Saint Jacob
Patriarche du peuple
juif, Ancien Testament
"Il est le Dieu des vivants" dit le Christ en parlant d'Abraham, Isaac et Jacob. C'est ainsi que les Églises d'Orient et d'Occident considèrent que c'est le Christ lui-même qui, d'une certaine manière, l'aurait ainsi canonisé, en l'inscrivant parmi les saints du ciel.
Le 25 mai 2011, Benoît XVI a consacré la catéchèse de l'audience générale au patriarche Jacob et à son combat au gué de Yabboq. La Bible décrit Jacob, a dit le Pape, comme un homme calculateur et fourbe, rapportant les épisodes où il trompe son père aveugle et vole à son frère Esaü son droit d'aînesse. Puis il a rapporté celui du gué, où Jacob combat de nuit avec une entité qu'il ne voit pas. "Ce n'est qu'à la fin, après la disparition de ce quelqu'un que Jacob lui donnera un nom et pourra dire avoir lutté contre Dieu... Celui qui avait volé par astuce à son frère la bénédiction de premier né, demanda alors cette bénédiction à un inconnu dont il avait entrevu sans vraiment le reconnaître la nature divine. Au lieu de céder à Jacob, l'inconnu réclame son nom... Connaître le nom de quelqu'un induit une prise sur lui, car dans la mentalité biblique le nom renferme la réalité de l'être, son secret et son destin... En révélant son nom à un inconnu il se rend et s'en remet totalement à l'autre".
Puis le Saint-Père a souligné que le geste de soumission de Jacob signifie aussi sa victoire, dans la mesure où il reçoit un nom nouveau de l'adversaire, qui le déclare victorieux". Jacob était un nom faisant référence aux circonstances troubles de sa naissance, et au verbe tromper, prendre la place. Cette identité négative est rendue positive par Dieu car Israël signifie Dieu fort et vainqueur. "Lorsqu'à son tour Jacob demande son nom à l'autre, il refuse mais lui offre de manière significative sa bénédiction... Et ce n'est plus une bénédiction obtenue par l'astuce mais un don gratuit de Dieu, reçu par Jacob" qui se livre en confessant la vérité sur lui même. Dans l'épisode du gué de Yabboq, "le peuple d'Israël parle de ses origines et définit son rapport particulier avec Dieu. Comme le dit aussi le Catéchisme de l'Eglise catholique, la tradition spirituelle de l'Eglise voit dans ce récit le symbole de la prière comme combat de la foi et victoire de la persévérance... Nos vies sont comme la longue nuit de lutte et de prière de Jacob". "Elle doivent être vécues dans le désir et dans l'attente d'une bénédiction divine qui ne peut être arrachée ou conquise par la force, mais peut être reçue de Dieu avec humilité, comme un don permettant de reconnaître le Seigneur. Lorsque cela se produit, notre être change radicalement et nous recevons un nom nouveau avec la bénédiction de Dieu".
(VIS 20110525 440)
Voir dans le livre de la Genèse :
Voici l'histoire d'Isaac, fils d'Abraham... (Gn 25)
Jacob se fait donner par Isaac la bénédiction destinée au fils aîné (Gn 27, 1-5.15-29)
A Béthel, dans un songe, Dieu renouvelle à Jacob la promesse (Gn
28, 10-22a)
...
L'avenir de Juda prophétisé par Jacob (Gn 49,
1-2.8-10)
... et autres péricopes(*) sur le site de la Bible de la liturgie.
(*) péricope=unité textuelle biblique pour utilisation liturgique.
(Il est également fêté le 5 février)
SOURCE : https://nominis.cef.fr/contenus/saint/576/Saint-Jacob.html
Saint Jacob,
Patriarche
Patriarche Hébreu
Fête le 5 février
Ancien Testament
† v. 1600 av. J.-C.
Israël, nom sacré de
Jacob
Autre mention : 20
décembre
Fils d’Isaac et de
Rebecca, petit-fils d’Abraham, Jacob, frère jumeau d’Esaü, naquit le second en
tenant son frère par le talon (Genèse 25, 21-26). Par la suite, il trompa son
frère en lui achetant son droit d’aînesse contre un plat de lentilles, puis en
extorquant à Isaac vieillissant, avec la complicité de sa mère, Rébecca, la
bénédiction normalement réservée à son frère. Jacob dut fuir la colère de son
frère aîné et s’en alla en Mésopotamie où il épousa successivement les deux
filles de son oncle Laban : Lia (Léa) et Rachel. Jacob retourna en pays de
Canaan avec ses deux femmes et ses troupeaux. C’est en cours de route que
Jacob, au cours d’une théophanie, lutta une nuit entière avec un ange du Seigneur,
qui lui donna le nom d’Israël, ou « Celui qui lutte avec Dieu ».
Jacob se réconcilia avec Esaü et il mourut en Égypte, où son fils préféré
Joseph, devenu ministre du Pharaon, l’avait appelé. Les douze fils de Jacob
furent les douze chefs des tribus appelées plus tard « israélites »,
à cause du nom sacré de Jacob, Israël, d’où procédèrent les douze tribus
d’Israël.
De ses épouses, il avait
eu douze fils qui seront les souches des douze tribus d’Israël : Siméon,
Juda, Ruben, Dan, Benjamin, Gad, Issachar, Zabulon, Aser, Nephtali, Éphraïm et
Manassé (ces deux dernières issues de Joseph).
Ce nom d’Israël, qui
apparaît pour la première fois, fut donné à Jacob après le combat singulier
qu’il soutint contre Dieu lui-même durant toute une nuit (le célèbre
« combat avec l’ange »), alors qu’il craignait la vengeance
d’Esaü. A l’appel de son fils Joseph (celui que ses frères avaient vendu pour
un plat de lentilles et qui, exilé en Égypte, était devenu vizir du pharaon),
Jacob-Israël décide une partie du peuple « israélite » à émigrer sur
les bords du Nil ; c’était vers 1580 avant l’ère chrétienne, sous la XVIe
dynastie des pharaons usurpateurs hyksos.
SOURCE : http://www.martyretsaint.com/jacob-patriarche/
BENOÎT XVI
AUDIENCE GÉNÉRALE
Chers frères et sœurs,
Aujourd’hui, je voudrais
réfléchir avec vous sur un texte du Livre de la Genèse, qui rapporte
un épisode assez particulier de l’histoire du patriarche Jacob. C’est un
passage qui n’est pas facile à interpréter, mais qui est important pour notre
vie de foi et de prière; il s’agit du récit de la lutte avec Dieu au gué du
Yabboq, dont nous avons entendu un passage.
Comme vous vous en
souviendrez, Jacob avait soustrait à son jumeau Esaü son droit d’aînesse en
échange d’un plat de lentilles et avait ensuite soutiré par la ruse la
bénédiction de son père Isaac, désormais très âgé, en profitant de sa cécité.
Fuyant la colère d’Esaü, il s’était réfugié chez un parent, Laban; il s’était
marié, était devenu riche et s’en retournait à présent dans sa terre natale, prêt
à affronter son frère après avoir prudemment pris certaines précautions. Mais,
lorsque tout est prêt pour cette rencontre, après avoir fait traverser à ceux
qui l’accompagnaient le gué du torrent qui délimitait le territoire d’Esaü,
Jacob, demeuré seul, est soudain agressé par un inconnu avec lequel il lutte
toute une nuit. Ce combat corps à corps — que nous trouvons dans le chapitre 32
du Livre de la Genèse — devient précisément pour lui une expérience
particulière de Dieu.
La nuit est le temps
favorable pour agir de façon cachée, et donc, pour Jacob, le meilleur moment
pour entrer dans le territoire de son frère sans être vu et sans doute dans
l’illusion de prendre Esaü par surprise. Mais c’est au contraire lui qui est
surpris par une attaque soudaine, à laquelle il n’était pas préparé. Il avait
joué d’astuce pour tenter d’échapper à une situation dangereuse, il pensait
réussir à tout contrôler, et il doit en revanche affronter à présent une lutte
mystérieuse qui le surprend seul et sans lui donner la possibilité d’organiser
une défense adéquate. Sans défense, dans la nuit, le patriarche Jacob lutte
contre quelqu’un. Le texte ne spécifie pas l’identité de l’agresseur; il
utilise un terme hébreu qui indique «un homme» de façon générique, «un,
quelqu’un»; il s’agit donc d’une définition vague, indéterminée, qui maintient
volontairement l’attaquant dans le mystère. Il fait nuit, Jacob ne réussit pas
à distinguer son adversaire et pour le lecteur, pour nous, il demeure inconnu;
quelqu’un s’oppose au patriarche et cela est l’unique élément sûr fourni par le
narrateur. Ce n’est qu’à la fin, lorsque la lutte sera désormais terminée et
que ce «quelqu’un» aura disparu, que Jacob le nommera et pourra dire qu’il a
lutté avec Dieu.
L’épisode se déroule donc
dans l’obscurité et il est difficile de percevoir non seulement l’identité de
l’agresseur de Jacob, mais également le déroulement de la lutte. En lisant le
passage, il est difficile d’établir qui des deux adversaires réussit à avoir le
dessus; les verbes utilisés sont souvent sans sujet explicite, et les actions
se déroulent de façon presque contradictoire, de sorte que lorsque l’on croit
que l’un des deux a l’avantage, l’action successive contredit immédiatement les
faits et présente l’autre comme le vainqueur. Au début, en effet, Jacob semble
être le plus fort, et l’adversaire — dit le texte — «ne le maîtrisait pas» (v.
26); et pourtant, il frappe Jacob à l’emboîture de la hanche, provoquant son
déboîtement. On devrait alors penser que Jacob est sur le point de succomber,
mais c’est l’autre au contraire qui lui demande de le lâcher; et le patriarche
refuse, en imposant une condition: «Je ne te lâcherai pas, que tu ne m'aies
béni» (v. 27). Celui qui par la ruse avait dérobé son frère de la bénédiction
due à l’aîné, la prétend à présent de l’inconnu, dont il commence sans doute à
entrevoir les traits divins, mais sans pouvoir encore vraiment le reconnaître.
Son rival, qui semble
retenu et donc vaincu par Jacob, au lieu de céder à la demande du patriarche,
lui demande son nom: «Quel est ton nom». Et le patriarche répond: «Jacob» (v.
28). Ici, la lutte prend un tournant important. Connaître le nom de quelqu’un,
en effet, implique une sorte de pouvoir sur la personne, car le nom, dans la
mentalité biblique, contient la réalité la plus profonde de l’individu, en
dévoile le secret et le destin. Connaître le nom veut dire alors connaître la
vérité de l’autre et cela permet de pouvoir le dominer. Lorsque, à la demande
de l’inconnu, Jacob révèle donc son nom, il se place entre les mains de son
adversaire, c’est une façon de capituler, de se remettre totalement à l’autre.
Mais dans le geste de se
rendre, Jacob résulte paradoxalement aussi vainqueur, car il reçoit un nom
nouveau, en même temps que la reconnaissance de sa victoire de la part de son
adversaire, qui lui dit: «On ne t’appellera plus Jacob, mais Israël, car tu as
été fort contre Dieu et contre les hommes et tu l’as emporté» (v. 29). «Jacob»
était un nom qui rappelait l’origine problématique du patriarche; en hébreu, en
effet, il rappelle le terme «talon», et renvoie le lecteur au moment de la
naissance de Jacob, lorsque, sortant du sein maternel, il tenait par la main le
talon de son frère jumeau (cf. Gn 25, 26), presque en préfigurant
l’acte de passer en premier, au détriment de son frère, qu’il aurait effectué à
l’âge adulte; mais le nom de Jacob rappelle également le verbe «tromper,
supplanter». Eh bien, à présent, dans la lutte, le patriarche révèle à son
opposant, dans le geste de se remettre et de se rendre, sa propre réalité
d’imposteur, qui supplante; mais l’autre, qui est Dieu, transforme cette
réalité négative en positive: Jacob l’imposteur devient Israël, un nom nouveau
lui est donné qui marque une nouvelle identité. Mais ici aussi, le récit
conserve une duplicité voulue, car la signification la plus probable du nom
Israël est «Dieu est fort, Dieu triomphe».
Jacob a donc prévalu, il
a vaincu — c’est l’adversaire lui-même qui l’affirme — mais sa nouvelle
identité, reçue de l’adversaire, affirme et témoigne de la victoire de Dieu. Et
lorsque Jacob demandera, à son tour, son nom à son adversaire, celui-ci
refusera de le lui dire, mais il se révélera dans un geste sans équivoque, en
lui donnant la bénédiction. Cette bénédiction que le patriarche avait demandée
au début de la lutte lui est à présent accordée. Et ce n’est pas la bénédiction
obtenue par la tromperie, mais celle donnée gratuitement par Dieu, que Jacob
peut recevoir car il est désormais seul, sans protection, sans astuces ni
tromperies, il se remet sans défense, il accepte de se rendre et confesse la
vérité sur lui-même. Ainsi, au terme de la lutte, ayant reçu la bénédiction, le
patriarche peut finalement reconnaître l’autre, le Dieu de la bénédiction: «car
— dit-il — j’ai vu Dieu face à face et j’ai eu la vie sauve» (v. 31), et il
peut à présent traverser le gué, porteur d’un nom nouveau mais «vaincu» par
Dieu et marqué pour toujours, boiteux à la suite de la blessure reçue.
Les explications que
l’exégèse biblique peut donner à ce passage sont multiples; les chercheurs
reconnaissent en particulier dans celui-ci des intentions et des composantes
littéraires de différents genres, ainsi que des références à certains récits
populaires. Mais lorsque ces éléments sont repris par les auteurs sacrés et
inclus dans le récit biblique, ils changent de signification et le texte
s’ouvre à des dimensions plus vastes. L’épisode de la lutte au Yabboq se
présente ainsi au croyant comme un texte paradigmatique dans lequel le peuple
d’Israël parle de sa propre origine et définit les traits d’une relation
particulière entre Dieu et l’homme. C’est pourquoi, comme cela est également
affirmé dans le Catéchisme
de l’Eglise catholique, «la tradition spirituelle de l’Eglise a retenu
de ce récit le symbole de la prière comme combat de la foi et victoire de la
persévérance» (n.
2573). Le texte biblique nous parle de la longue nuit de la recherche de
Dieu, de la lutte pour en connaître le nom et en voir le visage; c’est la nuit
de la prière qui avec ténacité et persévérance demande à Dieu la bénédiction et
un nouveau nom, une nouvelle réalité fruit de conversion et de pardon.
La nuit de Jacob au gué
du Yabboq devient ainsi pour le croyant le point de référence pour comprendre
la relation avec Dieu qui, dans la prière, trouve sa plus haute expression. La
prière demande confiance, proximité, presque un corps à corps symbolique, non
avec un Dieu adversaire et ennemi, mais avec un Seigneur bénissant qui reste
toujours mystérieux, qui apparaît inaccessible. C’est pourquoi l’auteur sacré
utilise le symbole de la lutte, qui implique force d’âme, persévérance,
ténacité pour parvenir à ce que l’on désire. Et si l’objet du désir est la
relation avec Dieu, sa bénédiction et son amour, alors la lutte ne pourra
qu’atteindre son sommet dans le don de soi-même à Dieu, dans la reconnaissance
de sa propre faiblesse, qui l’emporte précisément lorsqu’on en arrive à se
remettre entre les mains miséricordieuses de Dieu.
Chers frères et sœurs,
toute notre vie est comme cette longue nuit de lutte et de prière, qu’il faut
passer dans le désir et dans la demande d’une bénédiction de Dieu qui ne peut
pas être arrachée ou gagnée en comptant sur nos forces, mais qui doit être
reçue avec humilité de Lui, comme don gratuit qui permet, enfin, de reconnaître
le visage du Seigneur. Et quand cela se produit, toute notre réalité change,
nous recevons un nouveau nom et la bénédiction de Dieu. Mais encore davantage:
Jacob, qui reçoit un nom nouveau, devient Israël, il donne également un nom
nouveau au lieu où il a lutté avec Dieu, où il l’a prié, il le renomme Penuel,
qui signifie «Visage de Dieu». Avec ce nom, il reconnaît ce lieu comblé de la
présence du Seigneur, il rend cette terre sacrée en y imprimant presque la
mémoire de cette mystérieuse rencontre avec Dieu. Celui qui se laisse bénir par
Dieu, qui s’abandonne à Lui, qui se laisse transformer par Lui, rend le monde
béni. Que le Seigneur nous aide à combattre la bonne bataille de la foi (cf
1 Tm 6, 12; 2 Tm 4, 7) et à demander, dans notre prière, sa
bénédiction, pour qu’il nous renouvelle dans l’attente de voir son Visage.
Merci.
* * *
Je salue cordialement les
pèlerins francophones, particulièrement les jeunes et les membres de la
communauté de l’Arche de Grenoble ! Comme Jacob, laissez-vous bénir et
transformer par Dieu pour rendre béni notre monde. Puisse le Seigneur vous
aider à mener le bon combat de la foi avec humilité et dans une prière
quotidienne et confiante ! Avec ma bénédiction !
© Copyright 2011 -
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Copyright © Dicastère
pour la Communication
SOURCE : https://www.vatican.va/content/benedict-xvi/fr/audiences/2011/documents/hf_ben-xvi_aud_20110525.html
PAPE FRANÇOIS
AUDIENCE GÉNÉRALE
Catéchèse - 6.
La prière de Jacob
Chers frères et sœurs,
bonjour !
Nous poursuivons notre
catéchèse sur le thème de la prière. Le livre de la Genèse, à travers les
épisodes d’hommes et de femmes d’époques lointaines, nous raconte des histoires
dans lesquelles nous pouvons voir le reflet de notre vie. Dans le cycle des patriarches,
nous trouvons également celle d’un homme qui avait fait de la ruse son plus
grand atout: Jacob. Le récit biblique nous parle du difficile rapport que Jacob
avait avec son frère, Esaü. Dès leur enfance, il régnait entre eux une rivalité
qui ne sera jamais surmontée par la suite. Jacob était le second, — ils étaient
jumeaux — mais au moyen la tromperie, il réussit à soutirer de son père Isaac
la bénédiction et le don du droit d’aînesse (cf. Gn 25, 19-34). Ce n’est que la
première d’une longue série de ruses dont cet homme sans scrupule est capable.
Le nom de «Jacob» signifie également quelqu’un qui agit avec habileté.
Contraint à fuir loin de
son frère, dans sa vie, il semble réussir dans chacune de ses entreprises. Il
est habile dans les affaires: il s’enrichit beaucoup, devenant propriétaire
d’un troupeau immense. Avec ténacité et patience, il réussit à épouser la plus
belle des filles de Laban, dont il était véritablement amoureux. Jacob —
pourrions-nous dire à travers un langage moderne — est un «self made man», avec
la ruse, l’habileté, il réussit à conquérir tout ce qu’il désire. Mais il lui
manque quelque chose. Il lui manque la relation vivante avec ses racines.
Et un jour, il ressent la
nostalgie de sa maison, de son antique patrie, où vivait encore Esaü, le frère
avec lequel il avait toujours eu de très mauvais rapports. Jacob part et
accomplit un long voyage avec une caravane composée d’une foule de personnes et
d’animaux, jusqu’à ce qu’il arrive à la dernière étape, le gué du Yabboq. Ici, le
livre de la Genèse nous offre une page mémorable (cf. 32, 23-33). Il raconte
que le patriarche, après avoir fait traverser le gué à tout son peuple et tout
son bétail — qui était nombreux —, demeure seul sur la rive étrangère. Et il
pense: que lui réserve le lendemain? Quelle attitude aura son frère Esaü a qui
il avait volé le droit d’aînesse? L’esprit de Jacob est un tourbillon de
pensées. Et tandis que le soir tombe, soudain, un inconnu le saisit et commence
à lutter contre lui. Le Catéchisme explique: «La tradition spirituelle de
l’Eglise a retenu de ce récit le symbole de la prière comme combat de la foi et
victoire de la persévérance» (CEC, n. 2673).
Jacob lutta toute la
nuit, sans jamais lâcher prise, contre son adversaire. A la fin, il est vaincu,
frappé par son rival au nerf sciatique, et à partir de ce jour, il boitera
toute sa vie. Ce mystérieux combattant demande son nom au patriarche et lui dit:
«On ne t'appellera plus Jacob, mais Israël, car tu as été fort contre Dieu et
contre tous les hommes et tu l'as emporté» (v. 29). Comme pour dire: tu ne
seras jamais l’homme qui marche ainsi, mais droit. Il lui change son nom, il
lui change sa vie, il change son attitude; tu t’appelleras Israël. Alors, Jacob
demande aussi à l’autre: «Révèle-moi ton nom». Ce dernier ne le lui dit pas,
mais en revanche le bénit. Et Jacob comprend qu’il a rencontré Dieu «face à
face» (cf. vv. 30-31).
Lutter contre Dieu: une métaphore
de la prière. D’autres fois, Jacob s’était révélé capable de dialoguer avec
Dieu, de le sentir comme une présence amie et proche. Mais cette nuit-là, à
travers une lutte qui dure longtemps et qui le fait presque succomber, le
patriarche ressort changé. Changement de nom, changement de mode de vie et
changement de personnalité: il sort changé. Pour une fois, il n’est plus maître
de la situation — sa ruse ne sert pas —, il n’est plus l’homme stratège et
calculateur; Dieu le ramène à sa vérité de mortel qui tremble et qui a peur,
parce que Jacob avait peur dans la lutte. Pour une fois, Jacob n’a rien d’autre
à présenter à Dieu que sa fragilité et son impuissance, même ses péchés. Et
c’est ce Jacob qui reçoit de Dieu la bénédiction, avec laquelle il
entre en boitant dans la terre promise: vulnérable, et remis en cause, mais le
cœur nouveau. Une fois j’ai entendu dire par une personne âgée — un homme bon,
un bon chrétien, mais un pécheur qui avait beaucoup de confiance en Dieu — il
disait: «Dieu m’aidera; il ne me laissera pas seul. J’entrerai au paradis, en
boitant mais j’entrerai». Auparavant, il était sûr de lui, il comptait sur sa
ruse. C’était un homme imperméable à la grâce, réfractaire à la miséricorde; il
ne savait pas ce qu’était la miséricorde. «Je suis ici, c’est moi qui
commande!», il considérait qu’il n’avait pas besoin de miséricorde. Mais Dieu a
sauvé ce qui était perdu. Il lui a fait comprendre qu’il était limité, qu’il
était un pécheur qui avait besoin de miséricorde et il le sauva.
Nous avons tous un
rendez-vous dans la nuit avec Dieu, dans la nuit de notre vie, dans les si
nombreuses nuits de notre vie: dans les moments obscurs, dans les moments de
péché, dans les moments de désorientation. Là, il y a toujours un rendez-vous
avec Dieu, toujours. Il nous surprendra au moment où nous ne l’attendons pas,
au moment où nous resterons véritablement seuls. Dans cette même nuit, en
combattant contre l’inconnu, nous prendrons conscience d’être uniquement de
pauvres hommes — je me permets de dire «pauvres gens» — mais, précisément
alors, au moment où nous nous sentons de «pauvres gens», nous ne devrons pas
craindre: parce qu’à ce moment, Dieu nous donnera un nouveau nom, qui contient
le sens de toute notre vie; il changera notre cœur et il nous donnera la
bénédiction réservée à qui s’est laissé changer par Lui. C’est une belle
invitation à se laisser changer par Dieu. Lui sait comment faire, parce qu’il
connaît chacun d’entre nous. «Seigneur, tu me connais», chacun de nous peut le
dire. «Seigneur, Tu me connais. Change-moi».
Je suis heureux de saluer
les personnes de langue française. Que le Seigneur vous comble de son esprit de
force pour que vous sachiez combattre le bon combat de votre foi et qu’il vous
accorde sa bénédiction qui vous transforme en des créatures nouvelles.
A tous, je donne ma
bénédiction !
* * *
APPEL
Vendredi prochain, 12
juin, sera célébrée la journée mondiale contre l’exploitation du travail des
mineurs, un phénomène qui prive les petits garçons et filles de leur enfance et
qui met en danger leur développement intégral. Dans la situation actuelle d’urgence
sanitaire, dans divers pays, de nombreux enfants et jeunes sont contraints
d’accomplir des travaux inadaptés à leur âge, pour aider leurs familles qui
vivent dans des conditions d’extrême pauvreté. Dans de nombreux cas, il s’agit
de formes d’esclavage et de réclusion, entraînant des souffrances physiques et
psychologiques. Nous sommes tous responsables de cela.
Je fais appel aux
institutions afin qu’elles accomplissent tous les efforts possibles pour
protéger les mineurs, en comblant les lacunes économiques et sociales qui sont
à la base de la dynamique perverse dans laquelle ils sont malheureusement
impliqués. Les enfants sont l’avenir de la famille humaine: c’est à nous tous
que revient le devoir de favoriser leur croissance, leur santé et leur sérénité!
Copyright © Dicastère
pour la Communication
Les grands épisodes de la
vie de Jacob dans la Bible
Dès la naissance, une
rivalité entre jumeaux
Jacob est le fils d'Isaac
et Rebecca, il est le petit-fils d’Abraham et de Sarah.
Rebecca est pourtant
stérile et n’a pas d’enfant. Son mari Isaac prie Dieu pour qu’ils aient des
enfants. Après
20 ans d’attente, ils sont exaucés, et Rebecca tombe enceinte. Mais sa
grossesse est agitée car elle attend des jumeaux qui se chamaillent déjà dans
son ventre : « Comme ses fils se heurtaient dans son sein, elle dit : «
Pourquoi faut-il que cela se passe ainsi pour moi ? » et elle alla consulter le
Seigneur. Le Seigneur lui dit : « Deux nations sont dans ton ventre. Deux
peuples différents sortiront de tes entrailles : l’un sera plus fort que
l’autre, et l’aîné servira le cadet. » (Gn 25, 22-23). Rebecca met
donc au monde des jumeaux :
Esaü, l’aîné, roux et
velu
et Jacob, plus frêle
et chétif, qui sort la main agrippée au talon de son frère (Gn 25,25).
Les deux frères
grandissent. Chacun son domaine : Esaü devient un chasseur, un bon gars de la
campagne ; tandis que Jacob est plutôt du genre tranquille à demeurer sous les
tentes.
La grosse entourloupe de
Jacob qui enfume Esaü
Comme Dieu l’a annoncé à
Rebecca, son fils cadet, Jacob, voudra prendre la place de son aîné Esaü. Mais
pour cela, Jacob se montre rusé. Il profite du fait qu’Esaü rentre de la
chasse, affamé et épuisé.
Ayant préparé un
délicieux plat de lentilles, Esaü le lui réclame.
Mais Jacob
accepte de lui donner sa pitance seulement si Esaü lui donne en échange son droit
d'aînesse. En gros, c’est le fait de reprendre les affaires de père,
son héritage, son statut et ses biens. Dans la tradition du Proche-Orient
ancien, Esaü en tant qu’aîné est censé reprendre l’héritage paternel.
Mais comme il crève la
dalle, Esaü accepte l’échange pas du tout équitable : « Ésaü répondit : «
Je suis en train de mourir ! À quoi bon mon droit d’aînesse ? » Jacob reprit :
« Jure-le moi, maintenant ! » Et Ésaü le jura, il vendit son droit d’aînesse à
Jacob. » (Gn 25, 32-33). Jacob est donc désormais le maître chez lui à la
place d’Esaü. Allez écouter notre podcast sur le sujet : Esaü
et Jacob, qui va à la chasse perd sa place !
La bénédiction d'Isaac
Mais pour que cela soit
officiel, il faut la bénédiction paternelle d’Isaac.
Grâce à la complicité de
sa mère Rebecca, Jacob se déguise en Esaü avec des peaux de bêtes. Presque
aveugle, Isaac croit reconnaître au toucher son aîné Esaü.
Isaac lui
accorde donc sa bénédiction.
Et là c’est le drame…
Isaac et Esaü se rendent compte de la supercherie … Esaü entre dans une colère
noire et fait la promesse de tuer son frère : « Ésaü se mit à considérer
Jacob comme son ennemi à cause de la bénédiction qu’il avait reçue de son père.
Il se disait en lui-même : « Le moment du deuil de mon père approche. Alors je
tuerai mon frère Jacob. » (Gn 27, 41).
Devant cette menace,
Jacob fuit loin de chez lui chez son oncle Laban.
Le songe de l'échelle qui
descend du ciel
Pendant son voyage vers
la maison de Laban, Jacob fait un
songe extraordinaire où il voit une échelle atteignant le ciel : «
Il eut un songe : voici qu’une échelle était dressée sur la terre, son sommet
touchait le ciel, et des anges de Dieu montaient et descendaient.» (Gn 28, 12).
Dans ce songe, Dieu réaffirme la promesse qu'il avait faite à Abraham et à
Isaac, assurant à Jacob sa protection et sa présence constante. Jacob fait la
promesse que s’il revient vivant chez son père, le Seigneur sera son Dieu.
Les femmes et les enfants
de Jacob, toute une histoire…
On arrive au moment
mariage… Mais l’histoire des mariages de Jacob (parce qu’il y en a plusieurs)
nécessite de s’accrocher — parce que c’est un peu complexe.
Arrivé chez Laban son
oncle, Jacob tombe amoureux de Rachel, la fille de son oncle, et consent à
travailler pour Laban pendant sept ans en échange de sa main.
Mais Laban trompe Jacob
en lui donnant Léa (sœur de Rachel) comme épouse au lieu de Rachel elle-même.
Après avoir travaillé encore sept années pour obtenir Rachel, Jacob finit enfin
par l'épouser.
Par la suite, Rachel,
incapable de concevoir des enfants au départ, envoie sa servante Bilha à Jacob
pour lui donner des enfants qu’elle adoptera ensuite. De même, Léa, ne voulant
pas être en reste, pousse sa servante Zilpa vers Jacob pour faire la même
chose.
Ainsi, Jacob a 13 enfants
au total :
Ruben, Siméon, Lévi, Juda, Issacar, Zabulon (et
Dinah, la seule fille) avec Léa
Dan et Nephtali avec
Bilha
Gad et Aser avec
Zilpa
Joseph et Benjamin avec
Rachel
Trompé par son beau-père,
Jacob décide de revenir dans son pays chez ses parents avec toute sa famille et
ses troupeaux.
Le combat avec l'ange et
la nouvelle identité de Jacob
Pendant son retour vers
Canaan, Jacob se
bat toute une nuit avec un mystérieux adversaire : « Jacob resta
seul. Or, quelqu’un lutta avec lui jusqu’au lever de l’aurore.» (Gn 32, 25). Jacob
ne veut pas laisser s’en aller son adversaire sans qu’il ne l’ait bénit. On
peut interpréter ce personnage comme étant Dieu car avant de partir il
lui dit : « Ton nom ne sera plus Jacob, mais Israël (c’est-à-dire : Dieu
lutte), parce que tu as lutté avec Dieu et avec des hommes, et tu l’as emporté.
» (Gn 32, 29). Jacob change de
nom et devient « Israël », qui donnera ensuite son nom au peuple de Dieu.
Jacob le patriarche et
père des 12 tribus d'Israël
Après cet épisode, Jacob
se réconcilie avec son frère Esaü et revient sur ses terres, au pays de Canaan.
Après quelques péripéties liées à sa nouvelle installation (allez lire le Livre
de la Genèse des chapitres 33 à 37), Jacob va
en voir de toutes les couleurs avec ses fils et finalement s’éteint à
un âge avancé, au chapitre 49 de la Genèse. Jacob devient ainsi le patriarche
des 12 tribus d'Israël qu’engendrèrent ses 12 fils : ses descendants sont
désignés comme les chefs des tribus d'Israël.
SOURCE : https://www.prixm.org/bibliotheque/qui-est-jacob-dans-la-bible
Les personnages de
l’Ancien Testament : Jacob, une lutte incessante
publié le 17/07/18|
Petit-fils d’Abraham, fils d’Isaac, Jacob est le troisième des grands patriarches. Sa
vie sera marquée par cette lutte entre instinct et destin. Suivre ses
inclinations ou rejoindre le plan divin, voilà le combat mené par Jacob.
Un esprit de conquête dès
la naissance
Rébecca, comme Sarah la
femme d’Abraham, est stérile. Sa prière est pourtant exaucée avec deux jumeaux,
Esaü, l’aîné, et Jacob. Alors qu’Esaü naît le premier, Jacob le retient par le
talon, signe d’une lutte déjà entamée… Jacob grandit dans les tentes parmi les
femmes et a belle allure alors qu’Esaü est robuste, plein de poils et passe son
temps à chasser. Esaü a la préférence de son père, Jacob, celle de sa mère.
L’opposition entre les deux frères est marquée, un oracle avait prédit à sa
mère que « L’aîné servira le cadet ».
La ruse pour la primauté
Jacob ruse à deux
reprises pour duper son frère et obtenir la bénédiction de son père. Profitant
de la gourmandise d’Esaü, il lui achète son droit d’aînesse contre un plat de
lentilles. Pire encore, complice avec sa mère Jacob se fait passer pour son
aîné devant son père Isaac, aveugle en raison de son grand âge. Sa mère aide
Jacob à recouvrir ses bras et son cou de peau de bête pour imiter la pilosité
de son frère. Le subterfuge réussit, le père lui transmet sa bénédiction
faisant de Jacob l’héritier des Promesses divines. Lorsqu’Esaü apprend la
duperie, il veut tuer son frère, Jacob s’enfuit vers Hâran d’où était parti
Abraham, éternel retour…
Lire aussi :
Ces
expressions qui ont une origine biblique : “Qui va à la chasse perd sa
place”
L’Échelle de Jacob
Le destin de Jacob ne
semblait pas propice à ce qu’il plaise à Dieu. Pourtant dans sa fuite, c’est à
Bethel qu’il a ce fameux songe « L’Échelle de Jacob » dans lequel il
aperçoit une échelle reliant la terre au ciel et dont des anges en gravissent
et descendent les degrés inlassablement, symbole de l’ouverture du ciel aux
aspirations de l’homme. Par ce songe, Dieu renouvelle à Jacob les promesses
faites à Abraham et à Isaac, le destin de Jacob est scellé ou presque…
La Lutte avec l’Ange
Jacob doit subir à son
tour la ruse en trimant pour le compte du berger Laban dont il demande sa fille
Rachel en échange de son labeur. Mais, c’est Léa voilée, moins convoitée, qui
lui sera cependant donnée la nuit de noces. Dépité, il accepte de travailler
autant pour obtenir la main de Rachel. Jacob aura ainsi deux épouses et douze
enfants, à l’origine des douze tribus d’Israël. Cherchant à se réconcilier avec
son frère, il repart vers Canaan mais en route, au gué de Yabboq, Jacob luttera
toute une nuit contre un inconnu dont il devine la nature divine, l’Ange de
Jacob. À l’aube, il obtient qu’il le bénisse et reçoit un nouveau
nom : « On ne t’appellera plus Jacob, mais Israël, car tu t’es montré
fort avec Dieu ». Grâce à cette reconnaissance, il se réconcilie avec son
frère Esaü qui l’accueille à bras ouvert, la bénédiction d’Israël et de tous
les croyants peut continuer.
Lire aussi :
Qui
sont les auteurs de l’Ancien Testament ?
SOURCE : https://fr.aleteia.org/2018/07/17/les-personnages-de-lancien-testament-jacob-une-lutte-incessante/
Jacob et Esaü, le long
combat de la fraternité dans la Genèse
Cet article est paru dans
le n°242 d’Initiales : On n’choisit pas sa famille ?
Jacob et Esaü passent
leur vie à se supplanter l’un l’autre comme en témoigne le récit du livre de la
Genèse au chapitre 25, versets 21-35. Comme si dans la fraternité, l’un semble
toujours être de trop (thème essentiel de tout le livre de la Genèse). Pourquoi
n’y aurait-il qu’un seul fils ?
L’amour pour un seul est le chemin que Dieu prend pour qu’apparaisse son amour
pour tous.
Quel plus grand bonheur
pour une femme stérile que de voir ses espoirs et sa prière exaucés, son
angoisse et sa honte effacés et d’attendre enfin un enfant ! Et pourtant,
quand, après vingt ans d’une attente sans cesse déçue, sa stérilité est enfin
vaincue, Rébecca ne peut se laisser aller à la joie de la maternité, tant les
jumeaux qu’elle attend semblent se livrer bataille en son sein ! L’oracle qu’elle
reçoit de la part du Seigneur ouvre et annonce le récit à venir « L’un sera
plus fort que l’autre et le grand servira le petit » (Gn 25,23). Dès leur
naissance, le récit se plaît à montrer à la fois leur unité (ils naissent
reliés l’un à l’autre) et leur différence physique, comme pour mieux souligner
ce que peuvent avoir d’artificiel pour des jumeaux les qualificatifs de
aîné/cadet ou encore grand/petit, souvent fruits de délogements successifs dès
le sein maternel. Le récit va être marqué par ce mal originaire des jumeaux qui
recherchent sans cesse à la fois dans la rivalité et la ressemblance une place
privilégiée et se heurtent au désir jamais comblé d’être unique. Le narrateur
insiste sur tout ce qui les différencie et les sépare, leur physique et leur
caractère, mais aussi l’espace où chacun se plaît, et surtout la préférence
croisée de chacun des parents pour l’un des deux jumeaux, Isaac pour Esaü,
Rébecca pour Jacob (25,28).
Droit d’aînesse échangé
et bénédiction volée
Après avoir bien souligné
leurs différences, le récit va s’ingénier à brouiller les rôles et les
spécificités de chacun. Dans l’épisode de la vente du droit d’aînesse, chacun
est intéressé par ce que l’autre a : celui qui a le droit d’aînesse n’y tient
pas, celui qui y tient ne l’a pas. Celui qui se sent près de mourir n’a rien
pour apaiser sa soif, son frère a la bouillie de lentilles qui peut le sauver.
Au final, l’aîné reste l’aîné, mais sans le droit que le cadet obtient, tout en
restant le cadet. Une des spécificités s’efface en même temps que la différence
entre les frères devient plus floue.
La bénédiction volée
va pousser encore plus loin la confusion. Le thème de l’éviction du premier fils est
constant dans la Bible. Comme Abraham avec Ismaël, Isaac est prisonnier de
l’évidence que la première place revient à l’aîné. Mais Rébecca tire de la
prophétie reçue la certitude que l’élection n’est pas liée au droit de
naissance, ni la bénédiction à
la force. Le narrateur rend le lecteur témoin et quasi complice de l’action en
lui faisant voir la scène du côté des trompeurs, où le parti pris maternel
donne légitimité à Jacob contre Esaü, pourtant soutenu par Isaac son père.
Abuser ainsi du handicap et de l’âge d’un mari et d’un père, nous paraît tout à
fait scandaleux. Car non seulement Jacob cherche à se transformer physiquement
en Esaü, mais à la question d’Isaac, il dit être « Esaü ». Or, jamais, le
narrateur ne semble porter le moindre jugement négatif sur l’action et les
choix posés. Dans ce récit où à aucun moment les deux frères ne se trouvent en
présence l’un de l’autre, le jeu des possessifs met au jour les relations qui
sous-tendent les choix de chacun des parents. Si à treize reprises, le «
mon fils »
d’Isaac s’adresse à Esaü (ou celui qu’il croit être Esaü), jamais le texte ne
lui fait dire « mon fils »
à Jacob. Rébecca de son côté s’adresse à Jacob « son fils »,
mais le narrateur s’attache à la rattacher à ses deux fils :
Esaü, son fils le
grand (v.15, 42) et Jacob, son fils le
petit (v.15,42). Ce jeu subtil qui parcourt l’ensemble du texte fait apparaître
Rébecca mère des deux jumeaux, et non mue par un amour préférentiel pour un
seul des deux.
Des jumeaux
indifférenciés, le risque de la mort ?
Pour obtenir la bénédiction d’Isaac,
Jacob s’est transformé en Esaü, il a pris ce qui devait être à Esaü, mais pour
autant il n’est pas Esaü, qui, lui, est toujours là. Jacob, en incarnant Esaü
et en prenant sa place, menace la possibilité de coexistence fraternelle. Il y
a toujours danger quand les membres d’une fratrie ne sont pas eux-mêmes, et
encore plus quand il y a risque d’identité entre les frères. L’auteur biblique
pressent ce danger. La bénédiction dont
bénéficie chacun des frères sera formulée de la même manière, mais l’une en
positif, l’autre en négatif, empêchant l’identification absolue entre eux deux,
celle qui signerait le retour mortel à l’indifférencié des jumeaux.
Mais le risque de mort
est bien là avec la menace explicite d’Esaü : « Je tuerai Jacob, mon frère »,
lien de fraternité qu’Esaü nomme alors pour la première fois. Contraint à la
fuite, Jacob se retrouve certes béni, mais seul, sans aucun bien, condamné à
l’errance.
Mais l’histoire des deux
frères ne s’arrête pas là. Nous les retrouvons vingt ans plus tard, alors qu’à
l’appel de Dieu, Jacob revient en Canaan, avec ses quatre femmes, ses
onze fils,
à la tête d’une caravane de femmes, enfants, serviteurs et troupeaux. Apprenant
qu’Esaü marche à sa rencontre à la tête de 400 hommes, Jacob retrouve intacte
la peur face à son frère, comme si rien n’avait changé au cours de ces années.
Fidèle à lui-même, toujours maître en manipulations diverses, il organise la
caravane pour apaiser son frère en envoyant devant femmes et enfants, en
groupes successifs. Et c’est à la veille de la rencontre, alors que Jacob se
retrouve seul, de nuit, au bord du fleuve Yabboq, qu’a lieu le fameux combat,
combat dont il sortira blessé et transformé, fort d’un nouveau nom qui dit une
nouvelle identité, non plus « celui qui supplante », mais celui qui « lutte
avec » à visage découvert, fort aussi d’une bénédiction reçue
et non volée.
Les larmes pour se
réconcilier
La rencontre des deux
frères est magnifique, elle inverse les rôles issus du vol de la bénédiction :
Jacob arrive devant son frère Esaü en se prosternant devant lui, comme un
vassal devant son suzerain, mais c’est en frère aimant qu’Esaü se jette à son
cou, et leurs larmes communes signent leur réconciliation. Jacob pose les
dernières armes de la rivalité fraternelle en offrant à son frère la bénédiction qu’il
avait prise : « reçois donc de moi ma bénédiction (berakha)
qui t’a été apportée » (33,11). Chacun peut enfin retrouver sa juste place et
une relation juste et fraternelle s’instaurer. L’inversion annoncée entre le
grand et le petit, puis programmée dans les premiers épisodes du récit, est
maintenant dépassée. La mort d’Isaac ne verra donc pas la vengeance d’Esaü
s’assouvir (Gn 27,42), mais au contraire elle rassemblera une nouvelle fois les
deux frères enfin réunis dans une même affection fraternelle et un même lien
filial : « Isaac mourut… et l’ensevelirent Esaü et Jacob ses fils »
(Gn 35,29).
Claire Escaffre
Jacob et Ésaü, les frères
ennemis de la bible, jusqu’à la réconciliation
mars 2025
Prions pour que les
familles divisées puissent trouver dans le pardon la guérison de leurs
blessures, en redécouvrant la richesse de l’autre, même au cœur des
différences.
ÉCLAIRAGE
BIBLIQUE. Les récits de vie des patriarches dans le livre de la Genèse
n’ont pas pour but de nous présenter des personnages exemplaires ou des vies de
famille admirables. C’est extrêmement précieux pour nous car comme le dit le
Pape François, « nous pouvons constater que la parole de Dieu ne se
révèle pas comme une séquence de thèses abstraites, mais comme une compagne de
voyage, y compris pour les familles qui sont en crise ou sont confrontées à une
souffrance ou à une autre et leur montre le but du chemin…» (Amoris
laetitia n°22). Arrêtons-nous sur Jacob, un homme en qui se révèle toute la
complexité de l’âme humaine.
Des jumeaux que tout
oppose
Le premier qui sortit
était roux, tout couvert de poils comme d’une fourrure. On lui donna le nom
d’Ésaü. Après quoi sortit son frère, la main agrippée au talon d’Ésaü. On lui
donna le nom de Jacob (c’est-à-dire : Il talonne). À leur naissance, Isaac
avait soixante ans. Les garçons grandirent. Ésaü devint un chasseur habile, un
homme des champs ; Jacob était un homme délicat demeurant sous les
tentes. Isaac préférait Ésaü, car il appréciait le gibier, mais Rébecca
préférait Jacob. (Gn 25, 25-28)
Loin d’être une richesse,
leurs différences deviennent un enjeu parental. Combien d’adultes portent
encore une blessure d’enfance liée à la comparaison, à l’impression de ne pas
être aimé par un parent ?
Qui est le premier, qui
est l’aîné ?
Un jour, Jacob préparait
un plat, quand Ésaü revint des champs, épuisé. Ésaü dit à Jacob :
« Laisse-moi donc avaler cette sauce, le roux qui est là, car je suis
épuisé ! » […] Jacob lui dit : « Vends-moi maintenant ton
droit d’aînesse ! ». Ésaü répondit : « Je suis
en train de mourir ! À quoi bon mon droit d’aînesse ? » Jacob
reprit : « Jure-le moi, maintenant ! » Et Ésaü le jura, il
vendit son droit d’aînesse à Jacob. Alors Jacob donna à Ésaü du pain et un plat
de lentilles. Celui-ci mangea et but, puis il se leva et s’en alla. C’est ainsi
qu’Ésaü montra du mépris pour le droit d’aînesse. (Gn 25, 29-34)
Dans une famille apaisée,
les deux frères auraient partagé le dîner. Mais le texte nous laisse entrevoir
le désir de chacun d’utiliser son frère à ses propres fins. La division est à
l’œuvre.
Jusqu’à devenir des
ennemis
Jacob entra chez son père
et dit : « Mon père ! » Celui-ci répondit : « Me
voici. Qui es-tu, mon fils ? » Jacob dit à son père :
« Je suis Ésaü, ton premier-né ; j’ai fait ce que tu m’as dit. Viens
donc t’asseoir, mange de mon gibier ; alors, tu pourras me bénir. »
Isaac lui dit : « Comme tu as trouvé vite, mon fils ! »
Jacob répondit : « C’est que le Seigneur, ton Dieu, a favorisé ma
chasse. » Isaac lui dit : « Approche donc, mon fils, que je te
palpe, pour savoir si tu es bien mon fils Ésaü ! » Jacob s’approcha
de son père Isaac. Celui-ci le palpa et dit : « La voix est la voix
de Jacob, mais les mains sont les mains d’Ésaü. » Il ne reconnut pas
Jacob car ses mains étaient velues comme celles de son frère Ésaü, et il le
bénit. Il dit encore : « C’est bien toi mon fils
Ésaü ? » Jacob répondit : « C’est bien moi. » (Gn 27,
18-24)
Poussé par sa mère, Jacob
profite de l’infirmité de son vieux père Isaac. Il prend la place de son frère
et ment à son père pour recevoir la bénédiction qui l’établit comme héritier de
la promesse faite par Dieu à Abraham. Entre les deux frères, le lien fraternel
est gravement abîmé et la violence jaillit.
Ésaü se mit à considérer
Jacob comme son ennemi à cause de la bénédiction qu’il avait reçue de son père.
Il se disait en lui-même : « Le moment du deuil de mon père approche.
Alors je tuerai mon frère Jacob. » (Gn 27, 41)
Happy end
Vingt ans après, chacun
est marié, a une grande descendance et de nombreux troupeaux. Malgré
l’appréhension de Jacob, chacun fait un geste envers l’autre et la
réconciliation peut avoir lieu.
Jacob leva les yeux. Il
vit qu’Ésaü arrivait, et avec lui quatre cents hommes, […] et il se prosterna
sept fois, face contre terre, avant d’aborder son frère. Ésaü courut à sa
rencontre, l’étreignit, se jeta à son cou, l’embrassa, et tous deux pleurèrent.
(Gn 33, 1-4)
Cependant, avec
sagesse, ils conviennent de se tenir à distance l’un de l’autre. Ils ne se
tiendront à nouveau côte à côte que pour enterrer leur père Isaac.
Et Dieu dans tout
cela ?
Il n’y a pas de jugement
moral dans ces récits. Le Seigneur Dieu ne revient pas sur la bénédiction
accordée par Isaac à Jacob fut-elle le résultat d’une ruse, d’un mensonge. Au
contraire plusieurs fois, il se manifeste à Jacob pour l’assurer de sa présence
à ses côtés. Le Seigneur connaît les faiblesses et les fragilités
humaines ; et même au cœur de familles dysfonctionnelles, de vies
fracturées, sa bénédiction et sa promesse continuent de se manifester. Sans
compter qu’un pardon est toujours possible même vingt ans après. N’est-ce pas
un merveilleux signe d’espérance pour aujourd’hui ?
Marianne Cébron, Réseau
Mondial de Prière du Pape France

