jeudi 28 janvier 2016

Bienheureux CHARLEMAGNE, empereur d'Occident


Portrait imaginaire de Charlemagne, par Albrecht Dürer
Le manteau et les blasons au-dessus de sa tête montrent l'aigle allemand et le lys français

Bienheureux Charlemagne

Empereur d'Occident ( 814)

Frédéric Ier, surnommé Barberousse, empereur germanique, fit canoniser Charlemagne en 1165, par un anti-pape qu'il soutenait. Beaucoup de diocèses du nord de la France le mirent à leur calendrier et en 1661, l'Université de Paris le choisit pour patron. Actuellement, Aix-la-Chapelle en Allemagne, fait vénérer ses reliques, mais l'Eglise a retiré de son calendrier l'empereur qui convertit les Saxons par l'épée plutôt que par la prédication pacifique de l'Evangile.

Le titre de bienheureux a été toléré par le pape Benoît XIV.

Agostino Cornacchini. Statue équestre de Charlemagne,1725, 


HISTOIRE DE CHARLEMAGNE *

Turpin, archevêque d e Reims, compagnon de Charles durant 14 ans, écrivit à Léoprand, doyen d'Aix-la-Chapelle, ce qu'il. avait vu, quand ce prince eut délivré l’Espagne et la Galice de la domination des païens. En premier lieu, il raconte comment l’Apôtre saint Jacques apparut à Charles et le pria de purifier le lieu de sa sépulture et d'établir une route pour arriver jusqu'à son tombeau afin que, la multitude de pèlerins pussent y effacer leurs péchés. Il lui, promit encore de l’aider en tout et par là qu'il posséderait la vie éternelle. Beaucoup avaient été convertis par la prédication des disciples de saint Jacques, mais ils s'étaient laissés retomber dans l’erreur, et la foi en J.-C. s'était éteinte en ce pays jusqu'à l’époque où Charlemagne rétablit la religion chrétienne dans l’Espagne et la Galice. La première ville qu'il assiégea fut Pampelune. Il resta trois mois sans pouvoir s'en rendre maître, parce que ses murs étaient inexpugnables. Il fit alors cette prière: « Seigneur J. C. pour la foi duquel je suis venu ici; donnez-moi cette ville de saint Jacques; si réellement vous  m’êtes apparu, faites-la moi prendre. » Alors les murs s'écroulèrent jusque dans leurs fondements. Il laissa la vie aux Sarrasins qui voulurent recevoir le baptême, et il tua tout le reste. A cette nouvelle, les autres villes lui envoyèrent le tribut et se soumirent à lui. Tout le pays fut son tributaire. Après avoir visité le sarcophage de saint Jacques, il vint à Pétrone et là il enfonça sa lance. dans la mer en action de grâce et dit : « Je n'ai jamais pu venir ici qu'en ce moment. » Alors il soumit toute la Galice et l’Espagne d'une mer à l’autre. Il s'empara encore d'une place fortifiée de 90 tours. Il fit durant quatre mois le siège de Lucerna ; désespérant de la prendre, il eut recours à Dieu et à saint Jacques alors les murs de cette ville tombèrent et elle reste déserte encore aujourd'hui ainsi que trois autres villes que le Seigneur maudit comme autrefois Jéricho. Il détruisit toutes les idoles à l’exception d'une, qui, au dire des Sarrasins, fut fabriquée de son vivant par Mahomet qui se l’était dédiée après y avoir lié, avec le secours de la magie, une légion de démons occupés la garder avec tant de force que jamais homme ne put la briser. Si un chrétien s'en approche, ses jours sont aussitôt en danger, mais un païen se retire sain. L'oiseau qui se poserait sur elle meurt à l’instant. Il y a sur le rivage de la mer une pierre dont la hauteur égale: celle à laquelle un corbeau peut s'élever dans son vol, large et carrée à la base, pointue au sommet, sur lequel est placée debout cette statue de forme humaine et coulée en or fin, la figure tournée au midi, ayant dans sa main droite une grande clef qui doit tomber de ses doigts l’année où naîtra dans la Gaule le roi qui christianisera l’Espagne entière; puis ceux qui auront vu la clef par terre prendront tous la fuite, en abandonnant leurs trésors. Avec l’or que les rois et les princes, ainsi que les païens donnaient à Charles, il fit élever une église en l’honneur de -saint Jacques, qu'il enrichit de beaucoup d'ornements, et où il établit des chanoines. Il en bâtit encore une de ce saint à Aix-la-Chapelle, et grand nombre d'autres. Quand Charles fut parti, un roi païen d'Afrique soumit l’Espagne, et massacra beaucoup de chrétiens que Charles avait établis pour garder le pays. A cette nouvelle, Charles revint avec des armées nombreuses; il arriva à Bayonne, ville des Basques, où Romaric, en mourant, confia à un de ses parents son cheval et d'autres objets pour en partager le prix entre les prêtres et les pauvres, parce qu'il avait entendu au-dessus de lui des démons rugissants comme des lions, des loups et des veaux. Or, ce cheval fut enlevé et on le trouva transporté à quatre journées de chemin de l’armée de Charles. La veille du jour où Charles devait livrer bataille à Argoland qui était revenu s'emparer de l’Espagne, ses. soldats se préparèrent le soir pour être prêts à se battre le lendemain; ils fichèrent en terre leurs lances dans les prés devant leurs tentes ; et le matin ils les trouvèrent couvertes d'écorces et de branches et tenant au sol par racines. Ils les coupèrent ras terre, et de leurs racines poussa dans la suite une grande forêt. Ceux dont les lances fleurirent ainsi étaient ceux qui devaient être tués et qu'on devait insérer au nombre des saints. Il en périt alors quarante mille, le duc Milon, père de Roland, fut tué, ainsi que le cheval de Charles. Charles resta donc avec deux mille hommes  seulement; mais avec son épée nommée Joyeuse, il tua une multitude de païens. Le soir, les deux armées rentrèrent dans leur, camp. Le lendemain arrivèrent quatre nobles conduisant quatre mille combattants ; alors les païens prirent la fuite et Charles rentra dans la Gaule. Il revint encore une fois avec quatre mille soldats dont les lances fleurirent et qui engagèrent la bataille les premiers avec un grand enthousiasme; ils massacrèrent une multitude innombrable de païens; mais ensuite ils furent tués eux-mêmes, et Charles y perdit encore un cheval ; mais il n'abandonna pas le terrain; il, tua beaucoup d'ennemis, enfin les païens furent mis en déroute. Argoland vint encore offrir la bataille à Charles qui revint accompagné de cent trente-trois mille hommes. Argoland et Charles eurent de longues conférences au sujet de la guerre et de la foi. « Combattons pour la foi, finit par dire Argoland; si je suis vaincu, je recevrai le baptême. »; Vingt chrétiens se mesurent donc avec vingt païens et les tuent; ensuite quarante, et le résultat fut le même ; puis cent, et il en arriva autant; enfin mille, mais chaque fois, les chrétiens tuèrent les païens. Il y eut suspension d’hostilité, et Argoland vint trouver Charles pour se faire baptiser et lui dit : «Ta loi est plus sainte », puis il ordonna aux païens de recevoir le baptême : ce à quoi ils consentirent. Argoland remarqua qu'à table, il y avait, dans le placement des convives, des rangs d'observés, et demanda à connaître ceux qui les composaient. Charles répondit que les premiers étaient des. évêques; d'autres des moines, ceux-ci des chanoines et les derniers des pauvres, auxquels il donna le titre d'envoyés de Dieu. « Tu traites mal les envoyés de Dieu, reprit Argoland, aussi ne veux-je point de baptême. » Et il se retira. De là nous pouvons remarquer quel grand péché c'est que de traiter mal les pauvres. Aussi Charles fut-il privé de la joie de procurer le baptême à tant de monde. Le lendemain on donna la bataille : Charles avait cent vingt-quatre mille hommes et Argoland cent mille. Or, Argoland fut défait avec ses cent mille hommes. Les vainqueurs marchèrent dans le sang jusqu'aux murailles de la ville qui fut prise après le massacre de tous les païens. La nuit, mille chrétiens dépouillèrent les morts, à l’insu de Charles, dans l’intention de revenir avec ce prince; chargés d'or et d'argent, mais ils furent tués par les païens qui avaient pris la fuite. Telle fut la punition de leur avarice. Le prince de Navarre déclara encore une fois la guerre à Charles qui pria le Seigneur, de lui faire connaître ceux qui devaient mourir dans cette circonstance. Le lendemain les soldats étant prêts à se battre, Charles vit une croix rouge sur les épaules et sur le dos de la cuirasse de ceux qui devaient mourir ; il les enferma tous dans son oratoire afin qu'ils ne fussent point tués. Après le combat, dans lequel près de cent mille païens furent tués, Charles trouva morts, ceux qu'il avait enfermés dans son oratoire; ils étaient cent cinquante. Alors ce prince s'empara de force de tout le pays Navarrais. Dans la suite on lui apprit que le roi de Babylone avait envoyé contre lui de la Syrie 20.000 chars. Ce roi était de la race de Goliath ne pouvant être blessé qu'au nombril, et fort comme quarante hommes. Sa taille était de 12 coudées, sa figure en avait une de long, ses doigts étaient longs de trois palmes : il transporta dans la ville des Otogores tous ceux qui avaient été envoyés contré lui. D'abord il souleva à la fois Raynaud, avec Constantin, roi des Romains, et un autre comte, et les porta en prison sur ses deux bras comme il eût fait avec des enfants; il emprisonna en même temps vingt autres guerriers. Mais Roland le perça au nombril : ce qui lui fit pousser ce cri : « Mahomet, aide-moi, je meurs. » Alors les païens accoururent et l’emportèrent de suite dans la ville. Les chrétiens y entrèrent avec eux, s'en emparèrent et tuèrent le géant. Roland lui, avait appris, sur sa demande, ce qu'il fallait croire de la Trinité : « Abraham, lui dit-il, vit trois hommes et se prosterna en terre pour les adorer. Dans une harpe, quand elle résonner il y a trois choses: l’art, la main et la corde. Dans l’amande on trouve trois parties : l’écorce, la coque et le noyau. De même, dans le soleil, il y a le cours, la splendeur et la chaleur; dans la roue, le moyeu, les rais et les jantes; dans l’homme, le corps, l’âme et l’ombre. Ainsi, une chose est en trois; en Dieu aussi, trois personnes ne font qu'un. » Le géant lui demanda encore : «Comment une vierge, a-t-elle pu enfanter? » Roland répondit: « Dieu fait engendrer des vers dans la fève, dans la gorge ; il fait naître de l’eau une multitude de poissons ; les oiseaux, les abeilles et les serpents se produisent sans la semence du mâle ; le même Dieu a donc pu faire qu'une vierge engendrât.» Le. géant demanda des explications sur l’Ascension : « La roue d'un moulin, lui répondit Roland, monte aussi bien qu'elle descend; l’oiseau, qui descend d'une montagne, remonte en haut; le soleil, qui se lève à l’orient pour aller à l’occident., revient encore à l’orient. De même, le Christ est remonté d'où il était descendu. » Le géant ajouta : « Maintenant, combattons au sujet de la foi. » Il arriva alors ce qui a été raconté dans le chapitre précédent, savoir que les soldats de Charles couvrirent avec des linges les têtes des chevaux, afin que ceux-ci ne vissent point les masques des ennemis; ils bouchèrent les oreilles de ces animaux, afin qu'ils n'entendissent point le son des trompettes qui leur avaient fait prendre la fuite auparavant, lorsque les païens rient marcher chacun de leurs hommes avec un masque en avant dès chevaux; et battre les tambours, ce qui leur avait procuré 1a victoire. Alors, Charles s'élança et abattit le drapeau sur le char, autrement les ennemis n'auraient pas été mis en déroute. Ainsi il tua huit mille païens, s'empara de l’Espagne, et personne n'osa plus désormais attaquer Charles. Après quoi, il vint au tombeau de saint Jacques ; il y fit rebâtir tout ce qui avait été détruit, et il ordonna, en l’honneur du saint,que tous les rois et. princes présents et futurs obéissent à l’évêque de Saint-Jacques. Alors, moi, Turpin, archevêque de Reims, dédiai, à la demande de Charles, au jour des calendes de juin, l’église et l’autel du saint, accompagné de soixante évêques. Charles dota, en cette circonstance, l’église de Saint-Jacques de toute la Galicie et de l’Espagne, de manière que tout propriétaire d'une maison devait payer annuellement quatre deniers, et serait exempt de tout service envers le roi et les princes. Ce serait en ce lieu que devraient se tenir les conciles, que les évêques recevraient le bâton pastoral, et les rois la couronne des mains de l’évêque. Et comme saint Jacques et saint Jean avaient, avec leur mère; demandé à s'asseoir, l’un à la droite, l’autre à la gauche de J.-C., saint Jean, qui repose à Ephèse, est le patron de l’Orient, et saint Jacques de l’Occident. Comme les trois frères étaient fort amis du Sauveur, Pierre a mérité d'avoir son siège apostolique à Rome. Toutefois, Pierre est le chef, parce que J.-C. voulut qu'il fût le prince des apôtres.

Charles était doué d'une telle force, qu'il redressait facilement avec les mains quatre fers de cheval à la fois, et qu'il soulevait sans difficulté, de terre jusqu'à sa tête, un soldat placé debout sur sa main. Il était si magnifique, qu'il tint quatre fois une cour plénière en Espagne : à Noël, à Pâques, à la Pentecôte et à saint Jacques. Chaque nuit, il avait 120 soldats de garde, qui se partageaient par 40 pour chaque veille : dix restaient à son chevet, dix à ses pieds, dix à sa droite et dix a sa gauche, tenant à la main droite une épée nue, et à la gauche une chandelle allumée. Celui qui voudra en savoir davantage sur ses qualités peut s'en faire une idée par la manière dont il fut fait empereur à Rome. Il fonda beaucoup d'églises et d'abbayes, il visita le Saint-Sépulcre et fit enchâsser dans l’or et l’argent les corps d'un grand nombre de saints.

Quand Charles revint d'Espagne, il y avait encore deux rois païens à Sarragosse : c'étaient Marsir et Heligand, son frère, envoyés, par le roi de Babylonie, de Perse en Espagne, et qui n'étaient soumis qu'en apparence à Charlemagne. Ce prince leur signifia de se faire baptiser ou de lui payer tribut. Ils lui envoyèrent trente chevaux chargés d'or et d'argent et de produits espagnols ; quatre cents chevaux chargés de vin très doux pour la boisson des combattants ; enfin, mille femmes sarrasines d'une grande beauté. A Gamapéon, leur ambassadeur auprès de Charles, ils donnèrent trente chevaux chargés d'or, d'argent et d'étoffes, afin de s'attacher les soldats. C'est ce qu'il fit. L'ambassadeur apporta à Charles les présents, mais les soldats acceptèrent le vin et les femmes.  Le roi Marsir fit dire encore qu'il viendrait se faire baptiser. Charles alla à sa rencontre avec cinquante-cinq mille hommes; les païens vinrent de leur côté, et les chrétiens en tuèrent vingt mille ; mais les chrétiens perdirent trente mille hommes; en punition de leur ivrognerie et de leur fornication. Tous les guerriers y périrent, à l’exception de Roland et de cinq autres. Roland, qui avait été préservé, tua Marsir, et s'échappa après avoir reçu quatre coups de lance. Il coupa en deux un morceau de marbre, de trois coups de son épée qu'il voulut briser, quand il se vit sur le point de périr, et dans l’intention que les païens ne s'en emparassent pas. Il brisa son cor en y soufflant, et il se rompit la gorge en appelant ses compagnons. En entendant le bruit du cor, Charles voulut venir, mais le traître dont il a été question l’en empêcha, en disante que Roland était à la chasse. Charles ignorait encore le massacre et la trahison des siens. Théoderic vint a la mort de Roland, et fut témoin de sa componction et de ses prières. Roland toucha sa chair par trois fois, en disant, : « Et dans ma chair, je verrai Dieu mon Sauveur. » Puis, en tournant ses yeux, il ajouta: « C'est lui que je dois voir moi-même; souvenez-vous de moi, Seigneur, car c'est pour votre gloire que je meurs en exil ; souvenez-vous de mes compagnons, qui ont été aussi tués pour vous. » Alors, faisant le signe de la croix, il dit : « Maintenant, je vais voir celui que l’œil de l’homme n'a point vu, etc. » Ainsi expira le très saint martyr Roland. Sans connaître que Roland était mort, moi, Turpin, j'ai célébré, le jour de son décès, la messe pour les défunts, en présence de Charles, le 16 des calendes de juillet, et, étant ravi en extase, j'entendis les choeurs célestes qui chantaient, et j'ignorais ce qui se passait; puis, je vis les démons qui . emportaient une proie. Je leur demandai : « Que portez-vous? » Ils répondirent : « C'est Marsile que nous portons aux enfers, comme Michel a porté Roland au ciel. » Après la messe, je dis cela à Charles. Je n'avais pas encore fini de parler, quand arriva Baudoin, monté sur le cheval de Roland, et disant qu'il avait laissé Roland à l’agonie. Tout  aussitôt, l’armée alla au lieu funèbre; mais, Charles, qui arriva le premier, le trouva sans vie et les bras sur la poitrine, placés en forme de croix. Charles se jeta sur lui. Qui pourrait raconter sa douleur? Il le fit ensevelir avec du baume, de la myrrhe et de l’huile, et il passa la nuit auprès de lui avec l’armée. Roland avait trente-huit ans lorsqu'il mourut. Le lendemain, les soldats allèrent sur le champ de bataille, où l’un trouvait son compagnon mort, l’autre le sien vivant. On rencontra le cadavre d'Olivier cloué à la terre avec quatre lances, étendu avec les habits en désordre, entouré de liens des pieds à la tête, écorché par les flèches, et couvert de coups de lance et d'épée. Les clameurs de tous ceux qui pleurèrent leurs amis remplirent la forêt entière. Alors Charles jura par le Tout-puissant qu'il ne s'arrêterait que lorsqu'il aurait trouvé les ennemis. Il les rencontra qui prenaient leur repas du soir et en tua quatre mille. Le soleil s'arrêta immobile pendant l’espace de trois jours. Quand on eut trouvé le traître Gannelon, Charles le fit attacher à quatre, des plus forts chevaux de toute l’armée sur lesquels montèrent des cavaliers qui les dirigèrent vers les quatre points du globe. Il périt de la mort qu'il avait méritée, car il fut déchiré comme le traître Judas. On donna pour les âmes des défunts douze  mille onces d'argent et douze mille talents d'or, dés vêtements et des vivres. Roland fut enseveli dans une. église romaine et son épée fut suspendue à sa tête. Toute la terre qu'on parcourt dans l’intervalle de six jours, située autour de la place de Blaye, lieu de la sépulture de Roland, fut donnée par Charles à des chanoines réguliers qu'il y avait rétablis lui-même à la condition que, chaque année, à l’anniversaire de saint Roland, ils donnassent à trente pauvres tous les vêtements nécessaires, et des vivres, de plus qu'ils réciteraient trente psautiers et autant de messes pour les âmes de ceux qui avaient péri : le reste devait leur servir pour vivre. Après quoi, Charles voulut honorer saint Denys : il donna toute la terre de France à son église et fit une Ordonnance par laquelle il soumettait tous les Francs présents et futurs, même les rois, au pasteur de cette église à laquelle chaque maison devait payer annuellement quatre deniers: Debout auprès du corps de saint Denys, il pria pour les âmes de ceux qui avaient péri en Espagne et pour ceux qui acquitteraient de bon coeur lesdits deniers. La nuit suivante, pendant que le roi était endormi, saint Denys lui apparut et lui dit, après l’avoir réveillé : « Ceux qui à ton exemple ont été tués ou le seront en Espagne, je leur ai obtenu le pardon de leurs péchés, comme aussi pour les quatre deniers, j'ai obtenu qu'ils soient guéris des blessures graves qu'ils recevraient. » Charles raconta cette vision à tout le monde. Ensuite il fit des oeuvres merveilleuses à Aix-la-Chapelle en l’honneur de la mère de Dieu, ce qui porta un grand nombre d'autres personnes a l’imiter. La mort de Charles me fut dans la suite révélée de la manière suivante : Un jour que j'étais en prière à Vienne, je fus ravi en extase en récitant le psaume : Deus in adjutorium, les, démons en foule se dirigeaient vers la Lorraine. Quand ils furent tous passés, j'en vis un qui ressemblait à un Ethiopien. et qui marchait plus lentement que les autres. « Où allez-vous? » lui dis-je : « A Aix, me répondit-il, enlever l’âme de Charles. » Je repris : « Je t'adjure; par le Christ, de revenir me dire ce qui s'est passé. » Peu après les démons repassèrent d'ans le même ordre qu'auparavant, et  m’adressant à celui auquel j'avais parlé d'abord : « Qu'avez-vous fait? lui demandai-je. » Il répondit : « Un Galicien sans tête apporta tant de pierres et de bois d'églises dans la balance que ses bonnes oeuvres l’emportèrent sur les mauvaises, et voilà comment il nous prit son âme. » Ayant ainsi parlé, il s'évanouit, et j'ai appris que Charles était mort à cette heure. Quand nous nous sommes quittés, je lui fis promettre de  m’envoyer, s'il était possible, quelqu'un pour  m’informer de sa mort. Je lui avais donné de mon côté la même promesse. C'est pour cela qu'étant malade et à l’article de la mort, il  m’expédia un soldat de ses compagnons pour  m’annoncer sa fin. Ce qui eut lieu. Il mourut le 5 des calendes de février, l’an du Seigneur 814.

* Ce récit est l’abrégé des actions de Charlemagne, telles que les ont écrites les compilateurs des romans sans nombre parus dans le moyen âge sur le compté de cet empereur et de ses, paladins.

La Légende dorée de Jacques de Voragine nouvellement traduite en français avec introduction, notices, notes et recherches sur les sources par l'abbé J.-B. M. Roze, chanoine honoraire de la Cathédrale d'Amiens, Édouard Rouveyre, éditeur, 76, rue de Seine, 76, Paris mdcccci


SOURCE : http://www.abbaye-saint-benoit.ch/voragine/tome03/188.htm



Eginhard : Vie de Charlemagne - I

Préface d'Eginhard

Ayant formé le projet d'écrire la vie, l'histoire privée et la plupart des actions du maître qui daigna me nourrir, le roi Charles, le plus excellent et le plus justement fameux des princes, je l'ai exécuté en aussi peu de mots que je l'ai pu faire; j'ai mis tous mes soins à ne rien omettre des choses parvenues à ma connaissance, et à ne point rebuter par la prolixité les esprits qui rejettent avec dédain tous les écrits nouveaux. Peut-être cependant n'est-il aucun moyen de ne pas fatiguer, par un, nouvel ouvrage, des gens qui méprisent même les chefs-d'œuvre anciens sortis des mains des hommes les plus érudits et les plus éloquents. Ce n'est pas que je ne croie que plusieurs de ceux qui s'adonnent aux lettres et au repos ne regardent point les choses du temps présent comme tellement à négliger que tout ce qui se fait soit indigne de mémoire et doive être passé sous silence ou condamné à l'oubli; tourmentés du besoin de l'immortalité, ils aimeraient mieux, je le sais, rapporter, dans des ouvrages tels quels, les actions illustres des autres hommes que de frustrer la postérité de la renommée de leur propre nom en s'abstenant d'écrire. Cette réflexion ne m'a pas déterminé toutefois à abandonner mon entreprise; certain, d'une part, que nul ne pourrait raconter avec plus de vérité des faits auxquels je ne demeurai pas étranger, dont je fus le spectateur, et que je connus, comme on dit, par le témoignage de mes yeux, je n'ai pas réussi, de l'autre, à savoir positivement si quelque autre se chargerait ou non de les recueillir. J'ai cru d'ailleurs qu'il valait mieux courir le risque de transmettre, quoique, pour ainsi dire, de société avec d'autres auteurs, les mêmes choses à nos neveux, que de laisser perdre dans les ténèbres de l'oubli la glorieuse mémoire d'un roi vraiment grand et supérieur à tous les princes de son siècle, et des actes éminens que pourraient à peine imiter less hommes des temps modernes. Un autre motif, qui ne me semble pas déraisonnable, suffirait seul au surplus pour me décider à composer cet ouvrage; nourri par ce monarque du moment où je commençai d'être admis à sa cour, j'ai vécu avec lui et ses enfants dans une amitié constante qui m'a imposé envers lui, après sa mort comme pendant sa vie, tous les liens de la reconnaissance. On serait donc autorisé à me croire et à me déclarer bien justement ingrat, si, ne gardant aucun souvenir des bienfaits àccumulés sur moi, je ne disais pas un mot des hautes et magnifiques actions d'un prince qui s'est acquis tant de droits à ma gratitude; et si je consentais que sa vie restât comme s'il n'eût jamais existé, sans un souvenir écrit, et sans le tribut d'éloges qui lui est dû. Pour remplir dignement et dans tous ses détails une pareille tâche, la faiblesse d'un talent aussi médiocre, misérable et complétement nul que le mien, est loin de suffire; et ce ne serait pas trop de tous les efforts de l'éloquence de Tullius. Voici cependant, lecteur, cette histoire de l'homme le plus grand et le plus célèbre; à l'exception de ses actions tu n'y trouveras rien que tu puisses admirer, si ce n'est peut-être l'audace d'un barbare peu exercé dans la langue des Romains, qui a cru pouvoir écrire en latin, d'un style correct et facile, et s'est laissé entraîner à un tel orgueil que de ne tenir aucun compte de ce que Cicéron a dit dans le premier livre des Tusculanes, en parlant des écrivains latins. On y lit: «Confier à l'écriture ses pensées sans être en état de les bien disposer ni de les embellir et d'y répandre un charme qui attire le lecteur, est d'un homme qui abuse à l'excès et de son loisir et des lettres.» Certes, cette sentence d'un si parfait orateur aurait eu le pouvoir de me détourner d'écrire, si je n'eusse été fermement résolu de m'exposer à la critique, des hommes, et de donner, en composant, une mince opinion de mon talent, plutôt que de laisser, par ménagement pour mon amour-propre, périr la mémoire d'un si grand homme.

ÉGINHARD: Vie de Charlemagne



[Les notes entre crochets et en gris sont de l'édition de 1824 par l'historien François Guizot. Les sous-titres ont été ajoutés pour faciliter la lecture.]




1° partie

[La cour à l'époque des Mérovingiens]

La famille des Mérovingiens, dans laquelle les Francs avaient coutume de se choisir des rois, passe pour avoir duré jusqu'à Childéric, déposé, rasé et confiné dans un monastère par l'ordre du pontife romain Étienne. On peut bien, il est vrai, la regarder comme n'ayant fini qu'en ce prince; mais depuis longtemps déjà elle ne faisait preuve d'aucune vigueur et ne montrait en elle-même rien d'illustre, si ce n'est le vain titre de roi. Les trésors et les forces du royaume étaient passés aux mains des préfets du palais, qu'on appelait maires du palais, et à qui appartenait réellement le souverain pouvoir. Le prince était réduit à se contenter de porter le nom de roi, d'avoir les cheveux flottants et la barbe longue, de s'asseoir sur le trône, et de représenter l'image du monarque. Il donnait audience aux ambassadeurs de quelque lieu qu'ils vinssent, et leur faisait, à leur départ, comme de sa pleine puissance, les réponses qui lui étaient enseignées on phitàt commandées. À l'exception du vain nom de roi et d'une pension alimentaire mal assurée, et que lui réglait le préfet du palais selon son bon plaisir, il ne possédait en propre qu'une seule maison de campagne d'un fort modique revenu, et c'est là qu'il tenait sa cour, composée d'un très-petit nombre de domestiques chargés du service le plus indispensable et soumis à ses ordres. S'il fallait qu'il allât quelque part, il voyageait monté sur un chariot traîné par des bœufs et qu'un bouvier conduisait à la manière des paysans; c'est ainsi qu'il avait coutume de se rendre au palais et à l'assemblée générale de la nation qui se réunissait une fois chaque année pour les besoins du royaume; c'est encore ainsi qu'il retournait d'ordinaire chez lui. Mais l'administration de l'État et tout ce qui devait se régler et se faire au dedans comme au dehors étaient remis aux soins du préfet du palais.

[Pepin le Bref]

Lors de la déposition de Childéric, Pepin, père du roi Charles, remplissait, pour ainsi dire, par droit héréditaire, les fonctions de préfet du palais. Et en effet son père Charles, celui qui purgea la France des tyrans qui partout s'en arrogeaient l'empire, défit, dans deux grandes batailles, l'une à Poitiers en Aquitaine, l'autre sur les rives de la Berre, près de Narbonne, les Sarrasins qui voulaient s'emparer du royaume, les força de se retirer en Espagne, et occupa glorieusement cette même charge que lui avait laissée son père, nommé aussi Pepin. Cet office honorable, le peuple était dans l'habitude de ne le confier qu'à des hommes distingués au-dessus de tous les autres par l'illustration de leur naissance et la grandeur de leurs richesses. Pendant quelques années, Pepin, père du roi Charles, partagea, sous, le monarque qui on vient de nommer, avec son frère Carldman, çette place que leur aïeul et leur père leur avaient, transmise; tous deux vécurent dans la plus parfaite union. Carloman, sans qu'on sache bien par quel motif, mais, à ce qu'il paraît, enflammé de l'amour de la vie contemplative, abandonna les pénibles soins du pouvoir temporel, se rendit à Rome pour y vivre en repos, y prit l'habit monastique, construisit un couvent sur le mont Soracte auprès de l'église du bienheureux Silvestre, s'y renferma avec quelques religieux qui s'étaient joints à lui, et y jouit pendant plusieurs années de la tranquillité, seul objet de ses vœux. Cependant comme beaucoup de nobles, partis de la France, se rendaient solennellement à Rome pour s'acquitter de leurs vœux, et, ne voulant pas manquer de témoigner leurs respects à leur ancien maître, troublaient par de fréquentes visites la vie paisible dans laquelle se complaisait Carloman, ils le forcèrent ainsi à changer de demeure. Reconnaissant en effet que cette foule de gens le détournait du but qu'il se proposait, il quitta le mont Soracte, se retira dans le Samnium, au monastère de Saint-Benoît, situé près du Mont-Cassin, et y consacra aux exercices de la vie religieuse les restes de son existence dans ce monde.

Pepin qui, de préfet du palais, avait été fait roi par l'autorité du pontife romain, mourut à Paris [en 743] d'une hydropisie, après avoir régné seul plus de quinze ans sur les Francs, et fait, pendant neuf ans de suite, la guerre en Aquitaine contre Waïfer, duc de ce pays. Il laissait deux fils, Charles et Carloman, qui, par la volonté divine, succédèrent à sa couronne. Et en effet, les Francs, réunis en assemblée générale et solennelle, se donnèrent pour rois ces deux princes, sous la condition préalable qu'ils se partageraient également le royaume; que Charles aurait, pour la gouverner, la portion échue primitivement à leur père Pepin, et Carloman celle qu'avait régie leur oncle Carloman. Tous deux acceptèrent ces conventions, et chacun reçut la partie du royaume qui lui revenait d'après le mode de partage arrêté; l'union se maintint entre eux quoique avec une grande difficulté; plusieurs de ceux du parti de Carloman tentèrent en effet de rompre la concorde, et quelques uns méditèrent même de précipiter les deux frères dans la guerre; mais il y eut dans toute cette affaire plus de méfiance que de danger réel; l'événement le prouva, lorsqu'à la mort de Carloman, sa veuve, avec ses enfants et plusieurs des principaux d'entre les grands attachés à ce prince, s'enfuit en Italie, et manifestant, quoique sans aucun prétexte, son éloignement pour le frère de son mari, alla se mettre ainsi que ses enfants sous la protection de Didier, roi des Lombards. Quant à Carloman, il mourut de maladie [en 771] après avoir administré pendant deux ans le royaume conjointement avec son frère.

[Roi des Francs]

Après la mort de ce prince, Charles fut établi seul roi, du consentement unanime des Francs. On n'a rien écrit sur sa naissance, sa première enfance et sa jeunesse; parmi les gens qui lui survivent, je n'en ai connu aucun qui puisse se flatter de connaître les détails de ses premières années; je croirais donc déplacé d'en rien dire, et laissant de coté ce que j'ignore, je passe au récit et au développement des actions, des mœurs et des autres parties de la vie de ce monarque. Cette tâche, je la remplirai de manière à ne rien omettre de nécessaire ou de bon à savoir, d'abord sur ce qu'il a fait au dedans et au dehors, ensuite sur ses mœurs et ses travaux, enfin sur son administration intérieure et sa mort.

De toutes ses guerres, la première fut celle d'Aquitaine, entreprise, mais non terminée par son père; il croyait pouvoir l'achever promptement avec l'aide de son frère, alors vivant, dont il avait sollicité le concours. Quoique celui-ci, malgré ses engagements, ne lui fournît aucun secours, Charles exécuta courageusement l'expédition projetée, et ne voulut ni abandonner ce qu'il avait commencé, ni prendre de repos qu'il n'eût, par une persévérance soutenue, amené son entreprise à un résultat complet. Il contraignit en effet à quitter l'Aquitaine, et à fuir en Gascogne, Hunold, qui, après la mort de Waïfer, avait tenté de s'emparer de l'Aquitaine, et de renouveler une guerre déjà presque assoupie. Décidé à ne pas même souffrir Hunold dans cet asile, Charles passe la Garonne après avoir élevé le fort de Fronsac, somme, par des envoyés, Loup, duc des Gascons, de lui livrer le fugitif, et, s'il ne le remet sur-le-champ, le menace d'aller le lui demander les armes à la main. Mais Loup, écoutant les conseils de la prudence, rendit Hunold [en 769], et se soumit lui-même, ainsi que la province qu'il commandait, à la puissance du vainqueur.

[Les guerres lombardes]

Cette guerre finie, et les affaires d'Aquitaine réglées, Charles, après la mort du frère avec lequel il partageait le royaume, porta ses armes en Lombardie, sur les prières et les instantes supplications d'Adrien, évêque de Rome. Son père, Pepin, à la demande du pape Étienne, avait fait précédemment une pareille expédition, mais non sans de grandes difficultés; plusieurs des principaux d'entre les Francs, dont ce prince était dans l'usage de prendre les conseils, poussèrent en effet la résistance à ses volontés au point de déclarer hautement qu'ils l'abandonneraient et retourneraient chez eux. Cette guerre contre le roi Astolphe eut cependant lieu, et fut promptement terminée. Mais quoique celle qu'entreprit Charles en Lombardie et celle qu'y soutint son père parussent avoir une cause semblable, ou plutôt tout-à-fait la même, les fatigues de la lutte et les résultats différèrent certainement beaucoup. Pepin [en 755], après avoir assiégé quelques jours la ville de Pavie, força le roi Astolphe à donner des otages, à restituer les places et châteaux enlevés aux Romains, et à s'obliger par serment de ne rien reprendre de ce qu'il avait rendu. Mais Charles tint Didier assiégé longtemps, et, la guerre une fois commencée [en 773], ne s'en désista qu'après avoir contraint [en 774] ce roi de se rendre à discrétion, chassé du royaume de son père, et de l'Italie même, son fils Adalgise, vers qui les Lombards paraissaient tourner toutes leurs espérances, remis les Romains en possession de tout ce qu'on leur avait pris, accablé Rotgaud, duc de Frioul, qui machinait de nouvelles révoltes, subjugué toute l'Italie, et donné son fils Pepin pour roi au pays conquis. J'aurais pu décrire ici les immenses difficultés que les Francs, à leur, entrée en Italie, trouvèrent à passer les Alpes, et les pénibles travaux qu'il leur fallut supporter pour franchir ces sommets de monts inaccessibles, ces rocs qui s'élancent vers le ciel, et ces rudes masses de pierres; mais mon but, dans cet ouvrage, est de transmettre à la postérité plutôt la manière de vivre de Charles que les détails de ses guerres. Celle-ci se termina par la soumission de l'Italie, l'exil et la captivité perpétuelle de Didier, l'expulsion de son fils Adalgise hors de l'Italie, et la restitution à Adrien, chef de l'église romaine, de tout ce qu'avaient envahi sur elle les rois de Lombardie.



La guerre entre Charlemagne et les Saxons. Éginhard, Vita Karoli Magni, XIIIe siècle. 


[Les guerres contre les Saxons]

Cette affaire finie, la guerre contre les Saxons, qui paraissait comme suspendue, recommença [775]. Aucune ne fut plus longue, plus cruelle et plus laborieuse pour les Francs. Les Saxons, ainsi que la plupart des nations de la Germanie, naturellement féroces, adonnés au culte des faux dieux, et ennemis de notre religion, n'attachaient aucune honte à profaner ou à violer les lois divines et humaines. Une foule de causes pouvaient troubler journellement la paix; à l'exception de quelques points où de vastes forêts et de hautes montagnes séparaient les deux peuples et marquaient d'une manière certaine les limites de leurs propriétés respectives, nos frontières touchaient presque partout, dans le pays plat, celles des Saxons; aussi voyait-on le meurtre, le pillage et l'incendie se renouveler sans cesse tant d'un côté que de l'autre. Les Francs en furent si irrités qu'ils résolurent de ne plus se contenter d'user de représailles, et de déclarer aux Saxons une guerre ouverte. Une fois commencée, elle dura trente-trois ans sans interruption, se fit des deux parts avec une grande animosité, mais fut beaucoup plus funeste aux Saxons qu'aux Francs. Elle eût pu cependant finir plus tôt, si la perfidie des Saxons l'eût permis. Il serait difficile de dire combien de fois, vaincus et suppliants, ils s'abandonnèrent aux volontés du roi, promirent d'obéir à ses ordres, remirent sans retard les otages qu'on leur demandait, et reçurent les gouverneurs qui leur étaient envoyés. Quelquefois même, entièrement abattus et domptés, ils consentirent à quitter le culte des faux dieux, et à se soumettre an joug de la religion chrétienne; mais autant ils se montraient faciles et empressés à prendre ces engagements, autant ils étaient prompts à les violer; si l'un leur coûtait plus que l'autre, il serait impossible de l'affirmer; et en effet, depuis l'instant où les hostilités contre eux commencèrent, à peine se passa-t-il une seule année sans qu'ils se rendissent coupables de cette mobilité. Mais leur manque de foi ne put ni vaincre la magnanimité du roi et sa constante fermeté d'âme dans la bonne comme dans la mauvaise fortune, ni le dégoûter de poursuivre l'exécution de ses projets. Jamais il ne souffrit qu'ils se montrassent impunément déloyaux; toujours il mena son armée ou l'envoya, sous la conduite de ses comtes, châtier leur perfidie et les punir comme ils le méritaient. À la fin, ayant battu et subjugué les plus constants à lui résister, il fit enlever, avec leurs femmes et leurs enfants, dix mille de ceux qui habitaient les deux rives de l'Elbe, et les répartit çà et là en mille endroits séparés de la Gaule et de la Germanie. Cette guerre, qui avait duré tant d'années, finit alors à la condition prescrite par le roi et acceptée par les Saxons, savoir que ceux-ci renonceraient au culte des idoles et aux cérémonies religieuses de leurs pères, embrasseraient le christianisme, recevraient le baptême, se réuniraient aux Francs, et ne feraient plus avec eux qu'un seul peuple.

Quoique cette guerre se soit continuée pendant un très longtemps, Charles ne combattit l'ennemi que deux fois en bataille rangée, d'abord près du mont Osneg, dans le lieu appelé Theotmel [Dethmold, dans l'évêché d'Osnabrück], ensuite sur les bords de la hase, et cela dans un seul mois et à peu de jours d'intervalle [en 783]. Dans ces deux actions générales, les Saxons furent tellement défaits et taillés en pièces qu'ils n'osèrent plus ni provoquer ce prince ni l'attendre et lui résister, à moins qu'ils ne se vissent protégés par quelque position forte. Comme les Saxons, les Francs perdirent beaucoup de leurs nobles et plusieurs hommes revêtus des plus hantes et plus honorables fonctions. Mais enfin cette lutte cessa dans sa trente-troisième année. Pendant qu'elle durait, de si nombreuses et si grandes guerres furent en même temps suscitées aux Francs dans diverses parties de la terre, et dirigées par l'habileté de leur monarque, que les témoins même de ses actions pourraient justement douter si c'est de sa patience dans les travaux ou de sa fortune qu'on doit le plus s'étonner; et en effet, deux ans avant que la guerre se fit en Italie, celle de Charles contre les Saxons commença; et quoiqu'elle se continuât sans interruption, on ne ralentit en rien celles qui avaient lieu en quelque endroit que ce fût, et on ue cessa nulle part de combattre avec les mêmes succès. Le roi qui, de tous les princes dont les nations reconnaissaient alors les lois, était le plus distingué par la prudence et le plus éminent par la grandeur d'âme, ne se laissait ni détourner par la crainte des fatigues, ni rebuter par l'horreur des dangers dans aucune des choses qu'il devait entreprendre ou exécuter; mais habile à subir et à porter comme il le fallait chaque événement, jamais il ne se montrait ni abattu par les revers ni ébloui par les faveurs de la fortune dans les succès.

[Défaite des Pyrénées, mort de Roland]

Pendant qu'il faisait aux Saxons une guerre vive et presque continue, il répartit des garnisons sur tous les points favorables des frontières du côté de l'Espagne, attaqua ce royaume à la tête de l'armée la plus considérable qu'il put réunir [en 778], franchit les gorges des Pyrénées, força de se rendre à discrétion toutes les places et les châteaux forts devant lesquels il se présenta, et ramena les troupes saines et sauves. À son retour cependant, il eut, dans les Pyrénées mêmes, à souffrir un peu de la perfidie des Gascons. Dans sa marche, l'armée défilait sur une ligne étroite et longue, comme l'y obligeait la nature d'un terrain resserré. Les Gascons s'embusquèrent sur la crête de la montagne, qui, par le nombre et l'épaisseur de ses bois, favorisait leurs artifices; de là, se précipitant sur la queue des bagages, et sur l'arrière-garde destinée à protéger ce qui la précédait, ils les rejetèrent dans le fond de la vallée, tuèrent, après un combat opiniâtre, tous les hommes jusqu'au dernier, pillèrent les bagages, et, protégés par les ombres de la nuit qui déjà s'épaississaient, s'éparpillèrent en divers lieux avec une extrême célérité. Les Gascons avaient pour eux dans cet engagement la légèreté de leurs armes et l'avantage de la position. La pesanteur des armes et 1a difficulté du terrain rendaient au contraire les Francs inférieurs en tout à leurs ennemis. Eggiard, maître-d'hôtel du roi Anselme, comte du palais, Roland, commandant des frontières de Bretagne et plusieurs autres périrent dans cette affaire. Tirer vengeance sur le champ de cet échec ne se pouvait pas. Le coup fait, ses auteurs s'étaient tellement dispersés qu'on ne put recueillir aucun renseignement sur les lieux où on devait les aller chercher.

[Les Bretons]

Les Bretons qui habitent, sur les rives de l'Océan, la partie la plus reculée de la Gaule occidentale, refusaient de reconnaître les ordres de Charles; il envoya contre eux une armée [en 786] qui les fit rentrer dans le devoir, et les contraignit de donner des otages et de s'obliger à faire ce qui leur serait commandé. Lui-même ensuite passa en Italie à la tête de ses troupes, traversa Rome, s'approcha de Capoue, ville de Campanie, établit là son camp, et menaça les Bénéventins de la guerre, s'ils ne se soumettaient. Leur duc Arégise s'empressa de prévenir ce malheur, envoya ses fils Romuald et Grimoald avec une grande somme d'argent au devant du roi, le fit prier de les accepter pour otages, promit pour sa nation et pour lui-même une entière obéissance, et ne demanda d'autre grâce que d'être dispensé de se présenter en personne. Charles, plus touché du salut des Bénéventins que de l'obstination de leur duc, accepta les otages qu'offrait celui-ci, et lui accorda comme une immense faveur la permission de ne pas venir le trouver; se contentant même de retenir comme otage le cadet des fils du duc, il renvoya l'aîné à son père, chargea des commissaires d'aller, avec Arégise, exiger et recevoir le serment de fidélité des Bénéventins, revint à Rome, et, après y avoir consacré quelques jours à visiter les lieux saints, repassa dans les Gaules.

[Guerre de Bavière]

Ce prince entreprit ensuite tout à coup et termina promptement la guerre de Bavière [en 787]. Elle eut pour cause l'insolence et la lâche perfidie de Tassilon, duc de ce pays, poussé par sa femme, fille du roi Didier, qui espérait venger la chute de son père à l'aide de son mari. Celui-ci s'unit aux Huns, voisins des Bavarois du côté de l'Orient, et osa non seulement secouer le joug, mais provoquer le roi. La grande âme de Charles ne pouvait supporter un tel excès d'arrogance; rassemblant des troupes de toutes parts, il marche en personne contre la Bavière, arrive à la tête d'une armée considérable sur le Lech qui sépare les Bavarois des Allemands, pose son camp sur les bords de ce fleuve, et, avant d'entrer dans le pays, envoie des députés au duc pour essayer de le ramener au devoir. Tassilon, reconnaissant qu'il ne serait utile ni à lui ni aux siens de persister dans la révolte, se rend en suppliant auprès du roi, donne les otages qui lui sont demandés, entre autres son fils Théodon, et s'engage sous la foi du serment à ne jamais prêter l'oreille à quiconque voudrait lui persuader de se soustraire à la puissance et à la protection de Charles. Ainsi finit rapidement cette guerre qui paraissait devoir être très grave [en 788]. Dans la suite cependant, Tassilon, appelé près du roi, n'eut pas la permission de retourner eu Bavière; et tout le pays qu'il occupait ne fut plus gouverné par au duc, mais régi par des comtes.

Cette révolte comprimée, Charles porta ses armes contre les Esclavons, que nous nommons d'ordinaire Stiiltzes, mais qui s'appellent proprement Wélétabes [habitants du Brandebourg et de la Poméranie]. Divers peuples, d'après l'ordre qu'ils en avaient reçu, suivaient les enseignes du roi. De ce nombre étaient les Saxons; et, quoiqu'on ne pût compter de leur part que sur une obéissance feinte et sans dévouement, ils servaient comme auxiliaires. Cette guerre avait pour motif les incursions dont les Esclavons ne cessaient de fatiguer les Obotrites [habitants du Mecklenbourg], alliés des Francs, et auxquelles toutes les représentations de Charles n'avaient pu mettre un terme. Un bras de mer d'une longueur inconnue [mer Baltique], mais dont la largeur, qui nulle part n'excède cent mille pas, est, dans beaucoup d'endroits, plus resserrée, s'étend de l'Océan occidental vers l'Orient. Plusieurs nations habitent ses bords; les Danois et les Suèves, que nous appelons Normands, occupent le rivage septentrional et toutes les îles; sur la rive méridionale sont les Esclavons, les Aïstes et d'autres peuples. Les plus importants de ceux-ci étaient les Wélétabes, auxquels le roi faisait la guerre. Cependant une seule campagne, dans laquelle ce prince commandait en personne, suffit pour les écraser et les soumettre si complétement, que dans la suite ils n'osèrent plus faire la moindre résistance à ses ordres.

[Guerre contre les Avares ou les Huns]

À cette expédition succéda la plus terrible de toutes les guerres que fit Charles, si l'on excepte celle des Saxons; ce fut la guerre contre les Avares ou Huns [en 791]. Il y mit plus d'acharnement et y déploya de plus grandes forces que dans les autres. Il ne fit toutefois en personne qu'une seule campagne dans la Pannonie, pays qu'occupait alors cette nation, et se reposa sur son fils Pepin, les commandants des provinces, ses comtes et ses lieutenants, du reste de la guerre; quoique soutenue par tous ceux-ci avec un très grand courage, elle ne fut terminée qu'au bout de huit ans. La Pannonie vide d'habitants, et la résidence royale du Chagan [titre du roi des Avares] tellement dévastée qu'il n'y restait pas trace de demeure humaine, attestent combien il y eut de combats donnés et de sang répandu. Les Huns perdirent toute leur noblesse, virent périr toute leur gloire, et furent dépouillés de tout leur argent, ainsi que des trésors qu'ils avaient amassés depuis longues années. De mémoire d'homme, les Francs n'ont fait aucune guerre dont ils aient rapporté un butin plus abondant et de plus grandes richesses. Jusqu'à cette époque on aurait pu les regarder comme pauvres; mais alors ils trouvèrent, dans le palais du roi des Huns, tant d'or ef d'argent, et rapportèrent des combats tant de précieuses dépouilles, qu'on est fondé à croire que les Francs enlevèrent justement aux Huns ce que ceux-ci avaient précédemment ravi injustement aux autres nations. Les Francs ne perdirent au surplus dans cette guerre que deux des grands de leur nation; l'un Herric, duc de Frioul, qui, en Dalmatie, tomba près de Tarsacoz, ville maritime, dans des embûches dressées par les assiégés; l'autre Gérold, gouverneur de Bavière, qui au moment où, dans la Pannonie, il rangeait son armée en bataille pour combattre les Huns, fut tué, on ne sait par qui, avec deux guerriers qui l'accompagnaient, pendant qu'à cheval il exhortait chacun à bien faire. Du reste, cette guerre qui traîna en longueur à cause de son étendue, coûta peu de sang aux Francs, et se termina heureusement pour eux. Après qu'elle fut achevée, la guerre contre les Saxons eut aussi un résultat proportionné à sa longue durée.

Deux autres guerres, l'une contre les Bohémiens, l'autre contre les peuples du Lunebourg, eurent ensuite lieu, furent conduites par Charles, le plus jeune des fils du roi, et finirent promptement.

[Guerre contre les Normands]

Une dernière fut entreprise contre les Normands, qu'on appelle Danois, qui, se bornant d'abord à la piraterie, vinrent ensuite avec une nombreuse flotte ravager les côtes de la Gaule et de la Germanie. Leur roi Godefroi se laissait tellement enfler par d'orgueilleuses espérances, qu'il se promettait l'empire de la Germanie toute entière. La Frise et la Saxe, il les regardait comme des provinces à lui appartenantes. Les Obotrites ses voisins, déjà il les avait soumis et rendus tributaires; il se vantait même qu'il arriverait bientôt avec de nombreuses forces jusqu à Aix-la-Chapelle où le roi tenait sa cour. Bien loin de n'ajouter aucune foi à ses menaces, tout arrogantes qu'elles étaient, on croyait généralenment qu'il aurait hasardé quelque entreprise de cette sorte, s'il n'eût été prévenu par une mort prématurée. En effet, un de ses propres soldats l'assassina, et mit ainsi fin à sa vie et aux hostilités qu'il avait commencées.

Telles sont les guerres que Charles, le plus puissant des monarques, soutint en divers lieux de la terre avec autant d'habileté que de bonheur, pendant les quarante-sept ans que dura son règne. Le royaume des Francs, tel que le lui transmit Pepin son père, était déjà sans doute étendu et fort; mais il le doubla presque, tant il l'agrandit par ses nobles conquêtes. Ce royaume, en effet, ne comprenait avant lui que la partie de la Gaule située entre le Rhin, la Loire, l'Océan et la mer Baléare, la portion de la Germanie habitée par les Francs, bornée par la Saxe, le Danube, le Rhin et la Sale, qui sépare les Thuringiens des Sorabes, le pays des Allemands et la Bavière. Charles y ajouta, par ses guerres mémorables, d'abord l'Aquitaine, la Gascogne, la chaîne entière des Pyrénées, et toutes les contrées jusqu'à l'Ebre qui prend sa source dans la Navarre, arrose les plaines les plus fertiles de l'Espagne, et se jette dans la mer Baléare sous les murs de Tortose; ensuite toute la partie de l'Italie, qui de la vallée d'Aost jusqu'à la Calabre inférieure, frontière des Grecs et des Bénéventins, s'étend sur une longueur de plus d'un million de pas; en outre la Saxe, portion considérable de la Germanie, et qui, regardée comme double en largeur de la partie de cette contrée qu'habitent les Francs, est réputée égale en longueur; de plus, les deux Pannonies, la Dacie située sur la rie opposée du Danube, l'Istrie, la Croatie et la Dalmatie, à l'exception des villes maritimes, dont il voulut bien abandonner la possession à l'empereur de Constantinople, par suite de l'alliance et de l'amitié qui les unissaient; enfin toutes les nations barbares et farouches, qui occuppent la partie de la Germanie comprise entre le Rhin, la Vistule, le Danube et l'Océan; quoique parlant à peu près une même langue, elles diffèrent beaucoup par leurs moeurs et leurs usages. Il les dompta si complétement qu'il les rendit tributaires. Les principales sont les Wélétabes, les Sorabes, les Obotrites et les Bohémiens. Cefut avec celles-là qu'il en vint aux mains; mais il accepta la soumission des autres, dont le nombre est plus grand.

[Ses relations diplomatiques]

Il sut accroître aussi la gloire de son règne en se conciliant l'amitié de plusieurs rois et de divers peuples. Il s'attacha par des liens si forts Alphonse, roi de Galice et des Asturies, que celui-ci, lorsqu'il écrivait à Charles ou lui envoyait des ambassadeurs, ne voulait jamais s'intituler que son fidèle. Sa munificence façonna tellement à ses volontés les rois des Écossais qu'ils ne l'appelaient pas autrement que leur seigneur, et se disaient ses sujets et ses serviteurs. On a encore de leurs lettres, où ils lui témoignent en ces termes toute leur affection. Haroun, prince des Perses et maître de presque tout l'Orient, à l'exception de l'Inde, lui fut ainsi d'une si parfaite amitié qu'il préférait sa bienveillance à celle de tous les rois et potentats de l'univers, et le regardait comme seul digne qu'il l'honorât par des marques de déférence et des présents. Aussi quand les envoyés que Charles avait chargés de porter des offrandes au saint sépulcredu Seigneur et Sauveur du monde, et aux lieux témoins de sa résurrection [en 800], se présentèrent devant Haroun et lui firent connaître les desirs de leur maître, le prince des Perses ne se contenta pas d'acquiescer à la demande du roi, mais il lui accorda la propriété des lieux, berceau sacré de notre salut, et voulut qu'ils fussent soumis à sa puissance. Lorsque ensuite ces députés revinrent, Haroun les fit accompagner d'ambassadeurs qui apportèrent à Charles, outre des habits, des parfums, et d'antres riches produits de l'Orient, les plus magnifiques présents; c'est ainsi que peu d'années auparavant, à la prière du roi, Haroun lui avait envoyé le seul éléphant qu'il eût alors. Les empereurs de Constantinople, Nicéphore, Michel, et Léon sollicitèrent aussi de leur propre mouvement son alliance et son amitié; le titre d'empereur qu'il avait pris les inquiétait, et leur faisait redouter qu'il ne voulût leur enlever l'empire; mais il conclut avec eux un ferme traité, tellement qu'il ne resta entre eux et lui aucun motif de division. La puissance des Francs était toujours en effet un objet de crainte pour les Romains et les Grecs, et de là vient ce proverbe qui avait cours en Grèce et qui subsiste encore: «Ayez le Franc pour ami et non pour voisin.»

Quoiqu'ardent à agrandir ses États, en soumettant à ses lois les nations étrangères, et quoique tout entier à l'exécution de ce vaste projet, Charles ne laissa pas de commencer et même de terminer en divers lieux beaucoup de travaux pour l'éclat et la commodité de son royaume. Les plus remarquables furent, sans aucun doute, la basilique construite avec un art admirable, en l'honneur de la mère de Dieu, à Aix-la-Chapelle, et le pont de Mayence sur le Rhin. Il était long de cinq cents pas, car telle est la largeur du fleuve en cet endroit. Mais ce bel ouvrage périt un an avant la mort de Charles, un incendie le consuma; le roi pensait à le rétablir, et à employer la pierre au lieu du bois; mais la mort qui vint le surprendre l'en empêcha. Ce prince commença deux palais d'un beau travail; l'un non loin de Mayence, près de la maison de campagne nommée lngelbeim; l'autre à Nimègue sur le Wahal, qui coule le long de file des Bataves au midi. Mais il donna surtout ses soins à faire reconstruire, dans toute l'étendue de son royaume, les églises tombées en ruines par vétusté; les prêtres et les moines qui les desservaient eurent ordre de les rebâtir, et des commissaires furent envoyés par le roi pour veiller à l'exécution de ses commandements. Voulant réunir une flotte pour combattre les Normands, il fit fabriquer des vaisseaux sur tous les fleuves de la Gaule et de la Germanie qui se jettent dans l'Océan septentrional; et comme les Normands dévastaient dans leurs courses continuelles les côtes de ces deux contrées, il plaça, dans tous les ports et les embouchures de fleuves propres à recevoir des navires, quelques bâtiments en station, et coupa ainsi le chemin à l'ennemi. Les mêmes précautions, il les employa sur toute la côte de la province Narbonnaise, de la Septimanie et de l'Italie jusqu'à Rome, contre les Maures, qui tout récemment avaient tenté d'exercer leurs pirateries dans ces parages. Grâces à ces mesures, tant. que ce monarque vécut, on n'eut à souffrir aucun dommage grave, en Italie de la part des Maures, dans la Gaule et la Germanie, de celle des Normands; les premiers cependant prirent par trahison, et ruinèrent Civita Vecchia, ville d'Étrurie; et les seconds ravagèrent dans la Frise quelques îles contiguës aux côtes de la Germanie.


2° partie

Tel se montra Charles dans tout ce qui intéressait la défense, l'agrandissement et l'éclat de son royaume. Je vais dire maintenant quelles qualités distinguaient sa grande âme, raconter combien il déploya de constance dans tous les événements, soit heureux, soit funestes, et donner le détail de sa vie intérieure et domestique. 


[Les femmes de Charlemagne]


Quand, après la mort de son père, il eut partagé le royaume avec son frère, il supporta la jalousie et l'inimitié cachée de celui-ci avec une telle patience que c'était pour tous un sujet d'étonnement qu'il ne laissât paraître aucun ressentiment. Après avoir ensuite, à la sollicitation de sa mère, épousé la fille de Didier, roi des Lombards [Désirée, aussi nommée par les historiens Désidérate ou Hermengarde], il la répudia, on ne sait pour quel motif, au bout d'un an, et s'unit à Hildegarde, femme d'une des plus nobles familles de la nation des Suèves. Elle lui donna trois fils, Charles, Pepin et Louis, et autant de filles, Rotrude, Berthe et Gisèle [Charles naquit en 772, Rotrude en 773, Berthe en 775, Carloman, qui prit ensuite le nom de Pepin, en 776, Louis en 778 et Gisèle en 781. La reine Hildegarde avait donné à Charlemagne trois autres enfants dont deux, Lothaire et Adélaïde, moururent avant leur mère, et la troisième, nommée aussi Hildegarde, ne lui survécut que quarante jours]; il eut encore trois autres filles, Thédrade, Hildrude et Rothaïde, deux de Fastrade, sa troisième femme, qui appartenait à la nation des Francs orientaux, c'est-àdire des Germains; et l'autre, la troisième, d'une concubine dont le nom m'échappe pour le moment [Himiltrude, selon quelques auteurs]. Avant perdu Fastrade, il épousa Luitgarde, Allemande de naissance, dont il n'eut pas d'enfants. Après la mort de cette dernière, il eut quatre concubines: Mathaldarde, qui lui donna une fille nommée Rothilde; Gersuinthe, saxonne, de qui lui naquit une autre fille, Adelrude; Regina, qui mit au jour Drogon et Hugues; Adalinde, dont lui vint Théodoric. Sa mère Bertrade vieilli auprès de lui comblée d'honneurs; il lui témoignait en effet le plus grand respect, et jamais il ne s'éleva entre eux le moindre nuage, si ce n'est une seule fois à l'occasion du divorce de Charles avec la fille de Didier que Bertrade lui avait fait épouser. Cette princesse suivit de près Hildegarde au tombeau, après avoir vu trois petits-fils et autant de petites filles dans la maison de son fils. Celui-ci la fit enterrer avec les plus grands honneurs dans la basilique de Saint-Denis, où reposait déjà Pepin, son père. Charles n'avait qu'une soeur nommée Gisèle, vouée dès sa plus tendre enfance à la vie monastique, et qu'il aima et vénéra toujours autant que sa mère. Elle mourut quelques années avant lui dans le monastère où elle avait pris l'habit religieux.

[Ses enfants]


Le roi voulut que ses enfants, tant fils que filles, fussent initiés aux études libérales que lui-même cultivait. Dès que l'âge des garçons le permit, il les fit exercer, suivant l'usage des Francs, à l'équitation, au maniement des armes et à la chasse. Quant aux filles, pour qu'elles ne croupissent pas dans l'oisiveté, il ordonna qu'on les habituât au fuseau, à la quenouille et aux ouvrages de laine, et qu'on les formât à tout ce qu'il y a d'honnête. De tous ses enfants, il ne perdit avant sa mort que deux fils et une fille, Charles, l'aîné des garçons, Pepin, roi d'Italie, et Rotrude, la plus âgée des filles, promise en mariage à Constantin, empereur des Grecs. Pepin laissa un fils nommé Bernard, et cinq filles, Adélaïde, Atula, Gondrade, Berthe et Théodora. Le roi leur donna une preuve éclatante de sa tendresse en permettant que son petit-fils succédât au royaume de son père, et que ses petites-filles fussent élevées avec ses propres filles. Ce prince supporta la perte de ses fils et de sa fille avec moins de courage qu'on ne devait l'attendre de la fermeté d'âme qui le distinguait; et sa tendresse de coeur qui n'était pas moins grande, lui fit verser des torrents de larmes. À la nouvelle de la mort du pape Adrien, son ami le plus dévoué, on le vit pleurer aussi, comme s'il eût perdu un frère ou le plus cher de ses enfants. Tout fait pour les liens de l'amitié, il les formait avec facilité, les conservait avec constance, et soignait religieusement tous les gens auxquels l'unissaient des liens de cette nature. Il apportait une telle surveillance à l'éducation de ses fils et de ses filles, que quand il n'était pas hors de son royaume, jamais il ne mangeait ou ne voyageait sans les avoir avec lui; les garçons l'accompagnaient à cheval, les filles suivaient par derrière, et une troupe nombreuse de soldats choisis, destinés à ce service, veillaient à leur sûreté. Elles étaient fort belles, et il les aimait avec passion; aussi s'étonne-t-on qu'il n'ait jamais voulu en marier une seule, soit à quelqu'un des siens, soit à quelque étranger; il les garda toutes chez lui et avec lui jusqu'à sa mort, disant qu'il ne pouvait se priver de leur société. Quoique heureux en toute autre chose, il éprouva dans ses filles la malignité de la mauvaise fortune; mais il dissimula ce chagrin, et se conduisit comme si jamais elles n'eussent fait naître de soupçons injurieux, et qu'aucun bruit ne s'en fût répandu.

[Trahison de Pepin]


Il avait eu d'une de ses concubines un fils nommé Pepin, beau de visage, mais bossu, dont je n'ai pas fait mention en parlant de ses autres enfans. Dans le temps de la guerre contre les Huns, et pendant un hiver que le roi passait en Bavière, ce jeune homme feignit une maladie, s'unit à quelques grands d'entre les Francs qui l'avaient séduit du vain espoir de le mettre sur le trône, et conspira contre son père [en 793].

Après la découverte du crime et la condamnation des coupables, Pepin fut rasé, sollicita et obtint la permission d'embrasser la vie monastique dans le couvent de Pruim [dans le diocèse de Prium]. Une autre et plus violente conjuration se forma contre Charles en Germanie; quelques-uns de ceux qui la tramèrent eurent les yeux crevés; les autres conservèrent leurs membres, et tous furent exilés et déportés; mais aucun ne perdit la vie, à l'exception de trois qui, pour n'être pas arrêtés, tirèrent l'épée, se défendirent, massacrèrent quelques soldats, et se firent tuer plutôt que de se rendre. Au surplus, la cruauté de la reine Fastrade est regardée comme la seule cause qui donna naissance à ces deux complots; et si, dans ces deux circonstances, on en voulut à la vie du roi, c'est parce que, se prêtant à la méchanceté de sa femme, il avait paru inhumainement oublier sa douceur accoutumée et la bonté de sa nature.

Du reste, pendant toute sa vie, il sut si bien se concilier l'amour et la bienveillance de tous, tant au dedans qu'au dehors, que nul ne put jamais lui reprocher le plus petit acte d'une injuste rigueur. Il aimait les étrangers et mettait tous ses soins à les bien accueillir; aussi accoururent-ils en si grand nombre qu'on les regardait avec raison comme une charge trop dispendieuse et pour le palais et pour le royaume même. Quant au roi, l'élévation de son âme lui faisait regarder ce fardeau comme léger; la gêne fâcheuse qu'il en éprouvait, il la trouvait plus que payée par les louanges prodiguées à sa magnificence et l'éclat répandu sur son nom.

[Portrait de Charlemagne]


Charles était gros, robuste et d'une taille élevée, mais bien proportionnée, et qui n'excédait pas en hauteur sept fois la longueur de son pied. Il avait le sommet de la tête rond, les yeux grands et vifs, le nez un peu long, les cheveux beaux, la physionomie ouverte et gaie; qu'il fût assis ou debout, toute sa personne commandait le respect et respirait la dignité; bien qu'il eût le cou gros et court et le ventre proéminent, la juste proportion du reste de ses membres cachait ces défauts; il marchait d'un pas ferme; tous les mouvements de son corps présentaient quelque chose de mâle; sa voix, quoique perçante, paraissait trop grêle pour son corps. Il jouit d'une santé constamment bonne jusqu'aux quatre dernières années qui précédèrent sa mort; il fut alors fréquemment tourmenté de la fièvre, et finit même par boiter d'un pied. Dans ce temps de souffrance il se conduisait plutôt d'après ses idées que par le conseil des médecins, qui lui étaient devenus presque odieux pour lui avoir interdit les viandes rôties dont il se nourrissait d'ordinaire, et prescrit des aliments bouillis. Il s'adonnait assidûment aux exercices du chevalet de la chasse; c'était chez lui une passion de famille, car à peine trouverait-on dans toute la terre une nation qui pût y égaler les Francs. Il aimait beaucoup encore les bains d'eaux naturellement chaudes, et s'exerçait fréquemment à nager, en quoi il était si habile que nul ne l'y surpassait. Par suite de ce goût il bâtit à Aix-la-Chapelle un palais qu'il habita constamment les dernières années de sa vie et jusqu'à sa mort; ce n'était pas au reste seulement ses fils, mais souvent aussi les grands de sa cour, ses amis et les soldats chargés de sa garde personnelle qu'il invitait à partager avec lui le divertissement du bain; aussi vit-on quelquefois jusqu'à cent personnes et plus le prendre tous ensemble.

[Ses moeurs, son habillement]


Le costume ordinaire du roi était celui de ses pères, l'habit des Francs; il avait sur la peau une chemise et des haut-de-chausses de toile de lin; par-dessus étaient une tunique serrée avec une ceinture de soie et des chaussettes; des bandelettes entouraient ses jambes, des sandales renfermaient ses pieds, et l'hiver un justaucorps de peau de loutre lui garantissait la poitrine et les épaules contre le froid. Toujours il était couvert de la saye des Wénètes et portait une épée dont la poignée et le baudrier étaient d'or ou d'argent; quelquefois il en portait une enrichie de pierreries, mais ce n'était jamais que les jours de très grandes fêtes, ou quand il donnait audience aux ambassadeurs des autres nations. Les habits étrangers, quelque riches qu'ils fussent, il les méprisait et ne souffrait pas qu'on l'en revêtit. Deux fois seulement, dans les séjours qu'il fit à Rome, d'abord à la prière du pape Adrien, ensuite sur les instances de Léon, successeur de ce pontife, il consentit à prendre la longue tunique, la chlamyde et la chaussure romaine.

Dans les grandes solennités, il se montrait avec un justaucorps brodé d'or, des sandales ornées de pierres précieuses, une saye retenue par une agrafe d'or, et un diadème tout brillant d'or et de pierreries; mais le reste du temps ses vêtements différaient peu de ceux des gens du commun.

Sobre dans le boire et le manger, il l'était plus encore dans le boire; haïssant l'ivrognerie dans quelque homme que ce fût, il l'avait surtout en horreur pour lui et les siens. Quant à la nourriture, il ne pouvait s'en abstenir autant, et se plaignait souvent que le jeûne l'incommodait. Très rarement donnait-il de grands repas; s'il le faisait, ce n'était qu'aux principales fêtes; mais alors il réunissait un grand nombre de personnes. À son repas de tous les jours on ne servait jamais que quatre plats outre le rôti que les chasseurs apportaient sur la broche, et dont il mangeait plus volontiers que de tout autre mets. Pendant ce repas il se faisait réciter ou lire, et de préférence, les histoires et les chroniques des temps passés. Les ouvrages de saint Augustin, et particulièrement celui qui a pour titre de la Cité de Dieu, lui plaisaient aussi beaucoup. Il était tellement réservé dans l'usage du vin et de toute espèce de boisson qu'il ne buvait guère que trois fois dans tout son repas; en été, après le repas du milieu du jour, il prenait quelques fruits, buvait un coup, quittait ses vêtements et sa chaussure comme il le faisait le soir pour se coucher, et reposait deux ou trois heures. Le sommeil de la nuit, il l'interrompait quatre ou cinq fois, non seulement en se réveillant, mais en se levant tout-à-fait. Quand il se chaussait et s'habillait, non seulement il recevait ses amis, mais si le comte du palais lui rendait compte de quelque procès sur lequel on ne pouvait prononcer sans son ordre, il faisait entrer aussitôt les parties, prenait connaissance de l'affaire, et rendait sa sentence comme s'il eût siégé sur un tribunal; et ce n'était pas les procès seulement, mais tout ce qu'il avait à faire dans le jour, et les ordres à donner à ses ministres que ce prince expédiait ainsi dans ce moment.

[Son amour des lettres]


Doué d'une éloquence abondante et forte, il s'exprimait avec une grande netteté sur toute espèce de sujets. Ne se bornant pas à sa langue paternelle, il donna beaucoup de soins à l'étude des langues étrangères, et apprit si bien le latin qu'il s'en servait comme de sa propre langue; quant au grec, il le comprenait mieux qu'il ne le parlait. La fécondité de sa conversation était telle au surplus qu'il paraissait aimer trop à causer. Passionné pour les arts libéraux, il respectait les hommes qui s'y distinguaient et les comblait d'honneurs. Le diacre Pierre, vieillard, natif de Pise, lui apprit la grammaire; dans les autres sciences il eut pour maître Albin, surnommé Alcuin, diacre breton, Saxon d'origine, l'homme le plus savant de son temps; ce fut sous sa direction que Charles consacra beaucoup de temps et de travail à l'étude de la rhétorique, de la dialectique et surtout de l'astronomie, apprenant l'art de calculer la marche des astres et suivent leur cours avec une attention scrupuleuse et une étonnante sagacité; il essaya même d'écrire, et avait habituellement sous le chevet de son lit des tablettes et des exemples pour s'exercer à former des lettres quand il se trouvait quelques instants libres; mais il réussit peu dans cette étude commencée trop tard et à un âge peu convenable.

[Sa piété]


Élevé dès sa plus tendre enfance dans la religion chrétienne, ce monarque l'honora toujours avec une exemplaire et sainte piété. Poussé par sa dévotion il bâtit à Aix-la-Chapelle une basilique d'une grande beauté, l'enrichit d'or, d'argent, et de magnifiques candélabres, l'orna de portes et de grilles de bronze massif, et fit venir pour sa construction, de Ravenne et de Rome, les colonnes et les marbres qu'il ne pouvait tirer d'autrui autre endroit. Il s'y rendait exactement, pour les prières publiques, le matin et le soir, et y allait même aux offices de la nuit et à l'heure du saint sacrifice, tant que sa santé le lui permettait; veillant avec attention à ce que les cérémonies s'y fissent avec une grande décence, il recommandait sans cesse aux gardiens de ne pas souffrir qu'on y apportât ou qu'on y laissât rien de malpropre ou d'indigne de la sainteté du lieu. Les vases sacrés d'or et d'argent et les orneniens sacerdotaux dont il fit don à cette église étaient en si grande abondance que lorsqu'on célébrait les saints mystères, les portiers, qui sont les clercs du dernier rang, n'avaient pas besoin de se servir de leurs propres habits. Ce prince mit le plus grand soin à réformer la manière de réciter et de chanter les psaumes; lui-méme était fort habile à l'un et à l'autre, quoiqu'il ne récitât jamais en public et ne chantât qu'à voix basse et avec le gros des fidèles.

Toujours porté à soutenir les pauvres, et prodigue de ces dons gratuits que les Grecs appellent Ýëå÷ìóôßíç [aumône], il ne bornait pas ses charités à son pays et à ses seuls États; mais au-delà des mers, en Syrie, en Égypte, en Afrique, à Jérusalem, à Alexandrie, à Carthage, partout où il savait des Chrétiens dans la misère, il compatissait à leur détresse, et leur envoyait sans cesse de l'argent. S'il recherchait l'amitié des princes d'outre-mer, c'était surtout pour procurer des secours et du soulagement aux Chrétiens qui vivaient sous leur domination. Entre tous les lieux saints et respectables, il vénérait spécialement l'église de l'apôtre saint Pierre à Rome; aussi lui fit-il des dons en or, en argent, et même en pierreries, pour de grandes sommes d'argent, et envoya-t-il aux papes des présents d'une immense valeur. Aussi encore, dans tout son règne, ne se glorifiait-il de rien tant que d'avoir rendu, par ses travaux et ses soins, à la ville de Rome son antique pouvoir, d'avoir protégé, défendu et comblé même de plus de richesses et de dons précieux qu'aucune autre église la basilique de Saint-Pierre; et cependant, malgré toute la dévotion qu'il professait pour elle, il ne put y aller faire ses prières et acquitter ses vœux que quatre fois dans tout le cours des quarante-sept ans qu'il occupa le trône.





Le 25 décembre de l'an 800, à Saint-Pierre de Rome, Charlemagne est couronné empereur par le pape Léon III.

Jean Fouquet.Couronnement de Charlemagne. Grandes Chroniques de France

Paris, BnF, département des Manuscrits, Français 6465, fol. 89v. (Second Livre de Charlemagne)

[Couronnement par le pape Léon]


Le désir de remplir ce pieux devoir ne fut pas le seul motif du dernier voyage que Charles fit à Rome. Le pape Léon, que les Romains accablèrent de mauvais traitements, et auquel ils arrachèrent les yeux et coupèrent la langue, se vit contraint de recourir à la protection du roi. Ce prince vint donc pour faire cesser le trouble, et remettre l'ordre dans l'État de l'Église [en 800]. Dans ce but, il passa l'hiver à Rome, et y reçut à cette époque le nom d'Empereur et d'Auguste. ll était d'abord si loin de desirer cette dignité, qu'il assurait que, quoique le jour où on la lui conféra fût une des principales fêtes de l'année, il ne serait pas entré dans l'église, s'il eût pu soupçonner le projet du souverain pontife. Les empereurs grecs virent avec indignation que Charles eût accepté un tel titre; lui n'opposa qu une admirable patience à leur mécontentement, leur envoya de fréquentes ambassades, les appela ses frères dans ses lettres, et triompha de leur humeur par cette grandeur d'ame qui l'élevait sans contredit de beaucoup au-dessus d'eux.

[Harmonisation des lois et du langage]


Les Francs sont régis, dans une foule de lieux, par deux lois très-différentes [Eginhard veut parler sans doute des lois saliques et ripuaires]. Charles s'était aperçu de ce qui y manquait. Après donc que le titre d'empereur lui eut été donné, il s'occupa d'ajouter à ces lois, de les faire accorder dans les points où elles différaient, de corriger leurs vices et leurs funestes extensions. Il ne fit cependant, à cet égard, qu'augmenter ces lois d'un petit nombre de capitulaires qui demeurèrent imparfaits. Mais toutes les nations soumises à son pouvoir n'avaient point eu jusqu'alors de lois écrites: il ordonna d'écrire leurs coutumes, et de les consigner sur des registres; il en fit de même pour les poèmes barbares et très anciens qui chantaient les actions et les guerres des anciens rois, et de cette manière les conserva à la postérité. Une grammaire de la langue nationale fut aussi commencée par ses soins. Les mois avaient eu jusqu'à lui, chez les Francs, des noms moitié latins et moitié barbares; Charles leur en donna de nationaux. Précédemment encore à peine pouvait-on désigner quatre vents par des mots différents; il en distingua douze qui avaient chacun son nom propre. C'est ainsi qu'il appela janvier wintermanoht, février hormunc, mars lenzinmanoht, avril ostermanoht, mai winnemanoht, juin prahmanoht, juillet hewimanoht, août aranmanoht, septembre zvintumanoht, octobre winduntmemanoht, novembre herbistmanoht, décembre helmanoht. Quant aux vents, il nomma celui d'est ostroniwint, l'eurus ostsundroni, le vent de sud-est sundostroni, celui du midi sundroni, l'auster africain sundwestroni, l'africain westsundroni, le zéphire westroni, le vent de nord-ouest westnordroni, la bise nordwestroni, le vent de nord nordroni, l'aquilon nordostroni, et le Vulturne ostnordroni.

[Couronnement de Louis, roi d'Aquitaine]


Vers la fin de sa vie, et quand déjà la vieillesse et la maladie l'accablaient [en 813], Charles appela près de lui son fils Louis, roi d'Aquitaine, le seul des enfants mâles qu'il avait eus d'Hildegarde qui fût encore vivant. Ayant en même temps réuni, de toutes les parties du royaume des Francs, les hommes les plus considérables dans une assemblée solennelle, il s'associa, du consentement de tous, ce jeune prince, l'établit héritier de tout le royaume et du titre impérial, et, lui mettant le diadême sur la tête, il ordonna qu'on eût à le nommer empereur et auguste. Ce parti fut applaudi de tous ceux qui étaient présents, parut inspiré d'en haut pour l'avantage de l'État, rehaussa la majesté de Charles, et frappa de terreur les nations étrangères. Ayant ensuite envoyé son fils en Aquitaine, le roi, suivant sa coutume, et quoique épuisé de vieillesse, alla chasser, dans les environs de son palais d'Aix. Après avoir employé la fin de l'automne à cet exercice, il revint à Aix-la-Chapelle au commencement de novembre pour y passer l'hiver. Au mois de janvier [en 815], une fièvre violente le saisit, et il s'alita. Dès ce moment, comme il le faisait toujours quand il avait la fièvre, il s'abstint de toute nourriture, persuadé que la diète triompherait de la maladie, ou tout au moins l'adoucirait; mais à la fièvre se joignit une douleur de coté que les Grecs appellent pleurésie. Le roi, continuant toujours de ne rien manger, et ne se soutenant qu'à l'aide d'une boisson prise encore en petite quantité, mourut, après avoir reçu la communion, le septième jour depuis qu'il gardait le lit, le 28 janvier, à la troisième heure du jour, dans la soixante-douzième année de sa vie et la quarante-septième de son règne.

Son corps lavé et paré solennellement, suivant l'usage, fut porté et inhumé dans l'église, au milieu des pleurs et du deuil de tout le peuple. On balança d'abord sur le choix du lieu où on déposerait les restes de ce prince qui, de son vivant, n'avait rien prescrit à cet égard; mais enfin on pensa généralement qu'on ne pouvait l'enterrer plus honorablement que dans la basilique que lui-même avait construite dans la ville, et à ses propres frais, en l'honneur de la sainte et immortelle Vierge, mère de Dieu, comme un gage de son amour pour Notre-Seigneur Jésus-Christ. Ses obsèques eurent lieu le jour même qu'il mourut. Sur son tombeau, on éleva une arcade dorée, sur laquelle on mit son image et son épitaphe. Celle-ci porte Sous cette pierre, gît le corps de Charles, grand et orthodoxe empereur, qui agrandit noblement le royaume des Francs, régna heureusement, quarante-sept ans, et mourut septuagénaire le 5 des calendes de février, la huit cent quato«zième année de l'incarnation du Seigneur, à la septième indiction. 


[Des prodiges annoncent la fin de son règne]


Plusieurs prodiges se firent remarquer aux approches de la fin du roi, et parurent non seulement aux autres, mais à lui-même, le menacer personnellement. Pendant les trois dernières années de sa vie il y eut de fréquentes éclipses de soleil et de lune; on vit durant sept jours une tache noire dans le soleil; la galerie que Charles avait bâtie à grands frais pour joindre la basilique au palais s'écroula tout à coup jusque dans ses fondements le jour de l'ascension de Notre-Seigneur. Le pont de bois que ce prince avait jeté sur le Rhin à Mayence, ouvrage admirable, fruit de dix ans d'un immense travail, et qui semblait devoir durer éternellement, fut de même consumé soudainement et en trois heures de temps par les flammes, et, à l'exception de ce que couvraient les eaux, il rien resta pas un seul soliveau. Lors de sa dernière expédition dans la Saxe contre Godefroi, roi des Danois [en 810], Charles étant un jour sorti de son camp avant le lever du soleil et commencant à se mettre en marche, il vit lui-même une immense lumière tomber tout à coup du ciel, et, par un temps serein, fendre l'air de droite à gauche; pendant que tout le monde admirait ce prodige et cherchait ce qu'il présageait, le cheval que montait l'empereur tomba la tête en avant et le jeta si violemment à terre qu'il eut l'agrafe de sa saye arrachée ainsi que le ceinturon de son épée rompu, et que, débarrassé de ses armes par les gens de sa suite qui s'empressèrent d'accourir, il ne put se relever sans appui; le javelot qu'il tenait alors par hasard à la main fut emporté si loin qu'on le trouva tombé à plus de vingt pieds. Le palais d'Aix éprouva de plus de fréquentes secousses de tremblement de terre, et dans les bâtimens qu'occupait le roi on entendit craquer les plafonds. Le feu du ciel tomba sur la basilique, où dans la suite ce prince fut enterré, et la boule dorée qui décorait le faîte du toit, frappée de la foudre, fût brisée et jetée sur la maison de l'évêque contiguë à l'église. Dans cette même basilique, sur le bord de la corniche qui régnait autour de la partie inférieure de l'édifice entre les arcades du haut et celles du bas, était une inscription de couleur rougeâtre indiquant l'auteur de ce monument; dans la dernière ligne se lisaient les mots Charles Prince; quelques personnes remarquèrent que l'année où mourut ce monarque et peu de mois avant son décès, les lettres qui formaient le mot Prince étaient tellement effacées qu'à peine pouvait-on les distinguer. Quant à lui il ne témoigna nulle crainte de ces avertissemens d'en haut, ou les méprisa comme s'ils ne regardaient en aucune manière sa destinée.






[Le testament de Charlemagne]


Il avait résolu de faire un testament pour régler ce qu'il voulait laisser à ses filles et aux enfants nés de ses concubines; mais il ne put achever cet acte commencé trop tard. Trois ans avant sa mort, il régla le partage de ses trésors, de son argent, de sa garde-robe et du reste de son mobilier en présence de ses familiers et de ses ministres, et requit leur témoignage, afin qu'après sa mort la répartition de tous les objets, faite par lui et revêtue de leur approbation, fût maintenue. Il consigna ses dernières volontés sur les choses qu'il entendait partager ainsi dans un écrit sommaire dont voici l'esprit et le texte littéral; Au nom de Dieu tout-puissant, le Père, le Fils et le Saint-Esprit. Ici commencent la description et la distribution réglées par le très glorieux et très pieux seigneur Charles, empereur auguste, des trésors et de l'argent trouvés ce jour dans sa chambre, l'année, huit cent onzième depuis l'incarnation de notre seigneur Jésus-Christ, la quarante-troisième du règne de ce prince sur la France, la trente-sixième de son règne sur l'Italie, la onzième de l'Empire, indiction quatrième. Les voici telles qu'après une sage et mûre délibération il les arrêta et les fit avec l'approbation du Seigneur. En ceci, il a voulu principalement pourvoir d'abord à ce que la répartition des aumônes que les Chrétiens ont l'habitude de faire solennellement sur leurs biens, eût lieu pour lui, et de son argent, avec ordre et justice; ensuite à ce que ses héritiers pussent connaître clairement et sans aucune ambiguité ce qui doit appartenir à chacun d'eux, et se mettre en possession de leurs parts respectives sans discussion ni procès. Dans cette intention et ce but, il a divisé d'abord en trois parts tous les meubles et objets, soit or, argent, pierres précieuses et ornements royaux, qui, comme il a été dit, se trouveront ce jour dans sa chambre. Subdivisant ensuite ces parts, il en a séparé deux en vingt-et-un lots, et a réservé la troisième dans son intégrité. Des deux premières parts, il a composé vingt-et-un lots, afin que chacune des vingt-et-une villes qui, dans son royaume, sont reconnues comme métropoles, reçoive à titre d'aumône, par les mains de ses héritiers et amis, un de ces lots. L'archeveque qui régira alors une église métropolitaine, devra, quand il aura touché le lot appartenant à son église, le partager avec ses suffragants de telle manière que le tiers demeure à son église, et que les deux autres tiers se divisent entre ses suffragants. De ces lots formés des deux premières parts, et qui sont au nombre de vingt-et-un, comme les villes reconnues métropoles, chacun est séparé des autres, et renfermé à part dans une armoire, avec le nom de la ville à laquelle il doit être porté. Les noms des métropoles auxquelles ces aumônes ou largesses doivent être faites, sont Rome, Ravenne, Milan, Fréjus, Gratz, Cologne, Mayence, Juvavum, aujourd'hui Salzbourg, Trèves, Sens, Besançon, Lyon, Rouen, Rheims, Arles, Vienne, Moustier dans la Tarentaise, Embrun, Bordeaux, Tours et Bourges. Quant à la part qu'il a décidé de conserver dans son intégrité, son intention est que, les deux autres étant divisées en lots, ainsi qu'il a été dit, et enfermées sous scellé, cette troisième serve aux besoins journaliers, et demeure comme une chose que les liens d'aucun voeu n'ont soustraite à la possession du propriétaire, et cela tant que celui-ci restera en vie, ou jugera l'usage de cette part nécessaire pour lui; mais après sa mort ou son renoncement volontaire aux biens du siècle, cette part sera subdivisée en quatre portions: la première se joindra aux vingt-et-un lots dont il a été parlé ci-dessus; la seconde appartiendra aux fils et filles du testateur et aux fils et filles de ses fils, pour être partagée entre eux raisonnablement et avec équité: la troisième se distribuera aux pauvres, suivant l'usage des Chrétiens; la quatrième se répartira de la même manière, et à titre d'aumône, entre les serviteurs et les servantes du palais, pour servir à assurer leur existence. À la troisième part du total entier, qui, comme les deux autres, consiste en or et argent, on joindra tous les objets d'airain, de fer et d'autres métaux, les vases, ustensiles, armes, vêtemens, tous les meubles, soit précieux, soit de vil prix, servant à divers usages, comme rideaux, couvertures, tapis, draps grossiers, cuirs, selles, et tout ce qui, au jour de la mort du testateur, se trouvera dans son appartement et son vestiaire, et cela pour que les subdivisions de cette part soient plus considérables, et qu'un plus grand nombre de personnes puisse participer aux aumônes. Quant à sa chapelle, c'est-à-dire tout ce qui sert aux cérémonies ecclésiastiques, il a réglé que, tant ce qu'il a fait fabriquer ou amassé lui-même que ce qui lui est revenu de l'héritage paternel, demeure dans son entier, et ne soit pas partagé. S'il se trouvait cependant des vases, livres, ou autres ornements qui bien évidemment n'eussent point été donnés par lui à cette chapelle, celui qui les voudra pourra les acheter et les garder en en payant le prix d'une juste estimation. Il en sera de même des livres dont il a réuni un grand nombre dans sa bibliothèque: ceux qui les désireront pourront les acquérir à un prix équitable, et le produit se distribuera aux pauvres. Parmi ses trésors et son argent, il y a trois tables de ce dernier métal et une d'or fort grande et d'un poids considérable. L'une des premières, qui est carrée, et sur laquelle est figurée la description de la ville de Constantinople, on la portera, comme l'a voulu et prescrit le testateur, à la basilique du bienheureux apôtre Pierre à Rome, avec les autres présents qui lui sont assignés; l'autre, de forme ronde, et représentant la ville de Rome, sera remise à l'évêque de l'église de Ravenne; la troisième, bien supérieure aux autres par la beauté du travail et la grandeur du poids, entourée de trois cercles, et où le monde entier est figuré en petit et avec soin, viendra, ainsi que la table d'or qu'on a dit être la quatrième, en augmentation de la troisième part à répartir tant entre ses héritiers qu'en aumônes. 


Cet acte et ces dispositions, l'empereur les fit et les régla en présence des évêques, abbés et comtes qu'il put réunir alors autour de lui, et dont les noms suivent: Évêques: Hildebald, Richulf, Arne, Wolfer, Bernoin, Laidrade, Jean, Théodulf, Jessé, Hetton, Waldgand.
Abbés: Friedgis, Audoin, Angilbert, Irmine. Comtes: Wala, Meginhaire, Othulf, Etienne, Unroch, Burchard, Méginhard, Hatton, Richwin, Eddon, Erchangaire, Gérold, Béra, Hildigern, Roculf. Toutes ces volontés, Louis, fils de Charles, qui lui succéda par l'ordre de la divine Providence, et vit cet écrit, apporta le soin le plus religieux à les exécuter, aussi promptement qu'il fut possible, après la mort de son père.


SOURCE : http://agora.qc.ca/documents/charlemagne--eginhard__vie_de_charlemagne_-_ii_par_eginhard


Charlemagne et le pape Adrien Ier

XXVIII JANVIER. LE BIENHEUREUX CHARLEMAGNE, EMPEREUR.


Au gracieux souvenir de la douce martyre Agnès, un grand nombre d'Eglises, surtout en Allemagne, associent  aujourd'hui la mémoire imposante du pieux Empereur Charlemagne. L'Emmanuel, en venant en ce monde, doit recevoir le titre de Roi des rois et de Seigneur des seigneurs ; il doit ceindre l'épée et tenir sous son sceptre la multitude des nations : quoi de plus juste que d'amener à son berceau le plus grand des princes chrétiens, celui qui se fit toujours gloire de mettre son épée au service du Christ et de son Église !

Le respect des peuples était déjà préparé en faveur de la sainteté de Charlemagne, lorsque Frédéric Barberousse fit rendre le décret de sa canonisation par l'antipape Pascal III, en 1165 : c'est pourquoi le Siège Apostolique, sans vouloir approuver une procédure irrégulière, ni la recommencer dans les formes, puisqu'on ne lui en a pas fait la demande, a cru devoir respecter ce culte en tous les lieux où il fut établi. Cependant les nombreuses Eglises qui honorent, depuis plus de sept siècles, la mémoire du grand Charles, se contentent, par respect pour le martyrologe Romain où son nom ne se lit pas, de le fêter sous le titre de Bienheureux.

Avant l'époque de la Réforme, le nom du Bienheureux Charlemagne se trouvait sur le calendrier d'un grand nombre de nos Eglises de France ; les Bréviaires de Reims et de Rouen l'avaient conservé jusqu'à nos jours. L'Eglise de Paris le sacrifia, de bonne heure, aux préjugés des Docteurs dont les opinions avancées se manifestèrent dans son Université, dès la première moitié du xvie siècle. La Réforme avait conçu de l'antipathie contre un homme qui avait été la plus magnifique et la plus complète représentation du Prince catholique ; et ce fut bien moins le défaut d'une canonisation en règle que l'on mit en avant pour effacer du calendrier le nom de Charlemagne, que la prétendue licence de ses mœurs, dont on affecta de relever le scandale. Sur cette question comme sur bien d'autres, le sentiment public se forma à la légère ; et nous ne nous dissimulons pas que les personnes qui se sont le moins occupées d'étudier les titres de Charlemagne à la sainteté, seront les plus étonnées de trouver son nom dans cet ouvrage.

Plus de trente Eglises, en Allemagne, célèbrent encore aujourd'hui la fête du grand Empereur ; sa chère Eglise d'Aix-la-Chapelle garde son corps et l'expose à la vénération des peuples. Les Vies des Saints publiées en France, même celle de Baillet et de Godescard, n'ont point été infidèles à sa mémoire. Par un étrange retour, l'Université de Paris le choisit pour son Patron en 1661 ; mais sa fête, qui était abrogée depuis plus d'un siècle, ne se releva que comme solennité civile, sans aucune mention dans la Liturgie.

Il n'entre point dans le plan de cet ouvrage de discuter les raisons pour lesquelles un culte a été attribué aux Saints sur lesquels nous réunissons les éloges liturgiques ; on ne doit donc pas attendre de nous une démonstration en forme de la sainteté de Charlemagne. Cependant nous avouerons, en passant, que nous inclinons avec Bossuet, dont la sévérité en morale est assez connue, à croire que les moeurs de Charlemagne furent toujours pures (1), et que le préjugé contraire, qui n'a pour lui que quelques textes assez vagues et contradictoires de certains auteurs du moyen âge, a dû ses développements à la malheureuse influence de l'esprit protestant. Nous rappellerons que D. Mabillon, qui insiste sur le fait de la répudiation d'Hermengarde, que cet Empereur quitta pour reprendre Himiltrude, sa première femme, comme sur une action qui fut justement blâmée, conclut le récit des actions de Charlemagne, dans ses Annales Bénédictines, en avouant qu'il n'est pas démontré que la pluralité des femmes de ce prince ait été simultanée. Le P. le Cointe et le P. Noël Alexandre, auteurs non suspects de partialité, et qui ont examiné à fond la question, montrent, avec évidence, que le seul reproche qui puisse être adressé à Charlemagne, au sujet des femmes, est relatif à la répudiation d'Himiltrude, qu'il quitta momentanément pour prendre Hermengarde, par complaisance pour sa mère, et qu'il reprit, l'année suivante, pour obéir à son devoir, et céder aux remontrances du Pape Etienne IV. Nous avouons volontiers qu'après la mort de Liutgarde, la dernière de ses femmes qui ait eu les honneurs de Reine, Charlemagne en a eu plusieurs autres, qui sont appelées concubines par Eginhard, parce qu'elles ne portaient point la couronne, et que leurs enfants n'étaient pas considérés comme princes du sang ; mais nous disons, avec D. Mabillon, que Charlemagne a pu avoir successivement ces femmes : ce qui, dit-il, est tout à fait croyable de la part d'un prince si religieux, et à qui les lois de l'Eglise étaient tant à cœur (2).

Indépendamment du sentiment des auteurs si graves que nous venons de citer, un fait incontestable suffit pour garantir Charlemagne de tout reproche sérieux au sujet de la pluralité des femmes, du moins depuis le renvoi d'Hermengarde, pour reprendre Himiltrude. Le prince avait alors vingt-huit ans. On connaît la sévérité des Pontifes romains sur le respect dû au mariage par les princes. L'histoire du moyen âge est remplie du récit des luttes qu'ils ont soutenues pour venger un point si essentiel de la morale chrétienne contre les monarques même les plus puissants, et quelquefois les plus dévoués à l'Eglise. Comment serait-il possible que saint Adrien Ier, qui siégea de 772 à 795, et fut honoré par Charlemagne comme un père, dont celui-ci requérait l'avis en toutes choses, eût laissé ce prince s'abandonner aux plus graves désordres, sans réclamer, tandis qu'Etienne IV, qui n'a siégé que trois ans, et n'a pas eu la même influence sur Charlemagne, a bien su procurer le renvoi d'Hermengarde? Comment serait-il possible que saint Léon III, qui a siégé de 795 jusqu'après la mort de Charlemagne, dont il a récompensé la piété en lui mettant sur la tête la couronne impériale, n'eût fait aucun effort pour le détacher des concubines qui auraient succédé à la dernière reine Liutgarde ? Or, nous ne trouvons aucune trace de telles réclamations de la part des deux Pontifes qui ont occupé, à eux seuls, le Saint-Siège pendant plus de quarante ans, et que l'Eglise universelle a placés sur ses autels ; nous sommes donc en droit de conclure que l'honneur de l'Eglise est intéressé dans cette question, et il est de notre devoir de catholiques de n'être pas indifférents à la cause des mœurs de Charlemagne.

Quoi qu'il en soit des motifs de conscience qui légitimèrent, aux yeux de ce prince, la répudiation d'Himiltrude, dont il paraît, par la lettre d'Etienne IV, que le mariage avait pu être cassé comme invalide, quoique à tort, Charlemagne trouva, plus tard, dans sa propre conduite, assez de confiance pour insister avec la plus grande énergie contre le crime d'adultère, et même de simple fornication, dans ses Capitulaires. Nous nous contenterons de citer un seul exemple de cette vigueur chrétienne; et nous demanderons à tout homme de bonne foi s'il eût été possible à un prince compromis lui-même dans ses mœurs, de s'exprimer, non seulement avec cette simplicité tout évangélique, mais encore avec cette assurance d'honnête homme, en présence des Evêques et des Abbés de son empire, en face des Princes et des Barons dont il voulait contenir les passions, et qui auraient été en mesure d'opposer à ses exhortations et à ses menaces le spectacle humiliant de sa propre conduite.

« Nous défendons, sous peine de sacrilège, dit-il dans un Capitulaire publié sous le pontificat de saint Léon III, l'envahissement des biens de l'Eglise, les injustices de tout genre, les adultères, les fornications, les incestes, les unions illicites, les homicides injustes, etc., par lesquels nous savons que périssent, non seulement les royaumes et les rois, mais encore les simples particuliers. Et comme, par le secours de Dieu, par le mérite et l'intercession des Saints et des serviteurs de Dieu, que nous avons toujours honorés, nous avons acquis jusqu'ici grand nombre de royaumes, et remporté beaucoup de victoires, c'est à nous tous de prendre garde de ne pas mériter de perdre ces biens par les susdits crimes et luxures honteuses. En effet, nous savons que beaucoup de contrées, dans lesquelles ont eu lieu ces envahissements des biens des Eglises, ces injustices, ces adultères, ces prostitutions, n'ont su être ni braves dans la guerre, ni stables dans la foi. Chacun peut, en lisant leurs histoires, connaître comte ment le Seigneur a permis aux Sarrasins et autres peuples de subjuguer les ouvriers de telles iniquités ; et nous ne doutons pas que semblables choses ne nous arrivassent, si nous ne nous gardions de tels méfaits ; car Dieu a coutume de les venger. Que chacun de nos sujets sache donc que celui qui sera surpris et convaincu de quelqu'un de ces crimes, perdra tous ses honneurs, s'il en a ; qu'il sera mis en prison, jusqu'à ce qu'il se soit amendé et qu'il ait fait la satisfaction d'une pénitence publique ; et aussi qu'il sera séparé de toute société des fidèles, tant nous devons craindre la fosse dans laquelle nous savons que d'autres sont tombés. » Charlemagne eût-il tenu ce langage, si, comme on l'a prétendu, sa vieillesse eût été livrée à la débauche, au temps même où il publiait ce Capitulaire, c'est-à-dire après la mort de Liutgarde ?

Quand bien même on admettrait que ce grand prince eût commis des fautes, c'est aux premières années de son règne qu'il faudrait les reporter; alors il serait juste, en même temps, de considérer dans le reste de sa vie les traces admirables de la plus sincère pénitence. N'est-ce pas un spectacle merveilleux que devoir un si grand guerrier, parvenu à la monarchie universelle, s'exercer continuellement, non seulement à la sobriété, si rare dans sa race, mais encore à des jeûnes comparables à ceux des plus fervents solitaires, porter le cilice jusqu'à la mort, assister de jour et de nuit aux Offices de l'Eglise, jusque dans ses campagnes, sous la tente ; secourir par l'aumône, qui, comme parle l'Ecriture, couvre la multitude des péchés, non seulement tous les pauvres de ses Etais, qui venaient implorer sa charité, mais jusqu'aux chrétiens de l'Afrique, de l'Egypte, de la Syrie, de la Palestine, en faveur desquels il épuisa souvent ses trésors? Mais, ce qui dépasse tout, et nous découvre dans Charlemagne, d'un seul trait, l'ensemble des vertus chrétiennes que l'on peut désirer dans un prince, c'est qu'il ne parut avoir reçu le pouvoir suprême que pour le faire servira l'extension du règne de Jésus-Christ sur la terre. Si l'on cherche un autre mobile dans tout ce qu'il a fait par ses victoires et par sa législation, on ne le trouvera pas.

Cet homme qui tenait en sa main, non seulement la France, mais encore la Catalogne, la Navarre et l'Aragon ; la Flandre, la Hollande et la Frise; les provinces de la Westphalie et de la Saxe, jusqu'à l'Elbe; la Franconie, la Souabe, la Thuringe et la Suisse ; les deux Pannonies, c'est-à-dire l'Autriche et la Hongrie, la Dacie, la Bohème, l'Istrie, la Liburnie, la Dalmatie et jusqu'à l'Esclavonie ; enfin toute l'Italie jusqu'à la Calabre-Inférieure ; cet homme, disons-nous, est le même qui s'intitulait ainsi dans ses Capitulaires : « Moi, Charles, par la grâce de Dieu et le don de sa miséricorde, Roi et gouverneur du Royaume des Français, dévot défenseur de la sainte Eglise de Dieu, et son humble champion. » Tant d'autres, moins puissants que lui, et qu'on sait encore admirer malgré leurs crimes, dont on dissimule avec tant d'art les dépravations, n'ont vécu, pour ainsi dire, que pour l'asservissement de l'Eglise. On a vu jusqu'à des princes pieux tenter de mettre la main sur sa liberté ; Charles l'a toujours respectée comme l'honneur de sa propre mère. C'est lui qui, marchant sur les traces de Pépin son père, a préparé généreusement l'indépendance du Siège Apostolique. Jamais les Pontifes Romains n'eurent de fils plus dévoué et plus obéissant. Bien au-dessus des jalousies de la politique, il rendit au clergé et au peuple les élections épiscopales qu'il avait trouvées aux mains du prince. Ses conquêtes eurent pour principale intention d'assurer la propagation de la foi chez les nations barbares ; on le vit entrer en Espagne pour affranchir les Chrétiens opprimés par les Sarrasins. Il voulut resserrer les liens des Eglises de son Royaume avec le Siège Apostolique, en établissant pour jamais dans tous les Etats de sa domination la Liturgie romaine. Dans sa législation tout entière, rendue dans des assemblées où les Evêques et les Abbés avaient la prépondérance, on ne trouve aucune trace de ces prétendues Libertés Gallicanes, qui consistent dans l'intervention du prince ou du magistrat civil en des matières purement ecclésiastiques. « Charles, dit Bossuet dans ce même Sermon sur l'Unité de l'Eglise, eut tant d'amour pour l'Eglise Romaine, que le principal article de son testament fut de recommander à ses successeurs la défense de l'Eglise de saint Pierre, comme le précieux héritage de sa maison, qu'il avait reçu de son père et de son aïeul, et qu'il voulait laisser à ses enfants. Ce même amour lui fit dire, ce qui fut répété depuis par tout un Concile, sous l'un de ses descendants, que quand cette Eglise imposerait un joug à peine supportable, il le faudrait souffrir. »

D'où pouvait donc provenir cette modération sublime, avec laquelle Charlemagne inclinait son glaive victorieux devant la force morale, cet apaisement des mouvements de l'orgueil qui croit ordinairement en proportion de la puissance, si ce n'est de la sainteté ? L'homme seul, sans le secours d'une grâce qui habite son cœur, n'arrive point à cette élévation, et surtout n'y demeure pas durant une vie entière. Charlemagne a donc été choisi par l'Emmanuel lui-même pour être la plus admirable représentation du prince chrétien sur la terre ; et les cœurs catholiques aimeront à proclamer sa gloire en présence de l'Enfant qui vient régner sur toutes les nations, pour les régir dans la sainteté et la justice. Jésus-Christ est venu apporter du ciel l'idée de la royauté chrétienne; et nous sommes encore à chercher dans l'histoire l'homme qui l'aurait conçue et réalisée avec autant de plénitude et de majesté que Charles le Victorieux, toujours Auguste, couronné de Dieu.

Nous demanderons aux Bréviaires de l'Allemagne le récit liturgique des actions du grand Apôtre des Germains. Les Leçons qui suivent ne sont pas parfaites sous le rapport de la rédaction ; mais elles sont précieuses, parce qu'on y entend encore la voix d'un peuple catholique et fidèle dans ses affections.

Le Bienheureux Charles eut pour père Pépin, qui était fils du duc de Brabant, et qui fut dans la suite élu au trône de France, et pour mère Bertrade, fille de l'Empereur des Grecs. Il se montra digne, par ses hauts faits et son zèle pour la Religion chrétienne, d'être surnommé le Grand ; et un Concile de Mayence lui donna le titre de Très Chrétien. Après avoir expulsé les Lombards de l'Italie, il fut le premier qui mérita d'être couronné Empereur, par les mains du Pape Léon III. A la prière d'Adrien, prédécesseur de Léon, il entra en Italie avec une armée et rendit à l'Eglise son patrimoine , et l'Empire à l'Occident. Il vengea le Pape Léon des violences des Romains qui l'avaient traité injurieusement, durant la grande Litanie, et chassa de la ville ceux qui s'étaient rendus coupables de ce sacrilège. Il fit beaucoup de règlements pour la dignité de l'Eglise ; entre autres il renouvela cette loi, ordonnant que les causes civiles seraient remises au jugement de l'Eglise, lorsque l'une des parties le demanderait. Quoiqu'il fût de mœurs très douces, il réprimait cependant les vices avec une grande sévérité, surtout l'adultère et l'idolâtrie, et établit des tribunaux particuliers revêtus d'un pouvoir étendu, qui, jusqu'à ce jour, existent encore dans la Basse-Saxe.

Après avoir combattu trente-trois ans contre les Saxons, il les soumit enfin, et ne leur imposa d'autre loi que de se faire chrétiens; il obligea à perpétuité les possesseurs de terres à élever des croix de bois dans leurs champs, afin de confesser ouvertement leur foi au Christ. Il purgea la Gascogne, l'Espagne et la Galice des idolâtres qui s'y trouvaient, et il remit en honneur le tombeau de saint Jacques, comme il l'est aujourd'hui. Dans la Hongrie, pendant huit ans entiers, il soutint le Christianisme par ses armes; et il se servait contre les Sarrasins de cette lance toujours victorieuse dont un soldat avait ouvert le côté du Christ. Dieu favorisa de plusieurs prodiges tant d'efforts pour l'extension de la foi : ainsi les Saxons qui assiégeaient  Sigisbourg, frappés de terreur par la main de Dieu, prirent la fuite ; et, dans la première révolte de ce peuple, il sortit de terre un fleuve abondant qui désaltéra l'armée des Francs privée d'eau depuis trois jours. Un si grand Empereur se montrait vêtu d'un habit qui le distinguait à peine du peuple ; presque habituellement il portait le cilice ; et ce n'était qu'aux principales fêtes de Jésus-Christ et des Saints que l'or paraissait sur lui. Il défrayait les pauvres et les pèlerins, tant dans son propre palais que dans les autres contrées, par les aumônes qu'il, envoyait de toutes parts. Il bâtit vingt-quatre Monastères, et remit à chacun ce qu'on appelait îa bulle d'or, du poids de deux cents livres. Il établit deux Sièges Métropolitains et neuf Evêchés. Il construisit vingt-sept Eglises ; enfin, il fonda deux Universités, celle de Pavie et celle de Paris.

Comme Charles cultivait les lettres, il employa le docteur Alcuin pour l'éducation de ses enfants dans les sciences libérales, avant de les former aux armes et à la chasse. Enfin la soixante-huitième année de son âge, après avoir fait couronner et élire roi Louis son fils, il se donna tout entier à la prière et à l'aumône. Sa coutume était de se rendre à l'Eglise le matin et le soir, souvent même aux heures de la nuit ; car ses délices étaient d'entendre le chant grégorien, qu'il établit le premier en France et en Germanie, après avoir obtenu des chantres d'Adrien Ier. Il eut soin aussi de faire transcrire en tous lieux les hymnes de l'Eglise. Il écrivît les Evangiles de sa propre main, et les conféra avec les exemplaires grecs et syriaques. Il fut toujours très sobre dans le boire et dans le manger, ayant coutume de traiter les maladies par le jeûne, qu'il prolongea quelquefois  jusqu'à sept jours. Enfin, après avoir beaucoup souffert de la part des méchants, il tomba malade en la soixante-douzième année de son âge. Ayant reçu la sainte communion des mains de l'Evêque Hildebalde, et fait lui-même, sur chacun de ses membres, le signe de la croix, il récita ce verset : « Je remets, Seigneur, mon esprit entre vos mains », et rendit son âme à Dieu le cinq des calendes de février, plein de nombreux mérites. Il fut enseveli dans la Basilique d'Aix-la-Chapelle, qu'il avait bâtie et enrichie de reliques des Saints. Il y est honoré par la piété et l'affluence des pèlerins, et par les faveurs que Dieu accorde à son intercession. Sa fête est célébrée dans la plupart des diocèses d'Allemagne, du consentement de l'Eglise, depuis le pontificat d'Alexandre III, comme celle du principal propagateur de la foi dans le Nord.

L'Hymne suivante fait partie de l'Office du Bienheureux Charlemagne, d'où sont tirées les Leçons qu'on vient de lire.

O Roi triomphateur de l'univers, Empereur des rois de la terre, du séjour des bienheureux , daignez écouter nos gémissements.

Par vos prières la mort s'enfuit, les maladies s'éloignent, la vie est rendue ; vous désaltérez ceux qui ont soif, vous purifiez les nations par le baptême.

Votre prière renverse les murailles que l'art et la nature rendaient inexpugnables ; aux nations que vous avez vaincues, vous enseignez à porter le joug suave du Christ.

O digne serviteur du ciel, serviteur prudent et fidèle ! du sein des camps, vous êtes monté aux cieux, vous êtes allé au séjour de la paix.

De votre épée frappez le rocher ; faites-en sortir pour nous une fontaine vive; implorez Dieu pour nous, par vos pieuses prières, et rendez-le clément envers nous.

Gloire et louange à la Trinité, honneur à l'Unité, qui, dans la vertu souveraine, règnent d'un droit égal.
Amen.

Cette Antienne appartient à la même Liturgie

Ant. Espoir des affligés, terreur des ennemis, douceur pour les vaincus, règle de vertu, sentier du droit, forme du salut, ô Charles, recevez les pieux hommages de vos serviteurs.

Parmi les Séquences consacrées à notre grand Empereur, nous trouvons la suivante, extraite d'un ancien Missel d'Aix-la-Chapelle.

SÉQUENCE.


Cité d'Aix, cité royale, siège principal de la royauté, palais préféré de nos princes ;

Chante gloire au Roi des rois, aujourd'hui que tu célèbres la mémoire du grand roi Charles.

Que notre chœur chante dans l'allégresse, que le clergé fasse entendre le mélodieux accord des voix.

Quand la main est occupée aux bonnes œuvres, le cœur médite douce psalmodie.

En ce jour de fête, que l'Eglise honore les grands gestes du grand Roi.

Rois et peuples de la terre, que tous applaudissent d'un concert joyeux.

Charles est le fort soldat du Christ, le chef de l'invincible cohorte ; à lui seul il renverse dix mille combattants.

De l'ivraie il purge la terre ; il affranchit la moisson, en sarclant de son glaive cette herbe maudite.

C'est là le grand Empereur , bon semeur d'une bonne semence, et prudent agriculteur.

Il convertit les infidèles, il renverse temples et dieux; sa main brise les idoles.

Il dompte les rois superbes, il fait régner les saintes lois avec la justice;

La justice: mais il lui donne pour compagne la miséricorde.

Il est sacré de l'huile de liesse, par un don de grâce, plus que tous les autres rois.

Avec la couronne de gloire, il reçoit les insignes de l'Impériale Majesté.

O Roi triomphateur du monde, toi qui règnes avec Jésus-Christ, ô père saint ! ô Charles ! sois notre intercesseur ;

Afin que, purs de tout péché, dans le royaume de la lumière, nous, ton peuple, soyons les habitants du ciel avec les bienheureux.

Etoile de la mer, ô Marie, salut du monde, voie de la vie ! dirige nos pas vacillants et donne-nous accès auprès du Roi suprême, dans la gloire sans fin.

O Christ ! splendeur du Dieu Père, fils de la Mère immaculée, par ce Saint dont nous fêtons le jour, daigne nous accorder l'éternelle joie.
Amen.

Nous conclurons les hommages rendus par les diverses Eglises au Bienheureux Charlemagne, en donnant ici la Collecte de sa fête.

PRIONS


O Dieu, qui, dans la surabondante fécondité de votre bonté, avez décoré du manteau de la glorieuse immortalité le bienheureux Empereur Charlemagne , après qu'il a eu déposé le voile de la chair : accordez à nos prières de mériter pour pieux intercesseur dans les cieux, celui que vous avez élevé sur la terre à l'honneur de l'Empire, pour la propagation de la vraie foi. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

Salut, ô Charles, bien-aimé de Dieu, Apôtre du Christ, rempart de son Eglise, protecteur de la justice, gardien des mœurs, terreur des ennemis du nom Chrétien ! Le diadème souillé des Césars, mais purifié par les mains de Léon, couronne votre front auguste ; le globe de l'empire repose en votre forte main ; l'épée des combats du Seigneur, toujours victorieuse, est suspendue à votre baudrier; et l'onction impériale est venue s'unir à l'onction royale dont la main du Pontife avait déjà consacré votre bras puissant. Devenu la figure du Christ dans sa royauté temporelle, vous avez voulu qu'il régnât en vous et par vous. Il vous récompense maintenant de l'amour que vous avez eu pour lui, du zèle que vous avez montré pour sa gloire, du respect et de la confiance que vous avez témoignés à son Epouse. Pour une royauté de la terre, caduque et périssable, vous avez reçu une royauté immortelle, au sein de laquelle tant de millions d'âmes, arrachées par vous à l'idolâtrie, vous honorent comme l'instrument de leur salut.

Dans ces jours où nous célébrons le divin enfantement de la Reine des deux, vous lui présentez le temple gracieux et magnifique que vous élevâtes en son honneur, et qui fait encore sur la terre notre admiration. C'est dans ce saint lieu que vos pieuses mains placèrent les langes de son divin Fils ; en retour, l'Emmanuel a voulu que vos ossements sacrés y reposassent avec gloire, afin d'y recevoir les témoignages de la vénération des peuples. Glorieux héritier de la foi des trois Rois de l'Orient, présentez-nous à Celui qui daigna revêtir ces humbles tissus. Demandez pour nous une part de cette humilité avec laquelle vous aimiez à vous incliner devant la crèche, de cette pieuse joie que goûtait votre cœur dans les solennités que nous célébrons, de ce zèle ardent qui vous fit entreprendre tant de travaux pour la gloire du Fils de Dieu, de cette force qui ne vous abandonna jamais dans la recherche de son Royaume.

Puissant Empereur, qui fûtes autrefois l'arbitre de la famille européenne réunie tout entière sous votre sceptre, prenez en pitié cette société qui s'écroule aujourd'hui de toutes parts. Après mille ans, l'Empire que l'Eglise avait confié à vos mains est tombé : tel a été le châtiment de son infidélité envers l'Eglise qui l'avait fondé. Mais les nations sont restées, et s'agitent dans l'inquiétude. L'Eglise seule peut leur rendre la vie par la foi ; seule, elle est demeurée dépositaire des notions du droit public ; seule, elle peut régler le pouvoir, et consacrer l'obéissance. Faites que le jour luise bientôt, où la société rétablie sur ses bases cessera de demander aux révolutions l'ordre et la liberté. Protégez d'un amour spécial la France, le plus riche fleuron de votre splendide couronne. Montrez que vous êtes toujours son Roi et son Père.

Arrêtez les progrès des faux empires qui s'élèvent au Nord sur le schisme et l'hérésie, et ne permettez pas que les peuples du Saint Empire Romain deviennent à jamais leur proie.

1. Vaillant, savant, modéré, guerrier sans ambition, et exemplaire dans sa vie, je le veux bien dire en passant, malgré les reproches des siècles ignorants, ses conquêtes prodigieuses furent la dilatation du règne de Dieu, et il se montra très chrétien dans toutes ses oeuvres. Sermon sur l'unité de l'Eglise.

2. Annales Benedictini. Tome II, pag. 408.

Dom Guéranger. L'Année liturgique

SOURCE : http://www.abbaye-saint-benoit.ch/gueranger/anneliturgique/noel/noel02/032.htm



Buste-reliquaire de Charlemagne dans la chambre des trésors de la crypte de la chapelle palatine d'Aix-la-Chapelle
Don de Charles IV en 1349, il contient la calotte crânienne de l'empereur

Bienheureux Charlemagne

par Cave Ne Cadas


« Salut, ô Charles, bien-aimé de Dieu, Apôtre du Christ, rempart de Son Église, … » (Dom Guéranger).
814 – 2014 : il y a 1 200 ans cette année que Charlemagne est mort, et c’est son Dies natalis, sa naissance au Ciel, qui est fêté chaque 28 janvier.
Plus décrié que jamais, le Bienheureux Charlemagne fondateur des écoles doit se retourner dans sa chasse de la cathédrale d’Aix-la-Chapelle à cause de toutes les menaces et monstruosités actuelles concernant les enfants, leur instruction et leur éducation.
Raison de plus pour l’honorer et demander son intercession.
Cet empereur fut canonisé par l’anti-pape Pascal III le 29 décembre 1165. Cette canonisation, faite par un antipape, ne fut jamais contestée par un Pontife romain. On lui reprochera peut-être d’avoir péché mais ne peut-on pas le reprocher au Saint Roi David ? Nombreuses églises (cathédrales, collégiales ou autres) l’honorent comme Saint. À Aix-la-Chapelle sa fête se célébrait avec le rit double de 1 ère classe.
Jamais il ne monta à cheval sans vénérer une médaille de la Très Sainte Vierge Marie, toujours, il mit son épée au service de la Sainte Église, c’est pourquoi, il n’essuya aucun revers et aucune défaite. En conséquence, il a droit au surnom de « Charles le Victorieux ». Charles le Grand fut également qualifié de « Très Chrétien » par un concile de Mayence. Initialement, l’Université de Paris (la Sorbonne) le choisit comme Saint Patron. En raison de la haine des protestants, au XVI ème siècle, elle abandonna ce saint patronage mais elle y revint en 1661.
Sainte Jeanne d’Arc déclara à ses juges que Saint Louis et Saint Charlemagne s’étaient agenouillés devant Dieu pour obtenir le salut de la France.
En nos jours bien sombres, supplions ce grand prince d’implorer de Dieu et de Marie le salut de notre Patrie et même de l’ Église.

Pourquoi peut-on considérer Charlemagne comme bienheureux ? Ne lui reproche-t-on pas le massacre de saxons, ses concubinages, sa barbarie ?

C’est Frédéric 1er Barberousse qui obtient de l’anti-pape Pascal III la canonisation de Charlemagne, le 29 décembre 1165. Le pape Alexandre III, ni aucun successeur ne vont aller à l’encontre de cette décision. Charlemagne a un culte local à Aix-la-Chapelle, où ses reliques sont enchâssées. Le peuple l’a reconnu comme saint. Une tolérance s’installe autour de la Saint Charlemagne. Charles V, roi de France, veut faire de l’empereur, à côté de saint Louis, le saint patron de la maison royale. Jeanne d’Arc a dit à Charles VII : « Saint Louis et saint Charlemagne sont à genoux devant Lui, faisant sa prière pour vous ». Louis XI fait de la Saint-Charlemagne un jour férié (célébré comme un dimanche sous peine de mort). C’est au XVIe siècle que Charlemagne disparaît de l’ordo et du Bréviaire. Son culte n’est plus intégré dans la liturgie. En 1661, la Sorbonnele choisit comme patron. En 1734, le futur Benoît XIV écrit : « Rien ne s’oppose, semble-t-il , à ce que le culte de Charlemagne soit célébré dans les Églises particulières. » Dans un traité, il précise que cette tolérance assure à Charlemagne le titre de bienheureux. Le pape Pie IX en 1850, dans une lettre au Cardinal de Geissel, archevêque de Cologne, prohibe l’extension du culte. Les pèlerins viennent donc l’honorer et le prier à Aix-la Chapelle et à Metten. En France, la solennité est maintenant purement civile. Dom Guéranger mentionne très longuement Charlemagne dans son année liturgique (voir plus bas).
Jusqu’à la fin du VIIIe siècle, la terre saxonne résiste de toutes ses forces aux influences romaines, franques, ou chrétiennes. C’est même le point de départ de nombreuses incursions barbares à l’origine d’une instabilité régionale. Avec l’assentiment de Charlemagne, l’évangélisation commence avant 770. Mais en vain, car les missionnaires se font tuer. Avec l’accord du clergé, des officiers et des principaux monastères, Charlemagne lance une expédition de démonstration de force contre les Saxons. C’est un échec. Sous la direction de leur chef Witukind (selon la tradition aïeul de Robert le Fort et aïeul de sainte Mathilde), les barbares retournent à leurs idoles et à leurs pillages. En 782, Charlemagne décide alors une répression exceptionnelle. C’est à ce moment que se situe ce que certains historiens appellent le massacre de Verden sur l’Aller, où quatre mille cinq cents Saxons sont livrés à Charlemagne par les chefs saxons et décapités. Le fait est exact. Il faut ajouter le motif de leur condamnation : après enquête, jugés traîtres pour avoir renié leur baptême et trahi les chefs à qui ils s’étaient soumis. Précisons de plus qu’il s’agit aussi d’un véritable procès selon des procédures propres à la justice militaire de l’époque. L’exemplarité est recherchée pour mettre fin à de nombreuse années de désordre dans cette région. Il est clair que la mentalité de l’époque, encore peu civilisée, préfère la violence. Charlemagne a certainement conscience de son rôle providentiel de combattant pour la foi. Il cherche à conquérir des nations, non pour la puissance seulement, mais surtout pour les convertir toutes entières à Dieu.
Dans le Capitulaire de Saxe (Capitulatio de partibus Saxoniae), publié peu de temps après, Charlemagne édicte que seront punis de mort les incendiaires, les traîtres, les meurtriers, et tout saxon qui refusera le baptême, ou refusera la loi du jeûne, après examen d’un prêtre. Heureusement, Alcuin et le pape Hadrien s’adressent alors à Charlemagne pour lui préciser : « la foi est un acte de volonté et non de contrainte. Il est permis de solliciter la conscience, non de la violenter. Qu’on envoie aux saxons des prédicateurs et non des brigands » (Alcuin).
[En 797, Charlemagne instaure un nouveau capitulaire plus clément que le précédent, le capitulare Saxonicum. La peine de mort contre les païens y est abolie et commuée en amendes. Les troubles cessent progressivement vers 799.]
Malgré Verden et le Capitulaire, les Saxons redoublent de fureur, une guerre sans pitié s’ensuit. En 785, les deux nations sont épuisées. Charlemagne offre la paix à Witukind qui demande et reçoit le baptême à Attigny, choisissant Charlemagne comme parrain. La tradition veut que Witukind soit converti par Dieu lui-même lors d’un miracle opéré dans la sainte Eucharistie. Witukind reconstruit les églises qu’il avait abattues et en fait édifier de nouvelles. Il meurt en 804 lors d’une guerre contre les Suèves. Des églises particulières l’honorent comme un saint le 7 janvier.
Charlemagne a compris les raison de son échec, il propose la paix en garantissant le respect de certaines coutumes saxonnes. Ainsi il leur permet de vivre librement la naissance de la civilisation chrétienne. L’Église et les nombreux moines ou saints courageux de ces temps ont fait beaucoup. Citons saints Liadwin, Sturm, Willehad et Liudger.
Charlemagne doit être considéré comme un grand bienfaiteur de l’Église et de la civilisation. Il arrête pour toujours l’invasion des Barbares et assure une paix durable. En 799, il sauve le pape Léon III. Il s’inspire de la Cité de Dieu de saint Augustin pour concevoir la loyauté et le service de chacun. Il fait passer la réforme des mœurs avant celle des lois. Les marchés publics et les foires coïncident avec des fêtes religieuses, ce qui développe le commerce. Il décide la création d’un hôpital, à côté de chaque monastère, ainsi que la création d’une école gratuite dans chaque paroisse, pour serfs et hommes libres.
Devenu empereur d’Occident, Charlemagne sait respecter le principe naissant de l’indépendance du pouvoir temporel et du pouvoir spirituel. Il s’intitule « le défenseur et l’auxiliaire de la sainte Église dans tous ses besoins ». Il rend aux papes les plus grands honneurs, respecte leur autorité venant de la foi et cherche à transmettre la foi dans la société. « Nous savons, dit un capitulaire de Charlemagne, que, suivant la tradition des saints Pères, les biens d’Église, don de la piété des fidèles et prix de la rédemption de leurs péchés, sont les patrimoines des pauvres. Nous statuons donc que jamais, ni sous notre règne, ni sous celui de nos successeurs, il ne sera permis de rien soustraire, de rien aliéner de ces biens sacrés. »
(Triste Ripoublique de nos jours ! qui ne peut (veut !!!) se considérer parmi ses successeurs…)
Charlemagne est aussi le protecteur des Lieux saints. Le calife de Bagdad, Haroun-Al-Raschid, lui envoie les clefs du Saint-Sépulcre et l’étendard de Jérusalem.

On reproche cependant à Charlemagne ses mœurs privées. On peut compter neuf femmes ; le veuvage n’explique pas tout et la répudiation est certainement à l’origine de quelques changements d’épouse, les principes sur les empêchements de mariage sont encore trop flottants. Nous n’avons aucune trace de contemporains de Charlemagne le blâmant. Le premier sera Walafrid Strabon au milieu du IXe siècle. L’hagiographie retient sa troisième femme, la bienheureuse Hildegarde, née en 757, morte en 783, mère de huit enfants, et fêtée le 30 avril. Elle est un exemple de vertu chrétienne pour la cour et sa famille. Elle fait un don important à l’abbaye de Saint-Arnoul de Metz, où elle est entérée selon ses vœux ; L’abbé de Kempten (lieu où a été transférée une partie de ses reliques) écrit sa vie en 1472, narrant de nombreuses guérisons vérifiées et survenues sur sa tombe.
Quant à Charlemagne, il n’a ni barbe fleurie, ni la voix de tonnerre, ni le regard terrible, mais le ventre proéminent, une voix perçante et grêle pour son corps robuste.
Charlemagne est un souverain chrétien dont l’apport à la civilisation européenne est indéniable et encore visible aujourd’hui.
Tiré du livre « Les Saints de souches royales » Des Chrétiens Bienheureux du Seigneur d’Étienne Lelièvre, Édition Le Sarment Fayard

Bienheureux Charlemagne, quelques justifications de Dom Guéranger.

2014 voit le douzième centenaire de la mort du Bienheureux Charlemagne. L’événement n’est pas anodin en Allemagne et dans les régions nordiques qui ont gardé un souvenir vivace de l’empereur Très-Chrétien comme un concile de Mayence (Mainz) lui en donna le titre.
C’est d’abord le titre de Bienheureux qui retiendra notre attention. L’Histoire nous apprend que « le respect des peuples était déjà préparé en faveur de la sainteté de Charlemagne, lorsque Frédéric Barberousse fit rendre le décret de sa canonisation par l’antipape Pascal III, en 1165 : c’est pourquoi le Siège Apostolique, sans vouloir approuver une procédure irrégulière, ni la recommencer dans les formes, puisqu’on ne lui en a pas fait la demande, a cru devoir respecter ce culte en tous les lieux où il fut établi. Cependant, les nombreuses Églises [diocèses] qui honorent, depuis plus de sept siècles, la mémoire du grand Charles, se contentent, par respect pour le Martyrologe Romain où son nom ne se lit pas, de le fêter sous le titre de Bienheureux.
« Avant l’époque de la Réforme [protestante], le nom du Bienheureux Charlemagne se trouvait sur le calendrier d’un grand nombre de nos Églises de France ; les Bréviaires de Reims et de Rouen l’avaient conservé jusqu’à nos jours. L’Église de Paris le sacrifia, de bonne heure, aux préjugés des Docteurs dont les opinions avancées se manifestèrent dans son Université, dès la première moitié du XVIe siècle. La Réforme avait conçu de l’antipathie contre un homme qui avait été la plus magnifique et la plus complète représentation du Prince catholique ; et ce fut bien moins le défaut d’une canonisation en règle que l’on mit en avant pour effacer du calendrier le nom de Charlemagne, que la prétendue licence de ses mœurs, dont on affecta de relever le scandale. Sur cette question comme sur bien d’autres, le sentiment public se forma à la légère ; et nous ne nous dissimulons pas que les personnes qui se sont le moins occupées d’étudier les titres de Charlemagne à la sainteté, seront les plus étonnées de trouver son nom dans cet ouvrage.
« Plus de trente Églises, en Allemagne, célèbrent encore aujourd’hui la fête du grand Empereur ; sa chère Église d’Aix-la-Chapelle garde son corps et l’expose à la vénération des peuples. Les Vies des Saints publiées en France, même celle de Baillet et de Godescard, n’ont point été infidèles à sa mémoire. Par un étrange retour, l’Université de Paris le choisit pour son Patron en 1661 ; mais sa fête, qui était abrogée depuis plus d’un siècle, ne se releva que comme solennité civile, sans aucune mention dans la Liturgie.
« Il n’entre point dans le plan de cet ouvrage de discuter les raisons pour lesquelles un culte a été attribué aux Saints sur lesquels nous réunissons les éloges liturgiques ; on ne doit donc pas attendre de nous une démonstration en forme de la sainteté de Charlemagne. Cependant nous avouerons, en passant, que nous inclinons avec Bossuet, dont la sévérité en morale est assez connue, à croire que les mœurs de Charlemagne furent toujours pures, et que le préjugé contraire, qui n’a pour lui que quelques textes assez vagues et contradictoires de certains auteurs du moyen-âge, a dû ses développements à la malheureuse influence de l’esprit protestant. » (Dom Prosper Guéranger, L’Année liturgique, Le Temps de Noël, T. II, 13e éd., H. Oudin, Paris – 1901).
Il faut lire les développements du célèbre liturgiste pour compléter cet aperçu. Quant à la fin si édifiante de la vie du Bienheureux, en voici des éléments :

Le Couronnement de la Vie de Charlemagne

« Enfin la soixante-huitième année de son âge, après avoir fait couronner et élire roi Louis, son fils, il se donna tout entier à la prière et à l’aumône. Sa coutume était de se rendre à l’église le matin et le soir, souvent même aux heures de la nuit, car ses délices étaient d’entendre le chant grégorien qu’il établit le premier en France et en Germanie, après avoir obtenu des chantres [du Pape] Adrien VI. Il eut soin aussi de faire transcrire en tous lieux les hymnes de l’Église. Il écrivit les Évangiles de sa propre main et les collationna sur les exemplaires grecs et syriaques. Il fut toujours très sobre dans le boire et le manger, ayant coutume de traiter les maladies par le jeûne, qu’il prolongea quelquefois jusqu’à sept jours. (…) » (L. Du Broc de Segange, Les Saints Patrons des Corporations et protecteurs, T. Ier, p. 85, Bretnacher, Paris – s.d. [1887])

Source : Abbé Jacques-Marie Seuillot. (http://www.cassicia.com)

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 Sur le culte rendu à Charlemagne, voici ce que nous dit dom Guéranger, en son Année liturgique.
Au gracieux souvenir de la douce martyre Agnès, un grand nombre d’Églises, surtout en Allemagne, associent aujourd’hui (28 janvier) la mémoire imposante du pieux Empereur Charlemagne. Le respect des peuples était déjà préparé en faveur de la sainteté de Charlemagne, lorsque Frédéric Barberousse fit rendre le décret de sa canonisation par l’antipape Pascal III, en 1165 : c’est pourquoi le Siège Apostolique, sans vouloir approuver une procédure irrégulière, ni la recommencer dans les formes, puisqu’on ne lui a jamais demandé, a cru devoir respecter ce culte en tous les lieux où il fut établi.
Dans nos églises de France nous ne nous faisons aucun scrupule de donner le titre de saints et d’honorer comme tels un nombre considérable d’évêques sur la sainteté desquels aucun décret n’a été rendu par personne et dont le culte n’est jamais sorti de la limite de leurs diocèses ; les nombreuses églises qui honorent, depuis près de sept siècles, la mémoire du grand empereur Charlemagne, se contentent, par respect pour le Martyrologe romain, où son nom ne se lit pas, de le fêter sous le titre de Bienheureux. ­ Pour ne citer qu’un exemple, une église lui est encore dédiée dans l’ancien diocèse de Sarlat, en Périgord.
Avant l’époque de la Réforme, le nom du bienheureux Charlemagne se trouvait sur le calendrier d’un grand nombre de nos églises de France ; les Bréviaires de Reims et de Rouen sont les seuls qui l’aient conservé aujourd’hui. Plus de trente églises en Allemagne célèbrent encore aujourd’hui la fête du grand empereur ; sa chère église d’Aix-la-Chapelle garde son corps et l’expose à la vénération des peuples. Il est conservé dans une châsse en vermeil. Un de ses bras est dans un reliquaire à part. On trouve dans la grosseur des os de ce bras la preuve de ce que les auteurs racontent sur la haute taille et la force corporelle du grand empereur. Dans le trésor de la même église se trouve aussi son cor de chasse, et dans une galerie, le siège de pierre sur lequel il était assis dans son tombeau.
On sait que c’est sur ce siège que les empereurs d’Allemagne étaient installés, le jour de leur couronnement.
L’Université de paris le choisit pour patron en 1661.
Plusieurs Martyrologues de France, d’Allemagne et de Flandre font mémoire de saint Charlemagne le 28 janvier. Ferrarius ne l’a pas oublié dans son supplément des Saints qui ne sont pas dans le Martyrologe romain, non plus qu’Usuard, ni Molan. Nous avons tiré ce que nous en avons dit en ce recueil, d’Eginhard, qui a été son chancelier et qui se fit religieux de l’Ordre de Saint-Benoît, après la mort de son maître, et des autres mémoires que Bollandus rapporte dans le second tome des Actes des Saints, où l’on peut voir quelques miracles qui ont été faits par les mérites de notre saint roi. Sur la vie de saint Charlemagne, on peut encore consulter ce qu’en a écrit le bienheureux Notker, moine de Saint-Gall, au IXe siècle.
Tiré du Petit Bollandiste tome II p. 84
Tiré du livre « Les Sacres des Rois de France » de Rémy de Bourbon Parme, d’Alexandre Loire et de Georges Bernage ­; Éditions Heimdal
Antienne
Espoir des affligés, terreur des ennemis, douceur pour les vaincus, règle de vertu, sentier du droit, forme du salut, ô Charles, recevez les pieux hommages de vos serviteurs.
Parmi les Séquences consacrées à notre grand Empereur, nous trouvons la suivante, extraite d’un ancien Missel d’Aix-la-Chapelle.
SÉQUENCE
Cité d’Aix, cité royale, siège principal de la royauté, palais préféré de nos princes ;
Chante gloire au Roi des rois, aujourd’hui que tu célèbres la mémoire du grand roi Charles.
Que notre chœur chante dans l’allégresse, que le clergé fasse entendre le mélodieux accord des voix.
Quand la main est occupée aux bonnes œuvres, le cœur médite douce psalmodie.
En ce jour de fête, que l’Église honore les grands gestes du grand Roi.
Rois et peuples de la terre, que tous applaudissent d’un concert joyeux.
Charles est le fort soldat du Christ, le chef de l’invincible cohorte ; à lui seul il renverse dix mille combattants.
De l’ivraie il purge la terre ; il affranchit la moisson, en sarclant de son glaive cette herbe maudite.
C’est là le grand Empereur , bon semeur d’une bonne semence, et prudent agriculteur.
Il convertit les infidèles, il renverse temples et dieux ; sa main brise les idoles.
Il dompte les rois superbes, il fait régner les saintes lois avec la justice ;
La justice : mais il lui donne pour compagne la miséricorde.
Il est sacré de l’huile de liesse, par un don de grâce, plus que tous les autres rois.
Avec la couronne de gloire, il reçoit les insignes de l’Impériale Majesté.
Ô Roi triomphateur du monde, toi qui règnes avec Jésus-Christ, ô père saint ! ô Charles ! sois notre intercesseur ;
Afin que, purs de tout péché, dans le royaume de la lumière, nous, ton peuple, soyons les habitants du ciel avec les bienheureux.
Étoile de la mer, ô Marie, salut du monde, voie de la vie ! dirige nos pas vacillants et donne-nous accès auprès du Roi suprême, dans la gloire sans fin.
Ô Christ ! splendeur du Dieu Père, fils de la Mère immaculée, par ce Saint dont nous fêtons le jour, daigne nous accorder l’éternelle joie.
Amen.

Nous conclurons les hommages rendus par les diverses Églises au Bienheureux Charlemagne, en donnant ici la Collecte de sa fête.
Prions
Ô Dieu, qui, dans la surabondante fécondité de votre bonté, avez décoré du manteau de la glorieuse immortalité le bienheureux Empereur Charlemagne , après qu’il a eu déposé le voile de la chair : accordez à nos prières de mériter pour pieux intercesseur dans les cieux, celui que vous avez élevé sur la terre à l’honneur de l’Empire, pour la propagation de la vraie foi. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.
Salut, ô Charles, bien-aimé de Dieu, Apôtre du Christ, rempart de son Église, protecteur de la justice, gardien des mœurs, terreur des ennemis du nom Chrétien ! Le diadème souillé des Césars, mais purifié par les mains de Léon, couronne votre front auguste ; le globe de l’empire repose en votre forte main ; l’épée des combats du Seigneur, toujours victorieuse, est suspendue à votre baudrier ; et l’onction impériale est venue s’unir à l’onction royale dont la main du Pontife avait déjà consacré votre bras puissant. Devenu la figure du Christ dans sa royauté temporelle, vous avez voulu qu’il régnât en vous et par vous. Il vous récompense maintenant de l’amour que vous avez eu pour lui, du zèle que vous avez montré pour sa gloire, du respect et de la confiance que vous avez témoignés à son Épouse. Pour une royauté de la terre, caduque et périssable, vous avez reçu une royauté immortelle, au sein de laquelle tant de millions d’âmes, arrachées par vous à l’idolâtrie, vous honorent comme l’instrument de leur salut.
Dans ces jours où nous célébrons le divin enfantement de la Reine des deux, vous lui présentez le temple gracieux et magnifique que vous élevâtes en son honneur, et qui fait encore sur la terre notre admiration. C’est dans ce saint lieu que vos pieuses mains placèrent les langes de son divin Fils ; en retour, l’Emmanuel a voulu que vos ossements sacrés y reposassent avec gloire, afin d’y recevoir les témoignages de la vénération des peuples. Glorieux héritier de la foi des trois Rois de l’Orient, présentez-nous à Celui qui daigna revêtir ces humbles tissus. Demandez pour nous une part de cette humilité avec laquelle vous aimiez à vous incliner devant la crèche, de cette pieuse joie que goûtait votre cœur dans les solennités que nous célébrons, de ce zèle ardent qui vous fit entreprendre tant de travaux pour la gloire du Fils de Dieu, de cette force qui ne vous abandonna jamais dans la recherche de son Royaume.

Puissant Empereur, qui fûtes autrefois l’arbitre de la famille européenne réunie tout entière sous votre sceptre, prenez en pitié cette société qui s’écroule aujourd’hui de toutes parts. Après mille ans, l’Empire que l’Eglise avait confié à vos mains est tombé : tel a été le châtiment de son infidélité envers l’Église qui l’avait fondé. Mais les nations sont restées, et s’agitent dans l’inquiétude. L’Église seule peut leur rendre la vie par la foi ; seule, elle est demeurée dépositaire des notions du droit public ; seule, elle peut régler le pouvoir, et consacrer l’obéissance. Faites que le jour luise bientôt, où la société rétablie sur ses bases cessera de demander aux révolutions l’ordre et la liberté. Protégez d’un amour spécial la France, le plus riche fleuron de votre splendide couronne. Montrez que vous êtes toujours son Roi et son Père.

Arrêtez les progrès des faux empires qui s’élèvent au Nord sur le schisme et l’hérésie, et ne permettez pas que les peuples du Saint Empire Romain deviennent à jamais leur proie.
* * *
 La Sainte Tunique / Charlemagne
La Sainte Tunique devient l’objet d’un cadeau extraordinaire que l’impératrice d’Orient, Irène, fait au tout nouvel empereur, d’Occident, Charlemagne, en l’an 800. Au lieu de confier la relique à une église ou à une cathédrale connue, la donna à garder à une de ses filles, Théodrade, religieuse dans une abbaye, fondée en 655, à Argenteuil et qui était réservée à des personnes de marque. La Sainte Tunique aurait été déposé dans ce monastère par l’Empereur lui-même, à une heure de l’après-midi. Et depuis lors, les cloches du lieu tintaient à ce moment même, en souvenir de l’événement. Une peinture murale, que l’on peut voir à gauche de l’autel de la Tunique rappelle cette première « translation ».


Jean-Victor Schnetz. Charlemagne, entouré de ses principaux officiers, reçoit Alcuin 
qui lui présente des manuscrits réalisés par ses moines, 1830, musée du Louvre, Paris.

Blessed Charlemagne, Emperor (AC)

Born December 25, 742; died 814; cultus confirmed by Benedict XIV. Charlemagne was the son of Pepin the Short, king of the Franks, on Christmas Day. Popular devotion to Charlemagne took root chiefly at the time of the great quarrel among the pope, Frederick Barbarossa, and the antipope Paschal III. Charlemagne's name is a somewhat extraordinary one to find among the beati. In France devotion to Charlemagne was made compulsory by the state in 1475 (though his memorial is no longer celebrated there liturgically), and his feast is still observed in several German dioceses. Saint Joan of Arc associated him with Saint Louis in her prayers.



He was anointed with his father and his brother Carloman by Pope Stephen II in 754. When Pepin died in 768, Charlemagne and Carloman divided the kingdom. With the death of Carloman in 771, he became the sole ruler.

For the next 28 years, he expanded his empire. At the request of Hadrian I, he subdued Lombardy, forcing King Desiderius to retire to a monastery. He assumed the Lombardy crown and was rewarded by the pope with the title "patricius."

From 772 to 785, he campaigned against the Saxons. He conquered Bavaria, the Avar kingdom, and Pannonia (Hungary). At home, Charlemagne organized and reformed the government, standardizing the laws, building a stable administration, and employing missi dominici, itinerant royal legates.

He furthered ecclesiastical reforms and became a patron of letters, which resulted in his reign being labelled "the Carolingian Renaissance." He commissioned Alcuin to write against the Adoptionist heretics led by Felix of Urgel. He spurred learning by acting as a patron to the scholars who formed the Palace School.

It was primarily due to Charlemagne's efforts--not the pope's--that the hierarchy, discipline, and unity of liturgy were restored; that doctrine was defined; and that education was encouraged. It is these achievements rather than his conquests that earned him fame. The high point of his reign was his coronation as the first Holy Roman Emperor by Pope Leo III on Christmas Day in 800.

Charlemagne's cultus developed about 1166 under the influence of Frederick Barbarossa and the antipope Paschal III. Nevertheless, Benedict XIV, before ascending the Chair of Peter, decided that the former emperor was entitled to be called "blessed" because he provided the Church with such great protection (Attwater2, Benedictines, Coulson, White).

In art, Charlemagne is generally portrayed as emperor, wearing the imperial crown with an orb, sword, eagle, and lilies on his shield. At times, he may be shown (1) with a dog at his feet; (2) with four philosophers around him; (3) SS. Peter and Paul appearing to him; or (4) near the Church of Aachen (Aix-la-Chapelle).

Patron of learning (Gill), brokers, teachers, tin-founders, and the University of Paris (Roeder). He is venerated at Aachen, Germany (Roeder). 


SOURCE : http://www.saintpatrickdc.org/ss/0128.shtml


Louis Jehotte. Statue équestre de Charlemagne, 1867, boulevard d'Avroy, à Liège.



Charlemagne

(French for Carolus Magnus, or Carlus Magnus ("Charles the Great"); German Karl der Grosse).


The name given by later generations to Charles, King of the Franks, first sovereign of the Christian Empire of the West; born 2 April, 742; died at Aachen, 28 January, 814. Note, however, that the place of his birth (whether Aachen or Liège) has never been fully ascertained, while the traditional date has been set one or more years later by recent writers; if Alcuin is to be interpreted literally the year should be 745. At the time of Charles' birth, his father, Pepin the Short, Mayor of the Palace, of the line of Arnulf, was, theoretically, only the first subject of Childeric III, the last Merovingian King of the Franks; but this modest title implied that real power, military, civil, and even ecclesiastical, of which Childeric's crown was only the symbol. It is not certain that Bertrada (or Bertha), the mother of Charlemagne, a daughter of Charibert, Count of Laon, was legally married to Pepin until some years later than either 742 or 745.

Charlemagne's career led to his acknowledgment by the Holy See as its chief protector and coadjutor in temporals, by Constantinople as at least Basileus of the West. This reign, which involved to a greater degree than that of any other historical personage the organic development, and still more, the consolidation of Christian Europe, will be sketched in this article in the successive periods into which it naturally divides. The period of Charlemagne was also an epoch of reform for the Church in Gaul, and of foundation for the Church in Germany, marked, moreover, by an efflorescence of learning which fructified in the great Christian schools of the twelfth and later centuries.

To the fall of Pavia (742-774)

In 752, when Charles was a child of not more than ten years, Pepin the Short had appealed to Pope Zachary to recognize his actual rule with the kingly title and dignity. The practical effect of this appeal to the Holy See was the journey of Stephen III across the Alps two years later, for the purpose of anointing with the oil of kingship not only Pepin, but also his son Charles and a younger son, Carloman. The pope then laid upon the Christian Franks a precept, under the gravest spiritual penalties, never "to choose their kings from any other family". Primogeniture did not hold in the Frankish law of succession; the monarchy was elective, though eligibility was limited to the male members of the one privileged family. Thus, then, at St. Denis on the Seine, in the Kingdom of Neustria, on the 28th of July, 754, the house of Arnulf was, by a solemn act of the supreme pontiff established upon the throne until then nominally occupied by the house of Merowig (Merovingians).
Charles, anointed to the kingly office while yet a mere child, learned the rudiments of war while still many years short of manhood, accompanying his father in several campaigns. This early experience is worth noting chiefly because it developed in the boy those military virtues which, joined with his extraordinary physical strength and intense nationalism, made him a popular hero of the Franks long before he became their rightful ruler. At length, in September, 768, Pepin the Short, foreseeing his end, made a partition of his dominions between his two sons. Not many days later the old king passed away.

To better comprehend the effect of the act of partition under which Charles and Carloman inherited their father's dominions, as well as the whole subsequent history of Charles' reign, it is to be observed that those dominions comprised:
  • first, Frankland (Frankreich) proper;
  • secondly, as many as seven more or less self-governing dependencies, peopled by races of various origins and obeying various codes of law.
Of these two divisions, the former extended, roughly speaking, from the boundaries of Thuringia, on the east, to what is now the Belgian and Norman coastline, on the west; it bordered to the north on Saxony, and included both banks of the Rhine from Cologne (the ancient Colonia Agrippina) to the North Sea; its southern neighbours were the Bavarians, the Alemanni, and the Burgundians. The dependent states were: the fundamentally Gaulish Neustria (including within its borders Paris), which was, nevertheless, well leavened with a dominant Frankish element; to the southwest of Neustria, Brittany, formerly Armorica, with a British and Gallo-Roman population; to the south of Neustria the Duchy of Aquitaine, lying, for the most part, between the Loire and the Garonne, with a decidedly Gallo-Roman population; and east of Aquitaine, along the valley of the Rhone, the Burgundians, a people of much the same mixed origin as those of Aquitaine, though with a large infusion of Teutonic blood. These States, with perhaps the exception of Brittany, recognized the Theodosian Code as their law. The German dependencies of the Frankish kingdom were Thuringia, in the valley of the Main, Bavaria, and Alemannia (corresponding to what was later known as Swabia). These last, at the time of Pepin's death, had but recently been won to Christianity, mainly through the preaching of St. Boniface. The share which fell to Charles consisted of all Austrasia (the original Frankland), most of Neustria, and all of Aquitaine except the southeast corner. In this way the possessions of the elder brother surrounded the younger on two sides, but on the other hand the distribution of races under their respective rules was such as to preclude any risk of discord arising out of the national sentiments of their various subjects.

In spite of this provident arrangement, Carloman contrived to quarrel with his brother. Hunald, formerly Duke of Aquitaine, vanquished by Pepin the Short, broke from the cloister, where he had lived as a monk for twenty years, and stirred up a revolt in the western part of the duchy. By Frankish custom Carloman should have aided Charles; the younger brother himself held part of Aquitaine; but he pretended that, as his dominion were unaffected by this revolt, it was no business of his. Hunald, however, was vanquished by Charles single-handed; he was betrayed by a nephew with whom he had sought refuge, was sent to Rome to answer for the violation of his monastic vows, and at last, after once more breaking cloister, was stoned to death by the Lombards of Pavia. For Charles the true importance of this Aquitanian episode was in its manifestation his brother's unkindly feeling in his regard, and against this danger he lost no time in taking precautions, chiefly by winning over to himself the friends whom he judged likely to be most valuable; first and foremost of these was his mother, Bertha, who had striven both earnestly and prudently to make peace between her sons, but who, when it became necessary to take sides with one or the other could not hesitate in her devotion to the elder. Charles was an affectionate son; it also appears that, in general, he was helped to power by his extraordinary gift of personal attractiveness.

Carloman died soon after this (4 December, 771), and a certain letter from "the Monk Cathwulph", quoted by Bouquet (Recueil. hist., V, 634), in enumerating the special blessings for which the king was in duty bound to be grateful, says,

Third . . . God has preserved you from the wiles of your brother . . . . Fifth, and not the least, that God has removed your brother from this earthly kingdom.

Carloman may not have been quite so malignant as the enthusiastic partisans of Charles made him out, but the division of Pepin's dominions was in itself an impediment to the growth of a strong Frankish realm such as Charles needed for the unification of the Christian Continent. Although Carloman had left two sons by his wife, Gerberga, the Frankish law of inheritance gave no preference to sons as against brother; left to their own choice, the Frankish lieges, whether from love of Charles or for the fear which his name already inspired, gladly accepted him for their king. Gerberga and her children fled to the Lombard court of Pavia. In the mean while complications had arisen in Charles' foreign policy which made his newly established supremacy at home doubly opportune.

From his father Charles had inherited the title "Patricius Romanus" which carried with it a special obligation to protect the temporal rights of the Holy See. The nearest and most menacing neighbour of St. Peter's Patrimony was Desidarius (Didier), King of the Lombards, and it was with this potentate that the dowager Bertha had arranged a matrimonial alliance for her elder son. The pope had solid temporal reasons for objecting to this arrangement. Moreover, Charles was already, in foro conscientiae, if not in Frankish law, wedded to Himiltrude. In defiance of the pope's protest (PL 98:250), Charles married Desiderata, daughter of Desiderius (770), three years later he repudiated her and married Hildegarde, the beautiful Swabian. Naturally, Desiderius was furious at this insult, and the dominions of the Holy See bore the first brunt of his wrath.

But Charles had to defend his own borders against the heathen as well as to protect Rome against the Lombard. To the north of Austrasia lay Frisia, which seems to have been in some equivocal way a dependency, and to the east of Frisia, from the left bank of the Ems (about the present Holland-Westphalia frontier), across the valley of the Weser and Aller, and still eastward to the left bank of the Elbe, extended the country of the Saxons, who in no fashion whatever acknowledged any allegiance to the Frankish kings. In 772 these Saxons were a horde of aggressive pagans offering to Christian missionaries no hope but that of martyrdom; bound together, normally, by no political organization, and constantly engaged in predatory incursions into the lands of the Franks. Their language seems to have been very like that spoken by the Egberts and Ethelreds of Britain, but the work of their Christian cousin, St. Boniface, had not affected them as yet; they worshipped the gods of Walhalla, united in solemn sacrifice — sometimes human — to Irminsul (Igdrasail), the sacred tree which stood at Eresburg, and were still slaying Christian missionaries when their kinsmen in Britain were holding church synods and building cathedrals. Charles could brook neither their predatory habits nor their heathenish intolerance; it was impossible, moreover, to make permanent peace with them while they followed the old Teutonic life of free village communities. He made his first expedition into their country in July, 772, took Eresburg by storm, and burned Irminsul. It was in January of this same year that Pope Stephen III died, and Adrian I, an opponent of Desiderius, was elected. The new pope was almost immediately assailed by the Lombard king, who seized three minor cities of the Patrimony of St. Peter, threatened Ravenna itself, and set about organizing a plot within the Curia. Paul Afiarta, the papal chamberlain, detected acting as the Lombard's secret agent, was seized and put to death. The Lombard army advanced against Rome, but quailed before the spiritual weapons of the Church, while Adrian sent a legate into Gaul to claim the aid of the Patrician.
Thus it was that Charles, resting at Thionville after his Saxon campaign, was urgently reminded of the rough work that awaited his hand south of the Alps. Desiderius' embassy reached him soon after Adrian's. He did not take it for granted that the right was all upon Adrian's side; besides, he may have seen here an opportunity make some amends for his repudiation of the Lombard princess. Before taking up arms for the Holy See, therefore, he sent commissioners into Italy to make enquiries and when Desiderius pretended that the seizure of the papal cities was in effect only the legal foreclosure of a mortgage, Charles promptly offered to redeem them by a money payment. But Desiderius refused the money, and as Charles' commissioners reported in favour of Adrian, the only course left was war.

In the spring of 773 Charles summoned the whole military strength of the Franks for a great invasion of Lombardy. He was slow to strike, but he meant to strike hard. Data for any approximate estimate of his numerical strength are lacking, but it is certain that the army, in order to make the descent more swiftly, crossed the Alps by two passes: Mont Cenis and the Great St. Bernard. Einhard, who accompanied the king over Mont Cenis (the St. Bernard column was led by Duke Bernhard), speaks feelingly of the marvels and perils of the passage. The invaders found Desiderius waiting for them, entrenched at Susa; they turned his flank and put the Lombard army to utter rout. Leaving all the cities of the plains to their fate, Desiderius rallied part of his forces in Pavia, his walled capital, while his son Adalghis, with the rest, occupied Verona. Charles, having been joined by Duke Bernhard, took the forsaken cities on his way and then completely invested Pavia (September, 773), whence Otger, the faithful attendant of Gerberga, could look with trembling upon the array of his countrymen. Soon after Christmas Charles withdrew from the siege a portion of the army which he employed in the capture of Verona. Here he found Gerberga and her children; as to what became of them, history is silent; they probably entered the cloister.

What history does record with vivid eloquence is the first visit of Charles to the Eternal City. There everything was done to give his entry as much as possible the air of a triumph in ancient Rome. The judges met him thirty miles from the city; the militia laid at the feet of their great patrician the banner of Rome and hailed him as their imperator. Charles himself forgot pagan Rome and prostrated himself to kiss the threshold of the Apostles, and then spent seven days in conference with the successor of Peter. It was then that he undoubtedly formed many great designs for the glory of God and the exaltation of Holy Church, which, in spite of human weaknesses and, still more, ignorance, he afterwards did his best to realize. His coronation as the successor of Constantine did not take place until twenty-six years later, but his consecration as first champion of the Catholic Church took place at Easter, 774. Soon after this (June, 774) Pavia fell, Desiderius was banished, Adalghis became a fugitive at the Byzantine court, and Charles, assuming the crown of Lombardy, renewed to Adrian the donation of territory made by Pepin the Short after his defeat of Aistulph. (This donation is now generally admitted, as well as the original gift of Pepin at Kiersy in 752. The so-called "Privilegium Hadriani pro Carolo" granting him full right to nominate the pope and to invest all bishops is a forgery.)

To the baptism of Wittekind (774-785)

The next twenty years of Charles' life may be considered as one long warfare. They are filled with an astounding series of rapid marches from end to end of a continent intersected by mountains, morasses, and forests, and scantily provided with roads. It would seem that the key to his long series of victories, won almost as much by moral ascendancy as by physical or mental superiority, is to be found in the inspiration communicated to his Frankish champion by Pope Adrian I. Weiss (Weltgesch., 11, 549) enumerates fifty-three distinct campaigns of Charlemagne; of these it is possible to point to only twelve or fourteen which were not undertaken principally or entirely in execution of his mission as the soldier and protector of the Church. In his eighteen campaigns against the Saxons Charles was more or less actuated by the desire to extinguish what he and his people regarded as a form of devil-worship, no less odious to them than the fetishism of Central Africa is to us.

While he was still in Italy the Saxons, irritated but not subdued by the fate of Eresburg and of Irminsul had risen in arms, harried the country of the Hessian Franks, and burned many churches; that of St. Boniface at Fritzlar, being of stone, had defeated their efforts. Returning to the north, Charles sent a preliminary column of cavalry into the enemy's country while he held a council of the realm at Kiersy (Quercy) in September, 774, at which it was decided that the Saxons (Westfali, Ostfali, and Angrarii) must be presented with the alternative of baptism or death. The northeastern campaigns of the next seven years had for their object a conquest so decisive as to make the execution of this policy feasible. The year 775 saw the first of a series of Frankish military colonies, on the ancient Roman plan established at Sigeburg among the Westfali. Charles next subdued, temporarily at least, the Ostali, whose chieftain, Hessi, having accepted baptism, ended his life in the monastery of Fulda (see SAINT BONIFACE; FULDA). Then, a Frankish camp at Lübbecke on the Weser having been surprised by the Saxons, and its garrison slaughtered, Charles turned again westward, once more routed the Westfali, and received their oaths of submission.

At this stage (776) the affairs of Lombardy interrupted the Saxon crusade. Areghis of Beneventum, son-in-law of the vanquished Desiderius, had formed a plan with his brother-in-law Adalghis (Adelchis), then an exile at Constantinople, by which the latter was to make a descent upon Italy, backed by the Eastern emperor; Adrian was at the same time involved in a quarrel with the three Lombard dukes, Reginald of Clusium, Rotgaud of Friuli, and Hildebrand of Spoleto. The Archbishop of Ravenna, who called himself "primate" and "exarch of Italy", was also attempting to found an independent principality at the expense of the papal state but was finally subdued in 776, and his successor compelled to be content with the title of "Vicar" or representative of the pope. The junction of the aforesaid powers, all inimical to the pope and the Franks, while Charles was occupied in Westphalia, was only prevented by the death of Constantine Copronymus in September, 775 (see BYZANTINE EMPIRE). After winning over Hildebrand and Reginald by diplomacy, Charles descended into Lombardy by the Brenner Pass (spring of 776), defeated Rotgaud, and leaving garrisons and governors, or counts (comites), as they were termed, in the reconquered cities of the Duchy of Friuli, hastened back to Saxony. There the Frankish garrison had been forced to evacuate Eresburg, while the siege of Sigeburg was so unexpectedly broken up as to give occasion later to a legend of angelic intervention in favour of the Christians. As usual, the almost incredible suddenness of the king's reappearance and the moral effect of his presence quieted the ragings of the heathen. Charles then divided the Saxon territory into Missionary districts. At the great spring hosting (champ de Mai) of Paderborn, in 777, many Saxon converts were baptized; Wittekind (Widukind), however, already the leader and afterwards the popular hero of the Saxons, had fled to his brother-in-law, Sigfrid the Dane.

The episode of the invasion of Spain comes next in chronological order. The condition of the venerable Iberian Church, still suffering under Moslem domination, appealed strongly to the king's sympathy. In 777 there came to Paderborn three Moorish emirs, enemies of the Ommeyad Abderrahman, the Moorish King of Cordova. These emirs did homage to Charles and proposed to him an invasion of Northern Spain; one of the, Ibn-el-Arabi, promised to bring to the invaders' assistance a force of Berber auxiliaries from Africa; the other two promised to exert their powerful influence at Barcelona and elsewhere north of the Ebro. Accordingly, in the spring of 778, Charles, with a host of crusaders, speaking many tongues, and which numbered among its constituents even a quota of Lombards, moved towards the Pyrenees. His trusted lieutenant, Duke Bernhard, with one division, entered Spain by the coast. Charles himself marched through the mountain passes straight to Pampelona. But Ibn-el-Arabi, who had prematurely brought on his army of Berbers, was assassinated by the emissary of Abderrahman, and though Pampelona was razed, and Barcelona and other cities fell, Saragossa held out. Apart from the moral effect of this campaign upon the Moslem rulers of Spain, its result was insignificant, though the famous ambuscade in which perished Roland, the great Paladin, at the Pass of Roncesvalles, furnished to the medieval world the material for its most glorious and influential epic, the "Chanson de Roland".

Much more important to posterity were the next succeeding events which continued and decided the long struggle in Saxony. During the Spanish crusade Wittekind had returned from his exile, bringing with him Danish allies, and was now ravaging Hesse; the Rhine valley from Deutz to Andenach was a prey to the Saxon "devil-worshipers"; the Christian missionaries were scattered or in hiding. Charles gathered his hosts at Düren, in June, 779, and stormed Wittekind's entrenched camp at Bocholt, after which campaign he seems to have considered Saxony a fairly subdued country. At any rate, the "Saxon Capitulary" (see CAPITULARIES) of 781 obliged all Saxons not only to accept baptism (and this on the pain of death) but also to pay tithes, as the Franks did for the support of the Church; moreover it confiscated a large amount of property for the benefit of the missions. This was Wittekind's last opportunity to restore the national independence and paganism; his people, exasperated against the Franks and their God, eagerly rushed to arms. At Suntal on the Weser, Charles being absent, they defeated a Frankish army killing two royal legates and five Counts. But Wittekind committed the error of enlisting as allies the non-Teutonic Sorbs from beyond the Saale; race-antagonism soon weakened his forces, and the Saxon hosts melted away. Of the so-called "Massacre of Verdun" (783) it is fair to say that the 4500 Saxons who perished were not prisoners of war; legally, they were ringleaders in a rebellion, selected as such from a number of their fellow rebels. Wittekind himself escaped beyond the Elbe. It was not until after another defeat of the Saxons at Detmold, and again at Osnabrück, on the "Hill of Slaughter", that Wittekind acknowledged the God of Charles the stronger than Odin. In 785 Wittekind received baptism at Attigny, and Charles stood godfather.

Last steps to the imperial throne (785-800)

The summer of 783 began a new period in the life of Charles, in which signs begin to appear of his less amiable traits. It was in this year, signalized, according to the chroniclers, by unexampled heat and a pestilence, that the two queens died, Bertha, the king's mother, and Hildegarde, his second (or his third) wife. Both of these women, the former in particular, had exercised over him a strong influence for good. Within a few months the king married Fastrada, daughter of an Austrasian count. The succeeding years were, comparatively speaking, years of harvest after the stupendous period of ploughing and sowing that had gone before; and Charles' nature was of a type that appears to best advantage in storm and stress. What was to be the Western Empire of the Middle Ages was already hewn out in the rough when Wittekind received baptism. From that date until the coronation of Charles at Rome, in 800, his military work was chiefly in suppressing risings of the newly conquered or quelling the discontents of jealous subject princes. Thrice in these fifteen years did the Saxons rise, only to be defeated. Tassilo, Duke of Bavaria, had been a more or less rebellious vassal ever since the beginning of his reign, and Charles now made use of the pope's influence, exercised through the powerful bishops of Freising, Salzburg, and Regensburg (Ratisbon), to bring him to terms. In 786 a Thuringian revolt was quelled by the timely death, blinding, and banishment of its leaders. Next year the Lombard prince, Areghis, having fortified himself at Salerno, had actually been crowned King of the Lombards when Charles descended upon him at Beneventum, received his submission, and took his son Grimwald as a hostage, after which, finding that Tassilo had been secretly associated with the conspiracy of the Lombards, he invaded Bavaria from three sides with three armies drawn from at least five nationalities. Once more the influence of the Holy See settled the Bavarian question in Charles' favour; Adrian threatened Tassilo with excommunication if he persisted in rebellion, and as the Duke's own subjects refused to follow him to the field, he personally made submission, did homage, and in return received from Charles a new lease of his duchy (October, 787).

During this period the national discontent with Fastrada culminated in a plot in which Pepin the Hunchback, Charles' son by Himiltrude, was implicated, and though his life was spared through his father's intercession, Pepin spent what remained of his days in a monastery. Another son of Charles (Carloman, afterwards called Pepin, and crowned King of Lombardy at Rome in 781, on the occasion of an Easter visit by the king, at which time also his brother Louis was crowned King of Aquitaine) served his father in dealing with the Avars, a pagan danger on the frontier, compared with which the invasion of Septimania by the Saracens (793) was but an insignificant incident of border warfare. These Avars, probably of Turanian blood, occupied the territories north of the Save and west of the Theiss. Tassilo had invited their assistance against his overlord; and after the Duke's final submission Charles invaded their country and conquered it as far as the Raab (791). By the capture of the famous "Ring" of the Avars, with its nine concentric circles, Charles came into possession of vast quantities of gold and silver, parts of the plunder which these barbarians had been accumulating for two centuries. In this campaign King Pepin of Lombardy cooperated with his father, with forces drawn from Italy; the later stages of this war (which may be considered the last of Charles' great wars) were left in the hands of the younger king.

The last stages by which the story of Charles' career is brought to its climax touch upon the exclusive spiritual domain of the Church. He had never ceased to interest himself in the deliberations of synods, and this interest extended (an example that wrought fatal results in after ages) to the discussion of questions which would now be regarded as purely dogmatic. Charles interfered in the dispute about the Adoptionist heresy (see ADOPTIONISM; ALCUIN; COUNCIL OF FRANKFORT). His interference was less pleasing to Adrian in the matter of Iconoclasm, a heresy with which the Empress-mother Irene and Tarasius, Patriarch of Constantinople, had dealt in the second Council of Nicaea. The Synod of Frankfort, wrongly informed, but inspired by Charles, took upon itself to condemn the aforesaid Council, although the latter had the sanction of the Holy See (see CAROLINE BOOKS). In the year 797 the Eastern Emperor Constantine VI, with whom his mother Irene had for some time been at variance, was by her dethroned, imprisoned, and blinded. It is significant of Charles' position as de facto Emperor of the West that Irene sent envoys to Aachen to lay before Charles her side of this horrible story. It is also to be noted that the popular impression that Constantine had been put to death, and the aversion to committing the imperial sceptre to a woman's hand, also bore upon what followed. Lastly, it was to Charles alone that the Christians of the East were now crying out for succour against the threatening advance of the Moslem Caliph Haroun al Raschid. In 795 Adrian I died (25 Dec.), deeply regretted by Charles, who held this pope in great esteem and caused a Latin metrical epitaph to be prepared for the papal tomb. In 787 Charles had visited Rome for the third time in the interest of the pope and his secure possession of the Patrimony of Peter.

Leo III, the immediate successor of Adrian I, notified Charles of his election (26 December, 795) to the Holy See. The king sent in return rich presents by Abbot Angilbert, whom he commissioned to deal with the pope in all manners pertaining to the royal office of Roman Patrician. While this letter is respectful and even affectionate, it also exhibits Charles' concept of the coordination of the spiritual and temporal powers, nor does he hesitate to remind the pope of his grave spiritual obligations. The new pope, a Roman, had bitter enemies in the Eternal City, who spread the most damaging reports of his previous life. At length (25 April, 799) he was waylaid, and left unconscious. After escaping to St. Peter's he was rescued by two of the king's missi, who came with a considerable force. The Duke of Spoleto sheltered the fugitive pope, who went later to Paderborn, where the king's camp then was. Charles received the Vicar of Christ with all due reverence. Leo was sent back to Rome escorted by royal missi; the insurgents, thoroughly frightened and unable to convince Charles of the pope's iniquity, surrendered, and the missi sent Paschalis and Campulus, nephews of Adrian I and ringleaders against Pope Leo, to the king, to be dealt with at the royal pleasure.

Charles was in no hurry to take final action in this matter. He settled various affairs connected with the frontier beyond the Elbe, with the protection of the Balearic Isles against the Saracens, and of Northern Gaul against Scandinavian sea-rovers, spent most of the winter at Aachen, and was at St. Riquier for Easter. About this time, too, he was occupied at the deathbed of Liutgarde, the queen whom he had married on the death of Fastrada (794). At Tours he conferred with Alcuin, then summoned the host of the Franks to meet at Mainz and announced to them his intention of again proceeding to Rome. Entering Italy by the Brenner Pass, he travelled by way of Ancona and Perugia to Nomentum, where Pope Leo met him and the two entered Rome together. A synod was held and the charges against Leo pronounced false. On this occasion the Frankish bishops declared themselves unauthorized to pass judgment on the Apostolic See. Of his own free will Leo, under oath, declared publicly in St. Peter's that he was innocent of the charges brought against him. Leo requested that his accusers, now themselves condemned to death, should be punished only with banishment.

After his coronation in Rome (800-814)

Two days later (Christmas Day, 800) took place the principal event in the life of Charles. During the pontifical Mass celebrated by the pope, as the king knelt in prayer before the high altar beneath which lay the bodies of Sts. Peter and Paul, the pope approached him, placed upon his head the imperial crown, did him formal reverence after the ancient manner, saluted him as Emperor and Augustus and anointed him, while the Romans present burst out with the acclamation, thrice repeated: "To Carolus Augustus crowned by God, mighty and pacific emperor, be life and victory" (Carolo, piisimo Augusto a Deo coronato, magno et pacificio Imperatori, vita et victoria). These details are gathered from contemporary accounts (Life of Leo III in "lib. Pont."; "Annales Laurissense majores"; Einhard's Vita Caroli; Theophanes). Though not all are found in any one narrative, there is no good reason for doubting their general accuracy. Einhard's statement (Vita Caroli 28) that Charles had no suspicion of what was about to happen, and if pre-informed would not have accepted the imperial crown, is much discussed, some seeing in it an unwillingness to imperial authority on an ecclesiastical basis, others more justly a natural hesitation before a momentous step overcome by the positive action of friends and admirers, and culminating; in the scene just described. On the other hand, there seems no reason to doubt that for some time previous the elevation of Charles had been discussed, both at home and at Rome, especially in view of two facts: the scandalous condition of the imperial government at Constantinople, and the acknowledged grandeur and solidity of the Carolingian house. He owed his elevation not to the conquest of Rome, nor to any act of the Roman Senate (then a mere municipal body), much less to the local citizenship of Rome, but to the pope, who exercised in a supreme juncture the moral supremacy in Western Christendom which the age widely recognized in him, and to which, indeed, Charles even then owed the title that the popes had transferred to his father Pepin. It is certain that Charles constantly attributed his imperial dignity to an act of God, made known of course through the agency of the Vicar of Christ (divino nutu coronatus, a Deo coronatus, in "Capitularia", ed. Baluze, I, 247, 341, 345); also that after the ceremony he made very rich gifts to the Basilica of St. Peter, and that on the same day the pope anointed (as King of the Franks) the younger Charles, son of the emperor and at that time probably destined to succeed in the imperial dignity. The Roman Empire (Imperium Romanum), since 476 practically extinguished in the West, save for a brief interval in the sixth century, was restored by this papal act, which became the historical basis of the future relations between the popes and the successors of Charlemagne (throughout the Middle Ages no Western Emperor was considered legitimate unless he had been crowned and anointed at Rome by the successor of St. Peter). Despite the earlier goodwill and help of the papacy, the Emperor of Constantinople, legitimate heir of the imperial title (he still called himself Roman Emperor, and his capital was officially New Rome) had long proved incapable of preserving his authority in the Italian peninsula. Palace revolutions and heresy, not to speak of fiscal oppression, racial antipathy, and impotent but vicious intrigues, made him odious to the Romans and Italians generally. In any case, since the Donation of Pepin (752) the pope was formally sovereign of the duchy of Rome and the Exarchate; hence, apart from its effect on his shadowy claim to the sovereignty of all Italy, the Byzantine ruler had nothing to lose by the elevation of Charles. However, the event of Christmas Day, 800, was long resented at Constantinople, where eventually the successor of Charles was occasionally called "Emperor", or "Emperor of the Franks", but never "Roman Emperor". Suffice it to add here that while the imperial consecration made him in theory, what he was already in fact, the principal ruler of the West, and impropriated, as it were, in the Carolingian line the majesty of ancient Rome, it also lifted Charles at once to the dignity of supreme temporal protector of Western Christendom and in particular of its head, the Roman Church. Nor did this mean only the local welfare of the papacy, the good order and peace of the Patrimony of Peter. It meant also, in face of the yet vast pagan world (barbarae nationes) of the North and the Southeast, a religious responsibility, encouragement and protection of missions, advancement of Christian culture, organization of dioceses, enforcement of a Christian discipline of life, improvement of the clergy, in a word, all the forms of governmental cooperation with the Church that we meet with in the life and the legislation of Charles. Long before this event Pope Adrian I had conferred (774) on Charles his father's dignity of Patricius Romanus, which implied primarily the protection of the Roman Church in all its rights and privileges, above all in the temporal authority which it had gradually acquired (notably in the former Byzantine Duchy of Rome and the Exarchate of Ravenna) by just titles in the course of the two preceding centuries. Charles, it is true, after his imperial consecration exercised practically at Rome his authority as Patricius, or protector of the Roman Church. But he did this with all due recognition of the papal sovereignty and principally to prevent the quasi-anarchy which local intrigues and passions, family interests and ambitions, and adverse Byzantine agencies were promoting. It would be unhistorical to maintain that as emperor he ignored at once the civil sovereignty of the pope in the Patrimony of Peter. This (the Duchy of Rome and the Exarchate) he significantly omitted from the partition of the Frankish State made at the Diet of Thionville, in 806. It is to be noted that in this public division of his estate he made no provision for the imperial title, also that he committed to all three sons "the defence and protection of the Roman Church". In 817 Louis the Pious, by a famous charter whose substantial authenticity there is no good reason to doubt, confirmed to Pope Paschal and his successors forever, "the city of Rome with its duchy and dependencies, as the same have been held to this day by your predecessors, under their authority and jurisdiction", adding that he did not pretend to any jurisdiction in said territory, except when solicited thereto by the pope. It may be noted here that the chroniclers of the ninth century treat as "restitution" to St. Peter the various cessions and grants of cities and territory made at this period by the Carolingian rulers within the limits of the Patrimony of Peter. The Charter of Louis the Pious was afterwards confirmed by Emperor Otto I in 962 and Henry II in 1020. These imperial documents make it clear that the acts of authority exercised by the new emperor in the Patrimony of Peter were only such as were called for by his office of Defender of the Roman Church. Kleinclausz (l'Empire Carolingien, etc., Paris, 1902, 441 sqq.) denies the authenticity of the famous letter (871) of Emperor Louis II to the Greek Emperor Basil (in which the former recognizes fully the papal origin of his own imperial dignity), and attributes it to Anastasius Bibliotheca in 879. His arguments are weak; the authenticity is admitted by Gregorovius and O. Harnack. Anti-papal writers have undertaken to prove that Charles' dignity of Patricius Romanorum was equivalent to immediate and sole sovereign authority at Rome, and in law and in fact excluded any papal sovereignty. In reality this Roman patriciate, both under Pepin and Charles, was no more than a high protectorship of the civil sovereignty of the pope, whose local independence, both before and after the coronation of Charles, is historically certain, even apart from the aforesaid imperial charters.

The personal devotion of Charles to the Apostolic See is well known. While in the preface to his Capitularies he calls himself the "devoted defender and humble helper of Holy Church", he was especially fond of the basilica of St. Peter at Rome. Einhard relates (Vita, c. xxvii) that he enriched it beyond all other churches and that he was particularly anxious that the City of Rome should in his reign obtain again its ancient authority. He promulgated a special law on the respect due this See of Peter (Capitulare de honoranda sede Apostolica, ed. Baluze I, 255). The letters of the popes to himself, his father, and grandfather, were collected by his order in the famous "Codex Carolinus". Gregory VII tells us (Regest., VII, 23) that he placed a part of the conquered Saxon territory under the protection of St. Peter, and sent to Rome a tribute from the same. He received from Pope Adrian the Roman canon law in the shape of the "Collectio Dionysia-Hadriana", and also (784-91) the "Gregorian Sacramentary" or liturgical use of Rome, for the guidance of the Frankish Church. He furthered also in the Frankish churches the introduction of the Gregorian chant. It is of interest to note that just before his coronation at Rome Charles received three messengers from the Patriarch of Jerusalem, bearing to the King of the Franks the keys of the Holy Sepulchre and the banner of Jerusalem, "a recognition that the holiest place in Christendom was under the protection of the great monarch of the West" (Hodgkin). Shortly after this event, the Caliph Haroun al Raschid sent an embassy to Charles, who continued to take a deep interest in the Holy Sepulchre, and built Latin monasteries at Jerusalem, also a hospital for pilgrims. To the same period belongs the foundation of the Schola Francorum near St. Peter's Basilica, a refuge and hospital (with cemetery attached) for Frankish pilgrims to Rome, now represented by the Campo Santo de' Tedeschi near the Vatican.

The main work of Charlemagne in the development of Western Christendom might have been considered accomplished had he now passed away. Of all that he added during the remaining thirteen years of his life nothing increased perceptibly the stability of the structure. His military power and his instinct for organization had been successfully applied to the formation of a material power pledged to the support of the papacy, and on the other hand at least one pope (Adrian) had lent all the spiritual strength of the Holy See to help build up the new Western Empire, which his immediate successor (Leo) was to solemnly consecrate. Indeed, the remaining thirteen years of Charles' earthly career seem to illustrate rather the drawbacks of an intimate connection between Church and State than its advantages.

In those years nothing like the military activity of the emperor's earlier life appears; there were much fewer enemies to conquer. Charles' sons led here and there an expedition, as when Louis captured Barcelona (801) or the younger Charles invaded the territory of the Sorbs. But their father had somewhat larger business on his hands at this time; above all, he had to either conciliate or neutralize the jealousy of the Byzantine Empire which still had the prestige of old tradition. At Rome Charles had been hailed in due form as "Augustus" by the Roman people, but he could not help realizing that many centuries before, the right of conferring this title had virtually passed from Old to New Rome. New Rome, i.e. Constantinople, affected to regard Leo's act as one of schism. Nicephorus, the successor of Irene (803) entered into diplomatic relations with Charles, it is true, but would not recognize his imperial character. According to one account (Theophanes) Charles had sought Irene in marriage, but his plan was defeated. The Frankish emperor then took up the cause of rebellious Venetia and Dalmatia. The war was carried on by sea, under King Pepin, and in 812, after the death of Nicephorus, a Byzantine embassy at Aachen actually addressed Charles as Basileus. About this time Charles again trenched upon the teaching prerogative of the Church, in the matter of the Filioque although in this instance also the Holy See admitted the soundness of his doctrine, while condemning his usurpation of its functions.

The other source of discord which appeared in the new Western Empire, and from its very beginning, was that of the succession. Charles made no pretence either of right of primogeniture for his eldest son or to name a successor for himself. As Pepin the Short had divided the Frankish realm, so did Charles divide the empire among his sons, naming none of them emperor. By the will which he made in 806 the greater part of what was later called France went to Louis the Pious; Frankland proper, Frisia, Saxony, Hesse, and Franconia were to be the heritage of Charles the Young; Pepin received Lombardy and its Italian dependencies, Bavaria, and Southern Alemannia. But Pepin and Charles pre-deceased the emperor, and in 813 the magnates of the empire did homage at Aachen to Louis the Pious as King of the Franks, and future sole ruler of the great imperial state. Thus is was that the Carolingian Empire, as a dynastic institution, ended with the death of Charles the Fat (888), while the Holy Roman Empire, continued by Otto the Great (968-973), lacked all that is now France. But the idea of a Europe welded together out of various races under the spiritual influence of one Catholic Faith and one Vicar of Christ had been exhibited in the concrete.

It remains to say something of the achievements of Charlemagne at home. His life was so full of movement, so made up of long journeys, that home in his case signifies little more than the personal environment of his court, wherever it might happen to be on any given day. There was, it is true, a general preference for Austrasia, or Frankland (after Aachen, Worms, Nymwegen, and Ingleheim were favourite residences). He took a deep and intelligent interest in the agricultural development of the realm, and in the growth of trade, both domestic and foreign. The civil legislative work of Charles consisted principally in organizing and codifying the principles of Frankish law handed down from antiquity; thus in 802 the laws of the Frisians, Thuringians, and Saxons were reduced to writing. Among these principles, it is important to note, was one by which no free man could be deprived of life or liberty without the judgment of his equals in the state. The spirit of his legislation was above all religious; he recognized as a basis and norm the ecclesiastical canons, was wont to submit his projects of law to the bishops, or to give civil authority to the decrees of synods. More than once he made laws at the suggestion of popes or bishops. For administrative purposes the State was divided into counties and hundreds, for the government of which counts and hundred-men were responsible. Side by side with the counts in the great national parliament (Reichstag, Diet) which normally met in the spring, sat the bishops, and the spiritual constituency was so closely intertwined with the temporal that in reading of a "council" under Charles, it is not always easy to ascertain whether the particular proceedings are supposed to be those of a parliament or of a synod. Nevertheless this parliament or diet was essentially bicameral (civil and ecclesiastical), and the foregoing descriptions applies to the mutual discussion of res mixtae or subjects pertaining to both orders.

The one Frankish administrative institution to which Charles gave an entirely new character was the missi dominici, representatives (civil and ecclesiastical) of the royal authority, who from being royal messengers assumed under him functions much like those of papal legates, i.e. they were partly royal commissioners, partly itinerant governors. There were usually two for each province (an ecclesiastic and a lay lord), and they were bound to visit their territory (missatica) four times each year. Between these missi and the local governors or counts the power of the former great crown-vassals (dukes, Herzöge) was parcelled out. Local justice was administered by the aforesaid count (comes, Graf) in his court, held three times each year (placitum generale), with the aid of seven assessors (scabini, rachimburgi), but there was a graduated appeal ending in the person of the emperor.

While enough has been said above to show how ready he was to interfere in the Church's domain, it does not appear that this propensity arose from motives discreditable to his religious character. It would be absurd to pretend that Charlemagne was a consistent lifelong hypocrite; if he was not, then his keen practical interest in all that pertained to the services of the Church, his participation even in the chanting of the choir (though, as his biographer says, "in a subdued voice") his fastidious attention to questions of rites and ceremonies (Monachus Sangallensis), go to show, like many other traits related of him, that his strong rough nature was really impregnated with zeal, however mistaken at times, for the earthly glory of God. He sought to elevate and perfect the clergy, both monastic and secular, the latter through the enforcement of the Vita Canonica or common life. Tithes were strictly enforced for the support of the clergy and the dignity of public worship. Ecclesiastical immunities were recognized and protected, the bishops held to frequent visitation of their dioceses, a regular religious instruction of the people provided for, and in the vernacular tongue. Through Alcuin he caused corrected copies of the Scripture to be placed in the churches, and earned great credit for his improvement of the much depraved text of the Latin Vulgate. Education, for aspirants to the priesthood at least, was furthered by the royal order of 787 to all bishops and abbots to keep open in their cathedrals and monasteries schools for the study of the seven liberal arts and the interpretation of Scriptures. He did much also to improve ecclesiastical music, and founded schools of church-song at Metz, Soissons, and St. Gall. For the contemporary development of Christian civilization through Alcuin, Einhard, and other scholars, Italian and Irish, and for the king's personal attainments in literature, see CAROLINGIAN SCHOOLS; ALCUIN; EINHARD. He spoke Latin well, and loved to listen to the reading of St. Augustine, especially "The City of God". He understood Greek, but was especially devoted to his Frankish (Old-German) mother tongue; its terms for the months and the various winds are owing to him. He attempted also to produce a German grammar, and Einhard tells us that he caused the ancient folksongs and hero-tales (barbara atque antiquissima carmina) to be collected; unfortunately this collection ceased to be appreciated and was lost at a later date.

From boyhood Charles had evinced strong domestic affections. Judged, perhaps, by the more perfectly developed Christian standards of a later day, his matrimonial relations were far from blameless; but it would be unfair to criticize by any such ethical rules the obscurely transmitted accounts of his domestic life which have come down to us. What is certain (and more pleasant to contemplate) is the picture, which his contemporaries have left us, of the delight he found in being with his children, joining in their sports, particularly in his own favourite recreation of swimming, and finding his relaxation in the society of his sons and daughters; the latter he refused to give in marriage, unfortunately for their moral character. He died in his seventy-second year, after forty-seven years of reign, and was buried in the octagonal Byzantine-Romanesque church at Aachen, built by him and decorated with marble columns from Rome and Ravenna. In the year 1000 Otto III opened the imperial tomb and found (it is said) the great emperor as he had been buried, sitting on a marble throne, robed and crowned as in life, the book of the Gospels open on his knees. In some parts of the empire popular affection placed him among the saints. For political purposes and to please Frederick Barbarossa he was canonized (1165) by the antipope Paschal III, but this act was never ratified by insertion of his feast in the Roman Breviary or by the Universal Church; his cultus, however, was permitted at Aachen [Acta SS., 28 Jan., 3d ed., II, 490-93, 303-7, 769; his office is in Canisius, "Antiq. Lect.", III (2)]. According to his friend and biographer, Einhard, Charles was of imposing stature, to which his bright eyes and long, flowing hair added more dignity. His neck was rather short, and his belly prominent, but the symmetry of his other members concealed these defects. His clear voice was not so sonorous as his gigantic frame would suggest. Except on his visits to Rome he wore the national dress of his Frankish people, linen shirt and drawers, a tunic held by a silken cord, and leggings; his thighs were wound round with thongs of leather; his feet were covered with laced shoes. He had good health to his sixty-eighth year, when fevers set in, and he began to limp with one foot. He was his own physician, we are told, and much disliked his medical advisers who wished him to eat boiled meat instead of roast. No contemporary portrait of him has been preserved. A statuette in the Musée Carnavalet at Paris is said to be very ancient.

Shahan, Thomas, and Ewan Macpherson. "Charlemagne." The Catholic Encyclopedia. Vol. 3. New York: Robert Appleton Company, 1908. 31 Jan. 2016 <http://www.newadvent.org/cathen/03610c.htm>.

Transcription. This article was transcribed for New Advent by Michael C. Tinkler.


Ecclesiastical approbation. Nihil Obstat. November 1, 1908. Remy Lafort, S.T.D., Censor. Imprimatur. +John Cardinal Farley, Archbishop of New York.


SOURCE : http://www.newadvent.org/cathen/03610c.htm




Mosaïque de l'archibasilique Saint-Jean-de-Latran de Rome présentant sur la droite le pape Léon III et Charlemagne, agenouillés aux pieds de Saint Pierre. Ce dernier leur remet les clefs et la bannière, symboles de leurs pouvoirs respectifs.


January 28

B. Charlemagne, Emperor

CHARLEMAGNE, or Charles the Great, son of king Pepin, was born in 742; and crowned king of France in 768; but his youngest brother Carloman reigned in Austrasia till his death, in 771. Charlemagne vanquished Hunauld, duke of Aquitain, and conquered the French Gothia or Landguedoc; subdued Lombardy; conferred on Pope Adrian the exarchite of Ravenna, the duchy of Spoletto and many other dominions; took Pavia, (which had been honoured with the residence of twenty kings,) and was crowned king of Lombardy in 774. The emir Abderamene in Spain, having shaken off the yoke of the caliph of the Saracens, in 736, and established his kingdom at Cordova, and other emirs in Spain setting up independency, Charlemagne, in 778, marched as far as the Ebro and Saragossa, conquered Barcelona, Gironne, and many other places, and returned triumphant. His cousin Roland, who followed him with the rear of his army, in his return was set upon in the Pyrenean mountains by a troop of Gascon robbers, and slain; and is the famous hero of numberless old French romances and songs. The Saxons having in the king’s absence plundered his dominions upon the Rhine, he flew to the Weser, and compelled them to make satisfaction. Thence he went to Rome and had his infant sons crowned kings, Pepin of Lombardy, and Lewis of Aquitain. The great revolt of the Saxons, in 782, called him again on that side. When they were vanquished, and sued for pardon, he declared he would no more take their oaths which they had so often broken, unless they became Christians. Witikind embraced the condition, was baptized with his chief followers in 785, and being created duke of part of Saxony, remained ever after faithful in his religion and allegiance. From him are descended, either directly or by intermarriages, many dukes of Bavaria, and the present houses of Saxony, Brandenburg, &c., as may be seen in the German genealogists. Some other Saxons afterwards revolted, and were vanquished and punished in 794, 798, &c., so that, through their repeated treachery and rebellions, this Saxon war continued at intervals for the space of thirty-three years. Thassillon, duke of Bavaria, for treasonable practices, was attacked by Charlemagne in 788, vanquished, and obliged to put on a monk’s cowl to save his life: from which time Bavaria was annexed to Charlemagne’s dominions. To punish the Abares for their inroads, he crossed the Inns into their territories, sacked Vienna, and marched to the mouth of the Raad upon the Danube. In 794, he assisted at the great council of Francfort, held in his royal palace there. He restored Leo III. at Rome, quelled the seditions there, and was crowned by him on Christmas-day, in 800, emperor of Rome and of the West: in which quality he was afterwards solemnly acknowledged by Nicephorus, emperor of Constantinople. Thus was the western empire restored, which had been extinct in Momylus Agustulus in the fifth century. In 805, Charlemagne quelled and conquered the Sclavonians. The Danube, the Teisse, and the Oder on the East, and the Ebro and the ocean on the West, were the boundaries of his vast dominions. France, Germany, Dacia, Dalmatia, Istria, Italy, and part of Pannonia and Spain, obeyed his laws. It was then customary for kings not to reside in great cities, but to pass the summer often in progresses or campaigns, and the winter at some country palace. King Pepin resided at Herstal, now Jopin, in the territory of Liege, and sometimes at Quiercy on the Oise: Charlemagne often at Francfort or Aix-la-Chapelle, which were country seats; for those towns were then inconsiderable places: though the latter had been founded by Serenus Granus in 124, under Adrian. It owes its greatness to the church built there by Charlemagne.

This prince was not less worthy of our admiration in the quality of a legislator than in that of a conqueror; and in the midst of his marches and victories, he gave the utmost attention to the wise government of his dominions, and to every thing that could promote the happiness of his people, the exaltation of the church, and the advancement of piety and every branch of sacred and useful learning. 1 What pains he took for the reformation of monasteries, and for the sake of uniformity introducing in them the rule of St. Bennet, appears from his transactions, and several ecclesiastical assemblies in 789. His zeal for the devout observance of the rites of the church is expressed in his book to Alcuin on that subject, and in his encyclical epistle on the rites of baptism, 2 and in various works which he commissioned Alcuin and others to compile. For the reformation of manners, especially of the clergy, he procured many synods to be held, in which degrees were framed, which are called his Capitula. 3 His Capitulars, divided into many chapters, are of the same nature. The best edition of these Capitulars is given by Baluzius, with dissertations, in 1677, two vols. folio. The Carolin Books are a theological work, (adopted by this prince, who speaks in the first person,) compiled in four books, against a falsified copy of the second council of Nice, sent by certain Iconoclasts from Constantinople, on which see F. Daniel 4 and Ceillier. 5

There never was a truly great man, who was not a lover and encourager of learning, as of the highest improvement of the human mind. Charlemagne, by most munificent largesses invited learned men over from foreign parts, as Alcuin, Peter of Pisa, Paul the deacon, &c. He found no greater pleasure than in conversing with them, instituted an academy in his own palace, and great schools at Paris, Tours, &c. assisted at literary disputations, was an excellent historian, and had St. Austin’s book, “On the City of God,” laid every night under his pillow to read if he awaked. Yet Eginhard assures us, that whatever pains he took, he could never learn to write, because he was old when he first applied himself to it. He was skilled in astronomy, arithmetic, music, and every branch of the mathematics: understood the Latin, Greek, Hebrew, and Syriac, also the Sclavonian, and several other living languages, so as never to want an interpreter to converse with ambassadors of neighbouring nations. He meditated assiduously on the scriptures, assisted at the divine office, even that of midnight if possible; had good books read to him at table, and took but one meal a day, which he was obliged to anticipate before the hour of evening on fasting days, that all his officers and servants might dine before midnight. He was very abstemious, had a paternal care of the poor in all his dominions, and honoured good men, especially among the clergy. Charlemagne died January the 28th, in 814, seventy-two years old, and was buried at Aix-la-Chapelle. The incontinence, into which he fell in his youth, he expiated by sincere repentance, so that several churches in Germany and France honour him among the saints. In the university of Paris, the most constant nation of the Germans (which was originally called the English nation, in 1250, when the distinction of nations in the faculty of arts was there established,) take Charlemagne for their patron, but only keep his festival since the year 1480, which is now common to the other three nations of French, Picards, and Normans, since 1661. 6

Note 1. See Hardion, Hist. Universelle, T. 10. [back]

Note 2. Apud Mabill. Annalect. T. 1. p. 21. [back]

Note 3. Conc. T. 6 and 7. ed Labbe. [back]

Note 4. Hist. de France in Charlem. French edit, in fol. [back]

Note 5. Ceillier, p. 376 and 400. [back]

Note 6. Pagi (in Breviario Rom. Pontif. t. 3. in Alex. III. p. 82.) proves that suffrages for the soul of Charlemagne were continued at Aix-la-Chapelle, till the antipope Pascal, at the desire of Frederic Barbarossa, enshrined his remains in that city, and published a decree for his canonization. From the time of this enshrining of his remains, he is honoured among the saints in many churches in Germany and the Low Countries, as Goujet (De Festis propriis Sanctor. l. 1. c. 5. quæst. 9.) and Bollandus (ad 28 Jan. and t. 2. Febr. Schemate 19.) show. The tacit approbation of the popes is to be looked upon as equivalent to a beatification, as Benedict XIV. proves, (De Canoniz. l. 1. c. 9. n. 5. p. 72.) Molanus, (in Natal. SS. Belg.) Natalis Alexander, (Hist. Sæc. 9, and 10. cap. 7. a. 1.) and many others, have made the same observation. [back]

Rev. Alban Butler (1711–73).  Volume I: January. The Lives of the Saints.  1866.

SOURCE : http://www.bartleby.com/210/1/288.html

Voir aussi : http://www.a-c-r-f.com/documents/VAQUIE-Regne_Charlemagne.pdf