Hieronymus
Bosch, Ascent of the Blessed, circa 1515, 86.5 x 39.5, Gallerie dell'Accademia, Venice
Article
12 – JE CROIS A LA VIE ÉTERNELLE. AMEN.
167. - Il est très
convenable que le Symbole des vérités que nous devons croire se termine par ces
mots : "Je crois à la vie éternelle", puisque aussi bien la vie
éternelle est la fin et le terme de tous nos désirs.
Ceux-là s’opposent à
cette croyance à la vie éternelle, qui disent que l’âme meurt en même temps que
le corps. Si cela était vrai, la condition de l’homme serait la même que celle
des bêtes.
A ces hommes, qui ne
croient pas à la survie de l’âme, conviennent parfaitement ces paroles du
Psalmiste (Ps. 48, 21) : L’homme, tandis qu’il était en honneur, ne l’a pas
compris; il a été comparé aux bêtes qui n’ont aucune raison; et il leur est
devenu semblable.
L’immortalité, en effet,
rend l’âme humaine semblable à Dieu; mais ses facultés sensibles la font ressembler
aux bêtes. Donc lorsque quelqu’un croit que l’âme meurt avec le corps, il
s’éloigne de la ressemblance de Dieu et devient semblable aux animaux. Il est
du nombre de ceux dont il est dit au livre de la Sagesse (2, 22-23) : Ils n’ont
pas cru qu’il y eut de récompense à espérer pour les justes, et ils n’ont fait
nul étal de la gloire qui est réservée aux âmes saintes. Car Dieu a créé
l’homme immortel; il l’a fait pour être une image qui lui ressemblât.
168. - Il faut
premièrement considérer, dans cet article de foi, quel genre de vie est la vie
éternelle.
a) : Or il convient de
savoir, qu’elle consiste, en premier lieu, dans l’union de l’homme avec Dieu.
Dieu lui-même, en effet, est la récompense et la fin de tous nos labeurs, comme
il le dit un jour à Abraham, (Gen. 15, 1) : Moi le Seigneur, je suis ton
protecteur, et ta récompense infiniment grande.
Cette union de l’homme à
Dieu consiste dans une parfaite vision. L’Apôtre écrit en effet aux Corinthiens
(1° ép. 13, 12) : Nous ne voyons maintenant que comme en un miroir, et en
énigme; mais alors nous verrons Dieu face à face.
Cette union consiste
également dans la louange la plus grande que l’homme puisse adresser à Dieu.
Saint Augustin écrit au livre 22 de la Cité de Dieu que nous verrons, aimerons
et louerons Dieu; et Isaïe écrit au sujet de Sion ces paroles (51, 3), que l’on
peut appliquer à la vie des élus au ciel : On y trouvera la joie et
l’allégresse, les actions de grâces et des chants de louange.
169. - b) La vie
éternelle consiste, en second lieu, dans le parfait rassasiement des désirs de
l’homme. Chacun des bienheureux, en effet, possédera au ciel bien au-delà de
ce qu’il aura désiré et espéré ici-bas.
La raison en est, que
personne ne peut, en cette vie, satisfaire pleinement ses désirs; jamais aucune
chose créée ne les comble. Dieu seul en effet peut les rassasier totalement et
même il les surpasse infiniment. C’est pourquoi l’homme ne trouve de repos
qu’en Dieu conformément à ces paroles de saint Augustin (Conf. liv. 1) :
"Vous nous avez fait pour vous, Seigneur, et notre coeur est inquiet
jusqu’à ce qu’il se repose en vous". Les saints dans la patrie possèderont
Dieu parfaitement, aussi leurs désirs seront-ils entièrement rassasiés et leur
gloire même surpassera toutes leurs aspirations. Le Seigneur dit (Mt 25, 21) :
Bon et fidèle serviteur, entre dans la joie de ton maître. Et saint Augustin
explique ainsi cette parole du Seigneur : "Toute la joie du Seigneur
n’entrera pas dans ceux qui se réjouiront, mais eux entreront tout entiers
dans la joie". Ce qui fait dire au Psalmiste (Ps. 16, 15) : Je serai
rassasié, lorsque apparaîtra votre gloire; et (102, 5) : C’est le Seigneur qui
remplit votre désir, en vous comblant de biens.
170. - Absolument tout ce
qui est délectable se trouve surabondamment dans la vie éternelle.
Recherche-t-on en effet
les jouissances? Là, on goûtera les jouissances les plus parfaites, les
délectations les plus hautes, parce qu’elles auront pour objet le Souverain
Bien, c’est-à-dire Dieu. Nous lisons dans le livre de Job (22, 26) : Alors ta
mettras tes délices dans le Tout-Puissant; et le Psalmiste, dans sa prière, dit
à Dieu (Ps. 15, 11) : Des délices seront éternellement à votre droite.
Pareillement, Si vous
désirez l’es honneurs, là vous l’es posséderez tous. Les hommes, en effet,
lorsqu’ils sont laïcs, aspirent principalement à être rois; et, s’ils sont
clercs, ils souhaitent devenir évêques. Or, dans la vie éternelle, on possédera
ces deux dignités : Tu as fait de nous des rois et des prêtres pour notre Dieu (Apoc.
5, 10). Et au livre de la Sagesse (5, 5), il est dit des justes, après leur
mort Les voilà élevés au rang des enfants de Dieu.
De même, désirez-vous la
science, là, vous la posséderez avec la plus entière perfection; en effet flous
connaîtrons alors la nature de toutes choses et toute vérité; nous n’ignorerons
rien de ce que nous voudrons savoir; et tout ce que nous voulons actuellement
posséder, nous le posséderons au ciel, avec cette vie éternelle. Salomon dit
en effet (Sag. 7, 11) : Tous les biens me viendront avec la Sagesse; et dans
les Proverbes (10, 24), nous lisons : Les Justes obtiendront ce qu’ils
désirent.
171. - c) En troisième
lieu, la vie éternelle consiste dans une sécurité parfaite. Dans ce monde, en
effet, il n’y a pas de par faite sécurité, car plus on possède de richesses et
plus on est élevé en dignité, plus on a de sujets de crainte, plus aussi on
éprouve de besoins.
Mais, dans la vie
éternelle, il n’y aura ni tristesse, ni labeur, ni crainte. Ce que les Proverbes,
en effet, (1, 33) : disent de celui qui écoute la Sagesse, à savoir qu’il reposera
en assurance et jouira d’une abondance de biens sans craindre aucun mal, se vérifiera
alors en chacun des élus.
172. - d) En quatrième
lieu, la vie éternelle consiste dans la société pleine de charmes de tous les
bienheureux.
Les délices de cette
société seront extrêmes. Chaque élu, en effet, possédera, avec les autres
bienheureux, tous les biens; car il aimera chacun des bienheureux comme
lui-même; c’est pourquoi il se réjouira du bien des autres comme de son bien
propre. Aussi l’allégresse et la joie de tous les élus s’augmenteront-elles de
la joie et de l’allégresse de chacun d’entre eux. O Sion, c’est une grande joie
pour tous d’habiter en toi (Ps. 86, 7).
173. - Les biens, dont
nous venons de parler, les saints en jouiront dans la patrie céleste, et ils
posséderont en outre beaucoup d’autres biens ineffables. Quant aux méchants ils
seront plongés dans une mort éternelle, et ils éprouveront une douleur et
souffriront un châtiment qui ne seront pas moindres que la joie et la gloire
réservées aux bons.
174. - Quatre causes concourent
pour augmenter la peine des méchants.
En premier lieu, le fait
d’être séparés de Dieu et de tous les biens. Cette séparation constitue la
peine du dam, qui répond à l’aversion que ces méchants ont pour Dieu. C’est une
peine plus grande que la peine du sens. Du serviteur inutile, le Seigneur dit
(Mat. 25, 30) : Jetez-le dans les ténèbres extérieures. Dans cette vie, en
effet, ceux qui font le mal vivent dans des ténèbres intérieures, qui sont
celles du péché; mais alors ils seront aussi plongés dans des ténèbres extérieures.
En second lieu, le
châtiment des méchants est augmenté par le remords de leur conscience. On peut
leur appliquer Ces paroles du psaume (49, 21) : Je vous reprendrai sévèrement, et
je vous exposerai vous-mêmes devant votre face. Le livre de la Sagesse (5, 3) :
nous dépeint les damnés poussant des gémissements dans le serrement de leurs
coeurs. Ces regrets et ces gémissements, cependant, seront tout à fait
inutiles, parce qu’ils procèderont non de la haine du mal, mais de la douleur
du châtiment.
En troisième lieu, la
peine des damnés est augmentée par l’immensité du châtiment sensible auquel ils
sont soumis, à savoir le feu de l’enfer, qui torturera leur âme et leur corps
c’est là, comme disent les Pères, le plus terrible de tous les châtiments
physiques. Ces malheureux seront, en quelque sorte, toujours mourant; cependant
ils ne seront jamais morts et jamais la mort ne les frappera. C’est pourquoi,
on appelle ce châtiment la mort éternelle; comme le mourant en effet souffre
des peines terribles, il en est de même de ceux qui sont en enfer. Le Psalmiste
a dit (48, 15) : Ils ont été placés en enfer comme des brebis, la mort les
dévorera.
En quatrième lieu, le
châtiment des méchants est encore aggravé par le fait qu’ils n’ont pas la
moindre espérance d’être délivrés de leurs tourments. Si, en effet, ils
nourrissaient cet espoir, leurs peines en seraient adoucies. Mais comme toute
espérance leur est interdite, leurs souffrances par le fait même sont les plus
terribles qui soient. Comme le dit Isaïe (66, 24) : Leur ver ne mourra pas et
leur feu ne s’éteindra pas.
175. - Ainsi apparaît
avec évidence la différence entre les bonnes et les mauvaises actions. Les
premières nous mènent à la vie et les secondes à la mort. C’est pourquoi les
hommes devraient fréquemment se remettre en mémoire ces vérités; ils seraient
par là excités à faire le bien et à se détourner du mal.
C’est pour que cette
vérité se grave toujours plus profondément dans notre mémoire, qu’il est
expressément dit à la fin du Credo : "Je crois à la Vie éternelle".
A cette vie éternelle,
que nous conduise Notre Seigneur Jésus-Christ, Dieu béni dans les siècles des
siècles.
Amen.
COMMENTAIRE DU CREDO PAR
SAINT THOMAS D’AQUIN. Notes à partir de sermons donnés à Naples, carême 1273,
prises de notes par Pierre de Andria. Traduction par un moine de Fontgombault,
Nouvelles Editions Latines, 1969. Deuxième édition numérique, http ://docteurangelique.free.fr,
2008. Les œuvres complètes de saint Thomas d'Aquin : http://docteurangelique.free.fr/livresformatweb/sermons/06credo.htm
SOURCE : http://docteurangelique.free.fr/livresformatweb/sermons/06credo.htm#_Toc200856049
