es jeune ;
cherche ta vie dans le travail, comme faisait ton père ; à son exemple, vis
toujours dans la paix et l'union avec le prochain."
Quand il eut achevé, les
bourreaux lui lièrent les mains derrière le dos et mirent le feu au bûcher. Au
milieu des flammes, tant que les martyrs purent formuler une parole, on
entendit leurs cantiques ; quand leurs forces furent épuisées, l'Amen annonça
que tout était consommé.
On trouva le bienheureux Philippe les bras étendus, comme dans la prière. Le
corps du vieillard s'était renouvelé dans l'éclat de la jeunesse ; il semblait
encore provoquer l'ennemi, et chercher une couronne dans de nouveaux supplices
et de nouveaux combats. De même le visage du bienheureux Hermès était intact ;
une couleur de vie animait ses traits ; seulement, comme trace du combat qu'il
venait de soutenir, l'extrémité de ses oreilles était demeurée légèrement livide.
A cette vue, tous ensemble, on rendit grâces au Dieu tout-puissant, qui donne
la gloire et la couronne à ceux qui espèrent en lui.
Le diable ne put voir, sans dépit, tant de merveilles ; l'inspira à Justin de
jeter dans l'Ebre les corps des martyrs. En apprenant cette nouvelle cruauté,
les fidèles d'Andrinople préparèrent leurs filets et montèrent sur leurs
barques , dans l'espérance que quelqu'un d'eux aurait le bonheur de retrouver
une si riche proie. Dieu ne fut pas sourd à leurs voeux; presque aussitôt les
saintes reliques tombèrent dans les filets et furent retirées entières. Ce
trésor, plus précieux que l'or et les plus riches perles, fut caché à douze
milles, d'Héraclée, dans une ville que l'on appelle dans la langue du pays
Ogetistyron, c'est-à-dire, en notre langue, le lieu des possesseurs. En ce lieu
se trouvaient des sources nombreuses ; un bois, de riches moissons, des vignes
en faisaient l'ornement. Mais aujourd'hui la Majesté divine y multiplie les
miracles, pour prouver à tous qu'il ne peut laisser dans l'obscurité ses
serviteurs, quand on a vu jusqu'aux abîmes profonds d'un fleuve les restituer
d'eux-mêmes à notre vénération. C'est ainsi qu'il nous avertit de ne pas
trembler devant les supplices, mais plutôt de tendre avec ardeur vers la
couronne.
Amen.
SAINT PHILIPPE
Philippe fut diacre puis
prêtre, à Héraclée en Thrace (pays à l'ouest de Constantinople), depuis des
années et devant le zèle employé au service de l'Église, il fut nommé évêque à
l'unanimité, jugé digne de l'être en ces temps apostoliques.
Il mena son Église d'une
façon très habile lors des persécutions de Dioclétien et forma de
nombreux disciples comme le prêtre Sévère ou le diacre Hermès. Ce dernier avait
été le premier magistrat de la ville, reconnu pour son zèle et sa charité.
Les premiers édits de Dioclétien
contre la religion chrétienne à peine publiés, Aristomaque, commandant de la
garnison, vint fermer l'église d'Héraclée. Le Saint évêque dit au
commandant: Pensez-vous que notre Dieu est enfermé dans ses murs
? Vous ne savez donc pas que c'est surtout dans le coeur des ses
serviteurs qu'Il fait sa demeure ?
Le lendemain, des
officiers vinrent placer les scellés sur les livres saints et sur les vases
sacrés. Les fidèles commencèrent à se mettre en colère, mais Philippe les
apaisa par ses discours.
Le gouverneur Bassus fit
arrêter Philippe avec plusieurs chrétiens et les fit paraître devant lui. Il
demanda: Lequel d'entre vous est le docteur des chrétiens ? C'est
moi, répondit Philippe.
Alors Bassus demanda
qu'on lui livre les vases d'or et d'argent et les livres. L'évêque voulut bien
lui remettre les vases par charité mais refusa de donner les livres saints.
Devant ce refus, Bassus fit martyriser Philippe par un bourreau cruel,
Muccapor. Entre-temps, le diacre Hermès essayait de démontrer à Bassus que la
destruction des livres ne servirait à rien, car il ne pourrait jamais supprimer
la parole de Dieu. Son zèle irrita Bassus qui le fit fouetter.
Hermès, accompagné de
Publius ministre du gouverneur, se rendirent là où se trouvaient les vases et
les livres sacrés. Sur place, Publius essaya d'en voler plusieurs mais le
diacre le lui reprocha. En riposte, Publius mit en sang le visage d'Hermès en
le frappant violemment.
Avert, Bassus condamna
Publius et fit soigner Hermès, puis il distribua les vases et les livres à ses
officiers. Pour plaire aux idolâtres, il fit enlever le toit de l'église et
brûler les livres.
Pendant ce temps,
Philippe prononça un discours devant le peuple présent : même leurs
temples d'idoles brûlaient, comme celui d'Hercule, protecteur de la
ville… Apparut alors Caliphronius,prêtre païen, avec tout un cortège
suivi du gouverneur, acclamé par le peuple et même par certains juifs, pour se
moquer des chrétiens.
Bassus demanda à Philippe
de sacrifier au dieu Hercule devant une très belle statue qui le réprésentait.
Philippe refusa, alors Bassus demanda à Hermès de le faire, mais ce dernier
refusa aussi.
Le gouverneur donna
l'ordre de les mettre en prison. Sur le parcours, on poussa Philippe à
plusieurs reprises et à chaque fois il tombait dans la boue. Les martyrs
entrèrent dans la prison en chantant des psaumes d'actions de grâces. Quelques
jours après, ils eurent l'autorisation de se rendre dans la maison de
Pancrace,située à côté. Alors beaucoup de chrétiens purent les voir. A cause de
cela on les remit en prison. Cependant, une issue secrète du côté du
théâtre leur permettait de sortir la nuit pour voir leurs frères.
Bassus fut remplacé par
Justin qui était beaucoup plus cruel envers les chrétiens.
Zoïle, magistrat de la
ville, fit venir Philippe et,selon les ordres de l'empereur, lui demanda de
sacrifier. Sur son refus, Justin le fit attacher par les pieds à une corde
reliée à un cheval, et on le traîna ainsi dans la rue.
Le prêtre Sévère et le
diacre Hermès furent aussi interrogés et subirent le même sort que leur évêque.
On les enferma ensuite tous les trois pendant sept mois, puis on les sortit de
prison pour les emmener à la campagne où ils furent enfermés dans une maison.
Le lendemain, Justin tint
sa cour aux Thermes et ayant fait chercher Philippe, il le fit battre
de verges si fort que l'on voyait ses entrailles. Hermès allaient subir le même
sort mais les officiers de la cour demandèrent grâce pour lui car il avait été
décurion ou principal magistrat d'Héraclée et qu'il avait toujours été très
juste avec eux.
Ils furent reconduits en
prison.
Trois jours après, de
nouveau devant le tribunal on leur demanda à nouveau de sacrifier.
Hermès essaya de convaincre Justin de son erreur idolâtre. Ce dernier,
comprenant qu' Hermès voulait le convertir, se mit en colère. Ayant délibéré
avec son conseil, ilcondamna Philippe et Hermès à être brûlés. Philippe fut
porté au supplice car il ne pouvait plus marcher à cause des ses blessures.
Hermès, souffrant des pieds, lui dit: Maître hâtons-nous d'aller au
Seigneur, puis, se tournant vers ceux qui le suivaient, il leur
dit: Le Seigneur m'a révélé que je dois souffrir. M'étant endormi, il y a
quelques jours, il me sembla voir une colombe aussi blanche que la neige, qui
entrant dans ma chambre vint se reposer sur la tête; elle descendit ensuite sur
la poitrine et me présenta un mets d'un goût délicieux. (Fleury pense à
l'eucharistie que les martyrs reçoivent avant le combat).
Arrivés au lieu du
supplice, ils mirent Philippe enterré jusqu'aux genoux dans une fosse, les
mains attachées à un pieu derrière le dos, puis ils allumèrent le bûcher.
Les corps furent
retrouvés entiers. Philippe avait les bras étendus comme pour la prière et
Hermès avait le visage intact. Julien ordonna de jeter les corps dans l'Hèbre,
mais des chrétiens les récupérèrent et les cachèrent à Ogestiron, à deux milles
de la ville.
Le prêtre Sévère,
toujours en prison, subit le même sort trois jours après.
Ces faits datent des
premiers édits de Dioclétien.
SOURCE : http://www.la-banquise-de-mortimer.com/2019/10/saint-philippe.html
LE
MARTYRE DE SAINT PHILIPPE, ÉVÊQUE D'HÉRACLÉE. L'AN 304.
L'empereur Dioclétien
tomba gravement malade vers la fin de l'année 303, et la direction des affaires
publiques passa en Occident aux mains d'Hercule, en Orient aux mains de Galère.
L'exercice sans contrôle du pouvoir par ces deux hommes annonçait aux chrétiens
une recrudescence dans la persécution. Elle se produisit pendant les premiers
mois de l'année 304.
L'apathie, la répugnance
ou la secrète bienveillance des gouverneurs de province étaient débordées par
les ordres précis qui leur étaient envoyés ; ils devaient se hâter de procéder
à la destruction des églises, à 1g confiscation des livres et à l'arrestation
des clercs. Le préfet de la Thrace, Bassus, malgré ses dispositions
conciliantes, ne pouvait plus, sans se perdre, prolonger le statu quo ; le terme
de son gouvernement approchait, et il avait à craindre que son successeur, à
son entrée en charge, ne dénonçât aux empereurs l'infraction à leurs édits
commise par celui qui avait pour mission de les faire exécuter. Les chrétiens
se sentaient à la veille des catastrophes et s'y préparaient ; ce fut pendant
une exhortation de l'évêque Philippe d'Héraclée à ses fidèles, que survint
l'officier de police chargé d'apposer les scellés sur l'église.
Le successeur de Bassus,
Justin, païen zélé, poursuivit le procès commencé.
BOLL., 22/X, Octob., IX,
636—553. — RUINART, Act. sinc., p. 442 suiv. — P. ALLARD, Hist. des
Perséc., t. IV, p. 251-259, 312-320.
LES
ACTES DE SAINT PHILIPPE D'HÉRACLÉE.
Philippe fut éprouvé
d'abord en qualité de diacre, ensuite avec celle de prêtre dans les travaux que
l'Église impose à ses ministres.
Son application à ses
devoirs lui avait valu la louange des hommes, et ses vertus, les joies de la
conscience ; l'honnêteté de ses moeurs l'avait en même temps mis à l'abri de
tout reproche. Ce fut donc du consentement des frères qu'il fut enfin élevé à
la dignité épiscopale. Confirmant alors dans la foi ses disciples, le prêtre
Sévère et le diacre Hermès, par de fréquents entretiens, il eut le bonheur de
les voir partager non seulement ses pensées, mais encore la gloire de sa
passion ; en sorte qu'après les avoir eus pour ministres dans l'offrande du
glorieux mystère, il les eut pour compagnons dans son martyre.
Malgré la menace de la
persécution, son coeur ne se. laissa point troubler. Un grand nombre lui
conseillaient de quitter la ville ; il s'y refusa, nous apprenant par son
exemple à ambitionner de tels supplices et non à les craindre. Il dit : «Que la
volonté de Dieu s'accomplisse!» et demeura dans son église, où il exhortait
chacun à la patience. « Frères, disait-il, vous dont la foi est sincère, les
temps annoncés par les prophéties sont proches. Le siècle penche vers sa ruine
; il semble rouler le cercle de ses derniers jours. Le diable dans sa rage
obstinée nous menace ; le pouvoir lui a été donné pour un peu de temps ; il
vient, non point, il est vrai, pour perdre les serviteurs du Christ, mais pour
les éprouver. Le jour de l'Épiphanie approche ; c'est un avertissement de nous
préparer à la gloire. Que ni les menaces des impies, ni leurs tourments ne vous
épouvantent ; car le Christ donne à ses soldats la patience de souffrir et la
récompense de tous les supplices qu'ils endurent. J'ai la confiance que tous
les efforts de nos ennemis sont inutiles. »
Le bienheureux Philippe
parlait encore, quand l'homme de police de la cité, Aristomaque, arriva pour
fermer l'église des chrétiens, en y apposant les scellés de la part du
gouverneur. Philippe dit : « Homme crédule, qui t'imagines que le Dieu
tout-puissant habite plutôt dans des murs de pierre que dans les coeurs des
hommes. Tu ignores cette parole d'Isaïe : « Le ciel est mon trône, et la terre
est l'escabeau de mes pieds. Quelle maison espérez-vous donc me construire ? »
Le lendemain, l'homme de police vint faire l'inventaire de tout le mobilier de
l'église et y apposa le sceau de l'empereur. Tous étaient tristes; Philippe
avec Sévère, Hermès et les autres, s'interrogeait, plein d'anxiété, sur son
propre devoir. Appuyé contre la porte, il ne permettait pas que personne
s'éloignât du siège qui lui avait été confié. Il parlait de l'avenir. A quelque
temps de là, les frères étant réunis à Héraclée pour célébrer le jour du
Seigneur, le président Basse trouva Philippe, environné de tous les fidèles,
debout à la porte de l'église. Basse voulut les juger séance tenante ; il
s'assit et les fit approcher ; puis, s'adressant à Philippe et à la foule : «
Qui de vous est le maître des chrétiens, le docteur de leur Eglise ?» Philippe
répondit : « C'est moi que tu cherches. » Basse continua : « Tu connais la loi
de l'empereur qui défend aux chrétiens de tenir des réunions ; il veut que dans
tout l'univers les hommes de cette secte se convertissent aux idoles ou soient
mis à mort. Ainsi donc tous les vases que vous avez, qu'ils soient d'or ou
d'argent ou de toute autre matière, quel que soit d'ailleurs le prix du
travail, de même aussi les Ecritures que vous lisez et que vous enseignez,
seront soumis à l'examen de notre puissance. Que si vous ne le faites pas de
bon gré, vous y serez réduits par les tourments. » Philippe répondit : « S'il
te plaît de nous faire souffrir, notre âme est prête.
Prends donc ce corps
infirme, déchire-le comme tu voudras, mais ne t'attribue pas un pouvoir
quelconque sur mon âme. Quant aux vases que tu demandes, prends-les, nous n'y
sommes pas attachés. Ce n'est pas avec un métal précieux, c'est par la crainte
de Dieu que nous honorons le Seigneur ; c'est la beauté du coeur, et non
l'ornement d'une église, qui plaît au Christ. Quant à nos Ecritures, tu ne peux
les recevoir, et il serait indigne à moi de te les livrer. »
Le président fit
approcher les bourreaux. Mucapor entra : c'était une sorte de monstre bestial.
Le président appela le prêtre Sévère ; on ne le trouva pas, il fit alors
torturer Philippe. Le supplice se prolongeait sans mesure, lorsque Hermès
s'écria : « Juge, avec tes impitoyables recherches quand même on te livrerait
tous nos saints Livres, et qu'il ne resterait plus aucune trace écrite de cette
vénérable tradition dans tout l'univers, nos fils, fidèles à la mémoire de
leurs pères, et animés par le zèle de leur propre salut, auraient bientôt
refait des volumes en plus grand nombre, et ils enseigneraient avec d'autant
plus d'ardeur la crainte respectueuse que nous devons au Christ. » On le
fouetta longtemps ; ensuite il entra dans le lieu où l'on conservait cachés
tous les vases sacrés ainsi que les Écritures. Il y fut suivi par Publius,
l'assesseur du président, homme avide et voleur. Il se mit aussitôt à détourner
avec adresse quelques-uns des vases dont on avait fait l'inventaire. Hermès
voulut . blâmer son audace et l'arrêter ; l'autre lui meurtrit le visage au
point que le sang jaillit en abondance. Basse, l'ayant appris, fit venir Hermès
; la vue de son visage tout sanglant l'irrita contre Publius, et il fit soigner
la victime. Les vases, ainsi que toutes les Écritures, furent, par ordre du
président, remis aux mains d'un officier. Il fit ensuite conduire au forum
Philippe et tous les autres, entourés de gardes.
Pendant que la foule
roulait vers le forum, le président chargea les soldats d'y porter toutes les
Écritures, et il se rendit au palais. Le toit de l'église des chrétiens fut
dépouillé de ses ornements. On activait à coups de fouet la répugnance de ceux
qui étaient chargés de cet office, de . peur qu'ils ne fussent trop lents à
détruire. Pendant ce temps on alluma des feux sur le forum dans lesquels on
jeta toutes les Écritures divines. Les flammes s'élancèrent vers le ciel si
impétueuses et si menaçantes que les spectateurs pris de peur s'enfuirent.
Quelques-uns cependant, au milieu de cette exécution, étaient demeurés sur le
forum qui sert de marché à la ville, et entouraient le bienheureux Philippe.
Quand la nouvelle de ce
malheur arriva, le saint prit la parole : « Habitants d'Héraclée, juifs et
païens, à quelque secte, à quelque religion que vous apparteniez, sachez que
l'heure des derniers temps n'est pas éloignée, cette heure que l'Apôtre nous
apprenait à craindre, lorsqu'il disait : « Voilà que du haut du ciel la colère
de « Dieu va se révéler pour punir l'impiété et l'injustice « des hommes. » Sur
Sodome autrefois a pesé la juste colère de Dieu, à cause des crimes de. ses
habitants. Si donc les habitants d'Héraclée redoutent le jugement de Sodome,
qu'ils fuient ses injustices, et recherchent enfin le Dieu qui s'est réservé le
jugement ; qu'ils abandonnent le vain culte des pierres et assurent leur salut.
Ceux qui dans l'Orient ont vu les feux de Sodome ont eu là un signe du
jugement, un exemple de la colère de Dieu. Mais ces feux ne devaient pas être
seulement manifestés en Orient ; la Sicile et même l'Italie ont eu aussi leur
merveilleux enseignement. Le saint homme Lot avec ses filles fut arraché par
les Anges à la ville de Sodome, parce qu'il était exempt de péché et plein
d'horreur pour les crimes de ses concitoyens. De même autrefois, en Sicile, une
immense quantité d'eau s'élança de la bouche du cratère divin, en même temps
qu'une flamme vengeresse descendait du ciel pour punir les pécheurs. Tout fut
consumé, à l'exception de deux jeunes vierges qui échappèrent au danger. Même
au milieu de la frayeur universelle, la prudence ne les avait point abandonnées
: leur père était accablé par la vieillesse et les infirmités, elles
l'emportèrent pieusement dans leurs bras. Mais en cherchant à échapper à
l'incendie, le doux fardeau qu'elles portaient les arrêta dans leur fuite ; un
cercle de flammes pétillantes les environnait, et elles se virent contraintes
d'essayer un moyen de salut désespéré. Le Christ tout-puissant ne voulut pas
laisser succomber tant de piété filiale et de dévouement. Par le secours
sensible de sa majesté souveraine, il rendit le père à ses enfants et les
enfants à leur père, en sorte que l'on put comprendre que ce n'était pas Dieu
qui avait manqué, mais bien plutôt le mérite et la vertu à tous ceux qui furent
les victimes de l'incendie. Aussitôt donc s'ouvrit pour les vierges une voie
libre et sûre, et partout où elles dirigeaient leurs pas, vous eussiez vu la
flamme tracer, comme en se jouant, la route devant elles. Le feu suspendait son
souffle embrasé ; doux et caressant comme le zéphir, il embellissait même tous
les lieux sur leur passage ; on eût dit qu'à la volonté de ces vierges tout
s'animait d'une nouvelle vie.
« Telle était donc la sainteté de leurs
mérites et la puissance de leur piété filiale, que le feu respectait non
seulement leurs personnes, mais encore les endroits par où elles passaient. Ce
lieu que la flamme n'avait pas osé toucher s'appela depuis la Piété, il a
conservé jusqu'aujourd'hui ce nom glorieux qui devra, mieux que tous nos
écrits, transmettre à nos descendants le souvenir du miracle. Quant à ce feu
intelligent, c'était sans aucun doute le feu divin qui, juge et vengeur de
toutes nos actions, descend souvent du ciel sur la terre, et brûle tout ce
qu'il y trouve d'inutile. Autrefois la pensée de ce feu inspira je ne sais quel
amour de la mort à Hercule, en lui persuadant que les hommes dévorés par les
flammes deviennent des dieux ; et l'infortuné héros se brûla sur le mont Igie.
Il est vrai que le médecin Esculape, frappé de la foudre sur le mont Cynosyris,
trouva dans ce feu comme une consécration divine aux yeux des gentils insensés,
qui se prirent à honorer en lui ce qui n'était, certes, pas une puissance
quelconque, mais le juste châtiment de ses crimes et sa triste fin. Assurément
ils n'auraient pas imaginé en lui tant de puissance s'il eût continué à vivre.
C'est ce même feu qui a brûlé ce que les Éphésiens appellent leur dieu, brûlé
le Capitole et le temple de la ville de Rome, brûlé l'empereur Héliogabale ; ce
même feu qui n'a point épargné dans Alexandrie l'asile de Sérapis, dévorant à
la fois le temple et son Dieu.
« Qui donc, dites-le-moi,
pourrait espérer encore du secours de ces vaines idoles, qui non seulement ne
peuvent se donner l'être, mais ne sauraient même se le conserver ? Un tel dieu
est créé par celui qui l'adore ; et si par hasard le matin il devient la proie
des flammes, le soir l'activité vigilante de l'ouvrier l'a remis en état. Tant
qu'on pourra trouver des pierres et du bois, les dieux ne manqueront point
parmi les hommes. Dans Athènes, le dieu Bacchus a volontiers laissé brûler son
temple, sachant que la foudre consacrerait sa divinité. Minerve avec sa lance a
brûlé de même ; ni la tête de la Gorgone qui défend sa poitrine, ni l'éclat de
son armure aux mille couleurs n'ont pu la défendre ; plus heureuse, si elle eût
continué à tourner ses fuseaux ! De même à Delphes, le temple d'Apollon, que la
tempête avait déjà renversé, fut aussi consumé par un feu mystérieux. Mais celui
qui punit respecte partout sa grâce ; s'il éprouve l'homme juste, ce n'est plus
une flamme qui châtie, c'est une lumière qui fait éclater la vertu. »
Pendant ce long discours,
Hermès aperçoit le prêtre Cataphrons et ses ministres, qui portaient aux idoles
des mets impies, de sacrilèges offrandes. Aussitôt il dit aux fidèles qui
l'environnaient : « Ce festin que vous voyez, c'est l'invocation du diable ; on
l'apporte pour nous souiller. » Philippe lui dit : « Que la volonté du Seigneur
s'accomplisse ! » En même temps le président Basse arriva, escorté de la foule
dans laquelle les uns s'apitoyaient, tandis que la colère, chez les autres,
s'emportait aux plus grands excès ; les Juifs surtout étaient les plus violents
; car le jugement de l'Écriture contre eux est toujours vrai ; c'est d'eux que
l'Esprit-Saint a dit par son Prophète : « Ils ont sacrifié au démon, et non à
Dieu. »
Le président commença
l'interrogatoire ; il dit à Philippe : « Immole des victimes aux dieux. »
Philippe répondit : « Comment
puis-je, moi chrétien, honorer des pierres ?
— Tu ne peux refuser à
nos maîtres le tribut d'un sacrifice.
— Nous avons appris à
obéir aux princes, à offrir aux empereurs nos hommages : le culte, jamais.
— Mais à la fortune de la
ville tu ne refuseras pas un sacrifice. Vois comme sa statue est belle et
riante, avec quelle bienveillance elle admet à l'honneur de son service tout ce
peuple nombreux.
— Je vois bien qu'elle
vous plaît, puisque vous l'honorez ; pour moi je professe hautement que
l'oeuvre d'un homme, quel que soit son talent, ne pourra jamais m'arracher au
culte du Maître du ciel.
— Laisse-toi toucher par
cette statue d'Hercule si belle.
— Ah ! les malheureux,
dignes de toutes nos larmes ! ignorer à ce point la sainteté trois fois
adorable de la Divinité ! Infortunés que vous êtes, vous abaissez le ciel aux proportions
de la terre ; et, dans votre ignorance de la vérité, vous inventez et vous
fabriquez l'objet de votre culte ! Qu'est-ce donc que l'or, l'argent,
l'airain, le fer ou le plomb ? N'est-ce pas de la terre, cette terre qui dans
son sein les nourrit et les forme ? Vous ignorez la divinité du Christ,
qu'aucune intelligence humaine ne peut ni mesurer ni comprendre; et vous osez
reconnaître quelque ombre de puissance dans ces dieux que la main d'un ouvrier,
peut-être appesanti par le sommeil ou par le vin, vous a façonnés ? Si, par
hasard, de son travail sort une image plus parfaite, aussitôt à cette image
vous attribuez la puissance, vous la revêtez de la divinité. Convenez que vos maisons
et vos palais sont des ateliers de sacrilèges, où l'impiété se renouvelle sans
cesse ; car enfin, lorsque, pour les usages domestiques, vous brûlez quelque
morceau de bois, c'est la matière de votre dieu que vous brûlez. Quelle excuse
donnerez-vous d'un pareil crime? Vous dites, il est vrai : Ce bois n'était pas
un dieu ; mais je vous répondrai : Il pouvait le devenir, si l'ouvrier l'avait
voulu. Et vous ne comprenez pas dans quelles ténèbres vous êtes plongés !
Parce que le marbre de Paros est beau, le Neptune qu'on y taillera en sera-t-il
meilleur ? Et parce que vous avez un bel ivoire, votre Jupiter en retirera-t-il
quelque attrait de plus, si vous l'y entaillez ? Avouez que vos ouvriers ont
trouvé un excellent moyen d'accroître la valeur du métal qu'ils emploient ;
mais ce n'est pas au profit du dieu ; c'est au leur. Concluons donc que tout
cela n'est que de la terre, qu'il faut fouler aux pieds et non pas adorer.
Dieu, à notre sentiment, a fait la terre afin que nous en jouissions ; pour
vous, il paraîtrait qu'il ne l'a faite que comme une matière destinée à vous
fournir des dieux. »
Basse se tourna vers
Hermès : « Toi, du moins, sacrifie aux dieux.
— Non ; je suis chrétien.
— Quel est ton rang dans
la cité ?
— Je suis décurion ; mais
voici mon maître à qui j'obéis en tout.
— Si j'amène Philippe à
sacrifier, tu le suivras comme ton maître.
— Non, ni moi je suivrai
son apostasie, ni toi tu ne triompheras de sa vertu. Un même esprit, une même
force nous animent.
— Tu seras livré au feu,
si tu t'obstines dans cette fureur de la résistance.
— Les flammes dont tu me
menaces sont impuissantes ; tu ignores le feu éternel qui consume, dans
d'interminables souffrances, les disciples du diable.
— Sacrifie au moins à nos
maîtres, à nos empereurs ; en disant : Vie et puissance à nos
princes !
— Nous aussi, nous
aspirons à la vie.
— Sacrifiez donc ;
dérobez-vous à ces chaînes, à ces tourments.
— Juge impie, jamais tu
ne nous amèneras à ton impiété; tes menaces, loin de nous amollir, donnent à
notre foi plus de courage. »
Basse furieux, forçant la
voix, commanda qu'on les reconduisît en prison. Pendant le trajet, des hommes
osaient pousser Philippe avec violence ; souvent le saint évêque roulait à
terre. Mais il se relevait le visage joyeux, ne témoignant ni indignation ni
douleur. La stupeur avait envahi les âmes ; tous étaient en admiration devant
un vieillard qui souffrait avec joie tant de cruelles insultes. Cependant les
saints martyrs arrivèrent en chantant des psaumes. Après quelques jours de
prison, on leur offrit la maison d'un certain Pancrace, où, sous la
surveillance des soldats du gouverneur, ils devaient être traités avec tous les
égards de l'hospitalité. Or, comme ils demeuraient dans cette maison, les
frères accouraient en foule de toutes parts auprès de ces saints confesseurs,
qui les accueillaient avec bonté et leur enseignaient les sacrés mystères. Le
diable, témoin de cette affluence, devint furieux de se voir enlever tous ses
sujets ; c'est pourquoi, par la trahison et les calomnies, il obtint un nouvel
ordre de les remettre en prison. Mais la prison était adossée au théâtre, en
sorte qu'on avait pu y ménager une communication secrète. Par cette voie, les
prisonniers, pénétrant dans l'enceinte réservée aux spectacles, pouvaient y
recevoir la foule qui accourait pour les visiter. Cette pieuse avidité était si
grande et si universelle, que la nuit même ne suspendait pas la visite des
frères.
Sur ces entrefaites,
Basse, à la fin de sa présidence annuelle, reçut un successeur dans la personne
de Justin. C'était un coeur pervers, incapable de connaître Dieu et trop
endurci pour le craindre. Ce changement causa aux frères une grande douleur ;
car Basse leur avait montré des égards, et, en présence de la raison, il se
laissait vaincre ; même depuis quelque temps sa femme était convertie. A
l'arrivée du nouveau président, Zoïle, le magistrat de la cité, au milieu du
grand concours des citoyens, fit amener Philippe devant Justin.
Justin lui dit : « Tu es
l'évêque des chrétiens ?
— Je le suis, et je ne
puis le nier.
— « Les empereurs, nos
maîtres, ont daigné ordonner à tous les chrétiens de sacrifier. S'ils refusent,
nous devons employer la contrainte, et contre l'obstination, le châtiment. Aie
donc pitié de ta vieillesse, et ne l'expose pas à des tortures que la jeunesse
aurait peine à supporter. « Philippe répondit : « Des hommes, vos semblables,
font des lois, et vous les recevez; vous les gardez par la crainte d'une rapide
souffrance; combien plus nous devons, nous, obéir aux ordres de notre Dieu, qui
punit les coupables dans des supplices éternels !
— Il est juste d'obéir
aux empereurs.
— Je suis chrétien, et je
ne puis faire ce que tu m'ordonnes.
Tu peux me punir, mais
non me contraindre.
— Tu ne soupçonnes pas
quels tourments vont t'atteindre.
— Me tourmenter, tu le
peux; me vaincre, jamais. Non, personne ne m'amènera à sacrifier à vos dieux.
— Je t'attacherai les
pieds, et tu seras traîné par la ville. Si tu survis, tu attendras en prison de
nouveaux supplices.
— Plaise à Dieu que ta
parole s'accomplisse avec tes désirs impies. » Alors Justin le fit
attacher et traîner, ainsi qu'il avait dit. Bientôt le corps du saint, heurtant
avec violence contre un pavé inégal et rude, fut couvert de blessures dans tous
ses membres. Les mains des frères le recueillirent et le reportèrent en prison.
Cependant, le prêtre
Sévère, pour se soustraire aux recherches, se tenait caché dans une retraite
profonde, quand, poussé par un mouvement de l'Esprit-Saint, il se présenta
lui-même. Quand on l'eut amené à l'audience, Justin lui dit ; « Je dois en ce
moment te donner un conseil : ne te laisse pas séduire par la folie étrange
dont Philippe, votre docteur, vient d'être la victime. Sa fureur a été la seule
cause de son supplice. Obéis plutôt aux ordres de l'empereur. Épargne ton corps
; aime la vie ; attache-toi avec joie aux biens que t'offre le monde. »
Sévère répondit : « Il me
faut être fidèle et garder jusqu'à la fin les mystères.
— Réfléchis, d'un côté le
supplice, de l'autre le salut ; tu comprendras facilement qu'il y a avantage de
sacrifier aux dieux. » Mais le seul nom de sacrifice excitait l'indignation et
l'horreur de Sévère ; le président donna l'ordre de le ramener en prison.
Hermès fut appelé. Justin
lui dit : « Ceux qui t'ont précédé viennent de mépriser les ordres de
l'empereur ; tu vas voir leur châtiment. Garde-toi de vouloir partager leurs
tortures; songe à assurer ta vie, la vie de tes enfants; fuis le péril,
sacrifie aux dieux. » Hermès répondit : « Jamais. J'ai grandi dans cette foi
que je défends aujourd'hui ; car c'est depuis le berceau que le saint, mon
maître, a imprimé cette vérité dans mon âme. Je ne puis en aucune manière
abandonner la voie ; un faux pas serait un crime, déchire-moi à ton gré, j'ai
rendu témoignage à mon Dieu.
— Ton assurance n'a
d'autre fondement que l'ignorance des maux qui te menacent ; quand tu auras été
mis à la torture, tu te repentiras, mais trop tard. » Hermès répondit : «
Quelles que soient les douleurs dont tu veux m'accabler, le Christ, pour qui
nous souffrons, les adoucira par ses Anges. »
Justin le condamna à la
prison. Mais, au bout de deux jours, adoucissant un peu la sévérité de ses
ordres, il mit les martyrs sous les lois de l'hospitalité, à la garde d'un
citoyen de la ville. Cet état dura peu. Un nouvel ordre les ramena en prison ;
et, pendant sept mois entiers, on les retint dans des cachots infects, jusqu'à
ce que Justin commandât de les conduire à Andrinople. A leur départ d'Héraclée,
la douleur et les regrets furent grands parmi les frères.
Arrivés à Andrinople, les
saints furent gardés dans la maison de campagne Sempor, jusqu'à l'arrivée du
gouverneur. Il vint enfin ; et, dès le lendemain de son entrée, il fit dresser
son tribunal aux Thermes, devant toute la foule du peuple, et ordonna qu'on lui
amenât Philippe. « La délibération a été longue, lui dit-il ; quelle est enfin
ta résolution ? Car c'était pour te préparer à un changement qu'un délai
t'avait été accordé. Sacrifie donc, si tu veux échapper au supplice et recouvrer
la liberté. » Philippe répondit : « Si notre prison avait été volontaire,
tu pourrais nous faire valoir comme une grâce le temps qu'il t'a plu de nous y
laisser; mais, comme cette prison n'a été qu'un châtiment qu'il nous a fallu
subir, de quel droit veux-tu que j'appelle une libéralité le temps que tu nous
y as retenus ? Je te l'ai déjà dit, je suis chrétien ; à toutes tes questions
ce sera ma réponse. Jamais je n'adorerai de statues ; je n'adore que le Dieu
éternel. »
Le président le fit alors
dépouiller de ses vêtements. Quand on lui eut enlevé sa longue robe de lin, le
président lui dit : « Consens-tu à faire ce que nous t'ordonnons ? Refuses-tu
encore ? »
Philippe répondit : «Je
ne sacrifierai pas. »
A cette réponse, Justin
donna l'ordre de le frapper de verges. Alors parut un merveilleux prodige :
toute la partie antérieure de sa tunique de lin demeurait intacte sous les
coups, tandis que l'autre se déchirait en mille endroits. Les verges avaient
profondément sillonné tous les membres ; l'oeil sondait dans le corps jusqu'aux
profondes retraites de la vie, les entrailles étaient mises à nu ; et
cependant l'athlète du Christ demeurait calme et tranquille. Justin fut comme
effrayé de tant de courage ; il ordonna de le reconduire en prison, et fit
amener Hermès. Le juge répéta ses menaces, les officiers de leur côté offraient
au martyr les conseils de la prudence ; niais ni les menaces ni la persuasion
ne purent l'ébranler. Il était aimé de tout le monde, et spécialement des
appariteurs du juge ; car il avait été magistrat et s'était attaché tous les
officiers du gouverneur. Saisissant cette occasion de lui témoigner leur
reconnaissance, ils s'agitaient avec une tendre sollicitude pour le sauver ; le
martyr sortit victorieux de ce nouveau combat et rentra dans sa prison, que
remplissait une joie immense : on rendait grâces au Christ et on célébrait la
défaite de Satan. Cette première lutte avait exalté le courage et multiplié les
forces. Philippe lui-même, qui avait été jusque-là d'une nature délicate et
sensible, au point de ne pouvoir souffrir qu'on le touchât, maintenant défendu
par la protection des Anges, ne ressentait plus aucune gêne.
Trois jours après, Justin
se trouva au lieu des audiences publiques, fit amener les martyrs, et dit à
Philippe : « D'où te vient cette témérité qui t'emporte à mépriser la vie, et à
refuser d'obéir aux ordres de l'empereur ?
— Ce n'est point
témérité, mais j'adore le Dieu qui a tout créé et qui jugera les vivants et les
morts ; son amour et sa crainte m'inspirent, et je n'ose mépriser sa loi. J'ai
obéi de longues années aux empereurs, et, qu'ils me commandent des choses
justes, je m'empresserai de les exécuter ; car l'Ecriture divine a ordonné de
rendre à Dieu ce qui est à Dieu, et à César ce qui est à César. Je l'ai
toujours fait. Mais aujourd'hui il est temps de renoncer aux caresses du monde
et de ravir le ciel, en dédaignant la terre. Comprends donc que je suis
chrétien, et que je refuse de sacrifier aux dieux. »
Justin s'adressa à Hermès
: « Si la vieillesse, voisine de la mort, inspire à celui-ci le dégoût des
biens d'ici-bas, tu achèteras par un sacrifice des jours plus heureux.
— Je veux te montrer en
peu de mots et clairement, à toi et à tes assesseurs, ce que vaut le culte
odieux que tu pratiques. Comment le mensonge poursuit-il ainsi la vérité, le
crime l'innocence, que l'homme enfin veuille toujours attaquer l'homme ? Dieu
n'avait pas créé dans ce monde un être plus parfait que l'homme ; mais le
diable s'est ingénié à profaner l'oeuvre du ciel. Il a inventé ces dieux que
vous honorez ; il vous a faits, par vos sacrifices, les esclaves de son empire.
Comme des chevaux qui prennent le mors aux dents, n'obéissent plus aux rênes ni
à la main qui les conduit, et, brisant le frein salutaire qui les veut arrêter,
vont, ignorants de la mort, se jeter dans les précipices, vous, de même, la
folie vous emporte ; vous méprisez la parole de Dieu pour écouter et garder les
conseils impies du diable. Mais le ciel a parlé. Aux bons, la gloire ; aux
méchants, l'infamie ; car la justice appelle sur les uns la récompense, sur les
autres le châtiment. Le prophète Zacharie dit : « Que le Seigneur te punisse, ô
Satan ! que le Seigneur te punisse, lui qui a choisi Jérusalem. Ce bois à demi
brûlé, n'est-ce pas un tison arraché aux flammes ? » Quelle passion vous
pousse à chercher un refuge près d'une bûche brûlée, et qui vous donnera la
mort ? Si vous voulez brûler avec lui, laissez-nous du moins parcourir le
cercle étroit de cette vie terrestre, de manière à nous assurer les biens de
l'éternelle vie. Avec cet extérieur malpropre, des vêtements sales, des cheveux
mal peignés, vous prétendez honorer les tombeaux et les temples de vos, dieux ;
ce n'est point ainsi qu'on adore. On dirait, au contraire, que vous pleurez, et
que vous portez dès avant le jugement la peine du péché. Comment, devant ces
folies, demeurez-vous aveuglés ? Votre libérateur vous offre son secours, et
vous n'accourez pas vers lui ! Les chiens à l'odeur cherchent leur maître ; au
coup de sifflet du guide qu'il a renversé sans le savoir, le, cheval accourt et
sait trouver son cavalier ; à la vue de l'étable, le boeuf revient à son maître
; l'âne lui-même sait trouver le lieu où l'abrite celui qui le nourrit. Mais
Israël ignore son Seigneur, selon ce qui a été écrit : « Israël ne m'a pas
connu, moi, le Seigneur de toutes choses ; ils n'ont pas craint le jugement du
juste. » Qu'ils périssent donc, ou noyés dans les eaux d'un nouveau déluge,
comme au temps de Noé ; ou épuisés de faiblesse, comme les Israélites dans le
désert, lorsque leurs genoux tremblants se dérobaient sous eux; ou enfin
consumés dans les flammes, comme ceux qui n'avaient pas observé la loi.
— Crois-tu donc pouvoir
faire de moi un chrétien ? dit Justin .
— Ce n'est pas toi
seulement, c'est chacun de ceux qui m'entourent ici que je voudrais convertir
au Christ. Du reste, ne compte pas que je sacrifie jamais à tes dieux. »
Le président prit conseil
de ses ministres et de son assesseur, puis il prononça la sentence : « Philippe
et Hermès ont méprisé les décrets de l'empereur ; en conséquence ils ont perdu
les noms et les droits du citoyen romain ; nous ordonnons qu'ils soient brûlés
vifs, afin que tous apprennent par cet exemple ce qu'il en coûte de mépriser
les lois de l'empire. » Aussitôt on fit sortir les confesseurs ; ils marchaient
vers le bûcher d'un pas joyeux. On eût dit les deux chefs d'un grand troupeau,
choisis au milieu de leurs nombreuses brebis, pour être offerts au Dieu
tout-puissant comme une hostie sainte.
Cependant Sévère restait
seul en prison, comme un vaisseau abandonné sans gouvernail à la merci des
flots, ou comme une brebis tremblante égarée dans la solitude, après avoir
perdu son pasteur. Mais son âme s'exaltait dans une immense joie à la nouvelle
que ses maîtres étaient conduits au martyre, le terme de toutes ses espérances.
Il était tombé à genoux, et, dans sa prière mêlée de gémissements et de larmes,
il disait au Seigneur : « O Dieu ! vous êtes le port sûr et tranquille de tous
ceux que la tempête agite, l'espérance de ceux qui espèrent. Vous êtes le salut
des malades, le secours des indigents, le guide des aveugles, la miséricorde
ouverte à tous ceux qui sont dans la peine ; vous êtes un appui dans la
fatigue, une lumière dans les ténèbres. C'est vous qui avez établi la terre sur
ses fondements, donné des lois à la mer et distribué à chacun des éléments son
rôle et sa place dans la création. Dans votre seule parole, le ciel et les
astres, tous les êtres, ont trouvé leur perfection. Vous avez sauvé Noé des
eaux et comblé Abraham de richesses; vous avez délivré Isaac et préparé la
victime qui devait le remplacer sur l'autel ; vous avez donné à Jacob le
bonheur et la gloire de lutter avec vous; par vos Anges Lot a été retiré de
Sodome, la terre de malédiction; Moïse vous a vu; Jésus, fils de Navé, a reçu
de vous la sagesse, et vous avez daigné servir de guide à Joseph dans son long
exil; puis arrachant votre peuple à la terre d'Égypte, vous l'avez conduite
jusqu'à la terre promise. C'est vous qui avez secouru dans la fournaise les
trois enfants, que votre Majesté sainte a inondés comme d'une rosée divine,
pour les préserver des flammes ; c'est vous qui avez fermé la gueule des lions,
et donné à Daniel, avec la vie, un repas miraculeux ; vous n'avez pas laissé
périr Jonas dans les profondeurs de la mer, ni sous la dent du monstre cruel
envoyé pour l'engloutir; vous avez donné des armes à Judith et délivré Suzanne
de l'injustice de ses juges; par vous, Esther a reçu la gloire, tandis que vous
ordonniez de faire périr Aman. C'est vous enfin qui nous avez amenés des
ténèbres à l'éternelle lumière, ô vous, le Père de Notre-Seigneur Jésus-Christ
; vous êtes vous-même cette lumière toujours victorieuse ; et c'est vous qui
m'avez donné le signe de la croix et du Christ. Ne me rejetez pas, Seigneur,
comme indigne des souffrances qu'ont méritées mes collègues; donnez-moi plutôt
une part à leur couronne, afin que je sois réuni dans la gloire avec ceux dont
j'ai pu partager. la prison. Après avoir avec eux confessé votre nom à jamais
adorable et affronté comme eux les cruels tourments du juge, faites que j'aie
le bonheur de jouir avec eux du repos. »
Telle était la prière de
Sévère; ces ardents désirs de la foi furent exaucés, et dès le lendemain il
mérita de recevoir la grâce du martyre.
Quant à Philippe, il
fallut le porter la douleur de ses pieds, après tant de tortures, ne lui
permettait pas de marcher. Hermès, retardé lui aussi par de semblables
souffrances, le suivait en boitant. Il causait doucement avec Philippe : «
Hâtons-nous d'arriver auprès du Seigneur; nos pieds ne doivent plus nous
inquiéter beaucoup ; tout à l'heure nous n'en aurons plus besoin. Les besoins
de la vie présente pourront suspendre leur office, quand nous serons entrés
dans le royaume du ciel. » Puis s'adressant à la multitude qui les suivait, il
ajouta :
« Ces souffrances, Dieu me les avait fait
connaître par révélation. Tandis que je dormais, je crus voir une colombe
blanche comme la neige. Elle entra dans ma chambre et se reposa sur ma tête ;
puis elle descendit sur ma poitrine et m'offrit une nourriture délicieuse; je
compris que le Seigneur m'appelait et me jugeait digne du martyre. »
Pendant qu'il parlait, on
arriva au lieu de l'exécution. D'abord les bourreaux, selon la coutume,
recouvrirent de terre les pieds du bienheureux Philippe jusqu'aux genoux, et
lui lièrent les mains derrière le dos avec une corde qu'ils fixèrent avec des
clous. Puis ils ordonnèrent à Hermès de descendre de même dans la, fosse.
Hermès, qui soutenait avec peine sur un bâton ses pas chancelants, se prit à
rire de cet ordre et dit : « Comment, diable, même ici tu ne saurais me
soutenir ! » On jeta aussitôt de la terre sur ses pieds; mais avant qu'on
allumât le bûcher, le malheureux Hermès appela dans la foule des spectateurs un
des frères nommé Véloge. Il lui fit jurer par le nom sacré de Notre-Seigneur
Jésus-Christ qu'il porterait à Philippe, son fils, les dernières volontés d'un
père mourant, et lui dirait de payer fidèlement tout -ce qu'il pouvait laisser
de dettes en mourant, parce que tel est le précepte du Roi de l'univers, qui a
ordonné de rendre de bon coeur à chacun les biens que nous en avons reçus. «
Que mon fils soit donc fidèle à faire cette restitution, pour ne pas laisser à
son père une cause d'expiation et de souffrance. » Le saint martyr voulait
parler des nombreux dépôts que la confiance des fidèles avait remis en ses
mains. Il ajouta avec une tendresse toute paternelle : « Tu es jeune ; cherche
ta vie dans le travail, comme faisait ton père ; à son exemple, vis toujours
dans la paix et l'union avec le prochain. » Quand il eut achevé, les bourreaux
lui lièrent les mains derrière le dos et mirent le feu au bûcher. Au milieu des
flammes, tant que les martyrs purent formuler une parole, on entendit leurs
cantiques; quand leurs forces furent épuisées, l'Amen annonça que tout était
consommé.
On trouva le bienheureux
Philippe les bras étendus, comme dans la prière. Le corps du vieillard s'était
renouvelé dans l'éclat de la jeunesse; il semblait encore provoquer l'ennemi,
et chercher une couronne dans de nouveaux supplices et de nouveaux combats. De
même le visage du bienheureux Hermès était intact; une couleur de vie animait
ses traits; seulement, comme trace du combat qu'il venait de soutenir,
l'extrémité de ses oreilles était demeurée légèrement livide. A cette vue, tous
ensemble, on rendit grâces au Dieu tout-puissant, qui donne la gloire et la
couronne à ceux qui espèrent en lui.
Le diable ne put voir,
sans dépit, tant de merveilles ; l'inspira à Justin de jeter dans l'Ebre les
corps des martyrs. En apprenant cette nouvelle cruauté, les fidèles
d'Andrinople préparèrent leurs filets et montèrent sur leurs barques , dans
l'espérance que quelqu'un d'eux aurait le bonheur de retrouver une si riche
proie. Dieu ne fut pas sourd à leurs voeux; presque aussitôt les saintes
reliques tombèrent dans les filets et furent retirées entières. Ce trésor, plus
précieux que l'or et les plus riches perles, fut caché à douze milles,
d'Héraclée, dans une ville que l'on appelle dans la langue du pays Ogetistyron,
c'est-à-dire, en notre langue, le lieu des possesseurs. En ce lieu se
trouvaient des sources nombreuses; un bois, de riches moissons, des vignes en
faisaient l'ornement. Mais aujourd'hui la Majesté divine y multiplie les
miracles, pour prouver à tous qu'il ne peut laisser dans l'obscurité ses
serviteurs, quand on a vu jusqu'aux abîmes profonds d'un fleuve les restituer
d'eux-mêmes à notre vénération. C'est ainsi qu'il nous avertit de ne pas
trembler devant les supplices, mais plutôt de tendre avec ardeur vers la
couronne. Amen.
LES MARTYRS. TOME II. LE
TROISIÈME SIÈCLE, DIOCLÉTIEN. Recueil de pièces authentiques sur les martyres
depuis les origines du christianisme jusqu'au XXe siècle TRADUITES ET PUBLIÉES
Par le B. P. DOM H. LECLERCQ, Moine bénédictin de Saint-Michel de Farnborough.
Imprimi potest FR. FERDINANDUS CABROL, Abbas Sancti Michaelis Farnborough. Die
15 Martii 1903. Imprimatur. Pictavii, die 24 Martii 1903. + HENRICUS,
Ep. Pictaviensis.
SOURCE : https://www.bibliotheque-monastique.ch/bibliotheque/bibliotheque/saints/martyrs/martyrs0002.htm#_Toc90634904
et https://www.bibliotheque-monastique.ch/bibliotheque/bibliotheque/saints/martyrs/default.htm
Profile
Bishop of Heraclea (modern
Marmara Ereğlisi, Turkey). Arrested with
several of his clerics in the persecutions of Diocletian and
ordered to turn over all scriptures; he refused. Martyr.
A copy of the court proceedings against him has survived to today.
burned at
the stake in 304 in
Adrianople (modern Edirne, Turkey)
Additional
Information
Lives
of the Saints, by Father Alban
Butler
Saints
of the Day, by Katherine Rabenstein
Short
Lives of the Saints, by Eleanor Cecilia Donnelly
Victories
of the Martyrs, by Saint Alphonsus
de Liguori
books
Our Sunday Visitor’s Encyclopedia of Saints
other
sites in english
video
MLA
Citation
“Saint Philip of Heraclea“. CatholicSaints.Info.
16 December 2022. Web. 30 April 2026.
<https://catholicsaints.info/saint-philip-of-heraclea/>
SOURCE : https://catholicsaints.info/saint-philip-of-heraclea/
St. Philip of Heraclea
Feastday: October 22
Death: 304
Bishop of Heraclea and
martyr. During the persecution of
the Church under Emperor Diocletian, Philip was arrested along with his deacon
Severus and two other clergy, Hermes and Eusebius. Taken before the magistrate,
Blassus, they were ordered to hand over the Sacred Scripture, but refused.
Moved to Adrianople, they were burned at the stake. All four share the same
feast day.
SOURCE : https://www.catholic.org/saints/saint.php?saint_id=5437
Philip of Heraclea B and
Companions MM (RM)
Died 304. The aged,
revered bishop Philip of Heraclea, his deacon Severus, Eusebius (priest), and
Hermes (priest) of Constantinople were arrested under Diocletian. First, the
authorities closed the church. At which time Philip said to the police, "Do
you imagine that God dwells within walls, and not rather in the hearts of
men?" He simply summoned the brethren for worship in the open air.
He was ordered by the
governor, Bassus, to hand over the church's sacred vessels and books: to the
first Philip agreed, but, for the Scriptures, 'It is not fitting,' he said,
'that you should ask for them or that I should give them up.' The bishop and
his deacon, Hermes, were then scourged and the wanted goods seized. Afterwards,
Philip and Hermes refused in turn to make an act of worship of the emperors or
of the goddess Fortune or of Heraclea's name-deity, Hercules.
Later there was a
fruitless interrogation by Bassus' successor, Justin, after which Philip was
dragged back to jail by his feet. Together with Hermes and a priest called
Severus, he was confined rigorously for seven month before all three were taken
to Adrianopolis.
Justin interviewed them
twice again, and he had Philip unmercifully beaten for his contumacy; they were
then sentenced to death by fire at Adrianopolis. St. Philip had been so badly
beaten that he had to be carried to the stake. St. Hermes, who was not much
better, joked cheerfully and sent a last message to his son: "Tell them to
pay back whatever I owe, and to work hard for his living as I have done, and to
behave well to everybody." When the fire was lit the martyrs praised and
gave thanks to God until the smoke suffocated them. St. Severus followed them
the next day (Attwater, Encyclopedia).
The Benedictines say that
Severus was the deacon and the other two were 'inferior clergy.' They also
report that we have a copy of the legal document processed against them of
undeniable authenticity. By mistake recent editions of the R.M. register them
as martyrs under Julian the Apostate (Benedictines).
SOURCE : http://www.saintpatrickdc.org/ss/1022.shtml
October 22
St. Philip, Bishop of
Heraclea, and Companions, Martyrs
From their original acts,
published by Mabillon, in Vetera Analecta, t. 4, p. 134, and more correctly by
Ruinart, p. 409, Tillemont, t. 5.
A.D. 304.
PHILIP, a venerable old
man, bishop of Heraclea, the metropolis of Thrace, was an illustrious martyr of
Christ in the persecution of Dioclesian. Having discharged every duty of a
faithful minister in the characters of deacon and priest in that city, he was
raised to the episcopal dignity, and governed that church with great virtue and
prudence when it was shaken by violent storms. To extend and perpetuate the
work of God, he was careful to train up many disciples in the study of sacred
learning, and in the practice of solid piety. Two of the most eminent among
them had the happiness to be made companions of his martyrdom; namely, Severus,
a priest, whose laborious and penitential life proved him to be a true disciple
of the cross; and Hermes, a deacon, who was formerly the first magistrate of
the city, and in that office, by his charity and universal benevolence, had
gained the esteem and affection of all the citizens; but after he was engaged
in the ministry, gained his livelihood with his own hands, and brought up his
son to do the same. Dioclesian’s first edicts against the Christians being
issued out, many advised the holy bishop to leave the city; but he would not
even stir out of the church, continuing to exhort the brethren to constancy and
patience, and preparing them for the celebration of the feast of the Epiphany.
Whilst he preached to them, Aristomachus, the stationary, (that is, an officer
of the town,) came, by the governor’s order, to seal up the door of the church.
The bishop said to him: “Do you imagine that God dwells within walls, and not
rather in the hearts of men?” He continued to hold his assemblies before the
doors of the church. The next day certain officers came, and set their seal
upon the sacred vessels and books. The faithful, who beheld this, were much
grieved: but the bishop who stood leaning against the door of the church,
encouraged them with his discourses. Afterwards the governor Bassus finding
Philip and many of his flock assembled before the church door, gave orders that
they should be apprehended, and brought before him. Being seated on his
tribunal, he said to them: “Which of you is the teacher of the Christians?”
Philip replied: “I am the person you seek.” Bassus said: “You know that the
emperor has forbidden your assemblies. Surrender into my hands the vessels of
gold and silver which you make use of, and the books which you read.” The
bishop answered: “The vessels and treasure we will give you; for it is not by
precious metal but by charity that God is honoured. But the sacred books it
neither becomes you to demand nor me to surrender.” The governor ordered
executioners to be called into court, and commanded Muccapor, the most noted
among them for his inhumanity, to torture the holy prelate. Philip bore his
torments with invincible courage. Hermes told the governor that it was not in
his power to destroy the word of God, even though he should take away all the
writings in which the true doctrine is contained. The judge commanded him to be
scourged. After this he went with Publius, the governor’s successor, to the
place where the sacred writings and plate were hid. Publius would have conveyed
away some of the vessels, but being hindered by Hermes, he gave him such a blow
on the face that the blood followed. The governor Bassus was provoked at
Publius for this action, and ordered the deacon’s wound to be dressed. He
distributed the vessels and books among his officers; and, to please the
infidels and terrify the Christians, caused Philip and the other prisoners to
be brought to the market-place, surrounded with guards, and the church to be
uncovered by taking off the tiles. In the mean time, by his orders, the
soldiers burned the sacred writings, the flames mounting so high as to frighten
the standers by. This being told to Philip in the market-place, he took
occasion from this fire to discourse of the vengeance with which God threatens
the wicked, and represented to the people how their gods and temples had been
often burned, beginning with Hercules, protector of their city, from whom it
derived its name. By this time Caliphronius, a Pagan priest, appeared in the
market-place with his ministers, who brought with them the necessary
preparations for a sacrifice and a profane feast. Immediately after, the
governor Bassus came, followed by a great multitude, some of whom pitied the
suffering Christians; others, especially the Jews, clamoured loudly against
them. Bassus pressed the bishop to sacrifice to the gods, to the emperors, and
to the fortune of the city. Then pointing to a large and beautiful statue of
Hercules he bid him consider what veneration was due to that piece. Philip
showed the absurdity of adoring a base metal, and the work of a drunken
statuary. Bassus asked Hermes if he at least would sacrifice. “I will not,”
replied Hermes, “I am a Christian.” Bassus said: “If we can persuade Philip to
offer sacrifice, will you follow his example?” Hermes answered he would not;
neither could they persuade Philip. After many useless threats, and pressing
them to sacrifice at least to the emperors, he ordered them to be carried to
prison. As they went along, some of the rabble insolently pushed Philip, and
often threw him down; but he rose with a joyful countenance, without the least
indignation or grief. All admired his patience, and the martyrs entered the
prison joyfully, singing a psalm of thanksgiving to God. A few days after they
were allowed to stay at the house of one Pancras, near the prison, where many
Christians and some new converts resorted to them to be instructed in the mysteries
of faith. After some time they were remanded to a prison, contiguous to the
theatre, which had a door into that building with a secret entry. They there
received the crowds that came to visit them in the night.
In the mean time, Bassus
going out of office at the expiration of his term, one Justin succeeded him.
The Christians were much afflicted at this change, for Bassus often yielded to
reason, his wife having for some time worshipped the true God herself: but
Justin was a violent man. Zoilus, the magistrate of the city, brought Philip
before him, who declared to the saint the emperor’s order, and pressed him to
sacrifice. Philip answered: “I am a Christian, and cannot do what you require.
Your commission is to punish our refusal, not to force our compliance.” Justin
said: “You know not the torments which shall be your portion.” Philip replied:
“You may torment, but will not conquer me: no power can induce me to
sacrifice.” Justin told him, he should be dragged by the feet through the
streets of the city, and if he survived that punishment, should be thrown into
prison again to suffer new torments. Philip answered: “God grant it may be so:”
Justin commanded the soldiers to tie his feet and drag him along. They dashed
him against so many stones, that he was torn and bruised all over his body. The
Christians carried him in their arms, when he was brought back to his dungeon.
The enraged idolaters had long been in quest of Severus, the priest, who had
hid himself, when inspired by the Holy Ghost, he at length surrendered himself,
and was carried before the governor, and committed to prison. Hermes was
likewise steady in his examination before Justin, and was treated in the same
manner. The three martyrs were kept imprisoned in a bad air seven months, and then
removed to Adrianople, where they were confined in a private country house,
till the arrival of the governor. The next day, holding his court at the
Thermæ, he caused Philip to be brought before him, and to be beaten with rods
till his bowels appeared bare. His courage astonished the executioners and
Justin himself, who remanded him to prison. Hermes was next examined, and to
him all the officers of the court were favourable, because having been formerly
decurio or chief magistrate of the city of Heraclea, he had obliged them all on
several occasions, though he declared in his examinations that he had been a
Christian from his cradle. He persisted in this profession, and was sent back
to prison, where the holy martyrs joyfully gave thanks to Jesus Christ for this
beginning of their victory. Philip, though of a weak and delicate constitution,
did not feel the least inconvenience. Three days after this, Justin caused them
to be brought again before his tribunal, and having in vain pressed Philip to
obey the emperors, said to Hermes: “If the approach of death makes this man
think life not worth preserving, do not you be insensible to its blessings, and
offer sacrifice.” Hermes replied by showing the blindness and absurdity of
idolatry: so that Justin being enraged, cried out: “Thou speakest as if thou
wouldst fain make me a Christian.” Having then advised with his assessor and
others, he pronounced sentence in these terms: “We order that Philip and
Hermes, who, despising the commands of the emperor, have rendered themselves
unworthy of the name of Romans, be burned, that others may learn to obey.” They
went joyfully to the pile. Philip’s feet were so sore that he could not walk,
and therefore he was carried to execution. Hermes followed him with much
difficulty, being afflicted also in his feet; and he said to him: “Master, let
us hasten to go to our Lord. Why should we be concerned about our feet, since
we shall have no more occasion for them?” Then he said to the multitude that
followed them: “The Lord revealed to me that I must suffer. While I was asleep,
methought I saw a dove as white as snow, which, entering into the chamber,
rested on my head, and descending upon my breast, presented me some meat which
was very agreeable to the taste. I knew that it was the Lord that called me,
and was pleased to honour me with martyrdom.” Fleury remarks, that this
delicious meat seems to mean the eucharist, which the martyrs received before
the combat. When they came to the place of punishment, the executioners,
according to custom, covered Philip’s feet and legs with earth up to the knees;
and having tied his hands behind his back, nailed them to the pile. They
likewise made Hermes go down into a ditch, who, supporting himself upon a club,
because his feet trembled, said smiling: “O demon, thou canst not suffer me
even here.” Immediately the executioners covered his feet with earth; but
before they lighted the fire, he called upon Velogus, a Christian, and said to
him: “I conjure you by our Saviour Jesus Christ, tell my son Philip from me, to
restore whatever was committed to my charge, that I may incur no fault: even
the laws of this world ordain it. Tell him also, that he is young, and must get
his bread by labour, as he has seen me do; and behave himself well to every body.”
He spoke of the treasures of the church, or of deposits lodged in his hands.
Hermes having spoken thus, his hands were tied behind his back, and fire was
set to the pile. The martyrs praised, and gave thanks to God as long as they
were able to speak. Their bodies were found entire; Philip having his hands
stretched out as in prayer; Hermes with a clear countenance only his ear a
little blue. Justin ordered their bodies to be thrown into the Hebrus: but
certain citizens of Adrianople went in boats with nets, and fished them out
whilst they were entire, and hid them for three days at a place called
Ogestiron, twelve miles from the city. Severus the priest, who had been left
alone in prison, being informed of their martyrdom, rejoiced at their glory,
and earnestly besought God not to think him unworthy to partake in it, since he
had confessed his name with them. He was heard, and suffered martyrdom the day
after them. The order for burning the holy Scriptures and destroying the
churches, points out the time of their suffering to have been after the first
edicts of Dioclesian. The 22nd of October is consecrated in the Martyrologies
to their memory.
A just and humble
fear, the assiduous practice of penance, and all other virtues, the most
fervent use of the sacraments, prayer, and meditation on eternal truths, a
contempt of the world, and of the goods and evils of this life, and a constant
attention to those to come, were the weapons with which the martyrs stood
always prepared for the combat, and the source of the courage and strength
which they obtained of God, and by which they triumphed. The spiritual
persecutions of the world are often more dangerous than those of the sword, and
they corrupt far more souls. The allurements of pleasure and riches; the pomps
of vanity, and the snares of pride and ambition, murder more souls than the
Neros and Dioclesians murdered bodies. We run into the arms of certain death if
we expose ourselves to our enemies bereft of our weapons. Constant
watchfulness, penance, prayer, and the like means above mentioned are the
bucklers with which we must be always shielded, that we may be rendered
invincible against the devil.
Rev. Alban
Butler (1711–73). Volume X: October. The Lives of the
Saints. 1866
SOURCE : http://www.bartleby.com/210/10/221.html
Philippus, bp. of
Heraclea
Philippus (6), bp. of Heraclea in Thrace and martyr in the Diocletian persecution c. 304 with Severus, a presbyter, and Hermes, a deacon. His Acts present one of the most vivid and minute pictures we possess of that persecution, and are often quoted by Le Blanc in his Actes des Martyrs—e.g. pp. 12, 41, 52, 54, etc., where many incidental marks of authenticity are pointed out. The various steps in the persecution can be clearly traced, the arrest of the clergy, the seizure and destruction of the sacred writings and vessels, and finally the torture and death of the martyrs. Philip was arrested and examined by a president Bassus, who then committed him to the free custody of one Pancratus (c. vii.). Bassus was soon succeeded by a certain Justinus, who was much more stern towards the Christians than his predecessor, whose wife was a Christian. After some time Justinus brought them to Adrianople, and there burned Philip and Hermes on the same day (Ruinart, Acta Sincera, p. 442).
SOURCE : http://www.ccel.org/ccel/wace/biodict.html?term=Philippus,%20bp.%20of%20Heraclea
St. Philip of Heraclea and Companions
Philip, the bishop of Heraclea in Thrace, became a martyr of Christ during the
persecution of Diocletian. He was a diligent, courageous shepherd who confirmed
the faith of his people, and when induced to flee the persecution, chose to
remain.
Severus and Hermes were a
priest and deacon who endured tribulation, prison and martyrdom with him. At
first, Bassus, the governor, ordered the door of the church sealed, to which
Philip retorted: “Do you imagine that God dwells within walls, and not rather
in the hearts of men?” and continued to hold assembly outside.
Finally the sacred
vessels and books were confiscated, the sacred books burned publicly, and the
roof of the church incinerated.
Under torture, Philip was
invincible. Pointing to a large statue of Hercules, Bassus bid him to only
touch it, but the martyr refused saying that graven images had value only to
stone-carvers but were helpless to worshipers. Then the deacon Hermes was asked
if he would offer sacrifice, he refused.
Bassus’ term as governor
being up, another, Justin, a ruthless man, stepped in. Under Justin, Philip was
beaten till his flesh was pulp.
Imprisoned with Hermes
and another, the priest Severus, Philip faced martyrdom alongside Hermes by
fire. Buried up to their knees, the martyrs were burned. But when the flames
died and the smoke cleared, although the martyrs were dead, their bodies were
found whole. Justin ordered the bodies to be thrown into the river, but pious
citizens fished them out with nets and gave them proper burial.
In prison, the priest
Severus rejoicing on hearing of their victory, begged God to think him not
unworthy of following in the footsteps of his bishop and Hermes, and suffered
martyrdom the next day.
SOURCE : https://www.americaneedsfatima.org/Saints-Heroes/st-philip-of-heraclea-and-companions.html
Article
Saint Philip was elected
Bishop of Heraclea, the metropolis of Thrace, in consequence of his
extraordinary virtue; and so fully did he correspond to the expectation of his
people, that, while they tenderly loved him, there was not one among his flock
who was not the object of his most affectionate pastoral solicitude. But there
were two of his disciples whom he loved with peculiar affection – Severus, a
priest, and Hermes, a deacon, whom he afterwards had companions of his
martyrdom.
In the persecution of Diocletian
he was advised to retire from the city. This, however, he refused to do, saying
that he wished to conform to the dispensations of God, who knows how to reward
those who suffer for his love, and that consequently he feared not the threats
or torments of the tyrant. In the year 304 the saint was one day preaching to
his people upon the necessity of patience and resignation, when a soldier, by
the order of Bassus, the governor, entered the church, and having commanded the
people to retire, shut the doors and sealed them; upon which Philip said to
him: “Dost thou think that God dwelleth in these walls, and not rather in our
souls?”
Philip, although unable
to enter the church, was unwilling to abandon it altogether, and remained at
the door with his people. Separating the good from the bad, he exhorted the
former to remain constant in the faith, and called upon the latter to return to
God by sincere repentance. Bassus, finding them assembled, caused them to be
arrested, and having demanded who was their master, Philip answered: “I am he.”
The governor said: “Hast thou not heard the edict of the emperor, that in no
place shall the Christians be assembled, but shall sacrifice to the gods, or
perish?” He then commanded that the gold and silver vessels, together with the
books that treated of the Christian law, should be delivered up; otherwise that
recourse Would be had to torture. Philip replied: “For my part, I am willing to
suffer in this my body, tottering with age, whatever thou canst inflict; but
abandon thou the thought of having any control over my spirit. The sacred
vessels are at thy disposal; but it shall be my care to prevent the holy books
from falling into thy hands.” Bassus, infuriated at this answer, called for
ward the executioners, and caused the saint to undergo a cruel and protracted
torture.
The deacon, Hermes,
witnessing the agonies of his bishop, told the governor that, although he were
possessed of all the holy books, good Christians would never fail to teach
Jesus Christ to others, and to render him the honor he deserves. After these
words the holy deacon was most cruelly scourged.
Bassus commanded that the
sacred vessels should be removed from the sacristy, that the Scriptures should
be burned, and that Philip, with the other prisoners, should be led by the
soldiers to the forum, to be executed, in order that the pagans should be
gladdened and the Christians affrighted by the spectacle. Philip, having
arrived at the forum, and being informed of the burning of the Scriptures,
spoke at length to the people of the eternal fire prepared by God for the
wicked. During this discourse, a pagan priest, called Cataphronius, came
carrying some meats that had been sacrificed to the idols. Hermes, seeing him,
exclaimed: “This diabolical food hath been brought, that we, being forced to
eat it, may be contaminated!” Saint Philip desired him to be calm.
In the mean time the
governor, arriving at the forum again, commanded the holy bishop to sacrifice
to his gods. The saint asked: “Being a Christian, how can I sacrifice to
marble?” “Sacrifice at least to the emperor,” said Bassus. “My religion,” said
the saint, “commands me to honor the princes, but teaches me that sacrifice is
due to God alone.” “But doth not this beauteous statue of Fortune,” said the governor,
“deserve a victim?” The saint replied: “It may receive that honor from thy
hands, since thou dost adore it; but it shall not from mine.” “Let then,” urged
Bassus, “this fine figure of Hercules move thee.” Here the holy bishop, raising
his voice, rebuked the insanity of those who worship as gods statues that,
being taken from the earth, like earth should be trodden upon, not adored.
Bassus, turning to
Hermes, asked him if he at least would sacrifice. The holy deacon resolutely
answered that he was a Christian, and could not do so; and having been told
that, should he continue obstinate, he would be cast into flames, replied:
“Thou dost threaten me with flames that last but for a short time, because thou
art ignorant of the strength of those eternal flames in which the followers of
the devil shall burn.”
Bassus, exasperated at
the constancy of the saints, remanded them to prison. As they went along, the
insolent rabble frequently pushed the venerable and aged bishop, so as to throw
him down, but he with joyous looks quietly raised himself again.
Meanwhile the term of
Bassus’ government having expired, Justin, his successor, arrived at Heraclea.
He was a much more cruel man than his predecessor. Saint Philip, having been
brought before him, was told that if he would not sacrifice, he should,
notwithstanding his extreme age, have to suffer tortures that were intolerable
even to youth. The venerable bishop replied: “Ye, for fear of a short
punishment, obey men: how much more ought we to obey God, who visits evil-doers
with eternal torments? Thou mayest torture, but canst never induce me to
sacrifice.” Justin: “I shall command thee to be dragged by the feet through the
streets of the city.” Philip: “God grant that it may be so.” The bloody threat
was executed; yet the saint did not die in that torment, but his body was torn
to pieces, and in the arms of the brethren he was carried back to prison.
After this the governor
called before him Hermes the deacon, whom he exhorted to sacrifice, in order to
escape the torments that were being prepared. But the saint replied: “I cannot
sacrifice and betray my faith; do, therefore, according to thy pleasure – tear
my body to pieces.” “Thou speakest thus,” said Justin: “be cause thou knowest
not the pains that await thee; upon a trial thou shalt repent.” Hermes:
“Atrocious though they may be, Jesus Christ, for whose love I am about to
suffer, will render them not only light, but sweet.”
Justin sent him also to
prison, where the saints remained for seven months. Thence he sent them before
him to Adrianople, and upon his arrival again summoned Philip to his presence,
intimating to him that he had deferred his execution in the hope that, upon
mature consideration, he would sacrifice. The saint boldly replied: “I have
already told thee that I am a Christian, and I will always say the same. I will
not sacrifice to statues, but only to that God to whom I have consecrated my
entire being.” Angered by this reply, the judge ordered him to be stripped and
scourged until the bones and bowels were laid bare. The aged bishop suffered
this torture with so much courage, that Justin himself was astonished. Three
days afterwards he was again summoned before the tyrant, who inquired why it
was that with so much temerity he continued to disregard the imperial edicts.
The saint replied: “That which animates me is not rashness, but the love I bear
my God, who one day shall judge me. In worldly matters I have invariably obeyed
the rulers, but now the question is, whether I will prefer earth to heaven. I
am a Christian, and cannot sacrifice to thy gods.”
Seeing that he could not
shake the constancy of the holy bishop, Justin, turning to Hermes, said: “This
old man is weary of life, but thou shouldst not be so reckless of it: offer
sacrifice, and consult thy safety.” Hermes began to show the impiety of
idolatry, but Justin hastily interrupted him, saying: “Thou speakest as if thou
wouldst persuade me to become a Christian.” “I earnestly desire,” said the
saint, “that this should happen not only to thee, but to all those who hear
me.”
Finally, the tyrant,
perceiving that he could not win over these generous confessors, pronounced
sentence in the following manner: “We command that Philip and Hermes, for
having contemned the imperial edicts, shall be burned alive.” Sentence having
been pronounced, the saints proceeded to the place of execution, evincing by
their holy joy that they were two victims consecrated to the Lord. But from
having been tortured in the stocks their feet were so sore that the holy bishop
had to be supported, while Hermes with great difficulty followed, saying to
Philip: “Let us hasten, Father, nor care for our feet, since we shall no longer
have need of them.” When they came to the place of their martyrdom, according
to the custom of the country, they were placed standing in a trench, and
covered with earth up to the knees, in order that they might not be able to
flee from the fire. Upon entering the trench, Hermes smiled with holy joy, and
the fire having been kindled by the executioners, the saints began to thank
Almighty God for their death, terminating their prayer and their martyrdom with
the usual “Amen.”
Severus, who was the
other disciple of Saint Philip, had been left in prison while his holy bishop
consummated his martyrdom in the flames; and having been informed of his
glorious triumph, was deeply afflicted at not having been able to bear him
company; hence he earnestly besought the Lord not to think him unworthy of
sacrificing his life for his glory. His prayers were heard, and on the
following day he obtained the desired crown.
The martyrdom of these
saints is related by Cardinal Orsi, who quotes Ruinart.
– After the execution
their bodies were found entire and fresh as in full health, without any trace
of fire. Saint Hermes, though a simple deacon, was a distinguished man. He had
been first magistrate of the city of Heraclea, and had fulfilled the duties of
his office with so much wisdom that he conciliated the esteem and veneration of
all his fellow-citizens. After having renounced everything to devote himself to
the service of the Church, he took the resolution to live only by the labor of
his hands, like the great Apostle, and he had a son named Philip whom he
brought up in the same principles. While the executioners were setting fire to
the pile in which he was to be consumed, and perceiving one of his friends in
the crowd, he called him and said: “Go, and tell my son: ‘These are the last
words of your dying father – words that he leaves you as the most precious
marks of his affection. You are young: avoid as dangerous everything that can
weaken your soul; above all, avoid sloth; keep the peace with every one.'” The
flames having risen prevented him from continuing. These details are given by
Ruinart. – Father Eugene Grimm
MLA
Citation
Saint
Alphonsus de Liguori. “Saint Philiip, Bishop of Heraclea, and His Two
Companions, Saint Severus and Saint Hermes”. Victories
of the Martyrs. CatholicSaints.Info. 16 December 2022.
Web. 30 April 2026.
<https://catholicsaints.info/victories-of-the-martyrs-saint-philip-bishop-of-heraclea-and-his-two-companions-saint-severus-and-saint-hermes/>
Philip of Heraclea
Martyred c. AD 303)
The Roman Emperor
Diocletian essayed the most wholesale of the Roman persecutions in AD 303-305.
Earlier emperors had tried to crush Christianity selectively or briefly.
Diocletian, a gifted organizer, launched a program that aimed at its total
destruction.
There were, at this time,
three clergymen of the diocese of Heraclea in Thrace: Philip, the bishop;
Severus, a priest; and Hermes, a deacon. When the Emperor issued his earliest
edicts against the Christians, Bishop Philip was advised to take flight. He refused.
He would remain at Heraclea in order to help his flock to stand firm in their
faith.
The governor eventually
closed his church, but the Bishop continued to hold services in the open air.
Then the officials demanded that he hand over to them the sacred vessels and
the holy books. The books would have been not only the ceremonials but all the
scriptural readings.
Bishop Philip answered
their demand with a distinction. "The vessels we will give you, for it is
not by precious metal but by charity that God is honored. But the sacred books
it becomes neither you to demand nor me to surrender." Deacon Hermes added
that even if the governor should take away all the manuscripts, he could not
destroy the eternal word of God written on them.
The officers did seize
the books, however, and cast them into the fire. They also burnt down the
church building. Philip and Hermes were then tortured to compel them to offer
sacrifices to the gods. When they refused, they were jailed. Access to them was
permitted, however, so those under instruction for baptism were able to
continue their study. The authorities were especially puzzled by Hermes'
behavior. He had won high respect among the citizens in past years, and sat in
the local senate. How could he have become so stubbornly Christian?
Meanwhile, Severus, a
priest who had been in hiding, turned himself in to the governor and became a
co-captive with the bishop and the deacon. After seven months of imprisonment,
the trio was taken off to Adrianople. Brought into court once again, they were
severely beaten, but nothing could persuade them to offer pagan sacrifices. At
length the presiding official condemned the three to death by burning at the
stake.
The beatings suffered by
Philip and Hermes made it difficult for them to walk to the place of execution,
as they were required to do. Hermes encouraged the bishop, however.
"Master, let us hasten to go to the Lord. Why should we be concerned about
our feet, since we shall have no more use for them?"
Once the execution was
over, the two bodies were thrown into the river, but Christians managed to
rescue and preserve them. Severus the priest was put to death the following
day.
The story of St. Philip
and companions is one of the most dependable accounts of a martyrdom dating
from the persecution of Diocletian. That persecution achieved the death of
thousands of victims, but most of them are unidentified and unrecorded, and
known only to God. The legend of this trio has come down in a Latin text, but
the Latin account was based on a contemporary Greek narrative.
As St. Hermes the Deacon
observed, the Roman governor might destroy the scrolls inscribed with the Holy
Scriptures, but he did not and could not destroy the word of God.
--Father Robert F. McNamara
Santi Filippo, Ermete
(Ermes) e compagni Martiri ad Adrianopoli
† 303/305
Martirologio
Romano: A Edirne in Tracia, sempre in Turchia, santi martiri Filippo,
vescovo di Marmara Ereğlisi, ed Ermete, diacono: il primo, agli inizi della
persecuzione dell’imperatore Diocleziano, aveva ricevuto l’ordine di chiudere
la chiesa e mostrare tutti i vasi sacri e i libri in essa contenuti; e avendo
egli risposto al governatore Giustino che non era lecito né da parte sua
consegnare quanto gli si chiedeva né a lui appropriarsene, dopo aver subito il
carcere e la flagellazione, fu bruciato insieme al diacono sul rogo.
Santi FILIPPO, vescovo di
Eraclea, ERMETE, diacono, SEVERO, prete, e EUSEBIO, martiri ad Adrianopoli
Esiste di questi santi una passio latina, derivata probabilmente da un
originale greco, oggi perduto, e del quale è rimaneggiamento e forse compendio,
ma che, secondo P. Franche de' Cavalieri, può considerarsi sostanzialmente
degna di fede. La narrazione riferisce esclusivamente gli interrogatori a cui
Filippo e i compagni furono sottoposti.
Nato nella città di
Eraclea, Filippo ne fu per lungo tempo diacono ed in età avanzata, vescovo.
Scoppiata la persecuzione
di Diocleziano, non volle abbandonare la sede nonostante alcune pressioni. Man
mano che gli editti imperiali uscivano, i magistrati si preoccupavano di
eseguirli; infatti il preside Basso fece prima chiudere la chiesa, poi ordinò
l'inventario dei libri e vasi sacri ed infine deferì al tribunale il vescovo
con il diacono Ermete e probabilmente il prete Severo.
Filippo, sottoposto ad
atti di violenza, acconsentì a consegnare i vasi sacri e le Scritture (nessuno
in Asia lo accusò di essere «traditore» come invece avveniva nell’Africa
proconsolare per simili consegne). Il diacono Ermete, assistendo alla confisca
dei beni, notò e denunciò il funzionario Publio che si appropriava di alcuni vasi;
ricevette per questo dallo stesso Publio un violentissimo schiaffo, ma il
preside Basso, conosciuto il fatto, rimproverò aspramente il funzionario
disonesto (evidentemente i magistrati romani cercavano di agire secondo
giustizia).
Nel frattempo la chiesa
di Eraclea ed i libri santi furono distrutti per ordine del prefetto. Questi,
in successivi separati interrogatori, cercò di convincere il vescovo ed Ermete
ad abiurare, ma entrambi rifiutarono di bruciare incenso davanti agli idoli.
Specialmente la condotta del diacono sembrava al magistrato ed al popolo non
cristiano inspiegabile, perché questi era uomo molto stimato ad Eraclea e
faceva parte, come decurione, del senato della città. Cristiano fin dalla
nascita aveva potuto partecipare alle cariche civili durante il pacifico
periodo antecedente la persecuzione dio-dedalica.
Al prefetto Basso
successe Giustino; questi si recò ad Eraclea per interrogare i due
ecclesiastici ancora in custodia vigilata e li invitò ad obbedire agli ordini
imperiali, ma la risposta fu negativa. Rimandati in prigione o in custodia
vigilata, dopo sette mesi il prefetto li convocò ad Adrianopoli per sottoporli
a giudizio. Le minacce e le violenze non piegarono né il vescovo né il
diacono, per cui Giustino ordinò la loro decapitazione che fu dai due martiri
affrontata serenamente. Prima di morire Ermete inviò un messaggio al proprio
figlio perché pagasse tutti i debiti. I corpi, gettati nel fiume Ebro, ma
ripescati dai cristiani, ricevettero sepoltura a dodici miglia dalla città di
Eraclea in una località denominata Ogetistiron. Con ogni probabilità l'anno del
martirio fu il 303, ma alcuni critici spostano la data al 304-305.
Nella passio si parla
anche del prete Severo di Eraclea, ma il suo martirio non fu contemporaneo a
quello del vescovo e del diacono. Nel Martirologio Siriaco e nel
Geronimiano infatti, Filippo ed Ermete sono ricordati al 22, mentre Severo è
festeggiato al 23 ottobre. Nel Martirologio Romano inoltre figura anche un
Eusebio presente già nel Martirologio Geronimiano di cui si ignora tutto e che
però non ha niente a che fare con i tre martiri sopra citati.
Nei martirologi
orientali, che lo commemorano alla stessa data del 22 ottobre, Filippo è
menzionato come martire di Adrianopoli e non di Eraclea, insieme ad Erma e
Severo: evidentemente è stata indicata la città ove avvenne il martirio e non
quella dove tenne l'episcopato.
Alcuni martirologi
occidentali lo ricordano al 22 aprile, confondendolo con l'apostolo omonimo.
Alcuni studiosi ritengono che questo martire vada identificato col Filippo
menzionato nel Calendario marmoreo di Napoli (19 aprile), ma la critica più
recente lo esclude. È più probabile invece che l’omonimo di Nivedunum nella
Mesia (oggi Issaktscha) festeggiato secondo il Martirologio Siriaco ed il
Geronimiano il 4 giugno, sia il santo martire di Eraclea.
Il Martirologio Romano,
sempre al 22 ottobre, elenca un altro Filippo, vescovo di Fermo nel Piceno.
Sembrerebbe trattarsi di due distinte persone, ma studi recenti propendono per
una identificazione. La tradizione fermana sostiene che Filippo, nativo del
luogo, fu il secondo vescovo della città al tempo dell’imperatore Gallo
(251-53) e subì il martirio sotto Valeriano (o Aureliano) fuori della città del
luogo detto «dei Pini», ma questa tradizione non è confermata da alcuna antica
fonte. Infatti nessun testo antico riguardante la Chiesa di Fermo fa menzione
prima del 1580 ad un Filippo martire e vescovo della città e l’assoluta
mancanza di fonti per più di un millennio consiglia di non accettare la
tradizione fermana. Tuttavia il fatto di un culto ad un Filippo martire a Fermo
suppone l'esistenza di reliquie che con ogni probabilità sono quelle del
martire di Eraclea. Lo indicherebbe la data della celebrazione al 22 ottobre
coincidente con quella del vescovo di Eraclea. Lo confermerebbe il fatto,
suffragato da antiche testimonianze, che il culto del santo orientale era
diffuso nel Piceno. Come poi il santo di Eraclea sia divenuto un santo fermano
è facilmente spiegabile, giacché nel secolo XV-XVI molte altre Chiese italiane
hanno trasformato in santo del luogo personaggi di altre regioni. Di questo se
ne può avere una conferma dal calendario stesso della Chiesa di Fermo perché in
un manoscritto del secolo XV si legge al 22 ottobre: «S. Philippi episcopi et
martyris», ma poi in una glossa posteriore (facilmente visibile) è stato aggiunto
«cuius corpus iacet in ecclesia cathedralis in confessione». Evidentemente
prima della aggiunta Filippo era venerato, senza alcuna indicazione, nella
Chiesa di Fermo.
Autore: Gian
Domenico Gordini