samedi 30 juin 2012

Saint PAUL, APÔTRE (I)


 BENOÎT XVI



AUDIENCE GÉNÉRALE



Mercredi 2 juillet 2008



L'Apôtre Paul, un maître pour notre temps


Chers frères et sœurs,

Je voudrais entamer aujourd'hui un nouveau cycle de catéchèses, dédié au grand Apôtre saint Paul. C'est à lui, comme vous le savez, qu'est consacrée cette année qui s'étend de la fête liturgique des saints Pierre et Paul du 29 juin 2008 jusqu'à la même fête de 2009. L'apôtre Paul, figure extraordinaire et presque inimitable, mais pourtant stimulante, se présente à nous comme un exemple de dévouement total au Seigneur et à son Eglise, ainsi que de grande ouverture à l'humanité et à ses cultures. Il est donc juste que nous lui réservions une place particulière, non seulement dans notre vénération, mais également dans l'effort de comprendre ce qu'il a à nous dire à nous aussi, chrétiens d'aujourd'hui. Au cours de cette première rencontre, nous voulons nous arrêter pour prendre en considération le milieu dans lequel il vécut et œuvra. Un thème de ce genre semblerait nous conduire loin de notre époque, vu que nous devons nous replacer dans le monde d'il y a deux mille ans. Mais toutefois cela n'est vrai qu'en apparence et seulement en partie, car nous pourrons constater que, sous divers aspects, le contexte socio-culturel d'aujourd'hui ne diffère pas beaucoup de celui de l'époque.

Un facteur primordial et fondamental qu'il faut garder à l'esprit est le rapport entre le milieu dans lequel Paul naît et se développe et le contexte global dans lequel il s'inscrit par la suite. Il provient d'une culture bien précise et circonscrite, certainement minoritaire, qui est celle du peuple d'Israël et de sa tradition. Dans le monde antique et particulièrement au sein de l'empire romain, comme nous l'enseignent les spécialistes en la matière, les juifs devaient correspondre à environ 10% de la population totale; mais ici à Rome, vers la moitié du I siècle, leur nombre était encore plus faible, atteignant au maximum 3% des habitants de la ville. Leurs croyances et leur style de vie, comme cela arrive encore aujourd'hui, les différenciaient nettement du milieu environnant; et cela pouvait avoir deux résultats: ou la dérision, qui pouvait conduire à l'intolérance, ou bien l'admiration, qui s'exprimait sous diverses formes de sympathie comme dans le cas des "craignants Dieu" ou des "prosélytes", païens qui s'associaient à la Synanogue et partageaient la foi dans le Dieu d'Israël. Comme exemples concrets de cette double attitude nous pouvons citer, d'une part, le jugement lapidaire d'un orateur tel que Cicéron, qui méprisait leur religion et même la ville de Jérusalem (cf. Pro Flacco, 66-69) et, de l'autre, l'attitude de la femme de Néron, Popée, qui est rappelée par Flavius Josèphe comme "sympathisante" des Juifs (cf. Antiquités juives 20, 195.252; Vie 16), sans oublier que Jules César leur avait déjà officiellement reconnu des droits particuliers qui nous ont été transmis par l'historien juif Flavius Josèphe (cf. ibid. 4, 200-216). Il est certain que le nombre de juifs, comme du reste c'est le cas aujourd'hui, était beaucoup plus important en dehors de la terre d'Israël, c'est-à-dire dans la diaspora, que sur le territoire que les autres appelaient Palestine.

Il n'est donc pas étonnant que Paul lui-même ait été l'objet de la double évaluation, opposée, que nous avons évoquée. Une chose est certaine: le particularisme de la culture et de la religion juive trouvait sans difficulté place au sein d'une institution aussi omniprésente que l'était l'empire romain. Plus difficile et plus compliquée sera la position du groupe de ceux, juifs ou païens, qui adhéreront avec foi à la personne de Jésus de Nazareth, dans la mesure où ceux-ci se distingueront aussi bien du judaïsme que du paganisme régnant. Quoi qu'il en soit, deux facteurs favorisèrent l'engagement de Paul. Le premier fut la culture grecque ou plutôt hellénistique, qui après Alexandre le Grand était devenue le patrimoine commun de l'ouest méditerranéen et du Moyen-Orient, tout en intégrant en elle de nombreux éléments des cultures de peuples traditionnellement jugés barbares. A cet égard, l'un des écrivains de l'époque affirme qu'Alexandre "ordonna que tous considèrent comme patrie l'œkoumène tout entier... et que le Grec et le Barbare ne se différencient plus" (Plutarque De Alexandri Magni fortuna aut virtute, 6.8). Le deuxième facteur fut la structure politique et administrative de l'empire romain, qui garantissait la paix et la stabilité de la Britannia jusqu'à l'Egypte du sud, unifiant un territoire aux dimensions jamais vues auparavant. Dans cet espace, il était possible de se déplacer avec une liberté et une sécurité suffisantes, en profitant, entre autres, d'un système routier extraordinaire, et en trouvant en chaque lieu d'arrivée des caractéristiques culturelles de base qui, sans aller au détriment des valeurs locales, représentaient cependant un tissu commun d'unification vraiment super partes, si bien que le philosophe juif Philon d'Alexandrie, contemporain de Paul, loue l'empereur Auguste car "il a composé en harmonie tous les peuples sauvages... en se faisant le gardien de la paix" (Legatio ad Caium, 146-147).

La vision universaliste typique de la personnalité de saint Paul, tout au moins du Paul chrétien après l'événement du chemin de Damas, doit certainement son impulsion de base à la foi en Jésus Christ, dans la mesure où la figure du Ressuscité se place désormais au-delà de toute limitation particulariste; en effet, pour l'apôtre "il n'y a plus ni juif ni païen, il n'y a plus esclave ni homme libre, il n'y a plus l'homme et la femme, car tous vous ne faites plus qu'un dans le Christ Jésus" (Ga 3, 28). Toutefois, la situation historique et culturelle de son époque et de son milieu ne peut elle aussi qu'avoir influencé ses choix et son engagement. Certains ont défini Paul comme l'"homme des trois cultures", en tenant compte de son origine juive, de sa langue grecque, et de sa prérogative de "civis romanus", comme l'atteste également le nom d'origine latine. Il faut en particulier rappeler la philosophie stoïcienne, qui dominait à l'époque de Paul et qui influença, même si c'est de manière marginale, également le christianisme. A ce propos, nous ne pouvons manquer de citer plusieurs noms de philosophes stoïciens comme Zénon et Cléanthe, et ensuite ceux chronologiquement plus proches de Paul comme Sénèque, Musonius et Epictète: on trouve chez eux des valeurs très élevées d'humanité et de sagesse, qui seront naturellement accueillies par le christianisme. Comme l'écrit très justement un chercheur dans ce domaine, "la Stoa... annonça un nouvel idéal, qui imposait en effet des devoirs à l'homme envers ses semblables, mais qui dans le même temps le libérait de tous les liens physiques et nationaux et en faisait un être purement spirituel" (M. Pohlenz, La Stoa, I, Florence 1978, pp. 565sq). Que l'on pense, par exemple, à la doctrine de l'univers entendu comme un unique grand corps harmonieux, et en conséquence à la doctrine de l'égalité entre tous les hommes sans distinctions sociales, à l'équivalence tout au moins de principe entre l'homme et la femme, et ensuite à l'idéal de la frugalité, de la juste mesure et de la maîtrise de soi pour éviter tout excès. Lorsque Paul écrit aux Philippiens: "Tout ce qui est vrai et noble, tout ce qui est juste et pur, tout ce qui est digne d'être aimé et honoré, tout ce qui s'appelle vertu et qui mérite des éloges, tout cela, prenez-le à votre compte" (Ph 4, 8), il ne fait que reprendre une conception typiquement humaniste propre à cette sagesse philosophique.

A l'époque de saint Paul, était également en cours une crise de la religion traditionnelle, tout au moins dans ses aspects mythologiques et également civiques. Après que Lucrèce, déjà un siècle auparavant, avait de manière polémique affirmé que "la religion a conduit à tant de méfaits" (De rerum natura, 1, 101), un philosophe comme Sénèque, en allant bien au-delà de tout ritualisme extérieur, enseignait que "Dieu est proche de toi, il est avec toi, il est en toi" (Lettres à Lucilius, 41, 1). De même, quand Paul s'adresse à un auditoire de philosophes épicuriens et stoïciens dans l'Aréopage d'Athènes, il dit textuellement que "Dieu... n'habite pas les temples construits par l'homme... En effet, c'est en lui qu'il nous est donné de vivre, de nous mouvoir, d'exister" (Ac 17, 24.28). Avec ces termes, il fait certainement écho à la foi juive dans un Dieu qui n'est pas représentable en termes anthropomorphiques, mais il se place également sur une longueur d'onde religieuse que ses auditeurs connaissaient bien. Nous devons, en outre, tenir compte du fait que de nombreux cultes païens n'utilisaient pas les temples officiels de la ville, et se déroulaient dans des lieux privés qui favorisaient l'initiation des adeptes. Cela ne constituait donc pas un motif d'étonnement si les réunions chrétiennes (les ekklesíai), comme nous l'attestent en particulier les lettres pauliniennes, avaient lieu dans des maisons privées. A cette époque, du reste, il n'existait encore aucun édifice public. Les réunions des chrétiens devaient donc apparaître aux contemporains comme une simple variante de leur pratique religieuse plus intime. Les différences entre les cultes païens et le culte chrétien ne sont pourtant pas de moindre importance et concernent aussi bien la conscience de l'identité des participants que la participation en commun d'hommes et de femmes, la célébration de la "cène du Seigneur" et la lecture des Ecritures.

En conclusion, de cette rapide vue d'ensemble du milieu culturel du premier siècle de l'ère chrétienne il ressort qu'il n'est pas possible de comprendre comme il se doit saint Paul sans le placer sur la toile de fond, aussi bien juive que païenne, de son temps. De cette manière, sa figure acquiert une force historique et idéale, en révélant à la fois les points communs et l'originalité par rapport au milieu. Mais cela vaut également pour la christianisme en général, dont l'apôtre Paul est un paradigme de premier ordre, dont nous avons encore tous beaucoup à apprendre. Tel est l'objectif de l'Année paulinienne : apprendre de saint Paul, apprendre la foi, apprendre le Christ, apprendre enfin la route d'une vie juste.

* * *

Je salue cordialement les pèlerins francophones présents à cette audience, en particulier ceux de l’École Notre Dame de Lourdes de Paris et du Collège Saint François de Sales de Dijon, et les membres de l’Association Charles de Foucauld de la Principauté de Monaco. Avec ma Bénédiction apostolique.


© Copyright 2008 - Libreria Editrice Vaticana

SOURCE : http://www.vatican.va/holy_father/benedict_xvi/audiences/2008/documents/hf_ben-xvi_aud_20080702_fr.html

Premier voyage (45-49) C'est un voyage aller-retour qu'il effectue en compagnie de Barnabé et de Jean Marc (cousin de Barnabé). Il visite Chypre (Paphos), la Pamphylie (Pergé) et prêche autour d'Antioche de Pisidie. Paul et Barnabé cherchent à convertir des Juifs, prêchent dans les synagogues, sont souvent mal reçus et obligés de partir précipitamment – à cause de leur annonce du salut et de la résurrection en Jésus (Actes 13:15-41) mais pas forcément mal reçus (Actes 13:42-49). Sur le chemin du retour, ils ne repassent pas par Chypre et se rendent directement de Pergé à Antioche.

Deuxième voyage (50=52) Paul effectue ce deuxième voyage en compagnie de Silas. Son premier objectif est de rencontrer à nouveau les communautés qui se sont créées en Cilicie et Pisidie. À Lystre, il rencontre Timothée qui continue le voyage avec eux. Ils parcourent la Phrygie, la Galatie, la Mysie. À Troie, ils s'embarquent pour la Macédoine. Paul séjourne quelque temps à Athènes puis à Corinthe. Il retourne ensuite à Antioche en passant par Éphèse et Césarée.

Troisième voyage (53-58) C'est un voyage de consolidation : Paul retourne voir les communautés qui se sont créées en Galatie, Phrygie, à Éphèse, en Macédoine jusqu'à Corinthe. Puis il retourne à Troie en passant par la Macédoine. De là, il embarque et finit son trajet par bateau jusqu'à Tyr, Césarée et Jérusalem où il est arrêté.

BENOÎT XVI



AUDIENCE GÉNÉRALE



Mercredi 27 août 2008



Les voyages de saint Paul


Chers frères et sœurs,

Dans la dernière catéchèse avant les vacances - il y a deux mois, au début de juillet - j'avais commencé une nouvelle série de thématiques à l'occasion de l'année paulinienne, en considérant le monde dans lequel vécut saint Paul. Je voudrais aujourd'hui reprendre et continuer la réflexion sur l'apôtre des nations, en proposant une brève biographie. Etant donné que nous consacrerons mercredi prochain à l'événement extraordinaire qui eut lieu sur la route de Damas, la conversion de Paul, tournant fondamental de son existence à la suite de sa rencontre avec le Christ, nous nous arrêtons aujourd'hui brièvement sur l'ensemble de sa vie. Les informations sur la vie de Paul se trouvent respectivement dans la Lettre à Philémon, dans laquelle il se déclare "vieux" (Fm 9: Presbytes) et dans les Actes des Apôtres, qui au moment de la lapidation d'Etienne le qualifient de "jeune" (7, 58: neanías). Les deux désignations sont évidemment génériques, mais, selon la manière antique de calculer l'âge d'un homme, l'homme autour de trente ans était qualifié de "jeune", alors que celui qui arrivait à soixante ans était appelé "vieux". En termes absolus la date de la naissance de Paul dépend en grande partie de la datation de la Lettre à Philémon. Traditionnellement sa rédaction est datée de son emprisonnement à Rome, au milieu des années soixante. Paul serait né en l'an 8, donc il aurait eu plus ou moins soixante ans, alors qu'au moment de la lapidation d'Etienne il en avait trente. Telle devrait être la chronologie exacte. Et la célébration de l'année paulinienne en cours suit cette chronologie. L'année 2008 a été choisie en pensant à la naissance autour de l'an 8.

Il naquit en tous les cas à Tarse, en Cilicie (cf. Ac 22, 3). La ville était le chef-lieu administratif de la région et, en 51 av. J.C., son proconsul n'avait été autre que Marc Tullius Cicéron, alors que dix ans plus tard, en 41, Tarse avait été le lieu de la première rencontre entre Marc Antoine et Cléopâtre. Juif de la diaspora, il parlait grec tout en ayant un nom d'origine latine, qui dérive par ailleurs par assonance du nom originel hébreu Saul/Saulos, et il avait reçu la citoyenneté romaine (cf. Ac 22, 25-28). Paul apparaît donc se situer à la frontière de trois cultures différentes - romaine, grecque et juive - et peut-être est-ce aussi pour cela qu'il était disponible à des ouvertures universelles fécondes, à une médiation entre les cultures, à une véritable universalité. Il apprit également un travail manuel, peut-être transmis par son père, qui consistait dans le métier de "fabricant de tentes" (cf. Ac 18, 3: skenopoiòs), qu'il faut comprendre probablement comme tisseur de laine brute de chèvre ou de fibres de lin pour en faire des nattes ou des tentes (cf. Ac 20, 33-35). Vers 12 ou 13 ans, l'âge auquel un jeune garçon juif devient bar mitzvà ("fils du précepte"), Paul quitta Tarse et s'installa à Jérusalem pour recevoir l'enseignement du rabbin Gamaliel l'Ancien, neveu du grand rabbin Hillèl, selon les règles les plus rigides du pharisianisme et acquérant une grand dévotion pour la Toràh mosaïque (cf. Ga 1, 14; Ph 3, 5-6; Ac 22, 3; 23, 6; 26, 5).

Sur la base de cette profonde orthodoxie, qu'il avait apprise à l'école de Hillèl à Jérusalem, il entrevit dans le nouveau mouvement qui se réclamait de Jésus de Nazareth un risque, une menace pour l'identité juive, pour la vraie orthodoxie des pères. Cela explique le fait qu'il ait "fièrement persécuté l'Eglise de Dieu", comme il l'admet à trois reprises dans ses lettres ( 1 Co 15, 9; Ga 1, 13; Ph 3, 6). Même s'il n'est pas facile de s'imaginer concrètement en quoi consista cette persécution, son attitude fut cependant d'intolérance. C'est ici que se situe l'événement de Damas, sur lequel nous reviendrons dans la prochaine catéchèse. Il est certain qu'à partir de ce moment sa vie changea et qu'il devint un apôtre inlassable de l'Evangile. De fait, Paul passa à l'histoire davantage pour ce qu'il fit en tant que chrétien, ou mieux en tant qu'apôtre, qu'en tant que pharisien. On divise traditionnellement son activité apostolique sur la base de ses trois voyages missionnaires, auxquels s'ajoute le quatrième lorsqu'il se rendit à Rome en tant que prisonnier. Ils sont tous racontés par Luc dans les Actes. A propos des trois voyages missionnaires, il faut cependant distinguer le premier des deux autres.

En effet, Paul n'eut pas la responsabilité directe du premier (cf. Ac 13, 14), qui fut en revanche confié au chypriote Barnabé. Ils partirent ensemble d'Antioche sur l'Oronte, envoyés par cette Eglise (cf. Ac 13, 1-3), et, après avoir pris la mer du port de Séleucie sur la côte syrienne, ils traversèrent l'île de Chypre de Salamine à Paphos; de là ils parvinrent sur les côtes méridionales de l'Anatolie, l'actuelle Turquie, et arrivèrent dans les villes d'Attalìa, de Pergè en Pamphylie, d'Antioche de Pisidie, d'Iconium, de Lystres et Derbé, d'où ils revinrent à leur point de départ. C'est ainsi que naquit l'Eglise des peuples, l'Eglise des païens. Et entre temps, en particulier à Jérusalem, une âpre discussion était née pour savoir jusqu'à quel point ces chrétiens provenant du paganisme étaient obligés d'entrer également dans la vie et dans la loi d'Israël (diverses observances et prescriptions qui séparaient Israël du reste du monde) pour faire réellement partie des promesses des prophètes et pour entrer effectivement dans l'héritage d'Israël. Pour résoudre ce problème fondamental pour la naissance de l'Eglise future, ce que l'on appelle le Concile des apôtres se réunit à Jérusalem pour trancher sur ce problème dont dépendait la naissance effective d'une Eglise universelle. Et il fut décidé de ne pas imposer aux païens convertis l'observance de la loi mosaïque (cf. Ac 15, 6, 30): c'est-à-dire qu'ils n'étaient pas obligés de se conformer aux prescriptions du judaïsme; la seule nécessité était d'appartenir au Christ, de vivre avec le Christ et selon ses paroles. Ainsi, appartenant au Christ, ils appartenaient aussi à Abraham, à Dieu et faisaient partie de toutes les promesses. Après cet événement décisif Paul se sépara de Barnabé; il choisit Silas et commença son deuxième voyage missionnaire (cf. Ac 15, 36-18, 22). Ayant dépassé la Syrie et la Cilicie, il revit la ville de Lystres, où il accueillit Timothée (figure très importante de l'Eglise naissante, fils d'une juive et d'un païen), et il le fit circoncire; il traversa l'Anatolie centrale et rejoint la ville de Troas sur la côte nord de la mer Egée. C'est là qu'eut à nouveau lieu un événement important: il vit en rêve un macédonien de l'autre côté de la mer, c'est-à-dire en Europe, qui disait "Viens et aide-nous!". C'était la future Europe qui demandait l'aide et la lumière de l'Evangile. De là il prit la mer pour la Macédoine, entrant ainsi en Europe. Ayant débarqué à Neapoli, il arriva à Philippes, où il fonda une belle communauté, puis il passa ensuite à Thessalonique, et, ayant quitté ce lieu à la suite de difficultés créés par les juifs, il passa par Bérée, parvint à Athènes.

Dans cette capitale de l'antique culture grecque il prêcha d'abord dans l'Agorà, puis dans l'Aréopage aux païens et aux grecs. Et le discours de l'aréopage rapporté dans les Actes des apôtres est le modèle de la manière de traduire l'Evangile dans la culture grecque, de la manière de faire comprendre aux grecs que ce Dieu des chrétiens, des juifs, n'était pas un Dieu étranger à leur culture mais le Dieu inconnu qu'ils attendaient, la vraie réponse aux questions les plus profondes de leur culture. Puis d'Athènes il arriva à Corinthe, où il s'arrêta une année et demi. Et nous avons ici un événement chronologiquement très sûr, le plus sûr de toute sa biographie, parce que durant ce premier séjour à Corinthe il dut se présenter devant le gouverneur de la province sénatoriale d'Achaïe, le proconsul Gallion, accusé de culte illégitime. A propos de Gallion et de son époque à Corinthe il existe une inscription antique retrouvée à Delphes, où il est dit qu'il était proconsul à Corinthe de l'an 51 à l'an 53. Nous avons donc une date absolument certaine. Le séjour de Paul à Corinthe se déroula dans ces années-là. Par conséquent nous pouvons supposer qu'il est arrivé plus ou moins en 50 et qu'il est resté jusqu'en 52. Puis de Corinthe en passant par Cencrées, port oriental de la ville, il se dirigea vers la Palestine rejoignant Césarée maritime, de là il remonta à Jérusalem pour revenir ensuite à Antioche sur l'Oronte.

Le troisième voyage missionnaire (cf. Ac 18, 23-21, 16) commença comme toujours par Antioche, qui était devenue le point de départ de l'Eglise des païens, de la mission aux païens, et c'était aussi le lieu où naquit le terme "chrétiens". Là pour la première fois, nous dit saint Luc, les disciples de Jésus furent appelés "chrétiens". De là Paul alla directement à Ephèse, capitale de la province d'Asie, où il séjourna pendant deux ans, exerçant un ministère qui eut de fécondes répercussions sur la région. D'Ephèse Paul écrivit les lettres aux Thessaloniciens et aux Corinthiens. La population de la ville fut cependant soulevée contre lui par les orfèvres locaux, qui voyaient diminuer leurs entrées en raison de l'affaiblissement du culte d'Artémis (le temple qui lui était dédié à Ephèse, l'Artemysion, était l'une des sept merveilles du monde antique); il dut donc fuir vers le nord. Ayant retraversé la Macédoine, il descendit de nouveau en Grèce, probablement à Corinthe, où il resta trois mois et écrivit la célèbre Lettre aux Romains.

De là il revint sur ses pas: il repassa par la Macédoine, rejoignit Troas en bateau et, ensuite, touchant à peine les îles de Mytilène, Chios, et Samos, il parvint à Milet où il tint un discours important aux Anciens de l'Eglise d'Ephèse, traçant un portrait du vrai pasteur de l'Eglise: cf. Ac 20. Il repartit de là en voguant vers Tyr, d'où il rejoint Césarée Maritime pour remonter encore une fois vers Jérusalem. Il y fut arrêté à cause d'un malentendu: plusieurs juifs avaient pris pour des païens d'autres juifs d'origine grecque, introduits par Paul dans l'aire du temple réservée uniquement aux Israélites. La condamnation à mort prévue lui fut épargnée grâce à l'intervention du tribun romain de garde dans l'aire du temple (cf. Ac 21, 27-36); cet événement eut lieu alors qu'Antoine Félix était gouverneur impérial en Judée. Après une période d'emprisonnement (dont la durée est discutée), et Paul ayant fait appel à César (qui était alors Néron) en tant que citoyen romain, le gouverneur suivant Porcius Festus l'envoya à Rome sous surveillance militaire.

Le voyage vers Rome aborda les îles méditerranéennes de Crète et Malte, et ensuite les villes de Syracuse, Reggio Calabria et Pozzuoli. Les chrétiens de Rome allèrent à sa rencontre sur la via Appia jusqu'au forum d'Appius (environ à 70km au sud de la capitale) et d'autres jusqu'aux Tre Taverne (environ 40km). A Rome, il rencontra les délégués de la communauté juive, à qui il confia que c'était à cause de "l'espérance d'Israël" qu'il portait ces chaînes (cf. Ac 28, 20). Mais le récit de Luc se termine sur la mention de deux années passées à Rome sous une légère surveillance militaire, sans mentionner aucune sentence de César (Néron) pas plus que la mort de l'accusé. Des traditions successives parlent de sa libération, qui aurait permis un voyage missionnaire en Espagne, ainsi qu'un passage en Orient et spécifiquement à Crète, à Ephèse et à Nicopolis en Epire. Toujours sur une base hypothétique, on parle d'une nouvelle arrestation et d'un deuxième emprisonnement à Rome (d'où il aurait écrit les trois Lettres appelés pastorales, c'est-à-dire les deux Lettres à Timothée et celle à Tite) avec un deuxième procès, qui lui aurait été défavorable. Toutefois, une série de motifs pousse de nombreux spécialistes de saint Paul à terminer la biographie de l'apôtre par le récit des Actes de Luc.

Nous reviendrons plus avant sur son martyre dans le cycle de nos catéchèses. Il est pour le moment suffisant dans cette brève revue des voyages de Paul de prendre acte de la façon dont il s'est consacré à l'annonce de l'Evangile sans épargner ses énergies, en affrontant une série d'épreuves difficiles, dont il nous a laissé la liste dans la deuxième Lettre aux Corinthiens (cf. 11, 21-28). Du reste, c'est lui qui écrit: "Je le fais à cause de l'Evangile" (1 Co 9, 23), exerçant avec une générosité absolue ce qu'il appelle le "souci de toutes les Eglises" (2 Co 11, 28). Nous voyons un engagement qui ne s'explique que par une âme réellement fascinée par la lumière de l'Evangile, amoureuse du Christ, une âme soutenue par une conviction profonde: il est nécessaire d'apporter au monde la lumière du Christ, d'annoncer l'Evangile à tous. Tel est, me semble-t-il, ce qui reste de cette brève revue des voyages de saint Paul: sa passion pour l'Evangile, avoir ainsi l'intuition de la grandeur, de la beauté et même de la nécessité profonde de l'Evangile pour nous tous. Prions afin que le Seigneur qui a fait voir à Paul sa lumière, lui a fait entendre sa Parole, a touché intimement son cœur, nous fasse également voir sa lumière, pour que notre cœur aussi soit touché par sa Parole et que nous puissions ainsi donner nous aussi au monde d'aujourd'hui, qui en a soif, la lumière de l'Evangile et la vérité du Christ.

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Je salue cordialement les pèlerins francophones présents, en particulier les pèlerins venus d’Égypte, les pèlerins belges de Louvain et de Lavaux-Sainte-Anne ainsi que le groupe du sanctuaire « Notre-Dame des Anges » de Pignans en France. Avec ma Bénédiction apostolique.

Appel face à la grave situation en Inde

J'ai appris avec une profonde tristesse les nouvelles concernant les violences contre les communautés chrétiennes dans l'Etat indien de l'Orissa, qui ont explosé suite au déplorable assassinat du leader hindou Swami Lakshmananda Saraswati. Jusqu'à présent plusieurs personnes ont été tuées et plusieurs autres blessées. On a assisté en outre à la destruction de centres de culte, propriété de l'Eglise, et d'habitations privées.

Tandis que je condamne avec fermeté toute attaque contre la vie humaine, dont le caractère sacré exige le respect de tous, j'exprime ma proximité spirituelle et ma solidarité aux frères et sœurs dans la foi si durement mis à l'épreuve. J'implore le Seigneur de les accompagner et de les soutenir en cette période de souffrance et de leur donner la force de continuer dans le service d'amour en faveur de tous.

J'invite les responsables religieux et les autorités civiles à travailler ensemble pour rétablir parmi les membres des diverses communautés la coexistence pacifique et l'harmonie qui ont toujours été la marque distinctive de la société indienne.

© Copyright 2008 - Libreria Editrice Vaticana

SOURCE : http://www.vatican.va/holy_father/benedict_xvi/audiences/2008/documents/hf_ben-xvi_aud_20080827_fr.html


BENOÎT XVI



AUDIENCE GÉNÉRALE



Mercredi 3 septembre 2008



La conversion de Paul


Chers frères et sœurs,

La catéchèse d'aujourd'hui sera consacrée à l'expérience que saint Paul fit sur le chemin de Damas et donc sur ce que l'on appelle communément sa conversion. C'est précisément sur le chemin de Damas, au début des années 30 du i siècle, et après une période où il avait persécuté l'Eglise, qu'eut lieu le moment décisif de la vie de Paul. On a beaucoup écrit à son propos et naturellement de différents points de vue. Il est certain qu'un tournant eut lieu là, et même un renversement de perspective. Alors, de manière inattendue, il commença à considérer "perte" et "balayures" tout ce qui auparavant constituait pour lui l'idéal le plus élevé, presque la raison d'être de son existence (cf. Ph 3, 7-8). Que s'était-il passé?

Nous avons à ce propos deux types de sources. Le premier type, le plus connu, est constitué par des récits dus à la plume de Luc, qui à trois reprises raconte l'événement dans les Actes des Apôtres (cf. 9, 1-19; 22, 3-21; 26, 4-23). Le lecteur moyen est peut-être tenté de trop s'arrêter sur certains détails, comme la lumière du ciel, la chute à terre, la voix qui appelle, la nouvelle condition de cécité, la guérison comme si des écailles lui étaient tombées des yeux et le jeûne. Mais tous ces détails se réfèrent au centre de l'événement: le Christ ressuscité apparaît comme une lumière splendide et parle à Saul, il transforme sa pensée et sa vie elle-même. La splendeur du Ressuscité le rend aveugle: il apparaît ainsi extérieurement ce qui était sa réalité intérieure, sa cécité à l'égard de la vérité, de la lumière qu'est le Christ. Et ensuite son "oui" définitif au Christ dans le baptême ouvre à nouveau ses yeux, le fait réellement voir.

Dans l'Eglise antique le baptême était également appelé "illumination", car ce sacrement donne la lumière, fait voir réellement. Ce qui est ainsi indiqué théologiquement, se réalise également physiquement chez Paul: guéri de sa cécité intérieure, il voit bien. Saint Paul a donc été transformé, non par une pensée, mais par un événement, par la présence irrésistible du Ressuscité, de laquelle il ne pourra jamais douter par la suite tant l'évidence de l'événement, de cette rencontre, avait été forte. Elle changea fondamentalement la vie de Paul; en ce sens on peut et on doit parler d'une conversion. Cette rencontre est le centre du récit de saint Luc, qui a sans doute utilisé un récit qui est probablement né dans la communauté de Damas. La couleur locale donnée par la présence d'Ananie et par les noms des rues, ainsi que du propriétaire de la maison dans laquelle Paul séjourna (cf. Ac 9, 11) le laisse penser.

Le deuxième type de sources sur la conversion est constitué par les Lettres de saint Paul lui-même. Il n'a jamais parlé en détail de cet événement, je pense que c'est parce qu'il pouvait supposer que tous connaissaient l'essentiel de cette histoire, que tous savaient que de persécuteur il avait été transformé en apôtre fervent du Christ. Et cela avait eu lieu non à la suite d'une réflexion personnelle, mais d'un événement fort, d'une rencontre avec le Ressuscité. Bien que ne mentionnant pas de détails, il mentionne plusieurs fois ce fait très important, c'est-à-dire que lui aussi est témoin de la résurrection de Jésus, de laquelle il a reçu directement de Jésus lui-même la révélation, avec la mission d'apôtre. Le texte le plus clair sur ce point se trouve dans son récit sur ce qui constitue le centre de l'histoire du salut: la mort et la résurrection de Jésus et les apparitions aux témoins (cf. 1 Co 15). Avec les paroles de la très ancienne tradition, que lui aussi a reçues de l'Eglise de Jérusalem, il dit que Jésus mort crucifié, enseveli, ressuscité, apparut, après la résurrection, tous d'abord à Céphas, c'est-à-dire à Pierre, puis aux Douze, puis à cinq cents frères qui vivaient encore en grande partie à cette époque, puis à Jacques, puis à tous les Apôtres. Et à ce récit reçu de la tradition, il ajoute: "Et en tout dernier lieu, il est même apparu à l'avorton que je suis" (1 Co 15, 8). Il fait ainsi comprendre que cela est le fondement de son apostolat et de sa nouvelle vie. Il existe également d'autres textes dans lesquels la même chose apparaît: "Nous avons reçu par lui [Jésus] grâce et mission d'Apôtre" (cf. Rm 1, 5); et encore: "N'ai-je pas vu Jésus notre Seigneur?" (1 Co 9, 1), des paroles avec lesquelles il fait allusion à une chose que tous savent. Et finalement le texte le plus diffusé peut être trouvé dans Ga 1, 15-17: "Mais Dieu m'avait mis à part dès le sein de ma mère, dans sa grâce il m'avait appelé, et, un jour, il a trouvé bon de mettre en moi la révélation de son Fils, pour que moi, je l'annonce parmi les nations païennes. Aussitôt, sans prendre l'avis de personne, sans même monter à Jérusalem pour y rencontrer ceux qui étaient les Apôtres avant moi, je suis parti pour l'Arabie; de là, je suis revenu à Damas". Dans cette "auto-apologie" il souligne de manière décidée qu'il est lui aussi un véritable témoin du Ressuscité, qu'il a une mission reçue directement du Ressuscité.

Nous pouvons ainsi voir que les deux sources, les Actes des Apôtres et les Lettres de saint Paul, convergent et s'accordent sur un point fondamental: le Ressuscité a parlé à Paul, il l'a appelé à l'apostolat, il a fait de lui un véritable apôtre, témoin de la résurrection, avec la charge spécifique d'annoncer l'Evangile aux païens, au monde gréco-romain. Et dans le même temps, Paul a appris que, malgré le caractère direct de sa relation avec le Ressuscité, il doit entrer dans la communion de l'Eglise, il doit se faire baptiser, il doit vivre en harmonie avec les autres apôtres. Ce n'est que dans cette communion avec tous qu'il pourra être un véritable apôtre, ainsi qu'il l'écrit explicitement dans la première Epître aux Corinthiens: "Eux ou moi, voilà ce que nous prêchons. Et voilà ce que vous avez cru" (15, 11). Il n'y a qu'une seule annonce du Ressuscité car le Christ est un.

Comme on peut le voir, dans tous ces passages Paul n'interprète jamais ce moment comme un fait de conversion. Pourquoi? Il y a beaucoup d'hypothèses, mais selon moi le motif était tout à fait évident. Ce tournant dans sa vie, cette transformation de tout son être ne fut pas le fruit d'un processus psychologique, d'une maturation ou d'une évolution intellectuelle et morale, mais il vint de l'extérieur: ce ne fut pas le fruit de sa pensée, mais de la rencontre avec Jésus Christ. En ce sens, ce ne fut pas simplement une conversion, une maturation de son "moi", mais ce fut une mort et une résurrection pour lui-même: il mourut à sa vie et naquit à une autre vie nouvelle avec le Christ ressuscité. D'aucune autre manière on ne peut expliquer ce renouveau de Paul. Toutes les analyses psychologiques ne peuvent pas éclairer et résoudre le problème. Seul l'événement, la rencontre forte avec le Christ, est la clé pour comprendre ce qui était arrivé; mort et résurrection, renouveau de la part de Celui qui s'était montré et avait parlé avec lui. En ce sens plus profond, nous pouvons et nous devons parler de conversion. Cette rencontre est un réel renouveau qui a changé tous ses paramètres. Maintenant il peut dire que ce qui auparavant était pour lui essentiel et fondamental, est devenu pour lui "balayures"; ce n'est plus un "gain", mais une perte, parce que désormais seul compte la vie dans le Christ.

Nous ne devons toutefois pas penser que Paul ait été ainsi enfermé dans un événement aveugle. Le contraire est vrai, parce que le Christ ressuscité est la lumière de la vérité, la lumière de Dieu lui-même. Cela a élargi son cœur, l'a ouvert à tous. En cet instant il n'a pas perdu ce qu'il y avait de bon et de vrai dans sa vie, dans son héritage, mais il a compris de manière nouvelle la sagesse, la vérité, la profondeur de la loi et des prophètes, il se l'est réapproprié de manière nouvelle. Dans le même temps, sa raison s'est ouverte à la sagesse des païens; s'étant ouvert au Christ de tout son cœur, il est devenu capable d'un large dialogue avec tous, il est devenu capable de se faire tout pour tous. C'est ainsi qu'il pouvait réellement devenir l'apôtre des païens.

Si l'on en revient à présent à nous-mêmes, nous nous demandons: qu'est-ce que tout cela veut dire pour nous? Cela veut dire que pour nous aussi le christianisme n'est pas une nouvelle philosophie ou une nouvelle morale. Nous ne sommes chrétiens que si nous rencontrons le Christ. Assurément, il ne se montre pas à nous de manière irrésistible, lumineuse, comme il l'a fait avec Paul pour en faire l'apôtre de toutes les nations. Mais nous aussi nous pouvons rencontrer le Christ, dans la lecture de l'Ecriture Sainte, dans la prière, dans la vie liturgique de l'Eglise. Nous pouvons toucher le cœur du Christ et sentir qu'il touche le nôtre. C'est seulement dans cette relation personnelle avec le Christ, seulement dans cette rencontre avec le Ressuscité que nous devenons réellement chrétiens. Et ainsi s'ouvre notre raison, s'ouvre toute la sagesse du Christ et toute la richesse de la vérité. Prions donc le Seigneur de nous éclairer, de nous offrir dans notre monde de rencontrer sa présence: et qu'ainsi il nous donne une foi vivace, un cœur ouvert, une grande charité pour tous, capable de renouveler le monde.

* * *

Je suis heureux de vous accueillir chers pèlerins francophones. A l’exemple de saint Paul laissez-vous saisir par le Christ. C’est en lui que se trouve le sens ultime de votre vie. Vous aussi, soyez des témoins ardents du Sauveur des hommes, parmi vos frères et vos sœurs. Que Dieu vous bénisse !


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BENOÎT XVI

AUDIENCE GÉNÉRALE

Mercredi 10 septembre 2008

Audience générale du 10 septembre 2008

L'apostolat de saint Paul


Chers frères et sœurs,

Mercredi dernier, j'ai parlé du grand tournant qui eut lieu dans la vie de saint Paul à la suite de sa rencontre avec le Christ ressuscité. Jésus entra dans sa vie et le transforma de persécuteur en apôtre. Cette rencontre marqua le début de sa mission: Paul ne pouvait pas continuer à vivre comme avant, à présent il se sentait investi par le Seigneur de la mission d'annoncer son Evangile en qualité d'apôtre. Et c'est précisément de cette nouvelle condition de vie, c'est-à-dire d'être apôtre du Christ, que je voudrais vous parler aujourd'hui. Normalement, en suivant les Evangiles, nous identifions les Douze avec le titre d'apôtres, entendant ainsi indiquer ceux qui étaient les compagnons de vie et les auditeurs de l'enseignement de Jésus. Mais Paul aussi se sent un véritable apôtre et il apparaît donc clair que le concept paulinien d'apostolat ne se limite pas au groupe des Douze. Naturellement Paul sait bien distinguer son propre cas de celui de ceux "qui étaient Apôtres avant" lui (Ga 1, 17): il leur reconnaît une place toute particulière dans la vie de l'Eglise. Et pourtant, comme chacun le sait, saint Paul s'interprète lui aussi comme Apôtre au sens strict. Il est certain que, à l'époque des origines chrétiennes, personne ne parcourut autant de kilomètres que lui, sur la terre et sur la mer, dans le seul but d'annoncer l'Evangile.

Il possédait donc un concept d'apostolat qui allait au-delà de celui lié uniquement au groupe des Douze et transmis en particulier par saint Luc dans les Actes (cf. Ac 1,2.26; 6, 2). En effet, dans la première Lettre aux Corinthiens Paul effectue une claire distinction entre "les Douze" et "tous les apôtres", mentionnés comme deux groupes différents de bénéficiaires des apparitions du Ressuscité (cf. 15, 5.7). Dans ce même texte, il se nomme ensuite humblement lui-même comme "le plus petit des Apôtres", se comparant même à un avorton et affirmant textuellement: "Je ne suis pas digne d'être appelé apôtre, puisque j'ai persécuté l'Eglise de Dieu. Mais ce que je suis, je le suis par la grâce de Dieu, et la grâce dont il m'a comblé n'a pas été stérile. Je me suis donné de la peine plus que tous les autres; à vrai dire ce n'est pas moi, c'est la grâce de Dieu avec moi" (1 Co 15, 9-10). La métaphore de l'avorton exprime une extrême modestie; on la trouvera également dans la Lettre aux Romains de saint Ignace d'Antioche: "Je suis le dernier de tous, je suis un avorton; mais il me sera accordé d'être quelque chose, si je rejoins Dieu" (9, 2). Ce que l'évêque d'Antioche dira à propos de son martyre imminent, prévoyant que celui-ci transformerait sa condition d'indignité, saint Paul le dit lui-même en relation avec son propre engagement apostolique: c'est dans celui-ci que se manifeste la fécondité de la grâce de Dieu, qui sait précisément transformer un homme mal réussi en un apôtre splendide. De persécuteur à fondateur d'Eglises: c'est ce qu'a fait Dieu chez une personne qui, du point de vue évangélique, aurait pu être considérée comme un rebut!

Qu'est-ce donc, selon la conception de Paul, qui fait de lui et d'autres personnes des apôtres? Dans ses Lettres apparaissent trois caractéristiques principales, qui constituent l'apostolat. La première est d'avoir "vu le Seigneur" (cf. 1 Co 9, 1), c'est-à-dire d'avoir eu avec lui une rencontre déterminante pour sa propre vie. De même, dans la Lettre aux Galates (cf. 1, 15-16) il dira qu'il a été appelé, presque sélectionné par la grâce de Dieu avec la révélation de son Fils en vue de l'heureuse annonce aux païens. En définitive, c'est le Seigneur qui appelle à l'apostolat, et non la propre présomption. L'apôtre ne se fait pas tout seul, mais il est fait tel par le Seigneur; l'apôtre a donc besoin de se référer constamment au Seigneur. Ce n'est pas pour rien que Paul dit qu'il est "apôtre par vocation" (Rm 1, 1), c'est-à-dire "envoyé non par les hommes, ni par un intermédiaire humain, mais par Jésus Christ et par Dieu le Père" (Ga 1, 1). Telle est la première caractéristique: avoir vu le Seigneur, avoir été appelé par Lui

La deuxième caractéristique est d'"avoir été envoyés". Le terme grec apóstolos signifie précisément "envoyé, mandaté", c'est-à-dire ambassadeur et porteur d'un message; il doit donc agir comme responsable et représentant d'un mandant. Et c'est pour cela que Paul se définit "apôtre du Christ Jésus" (1 Co 1, 1; 2 Co 1, 1), c'est-à-dire son délégué, entièrement placé à son service, au point de s'appeler également "serviteur de Jésus Christ" (Rm 1, 1). Encore une fois apparaît au premier plan l'idée de l'initiative d'une autre personne, celle de Dieu dans le Christ Jésus, à laquelle on doit une pleine obéissance; mais il est en particulier souligné que l'on a reçu de lui une mission à accomplir en son nom, en mettant absolument au deuxième plan tout intérêt personnel.

La troisième condition est l'exercice de l'"annonce de l'Evangile", avec la fondation conséquente d'Eglises. En effet, le titre d'"apôtre" n'est pas et ne peut pas être un titre honorifique. Il engage concrètement et même dramatiquement toute l'existence du sujet concerné. Dans la première Lettre aux Corinthiens Paul s'exclame: "Ne suis-je pas apôtre? N'ai-je pas vu Jésus notre Seigneur? Et vous, n'êtes-vous pas mon œuvre dans le Seigneur?" (9, 1). De même, dans la deuxième Lettre aux Corinthiens il affirme: "C'est vous-mêmes qui êtes ce document..., vous êtes ce document venant du Christ, confié à notre ministère, écrit non pas avec de l'encre, mais avec l'Esprit du Dieu vivant" (3, 2-3).

Il ne faut donc pas s'étonner si saint Jean Chrysostome parle de Paul comme d'"une âme de diamant" (Panégyriques, 1, 8), et poursuit en disant: "De la même manière que le feu se renforce encore davantage en prenant sur des matériaux différents..., la parole de Paul gagnait à sa propre cause tous ceux avec qui il entrait en relation, et ceux qui lui faisaient la guerre, capturés par ses discours, devenaient une nourriture pour ce feu spirituel" (ibid. 7, 11). Cela explique pourquoi Paul définit les apôtres comme des "collaborateurs de Dieu" (1 Co 3, 9; 2 Co 6, 1), dont la grâce agit avec eux. Un élément typique du véritable apôtre, bien mis en lumière par saint Paul, est une sorte d'identification entre Evangile et évangélisateur, tous deux destinés au même sort. En effet, personne autant que Paul n'a souligné que l'annonce de la croix du Christ apparaît comme "scandale et folie" (1 Co 1, 23), à laquelle nombreux sont ceux qui réagissent par l'incompréhension et le refus. L'apôtre Paul participe donc à ce sort d'apparaître "scandale et folie" et il le sait: telle est l'expérience de sa vie. Il écrit aux Corinthiens, non sans une nuance d'ironie: "Mais nous les Apôtres, il me semble que Dieu a fait de nous les derniers de tous, comme on expose des condamnés à mort, livrés en spectacle au monde entier, aux anges et aux hommes. Nous passons pour des fous à cause du Christ, et vous, pour des gens sensés dans le Christ; nous sommes faibles, et vous êtes forts; vous êtes à l'honneur, et nous, dans le mépris. Maintenant encore, nous avons faim, nous avons soif, nous n'avons pas de vêtements, nous sommes maltraités, nous n'avons pas de domicile, nous peinons dur à travailler de nos mains. Les gens nous insultent, nous les bénissons. Ils nous persécutent, nous supportons. Ils nous calomnient, nous avons des paroles d'apaisement. Jusqu'à maintenant, nous sommes pour ainsi dire les balayures du monde, le rebut de l'humanité" (1 Co 4, 9-13). C'est un autoportrait de la vie apostolique de saint Paul: dans toutes ces souffrances prévaut la joie d'être le porteur de la bénédiction de Dieu et de la grâce de l'Evangile

Paul partage par ailleurs avec la philosophie stoïcienne de son temps l'idée d'une constance tenace face à toutes les difficultés qui se présentent à lui; mais il dépasse la perspective purement humaniste, rappelant la composante de l'amour de Dieu et du Christ: "Qui pourra nous séparer de l'amour du Christ? la détresse? l'angoisse? la persécution? la faim? le dénuement? le danger? le supplice? L'Ecriture dit en effet: C'est pour toi qu'on nous massacre sans arrêt, on nous prend pour des moutons d'abattoir. Oui, en tout cela nous sommes les grands vainqueurs grâce à celui qui nous a aimés. J'en ai la certitude: ni la mort ni la vie, ni les esprits ni les puissances, ni le présent ni l'avenir, ni les astres, ni les cieux, ni les abîmes, ni aucune autre créature, rien ne pourra nous séparer de l'amour de Dieu qui est en Jésus Christ notre Seigneur" (Rm 8, 35-39). Telle est la certitude, la joie profonde qui guide l'apôtre Paul dans tous ces événements: rien ne peut nous séparer de l'amour de Dieu. Et cet amour est la véritable richesse de la vie humaine.

Comme on le voit, saint Paul s'était donné à l'Evangile avec toute son existence; nous pourrions dire vingt-quatre heures sur vingt-quatre! Et il accomplissait son ministère avec fidélité et avec joie, "pour en sauver à tout prix quelques-uns" (1 Co 9, 22). Et il se situait à l'égard des Eglises, tout en sachant qu'il avait avec elles une relation de paternité (cf. 1 Co 4, 15), voire de maternité (cf. Ga 4, 19), dans une attitude de service complet, déclarant admirablement: "Il ne s'agit pas d'exercer un pouvoir sur votre foi, mais de collaborer à votre joie" (2 Co 1, 24). Telle demeure la mission de tous les apôtres du Christ à toutes les époques: être les collaborateurs de la joie véritable.

* * *

Je souhaite la bienvenue aux pèlerins de langue française présents ce matin. Que l’exemple de saint Paul vous aide à vous laisser transformer par la grâce de Dieu afin de devenir d’authentiques disciples du Christ, ardents à annoncer son Évangile. Avec ma Bénédiction apostolique.

Message à la France en vue de la Visite Apostolique

Chers Frères et Sœurs,

Vendredi prochain j’entreprendrai mon premier voyage pastoral en France en tant que Successeur de Pierre. A la veille de mon arrivée, je tiens à adresser mon cordial salut au peuple français et à tous les habitants de cette Nation bien-aimée. Je viens chez vous en messager de paix et de fraternité. Votre pays ne m’est pas inconnu. A plusieurs reprises j’ai eu la joie de m’y rendre et d’apprécier sa généreuse tradition d’accueil et de tolérance, ainsi que la solidité de sa foi chrétienne comme sa haute culture humaine et spirituelle. Cette fois, l’occasion de ma venue est la célébration du cent cinquantième anniversaire des apparitions de la Vierge Marie à Lourdes. Après avoir visité Paris, la capitale de votre pays, ce sera une grande joie pour moi de m’unir à la foule des pèlerins qui viennent suivre les étapes du chemin du Jubilé, à la suite de sainte Bernadette, jusqu’à la grotte de Massabielle. Ma prière se fera intense aux pieds de Notre Dame aux intentions de toute l’Église, particulièrement pour les malades, les personnes les plus délaissées, mais aussi pour la paix dans le monde. Que Marie soit pour vous tous, et particulièrement pour les jeunes, la Mère toujours disponible aux besoins de ses enfants, une lumière d’espérance qui éclaire et guide vos chemins ! Chers amis de France, je vous invite à vous unir à ma prière pour que ce voyage porte des fruits abondants. Dans l’heureuse attente d’être prochainement parmi vous, j’invoque sur chacun, sur vos familles et sur vos communautés, la protection maternelle de la Vierge Marie, Notre Dame de Lourdes. Que Dieu vous bénisse !

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BENOÎT XVI



AUDIENCE GÉNÉRALE



Mercredi 24 septembre 2008



Les relations entre saint Paul et les apôtres


Chers frères et sœurs,

Je voudrais parler aujourd'hui des relations entre saint Paul et les Apôtres qui l'avaient précédé à la suite de Jésus. Ces relations furent toujours marquées par un profond respect et par une franchise qui, chez saint Paul, dérive de la défense de la vérité de l'Evangile. Même s'il était, dans les faits, contemporain de Jésus de Nazareth, il n'eut jamais l'occasion de le rencontrer, au cours de sa vie publique. C'est pourquoi, après avoir été foudroyé sur le chemin de Damas, il ressentit le besoin de consulter les premiers disciples du Maître, qui avaient été choisis par Lui pour en porter l'Evangile jusqu'aux extrémités de la terre.

Dans la Lettre aux Galates, Paul rédige un compte-rendu important sur les contacts entretenus avec plusieurs des Douze: avant tout avec Pierre qui avait été choisi comme Kephas, le terme araméen qui signifie le roc sur lequel l'on édifiait l'Eglise (cf. Ga 1, 18), avec Jacques, "le frère du Seigneur" (cf. Ga 1, 19), et avec Jean (cf. Ga 2, 9): Paul n'hésite pas à les reconnaître comme "les colonnes" de l'Eglise. La rencontre avec Céphas (Pierre), qui eut lieu à Jérusalem, est particulièrement significative: Paul resta chez lui pendant 15 jours pour "le consulter" (cf. Ga 1, 19), c'est-à-dire pour être informé sur la vie terrestre du Ressuscité, qui l'avait "saisi" sur la route de Damas et qui était en train de lui changer, de manière radicale, l'existence: de persécuteur à l'égard de l'Eglise de Dieu, il était devenu évangélisateur de cette foi dans le Messie crucifié et Fils de Dieu, que par le passé il avait cherché à détruire (cf. Ga 1, 23).

Quel genre d'informations Paul obtint-il sur Jésus Christ pendant les trois années qui suivirent la rencontre de Damas? Dans la première Lettre aux Corinthiens nous pouvons noter deux passages, que Paul a connus à Jérusalem, et qui avaient déjà été formulés comme éléments centraux de la tradition chrétienne, tradition constitutive. Il les transmet verbalement, tels qu'il les a reçus, avec une formule très solennelle: "Je vous ai transmis ceci, que j'ai moi-même reçu". C'est-à-dire qu'il insiste sur la fidélité à ce qu'il a lui-même reçu et qu'il transmet fidèlement aux nouveaux chrétiens. Ce sont des éléments constitutifs et ils concernent l'Eucharistie et la Résurrection; il s'agit de passages déjà formulés dans les années trente. Nous arrivons ainsi à la mort, la sépulture au cœur de la terre et à la résurrection de Jésus (cf. 1 Co 15, 3-4). Prenons l'un et l'autre: les paroles de Jésus au cours de la Dernière Cène (cf. 1 Co 11, 23-25) sont réellement pour Paul le centre de la vie de l'Eglise: l'Eglise s'édifie à partir de ce centre, en devenant ainsi elle-même. Outre ce centre eucharistique, dans lequel naît toujours à nouveau l'Eglise - également pour toute la théologie de saint Paul, pour toute sa pensée - ces paroles ont eu une profonde répercussion sur la relation personnelle de Paul avec Jésus. D'une part, elles attestent que l'Eucharistie illumine la malédiction de la croix, la transformant en bénédiction (Ga 3, 13-14) et, de l'autre, elles expliquent la portée de la mort et de la résurrection de Jésus. Dans ses Lettres le "pour vous" de l'institution eucharistique devient le "pour moi" (Ga 2, 20), personnalisant, sachant qu'en ce "vous" il était lui-même connu et aimé de Jésus et d'autre part "pour tous" (2 Co 5, 14): ce "pour vous" devient "pour moi" et "pour l'Eglise (Ep 5, 25)", c'est-à-dire également "pour tous" du sacrifice expiatoire de la croix (cf. Rm 3, 25). A partir de l'Eucharistie et dans celle-ci, l'Eglise s'édifie et se reconnaît comme "Corps du Christ" (1 Co 12, 27), nourrie chaque jour par la puissance de l'Esprit du Ressuscité.

L'autre texte sur la Résurrection nous transmet à nouveau la même formule de fidélité. Saint Paul écrit: "Avant tout, je vous ai transmis ceci, que j'ai moi-même reçu: le Christ est mort pour nos péchés conformément aux Ecritures, et il a été mis au tombeau; il est ressuscité le troisième jour conformément aux Ecritures, et il est apparu à Pierre, puis aux Douze" (1 Co 15, 3-5). Dans cette tradition transmise à Paul revient également ce "pour nos péchés", qui met l'accent sur le don que Jésus a fait de lui-même au Père, pour nous libérer des péchés et de la mort. De ce don de soi, Paul tirera les expressions les plus captivantes et fascinantes de notre relation avec le Christ: "Celui qui n'a pas connu le péché, Dieu l'a pour nous identifié au péché des hommes, afin que, grâce à lui, nous soyons identifiés à la justice de Dieu" (2 Co 5, 21); "Vous connaissez en effet la générosité de notre Seigneur Jésus Christ: lui qui est riche, il est devenu pauvre à cause de vous, pour que vous deveniez riches par sa pauvreté" (2 Co 8, 9). Il vaut la peine de rappeler le commentaire par lequel celui qui était alors un moine augustin, Martin Luther, accompagnait ces expressions paradoxales de Paul: "Tel est le mystère grandiose de la grâce divine envers les pécheurs: que par un admirable échange nos péchés ne sont plus les nôtres, mais du Christ, et la justice du Christ n'est plus du Christ, mais la nôtre" (Commentaire sur les Psaumes de 1513-1515). Et ainsi nous sommes sauvés.

Dans le kerygma original, transmis de bouche à oreille, il faut souligner l'usage du verbe "il est ressuscité", au lieu de "il fut ressuscité" qu'il aurait été plus logique d'utiliser, en continuité avec "il mourut... et fut enseveli". La forme verbale est choisie pour souligner que la résurrection du Christ influence jusqu'à l'heure actuelle l'existence des croyants: nous pouvons le traduire par "il est ressuscité et continue à vivre" dans l'Eucharistie et dans l'Eglise. Ainsi toutes les Ecritures rendent témoignage de la mort et de la résurrection du Christ car - comme l'écrira Ugo di San Vittore - "toute la divine Ecriture constitue un unique livre et cet unique livre est le Christ, car toute l'Ecriture parle du Christ et trouve dans le Christ son accomplissement" (De arca Noe, 2, 8). Si saint Ambroise de Milan peut dire que "dans l'Ecriture nous lisons le Christ", c'est parce que l'Eglise des origines a relu toutes les Ecritures d'Israël en partant du Christ et en revenant à Lui.

L'énumération des apparitions du Ressuscité à Céphas, aux Douze, à plus de cinq cent frères et à Jacques se termine par la mention de l'apparition personnelle, reçue par Paul sur le chemin de Damas: "Et en tout dernier lieu, il est même apparu à l'avorton que je suis" (1 Co 15, 8). Ayant persécuté l'Eglise de Dieu, il exprime dans cette confession son indignité à être considéré apôtre, au même niveau que ceux qui l'ont précédé: mais la grâce de Dieu en lui n'a pas été vaine (1 Co 15, 10). C'est pourquoi l'affirmation puissante de la grâce divine unit Paul aux premiers témoins de la résurrection du Christ: "Bref, qu'il s'agisse de moi ou des autres, voilà notre message, et voilà notre foi" (1 Co 15, 11). L'identité et le caractère unique de l'Evangile sont importants: aussi bien eux que moi prêchons la même foi, le même Evangile de Jésus Christ mort et ressuscité qui se donne dans la Très Sainte Eucharistie.

L'importance qu'il confère à cette Tradition vivante de l'Eglise, qu'il transmet à ses communautés, démontre à quel point est erronée la vision de ceux qui attribuent à Paul l'invention du christianisme: avant de porter l'évangile de Jésus Christ, son Seigneur, il l'a rencontré sur le chemin de Damas et il l'a fréquenté dans l'Eglise, en observant sa vie chez les Douze et chez ceux qui l'ont suivi sur les routes de la Galilée. Dans les prochaines catéchèses, nous aurons l'opportunité d'approfondir les contributions que Paul a apportées à l'Eglise des origines; mais la mission reçue par le Ressuscité en vue d'évangéliser les païens a besoin d'être confirmée et garantie par ceux qui lui donnèrent leur main droite, ainsi qu'à Barnabé, en signe d'approbation de leur apostolat et de leur évangélisation et d'accueil dans l'unique communion de l'Eglise du Christ (cf. Ga 2, 9). On comprend alors que l'expression "nous avons compris le Christ à la manière humaine" ( 2 Co 5, 16) ne signifie pas que son existence terrestre ait eu une faible importance pour notre maturation dans la foi, mais qu'à partir du moment de sa Résurrection, notre façon de nous rapporter à Lui se transforme. Il est, dans le même temps, le Fils de Dieu, "né de la race de David; selon l'Esprit qui sanctifie, il a été établi dans sa puissance de Fils de Dieu par sa résurrection d'entre les morts, lui, Jésus Christ, notre Seigneur", comme le rappellera Paul au début de la Lettres aux Romains (1, 3-4).

Plus nous cherchons à nous mettre sur les traces de Jésus de Nazareth sur les routes de la Galilée, plus nous pouvons comprendre qu'il a pris en charge notre humanité, la partageant en tout, hormis le péché. Notre foi ne naît pas d'un mythe, ni d'une idée, mais bien de la rencontre avec le Ressuscité, dans la vie de l'Eglise.

* * *

Je suis heureux de vous accueillir, chers pèlerins francophones, en particulier les pèlerins du Diocèse de Chartres avec leur Évêque Monseigneur Michel Pansard, ainsi que les pèlerins du Diocèse de Tournai, avec leur Évêque Monseigneur Guy Harpigny. A la suite de saint Paul, prions afin que le Seigneur envoie beaucoup d’ouvriers apostoliques dans sa vigne. Avec ma Bénédiction Apostolique.

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BENOÎT XVI



AUDIENCE GÉNÉRALE



Mercredi 1 octobre 2008



Saint Paul, le "Concile" de Jérusalem et l'incident d'Antioche


Chers frères et sœurs,

Le respect et la vénération que Paul a toujours cultivés à l'égard des Douze ne font pas défaut lorsqu'il défend avec franchise la vérité de l'Evangile, qui n'est autre que Jésus Christ, le Seigneur. Nous voulons aujourd'hui nous arrêter sur deux épisodes qui démontrent la vénération et, dans le même temps, la liberté avec laquelle l'Apôtre s'adresse à Céphas et aux autres Apôtres: ce qu'on appelle le "Concile" de Jérusalem et l'incident d'Antioche de Syrie, rapportés dans la Lettre aux Galates (cf. 2, 1-10; 2, 11-14).

Chaque Concile et Synode de l'Eglise est "un événement de l'Esprit" et contient dans son accomplissement les instances de tout le peuple de Dieu: ceux qui ont reçu le don de participer au Concile Vatican II en ont fait personnellement l'expérience. C'est pourquoi saint Luc, en nous informant sur le premier Concile de l'Eglise, qui s'est déroulé à Jérusalem, commence ainsi la lettre que les Apôtres envoyèrent en cette circonstance aux communautés chrétiennes de la diaspora: "L'Esprit Saint et nous-mêmes avons décidé..." (Ac 15, 28). L'Esprit, qui agit dans toute l'Eglise, conduit les Apôtres par la main pour entreprendre de nouvelles routes en vue de réaliser ses projets: c'est Lui l'artisan principal de l'édification de l'Eglise.

L'assemblée de Jérusalem se déroula pourtant à un moment de tension importante au sein de la Communauté des origines. Il s'agissait de répondre à la question de savoir s'il fallait demander aux païens qui adhéraient à Jésus Christ, le Seigneur, la circoncision ou s'il était licite de les laisser libres de la Loi mosaïque, c'est-à-dire de l'observance des normes nécessaires pour être des hommes justes, qui obtempèrent à la Loi, et surtout libres des normes concernant les purifications cultuelles, les aliments purs et impurs et le Sabbat. Saint Paul parle également de l'assemblée de Jérusalem dans Ga 2, 1-10: quatorze ans après la rencontre avec le Ressuscité à Damas - nous sommes dans la deuxième moitié des années 40 ap. J.C. - Paul part avec Barnabé d'Antioche de Syrie et se fait accompagner par Tite, son fidèle collaborateur qui, bien qu'étant d'origine grecque, n'avait pas été obligé de se faire circoncire pour entrer dans l'Eglise. A cette occasion, Paul expose aux Douze, définis comme les personnes les plus remarquables, son évangile de la liberté de la Loi (cf. Ga 2, 6). A la lumière de la rencontre avec le Christ ressuscité, il avait compris qu'au moment du passage à l'Evangile de Jésus Christ, pour les païens n'étaient plus nécessaire la circoncision, les règles sur la nourriture, sur le sabbat comme signes de la justice: le Christ est notre justice et "juste" est tout ce qui lui est conforme. Il n'y pas besoin d'autres signes pour être des justes. Dans la Lettre aux Galates, en quelques lignes, il rapporte le déroulement de l'assemblée: il rappelle avec enthousiasme que l'évangile de la liberté à l'égard de la Loi fut approuvé par Jacques, Céphas et Jean, "les colonnes", qui lui offrirent ainsi qu'à Barnabé la main droite de la communion ecclésiale dans le Christ (cf. Ga 2, 9). Si, comme nous l'avons remarqué, pour Luc le Concile de Jérusalem exprime l'action de l'Esprit Saint, pour Paul il représente la reconnaissance décisive de la liberté partagée entre tous ceux qui y participèrent: une liberté des obligations provenant de la circoncision et de la Loi; cette liberté pour laquelle "le Christ nous a libérés, pour que nous restions libres" et pour que nous ne nous laissions plus imposer le joug de l'esclavage (cf. Ga 5, 1). Les deux modalités avec lesquelles Paul et Luc décrivent l'assemblée de Jérusalem ont en commun l'action libératrice de l'Esprit, car "là où l'Esprit du Seigneur est présent, là est la liberté", dira-t-il dans la deuxième Lettre aux Corinthiens (cf. 3, 17).

Toutefois, comme il apparaît avec une grande clarté dans les Lettres de saint Paul, la liberté chrétienne ne s'identifie jamais avec le libertinage ou avec le libre arbitre de faire ce que l'on veut; elle se réalise dans la conformité au Christ et donc dans le service authentique pour les frères, en particulier pour les plus indigents. C'est pourquoi, le compte-rendu de Paul sur l'assemblée se termine par le souvenir de la recommandation que les Apôtres lui adressèrent: "Ils nous demandèrent seulement de penser aux pauvres de leur communauté, ce que j'ai toujours fait de mon mieux" (Ga 2, 10). Chaque Concile naît de l'Eglise et retourne à l'Eglise: en cette occasion, il y retourne avec une attention pour les pauvres qui, selon les diverses annotations de Paul dans ses Lettres, sont tout d'abord ceux de l'Eglise de Jérusalem. Dans sa préoccupation pour les pauvres, attestée en particulier dans la deuxième Lettre aux Corinthiens (cf. 8-9) et dans la partie finale de la Lettre aux Romains (cf. Rm 15), Paul démontre sa fidélité aux décisions qui ont mûri pendant l'assemblée.

Peut-être ne sommes-nous plus en mesure de comprendre pleinement la signification que Paul et ses communautés attribuèrent à la collecte pour les pauvres de Jérusalem. Ce fut une initiative entièrement nouvelle dans le cadre des activités religieuses: elle ne fut pas obligatoire, mais libre et spontanée; toute les Eglises fondées par Paul vers l'Occident y prirent part. La collecte exprimait la dette de ses communautés à l'égard de l'Eglise mère de la Palestine, dont elles avaient reçu le don extraordinaire de l'Evangile. La valeur que Paul attribue à ce geste de partage est tellement grande que rarement il l'appelle simplement "collecte": pour lui celle-ci est plutôt "service", "bénédiction", "amour", grâce", et même "liturgie" (2 Co 9). On est en particulier surpris par ce dernier terme, qui confère à la collecte d'argent une valeur également cultuelle: d'une part, celle-ci est un geste liturgique ou "service", offert par chaque communauté à Dieu, de l'autre, elle est une action d'amour accomplie en faveur du peuple. Amour pour les pauvres et liturgie divine vont ensemble, l'amour pour les pauvres est liturgie. Les deux horizons sont présents dans chaque liturgie célébrée et vécue dans l'Eglise, qui par sa nature s'oppose à la séparation entre le culte et la vie, entre la foi et les oeuvres, entre la prière et la charité pour les frères. Le Concile de Jérusalem naît ainsi pour résoudre la question sur la façon de se comporter avec les païens qui adhéraient à la foi, en optant pour la liberté à l'égard de la circoncision et des observances imposées par la Loi, et elle se résout dans l'instance ecclésiale et pastorale, qui place en son centre la foi dans le Christ et l'amour pour les pauvres de Jérusalem et de toute l'Eglise.

Le deuxième épisode est le célèbre incident d'Antioche, en Syrie, qui atteste la liberté intérieure dont Paul jouissait: comment se comporter à l'occasion de la communion à la table entre les croyants d'origine juive et ceux d'origine païenne? Ici se fait jour l'autre épicentre de l'observance mosaïque: la distinction entre les aliments purs et impurs, qui divisaient profondément les juifs observants des païens. Au début, Céphas, Pierre partageait sa table avec les uns et les autres; mais avec l'arrivée de plusieurs chrétiens liés à Jacques, "le frère du Seigneur" (Ga 1, 19), Pierre avait commencé à éviter les contacts à table avec les païens, pour ne pas scandaliser ceux qui continuaient à observer les lois sur les aliments purs; et le choix avait été partagé par Barnabé. Ce choix divisait profondément les chrétiens venus de la circoncision et les chrétiens venus du paganisme. Ce comportement, qui menaçait réellement l'unité et la liberté de l'Eglise, suscita les réactions enflammées de Paul, qui parvint à accuser Pierre et les autres d'hypocrisie; "Toi, tout juif que tu es, il t'arrive de suivre les coutumes des païens et non celles des juifs; alors, pourquoi forces-tu les païens à faire comme les juifs?" (Ga 2, 14). En réalité, les préoccupations de Paul, d'une part, et celles de Pierre et Barnabé, de l'autre, étaient différentes: pour ces derniers la séparation des païens représentait une manière de protéger et de ne pas scandaliser les croyants provenant du judaïsme; pour Paul, elle constituait en revanche un danger de mauvaise compréhension du salut universel en Christ, offert aussi bien aux païens qu'aux juifs. Si la justification ne se réalise qu'en vertu de la foi dans le Christ, de la conformité avec lui, sans aucune œuvre de la Loi, quel sens cela a-t-il d'observer la pureté des aliments à l'occasion du partage de la table? Les perspectives de Pierre et de Paul étaient probablement différentes: pour le premier ne pas perdre les juifs qui avaient adhéré à l'Evangile, pour le deuxième ne pas réduire la valeur salvifique de la mort du Christ pour tous les croyants.

Cela paraît étrange, mais en écrivant aux chrétiens de Rome, quelques années après (vers le milieu des années 50 ap. J.C.), Paul lui-même se trouvera face à une situation analogue et demandera aux forts de ne pas manger de nourriture impure pour ne pas perdre ou pour ne pas scandaliser les faibles: "C'est bien de ne pas manger de viande, de ne pas boire de vin, bref de ne rien faire qui fasse tomber ton frère" (Rm 14, 21). L'incident d'Antioche se révéla donc une leçon aussi bien pour Pierre que pour Paul. Ce n'est que le dialogue sincère, ouvert à la vérité de l'Evangile, qui put orienter le chemin de l'Eglise: "En effet, le Royaume de Dieu ne consiste pas en des questions de nourriture ou de boisson; il est justice, paix et joie dans l'Esprit Saint" (Rm 14, 17). C'est une leçon que nous devons apprendre nous aussi: avec les différents charismes confiés à Pierre et à Paul, laissons-nous guider par l'Esprit, en cherchant à vivre dans la liberté qui trouve son orientation dans la foi en Christ et se concrétise dans le service à nos frères. Ce qui est essentiel c'est d'être toujours plus conforme au Christ. C'est ainsi qu'on devient réellement libre, c'est ainsi que s'exprime en nous le noyau le plus profond de la Loi: l'amour pour Dieu et pour notre prochain. Prions le Seigneur pour qu'il nous enseigne à partager ses sentiments, pour apprendre de Lui la vraie liberté et l'amour évangélique qui embrasse tout être humain.

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Je salue tous les pèlerins francophones présents à cette audience, en particulier les participants au pèlerinage œcuménique Saint-Paul présidé par Monseigneur Robert Le Gall, archevêque de Toulouse, ainsi que les pèlerins venus du Canada et de la Guadeloupe. Puisse la méditation des lettres de Paul faire aimer toujours davantage l’Église en son mystère. Bon pèlerinage à tous !

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BENOÎT XVI



AUDIENCE GÉNÉRALE



Mercredi 8 octobre 2008



Saint Paul et la vie terrestre de Jésus


Chers frères et sœurs!

Dans les dernières catéchèses sur saint Paul, j'ai parlé de sa rencontre avec le Christ ressuscité, qui a changé profondément sa vie, puis de sa relation avec les douze Apôtres, appelés par Jésus - en particulier avec Jacques, Céphas et Jean - et de sa relation avec l'Eglise de Jérusalem. Il reste à présent la question de ce que saint Paul a su du Jésus terrestre, de sa vie, de ses enseignements, de sa passion. Avant d'aborder cette question, il peut être utile d'avoir à l'esprit que saint Paul lui-même distingue deux façons de connaître Jésus et plus généralement deux façons de connaître une personne. Il écrit dans la Deuxième Lettre aux Corinthiens: "Ainsi donc, désormais nous ne connaissons personne selon la chair. Même si nous avons connu le Christ selon la chair, maintenant ce n'est plus ainsi que nous le connaissons" (5, 16). Connaître "selon la chair", de manière charnelle, cela veut dire connaître de manière seulement extérieure, avec des critères extérieurs: on peut avoir vu une personne plusieurs fois, connaître ainsi son aspect et les divers détails de son comportement: la manière dont il parle, la manière dont il bouge, etc. Toutefois, même en connaissant quelqu'un de cette manière on ne le connaît pas réellement, on ne connaît pas le noyau de la personne. C'est seulement avec le cœur que l'on connaît vraiment une personne. De fait, les pharisiens et les saducéens ont connu Jésus de manière extérieure, ils ont appris son enseignement, beaucoup de détails sur lui, mais ils ne l'ont pas connu dans sa vérité. Il y a une distinction analogue dans une parole de Jésus. Après la Transfiguration, il demande aux apôtres: "Le Fils de l'homme qui est-il, d'après ce que disent les gens?" (Mt 16, 13) "Et vous que dites-vous? Pour vous qui suis-je?" (Mt 16, 15). Les gens le connaissent, mais de manière superficielle; ils savent plusieurs choses de lui, mais ils ne l'ont pas réellement connu. En revanche, les Douze, grâce à l'amitié qui fait participer le cœur, ont au moins compris dans la substance et ont commencé à connaître qui est Jésus. Aujourd'hui aussi existe cette manière différente de connaître: il y a des personnes savantes qui connaissent Jésus dans ses nombreux détails et des personnes simples qui n'ont pas connaissance de ces détails, mais qui l'ont connu dans sa vérité: "le cœur parle au cœur". Et Paul veut dire essentiellement qu'il faut connaître Jésus ainsi, avec le cœur et connaître essentiellement de cette manière la personne dans sa vérité; puis, dans un deuxième temps, en connaître les détails.

Cela dit, demeure toutefois la question: qu'a connu saint Paul de la vie concrète, des paroles, de la passion, des miracles de Jésus? Il semble confirmé qu'il ne l'a pas rencontré pendant sa vie terrestre. A travers les apôtres et l'Eglise naissante il a assurément connu aussi les détails sur la vie terrestre de Jésus. Dans ses Lettres, nous pouvons trouver trois formes de référence au Jésus pré-pascal.

En premier lieu, on trouve des références explicites et directes. Paul parle de l'ascendance davidique de Jésus (cf. Rm 1, 3), il connaît l'existence de ses "frères" ou consanguins (1 Co 9, 5; Ga 1, 19), il connaît le déroulement de la Dernière Cène (cf. 1 Co 11, 23), il connaît d'autres paroles de Jésus, par exemple, sur l'indissolubilité du mariage (cf. 1 Co 7, 10 avec Mc 10, 11-12), sur la nécessité que celui qui annonce l'Evangile soit nourri par la communauté dans la mesure où l'ouvrier est digne de son salaire (cf. 1 Co 9, 14 et Lc 10, 7); Paul connaît les paroles prononcées par Jésus lors de la Dernière Cène (cf. 1 Co 11, 24-25 et Lc 22, 19-20) et il connaît aussi la croix de Jésus. Telles sont les références directes à des paroles et des faits de la vie de Jésus.

En deuxième lieu, nous pouvons entrevoir dans certaines phrases des Lettres pauliniennes plusieurs allusions à la tradition attestée dans les Evangiles synoptiques. Par exemple, les paroles que nous lisons dans la première Lettre aux Thessaloniciens, selon lesquelles "le jour du Seigneur viendra comme un voleur dans la nuit" (5, 2), ne s'expliqueraient pas comme un renvoi aux prophéties vétéro-testamentaires, car la comparaison avec le voleur nocturne ne se trouve que dans l'Evangile de Matthieu et de Luc, donc elle est tirée précisément de la tradition synoptique. Ainsi, quand nous lisons que: "ce qu'il y a de faible dans le monde, voilà ce que Jésus a choisi..." (1 Co 1, 27-28), on entend l'écho fidèle de l'enseignement de Jésus sur les simples et sur les pauvres (cf. Mt 5, 3; 11, 25; 19, 30). Il y a ensuite les paroles prononcée par Jésus dans la joie messianique: "Père, Seigneur du ciel et de la terre, je proclame ta louange: ce que tu as caché aux sages et aux savants, tu l'as révélé aux tout-petits" (Mt 11, 25). Paul sait - c'est son expérience missionnaire - combien ces paroles sont vraies, c'est-à-dire que ce sont précisément les simples qui ont le coeur ouvert à la connaissance de Jésus. La mention de l'obéissance de Jésus "jusqu'à la mort", que l'on trouve dans Ph 2, 8, ne peut également que rappeler la totale disponibilité du Jésus terrestre à l'accomplissement de la volonté de son Père (cf. Mc 3, 35; Jn 4, 34). Paul connaît donc la passion de Jésus, sa croix, la manière dont il a vécu les derniers moments de sa vie. La croix de Jésus et la tradition sur cet événement de la croix sont au centre du Kérygme paulinien. Un autre pilier de la vie de Jésus connu par saint Paul est le Discours de la Montagne, dont il cite certains éléments presque à la lettre, quand il écrit aux Romains: "Aimez-vous les uns les autres... Bénissez ceux qui vous persécutent... Vivez en paix avec tous... Vainc le mal par le bien...". Donc, dans ses lettres, on trouve un reflet fidèle du Discours de la Montagne (cf. Mt 5-7).

Enfin, il est possible de trouver une troisième manière dont sont présentes les paroles de Jésus dans les Lettres de Paul: c'est lorsqu'il opère une forme de transposition de la tradition pré-pascale à la situation d'après la Pâque. Un cas typique est le thème du Royaume de Dieu. Il se trouve assurément au centre de la prédication du Jésus historique (cf. Mt 3, 2; Mc 1, 15; Lc 4, 43). Chez Paul on peut trouver une transposition de cette thématique, parce qu'après la résurrection il est évident que Jésus en personne, le ressuscité, est le Royaume de Dieu. Le Royaume arrive donc là où Jésus arrive. Et ainsi, nécessairement, le thème du Royaume de Dieu, où était anticipé le mystère de Jésus, se transforme en christologie. Toutefois, les mêmes dispositions demandées par Jésus pour entrer dans le Royaume de Dieu sont tout à fait valables pour Paul en ce qui concerne la justification au moyen de la foi: autant l'entrée dans le Royaume que la justification exigent une attitude de grande humilité et disponibilité, libre de présomptions, pour accueillir la grâce de Dieu. Par exemple, la parabole du pharisien et du publicain (cf. Lc 18, 9-14) donne un enseignement que l'on retrouve tel quel chez Paul, lorsqu'il insiste sur le fait de devoir exclure toute vanterie à l'égard de Dieu. Les phrases de Jésus sur les publicains et les prostituées, plus disponibles que les pharisiens à accueillir l'Evangile (cf. Mt 21, 31; Lc 7, 36-50), et son choix de partager la table avec eux (cf. Mt 9, 10-13; Lc 15, 1-2) se retrouvent elles aussi entièrement dans la doctrine de Paul sur l'amour miséricordieux de Dieu envers les pécheurs (cf. Rm 5, 8-10; et aussi Ep 2, 3-5). Ainsi le thème du Royaume de Dieu est reproposé sous une forme nouvelle, mais toujours dans une pleine fidélité à la tradition du Jésus historique.

Un autre exemple de transformation fidèle du noyau doctrinal tel que l'entendait Jésus se trouve dans les "titres" qui lui sont attribués. Avant Pâques, il se qualifie lui-même de Fils de l'homme; après la Pâque, il devient évident que le Fils de l'homme est aussi le Fils de Dieu. Par conséquent, le titre préféré par Paul pour qualifier Jésus est Kyrios, "Seigneur" (cf. Ph 2, 9-11), qui indique la divinité de Jésus. Avec ce titre, le Seigneur Jésus apparaît dans toute la lumière de la résurrection. Sur le Mont des Oliviers, au moment de l'extrême angoisse de Jésus (cf. Mc 14, 36), les disciples avant de s'endormir avaient entendu comment il parlait avec le Père et l'appelait "Abbà-Père". C'est un terme très familier, équivalent à notre "papa", utilisé uniquement par les enfants en communion avec leur père. Jusqu'à ce moment-là il était impensable qu'un juif utilise une parole semblable pour s'adresser à Dieu; mais Jésus, étant vrai Fils, en ce moment d'intimité, parle ainsi et dit: "Abbà, Père". Dans les Lettres de saint Paul aux Romains et aux Galates, de manière surprenante ce terme "Abbà", qui exprime le caractère exclusif de la filiation de Jésus, apparaît dans la bouche des baptisés (cf. Rm 8, 15; Ga 4, 6), parce qu'ils ont reçu l'"esprit du Fils" et à présent ils portent en eux-mêmes cet Esprit et ils peuvent parler comme Jésus et avec Jésus en vrais fils de leur Père, ils peuvent dire "Abbà" parce qu'ils sont devenus fils dans le Fils.

Et enfin, je voudrais évoquer la dimension salvifique de la mort de Jésus, que nous trouvons dans la phrase évangélique selon laquelle "le Fils de l'homme n'est pas venu pour être servi, mais pour servir, et donner sa vie en rançon pour la multitude" (Mc 10, 45; Mt 20, 28). Le reflet fidèle de cette parole de Jésus apparaît dans la doctrine paulinienne sur la mort de Jésus comme rachat (cf. 1 Co 6, 20), comme rédemption (cf. Rm 3, 24), comme libération (cf. Ga 5, 1) et comme réconciliation (cf. Rm 5, 10; 2 Co 5, 18-20). C'est là le centre de la théologie paulinienne, qui se fonde sur cette parole de Jésus.

En conclusion, saint Paul ne pense pas à Jésus en tant qu'historien, comme à une personne du passé. Il connaît assurément la grande tradition sur la vie, les paroles, la mort et la résurrection de Jésus, mais il ne traite pas de tout cela comme d'une chose du passé; il le propose comme réalité du Jésus vivant. Pour Paul, les paroles et les actions de Jésus n'appartiennent pas au temps historique, au passé. Jésus vit maintenant et parle maintenant avec nous et vit pour nous. Telle est la vraie manière de connaître Jésus et d'accueillir la tradition le concernant. Nous devons nous aussi apprendre à connaître Jésus non selon la chair, comme une personne du passé, mais comme notre Seigneur et Frère, qui est aujourd'hui avec nous et nous montre comment vivre et comment mourir.

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Je suis heureux d’accueillir les pèlerins de langue française, particulièrement les servants de messe du Jura pastoral, dans le diocèse de Bâle. Que par son enseignement saint Paul vous aide à mettre la personne du Christ au cœur de votre vie et à reconnaître en elle le salut de Dieu offert à tous ! Avec ma bénédiction apostolique !

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BENOÎT XVI



AUDIENCE GÉNÉRALE



Mercredi 15 octobre 2008



Saint Paul premier théologien de l'Eglise


Chers frères et sœurs,

Dans la catéchèse de mercredi dernier j'ai parlé de la relation de Paul avec le Jésus pré-pascal dans sa vie terrestre. La question était: "Qu'a su Paul de la vie de Jésus, de ses paroles, de sa passion"? Aujourd'hui je voudrais parler de l'enseignement de saint Paul sur l'Eglise. Nous devons commencer par la constatation que ce mot "Eglise" en français - comme en italien "Chiesa" et en espagnol "Iglesia" - est tiré du grec "ekklesia"! Il vient de l'Ancien Testament et signifie l'assemblée du peuple d'Israël, convoquée par Dieu, en particulier l'assemblée exemplaire au pied du Sinaï. Avec ce mot est à présent signifiée la nouvelle communauté des croyants dans le Christ qui se sentent assemblée de Dieu, la nouvelle convocation de tous les peuples par Dieu et devant Lui. Le terme ekklesia fait son apparition pour la première fois sous la plume de Paul, qui est le premier auteur d'un écrit chrétien. Cela a lieu dans l'incipit de la première Lettre aux Thessaloniciens, où Paul s'adresse textuellement "à l'Eglise des thessaloniciens" (cf. ensuite également à "l'Eglise de Laodicée" dans Col 4, 16). Dans d'autres Lettres il parle de l'Eglise de Dieu qui est à Corinthe (1 Co 1, 2; 2 Co 1, 1), qui est en Galatie (Ga 1, 2 etc.) - des Eglises particulières donc - mais il dit aussi avoir persécuté "l'Eglise de Dieu": non pas une communauté locale déterminée, mais "l'Eglise de Dieu". Ainsi, nous voyons que ce mot "Eglise" a une signification pluridimensionnelle: il indique, d'une part, les assemblées de Dieu dans des lieux déterminés (une ville, un pays, une maison), mais il signifie aussi toute l'Eglise dans son ensemble. Et ainsi nous voyons que "l'Eglise de Dieu" n'est pas seulement une somme de différentes Eglises locales, mais que les différentes Eglises locales sont à leur tour une réalisation de l'unique Eglise de Dieu. Toutes ensemble elles sont "l'Eglise de Dieu", qui précède les Eglises locales singulières et s'exprime, se réalise dans celles-ci.

Il est important d'observer que presque toujours le mot "Eglise" apparaît avec l'adjonction de la qualification "de Dieu": ce n'est pas une association humaine, née d'idées ou d'intérêts communs, mais d'une convocation de Dieu. Il l'a convoquée et c'est pourquoi elle est une dans toutes ses réalisations. L'unité de Dieu crée l'unité de l'Eglise dans tous les lieux où elle se trouve. Plus tard, dans la Lettre aux Ephésiens, Paul élaborera longuement le concept d'unité de l'Eglise, en continuité avec le concept de Peuple de Dieu, Israël, considéré par les prophètes comme "épouse de Dieu", appelée à vivre une relation sponsale avec Lui. Paul présente l'unique Eglise de Dieu comme "épouse du Christ" dans l'amour, un seul corps et un seul esprit avec le Christ lui-même. Il est bien connu que le jeune Paul avait été un adversaire acharné du nouveau mouvement constitué par l'Eglise du Christ. Il en avait été un adversaire, parce qu'il avait vu menacée, dans ce nouveau mouvement, la fidélité à la tradition du peuple de Dieu, animé par la foi dans le Dieu unique. Cette fidélité s'exprimait surtout dans la circoncision, dans l'observance des règles de la pureté cultuelle, dans l'abstention de certains aliments, dans le respect du Sabbat. Cette fidélité, les juifs l'avaient payée avec le sang des martyrs, pendant la période des Maccabées, quand le régime hellénistique voulait obliger tous les peuples à se conformer à l'unique culture hellénistique. Beaucoup de juifs avaient défendu avec leur sang la vocation propre d'Israël. Les martyrs avaient payé par leur vie l'identité de leur peuple, qui s'exprimait à travers ces éléments. Après la rencontre avec le Christ ressuscité, Paul comprit que les chrétiens n'étaient pas des traîtres; au contraire, dans la nouvelle situation le Dieu d'Israël à travers le Christ, avait élargi son appel à toutes les nations, en devenant le Dieu de tous les peuples. De cette manière, se réalisait la fidélité au Dieu unique; les signes distinctifs constitués par les règles et les observances particulières n'étaient plus nécessaires, par ce que tous étaient appelés, dans leur variété, à faire partie de l'unique peuple de Dieu de "l'Eglise de Dieu" dans le Christ.

Une chose fut pour Paul immédiatement claire dans la nouvelle situation: la valeur fondamentale et fondatrice du Christ et de la "parole" qui l'annonçait. Paul savait que non seulement on ne devient pas chrétien par la force, mais également que dans la configuration interne de la nouvelle communauté la composante institutionnelle était inévitablement liée à la "parole" vivante, à l'annonce du Christ vivant dans lequel Dieu s'ouvre à tous les peuples et les unit en un unique peuple de Dieu. Il est symptomatique que dans les Actes des Apôtres, Luc emploie plusieurs fois, également à propos de Paul, le syntagme "annoncer la parole" (Ac 4, 29.31; 8, 25; 11, 19; 13, 46; 14, 25; 16, 6.32), avec l'intention évidente de souligner au maximum la portée décisive de la "parole" de l'annonce. Concrètement cette parole est constitué par la croix et la résurrection du Christ, dans lesquelles les Ecritures se sont réalisées. Le mystère pascal, qui a provoqué le tournant de sa vie sur le chemin de Damas, se trouve bien sûr au centre de la prédication de l'apôtre (cf. 1 Co 2, 2; 15, 14). Ce Mystère annoncé dans la parole se réalise dans les sacrements du baptême et de l'Eucharistie et devient ensuite réalité dans la charité chrétienne. L'œuvre évangélisatrice de Paul n'a pas d'autre finalité que celle d'implanter la communauté des croyants dans le Christ. Cette idée est comprise dans l'étymologie même du terme ekklesia, que Paul, et avec lui tout le christianisme, a préféré à l'autre terme de "synagogue": non seulement parce qu'à l'origine le premier est plus "laïc" (dérivant de la pratique grecque de l'assemblée politique et pas précisément religieuse), mais également parce qu'il implique directement l'idée plus théologique d'un appel ab extra, et donc pas seulement l'idée d'une simple réunion ensemble; les croyants sont appelés par Dieu, qui les réunit en une communauté, son Eglise.

Dans cette optique, nous pouvons également comprendre le concept original, exclusivement paulinien, de l'Eglise comme "Corps du Christ". A cet égard, il faut avoir à l'esprit les deux dimensions de ce concept. L'une est à caractère sociologique, selon laquelle le corps est constitué par ses composantes et n'existerait pas sans elles. Cette interprétation apparaît dans la Lettre aux Romains et dans la première Lettre aux Corinthiens, où Paul reprend une image qui existait déjà dans la sociologie romaine: il dit qu'un peuple est comme un corps avec divers membres, dont chacun à sa fonction, même les plus petits et apparemment le plus insignifiants, sont nécessaires pour que le corps puisse vivre et réaliser ses fonctions. De manière opportune, l'apôtre observe que dans l'Eglise il y a beaucoup de vocations: prophètes, apôtres, maîtres, personnes simples, tous appelés à vivre chaque jour la charité, tous nécessaires pour construire l'unité vivante de cet organisme spirituel. L'autre interprétation fait référence au Corps même du Christ. Paul soutient que l'Eglise n'est pas seulement un organisme, mais devient réellement corps du Christ dans le sacrement de l'Eucharistie, où tous nous recevons son Corps et nous devenons réellement son Corps. Ainsi se réalise le mystère sponsal que tous deviennent un seul corps et un seul esprit dans le Christ. Ainsi la réalité va bien au-delà de l'image sociologique, en exprimant sa véritable essence profonde, à savoir l'unité de tous les baptisés dans le Christ, considérés par l'Apôtre "un" dans le Christ, conformés au sacrement de son Corps.

En disant cela Paul montre qu'il sait bien et il nous fait comprendre à tous que l'Eglise n'est pas sienne et n'est pas nôtre: l'Eglise est corps du Christ, elle est "Eglise de Dieu", "champ de Dieu, édification de Dieu, (...) temple de Dieu" (1 Co 3, 9.16). Cette dernière qualification est particulièrement intéressante, car elle attribue à un tissu de relations interpersonnelles, un terme qui communément servait pour indiquer un lieu physique, considéré comme sacré. Le rapport entre Eglise et temple finit donc par assumer deux dimensions complémentaires: d'une part, est appliqué à la communauté ecclésiale la caractéristique de dimension séparée et de pureté qui revenait à l'édifice sacré, mais, de l'autre, est également dépassé le concept d'un espace matériel, pour transférer cette valeur à la réalité d'une communauté de foi vivante. Si auparavant les temples étaient considérés comme des lieux de la présence de Dieu, à présent l'on sait et l'on voit que Dieu n'habite pas dans des édifices faits en pierres, mais le lieu de la présence de Dieu dans le monde est la communauté vivante des croyants.

La qualification de "peuple de Dieu", qui chez Paul est appliquée substantiellement au peuple de l'Ancien Testament, puis aux païens qui étaient "le non-peuple" et sont devenus eux aussi le peuple de Dieu grâce à leur insertion dans le Christ à travers la Parole et le sacrement, mériterait un discours à part. Et enfin, une dernière nuance. Dans la Lettre à Timothée, Paul qualifie l'Eglise de "maison de Dieu" (1 Tm 3, 15); et il s'agit d'une définition vraiment originale, car elle se réfère à l'Eglise comme structure communautaire où sont vécues de chaleureuses relations interpersonnelles à caractère familial. L'apôtre nous aide donc a comprendre toujours plus profondément le mystère de l'Eglise dans ses différentes dimensions d'assemblée de Dieu dans le monde. Telle est la grandeur de l'Eglise et la grandeur de notre appel: nous sommes temple de Dieu dans le monde, lieu où Dieu habite réellement, et nous sommes, dans le même temps, communauté, famille de Dieu dont Il est charité. Comme famille et maison de Dieu, nous devons réaliser dans le monde la charité de Dieu et être ainsi avec la force qui vient de la foi, le lieu et le signe de sa présence. Prions le Seigneur afin qu'il nous concède d'être toujours davantage son Eglise, son Corps, le lieu de la présence de sa charité dans notre monde et dans notre histoire.

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Je salue tous les pèlerins francophones présents aujourd’hui, en particulier ceux venus de France métropolitaine, de l’Île de la Réunion et du Canada. Que votre prière auprès de la tombe des apôtres Pierre et Paul affermisse votre amour de l’Église, Corps du Christ. Bon pèlerinage à tous !

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BENOÎT XVI



AUDIENCE GÉNÉRALE



Mercredi 22 octobre 2008



Le christocentrisme de saint Paul


Chers frères et sœurs,

Dans les catéchèses des semaines dernières nous avons médité sur la "conversion" de saint Paul, fruit de sa rencontre personnelle avec Jésus crucifié et ressuscité, et nous nous sommes interrogés sur ce qu'a été la relation de l'apôtre des nations avec Jésus terrestre. Aujourd'hui je voudrais parler de l'enseignement que saint Paul nous a laissé sur le caractère central du Christ ressuscité dans le mystère du salut, sur sa christologie. En vérité, Jésus Christ ressuscité, "exalté au dessus de tous les noms", est au centre de toutes ses réflexions. Le Christ est pour l'apôtre le critère d'évaluation des événements et des choses, l'objectif de chaque effort qu'il accomplit pour annoncer l'Evangile, la grande passion qui soutient ses pas sur les routes du monde. Et il s'agit d'un Christ vivant, concret: le Christ - dit Paul - "qui m'a aimé et qui s'est livré pour moi" (Ga 2, 20). Cette personne qui m'aime, avec laquelle je peux parler, qui m'écoute et me répond, telle est réellement le principe pour comprendre le monde et pour trouver le chemin dans l'histoire.

Celui qui a lu les écrits de saint Paul sait bien qu'il ne s'est pas soucié de rapporter chacun des faits qui composent la vie de Jésus, même si nous pouvons penser que dans ses catéchèses il a raconté bien davantage sur Jésus pré-pascal que ce qu'il écrit dans les Lettres, qui sont des avertissements dans des situations précises. Son intention pastorale et théologique visait à un tel point à l'édification des communautés naissantes, qu'il concentrait spontanément tout dans l'annonce de Jésus Christ comme "Seigneur" vivant aujourd'hui et présent aujourd'hui parmi les siens. D'où le caractère essentiel de la christologie paulinienne, qui développe les profondeurs du mystère avec un souci constant et précis: annoncer, bien sûr, Jésus vivant, son enseignement, mais annoncer surtout la réalité centrale de sa mort et de sa résurrection, comme sommet de son existence terrestre et racine du développement successif de toute la foi chrétienne, de toute la réalité de l'Eglise. Pour l'apôtre, la résurrection n'est pas un événement isolé, séparé de la mort: le Ressuscité est toujours celui qui, auparavant, a été crucifié. Même ressuscité il porte ses blessures: la passion est présente en Lui et l'on peut dire avec Pascal qu'il est souffrant jusqu'à la fin du monde, tout en étant ressuscité et en vivant avec nous et pour nous. Cette identité du Ressuscité avec le Christ crucifié, Paul l'avait compris lors de la rencontre sur le chemin de Damas: à cet instant-là, lui avait été clairement révélé que le Crucifié est le Ressuscité et que le Ressuscité est le Crucifié, qui dit à Paul: "Pourquoi me persécutes-tu?" (Ac 9, 4). Paul persécute le Christ dans l'Eglise et comprend alors que la croix est une "une malédiction de Dieu" (Dt 21, 23), mais un sacrifice pour notre rédemption.

L'apôtre contemple avec fascination le secret caché du Crucifié-ressuscité et, à travers les souffrances vécues par le Christ dans son humanité (dimension terrestre), il remonte à cette existence éternelle dans laquelle Il ne fait qu'un avec le Père (dimension pré-temporelle): "Mais lorsque les temps furent accomplis - écrit-il -, Dieu a envoyé son Fils; il est né d'une femme, il a été sous la domination de la loi de Moïse pour racheter ceux qui étaient sous la domination de la Loi et pour faire de nous des fils" (Ga 4, 4-5). Ces deux dimensions, la préexistence éternelle auprès du Père et la descente du Seigneur dans l'incarnation, s'annoncent déjà dans l'Ancien Testament, dans la figure de la Sagesse. Nous trouvons dans les Livres sapientiaux de l'Ancien Testament certains textes qui exaltent le rôle de la Sagesse préexistante à la création du monde. C'est dans ce sens que doivent être lus des passages comme celui du Psaume 90: "Avant que naissent les montagnes, que tu enfantes la terre et le monde, de toujours à toujours, toi, tu es Dieu" (v. 2); ou des passages comme celui qui parle de la Sagesse créatrice: "Yahvé m'a créée, prémices de son œuvre, avant ses œuvres les plus anciennes. Dès l'éternité je fus établie, dès le principe, avant l'origine de la terre" (Pr 8, 22-23). L'éloge de la Sagesse, contenu dans le livre homonyme, est également suggestif: "Elle s'étend avec force d'un bout du monde à l'autre et elle gouverne l'univers pour son bien" (Sg 8, 1).

Ces mêmes textes sapientiaux qui parlent de la préexistence éternelle de la Sagesse, parlent également de la descente, de l'abaissement de cette Sagesse, qui s'est créée une tente parmi les hommes. Nous entendons ainsi déjà résonner les paroles de l'évangile de Jean qui parle de la tente de la chair du Seigneur. Elle s'est créé une tente dans l'Ancien Testament: là est indiqué le temple, le culte selon la "Torah"; mais du point de vue du Nouveau Testament nous pouvons dire que celle-ci n'était qu'une préfiguration de la tente bien plus réelle et significative: la tente de la chair du Christ. Et nous voyons déjà dans les Livres de l'Ancien Testament que cet abaissement de la Sagesse, sa descente dans la chair, implique également la possibilité qu'elle soit refusée. Saint Paul, en développant sa christologie, fait précisément référence à cette perspective sapientielle: il reconnaît en Jésus la sagesse éternelle existant depuis toujours, la sagesse qui descend et se crée une tente parmi nous et ainsi il peut décrire le Christ, comme "puissance et sagesse de Dieu", il peut dire que le Christ est devenu pour nous "par lui [Dieu] notre sagesse, pour être notre justice, notre sanctification, notre rédemption" (1 Co 1, 24.30). De même, Paul explique que le Christ, de même que la Sagesse, peut être refusé en particulier par les dominateurs de ce monde (cf. 1 Co 2, 6-9), si bien que dans les desseins de Dieu peut se créer une situation paradoxale, la croix, qui se retournera en chemin de salut pour tout le genre humain.

Un développement ultérieur de ce cycle sapientiel, qui voit la Sagesse s'abaisser pour ensuite être exaltée malgré le refus qu'on peut lui opposer, se trouve dans le célèbre hymne contenu dans la Lettre aux Philippiens (cf. 2, 6-11). Il s'agit de l'un des textes les plus élevés de tout le Nouveau Testament. La plus grande majorité des exégètes s'accordent désormais à considérer que ce passage reproduit une composition antérieure au texte de la Lettre aux Philippiens. Il s'agit d'une donnée très importante, car cela signifie que le judéo-christianisme, avant saint Paul, croyait dans la divinité de Jésus. En d'autres termes, la foi dans la divinité de Jésus n'est pas une invention hellénistique, apparue bien après la vie terrestre de Jésus, une invention qui, oubliant son humanité, l'aurait divinisé; nous voyons en réalité que le premier judéo-christianisme croyait en la divinité de Jésus, et nous pouvons même dire que les Apôtres eux-mêmes, dans les grands moments de la vie de leur Maître, ont compris qu'Il était le Fils de Dieu, comme le dit saint Pierre à Césarée de Philippes: "Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant" (Mt 16, 16). Mais revenons à l'hymne de la Lettre aux Philippiens. La structure de ce texte peut être articulée en trois strophes, qui illustrent les moments principaux du parcours accompli par le Christ. Sa préexistence est exprimée par les paroles: "lui qui était dans la condition de Dieu, il n'a pas jugé bon de revendiquer son droit d'être traité à l'égal de Dieu" (v. 6); suit alors l'abaissement volontaire du Fils dans la deuxième strophe: "mais au contraire, il se dépouilla lui-même en prenant la condition de serviteur" (v. 7), jusqu'à s'humilier lui-même "en devenant obéissant jusqu'à mourir, et à mourir sur une croix" (v. 8). La troisième strophe de l'hymne annonce la réponse du Père à l'humiliation du Fils: "C'est pourquoi Dieu l'a élevé au-dessus de tout; il lui a conféré le nom qui surpasse tous les noms" (v. 9). Ce qui frappe est le contraste entre l'abaissement radical et la glorification successive dans la gloire de Dieu. Il est évident que cette seconde strophe est en opposition avec la prétention d'Adam qui voulait lui-même se faire Dieu, est en opposition également avec le geste des bâtisseurs de la tour de Babel qui voulaient édifier seuls le pont vers le ciel et devenir eux-mêmes des divinités. Mais cette initiative de l'orgueil s'acheva dans l'autodestruction: ce n'est pas ainsi que l'on arrive au ciel, au bonheur véritable, à Dieu. Le geste du Fils de Dieu est exactement le contraire: non l'orgueil, mais l'humilité, qui est la réalisation de l'amour et l'amour est divin. L'initiative d'abaissement, d'humilité radicale du Christ, à laquelle s'oppose l'orgueil humain, est réellement l'expression de l'amour divin; celle-ci est suivie par cette élévation au ciel vers laquelle Dieu nous attire avec son amour.

Outre la Lettre aux Philippiens, il y a d'autres passages de la littérature paulinienne où les thèmes de la préexistence et de la descente du Fils de Dieu sur la terre sont reliés entre eux. Une réaffirmation de l'assimilation entre Sagesse et Christ, avec toutes les conséquences cosmiques et anthropologiques qui en découlent, se retrouve dans la première Lettre à Timothée: "C'est le Christ manifesté dans la chair, justifié par l'Esprit, apparu aux anges, proclamé chez les païens, accueilli dans le monde par la foi, enlevé au ciel dans la gloire" (3, 16). C'est surtout sur ces prémisses que l'on peut mieux définir la fonction du Christ comme Médiateur unique, avec en toile de fond l'unique Dieu de l'Ancien Testament (cf. 1 Tm 2, 5 en relation avec Is 43, 10-11; 44, 6). C'est le Christ le vrai pont qui nous conduit au ciel, à la communion avec Dieu.

Et enfin quelques mots sur les derniers développements de la christologie de saint Paul dans les Lettres aux Colossiens et aux Ephésiens. Dans la première, le Christ est qualifié de: "Premier né par rapport à toutes les créatures" (1, 15-20). Ce terme de "Premier né" implique que le premier parmi tant de fils, le premier parmi tant de frères et de sœurs est descendu pour nous attirer à lui et faire de nous ses frères et sœurs. Dans la Lettre aux Ephésiens nous trouvons une belle présentation du plan divin du salut, lorsque Paul dit que dans le Christ Dieu voulait récapituler toute chose (cf. Ep 1, 23). Le Christ est la récapitulation de toutes les choses, il résume toutes choses et nous guide vers Dieu. Et ainsi il nous implique dans un mouvement de descente et de montée, en nous invitant à participer à son humilité, c'est-à-dire à son amour envers le prochain, pour participer ainsi également de sa glorification en devenant comme lui fils dans le Fils. Prions le Seigneur afin qu'il nous aide à nous conformer à son humilité, à son amour, pour qu'il nous soit ainsi permis de participer de sa divinisation.

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Je suis heureux de vous accueillir, chers pèlerins francophones. Je salue particulièrement le groupe du diocèse d’Aire et Dax, ainsi que tous les pèlerins des paroisses et collèges de Suisse et de France. En cette année paulinienne, que votre pèlerinage à Rome soit pour vous l’occasion de redécouvrir l’enseignement de l’Apôtre des Nations qui nous invite à approfondir toujours plus notre connaissance et notre amour du Christ. Que Dieu vous bénisse !

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BENOÎT XVI



AUDIENCE GÉNÉRALE



Mercredi 29 octobre 2008



La théologie de la Croix dans la christologie de saint Paul


Chers frères et sœurs,

Dans l'expérience personnelle de saint Paul se trouve un fait incontestable: alors qu'au début il avait été un persécuteur et avait utilisé la violence contre les chrétiens, à partir du moment de sa conversion sur le chemin de Damas, il passa du côté du Christ crucifié, en faisant de celui-ci la raison de sa vie et le motif de sa prédication. Son existence fut entièrement dépensée pour les âmes (cf. 2 Co 12, 15), et ne fut pas du tout calme ni à l'abri des embûches et des difficultés. Lors de sa rencontre avec Jésus lui était clairement apparue la signification centrale de la Croix: il avait compris que Jésus était mort et était ressuscité pour tous et pour lui-même. Les deux choses étaient importantes; l'universalité: Jésus est mort réellement pour tous, et la subjectivité: Il est mort également pour moi. Dans la Croix s'était donc manifesté l'amour gratuit et miséricordieux de Dieu. C'est tout d'abord en lui-même que Paul fit l'expérience de cet amour (cf. Ga 2, 20), et de pécheur il devint croyant, de persécuteur apôtre. Jour après jour, dans sa nouvelle vie, il se rendait compte que le salut est "grâce", que tout provient de la mort du Christ et non de ses mérites, qui du reste n'existaient pas. L'"évangile de la grâce" devint ainsi pour lui l'unique façon de comprendre la Croix, non seulement le critère de sa nouvelle existence, mais aussi la réponse à ses interlocuteurs. Parmi ceux-ci se trouvaient tout d'abord les juifs, qui plaçaient leur espérance dans les œuvres et en espéraient le salut; il y avait ensuite les grecs, qui opposaient leur sagesse humaine à la Croix; et enfin il y avait des groupes d'hérétiques qui s'étaient formé leur propre idée du christianisme selon leur modèle de vie.

Pour saint Paul, la Croix a un primat fondamental dans l'histoire de l'humanité; elle représente le point central de sa théologie, car dire Croix signifie dire salut comme grâce donnée à chaque créature. Le thème de la Croix du Christ devient un élément essentiel et primordial de la prédication de l'Apôtre: l'exemple le plus clair concerne la communauté de Corinthe. Face à une Eglise où étaient présents de manière préoccupante des désordres et des scandales, où la communion était menacée par des partis et des divisions internes qui fissuraient l'unité du Corps du Christ, Paul se présente non pas avec une sublimité de parole ou de sagesse, mais avec l'annonce du Christ, du Christ crucifié. Sa force n'est pas le langage persuasif mais, paradoxalement, la faiblesse et l'impatience de celui qui ne se remet qu'à la "puissance de Dieu" (cf. 1 Co 2, 1-4). La Croix, en raison de tout ce qu'elle représente, et donc également en raison du message théologique qu'elle contient, est scandale et folie. L'apôtre l'affirme avec une force impressionnante, qu'il est bon d'écouter avec ses propres paroles: "Car le langage de la Croix est folie pour ceux qui vont vers leur perte, mais pour ceux qui vont vers leur salut, pour nous, il est puissance de Dieu (...) il a plu a Dieu de sauver les croyants par cette folie qu'est la proclamation de l'Evangile. Alors que les Juifs réclament les signes du Messie, et que le monde grec recherche une sagesse, nous, nous proclamons un Messie crucifié, scandale pour les Juifs, folie pour les païens" (1 Co 1, 18-23).

Les premières communautés chrétiennes auxquelles Paul s'adresse, savent très bien que Jésus est désormais ressuscité et vivant; l'apôtre veut rappeler non seulement aux Corinthiens et aux Galates, mais à nous tous que le Ressuscité est toujours Celui qui a été crucifié. Le "scandale" et la "folie" de la Croix se trouvent précisément dans le fait que, là où il semble n'y avoir qu'échec, douleur, défaite, précisément là se trouve toute la puissance de l'Amour infini de Dieu, car la Croix est expression d'amour et l'amour est la vraie puissance qui se révèle justement dans cette faiblesse apparente. Pour les juifs, la Croix est skandalon, c'est-à-dire piège ou pierre d'achoppement: elle semble faire obstacle à la foi du juif religieux qui ne trouve rien de semblable dans les Saintes Ecritures. Paul, avec beaucoup de courage, semble dire ici que l'enjeu est très élevé: pour les juifs, la Croix contredit l'essence même de Dieu, qui s'est toujours manifesté à travers des signes prodigieux. Accepter la Croix du Christ signifie donc accomplir une profonde conversion dans la manière de se rapporter à Dieu. Si pour les juifs, le motif du refus de la Croix se trouve dans la Révélation, c'est-à-dire la fidélité au Dieu des Pères, pour les Grecs, c'est-à-dire les païens, le critère de jugement pour s'opposer à la Croix est la raison. Pour ce dernier, en effet, la Croix est moría, folie, littéralement insipidité, c'est-à-dire une nourriture sans sel; non pas une erreur, donc, mais une insulte au bon sens.

A plus d'une occasion, Paul lui-même fit l'amère expérience du refus de l'annonce chrétienne jugée "insipide", sans importance, pas même digne d'être prise en considération sur le plan de la logique rationnelle. Pour ceux qui, comme les grecs, voyaient la perfection dans l'esprit, dans la pensée pure, il était déjà inacceptable que Dieu puisse devenir un homme, en acceptant toutes les limites de l'espace et du temps. Ensuite, croire qu'un Dieu puisse finir sur une Croix était décidément inconcevable! Et nous voyons que cette logique grecque est également la logique commune de notre temps. Le concept d'apátheia, indifférence, comme absence de passions en Dieu, aurait-il pu comprendre un Dieu devenu homme et vaincu, qui aurait ensuite repris son corps pour vivre comme ressuscité? "Sur cette question nous t'écouterons une autre fois" (Ac 17, 32) dirent de manière méprisante les Athéniens à Paul, lorsqu'ils entendirent parler de résurrection des morts. Ils considéraient comme perfection de se libérer du corps, conçu comme une prison; comment ne pas considérer une aberration de reprendre son corps? Dans la culture antique il ne semblait pas y avoir de place pour le message du Dieu incarné; tout l'événement "Jésus de Nazareth" semblait être caractérisé par la plus totale insipidité et la Croix en était certainement le point le plus emblématique.

Mais pourquoi saint Paul a-t-il fait précisément de la parole de la Croix le point fondamental de sa prédication? La réponse n'est pas difficile: la Croix révèle "la puissance de Dieu" (cf. 1 Co 1, 24) qui est différente du pouvoir humain; elle révèle en effet son amour: "La folie de Dieu est plus sage que l'homme, et la faiblesse de Dieu est plus forte que l'homme" (ibid., v. 25). A des siècles de distance de Paul, nous voyons que c'est la Croix, et non la sagesse qui s'oppose à la Croix, qui a gagné dans l'histoire. Le Crucifié est sagesse, car il manifeste vraiment qui est Dieu, c'est-à-dire la puissance d'amour qui arrive jusqu'à la Croix pour sauver l'homme. Dieu utilise des méthodes et des instruments qui, à première vue, ne nous semblent que faiblesse. Le Crucifié révèle, d'une part, la faiblesse de l'homme et, de l'autre, la véritable puissance de Dieu, c'est-à-dire la gratuité de l'amour: c'est précisément cette gratuité totale de l'amour qui est la véritable sagesse. Une fois encore saint Paul en a fait l'expérience jusque dans sa chair et il en témoigne dans différents passages de son parcours spirituel, devenus des points de référence précis pour chaque disciple de Jésus: "Ma grâce te suffit: ma puissance donne toute sa mesure dans la faiblesse" (2 Co 12, 9); et aussi: "Ce qu'il y a de faible dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi pour couvrir de confusion ce qui est fort" (1 Co 1, 28). L'apôtre s'identifie à tel point avec le Christ que lui aussi, malgré les nombreuses épreuves, vit dans la foi du Fils de Dieu qui l'a aimé et s'est donné lui-même pour ses péchés et pour ceux de tous (cf. Ga 1, 4; 2, 20). Ce fait autobiographique de l'Apôtre devient un paradigme pour nous tous.

Saint Paul a offert une admirable synthèse de la théologie de la Croix dans la deuxième Lettre aux Corinthiens (5, 14-21), où tout est contenu dans deux affirmations fondamentales: d'une part le Christ, que Dieu a identifié pour nous au péché (v. 21), est mort pour tous (v. 14); de l'autre, Dieu nous a réconciliés avec lui en ne nous comptant pas nos péchés (vv. 18-20). C'est par ce "ministère de la réconciliation" que chaque esclavage est désormais racheté (cf. 1 Co 6, 20; 7, 23). Il apparaît ici comme tout cela est important pour notre vie. Nous aussi nous devons entrer dans ce "ministère de la réconciliation" qui implique toujours le renoncement à sa propre supériorité et le choix de la folie de l'amour. Saint Paul a renoncé à sa vie en se donnant totalement pour le ministère de la réconciliation, de la Croix qui est salut pour nous tous. Et nous aussi devons savoir le faire: nous pouvons justement trouver notre force dans l'humilité de l'amour et notre sagesse dans la faiblesse de renoncer pour entrer ainsi dans la force de Dieu. Nous devons tous former notre vie sur cette véritable sagesse: ne pas vivre pour nous-mêmes, mais vivre dans la foi en ce Dieu dont nous pouvons tous dire: "Il m'a aimé et s'est donné pour moi".

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Je suis heureux de saluer les évêques et les séminaristes de Basse-Normandie, les évêques et prêtres qui guident différents pèlerinages diocésains et paroissiaux français et suisse. Je salue plus particulièrement le pèlerinage diocésain de l'enseignement catholique de Soisson, les différents groupes présents, les confirmés adultes, et surtout les jeunes et collégiens, ainsi que les servants de Messe des diocèses du Mans et de Metz, et de la paroisse de Dompierre en Suisse.

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BENOÎT XVI



AUDIENCE GÉNÉRALE



Mercredi 5 novembre 2008



L'importance de la christologie - L'importance décisive de la résurrection


Chers frères et sœurs,

"Et si le Christ n'est pas ressuscité, notre message est sans objet, et votre foi est sans objet (...) vous n'êtes pas libérés de vos péchés" (1 Co 15, 14.17). Avec ces puissantes paroles de la première Lettre aux Corinthiens, saint Paul fait comprendre quelle importance décisive il attribue à la résurrection de Jésus. Dans cet événement, en effet, se trouve la solution du problème posé par le drame de la Croix. A elle seule, la Croix ne pourrait pas expliquer la foi chrétienne, elle resterait même une tragédie, l'indication de l'absurdité de l'être. Le mystère pascal consiste dans le fait que ce Crucifié "est ressuscité le troisième jour conformément aux Ecritures" (1 Co 15, 4)- c'est ce qu'atteste la tradition proto-chrétienne. C'est là que se trouve la clef de voûte de la christologie paulinienne: tout tourne autour de ce centre de gravité. Tout l'enseignement de l'apôtre Paul part de et arrive toujours au mystère de Celui que le Père a ressuscité de la mort. La résurrection est une donnée fondamentale, une sorte d'axiome préalable (cf. 1 Co 15, 12), à partir duquel Paul peut formuler son annonce (kerygma) synthétique: Celui qui a été crucifié, et qui a ainsi manifesté l'immense amour de Dieu pour l'homme, est ressuscité et il est vivant parmi nous.

Il est important de saisir le lien entre l'annonce de la résurrection, telle que Paul la formule, et celle en usage dans les premières communautés chrétiennes pré-pauliniennes. On peut véritablement voir ici l'importance de la tradition qui précède l'Apôtre et qu'avec un grand respect et attention il veut à son tour transmettre. Le texte sur la résurrection, contenu dans le chapitre 15, 1-11 de la première Lettre aux Corinthiens, met bien en évidence le lien entre "recevoir" et "transmettre". Saint Paul attribue une grande importance à la formulation littérale de la tradition; au terme du passage examiné, il souligne: "Bref, qu'il s'agisse de moi ou des autres, voilà notre message" (1 Co 15, 11), mettant ainsi en lumière l'unité du kerygma, de l'annonce pour tous les croyants et pour tous ceux qui annonceront la résurrection du Christ. La tradition à laquelle il se rattache est la source à laquelle il puise. L'originalité de sa christologie ne se fait jamais au détriment de la fidélité à la tradition. Le kerygma des Apôtres préside toujours à la réélaboration personnelle de Paul; chacun de ses arguments part de la tradition commune, dans laquelle s'exprime la foi partagée par toutes les Eglises qui sont une seule Eglise. Et ainsi saint Paul offre un modèle pour tous les temps sur la manière de faire de la théologie et de prêcher. Le théologien, le prédicateur, ne crée pas de nouvelles visions du monde et de la vie, mais il est au service de la vérité transmise, au service du fait réel du Christ, de la Croix, de la résurrection. Sa tâche est de nous aider à comprendre aujourd'hui, derrière les paroles anciennes, la réalité du "Dieu avec nous", et donc la réalité de la vraie vie.

Il est ici opportun de préciser: saint Paul, en annonçant la résurrection, ne se soucie pas d'en présenter une exposition doctrinale organique - il ne veut pas écrire une sorte de manuel de théologie -, mais il affronte le thème en répondant à des doutes et à des questions concrètes qui lui étaient présentés par les fidèles; un discours d'occasion donc, mais rempli de foi et de théologie vécue. On y trouve une concentration sur l'essentiel: nous avons été "justifiés", c'est-à-dire rendus justes, sauvés, par le Christ mort et ressuscité pour nous. Le fait de la résurrection apparaît tout d'abord, sans lequel la vie chrétienne serait tout simplement absurde. En ce matin de Pâques, eut lieu quelque chose d'extraordinaire, de nouveau et, dans le même temps, de très concret, caractérisé par des signes bien précis, enregistrés par de nombreux témoins. Pour Paul aussi, comme pour les autres auteurs du Nouveau Testament, la résurrection est liée au témoignage de celui qui a fait une expérience directe du Ressuscité. Il s'agit de voir et de sentir non seulement avec les yeux ou avec les sens, mais également avec une lumière intérieure qui pousse à reconnaître ce que les sens extérieurs attestent comme un fait objectif. Paul accorde donc - comme les quatre Evangiles - une importance fondamentale au thème des apparitions, qui sont la condition fondamentale pour la foi dans le Ressuscité qui a laissé la tombe vide. Ces deux faits sont importants: la tombe est vide et Jésus est apparu réellement. Ainsi se constitue cette chaîne de la tradition qui, à travers le témoignage des Apôtres et des premiers disciples, parviendra aux générations successives, jusqu'à nous. La première conséquence, ou la première manière d'exprimer ce témoignage, est de prêcher la résurrection du Christ comme synthèse de l'annonce évangélique et comme point culminant d'un itinéraire salvifique.

Paul effectue tout cela en plusieurs occasions: on peut consulter les Lettres et les Actes des apôtres, où l'on voit toujours que le point essentiel pour lui est d'être témoin de la résurrection. Je ne voudrais citer qu'un seul texte: Paul, arrêté à Jérusalem, se trouve devant le sanhédrin en tant qu'accusé. En cette circonstance, dans laquelle est en jeu pour lui la mort ou la vie, il indique quel est le sens et le contenu de toute sa prédication: "C'est à cause de notre espérance en la résurrection des morts que je passe en jugement" (Ac 23, 6). Paul répète sans cesse ce même refrain dans ses Lettres (cf. 1 Th 1, 9sq; 4, 13-18; 5, 10), dans lesquelles il fait aussi appel à son expérience personnelle, à sa rencontre personnelle avec le Christ ressuscité (cf. Ga 1, 15-16; 1 Co 9, 1).

Mais nous pouvons nous demander: quel est pour saint Paul le sens profond de l'événement de la résurrection de Jésus? Que nous dit-il à nous, deux mille ans plus tard? L'affirmation "le Christ est ressuscité", est-elle actuelle pour nous également? Pourquoi la résurrection est-elle pour lui et pour nous aujourd'hui un thème aussi déterminant? Paul donne solennellement une réponse à cette question au début de la Lettre aux Romains, où il commence en disant: "Cette Bonne Nouvelle concerne son Fils: selon la chair, il est né de la race de David, selon l'Esprit qui sanctifie, il a été établi dans sa puissance de Fils de Dieu par sa résurrection d'entre les morts" (Rm 1, 3-4). Paul sait bien, et il le dit de nombreuses fois, que Jésus a toujours été le Fils de Dieu, dès le moment de son incarnation. La nouveauté de la résurrection consiste dans le fait que Jésus, élevé de l'humilité de son existence terrestre, est constitué Fils de Dieu "dans sa puissance". Jésus, humilié jusqu'à la mort sur la croix, peut à présent dire aux Onze: "Tout pouvoir m'a été donné au ciel et sur la terre" (Mt 28, 18). Ce que dit le Psaume 2, 8 s'est réalisé: "Demande, et je te donne en héritage les nations, pour domaine la terre tout entière". C'est pourquoi avec la résurrection commence l'annonce de l'Evangile du Christ à tous les peuples - commence le Royaume du Christ, ce nouveau Royaume qui ne connaît d'autre pouvoir que celui de la vérité et de l'amour. La résurrection révèle donc définitivement quelle est l'identité authentique et la stature extraordinaire du Crucifié. Une dignité incomparable et très élevée: Jésus est Dieu! Pour saint Paul, l'identité secrète de Jésus se révèle dans le mystère de la résurrection plus encore que dans l'incarnation. Alors que le titre de Christ, c'est-à-dire de "Messie", "Oint", tend chez saint Paul à devenir le nom propre de Jésus et celui de Seigneur spécifie son rapport personnel avec les croyants, à présent le titre de Fils de Dieu vient illustrer la relation intime de Jésus avec Dieu, une relation qui se révèle pleinement dans l'événement pascal. On peut donc dire que Jésus est ressuscité pour être le Seigneur des morts et des vivants (cf. Rm 14, 9; et 2 Co 5, 15) ou, en d'autres termes, notre Sauveur (cf. Rm 4, 25).

Tout cela comporte d'importantes conséquences pour notre vie de foi: nous sommes appelés à participer jusqu'au plus profond de notre être à tout l'événement de la mort et de la résurrection du Christ. L'Apôtre dit: nous sommes "passés par la mort avec le Christ" et nous croyons que "nous vivrons aussi avec lui. Nous le savons en effet: ressuscité d'entre les morts, le Christ ne meurt plus; sur lui la mort n'a plus aucun pouvoir" (Rm 6, 8-9). Cela se traduit par un partage des souffrances du Christ, qui prélude à cette pleine configuration avec Lui à travers la résurrection, à laquelle nous aspirons dans l'espérance. C'est ce qui est arrivé également à saint Paul, dont l'expérience personnelle est décrite dans les Lettres avec des accents à la fois poignants et réalistes: "Il s'agit de connaître le Christ, d'éprouver la puissance de sa résurrection et de communier aux souffrances de sa passion, en reproduisant en moi sa mort, dans l'espoir de parvenir, moi aussi, à ressusciter d'entre les morts" (Ph 3, 10-11; cf. 2 Tm 2, 8-12). La théologie de la Croix n'est pas une théorie - elle est la réalité de la vie chrétienne. Vivre dans la foi en Jésus Christ, vivre la vérité et l'amour implique des renoncements quotidiens, implique des souffrances. Le christianisme n'est pas la voie de la facilité; il est plutôt une ascension exigeante, cependant éclairée par la lumière du Christ et par la grande espérance qui naît de Lui. Saint Augustin dit: aux chrétiens n'est pas épargnée la souffrance, au contraire ils leur en revient en peu plus en partage, parce que vivre la foi exprime le courage d'affronter la vie et l'histoire plus en profondeur. Toutefois, ce n'est qu'ainsi, en faisant l'expérience de la souffrance, que nous connaissons la vie dans sa profondeur, dans sa beauté, dans la grande espérance suscitée par le Christ crucifié et ressuscité. Le croyant se trouve donc placé entre deux pôles: d'un côté, la résurrection qui d'une certaine manière est déjà présente et à l'oeuvre en nous (cf. Col 3, 1-4; Ep 2, 6); de l'autre, l'urgence de s'insérer dans ce processus qui conduit tout et tous vers la plénitude, décrite dans la Lettre aux Romains avec une image hardie: de même que toute la création gémit et souffre des douleurs de l'enfantement, nous aussi nous gémissons dans l'attente de la rédemption de notre corps, de notre rédemption et résurrection (cf. Rm 8, 18-23).

En résumé, nous pouvons dire avec Paul que le véritable croyant obtient le salut en professant par sa bouche que Jésus est le Seigneur et en croyant avec son coeur que Dieu l'a ressuscité des morts (cf. Rm 10, 9). Avant tout, ce qui est important, c'est le coeur qui croit dans le Christ et qui dans la foi "touche" le Ressuscité; mais il ne suffit pas de porter la foi dans son coeur, nous devons la confesser, en témoigner par notre bouche, par notre vie, en rendant ainsi présente la vérité de la croix et de la résurrection dans notre histoire. En effet, de cette manière le chrétien s'insère dans le processus grâce auquel le premier Adam, terrestre et sujet à la corruption et à la mort, se transforme progressivement en dernier Adam, céleste et incorruptible (cf. 1 Co 15, 20-22.42-49). Ce processus a commencé avec la résurrection du Christ, dans laquelle se fonde donc l'espérance de pouvoir un jour entrer nous aussi avec le Christ dans notre véritable patrie qui est aux Cieux. Soutenus par cette espérance, nous poursuivons avec courage et avec joie.

* * *

Je salue tous les pèlerins francophones présents aujourd’hui, en particulier les jeunes du collège Notre-Dame de Bourbourg ainsi que les pèlerins du diocèse de Montpellier. Puisse la résurrection du Christ être votre espérance et orienter tous vos choix et votre vie vers les biens que Dieu promet. Bon pèlerinage à tous !

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BENOÎT XVI



AUDIENCE GÉNÉRALE



Mercredi 12 novembre 2008



Eschatologie - L'attente de la parousie dans l'enseignement de saint Paul


Chers frères et sœurs,

Le thème de la résurrection, sur lequel nous nous sommes arrêtés la semaine dernière, ouvre une nouvelle perspective, celle de l'attente du retour du Seigneur, et nous conduit donc à réfléchir sur le rapport entre le temps présent, temps de l'Eglise et du Royaume du Christ, et l'avenir (éschaton) qui nous attend, lorsque le Christ remettra le Royaume au Père (cf. 1 Co 15, 24). Chaque discours chrétien sur les choses ultimes, appelé eschatologie, part toujours de l'événement de la résurrection: dans cet événement les choses ultimes sont déjà commencées et, dans un certain sens, déjà présentes.

C'est probablement en l'an 52 que Paul a écrit la première de ses lettres, la première Lettre aux Thessaloniciens, où il parle de ce retour de Jésus, appelé parousie, avent, présence nouvelle, définitive et manifeste (cf. 4, 13-18). Aux Thessaloniciens, qui ont leurs doutes et leurs problèmes, l'Apôtre écrit ainsi: "Jésus, nous le croyons, est mort et ressuscité; de même, nous le croyons, ceux qui se sont endormis, Dieu, à cause de Jésus, les emmènera avec son Fils" (4, 14). Et il poursuit: "Les morts unis au Christ ressusciteront d'abord. Ensuite, nous les vivants, nous qui sommes encore là, nous serons emportés sur les nuées du ciel, en même temps qu'eux, à la rencontre du Seigneur. Ainsi, nous serons pour toujours avec le Seigneur" (4, 16-17). Paul décrit la parousie du Christ avec un ton très vif et avec des images symboliques qui transmettent cependant un message simple et profond: à la fin nous serons toujours avec le Seigneur. Tel est, au-delà des images, le message essentiel: notre avenir est "être avec le Seigneur"; en tant que croyants dans notre vie nous sommes déjà avec le Seigneur; notre avenir, la vie éternelle, est déjà commencé.

Dans la deuxième Lettre aux Thessaloniciens Paul change la perspective; il parle des événements négatifs qui devront précéder l'événement final et conclusif. Il ne faut pas se laisser tromper - dit-il - comme si le jour du Seigneur était vraiment imminent, selon un calcul chronologique: "Frères, nous voulons vous demander une chose, au sujet de notre Seigneur Jésus Christ et de notre rassemblement auprès de lui: si on nous attribue une révélation, une parole ou une lettre prétendant que le jour du Seigneur est arrivé, n'allez pas aussitôt perdre la tête, ne vous laissez pas effrayer. Ne laissez personne vous égarer d'aucune manière" (2, 1-3). La suite de ce texte annonce qu'avant l'arrivée du Seigneur il y aura l'apostasie et que devra se révéler "l'homme de l'impiété", le "fils de perdition" (2, 3), qui n'est pas mieux défini et que la tradition appellera par la suite l'antéchrist. Mais l'intention de cette lettre de saint Paul est avant tout pratique; il écrit: "Et quand nous étions chez vous, nous vous donnions cette consigne: si quelqu'un ne veut pas travailler qu'il ne mange pas non plus. Or, nous apprenons que certains parmi vous vivent dans l'oisiveté, affairés sans rien faire. A ceux-la nous adressons dans le Seigneur Jésus Christ cet ordre et cet appel: qu'ils travaillent dans le calme pour manger le pain qu'ils auront gagné" (3, 10-12). En d'autres termes, l'attente de la parousie de Jésus ne dispense pas de l'engagement dans ce monde, mais au contraire crée une responsabilité devant le Juge divin à propos de nos actions dans ce monde. C'est justement ainsi que grandit notre responsabilité de travailler dans et pour ce monde. Nous verrons la même chose dimanche prochain dans l'évangile des talents, où le Seigneur nous dit qu'il nous a confié des talents à tous et que le Juge en demandera des comptes en disant: Avez-vous porté du fruit? L'attente du retour implique donc une responsabilité pour ce monde.

La même chose et le même lien entre parousie - retour du Juge/Sauveur - et notre engagement dans notre vie apparaît dans un autre contexte et sous de nouveaux aspects dans la Lettre aux Philippiens. Paul est en prison et attend la sentence qui peut le condamner à mort. Dans cette situation il pense à sa future présence auprès du Seigneur, mais il pense aussi à la communauté de Philippes qui a besoin de son père, de Paul, et écrit: "En effet, pour moi, vivre c'est le Christ, et mourir est un avantage. Mais si, en vivant en ce monde, j'arrive à faire un travail utile, je ne sais plus comment choisir. Je me sens pris entre les deux: je voudrais bien partir pour être avec le Christ, car c'est bien cela le meilleur; mais, à cause de vous, demeurer en ce monde est encore plus nécessaire. J'en suis fermement convaincu; je sais donc que je resterai, et que je continuerai à être avec vous tous pour votre progrès et votre joie dans la foi. Ainsi, quand je serai de retour parmi vous, vous aurez en moi un nouveau motif d'orgueil dans le Christ Jésus" (1, 21-26). Paul n'a pas peur de la mort, au contraire: elle implique en effet d'être complètement avec le Christ. Mais Paul participe également des sentiments du Christ, qui n'a pas vécu pour lui-même, mais pour nous. Vivre pour les autres devient le programme de sa vie et démontre ainsi sa disponibilité parfaite à la volonté de Dieu, à ce que Dieu décidera. Il est surtout disponible, même à l'avenir, à vivre sur cette terre pour les autres, à vivre pour le Christ, à vivre pour sa présence vivante et ainsi pour le renouveau du monde. Nous voyons que cette présence auprès du Christ crée une grande liberté intérieure: liberté devant la menace de la mort, mais liberté aussi face à tous les engagements et toutes les souffrances de la vie. Il est simplement disponible pour Dieu et réellement libre.

Et interrogeons nous à présent, après avoir examiné les différents aspects de l'attente de la parousie du Christ: quelles sont les attitudes fondamentales du chrétien face aux choses ultimes: la mort, la fin du monde? La première attitude est la certitude que Jésus est ressuscité, est avec le Père et est ainsi justement avec nous, pour toujours. Et personne n'est plus fort que le Christ, parce qu'il est avec le Père, parce qu'il est avec nous. Nous nous sentons ainsi plus sûrs, libérés de la peur. Cela était un effet essentiel de la prédication chrétienne. La peur des esprits, des divinités était répandue dans tout le monde antique. Et aujourd'hui également les missionnaires trouvent la peur des esprits, des puissance négatives qui nous menacent, mêlés à de nombreux éléments positifs des religions naturelles. Le Christ vit, a vaincu la mort et a vaincu tous ces pouvoirs. Nous vivons dans cette certitude, dans cette liberté, dans cette joie. C'est le premier aspect de notre vie concernant l'avenir.

En deuxième lieu la certitude que le Christ est avec moi. Et comme dans le Christ le monde à venir est déjà commencé, cela nous donne aussi la certitude de l'espérance. L'avenir n'est pas un trou noir dans lequel personne ne s'oriente. Il n'en est pas ainsi. Sans le Christ, l'avenir est sombre même pour le monde d'aujourd'hui, il y a une grande crainte de l'avenir. Le chrétien sait que la lumière du Christ est plus forte, aussi vit-il dans une espérance qui n'est pas vague, dans une espérance qui donne de l'assurance et du courage pour affronter l'avenir.

Enfin, la troisième attitude. Le Juge qui revient - il est juge et sauveur en même temps - nous a laissé l'engagement de vivre dans ce monde selon son mode de vie. Il nous a remis ses talents. Aussi notre troisième attitude est-elle: une responsabilité pour le monde, pour nos frères face au Christ, et en même temps également une certitude de sa miséricorde. Les deux choses sont importantes. Nous ne vivons pas comme si le bien et le mal étaient égaux, parce que Dieu seul peut être miséricordieux. Il serait trompeur de dire cela. En réalité, nous vivons dans une grande responsabilité. Nous avons nos talents, nous sommes chargés de travailler pour que ce monde s'ouvre au Christ, soit renouvelé. Mais même en travaillant et en sachant dans notre responsabilité que Dieu est un vrai juge, nous sommes également certains que ce juge est bon, nous connaissons son visage, le visage du Christ ressuscité, du Christ crucifié pour nous. Aussi pouvons-nous être sûrs de sa bonté et aller de l'avant avec un grand courage.

Un autre élément de l'enseignement paulinien concernant l'eschatologie est celui de l'universalité de l'appel à la foi, qui réunit les Juifs et les Gentils, c'est-à-dire les païens, comme signe et anticipation de la réalité future, ce qui nous permet de dire que nous siégeons déjà dans les cieux avec Jésus Christ, mais pour montrer dans les siècles futurs la richesse de la grâce (cf. Ep 2, 6sq): l'après devient un avant pour mettre en évidence l'état de début de réalisation dans lequel nous vivons. Cela rend tolérables les souffrances du moment présent, qui ne sont cependant pas comparables à la gloire future (cf. Rm 8, 18). Nous marchons dans la foi et non dans une vision, et même s'il était préférable de partir en exil du corps et d'habiter auprès du Seigneur, ce qui compte en définitive, que l'on demeure dans le corps ou que l'on en sorte, est qu'on Lui soit agréables (cf. 2 Co 5, 7-9).

Enfin, un dernier point qui peut nous paraître un peu difficile. Saint Paul en conclusion de sa première Lettre aux Corinthiens, répète et fait dire aux Corinthiens une prière née dans les premières communautés chrétiennes de la région palestinienne: Maranà, thà! qui signifie littéralement "Notre Seigneur, viens!" (16, 22). C'était la prière de la première chrétienté et le dernier livre du Nouveau Testament, l'Apocalypse, se termine lui aussi par cette prière: "Seigneur, viens!". Pouvons-nous nous aussi prier ainsi? Il me semble que pour nous aujourd'hui, dans notre vie, dans notre monde, il est difficile de prier sincèrement pour que périsse ce monde, pour que vienne la nouvelle Jérusalem, pour que vienne le jugement dernier et le juge, le Christ. Je pense que si sincèrement nous n'osons pas prier ainsi pour de nombreux motifs, nous pouvons cependant également dire d'une manière juste et correcte, avec la première chrétienté: "Viens, Seigneur Jésus!". Bien sûr nous ne voulons pas qu'arrive la fin du monde. Mais d'autre part, nous voulons également que se termine ce monde injuste. Nous voulons également que le monde soit fondamentalement changé, que commence la civilisation de l'amour, qu'arrive un monde de justice, de paix, sans violence, sans faim. Nous voulons tout cela: et comment cela pourrait-il arriver sans la présence du Christ? Sans la présence du Christ, un monde réellement juste et renouvelé n'arrivera jamais. Et même si d'une autre manière, totalement et en profondeur, nous pouvons et nous devons dire nous aussi, avec une grande urgence dans les circonstances de notre époque: Viens, Seigneur! Viens à ta manière, selon les manières que tu connais. Viens où règnent l'injustice et la violence. Viens dans les camps de réfugiés, au Darfour, au Nord-Kivu, dans de nombreuses parties du monde. Viens où règne la drogue. Viens également parmi ces riches qui t'ont oublié, qui vivent seulement pour eux-mêmes. Viens là où tu n'es pas connu. Viens à ta manière et renouvelle le monde d'aujourd'hui. Viens également dans nos cœurs, viens et renouvelle notre vie, viens dans notre cœur pour que nous-mêmes puissions devenir lumière de Dieu, ta présence. Prions en ce sens avec saint Paul: Maranà, thà! "Viens, Seigneur Jésus!". Et prions pour que le Christ soit réellement présent aujourd'hui dans notre monde et le renouvelle.

* * *

Je suis heureux d’accueillir les pèlerins de langue française. À tous je souhaite de prendre une conscience renouvelée que la foi chrétienne est aussi pour nous aujourd’hui une espérance qui transforme et soutient notre vie. Avec ma Bénédiction apostolique.

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BENOÎT XVI



AUDIENCE GÉNÉRALE



Mercredi 19 novembre 2008



La doctrine de la justification chez saint Paul


Chers frères et sœurs,

Sur le chemin que nous accomplissons sous la direction de saint Paul, nous voulons à présent nous arrêter sur un thème qui se trouve au centre des controverses du siècle de la Réforme: la question de la justification. Comment l'homme devient-il juste aux yeux de Dieu? Lorsque Paul rencontra le Ressuscité sur le chemin de Damas, il était un homme réalisé: irrépréhensible quant à la justice dérivant de la Loi (cf. Ph 3, 6), il observait les prescriptions mosaïques mieux que beaucoup de personnes de son âge et soutenait avec zèle les traditions des pères (cf. Ga 1, 14). L'illumination de Damas changea radicalement son existence: il commença à considérer tous les mérites, acquis dans une carrière religieuse intègre, comme "balayures" face au caractère sublime de la connaissance de Jésus Christ (cf. Ph 3, 8). La Lettre aux Philippiens nous offre un témoignage touchant du passage de Paul d'une justice fondée sur la Loi et acquise avec l'observance des œuvres prescrites, à une justice fondée sur la foi dans le Christ: il avait compris que ce qui lui avait paru jusqu'alors comme un avantage était en réalité une perte face à Dieu, et il avait donc décidé de miser toute son existence sur Jésus Christ (cf. Ph 3, 7). Le trésor caché dans le champ et la perle précieuse dans l'achat de laquelle il faut investir tout le reste n'étaient plus les œuvres de la Loi, mais Jésus Christ, son Seigneur.

La relation entre Paul et le Ressuscité devint tellement profonde qu'elle le poussa à soutenir que le Christ n'était plus seulement sa vie mais sa façon de vivre, au point que pour pouvoir le rejoindre même mourir devenait un avantage (cf. Ph 1, 21). Non pas qu'il méprisât la vie, mais il avait compris que pour lui vivre n'avait désormais plus d'autre but et il ne nourrissait donc pas d'autre désir que de rejoindre le Christ, comme dans une compétition d'athlétisme, pour rester toujours avec Lui: le Ressuscité était devenu le principe et la finalité de son existence, la raison et le but de sa course. Seules la préoccupation pour la maturation de la foi de ceux qu'il avait évangélisés et la sollicitude pour toutes les Eglises qu'il avait fondées (cf. 2 Co 11, 28) le poussaient à ralentir sa course vers son unique Seigneur, pour attendre les disciples afin qu'ils puissent courir avec lui vers le but. Si dans l'observance précédente de la Loi il n'avait rien à se reprocher du point de vue de l'intégrité morale, une fois le Christ rejoint il préférait ne pas prononcer de jugement sur lui-même (cf. 1 Co 4, 3-4), mais il se limitait à se proposer de courir pour conquérir Celui par lequel il avait été conquis (cf. Ph 3, 12).

C'est précisément en raison de cette expérience personnelle de la relation avec Jésus Christ que Paul place désormais au centre de son Evangile une opposition irréductible entre deux parcours alternatifs vers la justice: l'un construit sur les œuvres de la Loi, l'autre fondé sur la grâce de la foi dans le Christ. L'alternative entre la justice par les œuvres de la Loi et celle par la foi dans le Christ devient ainsi l'un des motifs dominants qui parcourt ses Lettres: "Nous, nous sommes Juifs de naissance, nous ne sommes pas de ces pécheurs que sont les païens; cependant nous le savons bien, ce n'est pas en observant la Loi que l'homme devient juste devant Dieu, mais seulement par la foi en Jésus Christ; c'est pourquoi nous avons cru en Jésus Christ pour devenir des justes par la foi au Christ, mais non par la pratique de la loi de Moïse, car personne ne devient juste en pratiquant la Loi" (Ga 2, 15-16). Et il répète aux chrétiens de Rome: "Tous les hommes sont pécheurs, ils sont tous privés de la gloire de Dieu, lui qui leur donne d'être des justes par sa seule grâce, en vertu de la rédemption accomplie dans le Christ Jésus" (Rm 3, 23-24). Et il ajoute: "En effet, nous estimons que l'homme devient juste par la foi, indépendamment des actes prescrits par la loi de Moïse" (ibid. 28). A ce point, Luther traduisit: "justifié par la seule foi". Je reviendrai sur ce point à la fin de la catéchèse. Nous devons tout d'abord éclaircir ce qu'est cette "Loi" de laquelle nous sommes libérés et ce que sont ces "œuvres de la Loi" qui ne justifient pas. L'opinion - qui allait ensuite systématiquement revenir dans l'histoire - selon laquelle il s'agissait de la loi morale et que la liberté chrétienne consistait donc dans la libération par rapport à l'éthique, existait déjà dans la communauté de Corinthe. Ainsi, à Corinthe, circulait la parole "πάντα μοι έξεστιν" (tout est licite pour moi). Il est évident que cette interprétation est erronée: la liberté chrétienne n'est pas libertinisme, la libération dont parle saint Paul ne libère pas de devoir accomplir le bien.

Mais que signifie par conséquent la Loi dont nous sommes libérés et qui ne sauve pas? Pour saint Paul comme pour tous ses contemporains, le mot Loi signifiait la Torah dans sa totalité, c'est-à-dire les cinq livres de Moïse. La Torah impliquait, dans l'interprétation pharisienne, celle étudiée et reprise par saint Paul, un ensemble de comportements qui allaient du noyau éthique jusqu'aux observances rituelles et cultuelles qui déterminaient substantiellement l'identité de l'homme juste. En particulier la circoncision, les observances concernant les aliments purs et plus généralement la pureté rituelle, les règles sur l'observance du sabbat, etc. Des comportements qui apparaissent souvent également dans les débats entre Jésus et ses contemporains. Toutes ces observances qui expriment une identité sociale, culturelle et religieuse étaient devenues tout particulièrement importantes à l'époque de la culture hellénistique qui commence au iii siècle avant Jésus Christ. Cette culture, qui était devenue la culture universelle de l'époque et qui était une culture apparemment rationnelle, une culture polythéiste, apparemment tolérante, constituait une forte pression vers l'uniformité culturelle et menaçait ainsi l'identité d'Israël qui était politiquement obligée d'entrer dans cette identité commune de la culture hellénistique, perdant de ce fait sa propre identité; et perdant également, par conséquent, le précieux héritage de la foi des Pères, de la foi en l'unique Dieu et dans les promesses de Dieu.

Contre cette pression culturelle qui menaçait non seulement l'identité israélite mais aussi la foi dans l'unique Dieu et dans ses promesses, il était nécessaire de créer un mur de distinction, un bouclier de défense pour protéger le précieux héritage de la foi; un tel mur consistait précisément dans les observances et les prescriptions judaïques. Paul, qui avait appris ces observances précisément dans leur fonction de défense du don de Dieu, de l'héritage de la foi en un unique Dieu, a vu cette identité menacée par la liberté des chrétiens: c'est pour cette raison qu'il les persécutait. Au moment de sa rencontre avec le Ressuscité, il comprit qu'avec la résurrection du Christ la situation avait radicalement changée. Avec le Christ, le Dieu d'Israël, l'unique vrai Dieu, devenait le Dieu de tous les peuples. Le mur - ainsi dit-il dans la Lettre aux Ephésiens - entre Israël et les païens n'était plus nécessaire: c'est le Christ qui nous protège contre le polythéisme et toutes ses déviances; c'est le Christ qui nous unit avec et dans l'unique Dieu; c'est le Christ qui garantit notre identité véritable dans la diversité des cultures. Le mur n'est plus nécessaire, notre identité commune dans la diversité des cultures est le Christ, et c'est lui qui nous rend juste. Etre juste veut simplement dire être avec le Christ et en Christ. Et cela suffit. Les autres observances ne sont plus nécessaires. C'est pourquoi l'expression "sola fide" de Luther est vraie, si l'on n'oppose pas la foi à la charité, à l'amour. La foi c'est regarder le Christ, s'en remettre au Christ, s'attacher au Christ, se conformer au Christ, à sa vie. Et la forme, la vie du Christ c'est l'amour; donc croire c'est se conformer au Christ et entrer dans son amour. C'est pourquoi saint Paul dans la Lettre aux Galates, dans laquelle il a notamment développé sa doctrine sur la justification, parle de la foi qui œuvre au moyen de la charité (cf. Ga 5, 14).

Paul sait que dans le double amour de Dieu et du prochain est présente et s'accomplit toute la Loi. Ainsi dans la communion avec le Christ, dans la foi qui crée la charité, toute la Loi est réalisée. Nous devenons justes en entrant en communion avec le Christ qui est l'amour. Nous verrons la même chose dans l'Evangile de dimanche prochain, solennité du Christ Roi. C'est l'Evangile du juge dont l'unique critère est l'amour. Ce qu'il demande c'est seulement cela: m'as-tu visité quand j'étais malade? Quand j'étais en prison? M'as-tu donné à manger quand j'ai eu faim, m'as-tu vêtu quand j'étais nu? Et ainsi la justice se décide dans la charité. Ainsi, au terme de cet Evangile, nous pouvons presque dire: juste l'amour, juste la charité. Mais il n'y a pas de contradiction entre cet Evangile et saint Paul. C'est la même vision, selon laquelle la communion avec le Christ, la foi dans le Christ crée la charité. Et la charité est la réalisation de la communion avec le Christ. Ainsi, en étant unis à lui, nous sommes justes, et d'aucune autre manière.

A la fin, nous ne pouvons que prier le Seigneur qu'il nous aide à croire. Croire réellement; croire devient ainsi vie, unité avec le Christ, transformation de notre vie. Et ainsi, transformés par son amour, par l'amour de Dieu et du prochain, nous pouvons être réellement justes aux yeux de Dieu.

* * *

Je suis heureux de saluer les pèlerins de Montréal avec Son Éminence le Cardinal Jean-Claude Turcotte, les membres de la Conférence Internationale Catholique du Scoutisme, et la paroisse de Béziers. Avec saint Paul, vivons du Christ qui est le centre de notre foi et de notre vie ! Avec ma Bénédiction Apostolique.

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BENOÎT XVI



AUDIENCE GÉNÉRALE



Mercredi 26 novembre 2008



Une foi incarnée dans l'amour fait obstacle aux divisions dans l'Eglise


Chers frères et sœurs,

Dans la catéchèse de mercredi dernier, j'ai parlé de la question de la façon dont l'homme devient juste devant Dieu. En suivant Paul, nous avons vu que l'homme n'est pas en mesure de devenir "juste" par ses propres actions, mais qu'il peut réellement devenir "juste" devant Dieu uniquement parce que Dieu lui confère sa "justice" en l'unissant au Christ son Fils. Et cette union au Christ, l'homme l'obtient au moyen de la foi. C'est en ce sens que saint Paul nous dit que ce ne sont pas nos œuvres, mais la foi qui nous rend "justes". Toutefois, cette foi n'est pas une pensée, une opinion, une idée. Cette foi est communion avec le Christ, que le Seigneur nous donne et elle devient donc vie, elle se conforme à Lui. Ou, en d'autres termes, si la foi est vraie, si elle est réelle, elle devient amour, elle devient charité, elle s'exprime dans la charité. Une foi sans charité, sans ce fruit, ne serait pas une vraie foi. Ce serait une foi morte.

Nous avons donc trouvé deux niveaux dans la dernière catéchèse: celui du peu d'importance de nos actions, de nos œuvres pour obtenir le salut et celui de la "justification" à travers la foi que produit le fruit de l'Esprit. La confusion entre ces deux niveaux a causé, au cours des siècles, de nombreux malentendus dans la chrétienté. Dans ce contexte, il est important que saint Paul, dans la Lettre aux Galates, d'une part, place l'accent de manière radicale sur la gratuité de la justification qui n'est pas due à nos œuvres, mais que, dans le même temps, il souligne également la relation entre la foi et la charité, entre la foi et les œuvres: "En effet, dans le Christ Jésus, peu importe qu'on ait reçu ou non la circoncision: ce qui importe, c'est la foi agissant par la charité" (Ga 5, 6). En conséquence, il y a, d'une part, les "œuvres de la chair" qui sont "débauche, impureté, obscénité, idolâtrie..." (Ga 5, 19-21): des œuvres qui sont toutes contraires à la foi; de l'autre, il y a l'action de l'Esprit Saint, qui alimente la vie chrétienne en suscitant "amour, joie, paix, patience, bonté, bienveillance, foi, humilité et maîtrise de soi" (Ga 5, 22): tels sont les fruits de l'Esprit qui naissent de la foi.

Au début de cette liste des vertus est cité l'agapè, l'amour, et dans la conclusion la maîtrise de soi. En réalité, l'Esprit, qui est l'Amour du Père et du Fils, répand son premier don, l'agapè, dans nos cœurs (cf. Rm 5, 5); et, l'agapè, l'amour, pour s'exprimer en plénitude, exige la maîtrise de soi. Dans ma première encyclique, Deus caritas est, j'ai traité de l'amour du Père et du Fils, qui nous rejoint et transforme notre existence en profondeur. Les croyants savent que dans l'amour réciproque s'incarne l'amour de Dieu et du Christ, au moyen de l'Esprit. Revenons à la Lettre aux Galates. Ici, saint Paul dit que, en portant les poids les uns des autres, les croyants accomplissent le commandement de l'amour (cf. Ga 6, 2). Justifiés par le don de la foi dans le Christ, nous sommes appelés à vivre dans l'amour du Christ pour le prochain, car c'est sur ce critère que nous seront jugés à la fin de notre existence. En réalité, Paul ne fait que répéter ce qu'avait dit Jésus lui-même et qui nous a été reproposé par l'Evangile de dimanche dernier, dans la parabole du Jugement dernier. Dans la Première Lettre aux Corinthiens, saint Paul offre un célèbre éloge de l'amour. C'est ce qu'on appelle l'hymne à la charité: "J'aurais beau parler toutes les langues de la terre et du ciel, si je n'ai pas la charité, s'il me manque l'amour, je ne suis qu'un cuivre qui résonne, une cymbale retentissante [...] L'amour prend patience; l'amour rend service; l'amour ne jalouse pas; il ne se vante pas, ne se gonfle pas d'orgueil; il ne fait rien de malhonnête; il ne cherche pas son intérêt..." (1 Co 13, 1.4-5). L'amour chrétien est plus exigeant que tout car il naît de l'amour total du Christ pour nous: cet amour qui nous réclame, nous accueille, nous embrasse, nous soutient, jusqu'à nous tourmenter, car il oblige chacun à ne plus vivre pour lui-même, enfermé dans son propre égoïsme, mais pour "Celui qui est mort et ressuscité pour nous" (cf. 2 Co 5, 15). L'amour du Christ nous fait être en Lui cette créature nouvelle (cf. 2 Co 5, 17) qui commence à devenir une partie de son Corps mystique qui est l'Eglise.

Envisagée dans cette perspective, la place centrale de la justification sans les œuvres, objet primordial de la prédication de Paul, n'entre pas du tout en contradiction avec la foi agissant dans l'amour; au contraire, elle exige que notre foi elle-même s'exprime dans une vie selon l'Esprit. On a souvent vu une opposition sans fondement entre la théologie de saint Paul et celle de saint Jacques, qui dans sa Lettre écrit: "En effet, comme le corps qui ne respire plus est mort, la foi qui n'agit pas est morte" (2, 26). En réalité, alors que Paul est avant tout préoccupé de démontrer que la foi dans le Christ est nécessaire et suffisante, Jacques place l'accent sur les relations de conséquence entre la foi et les œuvres (cf. Jc 2, 2-4). C'est pourquoi, tant pour Paul que pour Jacques, la foi qui œuvre dans l'amour témoigne donc du don gratuit de la justification dans le Christ. Le salut, reçu dans le Christ, a besoin d'être conservé et témoigné "dans la crainte de Dieu et en tremblant. [...] Car c'est l'action de Dieu qui produit en vous la volonté et l'action, parce qu'il veut votre bien. Faites tout sans récriminer et sans discuter [...] en tenant fermement la parole de vie", dira encore saint Paul aux chrétiens de Philippes (cf. Ph 2, 12-14.16).

Nous sommes souvent entraînés dans les mêmes incompréhensions qui ont caractérisé la communauté de Corinthe: ces chrétiens pensaient que ayant été justifiés gratuitement dans le Christ par la foi, "tout leur était licite". Et ils pensaient, et souvent il semble que le pensent également certains chrétiens d'aujourd'hui, qu'il est licite de créer des divisions au sein de l'Eglise, Corps du Christ, de célébrer l'Eucharistie sans prendre en charge nos frères les plus démunis, d'aspirer aux meilleurs charismes sans nous rendre compte que nous sommes membres les uns des autres, et ainsi de suite. Les conséquences d'une foi qui ne s'incarne pas dans l'amour sont désastreuses, car elle se réduit à l'arbitraire et au subjectivisme le plus nuisible pour nous et pour nos frères. Au contraire, en suivant saint Paul, nous devons prendre une conscience renouvelée du fait que, précisément parce que nous sommes justifiés dans le Christ, nous ne nous appartenons plus, mais nous sommes devenus le temple de l'Esprit et nous sommes donc appelés à glorifier Dieu dans notre corps avec toute notre existence (cf. 1 Co 6, 19). Ce serait solder la valeur inestimable de la justification si, achetés au prix fort par le sang du Christ, nous ne le glorifions pas avec notre corps. En réalité, tel est précisément notre culte "raisonnable" et en même temps "spirituel", pour lequel nous sommes exhortés par Paul à "lui offrir notre personne et notre vie en sacrifice saint, capable de plaire à Dieu" (cf. Rm 12, 1). A quoi se réduirait une liturgie adressée uniquement au Seigneur, sans devenir, dans le même temps, un service pour nos frères, une foi qui ne s'exprimerait pas dans la charité? Et l'apôtre place souvent ses communautés face au jugement dernier, à l'occasion duquel tous "il nous faudra apparaître à découvert devant le tribunal du Christ, pour que chacun reçoive ce qu'il a mérité, soit en bien soit en mal, pendant qu'il était dans son corps" (2 Co 5, 10; cf. également Rm 2, 16). Et cette pensée du Jugement doit nous éclairer dans notre vie de chaque jour.

Si l'éthique que Paul propose aux croyants ne dégénère pas dans des formes de moralisme et se révèle actuelle pour nous, c'est parce qu'à chaque fois, elle repart toujours de la relation personnelle et communautaire avec le Christ, pour devenir véritable dans la vie selon l'Esprit. Cela est essentiel: l'éthique chrétienne ne naît pas d'un système de commandements, mais elle est la conséquence de notre amitié avec le Christ. Cette amitié influence la vie: si elle est véritable elle s'incarne et elle se réalise dans l'amour pour le prochain. C'est pourquoi toute décadence éthique ne se limite pas à la sphère individuelle, mais elle est dans le même temps une dévaluation de la foi personnelle et communautaire: elle dérive de celle-ci et influe sur elle de manière déterminante. Laissons-nous toucher par la réconciliation, que Dieu nous a donnée dans le Christ, par l'amour "fou" de Dieu pour nous: rien ni personne ne pourra jamais nous séparer de son amour (cf. Rm 8, 39). C'est dans cette certitude que nous vivons. C'est cette certitude qui nous donne la force de vivre concrètement la foi qui œuvre dans l'amour.

* * *

Je salue cordialement les pèlerins francophones, en particulier le groupe d’Aix-en-Provence. À la suite de l’enseignement de saint Paul, que le culte que vous rendez à Dieu devienne en même temps service de vos frères et que votre foi s’exprime vraiment dans la charité ! Que Dieu vous bénisse !

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SOURCE : http://www.vatican.va/holy_father/benedict_xvi/audiences/2008/documents/hf_ben-xvi_aud_20081126_fr.html


BENOÎT XVI



AUDIENCE GÉNÉRALE



Mercredi 3 décembre 2008



Les relations entre Adam et le Christ et la doctrine de saint Paul


Chers frères et sœurs,

Dans la catéchèse d'aujourd'hui, nous nous arrêterons sur les relations entre Adam et le Christ, dont parle saint Paul dans la célèbre page de la Lettre aux Romains (5, 12-21), dans laquelle il remet à l'Eglise les lignes essentielles de la doctrine sur le péché originel. En vérité, dans la première Lettre aux Corinthiens, en traitant de la foi dans la résurrection, Paul avait déjà présenté la confrontation entre notre ancêtre et le Christ: "En effet, c'est en Adam que meurent tous les hommes; c'est dans le Christ que tous revivront... Le premier Adam était un être humain qui avait reçu la vie; le dernier Adam - le Christ - est devenu l'être spirituel qui donne la vie" (1 Co 15, 22.45). Avec Rm 5, 12-21 la confrontation entre le Christ et Adam devient plus articulée et éclairante: Paul reparcourt l'histoire du salut, d'Adam à la Loi et de celle-ci au Christ. Ce n'est pas tellement Adam, avec les conséquences du péché sur l'humanité, qui se trouve au centre de la scène, mais Jésus Christ et la grâce qui, à travers Lui, a été déversée en abondance sur l'humanité. La répétition du "beaucoup plus" concernant le Christ souligne que le don reçu en Lui dépasse, de beaucoup, le péché d'Adam et les conséquences qu'il produit sur l'humanité, de sorte que Paul peut parvenir à la conclusion: "Mais là où le péché s'était multiplié, la grâce a surabondé" (Rm 5, 20). La comparaison que Paul effectue entre Adam et le Christ met donc en lumière l'infériorité du premier homme par rapport à la prééminence du deuxième.

D'autre part, c'est précisément pour mettre en évidence l'incommensurable don de la grâce, dans le Christ, que Paul mentionne le péché d'Adam: on dirait que si cela n'avait pas été pour démontrer l'aspect central de la grâce, il ne se serait pas attardé à traiter du péché qui "par un seul homme... est entré dans le monde, et par le péché est venue la mort" (Rm 5, 12). C'est pour cette raison que si dans la foi de l'Eglise a mûri la conscience du dogme du péché originel, c'est parce qu'il est lié de manière indissoluble avec l'autre dogme, celui du salut et de la liberté dans le Christ. Nous ne devrions donc jamais traiter du péché d'Adam et de l'humanité en le détachant du contexte du salut, c'est-à-dire sans les placer dans le contexte de la justification dans le Christ.

Mais en tant qu'hommes d'aujourd'hui, nous devons nous demander: quel est ce péché originel? Qu'est-ce que Paul enseigne, qu'est-ce que l'Eglise enseigne? Est-il possible de soutenir cette doctrine aujourd'hui encore? Un grand nombre de personnes pense que, à la lumière de l'histoire de l'évolution, il n'y a plus de place pour la doctrine d'un premier péché, qui ensuite se diffuserait dans toute l'histoire de l'humanité. Et, en conséquence, la question de la Rédemption et du Rédempteur perdrait également son fondement. Le péché originel existe-il donc ou non? Pour pouvoir répondre, nous devons distinguer deux aspects de la doctrine sur le péché originel. Il existe un aspect empirique, c'est-à-dire une réalité concrète, visible, je dirais tangible pour tous. Et un aspect mystérique, concernant le fondement ontologique de ce fait. La donnée empirique est qu'il existe une contradiction dans notre être. D'une part, chaque homme sait qu'il doit faire le bien et intérieurement il veut aussi le faire. Mais, dans le même temps, il ressent également l'autre impulsion à faire le contraire, à suivre la voie de l'égoïsme, de la violence, de ne faire que ce qui lui plaît tout en sachant qu'il agit ainsi contre le bien, contre Dieu et contre son prochain. Saint Paul, dans sa Lettre aux Romains, a ainsi exprimé cette contradiction dans notre être: "En effet, ce qui est à ma portée, c'est d'avoir envie de faire le bien, mais non pas de l'accomplir. Je ne réalise pas le bien que je voudrais, mais je fais le mal que je ne voudrais pas" (7, 18-19). Cette contradiction intérieure de notre être n'est pas une théorie. Chacun de nous l'éprouve chaque jour. Et nous voyons surtout autour de nous la prédominance de cette deuxième volonté. Il suffit de penser aux nouvelles quotidiennes sur les injustices, la violence, le mensonge, la luxure. Nous le voyons chaque jour: c'est un fait.

En conséquence de ce pouvoir du mal dans nos âmes s'est développé dans l'histoire un fleuve de boue, qui empoisonne la géographie de l'histoire humaine. Le grand penseur français Blaise Pascal a parlé d'une "seconde nature", qui se superpose à notre nature originelle, bonne. Cette "seconde nature" fait apparaître le mal comme normal pour l'homme. Ainsi, l'expression habituelle: "cela est humain" possède aussi une double signification. "Cela est humain" peut vouloir signifier: cet homme est bon, il agit réellement comme devrait agir un homme. Mais "cela est humain" peut également signifier la fausseté: le mal est normal, est humain. Le mal semble être devenu une seconde nature. Cette contradiction de l'être humain, de notre histoire doit susciter, et suscite aujourd'hui aussi, le désir de rédemption. Et, en réalité, le désir que le monde soit changé et la promesse que sera créé un monde de justice, de paix et de bien est présent partout: dans la politique, par exemple, tous parlent de cette nécessité de changer le monde, de créer un monde plus juste. Et cela exprime précisément le désir qu'il y ait une libération de la contradiction dont nous faisons l'expérience en nous-mêmes.

Le fait du pouvoir du mal dans le cœur humain et dans l'histoire humaine est donc indéniable. La question est: comment ce mal s'explique-t-il? Dans l'histoire de la pensée, en faisant abstraction de la foi chrétienne, il existe un modèle principal d'explication, avec différentes variations. Ce modèle dit: l'être lui-même est contradictoire, il porte en lui aussi bien le bien que le mal. Dans l'antiquité, cette idée impliquait l'opinion qu'il existe deux principes également originels: un principe bon et un principe mauvais. Ce dualisme serait infranchissable; les deux principes se trouvent au même niveau, il y aura donc toujours, dès l'origine de l'être, cette contradiction. La contradiction de notre être refléterait donc uniquement la position contraire des deux principes divins, pour ainsi dire. Dans la version évolutionniste, athée, du monde, la même vision revient. Même si, dans cette conception, la vision de l'être est moniste, on suppose que l'être comme tel porte dès le début en lui le mal et le bien. L'être lui-même n'est pas simplement bon, mais ouvert au bien et au mal. Le mal est aussi originel, comme le bien. Et l'histoire humaine ne développerait que le modèle déjà présent dans toute l'évolution précédente. Ce que les chrétiens appellent le péché originel ne serait en réalité que le caractère mixte de l'être, un mélange de bien et de mal qui, selon cette théorie, appartiendrait à l'étoffe même de l'être. C'est une vision qui au fond est désespérée: s'il en est ainsi, le mal est invincible. A la fin seul le propre intérêt compte. Et chaque progrès serait nécessairement à payer par un fleuve de mal et celui qui voudrait servir le progrès devrait accepter de payer ce prix. Au fond, la politique est précisément fondée sur ces prémisses: et nous en voyons les effets. Cette pensée moderne peut, à la fin, ne créer que la tristesse et le cynisme.

Et ainsi, nous nous demandons à nouveau: que dit la foi, témoignée par saint Paul? Comme premier point, elle confirme le fait de la compétition entre les deux natures, le fait de ce mal dont l'ombre pèse sur toute la création. Nous avons entendu le chapitre 7 de la Lettre aux Romains, nous pourrions ajouter le chapitre 8. Le mal existe, simplement. Comme explication, en opposition avec les dualismes et les monismes que nous avons brièvement considérés et trouvés désolants, la foi nous dit: il existe deux mystères de lumière et un mystère de nuit, qui est toutefois enveloppé par les mystères de lumière. Le premier mystère de lumière est celui-ci: la foi nous dit qu'il n'y a pas deux principes, un bon et un mauvais, mais il y a un seul principe, le Dieu créateur, et ce principe est bon, seulement bon, sans ombre de mal. Et ainsi, l'être également n'est pas un mélange de bien et de mal; l'être comme tel est bon et c'est pourquoi il est bon d'être, il est bon de vivre. Telle est la joyeuse annonce de la foi: il n'y a qu'une source bonne, le Créateur. Et par conséquent, vivre est un bien, c'est une bonne chose d'être un homme, une femme, la vie est bonne. S'ensuit un mystère d'obscurité, de nuit. Le mal ne vient pas de la source de l'être lui-même, il n'est pas également originel. Le mal vient d'une liberté créée, d'une liberté dont on a abusé.

Comment cela a-t-il été possible, comment est-ce arrivé? Cela demeure obscur. Le mal n'est pas logique. Seul Dieu et le bien sont logiques, sont lumière. Le mal demeure mystérieux. On l'a représenté dans de grandes images, comme le fait le chapitre 3 de la Genèse, avec cette vision des deux arbres, du serpent, de l'homme pécheur. Une grande image qui nous fait deviner, mais ne peut pas expliquer ce qui est en soi illogique. Nous pouvons deviner, pas expliquer; nous ne pouvons pas même le raconter comme un fait détaché d'un autre, parce que c'est une réalité plus profonde. Cela demeure un mystère d'obscurité, de nuit. Mais un mystère de lumière vient immédiatement s'y ajouter. Le mal vient d'une source subordonnée. Dieu avec sa lumière est plus fort. Et c'est pourquoi le mal peut être surmonté. C'est pourquoi la créature, l'homme peut être guéri. Les visions dualistes, même le monisme de l'évolutionnisme, ne peuvent pas dire que l'homme peut être guéri; mais si le mal ne vient que d'une source subordonnée, il reste vrai que l'homme peut être guéri. Et le Livre de la Sagesse dit: "Les créatures du monde sont salutaires" (1, 14 volg). Et enfin, dernier point, l'homme non seulement peut être guéri, mais il est guéri de fait. Dieu a introduit la guérison. Il est entré en personne dans l'histoire. A la source constante du mal, il a opposé une source de bien pur. Le Christ crucifié et ressuscité, nouvel Adam, oppose au fleuve sale du mal un fleuve de lumière. Et ce fleuve est présent dans l'histoire: nous voyons les saints, les grands saints, mais aussi les saints humbles, les simples fidèles. Nous voyons que le fleuve de lumière qui vient du Christ est présent, il est fort.

Frères et sœurs, c'est le temps de l'Avent. Dans le langage de l'Eglise, le mot Avent a deux significations: présence et attente. Présence: la lumière est présente, le Christ est le nouvel Adam, il est avec nous et au milieu de nous. La lumière resplendit déjà et nous devons ouvrir les yeux du cœur pour voir la lumière et pour nous introduire dans le fleuve de la lumière. Et surtout être reconnaissants du fait que Dieu lui-même est entré dans l'histoire comme nouvelle source de bien. Mais Avent veut aussi dire attente. La nuit obscure du mal est encore forte. C'est pourquoi nous prions dans l'Avent avec l'antique peuple de Dieu: "Rorate caeli desuper". Et nous prions avec insistance: viens Jésus; viens, donne force à la lumière et au bien; viens là où dominent le mensonge, l'ignorance de Dieu, la violence, l'injustice; viens, Seigneur Jésus, donne force au bien dans le monde et aide-nous à être porteurs de ta lumière, artisans de paix, témoins de la vérité. Viens Seigneur Jésus!

* * *

Je salue tous les pèlerins francophones présents aujourd’hui. Puisse ce temps de l’Avent faire grandir en chacun le désir de voir le visage du Christ, unique Sauveur du monde, afin d’être prêt lorsque viendra son Jour. Bon et saint temps de l’Avent à tous!

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SOURCE : http://www.vatican.va/holy_father/benedict_xvi/audiences/2008/documents/hf_ben-xvi_aud_20081203_fr.html



BENOÎT XVI



AUDIENCE GÉNÉRALE



Mercredi 10 décembre 2008



L'Eglise est un corps et non une organisation


Chers frères et soeurs,

Dans la catéchèse de mercredi dernier, en suivant saint Paul, nous avons vu deux choses. La première est que notre histoire humaine, depuis le début, est contaminée par l'abus de la liberté créée, qui veut s'émanciper de la Volonté divine. Et ainsi, elle ne trouve pas la véritable liberté, mais s'oppose à la vérité et falsifie, par conséquent, nos réalités humaines. Elle falsifie surtout les relations fondamentales: avec Dieu, entre l'homme et la femme, entre l'homme et la terre. Nous avons dit que cette contamination de notre histoire se diffuse dans tout son tissu et que ce défaut hérité s'est étendu et qu'il est maintenant visible partout. Cela est le premier point. Le deuxième point est celui-ci: nous avons appris de saint Paul qu'il existe un nouveau début dans l'histoire et de l'histoire en Jésus Christ, Celui qui est homme et Dieu. Avec Jésus, qui vient de Dieu, commence une nouvelle histoire formée par son oui au Père, et donc fondée non pas sur l'orgueil d'une fausse émancipation, mais sur l'amour et sur la vérité.

Mais à présent se pose la question: comment pouvons-nous entrer dans ce nouveau début, dans cette nouvelle histoire? Comment cette nouvelle histoire arrive-t-elle à moi? A la première histoire contaminée, nous sommes inévitablement liés en vertu de notre descendance biologique, étant donné que nous appartenons tous à l'unique corps de l'humanité. Mais la communion avec Jésus, la nouvelle naissance pour faire partie de la nouvelle humanité, comment se réalise-t-elle? Comment Jésus arrive-t-il dans ma vie, dans mon être? La réponse fondamentale de saint Paul, de tout le nouveau Testament, est: il arrive au moyen de l'Esprit Saint. Si la première histoire commence, pour ainsi dire, avec la biologie, la seconde commence dans l'Esprit Saint, l'Esprit du Corps ressuscité. Cet Esprit a créé à la Pentecôte le début de la nouvelle humanité, de la nouvelle communauté, l'Eglise, le Corps du Christ.

Mais nous devons toutefois être encore plus concrets: cet Esprit du Christ, l'Esprit Saint, comment peut-il devenir mon Esprit? La réponse est que cela se produit de trois façons, intimement liées l'une à l'autre. La première est la suivante: l'Esprit du Christ frappe à la porte de mon coeur, me touche intérieurement. Mais étant donné que la nouvelle humanité doit être un véritable corps, étant donné que l'Esprit doit nous réunir et créer réellement une communauté, étant donné que surmonter les divisions et rassembler les personnes dispersées est caractéristique du nouveau commencemnet, cet Esprit du Christ se sert de deux éléments de rassemblement visible: la Parole de l'annonce et les Sacrements, en particulier le Baptême et l'Eucharistie. Dans la Lettre aux Romains, saint Paul dit: "Si tes lèvres confessent que Jésus est Seigneur et si ton coeur croit que Dieu l'a ressuscité des morts, tu seras sauvé" (10, 9), c'est-à-dire que tu entreras dans la nouvelle histoire, une histoire de vie et non de mort. Puis, saint Paul poursuit: "Mais comment l'invoquer sans d'abord croire en lui? Et comment croire sans d'abord l'entendre? Et comment entendre sans prédicateur? Et comment prêcher sans être d'abord envoyés?" (Rm 10, 14-15). Dans un passage successif, il dit encore: "La foi naît de la prédication" (Rm 10, 17). La foi n'est pas le produit de notre pensée, de notre réflexion, c'est quelque chose de nouveau que nous ne pouvons pas inventer, mais uniquement recevoir comme don, comme une nouveauté produite par Dieu. Et la foi ne vient pas de la lecture, mais de l'écoute. Il ne s'agit pas uniquement de quelque chose d'intérieur, mais d'une relation avec Quelqu'un. Elle suppose une rencontre avec l'annonce, elle suppose l'existence de l'autre qui annonce et crée la communion.

Et enfin l'annonce: celui qui annonce ne parle pas de lui, mais est envoyé. Il s'inscrit dans une structure de mission qui commence avec Jésus envoyé par le Père, passe aux apôtres - le terme apôtres signifie "envoyés" - et continue dans le ministère, dans les missions transmises par les apôtres. Le nouveau tissu de l'histoire apparaît dans cette structure des missions, dans laquelle nous entendons parler en ultime analyse Dieu lui-même, sa Parole personnelle, le Fils parle avec nous, arrive jusqu'à nous. La Parole s'est faite chair, en Jésus, pour créer réellement une nouvelle humanité. C'est pourquoi, la parole de l'annonce devient Sacrement dans le baptême, qui est renaissance de l'eau et de l'Esprit, comme le dira saint Jean. Dans le sixième chapitre de la Lettre aux Romains, saint Paul parle de façon très profonde du Baptême. Nous avons entendu le texte. Mais sans doute est-il utile de le répéter: "Ou bien ignorez-vous que, baptisés dans le Christ Jésus, c'est dans sa mort que tous nous avons été baptisés? Nous avons donc été ensevelis avec lui par le baptême dans la mort, afin que, comme le Christ est ressuscité des morts par la gloire du Père, nous vivions nous aussi dans une vie nouvelle" (Rm 6, 3-4).

Evidemment, dans cette catéchèse, je ne peux pas entrer dans une interprétation détaillée de ce texte qui n'est pas facile. Je voudrais brièvement souligner trois points. Le premier: "nous avons été baptisés" est une action passive. Personne ne peut se baptiser lui-même, il a besoin de l'autre. Personne ne peut devenir chrétien de lui-même. Devenir chrétiens est un processus passif. Nous ne pouvons être faits chrétiens que par quelqu'un d'autre. Et cet "auctre qui fait de nous des chrétiens, qui nous donne le don de la foi, est avant tout la communauté des croyants, l'Eglise. Nous recevons de l'Eglise la foi, le baptême. Sans nous laisser former par cette communauté, nous ne devenons pas chrétiens. Un christianisme autonome, auto-produit, est une contradiction en soi. En premier lieu, cette autre personne est la communauté des croyants, l'Eglise, mais en second lieu, cette communauté n'agit pas non plus d'elle-même, selon ses propres idées et désirs. La communauté vit elle aussi dans ce même processus passif: seul le Christ peut constituer l'Eglise. Le Christ est le véritable dispensateur des Sacrements. Tel est le premier point: personne ne se baptise tout seul, personne ne se fait chrétien. Nous devenons chrétiens.

Le second point est celui-ci: le Baptême est plus qu'un lavement. Il est mort et résurrection. Paul lui-même, en parlant dans la Lettre aux Galates, du tournant de sa vie qui s'est réalisé avec la rencontre avec le Christ ressuscité, la décrit en ces termes: je suis mort. A ce moment-là, commence réellement une nouvelle vie. Devenir chrétiens est plus qu'une opération cosmétique, qui ajouterait quelque chose de beau à une existence déjà plus ou moins complète. Il s'agit d'un nouveau début, d'une nouvelle naissance: mort et résurrection. Bien sûr, dans la résurrection ressort ce qu'il y avait de bon dans l'existence précédente.

Le troisième point est: la matière fait partie du Sacrement. Le christianisme n'est pas une réalité purement spirituelle. Il implique le corps. Il implique l'univers. Il s'étend vers la nouvelle terre et les nouveaux cieux. Revenons au dernier mot du texte de saint Paul: ainsi - dit-il - nous pouvons "marcher dans une vie nouvelle". Voici un élément pour un examen de conscience pour nous tous: marcher dans une vie nouvelle. Voilà pour le Baptême.

Venons-en à présent au Sacrement de l'Eucharistie. J'ai déjà montré dans d'autres catéchèses le profond respect avec lequel saint Paul transmet verbalement la tradition sur l'Eucharistie qu'il a reçue des témoins mêmes de la dernière nuit. Il transmet ces paroles comme un trésor précieux confié à sa fidélité. Et ainsi, dans ces paroles, nous entendons réellement les témoins de la dernière nuit. Nous entendons les paroles de l'Apôtre: "Pour moi, en effet, j'ai reçu du Seigneur ce qu'à mon tour je vous ai transmis: le Seigneur Jésus, la nuit où il était livré, prit du pain et, après avoir rendu grâce, le rompit et dit: "Ceci est mon corps, livré pour vous; faites ceci en mémoire de moi". De même, après le repas, il prit la coupe en disant: "Cette Coupe est la nouvelle alliance dans mon sang; chaque fois que vous en boirez, faites-le en mémoire de moi"" (1 Co 11, 23-25). Il s'agit d'un texte inépuisable. Ici aussi, dans cette catéchèse, je ne ferai que deux brèves observations. Paul transmet les paroles du Seigneur sur la coupe de cette façon: cette coupe est "la nouvelle alliance dans mon sang". Ces paroles recèlent une allusion à deux textes fondamentaux de l'Ancien Testament. La première allusion concerne la promesse d'une nouvelle alliance dans le Livre du prophète Jérémie. Jésus dit aux disciples et nous dit: maintenant, en cette heure, avec moi et par ma mort se réalise la nouvelle alliance; à partir de mon sang commence dans le monde cette nouvelle histoire de l'humanité. Mais dans ces paroles est également présente une allusion au moment de l'alliance du Sinaï, lorsque Moïse avait dit: "Ceci est le sang de l'Alliance que le Seigneur a conclue avec vous moyennant toutes ces clauses" (Ex 24, 8). Il s'agissait là du sang d'animaux. Le sang des animaux ne pouvait être que l'expression d'un désir, l'attente d'un véritable sacrifice, du véritable culte. Avec le don de la coupe, le Seigneur nous donne le véritable sacrifice. L'unique véritable sacrifice est l'amour du Fils. Avec le don de cet amour, amour éternel, le monde entre dans la nouvelle alliance. Célébrer l'Eucharistie signifie que le Christ se donne lui-même, donne son amour, pour nous conformer à lui et pour créer ainsi le monde nouveau.

Le deuxième aspect important de la doctrine sur l'Eucharistie apparaît dans la même première Lettre aux Corinthiens, où saint Paul dit: "La coupe de bénédiction que nous bénissons, n'est-elle pas communion au sang du Christ? Le pain que nous rompons, n'est-il pas communion au corps du Christ? Parce qu'il n'y a qu'un pain, à plusieurs nous ne sommes qu'un corps, car tous nous participons à ce pain unique" (10, 16-17). Dans ces paroles apparaît également le caractère personnel et le caractère social du Sacrement de l'Eucharistie. Le Christ s'unit personnellement à chacun de nous, mais le même Christ s'unit également avec l'homme et la femme à mes côtés. Et le pain est pour moi, mais également pour l'autre. Ainsi, le Christ nous unit tous à lui et nous unit tous, l'un avec l'autre. Nous recevons le Christ dans la communion. Mais le Christ s'unit également avec mon prochain: le Christ et le prochain sont inséparables dans l'Eucharistie. Et ainsi, nous ne formons tous qu'un seul pain, un seul corps. Une Eucharistie sans solidarité avec les autres est une Eucharistie dont on abuse. Et ici, nous sommes aussi à la racine et dans le même temps au centre de la doctrine sur l'Eglise comme Corps du Christ, du Christ ressuscité.

Nous voyons également tout le réalisme de cette doctrine. Le Christ nous donne son corps dans l'Eucharistie, il se donne lui-même dans son corps et il fait de nous son corps, il nous unit à son corps ressuscité. Si l'homme mange le pain normal, ce pain, dans le processus de la digestion, devient partie de son corps, transformé en substance de vie humaine. Mais dans la sainte Communion, se réalise le processus inverse. Le Christ, le Seigneur, nous assimile à lui, nous introduit dans son Corps glorieux et ainsi, tous ensemble, nous devenons son Corps. Celui qui ne lit que le chapitre 12 de la première Lettre aux Corinthiens et le chapitre 12 de la Lettre aux Romains, pourrait penser que la parole sur le Corps du Christ comme organisme des charismes n'est qu'une sorte de parabole sociologique-théologique. En réalité, dans la politologie romaine, cette parabole du corps avec plusieurs membres qui forment une unité, était utilisée par l'Etat lui-même, pour dire que l'Etat est un organisme dans lequel chacun a sa fonction, la multiplicité et la diversité des fonctions forment un corps et chacun a sa place. En ne lisant que le chapitre 12 de la première Lettre aux Corinthiens, on pourrait penser que Paul se limite à transférer uniquement cela à l'Eglise, qu'ici aussi, il ne s'agit que d'une sociologie de l'Eglise. Mais en tenant compte de ce dixième chapitre, nous voyons que le réalisme de l'Eglise se situe bien ailleurs, il est beaucoup plus profond et vrai que celui d'un Etat-organisme. Parce que le Christ nous donne réellement son corps et fait de nous son corps. Nous devenons réellement unis au corps ressuscité du Christ, et ainsi, unis l'un à l'autre. L'Eglise n'est pas seulement une corporation comme l'Etat, c'est un corps. Ce n'est pas simplement une organisation, mais un véritable organisme.

Enfin, quelques très brèves réflexions sur le Sacrement du mariage. Dans la Lettre aux Corinthiens ne se trouvent que quelques allusions, tandis que la Lettre aux Ephésiens a véritablement développé une profonde théologie du Mariage. Paul définit ici le Mariage comme "mystère de grande portée". Il dit qu'"il s'applique au Christ et à l'Eglise" (5, 32). Il faut souligner dans ce passage une réciprocité qui se configure dans une dimension verticale. La soumission respective doit adopter le langage de l'amour, qui trouve son modèle dans l'amour du Christ envers l'Eglise. Ce rapport entre le Christ et l'Eglise, rend premier l'aspect théologal de l'amour matrimonial, il exalte la relation affective entre les époux. Un authentique mariage sera bien vécu si, dans la constante croissance humaine et affective, il s'efforcera de rester toujours lié à l'efficacité de la parole et au sens du baptême: le Christ a sanctifié l'Eglise, en la purifiant à travers le lavement de l'eau, accompagné par la Parole. La participation au corps et au sang du Seigneur ne fait que cimenter, et rendre visible, une union rendue indissoluble par la grâce.

Ecoutons enfin les paroles de saint Paul aux Philippiens: "Le Seigneur est proche" (Ph 4, 5). Il me semble que nous avons compris que, au moyen de la Parole et à travers les Sacrements, dans toute notre vie le Seigneur est proche. Prions-le afin que nous puissions toujours être touchés au plus profond de notre être par sa proximité, afin que naisse la joie - cette joie qui naît lorsque Jésus est réellement proche.

* * *

Je suis heureux d’accueillir les pèlerins francophones, en particulier les religieuses du cours de formation de formatrices à la vie consacrée et le groupe de la République du Congo. Que l’enseignement de saint Paul vous aide à approfondir votre communion au Christ et à l’Église, notamment par la vie sacramentelle. Avec ma Bénédiction apostolique!

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BENOÎT XVI



AUDIENCE GÉNÉRALE



Mercredi 7 janvier 2009



Le culte que les chrétiens doivent rendre à Dieu dans la pensée de saint Paul


Chers frères et sœurs,

En cette première audience générale de 2009, je désire adresser à tous mes vœux fervents pour la nouvelle année qui vient de commencer. Ravivons en nous l'engagement à ouvrir au Christ notre esprit et notre cœur, pour être et vivre comme ses véritables amis. Sa compagnie aura pour effet que cette année, malgré ses inévitables difficultés, soit un chemin plein de joie et de paix. En effet, ce n'est que si nous restons unis à Jésus, que l'année nouvelle sera bonne et heureuse.

L'engagement d'union avec le Christ est l'exemple que nous offre également saint Paul. En poursuivant les catéchèses qui lui sont consacrées, nous nous arrêtons aujourd'hui pour réfléchir sur l'un des aspects importants de sa pensée, celui qui concerne le culte que les chrétiens sont appelés à exercer. Par le passé, on aimait parler d'une tendance plutôt anti-cultuelle de l'apôtre, d'une "spiritualisation" de l'idée du culte. Aujourd'hui, on comprend mieux que Paul voit dans la Croix du Christ un tournant historique, qui transforme et renouvelle radicalement la réalité du culte. C'est en particulier dans trois textes de la Lettre aux Romains qu'apparaît cette nouvelle vision du culte.

1. Dans Rm 3, 25, après avoir parlé de la "rédemption accomplie dans le Christ Jésus", Paul continue par une formule mystérieuse pour nous et dit ceci: Dieu "l'a exposé, instrument de propitiation par son propre sang moyennant la foi". Avec cette expression pour nous plutôt étrange - "instrument de propitiation" - saint Paul fait allusion à ce qu'on appelle la "propitiation" du temple antique, c'est-à-dire le couvercle de l'arche de l'alliance, que l'on pensait être un point de contact entre Dieu et l'homme, un point de sa présence mystérieuse dans le monde des hommes. Le grand jour de la réconciliation - "yom kippur" -, cette "propitiation" était aspergée avec le sang d'animaux sacrifiés - un sang qui portait symboliquement les péchés de l'année écoulée au contact de Dieu, et ainsi les péchés jetés dans l'abîme de la bonté divine étaient presque absorbés par la force de Dieu, dépassés, pardonnés. La vie commençait à nouveau.

Saint Paul évoque ce rite et dit: ce rite était l'expression du désir que l'on puisse réellement mettre toutes nos fautes dans l'abîme de la miséricorde divine et les faire ainsi disparaître. Mais avec le sang des animaux, ce processus ne se réalise pas. Un contact plus réel entre faute humaine et amour divin était nécessaire. Ce contact a eu lieu dans la croix du Christ. Le Christ, vrai Fils de Dieu, qui s'est fait vrai homme, a assumé en lui toute notre faute. Il est lui-même le lieu de contact entre la misère humaine et la miséricorde divine; dans son cœur se dilue la masse triste du mal accompli par l'humanité et la vie se renouvelle.

En révélant ce changement, saint Paul nous dit: Avec la croix du Christ - l'acte suprême de l'amour divin devenu amour humain - le vieux culte comprenant des sacrifices d'animaux dans le temple de Jérusalem est terminé. Ce culte symbolique, culte de désir, est à présent remplacé par le culte réel: l'amour de Dieu incarné en Christ et porté à sa plénitude dans la mort sur la croix. Ce n'est donc pas la spiritualisation d'un culte réel, mais au contraire le culte réel, le vrai amour divin-humain remplace le culte symbolique et provisoire. La croix du Christ, son amour à travers la chair et le sang est le culte réel, qui correspond à la réalité de Dieu et de l'homme. Déjà avant la destruction extérieure du temple, selon Paul, l'ère du temple et de son culte est terminée: Paul se trouve ici en parfaite harmonie avec les paroles de Jésus, qui avait annoncé la fin du temple et annoncé un autre temple "pas fait de mains d'homme" - le temple de son corps ressuscité (cf. Mc 14, 58; Jn 2, 19sq). Cela est le premier texte.

2. Le deuxième texte dont je voudrais aujourd'hui parler se trouve dans le premier verset du chapitre 12 de la Lettre aux Romains. Nous l'avons écouté et je le répète encore: "Je vous exhorte donc, frères, par la miséricorde de Dieu, à offrir vos personnes en hostie vivante, sainte, agréable à Dieu: c'est là le culte spirituel que vous avez à rendre". Dans ces paroles a lieu un paradoxe apparent: alors que le sacrifice exige généralement la mort de la victime, Paul en parle en revanche en relation avec la vie du chrétien. L'expression "offrir vos personnes", étant donné le concept qui suit de sacrifice, prend la nuance cultuelle de "donner en oblation, offrir". L'exhortation à "offrir les corps" se réfère alors à la personne tout entière; en effet, dans Rm 6, 13, il invite à "s'offrir soi-même". Du reste, la référence explicite à la dimension physique du chrétien coïncide avec l'invitation à "glorifier Dieu dans votre corps" (cf. 1 Co 6, 20): il s'agit d'honorer Dieu dans l'existence quotidienne la plus concrète, faite de visibilité relationnelle et perceptible.

Un comportement de ce genre est qualifié par Paul de "sacrifice vivant, saint, agréable à Dieu". C'est précisément ici que nous rencontrons le terme "sacrifice". Dans l'usage courant, ce terme fait partie d'un contexte sacré et sert à désigner l'égorgement d'un animal, dont une partie peut être brûlée en l'honneur des dieux et une autre partie peut être consommée par ceux qui font l'offrande au cours d'un banquet. Paul l'applique en revanche à la vie du chrétien. En effet, il qualifie un tel sacrifice en se servant de trois adjectifs. Le premier - "vivant" - exprime la vitalité. Le deuxième - "saint" - rappelle l'idée paulinienne d'une sainteté liée non pas à des lieux ou à des objets, mais à la personne même des chrétiens. Le troisième - "agréable à Dieu" - rappelle peut-être la fréquente expression biblique du sacrifice "en parfum d'apaisement" (cf. Lv 1, 13.17; 23, 18; 26, 31; etc.).

Immédiatement après, Paul définit ainsi cette nouvelle façon de vivre: tel est "votre culte spirituel". Les commentateurs du texte savent bien que l'expression grecque (ten logiken latreían) n'est pas facile à traduire. La Bible latine traduit: "rationabile obsequium". Le même mot "rationabile" apparaît dans la première prière eucharistique, le Canon romain: dans celui-ci, on prie pour que Dieu accepte cette offrande comme "rationabile". La traduction française habituelle "culte spirituel" ne reflète pas toutes les nuances du texte grec (ni du texte latin). Quoi qu'il en soit, il ne s'agit pas d'un culte moins réel, ou même uniquement métaphorique, mais d'un culte plus concret et réaliste - un culte dans lequel l'homme lui-même, dans sa totalité d'être doté de raison, devient adoration, glorification du Dieu vivant.

Cette formule paulinienne, qui revient ensuite dans la Prière eucharistique romaine, est le fruit d'un long développement de l'expérience religieuse au cours des siècles précédant le Christ. Dans cette expérience, on rencontre des développements théologiques de l'Ancien Testament et des courants de la pensée grecque. Je voudrais au moins montrer quelques éléments de ce développement. Les Prophètes et de nombreux Psaumes critiquent avec force les sacrifices sanglants du temple. Le Psaume 50 (49), dans lequel c'est Dieu qui parle, dit par exemple: "Si j'ai faim, je n'irai pas te le dire, car le monde est à moi et son contenu. Vais-je manger la chair des taureaux, le sang des boucs, vais-je le boire? Offre à Dieu un sacrifice d'action de grâces..." (vv. 12-14). Dans le même sens, le Psaume suivant, 51 (50) dit: "... Car tu ne prends aucun plaisir au sacrifice: un holocauste tu n'en veux pas. Le sacrifice à Dieu c'est un esprit brisé; d'un cœur brisé, broyé, Dieu n'a point de mépris" (vv. 18sq). Dans le Livre de Daniel, à l'époque de la nouvelle destruction du temple par le régime hellénistique (ii siècle av. j.c.), nous trouvons un nouveau pas dans la même direction. Au milieu du feu, - c'est-à-dire de la persécution, de la souffrance - Azarias prie ainsi: "Il n'est plus, en ce temps, chef, prophète ni prince, holocauste, sacrifice, oblation ni encens, lieu où te faire des offrandes et trouver grâce auprès de toi. Mais qu'une âme brisée et un esprit humilié soient agréés de toi, comme des holocaustes de béliers et de taureaux... que tel soit notre sacrifice aujourd'hui devant toi et qu'il te plaise" (Dn 3, 38sq). Dans la destruction du sanctuaire et du culte, dans cette situation de manque de tout signe de la présence de Dieu, le croyant offre comme véritable holocauste, le cœur plein de contrition - son désir de Dieu.

Nous voyons un développement important, beau, mais avec un danger. Il y a une spiritualisation, une moralisation du culte: le culte devient uniquement une chose du cœur, de l'esprit. Mais il manque le corps, il manque la communauté. On comprend par exemple que le Psaume 51 et également le Livre de Daniel, malgré la critique du culte, souhaitent le retour au temps des sacrifices. Mais il s'agit d'un temps renouvelé, d'un sacrifice renouvelé, dans une synthèse qui n'était pas encore prévisible, ou ne pouvait pas encore être pensée.

Revenons à saint Paul. Il est l'héritier de ces développements, du désir du vrai culte, dans lequel l'homme lui-même devient gloire de Dieu, adoration vivante avec tout son être. Dans ce sens, il dit aux Romains: "Offrez vos personnes en hosties vivantes... c'est là le culte spirituel" (Rm 12, 1). Paul répète ainsi ce qu'il avait déjà indiqué dans le chapitre 3: le temps des sacrifices d'animaux, des sacrifices de remplacement, est terminé. Le temps est venu du culte véritable. Mais il y a là aussi le risque d'un malentendu: on peut facilement interpréter ce nouveau culte dans un sens moralisant: en offrant notre vie, c'est nous qui faisons le vrai culte. De cette manière, le culte avec les animaux serait remplacé par le moralisme: l'homme lui-même accomplirait tout à lui seul, avec son effort moral. Et cela n'était certainement pas l'intention de saint Paul. Mais la question demeure: Comment devons-nous donc interpréter ce "culte spirituel, raisonnable"? Paul suppose toujours que nous sommes devenus "un dans le Christ Jésus" (Ga 3, 28), que nous sommes morts dans le baptême (cf. Rm 1) et que nous vivons à présent avec le Christ, pour le Christ, en Christ. Dans cette union - et seulement ainsi - nous pouvons devenir en Lui et avec Lui "hostie vivante", offrir le "culte vrai". Les animaux sacrifiés auraient dû remplacer l'homme, le don de soi de l'homme, et ils ne pouvaient pas le faire. Jésus Christ, dans son don au Père et à nous, n'est pas un remplacement, mais il porte réellement en lui l'être humain, nos fautes et notre désir; il nous représente réellement, il nous assume en lui. Dans la communion avec le Christ, réalisée dans la foi et dans les sacrements, nous devenons, malgré tous nos manquements, un sacrifice vivant: le "culte vrai" s'accomplit.

Cette synthèse se trouve à la fin du Canon romain, dans lequel on prie afin que cette offrande devienne "rationabile" - que se réalise le culte spirituel. L'Eglise sait que, dans la Très Sainte Eucharistie, le don de soi du Christ, son sacrifice véritable devient présent. Mais l'Eglise prie pour que la communauté célébrante soit vraiment unie au Christ, soit transformée; elle prie, afin que nous-mêmes devenions ce que nous ne pouvons pas être avec nos forces: une offrande "rationabile" qui plaît à Dieu. Ainsi, la prière eucharistique interprète les paroles de saint Paul de manière juste. Saint Augustin a éclairci tout cela de façon merveilleuse dans le 10 livre de sa Cité de Dieu. Je ne cite que deux phrases: "Tel est le sacrifice des chrétiens: Bien qu'étant nombreux, nous ne sommes qu'un seul corps dans le Christ"... "Toute la communauté (civitas) rachetée, c'est-à-dire la congrégation et la société des saints, est offerte à Dieu à travers le Prêtre suprême qui s'est donné lui-même" (10, 6: ccl 47, 27sq).

3. Pour finir, encore une très brève parole sur le troisième texte de la Lettre aux Romains concernant le nouveau culte. Saint Paul s'exprime ainsi dans le chapitre 15: "En vertu de la grâce que Dieu m'a faite d'être un officiant (hierourgein) du Christ Jésus auprès des païens, ministre de l'Evangile de Dieu, afin que les païens deviennent une offrande agréable, sanctifiée dans l'Esprit Saint" (15, 15sq). Je ne voudrais souligner que deux aspects de ce texte merveilleux à propos de la terminologie unique dans les lettres pauliniennes. Tout d'abord, saint Paul interprète son action missionnaire parmi les peuples du monde pour construire l'Eglise universelle comme action sacerdotale. Annoncer l'Evangile pour unir les peuples dans la communion du Christ ressuscité est une action "sacerdotale". L'apôtre de l'Evangile est un véritable prêtre, il accomplit ce qui est le centre du sacerdoce: il prépare le vrai sacrifice. Et le deuxième aspect: l'objectif de l'action missionnaire est - ainsi pouvons-nous dire - la liturgie cosmique: que les peuples unis dans le Christ, le monde, devienne comme tel gloire de Dieu, "offrande agréable, sanctifiée dans l'Esprit Saint". Ici apparaît l'aspect dynamique, l'aspect de l'espérance dans le concept paulinien du culte: le don de soi du Christ implique la tendance à attirer chacun à la communion de son corps, d'unir le monde. Ce n'est qu'en communion avec le Christ, l'Homme-modèle, un avec Dieu, que le monde devient tel que nous le désirons tous: miroir de l'amour divin. Ce dynamisme est toujours présent dans l'Eucharistie - ce dynamisme doit inspirer et former notre vie. Et avec ce dynamisme, nous commençons la nouvelle année. Merci de votre patience.

* * *

Je suis heureux de vous saluer, chers pèlerins de langue française, et particulièrement vous tous qui venez du diocèse de Bordeaux avec votre Archevêque, le Cardinal Jean-Pierre Ricard, et son Auxiliaire, Monseigneur Jacques Blaquart. Que votre pèlerinage vous confirme dans votre engagement à servir Dieu par toute votre vie!

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BENOÎT XVI



AUDIENCE GÉNÉRALE



Mercredi 14 janvier 2009



La vision théologique des Lettre aux Colossiens et aux Ephésiens


Chers frères et sœurs,

Parmi les lettres de Paul, il y en a deux, la Lettre aux Colossiens et la Lettre aux Ephésiens, qui, dans une certaine mesure, peuvent être considérées comme jumelles. En effet, l'une et l'autre présentent des expressions que l'on ne trouve que dans celles-ci, et il a été calculé que plus d'un tiers des mots de la Lettre aux Colossiens se trouve également dans celle aux Ephésiens. Par exemple, alors que dans la Lettre aux Colossiens on lit littéralement l'invitation, "par des psaumes, des hymnes et de libres louanges, de chanter à Dieu, dans vos cœurs, votre reconnaissance" (cf. Col 3, 16), dans la Lettre aux Ephésiens, on recommande également de "dire entre vous des psaumes, des hymnes et de libres louanges, de chanter le Seigneur et le célébrer de tout votre cœur" (cf. Ep 5, 19). Nous pourrions méditer sur ces mots: le cœur doit chanter, ainsi que la voix aussi, avec des psaumes et des hymnes pour entrer dans la tradition de la prière de toute l'Eglise de l'Ancien et du Nouveau Testament; nous apprenons ainsi à être ensemble avec nous et entre nous, et avec Dieu. En outre, dans les deux Lettres, on trouve ce qu'on appelle un "code domestique", absent dans les autres Lettres pauliniennes, c'est-à-dire une série de recommandations adressées aux maris et aux femmes, aux parents et aux enfants, aux maîtres et aux esclaves (cf. respectivement Col 3, 18-4, 1 et Ep 5, 22-6, 9).

Il est plus important encore de constater que ce n'est que dans ces deux Lettres qu'est attesté le titre de "chef", kefalé, attribué à Jésus Christ. Et ce titre est employé à un double niveau. Dans un premier sens, le Christ est entendu comme le chef de l'Eglise (cf. Col 2, 18-19 et Ep 4, 15-16). Cela signifie deux choses: tout d'abord, qu'il est le gouvernant, le dirigeant, le responsable qui guide la communauté chrétienne comme son chef et son Seigneur (cf. Col 1, 18: "Il est aussi la tête du corps, c'est-à-dire l'Eglise"); et ensuite, l'autre signification est qu'il est comme la tête qui innerve et vivifie tous les membres du corps auquel elle est préposée (en effet, selon Col 2, 19, il faut "être en union avec la tête, par laquelle tout le corps poursuit sa croissance grâce aux connexions internes"): il n'est donc pas seulement quelqu'un qui commande, mais quelqu'un qui est organiquement uni à nous, dont provient également la force d'agir d'une juste manière.

Dans les deux cas, l'Eglise est considérée comme soumise au Christ, que ce soit pour suivre sa direction supérieure - les commandements -, ou pour accueillir également toutes les influences vitales qui émanent de Lui. Ses commandements ne sont pas seulement des paroles, des ordres, mais sont les forces vitales qui viennent de Lui et nous aident.

Cette idée est particulièrement développée dans la Lettre aux Ephésiens, où même les ministères de l'Eglise, au lieu d'être reconduits à l'Esprit Saint (comme dans 1 Co 12) sont conférés par le Christ ressuscité: "les dons qu'il a faits aux hommes, ce sont d'abord les Apôtres, puis les prophètes et les missionnaires de l'Evangile, et aussi les pasteurs et ceux qui enseignent" (4, 11). Et c'est de Lui que "dans l'harmonie et la cohésion, tout le corps poursuit sa croissance, grâce aux connexions internes... Ainsi le corps se construit dans l'amour" (4, 16). En effet, le Christ est entièrement tendu à "présenter cette Eglise, resplendissante, sans tache ni ride, ni aucun défaut,... sainte et irréprochable" (cf. Ep 5, 27). Avec cela, il nous dit que la force avec laquelle il construit l'Eglise, avec laquelle il guide l'Eglise, avec laquelle il donne aussi la juste direction à l'Eglise, est précisément son amour.

La première signification est donc le Christ Chef de l'Eglise: que ce soit par rapport à la direction ou, surtout, par rapport à l'inspiration, à la vitalisation organique en vertu de son amour. Ensuite, dans un deuxième sens, le Christ est considéré non seulement comme chef de l'Eglise, mais comme chef des puissances célestes et de tout l'univers. Ainsi, dans la Lettre aux Colossiens, nous lisons que le Christ "a dépouillé les puissances de l'univers; il les a publiquement données en spectacle et les a traînées dans le cortège triomphal de la croix" (2, 15). De même, dans la Lettre aux Ephésiens, nous trouvons écrit que, avec sa résurrection, Dieu plaça le Christ "au dessus de toutes les puissances et de tous les êtres qui nous dominent, quel que soit leur nom, aussi bien dans le monde présent que dans le monde à venir" (1, 21). Avec ces mots, les deux Lettres nous remettent un message hautement positif et fécond. Celui-ci: le Christ n'a pas à craindre un concurrent éventuel, car il est supérieur à toute forme de pouvoir qui penserait humilier l'homme. Lui seul "nous a aimés et s'est livré pour nous" (Ep 5, 2). C'est pourquoi, si nous sommes unis au Christ, nous ne devons craindre aucun ennemi et aucune adversité; mais cela signifie donc que nous devons nous tenir bien solidement à Lui, sans lâcher prise!

Pour le monde païen, qui croyait en un monde rempli d'esprits, en grande partie dangereux et contre lesquels il fallait se défendre, l'annonce que le Christ était le seul vainqueur et que celui qui était avec le Christ n'avait rien à craindre de personne, apparaissait comme une véritable libération. Il en va de même pour le paganisme d'aujourd'hui, car les disciples actuels de telles idéologies voient aussi le monde rempli de pouvoirs dangereux. Il faut leur annoncer que le Christ est le vainqueur, si bien que celui qui est avec le Christ, qui reste uni à Lui, n'a rien ni personne à craindre. Il me semble que cela est important également pour nous, qui devons apprendre à faire face à toutes les peurs, car Il est au-dessus de tout pouvoir, il est le véritable Seigneur du monde.

L'univers entier Lui est même soumis et va vers Lui comme vers le véritable chef. Les paroles de la Lettre aux Ephésiens, qui parle du projet de Dieu de "saisir l'univers entier, en réunissant tout sous un seul chef, le Christ" (1, 10) sont célèbres. De même, dans la Lettre aux Colossiens, on lit que "c'est en lui que tout a été créé, dans les cieux et sur la terre, les êtres visibles et les puissances invisibles" (1, 16) et qu'"il a voulu tout réconcilier par lui et en lui, sur la terre et dans les cieux, en faisant la paix par le sang de sa croix" (1, 20). Il n'y a donc pas, d'un côté, le grand monde matériel et, de l'autre, cette petite réalité de l'histoire de notre terre, le monde des personnes: tout est un dans le Christ. Il est le chef de l'univers; l'univers est lui aussi créé par Lui, il est créé pour nous dans la mesure où nous sommes unis à Lui. C'est une vision rationnelle et personnaliste de l'univers. Et je dirais qu'il n'était pas possible de concevoir une vision plus universaliste que celle-ci, et celle-ci ne convient qu'au Christ ressuscité. Le Christ est le Pantokrator, à qui toutes les choses sont soumises: la pensée va justement vers le Christ Pantocrator, qui domine la voûte de l'abside des églises byzantines, parfois représenté assis au-dessus du monde entier, ou même sur un arc-en-ciel pour indiquer son assimilation à Dieu lui-même, à la droite duquel il est assis (cf. Ep 1, 20; Col 3, 1), et donc également son inégalable fonction de conducteur des destins humains.

Une vision de ce genre n'est concevable que de la part de l'Eglise, non pas dans le sens qu'elle désire indûment s'approprier ce qui ne lui revient pas, mais dans un autre double sens: aussi bien dans la mesure où l'Eglise reconnaît que, d'une certaine façon, le Christ est plus grand qu'elle, étant donné que sa puissance s'étend également au-delà de ses frontières, que dans la mesure où l'Eglise seule est qualifiée comme Corps du Christ, et non l'univers. Tout cela signifie que nous devons considérer de façon positive les réalités terrestres car le Christ les récapitule en lui, et dans le même temps, nous devons vivre en plénitude notre identité ecclésiale spécifique, qui est la plus semblable à l'identité du Christ lui-même.

Il existe ensuite un concept particulier qui est propre à ces deux Lettres, et qui est le concept de "mystère". Parfois, on parle du "mystère de la volonté" de Dieu (Ep 1, 9), et d'autres fois, du "mystère du Christ" (Ep 3, 4; Col 4, 3) ou encore du "mystère de Dieu, qui est le Christ, dans lequel sont cachés tous les trésors de la sagesse et de la connaissance" (Col 3, 2-3). Celui-ci signifie le dessein insondable de Dieu sur le destin de l'humanité, des peuples et du monde. A travers ce langage, les deux Epîtres nous disent que c'est dans le Christ que se trouve l'accomplissement de ce mystère. Si nous sommes avec le Christ, même si nous ne pouvons pas intellectuellement tout comprendre, nous savons que nous sommes dans le noyau du "mystère" et sur le chemin de la vérité. C'est Lui, dans sa totalité, et non pas dans un aspect de sa personne ou à un moment de son existence, qui porte en lui la plénitude du dessein divin insondable de salut. En lui prend forme ce qui est appelée "la sagesse infinie en ressources déployées par Dieu" (Ep 3, 10), car en Lui "habite corporellement toute la plénitude de la Divinité" (Col 2, 9). C'est pourquoi, désormais, il n'est pas possible de penser et d'adorer la volonté de Dieu, sa disposition souveraine, sans nous confronter personnellement avec le Christ en personne, dans lequel ce "mystère" s'incarne et peut être perçu de façon tangible. On parvient ainsi à contempler l'"insondable richesse du Christ" (Ep 3, 8) qui va au-delà de toute compréhension humaine. Ce n'est pas que Dieu a laissé des traces de son passage, car le Christ lui-même est la trace de Dieu, son empreinte suprême; mais on se rend compte de ce qu'est "la largeur, la longueur, la hauteur et la profondeur" de ce "mystère" qui "surpasse toute connaissance" (Ep 3, 18-19). Les simples catégories intellectuelles apparaissent ici insuffisantes, et, en reconnaissant que de nombreuses choses vont au-delà de nos capacités rationnelles, il faut s'en remettre à la contemplation humble et joyeuse non seulement de l'esprit, mais également du cœur. Les Pères de l'Eglise, d'ailleurs, nous disent que l'amour comprend plus que la seule raison.

Il faut dire un dernier mot sur le concept, déjà évoqué plus haut, relatif à l'Eglise comme épouse du Christ. Dans la deuxième Lettre aux Corinthiens, l'apôtre Paul avait comparé la communauté chrétienne à une fiancée, écrivant ceci: "J'éprouve à votre égard en effet une jalousie divine; car je vous ai fiancés à un Epoux unique, comme une vierge pure à présenter au Christ" (2 Co 11, 2). La Lettre aux Ephésiens développe cette image, en précisant que l'Eglise n'est pas seulement une épouse promise, mais la réelle épouse du Christ. Celui-ci l'a, pour ainsi dire, conquise, et il l'a fait au prix de sa vie: comme le dit le texte, "il s'est livré pour elle" (Ep 5, 25). Quelle preuve d'amour peut être plus grande que celle-ci? Mais, en plus, il se préoccupe de sa beauté: non seulement de celle déjà acquise par le baptême, mais également de celle qui doit grandir chaque jour grâce à une vie irréprochable, "sans tache ni ride" dans son comportement moral (Ep 5, 26-27). De là à l'expérience commune du mariage chrétien il n'y a qu'un pas; et d'ailleurs, le point de référence initial pour l'auteur de la Lettre n'apparaît pas très clairement: s'il s'agit du rapport Christ-Eglise, à la lumière duquel penser l'union de l'homme et de la femme, ou encore s'il s'agit de l'expérience de l'union conjugale, à la lumière de laquelle penser le rapport entre le Christ et l'Eglise. Mais les deux aspects s'illuminent réciproquement: nous apprenons ce qu'est le mariage à la lumière de la communion du Christ et de l'Eglise, nous apprenons que le Christ s'unit à nous en pensant au mystère du mariage. Dans tous les cas, notre Lettre se situe presque à mi-chemin entre le prophète Osée, qui indiquait le rapport entre Dieu et son peuple en termes de noces ayant déjà eu lieu (cf Os 2,4.16.21) et le Voyant de l'Apocalypse, qui prédira la rencontre eschatologique entre l'Eglise et l'Agneau comme des épousailles joyeuses et indéfectibles (cf. Ap 19,7-9; 21,9).

Il y aurait encore beaucoup à dire, mais il me semble que, d'après ce qui a été exposé, il est déjà possible de comprendre que ces deux Lettres forment une grande catéchèse, qui peut nous apprendre non seulement comment être de bons chrétiens, mais également comment devenir réellement des hommes. Si nous commençons à comprendre que l'univers est l'empreinte du Christ, nous apprenons à connaître notre rapport étroit avec l'univers, avec tous les problèmes de la sauvegarde de l'univers. Nous apprenons à le voir avec la raison, mais avec une raison animée par l'amour, et avec l'humilité et le respect qui permettent d'agir de façon juste. Et si nous pensons que l'Eglise est le Corps du Christ, que le Christ s'est livré pour elle, nous apprenons la façon de vivre avec le Christ l'amour réciproque, l'amour qui nous unit à Dieu et qui nous fait voir dans l'autre l'image du Christ, le Christ lui-même. Prions le Seigneur pour qu'il nous aide à bien méditer l'Ecriture Sainte, sa Parole, et à apprendre ainsi réellement à bien vivre.

* * *

Je suis heureux de saluer le pèlerinage Sainte-Thérèse de Lisieux, qui, avec les Évêques de Bayeux-Lisieux et de Séez, accompagne le reliquaire des Bienheureux Louis et Zélie Martin, les parents de sainte Thérèse de l’Enfant Jésus qui ont si profondément vécu ce mystère d’amour du Christ. J’offre également mes vœux aux Religieuses contemplatives de la Sainte-Famille de Bordeaux ainsi qu’aux jeunes de l’Institution Jeanne d’Arc de Colombes.

© Copyright 2009 - Libreria Editrice Vaticana

SOURCE : http://www.vatican.va/holy_father/benedict_xvi/audiences/2009/documents/hf_ben-xvi_aud_20090114_fr.html



BENOÎT XVI



AUDIENCE GÉNÉRALE



Mercredi 28 janvier 2009


Chers Frères et Sœurs,

Considérons aujourd’hui les Lettres Pastorales de saint Paul. Elles étaient adressées à des Pasteurs de l'Église: deux à Timothée et une à Tite, ses proches collaborateurs qu’il a aimés comme des fils très chers et à qui il a confié des missions importantes et délicates. Ces lettres évoquent une situation ecclésiale différente de celle qu’a connue directement Paul: de nouveaux contextes culturels et des doctrines erronées surgissent. L’auteur des Lettres les affronte en rappelant qu’il faut faire une lecture intelligente des Écritures et se référer sans cesse au «dépôt» transmis par les générations précédentes. Écriture et Tradition sont le «fondement solide posé par Dieu» (2 Tm 2,19). Il faut donc être «attaché à la parole sûre et conforme à la doctrine» (Tt 1,9). À la base de tout il y a la foi dans la révélation historique de la bonté de Dieu.

La communauté chrétienne se présente comme enracinée sur les points essentiels de la foi qui ici est synonyme de «vérité». Elle est ouverte à l’universel et elle prie pour tous les hommes afin qu’ils parviennent à la connaissance de la vérité. Dans ces Lettres apparaît pour la première fois le triple ministère d’évêque, de prêtre et de diacre. L'Église est comme une maison familiale, la «maison de Dieu», dont l’épiscope est le père. Prions saint Paul pour que nous puissions toujours plus être perçus comme membres de la «famille de Dieu».

* * *

Je salue avec affection les pèlerins de la paroisse Sainte-Croix et les jeunes de l’externat «Saint-Joseph» d’Ollioules. Je vous souhaite d’être pleinement concitoyens des saints et familiers de Dieu. Avec ma Bénédiction apostolique!

© Copyright 2009 - Libreria Editrice Vaticana

SOURCE : http://www.vatican.va/holy_father/benedict_xvi/audiences/2009/documents/hf_ben-xvi_aud_20090128_fr.html


BENOÎT XVI



AUDIENCE GÉNÉRALE



Mercredi 4 février 2009



Le martyre et son héritage


Chers frères et sœurs,

La série de nos catéchèses sur la figure de saint Paul est arrivée à sa conclusion: nous souhaitons parler aujourd'hui de la fin de sa vie terrestre. L'antique tradition chrétienne témoigne de manière unanime que la mort de Paul eut lieu suite au martyre subi ici à Rome. Les écrits du nouveau Testament ne nous racontent pas cet épisode. Les Actes des Apôtres achèvent leur récit en évoquant l'emprisonnement de l'Apôtre, qui pouvait toutefois recevoir tous ceux qui venaient le voir (cf. Ac 28, 30-31). C'est uniquement dans la deuxième Lettre à Timothée que nous trouvons ces paroles prémonitoires: "Quant à moi je suis déjà répandu en libation et le moment de mon départ est venu" (2 Tm 4, 6; cf. Ph 2, 17). On a ici recours à deux images, l'image cultuelle du sacrifice, qu'il avait déjà utilisée dans la première Lettre aux Philippiens en interprétant le martyre comme une partie du sacrifice du Christ, et l'image marine de jeter les amarres: deux images qui ensemble, font discrètement allusion à l'événement de la mort, et d'une mort dans le sang.

Le premier témoignage explicite sur la fin de saint Paul nous vient du milieu des années 90 du Ier siècle, c'est-à-dire un peu plus de trois décennies après sa mort effective. Il s'agit précisément de la Lettre que l'Eglise de Rome, avec son évêque Clément I, écrivit à l'Eglise de Corinthe. Dans ce texte épistolaire, l'on est invité à garder devant les yeux l'exemple des apôtres, et, immédiatement après avoir mentionné le martyre de Pierre, on lit ceci: "A cause de la jalousie et de la discorde, Paul fut obligé de nous montrer comment l'on obtient le prix de la patience. Arrêté sept fois, exilé, lapidé, il fut le héraut du Christ en Orient et en Occident, et en raison de sa foi, il s'acquit une gloire pure. Après avoir prêché la justice au monde entier, et après être parvenu à l'extrémité de l'Occident, il subit le martyre devant les gouvernants; c'est ainsi qu'il quitta ce monde et qu'il parvint au lieu saint, devenu ainsi le plus grand modèle de patience" (1 Clem 5, 2). La patience dont il parle est l'expression de sa communion à la passion du Christ, de la générosité et de la constance avec laquelle il a accepté le long chemin de souffrance, afin de pouvoir dire: "Je porte dans mon corps les marques de Jésus" (Ga 6, 17). Nous avons entendu dans le texte de saint Clément que Paul serait arrivé jusqu'à "l'extrémité de l'occident". L'on se demande s'il s'agit d'une allusion à un voyage en Espagne, que saint Paul aurait fait. Il n'existe pas de certitudes sur ce point, mais il est vrai que saint Paul dans sa Lettre aux Romains exprime son intention d'aller en Espagne (cf. Rm 15, 24).

Ce qui est en revanche très intéressant dans la lettre de Clément, c'est la succession des deux noms de Pierre et de Paul, même s'ils seront intervertis dans le témoignage d'Eusèbe de Césarée du iv siècle, qui en parlant de l'Empereur Néron écrivait: "Pendant son règne, Paul fut décapité précisément à Rome et Pierre y fut crucifié. Le récit est confirmé par le nom de Pierre et de Paul, qui est encore aujourd'hui conservé sur leurs sépulcres dans cette ville" (Hist. eccl. 2, 25, 5). Eusèbe poursuit ensuite en rapportant la déclaration précédente d'un prêtre romain du nom de Gaius, remontant aux débuts du ii siècle: "Je peux te montrer les trophées des apôtres: si tu vas au Vatican ou sur la Via Ostiense, tu y trouveras les trophées des fondateurs de l'Eglise" (ibid., 2, 25, 6-7). Les "trophées" sont les monuments sépulcraux, et il s'agit des sépultures elles-mêmes de Pierre et de Paul qu'aujourd'hui encore, deux mille ans après, nous vénérons nous aussi dans les mêmes lieux: que ce soit ici au Vatican en ce qui concerne Pierre, ou dans la Basilique Saint-Paul-hors-les-Murs sur la Via Ostiense en ce qui concerne l'Apôtre des nations.

Il est intéressant de noter que les deux grands apôtres sont mentionnés ensemble. Même si aucune source antique ne parle d'un éventuel ministère commun à Rome, la conscience chrétienne qui suivra sur la base de leur sépulture à tous deux dans la capitale de l'empire, les associera également comme fondateurs de l'Eglise de Rome. C'est en effet ce que l'on lit chez Irénée de Lyon, vers la fin du ii siècle, à propos de la succession apostolique dans les diverses Eglises: "Comme il serait trop long d'énumérer les successions de toutes les Eglises, nous prendrons la très grande et très antique Eglise connue de tous, l'Eglise fondée et établie à Rome par les deux très glorieux apôtres Pierre et Paul" (Adv. haer. 3, 3, 2).

Laissons cependant à présent de côté la figure de Pierre et concentrons-nous sur celle de Paul. Son martyre est raconté pour la première fois par les Actes de Paul, écrits vers la fin du II siècle. Ceux-ci rapportent que Néron le condamna à mort par décollation, et que celle-ci fut exécutée immédiatement après (cf. 9, 5). La date de la mort varie déjà dans les sources antiques, qui la situent entre la persécution lancée par Néron lui-même après l'incendie de Rome, qui eut lieu en juillet de l'an 64, et la dernière année de son règne, c'est-à-dire 68 (cf. Jérôme, De viris ill., 5, 8). Le calcul dépend beaucoup de la chronologie de l'arrivée de Paul à Rome, un débat dans lequel nous ne pouvons pas entrer ici. Des traditions successives précisèrent deux autres éléments. L'un, le plus légendaire, est que le martyre eut lieu aux Acquae Salviae, sur la via Laurentina, et que sa tête rebondit trois fois, ce qui à chaque fois suscita l'écoulement d'un flot d'eau, c'est la raison pour laquelle le lieu porte le nom, aujourd'hui encore, de "Tre fontane", Trois fontaines (Actes de Pierre et Paul du Pseudo Marcel, du v siècle). L'autre, en harmonie avec l'antique témoignage, déjà mentionné, du prêtre Gaius, est que sa sépulture eut lieu non seulement "en dehors de la ville... au deuxième mille sur la via Ostiense", mais plus précisément "dans le domaine de Lucina", qui était une femme chrétienne (Passion de Paul du Pseudo Abdia, du vi siècle). C'est là que, au IV siècle, l'empereur Constantin érigea une première église, ensuite largement agrandie entre le IV et le V siècle par les empereurs Valentinien II, Théodose et Arcadius. Après l'incendie de 1800, fut ici érigée l'actuelle basilique Saint-Paul-hors-les-Murs.

Quoi qu'il en soit, la figure de saint Paul a un rayonnement qui va bien au-delà de sa vie terrestre et de sa mort; en effet, il a laissé un extraordinaire héritage spirituel. Lui aussi, comme un véritable disciple de Jésus, devint un signe de contradiction. Alors que parmi ceux qu'on appelait les "ébionites" - un courant judéo-chrétien - il était considéré comme apostat par la loi mosaïque, dans le livre des Actes des Apôtres apparaît une grande vénération envers l'apôtre Paul. Je voudrais à présent faire abstraction de la littérature apocryphe, comme les Actes de Paul et Tecla et un recueil de lettres apocryphes entre l'Apôtre Paul et le philosophe Sénèque. Il est surtout important de constater que, très vite, les Lettres de saint Paul entrent dans la liturgie, où la structure prophète-apôtre-Evangile est déterminante pour la forme de la liturgie de la Parole. Ainsi, grâce à cette "présence" dans la liturgie de l'Eglise, la pensée de l'Apôtre devient dès le début une nourriture spirituelle pour les fidèles de tous les temps.

Il est évident que les Pères de l'Eglise et ensuite tous les théologiens se sont nourris des Lettres de saint Paul et de sa spiritualité. Il est ainsi resté au cours des siècles, jusqu'à aujourd'hui, le véritable maître et apôtre des nations. Le premier commentaire patristique qui nous soit parvenu sur un écrit du Nouveau Testament est celui du grand théologien d'Alexandrie, Origène, qui commente la Lettre de Paul aux Romains. Ce commentaire n'est malheureusement conservé qu'en partie. Saint Jean Chrysostome, en plus des commentaires de ses Lettres, a écrit sur lui sept Panégyriques mémorables. Saint Augustin lui devra le pas décisif de sa propre conversion, et il fera référence à Paul tout au long de sa vie. De ce dialogue permanent avec l'Apôtre dérive sa grande théologie catholique et également la théologie protestante de tous les temps. Saint Thomas d'Aquin nous a laissé un beau commentaire aux Lettres pauliniennes, qui représente le fruit le plus mûr de l'exégèse médiévale. Un véritable tournant eut lieu au xvi siècle avec la Réforme protestante. Le moment décisif de la vie de Luther fut ce que l'on appelle "Turmerlebnis", (1517) au cours duquel il trouva en un instant une nouvelle interprétation de la doctrine paulinienne de la justification. Une interprétation qui le libéra des scrupules et des angoisses de sa vie précédente et lui donna une nouvelle confiance radicale dans la bonté de Dieu qui pardonne tout sans condition. A partir de ce moment, Luther identifia le droit judéo-chrétien, condamné par l'Apôtre, avec l'ordre de la vie de l'Eglise catholique. Et l'Eglise lui apparut donc comme l'expression de l'esclavage de la loi, à laquelle il opposa la liberté de l'Evangile. Le Concile de Trente, de 1545 à 1563, interpréta de manière profonde la question de la justification et trouva en continuité avec toute la tradition catholique la synthèse entre la loi et l'Evangile, conformément au message de l'Ecriture Sainte lue dans sa totalité et son unité.

Le XIX siècle, recueillant le meilleur héritage du siècle des Lumières, connut un renouveau du paulinisme, en particulier sur le plan du travail scientifique développé par l'interprétation historique et critique de l'Ecriture Sainte. Nous laisserons de côté le fait qu'à ce siècle-là également, comme ensuite au xx siècle, apparut un véritable dénigrement de saint Paul. Je pense en particulier à Nietzsche, qui dénigrait la théologie de l'humilité de saint Paul, en opposant à celle-ci sa théologie de l'homme fort et puissant. Mais laissons tout cela de côté, et examinons le courant essentiel de la nouvelle interprétation scientifique de l'Ecriture Sainte et du nouveau paulinisme de ce siècle. On a souligné ici en particulier comme central dans la pensée paulinienne le concept de liberté: dans celui-ci a été identifié le cœur de la pensée paulinienne, comme par ailleurs l'avait déjà pressenti Luther. Or le concept de liberté était toutefois réinterprété dans le contexte du libéralisme moderne. De plus, on souligne fortement la différence entre l'annonce de saint Paul et l'annonce de Jésus. Et saint Paul apparaît presque comme un nouveau fondateur du christianisme. Il est vrai que chez saint Paul, le caractère central du Royaume de Dieu, déterminant pour l'annonce de Jésus, est transformé dans le caractère central de la christologie, dont le point déterminant est le mystère pascal. Et du mystère pascal découlent les Sacrements du Baptême et de l'Eucharistie, comme présence permanente de ce mystère, à partir duquel croît le Corps du Christ et se construit l'Eglise. Mais, je dirais, sans entrer à présent dans les détails, que c'est précisément dans le nouveau caractère central de la christologie et du mystère pascal que se réalise le Royaume de Dieu, l'annonce authentique de Jésus devenant concrète, présente et active. Nous avons vu dans les catéchèses précédentes que cette nouveauté paulinienne est précisément la fidélité la plus profonde à l'annonce de Jésus. Dans le progrès de l'exégèse, en particulier au cours des deux cents dernières années, croissent également les convergences entre exégèse catholique et exégèse protestante, réalisant ainsi un consensus remarquable précisément sur le point qui fut à l'origine du plus grand désaccord historique. Il s'agit donc d'une grande espérance pour la cause de l'œcuménisme, si centrale pour le Concile Vatican ii.

Enfin, je voudrais brièvement évoquer une fois de plus les divers mouvements religieux, apparus à l'époque moderne au sein de l'Eglise catholique, et qui se réfèrent au nom de saint Paul. C'est ce qui a eu lieu au xvi siècle avec la "Congrégation de saint Paul", dite des barnabites, au xix siècle avec les missionnaires de saint Paul, ou Paulistes, et au XX siècle avec la "Famille paulinienne" sous de multiples formes, fondée par le bienheureux Giacomo Alberione, pour ne pas parler de l'Institut séculier de la "Compagnie de saint Paul". En résumé, demeure lumineuse devant nous la figure d'un apôtre et d'un penseur chrétien extrêmement fécond et profond, dont chacun peut tirer profit de l'étude. Dans l'un de ses panégyriques, saint Jean Chrysostome fit une comparaison originale entre Paul et Noé, en s'exprimant ainsi: Paul "n'assembla pas des planches pour fabriquer une arche; au contraire, au lieu d'unir des planches de bois, il composa des lettres et ainsi arracha aux flots non pas deux, trois ou cinq membres de sa famille, mais tout l'œkoumène qui était sur le point de périr" (Paneg. 1, 5). C'est précisément cela que peut encore et toujours faire l'apôtre Paul. Puiser chez lui, tant dans son exemple apostolique que dans sa doctrine, sera donc un encouragement, sinon une garantie, pour la consolidation de l'identité chrétienne de chacun de nous et le rajeunissement de l'Eglise tout entière.

* * *

Je suis heureux de vous accueillir, chers pèlerins francophones. Je salue particulièrement le groupe des Ukrainiens de Belgique, les séminaristes de Liège, Tournai et Malines-Bruxelles, ainsi que les responsables et les lecteurs de la Documentation catholique venus à Rome célébrer le quatre-vingt dixième anniversaire de la revue. Que l’exemple de saint Paul soit pour vous tous un stimulant pour votre amour de l’Église et pour votre fidélité envers son enseignement. Que Dieu vous bénisse!

Appel à la paix au Sri Lanka

La situation au Sri Lanka continue à être une source de préoccupation. Les nouvelles de la cruauté du conflit et du nombre croissant des victimes innocentes, me poussent à lancer un appel fervent aux combattants afin qu'ils respectent le droit humanitaire et la liberté de mouvement de la population. Qu'ils fassent le possible pour garantir l'assistance aux blessés et la sécurité des civils et qu'ils leur permettent de répondre à leurs nécessités alimentaires et médicales urgentes.

Que la Sainte Vierge de Madhu, très vénérée par les catholiques mais aussi par les fidèles d'autres religions, fasse que soit proche le jour de la paix et de la réconciliation dans ce pays bien-aimé.

© Copyright 2009 - Libreria Editrice Vaticana

SOURCE : http://www.vatican.va/holy_father/benedict_xvi/audiences/2009/documents/hf_ben-xvi_aud_20090204_fr.html


BENEDICT XVI



GENERAL AUDIENCE



Paul VI Audience Hall



Wednesday, 2 July 2008



Saint Paul (1)



Religious and Cultural Environment


Dear Brothers and Sisters,

Today I would like to begin a new cycle of Catecheses focusing on the great Apostle St Paul. As you know, this year is dedicated to him, from the liturgical Feast of Sts Peter and Paul on 29 June 2008 to the same Feast day in 2009. The Apostle Paul, an outstanding and almost inimitable yet stimulating figure, stands before us as an example of total dedication to the Lord and to his Church, as well as of great openness to humanity and its cultures. It is right, therefore, that we reserve a special place for him in not only our veneration but also in our effort to understand what he has to say to us as well, Christians of today. In this first meeting let us pause to consider the environment in which St Paul lived and worked. A theme such as this would seem to bring us far from our time, given that we must identify with the world of 2,000 years ago. Yet this is only apparently and, in any case, only partly true for we can see that various aspects of today's social and cultural context are not very different from what they were then.

A primary and fundamental fact to bear in mind is the relationship between the milieu in which Paul was born and raised and the global context to which he later belonged. He came from a very precise and circumscribed culture, indisputably a minority, which is that of the People of Israel and its tradition. In the ancient world and especially in the Roman Empire, as scholars in the subject teach us, Jews must have accounted for about 10 percent of the total population; later, here in Rome, towards the middle of the first century, this percentage was even lower, amounting to three percent of the city's inhabitants at most. Their beliefs and way of life, is still the case today, distinguished them clearly from the surrounding environment; and this could have two results: either derision, that could lead to intolerance, or admiration which was expressed in various forms of sympathy, as in the case of the "God-fearing" or "proselytes", pagans who became members of the Synagogue and who shared the faith in the God of Israel. As concrete examples of this dual attitude we can mention on the one hand the cutting opinion of an orator such as Cicero who despised their religion and even the city of Jerusalem (cf. Pro Flacco, 66-69) and, on the other, the attitude of Nero's wife, Poppea, who is remembered by Flavius Josephus as a "sympathizer" of the Jews (cf. Antichità giudaiche 20, 195, 252); Vita 16), not to mention that Julius Caesar had already officially recognized specific rights of the Jews which have been recorded by the above-mentioned Jewish historian Flavius Josephus (cf. ibid., 14,200-216). It is certain that the number of Jews, as, moreover, is still the case today, was far greater outside the land of Israel, that is, in the Diaspora, than in the territory that others called Palestine.

It is not surprising, therefore, that Paul himself was the object of the dual contradictory assessment that I mentioned. One thing is certain: the particularism of the Judaic culture and religion easily found room in an institution as far-reaching as the Roman Empire. Those who would adhere with faith to the Person of Jesus of Nazareth, Jew or Gentile, were in the more difficult and troubled position, to the extent to which they were to distinguish themselves from both Judaism and the prevalent paganism. In any case, two factors were in Paul's favour. The first was the Greek, or rather Hellenistic, culture which after Alexander the Great had become a common heritage, at least of the Eastern Mediterranean and of the Middle East, and had even absorbed many elements of peoples traditionally considered barbarian. One writer of the time says in this regard that Alexander "ordered that all should consider the entire oecumene as their homeland... and that a distinction should no longer be made between Greek and barbarian" (Plutarch, De Alexandri Magni fortuna aut virtute, 6, 8). The second factor was the political and administrative structure of the Roman Empire which guaranteed peace and stability from Britain as far as southern Egypt, unifying a territory of previously unheard of dimensions. It was possible to move with sufficient freedom and safety in this space, making use, among other things, of an extraordinary network of roads and finding at every point of arrival basic cultural characteristics which, without affecting local values, nonetheless represented a common fabric of unification super partes, so that the Jewish philosopher, Philo of Alexandria, a contemporary of Paul himself, praised the Emperor Augustus for "composing in harmony all the savage peoples, making himself the guardian of peace" (Legatio ad Caium, 146-147).

There is no doubt that the universalist vision characteristic of St Paul's personality, at least of the Christian Paul after the event on the road to Damascus, owes its basic impact to faith in Jesus Christ, since the figure of the Risen One was by this time situated beyond any particularistic narrowness. Indeed, for the Apostle "there is neither Jew nor Greek, there is neither slave nor free, there is neither male nor female; for you are all one in Christ Jesus" (Gal 3: 28). Yet, even the historical and cultural situation of his time and milieu could not but have had an influence on his decisions and his work. Some have defined Paul as "a man of three cultures", taking into account his Jewish background, his Greek tongue and his prerogative as a "civis romanus [Roman citizen], as the name of Latin origin suggests. Particularly the Stoic philosophy dominant in Paul's time which influenced Christianity, even if only marginally, should be recalled. Concerning this, we cannot gloss over certain names of Stoic philosophers such as those of its founders, Zeno and Cleanthes, and then those closer to Paul in time such as Seneca, Musonius and Epictetus: in them the loftiest values of humanity and wisdom are found which were naturally to be absorbed by Christianity. As one student of the subject splendidly wrote, "Stoicism... announced a new ideal, which imposed upon man obligations to his peers, but at the same time set him free from all physical and national ties, and made of him a purely spiritual being" (M. Pohlenz, La Stoa, I, Florence, 2, 1978, pp. 565 f.). One thinks, for example, of the doctrine of the universe understood as a single great harmonious body and consequently of the doctrine of equality among all people without social distinctions, of the equivalence, at least in principle, of men and women, and then of the ideal of frugality, of the just measure and self-control to avoid all excesses. When Paul wrote to the Philippians, "Whatever is true, whatever is honourable, whatever is just, whatever is pure, whatever is lovely, whatever is gracious, if there is any excellence, if there is anything worthy of praise, think about these things" (Phil 4: 8), he was only taking up a purely humanistic concept proper to that philosophical wisdom.

In St Paul's time a crisis of traditional religion was taking place, at least in its mythological and even civil aspects. After Lucretius had already ruled polemically a century earlier that "religion has led to many misdeeds" (De rerum natura, 1, 101, On the Nature of Things), a philosopher such as Seneca, going far beyond any external ritualism, taught that "God is close to you, he is with you, he is within you" (Epistulae morales to Lucilius, 41, 1). Similarly, when Paul addresses an audience of Epicurean philosophers and Stoics in the Areopagus of Athens, he literally says: "God does not live in shrines made by man,... for in him we live and move and have our being" (Acts 17: 24, 28). In saying this he certainly re-echoes the Judaic faith in a God who cannot be represented in anthropomorphic terms and even places himself on a religious wavelength that his listeners knew well. We must also take into account the fact that many pagan cults dispensed with the official temples of the town and made use of private places that favoured the initiation of their followers. It is therefore not surprising that Christian gatherings (ekklesiai) as Paul's Letters attest, also took place in private homes. At that time, moreover, there were not yet any public buildings. Therefore Christian assemblies must have appeared to Paul's contemporaries as a simple variation of their most intimate religious practice. Yet the differences between pagan cults and Christian worship are not negligible and regard the participants' awareness of their identity as well as the participation in common of men and women, the celebration of the "Lord's Supper", and the reading of the Scriptures.

In conclusion, from this brief over-view of the cultural context of the first century of the Christian era, it is clear that it is impossible to understand St Paul properly without placing him against both the Judaic and pagan background of his time. Thus he grows in historical and spiritual stature, revealing both sharing and originality in comparison with the surrounding environment. However, this applies likewise to Christianity in general, of which the Apostle Paul, precisely, is a paradigm of the highest order from whom we all, always, still have much to learn. And this is the goal of the Pauline Year: to learn from St Paul, to learn faith, to learn Christ, and finally to learn the way of upright living.

To special groups

Dear Brothers and Sisters,

I offer a warm welcome to all the English-speaking visitors present today, including the Pallottine Missionary Sisters, the Columban Missionaries and the Soweto Catholic Church Choir. I also greet the various groups coming from England, Ireland, Norway, The Bahamas, Canada and the United States. May your visit to Rome be a time of deep spiritual renewal. Upon all of you I invoke God's blessings of joy and peace.

Lastly, I address a greeting to the young people, the sick and the newly weds. Dear young people, Jesus calls you to be "living-stones" of the Church. Respond generously to his invitation, each according to his own gift and responsibility. Dear sick people, offer your suffering to the Crucified Christ to cooperate in the world's redemption. And you, dear newly-weds, may you be aware of the irreplaceable mission to which the sacrament of Marriage binds you.

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BENEDICT XVI



GENERAL AUDIENCE



Paul VI Audience Hall



Wednesday, 27 August 2008



Saint Paul (2)



Life of Saint Paul before and after Damascus.


Dear Brothers and Sisters,

In the last Catechesis before the holidays - two months ago, at the beginning of July - I began a new series of topics on the occasion of the Pauline Year, examining the world in which St Paul lived. Today I would like to resume and continue the reflection on the Apostle to the Gentiles, presenting a brief biography of him. Since we shall be dedicating next Wednesday to the extraordinary event that occurred on the road to Damascus, Paul's conversion, a fundamental turning point in his life subsequent to his encounter with Christ, let us briefly pause today on his life as a whole. We find Paul's biographical details respectively in the Letter to Philemon, in which he says he is "an old man" (Phlm 9: presbytes) and in the Acts of the Apostles in which, at the time of the stoning of Stephen, he is described as "a young man" (7: 58: neanías). Both these expressions are obviously generic but, according to ancient calculations, a man of about 30 was described as "young" whereas he would be called "old" by the time he had reached the age of about 60. The date of Paul's birth depends largely on the dating of the Letter to Philemon. He is traditionally supposed to have written it during his imprisonment in Rome in the mid-60s. Paul would have been born in approximately the year 8. He would therefore have been about 30 at the time of the stoning of Stephen. This ought to be the correct chronology and we are celebrating the Pauline Year in accordance with precisely this chronology. The year 2008 was chosen with a date of birth of about the year 8 in mind. In any case, Paul was born in Tarsus, Cilicia (cf. Acts 22: 3). The town was the administrative capital of the region and in 51 B.C. had had as Proconsul no less than Marcus Tullius Cicero himself, while 10 years later, in 41, Tarsus was the place where Mark Anthony and Cleopatra met for the first time. A Jew from the Diaspora, he spoke Greek although his name was of Latin origin. Moreover, it derived by assonance from the original Jewish Saul/Saulos, and he was a Roman citizen (cf. Acts 22: 25-28). Paul thus appears to be at the intersection between three different cultures - Roman, Greek and Jewish - and perhaps partly because of this was disposed for fruitful universalistic openness, for a mediation between cultures, for true universality. He also learned a manual trade, perhaps from his father, that of "tentmaker" (Acts 18: 3: skenopoios). This should probably be understood as a worker of uncarded goat wool or linen fibres who made them into mats or tents (cf. Acts 20: 33-35). At about the age of 12 to 13, the age in which a Jewish boy becomes a bar mitzvah ("son of the commandment"), Paul left Tarsus and moved to Jerusalem to be educated at the feet of Rabbi Gamaliel the Elder, a nephew of the great Rabbi Hillel, in accordance with the strictest Pharisaic norms and acquiring great zeal for the Mosaic Torah (cf. Gal 1: 14; Phil 3: 5-6; Acts 22: 3; 23: 6; 26: 5).

On the basis of this profound Orthodoxy that he learned at the school of Hillel in Jerusalem, he saw the new movement that referred to Jesus of Nazareth as a risk, a threat to the Jewish identity, to the true Orthodoxy of the fathers. This explains the fact that he proudly "persecuted the Church of God" as he was to admit three times in his Letters (1 Cor 15: 9; Gal 1: 13; Phil 3: 6). Although it is not easy to imagine in what this persecution actually consisted, his attitude was intolerant. It is here that the event of Damascus fits in; we shall return to it at our next Catechesis. It is certain that from this time Paul's life changed and he became a tireless apostle of the Gospel. Indeed, Paul passed into history for what he did as a Christian, indeed as an Apostle, rather than as a Pharisee. Traditionally his apostolic activity is divided on the basis of his three missionary journeys, to which can be added a fourth, his voyage to Rome as a prisoner. They are all recounted by Luke in the Acts. With regard to the three missionary journeys, however, the first must be distinguished from the other two.

In fact, Paul was not directly responsible for the first (cf. Acts 13-14), which was instead entrusted to the Cypriot, Barnabas. They sailed together from Antioch on the Orontes River, sent out by that Church (cf. Acts 13: 1-3) and having sailed from the port of Seleucia on the Syrian coast, crossed the island of Cyprus from Salamis to Paphos; from here they reached the southern coasts of Anatolia, today Turkey, and passed through the cities of Attalia, Perga in Pamphylia, Antioch in Pisidia, Iconium, Lystra and Derbe, from which they returned to their starting point. Thus was born the Church of the people, the Church of the Gentiles. And in the meantime, especially in Jerusalem, a discussion had been sparked, lasting until, in order to participate truly in the promises of the prophets and enter effectively into the heritage of Israel, these Christians who came from paganism were obliged to adhere to the life and laws of Israel (various observances and prescriptions that separated Israel from the rest of the world). To resolve this fundamental problem for the birth of the future Church the so-called Council of the Apostles met in Jerusalem to settle on a solution, on which the effective birth of a universal Church depended. And it was decided that the observance of Mosaic Law should not be imposed upon converted pagans (cf. Acts 15: 6-30): that is, they were not to be bound by the rules of Judaism; the only thing necessary was to belong to Christ, to live with Christ and to abide by his words. Thus, in belonging to Christ, they also belonged to Abraham and to God, and were sharers in all the promises. After this decisive event Paul separated from Barnabas, chose Silas and set out on his second missionary journey (Acts 15: 36-18: 22). Having gone beyond Syria and Cilicia, he saw once again the city of Lystra where he was joined by Timothy (a very important figure in the nascent Church, the son of a Jewish woman and a pagan), whom he had circumcised; he crossed Central Anatolia and reached the city of Troas on the northern coast of the Aegean Sea. And here another important event happened: in a dream he saw a Macedonian from the other side of the sea, that is, in Europe, who was saying: "Come and help us!". It was the Europe of the future that was asking for the light and help of the Gospel. On the impetus of this vision he set sail for Macedonia and thus entered Europe. Having disembarked at Neapolis, he arrived at Philippi, where he founded a beautiful community. He then travelled to Thessalonica. Having left this place because of the problems the Jews created for him, he passed through Beroea to Athens. In this capital of ancient Greek culture, he preached to pagans and Greeks, first in the Agora and then on the Areopagus. And the discourse of the Areopagus, mentioned in the Acts of the Apostles, is the model of how to translate the Gospel into Greek culture, of how to make Greeks understand that this God of the Christians and Jews was not a God foreign to their culture but the unknown God they were awaiting, the true answer to the deepest questions of their culture. Then from Athens he arrived in Corinth, where he stayed for a year and a half. And here we have an event that is chronologically very reliable. It is the most reliable date in the whole of his biography because, during this first stay in Corinth he was obliged to appear before the Governor of the Senatorial Province of Achaia, the Proconsul Gallio, who accused him of illegitimate worship. In Corinth there is an ancient inscription, found in Delphi, which mentions this Gallio and that epoch. It says that Gallio was Proconsul in Corinth between the years 51 and 53. Thus we have one absolutely certain date. Paul stayed in Corinth in those years. We may therefore suppose that he arrived there in about the year 50 and stayed until 52. Then from Corinth, passing through Cenchreae, the port on the eastern side of the city, he set sail for Palestine and arrived in Caesarea Marittima. From here he sailed for Jerusalem, before returning to Antioch on the Orontes.

The third missionary journey (cf. Acts 18: 23-21: 16), began, like all his journeys, in Antioch, which had become the original core of the Church of the Gentiles, of the mission to the Gentiles, and was also the place where the term "Christian" was coined. It was here, St Luke tells us, that Jesus' followers were called "Christians" for the first time. From Antioch Paul started out for Ephesus, the capital of the Province of Asia where he stayed two years, carrying out a ministry whose fruitful effects were felt throughout the region. It was from Ephesus that Paul wrote the Letters to the Thessalonians and the Corinthians. The population of the town, however, was set against him by the local silversmiths, who saw their income diminishing with the reduction in the number of those who worshipped Artemis (the temple dedicated to her in Ephesus, the Artemysion, was one of the seven wonders of the ancient world); Paul was thus forced to flee north. He crossed Macedonia once again and went back to Greece, probably to Corinth, where he remained for three months and wrote his famous Letter to the Romans.

From here he retraced his steps: he went back through Macedonia, reaching Troas by boat, and then, staying very briefly on the islands of Mitylene, Chios and Samos, arrived at Miletus where he delivered an important discourse to the elders of the Church of Ephesus, outlining a portrait of a true Pastor of the Church (cf. Acts 20). From here he set sail for Tyre from whence he came to Caesarea Marittima, on his return journey to Jerusalem. Here he was arrested on the basis of a misunderstanding. Certain Jews had mistaken other Jews of Greek origin for Gentiles, whom Paul had taken into the temple precinct reserved for Israelites. He was spared the inevitable death sentence by the intervention of the Roman tribune on guard in the Temple area (cf. Acts 21: 27-36); this happened while the imperial Procurator in Judea was Antonius Felix. After a spell in prison (the duration of which is debated), and since Paul as a Roman citizen was an appellee of Caesar (at that time Nero), the subsequent Procurator, Porcius Festus, sent him to Rome under military escort.

The voyage to Rome involved putting in at the Mediterranean islands of Crete and Malta, and then the cities of Syracuse, Rhegium Calabria and Puteoli. The Roman Christians went down the Appian Way to meet him at the Appii Forum (about 70 km from the capital), and others went as far as Three Taverns (c. 40 km). In Rome he met the delegates of the Jewish community, whom he told that it was for "the hope of Israel" that he was in chains (Acts 28: 20). However, Luke's account ends with the mention of two years spent in Rome under mild military surveillance. Luke mentions neither a sentence of Caesar (Nero) nor, even less, the death of the accused. Later traditions speak of his liberation which would have been propitious for either a missionary journey to Spain or a subsequent episode in the East, and specifically in Crete, Ephesus and Nicopolis in Epirus. Still on a hypothetical basis, another arrest is conjectured and a second imprisonment in Rome (where he is supposed to have written the three so-called Pastoral Letters, that is, the two to Timothy and the Letter to Titus), with a second trial that would have proven unfavourable to him. Yet a series of reasons induce many scholars of St Paul to end his biography with Luke's narrative in the Acts.

We shall return to his martyrdom later in the cycle of our Catecheses. For the time being, in this brief list of Paul's journeys it suffices to note how dedicated he was to proclaiming the Gospel, sparing no energy, confronting a series of grave trials, of which he left us a list in the Second Letter to the Corinthians (cf. 11: 21-28). Moreover, it is he who writes: "I do it all for the sake of the Gospel" (1 Cor 9: 23), exercising with unreserved generosity what he called "anxiety for the Churches" (2 Cor 11: 28). We see a commitment that can only be explained by a soul truly fascinated by the light of the Gospel, in love with Christ, a soul sustained by profound conviction; it is necessary to bring Christ's light to the world, to proclaim the Gospel to all of us. This seems to me to be what remains for us from this brief review of St Paul's journeys: to see his passion for the Gospel and thereby grasp the greatness, the beauty, indeed the deep need of the Gospel for all of us. Let us pray the Lord who caused St Paul to see his light, who made him hear his word and profoundly moved his heart, that we may also see his light, so that our hearts too may be moved by his Word and thus that we too may give the light of the Gospel and the truth of Christ to today's world which thirsts for it.

Greetings:

Dear Brothers and Sisters,

I offer a warm welcome to all the English-speaking pilgrims and visitors present at today's Audience, including the Augustinian Spinellian Lay Associates from Malta, and also the groups from Scotland, Ireland, Denmark, Dominica and the United States of America. May your pilgrimage renew your love for the Lord and his Church, after the example of the Apostle St Paul. May God bless you all!

To youth, sick, newlyweds

Lastly, as usual, I address my thoughts to you, dear young people, sick people and newlyweds. May the example of St Monica, whom we are commemorating today, and of her son St Augustine whom we shall be celebrating tomorrow, help you to look with indomitable trust to Christ, our light in difficulties, support in trials and guide at every moment of human life.

* * *

APPEAL AFTER THE ANTI-CHRISTIAN ACTS OF VIOLENCE IN INDIA

I learned with deep sorrow of the acts of violence perpetrated against the Christian communities in the Indian State of Orissa, subsequent to the deplorable assassination of Swami Lakshmananda Saraswati, a Hindu leader. So far several people have been killed and various others have been injured. Centres of worship that belong to the Church have also been destroyed, as well as private homes. While I firmly condemn every attack against human life, whose sacredness demands the respect of all, I express my spiritual closeness and solidarity to the brothers and sisters in the faith who have been so harshly tried. I implore the Lord to accompany and sustain them at this time of suffering and to give them the strength to continue in the service of love on behalf of all. I ask religious leaders and civil authorities to work together to re-establish among the members of the various communities the peaceful coexistence and harmony that have always been a hallmark of Indian society.

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BENEDICT XVI



GENERAL AUDIENCE



Paul VI Audience Hall



Wednesday, 3 September 2008



Saint Paul (3)



St Paul's "Conversion".


Dear Brothers and Sisters,

Today's Catechesis is dedicated to the experience that Paul had on his way to Damascus, and therefore on what is commonly known as his conversion. It was precisely on the road to Damascus, at the beginning of the 30s in the first century and after a period in which he had persecuted the Church that the decisive moment in Paul's life occurred. Much has been written about it and naturally from different points of view. It is certain that he reached a turning point there, indeed a reversal of perspective. And so he began, unexpectedly, to consider as "loss" and "refuse" all that had earlier constituted his greatest ideal, as it were the raison d'être of his life (cf. Phil 3: 7-8). What had happened?

In this regard we have two types of source. The first kind, the best known, consists of the accounts we owe to the pen of Luke, who tells of the event at least three times in the Acts of the Apostles (cf. 9: 1-19; 22: 3-21; 26: 4-23). The average reader may be tempted to linger too long on certain details, such as the light in the sky, falling to the ground, the voice that called him, his new condition of blindness, his healing like scales falling from his eyes and the fast that he made. But all these details refer to the heart of the event: the Risen Christ appears as a brilliant light and speaks to Saul, transforms his thinking and his entire life. The dazzling radiance of the Risen Christ blinds him; thus what was his inner reality is also outwardly apparent, his blindness to the truth, to the light that is Christ. And then his definitive "yes" to Christ in Baptism restores his sight and makes him really see.

In the ancient Church Baptism was also called "illumination", because this Sacrament gives light; it truly makes one see. In Paul what is pointed out theologically was also brought about physically: healed of his inner blindness, he sees clearly. Thus St Paul was not transformed by a thought but by an event, by the irresistible presence of the Risen One whom subsequently he would never be able to doubt, so powerful had been the evidence of the event, of this encounter. It radically changed Paul's life in a fundamental way; in this sense one can and must speak of a conversion. This encounter is the centre St Luke's account for which it is very probable that he used an account that may well have originated in the community of Damascus. This is suggested by the local colour, provided by Ananias' presence and by the names, of both the street and the owner of the house in which Paul stayed (Acts 9: 11).

The second type of source concerning the conversion consists in St Paul's actual Letters. He never spoke of this event in detail, I think because he presumed that everyone knew the essentials of his story: everyone knew that from being a persecutor he had been transformed into a fervent apostle of Christ. And this had not happened after his own reflection, but after a powerful event, an encounter with the Risen One. Even without speaking in detail, he speaks on various occasions of this most important event, that, in other words he too is a witness of the Resurrection of Jesus, the revelation of which he received directly from Jesus, together with his apostolic mission. The clearest text found is in his narrative of what constitutes the centre of salvation history: the death and Resurrection of Jesus and his appearances to witnesses (cf. 1 Cor 15). In the words of the ancient tradition, which he too received from the Church of Jerusalem, he says that Jesus died on the Cross, was buried and after the Resurrection appeared risen first to Cephas, that is Peter, then to the Twelve, then to 500 brethren, most of whom were still alive at Paul's time, then to James and then to all the Apostles. And to this account handed down by tradition he adds, "Last of all... he appeared also to me" (1 Cor 15: 8). Thus he makes it clear that this is the foundation of his apostolate and of his new life. There are also other texts in which the same thing appears: "Jesus Christ our Lord, through whom we have received grace and apostleship" (cf. Rm 1: 4-5); and further: "Have I not seen Jesus Our Lord?" (1 Cor 9: 1), words with which he alludes to something that everyone knows. And lastly, the most widely known text is read in Galatians: "But when he who had set me apart before I was born, and had called me through his grace, was pleased to reveal his Son to me, in order that I might preach him among the Gentiles, I did not confer with flesh and blood, nor did I go up to Jerusalem to those who were Apostles before me, but I went away into Arabia; and again I returned to Damascus" (1: 15-17). In this "self-apology" he definitely stresses that he is a true witness of the Risen One, that he has received his own mission directly from the Risen One.

Thus we can see that the two sources, the Acts of the Apostles and the Letters of St Paul, converge and agree on the fundamental point: the Risen One spoke to Paul, called him to the apostolate and made him a true Apostle, a witness of the Resurrection, with the specific task of proclaiming the Gospel to the Gentiles, to the Greco-Roman world. And at the same time, Paul learned that despite the immediacy of his relationship with the Risen One, he had to enter into communion with the Church, he himself had to be baptized, he had to live in harmony with the other Apostles. Only in such communion with everyone could he have been a true apostle, as he wrote explicitly in the First Letter to the Corinthians: "Whether then it was I or they, so we preach and so you believed" (15: 11). There is only one proclamation of the Risen One, because Christ is only one.

As can be seen, in all these passages Paul never once interprets this moment as an event of conversion. Why? There are many hypotheses, but for me the reason is very clear. This turning point in his life, this transformation of his whole being was not the fruit of a psychological process, of a maturation or intellectual and moral development. Rather it came from the outside: it was not the fruit of his thought but of his encounter with Jesus Christ. In this sense it was not simply a conversion, a development of his "ego", but rather a death and a resurrection for Paul himself. One existence died and another, new one was born with the Risen Christ. There is no other way in which to explain this renewal of Paul. None of the psychological analyses can clarify or solve the problem. This event alone, this powerful encounter with Christ, is the key to understanding what had happened: death and resurrection, renewal on the part of the One who had shown himself and had spoken to him. In this deeper sense we can and we must speak of conversion. This encounter is a real renewal that changed all his parameters. Now he could say that what had been essential and fundamental for him earlier had become "refuse" for him; it was no longer "gain" but loss, because henceforth the only thing that counted for him was life in Christ.

Nevertheless we must not think that Paul was thus closed in a blind event. The contrary is true because the Risen Christ is the light of truth, the light of God himself. This expanded his heart and made it open to all. At this moment he did not lose all that was good and true in his life, in his heritage, but he understood wisdom, truth, the depth of the law and of the prophets in a new way and in a new way made them his own. At the same time, his reasoning was open to pagan wisdom. Being open to Christ with all his heart, he had become capable of an ample dialogue with everyone, he had become capable of making himself everything to everyone. Thus he could truly be the Apostle to the Gentiles.

Turning now to ourselves, let us ask what this means for us. It means that for us too Christianity is not a new philosophy or a new morality. We are only Christians if we encounter Christ. Of course, he does not show himself to us in this overwhelming, luminous way, as he did to Paul to make him the Apostle to all peoples. But we too can encounter Christ in reading Sacred Scripture, in prayer, in the liturgical life of the Church. We can touch Christ's Heart and feel him touching ours. Only in this personal relationship with Christ, only in this encounter with the Risen One do we truly become Christians. And in this way our reason opens, all Christ's wisdom opens as do all the riches of truth.

Therefore let us pray the Lord to illumine us, to grant us an encounter with his presence in our world, and thus to grant us a lively faith, an open heart and great love for all, which is capable of renewing the world.

To special groups

Dear Brothers and Sisters,

I welcome all the English-speaking visitors present at today's Audience including the Missionary Sisters Servants of the Holy Spirit and a group of Maltese altar boys currently serving in Saint Peter's Basilica. May your visit to Rome strengthen your commitment to share the Good News of Jesus Christ. Upon all of you, I invoke God's abundant blessings of joy and peace.

Lastly I greet the young people, the sick and the newlyweds. Dear young people, in resuming your usual daily activities after the holidays, may you return to the regular pace of your intimate dialogue with God, diffusing his light around you. You, dear sick people, may you find support and comfort in Jesus, who continues his work of redemption in every person's life. And you, dear newlyweds, may you strive to keep constantly in touch with the Lord who gives salvation to all and to draw on his love so that your own may be ever more sound and lasting.

© Copyright 2008 - Libreria Editrice Vaticana

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BENEDICT XVI



GENERAL AUDIENCE



Paul VI Audience Hall



Wednesday, 10 September 2008



Saint Paul (4)



Saint Paul's Concept of Apostolate.


Dear Brothers and Sisters,

Last Wednesday I spoke of the great turning point in St Paul's life after his encounter with the Risen Christ. Jesus entered his life and transformed him from persecutor to Apostle. That meeting marked the start of his mission; Paul could not continue to live as he did before, he now felt that the Lord had invested him with the task of proclaiming his Gospel as an Apostle. It is precisely this new condition of life, that is, his being an apostle of Christ, that I would like to talk about today. Usually, in accordance with the Gospels, it is the Twelve that we identify with the title "Apostles", thereby desiring to point out those who were Jesus' companions in life and who listened to his teaching. Yet Paul too felt that he was a true Apostle and it clearly appears, therefore, that the Pauline concept of "apostolate" was not limited to the group of the Twelve. Obviously, Paul is able to markedly distinguish between his own case and that of those "who were Apostles before" him (Gal 1: 17); he recognizes that they have a very special place in the life of the Church. Yet, as everyone knows, St Paul understood himself as an Apostle in the strict sense. It is certain that at the time of the early Christians, no one covered as many kilometres as he did over land and across the seas, with the sole aim of proclaiming the Gospel.

Therefore he had a concept of apostolate that went beyond the exclusive association of the term with the group of the Twelve that was passed down primarily by St Luke in the Acts (cf. Acts 1: 2, 26; 6: 2). Indeed, in the First Letter to the Corinthians Paul makes a clear distinction between "the Twelve" and "all the apostles" mentioned as two different groups of beneficiaries of the Risen One's apparitions" (cf. 15: 5, 7). In that same passage he then goes on to mention himself humbly as the "the least of the apostles", even comparing himself to "one untimely born", and declaring himself "unfit to be called an apostle, because I persecuted the Church of God. But by the grace of God I am what I am, and his grace toward me was not in vain. On the contrary, I worked harder than any of them, though it was not I, but the grace of God which is with me" (1 Cor 15: 9-10). The metaphor of the miscarriage expresses extreme humility; this will also be found in St Ignatius of Antioch's Epistle to the Romans: "I am not worthy, as being the very last of them, and one born out of due time. But I have obtained mercy to be somebody, if I shall attain to God" (9, 2). What the Bishop of Antioch was to say in relation to his imminent martyrdom, foreseeing that it would reverse his condition of unworthiness, St Paul says in relation to his own apostolic commitment: it is in this that is manifest the fruitfulness of the grace of God who knows precisely how to transform an unsuccessful man into a splendid apostle. From a persecutor to a founder of Churches: God brought this about in one who, from the evangelical point of view, might have been considered a reject!

Therefore, according to St Paul's conception, what is it that makes him and others apostles? In his Letters three principal characteristics of the true apostle appear. The first is to have "seen Jesus our Lord" (cf. 1 Cor 9: 1), that is, to have had a life-changing encounter with him. Similarly, in his Letter to the Galatians (cf. 1: 15-16) Paul was to say that he had been called or chosen, almost, through God's grace with the revelation of his Son, in view of proclaiming the Good News to the Gentiles. In short, it is the Lord who appoints to the apostolate and not one's own presumption. The apostle is not made by himself but is made such by the Lord; consequently the apostle needs to relate constantly to the Lord. Not without reason does Paul say that he is "called to be an apostle" (Rm 1: 1), in other words, "an apostle - not from men nor through human means, but "through Jesus Christ and God the Father" (Gal 1: 1). This is the first characteristic: to have seen the Lord, to have been called by him.

The second characteristic is "to have been sent". The same Greek term apostolos means, precisely, "sent, dispatched", that is as ambassador and bearer of a message; he must therefore act as having been charged and as representing a sender. It is for this reason that Paul describes himself as an "apostle of Christ Jesus" (1 Cor 1: 1; 2 Cor 1: 1), that is, his delegate, placed totally at his service, even to the point that he also calls himself "a servant of Christ Jesus" (Rm 1: 1). Once again the idea of someone else's initiative comes to the fore, the initiative of God in Jesus Christ, to whom Paul is fully indebted; but special emphasis is placed on the fact that Paul has received from him a mission to carry out in his name, making every personal interest absolutely secondary.

The third requisite is the task of "proclaiming the Gospel", with the consequent foundation of Churches. Indeed, the title of "apostle" is not and cannot be honorary. It involves concretely and even dramatically the entire life of the person concerned. In his First Letter to the Corinthians Paul exclaims: "Am I not an apostle? Have I not seen Jesus our Lord? Are not you my workmanship in the Lord?" (9: 1). Similarly in the Second Letter to the Corinthians he says: "You yourselves are our letters of recommendation... a letter from Christ delivered by us, written not with ink but with the Spirit of the living God" (3: 2-3).

Thus it should not come as a surprise that Chrysostom speaks of "a soul of diamond" (Panegyrics, 1, 8), and continues saying: "in the same way that fire, in setting light to different materials burns ever stronger.... So Paul's words won over to his cause all those with whom he came into contact, and those who were hostile to him, captivated by his discourses, became the fuel of this spiritual fire" (ibid., 7,11). This explains why Paul defines the apostles as "fellow workers" of God (1 Cor 3: 9; 2 Cor 6: 1), whose grace acts within them. A typical element of a true apostle, which St Paul highlights effectively, is a sort of identification between Gospel and evangelizer, both destined to the same fate. In fact no one emphasized as well as Paul that the proclamation of the Cross of Christ appears "a stumbling block... and folly" (1 Cor 1: 23), to which many react with incomprehension and rejection. This happened then and it should not come as a surprise that it also happens today. Consequently, the apostle shares in this destiny, in appearing as "a stumbling block... and folly", and Paul is aware of it; this is the experience of his life. He writes to the Corinthians, not without a vein of irony: "For I think that God has exhibited us apostles as last of all, like men sentenced to death; because we have become a spectacle to the world, to angels and to men. We are fools for Christ's sake, but you are wise in Christ. We are weak, but you are strong. You are held in honour, but we in disrepute. "To the present hour we hunger and thirst, we are ill-clad and buffeted and homeless, and we labour, working with our own hands. When reviled, we bless; when persecuted, we endure; when slandered, we try to conciliate; we have become, and are now, as the refuse of the world, the scum of all" (1 Cor 4: 9-13). This is a self-portrait of St Paul's apostolic life: in all this suffering the joy of being a herald of God's blessing and of the grace of the Gospel prevails.

Paul, moreover, shares with the Stoic philosophy of his time the idea of a tenacious constancy in all the difficulties that arise; but he overcomes the merely humanistic perspective by recalling the element of the love of God and of Christ: "Who shall separate us from the love of Christ? Shall tribulation, or distress, or persecution, or famine, or nakedness, or peril, or sword? As it is written, "For your sake we are being killed all the day long; we are regarded as sheep to be slaughtered'. No, in all these things we are more than conquerors through him who loved us. "For I am sure that neither death, nor life, nor angels, nor principalities, nor things present, nor things to come, nor powers, nor height, nor depth, nor anything else in all creation, will be able to separate us from the love of God in Christ Jesus our Lord" (Rm 8: 35-39). This is the certainty, the profound joy that guides the Apostle Paul through all these vicissitudes: nothing can separate us from the love of God and this love is the true treasure of human life.

As can be seen, St Paul gave himself to the Gospel with his entire existence; we could say 24 hours a day! And he exercised his ministry with faithfulness and joy, "that I might by all means save some" (1 Cor 9: 22). And with regard to the Church, even knowing that he had a relationship of fatherhood with her (cf. 1 Cor 4: 15), if not actually of motherhood (cf. Gal 4: 19), he adopted an attitude of complete service, declaring admirably: "Not that we lord it over your faith; we work with you for your joy" (2 Cor 1: 24). This remains the mission of all Christ's apostles in all times: to be his fellow workers in true joy.
To special groups

I am happy to greet all the English-speaking visitors and pilgrims present at today’s audience, including the All Party Parliamentary Group from the United Kingdom, and the participants in the seminar on Social Communications at the Santa Croce Pontifical University. I also greet the groups from England, Ireland, Denmark, Sweden, South Africa, Zambia, India and the United States of America. May your pilgrimage renew your love for the Lord and his Church, and may God bless you all!

Lastly I greet the young people, the sick and the newlyweds. The day before yesterday we celebrated the liturgical feast of the Birth of the Blessed Virgin Mary and in a few days we shall be celebrating the Memorial of the Name of Mary. The Second Vatican Council says that Our Lady goes before us on the path of faith because "she believed that there would be a fulfilment of what was spoken to her from the Lord" (Lk 1: 45).

I ask the Blessed Virgin for you young people for the gift of an ever more mature faith; for you sick people, for a faith that is ever stronger and, for you newly-weds, for a faith that is ever deeper.

* * *

Message to France with a view to the upcoming Apostolic Visit

Dear Brothers and Sisters,

Next Friday I shall be setting out on my first Pastoral Visit to France as Successor of Peter. On the eve of my arrival there, I would like to address my cordial greeting to the French people and to all the inhabitants of this beloved nation. I am coming to you as a messenger of peace and brotherhood. Your country is not unknown to me. On several occasions I have had the joy to visit your country and appreciate its generous tradition of hospitality and tolerance, as well as the soundness of its Christian faith and its sophisticated human and spiritual culture. This time, the occasion for which I am coming is the celebration of the 150th anniversary of the apparitions of the Virgin Mary in Lourdes. After visiting Paris, your country's capital, it will give me great joy to join the throng of pilgrims who come to follow the stages of the Jubilee itinerary, treading in St Bernadette's footsteps to the Grotto of Massabielle. At the feet of Our Lady, my prayers for the intentions of the whole Church will be intense, especially for the sick and the people most neglected, but also for peace in the world. For all of you, and particularly for the young people, may Mary be the Mother who is ever open to the needs of her children, a light of hope that illumines and guides you on your way! Dear French friends, I invite you to join in my prayers that this journey will bear abundant fruits. In the happy expectation of being among you soon, I invoke upon each one of you, upon your families and upon your communities, the maternal protection of the Virgin Mary, Our Lady of Lourdes. God bless you!

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BENEDICT XVI



GENERAL AUDIENCE



St. Peter's Square



Wednesday, 24 September 2008



Saint Paul (5)



Paul, the Twelve and the pre-Pauline Church.


Dear Brothers and Sisters,

Today I would like to speak about the relationship between St Paul and the Apostles who had preceded him in following Jesus. These relations were always marked by profound respect and that frankness in Paul that stemmed from defending the truth of the Gospel. Although he was virtually a contemporary of Jesus of Nazareth, he never had the opportunity to meet him during his public life. For this reason, after being blinded on the road to Damascus, he felt the need to consult the Teacher's first Disciples, those whom he had chosen to take the Gospel to the ends of the earth.

In his Letter to the Galatians, Paul wrote an important account of the contacts he had had with some of the Twelve: first of all with Peter who had been chosen as Kephas, the Aramaic term which means rock, on whom the Church was being built (cf. Gal 1: 18), with James, "the Lord's brother" (cf. Gal 1: 19), and with John (cf. Gal 2: 9). Paul does not hesitate to recognize them as "pillars" of the Church. Particularly important is his meeting with Cephas (Peter), in Jerusalem: Paul stayed with him for 15 days in order to "consult him" (cf. Gal 1: 19), that is, to learn about the earthly life of the Risen One who had "taken hold" of him on the road to Damascus and was radically transforming his life; from a persecutor of God's Church he had become an evangelizer of that faith in the crucified Messiah and Son of God which in the past he had sought to destroy (cf. Gal 1: 23).

What sort of information did Paul gather about Jesus Christ during the three years that succeeded the Damascus encounter? In the First Letter to the Corinthians, we may note two passages that Paul learned in Jerusalem and that were already formulated as central elements of the Christian tradition, a constitutive tradition. Paul passed them on verbally, as he had received them, with a very solemn formula: "For I delivered to you as of first importance what I also received". He insists, therefore, on the fidelity to what he himself has received and faithfully transmits to new Christians. These are constitutive elements and concern the Eucharist and the Resurrection; they are passages that were already formulated in the 30s. Thus we come to Jesus' death, his burial in the heart of the earth and his Resurrection (cf. 1 Cor 15: 3-4). Let us take both passages: for Paul, Jesus' words at the Last Supper (cf. 1 Cor 11: 23-25) are truly the centre of the Church's life: the Church is built on this centre, thus becoming herself. In addition to this Eucharistic centre, in which the Church is constantly reborn - also in all of St Paul's theology, in all of his thought - these words have a considerable impact on Paul's personal relationship with Jesus. On the one hand they testify that the Eucharist illumines the curse of the Cross, making it a blessing (Gal 3: 13-14), and on the other, they explain the importance of Jesus' death and Resurrection. In St Paul's Letters, the "for you" of the Institution of the Eucharist is personalized, becoming "for me" (Gal 2: 20) - since Paul realized that in that "you" he himself was known and loved by Jesus - as well as being "for all" (2 Cor 5: 14). This "for you" becomes "for me" and "for her [the Church]" (Eph 5: 25), that is, "for all", in the expiatory sacrifice of the Cross (cf. Rm 3: 25). The Church is built from and in the Eucharist and recognizes that she is the "Body of Christ" (1 Cor 12: 27), nourished every day by the power of the Spirit of the Risen One.

The other text, on the Resurrection, once again passes on to us the same formula of fidelity. St Paul writes: "For I delivered to you as of first importance what I also received, that Christ died for our sins in accordance with the Scriptures, that he was buried, that he was raised on the third day in accordance with the Scriptures, and that he appeared to Cephas, then to the Twelve" (1 Cor 15: 3-5). This "for our sins" also recurs in this tradition passed on to Paul, which places the emphasis on the gift that Jesus made of himself to the Father in order to set us free from sin and death. From this gift of Jesus himself, Paul draws the most engaging and fascinating expressions of our relationship with Christ: "For our sake he made him to be sin who knew no sin, so that in him we might become the righteousness of God" (2 Cor 5: 21); "You know the grace of our Lord Jesus Christ, that though he was rich, yet for your sake he became poor, so that by his poverty you might become rich" (2 Cor 8: 9). Worth remembering is the comment Martin Luther made, then an Augustinian monk, on these paradoxical words of Paul: "This is that mystery which is rich in divine grace to sinners, wherein by a wonderful exchange our sins are no longer ours but Christ's, and the righteousness of Christ is not Christ's but ours" (Comments on the Psalms of 1513-1515). And thus we are saved.

In the original kerygma (announcement), passed on by word of mouth, the use of the verb "is risen" rather than "was risen" - which would have been more logical to use, in continuity with "died... and was buried" - deserves mention. The verb form "is risen" has been chosen to stress that Christ's Resurrection has an effect on the existence of believers even today; we might translate it as: "is risen and continues to live" in the Eucharist and in the Church. Thus all the Scriptures bear witness to the death and Resurrection of Christ because, as Ugo di San Vittore was to write, "the whole of divine Scripture constitutes one book and this one book is Christ, for the whole of Scripture speaks of Christ and is fulfilled in Christ" (De arca Noe, 2,8). If St Ambrose of Milan could say that "in Scripture we read Christ", it is because the early Church reinterpreted all the Scriptures of Israel, starting from and returning to Christ.

The enumeration of the apparitions of the Risen One to Cephas, to the Twelve, to more than 500 brethren and to James, culminates with the mention of the apparition to Paul himself on the road to Damascus: "Last of all, as to one untimely born" (1 Cor 15: 8). Since he had persecuted God's Church, in this confession he expresses his unworthiness to be considered an Apostle on a par with those who had preceded him: but God's grace within him was not in vain (1 Cor 15: 10). Thus, the overwhelming affirmation of divine grace unites Paul with the first witnesses of Christ's Resurrection: "Whether then it was I or they, so we preach and so you believed" (1 Cor 15: 11). The identity and unity of the Gospel proclamation is important; both they and I preach the same faith, the same Gospel of Jesus Christ who died and is risen and who gives himself in the Most Holy Eucharist.

The importance that he confers on the living Tradition of the Church, which she passes on to her communities, shows how mistaken is the view that attributes the invention of Christianity to Paul; before evangelizing Jesus Christ, his Lord, Paul has met him on the road to Damascus and visited him in the Church, observing his life in the Twelve and in those who followed him on the roads of Galilee. In the next Catecheses we will have the opportunity to examine the contributions that Paul made to the Church of the origins. However, the mission he received from the Risen One to evangelize the Gentiles needed to be confirmed and guaranteed by those who offered him and Barnabas their right hand in fellowship, as a sign of approval of their apostolate and their evangelization and of their acceptance into the one communion of Christ's Church (cf. Gal 2: 9). One then understands that the expression "even though we once regarded Christ from a human point of view" (2 Cor 5: 16) does not mean that his earthly life has little importance for our development in the faith, but that since his Resurrection our way of relating to him has changed. He is at the same time the Son of God "who was descended from David according to the flesh and designated Son of God in power according to the Spirit of holiness by his Resurrection from the dead", as Paul was to recall at the beginning of his Letter to the Romans (1: 3-4).

The more we try to trace the footsteps of Jesus of Nazareth on the roads of Galilee, the better we shall be able to understand that he took on our humanity, sharing it in all things except sin. Our faith is not born from a myth or from an idea, but from the encounter with the Risen One in the life of the Church.

To special groups

I offer a warm welcome to all the English-speaking pilgrims and visitors here today, including the choir from New Zealand and the groups from Britain and Ireland, Scandinavia, Africa, Australia and the Far East. I greet in particular the new students from the Venerable English College and the priests from Ireland who are taking part in a renewal course. May your pilgrimage renew your faith in Christ present in his Church, after the example of the Apostle St Paul. May God bless you all!

My thoughts go lastly to the young people, the sick and the newlyweds. Dear young people, always be faithful to the Gospel ideal and put it into practice in your daily activities. Dear sick people, may the Lord's grace be a support to you in your suffering every day. And to you, dear newlyweds, I address a fatherly welcome, inviting you to open your souls to divine love so that it may enliven your family existence.

© Copyright 2008 - Libreria Editrice Vaticana

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BENEDICT XVI



GENERAL AUDIENCE



Paul VI Audience Hall



Wednesday, 1st October 2008



Saint Paul (6)



The "Council" of Jerusalem and the Incident in Antioch.


Dear Brothers and Sisters,

Paul's relationship with the Twelve was always one of respect and veneration that did not fail when he defended the truth of the Gospel, which is nothing if not Jesus Christ, the Lord. Let us reflect today on two episodes that show the veneration and at the same time the freedom with which the Apostle addresses Cephas and the other Apostles: the so-called "Council" of Jerusalem and the incident in Antioch, Syria, mentioned in the Letter to the Galatians (cf. 2: 1-10; 2: 11-14).

In the Church, every Council and Synod is an "event of the Spirit" which considers the petitions of all the People of God as it takes place. This was experienced first-hand by all those who received the gift of participating in the Second Vatican Council. For this reason, St Luke, in telling us about the Church's First Council, held in Jerusalem, introduces the Letter which the Apostles sent on that occasion to the Christian communities in the diaspora: "It has seemed good to the Holy Spirit and to us..." (Acts 15: 28). The Spirit, who works in the whole Church, takes the Apostles by the hand, leading them on new roads to implement his plans; he is the principal artisan who builds the Church.

And the Assembly of Jerusalem also took place at a time of no small tension in the primitive community. It was a matter of settling the question of whether or not circumcision was compulsory for the Gentiles who were adhering to Jesus Christ, the Lord, or whether it was lawful for them not to be bound by the Mosaic law, that is, the observance of the norms required in order to be upright, law-abiding people, and especially, not to be bound by those norms that concerned religious purification, clean and unclean foods and the Sabbath. Paul also refers to the Assembly of Jerusalem in Gal 2: 1-10, 14 years after his encounter with the Risen One at Damascus - we are in the second half of the 40s A.D. - Paul set out with Barnabas from Antioch in Syria, taking with him Titus, his faithful collaborator who, although he was a Greek, had not been obliged to be circumcised in order to join the Church. On that occasion Paul explained to the Twelve, whom he describes as those who were "of repute", his Gospel of freedom from the Law (cf. Gal 2: 6). In the light of the encounter with the Risen Christ, Paul realized that as soon as they adhered to the Gospel of Jesus Christ, the Gentiles no longer needed as a hallmark of justice either circumcision or the rules that governed food and the Sabbath: Christ is our justice and all things that conform to him are "just". No other signs are necessary in order to be just. In the Letter to the Galatians, St Paul tells in a few lines how the assembly went. He says enthusiastically that the Gospel of freedom from the Law was approved by James, Cephas and John, "the pillars", who offered him and Barnabas the right hand of ecclesial communion in Christ (cf. Gal 2: 9). Since, as we have noted, for Luke the Council of Jerusalem expresses the action of the Holy Spirit, for Paul it represents the crucial recognition of freedom shared among all who participate in it: a freedom from the obligations that derive from circumcision and from the Law; that freedom for which "Christ has set us free" so that we might stand fast and not submit again to a yoke of slavery (cf. Gal 5: 1). The two accounts of Paul and Luke of the Assembly of Jerusalem have in common the liberating action of the Spirit, for "where the Spirit of the Lord is, there is freedom", Paul was to say in his Second Letter to the Corinthians (cf. 3: 17).

However, as very clearly appears in St Paul's Letters, Christian freedom is never identified with libertinage or with the will to do as one pleases; it is actuated in conformity to Christ and hence in authentic service to the brethren and above all to the neediest. For this reason Paul's account of the Assembly ends by recalling the Apostles' recommendation to him: "only they would have us remember the poor, which very thing I was eager to do" (Gal 2: 10). Every Council is born from the Church and returns to the Church: in this case it returns with an attention for the poor who are primarily of the Church of Jerusalem, as seen in various annotations in Paul's Letters. In his concern for the poor, to which he testifies in particular in his Second Letter to the Corinthians (cf. 8-9), and in the final part of his Letter to the Romans (cf. Rm 15), Paul demonstrates his fidelity to the decisions made at the Assembly.

Perhaps we are no longer able to understand fully the meaning that Paul and his communities attributed to the collection for the poor of Jerusalem. It was a completely new initiative in the area of religious activities: it was not obligatory, but free and spontaneous; all the Churches that were founded by Paul in the West took part. The collection expressed the community's debt to the Mother Church of Palestine, from which they had received the ineffable gift of the Gospel. The value that Paul attributes to this gesture of sharing is so great that he seldom calls it merely a "collection". Rather, for him it is "service", "blessing", "gift", "grace", even "liturgy" (cf. 2 Cor 9).

Particularly surprising is the latter term which gives a value that is even religious to a collection of money: on the one hand it is a liturgical act or "service" offered by every community to God and on the other, it is a loving action made for people. Love for the poor and the divine liturgy go hand in hand, love for the poor is liturgy. The two horizons are present in every liturgy that is celebrated and experienced in the Church which, by her nature, is opposed to any separation between worship and life, between faith and works, between prayer and charity for the brethren. Thus, the Council of Jerusalem came into being to settle the question of how to treat Gentiles who came to the faith, opting for freedom from circumcision and from the observances imposed by the Law, and it was settled by the ecclesial and pastoral need that is centred on faith in Jesus Christ and love for the poor of Jerusalem and the whole Church.

The second episode is the well known incident in Antioch, Syria, that attests to the inner freedom Paul enjoyed: how should one behave when eating with believers of both Jewish and Gentile origin?

Here the other epicentre of Mosaic observance emerges: the distinction between clean and unclean foods which deeply separated practising Jews from Gentiles. At the outset Cephas, Peter, shared meals with both; but with the arrival of certain Christians associated with James, "the Lord's brother" (Gal 1: 19), Peter began to avoid contact with Gentiles at table in order not to shock those who were continuing to observe the laws governing the cleanliness of food and his decision was shared by Barnabas. This decision profoundly divided the Christians who had come from circumcision and the Christians who came from paganism. This behaviour, that was a real threat to the unity and freedom of the Church, provoked a passionate reaction in Paul who even accused Peter and the others of hypocrisy: "If you, though a Jew, live like a Gentile and not like a Jew, how can you compel the Gentiles to live like Jews?" (Gal 2: 14). In fact, the thought of Paul on the one hand, and of Peter and Barnabas on the other, were different: for the latter the separation from the Gentiles was a way to safeguard and not to shock believers who came from Judaism; on the contrary, for Paul it constituted the danger of a misunderstanding of the universal salvation in Christ, offered both to Gentiles and Jews. If justification is only achieved by virtue of faith in Christ, of conformity with him, regardless of any effect of the Law, what is the point of continuing to observe the cleanliness of foods at shared meals? In all likelihood the approaches of Peter and Paul were different: the former did not want to lose the Jews who had adhered to the Gospel, and the latter did not want to diminish the saving value of Christ's death for all believers.

It is strange to say but in writing to the Christians of Rome a few years later (in about the middle of the 50s a.D.), Paul was to find himself facing a similar situation and asked the strong not to eat unclean foods in order not to lose or scandalize the weak: "it is right not to eat meat or drink wine or do anything that makes your brother stumble" (Rm 14: 21). The incident at Antioch thus proved to be as much of a lesson for Peter as it was for Paul. Only sincere dialogue, open to the truth of the Gospel, could guide the Church on her journey: "For the kingdom of God does not mean food and drink but righteousness and peace and joy in the Holy Spirit" (Rm 14: 17). It is a lesson that we too must learn: with the different charisms entrusted to Peter and to Paul, let us all allow ourselves to be guided by the Spirit, seeking to live in the freedom that is guided by faith in Christ and expressed in service to the brethren. It is essential to be conformed ever more closely to Christ. In this way one becomes really free, in this way the Law's deepest core is expressed within us: love for God and neighbour. Let us pray the Lord that he will teach us to share his sentiments, to learn from him true freedom and the evangelical love that embraces every human being.

To special groups

I offer a warm welcome to the new students of the Pontifical Irish College. May your priestly formation in the Eternal City prepare you to be generous and faithful servants of God's People in your native land. I also greet the Missionary Sisters of the Society of Mary on the occasion of their General Chapter. Upon all the English-speaking pilgrims, especially those from Ireland, Australia, Japan, Hong Kong, South Korea, Trinidad and Tobago, Canada and the United States, I invoke God's abundant Blessings.

My thoughts go lastly to the young people, the sick and the newlyweds. Today we are commemorating St Thérèse of the Child Jesus, a young cloistered nun of Lisieux, a Doctor of the Church and Patroness of missions. May her evangelical witness sustain you, dear young people, in your commitment of daily faithfulness to Christ; may it encourage you, dear sick people, to follow Jesus on the path of trial and suffering; may it help you, dear newlyweds, to make your family the place of growth in love for God and for your brothers and sisters.

© Copyright 2008 - Libreria Editrice Vaticana

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BENEDICT XVI



GENERAL AUDIENCE



St. Peter's Square



Wednesday, 8 October 2008



Saint Paul (7)



The Relationship with the Historical Jesus.


Dear Brothers and Sisters,

In the last Catecheses on St Paul, I spoke of his encounter with the Risen Christ that profoundly changed his life and then of his relationship with the Twelve Apostles called by Jesus - especially his relationship with James, Cephas and John - and of his relationship with the Church in Jerusalem.

The question remains as to what St Paul knew about the earthly Jesus, about his life, his teachings, his Passion. Before entering into this topic, it might be useful to bear in mind that St Paul himself distinguishes between two ways of knowing Jesus, and more generally, two ways of knowing a person. He writes in his Second Letter to the Corinthians: "from now on, therefore, we regard no one from a human point of view; even though we once regarded Christ from a human point of view, we regard him thus no longer" (5: 16). Knowing "from a human point of view", in the manner of the flesh, means knowing solely in an external way, by means of external criteria: one may have seen a person various times and hence be familiar with his features and various characteristics of his behaviour: how he speaks, how he moves, etc. Although one may know someone in this way, nevertheless one does not really know him, one does not know the essence of the person. Only with the heart does one truly know a person. Indeed, the Pharisees and the Sadducees were externally acquainted with Jesus, they learned his teaching and knew many details about him but they did not know him in his truth. There is a similar distinction in one of Jesus' sayings. After the Transfiguration he asked the Apostles: "who do men say that the Son of man is?", and: "who do you say that I am?". The people know him, but superficially; they know various things about him, but they do not really know him. On the other hand, the Twelve, thanks to the friendship that calls the heart into question, have at least understood in substance and begun to discover who Jesus is. This different manner of knowing still exists today: there are learned people who know many details about Jesus and simple people who have no knowledge of these details but have known him in his truth: "Heart speaks to heart". And Paul wants to say that to know Jesus essentially in this way, with the heart, is to know the person essentially in his truth; and then, a little later, to get to know him better.

Having said this the question still remains: what did St Paul know about Jesus' practical life, his words, his Passion and his miracles? It seems certain that he did not meet him during his earthly life.

Through the Apostles and the nascent Church Paul certainly must have come to know the details of Jesus' earthly life. In his Letters, we may find three forms of reference to the pre-Paschal Jesus. In the first place, there are explicit and direct references. Paul speaks of the Jesus' Davidic genealogy (cf. Rm 1: 3), he knows of the existence of his "brethren" or kin (1 Cor 9: 5; Gal 1: 19), he knows the sequence of events of the Last Supper (cf. 1 Cor 11: 23) and he knows other things that Jesus said, for example on the indissolubility of marriage (cf. 1 Cor 7: 10 with Mk 10: 11-12), on the need for those who proclaim the Gospel to be supported by the community since the labourer deserves his wages (cf. 1 Cor 9: 14, with Lk 10: 7). Paul knows the words that Jesus spoke at the Last Supper (cf. 1 Cor 11: 24-25, with Lk 22: 19-20), and also knows Jesus' Cross. These are direct references to words and events of Jesus' life.

In the second place, we can glimpse in a few sentences of the Pauline Letters various allusions to the tradition attested to in the Synoptic Gospels. For example, the words we read in the First Letter to the Thessalonians which say that "the day of the Lord will come like a thief in the night" (5: 2), could not be explained with a reference to the Old Testament prophesies, since the comparison with the nocturnal thief is only found in the Gospels of Matthew and of Luke, hence it is indeed taken from the Synoptic tradition. Thus, when we read: "God chose what is foolish in the world..." (1 Cor 1: 27-28), one hears the faithful echo of Jesus' teaching on the simple and the poor (cf. Mt 5: 3; 11: 25; 19: 30). Then there are the words that Jesus spoke at the messianic jubilee: "I thank you, Father, Lord of Heaven and earth, that you have hidden these things from the wise and learned and revealed them to babes". Paul knows - from his missionary experience - how true these words are, that is, that the hearts of the simple are open to knowledge of Jesus. Even the reference to Jesus' obedience "unto death", which we read in Philippians 2: 8, can only recall the earthly Jesus' unreserved readiness to do his Father's will (cf. Mk 3: 35; Jn 4: 34). Paul is thus acquainted with Jesus' Passion, his Cross, the way in which he lived the last moments of his life. The Cross of Jesus and the tradition concerning this event of the Cross lies at the heart of the Pauline kerygma. Another pillar of Jesus' life known to St Paul is the "Sermon on the Mount", from which he cited certain elements almost literally when writing to the Romans: "love one another.... Bless those who persecute you.... Live in harmony with one another... overcome evil with good...". Therefore in his Letters the Sermon on the Mount is faithfully reflected (cf. Mt 5-7).

Lastly, it is possible to individuate a third manner in which Jesus' words are present in St Paul's Letters: it is when he brings about a form of transposition of the pre-Paschal tradition to the situation after Easter. A typical case is the theme of the Kingdom of God. It was certainly at the heart of the historical Jesus' preaching (cf. Mt 3: 2; Mk 1: 15; Lk 4: 43). It is possible to note in Paul a transposition of this subject because, after the Resurrection, it is obvious that Jesus in person, the Risen One, is the Kingdom of God. The Kingdom therefore arrives where Jesus is arriving. Thus the theme of the Kingdom of God, in which Jesus' mystery was anticipated, is transformed into Christology. Yet, the same attitudes that Jesus requested for entering the Kingdom of God apply precisely to Paul with regard to justification through faith: both entry into the Kingdom and justification demand an approach of deep humility and openness, free from presumptions, in order to accept God's grace. For example, the parable of the Pharisee and the publican (cf. Lk 18: 9-14), imparts a teaching that is found exactly as it is in Paul, when he insists on the proper exclusion of any boasting to God. Even Jesus' sentences on publicans and prostitutes, who were more willing to accept the Gospel than the Pharisees (cf. Mt 21: 31; Lk 7: 36-50,) and his decision to share meals with them (cf. Mt 9: 10-13; Lk 15: 1-2) are fully confirmed in Paul's teaching on God's merciful love for sinners (cf. Rm 5: 8-10; and also Eph 2: 3-5). Thus the theme of the Kingdom of God is reproposed in a new form, but always in full fidelity to the tradition of the historical Jesus.

Another example of the faithful transformation of the doctrinal nucleus imparted by Jesus is found in the "titles" he uses. Before Easter he described himself as the Son of man; after Easter it becomes obvious that the Son of man is also the Son of God. Therefore Paul's favourite title to describe Jesus is Kýrios, "Lord" (cf. Phil 2: 9-11), which suggests Jesus' divinity. The Lord Jesus, with this title, appears in the full light of the Resurrection. On the Mount of Olives, at the moment of Jesus' extreme anguish, (cf. Mk 14: 36), the disciples, before falling asleep, had heard him talking to the Father and calling him "Abbà Father". This is a very familiar word equivalent to our "daddy", used only by children in talking to their father. Until that time it had been unthinkable for a Jew to use such a word in order to address God; but Jesus, being a true Son, at that moment of intimacy used this form and said: "Abba, Father". Surprisingly, in St Paul's Letters to the Romans and to the Galatians, this word "Abba", that expresses the exclusivity of Jesus' sonship, appears on the lips of the baptized (cf. Rm 8: 15; Gal 4: 6) because they have received the "Spirit of the Son". They now carry this Spirit within them and can speak like Jesus and with Jesus as true children to their Father; they can say "Abba" because they have become sons in the Son.

And finally, I would like to mention the saving dimension of Jesus' death that we find in the Gospel saying, according to which: "the Son of Man came not to be served but to serve, and to give his life as a ransom for many" (Mk 10: 45; Mt 20: 28). A faithful reflection of these words of Jesus appears in the Pauline teaching on the death of Jesus as having been bought at a price (cf. 1 Cor 6: 20), as redemption (cf. Rm 3: 24), as liberation (cf. Gal 5: 1), and as reconciliation (cf. Rm 5: 10; 2 Cor 5: 18-20). This is the centre of Pauline theology that is founded on these words of Jesus.

To conclude, St Paul did not think of Jesus in historical terms, as a person of the past. He certainly knew the great tradition of the life, words, death and Resurrection of Jesus, but does not treat all this as something from the past; he presents it as the reality of the living Jesus. For Paul, Jesus' words and actions do not belong to the historical period, to the past. Jesus is alive now, he speaks to us now and lives for us. This is the true way to know Jesus and to understand the tradition about him. We must also learn to know Jesus not from the human point of view, as a person of the past, but as our Lord and Brother, who is with us today and shows us how to live and how to die.

To special groups

I warmly greet all the English-speaking pilgrims, and in a special way, diaconal candidates from the Pontifical North American College with their families: may the grace of Holy Orders enliven you to preach the Gospel of Christ with conviction and love! I also welcome pilgrims from the Diocese of Hamilton, members of Christ Teens Malaysia, ecumenical pilgrims from Norway, as well as visitors from Indonesia, China, Japan, Australia, Sweden, England, Scotland, Ireland, and The Netherlands. God bless you all!

I greet lastly the young people, the sick and the newlyweds. Dear brothers and sisters, may the month of October, dedicated to the Holy Rosary, be a precious opportunity to appreciate this traditional Marian prayer. I urge you all to recite the Rosary every day, abandoning yourselves with trust in Mary's hands.

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BENEDICT XVI

GENERAL AUDIENCE

St. Peter's Square

Wednesday, 15 October 2008

Saint Paul (8)

Paul's Ecclesiological Dimension.


Dear Brothers and Sisters,

In last Wednesday's Catechesis I spoke of Paul's relationship with the pre-Paschal Jesus in his earthly life. The question was: "What did Paul know about Jesus' life, his words, his Passion?". Today I would like to speak about St Paul's teaching on the Church. We must start by noting that this word "Chiesa" in Italian as in French "Église" and in Spanish "Iglesia" comes from the Greek "ekklesia". It comes from the Old Testament and means the assembly of the People of Israel, convoked by God. It particularly means the exemplary assembly at the foot of Mount Sinai. This word now means the new community of believers in Christ who feel that they are God's assembly, the new convocation of all the peoples by God and before him. The term ekklesia comes for the first time from the pen of Paul, the first author of a Christian text. It makes its first appearance in the incipit of his First Letter to the Thessalonians, where Paul textually addresses "the Church of the Thessalonians" (cf. also "the Church of the Laodiceans" in Col 4: 16). In other Letters he speaks of the Church of God which is at Corinth (1 Cor 1: 2; 2 Cor 1: 1) and of the Churches of Galatia (Gal 1: 2, etc.) particular Churches therefore but he also says he persecuted "the Church of God": not a specific local community, but "the Church of God". Thus we see that this word, "Church", has a multi-dimensional meaning: it indicates a part of God's assembly in a specific place (a city, a country, a house) but it also means the Church as a whole. And thus we see that "the Church of God" is not only a collection of various local Churches but that these various local Churches in turn make up one Church of God. All together they are "the Church of God" which precedes the individual local Churches and is expressed or brought into being in them.

It is important to observe that the word "Church" almost always appears with the additional qualification "of God": she is not a human association, born from ideas or common interests, but a convocation of God. He has convoked her, thus, in all her manifestations she is one. The oneness of God creates the oneness of the Church in all the places in which she is found. Later, in the Letter to the Ephesians, Paul richly elaborated the concept of the Church's oneness, in continuity with the concept of the People of God, Israel, considered by the prophets as "God's bride" called to live in a spousal relationship with him. Paul presents the one Church of God as "Christ's bride" in love, one body and one spirit with Christ himself. It is well known that as a young man Paul was a fierce adversary of the new movement constituted by the Church of Christ. He was opposed to this new movement because he saw it as a threat to fidelity to the tradition of the People of God, inspired by faith in the one God. This fidelity was expressed above all in circumcision, in the observance of the rules of religious purity, abstention from certain foods and respect for the Sabbath. The Israelites had paid for this fidelity with the blood of martyrs in the period of the Maccabees, when the Hellenistic regime wanted to force all peoples to conform to the one Hellenistic culture. Many Israelites spilled their blood to defend the proper vocation of Israel. The martyrs paid with their lives for the identity of their people who expressed themselves through these elements. After his encounter with the Risen Christ, Paul understood that Christians were not traitors; on the contrary, in the new situation the God of Israel, through Christ, had extended his call to all the peoples, becoming the God of all peoples. In this way fidelity to the one God was achieved. Distinctive signs constituted by special rules and observances were no longer necessary since all were called, in their variety, to belong to the one People of God in the "Church of God" in Christ.

One thing was immediately clear to Paul in his new situation: the fundamental, foundational value of Christ and of the "word" that he was proclaiming. Paul knew not only that one does not become Christian by coercion but also that in the internal configuration of the new community the institutional element was inevitably linked to the living "word", to the proclamation of the living Christ through whom God opens himself to all peoples and unites them in one People of God. It is symptomatic that in the Acts of the Apostles Luke twice uses, also with regard to Paul, the phrase "to speak the word" (cf. Acts 4: 29, 31; 8: 25; 11: 19; 13: 46; 14: 25; 16: 6, 32) evidently with the intention of giving the maximum emphasis to the crucial importance of the "word" of proclamation. In practice this word is constituted by the Cross and the Resurrection of Christ in which the Scriptures found fulfilment. The Paschal Mystery, which brought the Apostle to the turning point in his life on the road to Damascus, obviously lies at the heart of his preaching (1 Cor 2: 2; 15: 14). This Mystery, proclaimed in the Word, is brought about in the Sacraments of Baptism and of the Eucharist and then becomes reality in Christian love. Paul's only goal in his work of evangelization is to establish the community of believers in Christ. This idea is inherent in the actual etymology of the term ekklesia, which Paul, and with him all Christendom, preferred to the term "synagogue": not only because the former is originally more "secular" (deriving from the Greek practice of the political assembly which was not exactly religious), but also because it directly involves the more theological idea of a call ab extra, and is not, therefore, a mere gathering; believers are called by God, who gathers them in a community, his Church.

Along these lines we can also understand the original concept of the Church exclusively Pauline as the "Body of Christ". In this regard it is necessary to bear in mind the two dimensions of this concept. One is sociological in character, according to which the body is made up of its elements and would not exist without them. This interpretation appears in the Letter to the Romans and in the First Letter to the Corinthians, in which Paul uses an image that already existed in Roman sociology: he says that a people is like a body with its different parts, each of which has its own function but all together, even its smallest and seemingly most insignificant parts are necessary if this body is to be able to live and carry out its functions. The Apostle appropriately observes that in the Church there are many vocations: prophets, apostles, teachers, simple people, all are called to practise charity every day, all are necessary in order to build the living unity of this spiritual organism. The other interpretation refers to the actual Body of Christ. Paul holds that the Church is not only an organism but really becomes the Body of Christ in the Sacrament of the Eucharist, where we all receive his Body and really become his Body. Thus is brought about the spousal mystery that all become one body and one spirit in Christ. So it is that the reality goes far beyond any sociological image, expressing its real, profound essence, that is, the oneness of all the baptized in Christ, considered by the Apostle "one" in Christ, conformed to the Sacrament of his Body.

In saying this, Paul shows that he knows well and makes us all understand that the Church is not his and is not ours: the Church is the Body of Christ, it is a "Church of God", "God's field, God's building... God's temple" (1 Cor 3: 9, 16). This latter designation is particularly interesting because it attributes to a fabric of interpersonal relations a term that commonly served to mean a physical place, considered sacred. The relationship between church and temple therefore comes to assume two complementary dimensions: on the one hand the characteristic of separateness and purity that the sacred building deserved is applied to the ecclesial community, but on the other, the concept of a material space is also overcome, to transfer this quality to the reality of a living community of faith. If previously temples had been considered places of God's presence, it was now known and seen that God does not dwell in buildings made of stone but that the place of God's presence in the world is the living community of believers.

The description "People of God" would deserve a separate commentary. In Paul it is applied mainly to the People of the Old Testament and then to the Gentiles who were "the non-people" but also became People of God thanks to their insertion in Christ through the word and sacrament.

And finally, one last nuance. In his Letter to Timothy Paul describes the Church as the "household of God" (1 Tm 3: 15); and this is a truly original definition because it refers to the Church as a community structure in which warm, family-type interpersonal relations are lived. The Apostle helps us to understand ever more deeply the mystery of the Church in her different dimensions as an assembly of God in the world. This is the greatness of the Church and the greatness of our call; we are a temple of God in the world, a place in which God truly dwells, and at the same time we are a community, a family of God who is love. As a family and home of God, we must practise God's love in the world and thus, with the power that comes from faith, be a place and a sign of his presence. Let us pray the Lord to grant us to be increasingly his Church, his Body, the place where his love is present in this world of ours and in our history.

To special groups

I offer a warm welcome to all the English-speaking visitors present at today's Audience including the members of the English and Welsh Bishops' Committee for Christian Unity and the representation of Government Officials from the Philippines. I also greet the Mill Hill Missionaries and school groups present from England and Scotland. May your visit to Rome strengthen your commitment to share God's word with others. Upon all of you, I invoke the Lord's Blessings of peace and joy.

Lastly, my thoughts go to the young people, the sick and the newlyweds. Dear friends, today we are celebrating the Feast of St Teresa of Avila. To you, dear young people, this great Saint witnesses that true love cannot be separated from the truth; she shows you, dear sick people, that the Cross of Christ is a mystery of redeeming love; for you, dear newlyweds, she is a model of faithfulness to God, who entrusts a special mission to each one.

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BENEDICT XVI



GENERAL AUDIENCE



St. Peter's Square



Wednesday, 22 October 2008



Saint Paul (9)



The Importance of Christology: Pre-existence and Incarnation.


Dear Brothers and Sisters,

In the Catecheses of these past weeks we have meditated on St Paul's "conversion", the result of his personal encounter with the crucified and Risen Jesus, and we asked ourselves what relationship the Apostle to the Gentiles had with the earthly Jesus. Today I would like to speak of the teaching that St Paul bequeathed to us on the centrality of the Risen Christ in the mystery of salvation, on his Christology. In truth, the Risen Jesus Christ, "exalted above every other name", is at the centre of every reflection Paul makes. Christ, for the Apostle, is the criterion for evaluating events and things, the goal of every effort that he makes to proclaim the Gospel, the great passion that sustains his footsteps on the roads of the world. And this is a real and living Christ: "Christ", Paul says, "who loved me and gave himself for me" (Gal 2: 20). This person who loves me, with whom I can speak, who listens to me and answers me, this is truly the starting point for understanding the world and finding the way through history.

Those who have read St Paul's writings know well that he was not concerned to recount the sequence of individual events in Jesus' life. Nevertheless we may think that in his catechesis he told far more about the pre-Paschal Jesus than he writes in his Letters which are admonitions in precise situations. His pastoral and theological intention was so focused on fostering the nascent communities that it came naturally to him to concentrate completely on the proclamation of Jesus Christ as "Lord", alive now and present now among his followers. Hence the characteristic essentiality of Pauline Christology, which develops the depths of the mystery with a constant and precise concern: to proclaim the living Jesus, of course, but above all to proclaim the central reality of his death and Resurrection as the culmination of his earthly existence and the root of the successive development of the whole Christian faith, the whole reality of the Church. For the Apostle the Resurrection is not an event in itself, separate from death: the Risen One is always the One who has first been crucified. Even as the Risen One he bears his wounds: the Passion is present in him and we can say, together with Pascal, that he is the Suffering One until the end of the world, while at the same time being the Risen One and living with us and for us. Paul had understood this identification of the Risen One with the Crucified Christ at the encounter on the road to Damascus: at that moment it was clearly revealed to him that the Crucified One is the Risen One and the Risen One is the Crucified One, who asks Paul: "Why do you persecute me?" (Acts 9: 4). Paul is persecuting Christ in the Church and then realizes that the Cross is not "accursed by God" (Dt 21: 23), but is also the sacrifice for our redemption.

Fascinated, the Apostle contemplates the hidden secret of the Crucified and Risen One and, through the suffering experienced by Christ in his humanity (earthly dimension), goes back to that eternal existence in which he is wholly one with the Father (dimension before time): "When the time had fully come", he wrote, "God sent forth his son, born of woman, born under the law, to redeem those who were under the law, so that we might receive adoption as sons" (Gal 4: 4-5). These two dimensions, his eternal pre-existence with the Father and the Lord's descent in his Incarnation are already announced in the Old Testament, in the figure of Wisdom. We find in the sapiential Books of the Old Testament certain texts which exalt the role of Wisdom that existed prior to the world's creation. Passages such as the one from Psalm 90[89] should be interpreted in this sense: "Before the mountains were brought forth, or ever you had formed the earth and the world, from everlasting to everlasting you are God" (v. 2); or passages like this one that speaks of the creator Wisdom: "The Lord created me at the beginning of his work, the first of his acts of old. Ages ago I was set up, at the first, before the beginning of the earth" (Prv 8: 22-23). The praise of Wisdom, contained in the Book of the same name, is also evocative: "She reaches mightily from one end of the earth to the other, and she orders all things well" (Wis 8: 1).

The sapiential texts themselves which speak of the eternal pre-existence of Wisdom, also speak of the descent, the abasement of this Wisdom, who pitched a tent for herself among men. Thus we already hear echoing the words of the Gospel of John, who speaks of the tent of the Lord's flesh. He created a tent for himself in the Old Testament: here the temple is shown, and worship in accordance with the Torah; but the New Testament perspective enables us to realize that this was only a prefiguration of the tent that was far more real and meaningful: the tent of Christ's flesh. And we already see in the Books of the Old Testament that this lowering of Wisdom, her descent in the flesh, also suggests the possibility that she was rejected. St Paul, in developing his Christology, refers precisely to this sapiential perspective: in Jesus he recognizes the eternal wisdom that has always existed, the wisdom that descends and pitches a tent for herself among us and thus he can describe Christ as "the power of God and the wisdom of God" (1 Cor 1: 24), he can say that Christ has become, through God's work, "our wisdom, our righteousness and sanctification and redemption" (ibid., v. 30). Similarly, Paul explains that Christ, like Wisdom, can be rejected above all by the rulers of this world (cf. 1 Cor 2: 6-9), so that within God's plans a paradoxical situation is created, the Cross, which was to transform itself into the means of salvation for the whole human race.

In the famous hymn contained in the Letter to the Philippians (cf. 2: 6-11) a further development of this sapiential cycle sees Wisdom abase herself to then be exalted despite rejection. This is one of the most elevated texts in the whole of the New Testament. The vast majority of exegetes today agree that this passage reproduces an earlier composition than the text of the Letter to the Philippians. This is a very important fact because it means that Judaeo-Christianity, prior to St Paul, believed in Jesus' divinity. In other words, faith in the divinity of Jesus was not a Hellenistic invention that emerged much later than Jesus' earthly life, an invention which, forgetful of his humanity, would have divinized him; we see in reality that early Judaeo-Christianity believed in the divinity of Jesus. Indeed, we can say that the Apostles themselves, at the important moments in the life of their Teacher, understood that he was the Son of God, as St Peter said in Caesarea Philippi: "You are the Christ, the Son of the living God" (Mt 16: 16). However, let us return to the hymn in the Letter to the Philippians. This text's structure is in three strophes, which illustrate the high points on the journey undertaken by Christ. His pre-existence is expressed by the words: "though he was in the form of God, he did not count equality with God a thing to be grasped" (Phil 2: 6). Then comes the Son's voluntary self- abasement in the second strophe: "emptied himself, taking the form of a servant" (v. 7), to the point of humbling himself and "[becoming] obedient unto death, even death on a cross" (v. 8). The third strophe of the hymn proclaims the Father's response to the Son's humbling of himself: "Therefore God has highly exalted him and bestowed on him the name which is above every name" (v. 9). What is striking is the contrast between the radical humbling of himself and his subsequent glorification in the glory of God. It is obvious that this second strophe is in contrast with the claim of Adam, who wanted to make a God of himself, and in contrast with the act of the builders of the tower of Babel, who wanted to construct a bridge to Heaven and make themselves divinities. However, this initiative of pride ended in self-destruction: this is not the way to Heaven, to true happiness, to God. The gesture of the Son of God is exactly the opposite: not pride but humility, which is the fulfilment of love and love is divine. The initiative of Christ's abasement, of his radical humility, in stark contrast with human pride, is truly an expression of divine love; it is followed by that elevation into Heaven to which God attracts us with his love.

In addition to the Letter to the Philippians, there are other places in Pauline literature where the themes of the pre-existence and descent to the earth of the Son of God are connected to each other. A reaffirmation of the assimilation of Wisdom and Christ, with all the connected cosmic and anthropological implications, is found in the First Letter to Timothy: "He was manifested in the flesh, vindicated in the Spirit, seen by angels, preached among the nations, believed in throughout the world, taken up in glory" (3: 16). It is above all on these premises that a better definition of Christ as the sole Mediator is possible, against the background of the One God of the Old Testament (cf. 1 Tm 2: 5 in relation to Is 43: 10-11; 44: 6). Christ is the true bridge that leads us to Heaven, to communion with God.

And lastly, just a brief reference to the last developments of St Paul's Christology in his Letters to the Colossians and to the Ephesians. In the former, Christ is described as the "first-born of all creation" (1: 15-20). This word "first-born" suggests that the first of numerous children, the first of a great many brothers and sisters, came down to draw us and make us his brothers and sisters. In the Letter to the Ephesians we find a beautiful exposition of the divine plan of salvation, when Paul says that in Christ God desired to recapitulate everything (cf. Eph 1: 23). Christ is the epitome of all things, he takes everything upon himself and guides us to God. And thus he involves us in a movement of descent and ascent, inviting us to share in his humility, that is, in his love for neighbour, in order also to share in his glorification, becoming with him sons in the Son. Let us pray the Lord to help us conform to his humility, to his love, in order to be rendered participants in his divinization.

* * *

I offer a warm welcome to all the English-speaking pilgrims and visitors present at today’s Audience, especially those from England, Scotland, Ireland, Denmark, Norway, Sweden, Ghana, Guam, Japan, South Korea, Australia, Canada and the United States. Upon you and your families I cordially invoke God’s blessings of joy and peace.

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BENEDICT XVI

GENERAL AUDIENCE

St. Peter's Square

Wednesday, 29 October 2008

Saint Paul (10)

The Importance of Christology: the Theology of the Cross.


Dear Brothers and Sisters,

In the personal experience of St Paul there is an incontrovertible factor: while he was at first a persecutor and perpetrated violence against Christians, from the moment of his conversion on the road to Damascus he switched to the side of the Crucified Christ, making Christ his raison d'être and the reason for his preaching. His was a life neither quiet nor free from dangers and difficulties, but spent entirely for souls (cf. 2 Cor 12: 15). In his encounter with Jesus the central significance of the Cross had been made clear to him: he understood that Jesus had died and rose for all and for himself. Both these things were important; universality: Jesus really died for all, and subjectivity: he also died for me. Thus God's freely given and merciful love had been made manifest in the Cross. Paul experienced this love in himself first of all (cf. Gal 2: 20) and from being a sinner he became a believer, from a persecutor an apostle. Day after day, in his new life, he experienced that salvation was "grace", that everything derived from the death of Christ and not from his own merit, which moreover did not exist. The "Gospel of grace" thus became for him the only way of understanding the Cross, not only the criterion of his new existence but also his response to those who questioned him. First and foremost among these were the Jews who put their hope in deeds and from these hoped for salvation; then there were the Greeks who challenged the Cross with their human knowledge; lastly, there were those groups of heretics who had forged their own idea of Christianity to suit their own model of life.

For St Paul the Cross has a fundamental primacy in the history of humanity; it represents the focal point of his theology because to say "Cross" is to say salvation as grace given to every creature. The topic of the Cross of Christ becomes an essential and primary element of the Apostle's preaching: the clearest example concerns the community of Corinth. Facing a Church in which disorder and scandal were disturbingly present, where communion was threatened by internal factions and ruptures which damaged the unity of the Body of Christ, Paul did not present himself with sublime words or wisdom but with the proclamation of Christ, of Christ crucified. His strength is not in the use of persuasive language but, paradoxically, in the weakness and trepidation of those who entrust themselves solely to the "power of God" (cf. 1 Cor 2: 1-5). The Cross, for all it represents, hence also for the theological message it contains, is scandal and folly. The Apostle says so with an impressive force that it is good to hear directly from his words: "for the word of the Cross is folly to those who are perishing, but to us who are being saved it is the power of God... it pleased God through the folly of what we preach to save those who believe. For Jews demand signs and Greeks seek wisdom, but we preach Christ crucified, a stumbling block to Jews and folly to Gentiles" (1 Cor 1: 18-23).

The first Christian communities that Paul addressed knew well that Jesus was henceforth alive and risen; the Apostle does not only want to remind the Corinthians or the Galatians but also all of us that the Risen One is always the One who has been crucified. The "stumbling block" and "folly" of the Cross lie in the very fact that where there seems to be nothing but failure, sorrow and defeat, there is the full power of God's boundless love, for the Cross is an expression of love and love is the true power that is revealed precisely in this seeming weakness. For the Jews, the Cross is skandalon, that is, a snare or a stumbling block. It seems to hinder the faith of the devout Israelite who finds it difficult to discover anything like it in the Sacred Scriptures. With some courage, Paul seems to be saying that here the stakes at play are high: in the opinion of the Jews the Cross contradicts the very essence of God who manifested himself in wonderful signs. To accept the Cross of Christ therefore means bringing about a profound conversion in the way of relating to God. If, for the Jews, the reason for rejecting the Cross is found in Revelation, that is, the faithfulness to the God of the Fathers, for the Greeks, that is, the Gentiles, the criterion of judgement for opposing the Cross is reason. Indeed, the Cross for the latter is moría, folly, literally ignorance, that is, saltless food; thus, rather than an error, it is an insult to common sense.

Paul himself, on more than one occasion had the bitter experience of the rejection of the Christian proclamation, considered "insipid", devoid of importance, not even worthy of being taken into consideration at the level of rational logic. For those who, like the Greeks, see perfection in the spirit, in pure thought, it was already unacceptable that God should become man, immersing himself in all the limitations of space and time. Then for them it was definitely inconceivable to believe that a God could end on a Cross! And we see that this Greek logic is also the common logic of our time. How could the concept of apátheia, indifference, as an absence of passions in God, have understood a God who became man and was defeated, and was even to reassume his body subsequently to live as the Risen One? "We will hear you again about this" (Acts 17: 32) the Athenians said scornfully to Paul when they heard him talking about the resurrection of the dead. They considered liberation from the body conceived as a prison as perfection. How could they not see the resumption of the body as an aberration? In ancient culture there did not seem to be room for the message of the Incarnate God. The entire "Jesus of Nazareth" event seemed to be marked by foolishness through and through and the Cross was certainly its most emblematic point.

But why did St Paul make precisely this, the word of the Cross, the fundamental core of his teaching? The answer is not difficult: the Cross reveals "the power of God" (cf. 1 Cor 1: 24), which is different from human power; indeed, it reveals his love: "For the foolishness of God is wiser than men, and the weakness of God is stronger than men" (ibid., v. 25). Centuries after Paul we see that in history it was the Cross that triumphed and not the wisdom that opposed it. The Crucified One is wisdom, for he truly shows who God is, that is, a force of love which went even as far as the Cross to save men and women. God uses ways and means that seem to us at first sight to be merely weakness. The Crucified One reveals on the one hand man's frailty and on the other, the true power of God, that is the free gift of love: this totally gratuitous love is true wisdom. St Paul experienced this even in his flesh and tells us about it in various passages of his spiritual journey which have become precise reference points for every disciple of Jesus: "He said to me, "My grace is sufficient for you, for my power is made perfect in weakness'" (2 Cor 12: 9); and again "God chose what is weak in the world to shame the strong" (1 Cor 1: 27). The Apostle identified so closely with Christ that in spite of being in the midst of so many trials, he too lived in the faith of the Son of God who loved him and gave himself for his sins and for the sins of all (cf. Gal 1: 4; 2: 20). This autobiographical fact concerning the Apostle becomes paradigmatic for all of us.

St Paul gave a wonderful synthesis of the theology of the Cross in the Second Letter to the Corinthians (5: 14-21) where everything is enclosed between two fundamental affirmations: on the one hand Christ, whom God made to be sin for our sake (v. 21), he died for all (v. 14); and on the other, God reconciled us to himself without imputing our sins to us (vv. 18-20). It is from this "ministry of reconciliation" that every form of slavery is already redeemed (cf. 1 Cor 6: 20; 7: 23). Here it appears how important this is for our lives. We too must enter into this "ministry of reconciliation" that always implies relinquishing one's superiority and opting for the folly of love.

St Paul sacrificed his own life, devoting himself without reserve to the ministry of reconciliation, of the Cross, which is salvation for us all. And we too must be able to do this: may we be able to find our strength precisely in the humility of love and our wisdom in the weakness of renunciation, entering thereby into God's power. We must all model our lives on this true wisdom: we must not live for ourselves but must live in faith in that God of whom we can all say: "he loved me and gave himself for me".

To special groups

I offer a warm welcome to all the English-speaking pilgrims and visitors present, especially those from Britain and Ireland, Norway, Australia, Korea, Vietnam and the United States of America. I greet especially the Delegation of Papal Knights from Great Britain, and the members and benefactors of the Gregorian University Foundation of New York. Upon you and your families, I cordially invoke God's Blessings of peace and joy.

Lastly, I greet the young people, the sick and the newlyweds. Yesterday the Liturgy commemorated the Holy Apostles Simon and Jude Thaddeus. May their example sustain you, dear young people, in your commitment of daily fidelity to Christ; may it encourage you, dear sick people, always to follow Jesus in the process of trial and suffering; may it help you, dear newlyweds, to make your family a place of constant encounter with the love of God and of the brethren.

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BENEDICT XVI

GENERAL AUDIENCE

St. Peter's Square

Wednesday, 5 November 2008

Saint Paul (11)

The Importance of Christology: the Decisiveness of the Resurrection.


Dear Brothers and Sisters,

"If Christ has not been raised, then our preaching is in vain and your faith is in vain... and you are still in your sins" (1 Cor 15: 14-17). With these strong words from the First Letter to the Corinthians, St Paul makes clear the decisive importance he attributes to the Resurrection of Jesus. In this event, in fact, lies the solution to the problem posed by the drama of the Cross. The Cross alone could not explain the Christian faith, indeed it would remain a tragedy, an indication of the absurdity of being. The Paschal Mystery consists in the fact that the Crucified man "was raised on the third day, in accordance with the Scriptures" (1 Cor 15: 4), as proto-Christian tradition attests. This is the keystone of Pauline Christology: everything rotates around this gravitational centre. The whole teaching of Paul the Apostle starts from, and arrives at, the mystery of him whom the Father raised from the dead. The Resurrection is a fundamental fact, almost a prior axiom (cf. 1 Cor 15: 12), on the basis of which Paul can formulate his synthetic proclamation (kerygma). He who was crucified and who thus manifested God's immense love for man, is risen again, and is alive among us.

It is important to understand the relationship between the proclamation of the Resurrection, as Paul formulates it, and that was in use since the first pre-Pauline Christian communities. Here indeed we can see the importance of the tradition that preceded the Apostle and that he, with great respect and care, desires to pass on in his turn. The text on the Resurrection, contained in chapter 15: 1-11 of the First Letter to the Corinthians, emphasizes the connection between "receiving" and "transmitting". St Paul attributes great importance to the literal formulation of the tradition, and at the end of the passage under consideration underlines, "What matters is that I preach what they preach" (1 Cor 15: 11 ), so drawing attention to the oneness of the kerygma, of the proclamation for all believers and for those who will proclaim the Resurrection of Christ. The tradition to which he refers is the fount from which to draw. His Christology is never original at the expense of faithfulness to tradition. The kerygma of the Apostles always presides over the personal re-elaboration of Paul; each of his arguments moves from common tradition, and in them he expresses the faith shared by all the Churches, which are one single Church. In this way St Paul offers a model for all time of how to approach theology and how to preach. The theologian, the preacher, does not create new visions of the world and of life, but he is at the service of truth handed down, at the service of the real fact of Christ, of the Cross, and of the Resurrection. His task is to help us understand today the reality of "God with us" that lies behind the ancient words, and thus the reality of true life.

We should here be explicit: St Paul, in proclaiming the Resurrection, does not worry about presenting an organic doctrinal exposition he does not wish to write what would effectively be a theological handbook but he approaches the theme by replying to doubts and concrete questions asked of him by the faithful; an unprepared discourse, then, but one full of faith and theological experience. We find here a concentration of the essential: we have been "justified", that is made just, saved, by Christ who died and rose again for us. Above all else the fact of the Resurrection emerges, without which Christian life would be simply in vain. On that Easter morning something extraordinary happened, something new, and at the same time very concrete, distinguished by very precise signs and recorded by numerous witnesses. For Paul, as for the other authors of the New Testament, the Resurrection is closely bound to the testimony of those who had direct experience of the Risen One. This means seeing and hearing, not only with the eyes or with the senses, but also with an interior light that assists the recognition of what the external senses attest as objective fact.

Paul gives, therefore, as do the four Gospels, primary importance to the theme of the appearances, which constitute a fundamental condition for belief in the Risen One who left the tomb empty. These two facts are important: the tomb is empty and Jesus has in fact appeared. In this way the links of that tradition were forged, which, through the testimony of the Apostles and the first disciples, was to reach successive generations until it came down to our own. The first consequence, or the first way of expressing this testimony, is to preach the Resurrection of Christ as a synthesis of the Gospel proclamation and as the culminating point in the salvific itinerary. Paul does all this on many occasions: looking at the Letters and the Acts of the Apostles, we can see that for him the essential point is to bear witness to the Resurrection. I should like to cite just one text: Paul, arrested in Jerusalem, stands accused before the Sanhedrin. In this situation, where his life is at stake, he indicates what is the sense and content of all his preaching: "with respect to the hope and the resurrection of the dead I am on trial" (Acts 23: 6). This same phrase Paul continually repeats in his Letters (cf. 1 Thes 1: 9ff; 4: 13-18; 5: 10), in which he refers to his own personal experience, to his own meeting with the Risen Christ (cf. Gal 1: 15-16, 1 Cor 9: 1).

But we may wonder, what, for St Paul, is the deep meaning of the Resurrection of Jesus? What has he to say to us across these 2,000 years? Is the affirmation "Christ is risen" relevant to us today? Why is the Resurrection so important, both for him and for us? Paul gives a solemn answer to this question at the beginning of his Letter to the Romans, where he begins by referring to "the Gospel of God... concerning his Son, who was descended from David according to the flesh, and designated Son of God in power according to the spirit of holiness by his resurrection from the dead" (Rm 1: 3-4). Paul knows well, and often says, that Jesus was always the Son of God, from the moment of his Incarnation. The novelty of the Resurrection, consists in the fact that Jesus, raised from the lowliness of his earthly existence, is constituted Son of God "in power". Jesus, humiliated up to the moment of his death on the Cross, can now say to the Eleven, "All authority in heaven and on earth has been given to me" (Mt 28: 18). The affirmation of Psalm 2: 8 has come to pass. "Ask of me, and I will make the nations your heritage, and the ends of the earth your possession". So, with the Resurrection begins the proclamation of the Gospel of Christ to all peoples the Kingdom of Christ begins, this new Kingdom that knows no power other than that of truth and love. The Resurrection thus reveals definitively the real identity and the extraordinary stature of the Crucified One. An incomparable and towering dignity: Jesus is God! For St Paul, the secret identity of Jesus is revealed even more in the mystery of the Resurrection than in the Incarnation. While the title of Christ, that is "Messiah"; "the Anointed", in St Paul tends to become the proper name of Jesus, and that of "the Lord" indicates his personal relationship with believers, now the title "Son of God" comes to illustrate the intimate relationship of Jesus with God, a relationship which is fully revealed in the Paschal event. We can say, therefore, that Jesus rose again to be the Lord of the living and the dead, (cf. Rm 14: 9; and 2 Cor 5: 15) or in other words, our Saviour (cf. Rm 4: 25).

All this bears important consequences for our lives as believers: we are called upon to take part, in our inmost selves, in the whole story of the death and Resurrection of Christ. The Apostle says: we "have died with Christ" and we believe we shall "live with him. For we know that Christ being raised from the dead, will never die again; death no longer has dominion over him" (Rm 6: 8-9). This means sharing in the suffering of Christ, which is a prelude to that full unity with him through the resurrection that we hope for. This is also what happened to St Paul, whose personal experience is described in the Letters in tones as sorrowful as they are realistic: "that I may know him and the power of his Resurrection, and may share his sufferings becoming like him in his death, that if possible I may attain the resurrection from the dead" (Phil 3: 10-11; cf. 2 Tm 2: 8-12). The theology of the Cross is not a theory it is the reality of Christian life. To live in the belief in Jesus Christ, to live in truth and love implies daily sacrifice, implies suffering. Christianity is not the easy road, it is, rather, a difficult climb, but one illuminated by the light of Christ and by the great hope that is born of him. St Augustine says: Christians are not spared suffering, indeed they must suffer a little more, because to live the faith expresses the courage to face in greater depth the problems that life and history present. But only in this way, through the experience of suffering, can we know life in its profundity, in its beauty, in the great hope born from Christ crucified and risen again. The believer, however, finds himself between two poles: on the one hand, the Resurrection, which in a certain sense is already present and operating within us (cf. Col 3: 1-4; Eph 2: 6); on the other, the urgency to enter into the process which leads everyone and everything towards that fullness described in the Letter to the Romans with a bold image: as the whole of Creation groans and suffers almost as with the pangs of childbirth, so we groan in the expectation of the redemption of our bodies, of our redemption and resurrection (cf. Rm 8: 18-23).

In synthesis, we can say with Paul that the true believer obtains salvation by professing with his mouth that Jesus is the Lord and believing in his heart that God has raised Him from the dead (cf. Rm 10: 9). Important above all else is the heart that believes in Christ, and which in its faith "touches" the Risen One; but it is not enough to carry our faith in our heart, we must confess it and bear witness to it with our mouths, with our lives, thus making the truth of the Cross and the Resurrection present in our history. In this way the Christian becomes part of that process by which the first Adam, a creature of the earth, and subject to corruption and death, is transformed into the last Adam, heavenly and incorruptible (cf. 1 Cor 15: 20-22 and 42-49). This process was set in motion by the Resurrection of Christ, and it is, therefore, on this that we found our hope that we too may one day enter with Christ into our true homeland, which is in Heaven. Borne up by this hope, let us continue with courage and with joy.

* * *

Dear Brothers and Sisters,

I am pleased to welcome all the English-speaking pilgrims and visitors present at today’s Audience. In a particular way I greet the Patrons of the Arts in the Vatican Museums from Florida. I also extend a warm welcome to the group from the Bunri Sato Educational Institute in Saitama, Japan. I greet especially the groups from England, Denmark, Finland, Sweden, Cyprus, the Philippines and the United States. Upon all of you and your families I cordially invoke God’s abundant blessings of joy and peace.

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BENEDICT XVI

GENERAL AUDIENCE

St. Peter's Square

Wednesday, 12 November 2008

Saint Paul (12)

Eschatology : the Expectation of the Parusia.


Dear Brothers and Sisters,

The subject of the Resurrection on which we reflected last week unfolds a new perspective, that of the expectation of the Lord's return. It thus brings us to ponder on the relationship among the present time, the time of the Church and of the Kingdom of Christ, and the future (éschaton) that lies in store for us, when Christ will consign the Kingdom to his Father (cf. 1 Cor 15: 24). Every Christian discussion of the last things, called eschatology, always starts with the event of the Resurrection; in this event the last things have already begun and, in a certain sense, are already present.

Very likely it was in the year 52 that St Paul wrote the first of his Letters, the First Letter to the Thessalonians, in which he speaks of this return of Jesus, called parusia or advent, his new, definitive and manifest presence (cf. 4: 13-18). The Apostle wrote these words to the Thessalonians who were beset by doubts and problems: "For if we believe that Jesus died and rose, God will bring forth with him from the dead those who have fallen asleep" (4: 14). And Paul continues: "those who have died in Christ will rise first. Then we, the living, the survivors, will be caught up with them in the clouds to meet the Lord in the air. Thenceforth we shall be with the Lord unceasingly" (4: 16-17). Paul describes Christ's parusia in especially vivid tones and with symbolic imagery which, however, conveys a simple and profound message: we shall ultimately be with the Lord for ever. Over and above the images, this is the essential message: our future is "to be with the Lord". As believers, we are already with the Lord in our lifetime; our future, eternal life, has already begun.

In his Second Letter to the Thessalonians, Paul changes his perspective. He speaks of the negative incidents that must precede the final and conclusive event. We must not let ourselves be deceived, he says, to think that, according to chronological calculations, the day of the Lord is truly imminent: "On the question of the coming of our Lord Jesus Christ and our being gathered to him, we beg you, brothers, not to be so easily agitated or terrified, whether by an oracular utterance, or rumor, or a letter alleged to be ours, into believing that the day of the Lord is here. Let no one seduce you, no matter how" (2: 1-3). The continuation of this text announces that before the Lord's arrival there will be apostasy, and one well described as the "man of lawlessness", "the son of perdition" (2: 3) must be revealed, who tradition would come to call the Antichrist. However the intention of St Paul's Letter is primarily practical. He writes: "Indeed, when we were with you, we used to lay down the rule that who would not work, should not eat. We hear that some of you are unruly, not keeping busy but acting like busybodies. We enjoin all such and we urge them strongly in the Lord Jesus Christ, to earn the food they eat by working quietly" (3: 10-12). In other words, the expectation of Jesus' parusia does not dispense us from working in this world but, on the contrary, creates responsibility to the divine Judge for our actions in this world. For this very reason our responsibility for working in and for this world increases. We shall see the same thing next Sunday in the Gospel of the Talents, in which the Lord tells us that he has entrusted talents to everyone and that the Judge will ask for an account of them saying: have they been put to good use? Hence the expectation of his return implies responsibility for this world.

The same thing and the same connection between parusia the return of the Judge/Saviour and our commitment in our lives appears in another context and with new aspects in the Letter to the Philippians. Paul is in prison, awaiting a sentence that might be condemnation to death. In this situation he is reflecting on his future existence with the Lord, but he is also thinking of the community of the Philippians who need their father, Paul, and he writes: "For me to live is Christ, and to die is gain. If I am to go on living in the flesh, that means productive toil for me and I do not know which to prefer. I am strongly attracted by both: I long to depart and be with Christ, for that is far better; yet it is more urgent that I remain alive for your sakes. This fills me with confidence that I will stay with you, and persevere with you all, for your joy and progress in the faith. My being with you once again should give you ample cause to glory in Christ" (1: 21-26). Paul has no fear of death; indeed, on the contrary, death indicates being totally with Christ. Yet Paul also shares in the sentiments of Christ who did not live for himself but for us. Living for others becomes his life and plan thus demonstrates his perfect readiness to do God's will, to do whatever God decides. Above all he is prepared, in the future as well, to live on this earth for others, to live for Christ, to live for his living presence and thus for the renewal of the world. We see that his being with Christ creates an broad inner freedom: freedom in the face of the threat of death but also freedom in the face of all life's commitments and sufferings. He is simply at God's disposal and truly free.

And now, after examining the various aspects of the expectation of Christ's parusia, let us ask ourselves: what are the basic convictions of Christians as regards the last things: death, the end of the world? Their first conviction is the certainty that Jesus is Risen and is with the Father and thus is with us forever. And no one is stronger than Christ, for he is with the Father, he is with us. We are consequently safe, free of fear. This was an essential effect of Christian preaching. Fear of spirits and divinities was widespread in the ancient world. Today too, missionaries alongside many good elements in natural religions encounter fear of the spirits, of evil powers that threaten us. Christ lives, he has overcome death, he has overcome all these powers. We live in this certainty, in this freedom, and in this joy. This is the first aspect of our living with regard to the future.

The second is the certainty that Christ is with me. And just as the future world in Christ has already begun, this also provides the certainty of hope. The future is not darkness in which no one can find his way. It is not like this. Without Christ, even today the world's future is dark, and fear of the future is so common. Christians know that Christ's light is stronger and therefore they live with a hope that is not vague, with a hope that gives them certainty and courage to face the future.

Lastly, their third conviction is that the Judge who returns at the same time as Judge and Saviour has left us the duty to live in this world in accordance with his way of living. He has entrusted his talents to us. Our third conviction, therefore, is responsibility before Christ for the world, for our brethren and at the same time also for the certainty of his mercy. Both these things are important. Since God can only be merciful we do not live as if good and evil were the same thing. This would be a deception. In reality, we live with a great responsibility. We have talents, and our responsibility is to work so that this world may be open to Christ, that it be renewed. Yet even as we work responsibly, we realize that God is the true Judge. We are also certain that this Judge is good; we know his Face, the Face of the Risen Christ, of Christ crucified for us. Therefore we can be certain of his goodness and advance with great courage.

Another element in the Pauline teaching on eschatology is the universality of the call to faith which unites Jews and Gentiles that is, non-Christians as a sign and an anticipation of the future reality. For this reason we can say that we are already seated in Heaven with Jesus Christ, but to reveal the riches of grace in the centuries to come (Eph 2: 6f.), the after becomes a before, in order to show the state of incipient fulfilment in which we live. This makes bearable the sufferings of the present time which, in any case, cannot be compared to the future glory (cf. Rm 8: 18). We walk by faith, not by sight, and even if we might rather leave the body to live with the Lord, what definitively matters, whether we are dwelling in the body or are far from it, is that we be pleasing to him (cf. 2 Cor 5: 7-9).

Finally, a last point that might seem to us somewhat difficult. At the end of his First Letter to the Corinthians, St Paul reiterates and also puts on the lips of the Corinthians a prayer that originated in the first Christian communities in the Palestinian area: Maranà, thà! which means literally, "Our Lord, come!" (16: 22). It was the prayer of early Christianity and also of the last book of the New Testament, Revelation, which ends with it: "Come, Lord Jesus!". Can we pray like this too? It seems to me that for us today, in our lives, in our world, it is difficult to pray sincerely for the world to perish so that the new Jerusalem, the Last Judgment and the Judge, Christ, may come. I think that even if, sincerely, we do not dare to pray like this for a number of reasons yet, in a correct and proper way, we too can say, together with the early Christians: "Come, Lord Jesus!". We do not of course desire the end of the world. Nevertheless, we do want this unjust world to end. We also want the world to be fundamentally changed, we want the beginning of the civilization of love, the arrival of a world of justice and peace, without violence, without hunger. We want all this, yet how can it happen without Christ's presence? Without Christ's presence there will never be a truly just and renewed world. And even if we do so in a different way, we too can and must also say, completely and profoundly, with great urgency and amid the circumstances of our time: "Come, Lord Jesus! Come in your way, in the ways that you know. Come wherever there is injustice and violence. Come to the refugee camps, in Darfur, in North Kivu, in so many parts of the world. Come wherever drugs prevail. Come among those wealthy people who have forgotten you, who live for themselves alone. Come wherever you are unknown. Come in your way and renew today's world. And come into our hearts, come and renew our lives, come into our hearts so that we ourselves may become the light of God, your presence. In this way let us pray with St Paul: Maranà, thà! "Come, Lord Jesus!" and let us pray that Christ may truly be present in our world today and renew it.

* * *

Dear Brothers and Sisters,

I offer a warm welcome to all the English-speaking visitors present at today’s Audience, particularly priests from the Missionary Society of Saint Paul the Apostle, members of the Corpus Christi Movement for Priests, participants in the International Catholic Conference of Scouting, and pilgrims from the Philippines, England, Nigeria, and the United States of America. Upon you and your families I cordially invoke God’s blessings of joy and peace.

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BENEDICT XVI

GENERAL AUDIENCE

St. Peter's Square

Wednesday, 19 November 2008

Saint Paul (13):

The Doctrine of Justification: from Works to Faith.


Dear Brothers and Sisters,

On the journey we are making under St Paul's guidance, let us now reflect on a topic at the centre of the controversies of the century of the Reformation: the question of justification. How does man become just in God's eyes? When Paul met the Risen One on the road to Damascus he was an accomplished man; irreproachable according to the justice deriving from the Law (cf. Phil 3: 6), Paul surpassed many of his contemporaries in the observance of the Mosaic Law and zealously upheld the traditions of his fathers (cf. Gal 1: 14). The illumination of Damascus radically changed his life; he began to consider all merits acquired in an impeccable religious career as "refuse", in comparison with the sublimity of knowing Jesus Christ (cf. Phil 3: 8). The Letter to the Philippians offers us a moving testimony of Paul's transition from a justice founded on the Law and acquired by his observance of the required actions, to a justice based on faith in Christ. He had understood that what until then had seemed to him to be a gain, before God was, in fact, a loss; and thus he had decided to stake his whole existence on Jesus Christ (cf. Phil 3: 7). The treasure hidden in the field and the precious pearl for whose purchase all was to be invested were no longer in function of the Law, but Jesus Christ, his Lord.

The relationship between Paul and the Risen One became so deep as to induce him to maintain that Christ was no longer solely his life but also his very living, to the point that to be able to reach him death became a gain (cf. Phil 1: 21). This is not to say he despised life, but that he realized that for him at this point there was no other purpose in life and thus he had no other desire than to reach Christ as in an athletics competition to remain with him for ever. The Risen Christ had become the beginning and the end of his existence, the cause and the goal of his race. It was only his concern for the development in faith of those he had evangelized and his anxiety for all of the Churches he founded (cf. 2 Cor 11: 28) that induced him to slow down in his race towards his one Lord, to wait for his disciples so they might run with him towards the goal. Although from a perspective of moral integrity he had nothing to reproach himself in his former observance of the Law, once Christ had reached him he preferred not to make judgments on himself (cf. 1 Cor 4: 3-4). Instead he limited himself to resolving to press on, to make his own the One who had made him his own (cf. Phil 3: 12).

It is precisely because of this personal experience of relationship with Jesus Christ that Paul henceforth places at the centre of his Gospel an irreducible opposition between the two alternative paths to justice: one built on the works of the Law, the other founded on the grace of faith in Christ. The alternative between justice by means of works of the Law and that by faith in Christ thus became one of the dominant themes that run through his Letters: "We ourselves, who are Jews by birth and not Gentile sinners, yet who know that a man is not justified by works of the law but through faith in Jesus Christ, even we have believed in Christ Jesus in order to be justified by faith in Christ, and not by works of the law; because by works of the law no one will be justified" (Gal 2: 15-16). And to the Christians of Rome he reasserts that "all have sinned and fall short of the glory of God, they are now justified by his grace as a gift, through the redemption which is in Christ Jesus" (Rm 3: 23-24). And he adds "we hold that a man is justified by faith apart from works of the law" (ibid., v. 28). At this point Luther translated: "justified by faith alone". I shall return to this point at the end of the Catechesis. First, we must explain what is this "Law" from which we are freed and what are those "works of the Law" that do not justify. The opinion that was to recur systematically in history already existed in the community at Corinth. This opinion consisted in thinking that it was a question of moral law and that the Christian freedom thus consisted in the liberation from ethics. Thus in Corinth the term "πάντα μοι έξεστιν" (I can do what I like) was widespread. It is obvious that this interpretation is wrong: Christian freedom is not libertinism; the liberation of which St Paul spoke is not liberation from good works.

So what does the Law from which we are liberated and which does not save mean? For St Paul, as for all his contemporaries, the word "Law" meant the Torah in its totality, that is, the five books of Moses. The Torah, in the Pharisaic interpretation, that which Paul had studied and made his own, was a complex set of conduct codes that ranged from the ethical nucleus to observances of rites and worship and that essentially determined the identity of the just person. In particular, these included circumcision, observances concerning pure food and ritual purity in general, the rules regarding the observance of the Sabbath, etc. codes of conduct that also appear frequently in the debates between Jesus and his contemporaries. All of these observances that express a social, cultural and religious identity had become uniquely important in the time of Hellenistic culture, starting from the third century B.C. This culture which had become the universal culture of that time and was a seemingly rational culture; a polytheistic culture, seemingly tolerant constituted a strong pressure for cultural uniformity and thus threatened the identity of Israel, which was politically constrained to enter into this common identity of the Hellenistic culture. This resulted in the loss of its own identity, hence also the loss of the precious heritage of the faith of the Fathers, of the faith in the one God and in the promises of God.

Against this cultural pressure, which not only threatened the Israelite identity but also the faith in the one God and in his promises, it was necessary to create a wall of distinction, a shield of defence to protect the precious heritage of the faith; this wall consisted precisely in the Judaic observances and prescriptions. Paul, who had learned these observances in their role of defending God's gift, of the inheritance of faith in one God alone, saw this identity threatened by the freedom of the Christians this is why he persecuted them. At the moment of his encounter with the Risen One he understood that with Christ's Resurrection the situation had changed radically. With Christ, the God of Israel, the one true God, became the God of all peoples. The wall as he says in his Letter to the Ephesians between Israel and the Gentiles, was no longer necessary: it is Christ who protects us from polytheism and all of its deviations; it is Christ who unites us with and in the one God; it is Christ who guarantees our true identity within the diversity of cultures. The wall is no longer necessary; our common identity within the diversity of cultures is Christ, and it is he who makes us just. Being just simply means being with Christ and in Christ. And this suffices. Further observances are no longer necessary. For this reason Luther's phrase: "faith alone" is true, if it is not opposed to faith in charity, in love. Faith is looking at Christ, entrusting oneself to Christ, being united to Christ, conformed to Christ, to his life. And the form, the life of Christ, is love; hence to believe is to conform to Christ and to enter into his love. So it is that in the Letter to the Galatians in which he primarily developed his teaching on justification St Paul speaks of faith that works through love (cf. Gal 5: 14).

Paul knows that in the twofold love of God and neighbour the whole of the Law is present and carried out. Thus in communion with Christ, in a faith that creates charity, the entire Law is fulfilled. We become just by entering into communion with Christ who is Love. We shall see the same thing in the Gospel next Sunday, the Solemnity of Christ the King. It is the Gospel of the judge whose sole criterion is love. What he asks is only this: Did you visit me when I was sick? When I was in prison? Did you give me food to eat when I was hungry, did you clothe me when I was naked? And thus justice is decided in charity. Thus, at the end of this Gospel we can almost say: love alone, charity alone. But there is no contradiction between this Gospel and St Paul. It is the same vision, according to which communion with Christ, faith in Christ, creates charity. And charity is the fulfilment of communion with Christ. Thus, we are just by being united with him and in no other way.

At the end, we can only pray the Lord that he help us to believe; really believe. Believing thus becomes life, unity with Christ, the transformation of our life. And thus, transformed by his love, by the love of God and neighbour, we can truly be just in God's eyes.

* * *

Dear Brothers and Sisters,

I am pleased to greet the participants in the international Catholic Scouting Conference meeting in Rome. Upon all the English-speaking pilgrims and visitors present at today's Audience, especially those from England, Ireland, Denmark, Norway, Finland, South Africa and the United States, I cordially invoke God's blessings of joy and peace.

Lastly, I greet the young people, the sick and the newlyweds. Next Sunday, the last of Ordinary Time, we shall be celebrating the Solemnity of Christ, King of the Universe. Dear young people, place Jesus at the centre of your life and you will receive light and courage from him. May Christ, who made of the Cross a royal throne, teach you, dear sick people, to understand the redemptive value of suffering lived in union with him. I wish that you, dear newlyweds, may recognize the Lord's presence in your family journey.

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SOURCE : http://www.vatican.va/holy_father/benedict_xvi/audiences/2008/documents/hf_ben-xvi_aud_20081119_en.html


BENEDICT XVI

GENERAL AUDIENCE

Paul VI Audience Hall

Wednesday, 26 November 2008



This morning I greet with great joy His Holiness Aram I, Catholicos of Cilicia of the Armenians, together with the distinguished delegation accompanying him, and the Armenian pilgrims from various countries. This fraternal visit is a significant occasion for strengthening the bonds of unity already existing between us, as we journey towards that full communion which is both the goal set before all Christ’s followers and a gift to be implored daily from the Lord.

For this reason, Your Holiness, I invoke the grace of the Holy Spirit on your pilgrimage to the tombs of the Apostles Peter and Paul, and I invite all present to pray fervently to the Lord that your visit, and our meetings, will mark a further step along the path towards full unity.

Your Holiness, I wish to express my particular gratitude for your constant personal involvement in the field of ecumenism, especially in the International Joint Commission for Theological Dialogue between the Catholic Church and the Oriental Orthodox Churches, and in the World Council of Churches.

On the exterior façade of the Vatican Basilica is a statue of Saint Gregory the Illuminator, founder of the Armenian Church, whom one of your historians has called “our progenitor and father in the Gospel”. The presence of this statue evokes the sufferings he endured in bringing the Armenian people to Christianity, but it also recalls the many martyrs and confessors of the faith whose witness bore rich fruit in the history of your people. Armenian culture and spirituality are pervaded by pride in this witness of their forefathers, who suffered with fidelity and courage in communion with the Lamb slain for the salvation of the world.

Welcome, Your Holiness, dear Bishops and dear friends! Together let us invoke the intercession of Saint Gregory the Illuminator and above all the Virgin Mother of God, so that they will enlighten our way and guide it towards the fullness of that unity which we all desire.

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Saint Paul (14):

The Doctrine of Justification: The Apostle's Teaching on Faith and Works

Dear Brothers and Sisters,

In the Catechesis last Wednesday I spoke of how man is justified before God. Following St Paul, we have seen that man is unable to "justify" himself with his own actions, but can only truly become "just" before God because God confers his "justice" upon him, uniting him to Christ his Son. And man obtains this union through faith. In this sense, St Paul tells us: not our deeds, but rather faith renders us "just". This faith, however, is not a thought, an opinion, an idea. This faith is communion with Christ, which the Lord gives to us, and thus becomes life, becomes conformity with him. Or to use different words faith, if it is true, if it is real, becomes love, becomes charity, is expressed in charity. A faith without charity, without this fruit, would not be true faith. It would be a dead faith.

Thus, in our last Catechesis, we discovered two levels: that of the insignificance of our actions and of our deeds to achieve salvation, and that of "justification" through faith which produces the fruit of the Spirit. The confusion of these two levels has caused more than a few misunderstandings in Christianity over the course of centuries. In this context it is important that St Paul, in the same Letter to the Galatians radically accentuates, on the one hand, the freely given nature of justification that is not dependent on our works, but which at the same time also emphasizes the relationship between faith and charity, between faith and works: "In Christ Jesus neither circumcision nor uncircumcision counts for anything, but only faith working through love" (Gal 5: 6). Consequently, there are on the one hand "works of the flesh", which are "immorality, impurity, licentiousness, idolatry..." (Gal 5: 19-20): all works that are contrary to the faith; on the other, there is the action of the Holy Spirit who nourishes Christian life, inspiring "love, joy, peace, patience, kindness, goodness, faithfulness, gentleness, self-control" (Gal 5: 22-23). These are the fruits of the Spirit that blossom from faith.

Agape, love, is cited at the beginning of this list of virtues and self-control at the conclusion. In fact, the Spirit who is the Love of the Father and the Son pours out his first gift, agape, into our hearts (cf. Rm 5: 5); and to be fully expressed, agape, love, requires self-control. In my first Encyclical, Deus Caritas Est, I also treated of the love of the Father and the Son which reaches us and profoundly transforms our existence. Believers know that reciprocal love is embodied in the love of God and of Christ, through the Spirit. Let us return to the Letter to the Galatians. Here St Paul says that by bearing one another's burdens believers are fulfilling the commandment of love (cf. Gal 6: 2).

Justified through the gift of faith in Christ, we are called to live in the love of Christ for neighbour, because it is on this criterion that we shall be judged at the end of our lives. In reality Paul only repeats what Jesus himself said and which is proposed to us anew by last Sunday's Gospel, in the parable of the Last Judgment. In the First Letter to the Corinthians St Paul pours himself out in a famous eulogy of love. It is called the "hymn to love": "If I speak in the tongues of men and of angels, but have not love, I am a noisy gong or a clanging cymbal.... Love is patient and kind; love is not jealous or boastful; it is not arrogant or rude. Love does not insist on its own way" (1 Cor 13: 1, 4-5). Christian love is particularly demanding because it springs from Christ's total love for us: that love that claims us, welcomes us, embraces us, sustains us, to the point of tormenting us since it forces each one to no longer live for himself, closed into his own selfishness, but for him "who for their sake died and was raised" (2 Cor 5: 15). The love of Christ makes us, in him, that new creation (cf. 2 Cor 5: 17), which comes to belong to his Mystical Body that is the Church.

Seen in this perspective, the centrality of justification without works, the primary object of Paul's preaching, does not clash with faith that works through love; indeed, it demands that our faith itself be expressed in a life in accordance with the Spirit. Often there is seen an unfounded opposition between St Paul's theology and that of St James, who writes in his Letter: "as the body apart from the spirit is dead, so faith apart from works is dead"(2: 26). In reality, while Paul is primarily concerned to show that faith in Christ is necessary and sufficient, James accentuates the consequential relations between faith and works (cf. Jas 2: 24). Therefore, for both Paul and James, faith that is active in love testifies to the freely given gift of justification in Christ. Salvation received in Christ needs to be preserved and witnessed to "with fear and trembling. For God is at work in you, both to will and to work for his good pleasure.... Do all things without grumbling or questioning... holding fast the word of life", St Paul was to say further, to the Christians of Philippi (cf. Phil 2: 12-14, 16).

We are often induced to fall into the same misunderstandings that characterized the community of Corinth; those Christians thought that since they had been freely justified in Christ through faith, "they could do as they pleased". And they believed and it often seems that today's Christians also think this that it is permissible to create divisions in the Church, the Body of Christ, to celebrate the Eucharist without looking after the neediest of our brothers, to aspire to better charisms without being aware that each is a member of the other, and so forth. The consequences of a faith that is not manifested in love are disastrous, because it reduces itself to the arbitrariness and subjectivism that is most harmful to us and to our brothers. On the contrary, in following St Paul, we should gain a new awareness of the fact that precisely because we are justified in Christ, we no longer belong to ourselves but have become a temple of the Spirit and hence are called to glorify God in our body with the whole of our existence (cf. 1 Cor 6: 19). We would be underselling the inestimable value of justification, purchased at the high price of Christ's Blood, if we were not to glorify him with our body. In fact, our worship at the same time reasonable and spiritual is exactly this, which is why St Paul exhorts us "to present [our] bodies as a living sacrifice, holy and acceptable to God" (Rm 12: 1). To what would a liturgy be reduced if addressed solely to the Lord without simultaneously becoming service to one's brothers, a faith that would not express itself in charity? And the Apostle often places his communities in confrontation with the Last Judgment, on the occasion of which: "we must all appear before the judgment seat of Christ, so that each one may receive good or evil, according to what he has done in the body" (2 Cor 5: 10; cf. also Rm 2: 16). And this idea of the Last Judgment must illumine us in our daily lives.

If the ethics that Paul proposes to believers do not deteriorate into forms of moralism and prove themselves timely for us, it is because, each time, they start from the personal and communal relationship with Christ, to be realized concretely in a life according to the Spirit. This is essential: the Christian ethic is not born from a system of commandments but is a consequence of our friendship with Christ. This friendship influences life; if it is true it incarnates and fulfils itself in love for neighbour. For this reason, any ethical decay is not limited to the individual sphere but it also weakens personal and communal faith from which it derives and on which it has a crucial effect. Therefore let us allow ourselves to be touched by reconciliation, which God has given us in Christ, by God's "foolish" love for us; nothing and no one can ever separate us from his love (cf. Rm 8: 39). We live in this certainty. It is this certainty that gives us the strength to live concretely the faith that works in love.

To special groups

I am pleased to greet all the English-speaking pilgrims and visitors present at today's Audience, especially those from England and the United States of America. I pray that your stay in Rome will renew your love for the Lord Jesus Christ and strengthen you in his service. Upon all of you I cordially invoke God's blessings of joy and peace.

Lastly, I greet the young people, the sick and the newlyweds. Next Sunday, Advent begins, in preparation for the Birth of Christ. I urge you, dear young people, to live this "powerful time" with vigilant prayer and ardent apostolic action. I encourage you, dear sick people, to sustain with the offering of your sufferings the process of the whole Church's preparation for Christmas. I hope that you, newlyweds, may be witnesses of the Spirit of love that animates and sustains the whole family of God.

© Copyright 2008 - Libreria Editrice Vaticana

SOURCE : http://www.vatican.va/holy_father/benedict_xvi/audiences/2008/documents/hf_ben-xvi_aud_20081126_en.html


BENEDICT XVI

GENERAL AUDIENCE

Paul VI Audience Hall

Wednesday, 3 December 2008

Saint Paul (15):

The Apostle’s teaching on the relation between Adam and Christ


Dear Brothers and Sisters,

In today's Catechesis we shall reflect on the relations between Adam and Christ, defined by St Paul in the well-known passage of the Letter to the Romans (5: 12-21) in which he gives the Church the essential outline of the doctrine on original sin. Indeed, Paul had already introduced the comparison between our first progenitor and Christ while addressing faith in the Resurrection in the First Letter to the Corinthians: "For as in Adam all die, so also in Christ shall all be made alive.... "The first man Adam became a living being'; the last Adam became a life-giving spirit" (1 Cor 15: 22, 45). With Romans 5: 12-21, the comparison between Christ and Adam becomes more articulate and illuminating: Paul traces the history of salvation from Adam to the Law and from the latter to Christ. At the centre of the scene it is not so much Adam, with the consequences of his sin for humanity, who is found as much as it is Jesus Christ and the grace which was poured out on humanity in abundance through him. The repetition of the "all the more" with regard to Christ stresses that the gift received in him far surpasses Adam's sin and its consequent effects on humanity, so that Paul could reach his conclusion: "but where sin increased, grace abounded all the more" (Rm 5: 20). The comparison that Paul draws between Adam and Christ therefore sheds light on the inferiority of the first man compared to the prevalence of the second.

On the other hand, it is precisely in order to highlight the immeasurable gift of grace in Christ that Paul mentions Adam's sin. One could say that if it were not to demonstrate the centrality of grace, he would not have dwelt on the treatment of sin which "came into the world through one man and death through sin" (Rm 5: 12). For this reason, if, in the faith of the Church, an awareness of the dogma of original sin developed, it is because it is inseparably linked to another dogma, that of salvation and freedom in Christ. The consequence of this is that we must never treat the sin of Adam and of humanity separately from the salvific context, in other words, without understanding them within the horizon of justification in Christ.

However, as people of today we must ask ourselves: what is this original sin? What does St Paul teach, what does the Church teach? Is this doctrine still sustainable today? Many think that in light of the history of evolution, there is no longer room for the doctrine of a first sin that then would have permeated the whole of human history. And, as a result, the matter of Redemption and of the Redeemer would also lose its foundation. Therefore, does original sin exist or not? In order to respond, we must distinguish between two aspects of the doctrine on original sin. There exists an empirical aspect, that is, a reality that is concrete, visible, I would say tangible to all. And an aspect of mystery concerning the ontological foundation of this event. The empirical fact is that a contradiction exists in our being. On the one hand every person knows that he must do good and intimately wants to do it. Yet at the same time he also feels the other impulse to do the contrary, to follow the path of selfishness and violence, to do only what pleases him, while also knowing that in this way he is acting against the good, against God and against his neighbour. In his Letter to the Romans St Paul expressed this contradiction in our being in this way: "I can will what is right, but I cannot do it. For I do not do the good I want, but I do the evil I do not want" (7: 18-19). This inner contradiction of our being is not a theory. Each one of us experiences it every day. And above all we always see around us the prevalence of this second will. It is enough to think of the daily news of injustice, violence, falsehood and lust. We see it every day. It is a fact.

As a consequence of this evil power in our souls, a murky river developed in history which poisons the geography of human history. Blaise Pascal, the great French thinker, spoke of a "second nature", which superimposes our original, good nature. This "second nature" makes evil appear normal to man. Hence even the common expression "he's human" has a double meaning. "He's human", can mean: this man is good, he really acts as one should act. But "he's human", can also imply falsity: evil is normal, it is human. Evil seems to have become our second nature. This contradiction of the human being, of our history, must evoke, and still evokes today, the desire for redemption. And, in reality, the desire for the world to be changed and the promise that a world of justice, peace and good will be created exists everywhere. In politics, for example, everyone speaks of this need to change the world, to create a more just world. And this is precisely an expression of the longing for liberation from the contradiction we experience within us.

Thus, the existence of the power of evil in the human heart and in human history is an undeniable fact. The question is: how can this evil be explained? In the history of thought, Christian faith aside, there exists a key explanation of this duality, with different variations. This model says: being in itself is contradictory, it bears within it both good and evil. In antiquity, this idea implied the opinion that two equally primal principles existed: a good principle and a bad principle. This duality would be insuperable; the two principles are at the same level, so this contradiction from the being's origin would always exist. The contradiction of our being would therefore only reflect the contrary nature of the two divine principles, so to speak. In the evolutionist, atheist version of the world the same vision returns in a new form. Although in this conception the vision of being is monist, it supposes that being as such bears within itself both evil and good from the outset. Being itself is not simply good, but open to good and to evil. Evil is equally primal with the good. And human history would develop only the model already present in all of the previous evolution. What Christians call original sin would in reality be merely the mixed nature of being, a mixture of good and evil which, according to atheist thought, belong to the same fabric of being. This is a fundamentally desperate view: if this is the case, evil is invincible. In the end all that counts is one's own interest. All progress would necessarily be paid for with a torrent of evil and those who wanted to serve progress would have to agree to pay this price. Politics is fundamentally structured on these premises and we see the effects of this. In the end, this modern way of thinking can create only sadness and cynicism.

And let us therefore ask again: what does faith witnessed to by St Paul tell us? As the first point, it confirms the reality of the competition between the two natures, the reality of this evil whose shadow weighs on the whole of Creation. We heard chapter seven of the Letter to the Romans, we shall add chapter eight. Quite simply, evil exists. As an explanation, in contrast with the dualism and monism that we have briefly considered and found distressing, faith tells us: there exist two mysteries, one of light and one of night, that is, however, enveloped by the mysteries of light. The first mystery of light is this: faith tells us that there are not two principles, one good and one evil, but there is only one single principle, God the Creator, and this principle is good, only good, without a shadow of evil. And therefore, being too is not a mixture of good and evil; being as such is good and therefore it is good to be, it is good to live. This is the good news of the faith: only one good source exists, the Creator. Therefore living is a good, it is a good thing to be a man or a woman life is good. Then follows a mystery of darkness, or night. Evil does not come from the source of being itself, it is not equally primal. Evil comes from a freedom created, from a freedom abused.

How was it possible, how did it happen? This remains obscure. Evil is not logical. Only God and good are logical, are light. Evil remains mysterious. It is presented as such in great images, as it is in chapter 3 of Genesis, with that scene of the two trees, of the serpent, of sinful man: a great image that makes us guess but cannot explain what is itself illogical. We may guess, not explain; nor may we recount it as one fact beside another, because it is a deeper reality. It remains a mystery of darkness, of night. But a mystery of light is immediately added. Evil comes from a subordinate source. God with his light is stronger. And therefore evil can be overcome. Thus the creature, man, can be healed. The dualist visions, including the monism of evolutionism, cannot say that man is curable; but if evil comes only from a subordinate source, it remains true that man is healable. And the Book of Wisdom says: "he made the nations of the world curable" (1: 14 Vulgate). And finally, the last point: man is not only healable, but is healed de facto. God introduced healing. He entered into history in person. He set a source of pure good against the permanent source of evil. The Crucified and Risen Christ, the new Adam, counters the murky river of evil with a river of light. And this river is present in history: we see the Saints, the great Saints but also the humble saints, the simple faithful. We see that the stream of light which flows from Christ is present, is strong.

Brothers and sisters, it is the season of Advent. In the language of the Church the word Advent has two meanings: presence and anticipation. Presence: the light is present, Christ is the new Adam, he is with us and among us. His light is already shining and we must open the eyes of our hearts to see the light and to enter into the river of light. Above all we must be grateful for the fact that God himself entered history as a new source of good. But Advent also means anticipation. The dark night of evil is still strong. And therefore in Advent we pray with the ancient People of God: "Rorate caeli desuper". And we pray insistently: come Jesus; come, give power to light and to good; come where falsehood, ignorance of God, violence and injustice predominate. Come Lord Jesus, give power to the good in the world and help us to be bearers of your light, peacemakers, witnesses of the truth. Come, Lord Jesus!

To special groups

I am pleased to greet all the English-speaking pilgrims and visitors present at today’s Audience, especially those from Malta, Australia, South Korea and the United States of America. Upon you and your families I cordially invoke an abundance of joy and peace in our Lord Jesus Christ.

© Copyright 2008 - Libreria Editrice Vaticana

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BENEDICT XVI

GENERAL AUDIENCE

Paul VI Audience Hall

Wednesday, 10 December 2008

Saint Paul (16):

Theology of the sacraments


Dear Brothers and Sisters,

In following St Paul, we saw two things in the Catechesis last Wednesday. The first is that our human history has been polluted from the outset by the misuse of created freedom which seeks emancipation from the divine Will. Thus, it does not find true freedom but instead opposes truth and consequently falsifies our human realities. It falsifies above all the fundamental relationships: with God, between a man and a woman, between humankind and the earth. We said that this contamination permeates the whole fabric of our history and that this hereditary defect has continued to spread within it and can now be seen everywhere. This was the first thing. The second is this: we have learned from St Paul that a new beginning exists in history and of history in Jesus Christ, the One who is man and God. With Jesus, who comes from God, a new history begins that is shaped by his "yes" to the Father and is therefore not founded on the pride of a false emancipation but on love and truth.

However, the question now arises: how can we enter this new beginning, this new history? How does this new history reach me? We are inevitably linked to the first, contaminated history through our biological descendance, since we all belong to the one body of humanity; but how is communion with Jesus, how is new birth achieved in order to enter into the new humanity? How does Jesus come into my life, into my being? The fundamental response of St Paul and of the whole of the New Testament is that he comes through the action of the Holy Spirit. If the first history starts, so to speak, with biology, the second starts with the Holy Spirit, the Spirit of the Risen Christ. At Pentecost this Spirit created the beginning of the new humanity, the new community, the Church, the Body of Christ.

However we must be even more concrete: how can this Spirit of Christ, the Holy Spirit, become my Spirit? The answer is that this happens in three ways that are closely interconnected. This is the first: the Spirit of Christ knocks at the door of my heart, moves me from within. However since the new humanity must be a true body, since the Spirit must gather us together and really create a community, since overcoming divisions and creating a gathering of the dispersed is characteristic of the new beginning, this Spirit of Christ uses two elements visibly aggregated: the Word of the proclamation and the sacraments, Baptism and the Eucharist in particular. In his Letter to the Romans, St Paul says: "If you confess with your lips that Jesus is Lord and believe in your heart that God raised him from the dead, you will be saved" (10: 9), in other words, you will enter the new history, a history of life and not of death. St Paul then continues: "But how are men to call upon him in whom they have not believed? And how are they to believe in him of whom they have never heard? And how are they to hear without a preacher? And how can men preach unless they are sent?" (Rm 10: 14-15). In an ensuing passage he says further: "faith comes from what is heard" (Rm 10: 17). Faith is not a product of our thought or our reflection; it is something new that we cannot invent but only receive as a gift, as a new thing produced by God. Moreover, faith does not come from reading but from listening. It is not only something interior but also a relationship with Someone. It implies an encounter with the proclamation; it implies the existence of the Other, who it proclaims, and creates communion.

And lastly, proclamation: the one who proclaims does not speak on his own behalf but is sent. He fits into a structure of mission that begins with Jesus, sent by the Father, passes through the Apostles the term "apostles" means "those who are sent" and continues in the ministry, in the missions passed down by the Apostles. The new fabric of history takes shape in this structure of missions in which we ultimately hear God himself speaking, his personal Word, the Son speaks with us, reaches us. The Word was made flesh, Jesus, in order really to create a new humanity. The word of proclamation thus becomes a sacrament in Baptism, which is rebirth from water and the Spirit, as St John was to say. In the sixth chapter of the Letter to the Romans, St Paul speaks of Baptism in a very profound way. We have heard the text but it might be useful to repeat it: "Do you not know that all of us who have been baptized into Christ Jesus were baptized into his death? We were buried therefore with him by Baptism into death, so that as Christ was raised from the dead by the glory of the Father, we too might walk in newness of life" (6: 3-4).

In this Catechesis I cannot of course enter into a detailed interpretation of this far from easy text. I would like to note briefly just three points. The first: "we have been baptized" is a passive. No one can baptize himself, he needs the other. No one can become Christian on his own. Becoming Christian is a passive process. Only by another can we be made Christians and this "other" who makes us Christians, who gives us the gift of faith, is in the first instance the community of believers, the Church. From the Church we receive faith, Baptism. Unless we let ourselves be formed by this community we do not become Christians. An autonomous, self-produced Christianity is a contradiction in itself. In the first instance, this "other" is the community of believers, the Church, yet in the second instance this community does not act on its own either, according to its own ideas and desires. The community also lives in the same passive process: Christ alone can constitute the Church. Christ is the true giver of the sacraments. This is the first point: no one baptizes himself, no one makes himself a Christian. We become Christians.

This is the second point: Baptism is more than a cleansing. It is death and resurrection. Paul himself, speaking in the Letter to the Galatians of the turning point in his life brought about by his encounter with the Risen Christ, describes it with the words: I am dead. At that moment a new life truly begins. Becoming Christian is more than a cosmetic operation that would add something beautiful to a more or less complete existence. It is a new beginning, it is rebirth: death and resurrection. Obviously in the resurrection what was good in the previous existence reemerges.

The third point is: matter is part of the sacrament. Christianity is not a purely spiritual reality. It implies the body. It implies the cosmos. It is extended toward the new earth and the new heavens. Let us return to the last words of St Paul's text. In this way he said, "we too might walk in newness of life". It constitutes an examination of conscience for all of us: to walk in newness of life. This applies to Baptism.

We now come to the Sacrament of the Eucharist. I have already shown in other Catecheses the profound respect with which St Paul transmits verbally the tradition of the Eucharist which he received from the witnesses of the last night themselves. He passes on these words as a precious treasure entrusted to his fidelity. Thus we really hear in these words the witnesses of the last night. We heard the words of the Apostle: "For I received from the Lord what I also delivered to you, that the Lord Jesus on the night when he was betrayed took bread, and when he had given thanks, he broke it, and said, "This is my Body which is for you. Do this in remembrance of me'. In the same way also the cup, after supper, saying, "This cup is the new covenant in my Blood. Do this, as often as you drink it, in remembrance of me'" (1 Cor 11: 23-35). It is an inexhaustible text. Here too, in this Catechesis, I have only two brief remarks to make. Paul transmits the Lord's words on the cup like this: this cup is "the new covenant in my Blood". These words conceal an allusion to two fundamental texts of the Old Testament. The first refers to the promise of a new covenant in the Book of the Prophet Jeremiah. Jesus tells the disciples and tells us: now, at this moment, with me and with my death the new covenant is fulfilled; by my Blood this new history of humanity begins in the world. However, also present in these words is a reference to the moment of the covenant on Sinai, when Moses said: "Behold the blood of the covenant which the Lord has made with you in accordance with all these words" (Ex 24: 8). Then it was the blood of animals. The blood of animals could only be the expression of a desire, an expectation of the true sacrifice, the true worship. With the gift of the cup, the Lord gives us the true sacrifice. The one true sacrifice is the love of the Son. With the gift of this love, eternal love, the world enters into the new covenant. Celebrating the Eucharist means that Christ gives us himself, his love, to configure us to himself and thereby to create the new world.

The second important aspect of the teaching on the Eucharist appears in the same First Letter to the Corinthians where St Paul says: "the cup of blessing which we bless, is it not a participation in the Blood of Christ? The bread which we break, is it not a participation in the Body of Christ? Because there is one bread, we who are many are one body, for we all partake of the one bread" (10: 16-17). In these words the personal and social character of the Sacrament of the Eucharist likewise appears. Christ personally unites himself with each one of us, but Christ himself is also united with the man and the woman who are next to me. And the bread is for me but it is also for the other. Thus Christ unites all of us with himself and all of us with one another. In communion we receive Christ. But Christ is likewise united with my neighbour: Christ and my neighbour are inseparable in the Eucharist. And thus we are all one bread and one body. A Eucharist without solidarity with others is a Eucharist abused. And here we come to the root and, at the same time, the kernel of the doctrine on the Church as the Body of Christ, of the Risen Christ.

We also perceive the full realism of this doctrine. Christ gives us his Body in the Eucharist, he gives himself in his Body and thus makes us his Body, he unites us with his Risen Body. If man eats ordinary bread, in the digestive process this bread becomes part of his body, transformed into a substance of human life. But in holy Communion the inverse process is brought about. Christ, the Lord, assimilates us into himself, introducing us into his glorious Body, and thus we all become his Body. Whoever reads only chapter 12 of the First Letter to the Corinthians and chapter 12 of the Letter to the Romans might think that the words about the Body of Christ as an organism of charisms is only a sort of sociological and theological parable. Actually in Roman political science this parable of the body with various members that form a single unit was used referring to the State itself, to say that the State is an organism in which each one has his role, that the multiplicity and diversity of functions form one body and each one has his place. If one reads only chapter 12 of the First Letter to the Corinthians one might think that Paul limited himself to transferring this alone to the Church, that here too it was solely a question of a sociology of the Church. Yet, bearing in mind this chapter 10, we see that the realism of the Church is something quite different, far deeper and truer than that of a State organism. Because Christ really gives his Body and makes us his Body. We really become united with the Risen Body of Christ and thereby are united with one another. The Church is not only a corporation like the State is, she is a body. She is not merely an organization but a real organism.

Lastly, just a very brief word on the Sacrament of Matrimony. In the Letter to the Corinthians there are only a few references whereas in the Letter to the Ephesians he has truly developed a profound theology of Matrimony. Here Paul defines Matrimony as a "great mystery". He says so "in reference to Christ and the Church" (5: 32) A reciprocity in a vertical dimension should be pointed out in this passage. Mutual submission must use the language of love whose model is Christ's love for the Church. This Christ-Church relationship makes the theological aspect of matrimonial love fundamental, exalting the affective relationship between the spouses. A genuine marriage will be well lived if in the constant human and emotional growth an effort is made to remain continually bound to the efficacy of the Word and to the meaning of Baptism. Christ sanctified the Church, purifying her through the washing with water, accompanied by the Word. Apart from making it visible, a participation in the Body and Blood of the Lord does no more than seal a union rendered indissoluble by grace.

And lastly let us listen to St Paul's words to the Philippians: "the Lord is at hand" (Phil 4: 5). It seems to me that we have understood that the Lord is close to us throughout our life through the Word and through the sacraments. Let us pray that by his closeness we may always be moved in the depths of our being so that joy may be born that joy which is born when Jesus really is at hand.

To special groups

Dear Brothers and Sisters,

I am pleased to welcome the English-speaking pilgrims and visitors here today, including groups from Australia and the United States. I greet especially the newly professed Missionaries of Charity from various countries. Upon all of you, and upon your families and loved ones, I invoke God's blessings of joy and peace.

Lastly, my thoughts go to the young people, the sick and the newlyweds. May Our Lady of Loreto whose Memorial we are celebrating today help you, dear young people, to prepare your hearts to welcome Jesus who saves us with the power of his love; may she comfort you, dear sick people, who in your experience of illness share with Christ the burden of the Cross, and may she encourage you, dear newlyweds, who have recently founded your family, to grow increasingly in that love which Jesus gave to us in his Nativity.

© Copyright 2008 - Libreria Editrice Vaticana

SOURCE : http://www.vatican.va/holy_father/benedict_xvi/audiences/2008/documents/hf_ben-xvi_aud_20081210_en.html


BENEDICT XVI

GENERAL AUDIENCE

Paul VI Audience Hall

Wednesday, 7 January 2009

Saint Paul (17):

Spiritual Worship


Dear Brothers and Sisters,

At this first General Audience in 2009, I would like to express to all of you my fervent good wishes for the new year that has just begun. Let us revive within us the commitment to open our minds and hearts to Christ, to be and to live as his true friends. His company will ensure that this year, even with its inevitable difficulties, will be a journey full of joy and peace. In fact, only if we remain united to Jesus will the new year be a good and happy one.

The commitment of union with Christ is the example that St Paul also offers us. Continuing the Catecheses dedicated to him, let us pause to reflect today on one of the important aspects of his thought which concerns the worship that Christians are called to exercise. In the past, it was fashionable to speak of a rather anti-religious tendency in the Apostle, of a "spiritualization" of the idea of worship. Today we understand better that Paul sees in the Cross of Christ a historic turning point that radically transforms and renews the reality of worship. In particular, there are three texts in the Letter to the Romans in which this new vision of worship appears.

1. In Romans 3: 25, after speaking of the "redemption which is in Christ Jesus", Paul continues with what to us is a mysterious formula, saying: "through his Blood, God made him the means of expiation for all who believe". With these words that we find somewhat strange: "means of expiation", St Paul mentions the so-called "propitiatory" of the ancient temple, that is, the lid covering the Ark of the Covenant that was considered the point of contact between God and man, the point of his mysterious presence in the human world. On the great Day of Atonement "Yom Kippur" this "proprietary" was sprinkled with the blood of sacrificed animals blood that symbolically brought the sins of the past year into contact with God and thus sins cast into the abyss of divine goodness were, so to speak, absorbed by the power of God, overcome and forgiven. Life began anew.

St Paul mentions this rite and says: This rite was an expression of the desire truly to be able to cast all our sins into the abyss of divine mercy and thus make them disappear. With the blood of animals, however, this expiation was not achieved; a more real contact between human sin and divine love was required. This contact took place on the Cross of Christ. Christ, the true Son of God, who became a true man, took all our sins upon himself. He himself is the point of contact between human wretchedness and divine mercy. In his heart the grievous mass of the evil perpetrated by humanity is dissolved and life is renewed.

In revealing this change, St Paul tells us: the old form of worship with animal sacrifices in the Temple of Jerusalem ended with the Cross of Christ the supreme act of divine love become human love. This symbolic worship, the cult of desire, is now replaced by true worship: the love of God incarnate in Christ and brought to its fulfilment in his death on the Cross. This is not, therefore, a spiritualization of true worship; on the contrary it is true worship: real divine-human love replaces the symbolic and temporary form of worship. The Cross of Christ, his love with Flesh and Blood, is the true worship that corresponds with the reality of God and of man. In Paul's opinion, the epoch of the temple and its worship had already ended prior to the external destruction of the temple. Here Paul finds himself in perfect harmony with the words of Jesus who had predicted the destruction of the temple and had also announced another temple, "not made with human hands" the temple of his Risen Body (cf. Mk 14: 58; Jn 2: 19ff.). This is the first text.

2. The second text I would like to speak of today is found in the first verse of chapter 12 of the Letter to the Romans. We have heard it and I shall repeat it: "I appeal to you therefore, brethren, by the mercies of God, to present your bodies as a living sacrifice, holy and acceptable to God, which is your spiritual worship". There is an apparent paradox in these words: while the sacrifice normally requires the death of the victim, Paul speaks on the contrary of the life of the Christian. The expression "present your bodies", independently of the successive concept of sacrifice, acquires the religious nuance of "giving as an oblation, an offering". The exhortation "present your bodies" refers to the person in his entirety; in fact, in Romans 6: 13, he invites them to: "yield yourselves". Moreover the explicit reference to the physical dimension of the Christian coincides with the invitation to: "glorify God in your body" (1 Cor 6: 20). In other words, it is a question of honouring God in the most practical form of daily life that consists of relational and perceptible visibility.

Conduct of this kind is described by Paul as "a living sacrifice, holy and acceptable to God". It is here that we actually find the word "sacrifice". In this usage the term belongs to a sacred context and serves to designate the slaughtering of an animal, part of which can be burned in honour of the gods and another part eaten at a banquet by those who are offering the sacrifice. Paul applies it instead to the Christian's life. In fact, he describes this sacrifice using three adjectives. The first "living" expresses vitality. The second "holy" recalls the Pauline idea of holiness not linked to places or objects but to Christians themselves. The third "acceptable to God" recalls perhaps the recurrent biblical expression of sacrifice "a pleasing odour" (cf. Lv 1: 13, 17; 23: 18; 26: 31, etc.).

Immediately afterwards, Paul thus defines this new way of living: "which is your spiritual worship". Commentators on this text well know that the Greek expression (ten logiken latreían) is not easy to translate. The Latin Bible translates it as: "rationabile obsequium". The actual word "rationabile" appears in the First Eucharistic Prayer of the Roman Canon: in it the faithful pray that God will accept this offering as "rationabile". The usual Italian translation "culto spirituale" [spiritual worship] does not reflect all the nuances of the Greek text (or of the Latin). In any case it is not a matter of less real worship or even worship that is only metaphorical but rather of a more concrete and realistic worship a worship in which the human being himself, in his totality as a being endowed with reason, becomes adoration, glorification of the living God.

This Pauline formula, which returns later in the Roman Eucharistic Prayer, is the fruit of a long development of the religious experience in the centuries before Christ. In this experience theological developments of the Old Testament and trends of Greek thought are encountered. I would like at least to show some elements of this development. The Prophets and many Psalms strongly criticize the bloody sacrifices of the temple. Psalm 50[49], in which God speaks: "if I were hungry, I would not tell you; for the world and all that is in it is mine. Do I eat the flesh of bulls, or drink the blood of goats? Offer to God a sacrifice of thanksgiving..." (vv. 12-14). The following Psalm says something similar: "You have no delight in sacrifice; were I to give a burned offering, you would not be pleased. The sacrifice acceptable to God is a broken spirit; a broken and contrite heart, O God, you will not despise" (Ps 50[51]: vv. 18ff). In the Book of Daniel, at the time of the new destruction of the temple by the Hellenistic regime (second century b.c.), we find a new step in the same direction. In the heart of the furnace that is, of persecution, suffering Azariah prays in these words: "And at this time there is no prince, or prophet, or leader, no burned offering, or sacrifice, or oblation, or incense, no place to make an offering before you or to find mercy. Yet with a contrite heart and a humble spirit may we be accepted, as though it were with burned offerings of rams and bulls... such may be our sacrifice be in your sight this day, and may we wholly follow you" (Dan 3: 15-17). In the destruction of the shrine and of worship, in this situation of the privation of any sign of God's presence, the believer offers as a true holocaust his contrite heart his desire for God.

We see an important and beautiful development but with a danger. There is a spiritualization, a moralization of worship: worship becomes only something of the heart, of the mind. But it lacks the body, it lacks the community. Thus we understand, for example, that Psalm 51 and also the Book of Daniel, despite the criticism of worship, desire a return to the time of sacrifices. Yet this is a renewed time, a renewed sacrifice, in a synthesis that was not yet foreseeable, that could not yet be conceived of.

Let us return to St Paul. He is heir to these developments, of the desire for true worship, in which man himself becomes the glory of God, living adoration with his whole being. In this sense he says to the Romans: "present your bodies as a living sacrifice... which is your spiritual worship" (Rm 12: 1). Paul thus repeats what he pointed out in chapter 3: the time of animal sacrifices, substitute sacrifices, is over. The time has come for true worship. However, here there is also the danger of a misunderstanding. One might easily interpret this new worship in a moralistic sense: in offering our life we ourselves become true worship. In this way, worship with animals would be replaced by moralism: man himself would do everything on his own with his moral strength. And this was certainly not St Paul's intention. However the question remains: how therefore, can we interpret this "[reasonable] spiritual worship"? Paul always presumes that we are all "one in Christ Jesus" (Gal 3: 28), that we died in Baptism (cf. Rm 1) and that we now live with Christ, for Christ, in Christ.

In this union and only in this way we are able to become in him and with him "a living sacrifice", to offer "true worship". The sacrificed animals were meant to replace the human being, the gift of self, but they could not. In his gift of himself to the Father and to us, Jesus Christ is not a substitute but truly bears within him the human being, our sins and our desire; he really represents us, he takes us upon himself. In communion with Christ, realized in faith and in the sacraments, despite all our inadequacies we truly become a living sacrifice: "true worship" is achieved.

This synthesis forms the background of the Roman Canon in which we pray for this offering to become "rationabile" for spiritual worship to be made. The Church knows that in the Holy Eucharist Christ's gift of himself, his true sacrifice, becomes present. However, the Church prays that the community celebrating may truly be united with Christ and transformed; she prays that we may become what we cannot be with our own efforts: a "rational" offering that is acceptable to God. Thus the Eucharistic Prayer interprets St Paul's words correctly. St Augustine explained all this marvellously in the 10th chapter of his "City of God". I cite only two sentences from it.

"This is the sacrifice of Christians: we, being many, are one body in Christ...". "The whole redeemed city, that is to say, the congregation or community of the saints, is offered to God as our sacrifice through the great High Priest, who offered Himself..." (10, 6: CCL 47, 27 ff.).

3. Further, at the end, I add just a few words on the third text of the Letter to the Romans on the new worship. St Paul thus said in chapter 15: "The grace given me by God to be "a minister' of Christ Jesus to the Gentiles in the priestly service (hierourgein) of the Gospel of God, so that the offering of the Gentiles may be acceptable, sanctified by the Holy Spirit" (15: 15ff.). I would like to emphasize only two aspects of this marvellous text, with regard to the unique terminology in the Pauline Letters. First of all, St Paul interprets his missionary activity among the world's peoples to build the universal Church as priestly service. To proclaim the Gospel in order to unite the peoples in the communion of the Risen Christ is a "priestly" action. The apostle of the Gospel is a true priest, he does what is central to the priesthood: prepares the true sacrifice. And then the second aspect: the goal of missionary action is we can say the cosmic liturgy: that the peoples united in Christ, the world, may as such become the glory of God, an "acceptable [offering], sanctified by the Holy Spirit". Here the dynamic aspect appears, the aspect of hope in the Pauline conception of worship: Christ's gift of himself implies the aspiration to attract all to communion in his body, to unite the world. Only in communion with Christ, the exemplary man, one with God, does the world thus become as we all wish it to be: a mirror of divine love. This dynamism is ever present in the Eucharist this dynamism must inspire and form our life. And let us begin the new year with this dynamism. Thank you for your patience.

To special groups

I am pleased to greet all the English-speaking pilgrims and visitors present at today's Audience, including the groups from Finland and the United States of America. Upon you and your families I willingly invoke God's Blessings of joy and peace throughout the year!

Lastly, I address my thoughts to the young people, the sick and the newly weds. Yesterday, on the Solemnity of the Epiphany, we recalled the journey to Christ of the Magi who were guided by the light of the star. May their example foster in you, dear young people, the desire to encounter Jesus and to transmit to all the joy that flows from acceptance of the Gospel; may it lead you, dear sick people, to offer to the Child of Bethlehem your pain and suffering; may it be for you, dear newly weds, a constant encouragement to make your families a welcoming "place" for the mysterious signs of God and for the gift of life.

© Copyright 2009 - Libreria Editrice Vaticana

SOURCE : http://www.vatican.va/holy_father/benedict_xvi/audiences/2009/documents/hf_ben-xvi_aud_20090107_en.html


BENEDICT XVI

GENERAL AUDIENCE

Paul VI Audience Hall

Wednesday, 14 January 2009

Saint Paul (18):

The Theological vision of the Letters to the Colossians and Ephesians


Dear Brothers and Sisters,

In St Paul's correspondence there are two Letters to the Colossians and to the Ephesians that to a certain extent can be considered twins. In fact, they both contain expressions that are found in them alone, and it has been calculated that more than a third of the words in the Letter to the Colossians are also found in the Letter to the Ephesians. For example, while in Colossians we read literally the invitation: "admonish one another. Sing gratefully to God from your hearts in psalms, hymns and spiritual songs" (Col 3: 16), in his Letter to the Ephesians St Paul likewise recommends "addressing one another in psalms and hymns and spiritual songs, sing praise to the Lord with all your heart" (Eph 5: 19). We could meditate upon these words: the heart must sing with psalms and hymns, and the voice in the same way, in order to enter the tradition of prayer of the whole of the Church of the Old and New Testaments. Thus we learn to be with ourselves and one another and with God. In addition, the "domestic code" that is absent in the other Pauline Letters is found in these two in other words, a series of recommendations addressed to husbands and wives, to parents and children, to masters and slaves (cf. Col 3: 18-4: 1 and Eph 5: 22-6: 9 respectively).

It is even more important to notice that only in these two Letters is the title "head" kefalé given to Jesus Christ. And this title is used on two levels. In the first sense, Christ is understood as head of the Church (cf. Col 2: 18-19 and Eph 4: 15-16). This means two things: first of all that he is the governor, the leader, the person in charge who guides the Christian community as its leader and Lord (cf. Col 1: 18: "He is the head of the body, the Church"). The other meaning is then that, as head, he innervates and vivifies all the members of the body that he controls. (In fact, according to Colossians 2: 19, it is necessary "[to hold] fast to the Head, from whom the whole body, [is] nourished and knit together"). That is, he is not only one who commands but also one who is organically connected with us, from whom comes the power to act in an upright way.

In both cases, the Church is considered subject to Christ, both in order to follow his supervision the commandments and to accept all of the vital influences that emanate from him. His commandments are not only words or orders but a vital energy that comes from him and helps us.

This idea is developed particularly in Ephesians where, instead of being traced back to the Spirit (as in 1 Corinthians 12), even the ministries of the Church are conferred by the Risen Christ. It is he who established "that some should be apostles, some prophets, some evangelists, some pastors and teachers" (4: 11). And it is from him that "the whole body grows, and... joined firmly together by each supporting ligament, builds itself up in love" (4: 16). Christ, in fact, fully strives to "present to himself a glorious Church, holy and immaculate, without stain or wrinkle or anything of that sort" (Eph 5: 27). In saying this he tells us that the power with which he builds the Church with which he guides the Church, with which he also gives the Church the right direction is precisely his love.

The first meaning is therefore Christ, Head of the Church; both with regard to her direction and, above all, with regard to her inspiration and organic revitalization by virtue of his love. Then, in a second sense, Christ is not only considered as head of the Church but also as head of the heavenly powers and of the entire cosmos. Thus, in Colossians, we read that Christ has "disarmed the principalities and powers and made a public example of them, triumphing over them in him" (2: 15). Similarly, in Ephesians we find it written that with his Resurrection God placed Christ "far above all rule and authority and power and dominion, and above every name that is named, not only in this age but also in that which is to come" (1: 21). With these words the two Letters bring us a highly positive and fruitful message. It is this: Christ has no possible rival to fear since he is superior to every form of power that might presume to humble man. He alone "loved us and gave himself up for us" (Eph 5: 2). Thus, if we are united with Christ, we have no enemy or adversity to fear; but this therefore means that we must continue to cling firmly to him, without loosening our grip!

For the pagan world that believed in a world filled with spirits for the most part dangerous and from which it was essential to protect oneself the proclamation that Christ was the only conqueror and that those with Christ need fear no one seemed a true liberation. The same is also true for the paganism of today, since current followers of similar ideologies see the world as full of dangerous powers. It is necessary to proclaim to them that Christ is triumphant, so that those who are with Christ, who stay united to him, have nothing and no one to fear. I think that this is also important for us, that we must learn to face all fears because he is above all forms of domination, he is the true Lord of the world.

Even the entire cosmos is subject to him and converges in him as its own head. The words in the Letter to the Ephesians that speak of God's plan "to unite all things in him, things in Heaven and things on earth" (1: 10) are famous. Likewise, we read in the Letter to the Colossians that "in him all things were created, in Heaven and on earth, visible and invisible" (1: 16), and that "making peace by the Blood of his Cross.... reconcile[d] to himself all things, whether on earth or in heaven" (1: 20). Therefore there is not, on the one hand, the great material world and, on the other, this small reality of the history of our earth, of the world of people: it is all one in Christ. He is the head of the cosmos; the cosmos too was created by him, it was created for us to the extent that we are united with him. It is a rational and personalistic vision of the universe. I would say that it would have been impossible to conceive of a vision more universalistic than this, and that it befits the Risen Christ alone. Christ is the Pantokrator to which all things are subordinate. Our thoughts turn precisely to Christ the Pantocrator, who fills the vault of the apse in Byzantine churches, sometimes depicted seated on high, above the whole world, or even on a rainbow, to show his equality with God himself at whose right hand he is seated (cf. Eph 1: 20; Col 3: 1) and thus also his incomparable role as the guide of human destiny.

A vision of this kind can only be conceived by the Church, not in the sense that she wishes to misappropriate that to which she is not entitled, but in another double sense: both to the extent that the Church recognizes that Christ is greater than she is, given that his lordship extends beyond her confines, and to the extent that the Church alone not the cosmos is described as the Body of Christ. All of this means that we must consider earthly realities positively, since Christ sums them up in himself, and at the same time we must live to the full our specific ecclesial identity, which is the one most homogeneous to Christ's own identity.

Then there is also a special concept which is typical of these two Letters, and it is the concept of "mystery". The "mystery of [God's] will" is mentioned once (Eph 1: 9) and, other times, as the "mystery of Christ" (Eph 3: 4; Col 4: 3) or even as "God's mystery, of Christ, in whom are hid all the treasures of wisdom and knowledge" (Col 2: 2-3). This refers to God's inscrutable plan for the destiny of mankind, of peoples and of the world. With this language the two Epistles tell us that the fulfilment of this mystery is found in Christ. If we are with Christ, even if our minds are incapable of grasping everything, we know that we have penetrated the nucleus of this "mystery" and are on the way to the truth. It is he in his totality and not only in one aspect of his Person or at one moment of his existence who bears within him the fullness of the unfathomable divine plan of salvation. In him what is called "the manifold wisdom of God" (Eph 3: 10) takes shape, for in him "the whole fullness of deity dwells bodily" (Col 2: 9). From this point on, therefore, it is not possible to reflect on and worship God's will, his sovereign instruction, without comparing ourselves personally with Christ in Person, in whom that "mystery" is incarnate and may be tangibly perceived. Thus one arrives at contemplation of the "unsearchable riches of Christ" (Eph 3: 8) which are beyond any human understanding. It is not that God did not leave footprints on his journey, for Christ himself is God's impression, his greatest footprint; but we realize "what is the breadth and length and height and depth" of this mystery "which surpasses knowledge" (Eph 3: 18-19). Mere intellectual categories prove inadequate here, and, recognizing that many things are beyond our rational capacities, we must entrust them to the humble and joyful contemplation not only of the mind but also of the heart. The Fathers of the Church, moreover, tell us that love understands better than reason alone.

A last word must be said on the concept, already mentioned above, of the Church as the spousal partner of Christ. In the Second Letter to the Corinthians, the Apostle Paul had compared the Christian community to a bride, writing thus: "I feel a divine jealousy for you", for I betrothed you to Christ to present you as a pure bride to her one husband" (11: 2). The Letter to the Ephesians develops this image, explaining that the Church is not only a betrothed bride, but the real bride of Christ. He has won her, so to speak, and has done so at the cost of his life: as the text says, he "gave himself up for her" (Eph 5: 25). What demonstration of love could be greater than this? But in addition, he was concerned about her beauty: not only the beauty already acquired through Baptism, but also that beauty "without stain or wrinkle" that is due to an irreproachable life which must grow in her moral conduct every day (cf. Eph 5: 26-27). It is a short step from here to the common experience of Christian marriage; indeed, it is not even very clear what the initial reference point of the Letter was for its author: whether it was the Christ-Church relationship, in whose light the union of the man and woman should be seen, or whether it was the experiential event of conjugal union, in whose light should be seen the relationship between Christ and the Church. But both aspects illuminate each other reciprocally: we learn what marriage is in the light of the communion of Christ and the Church, we learn how Christ is united to us in thinking of the mystery of matrimony. In any case, our Letter presents itself as nearly a middle road between the Prophet Hosea, who expressed the relationship between God and his people in terms of the wedding that had already taken place (cf. Hos 2: 4, 16, 20), and the Seer of the Apocalypse, who was to propose the eschatological encounter between the Church and the Lamb as a joyful and indefectible wedding (cf. Rv 19: 7-9; 21: 9).

There would be much more to say, but it seems to me that from what has been expounded it is already possible to realize that these two Letters form a great catechesis, from which we can learn not only how to be good Christians but also how to become truly human. If we begin by understanding that the cosmos is the impression of Christ, we learn our correct relationship with the cosmos, along with all of the problems of the preservation of the cosmos. Let us learn to see it with reason, but with a reason motivated by love, and with the humility and respect that make it possible to act in the right way. And if we believe that the Church is the Body of Christ, that Christ gave himself for her, we learn how to live reciprocal love with Christ, the love that unites us to God and makes us see in the other the image of Christ, Christ himself. Let us pray the Lord to help us to meditate well upon Sacred Scripture, his word, and thus truly learn how to live well.

To special groups

I am glad to greet the St Thérèse of Lisieux pilgrimage which, together with the Bishops of Bayeux-Lisieux and of Sées, has accompanied the reliquary of Bl. Louis and Zelie Martin, the parents of St Thérèse of the Child Jesus who so profoundly shared in this mystery of Christ's love. I also offer my best wishes to the contemplative Women Religious of the Holy Family from Bordeaux, as well as to the young members of the Institution Jeanne d'Arc from Colombes.

I extend a warm welcome to all the English-speaking pilgrims present at today's Audience. May your time in Rome strengthen you to imitate St Paul in "giving thanks always and for everything in the name of our Lord Jesus Christ to God the Father" (Eph 5: 20)!

Lastly, I address as usual the young people, the sick and the newlyweds. Yesterday the liturgy recalled St Hilary, Bishop of Poitiers who "defended the divinity of Christ your Son" (cf. Liturgy), an ardent champion of the faith and teacher of truth. May his example sustain you, dear young people, in the constant and courageous search for Christ; may it encourage you, dear sick people, to offer up your sufferings so that the Kingdom of God may spread throughout the world; and may it help you, dear newlyweds, to be witnesses of Christ's love in family life. I ask you to join in my prayer to implore an abundance of divine graces on the Sixth World Meeting of Families that is taking place in these days in Mexico City. May this important ecclesial event express once again the beauty and value of the family, inspiring in it new energy for this irreplaceable fundamental cell of society and of the Church.

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BENEDICT XVI

GENERAL AUDIENCE

Paul VI Audience Hall

Wednesday, 28 January 2009

Saint Paul (19):

Theological vision of Pastoral Letters


Dear Brothers and Sisters,

The last of the Pauline Letters, which I would like to talk about today, are known as "Pastoral Letters", because they were sent to individual Pastors of the Church: two to Timothy and one to Titus, both close collaborators of St Paul. In Timothy, the Apostle saw almost an "alter ego"; in fact he entrusted him with important missions (to Macedonia: cf. Acts 19: 22; to Thessalonica: cf. 1 Thes 3: 6-7; to Corinth: cf. 1 Cor 4: 17; 16: 10-11), and then wrote a flattering eulogy on him: "I have no one like him, who will be genuinely anxious for your welfare" (Phil 2: 20). According to the Ecclesiastical History of Eusebius of Caesarea, a fourth century historian, Timothy was the first Bishop of Ephesus (cf. 3: 4). Titus, too, must have been very dear to the Apostle, who explicitly describes him as "full of zeal... my partner and fellow worker" (2 Cor 8: 17-23), and further "my true son in the common faith" (Ti 1: 4). He had been assigned a few very delicate missions in the Church of Corinth, whose results heartened Paul (cf. 2 Cor 7: 6-7, 13; 8: 6). After this, according to the tradition handed down to us, Titus joined Paul in Nicopolis in Epirus, in Greece (cf. Ti 3: 12), and was then sent by him to Dalmatia (cf. 2 Tm 4: 10). The Letter sent to him suggests that he was later made Bishop of Crete (cf. Ti 1: 5).

The Letters addressed to these two Pastors occupy a very particular place within the New Testament. Most exegetes today are of the opinion that these Letters would not have been written by Paul himself, but would have come from the "Pauline School", and that they reflect his legacy for a new generation, perhaps including some words or brief passages written by the Apostle himself. Some parts of the Second Letter to Timothy, for example, appear so authentic that they could have come only from the heart and mouth of the Apostle.

Without a doubt, the situation of the Church as it emerges from these Letters is very different from that of Paul's middle years. He now, in retrospect, defines himself as the "herald, apostle, and teacher" of faith and truth to the Gentiles (cf. 1 Tm 2: 7; 2 Tm 1: 11); he presents himself as one who has received mercy he writes "so that in me, as an extreme case, Jesus Christ might display all his patience, and that I might become an example to those who would later have faith in him and gain everlasting life" (1 Tm 1: 16). So it is of essential importance that in Paul, a persecutor converted by the presence of the Risen One, the Lord's magnanimity is really shown to encourage us, and lead us to hope and to have faith in the Lord's mercy who, notwithstanding our littleness, can do great things. The new cultural contexts that are assumed here go beyond the middle years of Paul's life. In fact reference is made to the appearance of teachings that must be considered quite erroneous and false (cf. 1 Tm 4: 1-2; 2 Tm 3: 1-5), such as those [teachings] which held that marriage was not a good thing (cf. 1 Tm 4: 3a). We can see a modern equivalent of this worry, because today, too, the Scriptures are sometimes read as an object of historical curiosity and not as the word of the Holy Spirit, in which we can hear the voice of the Lord himself and recognize his presence in history. We could say that, with this brief list of errors presented in the three Letters, there are some precocious early traces of that later erroneous movement which goes by the name of Gnosticism (cf. 1 Tm 2: 5-6; 2 Tm 3: 6-8 ).

The writer faces these doctrines with two basic reminders. The first consists in an exhortation to a spiritual reading of Sacred Scripture (cf. 2 Tm 3: 14-17), that is to a reading which considers them truly "inspired" and coming from the Holy Spirit, so that one can be "instructed for salvation" by them. The correct way to read the Scriptures is to enter into dialogue with the Holy Spirit, in order to derive a light "for teaching for reproof, correction, and for training in righteousness" (2 Tm 3: 16). This, the Letter adds: is "so that the man of God may be fully complete and equipped for every good work" (2 Tm 3: 17). The other reminder is a reference to the good "deposit" (parathéke): a special word found in the Pastoral Letters and used to indicate the tradition of the apostolic faith which must be safeguarded with the help of the Holy Spirit who dwells in us. This "deposit" is therefore to be considered as the sum of the apostolic Tradition, and as a criterion of faithfulness to the Gospel message. And here we must bear in mind that the term "Scriptures", when used in the Pastoral Letters, as in all the rest of the New Testament, means explicitly the Old Testament, since the writings of the New Testament either had not yet been written or did not yet constitute part of the Scriptural canon. Therefore the Tradition of the apostolic proclamation, this "deposit", is the key to the reading of the Scriptures, the New Testament. In this sense, Scripture and Tradition, Scripture and the apostolic proclamation as a key, are set side by side, and almost merge to form together the "firm foundation laid by God" (cf. 2 Tm 2: 19 ). The apostolic proclamation that is, Tradition is necessary in order to enter into an understanding of the Scriptures, and to hear the voice of Christ in them. We must, in fact, "hold firm to the sure word as taught" by the teaching received (Ti 1: 9). Indeed, at the basis of everything is faith in the historical revelation of the goodness of God, who in Jesus Christ materially manifested his "love for men", a love which in the original Greek text is significantly expressed as filanthropìa (Ti 3: 4; cf. 2 Tm 1: 9-10); God loves humanity.

Altogether, it is clear that the Christian community is beginning to define itself in strict terms, according to an identity which not only stands aloof from incongruous interpretations, but above all affirms its ties to the essential points of faith, which here is synonymous with "truth" (1 Tm 2: 4, 7; 4: 3; 6: 5; 2 Tm 2: 15, 18, 25; 3: 7-8; 4: 4; Ti 1: 1, 14). In faith the essential truth of who we are, who God is, and how we must live is made clear. And of this truth (the truth of faith), the Church is described as the "pillar and bulwark" (1 Tm 3: 15). In any case, she remains an open community of universal breadth who prays for everyone of every rank and order, so that all may know the truth: God "wants all men to be saved, and to come to the knowledge of the truth", because Christ Jesus "gave himself as a ransom for all" (1 Tm 2: 4-5). Therefore the sense of universality, even if the communities are still small, is strong and conclusive in these Letters. Furthermore, those in the Christian community "speak evil of no one", and "show perfect courtesy toward all men" (Ti 3: 2). This is the first important component of these Letters: universality and faith as truth, as a key to the reading of Sacred Scripture, of the Old Testament, thereby defining a unified proclamation of Scripture, a living faith open to all and a witness to God's love for everyone.

Another component typical of these Letters is their reflection on the ministerial structure of the Church. They are the first to present the triple subdivision into Bishops, priests and deacons (cf. 1 Tm 3: 1-13; 4: 13; 2 Tm 1: 6; Ti 1: 5-9). We can observe in the Pastoral Letters the merging of two different ministerial structures, and thus the constitution of the definitive form of the ministry in the Church. In Paul's Letters from the middle period of his life, he speaks of "bishops" (Phil 1: 1), and of "deacons": this is the typical structure of the Church formed during the time of the Gentile world.

However, as the figure of the Apostle himself remains dominant, the other ministries only slowly develop. If, as we have said, in the Churches formed in the ancient world we have Bishops and deacons, and not priests, in the Churches formed in the Judeo-Christian world, priests are the dominant structure. At the end of the Pastoral Letters, the two structures unite: now "the bishop" appears (cf. 1 Tm 3: 2; Ti 1: 7), used always in the singular with the definite article "the bishop". And beside "the bishop" we find priests and deacons. The figure of the Apostle is still prominent, but the three Letters, as I have said, are no longer addressed to communities but rather to individuals, to Timothy and Titus, who on the one hand appear as Bishops, and on the other begin to take the place of the Apostle.

This is the first indication of the reality that later would be known as "apostolic succession". Paul says to Timothy in the most solemn tones: "Do not neglect the gift you received when, as a result of prophesy, the presbyters laid their hands on you (1 Tm 4: 14). We can say that in these words the sacramental character of the ministry is first made apparent. And so we have the essential Catholic structure: Scripture and Tradition, Scripture and proclamation, form a whole, but to this structure a doctrinal structure, so to speak must be added the personal structure, the successors of the Apostles as witnesses to the apostolic proclamation.

Lastly, it is important to note that in these Letters, the Church sees herself in very human terms, analogous to the home and the family. Particularly in 1 Tm 3: 2-7 we read highly detailed instructions concerning the Bishop, like these: he must be "irreprehensible, the husband of one wife, temperate, sensible, dignified, hospitable, an apt teacher, no drunkard, not violent but gentle, not quarrelsome, and no lover of money. He must manage his own household well, keeping his children under control and respectful in every way, for if a man does not know how to manage his own household, how can he care for God's Church?.... Moreover he must be well thought of by outsiders". A special note should be made here of the importance of an aptitude for teaching (cf. also 1 Tm 5: 17), which is echoed in other passages (cf. 1 Tm 6: 2c; 2 Tm 3: 10; Ti 2: 1), and also of a special personal characteristic, that of "paternity". In fact the Bishop is considered the father of the Christian community (cf. also 1 Tm 3: 15). For that matter, the idea of the Church as "the Household of God" is rooted in the Old Testament (cf. Nm 12: 7) and is repeated in Heb 3: 2, 6, while elsewhere we read that all Christians are no longer strangers or guests, but fellow citizens of the saints and members of the household of God (cf. Eph 2: 19).

Let us ask the Lord and St Paul that we too, as Christians, may be ever more characterized, in relation to the society in which we live, as members of the "family of God". And we pray that the Pastors of the Church may increasingly acquire paternal sentiments tender and at the same time strong in the formation of the House of God, of the community, and of the Church.
To special groups

I am pleased to greet all the English-speaking pilgrims and visitors present at today’s Audience, including the groups from England and the United States of America. Upon you and your families I willingly invoke God’s blessings of peace and joy!

* * *

Before greeting the Italian pilgrims, I have three more announcements to make.

The first: I have received with joy the news of the election of Metropolitan Kirill as the new Patriarch of Moscow and All Russia. I invoke the light of the Holy Spirit upon him for a generous service to the Russian Orthodox Church, entrusting him to the special protection of the Mother of God.

The second: in the Homily pronounced on the occasion of the solemn inauguration of my Pontificate, I said that an "explicit" duty of the Pastor is the "call to unity", and commenting on the Gospel passage about the miraculous catch, I said: "although the fish were so many, the net was not torn". I then followed with these Gospel words: "Alas, beloved Lord, with sorrow we must now acknowledge that it has been torn!". I continued, "But no we must not be sad! Let us rejoice because of your promise, which does not disappoint, and let us do all we can to pursue the path towards the unity you have promised.... Do not allow your net to be torn, and help us to be servants of unity!" (Installation Mass, 24 April 2005).

Precisely in fulfillment of this service to unity, which qualifies my ministry as Successor to Peter in a specific way, I decided several days ago to grant the remission of the excommunication to which the four Bishops, ordained in 1988 by Archbishop Lefebvre without a Papal mandate, were subject. I fulfilled this act of paternal compassion because these Bishops repeatedly manifested their active suffering for the situation in which they had found themselves. I hope that this gesture of mine will be followed by an earnest commitment on their behalf to complete the necessary further steps to achieve full communion with the Church, thus witnessing true fidelity to, and true recognition of, the Magisterium and the authority of the Pope and the Second Vatican Council.

The third statement: in these days when we remember the Shoah, images come to mind from my repeated visits to Auschwitz, one of the concentration camps in which the heinous slaughter of millions of Jews occurred, innocent victims of a blind racial and religious hatred. As I affectionately renew the expression of my full and unquestionable solidarity with our fellow receivers of the First Covenant, I hope that the memory of the Shoah will lead humanity to reflect upon the unfathomable power of evil when it conquers the heart of man.

May the Shoah be a warning for all against forgetfulness, denial or reductionism, because violence committed against one single human being is violence against all. No man is an island, as a famous poet wrote. May the Shoah teach both old and new generations that only the arduous path of listening and dialogue, of love and forgiveness leads peoples, cultures and religions of the world to the desired goal of fraternity and peace in truth. May violence no longer degrade the dignity of man!

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BENEDICT XVI

GENERAL AUDIENCE

Paul VI Audience Hall

Wednesday, 4 February 2009

Saint Paul (20):

St Paul's martyrdom and heritage


Dear Brothers and Sisters,

The series of our Catecheses on St Paul has come to its conclusion; today we shall speak of the end of his earthly life. The ancient Christian tradition witnesses unanimously that Paul died as a consequence of his martyrdom here in Rome. The New Testament writings tell us nothing of the event. The Acts of the Apostles end their account by mentioning the imprisonment of the Apostle, who was nevertheless able to welcome all who went to him (cf. Acts 28: 30-31). Only in the Second Letter to Timothy do we find these premonitory words: "For I am already on the point of being sacrificed"; the time to set sail has come (2 Tm 4: 6; cf. Phil 2: 17). Two images are used here, the religious image of sacrifice that he had used previously in the Letter to the Philippians, interpreting martyrdom as a part of Christ's sacrifice, and the nautical image of casting off: two images which together discreetly allude to the event of death and of a brutal death.

The first explicit testimony of St Paul's death comes to us from the middle of the 90s in the first century, thus more than three decades after his actual death. It consists precisely in the Epistle that the Church of Rome, with its Bishop Clement I, wrote to the Church of Corinth. In that epistolary text is an invitation to keep her eyes fixed on the example of the Apostles and, immediately after the mention of Peter's martyrdom, one reads: "Owing to envy, Paul also obtained the reward of patient endurance, after being seven times thrown into captivity, compelled to flee, and stoned. After preaching both in the east and the west, he gained the illustrious reputation due to his faith, having taught righteousness to the whole world, and come to the extreme limit of the west, and suffered martyrdom under the prefects. Thus was he removed from the world, and went into a holy place, having proved himself a striking example of patience" (1 Clem 5: 2). The patience of which Clement speaks is an expression of Paul's communion with the Passion of Christ, of the generosity and constancy with which he accepted a long journey of suffering so as to be able to say "I bear on my body the marks of Jesus" (Gal 6: 17). In St Clement's text we heard that Paul had arrived at the "extreme limit of the west". Whether this is a reference to a voyage in Spain undertaken by Paul is open to discussion. There is no certainty on it, but it is true that in his Letter to the Romans St Paul expresses his intention to go to Spain (cf. Rm 15: 24).

The sequence in Clement's letter of the two names of Peter and Paul is, however, very interesting, even if they were to be inverted in the testimony of Eusebius of Caesarea in the fourth century. Referring to the Emperor Nero, Eusebius was to write: "It is, therefore, recorded that Paul was beheaded in Rome itself, and that Peter likewise was crucified during Nero's reign. This account is substantiated by the fact that their names are preserved in the cemetery of that place even to the present day" (Ecclesiastical History, 2, 25, 5). Eusebius then goes on to reference the earlier declaration of a Roman priest named Gaius that dates back to the early second century: "I can show the trophies of the Apostles. For if you go to the Vatican or on the Ostian Way, you will find the trophies of those who laid the foundations of this Church" (ibid., 2, 25, 6-7). "Trophies" are sepulchral monuments; these were the actual tombs of Peter and Paul which we still venerate today, after 2,000 years, in those same places: that of St Peter here in the Vatican and that of the Apostle to the Gentiles in the Basilica of Saint Paul Outside the Walls on the Ostian Way.

It is interesting to note that the two great Apostles are mentioned together. Although no ancient source speaks of a contemporary ministry of both in Rome, subsequent Christian knowledge, on the basis of their common burial in the capital of the Empire, was also to associate them as founders of the Church of Rome. In fact this can be read in Irenaeus of Lyons, toward the end of the second century, concerning apostolic succession in the various Churches: "Since, however, it would be very tedious, in such a volume as this, to reckon up the successions of all the Churches... [we do this] by indicating that tradition derived from the apostles, of the very great, the very ancient, and universally known Church founded and organized at Rome by the two most glorious Apostles, Peter and Paul" (Adversus Haereses, 3, 3, 2).

However let us now set Peter aside and concentrate on Paul. His martyrdom is recounted for the first time in the Acts of Paul, written towards the end of the second century. They say that Nero condemned him to death by beheading, an order which was carried out immediately (cf. 9: 5). The date of his death already varies in the ancient sources which set it between the persecution unleashed by Nero himself after the burning of Rome in July 64 and the last year of his reign, that is, the year 68 (cf. Jerome, De viris ill. 5, 8). The calculation heavily depends on the chronology of Paul's arrival in Rome, a discussion into which we cannot enter here. Later traditions specify two other elements. One, the most legendary, is that his martyrdom occurred at the Acquae Salviae, on the Via Laurentina, and that his head rebounded three times, giving rise to a source of water each time that it touched the ground, which is why, to this day, the place is called the "Tre Fontane" [three fountains] (Acts of Peter and Paul by the Pseudo-Marcellus, fifth century). The second version, in harmony with the ancient account of the priest Gaius mentioned above, is that his burial not only took place "outside the city... at the second mile on the Ostian Way", but more precisely "on the estate of Lucina", who was a Christian matron (Passion of Paul by the Pseudo-Abdias, fourth century). It was here, in the fourth century, that the Emperor Constantine built a first church. Then, between the fourth and fifth centuries it was considerably enlarged by the Emperors Valentinian II, Theodosius and Arcadius. The present-day Basilica of Saint Paul Outside the Walls was built here after the fire in 1800.

In any case, the figure of St Paul towers far above his earthly life and his death; in fact, he left us an extraordinary spiritual heritage. He too, as a true disciple of Christ, became a sign of contradiction.

While he was considered apostate by Mosaic law among the "Ebionites", a Judaeo-Christian group, great veneration for St Paul already appears in the Acts of the Apostles. I would now like to prescind from the apocryphal literature, such as the Acts of Paul and Thekla and an apocryphal collection of Letters between the Apostle Paul and the philosopher Seneca. It is above all important to note that St Paul's Letters very soon entered the liturgy, where the structure prophet-apostle-Gospel is crucial for the form of the Liturgy of the Word. Thus, thanks to this "presence" in the Church's liturgy, the Apostle's thought immediately gave spiritual nourishment to the faithful of every epoch.

It is obvious that the Fathers of the Church, and subsequently all theologians, were nourished by the Letters of St Paul and by his spirituality. Thus he has remained throughout the centuries and up to this day the true teacher and Apostle to the Gentiles. The first patristic comment on a New Testament text that has come down to us is that of the great Alexandrian theologian, Origen, who comments on Paul's Letter to the Romans. Unfortunately, only part of this comment is extant. St John Chrysostom, in addition to commenting on Paul's Letters, wrote seven memorable Panegyrics on him. It was to Paul that St Augustine owed the crucial step of his own conversion, and to Paul that he returned throughout his life. His great catholic theology derives from this ongoing dialogue with the Apostle, as does the Protestant theology in every age. St Thomas Aquinas has left us a beautiful comment on the Pauline Letters, which represents the ripest fruit of medieval exegesis.

A true turning point was reached in the 16th century with the Protestant Reformation. The decisive moment in Luther's life was the "Turmerlebnis" (1517), the moment in which he discovered a new interpretation of the Pauline doctrine of justification. It was an interpretation that freed him from the scruples and anxieties of his previous life and gave him a new radical trust in the goodness of God who forgives all, unconditionally. From that time Luther identified Judaeo-Christian legalism, condemned by the Apostle, with the order of life of the Catholic Church. And the Church therefore appeared to him as an expression of the slavery of the law which he countered with the freedom of the Gospel. The Council of Trent, from 1545 to 1563, profoundly interpreted the question of justification and found the synthesis between law and Gospel to be in line with the entire Catholic tradition, in conformity with the message of Sacred Scripture read in its totality and unity.

The 19th century, gathering the best heritage of the Enlightenment, underwent a new revival of Paulinism, now developed by the historical-critical interpretation of Sacred Scripture, above all at the level of scientific work. Here we shall prescind from the fact that even in that century, as later in the 20th century, a true and proper denigration of St Paul emerged. I am thinking primarily of Nietzsche, who derided the theology of St Paul's humility, opposing it with his theology of the strong and powerful man. However, let us set this aside and examine the essential current of the new scientific interpretation of Sacred Scripture and of the new Paulinism of that century. Here, the concept of freedom has been emphasized as central to Pauline thought; in it was found the heart of Pauline thought, as Luther, moreover, had already intuited. Yet the concept of freedom was then reinterpreted in the context of modern liberalism. The differentiation between the proclamation of St Paul and the proclamation of Jesus was thus heavily emphasized. And St Paul appears almost as a new founder of Christianity. It is true that in St Paul the centrality of the Kingdom of God, crucial for the proclamation of Jesus, was transformed into the centrality of Christology, whose crucial point is the Paschal Mystery. And it is from the Paschal Mystery that the Sacraments of Baptism and of the Eucharist derive, as a permanent presence of this mystery from which the Body of Christ grows and the Church is built. However, I would say, without going into detail here, that precisely in the new centrality of Christology and of the Paschal Mystery the Kingdom of God is realized and the authentic proclamation of Jesus becomes concrete, present and active. We have seen in our previous Catecheses that this Pauline innovation is truly the deepest fidelity to the proclamation of Jesus. In the progress of exegesis, especially in the past 200 years, the points of convergence between Catholic exegesis and Protestant exegesis have increased, thereby achieving a notable consensus precisely on the point that was the origin of the greatest historical dissent. There is thus great hope for the cause of ecumenism, so central to the Second Vatican Council.

Finally, I would like to mention briefly the various religious movements named after St Paul that have come into being in the Catholic Church in modern times. This happened in the 16th century with the "Congregation of St Paul", known as the Barnabites; in the 19th century with the "Missionaries of St Paul", or Paulist Fathers; in the 20th century with the polyform "Pauline Family" founded by Bl. Giacomo Alberione, not to mention of the secular institute of the "Company of St Paul". Essentially, we still have before us the luminous figure of an Apostle and of an extremely fruitful and profound Christian thinker, from whose approach everyone can benefit. In one of his panegyrics St John Chrysostom established an original comparison between Paul and Noah. He says: Paul "did not put beams together to build an ark; rather, instead of joining planks of wood he wrote Letters and thus rescues from the billows not two, three or five members of his own family but the entire ecumene that was on the point of perishing" (Paneg. 1, 5). The Apostle Paul can still and will always be able to do exactly that. Drawing from him as much from his example as from his doctrine will therefore be an incentive, if not a guarantee, for the reinforcement of the Christian identity of each one of us and for the rejuvenation of the entire Church.

To special groups

I am pleased to greet the English-speaking visitors present at today's audience. I particularly welcome students from the Bossey Graduate School of Ecumenical Studies in Geneva, as well as pilgrims from Hong Kong and the United States of America. God bless you all!

Lastly I greet the young people, the sick and the newlyweds. The liturgical Memorials of several martyrs St Blaise, St Agatha and the St Paul Miki and his Japanese companions are being celebrated in these days. May the courage of these intrepid witnesses of Christ help you, dear young people, to open your hearts to the heroism of holiness; may it sustain you, dear sick people, in offering up the precious gift of prayer and of suffering for the Church; and may it give to you, dear newlyweds, the strength to impress upon your families the perennial Christian values.

Appeal for an end to violence and terrorism in Sri Lanka:

The situation in Sri Lanka is continuing to give rise to concern. The news that the conflict is escalating and of the number of innocent victims prompts me to address a pressing appeal to those who are fighting to respect humanitarian law and the freedom of movement of the population. May they do their utmost to guarantee assistance to the injured, security to the civilians and permit their urgent need for food and medical treatment to be satisfied.

May the Blessed Virgin of Madhu, widely venerated by Catholics and also by members of other religions, hasten the day of peace and reconciliation in this beloved country.

© Copyright 2009 - Libreria Editrice Vaticana

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