samedi 8 décembre 2012

IMMACULÉE CONCEPTION DE LA TRÈS SAINTE VIERGE MARIE


Immaculée Conception de la très Sainte Vierge Marie

La foi à l'Immaculée Conception est immémoriale dans l'Église; toutefois la proclamation officielle, définitive et infaillible de ce dogme ne date que du 8 décembre 1854, époque où le pape Pie IX, dans une solennité incomparable, imposa cette croyance à tous les fidèles. Une immense acclamation de joie fit écho dans tout l'univers à la parole du Pontife, et le Ciel lui-même donna son témoignage quatre ans plus tard. L'apparition de Lourdes eut lieu au commencement de l'année 1858; Marie venait dire au monde: "Je suis l'Immaculée Conception!"

Ce privilège accordé à la Sainte Vierge avait été prédit et figuré dès l'origine du monde. Par Son Immaculée Conception, Marie devait écraser la tête du serpent qui a introduit le péché originel sur la terre. Par Son Immaculée Conception, Elle est le lis parmi les épines. Par Son Immaculée Conception, Elle est la Toison de Gédéon, tour à tour demeurant seule sèche au milieu de la terre couverte de rosée, ou seule humectée de rosée au milieu de la terre demeurée sèche...

Comment pourrait-on raisonnablement supposer Marie un instant souillée du péché originel? La Mère de Dieu devait être une demeure toute pure, un tabernacle sans tache pour le Fils de Dieu. Si la gloire des parents rejaillit sur leurs enfants, il en est ainsi de leur déshonneur; la tache originelle, en Marie, rejaillirait donc sur Jésus-Christ Lui-même, ce qu'on ne peut admettre sans faire injure à la sagesse de Dieu. Non, Satan n'eût jamais pu dire au Sauveur: "Toi qui prétends vaincre ma puissance, souviens-Toi que j'ai régné sur Ta Mère."

L'Immaculée Conception est digne de Dieu, digne de Jésus-Christ, digne de Marie. Cette grâce insigne établit déjà Marie, dès le commencement de Son existence, dans un ordre à part. L'homme qui naît souillé du péché originel est sujet à la concupiscence; Marie doit être exempte de tout penchant au mal; Ses sens aussi bien que Sa volonté tendent parfaitement à Dieu; en Elle, nulle faute, même involontaire; si Jésus est impeccable par nature, Marie est impeccable par grâce; en Marie enfin, nulle imperfection: "Vous êtes toute belle, est-il écrit, et il n'y a point de tache en Vous." O vérité consolante pour nous! Si Marie n'a jamais subi en aucune manière les atteintes du démon, comme à notre prière, Elle saura nous rendre forts contre lui! Si Elle n'a jamais connu l'ombre du péché, comme Elle sera puissante pour nous en préserver ou nous en délivrer! Gloire à Dieu dans l'Immaculée Conception de Marie!

Abbé L. Jaud, Vie des Saints pour tous les jours de l'année, Tours, Mame, 1950




Fête de l'Immaculée Conception de la très-Sainte Vierge

EN ORIENT,

Depuis la première moitié du VIII° siècle (vers 750), était célébrée en Orient la fête de la Conception de sainte Anne, mère de Marie (la Theotokos), le 9 décembre.

Le 8 décembre (la conception de sainte Marie) est 9 mois avant le 8 septembre (la nativité de sainte Marie)

PUIS EN OCCIDENT,

Les monastères anglais, l’Église de Lyon et l’ordre des Franciscains furent des centres de rayonnement qui facilitèrent l’entrée de cette fête en Occident.

En Angleterre,

• Saint Anselme et spécialement de son disciple Eadmère († 1124) jouèrent un grand rôle.

• Dans un missel anglais du XI° siècle, nous lisons les premiers témoignages de la fête de la Conception immaculée de Marie: elle est en vue de la conception de Jésus, de la venue de Dieu sur la terre.

• La diffusion d'un récit miraculeux achève de vaincre les oppositions, c'est le récit de l’abbé Elsine (ou Helsim), anglais : il est sauvé miraculeusement pendant un naufrage, grâce à l’intervention de la Vierge, qui en échange lui demande la célébration de sa Conception chaque 8 décembre.

Et ensuite à Lyon,

La fête anglaise passa rapidement, au début du XII siècle, en Normandie et de là, dans le reste de la France, accueillie avec enthousiasme par l’Église de Lyon vers 1130-1140, première Eglise en dignité de la Gaule.

Ce geste courageux ne tarda pas à provoquer des protestations parmi lesquelles la lettre célèbre que saint Bernard écrivit au chapitre cathédral de Lyon.

Les débats du XIII° siècle :

Au XIII° siècle les oppositions vives des théologiens et des liturgistes n’ont pas manquées: à la Sorbonne (qui par la suite se mit au service de l’Immaculée Conception) aucun maître n’osait enseigner le privilège marial.

Saint Thomas († 1274) combattait la doctrine de l’exemption de Marie du péché originel, mais il se montrait cependant tolérant envers la fête, en y voyant une fête de la sanctification de Marie dans le sein de sa mère.

L'influence des franciscains :

En Italie l’importante décision du Chapitre des franciscains, à Pise, en 1263, sous le gouvernement de saint Bonaventure, a établi la fête de la Conception de Marie obligatoire dans tout l’ordre franciscain.

L’intérêt théologique à propos de la conception immaculée de Marie fut relancé, à partir de l’Angleterre, par le franciscain Duns Scot (†1308) : c’est le Christ qui préserva sa Mère de tout péché.

Le pape Sixte IV, franciscain, comprend et favorise les initiatives mariales des frères mineurs il autorise la messe du 8 décembre célébrant l'Immaculée conception, composée par L. Nogarole en 1477.

LES DÉCISIONS DES CONCILES ET DES PAPES

Au début, l’Église de Rome ne célébrait pas solennellement la fête, mais elle n’était pas intervenue pour l’interdire.

Au début du XIV° siècle dans la cathédrale d’Anagni on célébrait la Conception de la Mère de Dieu, la curie papale étant présente et complaisante.

Et pendant le séjour à Avignon, la cour pontificale se réunissait le 8 décembre pour célébrer la Conception de Marie.

Les textes liturgiques du 8 décembre, composés par le Concile de Bâle, furent accueillis avec enthousiasme par les différentes Églises, mais en 1437 ce concile devint illégitime (à cause de son insubordination au Pontife romain sur d’autres problèmes).

Leonardo Nogarole, compose en 1477 une messe qui reçoit l’approbation du pape Sixte IV.

Jusqu’à Pie V, nous avons trois donc possibilités :

1. les prières du 8 septembre avec le récit du sauvetage d’Elsin ;

2. la liturgie de L.Nogarole, avec l’octave ;

3. l’office du concile de Bâle.

Mais Pie V supprime la mémoire du 8 décembre :

En 1570, le pape Pie V, qui voulait simplifier le missel, a supprimé la mémoire du 8 décembre (comme aussi de la Présentation de Marie et de la Visitation…)

Pie IX, le dogme, et la redécouverte de la liturgie du 8 décembre :

Le pape Pie IX définit le dogme de la conception immaculée en 1854 (Ineffabilis Deus) en S’inspirant de la liturgie de L.Nogarole, et il fit composer une messe en reprenant sa collecte.

Vatican II a retrouvé les trésors du passé et il a introduit des lectures splendides :

Gn 3, 9-15.20 ; Eph 1,3-6.11-12 ; Lc 1, 26-38 : les lectures ont une beauté extraordinaire, l’encyclique de Jean Paul II, la Redemptoris Mater, peut être lue comme un commentaire de ces trois lectures pour la fête de l’Immaculée Conception :

Marie est pleine de grâce (Lc 1), Marie a été aimée et bénie par Dieu le Père, depuis la création du monde (Eph 1).

En Marie, le Fils de Dieu s'incarne (Lc 1) : par elle le projet créateur est accompli et Satan est vaincu (Gn 3).

F. Breynaert

Cf. Corrado Maggioni
,
Benedetto il frutto del tuo grembo, Due millenni di pietà mariana,

Portalupi Editore s.r.l. 2000, p. 106-113




Immaculé conception, solennité

Introduction

Vous êtes toute belle, ô ma Bien-Aimée ! et il n'y a point de tache en vous !... Voici la fête privilégiée de Marie, celle qu'elle aime entre toutes ses fêtes, celle qu'elle veut voir célébrer par ses enfants avec le plus de ferveur et de zèle, et à laquelle sont attachées les plus précieuses faveurs.

Marie, devant porter dans son sein l'Auteur même de la sainteté, ne pouvait être souillée d'aucune tache ; il ne convenait pas que le démon eût quelque droit sur celle qui ne venait au monde que pour lui écraser la tête. Non, jamais cet esprit impur n'eut aucun pouvoir sur l'auguste Vierge prédestinée pour être la Mère de Dieu. Il ne lui fut point donné de siéger, même un instant, sur ce trône élevé pour l'adorable Trinité ; jamais il n'entra dans ce sanctuaire préparé pour le Verbe fait chair, pour le Rédempteur du genre humain. Satan fut vaincu de nouveau, comme au jour de sa révolte contre le Tout-Puissant, le jour où Marie a été conçue sans péché.

La croyance à l'Immaculée Conception, de tout temps autorisée et approuvée, a été déclarée dogme de foi, et l'Église prodigue ses plus riches faveurs à ceux qui l'honorent. Récitez avec ferveur, chaque jour de l'Octave, quelques unes des Prières pour honorer l'Immaculée Conception, et comme hommage spécial, ajoutez-y l'hymne ci-après, imitée du Te Deum.


Hymne en l'honneur de l'immaculée conception de la bienheureuse Vierge Marie

Nous vous louons, ô Marie, et nous proclamons avec joie votre Conception immaculée.

La terre et les cieux admirent votre pureté divine, ô Vierge, Mère du Sauveur !

Dans tous les lieux du monde, les âmes coupables ont recours à vous, ô Marie, refuge des pécheurs !

Les Chrétiens de toutes les nations, les cœurs les plus purs s'unissent pour célébrer votre Conception sans tache.

Ô Immaculée, toujours immaculée !

Ô Immaculée Vierge Marie, Mère de Dieu !

Vous êtes aimable comme une aurore naissante ; votre clémence est pour les mortels comme un soleil bienfaisant.

Toute la cour céleste célèbre votre gloire, ô Fille bien-aimée de Dieu le Père !

À votre nom l'enfer tremble, ô Mère admirable de Dieu le Fils !

Vous abrégez la peine des âmes qui souffrent dans le Purgatoire, ô épouse du Saint Esprit !

Tous les enfants de la sainte Église se plaisent à répéter : Salut à vous, Reine des Cieux, Mère de miséricorde !

Bienheureuse est votre mère sainte Anne ; saint Joseph, fidèle gardien de votre virginité, est digne de tout respect.

C'est par vos mains toutes célestes que Dieu répand l'abondance de ses grâces et de ses faveurs.

C'est en vous, Vierge très pure, que le Fils de Dieu est descendu pour racheter tous les hommes.

L'archange vous a saluée pleine de grâces, et le Très-Haut a mis en vous toutes ses complaisances.

C'est près du trône de Dieu même que vous êtes assise, ô Reine du Ciel, et les Séraphins admirent la gloire qui vous environne.

Vous êtes notre Avocate, et vous demandez miséricorde pour les pécheurs.

Daignez donc, ô Marie, nous vous en supplions, daignez nous secourir, nous qui célébrons avec joie et amour votre immaculée Conception.

Obtenez-nous de partager un jour, dans le Ciel, la félicité des Anges et des Saints.

Protégez votre famille chérie, protégez vos enfants.

Comblez-les de vos faveurs, enrichissez-les de vos vertus.

Nous nous réunissons en cette solennité pour vous bénir ; et les siècles futurs rediront vos louanges.

Nous exaltons le nom de Marie, aimable par-dessus tous les noms ; ce nom est la gloire de la terre et des cieux.

Daignez, en mémoire de votre Conception sans tache, nous obtenir une inviolable pureté.

Montrez-vous toujours notre Mère, en vertu des paroles sacrées de votre divin Fils sur la croix.

Qu'à votre prière, Jésus montre à son Père les plaies qu'il a reçues pour nous.

Qu'il montre surtout son cœur percé par la lance en faveur des pauvres pécheurs.

Ô Marie pleine de clémence ! ô Marie notre Mère ! ne nous abandonnez jamais.

Que tous les esprits, tous les cœurs et toutes les bouches s'unissent pour célébrer le privilège de votre immaculée Conception, ô Marie !

Ainsi soit-il.


Vous êtes toute belle, ô Marie !

- Et la tache originelle ne fut jamais en vous.

Prions. Ô Dieu, qui, par l'immaculée Conception de la Vierge Marie, avez préparé à votre Fils une demeure digne de lui, accordez à tous ceux qui célèbreront cette fête sacrée, la prospérité et la paix en cette vie, et donnez-leur, après leur mort, la félicité et la gloire du Paradis : par les mérites de Notre-Seigneur Jésus-Christ votre Fils, qui, étant Dieu, vit et règne avec vous, en l'unité du saint-Esprit, dans tous les siècles des siècles. Ainsi soit-il.


Litanies de l’Immaculée Conception

Seigneur, ayez pitié de nous, Seigneur, ayez pitié de nous

O Christ, ayez pitié de nous, O Christ, ayez pitié de nous

Seigneur, ayez pitié de nous, Seigneur, ayez pitié de nous

Jésus-Christ, écoutez nous, Jésus-Christ, écoutez nous

Jésus-Christ, exaucez nous, Jésus-Christ, exaucez nous

Père céleste, qui êtes Dieu, ayez pitié de nous

Fils, Rédempteur du monde, qui êtes Dieu, ayez pitié de nous

Esprit-Saint, qui êtes Dieu, ayez pitié de nous

Sainte Trinité, qui êtes un seul Dieu, ayez pitié de nous

Sainte Vierge, immaculée entre toutes les vierges, priez pour nous

Vierge immaculée avant, pendant et après votre conception, priez pour nous

Fille immaculée de Dieu le Père, priez pour nous

Mère immaculée de Dieu le Fils, priez pour nous

Epouse immaculée du Saint Esprit, priez pour nous

Temple immaculé de la très-sainte Trinité, priez pour nous

Image immaculée de la sagesse de Dieu, priez pour nous

Aurore immaculée du Soleil du justice, priez pour nous

Arche vivante et immaculée où reposa Jésus-Christ, priez pour nous

Rejeton immaculé de la race de David, priez pour nous

Voie immaculée qui conduisez à Jésus, priez pour nous

Vierge immaculée, qui avez triomphé du péché originel, priez pour nous

Vierge immaculée, qui avez brisé la tête du serpent, priez pour nous

Reine immaculée du ciel et de la terre, priez pour nous

Porte immaculée de la Jérusalem céleste, priez pour nous

Dispensatrice immaculée des grâces de Dieu, priez pour nous

Epouse immaculée de saint Joseph, priez pour nous

Etoile immaculée de la mer, priez pour nous

Tour immaculée, rempart de l'Eglise militante, priez pour nous

Rose immaculée entre les épines, priez pour nous

Olivier immaculé du champ mystique, priez pour nous

Modèle immaculé de toutes les perfections, priez pour nous

Cause immaculée de notre bonheur, priez pour nous

Colonne immaculée de notre foi, priez pour nous

Fontaine immaculée de l'amour divin, priez pour nous

Signe immaculé, signe certain de salut, priez pour nous

Règle immaculée de la parfaite obéissance, priez pour nous

Maison immaculée de pudeur et de chasteté, priez pour nous

Ancre immaculée de notre salut, priez pour nous

Lumière immaculée des Anges, priez pour nous

Couronne immaculée des Patriarches, priez pour nous

Gloire immaculée des Prophètes, priez pour nous

Maîtresse immaculée des Apôtres, priez pour nous

Force immaculée des Martyrs, priez pour nous

Soutien immaculé des Confesseurs, priez pour nous

Pureté immaculée des Vierges, priez pour nous

Joie immaculée de ceux qui espèrent en vous, priez pour nous

Avocate immaculée des pécheurs, priez pour nous

Guerrière immaculée, terreur des hérétiques, priez pour nous

Mère et tutrice immaculée de notre famille, priez pour nous


Agneau de Dieu qui effacez les péchés du monde,

pardonnez-nous, Seigneur.

Agneau de Dieu qui effacez les péchés du monde,

exaucez-nous, Seigneur.

Agneau de Dieu qui effacez les péchés du monde,

ayez pitié de nous, Seigneur.

Priez pour nous, Vierge toujours sainte et immaculée,

- Afin que nous soyons rendus dignes des promesses du Christ.

Prions. O Dieu, qui, par l'Immaculée Conception de la sainte Vierge, avez préparé à votre Fils un sanctuaire digne de lui, ayant préservé cette auguste Vierge de toute souillure en vue de la mort de ce cher Fils ; daignez nous accorder, par son intercession, de parvenir à votre gloire avec un cœur pur. Par le même Jésus-Christ, notre Seigneur et notre Dieu qui vit et règne avec vous, dans l’unité du Saint-Esprit, pour les siècles des siècles. - Amen.


Lieux consacrés à l'Immaculé Conception

La solennité de l’Immaculée Conception, est la fête principale de nombreux sanctuaires français consacrés à la Vierge. Si bien de ces célébrations sont postérieures à la proclamation du dogme de l’Immaculée Conception par le pape Pie IX (8 décembre 1854), d’autres sont des traditions plus anciennes, telle la fête nationale de la Corse qui, ce jour-là, célèbre la Vierge Immaculée souveraine de l’île comme l’ont décidé les deux assemblées générales des Etats de la Corse de 1735 et celle de 1761.

A Paris, où la statue de la Vierge du trumeau de la Sainte Chapelle basse approuva de la tête le franciscain Duns Scot qui avait bien parlé de son Immaculée Conception, dans l’église Saint-Séverin, on célèbre, au 8 décembre, ancienne fête de Notre-Dame des Advents, la principale solennité de Notre-Dame de Sainte-Espérance. Dès 1311, à la suite des thèses soutenues par Duns Scot et adoptées par l’Université, une association se forma dans l’église Saint-Séverin pour les honorer, promouvoir et défendre. Clément VI, Alexandre VI et Grégoire XV concédèrent des indulgences à cette confrérie de la Conception protégée et patronnée par les évêques de Paris. Si l’église Saint-Séverin, devenue poudrière, fut sauvée de la Révolution, la statue de la Vierge en chaire fut détruite en 1792. La mémoire en était presqu'effacée, quand, en 1840, l'abbé Hanicle, curé de Saint-Séverin, fut inspiré de placer son ministère sous la protection de la Mère de la sainte espérance. La paroisse applaudit à la pensée de son curé et quatre cents personnes s'enrôlèrent aussitôt dans la confrérie renouvelée où l’archevêque de Paris, Mgr. Affre, voulut être le premier inscrit. Le 2 mai 1841, Mgr. Garibaldi, internonce à Paris, inaugurait solennellement la Confrérie de l'Immaculée Vierge Notre-Dame de Sainte-Espérance que Pie IX éleva au titre d’archiconfrérie universelle (26 novembre 1849). La nouvelle statue, sculptée par Buridan, auteur du groupe de l'Assomption de la cathédrale de Chartres, fut couronnée au nom du Pape par Mgr. Morlot, archevêque de Paris, le 19 août 1858.

Dans la banlieue de Marseille, à Sainte-Marthe, on célèbre la fête de Notre-Dame de Sainte-Espérance, encore appelée Notre-Dame de Toursainte en raison de la tour octogone, ornée de colonnes engagées et de balcons à jour, bâtie, au mois de décembre 1854, en l’honneur de la Vierge, par Joseph-Amédée Armand, président de la chambre de commerce de Marseille, et sa sœur, à l'extrémité de leur propriété, pour perpétuer le souvenir de la proclamation du dogme de l'Immaculée-Conception. La tour, haute de 30 mètres, sert de piédestal à une statue, haute de 10 mètres, représentant la Vierge dans l’attitude de la Médaille Miraculeuse, qui fut bénite par Mgr de Mazenod, le 8 décembre 1857.

A Paimpol, au diocèse de Saint-Brieuc, on célèbre pour les marins la fête patrionale de Notre-Dame de Bonne-Nouvelle. Au diocèse de Moulins, à Beaulieu, près de Saint-Prix, on visite Notre-Dame de Bon-Secours que Madame Bert a sauvée des révolutionnaires en la cachant dans son lit. Au diocèse de Belley, dans la paroisse de Vieux, canton de Champagne, les pèlerins viennent, le 8 décembre, auprès Notre-Dame de Popolo, reconstruite après la Révolution. Au diocèse de Périgueux, on célèbre la fête principale de Notre-Dame de Chancelade, célèbre abbaye fondée en 1128. A Rodez, dans le diocèse de Perpignan, on vient visiter Notre-Dame de Doma-Nova, une des plus anciennes et des plus vénérées du diocèse.

Dans l’archidiocèse d’Albi, à Notre-Dame de la Drèche, on célèbre une messe solennelle en souvenir d’un vœu. En 1630, la peste sévissait à Albi où, malgré les précautions hygiéniques prises par les consuls, la mort emporta, du 18 octobre 1630 au 21 février 1631, deux cent quinze pestiférés, soignés sur les rives du Tarn, dans la prairie des Clarisses, sans compter ceux qui mouraient chez eux. Dans cette extrémité, l'évêque, Alphonse d'Elbène II, et les consuls, après une messe célébrée sous le porche de Sainte-Cécile, firent le vœu de porter Notre-Dame de la Drèche, dans les six mois qui suivront la cessation du fléau, une lampe d'argent, du prix de trois cents livres, à mémoire perpétuelle de l'entérinement de nos humbles requestes, et de faire chanter annuellement une messe en l'honneur de la Conception-Immaculée. Le mal céda devant cet acte de confiance filiale ; dès le 2 juillet, le pèlerinage s'accomplit, et les consuls portèrent eux-mêmes l'ex-voto. La lampe fut allumée, et ne s'éteignit que cent soixante ans plus tard, quand la Révolution l'eut volée avec quatre autres, offertes dans des circonstances semblables.


Historique

C'est, depuis le 8 décembre 1854, un dogme de foi que Notre Dame a été, en raison de sa maternité divine et en vue des mérites de Jésus-Christ, Sauveur du genre humain, préservée intacte de toute souillure du péché originel qui depuis la désobéissance d'Adam atteint tous les humains. Il ne s'ensuit pas, cependant, que l'union d'Anne et de Joachim, parents de la Vierge, ait eu quoi que ce soit de miraculeux pour lui donner la vie.

Cette doctrine, tardivement obligée pour tous les fidèles, s'enracine dans la longue histoire spirituelle de l'Eglise dont on trouve, semble-t-il, une première approche, bien avant le concile de Nicée, lorsque des Pères, en particulier saint Justin (+ vers 165), saint Irénée (+ vers 202), l'antipape saint Hippolyte (+ 235) ou Grégoire le Thamaturge (+ vers 270), montrent en Marie, déjà nommée la Sainte Vierge , la nouvelle Eve.

Ce thème de la nouvelle Eve est souvent repris par la suite, comme en témoignent, en Orient, les écrits de saint Epiphane (+ 403) ou de saint Ephrem (+ 373) et, en Occident, ceux de saint Jérôme, de saint Ambroise ou de saint Augustin.

S'il est bien hasardeux de prétendre qu'on professait, dès le Vème siècle, la conception immaculée de la Vierge, dans l'Occident latin il faut toutefois y remarquer le développement d'une littérature spirituelle propre à la suggérer, singulièrement chez le saint archevêque de Ravenne, Pierre Chrysologue (+ vers 450), chez saint Maxime de Turin (+ vers 480) et chez le poète Sédulius (vers 431), dont les enseignements préparaient ceux de saint Grégoire le Grand à propos de la préparation lointaine de Marie pour sa maternité divine. On pensait alors communément à Rome que si Marie écrasait la tête de l'antique serpent sous son talon, elle ne le pouvait faire qu'en bénéficiant d'une préparation exceptionnelle et, développant à l'envie ses privilèges de sainteté virginale, on finissait par conclure, implicitement, qu'elle n'avait pas totalement partagé le sort du reste de l'humanité quant au péché originel. Il semble que ce fut la conviction de l'évêque Pulchrone de Verdun lorsque, revenant de Rome, en 470, il fit construire une église pour abriter une statue de la Vierge écrasant le dragon.

Il en va de même, au siècle suivant, pour l'évêque Venance Fortunat de Poitiers (+ 600) et, par la suite, pour saint Ildephonse de Tolède (+ 667), l'abbé Ambroise Autpert (+ 778) ou le diacre Warnefride d'Aquilée. Toujours est-il qu'à l'époque carolingienne, lorsqu'on célèbre la Nativité de la Sainte Vierge, les prédicateurs, Paschase Radbert (+ 860) en fait foi, orientent vers la Conception que l'on commence, en des situations particulières, à fêter vers le milieu du IXème siècle à Naples, au cours du Xème siècle en Irlande et dans le premier quart du XIème siècle en Angleterre.

C'est dans la seconde moitié du XIème siècle qu'éclate, à propos de l'Immaculée Conception, la grande controverse qui embrasera le siècle suivant. Saint Pierre Damien (+ 1072) et saint Bruno (+ 1101) qui touchaient de très près les pontifes romains, ont fort suggéré la conception immaculée vers quoi s'achemine aussi saint Anselme (+ 1109) dont les disciples anglais, Eadmer de Cantorbéry (+ 1124) et Osbert de Clare (+ 1160), professeront explicitement la véracité que saint Bernard réfutera contre Abélard (+ 1142) et Pierre le Chantre (+ 1197) à une époque où la croyance à ce privilège s'ancre progressivement dans les milieux populaires et monastiques.

La première apologie De Conceptione S. Mariæ fut rédigée, au début du XIIème siècle par le secrétaire et l'ami de saint Anselme de Cantorbery, le moine Eadmer. Ainsi, au cours du XIIème siècle, la Conception de la Vierge, encore que fort contestée, est cependant de plus en plus fêtée à travers la chrétienté latine, mais la fête préconisée n'allait pas sans d'âpres discussions et l'on se souvient que saint Bernard, dans une lettre adressée aux chanoines de Lyon, prenait vivement parti contre cette nouveauté que rien, selon lui, ne motivait, ce qui, par la suite, sera l'avis de nombreux dominicains contre l'avis de nombreux franciscains.

Si les théologiens scolastiques du XIIIème siècle ne sont guère favorables à l'Immaculée Conception, ils ne peuvent, pour autant, empêcher ni la croyance ni la fête qui progressent séparément tout au long du XIVème siècle où Duns Scot (+ 1308) entraîne une forte réaction théologique ; la légende veut que la statue de la sainte Vierge placée au trumeau de la Sainte-Chapelle basse ait approuvé un jour de la tête le bienheureux Duns Scot qui avait bien parlé de son Immaculée Conception.

Boniface VIII (1294-1303) réfugié à Agnani, accorde une indulgence à ses habitants qui célèbrent de la fête de la Conception à laquelle Clément V assiste chez les Carmes d'Avignon.

Avec les dominicains, les papes Jean XXII (1316-1334), Benoît XII (1334-1342) et Clément VI (1342-1352) s'opposent à la doctrine de l'Immaculée Conception soutenue par les Franciscains, les Carmes, les Augustins et la Sorbonne qui, contre Jean de Monzon, se sont probablement rallié le pape Clément VII (1378-1394) et l'obédience avignonnaise.

La fête de l'Immaculée Conception est assez ancienne dans l'Eglise grecque où, vers le milieu du VIIIème siècle, on la trouve à la date du 9 décembre dans le synaxaire de Constantinople et, un peu avant, dans les canons de saint André de Crète (+ 740). Par ailleurs, à peu près à la même époque, une homélie du moine Jean d'Eubée la mentionne dans l'énumération des dix fêtes mariales, encore qu'elle ne soit pas célébrée partout.

Sans doute a-t-on commencé à la célébrer vers la fin du VIème siècle dans les laures monastiques. Quoi qu'il en fût, Georges de Nicomédie, dans le dernier quart du IXème siècle, la considérait comme la fête de la Vierge la plus récente, et ce n'est qu'en 1166 que l'empereur Manuel Comnène la rangea parmi les fêtes de précepte à laquelle on donna, au siècle suivant, une vigile. C'est au milieu du IXème siècle qu'on trouve, à Naples, dans un calendrier gravé sur le marbre, cette inscription : CCEPTIO S. ANNE MARIE VIR (conception de sainte Anne Marie la Vierge).

En Occident, il faut attendre le début du IXème siècle pour trouver une attestation de cette fête dans deux calendriers de Winchester, un martyrologe de saint-Augustin de Cantorbery, un pontifical-bénédictionnaire de Cantorbery et un autre d'Exerter à quoi s'ajoute le sacramentaire de Léofric. C'était une fête saxonne que les Normands voulurent écarter du calendrier après qu'ils eurent conquis l'Angleterre (1066). C'est alors qu'en revenant du Danemark, l'abbé Elsin, moine de Winchester devenu Abbé de Saint-Augustin de Cantorbery, fut pris dans une tempête au cours de laquelle la Vierge lui apparut pour lui demander de créer un office de sa Conception.

Cela étant, cette fête anglo-saxonne de la Conception semble différente de la Conceptio Sanctæ Mariæ que les calendriers mozarabes (Espagne) marquent au 18 décembre ou au dimanche avant Noël. C'est d'Espagne que cette fête passa dans quelques Ordines monastiques de la Gaule carolingienne où elle était l'équivalent de l'Annonciation qui, empêchée par le Carême, était transférée avant Noël.

Sans doute peut-on affirmer que notre actuelle fête latine de la Conception fut empruntée aux monastères grecs de l'Italie méridionale et centrale car, outre le témoignage napolitain que nous signalions plus haut, on trouve un air singulier de parenté entre les textes de la liturgie byzantine et ceux du pontifical d'Exeter. C'est au concile de Verceil, en 1050, que le saint pape Léon IX (1048-1054) recommanda vivement qu'on honorât la conception de la Vierge.

Toujours est-il qu'au début du XIVème siècle, dans l'Eglise latine, la fête de la Conception est presque universelle et la cour pontificale la connaît au retour d'Avignon, encore que ni Clément VI (1342-1352), ni Benoît XIII (1389-1424), en Avignon, ni Eugène IV (1431-1447), à Rome, ne la citent parmi les grandes fêtes de la Vierge.

A Paris, dès 1311, du côté nord de l'église Saint-Séverin, à l'entrée du chœur, il existait une chapelle de la Conception où se réunissait une confrérie ; elle fut abattue lorsqu'on élargit les bas-côtés (1490) et une nouvelle chapelle de la Vierge fut édifiée au fond de l'abside, l'actuelle chapelle Notre-Dame de la Sainte-Espérance titrée pour la confrérie du même nom, fondée en 1842 pour faire disparaître les derniers restes du jansénisme. En 1365, la confrérie des marchands et vendeurs de vin de Paris s'établit dans l'église Saint-Gervais, dans la chapelle de la Conception-Notre-Dame dont elle adopta le patronage.

Après avoir inutilement incité l'empereur Sigismond à promouvoir la fête et la doctrine de la Conception pendant le concile de Constance, le roi Alphonse V d'Aragon se fait plus pressant à l'approche du concile de Bâle où les Pères qui célèbrent la fête dès 1432, chargent le cardinal-archevêque d'Arles (Louis d'Aleman) de mener une enquête à ce sujet ; le décret du 17 septembre 1439, voté lors de la trente-sixième session, déclare que la doctrine qu'il ne définit pourtant pas comme dogme de foi, est pieuse, conforme au culte de l'Eglise, à la foi catholique, à la droite raison et à l'Ecriture sainte ; de plus, ce concile de Bâle érige la Conception en fête d'obligation pour toute l'Eglise.

Le décret de Bâle ne fut officiellement reçu que par la France et l'Aragon qui reconnurent, malgré la rupture avec Eugène IV, la légitimité de la continuation du concile, mais on voit que la doctrine est aussi prêchée en Allemagne (Gabriel Biel), dans les Flandres (Denys le Chartreux) et en Italie (Laurent Justinien et Bernardin de Sienne).

Dans la dernière partie du XVème siècle, la controverse fait rage, surtout en Italie, entre les franciscains immaculistes et leurs adversaires dominicains ; cependant Sixte IV (1471-1484) publie la constitution Cum praeexcelsa (29 avril 1476) où il accorde des indulgences à ceux qui célébreraient la fête et l'octave de la Conception pour quoi, par le bref Libenter ad ea (4 octobre 1480), il approuve un nouvel office, composé par Léonard de Nogarole ; enfin, Sixte IV publie la bulle Grave nimis (1482) qu'il reprend dans une nouvelle bulle, datée du 4 septembre 1483, où, sans obliger à la croyance, il en prend énergiquement la défense.

Désormais, sans se mêler directement aux discussions doctrinales qui, avec plus ou moins d'intensité, continuent à diviser les théologiens, les papes soutiennent la fête de la Conception et la croyance en l'Immaculée Conception par toutes sortes d'indulgences, d'approbations, de reconnaissances d'associations pieuses de privilèges et de permissions. Alexandre VI (1492-1503) confirme Grave nimis par la bulle Illius qui (22 février 1502) ; Léon X (1513-1521), si Cajetan ne s'y était opposé, aurait bien fait proclamer une définition doctrinale par le concile de Latran V qui reprend décret de Bâle.

La cinquième session du concile de Trente renouvelle les constitutions de Sixte IV (17 juin 1546). Pie V (1566-1572), dans la bulle Ex omnibus afflictionibus (1er octobre 1567), a condamné, entre autres propositions, celle où Baïus prétendait que la Vierge était morte à cause du péché qu'elle avait contracté d'Adam ; par ailleurs, il lui suffit de confirmer les constitutions antérieures (bulle Super speculam Domini du 30 novembre 1570) et de conserver dans le bréviaire romain la fête de la Conception (1568), fête qu'il veut double, mais dont il supprime toutefois l'octave et, sauf pour les franciscains, les offices propres approuvés par Sixte IV et Paul III (1534-1549). La fête de l'Immaculée Conception est promue par Clément VIII (1592-1505) au rite double majeur (1602).

En dépit de la demande expresse de Philippe III d'Espagne et des sages avis du saint cardinal Robert Bellarmin, Paul V (1605-1621), dans la constitution Sanctissimus (12 septembre 1617), se contente d'interdire l'expression publique d'opinions contraires à l'Immaculée Conception.

A la requête du roi Philippe IV d'Espagne, Grégoire XV (1621-1623) publie la constitution de son prédécesseur (4 juin 1622) à quoi il ajoute l'interdiction privée et l'obligation de fêter la Conception, mais il permet aux dominicains d'en discuter entre eux (28 juillet 1622).

Philippe IV d'Espagne, avec cette fois le concours de l'Empereur Ferdinand II, du roi Sigismond de Pologne, de l'archiduc Léopold d'Autriche, de l'archevêque-électeur de Cologne, du duc de Bavière et du comte palatin du Rhin, s'adresse à Urbain VIII (1623-1644) qui refuse d'aller plus loin (28 janvier 1627).

Si rien de nouveau ne se fait sous le pontificat d'Innocent X (1644-1655), en revanche, Alexandre VII (1655-1667), toujours à la demande du roi d'Espagne, donne la constitution Sollicitudo omnium ecclesiarum (8 décembre 1661) où il renouvelle les interdictions de ses prédécesseurs et affirme avec plus de force la croyance sans pour autant lui donner la force d'une vérité de foi définie. La fête de l'Immaculée Conception est, en 1693, gratifiée d'une octave par Innocent XI (1676-1689), avant que Clément XI (1700-1721) en fasse une fête de précepte pour l'Eglise universelle (bulle Commissi nobis du 6 décembre 1708).

Au terme d'une large campagne d'opinion orchestrée par saint Léonard de Port-Maurice, Benoît XIV (1740-1758) décrète, pour chaque 8 décembre, la tenue, à Sainte-Marie Majeure, de la chapelle pontificale en l'honneur de l'Immaculée Conception (26 novembre 1742).

Benoît XIV ne publie pas la bulle Mulierem pulchram, préparée par le jésuite Budrioli, où, après avoir récapitulé les décisions pontificales en faveur de l'Immaculée Conception réaffirmée avec force, le pape ne la proclame cependant pas comme un dogme.

L'apparition de la Vierge Marie à Catherine Labouré au noviciat des filles de la Charité de Paris et la diffusion de la médaille miraculeuse en l'honneur de Marie conçue sans péché (1830) incitèrent beaucoup d'évêques à demander au Saint-Père que l'Immaculée Conception fût définie comme dogme de foi. La plupart des évêques français, largement relayés par leurs collègues espagnols et italiens, supplient, sans succès, Grégoire XVI (1831-1846), arrêté par le silence des épiscopats germaniques et anglo-saxons, de définir l'Immaculée Conception comme vérité de foi.

La campagne s'intensifie dès l'élection de Pie IX (1846-1878) qui institue à cet effet une consulte de vingt théologiens (1° juin 1848) et une congrégation antépréparatoire de huit cardinaux (avec un secrétaire et cinq consulteurs), présidée par le cardinal Lambruschini (6 décembre 1848), avant que de solliciter l'avis écrit de tous les évêques (encyclique Ubi primum , 2 février 1849). Fort des avis favorables de la très grande majorité de l'épiscopat (546 sur 603) joints aux approbations conjuguées de la consulte (17 sur 20) et de la congrégation, Pie IX demande d'abord à deux groupes théologiens (l'un sous Perrone et l'autre sous Passaglia) de préparer un projet de bulle (1851), puis, le 10 mai 1852, il réunit, sous le cardinal Fornari, une commission spéciale pour élaborer le texte définitif qui, après l'approbation d'un consistoire secret (1° décembre 1854), est promulgué le 8 décembre 1854 sous le titre Ineffabilis Deus .

Le dogme de l'Immaculée Conception définit, à partir de l'Ecriture (Genèse III 15, S. Luc I 28 et I 42), que la Vierge Marie, en vue de sa maternité divine, fut, dès sa conception, préservée du péché originel et mise en pleine possession de la grâce sanctifiante.

Pie IX fit publier un nouvel office en 1863. Les apparitions de Lourdes furent saluées comme une confirmation céleste du dogme et Léon XIII, en 1879, décida que la fête serait de rite double de première classe avec octave et une vigile. C'est une solennité dans l'Ordo liturgique de Paul VI.


Prière

O Vierge par excellence, toute pure et tout aimable Marie, vous avez paru sur la terre comme une aurore éclatante, prévenant par la lumière de votre sainteté la venue du Soleil de justice. Le jour où vous avez été donnée au monde peut être appelé, à juste titre, un jour de salut et de grâces.

O Marie ! vous dirai-je donc tout transporté de joie, d'espérance et d'amour, quelle serait notre pauvreté si le Père des miséricordes ne vous eût tirée de ses trésors pour vous donner à nous ! O mon bonheur, ô ma vie ! je sens que mon cœur veut vous aimer, que ma langue veut vous louer, que mon esprit veut vous contempler, que mon âme brûle d'être tout à vous. Vierge sainte, recevez-moi, et obtenez-moi un cœur digne de vous appartenir ; prêtez-moi votre secours contre vos ennemis, et mettez dans ma bouche des louanges qui vous soient agréables.

O Vierge comblée de bonheur ! puisque vous avez dit : Je serai appelée bienheureuse par toutes les générations, je veux contribuer à l'accomplissement de cette prophétie ; je veux joindre ma faible voix à celles qui, dans tous les lieux du monde, vous proclament bienheureuse.

Vous êtes bienheureuse, ô Marie, parce que dès votre Conception le Très-Haut a orné votre âme d'une incomparable beauté, et parce que vous avez été fidèle à conserver et à accroître sans cesse le trésor des grâces qu'il avait mises en vous. Vous êtes bienheureuse, parce que vous avez cru la parole que l'Ange vous a apportée de la part du Seigneur : parce que vous avez accepté avec soumission tous les desseins de Dieu sur vous, et que vous les avez accomplis avec amour, ô la plus sainte et la plus humble servante du Seigneur !

Vous êtes bienheureuse, ô Vierge immaculée, parce que votre âme possède, dans le degré le plus éminent, les vertus que votre divin Fils a lui-même qualifiées de béatitudes. Nous vénérons en vous, ô Marie, cette sublime pauvreté d'esprit, source de tant de biens que le monde ne connaît pas, et nous confessons avec bonheur que, selon la parole de Jésus-Christ, le royaume des cieux est à vous.

O heureuse Marie ! vous êtes la Mère de Dieu et la Mère de l'homme ; vous êtes la Mère du Juge et la Mère du coupable. Ah ! puisque vous êtes la Mère de l'un et de l'autre, puisque tous deux sont vos enfants, ne permettez pas que votre enfant pécheur soit condamné par votre Fils très-saint ; mais fléchissez par vos prières votre Fils souverain juge, et ouvrez les portes de la céleste patrie à votre enfant exilé, ô bienheureuse Marie !

Prosternés à vos pieds, divine Vierge, nous vous offrons ces cantiques de louanges. Daignez, ô Mère de bonté et de miséricorde, être notre conductrice durant le cours de cette vie, et nous assister à l'heure de notre mort. Ainsi soit-il.

C'est ici cette Vierge incomparable.

- En qui n'a jamais existé la moindre tache du péché.


Réflexions de docteurs de l'Église

Il convenait que cette Vierge à qui le Père se disposait à donner son Fils unique, ce Fils engendré de son cœur, égal à lui et qu'il aime comme lui-même, qu'il voulait lui donner de sorte qu'il fût naturellement un seul et même Fils, commun à Dieu et à la Vierge, il convenait que cette Vierge fût ornée de la plus haute sainteté qui se puisse concevoir après celle de Dieu.

Saint Anselme de Cantorbery. De conceptu virginali et originali peccato


Marie était le ciel où devait se lever le soleil de justice, la terre qui devait porter l'épi de vie, la mer qui devait produire la perle d'un prix infini.

C'est une terre qui ne produira jamais l'épine du péché, qui produira, au contraire, un fruit de grâce. C'est une terre qui n'entendra jamais des paroles de malédiction, mais des paroles de bénédiction.

Ainsi, si les Anges, au témoignage de la Sainte Ecriture, louaient Dieu en contemplant la création naissante, cette création qui n'était pas sans défauts, quelles louanges ils adressaient à Dieu en contemplant cette créature toute remplie de Dieu !

Saint Jean Damascène, deuxième homélie sur la Nativité de la Vierge

Marie est un commencement des œuvres de Dieu: il n'est donc pas étonnant que le Dieu qui devait racheter le monde, ait commencé son œuvre par sa mère, afin que celle par qui le salut était préparé à tous, jouit la première du fruit du salut.

Saint Ambroise. Commentaire sur l'Evangile selon saint Luc


La femme avait été cause que le genre humain croupissait, captif, dans sa corruption ; car il est écrit : Le commencement du péché est dans la femme, et c'est par elle que nous mourons (Eccl. XXV,35). Par elle le monde était prisonnier du démon. Les événements conjurés contre l'homme, les eaux du déluge pouvaient détruire l'homme, ils ne pouvaient détruire le péché. Isaac, né d'une mère stérile, mais non d'une vierge, mérita de porter la figure de la croix : il mérita d'être pris, lié, mais non d'être immolé en sacrifice. Moïse, sauvé des eaux, est envoyé par Dieu pour sauver son peuple, mais non pour sauver le monde ; il peut exterminer les égyptiens, mais non le péché ; le Pharaon et son armée, mais non le démon et ses légions. David déclare qu'il a été conçu dans le péché ; il demande la délivrance de son péché, mais il ne peut effacer le péché du monde. Le monde, dans sa course, voyait les fautes s'aggraver, les ruines s'accumuler, et il ne voyait venir ni remède, ni secours. Alors la cause revint à la femme, à celle qui se trouvait à nos origines. A une source de mort sera substituée une source de vie ; la mère du péché sera remplacée par la Mère du Christ.

Saint Augustin. Natal. Dom. Alias de tempore


MESSE À L'OCCASION DU 150 ANNIVERSAIRE

DE LA PROCLAMATION DU DOGME

DE L'IMMACULÉE CONCEPTION DE LA BIENHEUREUSE VIERGE MARIE

HOMÉLIE DU PAPE JEAN-PAUL II

Solennité de l'Immaculée Conception

Mercredi 8 décembre 2004



1. "Réjouis-toi, comblée de grâce, le Seigneur est avec toi!" (Lc 1, 28).

A travers ces paroles de l'Archange Gabriel, nous nous adressons à la Vierge Marie plusieurs fois par jour. Nous les répétons aujourd'hui avec une joie fervente, en la solennité de l'Immaculée Conception, en rappelant la date du 8 décembre 1854, lorsque le bienheureux Pie IX proclama cet admirable dogme de la foi catholique précisément dans cette Basilique vaticane.

Je salue cordialement tous ceux qui sont réunis ici aujourd'hui, en particulier les représentants des sociétés mariologiques nationales, qui ont participé au Congrès mariologique marial international, organisé par l'Académie pontificale mariale.

Je vous salue également, vous tous ici présents, très chers Frères et Soeurs, venus rendre un hommage filial à la Vierge Immaculée. Je salue de façon particulière Monsieur le Cardinal Camillo Ruini, auquel je renouvelle mes voeux les plus cordiaux pour son jubilé sacerdotal, en lui exprimant toute ma gratitude pour le service qu'il rend avec un dévouement généreux à l'Eglise en tant que mon Vicaire général pour le Diocèse de Rome et en tant que Président de la Conférence épiscopale italienne.

2. Combien est grand le mystère de l'Immaculée Conception, que nous présente la liturgie d'aujourd'hui! Un mystère qui ne cesse d'attirer la contemplation des croyants et qui inspire la réflexion des théologiens. Le thème du Congrès qui vient d'être rappelé - "Marie de Nazareth accueille le Fils de Dieu dans l'histoire" - a permis un approfondissement de la doctrine de la conception immaculée de Marie comme présupposé pour l'accueil en son sein virginal du Verbe de Dieu incarné, Sauveur du genre humain.

"Pleine de grâce", c'est à travers cette appellation, selon l'original en grec de l'Evangile de Luc, que l'Ange s'adresse à Marie. Tel est le nom avec lequel Dieu, à travers son messager, a voulu qualifier la Vierge. C'est de cette façon qu'Il l'a pensée et vue depuis toujours, ab aeterno.

3. Dans l'hymne de la Lettre aux Ephésiens, qui vient d'être proclamé, l'Apôtre loue Dieu le Père car il "nous a bénis par toutes sortes de bénédictions spirituelles aux cieux, dans le Christ" (1, 3). Avec quelle bénédiction très spéciale Dieu s'est-il adressé à Marie depuis le début des temps! Marie est véritablement bénie entre toutes les femmes (cf. Lc 1, 42)!

Le Père l'a choisie dans le Christ avant la création du monde, afin qu'elle soit sainte et immaculée en sa présence dans l'amour, la prédestinant d'avance à l'adoption filiale par Jésus Christ (cf. Ep 1, 4-5).

4. La prédestination de Marie, comme celle de chacun de nous, est relative à la prédestination du Fils. Le Christ est la "souche" qui devait "écraser la tête" de l'antique serpent, selon le Livre de la Genèse (cf. Gn 3, 15); c'est l'Agneau "sans tache" (cf. Ex 12, 5; 1 P 1, 19), immolé pour racheter l'humanité du péché.

En prévision de sa mort salvifique, Marie, sa Mère, a été préservée du péché originel et de tout autre péché. Dans la victoire du nouvel Adam, il y a également celle de la nouvelle Eve, mère des rachetés. L'Immaculée est ainsi un signe d'espérance pour tous les vivants, qui ont vaincu Satan par le sang de l'Agneau (cf. Ap 12, 11).

5. Nous contemplons aujourd'hui l'humble jeune fille de Nazareth sainte et immaculée en présence de Dieu dans la charité (cf. Ep 1, 4), cette "charité" qui, dans sa source originelle, est Dieu lui-même, un et trine.

Oeuvre sublime de la Très Sainte Trinité que l'Immaculée Conception de la Mère du Rédempteur! Pie IX, dans la Bulle Ineffabilis Deus, rappelle que le Tout-Puissant a établi "par un seul et même décret l'origine de Marie et l'incarnation de la Sagesse divine" (Pii IX Pontificis Maximi Acta, Pars prima, p. 559).

Le "oui" de la Vierge à l'annonce de l'Ange prend place dans la situation concrète de notre condition terrestre, en humble obéissance à la volonté divine de sauver l'humanité non pas de l'histoire, mais dans l'histoire. En effet, préservée de toute tache de péché originel, la "nouvelle Eve" a bénéficié de façon particulière de l'oeuvre du Christ comme Médiateur et Rédempteur très parfait. Rachetée la première par son Fils, participant en plénitude à sa sainteté, Elle est déjà ce que toute l'Eglise désire et espère être. Elle est l'icône eschatologique de l'Eglise.

6. C'est pourquoi l'Immaculée, qui marque "le début de l'Eglise, épouse du Christ sans tache et sans ride, resplendissante de beauté" (Préface), précède toujours le Peuple de Dieu, dans le pèlerinage de la foi vers le Royaume des cieux (cf. Lumen gentium, n. 58; Enc. Redemptoris Mater, n. 2).

Dans la Conception immaculée de Marie, l'Eglise voit se projeter, anticipée à travers son membre le plus noble, la grâce salvifique de Pâques.

Dans l'événement de l'Incarnation, elle trouve le Fils et la Mère indissolublement associés: "Celui qui est son Seigneur et sa Tête et celle qui, en prononçant le premier fiat de la Nouvelle Alliance, préfigure sa condition d'épouse et de Mère" (Redemptoris Mater, n. 1).

7. A Toi, Vierge Immaculée, prédestinée par Dieu par-dessus toute autre créature comme avocate de grâce et modèle de sainteté pour son peuple, je renouvelle aujourd'hui de façon particulière l'acte de consécration de toute l'Eglise.

Puisses-tu guider ses fils dans leur pèlerinage de foi, les faisant devenir toujours plus obéissants et fidèles à la Parole de Dieu.

Puisses-tu accompagner chaque chrétien sur le chemin de la conversion et de la sainteté, dans la lutte contre le péché et dans la recherche de la beauté véritable, qui constitue toujours la marque et le reflet de la Beauté divine.

Puisses-tu encore obtenir la paix et le salut pour tous les peuples. Que le Père éternel, qui T'a voulue Mère immaculée du Rédempteur, renouvelle également dans notre temps, à travers toi, les prodiges de son amour miséricordieux. Amen!


BULLE INEFFABILIS DEUS
de Pie IX, Bulle de proclamation du dogme de l’Immaculée Conception

(8 décembre 1854)

Dieu, qui est ineffable - Cette innocence originelle, l'Eglise l'a enseignée -

Pie, évêque, serviteur des serviteurs de Dieu, Pour qu'à jamais s'en perpétue la mémoire. Dieu, qui est ineffable

Dieu, qui est ineffable, dont les voies sont la miséricorde et la vérité, dont la volonté est la toute-puissance même, dont la sagesse atteint d'une extrémité jusqu'à l'autre irrésistiblement et dispose avec douceur toutes choses, voyant dans sa prescience, de toute éternité, la ruine lamentable de tout le genre humain, suite de la transgression d'Adam, et ayant, dans le mystère caché dès l'origine des siècles, décrété que, par le sacrement plus mystérieux encore de l'incarnation du Verbe, il accomplirait l'oeuvre primitive de sa bonté, afin que l'homme, poussé dans le mal par la perfidie de l'iniquité diabolique, ne pérît pas contre le dessein de sa miséricorde ; et que ce qui devait tomber dans le premier Adam fût relevé dans le second par un bonheur plus grand que cette infortune ; choisit et prépara, dès le commencement et avant les siècles, une Mère à son Fils unique, pour que d'elle fait chair, il naquit dans l'heureuse plénitude des temps, et il l'aima entre toutes les créatures d'un tel amour, qu'il mit en elle seule, par une souveraine prédilection, toutes ses complaisances.

L'élevant incomparablement au-dessus de tous les esprits angéliques, de tous les Saints, il la combla de l'abondance des dons célestes, pris au trésor de la divinité, d'une manière si merveilleuse, que toujours et entièrement pure de toute tache du péché, toute belle et toute parfaite, elle avait en elle la plénitude d'innocence et de sainteté la plus grande que l'on puisse concevoir au-dessous de Dieu et telle que, sauf Dieu, personne ne peut la comprendre.

Et certes, il était tout à fait convenable qu'elle brillât toujours des splendeurs de la sainteté la plus parfaite, et qu'entièrement exempte de la tache même de la faute originelle, elle remportât le plus complet triomphe sur l'antique serpent, cette Mère si vénérable, à qui Dieu le Père a voulu donner son Fils unique, engendré de son sein, égal à lui, et qu'il aime comme lui-même, et le donner de telle sorte qu'il est naturellement un seul et même et commun Fils de Dieu le Père et de la Vierge, Elle que le Fils lui-même a choisie pour être substantiellement sa Mère, Elle de laquelle le Saint-Esprit a voulu que par son opération fût conçu et naquît Celui de qui lui-même procède.

Cette innocence originelle, l'Eglise l'a enseignée

Cette innocence originelle de l'auguste Vierge si parfaitement en harmonie avec son admirable sainteté et avec la dignité sublime de Mère de Dieu, l'Eglise catholique qui, toujours enseignée par le Saint-Esprit, est la colonne et l'appui de la vérité, agissant comme maîtresse de la doctrine divinement reçue et contenue dans le dépôt de la révélation céleste, n'a jamais cessé de l'expliquer, de la favoriser tous les jours de plus en plus par toutes les voies et par des actes éclatants.

Cette doctrine, en vigueur depuis les temps anciens, profondément gravée dans les âmes des fidèles et propagée d'une manière merveilleuse dans tout l'univers catholique par les soins et les efforts des pontifes sacrés ; cette doctrine, l'Eglise elle-même l'a en effet très clairement enseignée lorsqu'elle n'a pas hésité à proposer la Conception de la Vierge à la vénération et au culte public des fidèles.

Par cet acte solennel, elle l'a présentée pour être honorée comme extraordinaire, admirable, pleinement différente des commencements du reste des hommes et tout à fait sainte ; car l'Eglise ne célèbre par des jours de fête que ce qui est saint. Et c'est pourquoi elle a coutume d'employer, soit dans les offices ecclésiastiques, soit dans la liturgie sacrée, les termes mêmes des divines Ecritures parlant de la Sagesse incréée et représentant ses origines éternelles, et d'en faire l'application aux commencements de cette Vierge, qui avait été, dans les conseils de Dieu, l'objet du même décret que l'Incarnation de la Sagesse divine.

Les actes de l'Eglise romaine - La fête de la Conception - La loi de la prière

- Les actes de l'Eglise romaine

Toutes ces choses, connues partout des fidèles, montrent suffisamment avec quel soin l'Eglise romaine, mère et maîtresse de toutes les églises, s'est appliquée à propager cette doctrine de l'Immaculée Conception de la Vierge ; mais cette Eglise, centre de la vérité et de l'unité catholique, dans laquelle seule la religion a été inviolablement gardée et de laquelle il faut que toutes les autres églises empruntent la tradition de la foi, a une dignité et une autorité telles qu'il convient d'en rappeler les actes en détail.

Elle n'eut jamais rien plus à coeur que de soutenir, de protéger, de promouvoir et de défendre par les voies les plus éclatantes l'Immaculée Conception de la Vierge, son culte et sa doctrine.

C'est ce qu'attestent et proclament tant d'actes solennels des Pontifes romains, nos prédécesseurs, à qui, dans la personne du prince des Apôtres, Notre Seigneur Jésus-Christ a lui-même divinement confié la charge et le pouvoir suprême de paître les agneaux et les brebis, de confirmer leurs frères, de régir et de gouverner l'Eglise universelle.

La fête de la Conception

Nos prédécesseurs, en effet, se firent gloire d'instituer dans l'Eglise romaine, en vertu de leur autorité apostolique, la fête de la Conception avec un office et une messe propres, où la prérogative de l'exemption de la souillure héréditaire était affirmée de la manière la plus claire et la plus manifeste.

Ils s'attachèrent de plus à accroître l'éclat de cette fête et à propager par tous les moyens le culte institué, soit en l'enrichissant d'indulgences, soit en autorisant les villes, les provinces, les royaumes, à se placer sous le patronage de la Mère de Dieu, honorée sous le titre de l'Immaculée Conception, soit en approuvant des confréries, des congrégations, des communautés religieuses instituées en l'honneur de la Conception Immaculée, soit en excitant par leurs louanges la piété de ceux qui érigeaient des monastères, des hôpitaux, des autels, des temples sous ce titre, ou qui s'engageaient sur la foi du serment à défendre énergiquement l'Immaculée Conception de la Mère de Dieu.

Ils furent surtout heureux d'ordonner que la fête de la Conception fût célébrée dans toute l'Eglise comme celle de la Nativité, et ensuite qu'on la célébrât avec octave dans l'Eglise universelle, puis, qu'elle fût mise au rang des fêtes de précepte et saintement observée partout ; enfin, que chaque année, le jour consacré à la Conception de la Vierge, il y eût chapelle pontificale dans notre basilique patriarcale libérienne.

La loi de la prière

Désirant inculquer chaque jour plus profondément dans les âmes des fidèles cette doctrine de l'Immaculée Conception de la Mère de Dieu, et exciter leur piété à honorer et a vénérer la Vierge conçue sans péché, ce fut avec une grande joie qu'ils permirent de proclamer la Conception Immaculée de la Vierge dans les Litanies de Lorette et dans la préface même de la messe, comme pour établir la loi de la prière.

Pour Nous, marchant sur les traces d'un si grand nombre de Nos Prédécesseurs, non seulement Nous avons reçu et approuvé ce qu'ils ont si sagement et si pieusement établi ; mais encore Nous souvenant du décret de Sixte IV, Nous avons revêtu de la sanction de Notre autorité un office propre de l'Immaculée Conception, et à la grande consolation de Notre âme, Nous en avons accordé l'usage à l'Eglise universelle.


L'objet et la doctrine de la fête de la Conception - Immaculée depuis le premier instant de sa conception - Cette doctrine est pleinement en harmonie avec le culte ecclésiastique - L'autorité du Concile de Trente

L'objet et la doctrine de la fête de la Conception

Mais, parce que les choses qui appartiennent au culte tiennent étroitement et par un lien intime à l'objet même du culte, et qu'elles ne peuvent se maintenir déterminées et fixes, si cet objet demeure dans un état de doute et d'ambiguïté, Nos prédécesseurs les Pontifes romains, en mettant tous leurs soins a accroître le culte de la Conception, s'appliquèrent avec sollicitude à en déclarer et à en inculquer l'objet et la doctrine.

Ils enseignèrent donc clairement et ouvertement que la fête avait pour objet la Conception de la Vierge, et ils proscrivirent, comme fausse et contraire à l'esprit de l'Eglise, l'opinion de ceux qui pensaient et affirmaient que ce n'est point la Conception, mais la sanctification que l'Eglise honore.

Immaculée depuis le premier instant de sa conception

Ils ne crurent pas devoir agir avec plus de ménagement envers ceux qui, pour ruiner la doctrine de l'Immaculée Conception de la Vierge, avaient imaginé une distinction entre le premier et le second instant de la Conception, disant que l'Eglise, à la vérité, célèbre la Conception, mais qu'elle n'entend pas l'honorer dans son premier instant ou premier moment.

Nos prédécesseurs, en effet, regardèrent comme de leur devoir de protéger et de propager avec le plus grand zèle, non seulement la fête de la Conception de la bienheureuse Vierge, mais encore la doctrine que la Conception, dès le premier instant, est le véritable objet de ce culte.

De là ces paroles tout à fait décisives par lesquelles Notre prédécesseur, Alexandre VII, déclara la véritable intention de l'Eglise :

« C'est l'ancienne et pieuse croyance des fidèles chrétiens, que l'âme de la bienheureuse Vierge Marie, dès le premier instant de sa création et de son union au corps, a été, par grâce et privilège spécial de Dieu, et en vue des mérites de Jésus-Christ, son Fils, Rédempteur du genre humain, préservée et exempte du péché originel, et C'est en ce sens qu'ils honorent et célèbrent avec solennité la fête de sa Conception [1] »

Nos prédécesseurs s'attachèrent surtout, avec un soin jaloux et une vigilance extrême, à maintenir inviolable et à l'abri de toute attaque la doctrine de l'Immaculée Conception de la Mère de Dieu.

Cette doctrine est pleinement en harmonie avec le culte ecclésiastique

Non seulement ils ne souffrirent jamais que cette doctrine fût en aucune façon censurée et outragée ; mais, allant beaucoup plus loin, ils proclamèrent, par des déclarations formelles et réitérées, que la doctrine en vertu de laquelle nous confessons l'Immaculée Conception de la Vierge est pleinement en harmonie avec le culte ecclésiastique ; et que cette doctrine antique et universelle, telle que l'Eglise romaine l'entend, la défend et la propage, est digne à tous égards d'être formulée dans la Sacrée Liturgie elle-même et dans les solennités de la prière.

Non contents de cela, pour que cette doctrine de la Conception Immaculée de la Vierge demeurât inviolable, ils défendirent, sous des peines sévères, de soutenir soit publiquement, soit en particulier, la doctrine contraire, voulant, par les coups répétés portés à cette dernière, la faire succomber. Et, afin que ces déclarations éclatantes et réitérées ne parussent pas vaines, ils les revêtirent d'une sanction.

Notre prédécesseur Alexandre VII, que nous venons de citer, a rappelé toutes ces choses en ces termes :

« Considérant que la sainte Eglise romaine célèbre solennellement la fête de la Conception de Marie sans tache et toujours Vierge, et qu'autrefois elle avait ordonné un office propre sur ce mystère, selon la pieuse et dévote disposition de Notre prédécesseur Sixte IV ; voulant à Notre tour favoriser cette louable dévotion, ainsi que la fête et le culte qui en est l'expression, lequel n'a jamais changé dans l'Eglise romaine depuis qu'il a été institué, et désirant à l'exemple des pontifes romains, Nos prédécesseurs, protéger et favoriser cette piété et cette dévotion qui consistent à honorer et célébrer la bienheureuse Vierge, comme ayant été, par l'action du Saint-Esprit, préservée du péché originel ; enfin, pour conserver le troupeau du Christ dans l'unité d'esprit et dans le lien de la paix, pour éteindre les dissensions et faire disparaître les scandales ; sur les instances et les prières des Évêques susnommés, unis aux chapitres de leurs Eglises, ainsi que sur les instances et les prières du roi Philippe et de ses royaumes, Nous renouvelons les constitutions et décrets que les Pontifes romains, Nos prédécesseurs, et spécialement Sixte IV, Paul V et Grégoire XV ont portés en faveur du sentiment qui affirme que l'âme de la bienheureuse Vierge Marie, dans sa création et dans son union avec le corps, a été pourvue de la grâce du Saint-Esprit et préservée du péché originel, et aussi en faveur de la fête et du culte de la Conception de la Mère de Dieu, lesquels ont été établis, comme il est dit plus haut, dans le sens de cette doctrine, et Nous commandons que l'on, garde les dits constitutions et décrets sous les peines et censures qui y sont spécifiées.

En outre, quant à tous et à chacun de ceux qui cherchent à interpréter ces constitutions et décrets de manière à diminuer la faveur qui en résulte pour la doctrine en question, et qui s'efforcent de mettre en discussion la fête ou le culte rendu dans le sens de cette doctrine, d'en faire l'objet de leurs attaques, soit directement, soit indirectement, comme sous le prétexte d'examiner si cette doctrine peut être définie, de commenter ou d'interpréter l'Ecriture sacrée, ou les saints Pères ou les Docteurs ; tous ceux, en un mot, qui auraient l'audace, par quelque motif que ce puisse être et de quelque façon que ce soit, de parler, de prêcher, de traiter, de disputer contre elle, par écrit ou de vive voix, en déterminant ceci ou cela, en affirmant, en faisant valoir des arguments ou en faisant sans solution les arguments allégués, ou quel que puisse être le moyen employé dans le même but ; quant à tous ceux-là, outre les peines et les censures contenues dans les constitutions de Sixte IV, auxquels Nous entendons les soumettre et les soumettons par les présentes, Nous voulons que, par ce seul fait et sans autre déclaration, ils soient privés du pouvoir de prêcher, de faire des leçons publiques ou d'enseigner et d'interpréter, ainsi que de toute voix active ou passive dans toute l'élection : ils seront donc par le fait même, et sans autre déclaration, frappés à perpétuité d'incapacité pour prêcher, lire en public, enseigner et interpréter, et ils ne pourront être absous ou dispensés de ces peines que par Nous même ou par Nos successeurs ; et Nous entendons les soumettre encore aux autres peines que Nous, ou les Pontifes romains Nos successeurs, pourrons leur infliger, comme Nous les y soumettons par les présentes, renouvelant les constitutions on décrets ci-dessus rappelés de Paul V et de Grégoire XV.

Quant aux livres dans lesquels la doctrine susdite, la fête on le culte rendu dans le sens de cette doctrine se trouverait révoquée en doute, ou dans lesquels, en quelque manière que ce soit, quelque chose serait écrit contre elle, ou qui contiendraient des discours, disputes on traités destinés à la combattre, Nous prohibons tous ceux qui ont été publiés postérieurement au décret cité de Paul V on qui seraient publiés à l'avenir, et cela sous les peines et censures spécifiées à l'index des livres prohibés, et Nous commandons et voulons qu'ils soient tenus et considérés comme expressément prohibés par le fait même et sans aucune déclaration. »

L'autorité du Concile de Trente

Or, tout le monde sait avec quel zèle cette doctrine de l'Immaculée Conception de la Vierge, Mère de Dieu, a été professée, soutenue et défendue par les Ordres religieux les plus illustres, par les académies de théologie les plus célèbres et par les Docteurs les plus versés dans la science sacrée.

Tout le monde sait également combien les évêques ont toujours été jaloux, même dans les assemblées ecclésiastiques, de déclarer ouvertement et publiquement que la très sainte Mère de Dieu, la Vierge Marie, par les mérites du Seigneur et Rédempteur Jésus-Christ, n'a jamais été soumise au péché originel, mais qu'elle a été entièrement préservée de la souillure originelle et de la sorte rachetée d'une façon plus admirable.

A toutes ces autorités se joint l'autorité la plus grave et la plus élevée, celle du Concile de Trente.

En formulant le décret dogmatique sur le péché originel, où, conformément aux témoignages des saintes Ecritures, des saints Pères et des plus accrédités Conciles, il a établi et défini que tous les hommes naissent souillés par la faute originelle, le Concile a déclaré solennellement qu'il n'était pas dans son intention de comprendre dans ce décret et dans cette généralité de sa définition la bienheureuse et Immaculée Vierge Marie, Mère de Dieu.

Par cette déclaration, les Pères de Trente ont montré, autant que les temps et les circonstances le rendaient opportun, que la bienheureuse Vierge Marie a été exempte de la tache originelle, et ils ont ainsi exprimé clairement que rien dans les divines Lettres, rien dans la tradition ni dans l'autorité des Pères, ne peut être valablement allégué qui, en quelque manière que ce soit, porte atteinte à cette grande prérogative de la Vierge.

Cette doctrine a toujours été professée dans l'Eglise - L'opinion des Pères de l'Eglise - Les images de l'Ancien Testament - La salutation de l'ange à Marie -

Cette doctrine a toujours été professée dans l'Eglise

Et rien n'est plus véritable : de célèbres monuments de la vénérable antiquité, tant de l'Eglise orientale que de l'Eglise occidentale, prouvent en effet avec évidence que cette doctrine de l'Immaculée Conception de la bienheureuse Vierge Marie, qui a été, d'une manière si éclatante, expliquée, déclarée et confirmée chaque jour davantage, qui s'est propagée d'une façon si merveilleuse chez tous les peuples et parmi toutes les nations du monde catholique, avec le ferme assentiment de l'Eglise, par son enseignement, son zèle, sa science et sa sagesse, a toujours été professée dans l'Eglise comme reçue de main en main de nos pères et revêtue du caractère de doctrine révélée.

Car l'Eglise du Christ, vigilante gardienne et protectrice des dogmes qui lui sont confiés, n'y change rien, n'en diminue rien, n'y ajoute rien ; mais, traitant avec une attention scrupuleuse, avec fidélité et avec sagesse les choses anciennes, s'il en est que l'antiquité ait ébauchées et que la foi des Pères ait indiquées, elle s'étudie à les dégager, à les mettre en lumière, de telle sorte que ces antiques dogmes de la doctrine céleste prennent l'évidence, l'éclat, la netteté, tout en gardant leur plénitude, leur intégrité, leur propriété, et qu'ils se développent, mais seulement dans leur propre nature, c'est-à-dire en conservant l'identité du dogme, du sens, de la doctrine.

L'opinion des Pères de l'Eglise

Les Pères et les écrivains de l'Eglise, instruits par les oracles célestes, n'ont rien eu plus à coeur dans les livres qu'ils ont composés pour expliquer les Ecritures, pour défendre les dogmes, pour instruire les fidèles, que de célébrer à l'envi et d'exalter de mille manières admirables la souveraine sainteté de la Vierge, sa dignité, son intégrité de toute tache de péché et son éclatante victoire sur le cruel ennemi du genre humain.

C'est pourquoi, lorsqu'ils rapportent les paroles par lesquelles Dieu, dans les commencements du monde, annonçant les remèdes préparés dans sa miséricorde pour régénérer les mortels, confondit l'audace du serpent séducteur et releva merveilleusement l'espérance de notre race en disant : « Je mettrai l'inimitié entre toi et la femme, entre sa race et la tienne », les Pères enseignent que, par cet oracle, a été clairement et ouvertement annoncé le miséricordieux Rédempteur du genre humain, le Christ Jésus, Fils unique de Dieu, et que sa bienheureuse Mère la Vierge Marie y est aussi désignée, que l'inimitié du Fils et de la Mère contre le démon y est également et formellement exprimée.

C'est pourquoi, de même que le Christ, Médiateur de Dieu et des hommes, ayant pris la nature humaine, efface le sceau de la sentence qui était contre nous, et l'attache en vainqueur à la croix, de même la très sainte Vierge, unie à lui par un lien étroit et indissoluble, avec lui et par lui exerçant des hostilités éternelles contre le serpent venimeux, et triomphant pleinement de cet ennemi, a écrasé sa tête de son pied immaculé.

Les images de l'Ancien Testament

Ce triomphe unique et glorieux de la Vierge, son innocence très excellente, sa pureté, sa sainteté, son intégrité préservée de toute souillure du péché, son ineffable richesse de toutes les grâces célestes, de toutes les vertus, de tous les privilèges, sa grandeur, les mêmes Pères en ont vu l'image :

Tantôt dans cette arche de Noé, qui, après avoir été établie de Dieu, échappa pleinement saine et sauve au commun naufrage du monde entier ;

Tantôt dans cette échelle que Jacob vit s'élever de la terre au ciel sur les degrés de laquelle les anges de Dieu montaient et descendaient, tandis que Dieu lui-même s'appuyait sur le sommet ;

Tantôt dans ce buisson que Moïse vit tout en feu dans un lieu sacré, et qui, au milieu des flammes ardentes, loin de se consumer ou de souffrir la diminution même la plus légère, verdissait merveilleusement et se couvrait de fleurs ;

Tantôt dans telle tour inexpugnable en face de l'ennemi, à laquelle sont suspendus mille boucliers et l'armure complète des forts ;

Tantôt dans ce jardin fermé qui ne saurait être violé et où aucune ruse ne peut Introduire la corruption ;

Tantôt dans cette éclatante cité de Dieu, qui a ses fondements sur les montagnes saintes ;

Tantôt dans ce très auguste temple de Dieu, qui, brillant des splendeurs divines, est plein de la gloire du Seigneur ;

Tantôt dans une foule d'autres symboles de même nature, par lesquels, selon la tradition des Pères, la dignité sublime de la Mère de Dieu, son innocence sans tache et sa sainteté préservée de toute atteinte, avaient été admirablement figurées et prédites.

La salutation de l'ange à Marie

Pour décrire ce même ensemble, cette abondance des dons divins et cette intégrité originelle de la Vierge, de qui est né Jésus, ces mêmes Pères, se servant des paroles des Prophètes, ont célébré l'auguste Vierge elle-même comme la colombe pure, la sainte Jérusalem, le trône sublime de Dieu, l'arche de sanctification et la maison que la Sagesse éternelle s'est bâtie ; comme cette reine, qui, remplie de délices et appuyée sur son bien-aimé, sortit de la bouche du Très-Haut toute parfaite, toute belle, toute chère à Dieu.

Et considérant dans leur cœur et leur esprit que la bienheureuse Vierge Marie a été, au nom de Dieu et par son ordre, appelée pleine de grâce par l'ange Gabriel lorsqu'il lui annonça son incomparable dignité de Mère de Dieu, les Pères et les écrivains ecclésiastiques ont enseigné que, par cette singulière et solennelle salutation, dont il n'y a pas d'autre exemple, il est déclaré que la Mère de Dieu est le siège de toutes les grâces divines, qu'elle a été ornée de tous les dons du Saint-Esprit ; bien plus, qu'elle est comme le trésor infini de l'abîme inépuisable de ces dons, de sorte qu'elle n'a jamais été atteinte par la malédiction, et que, participant, en union avec son Fils, à la bénédiction éternelle, elle a mérité d'entendre de la bouche d'Elisabeth, inspirée par l'Esprit Saint :

« Vous êtes bénie entre toutes les femmes, et le fruit de vos entrailles est béni. »

La Mère de Dieu - La Nouvelle Eve - Les noms de Marie - C'est elle qui a écrasé la tête du serpent - La femme première-née - Le langage des Pères

La Mère de Dieu

Aussi, c'est leur sentiment, non moins clairement exprimé qu'unanime, que la glorieuse Vierge a brillé d'un tel éclat de tous les dons célestes, d'une telle plénitude de grâce et d'une telle innocence, qu'elle a été comme un miracle ineffable de Dieu, ou plutôt le comble de tous les miracles, et en un mot Mère de Dieu, et que, rapprochée de Dieu autant que le comporte la nature créée et plus que toutes les créatures, elle s'élève à une hauteur que ne peuvent atteindre les louanges ni des hommes ni des anges.

La Nouvelle Eve

Pour attester cet état d'innocence et de justice dans lequel a été créée la Mère de Dieu, non seulement ils l'ont souvent comparée à Eve, vierge innocente et pure, avant qu'elle fût tombée dans les embûches mortelles de l'astucieux serpent, mais encore ils l'ont mise au-dessus d'elle, trouvant, mille manières admirables d'exprimer cette supériorité.

Eve, en effet, en obéissant misérablement au serpent, perdit l'innocence originelle et devint son esclave ; mais la bienheureuse Vierge, augmentant sans cesse ses dons d'origine, loin de jamais prêter l'oreille au serpent, détruisit entièrement, par la vertu divine qu'elle avait reçue, sa force et sa puissance.

Les noms de Marie

C'est pourquoi ils n'ont jamais cessé d'appeler la Mère de Dieu :

Lis parmi les épines ;

Terre entièrement intacte, virginale, sans tache, immaculée, toujours bénie et libre de toute contagion du péché, dont a été formé le nouvel Adam ;

Paradis tout brillant, tout agréable, tout parfait d'innocence, d'immortalité et de délices, établi par Dieu même et défendu contre toutes les embûches du serpent venimeux ;

Bois incorruptible que le ver du péché n'a jamais gâté ;

Fontaine toujours claire, scellée par la vertu de l'Esprit Saint ;

Temple divin ;

Trésor d'immortalité ;

Seule fille non de la mort, mais de la vie ;

Rejeton de grâce et non de colère, qui, par une providence spéciale de Dieu, s'élevant verdoyante d'une racine infectée et corrompue, a toujours fleuri en dehors des lois établies et communes.

Et comme si ces choses, malgré leur splendeur, étaient insuffisantes ils ont déclaré, par des paroles expresses et précises que, lorsqu'il s'agit du péché, il ne saurait être en aucune façon question de la sainte Vierge Marie, à qui a été donnée une surabondance de grâces pour le vaincre entièrement.

C'est elle qui a écrasé la tête du serpent

Ils ont professé que la très glorieuse Vierge a été la réparatrice de sa race et une source de vie pour le genre humain ; qu'elle était élue avant les siècles ; que le Tout-Puissant se l'était préparée ; que Dieu l'avait prédite quand il dit au serpent : « Je mettrai l'inimitié entre toi et la femme », et que c'est elle, il n'en faut pas douter, qui a écrasé la tête venimeuse de ce même serpent.

C'est pourquoi ils ont affirmé que cette bienheureuse Vierge avait été, par grâce, exempte de toute tache du péché, et pure de toute contagion, et du corps, et de l'âme, et de l'intelligence ; que, toujours en communication avec Dieu et unie à Lui par une alliance éternelle, elle n'a jamais été dans les ténèbres, mais toujours dans la lumière, et que c'est pour cela, pour la grâce originelle qui était en elle et non pour l'état de son corps, qu'elle a été une demeure digne du Christ.

La femme première-née

A tout ce que nous venons de dire, il faut joindre les magnifiques paroles par lesquelles, en parlant de la Conception de la Vierge, les Pères ont rendu ce témoignage que la nature, s'avouant vaincue par la grâce, s'était arrêtée tremblante et dans l'impuissance de suivre sa marche ; car il devait se faire que la Vierge Mère de Dieu ne serait conçue d'Anne qu'après que la grâce aurait porté son fruit ; cette conception, en effet, était celle de la femme première-née de qui devait être conçu le premier-né de toutes les créatures.

Ils ont affirmé que la chair de la Vierge prise d'Adam n'avait point reçu les souillures d'Adam, qu'ainsi la Bienheureuse Vierge a été un temple créé par Dieu même, formé par le Saint-Esprit, enrichi réellement de pourpre et de tout ce que l'or façonné par ce nouveau Bésette peut donner d'éclat, qu'il faut à juste titre l'honorer comme le chef-d'œuvre propre de la divinité, comme soustraite aux traits enflammés du malin esprit, comme une nature toute belle et sans aucune tache, répandant sur le monde, au moment de sa Conception Immaculée, tous les feux d'une brillante aurore.

Il ne convenait pas, en effet, que ce vase d'élection fût terni des souillures ordinaires ; car, bien différent de tous les autres, il est venu de la nature, sans venir de la faute ; bien plus, il était tout à fait convenable que, comme le Fils unique a eu pour Père dans les cieux celui que les Séraphins proclament trois fois Saint, il eût aussi sur la terre une Mère qui n'eût jamais été privée de l'éclat de la sainteté.

Le langage des Pères

Et cette doctrine était entrée si avant dans les esprits et les pensées de nos pères, qu'elle avait fait adopter parmi eux ce langage tout particulier et si étonnant, par lequel ils avaient coutume d'appeler la Mère de Dieu :

Immaculée et immaculée à tous égards,

Innocente et l'innocence même ;

Intègre et d'une intégrité parfaite ;

Sainte et exempte de toute souillure de péché, toute pure, toute chaste, le type même de la pureté et de l'innocence ;

Plus belle que la beauté, d'une grâce au-dessus de toute espèce de charmes ;

Plus sainte que la sainteté, la seule sainte ;

Très pure d'âme et de corps, Vierge qui a surpassé toute chasteté et toute virginité ;

La seule qui ait été faite tout entière, le tabernacle de toutes les grâces du Saint-Esprit ;

Celle qui, au-dessous de Dieu seul, est au-dessus de toutes les créatures, qui par nature est plus belle, plus parfaite, plus sainte que les Chérubins et les Séraphins, que toute l'armée des Anges, et dont, ni sur la terre, ni dans le ciel, aucune langue ne peut dignement célébrer les louanges.

Ce langage, personne ne l'ignore, a passé naturellement dans les monuments de la sainte liturgie et dans les offices ecclésiastiques ; on l'y retrouve ça et là, il y règne et y domine ; la Mère de Dieu y est invoquée et louée comme la seule colombe de beauté, exempte de corruption ; comme la rosé toujours dans l'éclat de sa fleur ; comme entièrement et parfaitement pure, et toujours immaculée et toujours heureuse, et elle y est célébrée comme l'innocence qui n'a souffert aucune atteinte, comme une autre Eve qui a enfanté l'Emmanuel.

La piété des peuples - Préparation pour la définition du dogme - Opinions des évêques et des cardinaux -

La piété des peuples

Il n'y a donc pas lieu de s'étonner si cette doctrine de l'Immaculée Conception de la Vierge Mère de Dieu, consignée dans les divines Ecritures, au jugement des Pères, qui l'ont transmise par leurs témoignages si exprès et en si grand nombre, doctrine qu'expriment et exaltent tant d'illustres monuments de la vénérable antiquité, et que l'Eglise a proposée et confirmée par le plus grave jugement, il n'y a pas lieu de s'étonner si cette doctrine a excité tant de piété, de sentiments religieux et d'amour chez les pasteurs mêmes de l'Eglise et chez les peuples fidèles, qu'ils se sont glorifiés de la professer d'une manière de jour en jour plus éclatante, et que rien ne leur est plus doux et plus cher que d'honorer, de vénérer, d'invoquer et de célébrer partout, avec une dévotion ardente, la Vierge Mère de Dieu, conçue sans tache originelle.

Aussi, dès les temps anciens, les Pontifes, les membres du clergé, les Ordres religieux, les empereurs mêmes et les rois ont demandé instamment à ce Siège apostolique de définir l'Immaculée Conception de la très sainte Mère de Dieu comme dogme de la foi catholique ! Ces demandes ont été renouvelées de nos jours ; elles ont été adressées surtout à Notre prédécesseur Grégoire XVI, d'heureuse mémoire, et à Nous-même, soit par les évêques, soit par le clergé séculier, soit par les Ordres religieux et par les peuples fidèles.

Préparation pour la définition du dogme

Aussi, connaissant parfaitement toutes ces choses, y trouvant pour Nous-même les motifs de la plus grande joie et en faisant l'objet d'un sérieux examen, à peine avons-Nous été, malgré Notre indignité, porté, par les desseins mystérieux de la divine Providence, sur cette chaire sublime de Pierre, pour prendre en main le gouvernail de toute l'Eglise, que, dans le sentiment de vénération, de piété et d'amour dont Nous fûmes dès Notre enfance pénétré pour la très sainte Vierge Marie, Mère de Dieu, Nous n'avons rien eu plus à coeur que de faire tout ce que pouvait encore désirer l'Eglise pour honorer davantage la bienheureuse Vierge et donner un nouvel éclat à ses prérogatives.

Mais, voulant apporter en cela toute la maturité possible, Nous constituâmes une Congrégation particulière formés de plusieurs de Nos vénérables Frères les Cardinaux de la sainte Eglise romaine, distingués par leur piété, leur prudence et leur science dans les choses divines ; Nous choisîmes en outre, tant dans le clergé séculier que dans le clergé régulier, des hommes profondément versés dans les sciences théologiques, afin que tout ce qui concerne l'Immaculée Conception de la Vierge fût examiné par eux avec le plus grand soin, et qu'ils nous exposassent leur propre sentiment.

Opinions des évêques et des cardinaux

Et quoique le grand nombre des demandes qui Nous avaient été adressées de définir enfin l'Immaculée Conception de la Vierge, Nous fit voir clairement quel était en ce point le sentiment de la plupart des pasteurs de l'Eglise, Nous envoyâmes à tous Nos vénérables Frères les évêques du monde catholique une lettre encyclique donnée à Gaëte le 2 février 1849, pour leur demander d'adresser à Dieu des prières, et de Nous faire ensuite savoir par écrit quelle était la piété et la dévotion de leurs fidèles envers la Conception Immaculée de la Mère de Dieu, et surtout ce qu'ils pensaient eux-mêmes de la définition a porter ; quel était sur ce point leur désir, afin de rendre Notre jugement suprême avec toute la solennité possible.

Ce n'a pas été, certes, une faible consolation pour Nous quand les réponses de Nos vénérables Frètes Nous sont arrivées.

Mettant à Nous écrire l'empressement d'une joie et d'un bonheur inexprimables, non seulement ils Nous ont confirmé de nouveau leurs pieux sentiments et la pensée qui les anime, eux tout particulièrement, et leur clergé, et le peuple fidèle, envers la Conception Immaculée de la bienheureuse Vierge, mais encore ils ont sollicité de Nous, comme par l'expression d'un voeu commun, que l'Immaculée Conception de la Vierge fût définie par le suprême jugement de Notre autorité.

Nous n'éprouvâmes pas moins de joie lorsque nos vénérables frères les Cardinaux de la S. E. R. composant la Congrégation spéciale dont Nous avons parlé, et les théologiens consulteurs choisis parmi nous, après avoir mûrement examiné toutes choses, Nous demandèrent avec le même zèle et le même empressement cette définition de la Conception Immaculée de la Mère de Dieu.

Suivant les traces glorieuses de Nos prédécesseurs, et désirant procéder conformément aux règles établies, Nous avons ensuite convoqué et tenu un Consistoire où, après avoir parlé à Nos vénérables frères les Cardinaux de la sainte Eglise romaine, Nous avons eu l'extrême joie de les entendre Nous demander de vouloir bien émettre une définition dogmatique au sujet de l'Immaculée Conception de la Vierge, Mère de Dieu.

Plein de confiance en Dieu - Définition du dogme - Actions de grâces - Il n'y a rien à craindre - Publication de la lettre apostolique -

Plein de confiance en Dieu

Plein de confiance en Dieu et persuadé que le moment opportun était venu de définir l'Immaculée Conception de la très sainte Vierge, Mère de Dieu, qu'attestent et mettent merveilleusement en lumière les oracles divins, la vénérable tradition, le sentiment permanent de l'Eglise, l'accord admirable des pasteurs catholiques et des fidèles, les actes éclatants et les constitutions de Nos prédécesseurs ; après avoir examiné toutes choses avec le plus grand soin et offert a Dieu des prières assidues et ferventes ; il Nous a paru que Nous ne devions plus différer de sanctionner et de définir par Notre jugement suprême l'Immaculée Conception de la Vierge, et de satisfaire ainsi aux très pieux désirs du monde catholique et à Notre propre dévotion envers la très sainte Vierge, afin d'honorer de plus en plus en Elle son Fils unique Notre Seigneur Jésus-Christ, puisque tout ce que l'on rend d'honneur et de louange à la Mère retourne a la gloire du Fils.

Définition du dogme

C'est pourquoi, après avoir continuellement offert, dans l'humilité et le jeûne, Nos prières particulières et les prières publiques de l'Eglise, à Dieu le Père par son Fils, pour qu'il daignât diriger et fortifier Notre âme par la vertu de l'Esprit Saint ; après avoir encore imploré l'assistance de toute la Cour céleste et appelé par nos gémissements l'Esprit consolateur ; agissant, aujourd'hui sous son inspiration, pour l'honneur de la sainte et indivisible Trinité, pour la glorification de la Vierge Mère de Dieu, pour l'exaltation de la Foi catholique et pour l'accroissement de la Religion chrétienne ; par l'autorité de Notre Seigneur Jésus-Christ, des bienheureux Apôtres Pierre et Paul, et par la Nôtre, Nous déclarons, prononçons et définissons que la doctrine selon laquelle la bienheureuse Vierge Marie fut dès le premier instant de sa Conception, par une grâce et un privilège spécial de Dieu tout-puissant, en vue des mérites de Jésus-Christ, Sauveur du genre humain, préservée et exempte de toute souillure de la faute originelle, est révélée de Dieu, et que par conséquent elle doit être crue formellement et constamment par tous les fidèles.

Si donc quelques-uns, ce qu'à Dieu ne plaise, avaient la présomption de penser dans leur cœur autrement qu'il n'a été défini par Nous, qu'ils apprennent et sachent que, condamnés par leur propre jugement, ils ont fait naufrage dans la foi et quitté l'unité de l'Eglise ; et de plus, que, si par la parole, par l'écriture et par toute autre voie extérieure, ils osaient exprimer ces sentiments de leur cœur, ils encourraient par le fait même les peines portées par le droit.

Actions de grâces

Nos lèvres s'ouvrent dans la joie et Notre langue parle dans l'allégresse !

Nous rendons et Nous ne cesserons jamais de rendre les plus humbles et les plus ardentes actions de grâces au Christ Jésus Notre Seigneur, qui, malgré notre indignité, nous a fait la faveur singulière d'offrir et de décerner cet honneur, cette gloire et cette louange à sa très sainte Mère, et nous reposons avec une confiance entière et absolue dans la certitude de Nos espérances.

La bienheureuse Vierge, qui, toute belle et immaculée, a brisé la tête venimeuse du cruel serpent et a apporté le salut au monde ; qui est la louange des Prophètes et des Apôtres, l'honneur des Martyrs, la joie et la couronne de tous les Saints, qui, refuge assuré et auxiliatrice invincible de quiconque est en péril, médiatrice et conciliatrice toute-puissante de la terre auprès de son Fils unique, gloire, splendeur et sauvegarde de la sainte Eglise, a toujours détruit les hérésies ; qui a arraché aux calamités les plus grandes et aux maux de toute espèce les peuples fidèles et les nations, et qui nous a délivres nous-même des périls sans nombre dont nous étions assaillis, la bienheureuse Vierge fera par son puissant patronage que, tous les obstacles étant écartés, toutes les erreurs vaincues, la sainte Eglise catholique, notre Mère, se fortifie et fleurisse chaque jour davantage chez tous les peuples et dans toutes les contrées ; qu'elle règne d'une mer à l'autre, des rives du fleuve aux extrémités de la terre ; qu'elle jouisse pleinement de la paix, de la tranquillité, de la liberté, afin que les coupables obtiennent le pardon, les malades le remède, les faibles la force de l'âme, les affligés la consolation, ceux qui sont en péril le secours ; afin que tous ceux qui errent, voyant se dissiper les ténèbres de leur esprit, reviennent au sentier de la vérité et de la justice, et qu'il n'y ait qu'un troupeau et qu'un pasteur.

Il n'y a rien à craindre

Que tous Nos bien-aimés fils de l'Eglise catholique entendent nos paroles ; qu'ils persévèrent, et avec une ardeur encore plus vive de piété, de religion et d'amour, à honorer, invoquer et prier la bienheureuse Vierge Marie, Mère de Dieu, conçue sans tache originelle, et qu'ils aient recours avec une entière confiance à cette douce Mère de grâce et de miséricorde dans tous leurs dangers, leurs angoisses, leurs nécessités, leurs craintes et leurs frayeurs.

Il n'y a rien à craindre, il n'y a jamais lieu de désespérer, quand on marche sons la conduite, sous le patronage et sous la protection de Celle qui, ayant pour nous un cœur de mère, et se chargeant de l'affaire de notre salut, étend sa sollicitude dans tout le genre humain.

Etablie par le Seigneur Reine du ciel et de la terre, exaltée au-dessus de tous les choeurs des anges et de tous les ordres des Saints, assise à la droite de son fils unique Notre Seigneur Jésus-Christ, ses prières maternelles ont une force très puissante ; ce qu'elle veut elle l'obtient ; elle ne peut demander en vain.

Publication de la lettre apostolique

Enfin, pour que cette définition de l'Immaculée Conception de la bienheureuse Vierge Marie parvienne à la connaissance de toute l'Eglise, Nous avons voulu publier cette lettre apostolique, qui en conservera à jamais la mémoire ; ordonnant que les copies ou exemplaires, même imprimés, de cette lettre, s'ils sont souscrits par un notaire public ou munis du sceau d'une personne constituée en dignité ecclésiastique, fassent foi pour tous, comme si l'original même était produit.

Qu'il ne soit donc permis à aucun homme d'enfreindre ce texte de Notre déclaration, décision et définition, ou par une audace téméraire de la contredire et de s'y opposer.

Si quelqu'un ne craint pas de commettre cet attentat, qu'il sache qu'il encourra l'indignation de Dieu tout-puissant et de ses bienheureux Apôtres Pierre et Paul.

Donné a Rome, à Saint-Pierre, l'an de l'incarnation de Notre Seigneur mil huit cent cinquante-quatre, le six des ides de décembre, de Notre pontificat l'an neuvième

PIE IX, PAPE

Avant la proclamation du dogme de l’Immaculée Conception, la messe était celle, mutatis mutandis, de la Nativité de la Vierge au 8 septembre [1], célébrée comme fête double (3ème classe)

L’office était au commun de la Vierge Marie, avec à Matines, au 1er nocturne, la lecture du livre de l’Ecclésiastique (24, 5-31), au second, une lecture du De Virginibus de St Ambroise, et au troisième, le commentaire de la généalogie, comme au 8 septembre.

Innocent XII (1691-1700) y ajouta un Octave.

Pie IX, après la proclamation du dogme, fit composer un nouvel office, ainsi que de nouveaux textes pour le Missel : une Vigile, et la messe du jour reprise pendant l’octave, sauf le 11 (St Damase) et le 13 (Ste Lucie).

La Vigile et l’Octave furent supprimés en 1955. Mais pour bien saisir l’esprit donné par la liturgie de l’Église pendant un siècle à cette deuxième fête mariale en importance dans le Calendrier (avec l’Assomption), on se reportera aux textes de la Vigile, ainsi qu’à ceux donnés au bréviaire pendant l’octave : le 9 décembre, le 10 décembre, le 12 décembre, le 14 décembre, et enfin le jour octave, le 15 décembre.

[1] Voir Missale Romanum, Editio Princeps, a cura du Manlio Sodi et A.-M. Triacca, n°2217.

Leçons des Matines

Invitatoire. Célébrons l’Immaculée Conception de la Vierge Marie *. Adorons le Christ, son Fils, notre Seigneur. Hymne Illustre gardienne des vierges, Mère immaculée de Dieu, porte du royaume céleste, notre espérance et la joie du ciel !

Lis au milieu des épines, colombe d’une incomparable beauté, tige produisant de sa racine bénie le remède de nos blessures.

Tour inaccessible au dragon, étoile propice aux naufragés, protégez-nous contre les ruses de l’ennemi, et dirigez-nous par Votre lumière.

Dissipez les ombres de l’erreur, éloignez les écueils périlleux, et ramenez ceux qui s’égarent au milieu des flots agités, dans le chemin assuré du salut.

A vous gloire, ô Jésus, qui êtes né de la Vierge ; gloire à vous avec le Père et l’Esprit-Saint dans les siècles éternels. Amen.

AU PREMIER NOCTURNE.

Ant. 1 Il est admirable, *votre nom, dans toute la terre, Seigneur ; vous vous êtes préparé une demeure digne de vous dans le sein de la Vierge Marie.

Ant. 2 Dans le soleil, * Dieu a placé sa tente.

Ant. 3 Dans sa Conception, * Marie a reçu la bénédiction du Seigneur, et la miséricorde de Dieu, son salut.

V/. Le Dieu tout-puissant m’a ceinte de force.

R/. Et il a fait ma voie sans tache.

Du livre de la Genèse.

Première leçon. Première leçon. — Le serpent était le plus rusé de tous les animaux de la terre qu’avait faits le Seigneur. Il dit à la femme : Pourquoi Dieu vous a-t-il commandé de ne pas manger de tous les arbres du paradis ? La femme lui répondit : Nous mangeons du fruit des arbres qui sont dans le paradis ; mais pour le fruit de l’arbre qui est au milieu du paradis, Dieu nous a commandé de n’en point manger, et de n’y point toucher, de peur que nous ne mourions. Mais le serpent dit à la femme ; Point du tout, vous ne mourrez point de mort. Car Dieu sait qu’en quelque jour que ce soit que vous en mangiez, vos yeux s’ouvriront ; et vous serez comme des dieux, sachant le bien et le mal.

R/. Le péché est entré dans le monde par un seul homme, en qui tous ont péché. * Ne craignez point, Marie, vous avez trouvé grâce devant Dieu. V/. Le Seigneur a arraché votre âme à la mort et il est devenu votre défenseur devant l’ennemi. * Ne.

Deuxième leçon. La femme donc vit que le fruit de l’arbre était bon à manger, beau à voir et d’un aspect qui excitait le désir ; elle en prit, en mangea et en donna à son mari, qui en mangea. En effet leurs yeux s’ouvrirent ; et lorsqu’ils eurent connu qu’ils étaient nus, ils entrelacèrent des feuilles de figuier, et s’en firent des ceintures. Et lorsqu’ils eurent entendu la voix du Seigneur Dieu qui se promenait dans le paradis, à la brise du soir, Adam et sa femme se cachèrent de la face du Seigneur Dieu au milieu des arbres du paradis.

R/. Venez à moi, vous tous qui me désirez avec ardeur : * Et je vous raconterai combien Dieu a fait pour mon âme. V/. Le Seigneur vit, et il a accompli en moi sa miséricorde. * Et.

Troisième leçon. Mais le Seigneur Dieu appela Adam, et il lui dit : Où es-tu ? Adam répondit : J’ai entendu votre voix dans le paradis ; et j’ai eu peur, parce que j’étais nu, et je me suis caché. Dieu lui dit : Mais qui t’a appris que tu étais nu, si ce n’est que tu as mangé de l’arbre dont je t’avais défendu de manger ? Et Adam répondit : La femme que vous m’avez donnée pour compagne m’a présenté du fruit de l’arbre, et j’en ai mangé. Alors le Seigneur Dieu dit à.la femme : Pourquoi as-tu fait cela ? Elle répondit : Le serpent m’a trompée, et j’ai mangé. Le Seigneur Dieu dit au serpent : Parce que tu as fait cela, tu es maudit entre tous les animaux de la terre : tu ramperas sur ton ventre, et tu mangeras de la terre tous les jours de ta vie. Je mettrai des inimitiés entre toi et la femme, entre ta postérité et sa postérité : elle te brisera la tête, et toi, tu lui tendras des embûches au talon.

R/. Mon élue est blanche comme la neige sur le Liban ; ses lèvres sont comme un rayon qui distille le miel ; * Le miel et le lait sont sous sa langue. V/. Viens du Liban, mon épouse, viens, tu seras, couronnée d’une couronne de grâces. * Le miel. Gloire au Père. * Le miel.

AU DEUXIÈME NOCTURNE.

Ant. 4 La grâce a été répandue * en sa Conception, et elle est apparue brillante de beauté parmi les filles des hommes.

Ant. 5 Dieu l’a protégée * dès le matin, au lever de l’aurore ; le Très Haut a sanctifié son tabernacle.

Ant. 6 Des choses glorieuses * ont été dites de toi, cité de Dieu ; le Seigneur t’a fondée sur les montagnes saintes.

V/..J’ai connu que vous m’avez aimée.

R/. En ce que mon ennemi ne se réjouira pas à mon sujet.

Sermon de saint Jérôme, Prêtre.

Quatrième leçon. Les qualités et les grandeurs de la bienheureuse et glorieuse Marie, toujours vierge, l’ange nous les déclare de la part de Dieu, quand il dit : « Salut, pleine de grâce, le Seigneur est avec vous, vous êtes bénie entre toutes les femmes. » Il convenait que de tels dons fussent assurés à la Vierge. Celle-là devait être pleine de grâce, qui a donné de la gloire au ciel et le Seigneur à la terre, qui a fait luire la paix, qui a apporté la foi aux nations, une fin aux vices, une règle de vie, .une discipline pour les mœurs. Pleine de grâce, en effet, Marie en a reçu la plénitude, tandis que la grâce n’est donnée aux autres que partiellement. Vraiment pleine de grâce, parce que si la grâce s’est trouvée dans les saints Pères et dans les Prophètes, elle ne leur fut pas octroyée dans sa plénitude ; mais en Marie fut mise, quoique d’une manière différente, toute la somme des grâces qui se trouvent dans le Christ. Et c’est pourquoi l’Ange lui dit : « Vous êtes bénie entre toutes les femmes ; » c’est-à-dire bénie au-dessus de toutes les femmes. Et par cela même, tout ce qu’il y avait de malédiction attirée par Ève, a été effacé par la bénédiction de Marie. C’est d’elle que Salomon chante comme à sa louange dans ses Cantiques : « Viens, ma colombe, mon immaculée ; déjà l’hiver est passé, la pluie a cessé ; » et il ajoute : « Viens du Liban, viens, tu seras couronnée. »

R/. Moi je suis sortie de la bouche du Très-Haut, engendrée la première avant toute créature ; moi j’ai fait naître dans les cieux une lumière à jamais durable. * Les abîmes n’étaient pas encore et moi déjà j’avais été conçue. V/. Car Dieu m’a créée dans la justice, il m’a prise par la main et m’a gardée. * Les.

Cinquième leçon. C’est donc bien justement qu’on l’invite à venir du Liban, parce que Liban s’interprète : blancheur éclatante. Elle était éclatante de mérites et de vertus sans nombre, plus blanche que la neige la plus pure. Comblée des dons du Saint-Esprit, elle offre en tout la simplicité de la colombe, parce que tout ce qui s’accomplit en elle est pureté et simplicité, tout est vérité et grâce, tout est miséricorde et justice, de cette justice qui vient du ciel ; et elle est immaculée, parce qu’il n’y a en elle aucune souillure. Elle a conçu, en effet, un homme dans son sein, comme l’atteste Jérémie, sans rien perdre de sa virginité. « Le Seigneur, dit ce Prophète, a créé un nouveau prodige sur la terre : une femme environnera un homme. » Nouveauté vraiment inouïe, nouveauté des vertus, excellente entre toutes les nouveautés : Dieu, que le monde ne saurait contenir, que nul ne peut voir sans mourir, entre dans le sein d’une vierge comme dans un saint asile, sans être prisonnier dans ce corps, et cependant il s’y renferme tout entier, et il en sort, comme le dit Ézéchiel, les portes fermées. Aussi est-il chanté dans le Cantique au sujet de Marie : « Jardin fermé, fontaine scellée, source des délices du paradis. » Véritable jardin de délices, qui réunit toutes les espèces de fleurs et tous les parfums des vertus : si bien fermé que ni la violence ni la ruse ne peuvent en forcer l’entrée ; fontaine scellée du sceau de toute la Trinité.

R/. Rien de souillé n’entre en elle : * Car elle est l’éclat de la lumière éternelle et un miroir sans tache. V/. Elle est plus belle que le soleil ; comparée à la lumière, elle se trouve plus pure. * Car.

Des Actes du Pape Pie IX.

Sixième leçon. Or, la victoire de la Vierge, Mère de Dieu, remportée sur le très cruel ennemi du genre humain, cette victoire que les divines Écritures, la tradition la plus vénérable, le sentiment perpétuel de l’Église, l’accord singulier des Évêques et des fidèles, les actes insignes des souverains Pontifes, aussi bien que leurs constitutions avaient déjà merveilleusement célébrée, Pie IX, Pontife suprême, déférant au vœu de toute l’Église, résolut de la proclamer solennellement par un oracle souverain et infaillible. C’est pourquoi le six des ides de décembre de l’année 1854, dans la basilique du Vatican, au milieu d’une immense assemblée de Pères de la sainte Église romaine, de Cardinaux et d’Évêques venus même des contrées les plus lointaines, le Pape, aux applaudissements de l’univers entier, proclama et définit solennellement que la doctrine qui tient la bienheureuse Vierge Marie pure et préservée de toute tache de la faute originelle, dès le premier instant de sa Conception, par un privilège et un don singulier de la faveur divine, a été révélée de Dieu, et doit, par conséquent, être crue fermement et invariablement par tous les fidèles.

R/. Un grand prodige parut dans le ciel : Une femme revêtue du soleil, ayant la lune sous ses pieds, * Et sur sa tête une couronne de douze étoiles. V/. Le Seigneur l’a revêtue des vêtements du salut, et du manteau de la justice, et, comme une épouse, il l’a ornée de colliers. * Et. Gloire au Père. * Et.

AU TROISIÈME NOCTURNE.

Ant. 7 La sainteté et la magnificence * éclatent dans sa Conception ; annoncez parmi tous les peuples sa gloire.

Ant. 8 Réjouissez-vous tous * dans le Seigneur, et célébrez la mémoire de sa sanctification.

Ant. 9 Il a fait connaître * son œuvre, le Seigneur ; en présence des nations, il a revête la gloire de sa Mère.

V/. Je vous exalterai, Seigneur, parce que vous m’avez protégée.

R/. Et que vous n’avez pas réjoui mes ennemis à mon sujet.

Lecture du saint Évangile selon saint Luc.

En ce temps-là : L’Ange Gabriel fut envoyé de Dieu dans une ville de Galilée appelée Nazareth, à une vierge qu’avait épousée un homme nommé Joseph, de la maison de David, et le nom de la vierge était Marie. Et le reste.

Homélie de saint Germain, Évêque.

Septième leçon. Je vous salue, Marie, pleine de grâce, plus sainte que les Saints, plus élevée que les cieux, plus glorieuse que les Chérubins, plus digne d’honneur que les Séraphins, et vénérable au-dessus de toute créature. Salut, ô colombe, qui nous apportez le fruit de l’olivier et nous annoncez Celui par qui nous sommes préservés du déluge spirituel, et qui est le port du salut ; vous dont les ailes ont la blancheur de l’argent et dont le dos brille de l’éclat de l’or et des rayons de l’Esprit très saint et illuminateur. Salut, paradis de Dieu, jardin raisonnable et très agréable, planté aujourd’hui à l’Orient par la main toute bienveillante et toute puissante de ce même Dieu, exhalant pour lui l’odeur suave du lis, et produisant la rosé d’une inaltérable beauté pour la guérison de ceux qui avaient, du côté de l’Occident, bu jusqu’à la lie l’amertume d’une mort désastreuse et funeste à l’âme ; paradis, dans lequel l’arbre de vie fleurit pour la connaissance de la vérité, donnant l’immortalité à ceux qui goûtent de son fruit. Salut, édifice sacrosaint, immaculé, palais très pur de Dieu le souverain Roi, orné tout autour par la magnificence de ce même Roi divin. Ce palais offre à tous l’hospitalité, et les réconforte par de mystérieuses délices ; dans son enceinte se trouve la couche nuptiale de l’Époux spirituel, elle n’a pas été faite à la main et elle brillé d’ornements divers ; c’est là que le Verbe, voulant rappeler dans la voie droite l’humanité errante, s’est uni la chair, afin de réconcilier avec son Père, ceux qui s’étaient exilés par l’effet de leur propre volonté.

R/. C’est un jardin fermé que ma sœur, mon épouse, un jardin fermé, une fontaine scellée. * De vous sont nées les délices du paradis, ô Marie. V/. Ouvre-moi, ma sœur, mon amie, ma colombe, mon immaculée. * De vous.

Huitième leçon. Salut, montagne de Dieu très fertile et ombragée, sur laquelle a été nourri l’agneau plein de sagesse qui a porté nos péchés et nos infirmités ; montagne d’où a roulé, sans qu’aucune main la détachât, cette pierre qui a brisé les autels des idoles et qui « est devenue le sommet de l’angle : fait admirable à nos yeux. » Salut, trône sacré de Dieu, autel divin, maison de gloire, ornement d’une beauté incomparable, trésor choisi, propitiatoire de tout l’univers, ciel qui raconte la gloire de Dieu. Salut, vase formé d’un or pur, contenant le plus suave attrait de nos âmes : le Christ, qui est la manne véritable. O Vierge très pure et très digne de toute louange comme de tout respect, temple consacré à Dieu et surpassant en excellence toute créature, terre intacte, champ fécond sans culture, vigne entièrement fleurie, fontaine répandant des eaux abondantes, vierge féconde et mère sans union, trésor caché d’innocence et beauté toute sainte, intercédez pour nous auprès de celui qui est à la fois votre Fils (né de vous, sans avoir de père terrestre) et le Seigneur notre Dieu, Créateur de toutes choses. Daignez, par vos prières toujours agréées et douées de la puissance qui donne l’autorité maternelle, prendre en main le gouvernement de l’ordre ecclésiastique et nous conduire au port tranquille.

R/. Mon âme glorifie le Seigneur. * Car celui qui est puissant m’a fait de grandes choses, et son nom est saint. V/. Voici que désormais toutes les nations me diront bienheureuse. * Car. Gloire au Père. * Car.

Neuvième leçon. O Marie, revêtez les prêtres de justice, inspirez-leur les pieux transports d’une foi éprouvée, pure et sincère. Quant aux princes orthodoxes dont vous êtes, de préférence à l’éclat de la pourpre et de l’or, aux perles et aux pierres précieuses, le diadème, le manteau royal, la gloire la plus solide, dirigez-les dans la tranquillité et la paix. Abattez et soumettez-leur les nations infidèles, qui blasphèment contre vous et contre le Dieu né de vous. Affermissez leurs peuples dans la foi, afin qu’ils persévèrent, selon le précepte de Dieu, dans l’obéissance et dans une douce dépendance. Couronnez de l’honneur de la victoire cette cité qui vous est consacrée, et pour laquelle vous êtes comme une tour et un fondement ; gardez, en l’environnant de force, l’habitation de Dieu ; conservez toujours la beauté du temple. Délivrez de tout danger et de toute angoisse ceux qui vous louent ; donnez la liberté aux captifs, un asile .aux voyageurs, et soyez la consolation des malheureux, quel que soit le secours dont ils sont dépourvus. Tendez à l’univers entier votre main secourable, afin que nous célébrions vos fêtes dans la joie et l’allégresse, et que toutes se terminent comme celle que nous venons de solenniser, en nous laissant des fruits éclatants de salut, en Jésus-Christ, Roi de tous et notre vrai Dieu, à qui soient gloire et puissance, avec Dieu le Père, le saint principe de sa vie, et l’Esprit coéternel, consubstantiel et corégnant, maintenant et toujours et dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il.


Dom Guéranger, l’Année Liturgique

Enfin, l’aurore du Soleil tant désiré brille aux extrémités du ciel, tendre et radieuse. L’heureuse Mère du Messie devait naître avant le Messie lui-même ; et ce jour est celui de la Conception de Marie. La terre possède déjà un premier gage des célestes miséricordes ; le Fils de l’homme est à la porte. Deux vrais Israélites, Joachim et Anne, nobles rejetons de la famille de David, voient enfin, après une longue stérilité, leur union rendue féconde par la toute-puissance divine. Gloire au Seigneur qui s’est souvenu de ses promesses, et qui daigne, du haut du ciel, annoncer la fin du déluge de l’iniquité, en envoyant à la terre la blanche et douce colombe qui porte la nouvelle de paix !

La fête de l’Immaculée Conception de la Sainte Vierge est la plus solennelle de toutes celles que l’Église célèbre au saint temps de l’Avent ; et s’il était nécessaire que la première partie du Cycle présentât la commémoration de quelqu’un des Mystères de Marie, il n’en est aucun dont l’objet pût offrir de plus touchantes harmonies avec les pieuses préoccupations de l’Église en cette mystique saison de l’attente. Célébrons donc avec joie cette solennité ; car la Conception de Marie présage la prochaine Naissance de Jésus.

L’intention de l’Église, dans cette fête, n’est pas seulement de célébrer l’anniversaire de l’instant fortuné auquel commença, au sein de la pieuse Anne, la vie de la très glorieuse Vierge Marie ; mais encore d’honorer le sublime privilège en vertu duquel Marie a été préservée de la tache originelle que, par un décret souverain et universel, tous les enfants d’Adam contractent au moment même où ils sont conçus dans le sein de leurs mères. La foi de l’Église catholique que nous avons entendu solennellement reconnaître comme révélée de Dieu même, au jour à jamais mémorable du huit Décembre 1854, cette foi qu’a proclamée l’oracle apostolique, par la bouche de Pie IX, aux acclamations de la chrétienté tout entière, nous enseigne qu’au moment où Dieu a uni l’âme de Marie qu’il venait de créer au corps qu’elle devait animer, cette âme à jamais bénie, non seulement n’a pas contracté la souillure qui envahit à ce moment toute âme humaine, mais qu’elle a été remplie d’une grâce immense qui l’a rendue, dès ce moment, le miroir de la sainteté de Dieu même, autant qu’il est possible à un être créé.

Une telle suspension de la loi portée par la justice divine contre toute la postérité de nos premiers parents était motivée par le respect que Dieu porte à sa propre sainteté. Les rapports que Marie devait avoir avec la divinité même, étant non seulement la Fille du Père céleste, mais appelée à devenir la propre Mère du Fils, et le Sanctuaire ineffable de l’Esprit-Saint, ces rapports exigeaient que rien de souillé ne se rencontrât, même un seul instant, dans la créature prédestinée à de si étroites relations avec l’adorable Trinité ; qu’aucune ombre n’eût jamais obscurci en Marie la pureté parfaite que le Dieu souverainement saint veut trouver même dans les êtres qu’il appelle à jouir au ciel de sa simple vue ; en un mot, comme le dit le grand Docteur saint Anselme : « Il était juste qu’elle fût ornée d’une pureté au-dessus de laquelle on n’en puisse concevoir de plus grande que celle de Dieu même, cette Vierge à qui Dieu le Père devait donner son Fils d’une manière si particulière que ce Fils deviendrait par nature le Fils commun et unique de Dieu et de la Vierge ; cette Vierge que le Fils devait élire pour en faire substantiellement sa Mère, et au sein de laquelle l’Esprit-Saint voulait opérer la conception et la naissance de Celui dont il procédait lui-même. » (De Conceptu Virginali. Cap. XVIII.)

En même temps, les relations que le Fils de Dieu avait à contracter avec Marie, relations ineffables de tendresse et de déférence filiales, avant été éternellement présentes à sa pensée, elles obligent à conclure que le Verbe divin a ressenti pour cette Mère qu’il devait avoir dans le temps, un amour d’une nature infiniment supérieure à celui qu’il éprouvait pour tous les êtres créés par sa puissance. L’honneur de Marie lui a été cher au-dessus de tout, parce qu’elle devait être sa Mère, qu’elle l’était même déjà dans ses éternels et miséricordieux desseins. L’amour du Fils a donc protégé la Mère ; et si celle-ci, dans son humilité sublime, n’a repoussé aucune des conditions auxquelles sont soumises toutes les créatures de Dieu, aucune des exigences même de la loi de Moïse qui n’avait pas été portée pour elle, la main du Fils divin a abaissé pour elle l’humiliante barrière qui arrête tout enfant d’Adam venant en ce monde, et lui ferme le sentier de la lumière et de la grâce jusqu’à ce qu’il ait été régénéré dans une nouvelle naissance.

Le Père céleste ne pouvait pas faire moins pour la nouvelle Ève qu’il n’avait fait pour l’ancienne, qui fut établie tout d’abord, ainsi que le premier homme, dans l’état de sainteté originelle où elle ne sut pas se maintenir. Le Fils de Dieu ne devait pas souffrir que la femme à laquelle il emprunterait sa nature humaine eût à envier quelque chose à celle qui a été la mère de prévarication. L’Esprit-Saint, qui devait la couvrir de son ombre et la rendre féconde par sa divine opération, ne pouvait pas permettre que sa Bien-Aimée fût un seul instant maculée de la tache honteuse avec laquelle nous sommes conçus. La sentence est universelle ; mais une Mère de Dieu devait en être exempte. Dieu auteur de la loi, Dieu qui a posé librement cette loi, n’était-il pas le maître d’en affranchir celle qu’il avait destinée à lui être unie en tant de manières ? Il le pouvait, il le devait : il l’a donc fait.

Et n’était-ce pas cette glorieuse exception qu’il annonçait lui-même au moment où comparurent devant sa majesté offensée les deux prévaricateurs dont nous sommes tous issus ? La promesse miséricordieuse descendait sur nous dans l’anathème qui tombait sur le serpent. « J’établirai moi-même, disait le Seigneur, une inimitié entre toi et la femme, entre ta race et son fruit ; et elle-même t’écrasera la tête. » Ainsi, le salut était annoncé à la famille humaine sous la forme d’une victoire contre Satan ; et cette victoire, c’est la Femme qui la devait remporter pour nous tous. Et que l’on ne dise pas que ce sera le fils de la femme qui la remportera seul, cette victoire : le Seigneur nous dit que l’inimitié de la femme contre le serpent sera personnelle, et que, de son pied vainqueur, elle brisera la tête de l’odieux reptile ; en un mot, que la nouvelle Ève sera digne du nouvel Adam, triomphante comme lui ; que la race humaine un jour sera vengée, non seulement parle Dieu fait homme, mais aussi par la Femme miraculeusement soustraite à toute atteinte du péché ; en sorte que la création primitive dans la sainteté et la justice (Ephes. 4, 24) reparaîtra en elle, comme si la faute primitive n’avait pas été commise.

Relevez donc la tête, enfants d’Adam, et secouez vos chaînes. Aujourd’hui, l’humiliation qui pesait sur vous est anéantie. Voici que Marie, qui est votre chair et votre sang, a vu reculer devant elle le torrent du péché qui entraîne toutes les générations : le souffle du dragon infernal s’est détourné pour ne pas la flétrir ; la dignité première de votre origine est rétablie en elle. Saluez donc ce jour fortuné où la pureté première de votre sang est renouvelée : la nouvelle Ève est produite ; et de son sang qui est aussi le vôtre, moins le péché, elle va vous donner, sous peu d’heures, le Dieu-homme qui procède d’elle selon la chair, comme il sort de son Père par une génération éternelle.

Et comment n’admirerions-nous pas la pureté incomparable de Marie dans sa conception immaculée, lorsque nous entendons, dans le divin Cantique, le Dieu même qui l’a ainsi préparée pour être sa Mère, lui dire avec l’accent d’une complaisance toute d’amour : « Vous êtes toute belle, ma bien-aimée, et il n’y a en vous aucune tache ? » (Cant. 4, 7.) C’est le Dieu de toute sainteté qui parle ; son œil qui pénètre tout ne découvre en Marie aucune trace, aucune cicatrice du péché ; voilà pourquoi il se conjoint avec elle, et la félicite du don qu’il a daigné lui faire. Après cela, nous étonnerons-nous que Gabriel, descendu des cieux pour lui apporter le divin message, soit saisi d’admiration à la vue de cette pureté dont le point de départ a été si glorieux et les accroissements sans limites ; qu’il s’incline profondément devant une telle merveille, et qu’il dise : « Salut, ô Marie, pleine de grâce ! » Gabriel mène sa vie immortelle au centre de toutes les magnificences de la création, de toutes les richesses du ciel ; il est le frère des Chérubins et des Séraphins, des Trônes et des Dominations ; son regard parcourt éternellement ces neuf hiérarchies angéliques où la lumière et la sainteté resplendissent souverainement, croissant toujours de degré en degré ; mais voici qu’il a rencontré sur la terre, dans une créature d’un rang inférieur aux Anges, la plénitude de la grâce, de cette grâce qui n’a été donnée qu’avec mesure aux Esprits célestes, et qui repose en Marie depuis le premier instant de sa création. C’est la future Mère de Dieu toujours sainte, toujours pure, toujours immaculée.

Cette vérité révélée aux Apôtres par le divin Fils de Marie, recueillie dans l’Église, enseignée par les saints Docteurs, crue avec une fidélité toujours plus grande par le peuple chrétien, était contenue dans la notion même d’une Mère de Dieu. Croire Marie Mère de Dieu, c’était déjà croire implicitement que celle en qui devait se réaliser ce titre sublime n’avait jamais rien eu de commun avec le péché, et que nulle exception n’avait pu coûter à Dieu pour l’en préserver. Mais désormais l’honneur de Marie est appuyé sur la sentence explicite qu’a dictée l’Esprit-Saint. Pierre a parlé par la bouche de Pie IX ; et lorsque Pierre a parlé, tout fidèle doit croire ; car le Fils de Dieu a dit : « J’ai prié pour toi, Pierre, afin que ta foi ne défaille jamais » (Luc. 27, 32) ; et il a dit aussi : « Je vous enverrai l’Esprit de vérité qui demeurera avec vous à jamais, et vous fera souci venir de tout ce que je vous avais enseigné. » (Jean. 14, 20.)

Le symbole de notre foi a donc acquis, non une vérité nouvelle, mais une nouvelle lumière sur la vérité qui était auparavant l’objet de la croyance universelle. En ce jour, le serpent infernal a senti de nouveau la pression victorieuse du pied de la Vierge-mère, et le Seigneur a daigné nous donner le gage le plus signalé de ses miséricordes. Il aime encore cette terre coupable ; car il a daigné l’éclairer tout entière d’un des plus beaux rayons de la gloire de sa Mère. N’a-t-elle pas tressailli, cette terre ? N’a-t-elle pas ressenti à ce moment un enthousiasme que notre génération n’oubliera jamais ? Quelque chose de grand s’accomplissait à cette moitié du siècle ; et nous attendrons désormais les temps avec plus de confiance, puisque si l’Esprit-Saint nous avertit de craindre pour les jours où les vérités diminuent chez les enfants des hommes, il nous dit assez par là que nous devons regarder comme heureux les jours où les vérités croissent pour nous en lumière et en autorité.

En attendant l’heure de la proclamation solennelle du grand dogme, la sainte Église le confessait chaque année, en célébrant la fête d’aujourd’hui. Cette fête n’était pas appelée, il est vrai, la Conception immaculée, mais simplement la Conception de Marie. Toutefois, le fait de son institution et de sa célébration exprimait déjà suffisamment la croyance de la chrétienté. Saint Bernard et l’Angélique Docteur saint Thomas s’accordent à enseigner que l’Église ne peut pas célébrer la fête de ce qui n’est pas saint ; la Conception de Marie fut donc sainte et immaculée, puisque l’Église, depuis tant de siècles, l’honore d’une fête spéciale. La Nativité de Marie est l’objet d’une solennité dans l’Église, parce que Marie naquit pleine de grâce ; si donc le premier instant de son existence eût été marqué par la flétrissure commune, sa Conception n’aurait pu être l’objet d’un culte. Or, il est peu de fêtes plus générales et mieux établies dans l’Église que celle que nous célébrons aujourd’hui.

L’Église grecque, héritière plus prochaine des pieuses traditions de l’Orient, la célébrait déjà au VIe siècle, comme on le voit par le Type ou cérémonial de saint Sabbas. En Occident nous la trouvons établie dès le VIIIe siècle, dans l’Église gothique d’Espagne. Un célèbre calendrier gravé sur le marbre, au IXe siècle, pour l’usage de l’Église de Naples, nous la montre déjà instituée à cette époque. Paul Diacre, secrétaire de Charlemagne, puis moine au Mont-Cassin, célébrait le mystère de l’Immaculée-Conception dans une Hymne remarquable. En 1066, la fête s’établissait en Angleterre à la suite d’un prodige opéré sur mer en faveur du pieux abbé Helsin, et bientôt elle s’étendait dans cette île par les soins du grand saint Anselme, moine et archevêque de Cantorbéry ; delà elle passait en Normandie, et prenait possession du sol français. Nous la trouvons en Allemagne sanctionnée dans un concile présidé, en 1049, par saint Léon IX ; dans la Navarre, en 1090, à l’abbaye d’Irach ; en Belgique, à Liège, en 1142. C’est ainsi que toutes les Églises de l’Occident rendaient tour à tour témoignage au mystère, en acceptant la fête qui l’exprimait.

Enfin, l’Église de Rome l’adopta elle-même, et par son concours vint rendre plus imposant encore ce concert de toutes les Églises. Ce fut Sixte IV qui, en 1476, rendit le décret qui instituait la fête de la Conception de Notre-Dame dans la ville de saint Pierre. Au siècle suivant, en 1568, saint Pie V publiait l’édition universelle du Bréviaire Romain ; on y voyait cette fête inscrite au calendrier, comme l’une des solennités chrétiennes qui doivent chaque année réunir les vœux des fidèles. Rome n’avait pas déterminé le mouvement de la piété catholique envers le mystère ; elle le sanctionnait de son autorité liturgique, comme elle l’a confirmé, dans ces derniers temps, de son autorité doctrinale.

Les trois grands États de l’Europe catholique, l’Empire d’Allemagne, la France et l’Espagne, se signalèrent, chacun à sa manière, par les manifestations de leur piété envers Marie immaculée dans sa Conception. La France, par l’entremise de Louis XIV, obtint de Clément IX que la fête serait célébrée avec Octave dans le royaume : faveur qui fut bientôt étendue à l’Église universelle par Innocent XII. Déjà, depuis des siècles, la Faculté de théologie de Paris astreignait tous ses Docteurs à prêter serment de soutenir le privilège de Marie, et elle maintint cette pieuse pratique jusqu’à son dernier jour.

L’empereur Ferdinand III, en 1647, fit élever sur la grande place de Vienne une splendide colonne couverte d’emblèmes et de figures qui sont autant de symboles de la victoire que Marie a remportée sur le péché, et surmontée de la statue de notre Reine immaculée.

L’Espagne dépassa tous les États catholiques par son zèle pour le privilège de Marie. Dès l’année 1398, Jean Ier, roi d’Aragon, donnait une charte solennelle pour mettre sa personne et son royaume sous la protection de Marie conçue sans péché. Plus tard, les rois Philippe III et Philippe IV faisaient partir pour Rome des ambassades qui sollicitaient en leur nom la solennelle décision que le ciel, dans sa miséricorde, avait réservée pour nos temps. Charles III, au siècle dernier, obtenait de Clément XIII que la Conception immaculée devînt la fête patronale des Espagnes. Les habitants du royaume Catholique inscrivaient sur la porte ou sur la façade de leurs maisons la louange du privilège de Marie ; ils se saluaient en le prononçant dans une formule touchante. Marie de Jésus, abbesse du monastère de l’Immaculée-Conception d’Agréda, écrivait son livre de la Cité mystique de Dieu, dans lequel Murillo s’inspirait pour produire le chef-d’œuvre de la peinture espagnole.

Mais il ne serait pas juste d’omettre, dans cette énumération des hommages rendus à Marie immaculée, la part immense qu’a eue l’Ordre Séraphique au triomphe terrestre de cette auguste Souveraine de la terre et des cieux. Le pieux et profond docteur Jean Duns Scot, qui le premier sut assigner au dogme de la Conception immaculée le rang qu’il occupe dans la divine théorie de l’Incarnation du Verbe, ne mérite-t-il pas d’être nommé aujourd’hui avec l’honneur qui lui est dû ? Et toute l’Église n’a-t-elle pas applaudi à l’audience sublime que reçut du Pontife la grande famille des Frères-Mineurs, au moment où toutes les pompes de la solennelle proclamation du dogme paraissant accomplies, Pie IX y mit le dernier sceau en acceptant des mains de l’Ordre de Saint-François l’hommage touchant et les actions de grâces que lui offrait l’École scotiste, après quatre siècles de savants travaux en faveur du privilège de Marie ?

En présence de cinquante-quatre Cardinaux, de quarante-deux Archevêques et de quatre-vingt-douze Évêques, sous les regards d’un peuple immense qui remplissait le plus vaste temple de l’univers, et avait joint sa voix pour implorer la présence de l’Esprit de vérité, le Vicaire du Christ venait de prononcer l’oracle attendu depuis des siècles ; le divin Sacrifice avait été offert par lui sur la Confession de saint Pierre ; la main du Pontife avait orné d’un splendide diadème l’image de la Reine immaculée ; porté sur son trône aérien et le front ceint de la triple couronne, il était arrivé près du portique de la basilique. Là, prosternés à ses pieds, les deux représentants du Patriarche Séraphique arrêtèrent sa marche triomphale. L’un présentait une branche de lis en argent : c’était le Général des Frères-Mineurs de l’Observance ; une tige de rosier chargée de ses fleurs, de même métal, brillait aux mains du second : c’était le Général des Frères-Mineurs Conventuels. Lis et roses, fleurs de Marie, pureté et amour symbolisés dans cette offrande que rehaussait la blancheur de l’argent, pour rappeler le doux éclat de l’astre sur lequel se réfléchit la lumière du soleil : car Marie « est belle comme la lune », nous dit le divin Cantique (4, 9). Le Pontife ému daigna accepter le don de la famille Franciscaine, de qui l’on pouvait dire en ce jour, comme de l’étendard de notre héroïne française, « qu’ayant été à la lutte, il était juste qu’elle fût aussi au triomphe. » Et ainsi se terminèrent les pompes si imposantes de cette grande matinée du huit décembre 1854.

C’est ainsi que vous avez été glorifiée sur la terre en votre Conception Immaculée, ô vous la plus humble des créatures ! Mais comment les hommes ne mettraient-ils pas toute leur joie à vous honorer, divine aurore du Soleil de justice ? Ne leur apportez-vous pas, en ces jours, la nouvelle de leur salut ? N’êtes-vous pas, ô Marie, cette radieuse espérance qui vient tout d’un coup briller au sein même de l’abîme de la désolation ? Qu’allions-nous devenir sans le Christ qui vient nous sauver ? Et vous êtes sa Mère à jamais chérie, la plus sainte des créatures de Dieu, la plus pure des vierges, la plus aimante des mères !

O Marie ! Que votre douce lumière réjouit délicieusement nos yeux fatigués ! De génération en génération, les hommes se succédaient sur la terre ; ils regardaient le ciel avec inquiétude, espérant à chaque instant voir poindre à l’horizon l’astre qui devait les arracher à l’horreur des ténèbres ; mais la mort avait fermé leurs yeux, avant qu’ils eussent pu seulement entrevoir l’objet de leurs désirs. Il nous était réservé de voir votre lever radieux, ô brillante Etoile du matin ! Vous dont les rayons bénis se réfléchissent sur les ondes de la mer, et lui apportent le calme après une nuit d’orages ! Oh ! Préparez nos yeux à contempler l’éclat vainqueur du divin Soleil qui marche à votre suite. Préparez nos cœurs ; car c’est à nos cœurs qu’il veut se révéler. Mais, pour mériter de le voir, il est nécessaire que nos cœurs soient purs ; purifiez-les, ô vous, l’Immaculée, la très pure ! Entre toutes les fêtes que l’Église a consacrées à votre honneur, la divine Sagesse a voulu que celle de votre Conception sans tache se célébrât dans ces jours de l’A vent, afin que les enfants de l’Église, songeant avec quelle divine jalousie le Seigneur a pris soin d’éloigner de vous tout contact du péché, par honneur pour Celui dont vous deviez être la Mère, ils se préparassent eux-mêmes à le recevoir par le renoncement absolu à tout ce qui est péché et affection au péché. Aidez-nous, ô Marie ! à opérer ce grand changement. Détruisez en nous, par votre Conception Immaculée, les racines de la cupidité, éteignez les flammes de la volupté, abaissez les hauteurs de la superbe. Souvenez-vous que Dieu ne vous a choisie pour son habitation, qu’afin de venir ensuite faire sa demeure en chacun de nous.

O Marie ! Arche d’alliance, formée d’un bois incorruptible, revêtue de l’or le plus pur, aidez-nous à correspondre aux desseins ineffables du Dieu qui, après s’être glorifié dans votre pureté incomparable, veut maintenant se glorifier dans notre indignité, et ne nous a arrachés au démon que pour faire de nous son temple et sa demeure la plus chère Venez à notre aide, ô vous qui, par la miséricorde de votre Fils, n’avez jamais connu le péché ! et recevez en ce jour nos hommages. Car vous êtes l’Arche de Salut qui surnage seule sur les eaux du déluge universel ; la blanche Toison rafraîchie par la rosée du ciel, pendant que la terre entière demeure dans la sécheresse ; la Flamme que les grandes eaux n’ont pu éteindre ; le Lis qui fleurit entre les épines ; le Jardin fermé au serpent infernal ; la Fontaine scellée, dont la limpidité ne fut jamais troublée ; la Maison du Seigneur, sur laquelle ses yeux sont ouverts sans cesse, et dans laquelle rien de souillé ne doit jamais entrer ; la Cité mystique dont on raconte tant de merveilles (Ps. 86). Nous nous plaisons à redire vos titres d’honneur, ô Marie ! Car nous vous aimons ; et la gloire de la Mère est celle des enfants. Continuez de bénir et de protéger ceux qui honorent votre auguste privilège, vous qui êtes conçue en ce jour ; et bientôt naissez, concevez l’Emmanuel, enfantez-le et montrez-le à notre amour.

L’Introït est un chant d’actions de grâces emprunté à Isaïe et à David. Marie célèbre les dons supérieurs dont Dieu l’a honorée et la victoire qu’il lui a donnée sur l’enfer.

La Collecte présente l’application morale du mystère. Marie a été préservée de la tache originelle, parce qu’elle devait être l’habitation du Dieu trois fois Saint. Que cette pensée nous engage à recourir à la bonté divine pour en obtenir la purification de nos âmes.

L’Apôtre nous enseigne que Jésus, notre Emmanuel, est le premier-né de toute créature. (Coloss. 1, 15). Ce mot profond signifie non seulement qu’il est, en tant que Dieu, éternellement engendré du Père ; mais il exprime encore que le Verbe divin, en tant qu’homme, est antérieur à tous les êtres créés. Cependant ce monde était sorti du néant, le genre humain habitait cette terre depuis déjà quatre mille ans, lorsque le Fils de Dieu s’unit à une nature créée. C’est donc dans l’intention éternelle de Dieu, et non dans l’ordre des temps, qu’il faut chercher cette antériorité de l’Homme-Dieu sur toute créature. Le Tout-Puissant a d’abord résolu de donner à son Fils éternel une nature créée, la nature humaine, et, par suite de cette résolution, de créer pour être le domaine de cet Homme-Dieu, tous les êtres spirituels et corporels. Voilà pourquoi la divine Sagesse, le Fils de Dieu, dans le passage de l’Écriture que l’Église nous propose aujourd’hui et que nous venons de lire, insiste sur sa préexistence à toutes les créatures qui forment cet univers. Comme Dieu, il est engendré de toute éternité au sein de son Pète ; comme homme, il était dans la pensée de Dieu le type de toutes les créatures, avant qu’elles fussent sorties du néant. Mais le Fils de Dieu, pour être un homme de notre filiation, ainsi que l’exigeait le décret divin, devait naître dans le temps, et naître d’une Mère : cette Mère a donc été présente éternellement à la pensée de Dieu comme le moyen par lequel le Verbe prendrait la nature humaine ; le Fils et la Mère sont donc unis dans le même plan de l’Incarnation ; Marie était donc présente comme Jésus dans le décret divin, avant que la création sortît du néant. Voilà pourquoi, dès les premiers siècles du christianisme, la sainte Église a reconnu la voix de la Mère unie à celle du Fils dans ce sublime passage du livre sacré, et a voulu qu’on le lût dans l’assemblée des fidèles, ainsi que les autres passages analogues de l’Écriture, aux solennités de la Mère de Dieu. Mais si Marie importe à ce degré dans le plan éternel ; si, comme son fils, elle est, en un sens, avant toute créature, Dieu pouvait-il permettre qu’elle fût sujette à la flétrissure originelle encourue par la race humaine ? Sans doute, elle ne naîtrait qu’à son tour, ainsi que son fils, dans le temps marqué ; mais la grâce détournerait le cours du torrent qui entraîne tous lès hommes, afin qu’elle n’en fût pas même touchée, et qu’elle transmît à son fils qui devait être aussi le Fils de Dieu, l’être humain primitif qui fut créé dans la sainteté et dans la justice.

Le Graduel est formé des éloges que les anciens de Béthulie adressèrent à Judith, après qu’elle eut frappé l’ennemi de son peuple. Judith est un des types de Marie qui a brisé la tête du serpent. Le Verset alléluiatique applique à Marie les paroles du divin Cantique où l’Épouse de Dieu est déclarée toute belle et sans tache.

« En ce temps-là, l’Ange Gabriel fut envoyé de Dieu dans une ville de Galilée appelée Nazareth , à une Vierge mariée à un homme de la maison de David, nommé Joseph, et le nom de la Vierge était Marie. Et l’Ange étant entré où elle était, lui dit : Salut, ô pleine de grâce ! Le Seigneur est avec vous, vous êtes bénie entre les femmes. » : Telle est la salutation qu’apporte à Marie l’Archange descendu du ciel. Tout y respire l’admiration et le plus humble respect. Le saint Évangile nous dit qu’à ces paroles la Vierge se sentit troublée, et qu’elle se demandait à elle-même ce que pouvait signifier une telle salutation. Les saintes Écritures en reproduisent plusieurs autres, et, comme le remarquent les Pères, saint Ambroise, saint André de Crète, à la suite d’Origène, il n’en est pas une seule qui contienne de tels éloges. La Vierge prudente dut donc s’étonner d’être le sujet d’un langage si flatteur, et ainsi que le remarquent les auteurs de l’antiquité, elle dut penser au colloque du jardin entre Ève et le serpent. Elle se retrancha donc dans le silence, et attendit, pour répondre, que l’Archange eût parlé une seconde fois.

Néanmoins Gabriel avait parlé non seulement avec toute l’éloquence, mais avec toute la profondeur d’un Esprit céleste initié aux pensées divines ; et, dans son langage surhumain, il annonçait que le moment était venu où Ève se transformait en Marie. Une femme était devant lui, destinée aux plus sublimes grandeurs, une future Mère de Dieu ; mais, à cet instant solennel, Marie n’était encore qu’une fille des hommes. Or, dans ce premier état, mesurez la sainteté de Marie telle que Gabriel la décrit ; vous comprendrez alors que l’oracle divin du paradis terrestre a déjà reçu en elle son accomplissement.

L’Archange la proclame pleine de grâce. Qu’est-ce à dire ? Sinon que la seconde femme possède en elle l’élément dont le péché priva la première. Et remarquez qu’il ne dit pas seulement que la grâce divine agit en elle, mais qu’elle en est remplie. « Chez d’autres réside la grâce, dit notre saint Pierre Chrysologue, mais en Marie habite la plénitude de la grâce. » En elle tout est resplendissant de la pureté divine, et jamais le péché n’a répandu son ombre sur sa beauté. Voulez-vous connaître la portée de l’expression angélique ? Demandez-la à la langue même dont s’est servi le narrateur sacré d’une telle scène. Les grammairiens nous disent que le mot unique qu’il emploie dépasse encore ce que nous exprimons par « pleine de grâce ». Non seulement il rend l’état présent, mais encore le passé, mais une incorporation native de la grâce, mais son attribution pleine et complète, mais sa permanence totale. Il a fallu affaiblir le terme en le traduisant.

Que si nous cherchons un texte analogue dans les Écritures, afin de pénétrer les termes de la traduction au moyen d’une confrontation, nous pouvons interroger l’Évangéliste saint Jean. Parlant de l’humanité du Verbe incarné, il la caractérise d’un seul mot : il dit qu’elle est « pleine de grâce et de vérité ». Mais cette plénitude serait-elle réelle, si elle eût été précédée d’un moment où le péché tenait la place de la grâce ? Appellera-t-on plein de grâce, celui qui aurait eu besoin d’être purifié ? Sans doute il faut tenir compte respectueusement de la distance qui sépare l’humanité du Verbe incarné de la personne de Marie au sein de laquelle le Fils de Dieu a puisé cette humanité ; mais le texte sacré nous oblige à confesser que la plénitude de la grâce a régné proportionnellement dans l’une et dans l’autre.

Gabriel continue d’énumérer les richesses surnaturelles de Marie. « Le Seigneur est avec vous », lui dit-il. Qu’est-ce à dire ? Sinon qu’avant même d’avoir conçu le Seigneur dans son chaste sein, Marie le possède déjà dans son âme. Or, ces paroles pourraient-elles subsister, s’il fallait entendre que cette société avec Dieu n’a pas été perpétuelle, qu’elle ne s’est établie qu’après l’expulsion du péché ? Qui oserait le dire ? Qui oserait le penser, lorsque le langage de l’Archange est d’une si haute gravité ? Qui ne sent ici le contraste entre Ève que le Seigneur n’habite plus, et la seconde femme qui, l’ayant reçu en elle comme Ève, dès le premier moment de son existence, l’a conserve par sa fidélité, étant demeurée telle qu’elle fut des le commencement ?

Pour mieux saisir encore l’intention du discours de Gabriel qui vient déclarer l’accomplissement de l’oracle divin, et signale ici la femme promise pour être l’instrument de la victoire sur Satan, écoutons les dernières paroles de la salutation. « Vous êtes bénie entre les femmes » : qu’est-ce à dire ? Sinon que depuis quatre mille ans toute femme ayant été sous la malédiction, condamnée à enfanter dans la douleur, voici maintenant l’unique, celle qui a toujours été dans la bénédiction, qui a été l’ennemie constante du serpent, et qui donnera sans douleur le fruit de ses entrailles.

La Conception immaculée de Marie est donc exprimée dans la salutation que lui adresse Gabriel ; et nous comprenons maintenant le motif qui a porté la sainte Église à faire choix de ce passage de l’Évangile, pour le faire lire aujourd’hui dans l’assemblée des fidèles.

Après le chant triomphal du Symbole de la foi, le chœur entonne l’Offertoire ; il est formé des paroles de la Salutation de l’Ange. Disons à Marie avec Gabriel : Vous êtes véritablement pleine de toute grâce.


Bhx Cardinal Schuster, Liber Sacramentorum

Ce dogme si consolant de la foi catholique, si glorieux pour Marie et si honorable pour toute la famille humaine, est seulement mystérieusement esquissé dans les Écritures de l’Ancien et du Nouveau Testament. Il fait pourtant partie du divin dépôt de la tradition catholique, et reconnaît dans les liturgies des différentes Églises l’expression et la déclaration la plus autorisée de cette foi elle-même.

L’exemption de la Bienheureuse Vierge Marie du péché originel est affirmée explicitement par le Coran, qui, en cette circonstance, n’est que l’écho de la foi des Églises nestoriennes : Toute créature humaine est touchée à sa naissance par Satan, excepté Marie et son Fils [2]. — Saint Éphrem le Syrien, en un poème de l’an 370, met ces paroles sur les lèvres de l’Église d’Édesse : « Vous et votre Mère êtes les seuls qui, à tout point de vue, soyez entièrement beaux ; puisque en vous, Seigneur, il n’y a aucune tache, et aucune tache n’est dans votre Mère [3]. » Beaucoup d’autres Pères, surtout les Grecs de la première époque patristique, répètent la même pensée relativement à la pureté absolue de la Vierge, quoique le plus grand nombre d’entre eux, plutôt que de poser la question formelle de la Conception comme plus tard la poseront les Scolastiques, la supposent résolue au sens de la définition dogmatique de Pie IX, en tant que l’innocence immaculée qu’ils attribuent à la Mère de Dieu doit être entendue si pleinement qu’elle exclut même la tache de la faute originelle.

Une fête locale en l’honneur de la Conception de Marie le 8 décembre est déjà mentionnée dans un sermon de l’évêque Jean d’Eubée, contemporain de saint Jean Damascène [4]. Environ un siècle plus tard, la solennité avait gagné du terrain et était devenue commune chez les Grecs, comme il résulte d’un discours de l’évêque Georges de Nicomédie sur la Conceptio sanctae Annae [5]. — Les anciens prennent habituellement ce terme au sens actif, en sorte que, dans leurs calendriers, le titre de Conceptio Sanctae Mariae désigne au contraire le jour de l’Incarnation du Sauveur.

La fête de la Conception de sainte Anne, mère de la Mère de Dieu, figure au 9 décembre dans le calendrier connu sous le nom de l’empereur Basile II Porphyrogénète ; elle est également comptée parmi les jours festifs chômés, dans une constitution de Michel Comnène en 1166.

En Occident, la Conceptio sanctæ Annæ figure le 9 décembre dans le célèbre calendrier de marbre de l’Église napolitaine qui remonte au IXe siècle ; la date et le titre révèlent l’influence byzantine, influence qui domina non seulement à Naples, mais aussi dans la Sicile et dans toute l’Italie méridionale, qui, durant de longs siècles, continuèrent à appartenir à l’empire des lointains successeurs de Constantin et de Théodose.

En Normandie, en Angleterre et en Irlande, la fête de la Conception de la Bienheureuse Vierge le 8 décembre avait déjà été accueillie au XIIe siècle avec enthousiasme par plusieurs abbayes et chapitres de chanoines, malgré les protestations de quelques évêques qui y étaient opposés. Comment avait fait la primitive solennité orientale pour arriver des rives du Bosphore en ces lointains pays ? On croit communément que la transmission en est due à l’armée normande, alors que, au XIe siècle, elle envahit le sud de l’Italie et s’y établit. Toutefois la chose n’est pas absolument sûre, bien qu’on doive reconnaître que les premiers documents anglais et irlandais sur la fête de la Conception révèlent évidemment des sources grecques.

Reste à établir le sens primitif de cette solennité de la Conception de sainte Anne, ou de la Mère de Dieu. Aucun document liturgique ancien n’appose jamais, il est vrai, le titre d’immaculée à celui de Conception, pourtant, de ce qui a été exposé ci-dessus, il résulte qu’on devait l’entendre implicitement ; du reste, s’il en avait été autrement, la solennité n’aurait eu aucune signification spéciale. Cela nous est confirmé par la fête byzantine de la conception de saint Jean-Baptiste, laquelle rappelait précisément la sanctification du Précurseur du Christ dans le sein de sa mère.

La liturgie romaine se tint satisfaite, de longs siècles durant, des quatre grandes fêtes byzantines en l’honneur de Marie, sans célébrer aucunement sa Conception. Quand commencèrent en Occident les premières controverses sur le contenu théologique de la solennité, Rome, avant de se prononcer, laissa les champions de la science sacrée se mesurer entre eux : saint Anselme, les chanoines de Lyon, saint Bonaventure et Duns Scot, contre Eadmer, saint Bernard, saint Thomas et les plus célèbres liturgistes du moyen âge.

Quant à l’expansion du dogme catholique de l’Immaculée Conception, il fut d’une si grande importance que l’Ordre récent des Mineurs s’en fit l’apôtre et le défenseur en Europe. Dès 1263, la fête était devenue obligatoire dans tous les couvents franciscains, et l’on doit certainement à leur immense influence et à leur popularité que, dans la trente-sixième session de l’assemblée schismatique de Baie, le 17 septembre 1439, les Pères aient déclaré que cette doctrine trouvait son plein assentiment dans les sources de la révélation catholique.

Avec Sixte IV — un pape franciscain — l’Église romaine fit un pas vraiment décisif. Par une constitution du 27 février 1477 ce Pontife prescrivit la fête et l’office Conceptionis Immaculatae Virginis Mariae à toute la Ville éternelle ; deux ans plus tard il fit construire et doter, dans la basilique vaticane, une chapelle dédiée à la sainte Vierge, sous le même titre de l’Immaculée Conception.

On sait l’attitude favorable du concile de Trente vis-à-vis du dogme de l’Immaculée Conception de Marie ; mais la souveraine circonspection du Saint-Siège laissa passer encore trois siècles avant d’en venir à une décision sans appel de la controverse qui, depuis plus de neuf cents ans, s’agitait entre les plus éminents théologiens d’Europe.

Cette gloire fut accordée par la divine Providence au saint pontife Pie IX, sous lequel furent finalement achevées les longues études des docteurs sur les sources de la doctrine catholique relativement à la conception immaculée de Marie. Le 8 décembre 1854, en présence d’une imposante assemblée de plusieurs centaines d’évêques, le Pape promulgua enfin à Saint-Pierre sa bulle dogmatique Ineffabilis Deus, dans laquelle cette doctrine fut définie comme conforme à la foi catholique, révélée de Dieu, et, par conséquent, devant être crue et tenue fermement par tous les fidèles.

Les Orientaux, chez qui ce dogme trouvait les témoignages les plus anciens et les plus explicites, commencèrent, puisque la promulgation avait été faite par l’évêque exécré de l’antique Rome, à s’en déclarer les adversaires, accusant les papistes de nouveauté ; mais déjà dès le XVIIe siècle, le P. Besson, jésuite, après avoir démontré, par plus de deux cents textes tirés de leurs liturgies, le parfait accord des anciens Pères d’Orient avec les Docteurs latins relativement au dogme de l’Immaculée Conception, avait obtenu des Orientaux une déclaration explicite, écrite et signée par trois patriarches et par un archimandrite. Celle du Chef de l’Église syriaque était ainsi conçue : Ego pauper Ignatius Andréas, Patriarcha Antiochenus nationis Syrorum, confirma hanc sententiam orthodoxam, quatn explanavit P. Ioseph e S. I. dominam nostram Virginem purissimam sanctam Mariam, semper liberam extitisse et immunem a peccato originali, ut explicuerunt antiqui Sancti Patres longe plurimi, magistri Orientalis Ecclesiae.

L’introït est tiré d’Isaïe (61, 10), lequel, au nom d’Israël, se réjouit dans le Seigneur parce qu’il l’a recouvert d’un manteau de salut et de sainteté, comme une épouse parée de ses bijoux. Ce cantique triomphal ne résonne mieux dans aucune bouche mortelle que sur les lèvres immaculées de Marie, qui, pas un seul instant de sa vie, ne fut privée de ce splendide vêtement de salut dont parle ici le Prophète.

La collecte vaut, à elle seule, un concis mais très élégant traité théologique du dogme de l’Immaculée Conception. Le rythme antique qui distinguait les collectes romaines des sacramentaires classiques en a été entièrement banni, mais le rédacteur a voulu avant tout que la legem credendi lex statuat supplicandi, selon la belle expression du pape Célestin Ier. On y enseigne d’abord que le privilège de l’Immaculée Conception de Marie était ordonné, dans les desseins de Dieu, à préparer un tabernacle entièrement saint au Verbe éternel qui, en elle et d’elle, devait se faire chair. On indique ensuite le prix que coûta au Christ ce privilège, c’est-à-dire les mérites de la Passion et de la mort de Jésus prévus, par la Sagesse éternelle de Dieu ; en sorte que le Christ est, et demeure toujours, le Sauveur universel et le Rédempteur de tout le genre humain. Marie, chef-d’œuvre de Dieu, est la première à participer d’une façon absolument spéciale et plus sublime qu’aucun autre mortel, à la grâce de la rédemption. Nous supplions en dernier lieu la clémence divine par l’intercession d’une Créature si noble et si privilégiée, que Dieu ne laissa effleurer par aucun souffle impur, de nous accorder à nous aussi la grâce de la pureté d’esprit, pour arriver à Lui, que seuls ceux qui ont le cœur pur, selon la parole évangélique, méritent de voir.

La lecture est tirée du Livre des Proverbes (8, 22-35) ; au sens littéral, elle doit être entendue de l’Éternelle Sagesse, coéternelle au Père, et par laquelle Dieu tira le monde du néant. Comme hier à la messe vigiliale, aujourd’hui également l’Église adapte à la Vierge Mère ce qui est dit du Verbe éternel de Dieu au Livre de la Sagesse. Après Jésus, en effet, sa Mère bénie, Termine fisse d’eterno consiglio, et chef-d’œuvre de la création est, en raison de sa sublime dignité, la véritable première-née de la famille humaine ; en sorte que vraiment son archétype idéal resplendissait dans l’Esprit du Créateur alors qu’il tirait le monde du néant, et, comme une couronne de gloire, en disposait les mouvements et l’histoire autour de Marie.

Le répons s’inspire du livre de Judith, laquelle, par sa victoire sur le tyran Holopherne, est un des plus beaux symboles de Notre-Dame. Comme l’héroïne de Béthulie, ainsi Marie, par la divine grâce, écrasa la tête de l’orgueilleux dragon infernal et délivra son peuple de la honte de la servitude. Le verset alléluiatique est tiré du Cantique, là où l’Époux exprime toute la complaisance qu’il prend en son Épouse Immaculée, ornée des plus belles vertus. Cette Épouse, comme le dit saint Paul, est l’Église, mais dans la liturgie ce verset s’adapte à la Très Sainte Vierge comme à la plus sublime expression ds la sainteté qui orne l’Épouse mystique du Sauveur.

La lecture évangélique tirée de saint Luc (1, 26-28) rapporte le magnifique salut de l’ange Gabriel à la Bienheureuse Vierge. Le texte évangélique, quelque beau qu’il soit, ne nous révèle pas, pris isolément, tous ces abîmes de grâce et de magnificence que nous y apercevons maintenant, après la définition dogmatique de Pie IX, alors que la lumière de la divine tradition de l’Église a fait resplendir dans toute sa plénitude le salut angélique à Marie et nous a permis de scruter une telle profondeur de mystères de sainteté et de grâce que nous ne soupçonnions pas même auparavant. Bénie êtes-vous entre les femmes, c’est-à-dire bénie plus que tous les mortels ; en dehors donc du sort commun des enfants d’Adam, dont la bénédiction est à peine un antidote contre la malédiction jadis héritée d’Ève. Vous, au contraire, vous êtes bénie plus que toutes les créatures, parce que la grâce et la bénédiction qui entourent votre immaculée conception à ce point que le serpent maudit n’a pu la flétrir du souffle empoisonné du péché, fortifient également l’heure suprême de votre pèlerinage terrestre, pour que la corruption n’atteigne pas votre corps très saint qui fut jadis le temple de l’Auteur de la vie.

Le verset de l’offertoire répète le salut angélique à la Vierge et il est à peu près identique à celui du IVe dimanche de l’Avent.

La secrète de ce jour a un sens tout spécial, parce que le sacrifice que nous allons offrir à l’auguste Trinité représente le prix auquel Jésus acquit précisément à sa Bienheureuse Mère le privilège de l’Immaculée Conception. Et, grâces à Dieu, nous sommes frères de Jésus, aussi nous unissons-nous à Lui en un même amour pour Marie sa Mère et la nôtre, et nous présentons avec Lui au Père le fruit de sa passion et sa mort, comme le prix auquel il voulut que fût mérité par la Vierge le privilège commémoré par la liturgie de ce jour.

Selon l’usage romain, on insère dans le texte de la première partie de l’anaphore eucharistique (Préface) la commémoration du mystère célébré aujourd’hui par l’Église : « II est vraiment digne, etc. de vous louer, de vous bénir et de célébrer vos gloires en la solennité de l’Immaculée Conception de la Bienheureuse et toujours Vierge Marie. Celle-ci, en effet, à l’ombre de la puissance du Saint-Esprit, conçut votre Fils unique et, conservant intacte la gloire de la virginité, donna le jour à Jésus-Christ l’éternelle lumière du monde, par lequel, etc. »

L’antienne pour la communion du peuple s’est inspirée dans sa première partie du psaume 86, et dans sa dernière du cantique Magnificat. « O Marie, vos gloires ont été annoncées, car Celui qui seul est puissant vous orna de grâces sublimes. ». Ces gloires extérieures de Marie augmenteront de plus en plus dans l’Église avec la succession des siècles, puisqu’elles font partie de ce progrès extrinsèque de la théologie sacrée et de la piété chrétienne qui sont justement les caractéristiques de la vitalité intense et intime de la famille de Jésus-Christ.

Dans la postcommunion, nous supplions le Seigneur afin que, comme la grâce prévint sa bienheureuse Mère de telle sorte que sa conception immaculée l’exempta de la contagion commune du péché, ainsi la divine Eucharistie soit également pour nous l’antidote contre le poison qui infecte nos veines, conséquence du fruit mortel de l’Éden.

La blessure de notre nature viciée par le péché originel est telle que, avec notre intelligence obscurcie, notre volonté affaiblie et nos passions déréglées, nous ne pouvons espérer surmonter les obstacles. Nous avons donc besoin de la grâce de Jésus-Christ, et, pour l’obtenir, nous devons nous y préparer par l’humilité, la prière et la docilité. Une tendre dévotion envers l’Immaculée Mère de Dieu est parmi les moyens les plus puissants pour neutraliser en nous les effets du virus de l’arbre néfaste du paradis terrestre.

[2] Cf. G. HUBY, Christus. Paris, Beauchesne, 1916, p. 775, n° I.

[3] Carm. Nisib., n° 27. Édit. Bickell, p. 122.

[4] P. G., XCVI, col. 1499.

[5] P. G., C. col. 1353.


Dom Pius Parsch, le Guide dans l’année liturgique

L’Épouse parée.

C’est un jour de fête et de joie, un jour glorieux pour la Mère de la chrétienté ; que ses enfants se parent pour ce jour ! Nous célébrons l’instant bienheureux où commença l’existence de la Sainte Vierge, nous célébrons en même temps le sublime privilège, par lequel, seule de tous les humains, Marie fut, en vue des mérites du Christ, préservée, dès le premier instant de sa conception, de la souillure du péché originel. Dans son origine et son principe, cette grande fête de l’Église n’avait aucune relation avec l’Avent. Elle fut fixée au 8 décembre pour tenir compte des neuf mois qui la séparent de la Nativité de la Sainte Vierge (le 8 septembre).

Cependant il est facile de faire rentrer cette fête dans les pensées de l’Avent. En ce temps où nous attendons le Sauveur, où nous avons les sentiments des hommes non encore rachetés, où nous levons volontiers nos regards vers la Mère du Rédempteur, cette fête est comme l’aurore du soleil de Noël qui se lève. C’est pour nous une vraie fête de l’Avent.

La vie de Marie au-dessus des temps. — La liturgie de la messe et de l’office nous met devant les yeux la vie de la Très Sainte Vierge et même elle étend cette vie dans le passé et dans l’avenir. Nous pouvons dans cette vie distinguer quatre périodes.

a) La vie de Marie avant la création du monde. La Leçon annonce : « Le Seigneur m’a possédée au commencement de mes voies... de toute éternité j’ai été créée... Les abîmes n’existaient pas encore… » Marie, dans les plans de la Providence, était destinée, de toute éternité, à être la Mère de Dieu, l’Immaculée, la sagesse, c’est-à-dire l’image parfaite de la sainteté de Dieu. Telle est l’image de Marie dans le sein de la divine Trinité.

b) La vie préhistorique de Marie. Marie nous apparaît dans les figures et les prophéties de l’Ancienne Loi. On nous présente d’abord l’image que Dieu a tracée lui-même de la Sainte Vierge : la femme qui écrase la tête du serpent (Écriture, au bréviaire), puis passent devant nos yeux toutes les femmes illustres de l’Ancien Testament : Ève, Sara, Judith (Grad.). Les Prophètes l’annoncent dans leurs prophéties, par exemple Isaïe : « Une vierge concevra... ». C’est l’image de Marie dans l’Ancien Testament.

c) La vie historique de Marie. La liturgie de la messe nous fait assister à son premier moment et nous l’entendons remercier Dieu des grâces qu’il lui a faites : « Je me réjouirai d’une grande joie dans le Seigneur... car il m’a revêtue du vêtement divin de la grâce et m’a parée des ornements de la sainteté, comme une fiancée, dans tout l’éclat de ses joyaux » (Intr.). Nous assistons ensuite à la seconde des grandes heures de sa destinée, cette heure pour laquelle Dieu l’a revêtue de sa magnifique parure de fiancée ; nous entendons l’ange proclamer sa haute dignité : « Peine de grâce, le Seigneur est avec toi. »

d) La vie céleste de Marie. Elle règne désormais au ciel avec la couronne de Reine, et en faisant son entrée dans la cour céleste, avec sa parure de fiancée, elle chante encore son cantique d’action de grâces : « Je me réjouis d’une grande joie dans le Seigneur » (Intr.). Dieu a préparé pour son Fils un temple plus beau que le temple de Salomon, le corps et l’âme de l’Immaculée.

La prière des Heures, le jour de l’Immaculée.

I Vêpres (la veille au soir). — Un air de fête retentit dans notre âme et nous sommes transportés à l’aube de la Rédemption : Les desseins éternels de Dieu s’accomplissent, l’âme immaculée et pleine de grâce de Marie s’unit avec son corps très saint pour devenir la demeure de Dieu parmi les hommes. La Vierge Immaculée est le modèle parfait des enfants de Dieu. Unissons-nous, avec ardeur, au chant de louange qui jaillit de son cœur : « Mon âme glorifie le Seigneur. »

Matines. Le soir répand son obscurité délivrante et apaisante sur tous les bruits et les soucis du jour, c’est le silence solennel. L’Église, dans la personne de ses enfants, étend les mains pour la prière de la nuit : elle se présente aujourd’hui à Dieu comme Épouse Immaculée, dans la personne de Marie, Vierge sans tache et Mère de Dieu. Les regards de notre âme plongent dans l’éternité et contemplent Marie, la première-née de toute créature, le reflet de la lumière éternelle, la créature bénie, choisie dans les desseins de Dieu, pour être immaculée. Peu à peu l’image sainte se détache des profondeurs de l’éternité et apparaît aux frontières du temps, sous l’aspect d’une femme revêtue du soleil, avec la lune à ses pieds, manifestation de la gloire de Dieu aux yeux de tous les peuples. Puis l’image se rapproche et Marie nous apparaît comme l’Épouse de Dieu, environnée de l’éclat royal du Christ, descendant du Liban, d’une beauté céleste, ornée de la couronne de la grâce, prenant place parmi les filles des hommes. Alors les portes du paradis terrestre s’ouvrent et le fleuve du péché originel se répand sur le monde. Au milieu de cette malédiction terrestre, Marie, la femme qui écrase la tête du serpent, apparaît comme notre consolation. Laudes. Le jour de grâce, tout baigné de la fraîcheur de la rosée, se dégage de l’obscurité de la nuit, et la vie se réveille dans la nature et dans le cœur des hommes. Le Christ mystique célèbre l’heure de sa Résurrection et convoque tous les hommes à louer Dieu. L’Épouse sans tache, l’Église et l’âme, se pare pour recevoir son Époux auquel elle fait signe de loin. comme au soleil « qui se lève sur les hauteurs ».

Prime. C’est la préparation au pèlerinage à travers le jour. Je dirige mon âme ornée de la lumière et de la grâce divines, vers les devoirs de la journée, vers les heures joyeuses et les heures pénibles. Mon Âme doit s’avancer comme une fiancée, en ce jour de l’Immaculée.

Tierce. C’est la première halte dans la journée. La -chaleur de la vie divine et la force du Saint-Esprit ont disposé mon âme à recevoir les fruits de la messe. « Ton vêtement a l’éclat de la neige et ton visage brille comme le soleil. » Alors je célèbre la messe.

Sexte. C’est la seconde halte du jour. C’est l’aspect sombre de la fête : le combat contre le péché, combat qui a commencé au Golgotha... Puissent les grâces de la messe faire perdre à mon âme l’image d’Ève et la faire ressembler davantage à Marie !

None. « Entraîne-nous vers toi, Vierge immaculée, nous marcherons sur tes pas, attirés par l’odeur de tes parfums. » Le jour de fête s’incline déjà vers le soir ; j’âme toute remplie d’harmonie intérieure, est prête à offrir au Créateur par les mains de Marie toute son existence, pour la retrouver, au jour de l’avènement du Seigneur, transformée en vie éternelle et glorieuse.

Vêpres. Avec une majesté silencieuse le soleil baisse à l’horizon, ses derniers rayons revêtent d’un manteau de gloire la fin de ce jour de Rédemption. Dans mon Ame descend la paix de la sainteté. Je suis, moi aussi, un rameau de la tige de Jessé, car ma vie est la vie divine. J’ai en moi comme un reflet du privilège de Marie, car la flamme du sacrifice purifie toutes les tâches de mon âme. J’ai puisé de nouvelles forces qui me permettront d’écraser en moi l’antique serpent, en tuant le vieil homme, et de tendre vers l’idéal de la pureté sans tache (Ant. Magn.). « Mon âme glorifie le Seigneur, car il a fait en moi de grandes choses ».

La messe (Gaudens gaudebo). — Au jour de la fête, la matière est si abondante, qu’on en est comme aveuglé et qu’on peut à peine analyser chaque partie de l’office. Ce n’est que pendant l’Octave, que l’âme peut réfléchir et donner plus de profondeur à ses pensées. Essayons, aujourd’hui, de méditer la messe de la fête d’une manière plus précise.

Introït : c’est comme un chant de triomphe, après la défaite que le péché a infligée à l’humanité ; c’est comme un rayon de soleil, au sein des ténèbres, quand nous entendons l’Épouse immaculée de Dieu entonner ce chant de joie. Il faut entendre et chanter cette mélodie enthousiaste, pour en saisir tout le bonheur et toute la joie. Pour les prêtres, elle a encore une signification particulière. De ce manteau intérieur de la grâce, les vêtements sacrés, qu’ils portent tous les jours, sont un vivant symbole. Ainsi pourrait chanter le baptisé, ainsi pourrait chanter tout enfant de Dieu, quand il pense au vêtement de la grâce sanctifiante, à l’armure de grâce qu’il a reçue au Baptême, dans la Confirmation et dans l’Eucharistie.

La Leçon nous montre l’image ravissante de l’Immaculée, dans les desseins éternels de Dieu, faisant la joie de la Sainte Trinité. La leçon s’achève en forme d’instruction (ce qui est le rôle de l’avant-messe) en proclamant bienheureux : « ceux qui veillent journellement aux portes ». La Conception Immaculée de Marie est le seuil de la Rédemption, l’étoile matinale du salut, ce salut que nous puisons dans l’« Œuvre de la Rédemption » (la sainte Messe : « il puise le salut dans le Seigneur »). Les chemins de Marie ont été rendus « immaculés » par privilège divin, nous aussi nous devons tendre à rendre nos voies sans tache et, pour cela, « nous attacher à la discipline ».

Dans l’Introït et la Leçon, Marie a parlé elle-même. Désormais, c’est l’Église qui chante. Au Graduel, l’Église exprime son ravissement. La mélodie du « Tu gloria Jerusalem » rend ce sentiment mieux encore que les paroles, c’est un mouvement entraînant vers la Vierge glorieuse, une participation animée à la victoire merveilleuse de la nouvelle Judith sur l’Holopherne des enfers. Plus grave et plus majestueux est l’Alléluia qui suit ; sans doute, il déborde encore d’une indicible allégresse, mais il a, dans sa grave conclusion en mineur, comme un frémissement sacré devant le Verbe éternel qui, à l’Évangile, descend dans le sein de la Vierge. On entend déjà, dans cet Alléluia, comme le prélude du « gratia plena » de l’Ange, dans les paroles « Tu es toute belle ». Cet « Ave » de l’ange est répété à l’Offertoire comme un chant de joie et de triomphe. Notre offrande à nous est imparfaite, elle seule est « pleine de grâce, bénie » en tout. La Communion chante avant tout le privilège de l’Immaculée-Conception, mais elle chante aussi la gloire de l’Église et de l’âme qui, précisément, par la visite de celui « qui est puissant », ont été faites grandes. Ici encore la Communion des saints vient à notre secours ; Marie supplée à la pauvreté de la demeure que nous offrons à Dieu. En elle et par elle, le Seigneur nous considère avec complaisance. La Postcommunion est d’une pensée très profonde. Il y a deux idées dominantes : la blessure mortelle du péché et l’Immaculée. Ce que Marie a été dès le commencement, nous devons le devenir par l’Eucharistie : sans tache.

SOURCE : http://www.introibo.fr/08-12-Immaculee-Conception-de-la


Francisco de Zurbarán. L’Immaculée Conception de Matie 
avec Saint Joachim et Sainte Anne, 1638-1640.
The National Gallery of Scotland

Solemnity of the Immaculate Conception


The Immaculate Conception, a solemnity, is the patronal feast of the United States. It is one of the few Holy days of obligation on the Church calendar — that is, all Catholics are obligated to attend Mass on this day. As this feast occurs early in Advent, it is a perfect time to consider Mary and her important role in the celebration of Christmas.
A feast called the Conception of Mary arose in the Eastern Church in the seventh century. It came to the West in the eighth century. In the eleventh century it received its present name, the Immaculate Conception.
In 1854, Pope Pius IX’s solemn declaration, Ineffabilis Deus, clarified with finality the long-held belief of the Church that Mary was conceived free from original sin. In proclaiming the Immaculate Conception of Mary as a dogma of the Church, the pope expressed precisely and clearly that Mary was conceived free from the stain of original sin.
This privilege of Mary derives from God’s having chosen her as Mother of the Savior; thus she received the benefits of salvation in Christ from the very moment of her conception. This great gift to Mary, an ordinary human being just like us, was fitting because she was destined to be Mother of God. The purity and holiness of the Blessed Virgin Mary is a model for all Christians.

SOURCE : http://www.ucatholic.com/saints/the-immaculate-conception/



Joan de Joanes. L’Immaculée Conception. 1540



IMMACULATE CONCEPTION

Immaculate Conception

The doctrine

In the Constitution Ineffabilis Deus of 8 December, 1854, Pius IX pronounced and defined that theBlessed Virgin Mary "in the first instance of her conception, by a singular privilege and grace granted byGod, in view of the merits of Jesus Christ, the Saviour of the human race, was preserved exempt from all stain of original sin."

"The Blessed Virgin Mary..."

The subject of this immunity from original sin is the person of Mary at the moment of the creation of hersoul and its infusion into her body.

"...in the first instance of her conception..."

The term conception does not mean the active or generative conception by her parents. Her body was formed in the womb of the mother, and the father had the usual share in its formation. The question does not concern the immaculateness of the generative activity of her parents. Neither does it concern the passive conception absolutely and simply (conceptio seminis carnis, inchoata), which, according to the order of nature, precedes the infusion of the rational soul. The person is truly conceived when the soul iscreated and infused into the body. Mary was preserved exempt from all stain of original sin at the first moment of her animation, and sanctifying grace was given to her before sin could have taken effect in hersoul.

"...was preserved exempt from all stain of original sin..."

The formal active essence of original sin was not removed from her soul, as it is removed from others bybaptism; it was excluded, it never was in her soul. Simultaneously with the exclusion of sin. The state of original sanctity, innocence, and justice, as opposed to original sin, was conferred upon her, by which giftevery stain and fault, all depraved emotions, passions, and debilities, essentially pertaining to original sin, were excluded. But she was not made exempt from the temporal penalties of Adam — from sorrow, bodily infirmities, and death.

"...by a singular privilege and grace granted by God, in view of the merits of Jesus Christ, the Saviour of the human race."

The immunity from original sin was given to Mary by a singular exemption from a universal law through the same merits of Christ, by which other men are cleansed from sin by baptism. Mary needed the redeeming Saviour to obtain this exemption, and to be delivered from the universal necessity and debt (debitum) of being subject to original sin. The person of Mary, in consequence of her origin from Adam, should have been subject to sin, but, being the new Eve who was to be the mother of the new Adam, she was, by theeternal counsel of God and by the merits of Christ, withdrawn from the general law of original sin. Herredemption was the very masterpiece of Christ's redeeming wisdom. He is a greater redeemer who pays the debt that it may not be incurred than he who pays after it has fallen on the debtor.
Such is the meaning of the term "Immaculate Conception."

Proof from Scripture

Genesis 3:15

No direct or categorical and stringent proof of the dogma can be brought forward from Scripture. But the first scriptural passage which contains the promise of the redemption, mentions also the Mother of the Redeemer. The sentence against the first parents was accompanied by the Earliest Gospel (Proto-evangelium), which put enmity between the serpent and the woman: "and I will put enmity between thee and the woman and her seed; she (he) shall crush thy head and thou shalt lie in wait for her (his) heel" (Genesis 3:15). The translation "she" of the Vulgate is interpretative; it originated after the fourth century, and cannot be defended critically. The conqueror from the seed of the woman, who should crush the serpent's head, is Christ; the woman at enmity with the serpent is Mary. God puts enmity between her and Satan in the same manner and measure, as there is enmity between Christ and the seed of the serpent. Mary was ever to be in that exalted state of soul which the serpent had destroyed in man, i.e. insanctifying grace. Only the continual union of Mary with grace explains sufficiently the enmity between her and Satan. The Proto-evangelium, therefore, in the original text contains a direct promise of theRedeemer, and in conjunction therewith the manifestation of the masterpiece of His Redemption, the perfect preservation of His virginal Mother from original sin.

Luke 1:28

The salutation of the angel Gabriel  chaire kecharitomene, Hail, full of grace (Luke 1:28) indicates a unique abundance of grace, a supernatural, godlike state of soul, which finds its explanation only in theImmaculate Conception of Mary. But the term kecharitomene (full of grace) serves only as an illustration, not as a proof of the dogma.

Other texts

From the texts Proverbs 8 and Ecclesiasticus 24 (which exalt the Wisdom of God and which in the liturgyare applied to Mary, the most beautiful work of God's Wisdom), or from the Canticle of Canticles (4:7, "Thou art all fair, O my love, and there is not a spot in thee"), no theological conclusion can be drawn. These passages, applied to the Mother of God, may be readily understood by those who know the privilegeof Mary, but do not avail to prove the doctrine dogmatically, and are therefore omitted from theConstitution "Ineffabilis Deus". For the theologian it is a matter of conscience not to take an extreme position by applying to a creature texts which might imply the prerogatives of God.

Proof from Tradition

In regard to the sinlessness of Mary the older Fathers are very cautious: some of them even seem to have been in error on this matter.
But these stray private opinions merely serve to show that theology is a progressive science. If we were to attempt to set forth the full doctrine of the Fathers on the sanctity of the Blessed Virgin, which includes particularly the implicit belief in the immaculateness of her conception, we should be forced to transcribe a multitude of passages. In the testimony of the Fathers two points are insisted upon: her absolute purity and her position as the second Eve (cf. 1 Corinthians 15:22).

Mary as the second Eve

This celebrated comparison between Eve, while yet immaculate and incorrupt — that is to say, not subject to original sin — and the Blessed Virgin is developed by:

The absolute purity of Mary

Patristic writings on Mary's purity abound.
  • The Fathers call Mary the tabernacle exempt from defilement and corruption (Hippolytus, "Ontt. in illud, Dominus pascit me");
  • Origen calls her worthy of God, immaculate of the immaculate, most complete sanctity, perfectjustice, neither deceived by the persuasion of the serpent, nor infected with his poisonous breathings ("Hom. i in diversa");
  • Ambrose says she is incorrupt, a virgin immune through grace from every stain of sin ("Sermo xxii in Ps. cxviii);
  • Maximus of Turin calls her a dwelling fit for Christ, not because of her habit of body, but because of original grace ("Nom. viii de Natali Domini");
  • Theodotus of Ancyra terms her a virgin innocent, without spot, void of culpability, holy in body and insoul, a lily springing among thorns, untaught the ills of Eve, nor was there any communion in her of light with darkness, and, when not yet born, she was consecrated to God ("Orat. in S. Dei Genitr.").
  • In refuting Pelagius St. Augustine declares that all the just have truly known of sin "except the Holy Virgin Mary, of whom, for the honour of the Lord, I will have no question whatever where sin is concerned" (On Nature and Grace 36).
  • Mary was pledged to Christ (Peter Chrysologus, "Sermo cxl de Annunt. B.M.V.");
  • it is evident and notorious that she was pure from eternity, exempt from every defect (Typicon S. Sabae);
  • she was formed without any stain (St. Proclus, "Laudatio in S. Dei Gen. ort.", I, 3);
  • she was created in a condition more sublime and glorious than all other natures (Theodorus of Jerusalem in Mansi, XII, 1140);
  • when the Virgin Mother of God was to be born of Anne, nature did not dare to anticipate the germ ofgrace, but remained devoid of fruit (John Damascene, "Hom. i in B. V. Nativ.", ii).
  • The Syrian Fathers never tire of extolling the sinlessness of Mary. St. Ephraem considers no terms of eulogy too high to describe the excellence of Mary's grace and sanctity: "Most holy Lady, Mother ofGod, alone most pure in soul and body, alone exceeding all perfection of purity ...., alone made in thy entirety the home of all the graces of the Most Holy Spirit, and hence exceeding beyond all compare even the angelic virtues in purity and sanctity of soul and body . . . . my Lady most holy, all-pure, all-immaculate, all-stainless, all-undefiled, all-incorrupt, all-inviolate spotless robe of Him Who clothes Himself with light as with a garment . . . flower unfading, purple woven by God, alone most immaculate" ("Precationes ad Deiparam" in Opp. Graec. Lat., III, 524-37).
  • To St. Ephraem she was as innocent as Eve before her fall, a virgin most estranged from every stain of sin, more holy than the Seraphim, the sealed fountain of the Holy Ghost, the pure seed of God, ever in body and in mind intact and immaculate ("Carmina Nisibena").
  • Jacob of Sarug says that "the very fact that God has elected her proves that none was ever holierthan Mary; if any stain had disfigured her soul, if any other virgin had been purer and holier, Godwould have selected her and rejected Mary". It seems, however, that Jacob of Sarug, if he had any clear idea of the doctrine of sin, held that Mary was perfectly pure from original sin ("the sentence against Adam and Eve") at the Annunciation.
St. John Damascene (Or. i Nativ. Deip., n. 2) esteems the supernatural influence of God at the generation of Mary to be so comprehensive that he extends it also to her parents. He says of them that, during the generation, they were filled and purified by the Holy Ghost, and freed from sexual concupiscence. Consequently according to the Damascene, even the human element of her origin, the material of which she was formed, was pure and holy. This opinion of an immaculate active generation and the sanctity of the "conceptio carnis" was taken up by some Western authors; it was put forward by Petrus Comestor in his treatise against St. Bernard and by others. Some writers even taught that Mary was born of a virginand that she was conceived in a miraculous manner when Joachim and Anne met at the golden gate of thetemple (Trombelli, "Mari SS. Vita", Sect. V, ii, 8; Summa aurea, II, 948. Cf. also the "Revelations" ofCatherine Emmerich which contain the entire apocryphal legend of the miraculous conception of Mary.

From this summary it appears that the belief in Mary's immunity from sin in her conception was prevalent amongst the Fathers, especially those of the Greek Church. The rhetorical character, however, of many of these and similar passages prevents us from laying too much stress on them, and interpreting them in a strictly literal sense. The Greek Fathers never formally or explicitly discussed the question of theImmaculate Conception.

The conception of St. John the Baptist

A comparison with the conception of Christ and that of St. John may serve to light both on the dogma and on the reasons which led the Greeks to celebrate at an early date the Feast of the Conception of Mary.
Of these three conceptions the Church celebrates feasts. The Orientals have a Feast of the Conception of St. John the Baptist (23 September), which dates back to the fifth century; it is thus older than the Feast of the Conception of Mary, and, during the Middle Ages, was kept also by many Western dioceses on 24 September. The Conception of Mary is celebrated by the Latins on 8 December; by the Orientals on 9 December; the Conception of Christ has its feast in the universal calendar on 25 March. In celebrating thefeast of Mary's Conception the Greeks of old did not consider the theological distinction of the active and the passive conceptions, which was indeed unknown to them. They did not think it absurd to celebrate a conception which was not immaculate, as we see from the Feast of the Conception of St. John. They solemnized the Conception of Mary, perhaps because, according to the "Proto-evangelium" of St. James, it was preceded by miraculous events (the apparition of an angel to Joachim, etc.), similar to those which preceded the conception of St. John, and that of our Lord Himself. Their object was less the purity of the conception than the holiness and heavenly mission of the person conceived. In the Office of 9 December, however, Mary, from the time of her conception, is called beautiful, pure, holy, just, etc., terms never used in the Office of 23 September (sc. of St. John the Baptist). The analogy of St. John's sanctification may have given rise to the Feast of the Conception of Mary. If it was necessary that the precursor of the Lordshould be so pure and "filled with the Holy Ghost" even from his mother's womb, such a purity was assuredly not less befitting His Mother. The moment of St. John's sanctification is by later writers thought to be the Visitation ("the infant leaped in her womb"), but the angel's words (Luke 1:15) seem to indicate a sanctification at the conception. This would render the origin of Mary more similar to that of John. And if the Conception of John had its feast, why not that of Mary?

Proof from reason

There is an incongruity in the supposition that the flesh, from which the flesh of the Son of God was to be formed, should ever have belonged to one who was the slave of that arch-enemy, whose power He came on earth to destroy. Hence the axiom of Pseudo-Anselmus (Eadmer) developed by Duns Scotus, Decuit, potuit, ergo fecit, it was becoming that the Mother of the Redeemer should have been free from the power of sin and from the first moment of her existence; God could give her this privilege, therefore He gave it to her. Again it is remarked that a peculiar privilege was granted to the prophet Jeremiah and to St. John the Baptist. They were sanctified in their mother's womb, because by their preaching they had a special share in the work of preparing the way for Christ. Consequently some much higher prerogative is due toMary. (A treatise of P. Marchant, claiming for St. Joseph also the privilege of St. John, was placed on theIndex in 1833.) Scotus says that "the perfect Mediator must, in some one case, have done the work of mediation most perfectly, which would not be unless there was some one person at least, in whose regard the wrath of God was anticipated and not merely appeased."

The feast of the Immaculate Conception

The older feast of the Conception of Mary (Conception of St. Anne), which originated in the monasteries of Palestine at least as early as the seventh century, and the modern feast of the Immaculate Conception are not identical in their object.

Originally the Church celebrated only the Feast of the Conception of Mary, as she kept the Feast of St. John's conception, not discussing the sinlessness. This feast in the course of centuries became the Feast of the Immaculate Conception, as dogmatical argumentation brought about precise and correct ideas, and as the thesis of the theological schools regarding the preservation of Mary from all stain of original singained strength. Even after the dogma had been universally accepted in the Latin Church, and had gained authoritative support through diocesan decrees and papal decisions, the old term remained, and before 1854 the term "Immaculata Conceptio" is nowhere found in the liturgical books, except in the invitatoriumof the Votive Office of the Conception. The Greeks, Syrians, etc. call it the Conception of St. Anne (Eullepsis tes hagias kai theoprometoros Annas, "the Conception of St. Anne, the ancestress of God").

Passaglia in his "De Immaculato Deiparae Conceptu," basing his opinion upon the "Typicon" of St. Sabas: which was substantially composed in the fifth century, believes that the reference to the feast forms part of the authentic original, and that consequently it was celebrated in the Patriarchate of Jerusalem in the fifth century (III, n. 1604). But the Typicon was interpolated by the Damascene, Sophronius, and others, and, from the ninth to the twelfth centuries, many new feasts and offices were added.

To determine the origin of this feast we must take into account the genuine documents we possess, the oldest of which is the canon of the feast, composed by St. Andrew of Crete, who wrote his liturgical hymnsin the second half of the seventh century, when a monk at the monastery of St. Sabas near Jerusalem (d.Archbishop of Crete about 720). But the solemnity cannot then have been generally accepted throughout the Orient, for John, first monk and later bishop in the Isle of Euboea, about 750 in a sermon, speaking in favour of the propagation of this feast, says that it was not yet known to all the faithful (ei kai me para tois pasi gnorizetai; P.G., XCVI, 1499). But a century later George of Nicomedia, made metropolitan byPhotius in 860, could say that the solemnity was not of recent origin (P.G., C, 1335). It is therefore, safe to affirm that the feast of the Conception of St. Anne appears in the Orient not earlier than the end of the seventh or the beginning of the eighth century.

As in other cases of the same kind the feast originated in the monastic communities. The monks, who arranged the psalmody and composed the various poetical pieces for the office, also selected the date, 9 December, which was always retained in the Oriental calendars. Gradually the solemnity emerged from thecloister, entered into the cathedrals, was glorified by preachers and poets, and eventually became a fixedfeast of the calendar, approved by Church and State.

It is registered in the calendar of Basil II (976-1025) and by the Constitution of Emperor Manuel I Comnenus on the days of the year which are half or entire holidays, promulgated in 1166, it is numbered among the days which have full sabbath rest. Up to the time of Basil II, Lower Italy, Sicily, and Sardiniastill belonged to the Byzantine Empire; the city of Naples was not lost to the Greeks until 1127, when Roger II conquered the city. The influence of Constantinople was consequently strong in the Neapolitan Church, and, as early as the ninth century, the Feast of the Conception was doubtlessly kept there, as elsewhere in Lower Italy on 9 December, as indeed appears from the marble calendar found in 1742 in the Church of S. Giorgio Maggiore at Naples.

Today the Conception of St. Anne is in the Greek Church one of the minor feasts of the year. The lesson inMatins contains allusions to the apocryphal "Proto-evangelium" of St. James, which dates from the second half of the second century (see SAINT ANNE). To the Greek Orthodox of our days, however, the feast means very little; they continue to call it "Conception of St. Anne", indicating unintentionally, perhaps, the active conception which was certainly not immaculate. In the Menaea of 9 December this feast holds only the second place, the first canon being sung in commemoration of the dedication of the Church of the Resurrection at Constantinople. The Russian hagiographer Muraview and several other Orthodox authors even loudly declaimed against the dogma after its promulgation, although their own preachers formerly taught the Immaculate Conception in their writings long before the definition of 1854.

In the Western Church the feast appeared (8 December), when in the Orient its development had come to a standstill. The timid beginnings of the new feast in some Anglo-Saxon monasteries in the eleventh century, partly smothered by the Norman conquest, were followed by its reception in some chapters anddioceses by the Anglo-Norman clergy. But the attempts to introduce it officially provoked contradiction and theoretical discussion, bearing upon its legitimacy and its meaning, which were continued for centuries and were not definitively settled before 1854. The "Martyrology of Tallaght" compiled about 790 and the "Feilire" of St. Aengus (800) register the Conception of Mary on 3 May. It is doubtful, however, if an actualfeast corresponded to this rubric of the learned monk St. Aengus. This Irish feast certainly stands alone and outside the line of liturgical development. It is a mere isolated appearance, not a living germ. The Scholiast adds, in the lower margin of the "Feilire", that the conception (Inceptio) took place in February, since Mary was born after seven months — a singular notion found also in some Greek authors. The first definite and reliable knowledge of the feast in the West comes from England; it is found in a calendar of Old Minster, Winchester (Conceptio S'ce Dei Genetricis Mari), dating from about 1030, and in anothercalendar of New Minster, Winchester, written between 1035 and 1056; a pontifical of Exeter of the eleventh century (assigned to 1046-1072) contains a "benedictio in Conceptione S. Mariae"; a similarbenediction is found in a Canterbury pontifical written probably in the first half of the eleventh century, certainly before the Conquest. These episcopal benedictions show that the feast not only commended itself to the devotion of individuals, but that it was recognized by authority and was observed by theSaxon monks with considerable solemnity. The existing evidence goes to show that the establishment of the feast in England was due to the monks of Winchester before the Conquest (1066).

The Normans on their arrival in England were disposed to treat in a contemptuous fashion Englishliturgical observances; to them this feast must have appeared specifically English, a product of insular simplicity and ignorance. Doubtless its public celebration was abolished at Winchester and Canterbury, but it did not die out of the hearts of individuals, and on the first favourable opportunity the feast was restored in the monasteries. At Canterbury however, it was not re-established before 1328. Several documents state that in Norman times it began at Ramsey, pursuant to a vision vouchsafed to Helsin or Æthelsige, Abbot of Ramsey on his journey back from Denmark, whither he had been sent by William I about 1070. An angel appeared to him during a severe gale and saved the ship after the abbot had promised to establish the Feast of the Conception in his monastery. However we may consider thesupernatural feature of the legend, it must be admitted that the sending of Helsin to Denmark is an historical fact. The account of the vision has found its way into many breviaries, even into the Roman Breviary of 1473. The Council of Canterbury (1325) attributes the re-establishment of the feast in Englandto St. Anselm, Archbishop of Canterbury (d. 1109). But although this great doctor wrote a special treatise "De Conceptu virginali et originali peccato", by which he laid down the principles of the Immaculate Conception, it is certain that he did not introduce the feast anywhere. The letter ascribed to him, which contains the Helsin narrative, is spurious. The principal propagator of the feast after the Conquest was Anselm, the nephew of St. Anselm. He was educated at Canterbury where he may have known some Saxonmonks who remembered the solemnity in former days; after 1109 he was for a time Abbot of St. Sabas atRome, where the Divine Offices were celebrated according to the Greek calendar. When in 1121 he was appointed Abbot of Bury St. Edmund's he established the feast there; partly at least through his efforts other monasteries also adopted it, like Reading, St. Albans, Worcester, Gloucester, and Winchcombe.

But a number of others decried its observance as hitherto unheard of and absurd, the old Oriental feastbeing unknown to them. Two bishops, Roger of Salisbury and Bernard of St. Davids, declared that thefestival was forbidden by a council, and that the observance must be stopped. And when, during thevacancy of the See of London, Osbert de Clare, Prior of Westminster, undertook to introduce the feast atWestminster (8 December, 1127), a number of monks arose against him in the choir and said that thefeast must not be kept, for its establishment had not the authority of Rome (cf. Osbert's letter to Anselm in Bishop, p. 24). Whereupon the matter was brought before the Council of London in 1129. The synoddecided in favour of the feast, and Bishop Gilbert of London adopted it for his diocese. Thereafter thefeast spread in England, but for a time retained its private character, the Synod of Oxford (1222) having refused to raise it to the rank of a holiday of obligation.

In Normandy at the time of Bishop Rotric (1165-83) the Conception of Mary, in the Archdiocese of Rouenand its six suffragan dioceses, was a feast of precept equal in dignity to the Annunciation. At the same time the Norman students at the University of Paris chose it as their patronal feast. Owing to the close connection of Normandy with England, it may have been imported from the latter country into Normandy, or the Norman barons and clergy may have brought it home from their wars in Lower Italy, it was universally solemnised by the Greek inhabitants. During the Middle Ages the Feast of the Conception of Mary was commonly called the "Feast of the Norman nation", which shows that it was celebrated inNormandy with great splendour and that it spread from there over Western Europe. Passaglia contends (III, 1755) that the feast was celebrated in Spain in the seventh century. Bishop Ullathorne also (p. 161) finds this opinion acceptable. If this be true, it is difficult to understand why it should have entirely disappeared from Spain later on, for neither does the genuine Mozarabic Liturgy contain it, nor the tenth century calendar of Toledo edited by Morin. The two proofs given by Passaglia are futile: the life of St. Isidore, falsely attributed to St. Ildephonsus, which mentions the feast, is interpolated, while, in theVisigoth lawbook, the expression "Conceptio S. Mariae" is to be understood of the Annunciation.

The controversy

No controversy arose over the Immaculate Conception on the European continent before the twelfth century. The Norman clergy abolished the feast in some monasteries of England where it had been established by the Anglo-Saxon monks. But towards the end of the eleventh century, through the efforts of Anselm the Younger, it was taken up again in several Anglo-Norman establishments. That St. Anselm the Elder re-established the feast in England is highly improbable, although it was not new to him. He had been made familiar with it as well by the Saxon monks of Canterbury, as by the Greeks with whom he came in contact during exile in Campania and Apulin (1098-9). The treatise "De Conceptu virginali" usually ascribed to him, was composed by his friend and disciple, the Saxon monk Eadmer of Canterbury. When the canons of the cathedral of Lyons, who no doubt knew Anselm the Younger Abbot of Bury St. Edmund's, personally introduced the feast into their choir after the death of their bishop in 1240, St. Bernard deemed it his duty to publish a protest against this new way of honouring Mary. He addressed to the canons a vehement letter (Epist. 174), in which he reproved them for taking the step upon their own authority and before they had consulted the Holy See. Not knowing that the feast had been celebrated with the rich tradition of the Greek and Syrian Churches regarding the sinlessness of Mary, he asserted that the feastwas foreign to the old tradition of the Church. Yet it is evident from the tenor of his language that he had in mind only the active conception or the formation of the flesh, and that the distinction between the active conception, the formation of the body, and its animation by the soul had not yet been drawn. No doubt, when the feast was introduced in England and Normandy, the axiom "decuit, potuit, ergo fecit", the childlike piety and enthusiasm of the simplices building upon revelations and apocryphal legends, had the upper hand. The object of the feast was not clearly determined, no positive theological reasons had been placed in evidence.

St. Bernard was perfectly justified when he demanded a careful inquiry into the reasons for observing thefeast. Not adverting to the possibility of sanctification at the time of the infusion of the soul, he writes that there can be question only of sanctification after conception, which would render holy the nativity, not the conception itself (Scheeben, "Dogmatik", III, p. 550). Hence Albert the Great observes: "We say that the Blessed Virgin was not sanctified before animation, and the affirmative contrary to this is theheresy condemned by St. Bernard in his epistle to the canons of Lyons" (III Sent., dist. iii, p. I, ad 1, Q. i).

St. Bernard was at once answered in a treatise written by either Richard of St. Victor or Peter Comestor. In this treatise appeal is made to a feast which had been established to commemorate an insupportabletradition. It maintained that the flesh of Mary needed no purification; that it was sanctified before the conception. Some writers of those times entertained the fantastic idea that before Adam fell, a portion of his flesh had been reserved by God and transmitted from generation to generation, and that out of this flesh the body of Mary was formed (Scheeben, op. cit., III, 551), and this formation they commemorated by a feast. The letter of St. Bernard did not prevent the extension of the feast, for in 1154 it was observed all over France, until in 1275, through the efforts of the Paris University, it was abolished inParis and other dioceses.

After the saint's death the controversy arose anew between Nicholas of St. Albans, an English monk who defended the festival as established in England, and Peter Cellensis, the celebrated Bishop of Chartres. Nicholas remarks that the soul of Mary was pierced twice by the sword, i.e. at the foot of the cross and when St. Bernard wrote his letter against her feast (Scheeben, III, 551). The point continued to be debated throughout the thirteenth and fourteenth centuries, and illustrious names appeared on each side.St. Peter Damian, Peter the Lombard, Alexander of Hales, St. Bonaventure, and Albert the Great are quoted as opposing it.

St. Thomas at first pronounced in favour of the doctrine in his treatise on the "Sentences" (in I. Sent. c. 44, q. I ad 3), yet in his "Summa Theologica" he concluded against it. Much discussion has arisen as to whether St. Thomas did or did not deny that the Blessed Virgin was immaculate at the instant of her animation, and learned books have been written to vindicate him from having actually drawn the negative conclusion. Yet it is hard to say that St. Thomas did not require an instant at least, after the animation of Mary, before her sanctification. His great difficulty appears to have arisen from the doubt as to how she could have been redeemed if she had not sinned. This difficulty he raised in no fewer than ten passages in his writings (see, e.g., Summa III:27:2, ad 2). But while St. Thomas thus held back from the essential point of the doctrine, he himself laid down the principles which, after they had been drawn together and worked out, enabled other minds to furnish the true solution of this difficulty from his own premises.

In the thirteenth century the opposition was largely due to a want of clear insight into the subject in dispute. The word "conception" was used in different senses, which had not been separated by carefuldefinition. If St. Thomas, St. Bonaventure, and other theologians had known the doctrine in the sense of the definition of 1854, they would have been its strongest defenders instead of being its opponents.

We may formulate the question discussed by them in two propositions, both of which are against the sense of the dogma of 1854:
  • the sanctification of Mary took place before the infusion of the soul into the flesh, so that the immunity of the soul was a consequence of the sanctification of the flesh and there was no liability on the part of the soul to contract original sin. This would approach the opinion of the Damasceneconcerning the holiness of the active conception.
  • The sanctification took place after the infusion of the soul by redemption from the servitude of sin, into which the soul had been drawn by its union with the unsanctified flesh. This form of the thesis excluded an immaculate conception.
The theologians forgot that between sanctification before infusion, and sanctification after infusion, there was a medium: sanctification of the soul at the moment of its infusion. To them the idea seemed strange that what was subsequent in the order of nature could be simultaneous in point of time. Speculatively taken, the soul must be created before it can be infused and sanctified but in reality, the soul is createdsnd sanctified at the very moment of its infusion into the body. Their principal difficulty was the declaration of St. Paul (Romans 5:12) that all men have sinned in Adam. The purpose of this Paulinedeclaration, however, is to insist on the need which all men have of redemption by Christ. Our Lady was no exception to this rule. A second difficulty was the silence of the earlier Fathers. But the divines of those times were distinguished not so much for their knowledge of the Fathers or of history, as for their exercise of the power of reasoning. They read the Western Fathers more than those of the Eastern Church, who exhibit in far greater completeness the tradition of the Immaculate Conception. And many works of the Fathers which had then been lost sight of have since been brought to light.

The famous Duns Scotus (d. 1308) at last (in III Sent., dist. iii, in both commentaries) laid the foundations of the true doctrine so solidly and dispelled the objections in a manner so satisfactory, that from that time onward the doctrine prevailed. He showed that the sanctification after animation —sanctificatio post animationem — demanded that it should follow in the order of nature (naturae) not oftime (temporis); he removed the great difficulty of St. Thomas showing that, so far from being excluded from redemption, the Blessed Virgin obtained of her Divine Son the greatest of redemptions through themystery of her preservation from all sin. He also brought forward, by way of illustration, the somewhat dangerous and doubtful argument of Eadmer (S. Anselm) "decuit, potuit, ergo fecit."

From the time of Scotus not only did the doctrine become the common opinion at the universities, but thefeast spread widely to those countries where it had not been previously adopted. With the exception of the Dominicans, all or nearly all, of the religious orders took it up: The Franciscans at the general chapterat Pisa in 1263 adopted the Feast of the Conception of Mary for the entire order; this, however, does not mean that they professed at that time the doctrine of the Immaculate Conception. Following in the footsteps of their own Duns Scotus, the learned Petrus Aureolus and Franciscus de Mayronis became the most fervent champions of the doctrine, although their older teachers (St. Bonaventure included) had been opposed to it. The controversy continued, but the defenders of the opposing opinion were almost entirely confined to the members of the Dominican Order. In 1439 the dispute was brought before the Council of Basle where the University of Paris, formerly opposed to the doctrine, proved to be its most ardent advocate, asking for a dogmatical definition. The two referees at the council were John of Segovia and John Turrecremata (Torquemada). After it had been discussed for the space of two years before that assemblage, the bishops declared the Immaculate Conception to be a doctrine which was pious, consonant with Catholic worship, Catholic faith, right reason, and Holy Scripture; nor, said they, was it henceforth allowable to preach or declare to the contrary (Mansi, XXXIX, 182). The Fathers of the Councilsay that the Church of Rome was celebrating the feast. This is true only in a certain sense. It was kept in a number of churches of Rome, especially in those of the religious orders, but it was not received in the official calendar. As the council at the time was not ecumenical, it could not pronounce with authority. The memorandum of the Dominican Torquemada formed the armoury for all attacks upon the doctrine made bySt. Antoninus of Florence (d. 1459), and by the Dominicans Bandelli and Spina.

By a Decree of 28 February, 1476, Sixtus IV at last adopted the feast for the entire Latin Church and granted an indulgence to all who would assist at the Divine Offices of the solemnity (Denzinger, 734). TheOffice adopted by Sixtus IV was composed by Leonard de Nogarolis, whilst the Franciscans, since 1480, used a very beautiful Office from the pen of Bernardine dei Busti (Sicut Lilium), which was granted also to others (e.g. to Spain, 1761), and was chanted by the Franciscans up to the second half of the nineteenth century. As the public acknowledgment of the feast of Sixtus IV did not prove sufficient to appease the conflict, he published in 1483 a constitution in which he punished with excommunication all those of either opinion who charged the opposite opinion with heresy (Grave nimis, 4 Sept., 1483; Denzinger, 735). In 1546 the Council of Trent, when the question was touched upon, declared that "it was not the intention of this Holy Synod to include in the decree which concerns original sin the Blessed and Immaculate Virgin Mary Mother of God" (Sess. V, De peccato originali, v, in Denzinger, 792). Since, however, this decree did not define the doctrine, the theological opponents of the mystery, though more and more reduced in numbers, did not yield. St. Pius V not only condemned proposition 73 of Baius that "no one but Christ was without original sin, and that therefore the Blessed Virgin had died because of the sin contracted in Adam, and had endured afilictions in this life, like the rest of the just, as punishment of actual and original sin" (Denzinger, 1073) but he also issued a constitution in which he forbade all public discussion of the subject. Finally he inserted a new and simplified Office of the Conception in the liturgical books ("Super speculam", Dec., 1570; "Superni omnipotentis", March, 1571; "Bullarium Marianum", pp. 72, 75).

Whilst these disputes went on, the great universities and almost all the great orders had become so many bulwarks for the defense of the dogma. In 1497 the University of Paris decreed that henceforward no one should be admitted a member of the university, who did not swear that he would do the utmost to defend and assert the Immaculate Conception of Mary. Toulouse followed the example; in Italy, Bologna andNaples; in the German Empire, Cologne, Maine, and Vienna; in Belgium, Louvain; in England before theReformation. Oxford and Cambridge; in Spain Salamanca, Toledo, Seville, and Valencia; in Portugal,Coimbra and Evora; in America, Mexico and Lima. The Friars Minor confirmed in 1621 the election of theImmaculate Mother as patron of the order, and bound themselves by oath to teach the mystery in public and in private. The Dominicans, however, were under special obligation to follow the doctrines of St. Thomas, and the common conclusion was that St. Thomas was opposed to the Immaculate Conception. Therefore the Dominicans asserted that the doctrine was an error against faith (John of Montesono, 1373); although they adopted the feast, they termed it persistently "Sanctificatio B.M.V." not "Conceptio", until in 1622 Gregory XV abolished the term "sanctificatio". Paul V (1617) decreed that no one should dare to teach publicly that Mary was conceived in original sin, and Gregory XV (1622) imposed absolute silence (in scriptis et sermonibus etiam privatis) upon the adversaries of the doctrine until the Holy See shoulddefine the question. To put an end to all further cavilling, Alexander VII promulgated on 8 December 1661, the famous constitution "Sollicitudo omnium Ecclesiarum", defining the true sense of the word conceptio, and forbidding all further discussion against the common and pious sentiment of the Church. He declared that the immunity of Mary from original sin in the first moment of the creation of her soul and its infusion into the body was the object of the feast (Densinger, 1100).

Explicit universal acceptance

Since the time of Alexander VII, long before the final definition, there was no doubt on the part oftheologians that the privilege was amongst the truths revealed by God. Wherefore Pius IX, surrounded by a splendid throng of cardinals and bishops, 8 December 1854, promulgated the dogma. A new Office was prescribed for the entire Latin Church by Pius IX (25 December, 1863), by which decree all the otherOffices in use were abolished, including the old Office Sicut lilium of the Franciscans, and the Officecomposed by Passaglia (approved 2 Feb., 1849).

In 1904 the golden jubilee of the definition of the dogma was celebrated with great splendour (Pius X, Enc., 2 Feb., 1904). Clement IX added to the feast an octave for the dioceses within the temporal possessions of the pope (1667). Innocent XII (1693) raised it to a double of the second class with anoctave for the universal Church, which rank had been already given to it in 1664 for Spain, in 1665 forTuscany and Savoy, in 1667 for the Society of Jesus, the Hermits of St. Augustine, etc., Clement XIdecreed on 6 Dec., 1708, that the feast should be a holiday of obligation throughout the entire Church. At last Leo XIII, 30 Nov 1879, raised the feast to a double of the first class with a vigil, a dignity which had long before been granted to Sicily (1739), to Spain (1760) and to the United States (1847). A Votive Officeof the Conception of Mary, which is now recited in almost the entire Latin Church on free Saturdays, was granted first to the Benedictine nuns of St. Anne at Rome in 1603, to the Franciscans in 1609, to theConventuals in 1612, etc. The Syrian and Chaldean Churches celebrate this feast with the Greeks on 9 December; in Armenia it is one of the few immovable feasts of the year (9 December); the schismaticAbyssinians and Copts keep it on 7 August whilst they celebrate the Nativity of Mary on 1 May; theCatholic Copts, however, have transferred the feast to 10 December (Nativity, 10 September). The EasternCatholics have since 1854 changed the name of the feast in accordance with the dogma to the "Immaculate Conception of the Virgin Mary."


The Archdiocese of Palermo solemnizes a Commemoration of the Immaculate Conception on 1 September to give thanks for the preservation of the city on occasion of the earthquake, 1 September, 1726. A similarcommemoration is held on 14 January at Catania (earthquake, 11 Jan., 1693); and by the Oblate Fatherson 17 Feb., because their rule was approved 17 Feb., 1826. Between 20 September 1839, and 7 May 1847, the privilege of adding to the Litany of Loretto the invocation, "Queen conceived without original sin", had been granted to 300 dioceses and religious communities. The Immaculate Conception was declared on 8 November, 1760, principal patron of all the possessions of the crown of Spain, including those in America. The decree of the First Council of Baltimore (1846) electing Mary in her Immaculate Conception principalPatron of the United States, was confirmed on 7 February, 1847.


Holweck, Frederick. "Immaculate Conception." The Catholic Encyclopedia. Vol. 7. New York: Robert Appleton Company,1910. 8 Dec. 2015 <http://www.newadvent.org/cathen/07674d.htm>.


Juan de Valdes Leal. L'Immaculée Conception avec Saint André et Saint Paul,
Paris, musée du Louvre

INEFFABILIS DEUS

Apostolic Constitution of Pope Pius IX on the Immaculate Conception (December 8, 1854)

God ineffable -- whose ways are mercy and truth, whose will is omnipotence itself, and whose wisdom "reaches from end to end mightily, and orders all things sweetly" -- having foreseen from all eternity the lamentable wretchedness of the entire human race which would result from the sin of Adam, decreed, by a plan hidden from the centuries, to complete the first work of his goodness by a mystery yet more wondrously sublime through the Incarnation of the Word. This he decreed in order that man who, contrary to the plan of Divine Mercy had been led into sin by the cunning malice of Satan, should not perish; and in order that what had been lost in the first Adam would be gloriously restored in the Second Adam. From the very beginning, and before time began, the eternal Father chose and prepared for his only-begotten Son a Mother in whom the Son of God would become incarnate and from whom, in the blessed fullness of time, he would be born into this world. Above all creatures did God so lover her that truly in her was the Father well pleased with singular delight. Therefore, far above all the angels and all the saints so wondrously did God endow her with the abundance of all heavenly gifts poured from the treasury of his divinity that this mother, ever absolutely free of all stain of sin, all fair and perfect, would possess that fullness of holy innocence and sanctity than which, under God, one cannot even imagine anything greater, and which, outside of God, no mind can succeed in comprehending fully.

SUPREME REASON FOR THE PRIVILEGE : THE DIVINE MATERNITY

And indeed it was wholly fitting that so wonderful a mother should be ever resplendent with the glory of most sublime holiness and so completely free from all taint of original sin that she would triumph utterly over the ancient serpent. To her did the Father will to give his only-begotten Son -- the Son whom, equal to the Father and begotten by him, the Father loves from his heart -- and to give this Son in such a way that he would be the one and the same common Son of God the Father and of the Blessed Virgin Mary. It was she whom the Son himself chose to make his Mother and it was from her that the Holy Spirit willed and brought it about that he should be conceived and born from whom he himself proceeds.[1]

LITURGICAL ARGUMENT

The Catholic Church, directed by the Holy Spirit of God, is the pillar and base of truth and has ever held as divinely revealed and as contained in the deposit of heavenly revelation this doctrine concerning the original innocence of the august Virgin -- a doctrine which is so perfectly in harmony with her wonderful sanctity and preeminent dignity as Mother of God -- and thus has never ceased to explain, to teach and to foster this doctrine age after age in many ways and by solemn acts. From this very doctrine, flourishing and wondrously propagated in the Catholic world through the efforts and zeal of the bishops, was made very clear by the Church when she did not hesitate to present for the public devotion and veneration of the faithful the Feast of the Conception of the Blessed Virgin.[2] By this most significant fact, the Church made it clear indeed that the conception of Mary is to be venerated as something extraordinary, wonderful, eminently holy, and different from the conception of all other human beings -- for the Church celebrates only the feast days of the saints.

And hence the very words with which the Sacred Scriptures speak of Uncreated Wisdom and set forth his eternal origin, the Church, both in its ecclesiastical offices and in its liturgy, has been wont to apply likewise to the origin of the Blessed Virgin, inasmuch as God, by one and the same decree, had established the origin of Mary and the Incarnation of Divine Wisdom.

ORDINARY TEACHING OF THE ROMAN CHURCH

These truths, so generally accepted and put into practice by the faithful, indicate how zealously the Roman Church, mother and teacher of all Churches, has continued to teach this doctrine of the Immaculate Conception of the Virgin. Yet the more important actions of the Church deserve to be mentioned in detail. For such dignity and authority belong to the Church that she alone is the center of truth and of Catholic unity. It is the Church in which alone religion has been inviolably preserved and from which all other Churches must receive the tradition of the Faith.[3]

The same Roman Church, therefore, desired nothing more than by the most persuasive means to state, to protect, to promote and to defend the doctrine of the Immaculate Conception. This fact is most clearly shown to the whole world by numerous and significant acts of the Roman Pontiffs, our predecessors. To them, in the person of the Prince of the Apostles, were divinely entrusted by Christ our Lord, the charge and supreme care and the power of feeding the lambs and sheep; in particular, of confirming their brethren, and of ruling and governing the universal Church.

VENERATION OF THE IMMACULATE

Our predecessors, indeed, by virtue of their apostolic authority, gloried in instituting the Feast of the Conception in the Roman Church. They did so to enhance its importance and dignity by a suitable Office and Mass, whereby the prerogative of the Virgin, her exception from the hereditary taint, was most distinctly affirmed. As to the homage already instituted, they spared no effort to promote and to extend it either by the granting of indulgences, or by allowing cities, provinces and kingdoms to choose as their patroness God's own Mother, under the title of "The Immaculate Conception." Again, our predecessors approved confraternities, congregations and religious communities founded in honor of the Immaculate Conception, monasteries, hospitals, altars, or churches; they praised persons who vowed to uphold with all their ability the doctrine of the Immaculate Conception of the Mother of God. Besides, it afforded the greatest joy to our predecessors to ordain that the Feast of the Conception should be celebrated in every church with the very same honor as the Feast of the Nativity; that it should be celebrated with an octave by the whole Church; that it should be reverently and generally observed as a holy day of obligation; and that a pontifical Capella should be held in our Liberian pontifical basilica on the day dedicated to the conception of the Virgin. Finally, in their desire to impress this doctrine of the Immaculate Conception of the Mother of God upon the hearts of the faithful, and to intensify the people's piety and enthusiasm for the homage and the veneration of the Virgin conceived without the stain of original sin, they delighted to grant, with the greatest pleasure, permission to proclaim the Immaculate Conception of the Virgin in the Litany of Loreto, and in the Preface of the Mass, so that the rule of prayer might thus serve to illustrate the rule of belief. Therefore, we ourselves, following the procedure of our predecessors, have not only approved and accepted what had already been established, but bearing in mind, moreover, the decree of Sixtus IV, [4] have confirmed by our authority a proper Office in honor of the Immaculate Conception, and have with exceeding joy extended its use to the universal Church.[5]

THE ROMAN DOCTRINE

Now inasmuch as whatever pertains to sacred worship is intimately connected with its object and cannot have either consistency or durability if this object is vague or uncertain, our predecessors, the Roman Pontiffs, therefore, while directing all their efforts toward an increase of the devotion to the conception, made it their aim not only to emphasize the object with the utmost zeal, but also to enunciate the exact doctrine.[6] Definitely and clearly they taught that the feast was held in honor of the conception of the Virgin. They denounced as false and absolutely foreign to the mind of the Church the opinion of those who held and affirmed that it was not the conception of the Virgin but her sanctification that was honored by the Church. They never thought that greater leniency should be extended toward those who, attempting to disprove the doctrine of the Immaculate Conception of the Virgin, devised a distinction between the first and second instance of conception and inferred that the conception which the Church celebrates was not that of the first instance of conception but the second. In fact, they held it was their duty not only to uphold and defend with all their power the Feast of the Conception of the Blessed Virgin but also to assert that the true object of this veneration was her conception considered in its first instant. Hence the words of one of our predecessors, Alexander VII, who authoritatively and decisively declared the mind of the Church: "Concerning the most Blessed Virgin Mary, Mother of God, ancient indeed is that devotion of the faithful based on the belief that her soul, in the first instant of its creation and in the first instant of the soul's infusion into the body, was, by a special grace and privilege of God, in view of the merits of Jesus Christ, her Son and the Redeemer of the human race, preserved free from all stain of original sin. And in this sense have the faithful ever solemnized and celebrated the Feast of the Conception."[7]

Moreover, our predecessors considered it their special solemn duty with all diligence, zeal, and effort to preserve intact the doctrine of the Immaculate Conception of the Mother of God. For, not only have they in no way ever allowed this doctrine to be censured or changed, but they have gone much further and by clear statements repeatedly asserted that the doctrine by which we profess the Immaculate Conception of the Virgin is on its own merits entirely in harmony with the ecclesiastical veneration; that it is ancient and widespread, and of the same nature as that which the Roman Church has undertaken to promote and to protect, and that it is entirely worthy to be used in the Sacred Liturgy and solemn prayers. Not content with this they most strictly prohibited any opinion contrary to this doctrine to be defended in public or private in order that the doctrine of the Immaculate Conception of the Virgin might remain inviolate. By repeated blows they wished to put an end to such an opinion. And lest these oft-repeated and clearest statements seem useless, they added a sanction to them.

PAPAL SANCTIONS

All these things our illustrious predecessor, Alexander VII, summed up in these words: "We have in mind the fact that the Holy Roman Church solemnly celebrated the Feast of the Conception of the undefiled and ever-Virgin Mary, and has long ago appointed for this a special and proper Office according to the pious, devout, and laudable instruction which was given by our predecessor, Sixtus IV. Likewise, we were desirous, after the example of our predecessors, to favor this praiseworthy piety, devotion, feast and veneration -- a veneration which is in keeping with the piety unchanged in the Roman Church from the day it was instituted. We also desired to protect this piety and devotion of venerating and extolling the most Blessed Virgin preserved from original sin by the grace of the Holy Spirit. Moreover, we were anxious to preserve the unity of the Spirit in the bond of peace in the flock of Christ by putting down arguments and controversies and by removing scandals. So at the instance and request of the bishops mentioned above, with the chapters of the churches, and of King Philip and his kingdoms, we renew the Constitutions and Decrees issued by the Roman Pontiffs, our predecessors, especially Sixtus IV,[8] Paul V,[9] and Gregory XV,[10] in favor of the doctrine asserting that the soul of the Blessed Virgin, in its creation and infusion into the body, was endowed with the grace of the Holy Spirit and preserved from original sin; and also in favor of the feast and veneration of the conception of the Virgin Mother of God, which, as is manifest, was instituted in keeping with that pious belief. So we command this feast to be observed under the censures and penalties contained in the same Constitutions.

"And therefore, against all and everyone of those who shall continue to construe the said Constitutions and Decrees in a manner apt to frustrate the favor which is thereby given to the said doctrine, and to the feast and relative veneration, or who shall dare to call into question the said sentence, feast and worship, or in any way whatever, directly or indirectly, shall declare themselves opposed to it under any pretext whatsoever, were it but only to the extent of examining the possibilities of effecting the definition, or who shall comment upon and interpret the Sacred Scripture, or the Fathers or Doctors in connection therewith, or finally, for any reason, or on any occasion, shall dare, either in writing or verbally, to speak, preach, treat, dispute or determine upon, or assert whatsoever against the foregoing matters, or who shall adduce any arguments against them, while leaving them unresolved, or who shall disagree therewith in any other conceivable manner, we hereby declare that in addition to the penalties and censures contained in the Constitutions issued by Sixtus IV to which we want them to be subjected and to which we subject them by the present Constitution, we hereby decree that they be deprived of the authority of preaching, reading in public, that is to say teaching and interpreting; and that they be also deprived ipso facto of the power of voting, either actively or passively, in all elections, without the need for any further declaration; and that also, ipso facto, without any further declaration, they shall incur the penalty of perpetual disability from preaching, reading in public, teaching and interpreting, and that it shall not be possible to absolve them from such penalty, or remove it, save through ourselves, or the Roman Pontiffs who shall succeed us.

"We also require that the same shall remain subject to any other penalties which by us, of our own free will -- or by the Roman Pontiffs, our successors (according as they may decree) -- shall be deemed advisable to establish, and by the present Constitution we declare them subject thereto, and hereby renew the above Decrees and Constitutions of Paul V and Gregory XV.

"Moreover, as regards those books in which the said sentence, feast and relative veneration are called into question or are contradicted in any way whatsoever, according to what has already been stated, either in writing or verbally, in discourses, sermons, lectures, treatises and debates -- that may have been printed after the above-praised Decree of Paul V, or may be printed hereafter we hereby prohibit them, subject to the penalties and censures established by the Index of prohibited books, and ipso facto, without any further declaration, we desire and command that they be held as expressly prohibited."[11]

TESTIMONIES OF THE CATHOLIC WORLD

All are aware with how much diligence this doctrine of the Immaculate Conception of the Mother of God has been handed down, proposed and defended by the most outstanding religious orders, by the more celebrated theological academies, and by very eminent doctors in the sciences of theology. All know, likewise, how eager the bishops have been to profess openly and publicly, even in ecclesiastical assemblies, that Mary, the most holy Mother of God, by virtue of the foreseen merits of Christ, our Lord and Redeemer, was never subject to original sin, but was completely preserved from the original taint, and hence she was redeemed in a manner more sublime.

THE COUNCIL OF TRENT

Besides, we must note a fact of the greatest importance indeed. Even the Council of Trent itself, when it promulgated the dogmatic decree concerning original sin, following the testimonies of the Sacred Scriptures, of the Holy Fathers and of the renowned Council, decreed and defined that all men are born infected by original sin; nevertheless, it solemnly declared that it had no intention of including the blessed and immaculate Virgin Mary, the Mother of God, in this decree and in the general extension of its definition. Indeed, considering the times and circumstances, the Fathers of Trent sufficiently intimated by this declaration that the Blessed Virgin Mary was free from the original stain; and thus they clearly signified that nothing could be reasonably cited from the Sacred Scriptures, from Tradition, or from the authority of the Fathers, which would in any way be opposed to so great a prerogative of the Blessed Virgin.[12]

TESTIMONIES OF TRADITION

And indeed, illustrious documents of venerable antiquity, of both the Eastern and the Western Church, very forcibly testify that this doctrine of the Immaculate Conception of the most Blessed Virgin, which was daily more and more splendidly explained, stated and confirmed by the highest authority, teaching, zeal, knowledge, and wisdom of the Church, and which was disseminated among all peoples and nations of the Catholic world in a marvelous manner -- this doctrine always existed in the Church as a doctrine that has been received from our ancestors, and that has been stamped with the character of revealed doctrine. For the Church of Christ, watchful guardian that she is, and defender of the dogmas deposited with her, never changes anything, never diminishes anything, never adds anything to them; but with all diligence she treats the ancient documents faithfully and wisely; if they really are of ancient origin and if the faith of the Fathers has transmitted them, she strives to investigate and explain them in such a way that the ancient dogmas of heavenly doctrine will be made evident and clear, but will retain their full, integral, and proper nature, and will grow only within their own genus -- that is, within the same dogma, in the same sense and the same meaning.

INTERPRETERS OF THE SACRED SCRIPTURE

The Fathers and writers of the Church, well versed in the heavenly Scriptures, had nothing more at heart than to vie with one another in preaching and teaching in many wonderful ways the Virgin's supreme sanctity, dignity, and immunity from all stain of sin, and her renowned victory over the most foul enemy of the human race. This they did in the books they wrote to explain the Scriptures, to vindicate the dogmas, and to instruct the faithful. These ecclesiastical writers in quoting the words by which at the beginning of the world God announced his merciful remedies prepared for the regeneration of mankind -- words by which he crushed the audacity of the deceitful serpent and wondrously raised up the hope of our race, saying, "I will put enmities between you and the woman, between your seed and her seed"[13] -- taught that by this divine prophecy the merciful Redeemer of mankind, Jesus Christ, the only begotten Son of God, was clearly foretold: That his most Blessed Mother, the Virgin Mary, was prophetically indicated; and, at the same time, the very enmity of both against the evil one was significantly expressed. Hence, just as Christ, the Mediator between God and man, assumed human nature, blotted the handwriting of the decree that stood against us, and fastened it triumphantly to the cross, so the most holy Virgin, united with him by a most intimate and indissoluble bond, was, with him and through him, eternally at enmity with the evil serpent, and most completely triumphed over him, and thus crushed his head with her immaculate foot.[14]

This sublime and singular privilege of the Blessed Virgin, together with her most excellent innocence, purity, holiness and freedom from every stain of sin, as well as the unspeakable abundance and greatness of all heavenly graces, virtues and privileges -- these the Fathers beheld in that ark of Noah, which was built by divine command and escaped entirely safe and sound from the common shipwreck of the whole world;[15] in the ladder which Jacob saw reaching from the earth to heaven, by whose rungs the angels of God ascended and descended, and on whose top the Lord himself leaned'[16] in that bush which Moses saw in the holy place burning on all sides, which was not consumed or injured in any way but grew green and blossomed beautifully;[17] in that impregnable tower before the enemy, from which hung a thousand bucklers and all the armor of the strong;[18] in that garden enclosed on all sides, which cannot be violated or corrupted by any deceitful plots;[19] as in that resplendent city of God, which has its foundations on the holy mountains;[20] in that most august temple of God, which, radiant with divine splendors, is full of the glory of God;[21] and in very many other biblical types of this kind. In such allusions the Fathers taught that the exalted dignity of the Mother of God, her spotless innocence and her sanctity unstained by any fault, had been prophesied in a wonderful manner.

In like manner did they use the words of the prophets to describe this wondrous abundance of divine gifts and the original innocence of the Virgin of whom Jesus was born. They celebrated the august Virgin as the spotless dove, as the holy Jerusalem, as the exalted throne of God, as the ark and house of holiness which Eternal Wisdom built, and as that Queen who, abounding in delights and leaning on her Beloved, came forth from the mouth of the Most High, entirely perfect, beautiful, most dear to God and never stained with the least blemish.

THE ANNUNCIATION

When the Fathers and writers of the Church meditated on the fact that the most Blessed Virgin was, in the name and by order of God himself, proclaimed full of grace[22] by the Angel Gabriel when he announced her most sublime dignity of Mother of God, they thought that this singular and solemn salutation, never heard before, showed that the Mother of God is the seat of all divine graces and is adorned with all gifts of the Holy Spirit. To them Mary is an almost infinite treasury, an inexhaustible abyss of these gifts, to such an extent that she was never subject to the curse and was, together with her Son, the only partaker of perpetual benediction. Hence she was worthy to hear Elizabeth, inspired by the Holy Spirit, exclaim: "Blessed are you among women, and blessed is the fruit of your womb."[23]

MARY COMPARED WITH EVE

Hence, it is the clear and unanimous opinion of the Fathers that the most glorious Virgin, for whom "he who is mighty has done great things," was resplendent with such an abundance of heavenly gifts, with such a fullness of grace and with such innocence, that she is an unspeakable miracle of God -- indeed, the crown of all miracles and truly the Mother of God; that she approaches as near to God himself as is possible for a created being; and that she is above all men and angels in glory. Hence, to demonstrate the original innocence and sanctity of the Mother of God, not only did they frequently compare her to Eve while yet a virgin, while yet innocence, while yet incorrupt, while not yet deceived by the deadly snares of the most treacherous serpent; but they have also exalted her above Eve with a wonderful variety of expressions. Eve listened to the serpent with lamentable consequences; she fell from original innocence and became his slave. The most Blessed Virgin, on the contrary, ever increased her original gift, and not only never lent an ear to the serpent, but by divinely given power she utterly destroyed the force and dominion of the evil one.

BIBLICAL FIGURES

Accordingly, the Fathers have never ceased to call the Mother of God the lily among thorns, the land entirely intact, the Virgin undefiled, immaculate, ever blessed, and free from all contagion of sin, she from whom was formed the new Adam, the flawless, brightest, and most beautiful paradise of innocence, immortality and delights planted by God himself and protected against all the snares of the poisonous serpent, the incorruptible wood that the worm of sin had never corrupted, the fountain ever clear and sealed with the power of the Holy Spirit, the most holy temple, the treasure of immortality, the one and only daughter of life -- not of death -- the plant not of anger but of grace, through the singular providence of God growing ever green contrary to the common law, coming as it does from a corrupted and tainted root.

EXPLICIT AFFIRMATION . . .

As if these splendid eulogies and tributes were not sufficient, the Fathers proclaimed with particular and definite statements that when one treats of sin, the holy Virgin Mary is not even to be mentioned; for to her more grace was given than was necessary to conquer sin completely.[24] They also declared that the most glorious Virgin was Reparatrix of the first parents, the giver of life to posterity; that she was chosen before the ages, prepared for himself by the Most High, foretold by God when he said to the serpent, "I will put enmities between you and the woman."[25] -- unmistakable evidence that she crushed the poisonous head of the serpent. And hence they affirmed that the Blessed Virgin was, through grace, entirely free from every stain of sin, and from all corruption of body, soul and mind; that she was always united with God and joined to him by an eternal covenant; that she was never in darkness but always in light; and that, therefore, she was entirely a fit habitation for Christ, not because of the state of her body, but because of her original grace.

. . . OF A SUPEREMINENT SANCTITY

To these praises they have added very noble words. Speaking of the conception of the Virgin, they testified that nature yielded to grace and, unable to go on, stood trembling. The Virgin Mother of God would not be conceived by Anna before grace would bear its fruits; it was proper that she be conceived as the first-born, by whom "the first-born of every creature" would be conceived. They testified, too, that the flesh of the Virgin, although derived from Adam, did not contract the stains of Adam, and that on this account the most Blessed Virgin was the tabernacle created by God himself and formed by the Holy Spirit, truly a work in royal purple, adorned and woven with gold, which that new Beseleel[26] made. They affirmed that the same Virgin is, and is deservedly, the first and especial work of God, escaping the fiery arrows the evil one; that she is beautiful by nature and entirely free from all stain; that at her Immaculate Conception she came into the world all radiant like the dawn. For it was certainly not fitting that this vessel of election should be wounded by the common injuries, since she, differing so much from the others, had only nature in common with them, not sin. In fact, it was quite fitting that, as the Only-Begotten has a Father in heaven, whom the Seraphim extol as thrice holy, so he should have a Mother on earth who would never be without the splendor of holiness.

This doctrine so filled the minds and souls of our ancestors in the faith that a singular and truly marvelous style of speech came into vogue among them. They have frequently addressed the Mother of God as immaculate, as immaculate in every respect; innocent, and verily most innocent; spotless, and entirely spotless; holy and removed from every stain of sin; all pure, all stainless, the very model of purity and innocence; more beautiful than beauty, more lovely than loveliness; more holy than holiness, singularly holy and most pure in soul and body; the one who surpassed all integrity and virginity; the only one who has become the dwelling place of all the graces of the most Holy Spirit. God alone excepted, Mary is more excellent than all, and by nature fair and beautiful, and more holy than the Cherubim and Seraphim. To praise her all the tongues of heaven and earth do not suffice.

Everyone is cognizant that this style of speech has passed almost spontaneously into the books of the most holy liturgy and the Offices of the Church, in which they occur so often and abundantly. In them, the Mother of God is invoked and praised as the one spotless and most beautiful dove, as a rose ever blooming, as perfectly pure, ever immaculate, and ever blessed. She is celebrated as innocence never sullied and as the second Eve who brought forth the Emmanuel.

PREPARATION FOR THE DEFINITION

No wonder, then, that the Pastors of the Church and the faithful gloried daily more and more in professing with so much piety, religion, and love this doctrine of the Immaculate Conception of the Virgin Mother of God, which, as the Fathers discerned, was recorded in the Divine Scriptures; which was handed down in so many of their most important writings; which was expressed and celebrated in so many illustrious monuments of venerable antiquity; which was proposed and confirmed by the official and authoritative teaching of the Church. Hence, nothing was dearer, nothing more pleasing to these pastors than to venerate, invoke, and proclaim with most ardent affection the Virgin Mother of God conceived without original stain. Accordingly, from ancient times the bishops of the Church, ecclesiastics, religious orders, and even emperors and kings, have earnestly petitioned this Apostolic See to define a dogma of the Catholic Faith the Immaculate Conception of the most holy Mother of God. These petitions were renewed in these our own times; they were especially brought to the attention of Gregory XVI, our predecessor of happy memory, and to ourselves, not only by bishops, but by the secular clergy and religious orders, by sovereign rulers and by the faithful.

Mindful, indeed, of all these things and considering them most attentively with particular joy in our heart, as soon as we, by the inscrutable design of Providence, had been raised to the sublime Chair of St. Peter -- in spite of our unworthiness -- and had begun to govern the universal Church, nothing have we had more at heart -- a heart which from our tenderest years has overflowed with devoted veneration and love for the most Blessed Virgin -- than to show forth her prerogatives in resplendent light.

That we might proceed with great prudence, we established a special congregation of our venerable brethren, the cardinals of the holy Roman Church, illustrious for their piety, wisdom, and knowledge of the sacred scriptures. We also selected priests, both secular and regular, well trained in the theological sciences, that they should most carefully consider all matters pertaining to the Immaculate Conception of the Virgin and make known to us their opinion.

THE MIND OF THE BISHOPS

Although we knew the mind of the bishops from the petitions which we had received from them, namely, that the Immaculate Conception of the Blessed Virgin be finally defined, nevertheless, on February 2, 1849,[27] we sent an Encyclical Letter from Gaeta to all our venerable brethren, the bishops of the Catholic world, that they should offer prayers to God and then tell us in writing what the piety and devotion of their faithful was in regard to the Immaculate Conception of the Mother of God. We likewise inquired what the bishops themselves thought about defining this doctrine and what their wishes were in regard to making known with all possible solemnity our supreme judgment.

We were certainly filled with the greatest consolation when the replies of our venerable brethren came to us. For, replying to us with a most enthusiastic joy, exultation and zeal, they not only again confirmed their own singular piety toward the Immaculate Conception of the most Blessed Virgin, and that of the secular and religious clergy and of the faithful, but with one voice they even entreated us to define our supreme judgment and authority the Immaculate Conception of the Virgin. In the meantime we were indeed filled with no less joy when, after a diligent examination, our venerable brethren, the cardinals of the special congregation and the theologians chosen by us as counselors (whom we mentioned above), asked with the same enthusiasm and fervor for the definition of the Immaculate Conception of the Mother of God.

Consequently, following the examples of our predecessors, and desiring to proceed in the traditional manner, we announced and held a consistory, in which we addressed our brethren, the cardinals of the Holy Roman Church. It was the greatest spiritual joy for us when we heard them ask us to promulgate the dogmatic definition of the Immaculate Conception of the Virgin Mother of God.[28]

Therefore, having full trust in the Lord that the opportune time had come for defining the Immaculate Conception of the Blessed Virgin Mary, Mother of God, which Holy Scripture, venerable Tradition, the constant mind of the Church, the desire of Catholic bishops and the faithful, and the memorable Acts and Constitutions of our predecessors, wonderfully illustrate and proclaim, and having most diligently considered all things, as we poured forth to God ceaseless and fervent prayers, we concluded that we should no longer delay in decreeing and defining by our supreme authority the Immaculate Conception of the Blessed Virgin. And thus, we can satisfy the most holy desire of the Catholic world as well as our own devotion toward the most holy Virgin, and at the same time honor more and more the only begotten Son, Jesus Christ our Lord through his holy Mother -- since whatever honor and praise are bestowed on the Mother redound to the Son.

THE DEFINITION

Wherefore, in humility and fasting, we unceasingly offered our private prayers as well as the public prayers of the Church to God the Father through his Son, that he would deign to direct and strengthen our mind by the power of the Holy Spirit. In like manner did we implore the help of the entire heavenly host as we ardently invoked the Paraclete. Accordingly, by the inspiration of the Holy Spirit, for the honor of the Holy and undivided Trinity, for the glory and adornment of the Virgin Mother of God, for the exaltation of the Catholic Faith, and for the furtherance of the Catholic religion, by the authority of Jesus Christ our Lord, of the Blessed Apostles Peter and Paul, and by our own:

We declare, pronounce, and define that the doctrine which holds that the most Blessed Virgin Mary, in the first instance of her conception, by a singular grace and privilege granted by Almighty God, in view of the merits of Jesus Christ, the Savior of the human race, was preserved free from all stain of original sin, is a doctrine revealed by God and therefore to be believed firmly and constantly by all the faithful.

[Declaramus, pronuntiamus et definimus doctrinam quae tenet beatissimam Virginem Mariam in primo instanti suae conceptionis fuisse singulari Omnipotentis Dei gratia et privilegio, intuitu meritorum Christi Jesu Salvatoris humani generis, ab omni originalis culpae labe praeservatam immunem, esse a Deo revelatam, atque idcirco ab omnibus fidelibus firmiter constanterque credendam.]

Hence, if anyone shall dare -- which God forbid! -- to think otherwise than as has been defined by us, let him know and understand that he is condemned by his own judgment; that he has suffered shipwreck in the faith; that he has separated from the unity of the Church; and that, furthermore, by his own action he incurs the penalties established by law if he should dare to express in words or writing or by any other outward means the errors he thinks in his heart.

HOPED-FOR RESULTS

Our soul overflows with joy and our tongue with exultation. We give, and we shall continue to give, the humblest and deepest thanks to Jesus Christ, our Lord, because through his singular grace he has granted to us, unworthy though we be, to decree and offer this honor and glory and praise to his most holy Mother. All our hope do we repose in the most Blessed Virgin -- in the all fair and immaculate one who has crushed the poisonous head of the most cruel serpent and brought salvation to the world: in her who is the glory of the prophets and apostles, the honor of the martyrs, the crown and joy of all the saints; in her who is the safest refuge and the most trustworthy helper of all who are in danger; in her who, with her only-begotten Son, is the most powerful Mediatrix and Conciliatrix in the whole world; in her who is the most excellent glory, ornament, and impregnable stronghold of the holy Church; in her who has destroyed all heresies and snatched the faithful people and nations from all kinds of direst calamities; in her do we hope who has delivered us from so many threatening dangers. We have, therefore, a very certain hope and complete confidence that the most Blessed Virgin will ensure by her most powerful patronage that all difficulties be removed and all errors dissipated, so that our Holy Mother the Catholic Church may flourish daily more and more throughout all the nations and countries, and may reign "from sea to sea and from the river to the ends of the earth," and may enjoy genuine peace, tranquility and liberty. We are firm in our confidence that she will obtain pardon for the sinner, health for the sick, strength of heart for the weak, consolation for the afflicted, help for those in danger; that she will remove spiritual blindness from all who are in error, so that they may return to the path of truth and justice, and that here may be one flock and one shepherd.

Let all the children of the Catholic Church, who are so very dear to us, hear these words of ours. With a still more ardent zeal for piety, religion and love, let them continue to venerate, invoke and pray to the most Blessed Virgin Mary, Mother of God, conceived without original sin. Let them fly with utter confidence to this most sweet Mother of mercy and grace in all dangers, difficulties, needs, doubts and fears. Under her guidance, under her patronage, under her kindness and protection, nothing is to be feared; nothing is hopeless. Because, while bearing toward us a truly motherly affection and having in her care the work of our salvation, she is solicitous about the whole human race. And since she has been appointed by God to be the Queen of heaven and earth, and is exalted above all the choirs of angels and saints, and even stands at the right hand of her only-begotten Son, Jesus Christ our Lord, she presents our petitions in a most efficacious manner. What she asks, she obtains. Her pleas can never be unheard.

Given at St. Peter's in Rome, the eighth day of December, 1854, in the eighth year of our pontificate.

PIUS IX

FOOTNOTES

1. Et quidem decebat omnino, ut perfectissimae sanctitatis splendoribus semper ornata fulgeret, ac vel ab ipsa originalis culpae labe plane immunis amplissimum de antiquo sepente triumphum referret tam venerabilis mater, cui Deus Pater unicum Filius suum, quem de corde suo aequalem sibi genitum tamquam seipsum diligit, ita dare disposuit, ut naturaliter esset unus idemque communis Dei Patris et Virginis Filius, et quam ipse Filius, Filius substantialiter facere sibi matrem elegit, et de qua Siritus Sanctus voluit et operatus est, ut conciperetur et nasceretur ille, de quo ipse procedit.

2. Cf. Ibid., n. 16.

3. Cf. St. Irenaeus, Adv. Haereses, book III, c. III, n. 2.

4. C.A. Cum Praeexcelsa, February 28, 1476; Denz., n. 734.

5. Decree of the Sared Cong. of Rites; September 30, 1847.

6. This has been the constant care of the Popes, as is shown by the condemnation of one of the propositions of Anthony de Rosmini-Serbati (cf. Denzinger, nn. 1891-1930). This is how the 34th proposition runs (Denzinger, n. 1924): "Ad praeservandam B. V. Mariam a labe originis, satis erat, ut incorruptum maneret minimum sesmen in homine, neglectum forte ab ipso demone, e quo incorrupto semine de generatione in generationem transfuso, suo tempore oriretur Virgo Maria." Decree of the Holy Office, December 14, 1887 (AAS 20, 393). Denz. n. 1924.

7. Apost. Const. Sollicitudo Omnium Ecclesiarum, December 8, 1661.

8. Apost. Const. Cum Praeexcelsa, February 28, 1476; Grave Nemis, September 4, 1483; Denz., nn. 734, 735.

9. Apost. Const. Sanctissimus, September 12, 1617.

10. Apost. Const. Sanctissimus, June 4, 1622.

11. Alexander VIII, Apost. Const. Sollicitudo Omnium Ecclesiarum, December 8, 1661.

12. Sess. V, Can. 6; Denz. n. 792. Declarat tamen haec ipsa sancta Synodus, non esse suae intentionis, comprehendere in hoc decreto, ubi de peccato originali agitur, beatam et immaculatam Virginem Mariam Dei genitricem, sed observandas esse constitutiones felicis recordationis Sixti Papae IV, sub poenis in eis constitutionibus contentis, quas innovat.

13. Gn 3:15.

14. Quo circa sicut Christus Dei hominumque mediator, humana assumpta natura, delens quod adversus nos erat chirographum decretia, illud cruci triumphator affixit; sic Sanctissima Virgo, Arctissimo et indissolubili vinculo cum eo conjuncta, una cum illo et per illum, sempiternas contra venenosum serpentem inimicitias exercens, ac de ipso plenissime triumphans, illus caput immaculato pede contrivit.

15. Cf. Gn. 6:9.

16. Cf. Gn 28:12.

17. Cf. Ex 3:2.

18. Cf. Sg 4:4.

19. Cf. Sg 4:12.

20. Cf. Ps 87:1.

21. Cf. Is 6:1-4.

22. Cf. Lk 1:28.

23. Ibid., 42.

24. Cf. St. Augustine: De Natura et Gratia, c. 36.

25. Gn 3:15.

26. Cf. Ex 31:2.

27. Cf. Ibid., n. 19ff.

28. Cf. Ibid., n. 27ff.




December 8

The Conception of the Blessed Virgin Mary

SO great are the advantages we reap from the incarnation of the Son of God, and so incomprehensible is the goodness which he hath displayed in this wonderful mystery, that to contemplate it, and to thank and praise him for the same, ought to be the primary object of all our devotions, and the employment of our whole lives. In the feast of the Conception of the immaculate Virgin Mother of God we celebrate the joyful dawning of that bright day of mercy, the first appearance which that most glorious of all pure creatures made in the world, with those first seeds of grace which produced the most admirable fruit in her soul. Her conception was itself a glorious mystery, a great grace, and the first effect of her predestination. Her Divine Son, the eternal God, in the first moment of her being, considered the sublime dignity to which he had decreed to raise her, and remembered that august, dear, sacred, and venerable name of his mother, which she was one day to bear; and he beheld her with a complacency, and distinguished her in a manner suitable to the near relation she was to bear. He called her not his servant in whom he gloried, as he did Israel, 1 but his mother, whom for the sake of his own glory he decreed exceedingly to exalt in grace and glory. From that instant the eternal Word of God, which was to take flesh of her, looked upon it as particularly incumbent on him, in the view of his future incarnation, to sanctify this virgin, to enrich her with his choicest gifts, and to heap upon her the most singular favours with a profusion worthy his omnipotence. She could say with much greater reason than Isaiah: 2 The Lord hath called me from the womb: from the bowels of my mother he hath been mindful of my name. From that very moment he prepared her to be his most holy tabernacle. When Almighty God commanded a temple to be built to his honour in Jerusalem, what preparations did he not ordain! What purity did he not require in the things that belonged to that work, even in the persons and materials that were employed in it! David, though a great saint, was excepted against by God, because he had been stained with blood spilt in just wars. Again, what purifications, consecrations, rites, and ceremonies did he not order to sanctify all the parts of the building! This for a material temple, in which the ark was to be placed, and men were to offer their homages and sacrifices to his adorable Majesty. What then did he not do for Mary in spiritually decking her, whose chaste womb was to be his living tabernacle, from whose pure flesh he was to derive his own most holy body, and of whom he would himself be born! So tender a mercy was this great work to him, that the church, in her most earnest daily supplications, conjures him, as by a most endearing motive, that he will be pleased to hear her prayers, and enrich her children with his special graces, by his effusion and liberality towards her, when he most wonderfully prepared and fitted both her body and soul, that she might be made a worthy dwelling for himself.

The first condition in the spiritual embellishing of a soul is perfect purity, or cleanness from whatever can be a blot or stain in her. A skilful statuary is careful, in the first place, that there be no irregularity or deformity in the piece which he is going to carve. And if a house is to be put in order and adorned, to receive some guest of great distinction, the first thing is to remove all filth, and whatever is offensive. Almighty God therefore was pleased to preserve this holy Virgin from contracting any stain of sin, whether original or actual. Without the privilege of an extraordinary grace, the greatest saints daily fall into venial sins of surprise and inadvertence, through a neglect of a universal watchfulness over all the secret motions of their hearts in the course of action. But Mary was distinguished by this rare privilege, and by the succour of an extraordinary grace was so strengthened, that her interior beauty was never sullied with the least spot, and charity or the divine love never suffered the least remission or abatement in her soul; but from the moment in which she attained the use of reason, increased, and she continually pressed forward with fresh ardour towards the attainment of higher perfection of virtue and holiness. Her exemption from original sin was yet a more extraordinary privilege of grace. It is an undoubted truth, in which all divines are agreed, that she was sanctified and freed from original sin before she was born, and that she was brought forth into this world in a state of perfect sanctity. Some have thought it more consonant to the sacred oracles that she was thus sanctified only after her conception, and after the union of the rational soul with the body. But it is the most generally received belief, though not defined as an article of faith, that in her very conception she was immaculate. Many prelates, and a great number of Catholic universities, 3 have declared themselves in strong terms in favour of this doctrine; and several popes have severely forbidden any one to impugn the same, or to dispute or write against it. Nevertheless, it is forbidden to rank it among articles of faith defined by the church, or to censure those who privately hold the contrary. It is needless here to produce the passages of holy scripture usually alleged by theologians, and other proofs by which this assertion is confirmed. It is sufficient for us, who desire, as dutiful sons of the church, to follow, in all such points, her direction, that she manifestly favours this opinion, which is founded in the clear testimonies of the most illustrious among the fathers, in the decrees of several particular councils, and the suffrages of most learned and eminent masters of the theological schools. 4 The very respect which we owe to the Mother of God, and the honour which is due to her divine Son, incline us to believe this privilege most suitable to her state of spotless sanctity. To have been one moment infected with sin was not agreeable to the undefiled purity of her who was chosen to be ever holy, that she might be worthy to bring forth the author of sanctity. Had she ever been in sin, notwithstanding the advantages of her other privileges and graces, and her predestination to the sublime dignity of Mother of God, she would have been for that moment before she was cleansed, the object of his indignation and just hatred. St. Austin thought this reason sufficient for exempting her, whenever mention is made of sin. “Out of reverence,” says he, “and for the honour which is due to her Son, I will have no question put about her when we speak of any sin.” 5 Christ was no less her Redeemer, Reconciler, and most perfect Saviour and Benefactor, by preserving her from this stain, than he would have been by cleansing her from it; as by descending from Adam she was liable to this debt, and would have contracted the contagion, had she not been preserved from it through the grace and merits of her Son.

To understand how great a grace, and how singular a prerogative this total exemption from all sin was in Mary, we may take a survey of the havoc that monster made amongst men from the beginning of the world, excepting Mary. The most holy amongst the saints all received their existence in sin; they were all obliged to say with St. Paul: We were the children of wrath, even as the rest. 6 The fall of our first father Adam involved all mankind in guilt and misery. From that time, for the space of four thousand years, sin reigned without control on every side. By its dire effects the greatest part of the world was plunged into the most frightful state of spiritual darkness and blindness. Even the sons of light were born under its slavery: Abraham, Moses, Elias, Jeremy, Job, and all the other saints confessed with David: Behold, I was conceived in iniquities, and in sin my mother conceived me. 7 Sin was become a universal leprosy, a contagion which no one could escape; an evil common to all mankind, and infecting every particular individual that descended from Adam, as his own inherent guilt; something accidental, and foreign to our nature, yet so general an attendant upon it, that it might almost seem a constituent part thereof. It was communicated with the flesh and blood which men received from their parents, and from their first father, Adam. Every child contracted this infection with the first principle of life. Mary, by a singular privilege, was exempted from it, and entered a world of sin, spotless and holy. Who is she that cometh forth as the morning rising, fair as the moon, bright as the sun, terrible as an army set in array! 8 These words we may understand as spoken by the angels at the first glorious appearance of the Mother of God, astonished to behold her, after the dismal night of darkness and sin, as the morning rising, beautiful as the moon, shining as the sun, decked with the brightest ornaments of grace, and terrible to all the powers of hell, as the face of an army drawn up in battalia, displaying her beams on the horizon of the earth, which had been hitherto covered with the hideous deformity of sin. What a glorious spectacle, what a subject of joy was it to the heavenly spirits, to see the empire of sin broken, and a descendant of Adam come forth free from the general contagion of his race, making her appearance pure, holy, and beautiful, richly adorned with the most precious gifts of grace, and outshining the highest angels and cherubims! Shall we refuse to her our admiration and praises? Shall we not offer to God our best homages in thanksgiving for such a mercy, and for so great a present which he has bestowed on the world in Mary?

The grace which exempted Mary from original sin, preserved her also from the sting of concupiscence, or inordinate love of creatures, and tendency to evil. The first sin of Adam brought on us a deluge of evils, and by the two wounds of ignorance and concupiscence which it has left in us, its malignity has spread its influence over all the powers of our souls. Through it our understanding is liable to be deceived, and to be led away with errors; our will is abandoned to the assaults of the basest passions: our senses are become inlets of dangerous suggestions: we are subjected to spiritual weakness, inconstancy, and vanity, and are tyrannized over by inordinate appetites. Hence proceeds in us a difficulty in doing good, a repugnance to our duties, a proneness to evil, the poisoned charm of vice, and the intestine war of the flesh against the spirit. All this we experience and groan under; yet under the weight of such miseries, by a much greater evil, we are blind, proud, and insensible. The excess of our misery is, that though it be extreme, we do not sufficiently deplore it, humble ourselves under it, and labour by watchfulness, mortification, and prayer to acquire strength against our dangers. Mary employed earnestly these arms during the course of her life, though free from this inward proneness to evil and from the fomes peccati or dangerous sting of concupiscence, which we inherit with original sin, and which remains after baptism, for the exercise of our virtue and fidelity. We court our dangers, indulge and fortify our enemies, and caress and adore those idols which we are bound to destroy. To procure for ourselves some part in the blessing which Mary enjoyed, in the empire over our passions, we must check them, restrain our senses, and die to ourselves. We must never cease sighing to God, to implore his aid against this domestic enemy, and never enter into any truce with him. Have mercy on me, O Lord, for I am weak: heal me, O Lord, for my bones are troubled. 9 If our weakness and dangers call for our tears, we have still much greater reason to weep for our guilt and repeated transgressions. Whereas grace in Mary triumphed even over original sin; we, on the contrary, even after baptism and penance, by which we were cleansed from sin, return to it again, increase our hereditary weakness and miseries: and, what is of all things most grievous, infinitely aggravate our guilt by daily offences. Who will give water to my head, and a fountain of tears to my eyes? 10 O Mother of Mercy let your happy privilege, your exemption from all sin and concupiscence, inspire you with pity for our miseries: and by your spotless purity and abundant graces, obtain for us strength against all our dangers, the deliverance from all our miseries, and the most powerful remedies of divine grace. Thus, from this mystery, we are to draw lessons of confusion and instruction for ourselves.

Mary, in her conception, was not only free from stain, but moreover was adorned with the most precious graces, so as to appear beautiful and glorious in the eyes of God. And the grace she then received was the seed of the great virtues which she exercised, and the higher graces to which, by the improvement of her first stock, she was afterwards raised, during the whole course of her mortal life. By the first graces she was free from all inclination to accursed pride, and from all inordinate self-love, and remained always perfectly empty of herself. This disposition she expressed when honoured with the highest graces, and exalted to the most sublime and wonderful spiritual dignity; under which, sinking lower in her own abyss of weakness and nothingness, she sincerely and purely gave all glory to him. She confessed aloud that he chose her not for any merit, or anything he saw in her, but because he would signalize his omnipotence by choosing the weakest and meanest instrument, and because he saw in her the nothingness in which he most fitly exerted and manifested his infinite power and greatness. By a lurking pride we obstruct the designs of the divine mercy in our favour. The vessel of our heart cannot receive the plentiful effusion of divine grace, so long as it is filled with the poison of self-love. The more perfectly it is cleansed and empty, the more is it fitted to receive. As the prophet called for vessels that were empty, that they might be filled with miraculous oil; so must we present to God hearts that are perfectly empty, when we pray that he replenish them with his grace. The exercise of humility, meekness, patience, resignation, obedience, self-denial, rigorous self-examination, compunction and penance begin the work: but prayer and divine love perfect the cleansing of the fountain from which they spring. Thus are we to attain that purity of heart and affections by which we shall bear some degree of resemblance to the holy Mother of God. This grace we ought earnestly to beg of God, through her intercession, and particularly to commend to him, through her, the preservation of the holy virtue of purity. The venerable and pious John of Avila gives this advice in the following words: “I have particularly seen much profit received through her means, by persons molested with temptations of the flesh, who recited some prayer in memory of her spotless conception, and of that virginal purity with which she conceived the Son of God.”

The Immaculate Conception of the holy Mother of God was not only in itself a great and glorious mystery, but likewise joyful to mankind. Certain glimmerings of the benefit of our redemption had gone before from the fall of Adam in several revelations, types, and figures; in which the distant prospect of this wonderful mercy filled the patriarchs and other saints of the old law with comfort and holy joy. But the Conception of Mary displayed the first rays of its approaching light, and may be said to have been its rising morning, or the dawning of its day. 11 In this mystery she appeared pure and glorious, shining among the daughters of Adam as a lily among thorns. 12 To her from the moment of her Conception God said: Thou art all beautiful my love, and there is no spot in thee. 13 She was the enclosed garden, which the serpent could never enter; and the sealed fountain which he never defiled. 14 She was the Throne and the Tabernacle of the true Solomon, and the Ark of the Testament, to contain, not corruptible manna, but the Author of the incorruptible life of our souls. Saluting her with these epithets, in exultation and praise, let us sing with the church: “This is the Conception of the glorious Virgin Mary, of the seed of Abraham, sprung from the tribe of Juda, illustrious of the house of David, whose life, by its brightness, illustrates all churches.”

Note 1. Isa. xlix. 3. [back]

Note 2. Isa. xlix. 1. [back]

Note 3. See their suffrages enumerated by F. Francis Davenport, called in religion F. Fr. of St. Clare; and by Frassen, t. 8, p. 188. [back]

Note 4. The question concerning the Immaculate Conception of the Blessed Virgin Mary had been agitated with great warmth in the university of Paris, when both the university and bishop, in 1387, condemned certain propositions of John de Montesano, a Dominican, in which this privilege was denied. The council of Basil, in 1439, (Sess. 36,) declared the belief of her Immaculate Conception to be conformable to the doctrine and devotion of the church, to the Catholic faith, right reason, and the holy scriptures, and to be held by all Catholics. But this council was at that time a schismatical assembly, nor could its decree be of force. It was, nevertheless, received by a provincial council held at Avignon in 1457, and by the university of Paris. When some gave scandal by warmly contesting the Immaculate Conception, this famous university passed a decree in 1497, in which it was enacted, that no one should be admitted in it to the degree of doctor of divinity who did not bind himself by oath to defend this point. (See Spondan, Contin. Baron. ad an. 1497. Bulæus, Hist. Universit. Paris, t. 5, p. 815. Fleury, cont. t. 24, p. 336. Frassen, t. 8, p. 227.) The council of Trent declared, in the decree concerning original sin, that it was not its intention to include in it the Immaculate Virgin Mary, Mother of God, and ordered the decree of Sixtus IV. relating to this point to be observed. That pope, in 1476, granted certain indulgences to those who assisted at the office and mass on the feast of her Conception; and, in 1483, by another constitution, forbade any one to censure this festival, or to condemn the opinion which asserted the Virgin Mary’s Immaculate Conception. St. Pius V. by his bull in 1570, forbade either the opinion which affirmed, or that which denied it, to be censured. Paul V. in 1616, reiterated the same prohibition, and, in 1617, forbade any one to affirm in sermons, theses, or other like public acts, that the Blessed Virgin Mary was conceived in original sin. Gregory XV. in 1622, forbade any one to affirm this even in private disputations, except those to whom the holy see gives a special license to do it, which he granted to the Dominicans, provided they do it privately, and only among themselves: but he ordered, that in the office or mass of this festival no other title than simply that of the Conception should be used. Alexander VII., in 1671, declared that the devotion of honouring the Immaculate Conception of the Blessed Virgin Mary is pious; yet prohibits the censuring these who do not believe her Conception immaculate. Philip III. of Spain demanded of Paul V. and Philip IV. of Gregory XV. a definition of this question, but could obtain nothing more than the foregoing bulls. See Luke Wadding, (the learned Irish Franciscan, who lived some time in Spain, and died at Rome in 1655,) De legatione Philippi III. et Philippi IV. ad Paulum V. et Greg. XV. pro definiendâ Controversia de Conceptione Virginis. In the latest edition of the Roman Index, a certain little office of the Immaculate Conception is condemned; but this censure is not to be extended to other such little offices. In the prayers themselves it is called the Conception of the Immaculate Virgin, which phrase is ambiguous, and may be understood to imply only she was spotless from all actual sin, and was cleansed from original sin before she was born, in which all Catholics agree. Benedict XIII. granted to the subjects of Austria and the empire a weekly office of the Immaculate Conception on every Saturday; but the epithet Immaculate Conception occurs not in any of the prayers, but only in the title of the office. This prudent reserve of the church in her public prayers is a caution to her children, whilst they maintain this pious sentiment, not to exceed the bounds which she has prescribed them: though certain devotions are used in many parts, in which the Conception is called immaculate in the prayers themselves. It is the mystery of the Immaculation, or Sanctification of the Blessed Virgin Mary, which is the object of the devotion of the church on this festival, rather than her bare Conception; according to the remark of the ingenious author of Observations, Hist. et Crit. sur les Erreurs des Peintres, &c. anno 1771, t. 1, pp. 35, 36. [back]

Note 5. S. Aug. 1, de Nat. et Grat. c. 36, n. 42, p. 144. [back]

Note 6. Ephes. xi. 3. [back]

Note 7. Ps. l. 7. [back]

Note 8. Cant. vi. 9. [back]

Note 9. Ps. vii. 3. [back]

Note 10. Jer. ix. [back]

Note 11. St. Bernard reproves the canons of the church of Lyons, because, by their own private authority, they celebrated a festival of the Immaculate Conception of the Blessed Virgin Mary, without consulting the Roman see. (ep. 174.) Long before that time this festival was kept with great devotion in the eastern churches; and was a holiday before the Emperor Emmanuel Comnenus enforced its observance, about the year 1150, (ap. Balsam, in nomocan Photii.) George, bishop of Nicomedia, in the reign of Heraclius, calls it a feast of ancient date. Baronius, Benedict XIV., &c. suppose, that in the West it was first instituted in England, by St. Anselm, about the year 1150. But St. Anselm’s letter on which this opinion is founded, seems not to be genuine. (See Lupus, ad Conc. Mogunt. sub Leone IX., t. 3, p. 497.) And Jos. Assemani demonstrates, from the marble calendar of Naples, engraved in the ninth age, that this feast was then kept in that city, and that the church of Naples was the first in the West which adopted it in imitation of the Orientals. Pope Sixtus IV., in 1483, commanded it to be kept a holiday. See Bened. XIV. De Festis B. Mariæ V., c. 15, p. 348. Jos. Assemani, in Calend. Univ. t. 5, p. 433, ad p. 462, and Mazocchius, In Vetus Marmoreum Neap. Calendarium. [back]

Note 12. Cant. xi. 2. [back]

Note 13. Ib. iv. 7. [back]

Note 14. Ib. iv. 12. [back]

Rev. Alban Butler (1711–73).  Volume XII: December. The Lives of the Saints.  1866.

SOURCE : http://www.bartleby.com/210/12/081.html

Voir aussi : http://www.mariedenazareth.com/15324.0.html?&L=0

Gallery of the Immaculate Conception : http://www.catholictradition.org/Mary/gallery6.htm

Inmaculada Concepción en la Pintura : http://elmiradorespagnol.free.fr/inmaculada/