dimanche 5 février 2017

Saint JACOB, patriarche




Govert Flinck, Isaac bénissant Jacob, 1638, 117 X 141, Rijksmuseum Amsterdam




Saint Jacob

Patriarche du peuple juif, Ancien Testament

"Il est le Dieu des vivants" dit le Christ en parlant d'Abraham, Isaac et Jacob. C'est ainsi que les Églises d'Orient et d'Occident considèrent que c'est le Christ lui-même qui, d'une certaine manière, l'aurait ainsi canonisé, en l'inscrivant parmi les saints du ciel.

Le 25 mai 2011, Benoît XVI a consacré la catéchèse de l'audience générale au patriarche Jacob et à son combat au gué de Yabboq. La Bible décrit Jacob, a dit le Pape, comme un homme calculateur et fourbe, rapportant les épisodes où il trompe son père aveugle et vole à son frère Esaü son droit d'aînesse. Puis il a rapporté celui du gué, où Jacob combat de nuit avec une entité qu'il ne voit pas. "Ce n'est qu'à la fin, après la disparition de ce quelqu'un que Jacob lui donnera un nom et pourra dire avoir lutté contre Dieu... Celui qui avait volé par astuce à son frère la bénédiction de premier né, demanda alors cette bénédiction à un inconnu dont il avait entrevu sans vraiment le reconnaître la nature divine. Au lieu de céder à Jacob, l'inconnu réclame son nom... Connaître le nom de quelqu'un induit une prise sur lui, car dans la mentalité biblique le nom renferme la réalité de l'être, son secret et son destin... En révélant son nom à un inconnu il se rend et s'en remet totalement à l'autre".

Puis le Saint-Père a souligné que le geste de soumission de Jacob signifie aussi sa victoire, dans la mesure où il reçoit un nom nouveau de l'adversaire, qui le déclare victorieux". Jacob était un nom faisant référence aux circonstances troubles de sa naissance, et au verbe tromper, prendre la place. Cette identité négative est rendue positive par Dieu car Israël signifie Dieu fort et vainqueur. "Lorsqu'à son tour Jacob demande son nom à l'autre, il refuse mais lui offre de manière significative sa bénédiction... Et ce n'est plus une bénédiction obtenue par l'astuce mais un don gratuit de Dieu, reçu par Jacob" qui se livre en confessant la vérité sur lui même. Dans l'épisode du gué de Yabboq, "le peuple d'Israël parle de ses origines et définit son rapport particulier avec Dieu. Comme le dit aussi le Catéchisme de l'Eglise catholique, la tradition spirituelle de l'Eglise voit dans ce récit le symbole de la prière comme combat de la foi et victoire de la persévérance... Nos vies sont comme la longue nuit de lutte et de prière de Jacob". "Elle doivent être vécues dans le désir et dans l'attente d'une bénédiction divine qui ne peut être arrachée ou conquise par la force, mais peut être reçue de Dieu avec humilité, comme un don permettant de reconnaître le Seigneur. Lorsque cela se produit, notre être change radicalement et nous recevons un nom nouveau avec la bénédiction de Dieu".

(VIS 20110525 440)

Voir dans le livre de la Genèse :

Voici l'histoire d'Isaac, fils d'Abraham... (Gn 25)

Jacob se fait donner par Isaac la bénédiction destinée au fils aîné (Gn 27, 1-5.15-29)

A Béthel, dans un songe, Dieu renouvelle à Jacob la promesse (Gn 28, 10-22a)
...
L'avenir de Juda prophétisé par Jacob (Gn 49, 1-2.8-10)

... et autres péricopes(*) sur le site de la Bible de la liturgie.

(*) péricope=unité textuelle biblique pour utilisation liturgique.

(Il est également fêté le 5 février)

SOURCE : https://nominis.cef.fr/contenus/saint/576/Saint-Jacob.html

Saint Jacob, Patriarche

Patriarche Hébreu

Fête le 5 février

Ancien Testament

† v. 1600 av. J.-C.

Israël, nom sacré de Jacob

Autre mention : 20 décembre

Fils d’Isaac et de Rebecca, petit-fils d’Abraham, Jacob, frère jumeau d’Esaü, naquit le second en tenant son frère par le talon (Genèse 25, 21-26). Par la suite, il trompa son frère en lui achetant son droit d’aînesse contre un plat de lentilles, puis en extorquant à Isaac vieillissant, avec la complicité de sa mère, Rébecca, la bénédiction normalement réservée à son frère. Jacob dut fuir la colère de son frère aîné et s’en alla en Mésopotamie où il épousa successivement les deux filles de son oncle Laban : Lia (Léa) et Rachel. Jacob retourna en pays de Canaan avec ses deux femmes et ses troupeaux. C’est en cours de route que Jacob, au cours d’une théophanie, lutta une nuit entière avec un ange du Seigneur, qui lui donna le nom d’Israël, ou « Celui qui lutte avec Dieu ». Jacob se réconcilia avec Esaü et il mourut en Égypte, où son fils préféré Joseph, devenu ministre du Pharaon, l’avait appelé. Les douze fils de Jacob furent les douze chefs des tribus appelées plus tard « israélites », à cause du nom sacré de Jacob, Israël, d’où procédèrent les douze tribus d’Israël.

De ses épouses, il avait eu douze fils qui seront les souches des douze tribus d’Israël : Siméon, Juda, Ruben, Dan, Benjamin, Gad, Issachar, Zabulon, Aser, Nephtali, Éphraïm et Manassé (ces deux dernières issues de Joseph).

Ce nom d’Israël, qui apparaît pour la première fois, fut donné à Jacob après le combat singulier qu’il soutint contre Dieu lui-même durant toute une nuit (le célèbre « combat avec l’ange »), alors qu’il craignait la vengeance d’Esaü. A l’appel de son fils Joseph (celui que ses frères avaient vendu pour un plat de lentilles et qui, exilé en Égypte, était devenu vizir du pharaon), Jacob-Israël décide une partie du peuple « israélite » à émigrer sur les bords du Nil ; c’était vers 1580 avant l’ère chrétienne, sous la XVIe dynastie des pharaons usurpateurs hyksos.

SOURCE : http://www.martyretsaint.com/jacob-patriarche/

BENOÎT XVI

AUDIENCE GÉNÉRALE

Place Saint-Pierre

Mercredi 25 mai 2011 

Chers frères et sœurs,

Aujourd’hui, je voudrais réfléchir avec vous sur un texte du Livre de la Genèse, qui rapporte un épisode assez particulier de l’histoire du patriarche Jacob. C’est un passage qui n’est pas facile à interpréter, mais qui est important pour notre vie de foi et de prière; il s’agit du récit de la lutte avec Dieu au gué du Yabboq, dont nous avons entendu un passage.

Comme vous vous en souviendrez, Jacob avait soustrait à son jumeau Esaü son droit d’aînesse en échange d’un plat de lentilles et avait ensuite soutiré par la ruse la bénédiction de son père Isaac, désormais très âgé, en profitant de sa cécité. Fuyant la colère d’Esaü, il s’était réfugié chez un parent, Laban; il s’était marié, était devenu riche et s’en retournait à présent dans sa terre natale, prêt à affronter son frère après avoir prudemment pris certaines précautions. Mais, lorsque tout est prêt pour cette rencontre, après avoir fait traverser à ceux qui l’accompagnaient le gué du torrent qui délimitait le territoire d’Esaü, Jacob, demeuré seul, est soudain agressé par un inconnu avec lequel il lutte toute une nuit. Ce combat corps à corps — que nous trouvons dans le chapitre 32 du Livre de la Genèse — devient précisément pour lui une expérience particulière de Dieu.

La nuit est le temps favorable pour agir de façon cachée, et donc, pour Jacob, le meilleur moment pour entrer dans le territoire de son frère sans être vu et sans doute dans l’illusion de prendre Esaü par surprise. Mais c’est au contraire lui qui est surpris par une attaque soudaine, à laquelle il n’était pas préparé. Il avait joué d’astuce pour tenter d’échapper à une situation dangereuse, il pensait réussir à tout contrôler, et il doit en revanche affronter à présent une lutte mystérieuse qui le surprend seul et sans lui donner la possibilité d’organiser une défense adéquate. Sans défense, dans la nuit, le patriarche Jacob lutte contre quelqu’un. Le texte ne spécifie pas l’identité de l’agresseur; il utilise un terme hébreu qui indique «un homme» de façon générique, «un, quelqu’un»; il s’agit donc d’une définition vague, indéterminée, qui maintient volontairement l’attaquant dans le mystère. Il fait nuit, Jacob ne réussit pas à distinguer son adversaire et pour le lecteur, pour nous, il demeure inconnu; quelqu’un s’oppose au patriarche et cela est l’unique élément sûr fourni par le narrateur. Ce n’est qu’à la fin, lorsque la lutte sera désormais terminée et que ce «quelqu’un» aura disparu, que Jacob le nommera et pourra dire qu’il a lutté avec Dieu.

L’épisode se déroule donc dans l’obscurité et il est difficile de percevoir non seulement l’identité de l’agresseur de Jacob, mais également le déroulement de la lutte. En lisant le passage, il est difficile d’établir qui des deux adversaires réussit à avoir le dessus; les verbes utilisés sont souvent sans sujet explicite, et les actions se déroulent de façon presque contradictoire, de sorte que lorsque l’on croit que l’un des deux a l’avantage, l’action successive contredit immédiatement les faits et présente l’autre comme le vainqueur. Au début, en effet, Jacob semble être le plus fort, et l’adversaire — dit le texte — «ne le maîtrisait pas» (v. 26); et pourtant, il frappe Jacob à l’emboîture de la hanche, provoquant son déboîtement. On devrait alors penser que Jacob est sur le point de succomber, mais c’est l’autre au contraire qui lui demande de le lâcher; et le patriarche refuse, en imposant une condition: «Je ne te lâcherai pas, que tu ne m'aies béni» (v. 27). Celui qui par la ruse avait dérobé son frère de la bénédiction due à l’aîné, la prétend à présent de l’inconnu, dont il commence sans doute à entrevoir les traits divins, mais sans pouvoir encore vraiment le reconnaître.

Son rival, qui semble retenu et donc vaincu par Jacob, au lieu de céder à la demande du patriarche, lui demande son nom: «Quel est ton nom». Et le patriarche répond: «Jacob» (v. 28). Ici, la lutte prend un tournant important. Connaître le nom de quelqu’un, en effet, implique une sorte de pouvoir sur la personne, car le nom, dans la mentalité biblique, contient la réalité la plus profonde de l’individu, en dévoile le secret et le destin. Connaître le nom veut dire alors connaître la vérité de l’autre et cela permet de pouvoir le dominer. Lorsque, à la demande de l’inconnu, Jacob révèle donc son nom, il se place entre les mains de son adversaire, c’est une façon de capituler, de se remettre totalement à l’autre.

Mais dans le geste de se rendre, Jacob résulte paradoxalement aussi vainqueur, car il reçoit un nom nouveau, en même temps que la reconnaissance de sa victoire de la part de son adversaire, qui lui dit: «On ne t’appellera plus Jacob, mais Israël, car tu as été fort contre Dieu et contre les hommes et tu l’as emporté» (v. 29). «Jacob» était un nom qui rappelait l’origine problématique du patriarche; en hébreu, en effet, il rappelle le terme «talon», et renvoie le lecteur au moment de la naissance de Jacob, lorsque, sortant du sein maternel, il tenait par la main le talon de son frère jumeau (cf. Gn 25, 26), presque en préfigurant l’acte de passer en premier, au détriment de son frère, qu’il aurait effectué à l’âge adulte; mais le nom de Jacob rappelle également le verbe «tromper, supplanter». Eh bien, à présent, dans la lutte, le patriarche révèle à son opposant, dans le geste de se remettre et de se rendre, sa propre réalité d’imposteur, qui supplante; mais l’autre, qui est Dieu, transforme cette réalité négative en positive: Jacob l’imposteur devient Israël, un nom nouveau lui est donné qui marque une nouvelle identité. Mais ici aussi, le récit conserve une duplicité voulue, car la signification la plus probable du nom Israël est «Dieu est fort, Dieu triomphe».

Jacob a donc prévalu, il a vaincu — c’est l’adversaire lui-même qui l’affirme — mais sa nouvelle identité, reçue de l’adversaire, affirme et témoigne de la victoire de Dieu. Et lorsque Jacob demandera, à son tour, son nom à son adversaire, celui-ci refusera de le lui dire, mais il se révélera dans un geste sans équivoque, en lui donnant la bénédiction. Cette bénédiction que le patriarche avait demandée au début de la lutte lui est à présent accordée. Et ce n’est pas la bénédiction obtenue par la tromperie, mais celle donnée gratuitement par Dieu, que Jacob peut recevoir car il est désormais seul, sans protection, sans astuces ni tromperies, il se remet sans défense, il accepte de se rendre et confesse la vérité sur lui-même. Ainsi, au terme de la lutte, ayant reçu la bénédiction, le patriarche peut finalement reconnaître l’autre, le Dieu de la bénédiction: «car — dit-il — j’ai vu Dieu face à face et j’ai eu la vie sauve» (v. 31), et il peut à présent traverser le gué, porteur d’un nom nouveau mais «vaincu» par Dieu et marqué pour toujours, boiteux à la suite de la blessure reçue.

Les explications que l’exégèse biblique peut donner à ce passage sont multiples; les chercheurs reconnaissent en particulier dans celui-ci des intentions et des composantes littéraires de différents genres, ainsi que des références à certains récits populaires. Mais lorsque ces éléments sont repris par les auteurs sacrés et inclus dans le récit biblique, ils changent de signification et le texte s’ouvre à des dimensions plus vastes. L’épisode de la lutte au Yabboq se présente ainsi au croyant comme un texte paradigmatique dans lequel le peuple d’Israël parle de sa propre origine et définit les traits d’une relation particulière entre Dieu et l’homme. C’est pourquoi, comme cela est également affirmé dans le Catéchisme de l’Eglise catholique, «la tradition spirituelle de l’Eglise a retenu de ce récit le symbole de la prière comme combat de la foi et victoire de la persévérance» (n. 2573). Le texte biblique nous parle de la longue nuit de la recherche de Dieu, de la lutte pour en connaître le nom et en voir le visage; c’est la nuit de la prière qui avec ténacité et persévérance demande à Dieu la bénédiction et un nouveau nom, une nouvelle réalité fruit de conversion et de pardon.

La nuit de Jacob au gué du Yabboq devient ainsi pour le croyant le point de référence pour comprendre la relation avec Dieu qui, dans la prière, trouve sa plus haute expression. La prière demande confiance, proximité, presque un corps à corps symbolique, non avec un Dieu adversaire et ennemi, mais avec un Seigneur bénissant qui reste toujours mystérieux, qui apparaît inaccessible. C’est pourquoi l’auteur sacré utilise le symbole de la lutte, qui implique force d’âme, persévérance, ténacité pour parvenir à ce que l’on désire. Et si l’objet du désir est la relation avec Dieu, sa bénédiction et son amour, alors la lutte ne pourra qu’atteindre son sommet dans le don de soi-même à Dieu, dans la reconnaissance de sa propre faiblesse, qui l’emporte précisément lorsqu’on en arrive à se remettre entre les mains miséricordieuses de Dieu.

Chers frères et sœurs, toute notre vie est comme cette longue nuit de lutte et de prière, qu’il faut passer dans le désir et dans la demande d’une bénédiction de Dieu qui ne peut pas être arrachée ou gagnée en comptant sur nos forces, mais qui doit être reçue avec humilité de Lui, comme don gratuit qui permet, enfin, de reconnaître le visage du Seigneur. Et quand cela se produit, toute notre réalité change, nous recevons un nouveau nom et la bénédiction de Dieu. Mais encore davantage: Jacob, qui reçoit un nom nouveau, devient Israël, il donne également un nom nouveau au lieu où il a lutté avec Dieu, où il l’a prié, il le renomme Penuel, qui signifie «Visage de Dieu». Avec ce nom, il reconnaît ce lieu comblé de la présence du Seigneur, il rend cette terre sacrée en y imprimant presque la mémoire de cette mystérieuse rencontre avec Dieu. Celui qui se laisse bénir par Dieu, qui s’abandonne à Lui, qui se laisse transformer par Lui, rend le monde béni. Que le Seigneur nous aide à combattre la bonne bataille de la foi (cf 1 Tm 6, 12; 2 Tm 4, 7) et à demander, dans notre prière, sa bénédiction, pour qu’il nous renouvelle dans l’attente de voir son Visage. Merci.

* * *

Je salue cordialement les pèlerins francophones, particulièrement les jeunes et les membres de la communauté de l’Arche de Grenoble ! Comme Jacob, laissez-vous bénir et transformer par Dieu pour rendre béni notre monde. Puisse le Seigneur vous aider à mener le bon combat de la foi avec humilité et dans une prière quotidienne et confiante ! Avec ma bénédiction !

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Le Saint-Siège

SOURCE : https://www.vatican.va/content/benedict-xvi/fr/audiences/2011/documents/hf_ben-xvi_aud_20110525.html

PAPE FRANÇOIS

AUDIENCE GÉNÉRALE

Bibliothèque du palais apostolique

Mercredi 10 juin 2020

Catéchèse - 6. La prière de Jacob


Chers frères et sœurs, bonjour !

Nous poursuivons notre catéchèse sur le thème de la prière. Le livre de la Genèse, à travers les épisodes d’hommes et de femmes d’époques lointaines, nous raconte des histoires dans lesquelles nous pouvons voir le reflet de notre vie. Dans le cycle des patriarches, nous trouvons également celle d’un homme qui avait fait de la ruse son plus grand atout: Jacob. Le récit biblique nous parle du difficile rapport que Jacob avait avec son frère, Esaü. Dès leur enfance, il régnait entre eux une rivalité qui ne sera jamais surmontée par la suite. Jacob était le second, — ils étaient jumeaux — mais au moyen la tromperie, il réussit à soutirer de son père Isaac la bénédiction et le don du droit d’aînesse (cf. Gn 25, 19-34). Ce n’est que la première d’une longue série de ruses dont cet homme sans scrupule est capable. Le nom de «Jacob» signifie également quelqu’un qui agit avec habileté.

Contraint à fuir loin de son frère, dans sa vie, il semble réussir dans chacune de ses entreprises. Il est habile dans les affaires: il s’enrichit beaucoup, devenant propriétaire d’un troupeau immense. Avec ténacité et patience, il réussit à épouser la plus belle des filles de Laban, dont il était véritablement amoureux. Jacob — pourrions-nous dire à travers un langage moderne — est un «self made man», avec la ruse, l’habileté, il réussit à conquérir tout ce qu’il désire. Mais il lui manque quelque chose. Il lui manque la relation vivante avec ses racines.

Et un jour, il ressent la nostalgie de sa maison, de son antique patrie, où vivait encore Esaü, le frère avec lequel il avait toujours eu de très mauvais rapports. Jacob part et accomplit un long voyage avec une caravane composée d’une foule de personnes et d’animaux, jusqu’à ce qu’il arrive à la dernière étape, le gué du Yabboq. Ici, le livre de la Genèse nous offre une page mémorable (cf. 32, 23-33). Il raconte que le patriarche, après avoir fait traverser le gué à tout son peuple et tout son bétail — qui était nombreux —, demeure seul sur la rive étrangère. Et il pense: que lui réserve le lendemain? Quelle attitude aura son frère Esaü a qui il avait volé le droit d’aînesse? L’esprit de Jacob est un tourbillon de pensées. Et tandis que le soir tombe, soudain, un inconnu le saisit et commence à lutter contre lui. Le Catéchisme explique: «La tradition spirituelle de l’Eglise a retenu de ce récit le symbole de la prière comme combat de la foi et victoire de la persévérance» (CEC, n. 2673).

Jacob lutta toute la nuit, sans jamais lâcher prise, contre son adversaire. A la fin, il est vaincu, frappé par son rival au nerf sciatique, et à partir de ce jour, il boitera toute sa vie. Ce mystérieux combattant demande son nom au patriarche et lui dit: «On ne t'appellera plus Jacob, mais Israël, car tu as été fort contre Dieu et contre tous les hommes et tu l'as emporté» (v. 29). Comme pour dire: tu ne seras jamais l’homme qui marche ainsi, mais droit. Il lui change son nom, il lui change sa vie, il change son attitude; tu t’appelleras Israël. Alors, Jacob demande aussi à l’autre: «Révèle-moi ton nom». Ce dernier ne le lui dit pas, mais en revanche le bénit. Et Jacob comprend qu’il a rencontré Dieu «face à face» (cf. vv. 30-31).

Lutter contre Dieu: une métaphore de la prière. D’autres fois, Jacob s’était révélé capable de dialoguer avec Dieu, de le sentir comme une présence amie et proche. Mais cette nuit-là, à travers une lutte qui dure longtemps et qui le fait presque succomber, le patriarche ressort changé. Changement de nom, changement de mode de vie et changement de personnalité: il sort changé. Pour une fois, il n’est plus maître de la situation — sa ruse ne sert pas —, il n’est plus l’homme stratège et calculateur; Dieu le ramène à sa vérité de mortel qui tremble et qui a peur, parce que Jacob avait peur dans la lutte. Pour une fois, Jacob n’a rien d’autre à présenter à Dieu que sa fragilité et son impuissance, même ses péchés. Et c’est ce Jacob qui reçoit de Dieu la bénédiction, avec laquelle il entre en boitant dans la terre promise: vulnérable, et remis en cause, mais le cœur nouveau. Une fois j’ai entendu dire par une personne âgée — un homme bon, un bon chrétien, mais un pécheur qui avait beaucoup de confiance en Dieu — il disait: «Dieu m’aidera; il ne me laissera pas seul. J’entrerai au paradis, en boitant mais j’entrerai». Auparavant, il était sûr de lui, il comptait sur sa ruse. C’était un homme imperméable à la grâce, réfractaire à la miséricorde; il ne savait pas ce qu’était la miséricorde. «Je suis ici, c’est moi qui commande!», il considérait qu’il n’avait pas besoin de miséricorde. Mais Dieu a sauvé ce qui était perdu. Il lui a fait comprendre qu’il était limité, qu’il était un pécheur qui avait besoin de miséricorde et il le sauva.

Nous avons tous un rendez-vous dans la nuit avec Dieu, dans la nuit de notre vie, dans les si nombreuses nuits de notre vie: dans les moments obscurs, dans les moments de péché, dans les moments de désorientation. Là, il y a toujours un rendez-vous avec Dieu, toujours. Il nous surprendra au moment où nous ne l’attendons pas, au moment où nous resterons véritablement seuls. Dans cette même nuit, en combattant contre l’inconnu, nous prendrons conscience d’être uniquement de pauvres hommes — je me permets de dire «pauvres gens» — mais, précisément alors, au moment où nous nous sentons de «pauvres gens», nous ne devrons pas craindre: parce qu’à ce moment, Dieu nous donnera un nouveau nom, qui contient le sens de toute notre vie; il changera notre cœur et il nous donnera la bénédiction réservée à qui s’est laissé changer par Lui. C’est une belle invitation à se laisser changer par Dieu. Lui sait comment faire, parce qu’il connaît chacun d’entre nous. «Seigneur, tu me connais», chacun de nous peut le dire. «Seigneur, Tu me connais. Change-moi».

Je suis heureux de saluer les personnes de langue française. Que le Seigneur vous comble de son esprit de force pour que vous sachiez combattre le bon combat de votre foi et qu’il vous accorde sa bénédiction qui vous transforme en des créatures nouvelles.

A tous, je donne ma bénédiction !

* * *

APPEL

Vendredi prochain, 12 juin, sera célébrée la journée mondiale contre l’exploitation du travail des mineurs, un phénomène qui prive les petits garçons et filles de leur enfance et qui met en danger leur développement intégral. Dans la situation actuelle d’urgence sanitaire, dans divers pays, de nombreux enfants et jeunes sont contraints d’accomplir des travaux inadaptés à leur âge, pour aider leurs familles qui vivent dans des conditions d’extrême pauvreté. Dans de nombreux cas, il s’agit de formes d’esclavage et de réclusion, entraînant des souffrances physiques et psychologiques. Nous sommes tous responsables de cela.

Je fais appel aux institutions afin qu’elles accomplissent tous les efforts possibles pour protéger les mineurs, en comblant les lacunes économiques et sociales qui sont à la base de la dynamique perverse dans laquelle ils sont malheureusement impliqués. Les enfants sont l’avenir de la famille humaine: c’est à nous tous que revient le devoir de favoriser leur croissance, leur santé et leur sérénité!

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Le Saint-Siège

SOURCE : https://www.vatican.va/content/francesco/fr/audiences/2020/documents/papa-francesco_20200610_udienza-generale.html

Les grands épisodes de la vie de Jacob dans la Bible

Dès la naissance, une rivalité entre jumeaux 

Jacob est le fils d'Isaac et Rebecca, il est le petit-fils d’Abraham et de Sarah. 

Rebecca est pourtant stérile et n’a pas d’enfant. Son mari Isaac prie Dieu pour qu’ils aient des enfants. Après 20 ans d’attente, ils sont exaucés, et Rebecca tombe enceinte. Mais sa grossesse est agitée car elle attend des jumeaux qui se chamaillent déjà dans son ventre : « Comme ses fils se heurtaient dans son sein, elle dit : « Pourquoi faut-il que cela se passe ainsi pour moi ? » et elle alla consulter le Seigneur. Le Seigneur lui dit : « Deux nations sont dans ton ventre. Deux peuples différents sortiront de tes entrailles : l’un sera plus fort que l’autre, et l’aîné servira le cadet. » (Gn 25, 22-23). Rebecca met donc au monde des jumeaux :

Esaü, l’aîné, roux et velu

et Jacob, plus frêle et chétif, qui sort la main agrippée au talon de son frère (Gn 25,25).

Les deux frères grandissent. Chacun son domaine : Esaü devient un chasseur, un bon gars de la campagne ; tandis que Jacob est plutôt du genre tranquille à demeurer sous les tentes.

La grosse entourloupe de Jacob qui enfume Esaü

Comme Dieu l’a annoncé à Rebecca, son fils cadet, Jacob, voudra prendre la place de son aîné Esaü. Mais pour cela, Jacob se montre rusé. Il profite du fait qu’Esaü rentre de la chasse, affamé et épuisé.

Ayant préparé un délicieux plat de lentilles, Esaü le lui réclame.

Mais Jacob accepte de lui donner sa pitance seulement si Esaü lui donne en échange son droit d'aînesse. En gros, c’est le fait de reprendre les affaires de père, son héritage, son statut et ses biens. Dans la tradition du Proche-Orient ancien, Esaü en tant qu’aîné est censé reprendre l’héritage paternel. 

Mais comme il crève la dalle, Esaü accepte l’échange pas du tout équitable : « Ésaü répondit : « Je suis en train de mourir ! À quoi bon mon droit d’aînesse ? » Jacob reprit : « Jure-le moi, maintenant ! » Et Ésaü le jura, il vendit son droit d’aînesse à Jacob. » (Gn 25, 32-33). Jacob est donc désormais le maître chez lui à la place d’Esaü. Allez écouter notre podcast sur le sujet : Esaü et Jacob, qui va à la chasse perd sa place !

La bénédiction d'Isaac

Mais pour que cela soit officiel, il faut la bénédiction paternelle d’Isaac. 

Grâce à la complicité de sa mère Rebecca, Jacob se déguise en Esaü avec des peaux de bêtes. Presque aveugle, Isaac croit reconnaître au toucher son aîné Esaü. 

Isaac lui accorde donc sa bénédiction

Et là c’est le drame… Isaac et Esaü se rendent compte de la supercherie … Esaü entre dans une colère noire et fait la promesse de tuer son frère : « Ésaü se mit à considérer Jacob comme son ennemi à cause de la bénédiction qu’il avait reçue de son père. Il se disait en lui-même : « Le moment du deuil de mon père approche. Alors je tuerai mon frère Jacob. » (Gn 27, 41). 

Devant cette menace, Jacob fuit loin de chez lui chez son oncle Laban. 

Le songe de l'échelle qui descend du ciel

Pendant son voyage vers la maison de Laban, Jacob fait un songe extraordinaire où il voit une échelle atteignant le ciel : « Il eut un songe : voici qu’une échelle était dressée sur la terre, son sommet touchait le ciel, et des anges de Dieu montaient et descendaient.» (Gn 28, 12). Dans ce songe, Dieu réaffirme la promesse qu'il avait faite à Abraham et à Isaac, assurant à Jacob sa protection et sa présence constante. Jacob fait la promesse que s’il revient vivant chez son père, le Seigneur sera son Dieu.

Les femmes et les enfants de Jacob, toute une histoire…

On arrive au moment mariage… Mais l’histoire des mariages de Jacob (parce qu’il y en a plusieurs) nécessite de s’accrocher — parce que c’est un peu complexe. 

Arrivé chez Laban son oncle, Jacob tombe amoureux de Rachel, la fille de son oncle, et consent à travailler pour Laban pendant sept ans en échange de sa main.

Mais Laban trompe Jacob en lui donnant Léa (sœur de Rachel) comme épouse au lieu de Rachel elle-même. Après avoir travaillé encore sept années pour obtenir Rachel, Jacob finit enfin par l'épouser. 

Par la suite, Rachel, incapable de concevoir des enfants au départ, envoie sa servante Bilha à Jacob pour lui donner des enfants qu’elle adoptera ensuite. De même, Léa, ne voulant pas être en reste, pousse sa servante Zilpa vers Jacob pour faire la même chose. 

Ainsi, Jacob a 13 enfants au total : 

Ruben, Siméon, Lévi, Juda, Issacar, Zabulon (et Dinah, la seule fille) avec Léa 

Dan et Nephtali avec Bilha  

Gad et Aser avec Zilpa 

Joseph et Benjamin avec Rachel  

Trompé par son beau-père, Jacob décide de revenir dans son pays chez ses parents avec toute sa famille et ses troupeaux. 

Le combat avec l'ange et la nouvelle identité de Jacob

Pendant son retour vers Canaan, Jacob se bat toute une nuit avec un mystérieux adversaire : « Jacob resta seul. Or, quelqu’un lutta avec lui jusqu’au lever de l’aurore.» (Gn 32, 25). Jacob ne veut pas laisser s’en aller son adversaire sans qu’il ne l’ait bénit. On peut interpréter ce personnage comme étant Dieu car avant de partir il lui dit : « Ton nom ne sera plus Jacob, mais Israël (c’est-à-dire : Dieu lutte), parce que tu as lutté avec Dieu et avec des hommes, et tu l’as emporté. » (Gn 32, 29). Jacob change de nom et devient « Israël », qui donnera ensuite son nom au peuple de Dieu.

Jacob le patriarche et père des 12 tribus d'Israël

Après cet épisode, Jacob se réconcilie avec son frère Esaü et revient sur ses terres, au pays de Canaan. Après quelques péripéties liées à sa nouvelle installation (allez lire le Livre de la Genèse des chapitres 33 à 37), Jacob va en voir de toutes les couleurs avec ses fils et finalement s’éteint à un âge avancé, au chapitre 49 de la Genèse. Jacob devient ainsi le patriarche des 12 tribus d'Israël qu’engendrèrent ses 12 fils : ses descendants sont désignés comme les chefs des tribus d'Israël.

SOURCE : https://www.prixm.org/bibliotheque/qui-est-jacob-dans-la-bible

Les personnages de l’Ancien Testament : Jacob, une lutte incessante

publié le 17/07/18|

Philippe-Emmanuel Krautter

Petit-fils d’Abraham, fils d’Isaac, Jacob est le troisième des grands patriarches. Sa vie sera marquée par cette lutte entre instinct et destin. Suivre ses inclinations ou rejoindre le plan divin, voilà le combat mené par Jacob.

Un esprit de conquête dès la naissance

Rébecca, comme Sarah la femme d’Abraham, est stérile. Sa prière est pourtant exaucée avec deux jumeaux, Esaü, l’aîné, et Jacob. Alors qu’Esaü naît le premier, Jacob le retient par le talon, signe d’une lutte déjà entamée… Jacob grandit dans les tentes parmi les femmes et a belle allure alors qu’Esaü est robuste, plein de poils et passe son temps à chasser. Esaü a la préférence de son père, Jacob, celle de sa mère. L’opposition entre les deux frères est marquée, un oracle avait prédit à sa mère que « L’aîné servira le cadet ».

La ruse pour la primauté

Jacob ruse à deux reprises pour duper son frère et obtenir la bénédiction de son père. Profitant de la gourmandise d’Esaü, il lui achète son droit d’aînesse contre un plat de lentilles. Pire encore, complice avec sa mère Jacob se fait passer pour son aîné devant son père Isaac, aveugle en raison de son grand âge. Sa mère aide Jacob à recouvrir ses bras et son cou de peau de bête pour imiter la pilosité de son frère. Le subterfuge réussit, le père lui transmet sa bénédiction faisant de Jacob l’héritier des Promesses divines. Lorsqu’Esaü apprend la duperie, il veut tuer son frère, Jacob s’enfuit vers Hâran d’où était parti Abraham, éternel retour…

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L’Échelle de Jacob

Le destin de Jacob ne semblait pas propice à ce qu’il plaise à Dieu. Pourtant dans sa fuite, c’est à Bethel qu’il a ce fameux songe « L’Échelle de Jacob » dans lequel il aperçoit une échelle reliant la terre au ciel et dont des anges en gravissent et descendent les degrés inlassablement, symbole de l’ouverture du ciel aux aspirations de l’homme. Par ce songe, Dieu renouvelle à Jacob les promesses faites à Abraham et à Isaac, le destin de Jacob est scellé ou presque…

La Lutte avec l’Ange

Jacob doit subir à son tour la ruse en trimant pour le compte du berger Laban dont il demande sa fille Rachel en échange de son labeur. Mais, c’est Léa voilée, moins convoitée, qui lui sera cependant donnée la nuit de noces. Dépité, il accepte de travailler autant pour obtenir la main de Rachel. Jacob aura ainsi deux épouses et douze enfants, à l’origine des douze tribus d’Israël. Cherchant à se réconcilier avec son frère, il repart vers Canaan mais en route, au gué de Yabboq, Jacob luttera toute une nuit contre un inconnu dont il devine la nature divine, l’Ange de Jacob. À l’aube, il obtient qu’il le bénisse et reçoit un nouveau nom : « On ne t’appellera plus Jacob, mais Israël, car tu t’es montré fort avec Dieu ». Grâce à cette reconnaissance, il se réconcilie avec son frère Esaü qui l’accueille à bras ouvert, la bénédiction d’Israël et de tous les croyants peut continuer.

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Jacob et Esaü, le long combat de la fraternité dans la Genèse

Cet article est paru dans le n°242 d’Initiales : On n’choisit pas sa famille ?

Jacob et Esaü passent leur vie à se supplanter l’un l’autre comme en témoigne le récit du livre de la Genèse au chapitre 25, versets 21-35. Comme si dans la fraternité, l’un semble toujours être de trop (thème essentiel de tout le livre de la Genèse). Pourquoi n’y aurait-il qu’un seul fils ? L’amour pour un seul est le chemin que Dieu prend pour qu’apparaisse son amour pour tous.

Quel plus grand bonheur pour une femme stérile que de voir ses espoirs et sa prière exaucés, son angoisse et sa honte effacés et d’attendre enfin un enfant ! Et pourtant, quand, après vingt ans d’une attente sans cesse déçue, sa stérilité est enfin vaincue, Rébecca ne peut se laisser aller à la joie de la maternité, tant les jumeaux qu’elle attend semblent se livrer bataille en son sein ! L’oracle qu’elle reçoit de la part du Seigneur ouvre et annonce le récit à venir « L’un sera plus fort que l’autre et le grand servira le petit » (Gn 25,23). Dès leur naissance, le récit se plaît à montrer à la fois leur unité (ils naissent reliés l’un à l’autre) et leur différence physique, comme pour mieux souligner ce que peuvent avoir d’artificiel pour des jumeaux les qualificatifs de aîné/cadet ou encore grand/petit, souvent fruits de délogements successifs dès le sein maternel. Le récit va être marqué par ce mal originaire des jumeaux qui recherchent sans cesse à la fois dans la rivalité et la ressemblance une place privilégiée et se heurtent au désir jamais comblé d’être unique. Le narrateur insiste sur tout ce qui les différencie et les sépare, leur physique et leur caractère, mais aussi l’espace où chacun se plaît, et surtout la préférence croisée de chacun des parents pour l’un des deux jumeaux, Isaac pour Esaü, Rébecca pour Jacob (25,28).

Droit d’aînesse échangé et bénédiction volée

Après avoir bien souligné leurs différences, le récit va s’ingénier à brouiller les rôles et les spécificités de chacun. Dans l’épisode de la vente du droit d’aînesse, chacun est intéressé par ce que l’autre a : celui qui a le droit d’aînesse n’y tient pas, celui qui y tient ne l’a pas. Celui qui se sent près de mourir n’a rien pour apaiser sa soif, son frère a la bouillie de lentilles qui peut le sauver. Au final, l’aîné reste l’aîné, mais sans le droit que le cadet obtient, tout en restant le cadet. Une des spécificités s’efface en même temps que la différence entre les frères devient plus floue.

La bénédiction volée va pousser encore plus loin la confusion. Le thème de l’éviction du premier fils est constant dans la Bible. Comme Abraham avec Ismaël, Isaac est prisonnier de l’évidence que la première place revient à l’aîné. Mais Rébecca tire de la prophétie reçue la certitude que l’élection n’est pas liée au droit de naissance, ni la bénédiction à la force. Le narrateur rend le lecteur témoin et quasi complice de l’action en lui faisant voir la scène du côté des trompeurs, où le parti pris maternel donne légitimité à Jacob contre Esaü, pourtant soutenu par Isaac son père. Abuser ainsi du handicap et de l’âge d’un mari et d’un père, nous paraît tout à fait scandaleux. Car non seulement Jacob cherche à se transformer physiquement en Esaü, mais à la question d’Isaac, il dit être « Esaü ». Or, jamais, le narrateur ne semble porter le moindre jugement négatif sur l’action et les choix posés. Dans ce récit où à aucun moment les deux frères ne se trouvent en présence l’un de l’autre, le jeu des possessifs met au jour les relations qui sous-tendent les choix de chacun des parents. Si à treize reprises, le « mon fils » d’Isaac s’adresse à Esaü (ou celui qu’il croit être Esaü), jamais le texte ne lui fait dire « mon fils » à Jacob. Rébecca de son côté s’adresse à Jacob « son fils », mais le narrateur s’attache à la rattacher à ses deux fils : Esaü, son fils le grand (v.15, 42) et Jacob, son fils le petit (v.15,42). Ce jeu subtil qui parcourt l’ensemble du texte fait apparaître Rébecca mère des deux jumeaux, et non mue par un amour préférentiel pour un seul des deux.

Des jumeaux indifférenciés, le risque de la mort ?

Pour obtenir la bénédiction d’Isaac, Jacob s’est transformé en Esaü, il a pris ce qui devait être à Esaü, mais pour autant il n’est pas Esaü, qui, lui, est toujours là. Jacob, en incarnant Esaü et en prenant sa place, menace la possibilité de coexistence fraternelle. Il y a toujours danger quand les membres d’une fratrie ne sont pas eux-mêmes, et encore plus quand il y a risque d’identité entre les frères. L’auteur biblique pressent ce danger. La bénédiction dont bénéficie chacun des frères sera formulée de la même manière, mais l’une en positif, l’autre en négatif, empêchant l’identification absolue entre eux deux, celle qui signerait le retour mortel à l’indifférencié des jumeaux.

Mais le risque de mort est bien là avec la menace explicite d’Esaü : « Je tuerai Jacob, mon frère », lien de fraternité qu’Esaü nomme alors pour la première fois. Contraint à la fuite, Jacob se retrouve certes béni, mais seul, sans aucun bien, condamné à l’errance.

Mais l’histoire des deux frères ne s’arrête pas là. Nous les retrouvons vingt ans plus tard, alors qu’à l’appel de Dieu, Jacob revient en Canaan, avec ses quatre femmes, ses onze fils, à la tête d’une caravane de femmes, enfants, serviteurs et troupeaux. Apprenant qu’Esaü marche à sa rencontre à la tête de 400 hommes, Jacob retrouve intacte la peur face à son frère, comme si rien n’avait changé au cours de ces années. Fidèle à lui-même, toujours maître en manipulations diverses, il organise la caravane pour apaiser son frère en envoyant devant femmes et enfants, en groupes successifs. Et c’est à la veille de la rencontre, alors que Jacob se retrouve seul, de nuit, au bord du fleuve Yabboq, qu’a lieu le fameux combat, combat dont il sortira blessé et transformé, fort d’un nouveau nom qui dit une nouvelle identité, non plus « celui qui supplante », mais celui qui « lutte avec » à visage découvert, fort aussi d’une bénédiction reçue et non volée.

Les larmes pour se réconcilier

La rencontre des deux frères est magnifique, elle inverse les rôles issus du vol de la bénédiction : Jacob arrive devant son frère Esaü en se prosternant devant lui, comme un vassal devant son suzerain, mais c’est en frère aimant qu’Esaü se jette à son cou, et leurs larmes communes signent leur réconciliation. Jacob pose les dernières armes de la rivalité fraternelle en offrant à son frère la bénédiction qu’il avait prise : « reçois donc de moi ma bénédiction (berakha) qui t’a été apportée » (33,11). Chacun peut enfin retrouver sa juste place et une relation juste et fraternelle s’instaurer. L’inversion annoncée entre le grand et le petit, puis programmée dans les premiers épisodes du récit, est maintenant dépassée. La mort d’Isaac ne verra donc pas la vengeance d’Esaü s’assouvir (Gn 27,42), mais au contraire elle rassemblera une nouvelle fois les deux frères enfin réunis dans une même affection fraternelle et un même lien filial : « Isaac mourut… et l’ensevelirent Esaü et Jacob ses fils » (Gn 35,29).

Claire Escaffre

SOURCE : https://catechese.catholique.fr/outils/conference-contribution/307151-jacob-esau-combat-fraternite-genese-25/

Jacob et Ésaü, les frères ennemis de la bible, jusqu’à la réconciliation

mars 2025

Prions pour que les familles divisées puissent trouver dans le pardon la guérison de leurs blessures, en redécouvrant la richesse de l’autre, même au cœur des différences.

ÉCLAIRAGE BIBLIQUE. Les récits de vie des patriarches dans le livre de la Genèse n’ont pas pour but de nous présenter des personnages exemplaires ou des vies de famille admirables. C’est extrêmement précieux pour nous car comme le dit le Pape François, « nous pouvons constater que la parole de Dieu ne se révèle pas comme une séquence de thèses abstraites, mais comme une compagne de voyage, y compris pour les familles qui sont en crise ou sont confrontées à une souffrance ou à une autre et leur montre le but du chemin…» (Amoris laetitia n°22). Arrêtons-nous sur Jacob, un homme en qui se révèle toute la complexité de l’âme humaine.

Des jumeaux que tout oppose

Le premier qui sortit était roux, tout couvert de poils comme d’une fourrure. On lui donna le nom d’Ésaü. Après quoi sortit son frère, la main agrippée au talon d’Ésaü. On lui donna le nom de Jacob (c’est-à-dire : Il talonne). À leur naissance, Isaac avait soixante ans. Les garçons grandirent. Ésaü devint un chasseur habile, un homme des champs ; Jacob était un homme délicat demeurant sous les tentes. Isaac préférait Ésaü, car il appréciait le gibier, mais Rébecca préférait Jacob. (Gn 25, 25-28)

Loin d’être une richesse, leurs différences deviennent un enjeu parental. Combien d’adultes portent encore une blessure d’enfance liée à la comparaison, à l’impression de ne pas être aimé par un parent ?

Qui est le premier, qui est l’aîné ?

Un jour, Jacob préparait un plat, quand Ésaü revint des champs, épuisé. Ésaü dit à Jacob : « Laisse-moi donc avaler cette sauce, le roux qui est là, car je suis épuisé ! » […] Jacob lui dit : « Vends-moi maintenant ton droit d’aînesse ! ».  Ésaü répondit : « Je suis en train de mourir ! À quoi bon mon droit d’aînesse ? » Jacob reprit : « Jure-le moi, maintenant ! » Et Ésaü le jura, il vendit son droit d’aînesse à Jacob. Alors Jacob donna à Ésaü du pain et un plat de lentilles. Celui-ci mangea et but, puis il se leva et s’en alla. C’est ainsi qu’Ésaü montra du mépris pour le droit d’aînesse. (Gn 25, 29-34)

Dans une famille apaisée, les deux frères auraient partagé le dîner. Mais le texte nous laisse entrevoir le désir de chacun d’utiliser son frère à ses propres fins. La division est à l’œuvre.

Jusqu’à devenir des ennemis

Jacob entra chez son père et dit : « Mon père ! » Celui-ci répondit : « Me voici. Qui es-tu, mon fils ? » Jacob dit à son père : « Je suis Ésaü, ton premier-né ; j’ai fait ce que tu m’as dit. Viens donc t’asseoir, mange de mon gibier ; alors, tu pourras me bénir. » Isaac lui dit : « Comme tu as trouvé vite, mon fils ! » Jacob répondit : « C’est que le Seigneur, ton Dieu, a favorisé ma chasse. » Isaac lui dit : « Approche donc, mon fils, que je te palpe, pour savoir si tu es bien mon fils Ésaü ! » Jacob s’approcha de son père Isaac. Celui-ci le palpa et dit : « La voix est la voix de Jacob, mais les mains sont les mains d’Ésaü. »  Il ne reconnut pas Jacob car ses mains étaient velues comme celles de son frère Ésaü, et il le bénit. Il dit encore : « C’est bien toi mon fils Ésaü ? » Jacob répondit : « C’est bien moi. » (Gn 27, 18-24)

Poussé par sa mère, Jacob profite de l’infirmité de son vieux père Isaac. Il prend la place de son frère et ment à son père pour recevoir la bénédiction qui l’établit comme héritier de la promesse faite par Dieu à Abraham. Entre les deux frères, le lien fraternel est gravement abîmé et la violence jaillit.

Ésaü se mit à considérer Jacob comme son ennemi à cause de la bénédiction qu’il avait reçue de son père. Il se disait en lui-même : « Le moment du deuil de mon père approche. Alors je tuerai mon frère Jacob. » (Gn 27, 41)

Happy end

Vingt ans après, chacun est marié, a une grande descendance et de nombreux troupeaux. Malgré l’appréhension de Jacob, chacun fait un geste envers l’autre et la réconciliation peut avoir lieu.

Jacob leva les yeux. Il vit qu’Ésaü arrivait, et avec lui quatre cents hommes, […] et il se prosterna sept fois, face contre terre, avant d’aborder son frère. Ésaü courut à sa rencontre, l’étreignit, se jeta à son cou, l’embrassa, et tous deux pleurèrent. (Gn 33, 1-4)

Cependant, avec sagesse, ils conviennent de se tenir à distance l’un de l’autre. Ils ne se tiendront à nouveau côte à côte que pour enterrer leur père Isaac.

Et Dieu dans tout cela ?

Il n’y a pas de jugement moral dans ces récits. Le Seigneur Dieu ne revient pas sur la bénédiction accordée par Isaac à Jacob fut-elle le résultat d’une ruse, d’un mensonge. Au contraire plusieurs fois, il se manifeste à Jacob pour l’assurer de sa présence à ses côtés. Le Seigneur connaît les faiblesses et les fragilités humaines ; et même au cœur de familles dysfonctionnelles, de vies fracturées, sa bénédiction et sa promesse continuent de se manifester. Sans compter qu’un pardon est toujours possible même vingt ans après. N’est-ce pas un merveilleux signe d’espérance pour aujourd’hui ?

Marianne Cébron, Réseau Mondial de Prière du Pape France

SOURCE : https://www.prieredupapefrance.net/jacob-et-esau-les-freres-ennemis-de-la-bible-jusqua-la-reconciliation/