lundi 6 juillet 2015

Saint ISAÏE (ISAIA, ISAIAH), prophète et martyr

Isaia (profeta) ; Libro di Isaia

Michelangelo Buonarroti, Il profeta Isaia,  1508-1510 circa,  365 x 380, affrescato, fa parte della decorazione della volta della Cappella Sistina, nei Musei Vaticani a Roma, commissionata da Giulio II.

Michel-Ange. Isaïe. 1508-1510, fresque, chapelle Sixtine
Michelangelo (1475–1564), Prophet Isaiah¸1508-1510, fresco and fresco painting, 365 x 380, Sistine Chapel ceiling, Vatican Museums  

Saint Isaïe

Prophète de l'Ancien Testament (8ème s. av JC.)

Il annonça le Christ, Messie et salut des nations. Il reçut sa vocation dans le Temple de Jérusalem où il eut la révélation de la sainteté de Dieu et de l'indignité de l'homme. Grand prophète messianique, il annonça la naissance mystérieuse de l'Emmanuel, descendant de David, qui ferait régner la paix et la justice et répandrait la connaissance de Dieu.

Lire dans la Bible, le Livre d'Isaïe, aelf.

Les Églises d'Orient fêtent le 9 mai celui qui prophétisa la Passion du Christ, "le serviteur souffrant", et la virginité de la Sainte Mère de Dieu, la toujours Vierge Marie. L'Église d'Occident le fête le 6 juillet.

Commémoraison de saint Isaïe, prophète, qui, au VIIIe siècle avant le Christ, aux jours d’Ozias, de Jotham, d’Achaz et d’Ézéchias, rois de Juda, fut envoyé pour révéler au peuple infidèle et pécheur un Seigneur fidèle et sauveur, qui accomplirait la promesse jurée par Dieu à David. Selon la tradition, il serait mort martyr, en Judée, sous le roi Manassé.

Martyrologe romain

SOURCE : http://nominis.cef.fr/contenus/saint/6864/Isaie.html

Isaia (profeta) ; Libro di Isaia

Raffaello SanzioIsaia tra putti reggitarga (1510 - 1512), affresco; RomaBasilica di Sant'Agostino in Campo Marzio

Raphael (1483–1520), Le Prophète Isaïe, 1511-1512, 250 x 155, Basilica di Sant'Agostino, Rome


Que sait-on d'Isaïe ?

Quand vivait Isaïe ? Comment vivait-on à son époque ? Quels furent les grands événements ? Quel est le cœur de son message ? Voici quelques éléments de réponse…

Que sait-on d'Isaïe ? Quand est-il né ? 

La date de la naissance d'Isaïe nous est inconnue. Mais on connaît la date à laquelle il exerça son activité de prophète. C'était à peu près entre 740 et 700 avant Jésus Christ. On peut en déduire qu’il naquit vers 765-760. Nous ne savons pas grand-chose de sa vie privée. Son père s'appelait Amoç (Isaïe, 1,1). Isaïe était marié. Dans ses écrits, sa femme reçoit le nom de « prophétesse » (8,3). Deux de ses enfants y sont aussi désignés par des noms à portée symbolique : Shéar-Yashouv, ce qui veut dire « Un reste reviendra » (ou se convertira) et Maher-Shalal-Hash-Baz, ce qui veut dire « Proche est le pillage, imminente la déprédation » (7,3; 8,3). Ces noms serviront à exprimer le message du prophète à certains moments.

Isaïe parle très peu de lui, de ses sentiments. Une fois seulement, il donne libre cours à son désarroi face au comportement de ses contemporains (22,4). À deux reprises, on le voit aussi se démarquer de ses contemporains (7,13; 8, 11-18).

Quelles étaient les grandes puissances de l'époque ?

Deux puissances occupent le devant de la scène : l'Assyrie et l'Égypte. L'Assyrie connaît un renouveau et une forte expansion à partir de 745, grâce à 1'arrivée sur le trône d'un roi qui fera beaucoup parler de lui : Tiglat-Piléser (ou Téglat-Phalasar) III. L'Égypte, elle, est alors plongée dans une situation presque anarchique qui durera jusqu'à la fin du 8° siècle. Cependant, pour les petits royaumes de Syrie et de Palestine, elle continue à être une puissance avec laquelle il faut compter. C'est vers elle qu'on se tournera, en vain d'ailleurs, pour chercher de l'aide contre les Assyriens. Quant à la Babylonie, elle sera annexée par Tiglat-Piléser III. Malgré quelques tentatives pour prendre la tête d'un vaste mouvement anti-assyrien incluant même le royaume de Juda (Is 39), elle restera très marginalisée.

Connaît-on la situation intérieure du royaume de Juda où vivait Isaïe ? Et le royaume du Nord ?

La situation intérieure du royaume de Juda évolue au long de la vie du prophète. L'enfance et la jeunesse d'Isaïe se déroulent à un moment de grande prospérité. À partir de 735, cette prospérité est fortement limitée puisque Jérusalem se retrouve en situation de vassale de l'Assyrie. La plus grande partie du ministère prophétique d'Isaïe se déroule donc dans ce cadre de vassalité. Les tributs à payer aux Assyriens réduisent considérablement le niveau de vie des gens, car il faut bien trouver l'argent quelque part. À  partir de 701, la situation est encore plus catastrophique à la suite de la révolte du roi Ézékias : il doit payer un lourd tribut et perd une partie du territoire national (2 Rois 18,14-16).

Dans le Royaume du Nord, la situation est la même jusqu'à l'arrivée des Assyriens. Entre 734 et 722, la vie est précaire à cause de la perte d'une très grande partie du territoire, à cause aussi de la déportation de bon nombre d'habitants et du lourd tribut à payer aux Assyriens. Le Royaume du Nord disparaît en 722.

Isaïe avait-il des liens avec les hommes politiques ? Quelle était l'importance d'un roi à cette époque ? Un prophète pouvait-il facilement le contredire?

Isaïe fréquentait certainement la cour royale. Il devait faire partie de l'aristocratie du royaume. Certains textes démontrent les liens étroits du prophète avec la cour, vu l'aisance avec laquelle il s'adresse au roi et à certains fonctionnaires, vu aussi les consultations dont il est l'objet (Is 7,1-7; 22,15-25; 37,1-7; 38-39). En outre, il est fort probable qu'Isaïe ait été le prophète officiel du roi Ézékias, ce qui expliquerait, entre autres, sa fréquentation de la cour.

Le roi à l'époque avait une importance capitale. Dans la mentalité du temps, il constituait la clé de voûte de l'ensemble du système socio-religieux. Il était le « fils » de Dieu, chargé de rendre la justice, de conduire la guerre, de gagner la paix et d'apporter le bien-être au peuple. Il avait aussi l'autorité suprême sur le temple, les prêtres étant ses fonctionnaires.

Le prophète qui critiquait le roi s'attirait inévitablement les foudres du pouvoir, car il mettait en cause le fonctionnement de ce bel édifice social, voire le système lui-même. Il suffit de lire Amos 7,10-17 pour s'en rendre compte. Mais c'est là justement que les prophètes reconnus comme authentiques représentants de la parole de Dieu donnent une des preuves de leur « véracité ». Ils refusent d'identifier la religion d'Israël avec la religion du roi; ils critiquent celui-ci en conséquence. C'est une des caractéristiques essentielles du prophétisme en Israël. Isaïe croyait fortement en la valeur de la monarchie comme médiation de salut pour Israël, mais cela ne l'empêchait pas de critiquer rudement le roi et la cour.

Y avait-il des riches, des pauvres ? Les classes sociales étaient-elles très marquées ?

Amos, Osée, Isaïe et Michée, tous les quatre prophètes du 8° siècle, critiquent âprement la violence et l'oppression dont sont victimes les petits et les pauvres. La situation sociale s'est extrêmement dégradée à cette époque et la différence entre classes s'est donc renforcée. La critique sociale d'Isaïe, comme celle des trois autres prophètes cités, constitue un élément essentiel du ministère prophétique. La critique se porte aussi sur la pratique cultuelle, étant entendu que les prophètes ne délient jamais la pratique du culte de celle de la justice, celle-ci étant à leurs yeux essentielle.

Est-il possible de résumer le cœur de son message en quelques lignes ?

Isaïe est un homme de son temps qui, en tant qu'envoyé du Dieu d'Israël, le Saint, va intervenir dans tous les domaines de la vie de son peuple. Son époque étant très mouvementée politiquement et socialement, il va dénoncer constamment le désir de la cour et du peuple de conduire leur vie en marge du plan du Dieu d'Israël : alliances politiques pour sauver le pouvoir (30,1-8), oppression des pauvres pour s'enrichir soi-même (1,21-28), tout cela accompagné d'un culte « des lèvres » (1,10-20). On pourrait citer bien des textes ! Pour Isaïe, la vie du peuple et des institutions qui sont à son service, roi, prophètes, sages, culte, n'a de sens qu'enracinée dans le Saint d'Israël qui a choisi Sion, son roi et son temple, pourvu que tous répondent par une foi sans concessions.

Quel langage le prophète utilisait-il ?

Tout est bon pour faire passer le message prophétique. Chaque prophète a ses propres caractéristiques, mais on trouve souvent des oracles de jugement, avec le couple « accusation/sentence » (5,8-10; 30,15-17), des oracles de salut (7,3-9), des paraboles (5,17; 28,23-29), des lamentations (29,1-8), des poèmes de toutes sortes (9,1-6; 11,1-9), des actions symboliques (8,1-4; 20,1-6), des visions (6). Si les premiers prophètes avaient surtout une activité orale, ils commencèrent assez vite à mettre par écrit certains oracles (Is 8,16; 30,8), créant ensuite les premières collections d’oracles. Il n'est pas impossible que plus tard, Ézéchiel par exemple, ait écrit directement ses oracles sans passer par une proclamation orale préalable de son message.

© SBEV. Jésus Asurmendi

Note :

Isaïe : un livre... trois auteurs !

Le livre d’Isaïe est composé de trois parties rédigées à des époques différences et par des auteurs différents.

Les chapitres 1 à 39 sont en grande partie l'œuvre d'Isaïe lui-même, et c'est pourquoi on parle du “ livre d'Isaïe ” pour l’ensemble du livre. Mais, plus tard, de lointains disciples se réclameront de lui, et leurs œuvres seront ajoutées à la sienne : tout d’abord un disciple du temps de l'Exil, auteur des chapitres 40 à 55, puis un autre prophète anonyme, après l'Exil, auteur des derniers chapitres (56 à 66).

Le premier auteur (ch. 1 à 39) est donc Isaïe lui-même. C’est le “ premier Isaïe ”, ou “ proto-Isaïe ” (du grec prôtos, premier). Pour désigner le second auteur (ch. 40–55) on utilise l’expression de “ second-Isaïe ”, ou “ deutéro-Isaïe ” (du grec, deutéro “ deuxième ”), et pour le dernier rédacteur (ch. 56–66), les spécialistes parlent de “ troisième Isaïe ”, ou “ trito-Isaïe ” (du grec trito “ troisième ”).

• Les oracles du premier Isaïe se trouvent essentiellement dans les chapitres 1-12 (oracles sur Juda et Jérusalem); 13-12 (oracles sur les Nations) ; et 28-33 (oracles sur Samarie et Jérusalem).

• Le second Isaïe s’adresse aux exilés et à Jérusalem durant l’exil (entre 5857 et 538), pour leur annoncer la libération prochaine et le retour.

• Les oracles du troisième Isaïe veulent réconforter le Communquté juive rentrée en Judée après l’Exil et qui doit faire face à bien des difficultés et des déceptions.

SOURCE : http://www.bible-service.net/extranet/current/pages/200067.html

Isaia (profeta) ; Libro di Isaia

Entre la nuit et l’aurore, Manuscrit (Constantinople, Xe siècle) dit Psautier de Paris. Folio 435 verso, Bibliothèque Nationale de France (Mss., Grec 139)


Le prophète Isaïe, entre crises et espérance

Philippe-Emmanuel Krautter - publié le 03/08/24

Certainement l’un des prophètes les plus connus de l’Ancien Testament, Isaïe tient en effet une place de choix dans la Bible et est considéré comme saint par l’Église catholique…

Isaïe est le premier des quatre grands prophètes avec Jérémie, Ezéchiel et Daniel. Fils d’Amots, son activité s’inscrit lors de la dernière année du règne d’Osias, soit 740 av. J.-C. Sa mission se trouve décrite par le prophète lui-même dans l’Ancien Testament au Livre qui porte son nom (Is 6,1-3) : "L’année de la mort du roi Ozias, je vis le Seigneur qui siégeait sur un trône très élevé ; les pans de son manteau remplissaient le Temple. Des séraphins se tenaient au-dessus de lui. Ils avaient chacun six ailes : deux pour se couvrir le visage, deux pour se couvrir les pieds, et deux pour voler. Ils se criaient l’un à l’autre : "Saint ! Saint ! Saint, le Seigneur de l’univers ! Toute la terre est remplie de sa gloire."". Un des séraphins prit alors un charbon ardent afin de purifier les lèvres du prophète et lui ôter toutes ses fautes. Isaïe, tremblant de crainte, accepta cependant d’être l’envoyé du Seigneur pour apporter au peuple la parole divine, ainsi commence le récit du prophète Isaïe…

L’action du prophète Isaïe eut lieu dans un contexte troublé, Jérusalem étant directement menacée pour avoir refusé l’alliance proposée par Damas et Samarie contre l’Assyrie lors de la guerre syro-éphraïmite en 734. C’est auprès du roi Achaz qu’Isaïe est envoyé afin de le dissuader de mener des guerres et de placer sa confiance dans le Seigneur qui délivrera son pays de tout danger. L’action prophétique d’Isaïe s’inscrit de manière plus générale dans l’espérance de la venue d’un Messie  (Is 11,1-3) : 

Un rameau sortira de la souche de Jessé, père de David, un rejeton jaillira de ses racines. Sur lui reposera l’esprit du Seigneur : esprit de sagesse et de discernement, esprit de conseil et de force, esprit de connaissance et de crainte du Seigneur qui lui inspirera la crainte du Seigneur. Il ne jugera pas sur l’apparence ; il ne se prononcera pas sur des rumeurs. 

Le Nouveau Testament considérera cette prophétie d’Isaïe comme l’annonce de la venue du Christ, lien entre judaïsme et christianisme.

Un enseignement théologique

Le Livre d’Isaïe de l’Ancien Testament peut être lu comme un véritable corpus théologique, tant la richesse de ses enseignements n’a d’égal que sa rigueur morale. Tout repose en effet sur la sainteté du Dieu unique qui s’impose à tous, et en premier lieu, aux puissants dont l’orgueil se trouve dénoncé par le prophète. Cette puissance divine exige ainsi la conduite pieuse de son peuple (Is 11,9) : "Il n’y aura plus de mal ni de corruption sur toute ma montagne sainte ; car la connaissance du Seigneur remplira le pays comme les eaux recouvrent le fond de la mer." La justice divine en retour récompensera les justes, selon Isaïe, offrira un soutien aux faibles et espérance aux opprimés. Contrepoint des oracles de malheur prophétisés auparavant si le peuple continuait à s’écarter des chemins tracés par le Seigneur, l’annonce du salut apporté par Dieu et rappelé par la prophétie d’Isaïe réconfortera le peuple opprimé dans les instants les plus sombres…

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SOURCE : https://fr.aleteia.org/2024/08/03/le-prophete-isaie-entre-crises-et-esperance/

Isaia (profeta) ; Libro di Isaia

Duccio di Buoninsegna (1255–1319), The Nativity with the Prophets Isaiah and Ezekiel , circa 1308, tempera on wood, 43.5 x16, National Gallery of Art, Washington, D.C.

Isaia (profeta) ; Libro di Isaia

Duccio di Buoninsegna (1255–1319), The Nativity with the Prophets Isaiah and Ezekiel, circa 1308, tempera on wood, 43.5 x 16, National Gallery of Art, Washington, D.C.


Saint JÉRÔME, « SUR LA TRADUCTION DU PROPHÈTE ISAÏE. 

À PAULA ET À EUSTOCHIA »

Il ne faut pas s'imaginer que les livres des Prophètes sont écrits en vers dans l'original hébreu, comme le livre des Psaumes et les livres de Salomon, parce qu'on les voit divisés en versets dans la traduction latine. Le traducteur a cru être agréable au public en distinguant cette nouvelle traduction par un ordre nouveau, comme on a fait autrefois pour les ouvrages de Démosthène et de Cicéron.

Je me suis livré à une étude particulière d'Isaïe, que j'appellerai le prince des prophètes, non à cause de sa haute naissance, mais à cause de la beauté de son génie, de l'éclat et de la force de son éloquence. Ses idées sont grandes et magnifiques, ses pensées sont fortes et élevées, ses images sont nobles et majestueuses, et son style est brillant et énergique.

Aussi a-t-il été difficile de conserver dans la traduction toutes les beautés et toute la noblesse de ses expressions. D'un autre côté, il est bon de prévenir qu'il est tout aussi bien un évangéliste qu'un prophète ; car il nous révèle d'une manière si claire et si frappante tous les mystères de Jésus-Christ et de l'Eglise, qu'il semble plutôt raconter des choses passées que prédire des choses à venir. Et je pense que c'est ce qui a engagé les Septante , comme il sera facile de le remarquer en lisant cette traduction, à omettre plusieurs passages et à cacher aux païens les mystères de la religion judaïque, de peur de donner les « choses saintes aux chiens » et de jeter les perles devant les pourceaux.

Je sais au reste combien les prophètes sont difficiles à expliquer et je n'ignore pas que je m'expose à la censure de ceux qui, par une secrète envie, méprisent tout ce qui parait leur être supérieur. Je m'attends donc à me voir livré à toutes les attaques de l’envie et de la médisance. Mais comme les Grecs, qui néanmoins se servent de la version des Septante, ne laissent pas que de consulter les traductions d'Aquila, de Symmaque et de Théodotien, soit pour profiter de leurs lumières, soit pour mieux entendre les Septante en comparant toutes ces versions avec la leur, je prie ces lecteurs difficiles qui ne trouvent rien à leur goût de me permettre d'ajouter encore une traduction à celles que l'on a déjà données au public, et je les conjure de prendre la peine de la lire avant que de la mépriser, de peur qu'on ne les accuse de ta condamner plutôt par prévention et par caprice que par raison et avec connaissance de cause.

Mais je reviens à Isaïe. Ce prophète a paru dans Jérusalem et dans la Judée avant la captivité des dix tribus. Il prédit tantôt en général, tantôt séparément, tout ce qui doit arriver aux deux royaumes de Juda et d'Israël. On dirait qu'il est entré dans le secret des desseins de la sagesse divine, et que Dieu n'a rien eu de caché pour lui; car, bien qu'il semble n'avoir en vue que les affaires de son temps et le rétablissement des Juifs après la captivité de Babylone , il est cependant certain que sa grande affaire est de nous indiquer la vocation des gentils et l'avènement de Jésus-Christ. Comme ce divin Sauveur est l'unique objet de votre affection, je vous supplie aussi, mesdames, de le prier, avec une ardeur égale à votre amour, de me tenir compte un jour des chagrins et des ennuis que me font maintenant éprouver mes ennemis, qui ne se fatiguent ni de m'attaquer, ni de me diffamer de toutes les manières; car notre Seigneur sait bien que je ne me suis appliqué avec tant de soin et de travail à l'étude d'une langue étrangère que pour empêcher les Juifs d'insulter plus longtemps à son Eglise, et de lui reprocher que tout est corrompu et défiguré dans nos saintes Écritures.

SOURCE : http://www.abbaye-saint-benoit.ch/saints/jerome/critique/008.htm

Isaia (profeta) ; Libro di Isaia

Juan Correa de Vivar (1510–1566), El profeta  Isaías, circa 1533, 90 x 43.5, Museo del Prado. Depositado en el Museum of Santa Cruz


Le moment de relire le prophète Isaïe

par le Père Philippe Verdin

14 février, 2013

Bossuet a surnommé le livre du prophète Isaïe « le cinquième Évangile ». D’abord parce que 800 ans avant l’Incarnation, il annonce le Messie enfant, l’œuvre de l’Esprit, la consolation d’un peuple au-delà des limites d’Israël et de Judas. C’est pourquoi la liturgie emprunte tant de passages à Isaïe pendant le temps de l’Avent et de Noël. Mais il y a surtout la lecture bouleversante que firent les premiers chrétiens et toute la Tradition de ces quatre « chants du Serviteur », explication prophétique du mystère de la passion du Seigneur. Ces quelques pages d’Isaïe ont été lues avec admiration par Blaise Pascal comme par René Girard. Isaïe est donc par excellence la lecture à méditer pour nous préparer à la Semaine sainte. Certains versets d’Isaïe nous sont si familiers qu’on croirait entendre la voix du Christ dans l’Évangile.

Le vieil Isaïe invite le lecteur à la conversion, maintenant. « Au temps favorable, je t’ai exaucé, au jour du Salut, je t’ai secouru » dit le Seigneur (Is. 49,8) et Saint Paul saisit la balle au bond : « Eh bien, c’est maintenant le temps favorable, c’est maintenant le jour du Salut ! » (2 Cor. 6) C’est maintenant que nous pouvons revenir à Dieu. Le temps du carême est offert à chaque chrétien comme l’occasion à saisir de retrouver le chemin. Ne ratons pas l’occasion ! Isaïe insiste : « Cherchez le Seigneur tant qu’il se laisse trouver : car le seigneur est proche de celui qui le cherche ! » (55,6) Se mettre en route à travers le désert, chercher l’oasis de l’eau vive dans le sable sec, c’est déjà se mettre en présence de Dieu, même si on n’est pas encore désaltéré. Blaise Pascal a sans doute médité le prophète Isaïe en écrivant la fameuse prosopopée du Christ : « Tu ne me chercherais pas si tu ne m’avais trouvé… »

Le prophète Isaïe, sous l’inspiration de l’Esprit Saint, propose aux croyants une nouvelle relation, plus intime avec Dieu. « Ce peuple m’honore des lèvres, dit le seigneur, mais son cœur est loin de moi » (Is. 29, 13). Or ce que veut le Seigneur, c’est une relation sincère, une alliance dans l’amour, non le culte craintif que les voisins rendent aux idoles. Pour attirer l’homme à lui, Dieu confie l’étendue de son amour : « Tu comptes beaucoup à mes yeux, tu as du prix et je t’aime ! » (43, 4) ; « Ne crains pas, je t’ai racheté, je t’ai appelé par ton nom, tu es à moi ! » (43,1) ; « Une femme peut-elle oublier son enfant ? Même si les femmes oubliaient, moi je ne t’oublie pas. Vois : je t’ai gravé sur la paume de mes mains » (49, 13). Les chrétiens ne peuvent lire ce verset sans frémir : Jésus ressuscité montre à Thomas la paume de ses mains avec les traces des stigmates. Les clous ont donc enfoncé dans la chair du Christ le souvenir de chacun de nous…

A cet amour patient de Dieu, l’homme peut répondre ; il peut faire pénitence et se convertir. Et c’est le texte fameux, repris à l’envi par la liturgie, sur le jeûne que Dieu préfère : non pas l’oblation d’animaux, qui n’engage pas le cœur, mais « partage ton pain avec l’affamé, ne te dérobe pas à ton prochain, au faible qui est ta propre chair. Alors ta lumière éclatera comme l’aurore et la gloire du Seigneur te suivra » (58,6). Les épîtres de Jean et de Jacques reprendront ce thème à satiété : si tu dis que tu aimes Dieu et que tu n’aimes pas ton prochain, tu es un menteur.

Quand l’homme accepte de laisser transformer son cœur par Dieu et sert son prochain, Dieu lui fait miséricorde. « Quand votre péché serait comme la pourpre et l’écarlate, il deviendra blanc comme la neige » (1,18). Dès l’époque si lointaine d’Isaïe, Dieu annonce, comme dans l’Apocalypse, qu’il peut renouveler la terre, faire des cieux nouveaux et une terre nouvelle (65,17). Ces cieux nouveaux et cette terre nouvelle, c’est d’abord le cœur de chaque fidèle contrit.

Pour Isaïe comme pour Jean-Baptiste, le désert est le lieu de la réconciliation. On se souvient que saint Matthieu emprunte un verset du prophète pour annoncer l’œuvre du Baptiste : « Une voix crie dans le désert, préparez les chemins du Seigneur » (Is. 40). Or Jean-Baptiste donne un baptême de conversion dans le désert. Dieu proclame par la bouche d’Isaïe : « Je fais passer une route dans le désert » (43). Cette route, c’est le chemin qu’emprunte l’homme pour marcher vers Dieu, le désert c’est le carême où l’homme perd sa superbe et ses masques. Dieu vient à travers le désert, comme le Christ survient au bord du Jourdain. L’homme, lui, doit arriver jusqu’à Pâques à travers l’épreuve du désert de solitude et sécheresse. Le désert est un passage, une pâque. Alors enfin le disciple du Seigneur peut lire les chants du serviteur souffrant et pleurer avec la Vierge Marie devant le spectacle : « J’ai tendu le dos à ceux qui me frappaient et les joues à ceux qui m’arrachaient la barbe. Je n’ai pas soustrait ma face aux outrages et aux crachats » (50, 6). « Cet homme de douleur, c’était nos souffrances qu’il portait. Il a été transpercé à cause de nos crimes, écrasé à cause de nos fautes. Comme l’agneau qu’on mène à l’abattoir, il n’ouvre pas la bouche. Il s’est livré lui-même à la mort, il portait le péché des multitudes et intercédait pour les criminels » (Is. 53).

La méditation du vieux prophète Isaïe, même si certains chapitres de son livre paraissent obscurs, violents ou difficiles, offre une occasion belle et singulière de comprendre le mystère de la Rédemption. Comme le rappelle le concile Vatican II, les livres des prophètes « témoignent d’une véritable pédagogie divine. En eux se trouvent de sublimes enseignements sur Dieu, d’admirables trésors de prières ; en eux se tient caché le mystère de notre salut ».

Pour accompagner cette lecture, déconcertante comme celle de tous les livres de l’Ancien Testament, on peut s’aider du remarquable et accessible essai d’introduction d’Anne-Marie Pelletier : Le livre d’Isaïe, (Cerf, collection Lire la bible n° 151, 200 pages, 19 €). C’est un livre d’exégèse comme on les rêve : clair, respectueux, éclairant, érudit, nourrissant pour la foi. Ainsi, à propos des étonnants chants du serviteur, écrit-elle : « Cet oracle se trouve au centre de la confession de foi, compris dans un sens individuel, puisqu’éclairé par la passion et la résurrection de Jésus qui, elles-mêmes, en reçoivent leur interprétation. Depuis longtemps le mystère de la souffrance innocente avait été interrogé par Israël. On pressentait, depuis le livre de Job, que Dieu déployait un plan dans l’histoire, au sein duquel la souffrance du juste trouvait mystérieusement sa place. Assumant cette certitude encore obscure que le texte d’Isaïe éclaire d’une manière troublante, la tradition chrétienne verra l’heure du Christ comme le moment où la lumière jaillit, quand Jésus donne à voir et à toucher dans sa chair comment Dieu sauve les pécheurs en leur livrant l’unique Juste pour leur justification. »

SOURCE : https://www.france-catholique.fr/le-moment-de-relire-le-prophete-isaie.html

Isaia (profeta) ; Libro di Isaia

Juan Rexach (1411–), El profeta Isaías y procede de la Cartuja de Porta Coeli, circa 1460, 135.5 x 67, Museu de Belles Arts de València


Livre et révélation : le cas d’Isaïe*

Dominique Janthial

NRT 126-1 (2004), p. 16-32

La composition finale du livre d’Isaïe aurait-elle eu pour objectif de répondre au douloureux problème de la fidélité de YHWH aux promesses transmises à David par l’entremise du prophète Nathan (2 Sm 7) ? Cet arrière-fond de l’oracle de Nathan — ancré sur le lien unissant la maison royale et la maison de YHWH — constitue une manière de fil rouge grâce auquel le lecteur est conduit à travers les 66 chapitres du livre à se découvrir lui-même héritier des promesses. Le surcroît de sens ainsi mis en évidence dans la rédaction finale pose en retour la question du rôle des rédacteurs dans la révélation prophétique.

Quel est le rôle du medium que constitue le livre prophétique dans le processus de révélation ? Ou, en d’autres termes, quel est le surcroît de sens produit par le regroupement et l’agencement des oracles au sein d’un livre par rapport à une situation où ils nous seraient servis en vrac ? La réponse donnée à cette question ne relève certes pas uniquement du domaine de l’exégèse. Mais à l’inverse, force est de constater que les propositions de la dogmatique contemporaine sur le sujet sont souvent insuffisantes dans la mesure où elles se concentrent presque exclusivement sur la médiation exercée par le prophète, ne tenant pas compte en cela des avancées de la science exégétique moderne en matière de genèse des textes sacrés, lesquelles conduisent à relativiser beaucoup l’importance de cette médiation. Si l’on consulte un ouvrage encore relativement récent comme celui de R. Latourelle, on est frappé de constater à quel point la présentation que cet auteur fait de la révélation prophétique est presque exclusivement centrée sur l’autorité et l’originalité du prophète, lesquelles découlent d’une expérience privilégiée. Le mot d’expérience revient très fréquemment1. Sur ce sujet, nous reprenons la critique de Ch. Conroy dans le Dictionnaire de Théologie Fondamentale : « L’approche axée sur la personne, naïvement empirique, qui jusqu’ici a été considérée comme allant de soi dans bien des ouvrages de théologie fondamentale, nécessite une réflexion sur le nouvel état de la question créé par la recherche récente en exégèse et ses implications herméneutiques »2.

Il faut dire que cette approche axée sur la personne qui fut celle de toute la tradition catholique a été relayée par la recherche historico-critique initiée en Allemagne au XIXe siècle, laquelle a subi la double influence du romantisme et de l’idéalisme : « Le romantisme a encouragé l’intérêt pris à la biographie des prophètes » tandis que l’idéalisme « a souligné la supériorité de la pensée prophétique sur les formes inférieures de religion cultuelle qui étaient répandues chez les contemporains des prophètes ». De ce fait, la critique eut « tendance à priser surtout ce qu’il y avait de personnel et d’original chez les prophètes, et à déprécier le travail subséquemment accompli par des disciples, des rédacteurs, des éditeurs et des commentateurs qui prolongeaient la formation des livres prophétiques ». Les ouvrages prophétiques étaient parfois perçus comme « des obstacles déplorables que la critique devait démanteler le plus tôt possible afin de rejoindre la ipsissima vox du prophète lui-même »3.

De nos jours, même si cette approche de l’historico-critique « classique » a encore cours, les exégètes sont de plus en plus nombreux, à estimer que les contours historiques de la vie des prophètes sont enveloppés d’une obscurité très grande4. Pour un certain nombre d’exégètes de langue anglaise, les prophètes mis en scène par la Bible, à commencer par Moïse, sont en fait de pures créations littéraires5. Alors que nous reste-t-il ? Que devient l’affirmation du Credo de Nicée-Constantinople que l’Esprit Saint a parlé par les prophètes ? Il s’agit de savoir de quelle façon la voix prophétique peut être entendue. Faut-il pour cela tenter de restituer l’ipsissima vox du prophète mis en scène par la Bible ? Toute élaboration ultérieure serait alors une gangue dont il faudrait se débarrasser.

Mais ce que l’Église tient pour inspiré est bien le texte biblique, à tel point que si quelque archéologue retrouvait un inédit original de l’Isaïe du VIIIe siècle, il ne pourrait prendre place dans le canon de nos Écritures Saintes. L’Esprit Saint a parlé et continue de parler par « les écritures », rassemblées dans le canon.

Et pourtant, on ne peut en rester à cette affirmation de foi sans l’expliciter. Nous risquerions alors de tomber dans une sorte de néo-fondamentalisme ; or les livres ne sont pas tombés du ciel. Il importe que l’on puisse réfléchir à nouveaux frais la médiation humaine dans ce processus. Les livres ont été mis en forme d’une manière ou d’une autre par des rédacteurs et, pour reprendre la question que pose P. Davies dans l’introduction du récent recueil d’articles dont il est l’éditeur : « Ces rédacteurs qui ont contribué de manière plus ou moins considérable à la réalisation des livres prophétiques étaient-ils eux-mêmes des ‘prophètes’ ? »6.

La réflexion catholique sur la prophétie n’a connu que de rares moments de plénitude. En effet, le contexte dans lequel elle s’est développée fut principalement celui de l’apologétique et notamment de l’apologétique vis-à-vis des juifs. Le plus souvent la prophétie fut réduite à n’être que certa predictio futuri eventu qui ex principiis naturalibus praesciri non potest — prédiction certaine d’événements futurs qui n’auraient pu être connus de manière naturelle7. L’articulation avec la révélation, c’est-à-dire la lumière que la prophétie pouvait nous apporter sur Dieu, sur l’homme et sur leurs rapports mutuels, n’était que peu ou pas du tout valorisée.

La synthèse thomiste en la matière constitue une exception presque unique. Dans les questions 171-174 de la IIa IIae qu’il consacre à l’étude de la prophétie, saint Thomas établit une classification entre les différents types de prophètes. Et il y ménage une place éminente à ceux parmi les prophètes qui, sans recevoir eux-mêmes des images ou des oracles, sont chargés d’agencer les images ou les oracles reçus par d’autres. Or c’est bien dans cette catégorie que nous retrouverions nos « rédacteurs prophétiques » ! L’état d’avancement de la science exégétique au XIIIe siècle ne permit pas à l’Aquinate d’aller plus loin dans ce domaine.

I Considérer le livre d’Isaïe comme un livre : parcours de l’histoire de l’interprétation

Malgré l’abondance remarquable de la littérature secondaire sur le livre d’Isaïe, la question de la lecture de ce livre comme livre n’a été que peu présente tout au long de l’histoire de l’interprétation.

Pour la tradition rabbinique ancienne, le livre d’Isaïe était un recueil d’oracles prononcés par le prophète du même nom. Et d’une manière générale, les Sages d’Israël furent peu intéressés par l’agencement de ces oracles. En effet, au delà du verset, l’unité significative pour la composition du midrash n’était pas le livre mais le corpus canonique tout entier. Les maîtres du midrash se plaisaient à faire résonner tel verset d’Isaïe avec les versets les plus éloignés de la Bible8. Toutefois en affirmant qu’« Isaïe est tout entier consolation », le Talmud suppose un principe supérieur gouvernant le livre dans son entier et permettant de réinterpréter à sa lumière les oracles de jugement9.

Quant à l’interprétation chrétienne précritique, elle s’est souvent contentée de consulter les livres prophétiques comme des recueils de testimonia destinés à prouver que Jésus était bien le Messie attendu10. Ce n’est donc pas d’abord la mise en question de l’unicité d’auteur du livre qui a empêché que l’on lise le livre d’Isaïe comme un livre11.

Cette mise en question, dont on peut faire remonter l’origine à certaines allusions d’Ibn Ezra12, et dont la paternité est attribuée à Döderlein et Eichhorn, deux exégètes allemands de la fin du XVIIIe siècle, donnera à cette absence d’intérêt pour l’unité du livre ses justifications scientifiques en avançant la théorie d’une dualité d’auteur. Cette dualité d’auteur pour le livre d’Isaïe repose sur trois arguments relativement simples mais néanmoins convaincants :

Le contexte historique des ch. 1-39 est différent de celui des ch. 40-66. En effet, la première partie du livre se situe à Jérusalem tandis que dans la deuxième partie, Jérusalem est tombée et ses habitants déportés.

Les différences de langue, de style et de concepts employés dans les deux parties semblent indiquer qu’elles ont été rédigées par des auteurs différents.

Si le prophète s’exprimant au VIIIe siècle était l’auteur des ch. 40-66, ceux-ci seraient l’unique exemple d’oracles prophétiques correspondant aux besoins du peuple plus de 150 ans après leur proclamation.

À partir du XVIIIe siècle, la recherche exégétique considéra donc le livre d’Isaïe non plus comme un livre mais comme la compilation de deux, voire trois recueils prophétiques différents dont chacun constituait un sujet d’étude bien distinct.

Avec le commentaire sur le livre d’Isaïe de B. Duhm publié en 1892, la recherche exégétique moderne sur les prophètes est entrée dans une nouvelle phase en montrant que la genèse des écrits prophétiques avait représenté un processus beaucoup plus complexe que ce qu’on avait pu envisager auparavant13. Mais ce n’est pas sur ce processus que s’est d’abord concentrée la recherche exégétique. En effet, comme nous l’avons déjà souligné, la double influence du romantisme et de l’idéalisme allemand ont d’abord focalisé les intérêts sur la mise au jour des paroles authentiques du prophète. Duhm lui-même n’attribuait au prophète du VIIIe siècle qu’un noyau original qui sera baptisé par l’exégèse postérieure le Denkschrift ou « mémoire isaïen », à savoir le chapitre 6 (vocation du prophète) et une partie des chapitres 7 et 8 (plus précisément : 7,2-16 ; 8,1-18), c’est-à-dire le livret de l’Emmanuel auquel certains auteurs rattachent l’oracle célébrant une naissance royale en 8,23-9,614.

Cependant, dans la recherche récente, même ce « mémoire », censé selon Duhm avoir été écrit à l’occasion de la guerre syro-éphraïmite par le prophète Isaïe lui-même, ne constitue plus un sanctuaire de l’authenticité isaïenne. Certains auteurs émettent en effet l’hypothèse que le passage narratif d’Is 7, contenant le premier oracle de l’Emmanuel (« voici la jeune fille enceinte enfantera un fils… »), a été composé pour faire le pendant au récit de la délivrance de Jérusalem face à Sennachérib grâce à l’intervention du prophète Isaïe auprès du roi Ézéchias (Is 36-39). Les éléments communs aux deux passages sont en effet nombreux. Les chapitres centraux du livre d’Isaïe (Is 36-39), également présents dans le livre des Rois (2 R 18-20), constitueraient donc une sorte de clé de voûte de tout l’édifice isaïen15.

Cette hypothèse contraste fortement avec ce que fut l’opinion commune des exégètes jusqu’à la fin des années 70. En effet les chapitres 36-39 du livre d’Isaïe étaient alors considérés comme un emprunt tardif à 2 R 18-20 et jouaient le rôle subalterne d’une conclusion historique au Proto-Isaïe, par analogie avec Jr 5216. B. Childs, très attentif à l’aspect canonique du livre, fit remarquer que ces chapitres 36-39 venaient à point nommé pour établir un lien entre ce qu’il était convenu d’appeler le premier et le second Isaïe puisqu’ils se terminent par l’évocation de la déportation à Babylone (cf. 39,6)17. La monographie publiée en 1991 par C. Seitz eut ensuite le très grand mérite d’affirmer pour la première fois de manière incontestable le caractère fondamental des chapitres narratifs 36-39 dans la logique d’ensemble18. Faisant valoir les rapports intertextuels que nous avons déjà évoqués entre Is 7 (la figure d’Achaz) et Is 36-38 (celle d’Ezéchias), Seitz montre de manière convaincante que l’épisode du siège de Jérusalem par Sennachérib joue un rôle de premier plan dans la construction du livre et, fait-il remarquer, « l’attention au rôle central joué par Ezéchias dans les récits des chapitres 36-38 nous rappelle l’intérêt tout particulier que les traditions isaïennes ont pour la maison royale comme telle »19.

II À la recherche d’un fil rouge pour la lecture du livre d’Isaïe

Cela nous amène à la question de la lecture du livre d’Isaïe comme un livre : est-il possible de dégager à partir de cet intérêt manifeste des traditions isaïennes pour ce qui touche à la maison royale, un fil rouge capable de nous mener d’un bout du livre à l’autre ?

1 Isaïe et la maison royale

La mise en avant de la notion de « maison royale » est déjà clairement identifiable dans le récit de la rencontre entre Isaïe et le roi Achaz au chapitre 7. Dès le début, c’est à la « maison de David » que l’on annonce : « Aram a pris position en Ephraïm » (7,2). C’est encore la « maison de David » que le prophète réprimande après le refus du signe par Achaz : « Écoutez donc, maison de David ! Est-ce trop peu pour vous de fatiguer les hommes, que vous fatiguiez aussi mon Dieu ? » (7,13). Enfin, il en est à nouveau fait mention lors de l’annonce de la venue du roi d’Assyrie (7,17) : « YHWH fera venir sur toi, sur ton peuple et la maison de ton père, des jours tels qu’il n’en est pas venu depuis qu’Ephraïm s’est détaché de Juda — le roi d’Assyrie ».

Or ce dernier oracle fait justement le lien entre le chapitre 7 et la clé de voûte des chapitres 36-39 où est racontée l’offensive du roi d’Assyrie.

Dans ces chapitres, le lecteur se remémore comment le roi d’Assyrie s’étant effectivement rendu maître de la plus grande partie du pays, Jérusalem ne dut son salut qu’à une nouvelle intervention d’Isaïe et à l’obéissance du roi Ezéchias. Mais de l’annonce de cette catastrophe, partiellement évitée, à celle d’une catastrophe qui sera quant à elle complète, lors du dernier face-à-face relaté au chapitre 39 entre le prophète et le représentant de la « maison de David », il est possible de discerner le rôle fondamental que joue le concept de « maison ». Le mot apparaît en effet six fois dans les six versets qui précèdent, au chapitre 39, la prophétie de la pire catastrophe qu’ait eu à subir l’Israël biblique : la déportation à Babylone. Il s’agit de la maison du roi (bâtiment)dans laquelle Ézéchias convie ses visiteurs babyloniens à contempler l’étendue de son arsenal et de ses trésors. Évidemment, en passant du chapitre 7 au chapitre 39, la signification du mot « maison » est passée du sens de dynastie à celui de « palais ». Mais cette ambivalence du mot n’est pas étrangère à la mémoire biblique du lecteur, surtout dans ce contexte de face-à-face entre un roi davidique et un prophète. En effet, c’est sur cette ambivalence que se construit le fameux oracle de Nathan (2 Sm 7) où David reçoit de la part de Dieu un message que nous pouvons résumer ainsi : « ce n’est pas toi qui me construiras une maison (un temple), c’est moi qui te construirai une maison (une dynastie) ».

2 L’oracle de Nathan (2 Sm 7) comme arrière-fond des oracles royaux (Is 7 et Is 9,1-6)

Il n’est peut-être pas inutile que nous nous rappelions les grandes lignes de cette scène qui nous est rapportée par le deuxième livre de Samuel et se situe après la conquête de Jérusalem par le roi David. Alors que ce dernier « habite dans sa maison » (2 Sm 7,1), voici qu’il se préoccupe de l’arche de Dieu qui elle, « habite sous la tente » (v. 2). Par l’intermédiaire du prophète Nathan, Dieu va poser la question à David : « est-ce toi qui vas me bâtir une maison pour que j’y habite ? » (v. 5). Car Dieu n’a jamais demandé une « maison » aux « fils » d’Israël qu’il a fait sortir de la maison d’esclavage (v. 6-7). Au verset 11, Dieu répond lui-même à cette question : « Moi, je te bâtirai une maison », mais cette fois, le contexte enseigne que le mot est pris dans le sens de dynastie, lignée ; Dieu va donner un fils à David. Et c’est ce fils, cette « maison », qui bâtira une maison pour lui (v. 13). Dieu s’engage alors vis-à-vis du « fils de David » : « Je serai pour lui un père et il sera pour moi un fils » (v. 14). Moyennant quoi, cette maison, bâtie par YHWH, sera stable pour toujours (v. 16).

Le rapport existant entre l’oracle de Nathan et les deux oracles annonçant (Is 7) et célébrant une naissance royale (Is 8,23-9,6) avait été relevé depuis longtemps par J. Vermeylen. Je le cite : « le verset 9b (d’Is 7) — ‘si vous ne croyez pas, vous ne resterez pas fermes’ — fait allusion à l’oracle prononcé par Nathan à l’adresse de David : ‘Ta maison et ta royauté seront affermies pour toujours’ (2 Sm 7,16). Le nom de l’enfant, ‘immânû’el — ‘Dieu avec nous’ — répond au début du même oracle : ‘YHWH est avec toi’ (2 Sm 7,3). Nous trouvons une troisième allusion au discours de Nathan dans la répétition du titre ‘maison de David’ (Is 7,2.13 ; cf. 2 Sm 7,11b.16) »20. De même, toujours selon Vermeylen, « la prophétie de Nathan forme (…) l’arrière-fond du discours » dans l’oracle célébrant la naissance (ou peut-être l’intronisation) royale en Is 8,23-9,6 : « Dans un premier temps, YHWH a couvert d’opprobre le pays de Zabulon et le pays de Nephtali, mais ensuite il a couvert de gloire la route de la mer, l’au delà du Jourdain et le district des nations. Le peuple qui marchait dans les ténèbres… »21.

Le fait que les récits royaux situés au chapitre 7 et aux chapitres 36-39 se correspondent, avait déjà suggéré à certains auteurs la possibilité que cette correspondance dessine comme une ossature de base pour la compréhension finale du livre d’Isaïe. La forme d’« oracle de guerre » qui caractérise les interventions d’Isaïe auprès des deux rois — avec notamment l’apostrophe « ne crains pas ! » — se retrouve également en dehors de ces sections narratives. Ces « oracles de guerre » étant adressés dans ce cas-là au peuple (10,24-27 ; 41,8-13.14-16 ; 43,1-4.4-7 ; 44,1-5), cela pourrait suggérer que YHWH transfère la charge royale à la communauté d’Israël tout entière. Déployant les conséquences de cette hypothèse, on peut se risquer à identifier une cohérence capable de traverser la fracture qui sépare les chapitres 39 et 4022 : la promesse de délivrance qui se fait entendre au chapitre 10 (v. 24-25) — « Ô mon peuple, … ne crains pas l’Assyrien ! Il te frappe comme faisaient les Égyptiens… mais ma colère se tournera contre lui pour l’anéantir » — fait suite à l’annonce du châtiment assyrien au chapitre 7. Cette promesse est réalisée dans les chapitres centraux (Is 36-39) alors que la voix de Dieu retentit pour souligner cet accomplissement : « N’as-tu pas entendu ce que j’ai fixé de loin ? Je l’ai créé depuis les jours anciens, et maintenant je le réalise… » (37,26). De la même manière, les oracles de guerre adressés au peuple dans les chapitres 41, 43, 44, après l’annonce du châtiment babylonien (39,5-7), ouvrent à une réalisation imminente alors que déjà la voix de Dieu souligne ce nouvel accomplissement des promesses : « Voici que les premières choses sont arrivées, quant aux nouvelles, je les annonce avant même qu’elles ne s’épanouissent » (42,9).

Mais il y a plus. Car le schème d’opposition premier/nouveau est associé, dans le Second Isaïe, au schème premier/dernier, lequel s’enracine dans le prologue de l’oracle célébrant la naissance — ou l’intronisation — de l’enfant royal en Is 8,23b :

Dans un premier temps, YHWH a couvert d’opprobre le pays de Zabulon et le pays de Nephtali, mais dernièrement il a couvert de gloire la route de la mer, l’au delà du Jourdain et le district des nations23.

3 Balisage

Or, si nous tenons, avec Vermeylen, que cet oracle est lui-même adossé à l’oracle de Nathan, nous avons là confirmation que la correspondance entre les chapitres 7 et 36-39 constitue bien comme une ossature pour tout le livre et qu’elle s’effectue notamment par le biais d’une référence à l’oracle de Nathan.

Par conséquent, il est possible de faire un pas de plus dans la mise en évidence d’une cohérence d’ensemble du livre. Il s’agit de scruter la manière dont YHWH est fidèle à ses promesses. Or, étant donné que ces promesses portaient, dans le fameux oracle de 2 Sm 7, sur le lien existant entre le Temple et la dynastie, nous détenons un motif capable de servir de fil rouge pour la lecture du livre. Ce que nous désignons ici par « motif », procède d’un champ sémantique, celui du mot hébreu bayit lié à la racine de la construction banah, qui a donné le mot fils ben. Il résulte en même temps de l’application à la maison royale de ce lien sémantique existant en hébreu entre l’enfantement et la construction, lien qui est opérant dans l’oracle de Nathan.

Le motif de la « maison » est présent dès le tout début du livre puisque le mot « fils » est le premier de la diatribe divine qui ouvre le livre d’Isaïe (1,2) tandis que la « Maison de YHWH » est évoquée dans la section inaugurale (2,2). Et nous retrouvons ces deux termes associés dans le même verset à la fin du livre (66,20). Il est possible d’effectuer un repérage de ce motif tout au long du livre et ainsi de dégager une cohérence d’ensemble dans une relecture du livre d’Isaïe en référence au fil rouge ainsi identifié.

III Cohérence d’ensemble du livre d’Isaïe

Mais avant cette relecture, il faut dire un mot sur le plan du livre tel qu’il ressort de ce nouveau regard. Le livre est bien divisé en deux, non pas en raison de rédacteurs différents mais plutôt en raison du goût manifesté par le rédacteur final pour la symétrie. Les deux parties ont pratiquement égale longueur, chapitre 1-33, 34-66. Toutes deux s’ouvrent par un diptyque inaugural et comportent un récit historiographique portant sur Achaz en ce qui concerne la première et sur Ézéchias en ce qui concerne la seconde et ouvrant toutes deux sur l’avenir. Ces précisions faites, revenons au parcours du livre.

1 L’incapacité de la maison de David à servir le projet de YHWH

Dès le premier verset de ce livre, quatre successeurs de David sont mentionnés ; puis la colère divine s’exprime contre des « fils pécheurs », « un peuple qui ne discerne pas ». Le contraste entre la désolation de Sion « comme une souccah au milieu d’une vigne » et la splendeur de la Vision Inaugurale (« Il arrivera dans les derniers jours que la montagne de la Maison de YHWH… » Is 2,2), qui exprime le projet de YHWH dans toute sa force, donne également la mesure d’une déception divine. Cette déception s’exprime dans la première partie de la Présentation (cf. le chant de la vigne, 5,1-7) désignant à maintes reprises les chefs du peuple comme les véritables coupables de cet échec. Selon ce constat négatif, c’est donc la relation filiale que YHWH voulait entretenir avec David et ses descendants qui est mise à mal (cf. 2 Sm 7,14).

Les deux passages narratifs principaux qui recèlent les deux rencontres entre le prophète Isaïe et deux représentants successifs de la maison de David (Is 7 et Is 36-39) permettent d’enregistrer le trajet effectif des libertés et sont emblématiques de l’incapacité radicale de cette dynastie à mettre en œuvre le projet divin. Le refus par Achaz du signe que lui propose Isaïe n’est ni plus ni moins que le refus de vivre avec YHWH une relation de fils. Le signe de l’Emmanuel montre l’opiniâtreté d’un Dieu qui veut être fidèle malgré l’infidélité de l’homme. Les attentes du lecteur se portent alors sur le successeur d’Achaz, Ézéchias, que le Livre des Rois célèbre comme un roi juste. Mais Ézéchias, dont l’attitude pendant le siège de Sennachérib est à maints égards admirable, ne sera pas l’initiateur du salut que célébrait l’oracle annonçant sa naissance (8,23-9,6). Toute la première partie du livre (ch. 13-33) prépare le lecteur à cette déception en élargissant ses vues par un tour d’horizon balayant toutes les nations. De cette manière, le lecteur peut graduellement intégrer le plan de YHWH pour établir son gouvernement mondial à Sion24. Cette patiente pédagogie prophétique fait passer le lecteur d’oracles de jugement en oracles de consolation et vice-versa. Graduellement, le lecteur se trouve impliqué dans ce plan de salut qui lui est exposé. Dès le chapitre 8, il est discrètement invité à prendre place au sein du « groupe du nous »25. Ce « groupe du nous » dont on découvre la présence dans le nom de l’« Emmanuel » — à l’instant précis où la maison de David prend distance — va progressivement se constituer autour du prophète en une nouvelle « maison » susceptible de pouvoir mettre en œuvre le plan de YHWH.

2 Le « groupe du nous » au service du rassemblement des nations dans la maison du Père

Le « groupe du nous », contre-distingué au départ de « ce peuple » (ch. 8), comporte d’emblée une dimension familiale puisqu’il est constitué en son origine du prophète et des enfants que Dieu lui a donnés. À la fin de la Présentation, la promesse « vous puiserez les eaux aux sources du salut » (12,3) est adressée à cette maison de substitution dont on dit qu’en « ce jour-là », elle annoncera le nom de YHWH parmi les peuples (12,4). Dans les chapitres 24-27, ce « groupe du nous » conduit une sorte de dialogue avec YHWH ponctué par le syntagme « en ce jour-là »26. Ce dialogue aboutit aux versets 26,18-19 à une confession d’impuissance à apporter le salut à la terre, elle est exprimée en termes d’incapacité à enfanter — ce qui interdit tout développement dynastique naturel — mais elle est immédiatement suivie d’une proclamation enthousiaste du salut par ce même « groupe du nous ». Dans les chapitres 28-33, le groupe du nous va progressivement inclure la maison de Jacob jusqu’à la profession de foi commune du verset 33,22 qui marque comme un point d’orgue dans la progression du livre :

Oui, YHWH est notre juge, il est notre législateur. YHWH est notre roi, c’est lui qui nous sauve.

L’invitation faite en deuxième personne du pluriel au début de la deuxième partie (34,16a) : « Cherchez dans le livre de YHWH et lisez », rapproche encore le lecteur du « groupe du nous ». Après l’échec de la médiation royale, sanctionné par la sentence délivrée par le prophète Isaïe qui barre tout avenir dynastique à la maison de David (v. 39,6), c’est vers ce « groupe du nous » que se tourne le livre prophétique. En appelant YHWH, « votre Dieu » (40,1), il joue vis-à-vis de son lecteur le même rôle qu’Isaïe vis-à-vis de la maison de David (cf. 7,11 : « Demande un signe à YHWH, ton dieu ») et, parallèlement, le « groupe du nous », en désignant YHWH comme « notre Dieu » (40,3), montre qu’il ne suit pas le chemin d’Achaz qui répondait : « Non je ne tenterai pas YHWH » (7,12) — sans préciser : « mon Dieu », mais bien celui d’Isaïe qui lui rétorque : « Écoutez donc, maison de David ! Est-ce trop peu pour vous de lasser la patience des hommes, que vous lassiez encore celle de mon Dieu ? » (7,13).

Dès lors, le « groupe du nous » apparaît comme le véritable héritier des promesses davidiques tandis qu’il fait l’objet d’une investiture prophétique parallèle à celle que reçut le prophète en Is 627. Dans la longue confession du chapitre 53 (v. 1-6), le « groupe du nous » reconnaît d’abord s’être mépris sur le serviteur en raison de son apparence — comme Samuel s’était mépris sur celle de David lors de son élection — puis ce groupe qui s’exprime en deuxième personne du pluriel se déclare guéri de ses maladies grâce aux meurtrissures du serviteur (v. 5) — comme Ézéchias avait été guéri de sa maladie. De la sorte, ce « groupe du nous » est comme constitué en une « maison » regroupant ceux auxquels le serviteur, spirituellement au moins, donne la vie. Ce lien entre le serviteur et sa maison se trouve explicité dans la formule d’alliance en 59,21 : « Voici mon alliance avec eux, dit YHWH : mon esprit, qui repose sur toi, et mes paroles, que j’ai mises dans ta bouche, ne se retireront point de ta bouche, ni de la bouche de ta descendance, ni de la bouche de la descendance de ta descendance, dit YHWH, dès maintenant et à jamais ». Il faut toutefois attendre le verset 63,17 pour que ce « groupe du nous » s’identifie explicitement avec les « serviteurs » faisant ainsi converger deux catégories fondamentales pour la compréhension du livre. Dans les chapitres suivants (64-65), le lecteur assiste à un rapprochement entre le groupe des « serviteurs » et le « peuple » constitué de ceux qui ont « cherché » YHWH (65,10). L’emploi du verbe « chercher » convoque le lecteur implicite au sein de ce peuple puisqu’au début de la deuxième partie, l’invitation lui était lancée de « chercher » dans le livre de YHWH et de lire. Enfin au chapitre 66, YHWH, s’adressant à cette nouvelle maison comme il s’était adressé à David, lui pose la question : « Quelle est donc la maison que vous bâtiriez pour moi ? » (66,1 ; cf. 2 Sm 7,5) ; puis il confirme solennellement le « groupe du nous » comme légataire des promesses faites à David tout en liant étroitement la stabilité de cette nouvelle dynastie et son renom au rôle qu’elle assume dans le rayonnement du pèlerinage de « toute chair » vers YHWH (66,22-23).

3 En résumé…

Sur fond de la douloureuse question de la fidélité de YHWH aux promesses transmises à David par le prophète Nathan et concernant la stabilité de sa maison, le livre explore donc les raisons pour lesquelles ces promesses n’ont — en apparence — pas pu être tenues puisque la dynastie davidique a disparu : depuis le refus pur et simple d’Achaz, l’impie, de vivre une relation filiale avec Dieu jusqu’à l’échec d’Ézéchias, le juste, à mettre en œuvre le plan de Dieu tel qu’il est révélé dans la Vision Inaugurale, c’est-à-dire la montée des nations vers la Maison de YHWH. Mais le livre ne se borne pas à cette autopsie de la maison de David, il offre ses soixante-six chapitres en vue d’une métamorphose de son lecteur afin que celui-ci prenne place dans la maison du serviteur, devienne ainsi le bénéficiaire des promesses et que le plan de Dieu puisse enfin se réaliser. Si celui-ci a été mis en échec — de manière emblématique — par le refus d’Achaz et l’impéritie d’Ézéchias, le salut ne pouvait venir que d’un serviteur formé à l’écoute et à l’intelligence des desseins divins.

IV Conclusion : prophète, livre prophétique et révélation

Revenons maintenant à la problématique plus générale que nous évoquions en introduction. En quoi la mise en évidence de cette cohérence du livre comme livre nous fournit-elle une information nouvelle quant au processus de révélation ? Sommes-nous contraints de reléguer le prophète Isaïe au rang des accessoires littéraires ? Comme nous le faisions remarquer plus haut, la difficulté rencontrée par les exégètes à rejoindre l’existence historique du prophète mis en scène dans la Bible ne constitue pas, en tant que tel, un scandale pour la foi chrétienne. En effet, ce quel’Église tient pour inspiré est le texte biblique. L’Esprit Saint a parlé et continue de parler par les écrits prophétiques du canon. Il l’a fait à travers le travail des rédacteurs prophétiques dont nous avons pu entrevoir quelle extraordinaire créativité ils ont exercée. Il me semble que ces rédacteurs anonymes ne furent pas moins prophètes que ceux que les livres mettent en scène. C’est à eux en effet qu’il revint de mettre en forme la parole de Dieu non seulement à l’adresse de leur génération mais de toutes les générations.

Et il importe en outre de bien comprendre ce qui sous-tend le processus d’élaboration des livres prophétiques : le matériau littéraire à partir duquel s’est constitué le livre prophétique n’était pas aux yeux du rédacteur prophétique un matériau ordinaire car les oracles en question étaient déjà reçus par lui comme parole de Dieu. Cette réception des oracles comme parole de Dieu représente à la fois une contrainte et un facteur stimulant dans l’exercice de sa créativité. Une contrainte parce qu’il ne pouvait les manipuler à sa guise ; une stimulation parce que, comme « parole de Dieu », ces oracles ne pouvaient être morts : ils devaient conserver leur actualité même plusieurs siècles après leur énonciation28. La créativité du rédacteur s’est donc exercée dans ce cadre très particulier que l’on pourrait comparer — comparaison n’est pas raison — à une restauration de bâtiment qui aurait pour objectif de le rendre à son usage, tout en en préservant les parties antiques. Ainsi les rédacteurs prophétiques se situent à l’intérieur d’une tradition, laquelle véhicule un certain nombre de textes qu’elle tient pour inspirés par Dieu. De ce point de vue-là, on est assez loin de l’image chère aux romantiques, du prophète dans son splendide isolement qui reçoit la totalité de sa prédication par une communication immédiate avec la divinité. Le rédacteur est inséré dans une communauté croyante avec laquelle il partage un catéchisme commun, pourrait-on dire. Et il part de là, c’est-à-dire qu’il part des oracles communément reçus par son lectorat comme parole de Dieu, et c’est dans la manière dont il va agencer ces oracles qu’il peut produire du neuf.

D’où vient ce neuf ?

a) D’une part, de la foi du rédacteur prophétique qui le stimule à présenter cette parole de Dieu de manière vivante et parlante pour ses contemporains. Si Dieu est Dieu, alors sa parole doit nécessairement continuer à avoir du sens pour les hommes et les femmes de sa génération. C’est l’idée que la totalité du sens n’a pas été dévoilée lorsque la parole de Dieu a été révélée pour la première fois. Mais que ce dévoilement se réalise petit à petit à la faveur des circonstances de l’histoire. Cette idée est exprimée à plusieurs reprises dans le livre d’Isaïe : « Enferme un témoignage, scelle une instruction parmi mes disciples » (8,16) ; « Maintenant va, écris-le sur une tablette, grave-le sur un document, que ce soit pour un jour à venir, pour toujours et à jamais » (30,8) ; « Qui a agi et accompli ? Celui qui dès le commencement appelle les générations ; moi YHWH, je suis le premier, et avec les derniers je serai encore » (41,4).

Pour dévoiler ce sens caché des oracles, la médiation exercée par l’agencement de ces oracles au sein d’un livre est déterminante. « La vision de la totalité était pour vous comme les mots d’un livre scellé qu’on donne à celui qui sait que c’est un livre en lui disant : ‘lis donc ceci’ et il dit : ‘je ne peux point car il est scellé’. Puis on donne le livre à celui qui ne sait pas ce qu’est un livre en disant : ‘lis donc ceci’ et il dit : ‘je ne sais pas ce que c’est qu’un livre’ » (29,11-12).

b) D’autre part, il est plus que vraisemblable que le rédacteur prophétique tire aussi ce neuf de son expérience spirituelle. Et c’est ce qui nous permet — en dépit de la difficulté à cerner les contours historiques des prophètes bibliques — de ne pas renoncer définitivement à la figure du prophète d’Israël, figure qui, rappelons-le, se trouve accomplie en Jésus lorsqu’il ouvre le rouleau d’Isaïe dans la synagogue de Nazareth (Lc 4,16-17). En effet, les textes qui nous livrent des expériences prophétiques — comme par exemple ce que nous recevons communément comme la « vocation d’Isaïe » (Is 6) — sont soit d’authentiques biographies des prophètes bibliques, soit des récits autobiographiques masqués se rapportant en fait à l’expérience des rédacteurs prophétiques, soit a minima une mise en scène visant à exprimer la perception de Dieu et de la communication prophétique qui leur était propre.

c) Il faut enfin remarquer pour conclure que si le livre vise à former des serviteurs, ces serviteurs sont appelés à être à leur tour prophètes, selon l’annonce qui est mise dans la bouche du prophète Isaïe dans les versets où apparaît pour la première fois le « groupe du nous » : « Voici que moi et les enfants que YHWH m’a donnés nous devenons signes et présages en Israël, de la part de YHWH Sabaoth qui habite sur la montagne de Sion » (8,18).

Et, interpellant directement le lecteur que nous sommes dans le cantique conclusif des douze premiers chapitres de Présentation, le livre lui lance cette invitation (Is 12,1-5)29 :

1 Et tu diras en ce jour-là : Je te loue Seigneur, car tu as été en colère contre moi. Puisse ta colère se détourner, puisses-tu me consoler. 2 Voici le Dieu de mon salut : j’aurai confiance et je ne tremblerai plus, car ma force et mon chant c’est le Seigneur, il a été mon salut. 3 dans l’allégresse vous puiserez de l’eau aux sources du salut. 4 Et vous direz, en ce jour-là : Louez le Seigneur, invoquez son nom, annoncez aux peuples ses hauts faits, rappelez que son nom est sublime. 5 Chantez le Seigneur car il a fait de grandes choses, qu’on le proclame sur toute la terre.

Notes de bas de page

* Cet article reprend une conférence donnée par l’auteur le 22 septembre 2003 dans le cadre de l’ouverture de l’année académique à l’Institut d’Études Théologiques (Bruxelles) ; il se fonde sur la thèse de doctorat défendue dans ce même institut le 8 mai 2002 : Le motif de l’oracle de Nathan dans l’argument d’ensemble du Livre d’Isaïe, inédit.

1 Cf. Latourelle R., Théologie de la Révélation, coll. Studia, 15, Bruxelles-Paris / Montréal, DDB / Bellarmin, 1969, p. 15-42.

2 Art. « Les Prophètes » de Ch. Conroy dans Dictionnaire de Théologie Fondamentale, éd. R. Latourelle et R. Fisichella, Montréal / Paris, Bellarmin / Cerf, 1992, p. 973.

3 Ibid., p. 972.

4 Cf. ibid., p. 971.

5 Cf. Carroll R., « Inventing the Prophets », dans Irish Biblical Studies 10 (1988) 24-36.

6 Tiré de la préface de The Prophets, éd. P. Davies, coll. The Biblical Seminar, 42, Sheffield, Academic Press, 1996 (traduction personnelle). Ce recueil reprend les articles consacrés au sujet durant la décennie qui a précédé sa parution.

7 Cf. Fisichella R., art. « Prophétie » dans le Dictionnaire de Théologie Fondamentale (cité supra, n. 2), p. 975.

8 Cf. Sommer B., « The Scroll of Isaiah as Jewish Scripture, Or, Why Jews Don’t Read Books », dans Society of Biblical Literature 1996 Seminar Papers, Atlanta, Scholars Press, p. 230-238.

9 Talmud de Babylone, traité Baba Bathra, 14b.

10 Cf. Conroy Ch., art. « Les Prophètes » (cité supra, n. 2), p. 971.

11 Cf. Carr D., « Reading Isaiah from Beginning to End », dans New Visions of Isaiah, coll. JSOTSup, 214, Sheffield, JStOT Press, 1996, p. 194.

12 Cf. Simon U., « Ibn Ezra between Medievalism and Modernism : the Case of Isaiah 40-66 », dans VTSup 36 (1985) 257-271.

13 Cf. Duhm B., Das Buch Jesaia, Göttingen, 1892.

14 Duhm concédait également l’authenticité isaïenne aux oracles contre Ephraïm (Is 28).

15 Cf. Becker U., « Jesajaforschung (Jes 1-39) », dans Theologische Rundschau 64 (1999) 16.

16 On peut faire remonter cette position à Gesenius (1821).

17 Cf. Childs B., Introduction to the Old Testament as Scripture, London, SCM, 1979, p. 332-333. M. Sweeney conclut sa thèse de doctorat en notant que « les chapitres 36-39 forment un pont ou une transition entre les chapitres 2-35 et 40-66 », dans Isaiah 1-4 and the Post-Exilic Understanding of the Isaiah Tradition, coll. BZAW, 171, Berlin, de Gruyter, 1988.

18 Cf. Seitz C., Zion’s final Destiny. The Development of the Book of Isaiah. A reassessment of Isaiah 36-39, Minneapolis, Fortress Press, 1991, p. 208 ; cf. aussi Petit O., « Un parcours d’Isaïe 36-37 », dans Sémiotique et Bible 99 (2000) 3.

19 Seitz C., Zion’s final Destiny (cité supra, n. 18), p. 196.

20 Vermeylen J., Du Prophète Isaïe à l’apocalyptique. Isaïe 1-35, miroir d’un demi-millénaire d’expérience religieuse en Israël, coll. Études bibliques, Paris, Gabalda, 1977, p. 207.

21 Ibid., p. 234 (cf. p. 242).

22 Cf. Conrad E., « The Royal Narratives and the Structure of the Book of Isaiah », dans JStOT 41 (1988) 77-78.

23 B. Gosse montre que l’oracle en question (Is 8,23b-9,6) lance également ses rhizomes jusque dans le Trito-Isaïe, permettant ainsi de comprendre l’agencement des trois parties du livre, « Isaiah 8,23b and the Three Great Parts of the Book of Isaiah », dans JStOT 70 (1996) 57-62.

24 Cf. dans le même sens Sweeney M., « The Book of Isaiah as Prophetic Torah », dans New Visions of Isaiah, coll. JSOTSup, 214, Sheffield, JSOT Press, 1996, p. 50-67.

25 A. van Wieringen a étudié en détail pour Is 6-12 le rôle de ce « groupe du nous » dans ce qu’on pourrait appeler l’effectivité du texte vis-à-vis de son lecteur implicite. Cf. notamment The implied reader in Isaiah 6-12, coll. Biblical Interpretation Series, 34, Brill, Leiden, 1998, p. 137-145. Cette étude complétait les observations déjà faites en la matière par J.-P. Sonnet, « Le motif de l’endurcissement (Is 6,9-10) et la lecture d’‘Isaïe’ », dans Biblica 73 (1992) 209-239.

26 Cf. 24,21 ; 25,9 ; 26,1.

27 Cf. Melugin R., The Formation of Isaiah 40-55, coll. BZAW, 141, Berlin, de Gruyter, 1976.

28 Cf. sur ce sujet, l’article de N. Hofmann, « Die “nacherzählte” Bibel. Erwägungen zum sogenannten “Rewritten-Bible-Phänomen” », dans Salesianum 62/1 (2000) 3-17.

29 Le jour dont il est question au verset 12,1 peut être celui où, « en ce jour-là, les sourds enten

SOURCE : https://www.nrt.be/fr/articles/livre-et-revelation-le-cas-d-isaie-586?srsltid=AfmBOoqQFZPLWVd9UK0v_GhXKhnGb1bW0cj9imgUS09GqhvjhwJ5GfX3

Isaia (profeta) ; Libro di Isaia

Anonymous painter, possibly Catalan, active in the 15th century. Profeta Isaías, tempera on panel, 51 x 43, National Museum of Ancient Art, Lisbon.


BOSSUET. EXPLICATION DE  LA PROPHÉTIE D'ISAIE SUR L'ENFANTEMENT DE LA SAINTE VIERGE

Isaïe  chapitre  VII, verset   14.

On expose la difficulté, et on y répond que c'était un des caractères du Messie, de naître d'un vierge, et qu'il devait être connu en son temps; que le Sauveur des hommes est le vrai Emmanuel.

Voici d'abord la difficulté telle qu'elle me fol proposée dans une lettre du 17 septembre 103, à l'occasion de ma Dissertation sur Grotius, où je découvre en particulier les erreurs de ce critique contre les prophètes qui ont prédit Jésus-Christ.

DIFFICULTÉ.

Ecce virgo concipiet, et pariet filium, et vocabitur nomen ejus Emmanuel: « Une Vierge concevra et enfantera un fils, et il sera appelé Emmanuel, c'est-à-dire Dieu avec nous. » Isa. VII, 14; Matth., I, 23.

Cette prophétie n'a pu donner aux Juifs aucune lumière pour connaître que Jésus-Christ fût le Messie ; au contraire, elle a dû leur faire croire qu'il ne l'était pas.

Donc saint Matthieu n'a pas dû l'alléguer comme prophétie : donc ce n'en est pas une.

Je prouve ma proposition.

Selon la prophétie, le Messie doit naître d'une vierge : les Juifs voient Jésus-Christ fils d'une femme mariée, sans avoir aucun moyen de juger qu'elle est vierge.

Le Messie doit s'appeler Emmanuel : Jésus-Christ a un autre nom.

Donc les Juifs ont eu raison de croire, aux termes de cette prophétie, que Jésus-Christ, fils de Marie, femme de Joseph, n'était pas le Messie.

RÉPONSE.

PREMIERE LETTRE.

Quand on dit que la virginité de la sainte Vierge est donnée en signe prophétique aux Juifs, on voit bien que l'intention n'est pas de dire que ce doit être une preuve dans le moment, et que tous les Juifs fussent obligés de reconnaître d'abord, ni qu'on put jamais connaître par aucune marque extérieure et sensible qu'elle eût conçu étant vierge, ou à la manière ordinaire : un sentiment si grossier ne peut pas entrer dans l'esprit d'un homme. Le dessein d'Isaïe est de marquer en général par la propriété du terme dont il se sert, qu'un des caractères du Messie, c'est d'être fils d'une vierge : ce qui est si particulier à Jésus-Christ, que jamais autre que lui ne s'est donné cette gloire. Car de qui a-t-on jamais prêché qu'il ait été conçu du Saint-Esprit, et qu'il soit né d'une vierge? Qui est-ce qui s'est jamais glorifié qu'un ange ait annoncé cette naissance virginale, ni qu'une vierge, en consentant à ce mystère, ait été remplie du Saint-Esprit et couverte de la vertu du Très-Haut? On n'avait pas même encore seulement imaginé une si grande merveille.

Les preuves indicatives de la venue du Messie devaient être distribuées de manière qu'elles fussent connues chacune en leur temps. Celle-ci a été révélée quand et à qui il a fallu : la sainte Vierge l'a sue d'abord: quelque temps après, saint Joseph son mari l'a apprise du ciel et l'a crue, lui qui y avait le plus d'intérêt : saint Matthieu la rapporte comme une vérité déjà révélée à toute l'Eglise : et maintenant, après la prédication de  l’évangile, Jésus-Christ demeure le seul honoré de ce titre de fils d'une vierge, sans que ses plus grands ennemis, tel qu'était un Mahomet, aient osé seulement le contester.

C'est donc ainsi que la virginité de Marie, en tant qu'elle a été prêchée et reconnue par tout l'univers, est un signe qui ne doit laisser aux Juifs aucun doute du Christ : c'est d'elle que devait naître le vrai Emmanuel, Dieu avec nous, vrai Dieu et vrai homme, qui nous a éternellement réunis à Dieu : et c'est la vraie signification du nom de Jésus, c'est-à-dire du Sauveur, venu au monde pour ôter le péché, qui seul nous séparait d'avec Dieu.

Au reste, Monsieur, ce n'était pas le dessein de l'ouvrage dont vous m'écrivez, d'expliquer le fond des prophéties, puisque même je me suis assez étendu sur cette matière dans la seconde partie du Discours sur l'Histoire universelle, où j'ai déduit dans un ordre historique toutes les preuves de fait qui démontrent que les Ecritures de l'Ancien et du Nouveau Testament sont vraiment un livre prophétique, principalement en ce qui regarde la venue actuelle du Christ, dont toutes les circonstances et le temps même de leur accomplissement sont si évidemment marqués tant de siècles auparavant qu'il ait paru sur la terre.

Vous n'avez qu'à lire à votre loisir mes commentaires sur les Psaumes, et en particulier ce que j'ai écrit à la suite des livres de Salomon, dans la dissertation qui a pour titre : Supplenda in Psalmos (Liber Psalmorum, etc., cum notis Jac. Ben. Bossuet, Episcopi Meldensis. —Libri Salomonis, etc., cum notis ejusdem), pour y apprendre que David est un véritable évangéliste, qui a vu manifestement toutes les merveilles de Jésus-Christ, c'est-à-dire sa divinité, sa génération éternelle, son sacerdoce, et jusqu'aux moindres circonstances de sa passion et de sa résurrection. La vocation des Gentils et la réprobation des Juifs sont choses si publiques et si authentiques, qu'il faut être aveugle pour ne les voir pas comme les marques infaillibles du Messie actuellement venu au monde.

Et quand il s'en faudrait tenir à mon dernier ouvrage, Grotius n'y est-il pas convaincu d'avoir falsifié les prophéties, en disant que ce qui se trouve clairement écrit dans le livre de la Sagesse sur la passion du Sauveur (Sap., II, 12, 13, 14.), a été ajouté après coup par les chrétiens, comme aussi ce qui est dit dans l’Ecclésiastique, qui regarde manifestement la personne du Fils de Dieu : Invocavi Dominum patrem Domini mei : «J'ai invoqué le Seigneur, père de mon Seigneur (Eccli., LI, 14.) ; » ce que le même Grotius ose encore rejeter comme supposé par les chrétiens, quoiqu'il n'appuie pas ces deux prétendues suppositions de la moindre conjecture ; ce qui montre plus clair que le jour un esprit ennemi des prophéties, et qui ne tend qu'à secouer le joug- de la vérité (Voyez Dissertat, sur Grotius, n. 5, dans la seconde Instruction sur le Nouveau Test, de Trévoux, ci-après, vol. III.).

Voilà ce que Dieu m'a donné pour vous, sur votre dernière lettre : je vous en fais part, quoique je sache que votre foi n'a pas besoin de cette instruction; mais je ne puis m'empêcher de déplorer avec vous cet esprit d'incrédulité qui se trouve en effet dans les chrétiens, vous exhortant de tout mon cœur à inspirer à tout le monde, dans l'occasion, le désir d'apprendre ce qui en effet est pour eux la vie éternelle.

Signé + J. Bénigne, év. de Meaux.

A Paris, le 1er octobre 1763.

SECONDE LETTRE. SUR   LA  MÊME  DIFFICULTÉ,

Et sur quelques réflexions dont on la soutient : où il est prouvé que Jésus-Christ a d'abord autorisé sa mission par ses miracles : que la plupart des prophéties n'étaient pas connues durant sa vie : que celle de l'enfantement virginal est de ce nombre : que plusieurs de ses disciples l'ont ignorée, et qu'il ne s'est pas pressé de les instruire sur ce point, non plus que sur beaucoup d'autres : qu'il était du conseil de Dieu que ce mystère s'accomplit sous le voile du mariage : quelle sont été les dispositions de la divine Providence pour préparer le monde à un si grand mystère.

J'ai, Monsieur, reçu votre lettre du 11 d'octobre, et j'ai vu celle de même date que vous écrivez à M.*** (L'abbé Ledieu.), où vous le priez de me proposer une nouvelle difficulté, si toutefois elle est nouvelle; car pour moi, je crois y avoir déjà satisfait dans ma lettre précédente, en vous faisant observer que les preuves indicatives de la venue du Messie devaient être distribuées de sorte qu'elles soient déclarées chacune en son temps : ainsi qu'il ne faut pas trouver étrange qu'elles ne pussent d'abord être toutes remarquées par les Juifs. L'on ne doit pas croire pour cela qu'il leur fut permis de tenir leur esprit en suspens sur la mission de Jésus-Christ, puisqu'outre d'autres prophéties plus claires que le soleil qu'ils avaient devant les yeux, le Sauveur leur confirmait sa venue par tant de miracles, qu'on ne pouvait lui refuser sa créance sans une manifeste infidélité, comme il dit lui-même en ces termes : « Si je n'étais pas venu, si je ne leur avais point parlé, et que je n'eusse pas fait en leur présence des prodiges que nul autre n'a faits avant moi, ils n'auraient point de péché; mais maintenant leur incrédulité n'a point d'excuse (Joan., XV, 22-24). » Ils devaient donc commencer par croire, et demeurer persuadés que le particulier des prophéties se découvrirent en son temps.

Par exemple, c'était une marque pour connaître le Christ, qu'il devait convertir les Gentils : mais encore que Notre-Seigneur défendit à ses apôtres « d'entrer dans la voie des Gentils et de prêcher dans les villes de Samarie (Matth., X, 5), » il ne fallait pas pour cela refuser de croire cette belle marque de sa venue ; et au contraire il fallait croire avec une ferme foi que tout ce qui était prédit de Jésus-Christ s'accomplirait l'un après l'autre, au temps et par les moyens destinés de Dieu. Jésus-Christ lui-même avait déclaré qu'il donnerait aux Juifs, dans sa résurrection, le signe du prophète Jonas (Matth., XII, 39, 40). S'ensuit-il de là qu'ils dussent demeurer en suspens, jusqu'à ce qu'ils eussent vu l'accomplissement de ses paroles? Point du tout, puisqu'ils devaient tenir pour certain que celui qui commandait à la mer et aux tempêtes, qui guérissait les aveugles-nés, qui avait la clef de l'enfer et de la mort, tirant les morts du tombeau quatre jours après leur sépulture, lorsque déjà ils sentaient mauvais, et qui enfin se montrait le maître de toute la nature, était assez puissant pour accomplir tout ce qu'il avait promis.  Il était prédit bien clairement que te Christ  naîtrait à Bethléem; plusieurs Juifs ne savaient pas que Jésus-Christ y fût né; Philippe même, un de ses apôtres, semble l'avoir ignoré, lorsque l'indiquant à Nathanaël comme te Messie, il lui dit : « Nous avons trouvé Jésus, fils de Joseph de Nazareth»; » et Nathanaël lui ayant fait l'objection en ces termes : « Peut-il venir quelque chose de bon de Nazareth? » Philippe ne lui répond autre chose, sinon : « Venez, et voyez, » c'était à dire reconnaissez par vous-même les merveilles qui vous convaincront qu'il est le Messie (Joan., I, 45 et 46). Ainsi Jésus-Christ même ne se pressait pas de les éclairer sur ce point. Et quand les pharisiens disaient à Nicodème, un des leurs : « Approfondissez les Ecritures, et reconnaissez que le Prophète (que nous attendons) ne doit point venir de Galilée (Joan., VII, 50, 52), » nous ne voyons pas que ce pharisien, quoique d'ailleurs affectionné à Jésus-Christ, eût rien à leur répondre, content de savoir en général, que « nul homme ne pouvait faire les prodiges qu'il faisait, si Dieu n'était avec lui (2 Joan., III, 2). » Bien plus, Jésus-Christ lui-même ne répondait rien à ceux qui disaient « que le Christ devait sortir de David et de la ville de Bethléem (Joan., VII, 42). » Rien ne pressait; et Jésus-Christ ayant par avance montré sa venue par les signes les plus authentiques, qui étaient les œuvres de son Père, c'est-à-dire par le témoignage le plus éminent et le plus sublime que le ciel eût jamais pu donner à la terre, il avait suffisamment fondé la foi qu'on devait avoir à ses paroles, encore qu'on n'entendit pas quelques prophéties particulières; car c'était assez qu'on vît clairement que les merveilles qu'il opérait, étaient une preuve certaine et plus que démonstrative de sa mission.

Au surplus, non-seulement l'accomplissement des prophéties, mais encore leur intelligence avait son temps : souvent elles s'accomplissaient aux yeux et entre les mains des apôtres mêmes, sans qu'il; s'en aperçussent, comme il est expressément marqué en deux endroits de saint Jean, c'est-à-dire au chapitre II, verset 22, et au chapitre XII, verset 10, dans lequel il est marqué que les apôtres n'entendaient pas les prophéties qu'ils accomplissaient eux-mêmes.

Quand donc on dira que le signe de l'enfantement de la Vierge était un de ceux qui devaient être révélés les derniers, et que le commun du peuple, pour y faire l'attention convenable, avait besoin d'être averti, comme il le fut par l'évangile de saint Matthieu, il n'y aura rien là d'extraordinaire, ni qui affaiblisse la preuve de la venue du Christ.

En effet nous ne voyons pas dans tout l'Evangile que les Juifs eussent la moindre attention à l'oracle d'Isaïe. Ils objectaient au Sauveur la prophétie de Michée sur la naissance du Christ en Bethléem ; mais ils ne lui disent jamais un seul mot sur ce qu'il devait naître d'une vierge, et il ne faut pas s'en étonner.

Car si les apôtres, après avoir conversé trois ans avec leur maître, eurent besoin qu'il « leur ouvrît le sens des Ecritures » pour être capables de l'entendre, comme il est porté dans saint Luc (chap. XXIV, verset 45), combien plus le commun du peuple avait-il besoin qu'on lui montrât comme au doigt le sens de certaines prophéties plus enveloppées, que de lui-même il n'eût pas pu démêler dans les endroits où elles étaient insérées : et on doit toujours se souvenir que cette naissance virginale ne pouvant être connue par aucune marque sensible, ni autrement que par un témoignage divin, il fallait rendre ce témoignage authentique et irréprochable par une longue suite de tant de merveilles, que tous les esprits demeurassent convaincus de cette naissance, comme d'un caractère spécial et digne de la personne seule du Messie.

Mais, dites-vous, ce n'est pas là votre peine : le fond de votre objection n'est pas seulement que la prophétie d'Isaïe n'éclaircissait point les Juifs, mais encore qu'elle les aveuglait et leur fournissait un argument contre Jésus-Christ, auquel ils ne pouvaient trouver aucune réplique, puisqu'étant né d'une femme mariée, ils ne pouvaient croire raisonnablement autre chose, sinon qu'il était le fruit de ce mariage; et par conséquent, dites-vous, ils ne pouvaient reconnaître Notre-Seigneur pour Messie sans démentir le prophète : ce sont vos propres paroles.

Permettez-moi ici de vous demander si vous trouvez quelque part dans l'Evangile, que le peuple ou les pharisiens aient fuit ou insinué parle moindre mot cette objection à Jésus-Christ. Vous croyez la trouver en quelque façon dans un passage de saint Jean ; mais nous démontrerons bientôt que ce passage n'a point de rapport à notre sujet, et je conclurai en attendant que vous ne devez pas attribuer aux Juifs une objection dont ils ne se sont jamais avisés.

Votre objection porte que c'eût été démentir la prophétie, de reconnaître pour vierge la mère du Suiveur, que l'on voyait dans le mariage. Cela serait vrai, s'il n'y avait point de milieu entre être maria; et n'être pas vierge : car si, selon le prophète, Dieu pouvait faire enfanter une vierge, qui empêchait qu'il n'opérât un si grand mystère sous le voile sacré du mariage? C'était au contraire ce que demandait la convenance des conseils de Dieu et l'ordre de sa sagesse aussi douce qu'efficace. Et après tout, s'il en faut venir à celte discussion, eût-ce été une œuvre convenable à Dieu, de donner en spectacle aux hommes une fille avec son enfant, pour être le scandale de toute la terre, le sujet de ses dérisions et l'objet inévitable de ses calomnies? Quand elle aurait assuré qu'elle était vierge, sa parole particulière n'eût pas été un témoignage suffisant pour l'affermissement de la foi : il fallait que la révélation d'un si grand mystère fût préparée par tous les miracles de Jésus-Christ et de ses apôtres, avant qu'elle fût reçue avec une autorité digne de créance : ainsi c'était un conseil digne de Dieu, de faire naître dans le mariage le fils de la Vierge, afin que sa naissance parût du moins honnête, jusqu'à ce que le temps fût venu de la faire paraître surnaturelle et divine.

Ce n'était donc pas, comme porte votre objection, démentir la prophétie, de reconnaître que Notre-Seigneur fils d'une mère mariée fût le Christ, Isaïe ayant bien dit que la mère du Christ serait vierge, mais n'ayant dit nulle part que cette vierge ne serait point mariée.

Dieu a dit précisément ce qu'il voulait dire, et ce qui devait arriver selon l'ordre de ses conseils éternels. C'est aussi ce qui convenait à sa prescience : ainsi on ne saurait trop remarquer qu'il a prononcé par son prophète que cette mère serait vierge, parce que c'était là ce qu'il voulait et ce qui en effet devait arriver : mais parla même raison il n'a pas dit qu'elle ne serait pas mariée, parce que ce n'était pas en cette manière qu'il avait disposé les choses. D'où il s'ensuit qu'on aurait tort de regarder comme incompatibles ces deux paroles, vierge et mariée, puisqu'au contraire, quelle que pût être cette vierge-mère, et dans quelque temps qu'elle pût venir, la convenance des conseils divins demandait que ce mystère fût enveloppé sous la sainteté du mariage.

En effet nous ne lisons pas que la sainte Vierge voulût passer pour autre chose que pour une femme du commun, à qui rien n'était arrivé d'extraordinaire : elle-même elle appelait saint Joseph père de Jésus-Christ ; ce qu'aussi il était en un certain sens par le soin qu'il en prenait comme de son fils; c'est ce qui paraît dans ces paroles : «Votre père et moi affligés, vous cherchions parmi les troupes (Luc., II, 48), » pour montrer que saint Joseph, son époux, partageait avec elle les inquiétudes que l'enfant leur avait causées, en se dérobant d'avec eux comme il avait fait. Jésus-Christ lui-même avait, pour ainsi parler, les oreilles rebattues de ce reproche : « N'est-ce pas là le fils de Joseph, cet artisan que nous connaissons ; et comment ose-t-il dire qu'il est descendu du ciel (Matth., XIII, 54, 55 ; Marc., VI, 3; Joan., VI, 42.) ?» Nous ne voyons pas que le Sauveur se soit mis en peine de les désabuser, ni de leur dire comment il était venu au monde : ce n'est pas qu'il ne le fit assez entendre toutes les fois qu'il disait qu'il venait de Dieu, qu'il était descendu du ciel, et qu'il ne reconnaissait d'autre père que Dieu même : mais pour dire en termes exprès qu'il était fils d'une vierge, et que Joseph n'était pas son père, il ne l'a pas voulu faire, parce qu'il fallait qu'une vérité que le monde n'aurait pu porter, fût précédée par l'entière prédication de son Evangile.

Votre objection porte encore que le mariage de la sainte Vierge, était aux Juifs un argument auquel ils ne pouvaient trouver de réponse : vous en pourriez dire autant de la résurrection de Notre-Seigneur. Quand un homme est mort, il demeure mort; et l'on ne doit pas croire naturellement qu'il ressuscite, sans savoir d'ailleurs par des témoignages certains qu'il est sorti du tombeau. Ainsi naturellement on doit croire que tout enfant a un père comme une mère, à moins que Dieu ne révèle expressément le contraire ; ce qu'il peut faire également, soit que la mère soit mariée, soit qu'elle ne le soit pas : ainsi vous voyez que le mariage n'y fait rien, et que votre objection est vaine.

Il est vrai qu'on présume qu'un enfant qui est né dans le mariage en est sorti : mais si Dieu en a disposé autrement, et qu'il veuille faire prévenir par son Saint-Esprit tout ce qui a coutume d'arriver parmi les hommes, qu'ont-ils à dire contre sa puissance? Saint Paul disait autrefois au conseil des Juifs : « Vous semble-t-il incroyable que Dieu ressuscite les morts (Act., XXVI, 8) ? » pourquoi celui qui a donné une fois la vie, ne pourra-t-il pas la rendre à ceux qui l'auront perdue? On pourrait dire de même : Vous semble-t-il incroyable que Dieu fasse concevoir une vierge? ne tient-il pas réunie dans sa puissance toute la fécondité qu'il a distribuée entre les deux sexes? et ne peut-il pas suppléer par son Saint-Esprit, tout ce qui aurait manqué aux forces de la nature? C'est ce qu'on ne peut nier sans erreur, quoiqu'on puisse bien l'ignorer, et même ne le pas croire, quand le temps n'est pas arrivé où Dieu le veut révéler expressément : ce qui paraît même dans l'apôtre saint Philippe qui, comme nous avons vu, appelle Jésus-Christ tout court le fils de Joseph (Joan., I, 45), quoiqu'en même temps il le reconnaisse hautement pour le Messie.

Vous croyez apercevoir votre objection dans ces paroles des Juifs en saint Jean, chapitre vu, verset 27, où il est parlé de cette sorte : « Lorsque le Messie viendra, on ne saura d'où il est venu; mais pour celui-là, nous savons d'où il vient : » mais il est visible que cette peine des Juifs a un autre objet. Jésus-Christ devait avoir deux naissances, l'une divine et éternelle, et l'autre humaine et dans le temps : cette première naissance devait être inconnue aux hommes : de là s'était répandu le bruit qu'on ne saurait pas d'où le Messie devait venir, ce qui donna lieu à l'objection des Juifs sur l'incertitude de l'origine du Messie. Mais pour concilier toutes choses, Jésus-Christ s'écria à haute voix : « Et vous savez qui je suis, et vous savez d'où je viens, et je ne suis pas venu de moi-même : mais celui qui m'a envoyé est véritable, et vous ne le connaissez pas (Joan., VII, 28). » Ainsi d'un coté vous me connaissez, et vous savez d'où je dois venir, puisqu'il vous a été révélé que je dois sortir du sang de David, et de Bethléem qui était sa ville; mais je vous suis inconnu en un autre sens, puisque, comme il dit ailleurs : « Vous ne connaissez ni moi ni mon Père (Joan., VIII, 19). »

Il est vrai que les Juifs se trompaient encore en croyant Jésus-Christ le fils de Joseph, pour conclure de là que c'était un homme sans littérature et sans aucun talent extraordinaire, qui aussi ne devait pas se dire descendu du ciel (Matth., XIII, 54, 55, 56; Joan., VI, 41, 42; VII, 15) : mais pour ce qui est d'induire que sa mère ne put être vierge, parce qu'elle était mariée nous avons déjà remarqué qu'il ne leur est jamais arrivé de faire ce raisonnement, ni de tourner en ce sens l'oracle d'Isaïe qui n'a voit point parlé de cette sorte.

Concluons donc que le mariage de la sainte Vierge ne pouvait être une preuve contre sa virginité, Dieu ayant révélé le contraire en cette occasion par des témoignages certains. Nous pourrions dire que le premier témoin était Marie elle-même, dont la pudeur et la vertu reconnues parlaient pour son innocence. Afin d'accomplir la prédiction d'Isaïe, la première chose que Dieu devait faire, était d'inspirer à celle qu'il avait choisie, l'amour jusqu'alors inconnu de la virginité et la volonté déterminée de la consacrer à Dieu : Marie avait déjà reçu ce don de Dieu quand l'ange lui vint annoncer qu'elle serait la mère du Fils du Très-Haut. Pour opérer en elle ce miracle, Dieu n'avait pas besoin de son consentement : mais outre les autres raisons qu'il eut de le demander, s'il n'avait envoyé son ange pour le recevoir, nous n'aurions jamais su cette haute résolution de la sainte Vierge, de ne se laisser approcher par aucun homme. Il lui fait donc proposer ce qu'il souhaitait d'elle, et il juge digne d'être la mère de son Fils incarné celle qui la première de toutes les femmes avait conçu le dessein et formé le vœu d'être vierge perpétuelle.

Mais il y a un second témoin de la pureté de Marie, qui est sans reproche, et c'est saint Joseph, que Dieu lui avait donné pour mari, pour être non-seulement le gardien, mais encore le témoin non suspect d'une si grande merveille. Quand il s'aperçut qu'elle était enceinte, nous savons qu'il fut frappé de l'état où il la trouva, et qu'il avait pris des résolutions convenables à un homme sage : mais après tout, quoi que la vertu de sa sainte épouse lui put dire en sa faveur pour modérer ses soupçons, il ne céda qu'à un avertissement du ciel ; et le tendre amour qu'il montra toujours pour la mère et pour l'enfant, fut la preuve incontestable de la parfait fidélité que la Vierge lui avait gardée, dont aussi Dieu même lui était garant.

S'il faut ici rapporter les autres premiers témoins de la virginité de Marie, nous pouvons compter sainte Elisabeth, lorsqu'elle dit à la sainte Vierge : « Vous êtes bienheureuse d'avoir cru, et tout ce qui vous a été dit de la part de Dieu s'accomplira (Luc., I, 45) : » une femme stérile qui avait conçu par miracle, était un digne témoin d'une naissance virginale. Jean-Baptiste sentit l'effet de la présence de cette vierge-mère, et il était convenable que le fils de la stérile rendit hommage au fds de la Vierge.

Je donnerai encore pour témoin le saint vieillard Siméon , qui tenant l'enfant entre ses bras au jour qu'il fut présenté au temple (Luc, II, 34, 35), n'attribua qu'à Marie seule le coup de l'épée qui la devait percer un jour, et la douleur maternelle qu'elle devait sentir au pied de la croix.

Mais encore que Jésus-Christ attendant le temps convenable, comme nous l'avons remarqué , n'ait pas voulu exprimer en termes formels toute la merveille de sa naissance, il y préparait les esprits toutes les fois qu'il disait qu'il était descendu du ciel, qu'il était né et sorti de Dieu, et ainsi du reste : ce qu'il n'aurait jamais fait, s'il était venu au monde à la façon ordinaire : de sorte que tous les miracles qu'il a opérés pour montrer que Dieu seul était son père, dans le fond sont confirmatifs de cette vérité, que Joseph ne le pouvait être, et qu'il était né d'une vierge.

C'est ainsi que Dieu allait disposant le monde à la claire intelligence de l'oracle d'Isaïe, qui est demeuré si propre à Jésus-Christ, que jamais il n'a été attribué à autre qu'à lui, et ne le peut jamais être , étant le seul dont on a dit « qu'il a été conçu du Saint-Esprit, et né d'une vierge (Luc, I, 31, 35). »

Il me resterait à vous avertir qu'il serait facile de vous prouver parles Pères, et surtout par saint Chrysostome, principalement dans ses homélies de l'Obscurité des prophéties (Chrysost. opera, edit. Bened., tom. VI ; et tom. VII in Matth., Homil. IV et V), et par saint Jérôme en divers endroits, la doctrine avancée dans cette lettre ; mais je ne crois pas ce travail nécessaire , puisque la chose est si constante par les Ecritures. Au surplus ne croyez pas, je vous prie, que cette réponse m'ait peiné dans l'obligation où je suis de ménager mes forces : au contraire, elle m'a donné une particulière consolation ; et j'avoue que je suis bien aise de voir perpétuer dans l'Eglise la sainte coutume qui faisait consulter les docteurs aux laïques, et aux femmes mêmes sur l'intelligence des Ecritures. Je pourrais vous dire beaucoup d'autres choses sur cet endroit d'Isaïe : mais aujourd'hui il me suffit d'avoir satisfait à votre doute, et je consacre de tout mon cœur cette explication véritable au Fils de la Vierge, qui est Dieu béni aux siècles des siècles.

Pour ne finir pas comme un sermon, j'ajoute les assurances d'un attachement sincère.

Signé + J. Bénigne, év. de Meaux.

A Paris, 26 octobre 1703.

TROISIEME LETTRE.

Qui contient l'explication à fond de la prédiction d'Isaïe, au chapitre VII, verset 14, et au chapitre IX, verset 6.

Puisque j'ai une fois commencé à glorifier le fils d'une vierge dans la prédiction d'Isaïe, j'en continuerai l'explication avec la grâce de Dieu , qui me le met dans l'esprit : et je vous l'adresse, Monsieur, comme à celui dont les lettres en ont été l'occasion.

Je dirai donc, avant toutes choses, qu'il n'y a rien de plus précis que les paroles du prophète pour signifier la Vierge-Mère ; et je dirai en second lieu, qu'elle ne peut être que la mère de Jésus-Christ.

Récitons d'abord la prophétie comme elle est dans saint Matthieu : « Une vierge concevra et enfantera un fils : et il sera appelé Emmanuel, c'est-à-dire Dieu avec nous (Matth., I, 23). » Il faut soigneusement remarquer que l'Evangéliste renferme toute la prophétie dans ces paroles. On pourrait traduire, et peut-être mieux : la Vierge, non pas une vierge indéfiniment, mais celle que Dieu avait en vue et qu'il voulait montrer en esprit à son prophète.

Quoi qu'il en soit, la version de l'Evangéliste ne peut être suspecte aux Juifs, puisqu'il n'a fait que suivre celle des Septante, publiée plusieurs siècles avant Jésus-Christ, et par conséquent dans un temps où il ne s'agissait d'autre chose que d'expliquer la vérité de l'Ecriture selon que les esprits en  étaient naturellement frappés. On  sait que cette version était celle qu'on lisait dans toutes les synagogues d'Asie, de Grèce et d'autres lieux infinis où l'hébreu et le syrien n'étaient pas connus, et où néanmoins les synagogues mêmes de Jérusalem et de Syrie fréquentaient tous les jours ; de sorte qu'elle était approuvée et reçue de tout le peuple de Dieu. On lit encore ici le même mot de vierge dans les anciennes paraphrases des Juifs, qu'ils appelaient Targum : dans celle d'Onkélos et dans celle de Jonathan, c'est-à-dire dans leurs livres les plus authentiques, et où ils ont mieux conservé les traditions de leurs pères. Mais sans avoir besoin de nous arrêter à ces éruditions rabbiniques, il nous suffit que ce terme de vierge se soit trouvé si propre et si naturel en cet endroit, qu'il ne s'en est pas présenté d'autre à la pensée des Septante, c'est-à-dire des interprètes reçus dans la nation, et que saint Matthieu n'ait pu rapporter cette prophétie que de la seule version qui était alors en usage. Pour ce qui est des interprètes postérieurs à la venue de Jésus-Christ, comme Symmaque et Théodotion, qui ont tâché d'affaiblir la prophétie, on ne doit pas les écouter, puisqu'on sait que juifs eux-mêmes , ils n'ont fait leurs traductions, aussi bien qu'Aquila , que pour contredire les chrétiens et flatter l'incrédulité de leur nation.

Saint Jérôme remarque ici très-à-propos que le mot hébreu est alma, qui signifie dans son origine, cachée, renfermée, c'est-à-dire non-seulement une fille, mais une fille comme recluse et inaccessible, à la manière d'une chose sacrée, dont il n'est pas permis d'approcher. C'est pourquoi nous voyons dans les Machabées que selon cette origine, les filles sont appelées recluses renfermées, (katakleistoi) (II Machab., III, 19). Aussi l'usage du mot alma est-il constant dans l'Ecriture pour signifier une vierge, et il ne s'y trouve jamais joint avec les termes de concevoir ou d’enfanter qu'en ce seul endroit : par conséquent ces deux mots de vierge et d’enfantement, sont mis là pour signifier un fait unique, et qui n'a point d'autre exemple que celui que nous propose la foi chrétienne.

Les Juifs disent qu'il n'y faut pas chercher tant de finesse, et que le prophète suppose que cette vierge qui devait enfanter , cesserait d'être vierge quand elle deviendrait mère. Mais qu'y aurait-il là d'extraordinaire, et qui méritât d'être donné par un prophète comme un fait singulier et prodigieux? C'est au contraire ce qui arrive à toutes les femmes, et toutes celles qui deviennent mères ont été premièrement vierges : de sorte que ces deux mots, vierge et portant un enfant dans son sein, sont regardés naturellement comme incompatibles.

On demandera peut-être quelle preuve on a que ce fils porté dans le sein d'une vierge, soit Jésus-Christ. Mais c'est ce qui n'a point de difficulté, puisque d'un côté, celui qui sera le fils d'une vierge, n'ignorera point ce don de Dieu; et de l'autre qu'on ne connaît que le seul Jésus-Christ à qui on ait appliqué ce titre de fils d'une vierge, Dieu n'ayant pas même voulu qu'il restât la moindre ambiguïté dans cette application.

Les Juifs demandent à quel propos il serait ici parlé de Jésus-Christ, et quel rapport pourrait avoir avec Achaz cet enfantement virginal, pour être donné en signe à ce roi, qui vivait plus de sept cents ans auparavant. Mais cette nation aveugle, qui ne connaît pas les prérogatives du Christ qu'elle attend , a ignoré qu'il vient toujours à propos dans tout l'Ancien Testament, puisqu'il devait être la fin de la loi et l'objet non-seulement de toutes les prophéties, mais encore de tous les événements remarquables, qui ne sont qu'une figure des merveilles de son règne : au surplus qu'on parcoure toutes les prophéties, on trouvera que non plus que celle-ci, la plupart ne paraissent pas avoir de liaison avec le reste du discours où elles sont insérées. David dans le psaume LXXI, ne voulait parler d'abord que du règne de Salomon, qu'il avait nommé son successeur : mais Dieu, quand il lui a plu, lui a élevé l'esprit, et l'a transporté au temps de celui que tous les rois et tous les gentils devaient adorer, dont l'empire devait s'étendre par toute la terre, qui était devant le soleil, et en qui toutes les nations de l'univers devaient être bénies, c'est-à-dire Jésus-Christ, dont Salomon était une si noble figure. C'est pour la même raison qu'au psaume XLIV, qui regarde directement le même Salomon, tout d'un coup il l'appelle Dieu et l'oint par excellence ; ce qui ne peut convenir qu'à Jésus-Christ. Il en est de même des autres prophéties, où sans liaison avec la suite du discours, celui-là nous est annoncé, qui devait être abreuvé de vinaigre (Psal. LXVIII, 22), vendu trente deniers destinés à l'achat du champ d'un potier ou d'un sculpteur, monté sur un âne pour faire son entrée royale (Zach., XI, 12,13 et IX, 9; Joan., XII, 14, 18) : ainsi du reste, qui convient manifestement à Jésus-Christ seul. Il n'en était point parlé d'abord dans le prophète Michée : mais soudain il le voit sortir de la petite ville de Bethléem comme chef du peuple d'Israël, dont il ajoute que la nativité était éternelle Mich., V, 23). C'est ainsi que Dieu agit ordinairement dans les prophètes : et il leur fait mêler dans leurs discours Jésus-Christ si détaché de toute autre chose, qu'on voit bien qu'il n'y a point d'autre cause qui ait fait parler de lui si clairement en ces endroits, si ce n'est l'instinct du Saint-Esprit, qui souffle où il veut, et qui sait bien s'affranchir de toutes les règles des discours vulgaires.

S'il faut néanmoins marquer dans la prédiction d'Isaïe l'occasion qui le fait parler du fils de la vierge, il ne sera pas malaisé de la trouver. Il s'agissait de Jérusalem délivrée des mains de Rasin roi de Syrie, et de Phacée fils de Romélie, roi d'Israël. Ce qu'il y eut de particulier dans cette délivrance, c'est que les enfants d'Isaïe furent donnés à tout le peuple comme un prodige qui leur pronostiquait ce favorable événement, ainsi qu'il le marque lui-même en termes exprès dans le chapitre VIII, verset 18, de sa prophétie : « Me voilà avec mes enfants que le Seigneur m'a donnés, pour être un signe et un présage de l'avenir à Israël : » In signum et portentum. C'est par la même raison qu'il est ordonné au chapitre vu, vers. 3, au même prophète, « d'aller à la rencontre d'Achaz, avec son fils Jasub qui lui restait » (comme un gage des événements favorables dont il avait été le pronostic), pour lui annoncer avec lui la prompte défaite de ses ennemis. Il est aussi commandé au saint prophète de donner au fils de la prophétesse qu'il épousa dans les formes, un nom qui serait le présage de ce succès avantageux » (Isa., VIII, 1, 2, 3).

A l'occasion de ces merveilleux enfants, il plaît à Dieu, dans le chapitre ix, vers. G, de la même prophétie, de parler d'un autre enfant, qui plus merveilleux que ceux du prophète, en ce qu'il était fils non-seulement d'une prophétesse, mais encore d'une vierge, devait aussi présager une délivrance plus haute, c'est-à-dire celle dont Jésus-Christ est le seul auteur. Aussi n'est-ce point à Achaz seul que Dieu a donné ce signe, que ce prince avait même refusé de demander , non petam : c'est Dieu qui le donne de lui-même à toute la maison de David (Isa., VII, 11, 12, 13) non point à Achaz , à qui il avait dit : Pete tibi : « demande pour toi ; i mais à tout le peuple : Dabo vobis signum : et à toute la maison de David : Audite, domus David; de même que s'il eût dit : Si j'ai donné aux Juifs du temps d'Achaz les enfants d'Isaïe comme un Jasub et comme celui qu'il a eu de la prophétesse, pour leur être un signe de délivrance : que ne devez-vous pas attendre du signe nouveau que je vous donne en la personne d'un enfant fils d'une vierge ?

C'est cet enfant que vous devez appeler Emmanuel, « Dieu avec nous, » non-seulement parce qu'il fera votre réconciliation avec Dieu, mais encore parce qu'il sera un composé miraculeux de Dieu et de l'homme, en qui la divinité habitera corporellement.

C'est pourquoi bientôt après, le prophète nous parlera « d'un petit enfant qui nous est né, et d'un fils qui nous a été donné, dont la principauté est sur ses épaules (Isa., IX, 6, 7), » soit qu'il faille entendre la marque royale dont il serait revêtu, comme qui dirait la pourpre parmi les Romains ; soit qu'avec les Pères nous devions entendre la croix que Jésus porta, et où par une secrète inspiration, le titre de sa royauté devait être écrit. Mais ce qu'ajoute le saint prophète est beaucoup plus remarquable, puisqu'il dit que cet enfant sera nommé « Admirable : Conseiller : Dieu : Fort : le Père du siècle futur : le Prince de la paix; » qu'il prendra sa place « dans le trône de David, où il établira la paix et la justice, et enfin qu'il l'affermira pour toute l'éternité. »

Voilà donc ce petit enfant auquel Isaïe donne six beaux noms, qui tous l'élèvent au-dessus des hommes et forment le caractère du Messie. Premièrement, il est admirable : car quel enfant plus admirable que celui qui est né d'une vierge et dont on a dit : « Jamais aucun homme n'a parlé comme celui-ci (Joan., VII, 46) » et n'a rien fait de semblable aux œuvres qui sont sorties de ses mains (Ibid., 31) ? Secondement il est conseiller par excellence, parce que par lui se sont consommés les plus secrets conseils de Dieu. Troisièmement il est fort : c'est le « Seigneur Dieu des armées, le fort d'Israël, » dit ailleurs Isaïe (Isa., I, 24) : celui dont il est écrit que « nul ne peut ôter de sa main ceux que son Père lui a « donnés (Joan., X, 28, 29).» Il est le père du siècle futur, c'est-à-dire du nouveau peuple qu'il devait créer pour le faire régner éternellement. Il est le prince de la paix, et seul il a pacifié le ciel et la terre. Mais ce qu'il y a de plus remarquable, c'est que ce prophète l'appelle Dieu, en nombre singulier et absolument, qui est le caractère essentiel pour exprimer la divinité : par conséquent il est Dieu et homme, le vrai Emmanuel, Dieu uni à nous et le seul digne de naître d'une vierge, afin de n'avoir que Dieu seul pour père. On voit par là le rapport manifeste de cet enfant dont il est parlé au chapitre IX, avec celui qui devait être le fils d'une vierge dans le chapitre VII.

Toute la suite de l'Evangile atteste cette vérité. Quand il s'est appelé si souvent le fils de l'homme, c'était par rapport à sa sainte mère : c'est la même chose que saint Paul a exprimée, en disant qu'il a été « fait d'une femme, » factum ex muliere (Gal., IV, 4), et les termes de fils de l'homme, à celui qui ne connaissait de père que Dieu, ne pouvaient signifier autre chose que fils d'une mère vierge. C'était en même temps et par la même raison, non-seulement le vrai Emmanuel, mais encore le vrai Melchisédech (Hebr., VII, 1, 2,3,26), sans père en terre, sans mère au ciel : digne d'être notre pontife, étant saint, innocent, sans tache par le seul droit de sa conception et de sa naissance, à cause qu'il était conçu du Saint-Esprit.

Il convenait aussi à Jésus-Christ comme étant le fils d'une vierge, d'être le premier qui ait proposé au monde la haute perfection de la pureté virginale, et celle de ses eunuques spirituels dont la grâce est si éminente, qu'à peine la peut-on comprendre (Matth., XIX, 11) : il s'est déclaré l'époux de toutes les vierges : le fruit de la prédication de son Evangile, c'est qu'on en a vu une infinité qui ont marché sur ses pas, et la chasteté comme la foi a eu ses martyrs.

Les convenances de ce qui est dit de la vierge mère ne sont pas moins remarquables. En même temps que pour l'élever au faîte de la grandeur, Dieu voulut réunir en sa personne toute la perfection de son sexe, c'est-à-dire la souveraine et virginale pudeur, avec la fécondité qui est portée jusqu'à la faire mère de Dieu, il lui inspira aussi la plus parfaite et la plus profonde humilité (Luc., I, 48). Jésus-Christ dit qu'il est digne de créance dans le témoignage qu'il se rend à lui-même, à cause qu'il n'y recherche que la gloire de son Père (Joan., VIII, 14, 16, 28, 29, 38, 49, 50) : nous pouvons appliquer cette parole à la sainte Vierge, qui sans tirer avantage des merveilles qui s'étaient accomplies en elle, ne reconnaît de grandeur qu'en Dieu qu'elle glorifie : si elle est transportée de joie, ce n'est qu'en Dieu son Sauveur: si plus glorieuse prophétesse que celle d'Isaïe, qui aussi, selon saint Jérôme, n'en est qu'une figure imparfaite, elle voit que toutes les races futures la publieront bienheureuse, c'est à cause qu'il a plu à Dieu de regarder la bassesse de sa servante (— 4 Luc, I, 47, 48 et seqq) : il semble qu'elle n'ose dire qu'elle est vierge et mère tout ensemble, et elle n'exprime un si grand don qu'en disant que celui qui seul est puissant lui a fait de grandes choses, et qu'il a voulu exercer la toute-puissance de son bras (Ibid.). Au surplus personne n'ignore qu'entendant parler tout le monde de son fils, elle garde un perpétuel silence, sans dire ce qu'elle en savait, ni la manière dont il lui avait été donné : de sorte que la plus excellente de toutes les créatures était en même temps la plus humble, et celle qui se distinguait le moins du commun des femmes. On voit donc la convenance manifeste de tout le mystère, rien n'étant plus propre à une vierge que le silence et l'humilité.

Que ce soit donc là le glorieux titre du Messie, d'être fils d'une vierge : qu'il soit seul caractérisé par ce beau nom : songeons qu'il a trouvé au-dessous de lui, même la sainteté nuptiale, puisqu'il n'a voulu lui donner aucune part à sa naissance : purifions notre conscience de tous les désirs charnels : quand il nous faudra participer à cette chair virginale, songeons à la pureté de la vierge qui le reçut dans son sein : honorons ensemble, avec la distinction convenable, le fils de la Vierge et la mère vierge, puisque le fils de la Vierge est le Fils de Dieu, et que la mère vierge est Mère de Dieu : reconnaissons dans ces deux mots, mère vierge et fils de la Vierge, la plus belle relation qui puisse jamais être conçue : adorons Jésus-Christ comme vrai Dieu ; mais confessons à la fois que ce qu'il a le plus approché de lui, est celle qu'en se faisant homme, il a daigné choisir pour être sa mère.

Je pourrais m'ouvrir encore ici une nouvelle et longue carrière, si je voulais rechercher avec les saints Pères les causes de l'obscurité de quelques prophéties. Saint Pierre nous dit dans sa seconde épître que « nous n'avons rien de plus ferme que le discours prophétique, » et que nous devons y être « attentifs comme à un flambeau qui reluit dans un lieu obscur et ténébreux (II Petr., I, 19). » C'est donc un flambeau, mais qui reluit dans un lieu obscur, dont il ne dissipe pas toutes les ténèbres. Si tout était obscur dans les prophéties, nous marcherions comme à tâtons dans une nuit profonde, en danger de nous heurter à chaque pas et sans jamais pouvoir nous convaincre : mais aussi, si tout y était clair, nous croirions être dans la patrie et dans la pleine lumière de la vérité, sans reconnaître le besoin que nous avons d'être guidés, d'être instruits, d'être éclairés dans l'intérieur par le Saint-Esprit, et au dehors par l'autorité de l'Eglise. Je pourrais encore me jeter dans une plus haute contemplation sur le tissu des Ecritures que Dieu a voulu composer exprès d'obscurité et de lumière, afin, comme dit saint Augustin, de rassasier notre intelligence par la lumière manifeste et de mettre notre foi à l'épreuve par les endroits obscurs. En un mot, il a voulu qu'on ait pu faire à l'Eglise de mauvais procès ; mais il a voulu aussi que les humbles enfants de l'Eglise y pussent assez aisément trouver des principes pour les décider; et s'il reste, comme il en reste beaucoup, des endroits impénétrables, ou à quelques-uns de nous ou à nous tous dans cette vie, le même saint Augustin nous console en nous disant que, soit dans les lieux obscurs, soit dans les lieux clairs, l'Ecriture contient toujours les mêmes vérités, qu'on est bien aise d'avoir à chercher pour les mieux goûter quand on les trouve : et où l'on ne trouve rien, on demeure aussi content de son ignorance que de son savoir, puisqu'après tout il est aussi beau de vouloir bien ignorer ce que Dieu nous cache, que d'entendre et de contempler ce qu'il nous découvre. Marchons donc dans les Ecritures en toute humilité et tremblement ; et pour ne chopper jamais, ne soyons pas plus sages ni plus savants qu'il ne faut, mais tenons-nous chacun renfermés dans les bornes qui nous sont données.

Je prie Dieu qu'il vous conserve la santé, et vous donne tout le repos que peut souhaiter un homme de bien.

Signé + Bénigne, év. de Meaux.

À Paris, le 8 de novembre 1703.

SOURCE : https://www.bibliotheque-monastique.ch/bibliotheque/bibliotheque/bossuet/volume002/003.htm

Isaia (profeta) ; Libro di Isaia

Jerónimo Cosida (1510–1592), Profeta Isaías, circa 1580, oil on pine wood, 130 x 61, Saragossa Museum  


Isaiah the Prophet

Memorial

9 May

6 July on some calendars

Profile

Eighth century BC Old Testament prophet. Killed at the order of King Manasses of Juda.

Died

sawn in two

buried under an oak tree

Canonized

Pre-Congregation

Representation

elderly man holding a scroll that reads “Ecce Virgo Concipiet”

old man being sawn in two

robed figure holding a saw

Additional Information

Book of Saints, by the Monks of Ramsgate

Roman Martyrology1914 edition

Saints of the Day, by Katherine Rabenstein

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“Isaiah the Prophet“. CatholicSaints.Info. 14 March 2026. Web. 21 April 2026. <https://catholicsaints.info/isaiah-the-prophet/>

SOURCE : https://catholicsaints.info/isaiah-the-prophet/

Russian icon of the Prophet Isaiah, 18th century, iconostasis of Transfiguration Church, Kizhi monastery, KareliaRussia


Book of Saints – Isaias

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(Saint) Prophet, Martyr (July 6) (7th century B.C.) One of the Greater Prophets and writer of a Book in the Canon of Holy Scripture. Tradition tells us that he was sawn in two (Hebrews 11:37) by order of King Manasses of Juda (B.C. 68), and buried under an oak tree. His tomb was still recognised in the fifth century of our era, when his relics were enshrined in a Christian church. His Feast is generally kept in the East; but also in some churches of the West.

MLA Citation

Monks of Ramsgate. “Isaias”. Book of Saints1921. CatholicSaints.Info. 12 August 2017. Web. 21 April 2026. <https://catholicsaints.info/book-of-saints-isaias/>

SOURCE : https://catholicsaints.info/book-of-saints-isaias/

Enguerrand Quarton (1411–1466), Prophète Isaïe, panneau du diptyque d'Altenburg, 11.5 x 20.4, Pinacoteca Vaticana


Isaias (Isaiah), Prophet (RM)

Died c. 681 BC. Isaiah is the great poet and believer of the Old Testament, and one of the four major prophets of the Old Testament. He lived at a time when the people of Israel had settled in Canaan; David and Solomon had formed the Hebrew religion, the temple had been built and Josiah had just ended a long and useful reign.

In 740 BC, the year of Josiah's death, Isaiah had a vision of the Lord sitting on a throne surrounded by seraphim. Each had six wings: "And one cried to another, and said, 'Holy, holy, holy, is the Lord of hosts: the whole earth is full of His glory"--words which today form part of the Mass. The God of Isaiah was a God of Holiness, and the beginnings of his vocation were marked by majesty, piety, and grandeur.

Tradition tells us that Isaiah was sawn in two by order of King Manassas of Judah, and buried under an oak tree. His tomb was still venerated in the 5th century AD (Benedictines). 

SOURCE : http://www.saintpatrickdc.org/ss/0706.shtml


Isaias

Among the writers whom the Hebrew Bible styles the "Latter Prophets" foremost stands "Isaias, the holy prophet . . . the great prophet, and faithful in the sight of God" (Eccliasticus 48:23-25).

Life

The name Isaias signifies "Yahweh is salvation". It assumes two different forms in the Hebrew Bible: for in the text of the Book of Isaias and in the historical writings of the Old Testament, for example in 2 Kings 19:22 Chronicles 26:2232:20-32, it is read Yeshá'yahu, whereas the collection of the Prophet's utterances is entitled Yeshá'yah, in Greek 'Esaías, and in Latin usually Isaias, but sometimes Esaias. Four other persons of the same name are mentioned in the Old Testament (Ezra 8:78:19Nehemiah 11:71 Chronicles 26:25); while the names Jesaia (1 Chronicles 25:15), Jeseias (1 Chronicles 3:2125:3) may be regarded as mere variants. From the Prophet himself (i, 1; ii, 1) we learn that he was the son of Amos. Owing to the similarity between Latin and Greek forms of this name and that of the Shepherd-Prophet of Thecue, some Fathers mistook the Prophet Amos for the father of Isaias. St. Jerome in the preface to his "Commentary on Amos" (P.L., XXV, 989) points out this error. Of Isaias's ancestry we know nothing; but several passages of his prophecies (iii, 1-17, 24; iv, 1; viii, 2; xxxi, 16) lead us to believe that he belonged to one of the best families of Jerusalem. A Jewish tradition recorded in the Talmud (Tr. Megilla, 10b.) held him to be a nephew of King Amasias. As to the exact time of the Prophet's birth we lack definite data; yet he is believed to have been about twenty years of age when he began his public ministry. He was a citizen, perhaps a native, of Jerusalem. His writings give unmistakable signs of high culture. From his prophecies (vii and viii) we learn that he married a woman whom he styles "the prophetess" and that he had two sons, She'ar-Yashub and Maher-shalal-hash-baz. Nothing whatever indicates that he was twice married as some fancy on the gratuitous and indefensible supposition that the 'almah of vii, 14, was his wife.

The prophetical ministry of Isaias lasted wellnigh half a century, from the closing year of Ozias, King of Juda, possibly up to that of Manasses. This period was one of great prophetical activity. Israel and Juda indeed were in sore need of guidance. After the death of Jeroboam II revolution followed upon revolution and the northern kingdom had sunk rapidly into an abject vassalage to the Assyrians. The petty nations of the West, however, recovering from the severe blows received in the beginning of the eighth century, were again manifesting aspirations of independence. Soon Theglathphalasar III marched his armies towards Syria; heavy tributes were levied and utter ruin threatened on those who would show any hesitation to pay. In 725 Osee, the last King of Samaria, fell miserably under the onslaught of Salmanasar IV, and three years later Samaria succumbed to the hands of the Assyrians. In the meantime the Kingdom of Juda hardly fared better. A long period of peace had enervated characters, and the young, inexperienced, and unprincipled Achaz was no match for the Syro-Israelite coalition which confronted him. Panic-stricken he, in spite of the remonstrances of Isaias, resolved to appeal to Theglathphalasar. The help of Assyria was secured, but the independence of Juda was thereby practically forfeited. In order to explain clearly the political situation to which so many allusions are made in Isaias's writings there is here subjoined a brief chronological sketch of the period: 745, Theglathphalasar III, king of Assyria; Azarias (A. V. Uzziah), of Juda; Manahem (A. V. Menahem) of Samaria; and Sua of Egypt; 740, death of Azarias; Joatham (A. V. Jotham), king of Juda; capture of Arphad (A. V. Arpad) by Theglathphalasar III (Isaiah 10:9); 738, campaign of Theglathphalasar against Syria; capture of Calano (A. V. Calno) and Emath (A. V. Hamath); heavy tribute imposed upon Manahem (2 Kings 15:19-20); victorious wars of Joatham against the Ammonites (2 Chronicles 27:4-6); 736, Manahem succeeded by Phaceia (A. V. Pekahiah); 735, Joatham succeeded by Achaz (2 Kings 16:1); Phaceia replaced by Phacee (A. V. Pekah), son of Remelia (A. V. Remaliah), one of his captains; Jerusalem besieged by Phacee in alliance with Rasin (A. V. Rezin), king of Syria (2 Kings 16:5Isaiah 7:1-2); 734, Theglathphalasar, replying to Achaz' request for aid, marches against Syria and Israel, takes several cities of North and East Israel (2 Kings 15:29), and banishes their inhabitants; the Assyrian allies devastate part of the territory of Juda and Jerusalem; Phacee slain during a revolution in Samaria and succeeded by Osee (A. V. Hoshea); 733, unsuccessful expeditions of Achaz against Edom (2 Chronicles 28:17) and the Philistines (20); 732, campaign of Theglathphalasar against Damascus; Rasin besieged in his capital, captured, and slain; Achaz goes to Damascus to pay homage to the Assyrian ruler (2 Kings 16:10-19); 727, death of Achaz; accession of Ezechias (2 Kings 18:1); in Assyria Salmanasar IV succeeds Theglathphalasar III, 726, campaign of Salmanasar against Osee (2 Kings 17:3); 725, Osee makes alliance with Sua, king of Egypt (2 Kings 17:4); second campaign of Salmanasar IV, resulting in the capture and deportation of Osee (2 Kings 17:4); beginning of the siege of Samaria; 722, Sargon succeeds Salmanasar IV in Assyria; capture of Samaria by Sargon; 720, defeat of Egyptian army at Raphia by Sargon; 717, Charcamis, the Hittite stronghold on the Euphrates, falls into the hands of Sargon (Isaiah 10:8); 713, sickness of Ezechias (2 Kings 20:1-11Isaiah 38); embassy from Merodach Baladan to Ezechias (2 Kings 20:12-13Isaiah 39); 711, invasion of Western Palestine by Sargon; siege and capture of Azotus (A. V. Ashdod; Isaiah 20); 709, Sargon defeats Merodach Baladan, seizes Babylon, and assumes title of king of Babylon; 705, death of Sargon; accession of Sennacherib; 701, expedition of Sennacherib against Egypt; defeat of latter at Elteqeh; capture of Accaron (A. V. Ekron); siege of Lachis; Ezechias's embassy; the conditions laid down by Sennacherib being found too hard the king of Juda prepares to resist the Assyrians; destruction of part of the Assyrian army; hurried retreat of the rest (2 Kings 18Isaiah 36:37); 698, Ezechias is succeeded by his son Manasses. The wars of the ninth century and the peaceful security following them produced their effects in the latter part of the next century. Cities sprang up; new pursuits, although affording opportunities of easy wealth, brought about also an increase of poverty. The contrast between class and class became daily more marked, and the poor were oppressed by the rich with the connivance of the judges. A social state founded on iniquity is doomed. But as Israel's social corruption was greater than Juda's, Israel was expected to succumb first. Greater likewise was her religious corruption. Not only did idolatrous worship prevail there to the end, but we know from Osee what gross abuses and shameful practices obtained in Samaria and throughout the kingdom, whereas the religion of the people of Juda on the whole seems to have been a little better. We know, however, as regards these, that at the very time of Isaias certain forms of idolatrous worship, like that of Nohestan and of Moloch, probably that also of Tammur and of the "host of heaven", were going on in the open or in secret.

Commentators are at variance as to when Isaias was called to the prophetical office. Some think that previous to the vision related in vi, 1, he had received communications from heavenSt. Jerome in his commentary on the passage holds that chapters i-v ought to be attributed to the last years of King Ozias, then ch. vi would commence a new series begun in the year of the death of that prince (740 B.C.; P.L., XXIV, 91; cf. St. Gregory Nazianzen, Orat. ix; P.G., XXXV, 820). It is more commonly held, however, that ch. vi refers to the first calling of the Prophet; St. Jerome himself, in a letter to Pope Damasus seems to adopt this view (P.L., XXII, 371; cf. Hesychius "In Is.", P.G. XCIII, 1372), and St. John Chrysostom, commenting upon Isaiah 6:5, very aptly contrasts the promptness of the Prophet with the tergiversations of Moses and Jeremias. On the other hand, since no prophecies appear to be later than 701 B.C., it is doubtful if Isaias saw the reign of Manasses at all; still a very old and widespread tradition, echoed by the Mishna (Tr. Yebamoth, 49b; cf. Sanhedr., 103b), has it that the Prophet survived Ezechias and was slain in the persecution of Manasses (2 Kings 21:16). This prince had him convicted of blasphemy, because he had dared say: "I saw the Lord sitting upon a throne" (vi, 1), a pretension in conflict with God's own assertion in Exodus 33:20: "Man shall not see me and live". He was accused, moreover, of having predicted the ruin of Jerusalem and called the holy city and the people of Juda by the accursed names of Sodom and Gomorrah. According to the "Ascension of Isaias", the Prophet's martyrdom consisted in being sawed asunder. Tradition shows this to have been unhesitatingly believed. The Targum on 2 Kings 21:6, admits it; it is preserved in two treatises of the Talmud (Yebamoth, 49b; Sanhedr., 103b); St. Justin (Dialogue with Trypho 120), and many of the Fathers adopted it, taking as unmistakable allusions to Isaias those words of the Hebrews 11:37, "they (the ancients) were cut asunder" (cf. Tertullian, "De patient.", xiv; P.L., I, 1270; Orig., "In Is., Hom." I, 5, P.G., XIII, 223; "In Matt.", x, 18, P.G., XIII, 882; "In Matt.", Ser. 28, P.G., XIII, 1637; "Epist. ad Jul. Afr.", ix, P.G., XI, 65; St. Jerome, "In Is.", lvii, 1, P.L., XXIV, 546-548; etc.). However, little trust should be put in the strange details mentioned in the "De Vit. Prophet." of pseudo-Epiphanius (P.G., XLIII, 397, 419). The date of the Prophet's demise is not known. The Roman Martyrology commemorates Isaias on 6 July. His tomb is believed to have been in Paneas in Northern Palestine, whence his relics were taken to Constantinople in A.D. 442.

The literary activity of Isaias is attested by the canonical book which bears his name; moreover allusion is made in 2 Chronicles 26:22, to "Acts of Ozias first and last . . . written by Isaias, the son of Amos, the prophet". Another passage of the same book informs us that "the rest of the acts of Ezechias and his mercies, are written in the Vision of Isaias, son of Amos, the prophet", in the Book of the Kings of Juda and Israel. Such at least is the reading of the Massoretic Bible, but its text here, if we may judge from the variants of the Greek and St. Jerome, is somewhat corrupt. Most commentators who believe the passage to be authentic think that the writer refers to Isaiah 36-39. We must finally mention the "Ascension of Isaias", at one time attributed to the Prophet, but never admitted into the Canon.

The book of Isaias

The canonical Book of Isaias is made up of two distinct collections of discourses, the one (chapters 1-35) called sometimes the "First Isaias"; the other (chapters 40-66) styled by many modern critics the "Deutero- (or Second) Isaias"; between these two comes a stretch of historical narrative; some authors, as Michaelis and Hengstenberg, holding with St. Jerome that the prophecies are placed in chronological order; others, like Vitringa and Jahn, in a logical order; others finally, like Gesenius, Delitzsch, Keil, think the actual order is partly logical and partly chronological. No less disagreement prevails on the question of the collector. Those who believe that Isaias is the author of all the prophecies contained in the book generally fix upon the Prophet himself. But for the critics who question the genuineness of some of the parts, the compilation is by a late and unknown collector. It would be well, however, before suggesting a solution to analyse cursorily the contents.

First Isaias

In the first collection (cc. i-xxxv) there seems to be a grouping of the discourses according to their subject-matter: (1) cc. i-xii, oracles dealing with Juda and Israel; (2) cc. xiii-xxiii, prophecies concerning (chiefly) foreign nations; (3) cc. xxiv-xxvii, an apocalypse; (4) cc. xxviii-xxxiii, discourses on the relations of Juda to Assyria; (5) cc. xxxiv-xxxv, future of Edom and Israel.

First section

In the first group (i-xii) we may distinguish separate oracles. Ch. i arraigns Jerusalem for her ingratitude and unfaithfulness; severe chastisements have proved unavailing; yet forgiveness can be secured by a true change of life. The ravaging of Juda points to either the time of the Syro-Ephraimite coalition (735) or the Assyrian invasion (701). Ch. ii threatens judgment upon pride and seems to be one of the earliest of the Prophet's utterances. It is followed (iii-iv) by a severe arraignment of the nation's rulers for their injustice and a lampoon against the women of Sion for their wanton luxury. The beautiful apologue of the vineyard serves as a preface to the announcement of the punishment due to the chief social disorders. These seem to point to the last days of Joatham, or the very beginning of the reign of Achaz (from 736-735 B.C.). The next chapter (vi), dated in the year of the death of Ozias (740), narrates the calling of the Prophet. With vii opens a series of utterances not inappropriately called "the Book of Emmanuel"; it is made up of prophecies bearing on the Syro-Ephraimite war, and ends in a glowing description (an independent oracle?) of what the country will be under a future sovereign (ix, 1-6). Ch. ix, 7-x, 4, in five strophes announces that Israel is foredoomed to utter ruin; the allusion to rivalries between Ephraim and Manasses possibly has to do with the revolutions which followed the death of Jeroboam II; in this case the prophecy might date some time between 743-734. Much later is the prophecy against Assur (x, 5-34), later than the capture of Arshad (740), Calano (738), or Charcamis (717). The historical situation therein described suggests the time of Sennacherib's invasion (about 702 or 701 B.C.). Ch. xi depicts the happy reign to be of the ideal king, and a hymn of thanksgiving and praise (xii) closes this first division.

Second section

The first "burden" is aimed at Babylon (viii, 1-xiv, 23). The situation presupposed by the Prophet is that of the Exile; a fact that inclines some to date it shortly before 549, against others who hold it was written on the death of Sargon (705). Ch. xiv, 24-27, foretelling the overthrow of the Assyrian army on the mountains of Juda, and regarded by some as a misplaced part of the prophecy against Assur (x, 5-34), belongs no doubt to the period of Sennacherib's campaign. The next passage (xiv, 28-32) was occasioned by the death of some foe of the Philistines: the names of Achaz (728), Theglathphalasar III (727), and Sargon (705) have been suggested, the last appearing more probable. Chapters xv-xvi, "the burden of Moab", is regarded by many as referring to the reign of Jeroboam II, King of Israel (787-746); its date is conjectural. The ensuing "burden of Damascus" (xvii, 1-11), directed against the Kingdom of Israel as well, should be assigned to about 735 B.C. Here follows a short utterance on Ethiopia (prob. 702 or 701). Next comes the remarkable prophecy about Egypt (xix), the interest of which cannot but be enhanced by the recent discoveries at Elephantine (vv. 18, 19). The date presents a difficulty, the time ranging, according to diverse opinions, from 720 to 672 B.C.. The oracle following (xx), against Egypt and Ethiopia, is ascribed to the year in which Ashdod was besieged by the Assyrians (711). Just what capture of Babylon is alluded to in "the burden of the desert of the sea" (xxi, 1-10) is not easy to determine, for during the lifetime of Isaias Babylon was thrice besieged and taken (710, 703, 696 B.C.). Independent critics seem inclined to see here a description of the taking of Babylon in 528 B.C., the same description being the work of an author living towards the close of the Babylonian Captivity. The two short prophecies, one on Edom (Duma; xxi, 11-12) and one on Arabia (xxi, 13-17), give no clue as to when they were uttered. Ch. xxii, 1-14, is a rebuke addressed to the inhabitants of Jerusalem. In the rest of the chapter Sobna (Shebna) is the object of the Prophet's reproaches and threats (about 701 B.C.). The section closes with the announcement of the ruin and the restoration of Tyre (xxiii).

Third section

The third section of the first collection includes chapters xxiv-xxviii, sometimes called "the Apocalypse of Isaias". In the first part (xxiv-xxvi, 29) the Prophet announces for an undetermined future the judgment which shall precede the kingdom of God (xxiv); then in symbolic terms he describes the happiness of the good and the punishment of the wicked (xxv). This is followed by the hymn of the elect (xxvi, 1-19). In the second part (xxvi, 20-xxvii) the Prophet depicts the judgment hanging over Israel and its neighbours. The date is most unsettled among modern critics, certain passages being attributed to 107 B.C., others even to a date lower than 79 B.C.. Let it be remarked, however, that both the ideas and the language of these four chapters support the tradition attributing this apocalypse to Isaias. The fourth division opens with a pronouncement of woe against Ephraim (and perhaps Juda; xxviii, 1-8), written prior to 722 B.C.; the historical situation implied in xxviii, 9-29, is a strong indication that this passage was written about 702 B.C. To the same date belong xxix-xxxii, prophecies concerned with the campaign of Sennacherib. This series fittingly concludes with a triumphant hymn (xxxiii), the Prophet rejoicing in the deliverance of Jerusalem (701). Chapters xxxi-xxxv, the last division, announce the devastation of Edom, and the enjoyment of bountiful blessings by ransomed Israel. These two chapters are thought by several modern critics to have been written during the captivity in the sixth century. The foregoing analysis does not enable us to assert indubitably that this first collection as such is the work of Isaias; yet as the genuineness of almost all these prophecies cannot be seriously questioned, the collection as a whole might still possibly be attributed to the last years of the Prophet's life or shortly afterwards. If there really be passages reflecting a later epoch, they found their way into the book in the course of time on account of some analogy to the genuine writings of Isaias. Little need be said of xxxvii-xxxix. The first two chapters narrate the demand made by Sennacherib—the surrender of Jerusalem, and the fulfillment of Isaias's predictions of its deliverance; xxxviii tells of Ezechias's illness, cure, and song of thanksgiving; lastly xxxix tells of the embassy sent by Merodach Baladan and the Prophet's reproof of Ezechias.

Second Isaias

The second collection (xl-lvi) deals throughout with Israel's restoration from the Babylonian exile. The main lines of the division as proposed by the Jesuit Condamine are as follows: a first section is concerned with the mission and work of Cyrus; it is made up of five pieces: (a) xl-xli: calling of Cyrus to be Yahweh's instrument in the restoration of Israel; (b) xlii, 8-xliv, 5: Israel's deliverance from exile; (c) xliv, 6-xlvi, 12: Cyrus shall free Israel and allow Jerusalem to be built; (d) xlvii: ruin of Babylon; (e) xlviii: past dealings of God with his people are an earnest for the future. Next to be taken up is another group of utterances, styled by German scholars "Ebed-Jahweh-Lieder"; it is made up of xlix-lv (to which xlii, 1-7, should be joined) together with lx-lxii. In this section we hear of the calling of Yahweh's servant (xlix, 1-li, 16); then of Israel's glorious home-coming (li, 17-lii, 12); afterwards is described the servant of Yahweh ransoming his people by his sufferings and death (xlii, 1-7; lii, 13-15; liii, 1-12); then follows a glowing vision of the new Jerusalem (liv, 1-lv, 13, and lx, 1-lxii, 12). Ch. lvi, 1-8, develops this idea, that all the upright of heart, no matter what their former legal status, will be admitted to Yahweh's new people. In lvi, 9-lvii, the Prophet inveighs against the idolatry and immorality so rife among the Jews; the sham piety with which their fasts were observed (lvii). In lix the Prophet represents the people confessing their chief sins; this humble acknowledgment of their guilt prompts Yahweh to stoop to those who have "turned from rebellion". A dramatic description of God's vengeance (lxiii, 1-7) is followed by a prayer for mercy (lxiii, 7-lxiv, 11), and the book closes upon the picture of the punishment of the wicked and the happiness of the good. Many perplexing questions are raised by the exegesis of the "Second Isaias". The "Ebed-Jahweh-Lieder", in particular, suggest many difficulties. Who is this "servant of Yahweh"? Does the title apply to the same person throughout the ten chapters? Had the writer in view some historical personage of past ages, or one belonging to his own time, or the Messias to come, or even some ideal person? Most commentators see in the "servant of Yahweh" an individual. But is that individual one of the great historical figures of Israel? No satisfactory answer has been given. The names of Moses, David, Ozias, Ezechias, Isaias, Jeremias, Josias, Zorobabel, Jechonias, and Eleazar have all been suggested as being the personCatholic exegesis has always pointed out the fact that all the features of the "servant of Yahweh" found their complete realization in the person of Our Lord Jesus Christ. He therefore should be regarded as the one individual described by the Prophet. The "Second Isaias" gives rise to other more critical and less important problems. With the exception of one or two passages, the point of view throughout this section is that of the Babylonian Captivity; there is an unmistakable difference between the style of these twenty-seven chapters and that of the "First Isaias"; moreover, the theological ideas of xl-lxvi show a decided advance on those found in the first thirty-nine chapters. If this be true, does it not follow that xl-lxvi are not by the same author as the prophecies of the first collection, and may there not be good grounds for attributing the authorship of these chapters to a "second Isaias" living towards the close of the Babylonian Captivity? Such is the contention of most of the modern non-Catholic scholars.

This is hardly the place for a discussion of so intricate a question. We therefore limit ourselves to stating the position of Catholic scholarship on this point. This is clearly set out in the decision issued by the Pontifical Biblical Commission, 28 June, 1908. (1) Admitting the existence of true prophecy; (2) There is no reason why "Isaias and the other Prophets should utter prophecies concerning only those things which were about to take place immediately or after a short space of time" and not "things that should be fulfilled after many ages". (3) Nor does anything postulate that the Prophets should "always address as their hearers, not those who belonged to the future, but only those who were present and contemporary, so that they could be understood by them". Therefore it cannot be asserted that "the second part of the Book of Isaias (xl-lxvi), in which the Prophet addresses as one living amongst them, not the Jews who were the contemporaries of Isaias, but the Jews mourning in the Exile of Babylon, cannot have for its author Isaias himself, who was dead long before, but must be attributed to some unknown Prophet living among the exiles". In other words, although the author of Isaias xl-lxvi does speak from the point of view of the Babylonian Captivity, yet this is no proof that he must have lived and written in those times. (4) "The philological argument from language and style against the identity of the author of the Book of Isaias is not to be considered weighty enough to compel a man of judgment, familiar with Hebrew and criticism, to acknowledge in the same book a plurality of authors". Differences of language and style between the parts of the book are neither denied nor underrated; it is asserted only that such as they appear, they do not compel one to admit the plurality of authors. (5) "There are no solid arguments to the fore, even taken cumulatively, to prove that the book of Isaias is to be attributed not to Isaias himself alone, but to two or rather to many authors".

Appreciation of the work of Isaias

It may not be useless shortly to set forth the prominent features of the great Prophet, doubtless one of the most striking personalities in Hebrew history. Without holding any official position, it fell to the lot of Isaias to take an active part during well nigh forty troublesome years in controlling the policy of his country. His advice and rebukes were sometimes unheeded, but experience finally taught the rulers of Juda that to part from the Prophet's views meant always a set-back for the political situation of Juda. In order to understand the trend of his policy it is necessary to remember by what principle it was animated. This principle he derived from his unshaken faith in God governing the world, and particularly His own people and the nations coming in contact with the latter. The people of Juda, forgetful of their God, given to idolatrous practices and social disorders of many kinds, had paid little heed to former warnings. One thing only alarmed them, namely that hostile nations were threatening Juda on all sides; but were they not the chosen people of God? Certainly He would not allow His own nation to be destroyed, even as others had been. In the meantime prudence dictated that the best possible means be taken to save themselves from present dangers. Syria and Israel were plotting against Juda and her king; Juda and her king would appeal to the mighty nation of the North, and later to the King of Egypt.

Isaias would not hear aught of this short-sighted policy, grounded only on human prudence, or a false religious confidence, and refusing to look beyond the moment. Juda was in terrible straits; God alone could save her; but the first condition laid down for the manifestation of His power was moral and social reformation. Syrians, Ephraimites, Assyrians, and all the rest were but the instruments of the judgment of God, the purpose of which is the overthrow of sinners. Certainly Yahweh will not allow His people to be utterly destroyed; His covenant He will keep; but it is vain to hope that well-deserved chastisement may be escaped. From this view of the designs of God never did the faith of Isaias waver. He first proclaimed this message at the beginning of the reign of Achaz. The king and his counsellors saw no salvation for Juda except in an alliance with, that is an acknowledgment of vassalage to, Assyria. This the Prophet opposed with all his might. With his keen foresight he had clearly perceived that the real danger to Juda was not from Ephraim and Syria, and that the intervention of Assyria in the affairs of Palestine involved a complete overthrow of the balance of power along the Mediterranean coast. Moreover, the Prophet entertained no doubt but that sooner or later a conflict between the rival empires of the Euphrates and the Nile must arise, and then their hosts would swarm over the land of Juda. To him it was clear that the course proposed by Juda's self-conceited politicians was like the mad flight of "silly doves", throwing themselves headlong into the net. Isaias's advice was not followed and one by one the consequences he had foretold were realized. However, he continued to proclaim his prophetical views of the current events. Every new event of importance is by him turned into a lesson not only to Juda but to all the neighbouring nations. Damascus has fallen; so will the drunkards and revellers of Samaria see the ruin of their city. Tyre boasts of her wealth and impregnable position; her doom is no less decreed, and her fall will all the more astound the world. Assyria herself, fattened with the spoils of all nations, Assyria "the rod of God's vengeance", when she will have accomplished her providential destiny, shall meet with her fate. God has thus decreed the doom of all nations for the accomplishment of His purposes and the establishment of a new Israel cleansed from all past defilements.

Judean politicians towards the end of the reign of Ezechias had planned an alliance with the King of Egypt against Assyria and carefully concealed their purpose from the Prophet. When the latter came to know the preparations for rebellion, it was already too late to undo what had been done. But he could at least give vent to his anger (see Isaiah 30), and we know both from the Bible and Sennacherib's own account of the campaign of 701 how the Assyrian army routed the Egyptians at Altaku (Elteqeh of Joshua 19:44), captured Accaron, and sent a detachment to ravage Juda; Jerusalem, closely invested, was saved only by the payment of an enormous ransom. The vindication of Isaias's policy, however, was not yet complete. The Assyrian army withdrew; but Sennacherib, apparently thinking it unsafe to leave in his wake a fortified city like Jerusalem, demanded the immediate surrender of Ezechias's capital. At the command of Ezechias, no answer was given to the message; but the king humbly bade Isaias to intercede for the city. The Prophet had for the king a reassuring message. But the respite in the Judean capital was short. Soon a new Assyrian embassy arrived with a letter from the king containing an ultimatum. In the panic-stricken city there was a man of whom Sennacherib had taken no account; it was by him that the answer was to be given to the ultimatum of the proud Assyrians: "The virgin, the daughter of Sion hath despised thee and laughed thee to scorn; . . . He shall not come into this city, nor shoot an arrow into it. . . . By the way that he came, he shall return, and into this city he shall not come, saith the Lord" (xxxvii, 22, 33). We know in reality how a sudden catastrophe overtook the Assyrian army and God's promise was fulfilled. This crowning vindication of the Divinely inspired policy of Isaias prepared the hearts of the Jews for the religious reformation brought about by Ezechias, no doubt along lines laid down by the Prophet.

In reviewing the political side of Isaias's public life, we have already seen something of his religious and social ideas; all these view-points were indeed most intimately connected in his teaching. It may be well now to dwell a little more fully on this part of the Prophet's message. Isaias's description of the religious condition of Juda in the latter part of the eighth century is anything but flattering. Jerusalem is compared to Sodom and Gomorrah; apparently the bulk of the people were superstitious rather than religious. Sacrifices were offered out of routine; witchcraft and divination were in honour; nay more, foreign deities were openly invoked side by side with the true God, and in secret the immoral worship of some of these idols was widely indulged in, the higher-class and the Court itself giving in this regard an abominable example. Throughout the kingdom there was corruption of higher officials, ever-increasing luxury among the wealthy, wanton haughtiness of women, ostentation among the middle-class people, shameful partiality of the judges, unscrupulous greed of the owners of large estates, and oppression of the poor and lowly. The Assyrian suzerainty did not change anything in this woeful state of affairs. In the eyes of Isaias this order of things was intolerable; and he never tired repeating it could not last. The first condition of social reformation was the downfall of the unjust and corrupt rulers; the Assyrians were the means appointed by God to level their pride and tyranny with the dust. With their mistaken ideas about God, the nation imagined He did not concern Himself about the dispositions of His worshippers. But God loathes sacrifices offered by ". . . hands full of blood. Wash yourselves, be clean, . . . relieve the oppressed, judge for the fatherless, defend the widow. . . . But if you will not, . . . the sword shall devour you" (i, 15-20). God here appears as the avenger of disregarded human justice as much as of His Divine rights. He cannot and will not let injustice, crime, and idolatry go unpunished. The destruction of sinners will inaugurate an era of regeneration, and a little circle of men faithful to God will be the first-fruits of a new Israel free from past defilements and ruled by a scion of David's House. With the reign of Ezechias began a period of religious revival. Just how far the reform extended we are not able to state; local sanctuaries around which heathenish abuses had gathered were suppressed, and many 'asherîm and masseboth were destroyed. It is true the times were not ripe for a radical change, and there was little response to the appeal of the Prophet for moral amendment and redress of social abuses.

The Fathers of the Church, echoing the eulogy of Jesus, son of Sirach (Ecclesiasticus 48:25-28), agree that Isaias was the greatest of the literary Prophets (Eusebius, "Præp. Evang.", v, 4, P.G., XXII, 370; "Synops. Script. S.", among the works of St. Athan., P.G., XXXVIII, 363; St. Cyril of Jerusalem, "In Is., Prooem.", P.G., LXX, 14; St. Isidore of Pelusium, "Epist.", i, 42, P.G., LXXVIII, 208; Theodoret., "In Is. Argum.", P.G., LXXXI, 216; St. Jerome, "Prol. in Is.", P.L., XXIV, 18; "Præf. ad Paul. et Eustoch.", P.L., XXXII, 769; City of God XVIII.29). Isaias's poetical genius was in every respect worthy of his lofty position as a Prophet. He is unsurpassed in poetry, descriptive, lyric, or elegiac. There is in his compositions an uncommon elevation and majesty of conception, and an unparalleled wealth of imagery, never departing, however, from the utmost propriety, elegance, and dignity. He possessed an extraordinary power of adapting his language both to occasions and audiences; sometimes he displays most exquisite tenderness, and at other times austere severity; he successively assumes a mother's pleading and irresistible tone, and the stern manner of an implacable judge, now making use of delicate irony to bring home to his hearers what he would have them understand, and then pitilessly shattering their fondest illusions or wielding threats which strike like mighty thunderbolts. His rebukes are neither impetuous like those of Osee nor blustering like those of Amos; he never allows the conviction of his mind or the warmth of his heart to overdraw any feature or to overstep the limits assigned by the most exquisite taste. Exquisite taste indeed is one of the leading features of the Prophet's style. This style is rapid, energetic, full of life and colour, and withal always chaste and dignified. It moreover manifests a wonderful command of language. It has been justly said that no Prophet ever had the same command of noble thoughts; it may be as justly added that never perhaps did any man utter lofty thoughts in more beautiful language. St. Jerome rejected the idea that Isaias's prophecies were true poetry in the full sense of the word (Præf. in Is., P.L., XXVIII, 772). Nevertheless the authority of the illustrious Robert Lowth, in his "Lectures on the Sacred Poetry of the Hebrews" (1753), esteemed "the whole book of Isaiah to be poetical, a few passages excepted, which if brought together, would not at most exceed the bulk of five or six chapters". This opinion of Lowth, at first scarcely noticed, became more and more general in the latter part of the nineteenth century, and is now common among Biblical scholars.

Sources

In addition to general and special commentaries consult: CHEYNE, Book of Isaiah chronologically arranged (London, 1870); IDEM, Prophecies of Isaiah (London, 1880); IDEM, Introd. to the Book of Isaiah (London, 1895); DRIVER, Isaiah: his life and times and the writings which bear his name (London, 1888); LOWTH, Isaiah, translation, dissert. and notes (London, 1778); SKINNER, Isaiah (Cambridge, 1896); G. A. SMITH, Book of Isaiah (Expositor's Bible, 1888-1890); W. R. SMITH, The Prophets of Israel and their place in history (London, 1882); KNABENBAUER, Comment. in Isaiam prophetam (Paris, 1887); CONDAMINE, Livre d'Isaie, trad. critique avec notes et comment. (Paris, 1905; a volume of introduction to the same is forthcoming); LE HIR, Les trois grandes prophètes, Isaïe, Jérémie, Ezéchiel (Paris, 1877); IDEM, Etudes Bibliques (Paris, 1878); DELITZSCH, Commentar über das Buch Jesaja; tr. (Edinburgh, 1890); DUHM, Das Buch Jesaia (Gottingen, 1892); GESENIUS, Der Prophet Jesaja (Leipzig, 1820-1821); EWALD, Die Propheten des Alten Bundes (Tübingen, 1840-1841); tr. by F. SMITH, (London, 1876—); HITZIG, Der Prophet Jesaja übers. und ausgelegt (Heidelberg, 1833); KITTEL, Der Prophet Jesaia, 6th ed. of DILLMANN's work of the same title (Leipzig, 1898); KNABENBAUER, Erklärung des Proph. Isaias (Freiburg, 1881); MARTI, Das Buch Jesaja (Tübingen, 1900).

Souvay, Charles. "Isaias." The Catholic Encyclopedia. Vol. 8. New York: Robert Appleton Company, 1910. 12 Jul. 2015 <http://www.newadvent.org/cathen/08179b.htm>.

Transcription. This article was transcribed for New Advent by WGKofron. With thanks to St. Mary's Church, Akron, Ohio.

Ecclesiastical approbation. Nihil Obstat. October 1, 1910. Remy Lafort, S.T.D., Censor. Imprimatur. +John Cardinal Farley, Archbishop of New York.

Copyright © 2026 by New Advent LLC. Dedicated to the Immaculate Heart of Mary.

SOURCE : http://www.newadvent.org/cathen/08179b.htm

Isaia (profeta) ; Libro di Isaia

British (English) School, The Prophet Isaiah, circa 1610, oil on panel, 38 x 33, National Trust, Chastleton House


THE MARTYRDOM OF ISAIAH

[Chapter 1]

1 And it came to pass in the twenty-sixth year of the reign of Hezekiah king of Judah that he

2 called Manasseh his son. Now he was his only one. And he called him into the presence of Isaiah the son of Amoz the prophet; and into the presence of Josab the son of Isaiah.

6b, 7 And whilst he (Hezekiah) gave commands, Josab the son of Isaiah standing by, Isaiah said to Hezekiah the king, but not in the presence of Manasseh only did he say unto him: 'As the Lord liveth, whose name has not been sent into this world, [and as the Beloved of my Lord liveth], and as the Spirit which speaketh in me liveth, all these commands and these words shall be made of none effect by Manasseh thy son, and through the agency of his hands I shall depart mid the torture of

8 my body. And Sammael Malchira shall serve Manasseh, and execute all his desire, and he shall

9 become a follower of Beliar rather than of me. And many in Jerusalem and in Judaea he shall cause to abandon the true faith, and Beliar shall dwell in Manasseh, and by his hands I shall be

10 sawn asunder.' And when Hezekiah heard these words he wept very bitterly, and rent his garments,

11 and placed earth upon his head, and fell on his face. And Isaiah said unto him: 'The counsel of

12 Sammael against Manasseh is consummated: nought shall avail thee.' And on that day Hezekiah

13 resolved in his heart to slay Manasseh his son. And Isaiah said to Hezekiah: ['The Beloved hath made of none effect thy design, and] the purpose of thy heart shall not be accomplished, for with this calling have I been called [and I shall inherit the heritage of the Beloved].'

[Chapter 2]

1 And it came to pass after that Hezekiah died and Manasseh became king, that he did not remember the commands of Hezekiah his father but forgat them, and Sammael abode in Manasseh

2 and clung fast to him. And Manasseh forsook the service of the God of his father, and he served

3 Satan and his angels and his powers. And he turned aside the house of his father which had been

4 before the face of Hezekiah the words of wisdom and from the service of God. And Manasseh turned aside his heart to serve Beliar; for the angel of lawlessness, who is the ruler of this world, is Beliar, whose name is Matanbuchus. And he delighted in Jerusalem because of Manasseh, and he made him strong in apostatizing (Israel) and in the lawlessness which was spread abroad in Jerusalem

5 And witchcraft and magic increased and divination and augulation, and fornication, [and adultery], and the persecution of the righteous by Manasseh and [Belachira, and] Tobia the Canaanite, and John

6 of Anathoth, and by (Zadok> the chief of the works. And the rest of the acts, behold they are written

7 in the book of the Kings of Judah and Israel. And when Isaiah the soll of Amoz saw the lawlessness which was being perpetratcd in Jerusalem and the worship of Satan and his wantonness, he

8 withdrew from Jerusalem and settled in Bethlehem of Judah. And there also there was much

9 lawlessness, and withdrawing from Bethlehem he settled on a mountain in a desert place. [And Micaiah the prophet, and the aged Ananias, and Joel and Habakkuk, and his son Josab, and many of the faithful who believed in the ascension into heaven, withdrew and settled on the mountain.]

10 They were all clothed with garments of hair, and they were all prophets. And they had nothing with them but were naked, and they all lamented with a great lamentation because of the going

11 astray of Israel. And these eat nothing save wild herbs which they gathered on the mountains, and having cooked them, they lived thereon together with Isaiah the prophet. And they spent two years of

12 days on the mountains and hills. [And after this, whilst they were in thc desert, there was a certain man in Samaria named Belchlra, of the family of Zedekiah, the son of Chenaan, a false prophet whose dwelling was in Bethlehem. Now Hezekiah the son of Chanani, who was the brother of his father, and in the days of Ahab king of Israel had been the teacher of the 400 prophets of Baal,

13 had himself smitten and reproved Micaiah the son of Amada the prophet. And he, Micaiah, had been reproved by Ahab and cast into prison. (And he was) with Zedekiah the prophet: they were

14 with Ahaziah the son of Ahab, king in Samaria. And Elijah the prophet of Tebon of Gilead was reproving Ahaziah and Samaria, and prophesied regarding Ahaziah that he should die on his bed of sickness, and that Samaria should be delivered into the hand of Leba Nasr because he had slain

15 the prophets of God. And when the false prophets, who were with Ahaziah the son of Ahab and

16 their teacher Gemarias of Mount Joel had heard -now he was brother of Zedekiah -when they had heard, they persuaded Ahaziah the king of Aguaron and slew Micaiah.

[Chapter 3]

1 And Belchlra recognized and saw the place of Isaiah and the prophets who were with him; for he dwelt in the region of Bethlehem, and was an adherent of Manasseh. And he prophesied falsely in Jerusalem, and many belonging to Jerusalem were confederate with him, and he was a Samaritan.

2 And it came to pass when Alagar Zagar, king of Assyria, had come and captured Samaria and taken the nine (and a half) tribes captive, and led them away to the mountains of the Medes and the

3 rivers of Tazon; this (Belchira) while still a youth, had escaped and come to Jerusalem in the days of Hezekiah king of Judah, but he walked not in the ways of his father of Samaria; for he feared

4 Hezekiah. And he was found in the days of Hezekiah speaking words of lawlessness in Jerusalem.

5 And the servants of Hezekiah accused him, and he made his escape to the region of Bethlehem.

6 And they persuaded . . . And Belchlra accused Isaiah and the prophets who were with him, saying: 'Isaiah and those who are with him prophesy against Jerusalem and against the cities of Judah that they shall be laid waste and (against the children of Judah and) Benjamin also that they shall go into captivity, and also against thee, O lord the king, that thou shalt go (bound) with hooks

8 and iron chains': But they prophesy falsely against Israel and Judah. And Isaiah himself hath

9 said: 'I see more than Moses the prophet.' But Moses said: 'No man can see God and live':

10 and Isaiah hath said: 'I have seen God and behold I live.' Know, therefore, O king, that he is lying. And Jerusalem also he hath called Sodom, and the princes of Judah and Jerusalem he hath declared to be the people of Gomorrah. And he brought many accusations against Isaiah and the

11 prophets before Manasseh. But Beliar dwelt in the heart of Manasseh and in the heart of the

12 princes of Judah and Benjamin and of the eunuchs and of the councillors of the king. And the words of Belchira pleased him [exceedingly], and he sent and seized Isaiah.

[Chapter 5]

1b, 2 And he sawed him asunder with a wood-saw. And when Isaiah was being sawn in sunder Balchlra stood up, accusing him, and all the false prophets stood up, laughing and rejoicing because

3 of Isaiah. And Balchlra, with the aid of Mechembechus, stood up before Isaiah, [laughing]

4 deriding; And Belchlra said to Isaiah: 'Say: "I have lied in all that I have spoken, and likewise

5 the ways of Manasseh are good and right. And the ways also of Balchlra and of his associates are

6, 7 good."' And this he said to him when he began to be sawn in sunder. But Isaiah was (absorbed)

8 in a vision of the Lord, and though his eyes were open, he saw them . And Balchlra spake thus to Isaiah: 'Say what I say unto thee and I will turn their heart, and I will compel Manasseh

9 and the princes of Judah and the people and all Jerusalem to reverence thee.' And Isaiah answered and said: 'So far as I have utterance (I say): Damned and accursed be thou and all thy powers and

10, 11 all thy house. For thou canst not take (from me) aught save the skin of my body.' And they

12 seized and sawed in sunder Isaiah, the son of Amoz, with a wood-saw. And Manasseh and

13 Balchlra and the false prophets and the princes and the people [and] all stood looking on. And to the prophets who were with him he said before he had been sawn in sunder: 'Go ye to the region

14 of Tyre and Sidon; for for me only hath God mingled the cup.' And when Isaiah was being sawn in sunder, he neither cried aloud nor wept, but his lips spake with the Holy Spirit until he was sawn in twain.

From The Apocrypha and Pseudepigrapha of the Old Testament : THE APOCRYPHA AND PSEUDEPIGRAPHA OF THE OLD TESTAMENT IN ENGLISH WITH INTRODUCTIONS AND CRITICAL AND EXPLANATORY NOTES TO THE SERVERAL BOOKS EDITED IN CONJUNCTION WITH MANY SCHOLARS BY R. H. CHARLES, D. LITT., D. D. FELLOW OF MERTON COLLEGE, OXFORD FELLOW OF THE BRITISH ACADEMY originally published by Clarendon Press, Oxford, 1913 Scanned and Edited by Joshua Williams, Northwest Nazarene College, 1995. Reformatted by Nelson Chin, 1999

SOURCE : http://www.ccel.org/c/charles/otpseudepig/martisah.htm

Isaia (profeta) ; Libro di Isaia

Scuola romana, Profeta Isaia, 1595-1610 ca, San Vitale (Rome) - Interior


Sant' Isaia Profeta

9 maggio

770 a.C. circa - 681 a.C. circa

Discendente della casa reale di Davide, Sant’Isaia è il maggiore dei cosiddetti “Grandi Profeti” di Israele. Vissuto circa ottocento anni prima di Gesù, la tradizione vuole che abbia avuto vita lunghissima e che, alla fine, sia morto da martire.

Etimologia: Isaia = Jahvè è il mio aiuto, dall'ebraico.

Martirologio Romano: Commemorazione di sant’Isaia, profeta, che, nei giorni di Ozia, Iotam, Acaz ed Ezechia, re di Giuda, fu mandato a rivelare al popolo infedele e peccatore la fedeltà e la salvezza del Signore a compimento della promessa fatta da Dio a Davide. Presso i Giudei si tramanda che sia morto martire sotto il re Manasse.

 Di questo santo Profeta lo Spirito Santo nell’Ecclesiastico ha fatto scrivere: “Isaia fu un grande profeta e fedele agli occhi del Signore. Il sole tornò indietro nei di lui giorni e molti altri egli aggiunse alla vita del re. Vide il fine dei tempi per un gran dono di Spirito, e consolò quelli che piangevano Gerusalemme”. 

Isaia, figlio di Amos e parente del re Manasse, discendeva dalla casa reale di Davide. Visse circa ottocento anni prima di Cristo. 

La missione di profeta gli fu conferita in modo solenne in una visione: vide il Signore seduto sopra un gran trono nel tempio, circondato da cherubini. Uno di questi spiriti si mosse prese dall’altare un carbone acceso, e venuto a Isaia gli toccò la bocca con il carbone dicendo: “Ecco che questo ha toccato le tue labbra, e sarà tolta la tua iniquità e sarà lavato il tuo peccato”. Poi il Signore parlò direttamente a Isaia invitandolo a predicare al suo popolo. 

Il Profeta predicò la parola di Dio sotto i re Ozia, Giatan, Acaz, Ezechia, Manasse e la sua missione durò circa un secolo. Al re Manasse, empio e crudele, caduto nell'idolatria, il Signore mandò Isaia per richiamarlo al culto dell’unico vero Dio, al pentimento dei suoi peccati. 

Il Profeta non fu ascoltato; anzi il sovrano adirato lo condannò a morte. Fu preso e segato in due con una sega di legno, e soffrendo questo tremendo supplizio passò al Signore. Il re Manasse subì il castigo che gli era stato predetto, e Isaia aggiungeva alla gloria di profeta quella di martire. 

Isaia fu il maggiore dei Profeti. S. Girolamo lo riguarda non solo come profeta, ma anche come evangelista e apostolo. Le sue profezie sono di una tale chiarezza che sembrano una storia del passato piuttosto che una predizione. 

Gli scritti di Isaia narrano principalmente le minacce di Dio al popolo di Israele e ai popoli vicini per i loro peccati, ma il profeta nel descrivere i giusti giudizi di Dio allude molto spesso alla venuta del Liberatore e descrivendo la sua nascita, le sue opere e specialmente la sua passione, eccita negli animi l’amore e la confidenza in Lui.

Autore: Antonio Galuzzi

Isaia (profeta) ; Libro di Isaia

Antonio Balestra (1666–1740), Profeta IsaiaCastelvecchio MuseumBridgeman Art Library


Sant’Isaia nasce in una nobile tribù d’Israele nel 770 a. C. circa, mandato da Dio per rivelare al popolo infedele e peccatore la fedeltà e la salvezza del Signore a compimento della promessa fatta da Dio a Davide. Vissuto, secondo la tradizione, per oltre un secolo, le sue profezie coprono circa cinquant’anni della storia di Gerusalemme.

La chiamata di Dio arriva in sogno

Le vie del Signore sono infinite, così come i modi in cui Lui ci chiama a servirlo: nel caso di Sant’Isaia, Dio viene in sogno ad affidargli la sua missione. Il futuro profeta vede il Signore seduto su un grande trono nel Tempio, circondato da cherubini, uno dei quali prende dall’altare un carbone ardente e con questo tocca la bocca di Isaia, “lavandola” così dal peccato. Ora Dio stesso prende la parola e invita Isaia a predicare la verità al popolo eletto.

Il dono della profezia

Le profezie di Isaia iniziano nel 740 a.C. circa, sotto il regno di Ozia: il profeta vede la caduta di Israele in un periodo storico che coincide con l’avanzata dell’impero assiro verso ovest. Queste visioni vanno avanti per circa 44 anni, e cioè durante i regni di Giatan, Acaz, Ezechia e, infine, Manasse. Quando Ezechia, ad esempio, si allea con gli Egiziani contro il potere crescente degli Assiri, Isaia è contrario e profetizza la distruzione del regno, esortando gli uomini a non cercare alleanze tra loro, ma a rivolgersi soltanto a Dio. Sono esemplari la bellezza e la chiarezza delle sue parole, tanto che più che, predizioni di eventi futuri, le sue sembrano narrazioni di storie passate. Il suo libro di profezie è diviso in 66 capitoli in cui parla anche della venuta del Liberatore descrivendone la nascita e le opere, fino alla Passione e alla morte.

La morte da martire

Quando il regno di Giuda passa nelle mani di Manasse, Isaia si preoccupa: il nuovo re, infatti, è empio e crudele, perché caduto nell’idolatria. Il Signore, allora, manda il profeta a richiamarlo al culto dell’unico vero Dio e al pentimento dei propri peccati. Siamo nel 681 a. C. Manasse, però, non ascolta Isaia e lo condanna a una morte atroce: per questo il Santo profeta è da più parti venerato anche come un martire.

Fonte : Vatican News

SOURCE : http://www.santiebeati.it/dettaglio/60950

Isaia (profeta) ; Libro di Isaia

Nicolò Barabino (1832–1891), Profeta Isaia, studio per affresco nella chiesa di s.m. dell'assunta a genova sestri, Galleria d'arte moderna of Genoa  


ISAIA

di Giuseppe RICCIOTTI - Alfredo VITTI

Enciclopedia Italiana (1933)

Profeta d'Israele, a cui è attribuito il libro dello stesso nome che occupa il primo posto nell'odierno canone ebraico della Bibbia fra i cosiddetti Profeti posteriori (i 4 posteriori degli 8 libri profetici; v. Bibbia, VI, p. 882).

La persona d'Isaia. - Isaia (ebr. Yĕša ‛yàh, forma abbreviata di Yĕša ‛yàhū "salvezza di Jahvè", sinonimo quindi di "Gesù") era figlio di Amoṣ (//ebraico//), che erroneamente fu da qualche Padre identificato col profeta Amos (//ebraico//). Nativo probabilmente di Gerusalemme, quasi di sicuro apparteneva a famiglia aristocratica e facoltosa; fu marito di una sola donna, da cui ebbe almeno due figli, ai quali impose nomi che alludevano alle sue vedute profetiche (cfr. Isaia, I,1; II,1; VII, 3; VIII, 2, 18, ecc.). La sua vocazione al ministero profetico avvenne "l'anno in cui morì il re Ozia" (VI,1), cioè verso il 740 a. C., quando il profeta era certamente in età ancor molto giovane: onde si può supporre che fosse nato circa 25 anni prima, verso il 765 a. C. Assai lungo fu il suo ministero, essendo durato almeno fino all'invasione della Giudea fatta: i dal re assiro Sennacherib nel 701 a. C., quindi per oltre 40 anni, mentre sedettero sul trono di Giuda i re Ozia (Azaria), Ioatan, Acaz ed Ezechia.

In questo periodo avvennero fatti importanti nella storia d'Israele. Le condizioni interne del regno meridionale, o di Giuda, erano floride all'inizio della carriera d'I.; Ozia aveva reso tributarie alcune popolazioni circostanti al suo territorio (II [IV] Re, XIV, 22; II Cron., XXVI, 2-9); Ioatan, durante il suo tranquillo regno, aumentò il benessere materiale (II [IV] Re, XV, 32 segg.; II Cron., XXVII), ma insieme con esso dovette accrescersi anche quella corruzione morale contro cui I. inveisce; Acaz (v.), favorevole all'idolatria, vide tempi fortunosi, e per difendersi dai re di Siria e d'Israele, che uniti in lega avevano invaso il suo regno chiamò in aiuto il re assiro Tiglat-pileser III, iniziando così un vassallaggio diretto verso la potente Assiria (II [IV] Re, XVI, 5 segg.); finalmente Ezechia (v.), favorevole al jahvismo, procurò di riformare la vita religiosa e civile secondo i principî di questo e i consigli d' I., verso cui fu ossequiosissimo.

Al di fuori, attorno al regno di Giuda, si svolgevano frattanto avvenimenti di decisiva importanza. Tiglat-pileser III, chiamato in soccorso da Acaz (circa 734), viene subito e conquista poco dopo Damasco, capitale della Siria. Dieci anni dopo, l'assiro Salmanassar IV invade il regno d'Israele e mette l'assedio alla capitale Samaria, che nel 722 cade in mano di Sargon successore di Salmanassar: il regno è distrutto, e la popolazione trasportata in Assiria. Nel 720 Sargon sconfigge gli Egiziani a Raphia; nel 711 per mezzo del suo luogotenente conquista la città filistea di Asdod; nel 710 debella Merodach-baladan sovrano di Babilonia, e ne assoggetta la città. Nel 705 a Sargon succede Sennacherib, e di lì a poco il regno di Giuda stringe alleanza con l'Egitto per sottrarsi alla pressione sempre più grave dell'Assiria; ma Sennacherib nel 701 intraprende una campagna in Palestina per sventare la lega: sottomesso il litorale, arriva fino al sud di Giuda ove batte Egiziani ed Etiopi ad Altaqu (Elteqeh), conquista Accaron e mette l'assedio a Gerusalemme; ma un violentissimo contagio diffusosi nell'esercito l'obbliga a ritirarsi.

Della fine d'I. non sappiamo nulla, quindi neppure se egli sopravvivesse al re Ezechia fino almeno ai primi tempi del re Manasse. La famosa avversione di quest'ultimo re al iahvismo ha forse provocato la notizia tardiva, accolta nel Talmūd (Yebhamnoth, 49 b; Sanhedr., 103 b), che I. fosse martirizzato da Manasse: notizia, del resto, non inverosimile. Essa poi, come di solito avviene in simili vaghe tradizioni, si precisa in seguito anche più, cosicché l'apocrifa Ascensione d'Isaia (vedi appresso) è in grado di raccontare che il martirio d'I. consistette nell'esser segato in mezzo; il che, non solo è ripetuto da Giustino (Dial. cum Tryph., 120) a metà del sec. II, e dall'Appocalisse di Paolo alla fine del sec. IV, ma sembra essere già accennato in Ebrei, XI, 37.

Il Libro d'Isaia. - Contenuto. - Il libro che porta il nome di Isaia è di LXVI capitoli, e si divide spontaneamente in due grandi sezioni, di cui la prima comprende i capitoli I-XXXV, e la seconda i capitoli XL-LXVI; la breve parte intermedia, costituita dai capitoli XXXVI-XXXIX, è una narrazione storica. Le due grandi sezioni si suddividono in varî raggruppamenti, secondo cui più o meno naturalmente si riuniscono i vari scritti che le compongono.

Il c. I, che porta un titolo attribuente lo scritto a I., si può considerare come un'introduzione generica, dipingendo la corruzione del popolo e la necessità di tornare a Jahvè abbandonato. Il tratto II-V, che comincia con un nuovo analogo titolo, è formato di varî oracoli, il cui argomento è il giudizio divino contro l'ingratitudine del popolo e specialmente l'impudicizia delle donne; termina con la celebre parabola della vigna, e una serie di minacce (Guai!) contro i varî delitti. Il c. VI racconta la vocazione d'I. al ministero profetico; il c. VII il suo incontro col re Acaz (al tempo della sua guerra contro Siria-Israele) e contiene la celebre profezia sull'Emmanuele; il tratto VIII-XII intreccia carmi minatorî contro il popolo corrotto con altri di speranza messianica. Il tratto XIII-XXIII contiene gli "oracoli" contro le nazioni pagane, che sono per ordine: Babilonia, Assiria, Filistea, Moab, Damasco e Samaria, Assiria (? XVII, 12-14), Etiopia, Egitto, di nuovo Egitto ed Etiopia (XX) sotto forma prosaica e narrativa in occasione della presa di Asdod (v. sopra), Babilonia (Deserto del mare), Edom (Duma), Arabia (La steppa), Gerusalemme (Valle della Visione), Shebna, uno straniero cfr. XXII, 16) divenuto prefetto del palazzo reale, e Tiro. Il tratto XXIV-XXVII è uno scritto di tipo apocalittico, che descrive il giudizio divino sul mondo intero ai tempi messianici. Segue il tratto XXVIII-XXXIII, contenente varî oracoli di riprovazione contro Samaria e Gerusalemme per la loro alleanza fatta con l'Egitto (circa 702; v. sopra) e per le loro speranze riposte in esso; vi s'intrecciano oracoli contro l'Assiria, e altri di argomento messianico. Il trionfo d'Israele su Edom è descritto in XXXIV-XXXV.

La parte storica intermedia, XXXVI-XXXIX, che si ritrova più o meno alla lettera in II (IV) Re, XVIII, 13-XX, 19 (cfr. II Cron., XXXII), narra l'invasione e catastrofe di Sennacherib, la malattia di Ezechia di cui riporta anche il salmo (mancante nei Re), e l'ambasceria di Merodachbaladan allo stesso Ezechia per un'alleanza contro l'Assiria.

La seconda grande sezione del Libro d'Isaia (XL-LXVI) è totalmente diversa dalla prima, sia per tono, sia per argomento. Mentre la prima è prevalentemente ammonitrice e di minaccia, la seconda è quasi totalmente di consolazione e di trionfo; e soprattutto, mentre la prima, nella massima parte degli scritti di cui si compone, riguarda fatti contemporanei a I., la seconda si riferisce ad avvenimenti posteriori alla sua morte di più che un secolo. L'Assiria, infatti, è scomparsa in questa seconda sezione, e ha preso il suo posto l'impero di Babilonia; ma anche questo impero è vacillante e prossimo a crollare, giacché da Oriente s'avanza un dominatore vittorioso davanti a cui crolla ogni impero (XLI, 2). Perciò il popolo israelita, ch'è qui descritto in esilio in Babilonia, sarà liberato al cadere di questa metropoli, tornerà in patria a riprendere la sua vita nazionale, e Gerusalemme sarà ricostruita. Il dominatore vittorioso è Ciro il Grande, chiamato col suo stesso nome in XLIV, 28 e XLV, 1, il quale, debellato prima Astiage il Medo, quindi Creso di Lidia, e conquistata per mezzo dei suoi luogotenenti l'Asia Minore e personalmente l'immensa regione a oriente fino all'Indo, attaccò alla fine il colosso di Babilonia abbattendolo nel 539 a. C. Questo è lo sfondo cronologico predominante nella seconda sezione. Essa comincia con un giubilante invito di ritorno in patria a Israele esiliato (XLI, 1 segg.); ma questo ritorno è opera di Jahvè, davanti a cui la gloria umana e specialmente gl'idoli sono un nulla (XLI, 6 segg.). Il tratto XLII-LV torna su questo tema, di Ciro strumento della potenza di Jahvè nella liberazione d'Israele, intrecciandolo con radiose prospettive del ritorno in patria, come pure con prospettive messianiche e confronti fra la potenza di Jahvè e l'inania degl'idoli. Degni di particolare attenzione sono i cosiddetti carmi del "Servo di Jahvè", che si trovano lungo questo tratto e sono dai critici delimitati più comunemente in questi passi: XLII, 1-4; XLIX,1-6; L, 4-9; LII, 13-LIII, 12. Argomento comune a questi quattro carmi è un personaggio innominato, designato solo col termine di "Servo di Jahvè", e presentato come liberatore d'Israele, prediletto di Dio dapprima umiliato, quindi glorificato, che soffre e muore per espiare i delitti altrui. L'ultimo tratto, LVI-LXVI, che si può suddividere in altri due, LVI-LX e LXI-LXVI, si riferisce ai tempi susseguenti al ritorno in patria dall'esilio babilonese. In esso Gerusalemme è presentata come già ricostruita, il tempio come già riedificato, e i rimpatriati come stabilmente riorganizzati sotto il governo teocratico; ma insieme vi si deplorano gli abusi e scandali che avvengono specialmente fra le classi dirigenti, in contrapposto ai quali si prospetta a più riprese la visione della Gerusalemme e del regno messianici.

Storia della critica. - Il titolo attribuente il libro al profeta I., che si trova sia a principio di esso sia avanti ad altri singoli tratti, sembrò fino al declinare del sec. XVIII una garanzia sufficiente per attribuire al profeta l'intero Libro, tanto più che esso non faceva che confermare la comune tradizione che assegnò fino a quell'epoca il Libro al figlio di Amos.

Ma con i primi albori della critica biblica cominciarono le negazioni. Astraendo da alcuni dubbî affacciati fugacemente da altri, il primo che intavolò formalmente la questione fu J. Ch. Döderlein (1775); egli, osservando che la seconda sezione di Isaia (XL-LXVI) presuppone lo sfondo cronologico dell'esilio babilonese e di avvenimenti posteriori, invece di ritenere tale sezione scritta profeticamente, come si era ritenuta fino allora, la giudicò scritta storicamente da un autore anonimo, o forse anche omonimo d'I., verso la fine dell'esilio.

La soluzione del Döderlein, nonostante qualche opposizione, rimase dominatrice quasi assoluta fino agli ultimi decennî del secolo XIX; solo che, trascurata ben presto la mera congettura dell'omonimia, si designò convenzionalmente l'anonimo scrittore col nome di Deutero-Isaia (secondo Isaia), come colui i cui scritti formavano la seconda sezione del libro di tal nome.

Ma, abbandonate una volta le posizioni tradizionali e applicandosi sempre più allo studio della Bibbia il principio della critica letteraria interna, si trovò che l'attribuzione di tutta la prima sezione di Isaia al figlio di Amos, e di tutta la seconda al Deutero-Isaia, non corrispondeva a un metodico esame concettuale, filologico e cronologico dei varî scritti che le formano; si passò quindi a ulteriori attribuzioni, sezionando il Libro alla ricerca dei varî autori. I tentativi a tale scopo furono moltissimi e sempre più particolareggiati; sarebbe anzi cosa forse impossibile, e certamente oggi inutile, riportarli qui anche sommariamente. Daremo in seguito come saggio i risultati ottenuti da un critico dei più rappresentativi in questo campo. Esporremo invece le ragioni su cui più generalmente convengono i critici per procedere al sezionamento del Libro secondo i suoi presunti autori, delineando insieme il processo storico attraverso cui si sarebbe formato l'odierno Isaia.

Questo libro non è un tutto organico; "a somiglianza dei libri dei Salmi e dei Proverbî esso è un'antologia" (Davidson), sorta in varî stadî per l'apporto di composizioni di autori varî, di epoche differenti e rimasti anonimi, attorno a un nucleo autentico isaiano, che finì per estendere il suo nome a tutta l'antologia. Questa antologia, o collezione, anche dopo che era entrata nel canone (v.; bibbia), non occupò sempre lo stesso posto che vi occupa oggi (v. al principio), ma fu spostata più d'una volta, probabilmente in relazione con le vicende interne ed esterne ch'essa subiva. Ché se il Siracida nel tessere l'elogio dei Padri, giunto ai Profeti posteriori nomina per primo I. (Ecclesiastico, XLVIII, 22 [Volg., 25] segg.), facendolo seguire per ordine da Geremia, Ezechiele e dai 12 Profeti minori, ciò mostra che già ai suoi tempi il libro omonimo occupava nel canone lo stesso posto di oggi. Ma, accanto alla tradizione del Siracida, rimasero altre divergenti: quella dei Settanta, che premettono la collezione dei 12 Profeti minori a Isaia, e quella del Talmūd (Baba Bathra, 14 b, 15 a) che mette Isaia dopo Ezechiele facendolo poi seguire dai I2: questo accoppiamento d'Isaia con i 12 mostra che si aveva una vaga coscienza dell'indole composita ch'era comune ai due Libri. Ma prima ancora del Siracida v'è un altro documento che testimonia uno stadio anteriore di Isaia. È il Cronista (v. cronache), che parlando della libertà concessa da Ciro agl'Israeliti esuli in Babilonia, dice che tale avvenimento era stato preannunciato da Geremia (II Cron., XXXVI, 22-23; cfr. Esdra, I, 1-3). Questo rimando del Cronista a Geremia non è da interpretarsi - sempre secondo i critici - come un'allusione a Geremia, XXV, 12-13; XXlX, 10, quale era intesa prima comunemente, bensì come una prova che ai tempi del Cronista l'intera seconda sezione di Isaia, la quale parla espressamente di Ciro liberatore degli esuli, ancora non era unita alla prima sezione dello stesso Libro, ma seguiva come appendice al Libro di Geremia. Alcuni studiosi poi trovano una conferma di tale interpretazione nel rimando di II Cron., XXXII, 32, in cui il Cronista dice che la storia del re Ezechia è nella "Visione di Isaia figlio di Amoṣ, nel Libro dei Re di Giuda e d'Israele"; ciò dimostrerebbe che la parte intermedia di Isaia (XXXVI-XXXIX), ove quella storia è narrata, era riconosciuta dal Cronista come proveniente in origine dal Libro dei Re citato, e quindi solo artificiosamente unita agli scritti del profeta.

Né si potrebbe dire che questo processo di accrescimento del Libro fosse il risultato di una progressiva falsificazione; fu invece la conseguenza dei criterî e costumi che gli Ebrei antichi avevano riguardo ai documenti letterarî: ed ecco come si suole delineare questo processo. L'attività letteraria d'I. fu orale e trafica, con leggiera prevalenza della prima: a lui premeva soprattutto che i suoi occasionali vaticinî venissero a contatto diretto ed efficace col popolo, e ciò egli otteneva specialmente con la declamazione pubblica delle sue composizioni, quantunque in particolari circostanze per ottenere meglio il suo scopo ricorresse certo anche alla diffusione grafica (cfr. Isaia, VIII, 1, 16; XXX, 8). La duplice trasmissione, quella mnemonica (diffusissima presso i Semiti) e quella grafica, continuò per molto tempo, fino a che la prima fu sostituita più o meno integralmente dalla seconda; si ebbe allora un certo numero di tavolette d'argilla seccata o di rotoletti di cuoio o di papiro (ch'era il materiale su cui allora si scriveva) contenenti le composizioni d'I., e circolanti liberamente fra il popolo. Frattanto non dovettero mancare raccolte parziali delle composizioni isolate, e se ne hanno tracce nei varî raggruppamenti dell'odierno Isaia, recanti talvolta titoli particolari (a es., I, 1; II, 1; XIII, 1); in seguito, invece, specialmente dopo l'esilio, allorché si raccolsero con cura gli avanzi letterarî del naufragio nazionale (cfr. II Maccabei, II, 13), se ne curarono raccolte maggiori, che finirono più tardi per formare sostanzialmente quella più ampia collezione che è la prima sezione di Isaia (I-XXXV). Ma, durante questo periodo di trasmissione, nelle raccolte parziali si erano insinuati, oltre alle solite glosse e varie alterazioni reperibili più o meno in tutti gli altri scritti biblici, anche altre composizioni di provenienza non isaiana; doveva trattarsi per lo più di scritti anonimi che circolavano egualmente fra il popolo, come gli scritti d'I., e che qualche volta erano stati composti a ispirazione degli scritti di lui o su qualche argomento affine. Perciò anche questi brevi scritti furono incorporati nelle varie raccolte di quelli isaiani, dei quali sembravano essere quasi un complemento o commento. E a tale grande collezione fu dato, naturalmente, il titolo di [Libro di] Isaia, dal nome del principale autore, come a tutta la collezione dei Salmi fu dato il nome di "David" e a quella dei Proverbî quello di "Salomone". E anche materialmente parlando, questa incorporazione di elementi estranei era in qualche modo inevitabile; giacché le varie raccolte parziali dovevano consistere, a un dipresso, in cesti o cofani contenenti le varie tavolette d'argilla o i rotoletti coriacei o papiracei che recavano scritte le varie composizioni del profeta: ora, il possessore privato di uno di tali recipienti poteva benissimo deporvi una o più tavolette o rotoli di altro autore, che egli per qualsiasi motivo (oltre a quelli già visti, di somiglianza di stile, affinità d'argomento, ecc.) credeva opportuno conservare là dentro. Quando recipienti così riempiti, cioè raccolte isaiane accresciute d'elementi estranei, passarono ad altro proprietario, costui non dubitò punto che il nome di "Isaia", che forse era anche scritto fuori del recipiente, si riferisse a ogni singola tavoletta o rotolo ivi contenuto. E appunto siffatte raccolte private - che dal tempo e dall'uso erano state variamente lesionate, alterate, e accresciute - furono quelle che confluirono a formare la grande collezione di Isaia (I-XXXV); esse stesse, inoltre, allorché più tardi all'epoca alessandrina si diffuse largamente anche in Palestina l'uso della pergamena per trascrivere antiche composizioni, servirono da archetipo alle prime trascrizioni pergamenacee, le quali perciò incorporarono definitivamente tutto il contenuto degli antichi cesti o cofani scritturali. - Ma un corpus isaiano così costituito, e trascritto affinché circolasse per la lettura anche privata, dovette sembrare troppo magro di notizie storiche circa il suo principale autore, perché se ne potesse valutare degnamente il contenuto. Ed ecco che un redattore o raccoglitore aggiunse, da precedenti documenti, quanto si sapeva circa la persona dell'autore, quanto cioè potesse servire da opportuna introduzione o cornice storica al corpus stesso; l'aggiunta fu fatta, ed è costituita dal tratto storico intermedio, XXXVI-XXXIX. Dalla già vista allegazione di Cron., XXXII, 32, i critici argomentano che tale aggiunta era già stata fatta al corpus isaiano prima che scrivesse il Cronista.

Nel tempo stesso che si andava formando la grande collezione di Isaia, se ne formavano anche altre; a es., quella dei 12 Profeti minori, ciascuno dei quali è provvisto in principio del suo titolo: quella dei Salmi, alcuni dei quali sono provvisti e altri sprovvisti del titolo: quella dei Proverbî, ecc. Allora dovette pure formarsi - pensano ancora i critici - l'altra collezione, rimasta affatto sprovvista di titolo, che corrisponde alla seconda sezione dell'odierno Isaia, XL-LXVI. Anche questa sezione solo dalla minor parte dei critici è ritenuta opera sostanzialmente di un solo autore; la maggior parte di essi la ritiene sorta dall'apporto di tre autori: il Deutero-Isaia già visto; ai cui scritti furono aggiunti i carmi del "Servo di Jahvè" di sconosciuto autore; e un terzo autore, convenzionalmente designato col termine di Trito-Isaia (terzo Isaia). È inutile delineare il processo di formazione di quest'altra collezione, perché dovette essere analogo e subire vicende somiglianti a quelle della collezione precedente, fino a che anche questa prese forma presso che stabile. Raggiunta tale forma, questa grande collezione anonima (XL-LXVI) dovette cambiare più d'una volta posto di collocamento nella serie dei libri sacri che formavano il canone (v. sopra), e che corrispondeva probabilmente alla serie secondo cui le varie collezioni venivano man mano ordinate negli archivî del Tempio di Gerusalemme; i critici ne vedono una prova nel già accennato passo di II Cron., XXXVI, 22-23, ove il rimando a Geremia mostrerebbe che ai tempi del Cronista la collezione anonima era materialmente unita agli scritti di quel profeta (non di Isaia). E anche questa collezione, trascritta oramai in per, amena, continuò a circolare per lettura privata, come il corpus isaiano, esposto come quello a subire, con le solite alterazioni di trasmissione, anche eventuali aggiunte.

Ma nel tempo intercorso fra il Cronista e il Siracida (inizî del sec. II a. C.) la collezione anonima cambiò posto e fu unita definitivamente al corpus isaiano, di cui sembrava quasi la continuazione concettuale e il complemento. Troviamo infatti che il Siracida (Ecclesiastico, XLVIII, 24-25 [Volg., 27-28]) presenta Isaia come consolatore degli esiliati in Babilonia; il che significa che ai suoi tempi circolava un Isaia a cui era stata unita la seconda sezione (XL-LXVI) durante l'intervallo suddetto. Avremmo dunque a questo punto un Isaia corrispondente sommariamente alle tre parti, le due grandi sezioni e la parte intermedia storica, dell'odierno Isaia.

Ma quanto della seconda sezione era unito al corpus isaiano ai tempi del Siracida? Dalle parole di costui non risulta. Quindi i critici richiedono ancora un periodo per il processo di formazione dell'odierno Isaia, che fu quello della restaurazione maccabaica. Nella persecuzione di Antioco Epifane il Tempio era stato profanato e i suoi archivî dispersi o distrutti, e anche le copie delle Scritture che circolavano privatamente venivano distrutte e i loro possessori uccisi (I Maccab., I, 59-60); quindi la reazione maccabaica, restaurando il culto ebraico, non poteva certo disinteressarsi di quel suo principale argomento che erano le Scritture. Troviamo infatti che, a somiglianza di ciò che fece Neemia dopo l'esilio di Babilonia, anche Giuda Maccabeo, dopo le sue vittorie su Antioco, raccolse le copie di Scritture scampate alla distruzione grazie alla gelosa custodia in cui le avevano serbate pii possessori privati (II Maccab., II, 13-14). Quest'opera raccoglitrice e restauratrice, continuata anche sotto gli altri Asmonei, portò a una nuova edizione di Isaia, le cui parti rimasero sostanzialmente le stesse, ma recando in sé altre aggiunte dettate dall'opportunità dei tempi. Piccole note di redattori ultimarono qua e là il Libro, che rimase d'ora innanzi cristallizzato, salvo a cambiare di posto nella serie dei libri del canone, secondo le divergenti tradizioni riportate sopra.

Accettata questa delineazione generica del processo storico da cui risultò l'odierno Isaia, per rintracciarne i singoli autori agli studiosi non rimasero che gli argomenti di critica interna, filologici e storico-religiosi; i quali poi, applicati assai spesso con criterî affatto soggettivi e qilindi diversi da studioso a studioso, portarono ai più diversi risultati. Ma fin verso lo scorcio del sec. XIX i critici più illustri, quali W. Gesenius, Ewald, Knobel, È. Reuss, Kuenen, Cheyne (della prima maniera), R. Smith, Dillmann e altri, convenivano nell'esigere per la seconda sezione un post-esilico Deutero-Isaia: alla quale opinione recò il contributo della sua alta autorità anche Franz Delitzsch (1880), che prima aveva difeso l'unità di autore dell'intero Libro. Solo alcuni pochi vedevano nella seconda sezione qualche tratto autentico isaiano ivi incorporato; mentre, invece, parecchi altri trovavano nella prima sezione (isaiana) non pochi scritti post-esilici infiltratisi in essa, quali specialmente XIIIXIV, 23; XXI,1-10; XXXIV-XXXV, e forse anche XXIV-XXVII; XII e qualche altro minore.

Sennonché, dopo il 1890, queste generiche posizioni non furono più mantenute e si procedette molto più in là per opera specialmente di B. Duhm (commento, 1ª ed., 1892), di T. K. Cheyne (della seconda maniera) e K. Marti. I risultati furono: un'ulteriore notevole riduzione del nucleo autentico isaiana nella stessa prima sezione; l'ipotesi di un autore particolare per i carmi del "Servo di Jahvè", e del Trito-Isaia (oltre al Deutero-Isaia); l'aumento del numero di composizioni ritenute tardive (alessandrine e maccabaiche) che si trovano sparse nella prima e nella seconda sezione.

Per le ragioni dette sopra, ci limitiamo a riportare i risultati ottenuti dal Duhm (commento, 3ª ed., 1914), secondo cui il Libro va scomposto come segue. Appartengono a Isaia stesso per ordine cronologico: prima della guerra contro Siria-Israele, II, 11-17 (V, 15-16); II, 6-10, 18 (19-21); I, 21-26; XXXII, 9-14; III,1-9, 12, 16-17, 24; IV,1; V,1-7; III, 13-15; VII, 18-20; VIII, 21-22; I, 29-31; V, 8-24. (parzialmente); IX, 7-X, 4; V, 25-29; XVII,1-11; XXVIII,1-4 (dubbio), e qualche altro frammento; negli anni 711 e seguenti, XX,1, 3-6; XXVIII, 7-22; XXIX,1-4; XXVIII, 23-29; XXII, 15-18; I, 18-20 (dubbio); V, 8-24 (parzialmente); negli anni 705 e seguenti, XXIX, 9 segg.; XXX, 1 segg.; XXXI,1-3; XXII,1-7; VI; VII, 2 segg.; VIII,1-18; XXII, 8 segg.; XVII, 12-XVIII, 6; XIV, 24-27; X, 5 segg.; I, 2-17; XXX, 27-33; XXXI, 4 segg.; IX,1-6; forse negli ultimi anni del profeta (ma di dubbia autenticità), II, 2-4; XI,1-8; XXXII,1-5, 15-18, 20.

Appartengono al Deutero-Isaia, vissuto verso il 540 probabilmente nella Fenicia settentrionale, XL-LV, a eccezione dei carmi del "Servo di Jahvè" e di qualche glossa posteriore e nota redazionale. Circa contemporanei del Deutero-Isaia furono gli sconosciuti autori dei tratti XIII, 2-22; XIV, 4-21; XXI,1-15, di cui uno probabilmente abitava nella Palestina meridionale, e che non conobbero mai il Deutero-Isaia né si conobbero fra di loro. Ai tempi posteriori all'esilio, probabilmente alla prima metà del sec. V, appartiene l'autore dei carmi del "Servo di Jahvè'" segnalati sopra; in questi carmi egli celebra uno sconosciuto personaggio, che doveva essere qualcosa fra il dottore della Legge e il pastore di anime (Seelsorger). Anche in questi carmi si sono infiltrate aggiunte d'altra mano, quali XLII, 5-7; L, 10-11. Autore del tratto LVI-LXVI è il Trito-Isaia, che visse ai tempi di Esdra e che nei suoi scritti dipende molto dal Deutero-Isaia e da Ezechiele. Probabilmente il tratto LXI-LXVI anticamente era messo avanti a LVI-LX. La parte storica intermedia XXXVI-XXXIX proviene dai tempi di Esdra: anche essa contiene aggiunte, fra cui assai tardiva quella di XXXVIII, 9 segg. Interpolazione del sec. IV sono XXIII,1-14 (che si riferisce alla distruzione di Sidone fatta da Artaserse III Oco) e XIX,1-15 (minaccia d'invasione dell'Egitto per opera dello stesso Artaserse); alquanto posteriori i due tratti XIV, 29-32 (contro i Filistei) e XXIII, 15-18 (contro Tiro). Circa del sec. II a. C. sono XXXIII (forse dell'anno 162); XXIV-XXVII (forse del 128), che contiene interpolazioni varie; XV-XVI (della fine del sec. II), che subì rimanipolazioni posteriori; XXXIII-XXXIV (recentissimo, ma anteriore alle vittorie di Giovanni Ircano sugli Edomiti). A ciò si aggiungano glosse e note redazionali sparse un po' dappertutto e di dubbia epoca. Da questo insieme sorse verso il 70 a. C. il libro di Isaia, il quale tuttavia si cristallizzò nell'odierno testo solo nel sec. I d. C., e ricevette l'odierno posto nel canone molto più tardi.

L'indirizzo del Duhm (Cheyne, Marti, ecc.) fu seguito da molti, ma in genere non su tanta estensione né con tanta fiduciosità; non mancò tuttavia chi vide in tutto questo sminuzzamento di testi il prodotto principalmente d'una fantasia esuberante. Le più recenti pubblicazioni mostrano che la diffidenza contro tale indirizzo va estendendosi, e accennano a un ripiegamento sulle posizioni del Döderlein, di ammettere cioè oltre all'autentico Isaia solo il Deutero-Isaia. Così opina C.C. Torrey (commento, 1928), che considera l'intera seconda sezione, compresi i carmi del "Servo di Jahvè", opera omogenea d'un solo autore che viveva a Gerusalemme sulla fine del sec. V a. C.; egli, in conseguenza, stima interpolati posteriormente i varî nomi proprî (Ciro, Babilonia, ecc.) che s'incontrano in tale visione.

I critici suaccennati sono tutti acattolici. Gli studiosi cattolici hanno mutato atteggiamento nella critica di Isaia in relazione a disposizioni disciplinari. Prima infatti del 1908 un certo numero di essi, specialmente i più freschi di studî e d'informazioni, accettarono la tesi critica, ammettendo il Deutero-Isaia e altri secondarî autori; la tesi venne sostenuta, oltreché in articoli e pubblicazioni speciali, anche nei commenti pubblicati dal gesuita A. Condamin (1905) e dal sacerdote S. Minocchi (1907), ambedue forniti dell'approvazione ecclesiastica. Il benedettino Höpfl, consultore della Pontificia commissione biblica e revisore ecclesiastico del commento del Minocchi, asserisce che l'unità d'autore di Isaia fu negata, sul finir di vita, anche dal gesuita J. Knabenbauer, il quale pure l'aveva difesa in due precedenti commenti (H. Höpfl, Introductionis... compendium, II, 2ª ed., Roma 1925, p. 260). Ma il movimento fu arrestato dal decreto della Pontificia commissione biblica, del 28 giugno 1908, che prescrisse non potersi sostenere che la seconda sezione di Isaia sia d'uno sconosciuto autore del tempo dell'esilio, e in genere che il Libro abbia oltre a Isaia altri autori. Dopo questo decreto non sono più apparse pubblicazioni cattoliche favorevoli alla tesi critica, e anche quelle promesse in precedenza (a es., la speciale introduzione che doveva seguire il commento del Condamin) non sono venute alla luce.

Il citato Höpfl adduce in favore della posizione cattolica i seguenti argomenti (pp. 261-3): un profeta illustrato da Dio può prevedere il futuro; la tradizione dei Giudei ha sempre attribuito il Libro a Isaia; la seconda sezione,che tratta della redenzione di Gerusalemme, è già annunziata in principio del Libro; l'autore della seconda sezione si mostra familiarissimo di luoghi e cose di Palestina, e particolarmente (LVI-LVII) delle condizioni del regno di Giuda; è impossibile che uno scrittore così nobile e autorevole, quale il presunto Deutero-Isaia, sia rimasto anonimo, dal momento che il brevissimo scritto di Abdia ha conservato il nome del suo autore; la diversità di lingua e di stile, fra le due sezioni del Libro, si spiega agevolmente con la diversità d'argomento trattato. Ma all'esposizione di questi argomenti il Höpfl premette il seguente rilievo: "Considerando astrattamente la questione [del Deutero-Isaia], si potrebbe dire che quest'opinione degl'interpreti moderni potrebbe sembrare probabilissima (admodum probabilem), tanto più che almeno il valore dei vaticinî messianici, contenuti nella seconda sezione del Libro, rimane intatto, che l'autore vivesse nel sec. VIII o nel VI a. C. Tuttavia non si può negare che quest'opinione, d'un autore anonimo vivente verso la fine dell'esilio, ha un'origine spuria, giacché la sua vera fonte è il razionalismo che nega a priori la possibilità della profezia" (op. cit., pp. 260-261). Il commento più recente che difende la posizione cattolica è quello di E. Feldmann (1925-26).

Bibl.: Gli scritti su Isaia sono numerosissimi, psecie dallo scorcio del sec. XIX in poi. Ci limiteremo ad alcune opere più rappresentative, ove, specie nelle più recenti, il lettore può trovare alte numerose referenze: J. Ch. Döderlein, Esaias ex recensione textus hebraici, Altorf 1775; W. Gesenius, Der Prophet Jesaja, voll. 3, Lipsia 1820-21; S. D. Luzzatto, Il profeta Isaia volgarizzato e commentato a uso degli Israeliti, Padova 1855-67; J. Knabenbauer, Erklärung des Propheten Isaias, Friburgo in B. 1881; id., Comment. in Isaiam prophetam, nel Cursus Scripturae S. del Cornely, voll. 2, Parigi 1887; 2ª ed., a cura di F. Zorell, ivi 1923; S. R. Driver, Isaiah, his life and times and the writings which bear his name, Londra 1888; 2ª ed., ivi 1893; B. Duhm, Das Buch Jesaia übersetzt und erklärt, in W. Nowack, Göttinger Handkommentar zum Alt. Test., Gottinga 1892; 4ª ed., ivi 1922; K. Budde, Die sog. Ebed-Jahve-Lieder und die Bedutung de Knechtes Jahves, in Jes. 40-55, Giessen 1900; K. Marti, Das Buch Jesaja erklärt, in Kurzer Hand-Komm., Tubinga 1900; T. H. Cheyne, The book of the prophet Isaiah, critical edition of the Hebrew text, nella Bibbia Policroma di P. Haupt, Lipsia 1899: al quale sono da aggiungere le altre opere su Isaia elencate nella bigrafia del Cheyne (v.); A. Condamin, Le livre d'Isaie, Parigi 1905; S. Minocchi, Le profezie d'Isaia, Firenze 1907; G. C. Morgan, The prophecy of I., voll. 2, Londra 1910; I. Skinner, The book of the proph. I., Cambridge 1915-18; S: Mowickkel, Der Knecht Jahwäs, Giessen 1921; H. Gunkel, Ein Vorläufer Jesu, Berna 1921; L. Köhler, Deuterojesaja, Giessen 1923; F. Feldmann, Das Buch I. übers und erkl., voll. 2, Münster 1925-26; E. König, Das Buch J., Gütersloh 1926; S. Z. Pines, Kommentar zum Proph. J. (in ebraico), Vienna 1927; G. A. Smith, The book of I., voll. 2, Londra 1927; A. Loisy, La consolation d'Israel (il Deutero-Isaia), Parigi 1927; K. Elliger, Die Einheit des Tritojesaja, Stoccarda 1928; B. Keller, Der Proph. J. für bibelforschende Christen erkl., Neuminster 1928; C. C. Torrey, The second Isaiah, New York 1928: C. Boutflower, The book of I., ch. I-XXXIX, in the light of the Assyrian monuments, Londra 1930.

L'apocrifo di Isaia.

Menzionato già da Origene, col titolo di Ascensione di A, come frutto di tradizioni giudaiche sul martirio del profeta, questo scritto, in voga presso eretici già ai tempi di Epifanio, sembra si sia conservato nel Medioevo presso i Bogomili di Tracia e i Catari d'Italia, ai quali pare appartenesse una versione latina, edita a Venezia da Antonio De Fantis nel 1522 insieme con visioni di S. Matilde. Nuovi cenni si ritrovano d'un manoscritto greco, alla fine del sec. XVII presso il Cotelier e di uno etiopico presso il Petraeus nel 1660: quello, col titolo di visione, non fu più trovato; questo invece, edito la prima volta dal Laurence (1819), è chiamato Ascesa o Ascensione ('Ergat). Tale versione etiopica è l'unica che ci dà completo l'apocrifo, riaffi0rato in versioni greca, latina e slava (serba e russa) frammentariamente o in forma di parafrasi.

Il contenuto ha una propria e vera unità. I. subisce le sevizie del re Manasse ed è tagliato con una sega a istigazione del diavolo Beliar, specialmente a cagione delle sue visioni avute, al settimo cielo, sul futuro Redentore; di questo vede la preesistenza divina, la curiosa Incarnazione (dovendo discendere attraverso i sei cieli inferiori, quando rivelandosi con una parola d'ordine, quando no, agli spiriti che presiedono alle singole sfere), lo vede nascere virginalmente a Betlemme, due mesi dopo l'annunziazione dell'angelo, morire, risorgere, e risalire al cielo: lo preannunzia poi giudice alla fine dei tempi.

Ma le due parti, che formano un tutto certamente cnstiano, sembrano suturate insieme, dopo rimaneggiato l'elemento giudaico del martirio: in tal senso può accettarsi l'idea, prelavente tra i critici, della mancanza d'unità, asserita invece ultimamente da V. Burch. Di qui la difficoltà di giungere a un risultato sicuro circa la data e il luogo d'origine dell'apocrifo; ma dalle affinità con l'apocrifo Vangelo di Pietro sembra potersi assegnare all'Egitto la redazione cristiana, non dopo il sec. IV. stante l'età dei frammenti latini editi da A. Mai e dei papiri greci pubblicati da B. Grenfell e A. Hunt.

Il nostro apocrifo testifica chiaramente l'interpretazione messianica del vaticinio di I. riguardo al parto verginale (Is., VII); ma presenta puritinte di docetismo e gnosticismo, che farebbero escludere la sua origine nel sec. I, come proporrebbe, dopo altri, il Burch. È comunemente accettata l'identificazione del matricida in Nerone, dato come persecutore d'uso dei dodici, cioè di S. Pietro.

Edizioni: Versione etiopica: R. Laurence, Ascensio Isaiae vatis... cum versione latina anglicanaque, Londra 1819, ha pubblicato un unico ms. della Bodleiana (sec. XV), che conteneva l'apocrifo nella Bibbia, tra Isaia canonico e il IV Esdra; A. Dillmann, Ascensio Isaiae aethiopice et latine cum prolegomenis, adnotationibus criticis et exegeticis, additis versionum latinarum reliquiis, Lipsia 1877, che ha messo a frutto altri due mss., pertinenti all'antico monastero abissino di Magdala, e importati nella biblioteca del British Museum nel 1868; R. H. Charles, The Ascension of Isaiah, Londra 1900, ha usato anche, con correzioni non opportune, i frammenti greci. 

- Frammenti latini: A. Mai, Scriptorum Veterum Nova Collectio, III, 2 (Roma), pp. 236-238, trasse fuori, senza identificarli, due brani sperduti tra mezzo a dispute ariane, dal ms. Vat. lat. 5750: essi concordano con la versione etiopica; I.C.L. Gieseler, Vetus translatio latina visionis Isaiae, Gottinga 1832. - Frammenti greci: B. Grenfell e A. Hunt, The Amherst Papyri, I, The Ascension of Isaiah, Londra 1900, pagine 4-14; O. Gebhardt, Die Ascensio Isaiae als Heiligenlegende aus cod. gr. 1534 der National-Bibliothek zu Paris, in Zeits. wiss. Theol., XXI (1878), pagine 341-353, ha dato in luce una parafrasi dell'apocrifo, annessa a un martirologio del secolo XII, per la festa di S. Isaia, assegnata ai 31 maggio. - Versioni slave: una russa fu pubblicata da un ms. della cattedrale dell'Assunzione di Mosca, del secolo XII, dal Popov, Bibliografičeskie materialy, I (1879), 13-20; una serba, Popov, Opis rukop. Chludova, pp. 414-419, e un'altra serba, Stojanovič; queste concordano con la latina edita ultimamente da Dieseler.

Bibl.: Versione francese con ampia introduzione, E. Tisserant, Ascension d'Isaie, Parigi 1909; M. Haug, Über da Ardaī Virâf-nâmeh (die Visionen des alten Pârsenpriesters Ardâi Wirâf) und seinen angeblichen Zusammenhang mit dem christlichen Apocryphon die Himmelfahrt des Jesaia betitelt, in Sitzungsb. Bayer. Akad., 1870, I, 327-364; K. Clemen, Die Himmelfahrt des Jesaia, ein ältestes Zeugnis für da römische Martyrium des Petrus, in Zeits. wiss. Theol., XXXIX (1896), pp. 388-415; V. Burch, The literary unity of the Ascensio Isaiae, in Jour. theol. stud., XX (1918-19), pp. 17-23; id., Material for the interpretation of Ascensio Isaiae, ibidem, XXI (1919-20), pp. 249-265.

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SOURCE : https://www.treccani.it/enciclopedia/isaia_(Enciclopedia-Italiana)/

Le Livre d’Isaïe, la Foi prise au mot, KTO - Télévision catholique, 31/01/2021 : https://www.ktotv.com/video/00341547/le-livre-disaie

The Prophet Isaiah- The Iconography : https://www.christianiconography.info/isaiah.html

Graham, Ron. "Isaiah in the New Testament - Quotations Chart - In Isaiah Order" : https://simplybible.com/f591-isaiah-in-new-testament.htm